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AVRIL 2012 M A G A Z I N E

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N O U V E L L E

U N I V E R S I T É

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B O R D E A U X

A LA UNE

Vive le dialogue social !

Ingénierie pédagogique et de formation Cambridge/Oxford, qu’est-ce qu’un collège ? Acteur : Delphine Gassiot-Casalas...


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e chantier de la Nouvelle Université de Bordeaux constitue une occasion historiquement exceptionnelle de réfléchir aux voies et modalités d’amélioration en profondeur de notre système universitaire. Il ne s’agit pas d’une énième réforme à caractère incrémentaliste, mais d’un mouvement synoptique visant à nous adapter au monde globalisé du XXIème siècle. En d’autres termes, nous sommes ni plus ni moins en train de penser et de bâtir une organisation radicalement nouvelle de la communauté universitaire bordelaise.

D’abord parce qu’à la différence des réformes nationales successives qui ont modelé les structures universitaires, il ne part pas du haut, de Paris, pour s’imposer à nous. Il a mûri depuis maintenant une dizaine d’années à partir des cinq différents établissements concernés et a progressivement émergé avant d’être officiellement soutenu en décembre 2010 par leurs conseils d’administration. Plusieurs centaines d’acteurs participent régulièrement depuis cette date à la définition de ce grand projet. Il bénéficie par ailleurs d’un contexte institutionnel local particulièrement favorable au dialogue, au rapprochement, à la volonté de travailler en commun à la recherche de solutions, bref à ce que les spécialistes de politique comparée appellent une démocratie de consensus ou de concordance. Là réside sans doute notre principal avantage compétitif, garant de la réussite à long terme de cette ambitieuse réorganisation. Ce biotope coopératif bordelais renvoie d’ailleurs à l’interrogation en forme de suggestion de Groucho Marx : « S’entendre avec les autres est d’une importance si vitale que je ne comprends pas pourquoi l’université ne consacre pas de vrais cours à ce domaine ». Au fil des années, nous avons pris conscience - en bons Girondins sans doute ! – que l’autonomie universitaire ne tient pas uniquement à la publication de quelques textes de lois ou de décrets, mais qu’elle dépend avant tout de notre volonté de nous approprier cet objectif. L’autonomisation signifiant l’accroissement de notre capacité d’action par rapport à des contraintes ou des acteurs extérieurs, il va de soi que notre union fera notre force, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

édito

© Lionel Lizet

Ce processus de renaissance est doublement original.

Pour affirmer notre autonomie et - osons le mot - notre puissance au sein de la société, nous devons indubitablement être plus lisibles. Les observateurs extérieurs que sont les corps de contrôle (Cour des comptes, IGAENR), les collègues étrangers ou nos partenaires institutionnels, comme les personnels et les usagers du site universitaire bordelais partagent avec une inquiétude croissante le même constat : par empilement constant au cours des dernières années de nouveaux dispositifs d’action publique, nos institutions forment aujourd’hui un véritable maquis organisationnel engendrant fatalement opacité, complexité, voire dilution des responsabilités. La NUB est donc conçue comme un vecteur essentiel de clarification et d’intégration de compétences excessivement disséminées entre universités, grandes écoles, PRES, services interuniversitaires, CROUS, IdEx et LabEx. Une plus grande autonomie vis-à-vis de l’extérieur doit enfin aller de pair avec la recherche d’une plus forte solidarité des individus à l’intérieur de la nouvelle université. Celle-ci doit se traduire à la fois par le respect des identités disciplinaires et des cultures organisationnelles, et par une harmonisation des conditions encore trop disparates de vie et de travail, au profit de tous.

Vincent Hoffmann-Martinot


Ligne de mire

LE POINT D’ÉTAPE

de la direction

Ainsi, l’image du gros navire reste étonnamment pertinente dans cette situation : ce passage est un virage qui se prend, et qui prend du temps. Pour que le paquebot change de cap, il a fallu actionner le gouvernail des semaines plus tôt, et tenir bon la barre qui ne demande qu’à revenir à sa position initiale. Les acteurs de Bordeaux 1 impliqués dans le chantier NUB ont dû, pour se mobiliser dans leur établissement, se mettre un peu en retrait du chantier. Bordeaux IV entre à son tour dans une période électorale. Si le chantier se trouve ralenti par ce contexte, il ne s’est toutefois pas arrêté : le basculement vers la phase de conception renforcée pourra s’opérer pleinement en mai, lorsque les nouveaux élus des conseils des universités auront intégré le chantier. Un mois de retard par rapport aux échéances fixées en novembre 2011. Pas de risque majeur pour le chantier, mais il ne faudrait pas tarder plus si l’on veut avoir fini «les plans de la nouvelle université» en janvier 2013 et se garder une année pour construire tout ce qui permettra de démarrer la NUB en janvier 2014 dans de bonnes conditions. A signaler dans le virage en cours, un nouvel axe de travail majeur, celui du dialogue social. Le directoire veut lui donner une place importante dans la conduite du changement. Un travail est en cours pour déterminer les contours de cette place. La dynamique de transition n’affecte toutefois pas tous les travaux du chantier. Les activités se poursuivent sur leur lancée pour tous ceux qui finalisent l’état des lieux (Cartofac, comités thématiques Vie de campus et Formation) et pour le groupe Gouvernance qui travaille sur la question de la subsidiarité. La Dirop vient de finir de se compléter avec ses 2 derniers recrutements (chefs de projet). Elle vient aussi, avec le lancement de la liste de diffusion NUBcr, d’apporter la dernière touche à la consolidation de la circulation de l’information. Désormais, chacun peut suivre de près la progression du chantier NUB, sans avoir besoin d’en devenir un spécialiste. Un pas essentiel pour l’appropriation du changement...

Directeur de la publication : Manuel Tunon de Lara, administrateur provisoire de l’Université de Bordeaux Rédactrice en chef : Anne Goudot

En bref Dean Lewis devient le nouveau président de l’université Bordeaux 1.

Elu à une large majorité (17 voix sur 22), il succède à Alain Boudou, président de l’université depuis 2005. La principale ambition de Dean Lewis est de créer les conditions d’une intégration réussie de Bordeaux I dans une grande université pluridisciplinaire, unique sur le site.

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e chantier NUB vit une transition d’une phase à une autre (passage de l’état des lieux à la conception renforcée) : moment très particulier dans un gros chantier comme celui-là, rendu plus particulier encore par le contexte électoral à Bordeaux 1 et Bordeaux IV.

Dean Lewis

A Bordeaux 3, Jean-Paul Jourdan est élu président de l’université. Professeur d’histoire contemporaine, Jean-Paul Jourdan a été élu au second tour par le conseil d’administration face aux deux autres candidats Pierre Beylot et Jean-Yves Coquelin.

© Bordeaux 3

opérationnelle

Jean-Paul Jourdan

Erasmus fête ses 25 ans ! L’Agence nationale EuropeEducation-Formation France (2e2f) célèbre tout au long de l’année 2012 le 25e anniversaire d’Erasmus, programme phare de l’Union européenne. A ce jour, plus de 2,2 millions d’européens, dont près de 380 000 français, sont partis en mobilité d’études ou de stage.

La percée des écoles de l’IPB dans les palmarès. Pour la première année depuis leur

regroupement en 2009, les écoles d’ingénieurs de l’Institut Polytechnique de Bordeaux ont répondu d’une seule voix au palmarès du magazine de l’Usine Nouvelle «les 100 meilleures écoles d’ingénieurs» (paru en mars 2012). Résultat : l’IPB s’affiche à la 19ème place. (consulter le palmarès sur www. usinenouvelle.com)

Sommaire

Préparation et coordination : comité éditorial

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Rédacteurs : Stéphanie Béraud-Sudreau, Delphine Charles, Anne Goudot, Annabelle Ouvrard-Milon, Jean Petaux, Anne Seyrafian

STRATÉGIE : Opération Campus et IdEx, les deux faces de la future médaille NUB . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 4

Maquette : Thierry Piers

Chantier ZOOM : Ingénierie pédagogique et de formation, une vision qui se précise. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 6

Mise en page : Adeline Chatron Photo couverture : © Petr Vaclavek - Fotolia Imprimeur : BLF Impression, Le Haillan Imprimé sur du papier PEFC avec des encres végétales Date de parution : 10 avril 2012 – Gratuit

BOUILLON DE NUB : Formation et recherche, indissociables autant qu’indispensables... . . . . . . . . . . . . . . . Page 7 AU COEUR DU CHANTIER : Vers une intensification du dialogue social . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 8 ACTEUR : Delphine Gassiot-Casalas : la NUB piano piano . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 10

Ouverture AILLEURS : Un collège à l’anglaise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 11 REGARD D’EXPERT : Antoine Godbert, directeur de l’agence 2E2F :

Le regroupement, c’est la capacité de pouvoir peser au niveau international. . . . . . . . . . . . Page 12

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STRATÉGIE

Opération campus et IdEx :

les deux faces de la future médaille NUB L’université de Bordeaux remporte depuis quatre ans de nombreux succès dans les projets qu’elle présente. Quel lien avec la mise en chantier de la NUB ?

I L’université de Bordeaux est l’une des six premières lauréates françaises de l’Opération campus

dEx, LabEx, EquipEx, Cohorte, SATT, IHU… Disons-le tout net : entre les mots en « ex », les sigles (voir infra l’index des sigles cités), les projets déposés et ceux qui sont retenus, il y a de quoi y perdre son latin ! Si vous ajoutez à cela l’Opération campus et la construction de la nouvelle université de Bordeaux, il y a fort à parier que la migraine vous gagne rapidement. D’autant que, pour couronner le tout, allongé dans l’obscurité, fermant les yeux pour réduire le mal de tête qui vous envahit, vous voyez apparaître des sommes phénoménales sur un compteur digne du Téléthon : 11,4 millions pour EquipEx ; 26 millions pour Cohorte ; 185 millions pour LabEx et… puis « Bingo » : 700.001.035 (oui vous avez bien lu : le compteur a dépassé les 700 millions d’euros) pour IdEx… Réveil brutal ! C’est quoi l’embrouille ? Par les temps qui courent, il y a un certainement un truc… Reste à le trouver. En réalité il n’y a rien de mystérieux dans toute cette histoire. S’il y a un terme qui résume une aventure qui est loin d’être terminée pour l’université bordelaise, ce n’est pas, comme on le dit souvent (au risque d’ailleurs d’irriter et de mécontenter), celui d’excellence, mais bien un autre mot : la cohérence.

Glossaire LabEx : «clusters d’excellence» thématiques recherche-formation-transfert de rang international. EquipEx, Cohorte : infrastructures de recherche et de formation de référence au plan national et international. IRT : instituts de recherche technologique IEED : instituts d’excellence en matière d’énergies décarbonées IHU : instituts hospitalo-universitaires SATT : société d’accélération du transfert technologique, remplace Aquitaine Valo pour le volet valorisation de la recherche.

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Les vertus d’une stratégie commune, cohésive et cohérente Tout se tient. Le PRES Université de Bordeaux, en 2006, a montré très clairement la volonté de convergence qui était celle des quatre universités et des quatre grandes écoles (à l’époque) bordelaises. Deux ans plus tard, à la suite d’un travail d’équipe réunissant toutes les forces vives universitaires mais aussi politiques, l’université de Bordeaux est une des six premières lauréates françaises de l’Opération campus. Enjeu majeur : une formidable requalification immobilière, logistique et matérielle et une restructuration stratégique de l’aménagement destinée à réhabiliter des bâtiments d’enseignement et de recherche qui n’ont pas vu, pour certains, un coup de pinceau depuis plus de quarante ans. En 2009, à la suite de la crise financière mondiale, le gouvernement lance un grand emprunt consacré aux investissements d’avenir (IA) dont une part importante (18,9 des 35 milliards d’euros) doit aller à l’enseignement supérieur et à la recherche. C’est le PRES Université de Bordeaux qui porte tous les dossiers IdEx (on désigne ainsi, par extension tous les projets d’enseignement supérieur et de recherche déposés dans les IA). En d’autres termes, les quatre universités de Bordeaux, Sciences Po Bordeaux, l’Institut Polytechnique de Bordeaux et Bordeaux Sciences Agro présentent ensemble et associés à des partenaires institutionnels comme le CNRS, l’INSERM et d’autres, une Initiative d’Excellence (IdEx) pour bénéficier d’une partie de la manne financière du grand emprunt et investir pour le développement du site bordelais. Dans le contexte national de sélection des projets IdEx, l’université de Bordeaux ne ménage pas ses efforts. Il faut, à Bordeaux, récolter le «  jus de crâne » des meilleurs chercheurs, toutes disciplines confondues, mêler les talents, associer les équipes, mobiliser les énergies, rapprocher des cultures scientifiques souvent très éloignées. Bref : procéder à un assemblage subtil qui n’a rien à envier au savoir-faire œnologique. Il faut aussi définir des priorités. Il va y en avoir six : trois défis fondamentaux et


© nikkytok - Fotolia

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trois leviers clés. Il est tout aussi nécessaire de pré- tible de plus de 700 millions d’euros qui sera défisenter au jury international une volonté forte pour nitivement la propriété de l’université de Bordeaux une gouvernance renforcée de la structure destinée au terme d’une période probatoire dont la première à piloter cet ambitieux projet de développement. étape est fixée au 31 décembre 2015 et la seconde C’est tout l’enjeu de la démarche entreprise par cinq à l’horizon 2020. des membres fondateurs du PRES, déclinée pour A cette échéance, l’université de Bordeaux, si elle la première fois dans le cadre du projet stratégique a rempli tous les objectifs qu’elle s’est fixée elleformalisé en décembre 2010 et entérinée ensuite même (y compris dans son mode de gouvernance par le contrat quinquennal signé avec la tutelle, à et son organisation institutionnelle), disposera de l’été 2011. Il revient donc aux cinq acteurs insti- manière pérenne d’un matelas financier qui génère tutionnels de la nouvelle dès aujourd’hui près de université de Bordeaux, vingt-cinq millions d’euauxquels s’ajoute le ros chaque année pour Opération campus, IdEx, PRES lui-même, de réalifinancer toute une série chantier NUB : il y a bien là de projets de recherche, ser concrètement l’objectif affiché. La NUB, qui se de formation, d’ouverture une cohérence manifeste substituera, lorsqu’elle internationale… qui lie les projets entre eux sera créée, au PRES pour porter l’IdEx de Bordeaux S’il est bien engagé, le (article 12 de la Convenchallenge n’est pas gagné. tion signée entre l’Etat, l’Agence Nationale de la Hélène Jacquet, chargée de la stratégie des grands Recherche et l’Université de Bordeaux, le 3 février projets au PRES Université de Bordeaux, qui a por2012 – photo publiée dans Horizons n°2) trouve là té sur ses épaules la coordination de l’IdEx, ne dit une de ses missions fondatrices. C’est loin d’être la pas autre chose : « Il faut désormais avoir comme seule, mais ce n’est pas la moindre. objectif de convaincre, dans quatre ans et par le chemin que nous aurons parcouru, que l’organiOpération campus en 2008, IdEx en 2011, NUB sation déployée est institutionnellement efficiente en chantier : il y a bien là une cohérence manifeste pour que la crédibilité de la gouvernance de la qui lie les projets entre eux et donne à la straté- nouvelle université de Bordeaux soit forte et que gie adoptée sa vraie lisibilité. Il est évident que soit ainsi reconnue notre capacité à gérer la dotacette démarche collective passée, à laquelle se tion allouée ». C’est bien-là un des enjeux majeurs sont ajoutées les intentions affichées pour l’avenir de la NUB, mais, là encore, ce n’est pas non plus proche, a contribué à faire de l’université de Bor- le seul. deaux l’une des trois lauréates des tous premiers IdEx avec l’université de Strasbourg et Paris Lettres Reste à émettre un souhait, et non des moindres. et Sciences (printemps 2011). Mais que l’on ne se Qu’à côté des chiffres et des sigles, on n’oublie méprenne pas : rien n’aurait été rendu possible si pas qu’il y a des chercheurs, des enseignants, des les projets déposés n’avaient pas été, eux-mêmes, personnels administratifs et techniciens, des docd’une qualité scientifique remarquable et reconnue. torants et des étudiants et aussi, de belles histoires de projets de recherche… Avec des résultats, des Une crédibilité à renforcer par la création de découvertes, des applications et des nouveaux métiers. la NUB On ne manquera pas de vous les présenter, tout au L’ambition de créer la NUB a accrédité l’idée selon long du chantier NUB et même après. Car, au fond, laquelle une institution renforcée, solide, cohésive, c’est aussi cela qui mérite d’être conté. serait à même de gérer la dotation non consomp-

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© Lionel Lizet

Chantier

ZOOM

Ingénierie pédagogique et de formation

une vision qui se précise

Au sein du comité formation, il est un groupe projet qui a fort bien cheminé sur la longue route de l’état des lieux. Il s’agit du groupe « ingénierie pédagogique et de formation »*. Des séances de travail riches et constructives au cours desquelles une dizaine de personnes issues de chacun des établissements ont échangé et réfléchi sur le sujet crucial de l’offre de formation et des modalités pédagogiques telles qu’elles pourraient être dans le futur établissement. Une démarche finalement très aboutie.

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« Le challenge de l’université de demain consiste à ne pas uniquement être dans la diffusion du savoir mais à penser en terme de compétences »

édagogie, ingénierie pédagogique, formation, offre de formation, enseignement, didactique… Autant de concepts qu’il était en premier lieu important de décortiquer et de délimiter afin de pouvoir cogiter ensuite sur l’art et la manière de mutualiser les compétences. Thèmes de réflexion? Diversification et amélioration des modalités pédagogiques, renforcement des conditions de réussite individuelle des étudiants, perfectionnement du pilotage et de la qualité de l’offre de formation. Afin de travailler efficacement, il a été décidé par l’ensemble du groupe d’appliquer la bonne vieille méthode ADDIE - Analyse, Design, Développement, Implantation Evaluation - ou comment découper la conduite d’un projet pédagogique en 5 phases. Première constatation : la différence de dénomination et d’organisation des différents acteurs intervenant dans l’une ou l’autre de ces phases… En revanche, dans toutes les structures les équipes pédagogiques sont au centre de l’offre de formation et c’est une bonne chose. « Dans chaque établissement, il y a tout mais rien ne se ressemble, d’où l’intérêt de mutualiser les pratiques tout en gardant de la souplesse. La NUB est une véritable opportunité  » constate Marthe-Aline Jutand, directrice adjointe chargée de la pédagogie à l’ISPED (Université Bordeaux Segalen), responsable du master 1 de santé publique et coordonnatrice de ce groupe.

L’ingénierie pédagogique, un véritable enjeu

* Pour connaître la totalité des membres du groupe projet Ingénierie pédagogique et de formation, rendez-vous sur www.nouvelle-univ-bordeaux.fr

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Globalement, l’ingénierie pédagogique est au cœur du système universitaire. Il s’agit concrètement du dispositif mis en place autour de la pédagogie, autrement dit, des méthodes et des pratiques d’enseignement et d’éducation ainsi que toutes les qualités requises pour transmettre un savoir. M-A. Jutand, l’explique très simplement : « un enseignant détient des savoirs qu’il va transmettre et pour ce faire il a besoin d’un dispositif adéquat ». Dispositif qui comprend les outils, les acteurs et les processus permettant de faire correctement fonctionner l’enseignement dans un établissement sans pour autant

se limiter à l’usage des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) ou des méthodes d’évaluation. Cependant, constate-t-elle, « l’enseignant est malgré tout isolé car la plupart du temps, il ne sait pas se servir de ce dispositif pour la simple et bonne raison qu’il n’a jamais été formé pour. Un enseignant-chercheur n’est évalué que sur ses publications et ses travaux de recherche ». Le serpent qui se mord la queue donc… Pour y remédier, il est fondamental d’accompagner les enseignants tout au long de leur carrière et de valoriser leur travail d’enseignement. « Ce doit être une vraie volonté politique ; ce n’est que comme ça que l’offre de formation pourra s’améliorer », précise M-A. Jutand.

Création d’un service dédié pour mieux accompagner les enseignants De ce constat, et face à l’évolution rapide des technologies et des publics auxquels il faut s’adapter en permanence, il s’est très vite dégagé l’idée de la création d’un espace ou d’une structure commune destinée à accompagner les enseignants et enseignants-chercheurs dans leurs activités pédagogiques. Sans réinventer la roue, il s’agirait de mettre en place un Service Universitaire de Pédagogie (SUP), configuration qui existe déjà dans certaines universités en France et à l’étranger. Le SUP est un lieu de conseils, de ressources, de formation et d’échanges, de réflexions et de pratiques. Il favorise ainsi l’ouverture et l’innovation, crée une dynamique de progression, et participe naturellement à la mutualisation des expériences pédagogiques. Le travail sur le positionnement d’une telle structure au sein de la NUB est à l’étude, faisant attention à ne pas mettre en péril ce qui fonctionne déjà. « La création d’une dynamique commune permettra à la nouvelle université de Bordeaux de mieux former les futures générations d’étudiants », conclut M-A. Jutand.


Chantier

ENTRETIENS CROISÉS

Formation et recherche :

indissociables autant qu’indispensables... Ce mois-ci, Horizons propose à deux doyens de donner leur point de vue sur l’articulation de la recherche et de la formation. Echanges avec les professeurs Jean-François Brisson, doyen de la faculté de droit et de sciences politiques et Jean-Luc Pellegrin, doyen de la faculté de médecine. Horizons : Comment sont adossées la formation et la recherche dans votre UFR* ?

H : Quelles sont les spécificités de votre champ disciplinaire ?

Pr Brisson : Les questions liées à la formation sont traitées par les conseils d’UFR puis harmonisées en conseil des études et de la vie universitaire. Le conseil de la faculté n’aborde l’aspect recherche que de manière très marginale. Celle-ci est d’abord de la responsabilité des laboratoires. Les étudiants sont formés à la recherche soit par la voie « royale » des masters recherche, soit après un master pro.

Pr Brisson : La formation en droit est une formation appliquée à vocation professionnelle. Nos master 2 bénéficient pour la plupart d’une très bonne réputation et nos formations sont très attractives. Les interactions entre la recherche et la formation sont permanentes. Celle-ci doit donner les clés d’explication d’un système juridique en évolution permanente et alimenté par de multiples normes nationales, européennes ou internationales. A ce titre, la recherche alimente la formation et les besoins de formation justifient le développement d’une recherche toujours en éveil.

Pr Pellegrin : Pour être experts dans leur domaine, les enseignants doivent exercer une activité de recherche et enseigner un savoir qu’ils contribuent eux-même à développer, en recherche fondamentale et/ou clinique. Des activités effectuées en collaboration avec les autres composantes, le CHU**, l’Institut Bergonié, et les EPST***. Quant aux étudiants, en plus de l’obligation de leur thèse de médecine, certains suivent un double cursus médecine et sciences pour obtenir un master 2 recherche et faire une thèse de troisième cycle.

Pr Brisson : La dissociation des collèges et des départements scientifiques me parait une bonne chose. Ces niveaux intermédiaires devraient être des structures légères assurant la coordination. En termes de formation, il faut veiller à ne pas casser la logique disciplinaire. Ce qui ne veut pas dire que la faculté de droit et de sciences politiques doit correspondre au périmètre d’un futur collège de la NUB. À mon avis, une des valeurs ajoutées du futur établissement viendra de l’institutionnalisation de nouveaux lieux d’échanges et de concertation avec les autres filières des sciences sociales, comme par exemple Sciences Po. La NUB doit permettre de revenir à des logiques partenariales selon un principe gagnant-gagnant. Côté recherche, une plus grande pluridisciplinarité est souhaitable. La mise en place d’un département sciences sociales doit y contribuer. Pr Pellegrin : Je pense que cette articulation formation-recherche doit rester sensiblement identique. Logiquement, la NUB devrait contribuer à augmenter d’une part la synergie entre les actuelles composantes (santé, sciences de la vie, sciences humaines et sociales) entre elles, mais également entre la formation et la recherche.

© Hugues Breteau

H : Comment cela doit-il à votre avis évoluer au sein de la NUB ?

Pr Pellegrin : Une des particularités de l’UFR de médecine est son caractère professionnalisant. Tous les étudiants qui finissent leurs études ont un métier. En santé, l’évolution des connaissances est très rapide. Environ la moitié de ce que l’on apprend devient obsolète entre cinq et dix ans. Nous sommes donc obligés de rester acteurs de la recherche, d’être enseignants et chercheurs. Les médecins ont également l’obligation de se former tout au long de leur vie, à travers notre unité mixte de formation continue en santé. Là encore, un lien fort entre formation et recherche est nécessaire. C’est un fait inhérent à l’évolution des connaissances.

Travaux pratiques en sciences de la vie

* Unité de formation et de recherche ** Centre hospitalier universitaire *** Etablissement public à caractère scientifique et technologique (CNRS, INSERM, INRA, INRIA…)

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Chantier

AU CŒUR DU CHANTIER

Vers une intensification

du dialogue social Assemblée des Comités techniques, réunion intersyndicale/directoire et création d’un groupe de coordination, le dialogue social entre dans un cadre et une procédure formalisés au sein du chantier NUB.

Le directoire de la nouvelle université de Bordeaux, face à l’assemblée des comités techniques le 5 mars 2012

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n des points importants de la feuille de route de la NUB concerne la planification des modalités de dialogue social. Mais qu’entend-on par dialogue social ? Le terme est en effet de plus en plus usité sans qu’aucune définition commune n’existe. Dans un cadre sociologique, il s’agirait plutôt du dialogue entre les partenaires sociaux : patronat et salariés. « Mais dans un service public, on n’est pas dans la même situation » explique Yannick Lung, président de l’université Montesquieu - Bordeaux IV, membre du directoire la NUB et syndicaliste. Selon lui, « on a tous dans l’idée de défendre le service public ». Pour Anne Goudot, de la Dirop, le dialogue social consiste à demander leurs avis aux personnels concernant les questions qui vont déterminer leurs conditions de travail et leur rémunération. « C’est aussi le terme utilisé par le gouvernement pour mettre en place une nouvelle organisation avec les syndicats », selon Dominique Belougne de la CGT. Le terme est en effet consacré dans le public depuis la mise en place de la Loi du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social, comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique.

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© Paul Bensamoun

L’enjeu, pour Yannick Lung, va au-delà de la loi. Il s’agit de « faire que le fonctionnement de la NUB soit l’affaire de toute la communauté universitaire ». Et d’y associer les personnels à la vie des institutions, car il y a une communauté de terrain qui peut enrichir les discussions. Alors évidemment, dialogue ne veut pas dire consensus. Surtout qu’in fine, le pouvoir de décision reste dans les Conseils d’administration de chaque établissement. Mais c’est l’occasion « d’échanger et de rechercher des compromis ». Quel sera le périmètre de ce dialogue social ? Tout ce qui relève de la prérogative des comités techniques (CT) des différents établissements, à savoir les questions d’organisation du travail, de primes, de politique indemnitaire, de santé, etc. Il va se formaliser en trois points principaux : assemblées des CT, réunions entre le directoire et l’intersyndicale et travail d’un groupe de coordination. Les CT continueront donc à être consultés plusieurs fois par an. La dernière assemblée (5 mars) a porté sur le travail du groupe de coordination et sur la


Chantier question de la structure cible de l’établissement, soit sa forme future. L’intersyndicale (CFDT, CGT, FSU, UNSA et UNEF) a souhaité pouvoir rencontrer le directoire régulièrement. C’est d’ailleurs de la première réunion du 20 février dernier qu’a émané le dernier point important concernant la création d’un groupe de coordination. Il sera constitué de membres du Directoire - Yannick Lung en sera le référent - et de deux représentants désignés par chacun des quatre syndicats siégeant dans les CT. Ce groupe sera chargé dans les semaines à venir de proposer des thématiques relatives aux person-

nels qui, à très court terme, deviendront des commissions de travail paritaires. Les modalités sont encore à préciser mais elles auront des échéanciers précis sur leur travail à rendre. « Le but sera aussi de connecter le travail de ces groupes entre eux, c’est une autre forme du dialogue social ». Concernant sa formalisation actuelle, Yannick Lung répond que c’est le bon moment : « L’année dernière n’était pas une année menée d’un point de vue politique, avec l’état des lieux. Aujourd’hui on construit l’établissement, il est donc normal que le dialogue social prenne plus d’ampleur ».

Que pensez-vous

de cette intensification du dialogue social et de la mise en place du groupe de coordination ? Dominique Belougne, membre du secrétariat collectif CGT et élu au CA de l’université Bordeaux Segalen

© Gilles Palmer

* BIATSS : Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé.

Christian Pécoste, secrétaire départemental SNPTES-UNSA, Ingénieur d’Études, élu au CA et CT de l’université Bordeaux 1 Cela se met juste en place, donc nous attendons de voir. On va certainement dans le bon sens. Il est vrai qu’on reprochait le fait que les élus des comités techniques (CT) avaient été les oubliés de ce chantier et que les remarques formulées dans la note de préconisation n’avaient pas été prises en compte. De ce groupe de coordination doivent émerger des groupes de travail. Nous sommes attachés à la représentativité syndicale des CT dans ces groupes. Les thématiques qui seront définies sont déterminantes. Il est important qu’on puisse traiter des problématiques BIATSS en général, mais également de l’organisation du futur établissement qui aura une incidence sur les personnels (mobilités, carrières…). Nous y serons très vigilants. Ces commissions auront aussi le devoir de s’aligner sur le mieux-disant de chaque établissement. Par contre, il ne faudrait pas que leurs choix limitent les avancées dans nos propres établissements durant la durée du chantier. De toute façon, ce seront les CT d’établissement qui valideront les travaux des groupes de travail. Il nous faut aussi nous adapter pour travailler entre élus des différents établissements de la NUB. Mais, l’UNSA se réserve également le droit de rencontrer le directoire pour être force de propositions si elle le juge nécessaire.

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© Olivier Got

Pour nous, c’est plutôt positif. Nous souhaitons que les personnels, par la voix des organisations syndicales, soient entendus. De par leurs fonctions, les BIATSS* sont souvent réduits à des acteurs exécutants de l’établissement. Dans la construction du projet NUB, trop de choses ne se dévoilent pas. Nous essayons de recueillir le maximum d’informations, de créer des lieux de démocratie. Le dialogue social devrait permettre que les personnels, les usagers, via leurs organisations syndicales, soient présents dans la phase de construction des projets de convergence. Nous allons tout faire pour revenir au service public, et obtenir l’harmonisation par le haut de la gestion des ressources humaines et des droits de personnels. Il existe beaucoup d’inquiétudes, notamment sur les moyens humains et financiers constants, l’articulation avec l’IdEx, les situations de management, la structure juridique de la NUB, la mutualisation, l’avenir des contractuels… Nos directions administratives sont mises à contribution par les différentes demandes ministérielles (autonomie…) auxquelles s’ajoutent les mises en commun du chantier NUB. Les missions « classiques » en souffrent par effectifs insuffisants. Nous souhaitons aussi travailler un mode de fonctionnement, avec les commissions NUB, qui ne dépossède pas les CT des établissements de leurs fonctions.

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Chantier

ACTEUR DELPHINE GASSIOT-CASALAS

La NUB

piano piano

Rencontre avec Delphine Gassiot-Casalas, chargée des affaires juridiques à l’université Montesquieu - Bordeaux IV et animatrice du GP juridique.

Des aléas de la vie la font « décrocher » avant la soutenance. Elle rebondit rapidement par un poste de gestion et pilotage de projets européens dans le service des relations internationales (RI) de l’université Bordeaux 1 en 2008. Elle y développe des compétences utiles aujourd’hui sur les projets RI, mais trouve que la gestion administrative supplante trop les activités juridiques. « Quand j’ai vu le concours se profiler dans mon université, cela m’a interpellée d’être de l’autre côté, celui de l’administration ». Dès son arrivée, très attendue, elle est vite submergée de demandes. « La fonction est variée et permet de ne pas s’ennuyer ».

© Service communication et culture Bordeaux IV

Puis vient 2011 et la création de la NUB, un projet également « très stimulant ». Elle prend alors la tête du groupe-projet juridique et travaille sur l’état des lieux avec ses collègues. « Il nous a permis de réfléchir sur notre cœur de métier ».

« On s’est laissé le temps »

L

es cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Et l’université bordelaise de droit, économie et gestion ne dérogeait pas à cette règle jusqu’à la création d’un poste de chargé des affaires juridiques en 2010. L’époque est à la procédure même dans les universités, Bordeaux IV s’en était aperçue après l’annulation d’élections étudiantes en 2008. Devenir « juriste dans une fac de juristes » : mission impossible ? Delphine Gassiot-Casalas relève le défi. Non par inconscience, mais bien par vocation tout d’abord. La collégienne de Lormont rêvait déjà du droit et ressentait « une révolte face au sentiment d’injustice en général». On emmène parfois loin ses rêves d’enfant, et ceux de la juriste l’ont menée tout droit à Bordeaux IV. «  En avançant dans mes études, j’ai rencontré le droit des affaires, beaucoup moins chargé émotionnellement  » que la fonction de procureur à laquelle elle imaginait se destiner à l’adolescence. « Ce n’est pas la même implication personnelle, mais c’est très stimulant intellectuellement  ». Après un master en droit public, elle prépare une thèse sur les implications du droit communautaire sur le financement des services publics.

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Aujourd’hui les juristes ont les mêmes activités diversifiées. Quid de demain ? « A mon avis, ce sera là le plus délicat à gérer. Peut-être sera-t-on organisé en pôles, sans forcément de hiérarchisation entre nous. Chacun deviendrait alors un interlocuteur privilégié dans son domaine ». Elle ne se dit pas inquiète « il y aura de la place pour tout le monde, chacun doit y trouver sa place ». Mais elle comprend les personnels du site. « Ils ont peur de subir : c’est le lot de toute restructuration. On s’est laissé le temps de ficeler le projet, et non pas de plaquer un modèle. Cela devrait les rassurer ». Un naturel plutôt optimiste donc pour une personnalité véritablement solaire. La jeune juriste apprécie le côté humain de son métier, a repris l’enseignement, commencé en thèse, avec les doctorants contractuels. Elle sait jouer de toutes les notes offertes par son activité, mais avoue préférer « travailler sur la stratégie d’un projet plutôt que sur sa mise en œuvre technico-technique ». Les autres notes que Delphine Gassiot-Casalas connaît et qui l’apaisent sont celles de la musique. Pas n’importe laquelle, mademoiselle ne chante pas, mais aime le blues, le « cool », le bebop. En un mot le jazz ! Véritable spécialiste voire puriste, elle réussit à convertir un de ses éminents supérieurs, pourtant imperméable à cette musique, mais pour qui désormais les Shirley Horn, Patricia Barber et autre Art Blakey and The Jazz Messengers n’ont plus de secrets. Un autre défi relevé.


Ouverture

AILLEURS

Un collège

à l’anglaise

A l’heure où le concept de « collège » est sur toutes les lèvres des acteurs du chantier de la nouvelle université de Bordeaux, voici un aperçu de ce qu’il représente outre-manche, chez nos voisines d’Oxford et de Cambridge… Welcome in Great Britain!

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ans la famille des universités internationalement reconnues, Oxford et sa cadette -et néanmoins rivale- Cambridge font parties des plus prestigieuses. Classées parmi les dix meilleures du monde, elles forment la quasi-totalité des élites politiques et intellectuelles du Royaume Uni depuis des siècles et représentent la quintessence du système universitaire anglais. Toutes deux sont dotées d’une structure fédérale avec une forte autonomie des composantes, au cœur de laquelle se trouvent les fameux colleges. Institutions constituantes de l’université, ils sont totalement indépendants. Un système, clé du succès de ces universités, qui n’a pas d’équivalent en France.

Tradition et sentiment d’appartenance

En parallèle des colleges, l’organisation de l’université est structurée à plusieurs niveaux. A Cambridge, on trouve six schools (sciences humaines, biologies et vétérinaire, médecine, sciences sociales, physique et technologies) qui regroupent des departments, eux-mêmes composés de faculties. Chaque school dispose de sa propre organisation. A Oxford, ce sont quatre divisions (sciences humaines, mathématique physique et sciences de la vie, médecine, sciences sociales) puis des departments, sub departements, faculties, institutes, etc. C’est au sein des departments que s’effectue en général la recherche. A ces schools et divisions sont associés une équipe dirigeante et un conseil. On the top of the top règne le vice Chancellor, équivalent de notre président (le Chancellor ayant un rôle honorifique). Il est entouré de cinq pro-vice chancellor pour chaque grande fonction et « conseillé » par le senate, la regent house, les faculties board etc. Résumons. Avant tout, chaque étudiant choisit le college dont il souhaite être membre. Les enseignements sont dispensés au sein des schools et divisions mais aussi dans les colleges grâce aux tutorats. Les degrees (diplômes) sont délivrés par l’administration centrale de l’université et non par les colleges. Un système so british qui semble faire ses preuves. Synonymes d’élégance et de prestige, gages d’excellence et de sérieux, ces colleges made in Oxford and Cambridge sont de véritables institutions, lieux historiques d’une vie étudiante riche et intense à tous points de vues. Christ Church, un des college d’Oxford

© skvoor - Fotolia

Au nombre de trente et un pour Cambridge (dont trois réservés aux femmes…) et trente-huit pour Oxford, les colleges désignent le lieu d’habitation et de vie des étudiants mais aussi des enseignants. Dans des bâtiments à l’architecture soignée, ils disposent de chambres, d’une chapelle (tradition oblige, au Moyen Age, les étudiants devaient prier pour le salut des fondateurs de l’établissement …), d’une salle à manger où étudiants et enseignants prennent leurs repas ensemble (la table des professeurs étant surélevée par rapport à celles des étudiants) et autres infrastructures utiles et agréables. Les colleges offrent aussi moultes activités sociales, culturelles, sportives, récréatives en tous genres, mais aussi spirituelles. Car à ces colleges s’apparentent des permanent private hall ou fondations religieuses auxquelles il est important d’appartenir. « Un esprit sain dans un corps sain », c’est bien connu… ! Last but not least, les colleges se chargent aussi de l’enseignement, dans le cadre de séances de tutorats, les supervisions à Cambridge et tutorials à Oxford. Les élèves y sont individuellement coachés par un professeur ou un thésard du college. Durant ces séances, chaque étudiant peut exprimer ses difficultés. C’est un véritable soutien. Chaque college de l’université est souverain dans le choix de ses élèves et de ses professeurs. Pour garantir cette indépendance, les colleges disposent d’une dotation formée de terres, d’immeubles et d’actifs mobiliers. Certains sont d’ailleurs riches ! De fait, la culture d’appartenance au college est très forte, pour les étudiants comme pour les enseignants. Ils sont dirigés de façon autonome par des principals.

Subsidiarité et autonomie

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© Sophie Pawlak

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REGARD D’EXPERT ANTOINE GODBERT, DIRECTEUR DE L’AGENCE 2E2F

Le regroupement,

c’est la capacité de pouvoir peser au niveau international Horizons : Alors que l’agence vient de célébrer les vingtcinq ans du programme Erasmus, quelles évolutions avezvous pu observer en matière de mobilité étudiante au cours de ces deux dernières décennies ? Antoine Godbert : J’ai constaté une évolution extrêmement forte de la mobilité entrante et sortante en termes de volume. Le programme Erasmus, qui est en quelque sorte le vaisseau amiral de l’agence, y a largement contribué. Il y a plus de trente mille étudiants qui en ont profité en 2011 dont près de trois mille en Aquitaine. Cependant, la proportion d’étudiants en mobilité peut encore croître. Et cela me semble essentiel compte-tenu de tout ce qu’elle peut apporter en termes de compétences et d’adaptabilité au monde, qui a lui-même beaucoup évolué depuis vingt ans. H : Comment caractériseriez-vous le site bordelais en termes de mobilité ? A.G. : En France, nous sommes leader sur le programme Erasmus Mundus, et Bordeaux est leader à l’échelle nationale. Erasmus Mundus permet le renforcement des réseaux de recherche intra européens avec la possibilité d’y associer des étudiants et des chercheurs venus d’espaces émergents et de nouvelles puissances. Bordeaux est donc capable d’attirer ceux qui demain seront créateurs de richesses. Il y a globalement sur le site bordelais une forte relation au monde qui ne date pas d’hier et qui va se renforcer dans les années à venir. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut que la NUB soit puissante. H : Quel regard portez-vous sur le chantier de la NUB ? A.G. : Quand j’ai pris mes fonctions en novembre 2010, je souhaitais que l’agence s’inscrive très fortement dans son contexte régional. Ainsi, toute création d’institutions permettant d’avoir une plus grande efficacité à l’international m’intéressait. A Bordeaux, l’idée de mutualiser les efforts dans ce domaine a constitué une belle vision anticipatrice. J’ai donc regardé le chantier de la NUB sous ce prisme à partir d’une analyse simple : plus on est visible, plus on a les moyens de faire de la mutualisation entre départements et plus on est capable de mobiliser les énergies de différentes universités dans des domaines disciplinaires variés pour des projets transverses. C’est autant que l’on peut

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mettre en avant pour bénéficier de coopérations efficaces avec d’autres institutions du même type partout dans le monde. Le regroupement envisagé à une échelle plus importante que ce qui existe aujourd’hui, c’est donc aussi la capacité de pouvoir peser au niveau international. La NUB donne par ailleurs à Bordeaux une taille critique qui l’inscrit dans des niveaux d’effectifs comparables à d’autres universités comme Marseille et Strasbourg et, demain, Lille ou Montpellier. Partout en Europe, ce sont les grandes métropoles qui sont aujourd’hui les porteuses de l’économie du savoir et constituent des espaces d’opportunités économiques. Car un autre enjeu d’importance est de savoir convaincre les acteurs économiques et politiques que les établissements d’enseignement supérieur constituent un levier puissant pour la croissance économique régionale et pour la création de valeur ajoutée scientifique au niveau mondial. Dans le cadre des études d’impacts de nos programmes et de nos actions, on se rend compte que les formations requièrent un regard commun entre les acteurs professionnels qui emploient les étudiants et les enseignants qui les conçoivent. Il y a nécessité à avoir un vivier de formations supérieures qui puisse fédérer les métiers. Et on ne peut y arriver à mon sens que si l’on a une taille suffisante. Enfin, il faut réfléchir à la capacité qu’a l’enseignement supérieur de donner des chances, donc des compétences, aux jeunes qui doivent s’inscrire sur le marché du travail. Il s’agit d’une donnée aussi importante en termes d’objectif que celle de la constitution d’équipes de recherche internationales. H : La création d’un nouvel établissement est-elle opportune ? A.G. : Bien entendu. Nous constatons que les grands partenariats vont prendre de plus en plus de place et seront beaucoup mieux dotés. Et pour en bénéficier, il faut avoir des institutions en capacité de préparer les dossiers, de les gérer et de les suivre. Une mutualisation me semble ainsi totalement logique, plutôt que d’avoir des efforts fragmentés. Agence 2E2F www.europe-education-formation.fr/


Horizons #3