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LE CERCLE EUROPÉEN

Philippe Adnot Un homme de conviction et d’action DÎNER-DÉBAT DU CERCLE EUROPÉEN DU 6 AVRIL 2011 Propos recueillis lors du diner débat du 6 avril 2011 du Cercle Européen :

Stimuler l'Investissement Dans Les Jeunes Entreprises. www.cercle-europeen.eu

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Transcription du dîner-débat du Cercle Européen le 6 avril 2011 Philippe Adnot : Je vais vous donner quelques explications sur mon parcours, c’est mieux que vous sachiez qui vous avez en face de vous pour comprendre quel est le ressort de l’action que je conduis, dans quel cadre... . Il se trouve que je suis un sénateur qui ne figure sur la liste d’aucun groupe, ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas de positionnement politique. J’ai des opinions ; simplement, je n’ai besoin d’aucune autorisation pour être candidat et me présenter. Je crois qu’à la dernière élection sénatoriale j’ai été le mieux élu de France. Ma majorité vient d’être élue la semaine dernière au Conseil général de l’Aube, par 27 sur 33. J’en suis président depuis 21 ans. Je suis sénateur depuis 22 ans et je vais vous expliquer ce que j’essaie de faire tant au niveau local qu’au niveau national. Quand Alain Schéhadé vous dit que j’ai créé une université, il faut que je vous explique pourquoi et comment.

Le département de l’Aube : 300.000 habitants, dixième département industriel de France pour la proportion du nombre d’actifs dédiés à l’industrie manufacturière. Le textile – 40% de la maille française… Je n’ai donc pas besoin de vous faire un dessin. Vous imaginez bien que les emplois du textile, on les a tous perdus, et d’une manière extrêmement violente. Des emplois de faible valeur dont la perte ne provoque aucune réaction de la classe ouvrière. Personne ne se bat pour son emploi parce qu’avoir les minima sociaux ou bosser dans une usine en voie de faillite, cela ne fait pas une grosse différence. Quand on est un élu, on se pose la question suivante : que faire devant une telle situation ? On est comme tous les autres, on dit : on est au cœur de l’Europe, avec un réseau autoroutier… mais cela n’est pas très original… Donc nous, nous avons fait le pari de la matière grise : le seul moyen de créer de nouvelles activités économiques, de développer celles qui n’étaient pas mortes, de les faire résister dans la compétition… Il fallait qu’elles puissent accéder à de la matière grise. Nous avons donc décidé de créer en 1994 une université pour former des ingénieurs. Il n’y en avait aucune... La première rentrée a eu lieu en 1996. En 1997, tous les locaux ont été inaugurés. Aujourd’hui, nous avons 2.500 élèves ingénieurs et une école doctorale de 180 doctorants. Notre ambition est d’arriver à 500 doctorants. L’idée : c’est une université qui a le droit de pratiquer la sélection, et qui de ce fait, n’a pas du tout le même statut que les universités classiques. Elle est présidée, dans son conseil d’administration, par un chef d’entreprise, qui est le président actuel du CNES, le centre national d’études spatiales et qui a été le président de Polytechnique. L’université que nous avons créée, nous l’avons voulue assez transversale pour qu’il puisse y avoir des savoirs complémentaires. Ensuite, autour, nous avons créé une technopole, une pépinière d’entreprises. Le Conseil général a construit des bâtiments pour accueillir l’entreprise au fur et à mesure de son développement, jusqu’au moment où elle sera assez développée pour pouvoir quitter les lieux et prendre son essor. Notre plus belle réussite à l’heure actuelle est une entreprise qui a commencé avec quatre personnes, qui exporte 70% de sa production aux Etats Unis et qui fait des prothèses de la colonne vertébrale. Elle connaît un succès considérable. Ainsi, en développant une université classique, une école supérieure de commerce, nous avons fait le pari de la matière grise, le but du jeu étant d’aider à la création de jeunes entreprises.

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« Plug and Start », qu’est-ce que c’est ? C’est une opération qui a lieu deux fois par an, pendant trois jours, et au cours de laquelle des porteurs de projet de toute la France viennent et rencontrent des bénévoles qui les accompagnent dans le mûrissement de leur projet d’entreprise. Ce sont 80, 100 bénévoles, parmi lesquels des cadres, des chefs d’entreprise, des notaires, des professions libérales, qui viennent coacher ces personnes et leur permettre, en trois jours, de faire des rencontres qu’ils ne feraient pas en un an dans leur milieu. Cela veut dire qu’ils sont en contact avec tous ceux qui peuvent leur être utiles, que ce soit des scientifiques ou des financiers… On en prend quinze par section, deux fois par an ; il en reste un tiers dans l’Aube, soit dix créations d’entreprises nouvelles dans notre département : cela crée une bonne dynamique. Nous avons aussi lancé l’opération avec des jeunes dans les grandes écoles, et cela fonctionne très bien. Voilà ce que nous faisons au plan local : relever le défi économique de créer des entreprises à forte valeur ajoutée. Et bien entendu, quand vous faites cela, c’est le Conseil général qui construit tout, qui est le maître d’ouvrage de l’université. Ce matin, par exemple, je participais à un colloque sur l’évolution du patrimoine universitaire et j’ai expliqué aux participants comment cela se passait chez nous. Ils ont été un peu surpris. C’est le Conseil général qui prend les initiatives, qui construit : les choses sont donc rondement menées. Pour illustrer mes propos: quand la création de l’université de technologie a été décidée à l’automne 94, on est entré dans les chambres à l’été 95, ce qui veut dire que nous avions purgé toutes les procédures administratives, les fouilles archéologiques, les réglementations, les accords de financement, le décret de création… La première rentrée a eu lieu en septembre 1996, et une autre en septembre 1997 : vous voyez donc que les choses sont extrêmement opérationnelles. On a fait tout ça, mais il faut que les entreprises soient accompagnées financièrement : ce n’est pas le tout de créer les conditions pour qu’elles existent, d’attirer des gens, il faut aussi qu’il y ait un tissu local. On a la chance d’avoir un certain nombre de chefs d’entreprise qui a bien réussi, et qui a créé un club de « Business Angels ». Cela fonctionne très bien. Il y a bien sûr les agences régionales qui font les premiers financements, avec notamment OSEO… Mais cela ne va tout de même pas très loin. Quand l’entreprise dont je vous ai parlé tout à l’heure a voulu aller aux Etats-Unis, avec ses prothèses de la colonne vertébrale, c’est parce qu’elle n’a pas trouvé de financements en France. En tout cas pas dans un délai rapide. Parce qu’en France, même quand vous posez une question aux organismes de financement les meilleurs soient-ils - je les connais tous -, ils ne sont pas rapides. Les seuls qui l’ont été, ce sont les Américains. La société va être bientôt introduite au Nasdaq ! Mais heureusement, ils sont restés chez nous. Ils auraient pu partir aux Etats Unis ! En France, le temps de réagir, les choses se passent… Donc il n’y a pas que les gouvernants qui ont à se regarder pour leur manque de réactivité, il y a aussi les banques et tous les organismes financiers. Il faut que tout le monde batte sa coulpe. Ce que je vous raconte là est vrai ! Je le sais pour avoir moi-même accompagné une entreprise pour trouver ses financements. C’est pour cela que nous avons été amenés à développer des instruments financiers, mais dans le cadre du Sénat. Je quitte donc là le plan local. Je suis sénateur depuis 1989. Je suis rentré immédiatement à la Commission des Finances. Je me suis occupé d’environnement pendant douze ans, et depuis je suis rapporteur du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche. Je n’ai aucun titre universitaire, c’est un monde que je ne connais pas. C’est pour cela que j’ai réussi à créer une université : je ne savais pas que ce n’était pas possible ! Je suis donc là, lieu stratégique pour moi, où l’on pouvait booster la valorisation de la recherche, booster l’innovation et faire un travail qui soit vraiment intéressant. Le premier rapport que j’ai fait portait sur la valorisation de la recherche. C’était une analyse comparative avec le Québec, Israël, et la Finlande. On a mis en évidence qu’en France, sur les 84 universités, il n’y en avait pas cinq qui avaient un service de valorisation digne de ce nom. Le réseau qui fait de la valorisation dans les universités est extrêmement intéressant. Mais objectivement, des entités qui savent faire de la valorisation, il n’y en n’a quasiment pas. A l’étranger, on a affaire à de vraies équipes professionnelles. Ici, il y a Lyon, Grenoble… enfin il n’y en a pas beaucoup. J’avais un jugement assez sévère sur les équipes de valorisation et les universités qui ne comprenaient pas qu’il leur fallait se doter de vrais moyens pour être capables d’avoir une vraie valorisation de la recherche et de drainer des fonds. A l’étranger, ils ont compris qu’il faut d’abord investir dans l’humain pour avoir des équipes et ainsi drainer des fonds. Un jour, je demandai combien ils étaient à Lille, université de 20.000 étudiants… Et on me répond : une personne et demie. Rendez vous compte … une personne et demie ! Vous avez ainsi moins de 15% de la recherche qui est valorisée en France. C’est un vrai problème pour notre pays. J’ai ainsi pu nous comparer au Canada par exemple. "

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La vallée de la mort : c’est le moment où, alors que la recherche est faite, on n’est pas capable de faire le démonstrateur, c’est-à-dire de mettre en évidence que cela peut marcher. Ainsi, personne ne valorisera cette recherche. Cet après-midi, mon assistante parlementaire, qui est avocate, accompagnait une entreprise de la région parisienne que je suis depuis trois ans, et qui a enfin trouvé le démonstrateur. Elle a trouvé un moyen de stocker l’électricité ; c’est un sujet très intéressant mais cela ne peut marcher que si l’on crée les conditions pour qu’ils puissent en faire le démonstrateur et qu’ils trouvent les financements pour permettre cela. En ce moment, on les accompagne pour trouver des financements auprès d’EDF ou bénéficier du grand emprunt. Je leur ai même fourni un contact, une entreprise qui leur a proposé de leur faire les premiers dix-huit mois de mise en place de toute la procédure pour arriver à faire la pré-industrialisation. Ils ont ainsi fait toute l’opération avec un chef d’entreprise, un Business Angel qui lui, a brillamment réussi en faisant des automates en trois dimensions pour équiper les chaînes comme Yoplait. Voilà donc un exemple pour vous montrer les enjeux. Quand on est rapporteur d’un budget, on fait l’analyse budgétaire. On fait aussi des rapports de contrôle. On essaie d’identifier tous les problèmes et de les solutionner. C’est mon travail, ma passion.

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Vous avez évoqué un rapport que je viens de faire sur le financement de la maturation. C’était précisément pour répondre à cette problématique. On investit de l’argent dans la recherche. Les Canadiens appellent cela la vallée de la mort. Cette année, il y aura, dans le grand emprunt, 500 millions d’euros qui seront attribués au financement de la maturation… la preuve du concept. Ça c’est l’action d’un parlementaire, membre de la Commission des Finances et rapporteur du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il se trouve que, parallèlement, je m’occupe depuis quinze ans, de « Tremplin entreprises », dont je préside le jury. C’est devenu la première manifestation de capital-risque en France. Il y a quatre jurys, dans le domaine informatique, dans les sciences de la vie, dans les sciences de l’ingénieur et dans le monde des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Sur 300 porteurs de projet, on en sélectionne 60, on les coache. Et ensuite, on en garde 30, qu’on présente devant la communauté des investisseurs. Le Sénat n’y met pas un centime. C’est le lieu où les choses se passent et c’est le point de rencontre entre des porteurs de projet qui ont besoin d’argent et des financeurs susceptibles de financer leur entreprise... Naturellement, cela m’a permis d’être dans le réseau de tous les investisseurs. Aussi, quand il y a eu la loi TEPA, en m’apercevant que l’utilisation de l’ISF avait été réservée au placement en direct, je me suis demandé comment allaient faire tous les gens qui paient un petit impôt ISF. Avec leurs 15.000 euros, ils ne pouvaient pas aller trouver un chef d’entreprise ; et de son côté, le chef d’entreprise qui a besoin de 300 ou 500.000 euros ne va pas avoir deux cents personnes qui vont entrer dans son conseil d’administration pour l’accompagner dans son développement ! C’est donc à cette occasion que j’ai déposé un amendement qui a été adopté contre l’avis de la Commission des Finances et contre l’avis du gouvernement... Cet amendement a abouti et il est en application. Et c’est ainsi qu’on a pu lever, ces trois dernières années, un milliard d’euros, chaque année, soit à travers les holdings, soit à travers les fonds d’investissements de proximité, soit à travers l’investissement direct. Cela a été difficile, parce que très vite, des gens ont dévoyé le système pour l’utiliser à des fins qui n’avaient rien à voir avec le développement de l’économie. Nous, on croyait vraiment à ce qu’on voulait faire. Pour une fois qu’on pouvait utiliser de l’argent et faire la preuve que si on l’investissait dans les fonds propres des entreprises, cela pouvait créer plus de richesse que si on le mettait dans les caisses de l’Etat. C’était quand même une idée originale! A la suite de cela, on a créé une association, PME Finance, dont je suis le président d’honneur et qui regroupe des professionnels de la finance. Le milliard qui a été levé, n’a pas été investi totalement la première année, car cela prend du temps. Ceux qui penC e r c l e E u r o p é e n"

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sent qu’il faut dépenser immédiatement se trompent de méthode et d’enjeu parce que le financement d’une entreprise ne doit pas se faire en une seule fois. Il faut être capable de commencer, d’accompagner, et puis d’être présent au deuxième et au troisième tour, sinon il faut refaire des pactes d’actionnaires et cela ne fonctionne pas. C’est pour cela que l’on a créé les conditions pour qu’il y ait, dans la loi TEPA, des fonds d’investissements de proximité. Le premier fonds d’investissement de proximité a été créé en Bretagne, pas par moi, d’ailleurs, je vous avouerai que cela m’énerve un peu. Le deuxième a été créé dans la région Champagne Ardenne, et j’y ai été pour beaucoup parce que j’ai aidé les créateurs à mettre en place le système, tout simplement parce que je voulais qu’on aille au bout ! Il ne s’agit pas de faire un amendement, de le faire adopter, et puis ensuite de ne plus s’occuper de rien. Moi, mon problème, c’était qu’on arrive à faire en sorte que cela se traduise dans les têtes, et que l’on puisse en mesurer les conséquences. Deux ans avant, j’avais fait un autre amendement pour lequel j’avais aussi battu la Commission des Finances et le gouvernement et qui a été mis en application : il s’agissait de rediriger une partie de l’assurance-vie. En trois ans, on avait levé six milliards d’euros pour le faire, sauf que… J’étais présent à Bercy quand la convention avec les assureurs a été signée. Ils ont légèrement détourné la chose de son objet: ils ont bien mis les six milliards, mais ils les ont utilisés eux-mêmes pour financer leur fusion. On a eu, à un moment donné, les LBO, le LBO se revendait à un autre, qui se revendait à un autre, et on avait une petite bulle qui était joyeusement en train de naître, et qui connaîtra probablement, un jour, deux ou trois problèmes de sortie… Ainsi donc, l’amendement que j’avais fait passer a été un peu détourné ; je ne vais pas dire qu’il n’a servi à rien, mais cela n’a quand même pas été aussi efficace que j’aurais pu l’espérer. Voilà, je vous raconte ce que j’ai fait… Cette année nous avons beaucoup bataillé sur la jeune entreprise innovante (JEI). J’ai voté Sarkozy – je ne suis pas près de recommencer. Je suis quand même dans la majorité présidentielle – je suis un libéral – mais il y a des moments où je ne comprends pas les ressorts qui guident la politique. On crée un truc bien : la jeune entreprise innovante. Très bien ! On sait tous parfaitement qu’une jeune entreprise innovante va commencer à rencontrer des problèmes de financement ou de management à la troisième, quatrième année. C’est à ce moment-là où on arrête de les soutenir – j’ai trouvé cela original ! En plus, on les avait incitées à se développer. Elles ont embauché des gens qu’il faut payer ! Le but était d’avoir de l’embauche, de la matière grise, de consolider des brevets, de passer à l’étape supérieure… On dégage beaucoup d’argent sur le financement, la maturation. Même si beaucoup d’argent a été mis en face, je crois qu’ont été créées les conditions pour que ces sociétés aillent se vendre à l’étranger. Quand vous dites à une JEI, je ne peux plus vous accompagner parce que je réduis le système qui a été mis en place, vous la placez en difficulté… je me suis battu là-dessus, mais j’ai perdu, même s’il s’en est fallu de peu. De la même façon, j’ai perdu quand a été interdit l’intéressement au conseil, pour le crédit d’impôt recherche (CIR). Les grandes sociétés sont capables de monter le dossier de CIR en interne, mais les PME n’ont ni la compétence interne, ni le temps de le faire. Comment cela fonctionnait ? Ces PME faisaient appel à des sociétés qui leur montaient le dossier, qui se faisaient rémunérer s’il aboutissait et quand ils avaient touché l’argent. Il y a eu des abus et on a encadré le sujet, - ce que j’approuve totalement-. Eh bien cette année, ils ont trouvé le moyen d’interdire cela, au motif que financer avec l’impôt économisé des gens qui sont intéressés à la réussite d’un dossier, cela n’était pas correct. C’était malsain. J’ai bataillé, bataillé, mais il m’a manqué deux ou trois voix, je n’ai pas réussi à les faire changer d’avis sur le sujet, ce qui est absurde ! Le résultat, aujourd’hui, c’est qu’une PME un peu innovante qui veut faire un dossier de CIR devra payer d’avance – alors qu’avant elle ne payait que quand elle avait l’argent. A présent, elle va payer même si cela ne réussit pas alors qu’avant elle ne payait que si cela réussissait. Je pense que la compréhension des mécanismes d’une jeune entreprise qui a besoin de mobiliser ses finances sur des choses essentielles, c’est quelque chose qui nous échappe un peu. Je ne vais pas avoir une posture anti-gouvernementale permanente, mais là, cela m’a quand même un peu énervé. Je n’étais pas vraiment content, et surtout pas satisfait de ne pas réussir à convaincre de l’absurdité de telles mesures, qui ne sont pas d’un grand coût budgétaire – on avait supprimé les 5% qui allaient aux grands pontes dans le domaine du crédit d’impôt recherche, et cela dégageait 400 ou 500 millions, alors que là c’est un coût de 50 millions. Donc, on a vraiment bridé ce qui, demain, va faire générer des entreprises nouvelles… Des entreprises qui doivent créer de l’innovation et de la future valeur ajoutée.

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Voilà. Je crois que je vous ai à peu près raconté ce que fait un parlementaire. Je ne vais pas tarder à m’arrêter pour vous dire que je répondrai volontiers à toutes vos questions, quel que soit le sujet. Ma passion est complètement intacte, même au bout de vingt ans, parce que ce que je fais est passionnant. J’ai la chance d’avoir autour de moi des gens exceptionnels, on arrive à faire des trucs qui nous surprennent tous les jours, et personnellement cela me plaît beaucoup. Et j’espère que je vous ai donné une autre image… Madame me disait : « oh, vous êtes rigolo comme sénateur ! ».

Question de Flavia Baiardi : Comment éviter que vos projets de loi soient détournés et déjoués, comme vous l’avez dit tout à l’heure ? Philippe Adnot  Très bonne question, excellente question. D’abord, moi je ne fais pas de projet de loi. Un parlementaire fait des propositions de loi. C’est le gouvernement qui fait des projets de loi. D’accord ? Donc, quand je fais une proposition de loi, comme celle que je fais circuler maintenant, il faut que cela passe par le canal des assemblées pour qu’elles l’inscrivent à l’ordre du jour. Vous avez vu que ce texte est du député Nicolas Forissier et de moi. Lui, son affaire est passée à l’Assemblée Nationale alors que moi je n’ai pas pu le faire passer au Sénat. Donc on en est resté là pour l’instant. Mais ce n’est pas grave. Quand on veut faire passer un texte, il faut simplement créer les conditions pour qu’il y ait une majorité qui se rassemble. Je pense que vous évoquiez plutôt les amendements que j’ai fait passer : ce ne sont pas des projets de lois mais des amendements, un texte financier dans mon cas. Je vous résume : je suis un sénateur qui n’appartient à aucun parti politique, ce qui veut dire qu’au Sénat, je n’ai pas de collaborateur de groupe. Quand on appartient au groupe UMP, socialiste ou autre, quand un parlementaire a une idée, il la transmet à son groupe. Des gens travaillent, alors, pour créer les amendements… Moi, je suis un artisan : je fais cela avec les gens qui sont autour de moi. Vous savez que chaque parlementaire dispose d’une enveloppe qu’il peut affecter au parti ou qu’il peut utiliser pour recruter des collaborateurs pour travailler avec lui ou dans son département. En tout état de cause, nous n’avons pas le droit de toucher à cette enveloppe. J’ai deux personnes qui travaillent avec moi à Paris et deux personnes qui travaillent avec moi en province. Ce sont ces personnes qui contribuent à l’élaboration des textes : quand je propose un texte, c’est nous-mêmes qui l’avons créé et qui y avons travaillé. Quand on fait partie d’un groupe politique de 80 personnes, bien souvent le parlementaire arrive, et on lui met dans les mains le texte qu’il va présenter… Ne me contredisez pas… Je connais la réalité. Sauf pour quelques-uns, la majorité se pointe alors que le groupe leur a préparé un texte ; ils s’en vont le lire à la tribune alors qu’ils ne l’ont pas toujours lu complètement auparavant. Bref… Ce n’est pas grave d’être déjoué. Le vrai problème est de savoir faire partager son opinion. J’ai avoué tout à l’heure ne pas avoir réussi à le faire sur deux sujet. Cela ne veut pas dire que dans le même temps, je n’ai pas réussi à en faire partager d’autres. A un moment donné, vous vous trouvez avec des gens qui vont obéir à la ligne du parti ou qui vont se libérer de la ligne du parti. Personne au gouvernement ne nous est hostile. Les types qui ont un projet n’ont pas envie que vous veniez anéantir ce qu’ils ont fait. Il est normal que vous vous affrontiez. Mais c’est à vous de créer les conditions pour les battre. Il n’y a pas de méthode, il faut juste y croire et y croire plus fort que les autres. Flavia Baiardi : J’ai dû mal m’exprimer, je me référais au projet sur les assurances, qui n’a pas donné les résultats escomptés… Philippe Adnot : Là, ce n’était pas le gouvernement. Ce n’était pas le monde politique mais les assureurs : ils ont été très fins ! Ils n’avaient aucune obligation. L’amendement que j’avais fait passer a été retoqué à l’Assemblée Nationale. Ils ont senti le vent du boulet tellement proche qu’ils se sont dit : « on ne va peut-être pas attendre un deuxième amendement Adnot… mieux vaut prendre l’initiative de dire qu’on est d’accord ». Il y a donc eu une négociation à Bercy. J’ai participé à la signature de l’accord : ils ont accepté de faire partir un certain pourcentage…6 milliards d’euros en trois ans. Ensuite, ils avaient un peu la main mais après, vous savez bien, c’est facile de dire : « je vais l’affecter à des entreprises qui relèvent de ma propre sphère… ». Que voulez vous… ils sont intelligents ! Une partie a donc été utile. Une autre n’a pas été dirigée là où C e r c l e E u r o p é e n"

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nous voulions qu’elle aille. Après, je me suis battu pour arriver à faire la loi TEPA. Nous nous sommes encore une fois affrontés, mais ce n’était pas la faute du gouvernement mais celle d’un certain nombre de professionnels de la finance qui ont complètement détourné la loi de son objet. Ils ont ainsi financé avec l’impôt sur la fortune des caves à vin, et je ne sais quoi encore qui au bout de quelques années devaient doubler ! Alors que, avec cet argent, nous devions créer des emplois et agir pour le bien des collectivités. Ces gens-là sont, hélas, nombreux. Je les ai combattus un peu. Question de Jean Marie Hauwel : Comment peut-on éviter les effets d’aubaine pour les mesures incitatives qui sont bonnes pour l’économie, bonnes pour les territoires, bonnes pour le développement économique ? Philippe Adnot : Eh bien, il faudrait qu’il y ait une vraie volonté politique pour faire en sorte que les décisions prises soient appliquées et surtout bien appliquées. Quand je vois une dérive, je la dénonce. J’ai été voir Bercy, on l’a expliquée. L’absence de volonté politique a perduré et a pollué le système. C’est dommage ! Je pense que ceux qui ont décidé de mettre la loi TEPA en place, ne l’ont pas fait, au départ, pour la bonne cause, c’est-à-dire, faire que cet argent aille plutôt alimenter les fonds propres des entreprises plutôt que les caisses de l’Etat. Ils ont fait cela pour permettre à une coterie de ne plus vraiment payer l’impôt sur la fortune. Cette dérive aurait pu être évitée avec une réelle volonté politique. C’est la plupart du temps un problème de volonté ou de continuité politique et aussi de la bonne compréhension de l’intérêt politique. Je m’expliquerai un peu plus tard sur ce point. Question de Thibaut Cuny : Est-ce que vous ne seriez pas plus efficace si vous apparteniez à un groupe politique justement ? Philippe Adnot : Ah !... je pense que non. Je l’ai constaté : j’ai des copains qui n’étaient pas d’accord avec un texte et qui ont fini par le voter. Ils en reçoivent l’ordre ou ils cèdent car autrement ils n’obtiendraient pas l’étiquette du parti pour se présenter. Alors moi, depuis 28 ans, depuis 1982, je me suis toujours présenté librement ! J’ai toujours eu des candidats de tous les partis face à moi et ce, à toutes les élections. J’ai été élu en 82 conseiller général, en 89, sénateur, en 90, Président du Conseil général. Je n’ai pas besoin de financement, je n’ai pas besoin d’être adoubé et je n’ai besoin de faire allégeance à quiconque. C’est une grande liberté mais quelque part aussi, une perte de pouvoir. Je ne peux donc pas prétendre être ministre. Ce n’est pas bien grave. J’aime mieux atteindre mes objectifs. Ma position ne m’a jamais gênée. Si je dis, « il faut financer la maturation de la recherche », que je rédige un rapport à cet effet et qu’au final, il y a 400 millions sur la table pour financer la maturation de la recherche, je pense avoir apporté une petite contribution. Question de Thibaut Cuny : Il y a combien de sénateurs sans étiquette ? Philippe Adnot : Six ! Deux sont de la Vendée et étaient Mouvement pour la France, deux sont du Nord, des anciens du RPR, et un de Lorraine, un ancien RPR. Enfin, nous sommes six.

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Le groupe charnière qui va faire l’élection du nouveau président ! Philippe Adnot :

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Pas du tout !

Question : A-t-on reproduit votre modèle de technopôle ? Philippe Adnot :" Pas à l’identique. Je ne crois pas. Nous sommes les meilleurs. Si vous devez créer une entreprise, venez chez nous !"

Créer une université, un technopôle, une pépinière d’entreprises… Construire un bâtiment, avoir des bureaux d’entreprises loués à des conditions avantageuses ou mis à disposition gratuitement pour une entreprise qui démarre… tout le monde sait faire. Avoir des gens qui conseillent les jeunes entreprises… tout le monde sait faire également. Je vais vous dire ce qui nous différencie vraiment. Nous avons une centaine de chefs d’entreprise qui ont compris qu’en aidant les jeunes entreprises, ils se créent en fait leur propre marché. Ils sont ainsi disponibles bénévolement, de manière permanente, pour les aider à réussir."

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… Et je voudrais m’adresser à l’un d’entre vous en particulier avec qui j’ai échangé quelques mots. Il faut qu’il réponde à ma question, mais, avant, je vais lui expliquer que nous allons créer une chaire de « serious gaming » dans notre université. Nous avons donc besoin de gens qui sont créatifs dans ce domaine. On va le faire car des membres de l’association française des éditeurs de logiciels sont venus nous dire qu’ils ne trouvaient pas de jeunes formés dans ce secteur, avec une formation transversale. On trouve des informaticiens, des mathématiciens, des gens formés en design, mais il n’existe pas, en France, de lieu offrant une formation qui nous permettrait d’avoir des opérateurs d’une manière transversale. J’ai rencontré une universitaire qui est experte sur ce sujet et qui enseigne au Canada. Elle a, par exemple, fait en serious gaming la formation de la police de Montréal. Elle va venir chez nous et va monter une chaire sur cette thématique. On est aussi en train de créer avec une fondation les conditions pour pouvoir développer cette idée. Donc… il faut que vous, Monsieur, vous vous intéressiez à ce que nous faisons… et que vous me donniez les mauvaises raisons pour lesquelles vous souhaitez rester une PME.

Laurent Soubrevilla : Pour les mêmes raisons que vous évoquiez tout à l’heure Monsieur Adnot, quand vous disiez ne pas vouloir être ministre. Philippe Adnot : Non…je n’ai pas répondu à cette question : si vous me l’aviez posée... j’aurais dit que je préfère faire des choses concrètes là où je me trouve plutôt que d’être ministre. Laurent Soubrevilla : C’est pareil pour moi ! Philippe Adnot : Qu’est-ce qui vous embête ? On peut le décortiquer ensemble… Ça vous ennuie de créer un comité d’entreprise ? Laurent Soubrevilla : C e r c l e E u r o p é e n"

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Non, ce n’est pas ça… Philippe Adnot : J’ai déposé un texte pour qu’on arrête de faire des effets de seuil. Philippe Cubells Vous ne voulez pas partager le pouvoir ? Laurent Soubrevilla : Il y a en fait plusieurs raisons : La première…c’est le premier effet de seuil que je rencontre, pour ma part ; Notre entreprise a quatre ans ; On a atteint cette limite en termes d’accompagnement … Comment faire ? Philippe Adnot : Mais franchement, vous avez le potentiel. Vous avez des clients ? Laurent Soubrevilla : Oui. On a démarré de rien du tout ; On continue de recruter des collaborateurs. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on a très envie de se tourner vers l’étranger afin de trouver des investisseurs ; En France, on est dans le No Man’s Land. Dans la Vallée de la Mort, comme vous le disiez pour les américains ou les canadiens ; Chez nous c’est le No Man’s Land. On cherche en l’occurrence 500.000 euros pour croître et passer à la vitesse supérieure… Pour s’européaniser. L’Allemagne, l’Italie, la Belgique sont intéressés par ce qu’on produit, mais il va nous falloir recruter massivement, et que nous fassions une grosse avance en trésorerie. Pour ça, il faut aller chercher des fonds. Les banques, ce n’est pas possible ; Elles ne prennent pas de risques. Les Business Angels, c’est bien, mais pour 500.000 euros je vais me retrouver avec une équipe de foot dans mon capital ! Les fonds d’investissement ne s’intéressent pas un à investissement de moins d’un million. Dans la salle : Ce n’est pas vrai ! Laurent Soubrevilla : J’en ai pourtant vu ! Ils me disent systématiquement que le ticket minimum est d’un million. Philippe Adnot : Vous me donnerez votre carte à la sortie : je vous trouverai les gens qui vous amèneront de l’argent. Dans la salle : 500.000 euros, ça se trouve ! Laurent Soubrevilla : Ca commence à se trouver, effectivement, mais les gens qui sont prêts à mettre 500.000 euros vont vouloir prendre le pouvoir ; Pourquoi vouloir rester une PME ? Je réponds à votre question Monsieur Adnot : parce que je veux rester maître de mon projet. Et rester maître de mon projet, ça veut dire de quelque chose que j’ai créé de rien, de rien du tout, et qui aujourd’hui représente une quinzaine d’emplois, et fait à peu près 600.000 euros de chiffre d’affaires, que l’on va doubler très rapidement parce que le marché est très favorable. Je suis un peu condamné à aller au rythme que l’on m’impose, rattrapé un peu par le système. Ce n’est pas grave, je ne m’en plains pas… Philippe Adnot : C e r c l e E u r o p é e n"

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Vous n’allez pas rester longtemps dans cette impasse-là… Alain Schéhadé Laurent, peux-tu rappeler ce que tu fais. Laurent Soubrevilla : Je vais commencer par une belle petite histoire ; Pour présenter l’activité de la boite : j’ai acheté mon appartement sur plan en 2004, j’ai été voir un promoteur immobilier qui m’a donné un bout de papier et qui m’a dit : voilà, ça c’est ce qui vous convient… ce qui répond à vos besoins ; J’ai personnellement beaucoup de difficultés à me projeter en 3D. Donc, qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai téléchargé un petit logiciel sur le net ; J’ai monté mon appartement en 3D ; J’ai supprimé un mur, ajouté un canapé ; Très vite, avec ma compagne, on s’est rendus compte que c’était vraiment l’appartement de nos rêves. On l’a donc acheté. Je me suis dit : si moi j’ai besoin de ça, de visualiser les choses en 3D, de me balader dans mon appartement… d’autres doivent l’avoir ! Donc essayons de créer quelque chose d’intelligent…allons voir les promoteurs avec un packaging bien ficelé en leur disant : prenons vos plans papier ; Laissez nous vous illustrer tout ça avec des films d’animation qui vont vous servir de support de vente ; Vous aurez ainsi une maquette virtuelle interactive dans laquelle les gens, à la manière d’un jeu vidéo, pourront se projeter dans leur appartement. Le concept de visiter avant d’acheter. C’est important ! Tout le monde le fait quand il s’agit d’un appartement réel ; Quand il s’agit d’un appartement sur plans, ça n’existe pas ; On ne peut donc pas le faire autrement que par la 3D. Voilà comment on s’est positionnés sur ce marché. C’est de l’innovation. On a développé la chose et ça a très bien pris. La concurrence offshore est arrivée. Ils ont cassé un petit peu les prix ; On l’a surmonté ; On s’est positionné sur un autre marché qui est celui des salons virtuels et des événements en ligne virtuels ; Notre entreprise se porte bien. On est encore une fois en croissance ; on a un bilan positif, mais je me rends compte que pour franchir un cap, il va falloir mettre les moyens. Moi qui ai 33 ans, je n’ai pas les moyens de mettre l’argent sur la table moi-même ; Je suis obligé d’aller chercher ailleurs. Et c’est une vraie difficulté. Entre les fonds d’investissement, les business angels, les fonds de pension d’innovation…il y a effectivement beaucoup de choses qui existent, mais il y en a peu qui peuvent correspondre à ma demande, à part Oseo !

Philippe Adnot : Si vous étiez dans l’Aube, vous seriez venu nous voir. On vous aurait conseillé utilement parce qu’il y a un paquet de solutions ! Le seul problème est de savoir quel est le cap que vous voulez franchir ? Les problèmes que j’évoquais, à chaque fois que vous changez de structure, de comité d’entreprise ou d’obligations, sont pénibles. Ainsi, une entreprise qui compte 49 salariés ne veut pas passer à 55, parce que 55, cela monopolise une à quatre personnes rien que pour les procédures ! Le problème est de savoir quelle est l’espérance de croissance. Si vous avez une espérance de croissance qui fait que vous allez doubler et encore doubler…tous les petits problèmes de cette nature s’effacent. Vous devez juste vous demander : « est-ce que je vais être rentable ? » Après cela, vous avez un autre problème. Vous, Monsieur, vous voulez rester maître de votre capital alors que le maître du jeu, quelque soit la part du capital qu’il détient est celui qui va apporter les idées et qui va les faire fructifier. Le leader est celui-là. J’ai rencontré beaucoup de gens qui disent : « je ne veux surtout pas perdre le contrôle ! » Ils le perdent parce qu’ils végètent et finissent par mourir.

Vous pouvez vous associer de manière à pouvoir garder le contrôle… Il y a plusieurs solutions. Nous avons ce soir ici des spécialistes qui peuvent vous en parler, j’ai échangé avec eux. Ou alors, venez vous implanter dans l’Aube ! Vous allez voir que ça va marcher votre affaire !

Philippe Adnot toujours : Ah bah il faut quand même que je fasse mon marché ! C e r c l e E u r o p é e n"

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Intervention d’Antoine Harleaux : Je voudrais simplement rassurer mon voisin. Je suis président d’un petit réseau qui s’appelle UNICER qui réunit les fonds régionaux d’investissement, on est essentiellement institutionnel au niveau de nos partenaires financiers et de nos actionnaires. Globalement on pèse 600 millions ; On est dans 1.600 entreprises ; On investit une centaine de millions par an dans 300 entreprises. Si vous faites le ratio vous-mêmes, vous voyez que tout ça nous ramène en-dessous de 500.000 euros, largement en-dessous pour le ticket moyen. Donc rassurez-vous : il y a des solutions à peu près dans toutes les régions. Solution au niveau que nous représentons, solution aussi au niveau des business angels qui savent s’organiser, Jean Marie Hauwel est présent ; Il pourrait vous le dire mieux que moi, et sur ce plan-là on n’est pas concurrent. On sait réunir des personnes physiques qui se regroupent et qui créent des sociétés d’investissement ; On sait réunir nos fonds et au total on apporte, au-delà des moyens financiers, des apports de réseaux, de contacts, de compétences, qui sont tout à fait complémentaires. Donc par rapport à la question que vous posiez tout à l’heure, il n’y a peut-être pas ici dans le VIIIème arrondissement des solutions. Dans le VIIIème arrondissement, c’est là qu’il y a la plus grosse concentration en France de sociétés de gestion de fonds qui s’adressent à des entreprises qui requièrent deux millions, trois millions, dix millions… Effectivement des fonds élevés, qui ont bien vécu, essentiellement avec les assurances, comme le disait le sénateur Adnot tout à l’heure. Et puis à côté de ceux-là, il y a ceux qui pratiquent, ceux qui se donnent pour mission de faire passer l’entreprise d’une situation de petite entreprise à moyenne entreprise. En fait, on travaille sur une autre technique ; Au niveau des fonds régionaux en particulier, on est très souvent sur un territoire, une région. Notre comportement fait que nous restons très moraux avec le souci de gagner de l’argent. On cherche effectivement à gagner notre vie, à rémunérer nos actionnaires, mais sans avoir des objectifs de plus-values qui atteignent des cimes fantastiques. Ce sont là des exceptions, qui peuvent se produire ici ou là notamment dans les entreprises innovantes, mais qui au niveau de la moyenne de nos investissements restent exceptionnelles. J’ai une question complémentaire à poser au sénateur Adnot. On souscrit complètement à ce qu’il a dit sur les jeunes entreprises innovantes, par rapport aux questions qu’il a abordées sur le crédit impôt recherche. Mais sur le moyen terme, comment voyez-vous les choses compte tenu de l’évolution de la réglementation, notamment des réglementations Bâle 3 et Solvency qui vont imposer de nouvelles normes aux banques et aux compagnies d’assurances. Autrement dit, est-ce que ces nouvelles règles, imposées à ceux qui financent principalement le capital-risque, ne vont-elles pas nuire au financement des nouvelles entreprises ? Ces questions sont-elles suffisamment analysées au niveau national ?

Philippe Adnot : Oui, elles sont suffisamment analysées. Les banques et les assurances ont fait quelques mauvais paris. A partir de là, on commence à se rendre compte de la difficulté, mais je pense qu’on va trouver la solution. Je résume : Solvency, (pour que ce soit clair pour tout le monde ici) conduit l’ensemble des assureurs à diminuer la part d’actions dans leur placement, parce que sinon les ratios les obligent à avoir trop de fonds propres. Pour les assureurs, cela se décide au niveau européen. Au lendemain de la crise, on essaie d’être rigoureux. Les banquiers travaillent déjà à trouver une parade ! Après, il y a un autre sujet : la suppression annoncée de l’ISF. On en a beaucoup parlé. En ce moment, on est en train de nous dire : « peut-être qu’on ne va pas le supprimer complètement mais seulement pour les plus basses tranches ». Il faut cependant savoir une chose : le milliard de l’ISF, c’est le milliard des petits contributeurs. On ne va donc pas solutionner le problème. « Comment faisait-on avant l’utilisation de l’ISF ? », allez-vous me dire ! D’où le texte dont je parlais tout à l’heure, qui consiste à quadrupler le Madelin. C’est-à-dire à faire entendre aux gens de Bercy qu’il est impératif de permettre aux entrepreneurs qui ont de l’argent (grâce à leur travail) d’investir de plus gros tickets en bénéficiant d’un avantage fiscal. Quand quelqu’un fait un petit placement, il ne s’y intéresse pas. A partir du moment où la somme investie est importante, on y prête davantage attention. La proposition de loi que j’ai faite porte sur ce thème-là : quadrupler le Madelin pour permettre aux gens qui ont gagné beaucoup d’argent d’en investir beaucoup dans les entreprises et ce, en orientant leurs placements vers les jeunes entreprises innovantes, de manière à dynamiser la chose. J’ai ouïe dire que cette proposition, qui n’a pas été validée dans la dernière loi de finances, tiendrait un peu la corde. Comment le gouvernement feC e r c l e E u r o p é e n"

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rait-il autrement ? Il faut bien compenser l’absence de recettes fiscales de l’ISF, si celui-ci est supprimé, partiellement ou non. Les nouvelles réglementations telles que Bâle3 ou Solvency2 vont réduire les capacités d’investissement comme vous le disiez, Monsieur. Cette proposition permettrait ainsi de mobiliser les fonds propres des entreprises. Une entreprise ordinaire se finance en s’endettant à court ou à long terme… Peu importe. L’innovation, la validation de la recherche, le développement d’une nouvelle entreprise nécessitent l’apport de capitaux en fonds propres. Il faut donc être capable d’accompagner en continue des entreprises dans ce domaine-là. Je ne sais pas ce que va faire le gouvernement, il a réussi aujourd’hui à créer les conditions pour que la gauche puisse dire : « regardez…, ils vont supprimer l’ISF, c’est encore un avantage donné à ceux qui ont de l’argent », et puis en même temps, ils ne vont pas vraiment le faire, de manière à ce qu’à droite, on dise : « regardez, ils nous ont dit qu’ils allaient nous supprimer l’ISF », et ils ne vont pas le faire. C’est donner le bâton pour se faire battre ! C’est dommage, il faut savoir ce que l’on veut ! J’ai souvent déposé des amendements de suppression de l’ISF parce que je crois que c’est contraire à l’ambition du développement économique. Il faut juste avoir une politique claire : quand on dit quelque chose, il faut le faire. C’est à cette condition que l’on peut avancer et créer une dynamique.

Philipe Cubells Moi je suis créateur d’entreprise, j’ai créé ces bouteilles que vous voyez. Ce sont des boissons fonctionnelles inspirées d’Ayurveda…, la médecine traditionnelle indienne ; J’ai travaillé pendant vingt-cinq ans dans la grande consommation pour un grand groupe ; J’ai vécu aux Etats Unis ; Quand j’entends tout ça ou que j’écoute la radio, je me dis : finalement ce qui nous tue en France, c’est les lois ! C’est trop de lois ! Quand je vois qu’on est en train d’en rajouter ou de modifier les précédentes ; Quand je vois ce qui se passe aux Etats Unis par rapport à l’entrepreneuriat ; Vous disiez monsieur que vous ne parvenez pas à lever des fonds à 500.000 euros ; Je suis exactement devant cet écueil. On peut raconter tout ce qu’on veut : il y a un trou. On a beau dire. Et pourquoi il y a ce trou ? A force d’avoir voulu essayer d’orienter la politique industrielle de la France, on a une espèce de mastodonte qui se protège… en dessous il n’y a plus rien ! Et si on arrêtait de faire des lois ? Philippe Adnot : Ca c’est un bon truc !

Intervention : Un peu dans le prolongement de ce qui vient d’être dit. Vous avez vingt ans d’expérience politique… Je crois que tout ce que vous avez exprimé relève plus du bon sens… Moi ce qui m’inquiète, c’est que vous ne devriez pas être le seul à faire des propositions de bon sens. Il devrait y avoir au moins deux ou trois sénateurs, cela montrerait au moins une chose : qu’ils sont encore sains d’esprit… Moi je trouve ça dramatique - je vais être volontairement provocateur, parce que cela fait quinze ans que je côtoie la classe politique, et plus le temps passe, plus je la trouve dévoyée. Dévoyée parce qu’elle ne voit même plus la réalité telle qu’elle est. Le financement des entreprises, je peux vous citer des dizaines de rapports, qui disent la même chose : renforcer les capitaux propres des entreprises, aider les PME, les aider à se développer, à recruter, parce qu’elles ont du mal à recruter, et on ne fait quasiment rien ! Les 7 millions d’emplois qui manquent, c’est vingt ans de lois, de rapports, et surtout d’inaction. Philippe Adnot : Alors… J’ai sûrement été un mauvais intervenant. On a tendance à parler de ce qui n’a pas réussi, de ce qui ne marche pas ou des choses que l’on regrette. On ne parle pas beaucoup de ce qui fonctionne. J’ai envie de vous dire après votre intervention : si on le veut, ça marche. Je ne connais pas de projet d’entreprise qui n’ait pas marché parce que l’on n’avait pas trouvé de solution à son financement, quand l’idée était bonne et viable. Je ne voudrais pas que vous sortiez de cette soirée avec une vision pessimiste. Je me suis donc mal exprimé. Je ne voulais pas vous donner le sentiment que tout est C e r c l e E u r o p é e n"

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facile et qu’on a tout réglé. Vous auriez alors pensé : encore un politique qui nous raconte que tout va bien. Je peux vous dire que quand un élu veut que ça marche, c’est possible ! Je pourrais vous raconter, je ne sais combien d’interventions, où j’ai réussi à convaincre mes collègues et ce, dans différents domaines. Je me suis aussi laissé convaincre par d’autres et on a pu faire des lois utiles ! Nous avons un problème, un problème culturel…c’est culturel Bercy, c’est culturel l’ENA.

Intervention : Et depuis trente ans ! Philippe Adnot : Le problème, c’est l’incapacité de certains à comprendre les mécanismes économiques. C’est-à-dire, l’investissement, le retour sur investissement et la création de richesses. On a des gens en face de nous qui pensent budget annuel. D’ailleurs je vais vous donner deux ou trois exemples. Vous avez déjà entendu des comparaisons internationales sur l’endettement des pays européens ? Oui ? Vous avez déjà entendu ça ? Vous a-t-on jamais expliqué la différence ? L’Allemagne  a un endettement. Mais qu’a-t-elle fait avec son endettement ? Elle a modernisé l’appareil industriel de l’Allemagne de l’Est ! Aujourd’hui, il est opérationnel. C’est comme si vous compariez l’endettement de deux personnes : l’une est allée trop souvent au restaurant, l’autre a construit une maison. Ils ont bien le même endettement mais la finalité ne sera pas la même ! En France, en ce moment, on vous livre des comparaisons économiques en comparant juste les niveaux d’endettement. On va comparer l’endettement des pays sans s’intéresser à ce que cela crée ou pourrait créer. Moi cela fait 21 ans que je suis président du Conseil général de l’Aube. Pendant 21 ans, j’ai martelé à mes conseillers généraux que selon le type d’investissements, nous serions ou non en mesure de changer notre environnement… ça marche, ça fonctionne. Tout le monde le comprend… On fonce. Ce n’est pas toujours facile. Il faut savoir dire « non je ne vais pas créer votre déviation car cela ne va pas créer d’emplois » ! Quand j’ai voulu faire l’université de technologie, le président de l’agglomération de l’époque, qui n’était pas encore François Baroin, voulait faire, lui, une pénétrante urbaine. Elle allait coûter 150 millions. Moi, je proposai la création de l’université pour un coût de 300 millions ! On en a payé 60 : j’ai fait venir de l’argent de l’Europe, de l’Etat, de la région, et j’ai mis 60 millions au pot commun. Dans l’autre cas, j’aurais mis 150 millions pour faire une pénétrante urbaine : elle nous aurait fait gagner cinq minutes pour entrer dans la ville, mais elle n’aurait pas créé un seul logement, et pas une seule retombée économique. Avec les 60 millions qu’a coûté l’université, j’ai eu 2.500 élèves ingénieurs, 300 professeurs, j’ai fait venir un chantier de 330 millions, j’ai fait construire des logements pour les 2.500 étudiants… Vous voyez la différence ? Donc, selon la manière dont on va utiliser l’argent public, on peut créer de la richesse. Et quand on regarde comment cela se passe aujourd’hui, jamais vous n’avez d’analyse sur le retour sur investissement. Le retour sur investissement, c’est un truc, on n’entend jamais parler de ça ! Vous avez un rapport budgétaire annuel, point. C’est pour cela qu’on ne veut pas suivre sur la JEI ! Parce qu’ils se disent : « mon budget est en déficit, il faut réduire. Je ferme les vannes ou je dois serrer ». C’est louable, à condition de regarder à quel endroit on serre et quelles en sont les répercussions. Pendant ce temps-là, on nous fait le RSA jeunes, et on oublie d’expliquer à la France que le RSA jeunes, on le fait en s’endettant puisqu’on est en déficit budgétaire et qu’il nous faut emprunter pour toute nouvelle dépense de fonctionnement. En ce moment, en France, on fait des dépenses de fonctionnement par emprunt: on supprime des dépenses qui seraient capables de créer du retour. Je vous décris là un monde qu’il faut changer. Je ne suis pas en train de vous dire que ce n’est pas possible : on peut le changer à tout moment, n’importe où. Vous, qui êtes chef d’entreprise, là où vous êtes, comme lui, qui peut employer 20 personnes plutôt que 11 ; vous ne devez pas vous dire : la France c’est foutu ! On ne peut pas bouger, on ne peut rien faire ! Il a la possibilité de faire 20 mais il fait 11 ! Il ne doit pas dire : c’est la faute du gouvernement ! C’est la faute des autres ! Il doit dire : je n’ai pas fait mon boulot ! Quand je vous tiens un discours sur le retour sur investissement, plutôt que de le reprocher au gouvernement, je le mets en pratique dans mon département... L’année dernière, on a fait un plan de maîtrise de la dépense publique de 10 millions d’euros, la veille d’une année électorale ; j’ai eu une majorité de 27 sur 33. Donc, les élections, chez nous, se sont bien passées alors même que j’avais coupé les subventions et bien d’autres choses, comme le fait de faire payer les transports scolaires. Les choses ont été comprises et acceptées car ils savent… Je leur ai dit : si nous ne maîtrisons pas la dépense publique, nous ne serons pas en mesure d’investir pour un avenir meilleur. C e r c l e E u r o p é e n"

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Dans la salle : Y compris Baroin ? Philippe Adnot : Ah, il est bien placé maintenant, pour comprendre cela. Je pense qu’il essaye, oui. Mais je voudrais plaider pour que vous ne soyez pas pessimiste. Comprenez bien que ce que je décris là, n’est pas une fatalité. Il ne faut pas attendre les changements des autres. Vous, moi, avons dans nos métiers le pouvoir de changer les choses. N’attendez pas une loi pour cela. Allez au bout des choses. Soyez ambitieux ! Peu importe qu’il y ait trop de lois, Monsieur ! Je partage cette opinion : il y a trop de textes ! J’en suis malade que l’on fasse un débat sur la laïcité pour conclure qu’il faut de nouveaux textes ! On les a tous, les textes ! On n’en a pas besoin ! Pendant les cantonales, ils sont venus faire une réunion sur la laïcité dans mon département. Je n’y suis pas allé ! On s’occupe des maisons de retraite, des collèges, on fait les routes, l’université, et le type vient parler de la laïcité ! Vous connaissez les résultats des élections !

Question de Philippe Cubells Plutôt que faire des lois, pourquoi ne cherchez-vous pas à en supprimer ? Nous au niveau des petites entreprises, on ne peut pas les gérer toutes ces lois ! Philippe Adnot : Je suis entièrement d’accord avec vous ! Mais c’est aussi un petit peu de votre faute. Savez-vous ce que fait un parlementaire à longueur de journée ? Il doit répondre à d’innombrables requêtes qui émanent des lobbies de chacune des professions. Savez-vous ce que nous demandent ces gens ? Eh bien… Des textes, des règlements, des lois, parce qu’ils ne veulent pas que d’autres puissent faire ce qu’ils font. Un masseur kiné ne doit pas pouvoir faire ce que fait une infirmière … Je schématise, mais c’est comme ça tous les jours !

Intervention de Michel Verlière : Je vends des maisons en bois ; Je peux vous dire que le lobbying béton est très fort ! Et le Grenelle de l’Environnement n’a rien fait contre le lobbying béton ! Philippe Adnot :

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Oui, mais vous êtes d’accord : il y a une quantité de lobbies qui s’expriment. C’est d’ailleurs normal. Je regrette que l’on critique le lobbying. Un élu responsable doit savoir écouter et arbitrer en son âme et conscience. On est partisan si on n’écoute pas.

Michel Verlière : Peut-être faut-il qu’il soit comme vous : sans étiquette. Parce que quand il a une étiquette, il écoute plutôt un tel ou un tel… Philippe Adnot : Partons du principe que les élus sont beaucoup mieux que ce que vous imaginez.

Thibaut Cuny : On parlait de la maitrise des dépenses publiques, comment expliquez-vous que l’on puisse clôturer avec un déficit public de 147 milliards ? Philippe Adnot : Parce que la terminologie n’est pas adaptée à la réalité des choses. Vous entendez « déficit », et cela ne vous paraît pas drôle. Mais « déficit », cela n’existe pas : c’est le contingent annuel d’emprunts supplémentaires que l’on vient ajouter à la dette. L’Etat ne rembourse aucun emprunt en capital. Il paye les prêts financiers. Alors c’est indolore ! Ça ne se voit pas ! On vient de faire le grand emprunt. On vient d’en rajouter une couche. C’est un grand emprunt… Il va être plus ou moins recyclé. Un matin, ce sera un déficit supplémentaire. Le vrai problème, c’est qu’à un moment donné, il faudrait se poser la question de l’utilisation et du retour. Regardez combien on met d’argent dans le social… Combien on met d’argent dans la prime à l’emploi, quels sont les mécanismes qu’on met en œuvre… Moi je ne veux pas prétendre que j’en connais plus que d’autres. Je suis un président de Conseil général qui s’occupe de social… Je donne 44 millions d’euros dans un petit département de 300.000 habitants pour le RSA. Il faut arrêter avec l’assistanat! On n’est pas près de le faire ! Quand j’entends la gauche ou quand j’entends Villepin dire : « il faut donner à tout le monde 850 euros ». Attention, il est normal qu’une société moderne ne laisse personne sur le bord de la route. Elle doit cependant demander une contrepartie à toute personne à qui elle donne quelque chose. Il faut dire : tu n’as rien pour vivre ? Voilà 500 euros, mais tu dois du temps à la collectivité pour ainsi diminuer les charges. C’est-à-dire… Aller tondre la pelouse du terrain de foot, repeindre les grilles de l’école, sarcler les mauvaises herbes qui poussent… Bref ! Qu’il n’y ait pas une société d’assistés ! On est en train de créer une société d’assistés ! Quand je vois qu’on crée le RSA jeunes pour les moins de 25 ans ! On va donner un chèque à tout jeune qui n’a pas d’activité sans rien lui demander en retour ! Quelle société voulez-vous ainsi avoir ?

Thibaut Cuny : C’est une bonne clientèle politique ! Ce n’est pas ce qui coûte le plus cher ! Philippe Adnot : Pardon, mais je trouve que c’est cher ! Moi qui ai un budget de 330 millions d’euros ! J’en donne déjà 44 pour le RSA… ça fait un trou ! 44 pour ça, 36 pour les personnes âgées, 30 pour les enfants que je retire des familles qui les battent ou qui les violent ! Ça fait quand même pas mal ! 163 millions pour le social sur un budget de 330. Je vous donne des chiffres bruts pour que vous compreniez que c’est étonnant ! On vient de faire une campagne électorale sur les cantonales. A-t-on, une seule fois, entendu parler à la radio ou à la télévision des enjeux de cette campagne ? On a entendu parler du C e r c l e E u r o p é e n"

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score de Marine Le Pen, des projections pour la présidentielle… Est-ce qu’elle serait première, deuxième, ou troisième. A-t-on eu un débat pour parler de la gestion des départements ? A-t-on parlé des choix qui y sont faits ? Comment l’argent y était géré ? S’est-on interrogé sur la manière de gérer une société qui compte de plus en plus de personnes âgées ? Ne comptez donc pas réduire les dépenses ! Mais il ne faut pas pour autant renoncer à gérer, même si les problèmes de gestion sont colossaux sur ce point. Vous pouvez dépenser 20 ou 30% de plus que ce qui serait nécessaire. Je vais vous donner un exemple : en milieu rural, il y a des associations d’aide à domicile. Elles sont toutes quasiment en faillite. Pourquoi ? Elles ont signé une convention avec leurs personnels où les temps de déplacement sont indemnisés comme des temps de travail. Ils sont incapables de faire le rapport entre la mission qu’ils vont donner et le temps de déplacement. Moralité : dans la plupart des associations, la moitié des dépenses sont relatives au déplacement et ne relèvent pas des soins. Nous, au Conseil général, on ne paye que les dépenses de soins. Ils sont déjà à 21 euros de l’heure et ils n’équilibrent pas leurs comptes. La qualité des soins en pâtit. Tout cela parce qu’ils n’ont pas compris qu’il ne faut pas donner une demi-heure de déplacement pour dispenser dix minutes de soins. C’est un problème de gestion. On peut gérer les personnes âgées d’une manière efficace. Il faut comprendre cela dans notre société. Vous m’avez posé la question tout à l’heure, Madame : qu’est-ce qu’il faudrait ? Il faudrait que l’on soit dans une société de responsabilités, d’initiatives, dans laquelle on n’inculque pas aux gens, dès le départ, dès leur naissance, que c’est la société qui leur doit tout alors qu’eux ne sont responsables de rien. Et comme on n’enseigne pas cela dans les écoles primaires, cela n’est pas près de s’arranger ! Alors que tout commence là : nous sommes responsables de notre avenir, la société ne nous doit rien. C’est à nous de créer les conditions. Et vous tous, dans votre environnement, vous êtes responsables de votre avenir, de l’avenir de vos enfants, de vos parents. Et avant de dire : « c’est la faute de l’Etat qui fait trop de lois, c’est la faute de ceux-ci ou ceux-là », vous devez vous demander : « qu’est-ce que je fais, moi, là où je suis, pour que cela change ? » Et bien croyezmoi, à tous les préfets qui viennent en visite dans le département, je dis : « il y a deux manières de se comporter. Vous pouvez essayer de faire en sorte que les choses ne se fassent pas. Vous pouvez utiliser votre énergie à ce que rien ne se passe. Pour être clean de tout ». Parce que c’est cela le problème : comme on est dans une société où l’on n’accepte pas le risque, on n’accepte pas la responsabilité, hop, parapluie ! Et quel est le but du jeu pour tous ? C’est de créer les conditions pour que jamais personne ne puisse venir me tenir pour responsable. Moralité : il ne se passe rien. On peut utiliser son énergie à trouver des solutions ou rester planté là à ne rien faire. Il y a un tas de gens qui se morfondent en France. Alors que si chacun d’entre nous, dans sa vie de tous les jours, dans son travail, dans sa famille, avec ses parents, ses enfants, ses petits-enfants, agit… fait face aux problèmes…. La société, notre société, change.

Thibaut Cuny : Oui mais il y a combien de sénateurs ? Philippe Adnot : 340. Et alors ? Vous en connaissez quinze, c’est pour ça, mais il y en a d’autres qui sont très bien !

Intervention : Je dirai deux choses : c’est vrai que cela procède de l’initiative privée, mais je pense que l’exemple doit aussi venir d’en haut. Il n’y a peut-être pas assez d’exemples quand on voit que les politiques quelquefois se font rembourser indûment des notes de frais par l’Etat, forcément cela ne contribue pas à donner le bon exemple. Premier élément. Deuxième élément : si vous pouviez faire quelque chose, monsieur le sénateur pour essayer d’insuffler cette notion de responsabilité. Il y aurait deux mesures : premièrement, supprimer cette stupidité de principe de précaution. Philippe Adnot : Vous avez bien raison. C e r c l e E u r o p é e n"

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Intervention : Deuxièmement, ce serait de restaurer les cours d’éducation civique en primaire. Philippe Adnot : Oui, on est d’accord.

Intervention : Je suis vice-président de France Initiatives, un réseau qui a pour objectif de permettre à tout individu de pouvoir créer son entreprise, de ne pas avoir l’obstacle des fonds de création d’origine, que personne ne finance. Dans d’autres cas, c’est la grand-mère qui casse ses économies, ou c’est Bolloré qui a la chance d’être le fils de son père… Mais il y a plein de gens qui ont de bonnes idées, et qui ne sont pas dans ce cas-là, qui n’ont pas une vieille grand-mère avec des économies, ou qui ne sont pas le petit-fils de… ; Donc le réseau France Initiatives mobilise des fonds, le plus souvent des fonds publics, par exemple avec le Conseil général, et ça marche très bien. Le résultat c’est 37.000 emplois créés en France l’année dernière, et 13.700 entreprises créées. Donc c’est un outil qui fonctionne. Mais cet outil utilise des fonds publics. Aujourd’hui les fonds publics sont globalement utilisés avec un peu plus de parcimonie, et on se dit : si on diminue l’aide qu’on apporte à ce réseau, ça diminue les charges au conseil général, au conseil régional, dans la communauté d’agglomérations ; Donc la tendance aujourd’hui, c’est de réduire ces fonds. On y réfléchit. Monsieur Fabius avait fait une loi en l’an 2000 sur l’épargne salariale. Et puis par étapes successives, on a créé l’épargne salariale solidaire. Et l’épargne salariale solidaire doit être utilisée pour des entreprises qui ont une activité RSE reconnue. Le fonds d’épargne salariale achète des actions de TF1, TF1 est reconnue comme ayant une politique RSE correcte, donc ils sont dans l’épargne salariale. Comme tout le monde a trouvé que ce n’était pas très solidaire, ce pourcentage de l’épargne salariale à ces entreprises-là, on a créé le fonds solidaire solidaire.  Le fonds solidaire solidaire qui dit que 10% du fonds solidaire doivent être investis dans les entreprises solidaires. Mais la contrepartie de ça, c’est une rémunération voisine de 0, pour ne pas dire 0. Contrepartie des 90% qui sont investis chez TF1, chez Alstom ou ailleurs, qui rapportent ce que les 10% ne rapportent pas. Donc ce fonds solidaire, c’est très important parce que la solidarité des salariés des entreprises qui créent de nouvelles entreprises qui créent des salariés, ce n’est pas complètement idiot, comme expression politique et comme schéma intellectuel. Je trouve même cela assez intelligent. Quand on voit ça, on se dit mais pourquoi ne permet-on pas à d’autres formes d’épargne d’avoir la caractéristique de ce système ? Pourquoi ne pas créer un système dans lequel, pour financer la création d’entreprise, permettre de remplacer la grand-mère, d’accentuer la possibilité pour tout citoyen, d’avoir une activité en se disant : j’investis pour le développement de mon pays. Et j’en retire non pas un avantage de placement, mais un avantage de diminution de mes impôts. On dit que l’impôt c’est la solidarité nationale ; On peut aussi dire que l’épargne solidaire, c’est le développement économique de la nation. C’est aussi la même référence, et le même schéma. Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?

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Philippe Adnot : Et bien je vais vous répondre : durable, solidaire, citoyen, tout cela m’agace quelque fois… Derrière tout ça, on s’affranchit de créer un retour sur investissement. Je n’aime pas cela. On peut, par exemple, parler de l’épargne salariale … Des gens sont venus me voir pour me demander de faire évoluer des textes sur ce point afin de pouvoir en affecter une partie au financement des entreprises. Mais à chaque fois, il faut se poser le problème : le fait que j’ai accolé le mot « solidaire » ne doit pas vouloir dire que je me dispense d’une bonne gestion. C’est vrai que ça m’agace : on met des mots, comme ça… Vous ne pouvez plus rien imaginer qui ne soit durable maintenant. Même les rasoirs Bic vont être durables, si cela continue ! Mon point de vue est celui-ci : ce n’est pas parce qu’on utilise l’argent de petits épargnants ou de salariés qu’on doit être moins exigeant sur la volonté de bien l’utiliser, de créer de la richesse et donc, d’exercer un choix professionnel. Je ne veux pas que des gens qui ne sont déjà pas très riches soient spoliés. Je ne veux pas que l’argent soit mal utilisé, qu’il ne crée pas une réelle dynamique économique. Voilà ce que je voulais dire. Pour le reste, l’argent, il faudra le trouver, qu’il vienne de partout. Tout le monde doit se poser cette question : « comment est-ce que j’utilise l’argent public ? A quoi je l’affecte ? Qu’est-ce que cela va créer ? » Quand je vous dis : « je ne crée pas de déviation », je me fais engueuler par tous les citoyens ! Cela ne fait rien, je ne plie pas. Je ne fais pas de déviation. Je leur dis : « je ferai les déviations quand j’aurai créé l’activité économique ». Je mets donc de l’argent dans ce qui va créer de la richesse. Et bien, cela change tout. Vous êtes le même gestionnaire, vous avez le même budget, vous pouvez faire des choses totalement différentes. Il y a beaucoup de sommes qui sont placées dans l’assurance-vie, dans les fonds de participation… et nous allons devoir de toute façon trouver des remplacements pour alimenter les fonds propres des entreprises. Aucun secteur ne peut échapper à la chose. On y parviendra, à condition qu’on se donne des exigences professionnelles qui ne soient pas galvaudées. Et votre suggestion, Monsieur, était parfaitement recevable, et beaucoup de personnes sont déjà venues me voir sur ce thème-là. Je vous prie de m’excuser de ma franchise.

Intervention d’Alain Schéhadé : Monsieur Adnot, vous nous avez dit tout à l’heure que vous aviez voté Sarkozy, et que vous n’étiez pas près de le refaire, j’aimerais savoir pourquoi… Philippe Adnot : Il a fait une grave erreur pour moi : il a tué les collectivités locales et la décentralisation avec sa réforme. J’ai lutté autant que j’ai pu ; on a été battu de trois voix… Je ne renonce pas facilement… Donc on n’a pas dit notre dernier mot. Je pense qu’il a fait quelque chose de grave parce qu’il va provoquer de la dépense publique supplémentaire. Je vais vous donner un exemple : on va passer de 48 conseillers régionaux à 138 ! On nous dit qu’on fait cette réforme pour faire des économies ! Vous y croyez, vous ? Moi je n’y crois pas ! Et je peux vous dire que ça va être une chose ingérable, cette histoire ! Cette réforme est catastrophique ! Elle va coûter cher. Elle est démobilisatrice ; Elle empêche les territoires d’essayer de se battre pour leur avenir ! Je ne lui pardonne pas d’avoir fait cela… Et d’autres choses. Mon problème est de ne pas savoir pour qui voter. Nous devrons tous nous poser la question dans quelques mois. Notre pays a besoin de quelqu’un qui soit capable de bâtir un projet ! Le problème des dernières élections présidentielles… Pourquoi ça n’a pas marché ? Je vais vous donner mon opinion : les campagnes électorales de Sarkozy et de Ségolène étaient les deux mêmes. C’était des campagnes électorales de grande distribution, avec à boire et à manger pour tout le monde, dans tous les segments avec de nombreuses propositions qui donnaient l’impression à chacun qu’il serait satisfait. Ils ont obtenu les voix mais n’ont pas tenu leurs engagements. Il faudrait quelqu’un en France qui soit capable de développer une vision de l’avenir, imaginer ce que devrait être notre pays, imaginer une politique pour le faire. Penser recherche, penser innovation, bien sûr. Mais cela doit s’inscrire dans un projet clairement défini, clairement réfléchi. Avoir aussi le courage de revoir la fiscalité. L’année dernière, on a fait un effort de dix millions de dépenses de fonctionnement en moins ; je peux vous dire que dans un budget comme le mien, c’est terrible. Eh bien les gens ont quand même voté pour nous. Ils ont compris. Parce qu’on a pris le C e r c l e E u r o p é e n"

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temps de leur expliquer pourquoi on le faisait. On peut demander des efforts aux gens, mais il faut aussi leur donner de l’espoir et le concrétiser. Il faut expliquer les choses, fixer un cap. Je suis un libéral, c’est-à-dire que je crois en la responsabilité des hommes, à l’esprit d’initiative, à l’esprit d’entreprise, à la responsabilité individuelle. Objectivement, je ne sais hélas pas pour qui voter aujourd’hui.

Question de Jean Claude Armand : Qu’est-ce que vous faites par rapport à l’inflation des fonctionnaires territoriaux ? Philippe Adnot : Je réponds que c’est une mauvaise question. J’ai l’habitude de prendre un peu le contre-pied. Je ne partage pas cette philosophie qui consiste à dire : il faut supprimer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. La question n’est pas de supprimer un fonctionnaire sur deux, la question est : à quoi est-il bon de les affecter ? L’année dernière, j’ai créé 24 emplois supplémentaires de fonctionnaires. Je suis donc un mauvais gestionnaire ! Ces 24 emplois supplémentaires, qu’estce que j’en ai fait ? 30 millions d’euros par an ! Les enfants battus, violés, maltraités, dans un département de 300.000 habitants cela représente 30 millions d’euros par an ! Ces enfants sont placés par la justice dans des établissements. Là, il me faut autant de personnel que d’enfants ! Oui… En général, une personne par enfant parce qu’il faut faire les samedis, les dimanches, les nuits… J’ai préféré embaucher pour traiter le problème en amont et éviter que les enfants soient placés. J’ai des employés qui visitent les familles, les conseillent, interviennent pour les aider à faire le budget et pour éviter qu’ils ne maltraitent leur gosse. En évitant qu’un enfant soit maltraité ou placé, mon employé me fait gagner une fois et demie son salaire. Ben oui ! Je crée de l’emploi... je gagne de l’argent. Suis-je mauvais gestionnaire ?

Dans la salle : Oui mais après il y a les retraites à payer. Philippe Adnot : Oui mais j’insiste : comprenez que la question n’est pas le nombre de fonctionnaires mais qu’est-ce qu’on leur fait faire ? Quelle est leur valeur ajoutée ? Le Conseil général de l’Aube, c’est une entreprise. Je vais vous raconter une anecdote, parce qu’elle me fait toujours rigoler : quand je suis devenu président en 90, on était le dixième département le plus endetté de France. Bon. J’avais une analyse de Mozart Consultant qui disait « Département super bien géré. » Tu parles ! J’arrive, je regarde les comptes, il y avait 100 millions de francs dehors depuis quatre ans. A l’époque, les taux d’intérêt étaient extrêmement élevés. Bonne gestion de la trésorerie, avec 100 millions dehors depuis quatre ans ! J’ai commencé par bloquer tout cela. J’ai fait rentrer l’argent et j’ai surtout viré le directeur financier. J’ai embauché un privé. Le préfet m’a dit alors : « mais vous n’avez pas le droit de l’embaucher ; vous allez le payer autant que mon sous-préfet ! Vous n’avez qu’à prendre un cadre B, il fera les entrées et les sorties, vous n’avez pas besoin d’autre chose ». Je lui ai alors rétorqué : « l’autre était comme cela et il a laissé dehors 100 millions depuis quatre ans avec 10 % d’intérêts et sa note est bien salée... » Et lui ai expliqué que mon nouveau directeur coûterait peut-être autant qu’un sous-préfet, mais qu’il nous ferait gagner bien plus d’argent grâce à une meilleure gestion. Il faut parier sur l’intelligence pour que notre société soit capable de relever les défis auxquels elle est confrontée. Voilà, c’est ce que nous devons faire dans nos entreprises, dans les collectivités locales et au niveau de l’Etat. Et si je devais vous livrer un petit message de fin de soirée, ce serait celui-là : pariez sur l’intelligence, bien gérée... Cela rapporte un paquet !

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Intervention d’Alain Schéhadé : J’ai aussi un message à vous livrer Monsieur Adnot : la société française a besoin d’hommes comme vous.

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Philippe Adnot : Stimuler l'Investissement Dans Les Jeunes Entreprises.  

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