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WWW.CERBEREMAGAZINE.COM

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MARS 2018

N°5

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ID QUI SUIS-JE ? QUI SOMMES-NOUS ? Ce sont des questions que l’on se pose souvent quand il s’agit de grandir, d’évoluer et de se comprendre. Cela peut prendre des mois, des années, une vie pour répondre à ces questions pourtant presque trop simples. Les questions sur l’Identité sont aujourd’hui des sujets incontournables car de plus en plus de gens, de lecteurs n’ont plus peur d’exprimer qui ils sont vraiment aux dépends de leurs vies, un sentiment de risque récompensé par le monde qui nous entoure, septique ou non. Que ce soit face au Black Lives Matter, au féminisme, à la culture drag, à la difficulté de faire son Coming-Out dans une société relativement moderne, à la vague du UNISEX, aux rencontres multipliées avec les activistes de l’association Refuge, au Ballroom ou à tous les protagonistes qui ont croisé nos routes, il était important pour nous de prendre du temps et trouver notre juste avis à ces questions pour aborder ce numéro. Cerbere espère que vous ne l’avez pas oublié : ce chiot que vous avez adopté il y’a trois ans maintenant qui n’avait qu’un seul désir, celui de transmettre ce qu’il observe, de raconter ses aventures quotidiennes le tout dans une revue web bimensuelle avec un groupe de personnes qui comme par hasard partagent ce même désir d’expression. Ce chien a maintenant grandi, il a parcouru plusieurs terres, rencontré des bâtards et des pures races dans le seul but de trouver qui il est vraiment. ID est né. Esmeray, une femme dévouée en ce qui concerne les droits humains, est l’une des plus grandes inspirations de ce numéro. Elle a exprimé lors d’une interview en 2017 sur FOX TV sa conviction qu’un jour la vraie égalité, celle qui ne concerne pas uniquement la communauté LGBTQIA « mais celle qui concerne les droits de l’Homme » sera garantie. La bataille ne cessera que le jour où toutes les nationalités, les identités sexuelles, les groupes en Turquie, au Nigéria et partout sur le globe ne feront plus qu’un, une entité égalitaire.

Sailout: Exprimer qui on est. Etre soi.

Expression du vocabulaire marin qui signifie prendre le large, se laisser porter par le vent. Comme un bateau. Il est très important d’essayer de le faire quand il s’agit de nous, quand il s’agit de trouver la paix intérieure parce qu’on ne peut aider les autres quand on n’est pas soi-même accompli personnellement. C’est avoir la confiance en soi nécessaire pour traverser les lieux sombres, affronter la peur quand on est entouré de bruit et de chaos.

La retraite intérieure est donc le but ultime.

Nous devons nous rappeler que le combat n’est pas fini. La route est encore longue dans un monde ou parler ne suffit plus. Il faut agir. Chers tous, vous nous avez manqué. C’est donc canines saillantes, poils hérissés et pattes ancrées dans le sol que Cerbere Magazine vous présente son dernier numéro.

Show Me Your ID.

SAILOUT : EXPRESS YOURSELF . DO YOU. LIVE THINK ACT Cerbere team.


CULTURE / SOCIÉTÉ 08

ASSOCIATION LE REFUGE Rencontre avec Nicolas Noguier

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MOUVEMENT DRAG Interview de Jerrie FK Interview de Hélène Mourrier Interview de Ryuq Qiddo

MODE 26

CONSTANTIN PROZOROV Nouvelle technique

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ID SHOOTING Il/ Elle joue de son apparence

et de son attitude 49

LA SÉLECTION SHOPPING par La Piscine

LIFESTYLE 52

ADVANCED STYLE Le style n’a pas d’âge

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VOYAGE VOYAGE

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MUSIQUE La sélection musicale

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COURRIER ANONYME Le coming out.

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le gang FABRICE CHAPUIS

KATE KALLOT

ELVIRE FAURY-DONNET

Directeur de la Publication

Directrice de la Publication

Chroniqueuse Lifestyle, Voyages

Fin 2013, j’ai lancé Cerbere Magazine, web magazine à Lyon. Un magazine fait par des jeunes pour les jeunes. Soucieux de partager mes expériences et celles de toute l’équipe qui m’entoure. Auto Entrepreneur, je travaille aujourd’hui en tant que Manager en Wholesale dans la Mode. Ma première passion étant d’aller à la rencontre des gens et d’interviewer les héros des temps modernes, j’aime aussi poser des questions aux personnalités dans l’univers du cinéma, télévision et le milieu associatif.

Manager dans la tech le jour et auto-entrepreneuse la nuit, Cerbere est un moyen d’exercer ma première passion, le journalisme. Résidant aux USA et voyageant dans le monde, j’aime dénicher les dernières tendances venant d’ailleurs dans tous les domaines et les partager avec un public français.

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Passionnée par les gens, la culture, tout est prétexte pour prendre mon sac et aller explorer. Résidant à Amsterdam pour mes études, l’écriture est quelque chose que j’aime faire par-dessus tout. Cerbere me donne donc cette plateforme d’expression qui me permet de partager mes aventures d’ici et là avec des lecteurs de plus en plus nombreux.


HÉLÈNE BOWIE

ANDREA GALLEA

MILÉNA KABAKDJIAN

Chroniqueuse Société, Mode

Chroniqueur Culture, Musique

Designer graphique

Je porte une attention particulière à la mode et l’art contemporain Africain et chinois que j’ai eu l’occasion de découvrir lors de mes voyages. Je suis également passionnée par le yoga et tout ce qui touche au développement personnel à travers le corps et l’esprit tel que la méditation, le bouddhisme et l’art du zen. Ecrire pour Cerbere Magazine est l’occasion pour moi de partager mes expériences, celles de mon entourage à nos lecteurs et ainsi pouvoir aborder des sujets plus spécifiques.

Designer graphique touche-àtout avec une passion pour l’art sous toutes ses formes, j’ai rejoint l’équipe de Cerbere Magazine il y a deux ans pour ajouter une nouvelle corde à mon arc: l’écriture. Je m’intéresse de près aux évènements artistiques ainsi qu’aux personnalités atypiques et émergentes qui fourmillent sur la région parisienne pour en partager la découverte avec nos lecteurs et leur proposer de nouvelles expériences culturelles.

Ayant exercé ma pratique de graphiste dans différents univers tels que celui de la publicité, de la presse ou encore de la mode, j’ai pris part à Cerbère Magazine pour pouvoir m’exprimer sur des causes qui m’importent, telles que celles de l’identité et du genre. Si l’image et le graphisme sont mes médiums de prédilection, j’aime aussi l’écriture, qui m’a permise d’aller à la rencontre d’artistes pour leur faire partager leurs expériences multiples.

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culture


RENCONTRE AVEC : Par Fabrice Chapuis

nicolas noguier association « le refuge » Quand on parle de problèmes relatifs à l’identité, la prise de parole et le rejet de la société, quand on est considéré comme différent, on retient forcément l’action de cet homme qui a fait de son “problème” une solution. Il est fondateur de l’association Le Refuge et l’un des lauréats de la du programme TYOP «Outstanding Young Persons Of the World» récompensé pour son apport à “l’égalité des droits humains notamment la mise de dispositif et valorisation des droits homosexuels. Lors de notre rencontre, Nicolas Noguier nous parle de sa fondation et de ses prochaines actions pour une cause qui lui tient à coeur.

QUI EST NICOLAS NOGUIER ?

Je suis inspecteur dans le sanitaire et fondateur de l’association Refuge. COMMENT A ÉTÉ VOTRE ENFANCE ? QUEL GENRE D’ADOLESCENT AVEZ-VOUS ÉTÉ ?

Mon enfance a été joyeuse. Je viens d’un milieu rural, né de parents viticulteurs. J’ai vécu une enfance tranquille, et j’ai découvert mon homosexualité vers 14 ans. Je me suis senti différent d’emblée car je n’avais pas de modèle ou de personne à qui en parler. J’étais très timide et réservé. J’ai vécu mon adolescence dans la crainte que mes parents le découvrent mais aussi dans la peur de décevoir mon entourage. À mes 18 ans je suis parti à  Montpellier ou j’ai pu vivre ma vie autrement et essayer de m’épanouir. COMMENT VOUS EST VENUE L’ENVIE DE FONDER CETTE ASSOCIATION ?

L’envie de fonder cette association est directement inspirée de mon vécu. L’isolement auquel j’ai pu être confronté plus jeune. Le fait de n’avoir pas compris ma sexualité au début et de n’avoir personne à qui en parler. À l’époque il y’a avait pas d’associations destinées aux jeunes qui comme moi se posaient des

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questions sur le sujet. C’est donc armé de mon ordinateur que j’ai fait des recherches, contacté des organismes sociaux pour voir comment mettre en place des structures d’hébergement pour les jeunes “victimes d’être eux-mêmes”. La plupart des organismes que j’ai contacté avaient déjà été témoins de situations de rejet typique en l’encontre de ces jeunes jugés «différents». Grande a été ma surprise quand je me suis rendu compte qu’en France il n’existait aucune cellule d’écoute pour des jeunes qui comme moi ont été victimes d’un rejet dû à leur sexualité. C’est donc à Manchester en Angleterre auprès de LGBTQ Counseling  que j’ai trouvé l’inspiration pour créer Refuge en France. QUEL EST VOTRE AVIS SUR LES QUESTIONS D’ACCEPTATION DE LA DIFFÉRENCE AUJOURD’HUI EN FRANCE ?

Mon avis est assez mitigé. Je pense que le gouvernement français a pensé qu’en légalisant le mariage pour tous, cela viendrait atténuer les débats sur la question. Cependant cela n’a fait qu’augmenter les conflits. Ce n’est pas parce que deux filles ou deux hommes peuvent se marier que l’homophobie va s’arrêter. On en est encore loin. Les questions d’acceptation impliquent d’autres leviers qui n’ont pas été pris en compte comme la sensibilisation de masse.


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On pourrait se demander comment aujourd’hui, à l’heure ou la liberté d’expression est au maximum, les questions d’acceptation restent encore quelque peu taboues. La reconnaissance sociale est le plus gros problème en France. J’ai pu rencontrer les gouvernements de droite et de gauche. À chaque fois il y’a eu une écoute en dehors des clivages politiques mais il n’y a jamais vraiment eu de lutte contre l’homophobie en France. PENSEZ-VOUS QUE LES VIOLENCES PHYSIQUES ET PSYCHIQUES GUÉRISSENT AVEC LE TEMPS CHEZ CES JEUNES ABANDONNÉS PAR LEUR ENTOURAGE ?

C’est difficile mais pas insurmontable. C’est un processus qu’il faut faire avec plusieurs personnes et non tout seul. On pourrait penser que le plus difficile est de prendre son courage et d’en parler à son entourage. Mais une fois que cela est fait, en général s’ensuit le rejet, la solitude. C’est à ce moment-là que les jeunes nous appellent la plupart du temps. C’est pour cela qu’au Refuge, le mot d’ordre reste l’écoute: les bénévoles en ont conscience et ils y font un

travail d’accompagnement minutieux. Le bilan est assez positif. Les chiffres sont en hausse. On atteint un record sur toutes nos antennes. On a enregistré plus de 3000 appels sur la ligne d’urgence. En termes d’hébergement on enregistre aujourd’hui 3000 lits disponibles avec un dispositif relais constamment plein. La situation est relativement explosive car on recense 7000 jeunes depuis la création de l’association. On observe une dynamique de plus en plus forte et belle quand on observe des bénévoles et des donateurs qui nous soutiennent depuis le début de l’aventure et aussi de nouveaux adeptes qui partagent nos valeurs. COMMENT DÉCRIRIEZ-VOUS UNE JOURNÉE TYPE DANS VOTRE COMBAT ?

Il y’a pas de journée type car les parcours de ces jeunes qui nous contactent sont tous différents. On essaye de garder nos valeurs pour que tous les jours nous puissions aider au mieux tous les jeunes dans le besoin.

AUJOURD’HUI DE PLUS EN PLUS DE JEUNES SAVENT

QU’ON EST LÀ. CE CÔTÉ RASSURANT EST PRIMORDIAL DANS LA VIE ET L’ACCOMPLISSEMENT D’UN JEUNE VICTIME DU REJET

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L’HOMOPHOBIE INTÉRIORISÉE EST QUELQUE CHOSE QUI PRIME DANS

LA VIE DE CES JEUNES GAYS QUI VIVENT DANS LA PEUR DU REJET

QUEL EST LA SUITE APRÈS LA CASE “REFUGE “ POUR CES JEUNES ?

interprétation des textes religieux de la part de la majorité des parents.

Ils restent entre 6 et 8 mois. Ça dépend des profils, certains restent moins et d’autres plus. Le mot d’ordre est de pouvoir offrir un cadre sécurisant au jeune pour qu’il puisse se découvrir et s’accepter. Le travail sur soi est la clé. La sortie du refuge est garantie par un travail, une colocation. Nous restons en contact avec les sortants et certains, par la suite deviennent eux aussi des acteurs importants dans l’association pour à leur tour aider les futurs entrants.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS LE NOMBRE D’AGRESSIONS FAITES AUX HOMOSEXUELS ET LE REFUS D’INTÉGRATION DE LA COMMUNAUTÉ LGBT DE FAÇON MAJORITAIRE DANS UN PAYS OU LE MARIAGE POUR TOUS A ÉTÉ LÉGALISÉ ?

PENSEZ-VOUS QUE VOS ACTIONS SONT ASSEZ MÉDIATISÉES ?

La médiatisation est super importante. Nous avons aujourd’hui la possibilité d’avoir de l’espace publicitaire de manière gratuite. Cependant ce n’est pas encore gagné, car on est les seuls sur ce créneau. Dans les grandes villes il y a une connaissance de notre association mais en province cela reste encore peu connu. Le but est de sans cesse faire appel aux personnalités et d’autres organismes pour avoir une plus grande résonance. Ce qui représente beaucoup mais peu comparé à d’autres pays européens ou dans le monde. EXISTE-T-IL UN ACCOMPAGNEMENT POUR LES PARENTS QUI SONT SOUVENT À L’ORIGINE DU MAL ÊTRE DE CES JEUNES ?

Les parents peuvent être accompagnés par une association qui s’appelle Contact. C’est une association qui a pour objectif d’aider les familles et ami(e)s à comprendre et à accepter l’orientation sexuelle et/ou l’identité de genre de leurs proches. PENSEZ-VOUS QUE L’ACCEPTATION DÉPEND DU MILIEU, DE LA CULTURE ?

L’aspect culturel et social joue un petit peu moins. Nous avons des fils de psychologues, de médecins réputés. Dites-vous que ce rejet dont ces jeunes sont victimes concerne tous les milieux sociaux. Ils sont parfois fils de notaires, de médecins mais aussi de fermiers ou de familles de quartiers défavorisés. Le point commun est le rejet par la famille. Ce qui pour nous est une raison majoritaire. Ensuite vient le rejet à l’école et le rejet de l’employeur dans le milieu professionnel. L’aspect religion est plus déterminant. On remarque aussi la mauvaise

Nous avons constaté une hausse de l’homophobie depuis 2012. Cependant, l’homophobie a toujours été présente. Il n’y a juste pas eu de conversations à ce sujet. Aujourd’hui que le sujet est plus libre, la montée de l’individualisme dans notre société fait augmenter les agressions. Ceci est principalement dû à des malentendus vis à vis de la communauté LGBT. COMMENT FAIRE POUR REJOINDRE L’ASSOCIATION EN TANT QUE BÉNÉVOLE OU VICTIME ?

En tant que victime ou jeune en isolement le refuge est joignable au 0631513930. Des équipes de bénévoles et de professionnels sont présents sur toutes nos antennes afin de répondre aux questions et accueillir tous ces jeunes. Ils peuvent aussi nous envoyer des messages via ce même numéro car pour des raisons de dépression, il y en a qui ne peuvent pas en parler de vive voix au téléphone. En ce qui concerne les bénévoles, tout le monde est le bienvenu. Chacun peut contribuer en fonction de ses compétences. La validation du contrat de bénévolat prend en général 2 à 3 mois d’accompagnement avant confirmation définitive. Chacun peut apporter sa contribution en fonction de ses compétences et de son temps disponible : mise en place d’ateliers RH, proposition de sorties culturelles, aide à l’administration des délégations. Les missions ne manquent pas et c’est cela aussi qui fait la richesse de notre association. QUE POUVONS-NOUS SOUHAITER À L’ASSOCIATION ?

J’espère que la société sera un peu plus bienveillante et mettra en place beaucoup plus d’entraide. Dans une vision plus utopiste, j’aimerais qu’il y ait moins de jeunes qui soient à l’abandon. On aimerait continuer de diffuser de belles valeurs, et entretenir ces beaux lieux de développement de l’humanité sur des principes primaires du vivre ensemble et sur l’acceptation de l’autre.

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INTERVIEW Par Andrea Gallea

Jerrie FK Né en banlieue parisienne, Harald Marlot, 32 ans est un passionné de théâtre. Il en pratique au collège puis au lycée et c’est donc naturellement qu’il entame des études théâtrales au Cours Florent pour ensuite les poursuivre à l’ESCA (CFA des Comédien) à Asnières-sur-Seine. Comme il a toujours été intéressé par le masque, la transformation et qu’il a toujours aimé faire rire, il s’approche du drag à l’occasion d’un «revival» des Supremes qu’il crée avec deux amies à l’occasion des 20 ans du Studio d’Asnières. On lui propose alors de participer à la 2ème édition du Dragathon en 2015. Jerrie était née..

EST-CE QUE JERRIE FK EST UNE FACETTE DE TOI QUE TU AMPLIFIES?

Je dirais plutôt que c’est une créature qui me permet d’explorer ma féminité et d’en faire une proposition artistique. J’ai toujours aimé me déguiser, depuis petit. J’ai des photos de moi enfant en talons et perruques. Même si c’est un aspect de ma personnalité que je dévoile en partie, pour moi Jerrie, c’est avant tout de la parodie, c’est utiliser les clichés féminins de la société pour mieux sublimer la féminité. De manière générale, le drag c’est un peu une ode à la féminité je pense. C’est aussi de la comédie, du jeu, de l’interprétation. J’y mets de toute façon le même engouement quand j’incarne quelqu’un d’autre, au théâtre ou au cinéma. Mon envie première c’est le jeu.

le drag c’est sa dimension magique et chamanique. Le drag c’est comme un rituel. Certains des premiers hommes mettaient des peaux de bêtes, se maquillaient et se mettaient au centre de la meute pour raconter le monde au monde. Des chamanes qui endossaient un costume et invoquaient les dieux. Idem, la dimension historique du drag me touche. À l’époque de Shakespeare, le métier de comédien étant interdit aux femmes, c’était de jeunes hommes qui se travestissaient pour endosser les rôles féminins. Pour moi être drag c’est aussi tout ça, c’est ce qui me plait dans cet art. Ça me séduit énormément de me dire que je suis un barde magique et pas juste un performer sur scène, pas juste un chanteur mais une sorte d’enchanteur.

D’OÙ VIENT TON NOM DE SCÈNE? QU’EST CE QUI T’A DONNÉ ENVIE DE PRATIQUER CETTE FORME D’ART?

C’est RuPaul Drag Race qui m’a donné envie d’essayer, j’ai trouvé ça génial de voir toutes les possibilités que ça représentait. Paradoxalement je n’ai pas toujours voulu être dragqueen... je ne voulais donner à voir qu’une image masculine de moi, dans mon travail artistique et pas que... Mais depuis que j’ai embrassé le drag à fond, je suis complètement moi et très épanoui. Je suis hyper fier de Jerrie. J’adore passer du temps à imaginer des playbacks de folie ou à me prendre pour Whitney Houston avec un micro. Ce qui m’attire aussi dans

Au commencement c’est en faisant mon premier make up chez moi que j’ai vu dans le miroir ce personnage un peu cartoon, d’où «Jerrie Jerry» à l’origine, ça m’était venu comme ça, peut-être à cause de «Tom & Jerry». Mais après coup je trouvais que c’était un peu trop désuet et pas assez ouvert, donc pour lui donner un aspect plus mystérieux, j’ai choisi JFK (Jerrie Fitzgerald Kennedy). Ça lui donne un côté masculin mais aussi “grande dame”. Et puis ce qui est drôle c’est qu’on peut faire des jeux de mot pourris avec : JFKK, JFKFC, JFK-FC Barcelona... C’est débile mais ça me fait bien rigoler.

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QUI ME POUSSE “ CE À RÉSISTER ET À ÊTRE FIER C’EST D’AVOIR L’IMPRESSION DE RENDRE HOMMAGE À TOUTES LES SISSIES ET PÉDALES QUI SE SONT BATTUES POUR NOS DROITS... SANS EUX ON EN SERAIT PAS LÀ.

Visuel extrait de «Un Homme Mon Fils» de Florent Gouëlou, bientôt diffusé sur Arte

QUELLES SONT TES PRINCIPALES INFLUENCES ?

Pour tout ce qui est playback, le concours de pageant female impersonator aux US “Miss Continental” m’inspire beaucoup. Pour le chant, j’adore Whitney Houston. Pour le jeu, je suis mega fan de Meryl Streep. Et j’adore tout ce qui est très visuel, la mode, Christian Dior, Thierry Mugler, Alexander McQueen, ou même les costumes d’époque… PARLE NOUS UN PEU DE TON ENFANCE, A-T-ELLE EU UNE INCIDENCE SUR TA VISION DES CHOSES EN TEMPS QU’ADULTE ?

Quand on est un garçon un peu efféminé c’est pas forcément facile à gérer, donc oui on a tendance à apprendre à se cacher. Mais je n’ai jamais eu de problème réellement, peut-être parce-que j’étais marrant et que je faisais rire, je ne sais pas… Je pense qu’en règle générale le clivage fille/garçon ne devrait pas exister dans notre société... ça ne fait que poser des barrières à l’épanouissement personnel de chacun. D’ailleurs je me suis découvert complètement féministe depuis que je fais du drag. AS-TU DÉJÀ ÉPROUVÉ DE LA PEUR ET SONGÉ À RENONCER  ?

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Bien sûr, il m’est arrivé parfois de ne plus me reconnaître, de me rendre compte que je ne devenais pas «l’homme idéal» que je croyais vouloir devenir... Parfois sortir en drag dans la rue ne me met pas toujours à l’aise, je n’ai pas envie qu’on me regarde comme une bête de foire ou de me prendre des insultes... Qui veut ça? Mais je pense que ce qui me pousse à résister et à être fier c’est d’avoir l’impression de rendre hommage à toutes les sissies et pédales qui se sont battues pour nos droits... Sans eux on en serait pas là. QU’EN PENSE TA FAMILLE ?

Ma mère est dans le stylisme, mon père est major dans la gendarmerie. Il trouve ça parfois un peu bizarre (surtout quand je suis vraiment très sexy aha) mais maintenant c’est vraiment une partie de mon métier pour eux, c’est ce que je fais, et puis on s’est toujours costumé à la maison, on faisait ce qu’on appelle de la reconstitution historique en club. Ma mère à la machine à coudre et mon père à la construction de matériel. Pour eux le drag c’est un costume parmi d’autres. Après j’ai la chance d’être intermittent, donc du moment que je suis autonome et heureux...


QUE PENSES-TU DE LA SITUATION ACTUELLE QUANT À L’ACCEPTATION DE LA DIFFÉRENCE ICI EN FRANCE?

à notre multiplication. En ce moment c’est comme des gremlins, j’adore, ça sort de partout. Il y a beaucoup de groupes et de gens comme Ghost et sa Technoire qui aident à donner plus de visibilité au drag à Paris. Après oui, dans le monde drag parisien il y a parfois des petits clashs, entre les jeunes et les anciennes, ou même entre nous, des histoires de crêpages de chignon, c’est assez croustillant et assez marrant finalement. Mais c’est partout comme ça, l’humain est comme ça après tout. Surtout quand on a les couilles de faire du drag.

Tant que les gens ne comprendront pas que la misogynie et l’homophobie sont du même acabit que le racisme ordinaire ou virulent alors les choses ne bougeront que trèèèès lentement… On a des siècles de repression derrière nous, tout doit se jouer au niveau de l’éducation et de la culture. On reste dans un mode de société très patriarcal et ça rend les choses très compliquées. Mais la situation bouge petit à petit parce que les gens commencent à s’exprimer grâce à des choses comme le #metoo, ou encore Rupaul Drag Race… D’ailleurs le public n’est pas du tout composé que de personnes gays ou trans, c’est très varié et c’est sympa, ce sont des personnes curieuses attirées par la performance et le show, par la musique, ils sont très agréablement surpris par la proposition.

COMMENT CONTRIBUES-TU POUR LA COMMUNAUTÉ LGBTQIA ?

Alors j’ai déjà participé en drag au Idablhot, un rendez-vous de toutes les associations de la lutte contre les discriminations de toutes formes envers les personnes LGBT (avec Act-Up, Aides...) Mais ma façon d’y contribuer c’est surtout simplement en montant sur scène en drag et d’hurler haut et fort que le féminin est la clé de la sauvegarde de l’humanité aha! J’aime les êtres humains et j’essaye de partager de l’amour surtout. UN MESSAGE QUE TU SOUHAITES TRANSMETTRE À TRAVERS TON ART?

COMMENT ÇA SE PASSE DANS LE MONDE DU DRAG PARISIEN?

“Aimez vous les uns les autres, bordel de merde”, voilà on va dire ça comme ça!

Il y a beaucoup de gens géniaux qui font parler d’eux dans le milieu à Paris. Beaucoup de talents comme les Von Lear, ou les drag de la Haus of Morue qui sont très intéressantes visuellement et très fortes en make-up. Cookie Kunty aussi qui a vraiment imposée son style à Paris. Enza Fragola qui fédère les jeunes, qui crée des scènes Baby Drag et l’initiatrice de la Maison Chérie. Jérémy Patinier aka Môôsieur Jérémy qui travaille aussi pour TÊTU et qui organise le Dragathon. C’est quelqu’un qui contribue beaucoup à l’émancipation des Drag Queens à Paris et qui compte beaucoup pour moi. Il y a les Paillettes, la House Of Moda organisée par Crame et Renaud, à qui on doit aussi énormément quant

PARLE NOUS DE TON ACTUALITÉ. OÙ PEUT-ON TE VOIR?

Venez me voir aux shows de la Jeudibarré, la Technoire ou encore à l’Extravaganza. Je joue un mec qui fait du drag dans le court-métrage magnifique de Florent Gouëlou, “Un Homme, Mon Fils” qui passe sur ARTE bientôt, je vous le conseille c’est vraiment super! Il y a aussi mon seul en scène «Autographe» qui parle des divas que j’ai monté avec deux copines qui reprendra bientôt !

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INTERVIEW Par Milena Kabakdjian

Helene mourier Artiste queer et transféministe engagée, Hélène Mourier questionne à travers ses oeuvres le genre et ses multiples facettes. Aussi bien par le biais du graphisme que celui de la sculpture ou encore de l’art performance, ses créations provocantes déstabilisent la vision binaire du genre et affirment avec fierté les appartenances identitaires des personnes marginalisées.

COMMENT PRÉSENTERAIS-TU TES CRÉATIONS EN 5 MOTS ?

WE ARE BODIES THAT MATTER. POURQUOI LA QUESTION DU GENRE T’INSPIRE-T-ELLE DANS TON TRAVAIL ET QUELLE EST SA PLACE ?

Le genre n’est pas ma porte d’entrée ou mon inspiration dans mon travail. Étrangement, c’est un mot qui ne provoque pas d’écho en moi, et notamment je pense que c’est parce que je n’ai pas de ressenti personnel de genre, bien que je subisse ses effets et que je déjoue ses règles. Si l’on s’en tient à la définition du genre, il est agit par un sexe biologique dans le système hétéronormatif. Dans le système queer* que j’ai élu, le genre est performé ; il dépasse les présupposés du corps et du sexe assignés à la naissance. Le cis-tème* entend aligner sexe, genre et sexualité : un corps dit « normal » est mâle, homme et hétéro, il peut aussi être femelle, femme et hétéra, mais n’est déjà plus le sujet : il est l’autre et il est inférieur. Sa base est donc binaire et déjà inégalitaire. Toutes cielles qui restent en marge, qui n’alignent pas ces trois points,

ont été qualifié-es d’inversé-es, de pervers-es, de déviant-es par les sciences dures et molles. J’ai atterri dans un monde en étant assigné-e femelle et donc femme à la naissance. J’ai atterri dans un monde fondé sur le sexisme, le racisme, l’homophobie, la putophobie, la transphobie, le spécisme… Tout corps qui appartient à l’une ou plusieurs de ces catégories traverse des violences et des oppressions spécifiques. Cela n’est donc pas tant la place du genre dans mon travail, que notre propre place dans le monde qui m’a fait ré/ agir, et incorporer une position transféministe, queer, antispéciste et anti-raciste dans le monde et dans mon travail. TU TE RÉAPPROPRIES DES NOTIONS SOUVENT CONNOTÉES DE MANIÈRE PÉJORATIVE TELLES QUE «BITCH», «GOGO DANCING», «CAMP», POURQUOI T’INSPIRENTELLES ?

J’ai le sentiment que ces notions sont péjoratives depuis des endroits d’où on les regarde. Pour ma part, ni BITCH, ni go-go dancing, ni CAMP* ne sont péjoratifs. Ces termes constituent au contraire des

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zones de puissance, de jouissance et d’identification. Bien sûr, ils appartiennent à ce qui est dégradé, à ce qui est considéré comme le SCUM* puisqu’ils ont été constitués pour destituer des êtres. Ils sont liés originellement à l’injure (BITCH), à des attitudes déviantes (CAMP) ou à des moeurs dégradantes (GO-GO DANCER) ; ils sont les places que des corps n’ont eu d’autres choix que d’occuper, maintenus là par la domination. Mais ces corps, les nôtres, ne se sont pas astreints à ces places fabriquées comme viles ; en nous les offrant nous avons pu les penser et les incorporer. Nous sommes devenu-es BITCH, GO-GO & CAMP, joyeusement et subversivement. Nous nous sommes approprié-es les insultes pour les retourner contre les agresseurs ; c’est la tactique DTF (Dans Ta Face), celle du retournement du stigmate, du dégagement de la position d’opprimé-e pour adopter une place légitime et fière. BITCH.


ON CONSTATE QUE LE TERME «BITCH» PEUT ÊTRE INTERPRÉTÉ DE DIFFÉRENTES FAÇONS SELON LES CONTEXTES ET LES PERSONNES QUI L’EMPLOIENT. QUELLE SERAIT TA DÉFINITION D’UNE «BITCH» ?

La meilleure définition de BITCH est celle que j’ai trouvé dans le BITCH MANIFESTO de Jo Freeman (aka Joreen), écrit en 1968 : il s’agit d’une organisation futuriste et révolutionnaire de BITCHES. Je propose ci-dessous la traduction du premier paragraphe.

« BITCH est une organisation qui n’existe pas encore. Son nom n’est pas un acronyme. Il dit exactement ce qu’il sousentend. BITCH est composé de Bitches. Il y a beaucoup de définition pour signifier ce qu’est une bitch. La plus commune est chienne. Ces définitions de bitches — qui sont aussi celles des humaines spécistes — sont rarement objectives. Elles varient d’une personne à une autre et dépendent fortement de la manière dont la personne qui

définie ce terme considère les bitches. Cependant, la majorité s’accorde à dire qu’une bitch est toujours femelle et/ou chienne. » 1

TON TRAVAIL S’INSCRIT DANS UN MILITANTISME TRANSFÉMINISTE. POURQUOI TE SENS-TU PROCHE DE CES VALEURS ?

Cela revient à reposer cette question du genre ; comment s’intégrer dans un mouvement qui place la « femme biologique » comme unique sujet de la lutte féministe lorsque l’on n’éprouve pas nécessairement cette identité ? Le transféminisme en se basant sur des approches à la fois trans, queer et féministe fait éclater les sujets hommes / femmes — hétérosexuel-les / homosexuel-les comme seuls sujets imaginables et plausibles. Il balaye un mode de pensée binaire et reconfigure notre réel. La queerness m’a propulsé au plus proche et au

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plus profond de moi-même, en me donnant la possibilité d’être, de devenir et de comprendre les ressorts de nos désirs. Je me suis étendue sous ma peau et suis devenue multiple, en rencontrant des corps que je reconnaissais et qui me reconnaissaient. Découvrir la théorie queer et le transféminisme c’était une révolution intérieure ; un changement de paradigme extérieur. Comme du feu dans le ventre. COMMENT LE COMPARES-TU AU FÉMINISME ?

Le féminisme est constitué de branches, dont l’une d’entre elle est le transféminisme. Il n’y a donc pas lieu de l’opposer puisqu’il constitue une de ses parties, qui sont nombreuses ; le comparer reviendrait à faire une étude de tous les mouvements qui existent (et existeront). Évidemment dans le féminisme il y a des mouvements qui sont alliés et d’autres ennemis, et ce qui est sûr c’est que le transféminisme est l’allié des BITCHES et des cerbères.


DANS TES ŒUVRES, TU CRÉES LA CONFUSION ENTRE LES GENRES PAR DES MOYENS PLUS OU MOINS PROVOCANTS. QUEL RESSENTI CHERCHES-TU À SUSCITER AUPRÈS DE TON PUBLIC ?

Les retours que j’ai sur mon travail sont différents selon que l’on se sente inclus-e ou non, et si l’on accepte de se confronter aux questions de privilèges, de nonmixité et tout simplement de souscultures. Je ne dis pas que mon travail est non-mixte, puisqu’il est ouvert quand il est une exposition, accessible quand il s’agit de graphisme et visible pour de la performance. Mais il est fabriqué depuis une communauté précise qui détient son propre langage et qui provoque des réactions variées. J’aime d’ailleurs beaucoup cela, j’aime cette adhérence quand des personnes se sentent au centre et concernées ; elles agissent dans mes installations comme si elles étaient chez elles, et c’est le cas, Dans ma chambre* elles sont chez elles. Ainsi, d’autres ont le sentiment de débarquer dans une zone « inconfortable », d’où leur échapperait le soustexte, le private-talk, et ne supportent pas toujours cette mise à distance. Et c’est intéressant de pouvoir effectivement pointer que nous devons apprendre à respecter des espaces et cela tant que des personnes jugeront et n’accepteront pas des pratiques amoureuses et sexuelles différentes des leurs. Mais ce que je cherche au fond, c’est à créer des safe-spaces, des objets qui nous manquent, pour les mien-nes, et de faire dialoguer ces états de nous-mêmes avec le monde. Comme je le disais, il n’y a pas pour moi de subversif, de provocation dans ce que je fabrique ; je nous outille, je nous habille, je nous arme, pour le futur. TU TE METS TOI-MÊME EN SCÈNE DANS CERTAINES DE TES ŒUVRES. QU’EST-CE QUE L’ART PERFORMATIF T’APPORTE DE DIFFÉRENT ?  

Le fait de se mettre en scène est récent et est arrivé en regard de mes nuits passées à clubber et de la dématérialisation de mes recherches et donc de mes pièces. Je pensais depuis longtemps à ces interminables nuits et à toutes ces rencontres avec ces corps. Les fêtes TPBG ont la particularité d’être des espaces qui sont occupés de fonds en comble ; nous ne sommes pas uniquement rivé-es sur le line-up. Nos corps à corps se font face à face. Nous allons nous chercher, nous repérons ces êtres avec qui nous allons pouvoir entrer en contact et tout donner. Notre pratique de la danse est basée sur la drague et la parade, parce que nous nous désirons, parce que notre communauté est basée sur ça : l’amour. J’ai désiré tout à coup que mon travail devienne ces faces à faces, j’ai désiré déplacer la force de nos gestes, la moiteur de nos peaux, les flammes de nos yeux, et nos dents surbrillantes se réverbérant l’un-e dans l’autre. Le langage du corps (Ursula Fever) m’a semblé être un moyen de transmission très puissant que j’ai voulu déplacer du club à la recherche artistique. TU UTILISES EN EFFET PLUSIEURS MÉDIUMS : GRAPHISME, SCULPTURE, INSTALLATION, PERFORMANCE…Y EN A-T-IL UN DANS LEQUEL TU TE SENTES PLUS À L’AISE ?

Utiliser plusieurs médiums me permet d’occuper des espaces vitaux. Je ne me sens pas plus à l’aise dans le champ de l’art, du graphisme, ou du militantisme. J’ai besoin d’occuper chacune de ces zones pour tenter de maintenir et penser une place intersectionnelle. Chacun de ces champs se nourrissent mutuellement, en savoirs et en formes. La production de savoirs théoriques et profanes émanent de corps experts ; les corps des théoricien-nes, des philosophes, des universitaires et bien sûr et surtout, les corps des sorcières, des queer, des TPBG*, des

usagèr-es de substances, de LOVE et de pratiques. Comme les savoirs, les formes sont aussi produites par l’ensemble de ces corps : leur gestualité, l’intonation de leurs voix, leurs atours. Faire du graphisme avec des sphincters, des X, des vulves, des peaux, des poingsaméricains, de la testostérone et des godes. Les formes que je produis gravitent ainsi d’un espace à un autre, matériel, réel, pratiqué puis transformé, réinterprété. Elles ne sont ainsi pas réduites à des représentations considérées comme naturelles et sont capables de mutations et de transformations. Elles sont évolutives et me sont toutes nécessaires, pour bâtir une réflexion et un travail. LEQUEL DE CES MÉDIUMS TE PARAÎT ÊTRE LE PLUS DIRECT POUR ABORDER L’IDENTITÉ DE GENRE ?

Je pense tout de même que l’activisme et le graphisme sont les deux objets les plus efficaces pour aborder, rendre visible et légitimer la question des identités de genre ou non par ailleurs. Ce qui est assez surprenant, c’est comment les luttes TPBG ont intégré très rapidement dans leurs actions et dans la lutte, l’esthétique et donc le graphisme. ACT UP NY c’est Barbara Kruger, Fierce Pussy et Zoé Léonard, des figures et des meufs, des gouines, de l’art et du design graphique. Militer pour les droits des minorités c’est aussi se créer cette identité mineure et sa propre image, en dehors des images préfabriquées, victimisantes ou misérabilistes dans lesquelles le cis-tème jette nos corps. Il s’agit donc d’un héritage spécifique que nous continuons à manipuler : activisme et graphisme sont interpénétrés, forme et discours agissent ensemble.

1. (BITCH is an organization which does not yet exist. The name is not an acronym. It stands for exactly what it sounds like. BITCH is composed of Bitches. There are many definitions of a bitch. The most complimentary definition is a female dog. Those definitions of bitches who are also homo sapiens are rarely as objective. They vary from person to person and depend strongly on how much of a bitch the definer considers herself. However, everyone agrees that a bitch is always a female, dog, or otherwise.)

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ALIX + DOROTHY Elle a dix ans de moins que moi… parfois. Parfois j’ai huit ans et elle

Quand je la baise j’ai mille ans, une vieille femme fanée avec des dents,

n’est pas encore née, mais son fantôme place une main sur ma gorge, pince mon clito, mord mes seins. Son fantôme m’excite, me dit combien elle aime mes perversions. Elle dit qu’elle était faite

des dents qui grincent et vibrent au plus profond de mes hanches.Vieille, méchante et affamée comme un loup ou un requin. Elle est rougissante, rosée, rouge tirant vers le pourpre foncé…

pour moi, elle promet sincèrement qu’elle me désirera toujours. Parfois je la crois sans effort. Parfois je deviens son enfant, gobant tout ce qu’elle dit. Sa chair, son corps, son appétit, j’y crois. J’y crois et ce n’est pas un mensonge.

jouissant d’un cri et d’un frémissement, et soudain elle s’emboite dans mes bras. Je la repousse un peu et mords mon poing. C’est tout ce que je peux faire afin de ne pas lui dévorer la gorge.

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 L’IDENTITÉ EST EN MIROIR DE CELLES QUI SE CONSTITUENT AUTOUR DE NOUS, DE MANIÈRE PROCHE OU TRÈS ÉLOIGNÉE. CES IDENTITÉS NOUS REFLÈTENT ET SE REFLÈTENT À L’INTÉRIEUR DE NOS PROPRES VISAGES. 

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TROUVES-TU QUE LES MENTALITÉS ÉVOLUENT EN FAVEUR DE LA NONBINARITÉ DU GENRE ?

D’une certaine manière oui, puisque, par exemple, on voit apparaître sur les cartes d’identités dans certains pays (dont la France ne fait d’ailleurs pas partie) de nouvelles formes de reconnaissance des identités, trans, intersexes etc… mais continuer à nommer, c’est aussi continuer à raconter la même Histoire, comme l’invoque la philosophe et sociologue Donna Haraway (à lire, son ouvrage le plus connu : Manifeste Cyborg et autres essais. ndlr). Un réel changement de paradigme serait l’application concrète du leitmotiv de la QueerNation : FUCK UR GENDER - FUCK UR SEX - FUCK UR SEXUALITY. Le mouvement queer s’est immédiatement positionné pour une implosion de la catégorisation, non pas pour abolir les goûts, les qualités des identités mais pour proposer un kaléidoscope de possibles sans avoir une identité

normative et suprématiste sur les autres. J’ai le sentiment que notre chair gonfle avec le temps ; non pas que nous soyons plus de personnes TPBG, mais que grâce aux activistes, nos lignes, nos droits ont avancé et donnent la possibilité à plus de personnes d’être. Mais cela ne veut pas dire non plus être exempte de la violence du cistème ; et dans ce sens je veux dire aussi non. Non, les mentalités sont encore bien ancrées et les haters n’hésitent pas à exercer sur les corps TPBG, les corps des meufs et des personnes de couleurs, des oppressions et des agressions.

de nos propres visages. L’identité est : identification, contreidentification et désidentification. Elle se façonne avec ces trois voies et avec les yeux des autres. Ielles* — ces autres, les nôtres — sont nos hétérotopies, ielles sont ces endroits, depuis lesquels nous vivons sans pouvoir nous voir, ces regards qui se portent sur nous et nous constituent. QUEL EST LE MESSAGE QUE TU SOUHAITES TRANSMETTRE À TRAVERS TES ŒUVRES ?

I <3 U/S : BECAUSE COSMICAL CONNEXION IS A TRUE GIFT.

QUELLE EST TA PROPRE DÉFINITION DE L’IDENTITÉ ?

Celle qui prendrait la forme du miroir. L’identité ne se construit pas individuellement ou de manière esseulée. L’identité est en miroir de celles qui se constituent autour de nous, de manière proche ou très éloignée. Ces identités nous reflètent et se reflètent à l’intérieur NOTES & DÉFINITIONS CAMP Notion théorisée par Susan Sontag en 1964 dans son article « Notes on camp ». Attitude esthétique évoluant entre mauvais goût, farce et plaisir de l’exagération, le tout performé par pur amour.

SCUM

CIS-TÈME Cisgenre est un terme désignant les personnes biologiques : cistème est donc un homonyme de système et un synonyme de straight ou hétéronormatif.

ALLIÉ-E Personne qui ne s’identifie pas ouvertement comme porteur d’une cause mais qui est reconnue par les membres des communautés en question comme défenseuses de leurs droits.

HÉTÉRONORMATIF Qui suit les valeurs ou les codes hétérosexuels dominants dans la société

NON-MIXITÉ Pratique de lutte consistant à organiser des rassemblements réservés aux minorités sans inclure la participation de personnes appartenant à d’autres groupes considérés comme dominants (hétérosexuel.les, hommes, blancs...) afin de ne pas reproduire les schémas de domination sociale et ainsi libérer la parole.

TPBG Transpédébigouines QUEER Queer est à l’origine un mot anglais qui signifie “bizarre”, “de travers”. A partir de la fin du XIXe siècle, il devient une insulte populaire désignant les personnes homosexuel.le.s. Des activistes se réapproprient le terme au début des années 1990 pour affirmer des sexualités et des genres subversifs. Ce terme, à forte dimension antisexiste et antiraciste, regroupe désormais les personnes qui n’adhèrent pas à la vision binaire des genres et des sexualités (Binarité homme - femme  ou Hétéro-sexuel. le.s – Homosexuel.le.s) et ne veulent pas être catégorisées selon les normes imposées par la société. Le mouvement queer se détache du mouvement LGBT dans la mesure où il refuse toute forme de politiques intégrationnistes.  

Référence au SCUM Manifesto de Valérie Solanas, qui signifie à la fois Society for Cutting Up Men, et aussi littéralement la lie, la boue, le rebut.

NON BINAIRE Terme ou catégorie usité-e pour désigner des identités de genre sans se cantonner aux genres binaires homme/femme. IELLE Pronom neutre, mélange de ils + elles. Ielle s’utilise dans l’écriture ou à l’oral et à pour objet de neutraliser les accords du féminin et du masculin et également de s’adresser à une personne non-binaire. Dans ma chambre (Je sors ce soir) Titres de deux livres de Guillaume Dustan et également d’une installation réalisée pour l’exposition des félicité-es en 2016 « Nous devons inventer de nouveaux types de récits. » (Donna Haraway)

SON ACTUALITÉ : Club d’Amour / Cur. Kim Doan Quoc et Las Vegas Curators, performance de danse pour le vernissage Aubervilliers, France, Février 2018 Publication pour Terrain Vague #4 Portfolio : READ MY LIPS Paris, France, Mars 2018 https://helenealix.hotglue.me

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INTERVIEW Par Andrea Gallea

ryuq qiddo Ryuq Qiddo, de son vrai prénom Mehdi, a 27 ans. Après avoir vécu les six dernières années à Paris il est maintenant basé à Amsterdam afin d’y découvrir de nouvelles choses en terme de drag et de s’imprégner d’une nouvelle culture.

COMMENT DÉFINIS-TU TON ART ?

QUI SONT TES INSPIRATIONS ?

Ryuk Qiddo, mon personnage, est une “Gender Terrorista”. Elle est drôle mais punk à la fois, aussi bien sensuelle que monstrueuse. J’ai commencé à faire du drag parce-que j’ai toujours aimé cette idée de pouvoir incarner quelque chose juste le temps d’une soirée. J’ai donc commencé à créer des looks quand je sortais, c’était une façon de considérer la nuit comme une parenthèse, comme une façon de se détacher de la vie au quotidien. Alors on a commencé à me proposer de performer pour plusieurs soirées et un jour on m’a carrément proposé de faire du drag. C’est une forme d’art qui m’avait toujours attiré, cette façon de se transformer totalement. Donc j’ai accepté et aujourd’hui ça fait deux ans que je fais du drag et j’en suis de plus en plus satisfait. Je ne cherche pas du tout à être la représentation parfaite du genre féminin, j’essaie plutôt de créer à partir de ce qui m’attire dans le féminin et dans le masculin. C’est comme ça que je fais naître cette sorte de monstre de confiance qu’est Ryuq Qiddo, ce personnage qui fait que les gens s’interrogent sur ce qu’est vraiment le genre. J’aime être en constante recherche de cela, je pense que mon originalité réside dans le fait que j’essaie justement de proposer une image fluide du genre.

Les femmes fortes, rebelles qui effraient mais qui fascinent. Grace Jones est mon modèle suprême, elle peut être effrayante tout en étant très sexuelle. Il y a quelque chose qui trouble chez elle et c’est ce que j’aime. Ella Fitzgerald également, c’est une véritable boule de sensualité et Peaches parce-qu’elle est trash et qu’elle n’hésite pas à crier au monde “j’aime le cul je suis une femme et allez vous faire foutre!”. Côté drag queens, mon modèle c’est Divine, je l’aime trop ! Quand je la regarde c’est une femme que je vois, une femme pleine de confiance. EST-CE QUE MEHDI EST SI DIFFÉRENT DE RYUQ ?

Oui ! Mais c’est instantané : après des heures de maquillage je deviens quelqu’un d’autre. Ryuq est très différente de Mehdi. Elle dit ce qu’elle pense sans avoir peur, même si elle devrait parfois apprendre à se contrôler un peu (rires). Mehdi est plus réfléchi, moins instinctif je pense… Ce sont deux entités très différentes.. mais liées!

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QUEL EST LE MESSAGE QUE TU SOUHAITES TRANSMETTRE À TRAVERS TON ART?

“Feel free”. Fais ce que t’as envie de faire sans te soucier des autres. Tu n’as pas besoin de ressembler à une femme pour faire du drag, si tu as envie d’être “fabuleuse” et d’incarner un idéal de beauté alors fonce ! Si tu avances avec l’esprit d’un conquérant alors tu en seras un. C’est beau d’avoir confiance en soi et de vivre sa passion sans avoir peur du regard des autres et aussi sans avoir peur de se louper, c’est comme ça qu’on apprend ! TROUVES TU QUE LA FRANCE SOIT PLUS OUVERTE AUJOURD’HUI ENVERS LES DRAGS?

Je dirai que c’est le cas dans la communauté LGBT mais que pour le commun des français le drag est encore associé aux soirées cabarets, à Michou, à ces drag queens qui ont incarné Céline Dion ou Dalida. Ce n’était pas aussi public qu’aujourd’hui à l’époque, et encore, je dirais que ça a commencé à l’être vraiment depuis 3 ou 4 ans… Les français ont encore une image erronée des drag queens, la plupart d’entre eux pensent que les drags sont sensées des personnes “méchantes” ! Mais c’est vrai qu’ils commencent à les voir autrement, à percevoir la vraie part de création artistique qu’il y a derrière grâce à tous les moyens mis à profit pour cette sous-culture actuellement.

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D’APRÈS TOI SOMMES NOUS ENFIN FACE À UNE ÉVOLUTION DES MENTALITÉS ? ET EST-CE-QU’ON COMMENCERAIT PAS ENFIN À TENDRE VERS UNE ACCEPTATION TOTALE DE L’AUTRE POUR SA DIFFÉRENCE?

On a d’un côté toutes ces choses positives et fortes qui se produisent en France comme le mariage gay mais à l’opposé on a la “manif pour tous” qui est d’ampleur tout aussi forte et le fait qu’on ait failli élire Marine aux présidentielles. Oui j’espère et je pense qu’on tend vers une acceptation totale, mais je me demande si j’aurais fait du drag si on était acceptés aussi facilement car je fais ça aussi par esprit de rébellion. Le but c’est aussi de faire que les gens s’interrogent, de faire bouger les choses. D’APRÈS TOI EST CE QU’UN PROGRAMME COMME RUPAUL POURRAIT AUJOURD’HUI EXISTER EN FRANCE?

Je pense que c’est pas encore le bon moment. La scène est encore nouvelle, on a pas encore assez de vivier d’artistes expérimentés. Peutêtre dans quelques années. Aux US la scène drag et immense et les drags y sont excellentes en tout. La scène Drag en France est différente. Ici c’est plutôt des “créatures” qui viennent de l’univers du clubbing. On aime bien le terme de “Club Queen” ici, je me considère aussi comme tel, c’est à dire que je fais du drag pour m’amuser et amuser les autres en soirée. Et puis en France on est beaucoup dans l’expérimentation au niveau du make-up, on est plus tenté de ressembler davantage à des créatures de la nuit qui n’auront l’air humaines ou naturelles qu’à des drags traditionnelles au


make up très féminin. Donc je pense pas qu’on ait ce qu’il faut pour à faire un programme dans l’adn de RuPaul’s Drag Race. En revanche on pourrait tout à fait en faire un à l’échelle européenne, et que ce serait même super intéressant à voir. Ce qui reste génial c’est que RuPaul apporte une visibilité supplémentaire au drag. Le seul point négatif c’est que les gens qui n’y connaissent rien en drag peuvent considérer RuPaul comme la seule et unique référence. Or il s’agit quand même d’un genre de drag très féminin, et ce n’est pas le cas mon drag qui est plutôt alternatif. Du coup, malgré lui, il rend la tâche plus difficile aux drag alternatifs de se faire accepter dans le monde du drag. TU ES AUJOURD’HUI À AMSTERDAM, L’ACCUEIL DES HOLLANDAIS EST-IL DIFFÉRENT DE CELUI DES FRANÇAIS?

J’ai emménagé ici en partie car je sentais que l’accueil du public était différent. Ici à Amsterdam ils adorent les drags, il y a beaucoup de shows un peu partout chaque semaine. Le public est beaucoup plus averti ici qu’à Paris, mais c’est aussi parce-que les parisiens commencent à peine à vraiment découvrir le drag. Mais je reste très attaché à la capitale, dès que j’ai une opportunité de revenir pour perfomer je la saisis. D’ailleurs ma prochaine performance parisienne se fera à la Tech Noire au Club, c’est une soirée gay très inspirée de Blade Runner à l’ambiance très noire, très sombre, très provocante. Ce sont des choses que j’aime toujours autant faire, donc je reviens souvent à Paris pour ces soirées.

TU N’AS PAS BESOIN DE RESSEMBLER À UNE FEMME POUR FAIRE DU DRAG, SI TU AS ENVIE D’ÊTRE “FABULEUSE” ET D’INCARNER UN IDÉAL DE BEAUTÉ ALORS FONCE  ! 

UN MOT SUR TON ACTU ?

Les incontournables, la Gay Pride, le SuperBowl à Amsterdam ou le Milkshake qui est le festival LGBT qui a lieu tous les ans à Amsterdam. ET UN MOT POUR CONCLURE ?

“Be ugly, speak loudly” en contrepied de “Sois belle et tais-toi”, parce-que je pense qu’il vaut mieux être laide et oser dire ce qu’on pense que de vouloir à tout prix être un modèle de perfection physique sans originalité. N’aies pas peur de ne pas être ce qu’on qualifie de beau, tu peux être flawless tout en t’exprimant, alors exprime toi sans crainte !

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As technology is evolving, and Instagram is becoming THE only way to connect fastly with the fashion brands just by one click. Some artists are taking this opportunity to develop their renown and also share artworks across to the world. As a result more fashion houses are choosing to take a break from evolving to go back to more relatable techniques of communication. Consequences are many of those artists are taking that opportunity to grow fanbases, collaboration with those Brands. As an example, Gucci took this vibe as a signature by including those artwork during the designing process allowing artist to be next to the throne as fashion disciple. Being amazed by on of the pioneer of this movement in the name of Freddie Made ( who took rihannaâ&#x20AC;&#x2122;s gucci look for Coachella on the Queen of England to another level) we came across another Berlin based talent.

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INTERVIEW Par Fabrice Chapuis

Constantin Prozorov Constantin Prozorov Constantin graduated from German Master School for Fashion in Munich in 2013 after studying fashion and graphic design and from 2013 until 2014 he worked at ATELIER GUSTAVOLINS, a french house of Haute Couture and Ready-to-wear for women and men and member of the Chambre Syndicale de la Haute Couture, created in 2004 by designer Gustavo Lins. Constantin went on to work for Germany‘s leading publishing company Condé Nast in Paris, where he supported the VOGUE, GLAMOUR and MYSELF fashion editorial departments at publications. He worked as personal design assistant to designer Wolfgang Joop, the founder of the fashion and cosmetics company JOOP! at his berlin based luxury label WUNDERKIND for one year, before establishing his own dedicated fashion social media agency, specialising in social media and digital content for fashion brands and companies in the spring of 2017.

DESCRIBE YOUR WORK AND WHAT IT IS THAT YOUR ARE DOING AS AN ARTIST

My work is a remix of classic art, high fashion and modern pop culture, with the technique of collage I‘m interpreting current social media and fashion trends. YOU USE MANY TECHNIQUES TO CREATE. IS THERE ONE TECHNIQUE THAT YOU PREFER TO USE ABOVE ALL ?

I try to achieve a balance between fashion design, illustration and collage, to keep the creativity always alive. I love to use the technique of digital collage, because it gives me an opportunity to create a visual image of my imagination. HOW THE GENDER QUESTIONS CAN IMPACT YOUR WORK ?

They are not impacting my work. I‘m not choosing my

inspiration by gender or race. My work is about the moment, extraordinary personalities and collections. You can find that kind of inspiration in every culture and gender. DO YOU THINK GENDER QUESTIONS ARE STILL AN ISSUE IN THE FASHION INDUSTRY ?

Maybe a little bit, however it‘s changing. Fashion always reflects the zeitgeist, and all the current movements. „meTo“ had also an enormous impact on the fashion industry. DO YOU THINK NON BINARY GENDER QUESTIONS ARE EVOLVING ?

Yes, especially in our generation "millennials". People are more open minded due to all the information they can acquire through the internet, as well as the major part of the population living in developed cities.

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WHAT IT IS THAT YOU WISH THE YOUNG BOY YOU WERE COULD UNDERSTAND OR DO BETTER ?

I would say, not to be afraid to make mistakes and don‘t be to hard on myself. WHERE DO WE FIND YOU NEXT ?

I hope creating more impactful artwork and also establishing myself as fashion designer. You can also keep in touch with my website www.constantinprozorow.com


CERBERE RECRUTE CRONIQUEURS REPORTERS GRAPHISTES WEBDESIGNERS

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PHOTOGRAPHE : ANGEL FERRER MANNEQUIN : CHLOÃ&#x2030; LOBRE / NYOWW MUA : AMADEO NICOLAS / NICOSTANPARIS

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J E S U I S T R I S T E C O M M E U N L E N D E M A I N D E F Ê T E R O B E L O N G U E E N S AT I N D E S O I E M A I S O N L E J A B Y

CHEMISE EN DENIM DE COTON TIE DYE GOLDEN GOOSE DELUXE

CHUNKS À BRIDES WHAT FOR

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L E P L U S B R A V E D E N O U S A P E U R D E S O N M O I M O C A S S I N S B I C O L O R E E N D A I M AV E C P E R L E S E S S E N T I E L A N T W E R P PA N TA L O N D R O I T D E G A R Ç O N E T C H E M I S E H A W A Ï E N N E D O C K E R

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SAC BANANE EN CUIR ROSE

SAC BANANE EN CUIR ROSE GOLDEN GOOSE DELUXE


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I M P O S S I B L E E S T U N M O T Q U E J E

CHEMISE EN SOIE BRODÉ TOP MAN

JUPE À FRANGES À REFLETS JEAC

N E D I S J A M A I S

S A C B A N A N E E N C U I R N O I R L’A I G L O N

COLLIER RAS DU COU “RÉVOLUTION” EN OR ET BRACELET EN OR ROSE “UNICORN” GINETTE NY PETITE MONTRE EN RÉSINE LOUIS PION

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L E S A U T R E S P A R L E N T M O I J E T R A V A I L L E T E E S H I R T E N C O T O N B R O D É “ N O U V E L L E VA G U E ” M A I S O N L A B I C H E

COMBINAISON WORKING BLUE YOU MUST CREATE

PETIT SAC PORTEFEUILLE BANDOULIÈRE ESSENTIEL ANTWERP

M U L E S À B R I D E S E N S O I E S AT I N É E R E P E T T O

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C H A N G E D E C I E L T U C H A N G E R A S PULL GRIS “DISCOVERY” MAISON LABICHE

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SANDALES À BRIDES DC MARTENS

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LIFESTYLE Par Hélène Bégusseau

ADVANCED STYLE LE STYLE N A PAS D AGE On oublie souvent les personnes âgées lorsque l’on parle d’identité et de style. Pourtant le style n’est pas seulement lié à la jeunesse et l’identité n’est pas uniquement liée au genre.

Crédits photos Ari Seth Cohen pour www.advanced.style.com

Ari Seth Cohen, auteur et photographe fût interpellé lorsqu’il remarqua que les campagnes publicitaires étaient vides de seniors. Pourtant en 2015, plus de 901 millions de personnes âgées de plus de 60 ans peuplaient notre planète et ce nombre devrait atteindre 2,1 milliards de personnes en 2050. Les choses changent, mais comment ? Ari alors fraîchement débarqué à New York, décide de s’intéresser au « style avancé », celui que l’on oublie, que l’on ne voit plus et qui a été emporté par la nouvelle jeunesse. Les mannequins à la peau lisse ont pris la relève, mais la beauté de la peau ne fait pas le style. La mode devraitelle être réservée uniquement à la jeunesse et à la mondanité ? Non. C’est ce qu’il nous prouve avec son blog Advanced Style, un blog riche de contenu, de sens et d’inspiration. Il est rare d’être meilleur ami avec sa grandmère, pourtant ce fût son cas. Une femme créative et énergique dit-il. Grâce à elle, le sens du « style avancé » l’a donc conquis, au féminin comme au masculin. Il commence à prendre en photos ces femmes qu’il croise dans la rue. Son blog commence doucement à prendre de l’ampleur à New York et finira par dépasser les frontières grâce à l’aide des réseaux sociaux. Ce qui est intéressant dans ce cas, c’est qu’Ari n’a pas seulement créé un blog dédié aux femmes âgées, il a créé un mouvement. En 2012, Ari publie son livre à l’âge de 35 ans. Plus de 150 000 exemplaires ont été vendus. En 2014, Advanced Style Documentary est en ligne, c’est

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Crédits photos Ari Seth Cohen pour www.advanced.style.com

la consécration pour cet homme qui a trouvé un concept innovant. Ces femmes se rencontrent, forment une communauté et soutiennent ensemble leur vision de la mode et du monde. Vieillir ne veut pas dire se laisser dépérir. Ces femmes d’affaires, grand-mères, épouses, mères, artistes n’ont pas succombé à la banalité. Le style est leur arme contre le laisser-aller que tant de femmes redoutent en voyant les années défiler. C’est inspirant pour les femmes qui prennent de l’âge mais aussi pour les jeunes, comme moi, qui se demandent à quoi elles ressembleront dans 40 ans. Ode à l’âge lorsque j’ai regardé ce documentaire, je l’avoue il y a peu de temps, j’ai tout de suite été captivée par la beauté que dégageaient ces femmes. Une beauté physique, avec des traits qui expriment le temps, les difficultés et les joies de la vie. Chaque ride exprime une émotion que l’on ressent des centaines de fois dans sa vie. C’est pour cela que l’on appelle les rides du coin des yeux, les rides du sourire. On y retrouve aussi une beauté visuelle et artistique concernant les tenues que ces femmes portent. Des tenues osées, surabondantes, luxuriantes qu’une majeure partie de la jeunesse aurait rejetés par manque de confiance en soi. N’est-il pas vrai que plus l’on grandit, plus l’on gagne de confiance en soi ? Pourquoi ne pas oser ces tenues et accessoires que nous n’aurions pas osé porté il y a 30 ans ? A 60 ans, on n’a plus rien à perdre. On sait déjà qui l’on est et il est temps de tout oser. C’est un peu

comme si une nouvelle vie commençait. Cela commence aussi à l’intérieur. C’est la troisième beauté, celle de l’âme. Lorsque l’on prend de l’âge, on prend du recul sur ce qu’est la vie et l’importance que l’on y accorde. On voit parfois ses amis mourir et sa famille disparaitre. Il est maintenant possible d’avoir assez de recul pour savoir modérer ses sentiments et acquérir un certain sens des priorités. J’ai aussi remarqué que les personnes qui vieillissent, comme ma propre grand-mère retrouvent cet air innocent qu’un enfant pourrait avoir. Comme si la vie commençait aujourd’hui. Comme l’on dit, le corps et l’esprit ne font qu’un. Si l’on est beau à l’intérieur, on est beau tout court. Il est donc nécessaire de conserver ses passions, de ne jamais se laisser abattre par les malheurs de la vie et continuer à prendre soin de son corps et de son âme qui sont liés. Après avoir parcouru ce blog, lu le livre Advanced Style et regardé le documentaire du même nom, vous pourrez remarquer l’air que chacun aborde. Un air fier, le menton levé, un style digne d’un magazine de mode. Il est temps de cesser d’avoir peur du futur et de se laisser happer par notre créativité qui bouillonne en chacun de nous. Prendre de l’âge nous permet d’affirmer notre sens de la mode et d’ouvrir notre champ des possibilités à un tout nouveau style, le style avancé.

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LIFESTYLE Par Elvire Faury-Donnet

voyage voyage Le terme “identité” inclue à la fois la notion d’être perçu et reconnu par le monde extérieur “Ce qui permet de reconnaître une personne parmis toutes les autres” et le fait de s’auto-définir de façon intime et personnelle “Caractère de ce qui demeure identique à soi-même”. Ce numéro a pour but de raconter à travers les histoires de chacun, des sujets qui nous touchent tous. N’ayant personnellement pas grand-chose à dire sur mon genre, un jour en pull rose et bottes à paillettes, un autre en Levi’s 501 et chemise homme vintage, je n’ai jamais pensé avoir besoin de (re)définir mon identité féminine. C’est pourquoi je décide d’aborder l’identité d’un point de vue plus intrinsèque et en rapport avec la deuxième définition.

Il me paraît presque impossible de me définir, moi-même. Je me trouve sympa, mais les inconnus qui me croisent, ont-ils la même opinion? Je pense être timide, mais le suis-je vraiment ou le suis-je seulement par rapport aux autres? Notre identité, même personnelle, est forcément définie par le contexte dans lequel nous vivons, par notre entourage et par ce qui nous est familier. C’est pourquoi le voyage, et de facto, la solitude, est peut-être un remède à la crise existentielle qui nous taraude et nous fait marmonner : “mais qu’est-ce que je fous là ?” J’ai eu l’occasion de voyager et de vivre seule, au sein de cultures à l’extrême opposé de ma campagne beaujolaise, de mon Côtes-du-Rhône et de mon canap’ en feutre. Je suis partie en Australie et en Asie, et non, pas l’Asie Singapour, plutôt l’Asie fin fond du milieu de nulle part au Cambodge. En me retrouvant seule, dans un environnement étranger, j’ai pu me rendre compte que j’étais plus ou moins différente de la façon dont je me percevais quand j’étais bien au chaud à la maison. Tout d’abord, quand on voyage seul, la pression sociale, la pression du groupe n’existe plus. Puisque rien,

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ni personne, n’est reconnaissable, on se sent un peu dévergondé, libre de tout et surtout libre de repartir de zéro. On tourne la page, on recommence. Je suis persuadée que le moi français est différent du moi australien qu’il est différent du moi cambodgien. Puisqu’à chaque fois j’appuie sur restart. À chaque fois, j’ai le privilège de penser “bon t’façon je les reverrai jamais”, et c’est là qu’on devient vraiment soi-même, que ce soit pour chanter du PNL toute une nuit à des gens qui n’y comprennent rien ou pour faire 6000 km de plus pour rejoindre un mec que t’as rencontré à une soirée (#truestory). Et, après ces petits moments de gloire (en quelque sorte) on a le bonheur de se rendre compte que l’on est capable de faire des choses qui paraissaient impossible quand on était encore tout là-bas, chez papa maman. Ces expériences nous permettent de se connaître tel que l’on est et je dirais même, au meilleur de notre forme. Sans toutes les habitudes du quotidien et les problèmes qui nous suivent depuis la 3ème B, on développe notre propre caractère et notre personnalité. Personnellement, je peux dire que je ne suis pas aussi chiante que je le pensais !


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IDENTITÉ EST DÉFINIE DE FAÇON “ NOTRE PARFOIS OPPRESSANTE PAR NOTRE MILIEU SOCIO-CULTUREL, QUI NOUS EMPÊCHE D’ÊTRE LA VERSION LA PLUS AUTHENTIQUE DE NOUS-MÊME

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Le contexte culturel du Cambodge m’a ouvert les yeux sur… la chaaance qu’on a (oui, c’est le discours d’un maître yogi vegan, mais c’est vrai). En Asie du Sud-Est les normes sont différentes, et les populations ne sont souvent pas aussi libres que nous, spécifiquement en ce qui concerne l’expression personnelle. Il est mal vu et peu souvent accepté d’être homosexuel au Cambodge. Par exemple, mon amie locale est lesbienne et adulte, mais, ne révèlera pourtant jamais ses préférences à sa famille. Elle fait partie d’une communauté lesbienne, définie par des codes spécifiques et connus (cheveux courts ou colorés, vêtements amples et ongles nus peuvent être des exemples visibles, mais la façon de se présenter, de sortir en “bandes de filles” et de s’assumer est encore plus importante). Et pourtant, une fois chez elle, elle n’a plus les mêmes libertés au sein du cadre familial. Les femmes sont encore censées être épouses et mères de famille avant tout dans certaines cultures.

pour son tourisme sexuel et ces “ladyboys”, autant de phénomènes qui dénigrent l’identité homosexuelle et en font un “phénomène” stigmatisé. L’extravagance est généralement brimée et il est difficile de sortir du lot et de se forger librement. Les touristes et autres backpackers font souvent les frais de leur manque de retenue, comme l’a montré par exemple, la dernière arrestation de 90 internationaux pour “pornographic dancing” à Siem Reap. C’est là qu’on voit que le monde est grand. Quoiqu’il en soit, sortir de sa zone de confort ne peut qu’être bénéfique, pour en apprendre sur soi et sur les autres. Mon message est simple, notre identité est définie de façon parfois oppressante par notre milieu socio-culturel, qui nous empêche d’être la version la plus authentique de nousmême. Alors mon conseil est simple aussi, parlez anglais et faites vos valises. C’est cool!

C’est pourquoi une fille cambodgienne ne peut pas être librement homosexuelle. Des paradoxes insensés existent quand même, comme en Thaïlande, malheureusement connue

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MUSIQUE Par Fabrice Chapuis

la selection musicale Les premiers mois de l’année 2018 ont été intenses et pleines de belles balades, de charades hivernales mais aussi d’after party pop et de mélanges de genres aussi surprenants les uns que les autres. Révélations pop, lyricistes hors pair, fraîcheurs indies, nuits fauves, trap sessions made in Atlanta, nous vous avons concocté ici un cocktail qui donne chaud! À vos playlists !

CHARLI XCX

TINASHE

IGGY AZALEA

Mrs XCX nous livre dans son dernier opus POP2 la recette d’un album 100% pop réussi. Après avoir enchaîné une année 2017 pleine de duos et de réalisations de visuels pour plusieurs artistes, Charli nous emmène dans son univers acidulé où l’amour n’est pas une option et où le sexe et la fête sont des refuges de confiance. La jeune femme a produit et écrit tout l’album en s’entourant de guests tous aussi différents les uns des autres. On est content de retrouver Carly Rae Jepsen ou encore Pablo Vittar dans des sonorités pop bien grasses dignes de l’univers de la jeune raveuse anglaise. Le futur de la Pop est une pilule aux formats CD et Vinyle déjà dans les backs.

Véritable sensation R&B de ces dernières années, Tinashe revient cet hiver avec un opus chaud et froid à la fois. L’album Nightride sera la suite logique de son précédent LP Aquarius. Il promet d’être moins pop et plus personnel. Trois singles sont déjà dans les bacs : Me so bad, Faded Love et No drama. Ayant collaboré avec la crème de la crème made in Atlanta, j’ai cité Migos et Mr Hendrix aka Future, l’album en préparation est donc entre de bonnes main en terme de production. Nous lui faisons déjà confiance pour nous raconter ses histoires de jeune femme qui a dû grandir trop vite sans pour autant perdre son talent.

Très absente des charts, s’éloignant des tubes instantanés qu’on lui connait. Il semble que Iggy ait décidé de repartir fraîche en cette nouvelle année. Elle a commencé par changer de maison de disques et demande pardon dans son nouveau single Savior en featuring Quavo, le “Beyoncé” des Migos. Après plusieurs repousses et changements de nom, son nouvel album passe de Digital Distortion à Surviving the Summer et est prévu pour ce printemps. On est déjà reboostés à fond avec Savior et oui, on lui pardonne tout à Iggy.

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JHENÉ AIKO

MILA J

MURA MASA

ALMA

Pause, respirez, Jhené Aiko est là pour vous. Badu des temps modernes, la poétesse d’1m62 a un talent de dingue qui a bel et bien traversé les frontières de sa Californie natale. Elle nous a hypnotisé lors de son passage à Paris le mois dernier en promotion de son album Trip. Qu’il soit bon ou de mauvaise redescente, Jhené nous fait voyager ça c’est sûr. Elle a participé à la production de quasi-totalité des mélodies et beats de l’album et s’est aussi lancée à la production majeure de tous les visuels accompagnants l’album. Avec des hits comme Sativa ou Bad Trip elle joue avec les mots et les références historiques. Même si on savait déjà qu’elle avait énormément de talent elle nous prouve encore une fois qu’elle est l’une des meilleures lyricistes de sa génération. THC alert !

Mila a commencé l’année avec une bande son January avec une tracklist de six chansons qui l’établissent en tant que véritable artiste sur lauqelle on peut compter cette année. Elle revient avec un nouveau projet intitulé February 2018. Un projet sans prétention qui laisse place à ses qualités vocales et qui s’imprimée de cette touche très «West Coast» qu’on lui connait. Artiste indépendante et pas uniquement la sœur de Jhené Aiko, elle rappe, elle chante, elle compose le mois de février, avec ses bonnes résolutions et sa Saint Valentin qui arrive avec un espoir de regain de chaleur en Mars. C’est d’ailleurs à se demander si “March” ne sera pas le titre de son prochain EP !

Si vous ne connaissez pas encore Mura Masa, c’est que vous n’avez pas passé assez de temps sur notre chaîne Soundcloud Cerbere Magazine (on vous dit ça comme ça). Le jeune prodige made in UK est littéralement une sensation internet qui challenge déjà avec les plus grands dans le style future bass. Son album “Messy Love” est le produit d’un long voyage dans l’air du temps mélangeant drum and bass, pop et rap au gré des collaborations. Une prise de risque assumée quand on connait la liste des collaborations sur l’opus où il a réussi à son jeune âge à inviter des artistes déjà établis comme ASAP Rocky, Bonsaï à sortir de leur zone de confort musical et créer des mélodies uniques qui sont déjà remixés par des DJs influents à travers le monde. De quoi lui donner une légitimité qu’on ne pourra contester. Les duos avec Kaytranada ou encore SBTRKT montrent à quel point l’artiste est imprévisible et dévoilent son ambition à faire danser toute la Grande-Bretagne et le reste du monde. A consommer sans modération

Vous la connaissez peut-être déjà. Sa marque de fabrique ? Ses cheveux vert fluo et son allure goth toute droit venue de Finlande. Après l’hymne All Stars avec Martin Solveig et une série de tubes comme Dye My Hair ou Chassing Hights ou encore phase duo avec French Montana, la jeune femme compte bien nous geler sur place avec sa voix reconnaissable entre mille et ses productions aussi lourdes que ses collaborations. Véritable sensation, elle a annoncé il y’a peu un EP sorti dans la foulée qui est une succession de mélodies entêtantes, hymne de house parties et ce avec la même énergie de la première à la dernière piste. Heavy Rules littéralement sans prétention car oui elle est déjà la légende d’une génération.

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COURRIER Par Vous

courrier anonyme Le terme “identité” inclue à la fois la notion d’être perçu et reconnu par le monde extérieur “Ce qui permet de reconnaître une personne parmis toutes les autres” et le fait de s’auto-définir de façon intime et personnelle “Caractère de ce qui demeure identique à soi-même”. Ce numéro a pour but de raconter à travers les histoires de chacun, des sujets qui nous touchent tous. N’ayant personnellement pas grand-chose à dire sur mon genre, un jour en pull rose et bottes à paillettes, un autre en Levi’s 501 et chemise homme vintage, je n’ai jamais pensé avoir besoin de (re)définir mon identité féminine. C’est pourquoi je décide d’aborder l’identité d’un point de vue plus intrinsèque et en rapport avec la deuxième définition.

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Bonjour Cerbere , Des coming-out, on peut en connaître plusieurs, car tout le monde n’est pas mis au courant en même temps. Ma mère le fut d’abord, puis certains de mes amis en France, puis d’autres (mes amis de longue date que je vois maintenant plus rarement car ils sont en Belgique), puis mon père. Tout le monde n’est pas encore au courant de mon côté. Et je n’ai pas de problème avec ça. Parfois même, ce sont mes proches qui savent à qui cela pose problème. Comme s’ils estimaient que je me cachais une chose à moi-même. Or, il n’en est rien. Aucun hétérosexuel ne se déclare hétérosexuel à ses proches. Seuls les lesbiennes et gays se doivent de le faire. Ça m’agace un peu. Je ne me sens pas obligé de l’annoncer comme si cela était une chose extraordinaire (non pas magique, mais qui sort de l’ordinaire). Je suis un homme, comme un autre homme, et je choisis la sexualité que je veux avoir, sans devoir en rendre compte à qui que ce soit. Les autres nous poussent à parler. La société pousse à sortir du placard. Moi je suis gay et dans aucun placard. Je décide d’en parler autant que je décide de ne pas en parler. Je lui ai annoncé ça au milieu d’une grosse soirée de beuverie, parmi les farandoles liégeoises et les canettes de bière qui s’écrasaient au sol sous nos pieds. Le lendemain de cette soirée, elle m’a envoyé un message que je partage avec toi Cerbere, je les avais gardé jusque là sur ma tablette, sans que personne ne les lise. Ils m’ont fait pleurer à l’époque, ils m’ont fait rire ensuite. Et maintenant disons qu’en les relisant je pleure et ris dans une même lecture. Allez... je mets un peu de temps à te les envoyer. Comme quoi, le coming out n’est peutêtre rien pour moi, mais les manifestations d’amour à mon égard sont peut-être plus difficiles à partager. Bref... ce long laïus d’introduction pour t’envoyer ceci. Quelques mots de ma meilleure amie, en Belgique, quand je lui ai annoncé que j’étais fou amoureux d’un garçon qui s’appelle Pierre et qui vit en Norvège. « Merci pour ta confession d‘hier. Merci de me faire confiance. Ça fait tellement plaisir de te voir parler de quelqu’un avec des étoiles plein les yeux.

Que ce soit un garçon ou une fille, peu m’importe. L’important, c’est que tu sois heureux et que tu te sentes bien. Sans conteste, c’est le cas et c’est tout ce que je souhaite : ton bonheur ! Que la personne, fille, garçon, habite Oslo, Paris, Bruxelles, Hong Kong, Madrid, Bujumbura, New York, Amsterdam ou Rome ; que la personne ait un bulldog qui bave, un bichon à mémère, un chihuahua à la Paris Hilton, un berger allemand qui perd ses poils, ou un canari qui casse les oreilles, on s’en fout aussi. Rien à foutre des conventions, rien à foutre de ce que la société nous renvoie, rien à foutre de ce formatage permanent qui nous est dicté. (Le maître mot de mon mois de juillet a été : rien à foutre.) Qu’on laisse chaque personne être soi-même. Ce cher Oscar Wilde a dit un jour « Soyez vousmême, les autres sont déjà pris ». Il a tellement raison ! Il m’a fallu tellement de temps pour le comprendre, mais quel soulagement une fois intégré. Et si ta vie n’est pas en Belgique, c’est qu’elle est ailleurs. Suis ton cœur, suis ton instinct et tu verras où la vie te mènera. Depuis quelques jours, j’ai tout le temps une chanson en tête « Listen to your heart ». Va savoir pourquoi. J’en sais trop rien, mais c’est comme ça. Peut-être mon subconscient sentait-il quelque chose, me soufflait-il ce qui est pour moi la seule bonne réaction que je pouvais avoir et la seule chose que je pouvais te dire. Quoi que tu fasses, quoi que tu choisisses, quelle que soit la voie que tu empruntes, quel que soit le pays dans lequel tu vis, quel que soit le métier que tu fasses, sache que je t’aimerai toujours autant, toi, la personne que tu es. Tu es toi, mon Meilleur Ami, mon Frère de Cœur. Un de mes Piliers, une personne super importante à mes yeux. Et non, tu ne seras jamais mon ami gay parce que tu es mon Frère de Cœur, mon Meilleur Ami et point-barre. Love you bro ! Je pourrais encore continuer à écrire et écrire, mais je résumerai tout ce que je pense par : Listen to your heart et merci d’être toi ! »

Maud à son meilleur Ami F.

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TU NE SERAS JAMAIS MON AMI GAY,

TU ES MON FRÈRE DE CŒUR,

MON MEILLEUR AMI,

POINT-BARRE !

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Bonjour Cerbere , La première fois que je me suis retrouvé avec un garçon a été le moment où j’ai commencé à me poser des questions. J’ai eu la chance que ça arrive assez tard, j’étais mature, sûr de moi et j’étais sorti de tout les questionnements et autres perturbations de l’adolescence. I était évident que ça changerait le regard des gens autour de moi, mais je me suis rapidement dit «peu importe». En revanche, ce qui a été le plus compliqué pour moi à été de penser à ce qui allait arriver Je m’explique, pour la société et pour moi à l’époque il n’y avait qu’une seule façon d’être homosexuel, et c’était de la manière dont les médias, les séries, les gens le montraient. À savoir être excessivement efféminé, aimer la mode, avoir peur de tout, etc etc... Je ne me voyais pas représenté dans la communauté homosexuelle visible. J’aime le sport j’ai pas envie d’une vie à la Queer As Folk de fête et de sexe, je n’aime pas la mode et je ne suis ni cuir cuir moustache ni une gravure grecque... Je suis un homme assez classique en somme, et ça ne correspondais pas à l’image que j’avais de ce que c’était que d’être homo. Je dois avouer que ce décalage entre moi et l’image que je pensais devoir avoir m’a un peu déprimé au début. Les enfants. Comment allais-je faire des enfant ? J’ai toujours voulu avoir des enfants, à 18 ans déjà je savais que j’en voulais ! Malheureusement biologiquement on sait bien que c’est impossible et mes désirs d’enfant biologiquement miens se sont mis petit à petit à disparaître ... Pour l’adoption, c’est un long parcours du combattant et aux dernières nouvelles, à ma connaissance, il n’y avait pas encore eut d’adoption pour un couple homosexuel en France (je parle du cas où deux personnes chacune sans enfants qui essaient à deux d’adopter). J’ai actuellement 29 ans et je suis dans une relation depuis peu, admettons que la question des enfants se discute au bout de 4 ans de relation... Quand j’aurais 33-34 ans on en discutera et on entamera les procédures qui vont durer à peu près 8 à 10 ans... J’adopterais donc mon premier enfant à plus de 40 ans si notre couple survit aussi longtemps. J’essaie de rester positif à ce sujet , car pour moi ça serait l’un des plus grands accomplissements de ma vie... Mis à part ça, j’ai bien vu autour de moi que le regard des gens avait changé quand tous le monde a été au courant de ma sexualité. Mes collègues de travail féminines se sont mises à se permettre plus de confessions sans avoir peur du jugement, d’avances potentielles... Les garçons hétérosexuels ont eu tendance à fuir petit à petit ... Parce qu’ils avaient l’impression qu’on avait moins de choses à se raconter ou par peur de la drague, je ne sais pas vraiment... Bon par contre j’ai forcément droit au cliché de tous les cliché : je serais apparement un gage de bon goût... Donc on a souvent besoin de mon avis sur les coiffures, vêtements etc etc... Ce qui a tendance à souvent m’embêter.

T.

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