Extrait - Notes de cours : Histoire de la photographie

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CERCLE D’HISTOIRE DE L’ART ET ARCHÉOLOGIE

NOTES DE COURS – BA2

UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

Art et archéologie : histoire de la photographie Danielle LEENAERTS Professeure HHAAR2

HAAR-D-225


Avertissement Le cercle décline toutes responsabilités en cas de modification du cours par le professeur concerné. Ces notes constituent un support de cours uniquement, elles ne sont pas corrigées par un professeur et sont fournies en tant que complément. Elles ne vous dispensent en aucune manière d’être présent au cours.

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Par Tara Planchet - Année 2018/2019

Histoire de la photographie Dernier cours​ ​: visite du musée de la photographie à Charleroi. Objectif du cours ​: donner des repères dans la chronologie, repères liés à des procédés et leur histoire. Mais aussi des repères en vocabulaire et notions propres à la photographie. Pour reconnaître des œuvres avec leur spécificité technique et esthétique. Outils ​: UV (glossaire + synthèse du cours) & Images (iconothèque : icono.ulb.ac.be ; log : coursphoto ; mot de passe : HaP?1). Lecture ​: Roland BARTHES, « La chambre claire : notes sur la photographie ». Issue : exercice de synthèse (un A4, 3 paragraphes) => définition des trois termes « PUNCTUM », « STUDIUM » et « CA A ÉTÉ ». ​!!! QUESTION D’EXAMEN​ ​!!! Répartition des points de l’examen ​: ¼ résumé + ¼ QCM + 2 questions ouvertes avec rattachement à une œuvre (période, esthétique, etc) + argumentation d’une question à l’aide d’un exemple de notre choix.

I.

Invention de la photographie et premières progressions techniques (1816-1880)

XIX​ème siècle : formulation de l’idée ou de l’attente d’un outil capable d’enregistrer directement une image en réalité observée. C’est une invention qui répond à un besoin ; B. MARBAUT s’est interrogé sur le pourquoi c’était un moment fécond pour formuler un tel projet. Deux hypothèses : 1) La Bourgeoisie : C’était la classe sociale ascendante au XIXème siècle, qui avait foi en l’idéalisme libéral et le positivisme scientifique, avec aussi un esprit du commerce et un développement des industries. Elle possédait l’esprit d’entreprise et de réalisme. La photographie permet d’accompagner cette ascendance et les inventions de la bourgeoisie. Cet élément est donc favorable à l’apparition de la photo qui se développe de façon industrielle. 2) Les Sciences : Le champ scientifique est en attente de moyens de représentation fiables, représentant l’image saisie par le regard avec la plus grande exactitude, de manière plus fiable que la main de l’homme. Cette attente est liée à un moment de progression de la chimie, qui permettra l’apparition de l’appareil photo, qui est « l’écriture par la lumière » reposant sur des paramètres scientifiques, optiques (connus depuis l’Antiquité = Camera Obscura) et les progrès de la chimie (car il faut inscrire sur un support l’image de la C.O.). Au XIX​ème siècle, on a la conjonction de ces deux aspects qui amènent à la création de la photographie. 1


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La Camera Obscura = Chambre Obscure. Principe connu depuis le IV​ème ​siècle ACN (Aristote) et utilisé depuis de manière continue. C’est une pièce obscurcie complètement avec un petit trou appelé le STÉNOPÉ. Les rayons du soleil venant de l’est, en passant par l’ouverture, vont refléter l’image de l’extérieur inversée de haut en bas et de gauche à droite. Ce dispositif renverrait plus à l’origine du cinéma que de la photo car on observe l’image continue en temps réel et projetée. A l’Antiquité, c’était un moyen utilisé pour l’observation astronomique. A la Renaissance, elle était utilisée par des artistes comme machine à dessin. Elle a été conviée de siècles en siècles à travers une série d’écrits (au XIII​ème siècle, un savant anglais, Roger BACON, l’a reprise à des fins scientifiques, mais elle n’était pas utilisée à cette époque dans le domaine de l’art). A la Renaissance, la C.O. permet à l’artiste de garantir son trait entre l’observation et la représentation d’un sujet. Elle est retrouvée dans les écrits de Léonard de Vinci et en 1553 dans le « Mageai Naturalis » de G. B. della PORTA, où ce dernier invite les artistes à s’en servir pour les aider à dessiner. Le dispositif est d’abord inconfortable car le dessin est inversé, mais en 1540 un moyen est trouvé pour renverser l’image : une lentille de verre est intégrée au sténopé. Elle permet aussi de condenser l’impact de la lumière et de rendre le trait beaucoup plus clair. Dès la Renaissance, ce principe renvoie à la compétence de l’artiste et l’image formée d’elle-même est déjà toute faite, il n’y a plus qu’à la suivre, ce qui ​réduit l’intervention humaine au profit de l’image la plus fidèle possible​. Après vient un autre changement, la C.O. devient portative. C’est le même principe, l’image percute le mur du fond puis revient grâce à des miroirs sur un verre dépoli, sur lequel le dessinateur dépose du papier calque et la redessine à la main. Cette machine à dessiner vient s’insérer dans une histoire de longue date qui assure le geste du dessinateur et une impression définitive de l’image dans la C.O. Étape suivante : se passer complètement du dessinateur, ce qui est le rôle de la chimie. La partie haute du dessin reprend en coupe l’œil humain auquel on compare la C.O. car le sténopé est unique tandis que notre regard à nous est double MAIS en réalité unique car chaque œil nous donne des types d’informations différents, réunies ensuite. Il se passe une synthèse similaire avec le sténopé. On valorise cette C.O. comme moyen concret pour établir une connaissance du monde à travers l’observation. On peut calculer dans l’espace pour donner une représentation spatiale des mathématiques et des objets, afin de garantir une ​connaissance empirique du monde​. 2


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C’est la théorie de Descartes dans la ​Dioptrique​. Il faut se remettre dans le cadre des Lumières et de cette nouvelle foi en la maîtrise des données sans rapport humain, en rappelant qu’au XIX​ème siècle, derrière cet outil, il y a le dessinateur qui le manipule (cf. Kant). On comprend donc pourquoi la science et la photographie sont étroitement liées, car c’est un objet issu des sciences (même la C.O. dans ses usages premiers, l’astronomie). Le moment de transition Sciences/Art se fait à la Renaissance, au XVIIème siècle. La C.O. s’associe à d’autres machines à dessin qui aident l’artiste : la CAMERA LUCIDA = l’artiste observe le sujet de son dessin à travers un viseur qui l’aide dans sa conception de la perspective, et en reproduit les traits sur du papier calque (dispositif ouvert >< C.O.). Il existe aussi un autre type de machine datant du XVIII​ème siècle, la ​« machine à profil » ​: la pièce doit être plongée dans l’obscurité et est éclairée par une bougie, ce qui permet de tendre une toile de l’autre côté de laquelle le peintre trace le profil du visage. Ici, on en fait un usage artistique mais la C.O. inspire des disciplines, comme la PHYSIOGNOMONIE, dans les années 1780 par LAVATER qui estime pouvoir dédier de leurs profils des infos sur le comportement psychologique des personnes. Il apprécie le décalage entre la réalité et la représentation. On retrouve cette volonté d’objectivation des choses. Il va falloir ajouter à la C.O. la ​photosensibilité = substances permettant d’inscrire les images projetées sur un support. C’est l’anglais ​Thomas WEDGWOOD qui va expérimenter une substance, le nitrate d’argent, qui noircit au contact de la lumière, en tentant de reproduire une peinture sur verre sur un support permanent. Il place une feuille de papier enduite de nitrate d’argent sous la peinture sur verre et, en exposant l’ensemble à la lumière, celle-ci traverse la peinture sur verre et imprime une copie inversée de celle-ci. Les parties non recouvertes sont sombres et la peinture est claire, ce qui donne une ​image négative​. Sa difficulté est qu’il n’arrive pas à arrêter le processus de noircissement et l’image finit par disparaître et noircir complètement = ​problème de la fixation​. Mais la piste est intéressante. On est face à un principe qui va mener à l’invention de la photo par un français, ​Nicéphore NIEPCE​, qui va s’inscrire dans les pas de Wedgwood mais qui associe la Camera Obscura ET la photosensibilité (ce que W. ne fait pas car il est dans une représentation de contact) en ​1816 pour enfin retenir l’image. La première photo de l’histoire est réalisée en ​1826​. Il aura fallu dix ans à Niepce pour avoir une photo plus ou moins lisible. Il utilise du bitume de Judée mais il est toujours impossible de fixer l’image. Niepce va penser à une autre voie en utilisant une plaque de métal pour graver l’image (ce qu’il va essayer pendant dix ans avant d’avoir un résultat correct). La première photo est réalisée sur

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une plaque d’étain. Il met donc au point un procédé intermédiaire, l’​héliographie​, qui est une forme de gravure et de photo associée. Il va qualifier sa première photo d’héliographie, technique qui consiste donc à prendre une image originale et utiliser un support métallique enduit de bitume de Judée, et les exposer ensemble à la lumière. L’image se forme sur la plaque photosensible et le graveur reprend les traits, ce qui permet ensuite d’avoir autant de copies que souhaitées (voir exemple du cardinal d’Ambroise). Il arrête le dessin en le reprenant en gravure, donc n’utilise pas la C.O. Il définit la forme d’une photographie faisant appel à une sensibilité permettant la reproduction de l’image. Il l’éloigne du support papier et donc du projet initial.

Mais Niepce va aboutir à l’arrêt du noircissement avec la C.O., en réexposant la plaque à vapeur d’essence de lavande en 1826. Il renoue donc avec le principe de 1816, qui est d’utiliser la C.O. pour obtenir une image définitive mais dont le noircissement est enfin stoppé. L’image est peu lisible sur la plaque d’étain, elle n’apparaît que par lumière rasante, comme un hologramme. Elle présente des masses sombres et éclairées. L’image définitive est enregistrée par la C.O. grâce à la photosensibilité MAIS avec un manque de précision car le processus de fixation est très lent (une journée !) pendant laquelle le soleil bouge donc le rendu est imparfait. La photo est donc la somme de toutes les images formées pendant le temps d’exposition, ce qui est une des plus grosses difficultés de Niepce. Voilà pourquoi entre 1826 et 1829, il va y avoir une amélioration du processus en réduisant le temps de pose. Il s'associe à un peintre connu pour son usage de la C.O., ​Jacques Louis Mendée DAGUER ​en 1829. Celui-ci voit mal comment s’y prendre, il pense que c’est par rapport à la photosensibilité qu’il faut améliorer le processus, c’est pour ça qu’il utilise le sel d’iode qui réagit plus vite à la lumière (en opposition à Niepce qui pensait qu’il fallait améliorer le mécanisme). Les heures de temps de pose se réduisent donc à des minutes mais le problème de la fixation est toujours présent. En plus, l’image est latente car elle donne lieu à un développement dans des bains. A la mort de Niepce, c’est Daguer qui reprend les travaux et la paternité de l’invention échappe à ce premier. Il va reprendre ses recherches pour aboutir au premier procédé de la photographie de l’histoire : le DAGUERRÉOTYPE. Il utilise la C.O. où se trouve à l’intérieur un support en cuivre avec du sel d’iode ; l’image est latente, révélée dans un bain de mercure avant d’être fixée dans du chlorure de sodium. Après ça l’image est lisible, précise, et le temps de pose est de plusieurs dizaines de minutes. Dans un premier temps, ce sont des photos de natures mortes et d’éléments immobiles. 4


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Le Daguerréotype La photographie = ​« l’écriture par la lumière »​, et son invention est donc attribuée à Daguer. En 1837, il arrive à son aboutissement, mais l’invention n’est révélée qu’au grand public deux ans plus tard (cf. gravure séance officielle de la révélation de la photo au public) par François ARAGO s’adressant aux membres de l’Académie des Sciences le 19/08/1839. Il va inviter les membres à y prendre place mais peu viendront. Il va affirmer que la France dote le monde d’une invention qui va contribuer au progrès scientifique. Même s’il pourra aussi aider le travail de l’artiste, car ils pourront déjà avoir des modèles pour s’inspirer, ce qui va très longtemps être une de leurs utilisations. On a attribué la découverte à D. plutôt qu’à N. car c’est lui qui l’a aboutie, ce qui s’explique par le fait qu’il va organiser la diffusion du procédé, avec la diffusion de manuels et de C.O. dans des magasins d’optiques (d’où les deux ans écoulés). D’autres individus vont aussi s’imposer comme créateurs d’une invention photographique spécifique, mais qui n’arriveront pas à la cheville de Daguer. Le premier est ​Henry FOXTALBOT​, qui estime aussi être l’inventeur de la photographie. Le principe de photosensibilité est mis en oeuvre à partir d 1834 pour avoir des dessins photogéniques : les objets sont directement posés sur des feuilles de papier sensible à l’exposition de la lumière, ce qui laisse une trace sur le papier et donne une image négative qui est simplement l'empreinte directe obtenue, ce qui est très différent de la photographie. En 1840, il a l’idée d’utiliser une feuille dans la C.O. pour avoir une photographie, mais c’est plus tardif donc pas son invention. Cependant, il revendique une autre technique sur un support papier qui a l’avantage d’être ​reproductible​. Il arrive à inverser l’effet négatif. Il reconnaît que le ​TALBOTYPE n’arrive pas à la cheville du daguerréotype, mais c’est une voie ouverte à la photographie sur support papier. Talbot va obtenir une image négative dont il va pouvoir obtenir une image positive par contact, donc en exposant l’ensemble à la lumière, et pouvoir ainsi obtenir autant de positifs que souhaités. Un autre exemple de procédé positif sur papier est celui de Hyppolite ​BAYARD​, qui va se manifester en revendiquant son invention dès ​1839. Il prend à parti les membres de l’académie des sciences pour leur montrer que lui aussi a abouti à un résultat photographique en utilisant la C.O. et en recourant à un support papier (voir photo). Autoportrait mis en scène et réalisé ultérieurement à l’intention des membres de l’académie des sciences et intitulé « Le Noyé ». Il s’est mis en scène à la morgue, noirci avec du cirage mains et visage et a pris place sur un drapé blanc pour faire ressortir la luminosité. Il a orchestré cette image pour l’envoyer à l’académie avec un commentaire (voir synthèse). C’est toute l’ironie et la frustration de Bayard qui en ressort, avec une mise en 5