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ET SI DES EXTRATERRESTRES EXTREMEMENT INTELLIGENTS VISITAIENT LA TERRE, QUE PENSERAIENT-ILS DE NOUS ?

Par Tourbillon Magnétique,

Centaure du système stellaire de Véga, 3ème planète


Le retour de Chiron, le sage Centaure. Je dédie d’abord ce livre à Mes Frères Centaures, sans lesquels je ne me serais jamais rendu en mission sur la planète Barbare (les Centaures appellent ainsi la Terre). Néanmoins, je ne peux oublier de citer également dans cette introduction mon amie humaine qui m’a volontairement hébergé lors de mon passage sur sa planète. Pour moi, elle représente l’une des rares personnes réellement « humaine » qui m’ait été de rencontrer là-bas. 2


Livre essentiellement destiné à être commenté et ardemment critiqué. **************************************************** INTRODUCTION DESTINEE AUX HUMAINS Laissez-moi d’abord me présenter. Je me nomme Tourbillon Magnétique et je suis un centaure issu du système stellaire de l’étoile Véga, voisine du soleil. Notre planète d’origine est la troisième à partir de Véga, notre étoile. Comme nous avons colonisé toutes les planètes de notre système stellaire ainsi que quelques autres de systèmes stellaires proches, nous nous désignons depuis des millions d’années végassienne non plus en référence à notre planète d’origine mais en nous référant à l’étoile du système stellaire auquel nous appartenons puis à la place de la planète où nous résidons habituellement dans ce système stellaire à partir de son étoile. Par exemple, je suis Tourbillon Magnétique (il s’agit de mon prénom et de mon nom) de Véga 3. J’habite donc la troisième planète, à partir de l’étoile Véga. Ce qui suit constitue en fait mon rapport à remettre à Mes Frères Centaures concernant la planète Terre et l’espèce prédatrice qui y domine, j’ai nommé les êtres qui se prétendent humains : les hommes. 3


Pour ceux qui ignoreraient que Véga existe réellement, voici un complément d’information.

Ce rapport a déjà été envoyé voici un an équivalent année terrestre à mes Frères Centaures. Quant à moi, j’ai quitté votre planète dès que j’ai terminé mon rapport. J’ai demandé à une amie terrienne, Tiziana, de vous en remettre une copie juste après mon départ vers ma planète d’origine. ****************************************************

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« Avant de vous livrer mon rapport, Mes Frères Centaures, traitant de l’espèce humaine, laissez-moi vous conter une histoire vécue… Comme tous les récits, elle débute par le traditionnel « Il était une fois… voici trois mil ans équivalent terrestres un valeureux Centaure dénommé Constellation du Midi, qui désirait explorer la Terre. Il ne savait quelle apparence prendre. En effet, notre belle forme sphérique risquait de trop décontenancer les humains qui ignorent encore dans leur immense naïveté que beaucoup de choses et d’êtres dans l’univers, de l’électron aux étoiles sont sphériques à l’exception des êtres étranges qui peuplent la planète Terre. Notre ancêtre utilisa donc le transformeur* (*appareil centaurien hypersophistiqué qui permet aux Centaures de modeler leurs corps comme ils le souhaitent et donc de prendre la forme qu’ils désirent) afin de modifier sa forme. Il décida que le haut de son corps serait celui d’un homme, afin de pouvoir communiquer avec ces animaux bizarres, et que le bas serait constitué des jambes d’un cheval (animal terrestre assez rapide) afin de se déplacer plus rapidement que le vent ! Malheureusement, quand les hommes le virent ainsi, mi-humain, mi-équidé, ils s’enfuirent en criant « Un monstre, un monstre ». Plus tard, leurs poètes se souvinrent de notre ancêtre et le baptisèrent le Centaure ». Sachez, Mes Frères Centaures, que les humains ne franchissent que rarement la barrière de l’apparence ». Tourbillon MAGNETIQUE

Avant de commencer la rédaction de mon rapport proprement dit, j’ai demandé à l’humaine qui a accepté de m’héberger de s’exprimer afin que mes Frères Centaures connaissent tous les aspects de ma mission sur terre.

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RECIT DE L’HUMAINE QUI M’A HEBERGE Quand Tourbillon Magnétique me demanda de publier une traduction de son rapport décrivant la planète Terre à ces frères Centaures et de la divulguer parmi les humains, il me mit en garde : « Ce texte est destiné à mes congénères. Il ne poursuit donc aucun but de glorification de l’espèce humaine. J’ai essayé de décrire les hommes tels qu’ils me sont apparus. Malheureusement, l’objectivité parfaite peut être assimilée à une quête impossible. En fait, je pense que la lecture de ce rapport peut être salutaire aux hommes, mais pourront-ils supporter la critique de leur mode de vie ? Je crains malheureusement que non. Ils sont si vaniteux qu’ils se sont crus longtemps le centre de l’univers et de la création. Aussi, comme dans le mythe de la caverne de Platon, celui qui, le premier, a aperçu la lumière de la vérité risque d’être sacrifié. Et c’est à vous que je pense ici. Les humains n’acceptent jamais les prophéties qu’avec une génération de retard, le temps de digérer la critique. J’explique ce fait par les performances déplorables de leur cerveau. Ils méprisent, conspuent ou tuent leurs meilleurs savants ou philosophe. Ni Archimède ou Socrate ne pourraient me démentir à ce sujet. Mais j’ai vu le néant dans votre cœur et je sais que vous accepterez cette mission dangereuse avec joie. Vous, humains, ne craignez rien autant que le vide. Pourtant, ne savezvous pas que la matière est composée en grande partie de néant et que seules les relations entre les éléments primordiaux créent la matière (il parle ici des particules élémentaires constituant la matière notamment les électrons et les quarks ) ? Mais vous refusez cette évidence et vous vous créez des dieux pour meubler le néant, vous cherchez un sens à votre existence et vous vous feriez tuer pour celui-ci. Or, croyez-moi, la vie n’a d’autre but que sa perpétuation. Mais puisque vous, chère intermédiaire, vous vous sentez inutile, je donnerai un sens à votre existence que vous pensez si vide ».

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MA PREMIERE RENCONTRE AVEC TOURBILLON MANGNETIQUE

Je poussai avec une certaine appréhension la porte de mon domicile. S’il était de nouveau là, je m’étais jurée de crier au viol. Je sortis enfin timidement et regardai à droite, puis à gauche. Personne ! Bizarrement, je sentis la tristesse m‘envahir. Ma vie, à nouveau, avait perdu toute saveur et je redevenais une fois de plus madame Personne, perdue au milieu d’une multitude de visages tous plus anonymes les uns que les autres, qui n’avaient comme moi rien à raconter sinon des événements banaux. Soudain je sentis un regard me transpercer. Je tournai la tête ; il était là, assis sur un banc et s’il tenait un journal, ce n’était certainement pas pour le lire car il me fixait avec intensité et gravité, avec un regard qui semblait vous envahir jusqu’à l’âme. Je n’avais pas l’habitude que l’on me regarde. Pourtant, je ne me sentis pas mal à l’aise : ses yeux étaient trop tristes. Ils contenaient comme un point d’interrogation. Finalement, je fus presque heureuse que ce drôle de type ne m’ait pas oubliée. Grâce à ce bonhomme mystérieux, ma vie gagnait en saveur : mais que me voulait de type ? Depuis trois semaines, en effet, il s’accrochait à mes pas mieux que mon ombre. Ou que j’aille, j’étais certaine de le rencontrer, à croire qu’il pouvait lire dans mes pensées. Mais jamais, il ne m’adressait la parole, ce qui me rendait encore plus mal à l’aise. Aussi ne tardais-je pas à fantasmer un maximum : qui était-il ? Un espion du F.B.I., un cambrioleur potentiel ? Pas de doute qu’il se serait alors trompé de cible. Que pouvait-il, en effet, glaner dans la vie poussiéreuse d’une vieille fille ? Une amie, à laquelle j’avais confié mes craintes, avait ri : « Et s’il désirait tout simplement te draguer ? » Me draguer ? Pas besoin de se poser la question : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi du pays qui est la plus belle » Le miroir aurait certainement répondu : « Désolé, mais c’est tout le monde, sauf toi, mon chou ». Mes oreilles décollées et mon grand nez en témoignaient d’ailleurs. Enfin une certitude… C’est important, dans la vie, les certitudes.

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Il n’y avait pas grand chose à raconter au sujet de ma vie. Elle était rythmée par trois mots : boulot, télé, dodo. Pour le reste, elle ressemblait à un long couloir gris : de cette chambre que l’on quitte trop tôt le matin, au train en forme de tube qui sert de dortoir pour s’échouer dans un bureau aseptisé. Et jamais la vision directe du soleil : et l’on se moque de la vie des ouvriers au XIXème siècle ! Mais mon échec le plus cuisant concernait ma vie amoureuse ou plutôt l’inexistence de celle-ci. Sans doute mon physique ingrat y était-il pour quelque chose. Mon intelligence aussi sans doute car sans fausse modestie, j’étais loin d’être bête. Or si un homme laid mais intelligent trouvait facilement chaussure à son pied, son alter ego féminin risquait de rester pied nu. De plus, je dois avouer que le temps passant, j’étais devenue fort aigrie, ce qui n’arrangeait rien. Un crapaud déguisé en prince charmant avait pourtant partagé mon existence quelque temps. Une amie m’avait, à son sujet, un jour posé la question : « Comment peuxtu l’aimer : il est laid, bête et méchant ! Je lui répondis : « Justement, un autre serait facile à aimer. Mais c’est un art d’aimer un homme comme lui ». Aussi cet humanoïde de sexe mâle vint-il squatter quelques mois mon appartement. Il me confondit rapidement avec la femme d’ouvrage ou un portefeuille ambulant. Après qu’il eut séduit quelques-unes de mes meilleures amies qui, pour la circonstance, se transformèrent en mes plus féroces ennemies, je décidai que la comédie avait une fâcheuse tendance à se transformer en vaudeville, à mes dépens et j ‘y mis un terme. Et dire qu’il n’aimait même pas mes chats ! En fait, si je pleurais parfois sur mon sort, je finis rapidement par admettre que seul le folklore m’y incitait : « La vieille fille qui avait coiffé Sainte Catherine depuis longtemps et qui ne recevait de l’affection que de ses cinq chats…Un vrai mythe qui avait de quoi faire fantasmer des générations de psys, de vrais salaces, ceux-là, qui ramènent tout au sexe. Après tout, mes cinq lions domestiques (c’est ainsi que j’appelle mes mini félins parce que je suis mégalomane et que j’ai tendance à tout exagérer !) sont on ne peut plus sympas. Souvent même, ils semblent méditer. Et 8


s’ils étaient plus intelligents que nous les humains ? Ils coulent des jours peinards, à ronfler pendant que je travaille dur pour leur payer leur Sheba (j’espère que cette société va me payer cette pub : l’argent ira pour la protection de la planète.). Non, vraiment, je n’étais pas à plaindre. J’étais entourée d’une bande de copines complètement désopilantes. Elles semblaient absolument shootées. Mais, non, pas de problème, c’était leur état normal. Véronique, l’artiste tourmentée, sculptait des statues cauchemardesques, mi-végétales, mi-fées. En prime, elle avait été élevée au statut de philosophe par notre petit groupe. Elle vous posait toujours la question qui vous fiche le cafard, au moment le plus inapproprié : « Dis, au fait, ce que l’on vit maintenant, est-ce la réalité ou un rêve ? Et les serpents, ils ont un zizi ou alors, comment font-ils ? » Mystère, mystère…Bref, je lui dois quelques nuits blanches, une mauvaise conscience hypertrophiée (« Ne te rends-tu pas compte que seulement en existant, tu pollues. » ou « Dommage que nous ne soyons pas des vers de terre : nous aurions moins de responsabilité dans la pollution de la planète. ») mais également la chance d’avoir conservé un peu d’esprit critique et d’adolescence. Morgane, quant à elle, s’était convertie au Bouddhisme. Entre deux bâtons d’encens, elle nous racontait la vie tourmentée des Bodhisattvas et nous fournissait par la même occasion quelques rêves exotique, nous qui quittions si rarement notre quartier. Enfin, Orphée, la nympho (elle ignorait le surnom dont nous l’avions affublée), vivait de multiples et toujours identiques histoires d’amour : il était beau, gentil, intelligent, riche et, évidemment, marié. J’avais souvent l’impression que nous vivions des aventures sentimentales par son intermédiaire. Ses peines et ses désillusions devenaient nôtres. Ses joies nous rendaient un peu envieuses et alimentaient nos conversations qu’elle n’aurait guère aimé entendre tant elles étaient aigresdouces mais qui faisaient également partie du jeu. Bref, grâce à 9


elle, notre vie semblait couler un peu plus rapidement et devenir plus passionnante. Et bien que nous la critiquions, nous n’aurions jamais voulu qu’elle change d’un iota. Ainsi se déroulait notre vie, rythmée tous les quatre jours par une séance de tarots qui nous permettait de rêver à un avenir féerique rempli de rois de cœur amoureux, de dames de pique sournoises et d’as de trèfle richissimes. Point de vue travail, je n’étais pas à plaindre. Fille d’immigrés, je n’avais jamais espéré devenir un jour sous-chef de bureau. Je bénéficiais même d’une certaine notoriété dans mon ghetto : « La petite Tiziana, elle a réussi, vous savez, elle travaille dans un ministère ». Il faut dire que dans mon quartier, être femme, avoir atteint la quarantaine et avoir un boulot autre que femme d’ouvrage tenait du miracle. Evidemment, mon job n’était pas spécialement passionnant. Je devais jongler avec les desiderata de mes chefs hiérarchiques et les revendications des employés. Mais rare sont ceux pouvant se vanter d’avoir un travail à la Indiana Jones. J’aurais donc dû être relativement fière de moi. Rien ne me manquait sauf, peut-être, un enfant car rien de tel pour se sentir vivre qu’un petit monstre qui casse tout et vous fait passer des nuits blanches : le rêve, quoi ! Mais pour procréer, il aurait fallu être deux et je me retrouvais en face de la case départ. Aussi, un malaise me poursuivait-il sans cesse, sans que je sache réellement en définir sa nature, teintant de brumes mes jours et mes nuits. Et si c’était autre chose, la vie ? Le prince charmant, je n’y avais jamais cru même dans ma jeunesse. Et puis, son cheval blanc, à mon preux chevalier, où l’aurais-je casé ? Transformer mon appartement en écurie n’était pas très raisonnable. Mais un enfant qui casse tout, vous réveille à 6 heures ½ du matin le dimanche ou vous appelle à trente ans la « vieille », rien de tel pour vous sentir exister. Le mot était lâché : 10


en fait, je me sentais inutile. J’avais bien essayé de me défaire de ce sentiment en me jetant dans la politique ou dans diverses associations. Mais, après une période de lune de miel, un soleil de fiel se levait et éclairait le moindre coin obscure, la moindre compromission, la moindre lâcheté. Pas de doute, j’étais trop exigeante : je voulais des coéquipiers parfaits, moi qui avais tant de défauts ! A toute nouvelle idée dans le vent, je m’enflammais. Je me proposais comme bénévole, sacrifiais mes week-ends, participais à des réunions aussi ennuyeuses qu’inutiles jusqu’à la découverte du premier manquement, de la magouille oubliée. Oui, vraiment, les humains ne faisaient jamais rien pour rien. Et, sans doute, leur demandais-je trop, à ces pauvres gens. Malgré quelques déraillements, l’objectif de tous ces organismes n’étaitil pas plus ou moins atteint ? Et si l’un des membres était moins idéaliste que les autres, devait-on condamner toute l’association ? Sans doute, non, mais à cette époque, je manquais encore de sagesse. J’avais soif de pureté, j’étais folle d’intégrité : j’en devenais intégriste. Dès que je constatais le moindre manquement, je laissais tomber les bras et les gens. Aussi, très rapidement, je me retrouvais seule, avec l’impression d’avoir loupé le coche. Et maintenant, ma vie se déroulait lentement, avec monotonie. La seule chose qui me sortait de ma léthargie était ma passion pour l’astronomie. Tant d’astres existaient, il était inconcevable que seule la terre fut habitée. Mais ce qui me forçait désormais à vivre plus intensément, c’était la présence de ce monsieur-pot-de-colle qui s’identifiait de plus en plus avec mon ombre. Que me voulait-il ? M’imaginait-il au commande d’un noir complot ? J’avais en une jeunesse militante mais, bon, beaucoup d’eaux avaient depuis lors coulés sous les ponts et la page était définitivement tournée. De toute manière, je n’avais jamais été un « gros poisson », seulement une militante de base, au première loge de toutes les manifs, pour y recevoir des coups de matraque, m’y faire laver gratis (les autopompes, çà vous nettoie jusqu’au fond des oreilles !) et y distribuer des tracts, avec une grande gueule mais n’ayant au sein de ces associations 11


que le droit de me taire et d’obéir, la seule promotion possible consistant à servir le café à mes chefs, au look de Karl Marx, barbe et cheveux y compris. Désormais, je n’étais plus qu’une vieille fille embourgeoisée. Chaque année, je m’offrais bien sagement un voyage dans le tiers monde, sans quitter le club Med. et les chemins « Spécial Touristes », de peur que la vue de la misère ne me donne mauvaise conscience. Les mendiants, çà fait désordre et gêne la digestion de ceux qui mangent trop. Dans ces conditions, pourquoi ce type me suivait-il ? Ma période de militantisme était bel et bien achevée : j’avais assez donné pour tous les malheurs de la terre. Finalement, je me décidai à affronter mon mystérieux inconnu : il allait voir de quel bois je me chauffais ! Sur ces bonnes résolutions, je sortis faire mes courses et, bien entendu, je tombai sur bibi. Je faillis renoncer…N’avais-je pas mille raisons de l’éviter ? Après tout, il était peut-être dangereux. « Oh, et puis zut », pensais-je : je n’avais jamais été lâche. Face à la peur, je n’avais jamais trouvé de meilleure parade que l’attaque. Moi, l’ancienne militante, toujours aux premières lignes lors des manifs, je n’allais pas baisser les bras devant un 007 de pacotille. Je ne pouvais plus reculer, c’était devenu une question d’honneur. Je me dirigeai d’un pas ferme vers lui : « Alors, comme ça on file les petites vieilles. Je n’ai pourtant pas de sac à main ». Il me sourit mais la grimace esquissée était de pure convention car le reste de son visage restait emprunt d’une grande tristesse. Il n’eut aucune autre réaction, ce qui m’agaça prodigieusement. Bientôt un terrible silence s’abattit sur nous. Il avait, semble-t-il, trouvé la seule parade possible à mon agressivité et à ma frayeur. Le silence devint finalement si insoutenable que quelque chose devait nécessairement le rompre. Il entama alors une triste litanie : « Jeunesse triste : vous êtes d’origine portugaise. Des parents exténués par le travail, Vous pensiez qu’ils ne vous aimaient pas. En fait, ils étaient trop fatigués. La rue, c’était presque les vacances. Relations 12


sentimentales difficiles. Pas d’enfant. Vous comblez les vides de votre existence en militant à gauche et à droite. Pas assez convaincue. Trop d’esprit critique et peut-être de mauvais caractère. Vous en êtes au bilan. Oui, vraiment, il était écrit dans les étoiles que nous devions nous rencontrer ». Envisagée de cette manière, ma vie prenait un goût de chiotte, difficilement supportable. J’avais toujours été assez satisfaite de moi-même et voilà que ce type en 5 secondes m’atomisait littéralement le moral. Et s’il avait raison, si je m’étais leurrée moi-même afin de refouler mes échecs ? Je contre-attaquais : « Qui êtes-vous, comment détenez-vous tous ces renseignements sur ma vie privé et que me voulez-vous ? ». Du tact au tact, il me répondit : « Je me suis adressé à vous car vous êtes une des rares personnes de cette planète qui puisse m’assister et cela à cause de votre absence de préjugés, de votre engagement et de votre désespoir. Je peux donner un sens à votre vie mais le sacrifice risque d’être grand ». Pour me parler de cette manière, ce type était, soit bargeot, soit shooté mais, décidément, il m'intriguait. Aussi, quand il me demanda s'il pouvait entrer, la curiosité l'emporta sur la peur. Peut-être, après tout n'était-ce qu'un témoin de Jéhovah un peu collant ? Et si ce n'était pas le cas, je saurai toujours me défendre face à une agression. N'avais-je pas pratiqué le judo dans mon jeune temps ? "Et puis, merde", pensais-je, "je n'ai jamais eu peur de me mouiller". Nous pénétrâmes dans mon salon. Ce dernier ressemblait plus à l'antre d'une nostalgique de mai 68 qu'à la pièce de séjour d'une vieille fille embourgeoisée. La photo du Che trônait au-dessus de la cheminée. Quelques affiches périmées invitaient à des expositions et cachaient, par la même occasion, les trous et les taches qui constellaient les murs. Sur la porte d'entrée, un slogan d'Amnesty rappelait sèchement que "Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé". Parfois, quand je lisais

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celui-ci, l'envie de ricaner ou de pleurer me prenait, selon le moment et les fluctuations du flot de l'information. Dès que la porte fut ouverte, mes cinq chats vinrent nous accueillir. C'étaient les vrais rois de la maison. Depuis des années, à part quelques habitués, ils constituaient, à la fois, ma famille et mon cercle amical. Je les aimais plus que beaucoup d'humains car je les trouvais souvent plus sympas. De plus, ils ne me critiquaient jamais, ce qui plaidait terriblement en leur faveur. Mon hôte s'assit en même temps que moi et me demanda de lui prendre les mains. Cette fois, c'en était trop. J'avais affaire à un désaxé, j'en étais enfin convaincue. "Non, mais ça ne va pas, la tête ?" Il reprit patiemment, comme s'il s'adressait à un enfant récalcitrant, auquel il faut tout expliquer : "Vous avez pratiqué le yoga dans votre jeunesse ?" De nouveau, je fus étonnée des informations qu'il détenait sur ma vie privée. "Oui, c'est exact", répondis-je. Il reprit : "Dans ce cas, l'expérience à laquelle je vais vous soumettre ne vous décontenancera pas trop et je suis certain que vous serez heureuse d'y avoir participé". Une fois de plus, je baissai pavillon, ce qui m'étonna beaucoup. Je n'avais jamais été une femme soumise et, très souvent, on m'avait même traitée de rosse. Mais il émanait de cet homme une force apaisante. Il n'avait pas nul besoin d'élever la voix pour assurer son autorité. Pourtant, le mot "expérience" m'effrayait un peu. Goebbels n'en était-il pas friand ? Mais j'étais allée trop loin pour, maintenant, reculer. De toute façon, en cas de viol, un pied bien placé avait toujours fait ses preuves. Je lui tendais donc mes deux mains, tandis que son regard se rivait littéralement au mien. "Mais il essaye de m'hypnotiser", pensais-je, avant de sombrer dans une sorte de sommeil paradoxal. Rapidement, en effet, la pièce sembla s'obscurcir et le noir absolu l'envahit. Soudain, deux points lumineux, d'abord très faibles, puis finalement semblables à des soleils transpercèrent cette nuit artificielle. L'un d'entre eux, de petite taille et de coloration rouge, tournoyait autour du second, immense et de teinte jaune. Un vent puissant sembla envahir ma boîte crânienne ou, du 14


moins, me donna cette impression. Mes souvenirs, l'un après l'autre s'évanouirent, tandis que d'autres, ceux de mon hôte sans doute, les remplacèrent. Bientôt, j'eus la vision d'un ciel rosé qu'éclairaient les deux étoiles. Je me trouvai dans un immense jardin, agrémenté de fleurs aux couleurs éclatantes. Je distinguai dans le lointain quelques montagnes, nimbées de brumes. Soudain, une ombre gigantesque vint obscurcir ce paradis lointain. Instinctivement, je levai la tête et j'aperçus une sorte de navette spatiale qui rassemblait étrangement à celle de la guerre des étoiles, qui volait à faible altitude, sans le moindre bruit. Je me sentis happée vers celle-ci et ce qui 'était apparu dans un premier temps comme un engin spatial se révéla finalement être une ville flottante. Ses habitations ressemblaient aux alvéoles d'une ruche mais étaient de forme sphérique. Des boules translucides de différentes tailles s'en échappaient à grande vitesse. Parfois, deux d'entre elles se rencontraient. Elles s'arrêtaient alors et se mettaient à briller. Je devinais confusément qu'il s'agissait des habitants de cette planète qui se saluaient de cette manière. Etrangement, ces êtres ne semblaient pas m'apercevoir. Pourtant, bien qu'ils m'ignorassent, je ressentais une forte impression de sérénité : qu'il devait être bon de vivre ici ! Mais la couleur verte de ce satellite-ville m'étonna, aussi m'en approchais-je et tendis-je la main pour toucher un des murs d'une habitation. Je restai muette de stupéfaction. Ce vaisseau était en fait un immense végétal. Une voix se fit entendre dans mon cerveau : "Eh oui, nous aussi, voici plusieurs millions d'années végassiennes, nous sommes tombés dans le piège des mutations génétiques, mais, depuis lors, nous avons laissé tomber : c'est bien trop dangereux. Cette ville est en fait un végétal transformé pour nos besoins, à cette époque lointaine. ». Puis, à mon grand regret, cette vision s'atténua peu à peu et la pièce où je me trouvais réapparut. Mon invité avait lâché mes mains. « Je m'appelle Tourbillon Magnétique », me dit-il enfin, après un long silence. "Et je proviens d'un système solaire voisin de la Terre, dont l'étoile double est nommée Véga par les astronomes 15


humains. Vous venez de visionner l'une des villes les plus importantes de notre planète. Nos cités sont constituées d'organismes végétaux modifiés, de manière à absorber le trop plein de gaz carbonique : de cette manière, nous ne risquons pas de créer un réchauffement climatique de notre planète à cause de l'effet de serre". "Elles sont également en état d'apesanteur grâce à un système d'anti-gravité, alimenté grâce à l'énergie électrique produite par les cellules du végétal constituant notre ville. Nous réduisons au maximum la pollution de la surface de notre planète, en habitant ainsi dans le ciel et non sur le sol. Nous-mêmes, les Centaures, ressemblons à certains de vos microbes (ceux que vous appelez amibes) mais en beaucoup plus volumineux. Depuis des millions d’années végassiennes, nous observons la Terre qui ne nous semble guère éloignée, vu notre technologie. Voici quelques millions d'années, nos ancêtres sont même intervenus pour détruire les dinosaures. Certaines espèces de ces êtres étaient devenues trop intelligentes et menaçaient déjà de détruire leur environnement. Nous créâmes alors un virus qui s'attaqua à leur sexualité et détruisit rapidement cette race mais, malheureusement, de milliers d'autres également, ce qui n'était pas prévu dans nos plans. L’impact conjugué d’un météorite finit par les achever. Nous regrettâmes alors de nous être crus trop intelligents et décidâmes de ne plus intervenir dans les écosystèmes des autres mondes, qui contrairement à ce que vous croyez, sont innombrables. De temps en temps, tout au plus, nous vous avons rendu des visites de courtoisies, mais toujours sous une apparence humaine ou proche. Nous avons bien essayé de rendre votre espèce plus tolérante et moins agressive, lors de ces visites. Nous avons même essayé de nous faire passer pour des "dieux" pour vous donner des conseils, mais les conséquences furent inattendues. Certaines de vos tributs n'hésitèrent pas à effectuer des sacrifices humains pour soit-disant nous honorer, nous qui ne vous avions rien demandé de pareil. Nous décidâmes alors de ne plus nous préoccuper de votre sort. Jusqu'au jour végassien où nous apprîmes que votre espèce animale pourtant si frustre et si barbare avait réussi à envoyer un engin spatial, dénommé Pioneer 10, aux confins de votre système solaire. Nos sages commencèrent à s'inquiéter : cette association d'intelligence technique et de brutalité dont a toujours fait preuve l'espèce 16


humaine pouvait dans le moyen terme représenter un danger pour notre monde, trop pacifiste pour se défendre efficacement face à d'éventuels envahisseurs. Aussi mes pairs me convoquèrent-ils pour me confier une mission. Il s'agissait d'espionner les humains afin de déterminer s'ils constituaient réellement un danger pour tout le système stellaire de Véga. « Or, ma mission touche à sa fin et je me suis rendu compte que votre planète court actuellement de grands dangers et qu'il serait temps de tirer la sonnette d'alarme. Je suis arrivé à la conclusion que l'espèce humaine ne constitue nullement une menace pour les Végassiens (Tourbillon Magnétique parle ici de tous les habitants du système stellaire de Véga et pas uniquement les Centaures) mais plutôt pour elle-même, pour les autres espèces vivantes terriennes ainsi que pour votre planète. Vos savants vous ont depuis longtemps prévenus, mais comme le dit si bien l'un de vos proverbes : « Nul n'est prophète en son pays ». Je pourrais, évidemment, reprendre ma forme initiale et dévoiler mon identité à vos congénères, mais les humains sont si frustres qu'ils prendraient peur et risqueraient de me tuer avant même de m'avoir écouté. Vous, les hommes, aimez si peu l'inattendu, que vous rejetez même vos congénères, nés dans un autre pays. De plus, vous avez toujours imaginé que les extraterrestres seraient aussi cruels que vous. Or, des êtres capables de voyager à une vitesse supérieure à la lumière pour vous rendre visite, ne pourraient que difficilement répondre à la définition d'une brute. Je pense, en fait, que vous projetez sur nous votre propre agressivité. Vous êtes les barbares, mais vous ne l'acceptez pas. Aussi devais-je absolument passer par un intermédiaire humain pour qu'il communique à ses pareils mon message ». Je ne pus m'empêcher de lui demander si ses chefs ne lui reprocheraient pas son initiative. N'allaient-ils pas le traiter de traître ? Tourbillon Magnétique me répondit très franchement : « En premier lieu, nous n’avons pas de chefs dans le sens ou vous l’entendez. Sur notre planète, nous nous considérons tous comme 17


Frères et chaque décision est prise à la suite de longues discussions télépathiques. Pourtant, c’est vrai que mon comportement risque d'être mal interprété. Car, même si rares sont les humains qui prêteront foi à la publication de mon rapport, certains d'entre vous entreverront la vérité et acquerront la certitude de notre existence avec tous les risques que cela comporte pour notre civilisation. Nous désirons, en effet, qu'une chose : passer inaperçus ! Mais, dorénavant, plus de doute ne sera permis : d’autres formes de vie existent autre part que sur la planète Terre. Peu importe ; j'ai acquis la certitude que votre espèce ne pouvait rien contre la mienne. Sans doute devrais-je rendre des comptes aux miens, mais le cas de conscience est, chez nous, considéré comme impératif ». Depuis que Tourbillon Magnétique m'avait hypnotisée, je ne mettais plus en doute aucune de ses paroles. A partir de ce moment, nous nous vîmes tous les soirs. Pendant, la journée, il voyageait, lisait, suivait une multitude de formations humaines ou travaillait à droite ou à gauche. Sa mission dura presque deux ans. Il s'était inscrit dans plusieurs universités et écoles. Il suivait des cours aussi divers que l'économie politique, le dessin artistique, la plomberie ou la médecine. Il apprécia particulièrement nos cours artistiques : il peignit un peu, mais adorait particulièrement certaines sonorités de nos synthétiseurs qui lui rappelaient les musiques végassiennes, ainsi que "l'écho du Big Bang initial, que mêmes certaines radios humaines perçoivent encore actuellement" (ici, je me contente de le paraphraser : je n'ai jamais compris de quoi il parlait). Il m'expliqua également que sa mission ne consistait pas uniquement à nous espionner mais aussi à étudier notre mode de vie. "Dans notre univers", me confia-t-il, "je suis l'équivalent d'un sociologue, mais au niveau galactique". En fait, il désirait engranger un maximum de connaissances, tout savoir, tout étudier, afin de décrypter notre mode de vie en société. Un jour, je lui proposai même de nettoyer ma vaisselle : je voulais bien entendu plaisanter. Mais, à ma grande stupéfaction, il lava toutes mes assiettes en un temps record. Mon étonnement le fit beaucoup rire : « Si je veux comprendre les humains, je dois 18


vivre de la même manière qu'eux". Je dois avouer que j'ai alors oublié de lui expliquer que chez les humains, les mâles étaient généralement dispensés de ces activités. Mais, après tout, quel était le sexe de Tourbillon Magnétique ? J'appris un peu plus tard que les Centaures n'étaient pas divisés en mâles et en femelles : ils étaient plutôt neutres bien qu'ils possédassent également une certaine forme de sexualité. Parfois, sa journée terminée, il me rendait visite et me demandait de le conduire dans une clairière qui se trouvait dans les bois proches de mon habitation. La première fois, sa requête m'étonna, d'autant plus qu'il était presque minuit. Néanmoins, je sortis ma voiture du garage et me rendis à l'orée d'un bois qu'il me désigna. Le reste fut épique car nous continuâmes à pied, éclairés uniquement par une lampe de poche. Il se rendit jusqu'au centre de la clairière, s'agenouilla et rentra en transe. Son corps devint luminescent, puis, soudain, un rayon lumineux fusa hors de sa tête : de loin, elle semblait connectée à une sorte d'étoile filante. Bientôt, trois points lumineux pointèrent à l'horizon : une soucoupe volante ! En fait, durant toute la mission de Tourbillon Magnétique sur Terre, celle-ci resta en orbite géostationnaire audessus de l'endroit où il résidait. Aucun de nos radars ne put détecter sa présence grâce à un bouclier magnétique qui la protégeait. Tourbillon Magnétique m’expliqua que la plupart du temps, le vaisseau spatial se trouvait dans une dimension proche de la notre mais malgré tout différente et que nous, les humains, n’avions pas une technologie suffisante pour le détecter. Ce n’était que quand il devait dialoguer avec celui-ci, que le vaisseau ré apparaissait dans notre dimension et que sa présence pouvait être détectée. Il semblerait d’aucun radar ne l’aie jamais pris en flagrant délit. Par contre, pas mal de mes concitoyens en ont parlé à ce moment-là et quelques photos ont d’ailleurs été publiées dans les journaux. Une ou deux fois par mois, nous prîmes l'habitude de nous rendre à ces rendez-vous nocturnes. Dès que l'engin apparaissait, Tourbillon Magnétique transmettait par voie télépathique le résultat de son enquête concernant la terre. Il procédait ainsi car il 19


craignait d'être victime d'un accident avant la fin de sa mission. Il n'avait aucune confiance en notre race. "Ils ne sont pas réellement méchants, car comment pourraient-ils être autrement qu’agressifs, dans un monde au le plus fort mange le plus faible ?" Les autres soirs, nous restions tranquillement à mon domicile. J'avais peu à peu écarté mes anciennes amies. Souvent, il m'hypnotisait afin de me communiquer des informations concernant sa planète natale. Je vis ainsi de nombreuses fois les deux soleils qui l'éclairaient grâce à des projections holographiques de dimensions réduites. "Le plus petit de nos soleils", m'expliqua-t-il, "est une planète dont l'orbite était trop proche de notre étoile et qui s'enflamma. Vous avez failli avoir également une étoile double car Jupiter a une température externe extrêmement élevée, ce qui en fait un quasi-soleil". J'emmagasinai ainsi beaucoup d'informations sur le mode de vie des Centaures. « J'agis de cette manière », m'expliqua Tourbillon Magnétique, « afin que vous puissiez répondre aux questions éventuelles que vos Frères ne manqueront de vous poser au sujet de ma planète ». Peu de temps avant son retour vers Véga, il m'apporta son rapport. « Il s'agit », déclara-t-il, « de mon exposé concernant la Terre et destiné à mes Frères Centaures. Vous donner une version écrite de mes transmissions télépathiques me semblait la meilleure solution. Evidemment, encore devrez-vous trouver un éditeur ou un autre moyen pour en communiquer le contenu au monde (facebook : ?). Cela ne sera sans doute pas une tâche aisée, mais je vous fais totalement confiance : je vous ai sondée et je sais que vous êtes la femme de la situation ». Sa foi en moi était telle que j'avais presque peur de faillir à ma tâche. « Etes-vous certain que je sois l'intermédiaire idéale entre les humains et votre race ? Vous auriez pu choisir une personne plus représentative, que sais-je, un notable ou une journaliste, par exemple ? » 20


Il hocha la tête : « J'aurais été fou d'accorder ma confiance à de tels humains. Ceux-ci n'auraient poursuivi qu'un seul but : tirer la couverture au maximum de leur côté. Peu leur aurait importé mon message. Il me fallait, au contraire, quelqu'un d'effacé, de dévoué et de suffisamment intelligent pour me comprendre. Ayant analysé les rouages de votre société, j'ai pensé qu'une femme serait plus dévouée qu’un homme. Vous, les femmes, n'avez-vous pas été élevées durant des siècles pour servir vos males sans réclamer votre quote-part de remerciements et de gloire ? Je sais que vous vous méprisez à cause de votre physique, mais n'oubliez pas d’une part que pour nous autres, Centaures, tous les humains sont hideux et que, d'autre part, nous ne jugeons pas les autres êtres vivants en fonction de leur apparence mais plutôt en fonction de leur honnêteté intellectuelle. J'ai suivi et sondé des centaines d'humains avant de vous sélectionner. Vous êtes sans le savoir une denrée rare sur cette planète. Et le fait que vous viviez seule et que vous soyez passablement complexée m'intéresse également : ne soyez pas étonnée de ma franchise un peu brutale. Nous, Centaures, pensons que seule la vérité peut nous faire progresser. » Je restai interloquée. Une telle sincérité, même de la part d'un extraterrestre, me sidérait. Il me sourit tristement : "Répondezmoi franchement : vous seriez heureuse, risqueriez-vous votre bonheur dans une telle aventure ?" Je devais bien reconnaître qu'il avait parfaitement raison mais fallait-il insister si lourdement sur mes échecs ? Il reprit : « Nous, Centaures, communiquons télépathiquement. Nous ne possédons presque pas ce que vous appelez "une vie privée". Chacune de nos actions sont pesées et repesées, jusqu'aux moindres tenants et aboutissants. Ainsi espérons-nous progresser car les meilleures intentions du monde, si elles sont fondées sur la jalousie, l'incompréhension, la cupidité,… perdent une grande part de leur valeur et peuvent même se révéler très dangereuse. Nous, Centaures, n'avons qu'une seule passion : découvrir les vérités ultimes de notre univers. Or, je vous ai sondée psychiquement : plus aucune parcelle de votre âme ne m'est inconnue. Et vous constituez par

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rapport aux autres membres de votre espèce le meilleur intermédiaire possible ». Tourbillon Magnétique est maintenant retourné sur sa planète et, malgré sa sincérité si abrupte, je regrette sa présence. Excepté lors de nos premières rencontres, il ne m'a jamais effrayée. Ce phénomène serait dû à mon hypnose préalable. C'est du moins ce qu'il m'a dit. Il a alors annihilé toute forme d'angoisse dans mon subconscient. Et, bizarrement, personne de mon entourage ne s'inquiéta de savoir qui était ce type qui me fréquenta pendant plusieurs mois. Etaient-ils tous également sous l'emprise de l'hypnose ? L'ont-ils seulement vu ? Le séjour de Tourbillon Magnétique sur Terre m'a beaucoup apporté et appris. Non seulement, j'y ai gagné un ami, mais, de plus, la vision de son monde m'a rassurée au sujet de l'avenir de notre planète : car si les Centaures, pourtant grands consommateurs d'énergie réussissent à préserver leur environnement, pourquoi n'en serions-nous pas capables ? Il nous suffirait en ce domaine d'apprendre la technique « centaurienne ». Maintenant que mon ami des étoiles est retourné vers le système stellaire de Véga, emportant une partie de moi-même sur sa planète, une seule chose m'importe encore : publier son rapport !

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la Planète Barbare chapitre 2  

Tourbillon Magnétique, sous sa forme humaine, rencontre une humaine, Tiziana. Magnetic vortex in its human form, meets a human, Tiziana.

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