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Culture

Vendredi 28 mai 2010

page 34

exposition

musique

Comment avez-vous pensé ces concerts baptisés « Domaine privé » ? C’est pour nous l’occasion de témoigner notre reconnaissance aux artistes invités, d’échanger et d’apprendre beaucoup avec eux. Cela nous sort de la routine du spectacle de la tournée, qui est désormais bien rodé. Vous allez vous produire avec Gaz Coombes et Danny Goffey, anciens de Supergrass qui forment ensemble les Hot Rats. Cette collaboration est assez inattendue… Nous avons un ami commun, Nigel Godrich, le producteur de Radiohead. Et nous étions allés les voir en concert il y a huit ans, avant de les rencontrer backstage. En partageant la scène, nous pourrons mêler leur prestation rock and roll sauvage et notre côté plus harmonieux. Nous sommes parfaitement complémentaires. On va aussi interpréter ensemble des morceaux de la bande originale de « Virgin Suicides », de Sofia Coppola. On joue régulièrement le titre « Playground Love », mais pas les autres. Lors de nos concerts, on livre un peu notre « best of », les morceaux les plus attrayants, les plus percutants. Je pense qu’il faut vraiment avoir adoré l’album et le film pour apprécier. Mais là, nous allons nous laisser tenter, au risque de choquer. Vous retrouverez aussi sur scène Jarvis Cocker, le leader de Pulp, après avoir collaboré sur l’album de Charlotte Gainsbourg. Avez-vous de nouvelles compositions à nous présenter ? Nous allons jouer les quatre morceaux que nous avons composés Domaine ensemble pour l’album de Charlotte Gainsbourg privé » nous sort «  5:55  » (Because). On de la routine du spectacle comprend mieux le sens de la tournée, qui est des paroles dans la boudésormais bien rodé. che de Jarvis, puisque c’est lui qui les a écrites. Nous jouerons ensuite cinq de ses morceaux et trois ou quatre de nos compositions, ainsi qu’une reprise de Scott Walker. Quels sont les autres artistes avec qui vous auriez aimé partager la scène ? Hope Sandoval, dont le groupe Mazzy Star n’existe plus malheureusement. [Elle a collaboré avec les Chemical Brothers et plus récemment avec Massive Attack — « Paradise Circus » sur Heligoland 2010, Ndlr]. Nous aimerions aussi jouer avec la chanteuse et parolière américaine Cat Power, et avec Charlotte Gainsbourg mais elle est en tournage actuellement. Propos recueillis par Charles Faugeron

Les 1er, 3, 4 et 6 juin. www.citedelamusique.fr

Né en 1925 dans le Minnesota, au cœur d’une petite ville de l’Amérique profonde, Parkers Prairie. Duane Hanson s’intéresse très tôt à la sculpture. à 13 ans il édifie une réplique réaliste en bois de « The Blue Boy » de Thomas Gainsborough. C’est en quelque sorte le début de son travail sur la représentation de la condition humaine. Après des études aux Beaux-Arts, il enseigne tout en produisant des œuvres dont il n’est guère satisfait. Un tournant s’opère dans les années 1960 avec la découverte de nouveaux matériaux (la résine synthétique et la fibre de verre) dont le réalisme qu’ils permettent l’intéresse particuliè« Queenie II », 1988.

afp

L’Amérique désillusionnée de Duane Hanson

Œuvre de Duane Hanson à la Biennale de Valence, le 27 septembre 2005.

afp

e duo Air définit sa musique comme de « la pop harmonieuse expérimentale  ». Il s’offre en ce début juin un « Domaine privé » à la Cité de la musique et à la Salle Pleyel. Soit une série de concerts exceptionnels en compagnie d’artistes d’horizons variés. Jean-Benoît Dunckel, la moitié du groupe aux mélodies planantes, nous en dit plus.

Duane Hanson est souvent identifié comme artiste hyperréaliste, ce mouvement, né dans les années 1960 et dérivé du pop art, qui s’attache à décliner une réalité quotidienne dans ses plus profonds détails. Le sculpteur se revendiquait pour sa part plus volontiers expressionniste. L’un n’empêche finalement pas l’autre. Il est difficile de nier que le premier aspect frappant de ses sculptures est leur réalisme troublant. On aimerait pouvoir les pincer pour se convaincre qu’elles ne sont pas faites de chair et d’os. Mais une fois cet effet dissipé, c’est l’intensité expressive qui nous chavire. Ces hommes et femmes ordinaires de modeste condition nous parlent, nous renvoient à nous-mêmes. Leurs regards et mimiques expriment douleur ou ennui, colère ou tristesse. Émotions complexes et déstabilisantes.

rement. Les premières sculptures qui lui valent une certaine notoriété s’inscrivent dans l’agitation des grands mouvements sociaux de l’époque. Il y parle d’avortement, de guerre, de racisme. Mais à partir des années 1970, Duane Hanson se détache des thèmes trop explicites. À l’instar d’un Raymond Carver en littérature, il se prend d’amour pour les gens ordinaires, ces « héros du quotidien  » comme il aimait les appeler. Ouvriers, femmes de ménage, retraités… Tous sont moulés sur

des corps humains, puis travaillés méticuleusement, jusqu’à obtenir une copie dont l’âme même aurait été conservée. Décédé en 1996 des suites d’un cancer, Duane Hanson aura laissé derrière lui 144 sculptures. Depuis 2003, la présence de ses œuvres sur le marché s’est accentuée. Il fallait alors compter entre 100.000 et 300.000 euros pour en acquérir une. Mais depuis, la cote de l’artiste a encore monté. Présentée l’année passée à la galerie Perrotin, « High School Student  » affichait un prix de 335.000 euros. À la Fiac 2007, la galerie new-yorkaise Van de Weghe Fine Art laissait quant à elle partir «  The Photographer  » à 550.000 euros. Olivier Le Floc’h

L’Amérique à la Vilette

Dean Burton / ADAGP

L

Même s’il s’en défendait,

Luciana & Franco

Le nouveau souffle d’Air

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e sculpteur américain décédé en 1996 a laissé 144 œuvres derrière lui. Des témoignages de la vie de gens ordinaires, « héros du quotidien ».

« Mes images ne sont pas plus que ce que vous voyez dans la vie réelle », disait Duane Hanson. On le comprend en visitant l’exposition où sont montrées 15 de ses sculptures. Chaque œuvre se confond avec le réel et dégage une histoire sans fin. Il y a Queenie par exemple, cette femme de ménage noire, main appuyée sur son chariot de nettoyage d’où pend toute une panoplie de produits d’entretien. Son regard dit autant la lassitude et la désillusion que l’honneur et la détermination. On la croirait vivante. Et pourtant elle reste immobile, figée dans un instant de vie terriblement banal. Exposition « Duane Hanson, le rêve américain… » En partenariat avec « La Tribune » jusqu’au 15 août au parc de la Villette. 01.40.03.75.75. www.villette.com.


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