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Mercredi 5 mai 2010

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À l’affiche

Cinéma

Juan José Campanella signe, avec « Dans ses yeux », un bon thriller mêlant mélodrame et politique dans un aller et retour permanent entre l’Argentine des années 1970 et d’aujourd’hui.

Vous les femmes

Yousry Nasrallah redonne du lustre au septième art égyptien, jadis florissant, aujourd’hui encore cinéma dominant du monde arabe. Dans sa ligne de mire, les « Femmes du Caire », ici interviewées par une journaliste télé obligée d’abandonner l’interview politique pour le débat de société afin de ne pas nuire à la carrière de son mari. Sujets tabous, dialogues crus, le réalisateur regarde son pays en face et signe un film parfois surjoué, mais néanmoins captivant. Y. Y. Vive Michel Aumont ! Il est bien le seul à donner un semblant d’intérêt à cette comédie tête à claques surfant sur le succès de la série des « OSS 117 » en collant à Catherine Frot (photo) le rôle d’une apprentie espionne dans l’Angleterre des années 1960. Mais la comédienne en fait des tonnes au point de se rendre insupportable. Et qu’on ne compte pas sur le scénario tiré par les cheveux pour rattraper l’ensemble. Y. Y.

UGC Distribution

Imogène en fait des tonnes

Des « Lola » touchantes de réalisme

Manille, aux Philippines, pendant la saison des pluies. Un jeune homme meurt d’un coup de couteau pour son téléphone portable. L’agresseur est jeté en prison en attente de son procès. Les grand-mères de ces deux jeunes gens vont se dépenser sans compter. L’une pour offrir des funérailles décentes à son petit-fils. L’autre pour le tirer de sa prison. Malgré ses longueurs, « Lola », du prolifique réalisateur Brillante Mendoza, offre un regard réaliste et émouvant sur la société philippine, notamment grâce au jeu époustouflant de ses deux actrices principales. C. F.

D

Par Marine Cluet

étenteur de l’oscar du meilleur film étranger, du Goya (l’équivalent espagnol de nos césars) du meilleur film hispano-­américain et plus récemment du Grand Prix du Festival du film policier de Beaune, l’hispano-argentin « Dans ses yeux » n’en finit plus de faire des émules. Champion du box-office espagnol et argentin, le dernier film de Juan José Campanella a aussi conquis le public américain. Et il ne serait pas étonnant que ­cette adaptation du roman policier d’Eduardo Sacheri « La Pregunta de Sus Ojos  » remplisse les salles françaises.

„ Affaire classée

En 1974, à Buenos Aires, le greffier Benjamin Esposito enquête sur le meurtre violent d’une jeune femme. Mais l’affaire considérée comme « classée » l’obsède encore vingt-cinq ans plus tard. Au point qu’il décide d’en faire un roman. L’occasion de se souvenir d’Irène,

son ancienne collègue de travail dont il a toujours été amoureux. Benjamin se plonge alors dans son passé, dans le climat sombre et étouffant d’une Argentine sous le joug de la dictature.

„ L’efficacité du bon film noir

Malgré une mise en scène des plus académiques, quelque peu figée, ce thriller, construit sous la forme de flash-back récurrents, mêle romance, mélodrame et politique avec l’efficacité d’un bon vieux film noir. Le duo Ricardo Darin-­Soledad Villamil (Goya de la meilleure révélation féminine) nous intrigue et nous agace mais surtout nous captive par son histoire d’amour inachevée. Sans parler des comédiens. Guillermo Francella, acteur comique ultra-populaire en Argentine, en a étonné plus d’un dans son rôle de juriste alcoolique. Mais ce qui fait la force du film c’est avant tout son histoire. Plus qu’une

Le duo Soledad Villamil (à gauche) et Ricardo Darin (à droite) a conquis l’Amérique. « Dans ses yeux » a reçu l’oscar du meilleur film étranger.

Pretty Pictures

Metropolitan FilmExport

Olivier Marchal (« 36, quai des Orfèvres ») avait prévenu : « l’Élite de Brooklyn » d’Antoine Fuqua serait à surveiller de près. Et il avait raison. Car ce polar, certes un brin longuet, sort des sentiers balisés du genre pour raconter le malaise de la police à travers l’histoire de trois flics. Le premier (Richard Gere) s’apprête à prendre sa retraite et essaie d’éviter les histoires. Le deuxième (Don Cheadle), infiltré au sein d’un gang de dealers, rêve de retrouver sa vie d’avant. Quand le troisième (Ethan Hawke) est prêt à tout pour trouver l’argent nécessaire à l’achat d’une nouvelle maison. Racisme, lassitude, corruption, solidarité… Fuqua embrasse tous ces thèmes avec force dans une ambiance d’apocalypse, et livre une œuvre des plus sombres. Y. Y.

Pretty Pictures

L’Argentine ouvre les yeux sur son passé

Flics ou voyous

enquête policière, c’est une rétrospective sur l’histoire de l’Argentine. Bien que l’intrigue ne tourne pas autour des conflits politiques qui ont pu agiter le pays à l’époque, la pression et l’atmosphère asphyxiante se ressentent pour donner un cachet particulier à l’œuvre de Juan José Campanella. Et rappellent que, en ces années noires, on pouvait facilement se perdre dans les méandres du système judiciaire, et qu’il était difficile d’oser transgresser les codes sociaux pour vivre une histoire d’amour. Sombres années 1970. L’enquête policière, rouverte vingt-cinq ans après, est une jolie métaphore de la situation du pays. Tout comme Ricardo, l’Argentine n’oublie pas son passé et se reconstruit. n

PREMIER FILM

Remède contre la ruine de l’âme

Avec « Âmes en stock », la réalisatrice Sophie Barthes se lance dans l’exploration des consciences et réussit un film des plus originaux.

Memento Films

Et si on vous soulageait de votre

Paul Giamatti (à droite) campe un acteur tourmenté qui s’adresse au docteur Flintstein, joué par David Strathairn (à gauche).

âme ? Fini les tourments. C’est ce que propose un laboratoire américain, The Soul Storage Company, spécialisé dans l’extraction et le stockage des âmes. Rien que ça. Pour «  Âmes en stock  », son premier long-métrage, la réalisatrice Sophie Barthes n’hésite pas à mêler psychanalyse et sciencefiction. L’acteur américain Paul Giamatti se rit ici de lui-même en gardant son vrai nom pour incarner un acteur tourmenté. En pleines répétitions de «  Oncle Vania » de Tchekhov à Broadway, il fait appel à ce service, pensant ainsi recouvrer sa sérénité et arrêter de se ronger les sangs. Il fait alors l’amère expérience de

ce que négliger son âme signifie. Il devient froid, odieux, blessant et… piètre comédien. Déterminé à récupérer son âme, il se heurte à la complexité d’un trafic qu’il n’avait jusque-là pas soupçonné. À défaut de pouvoir lui restituer, la société lui propose d’en choisir une autre sur catalogue.

„ Gags métaphysiques

Épaulé par une mule, une de ces personnes qui assurent le transport depuis la Russie de ces âmes errantes (singulière Dina Korzun), Paul Giamatti traverse l’Atlantique à la poursuite de ce qu’il a de plus intime et irremplaçable. Au menu de ce film original et pertinent, l’exploration des consciences, et autres expériences et gags

métaphysiques. La réalisatrice s’engage dans une voie ouverte par Michel Gondry ou Spike Jonze (« Dans la peau de John Malkovich »). Des suites de son passage par les ateliers du Sundance Institute en 2007, Sophie Barthes s’est adjoint les services d’Andrew Mondshein, le monteur attitré de Sidney Lumet. Eric Lahey, lui, s’en est donné à cœur joie en dessinant l’extracteur d’âme. Quant à la musique, elle est signée Dickon Hinchliffe, du groupe Tindersticks, connu notamment pour sa collaboration de toujours avec Claire Denis. Le tout appuyé par la bonhomie et le professionnalisme de son acteur principal. Un film qui ne laissera pas votre âme indifférente. Charles Faugeron

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imogène en Fait des tonnes des « lola » touchantes de réalisme cinéma son ancienne collègue de travail dont il a toujours été amoureux. Benj...

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