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ENQUÊTE CONJONCTURELLE ANNUELLE 2012 - 2013


SOMMAIRE

Siège de la Chambre: 4, bd du Théâtre | 1204 Genève Adresse postale: Case postale 5039 | 1211 Genève 11 Tél. 022 819 91 11 | Fax 022 918 91 00 E-mail: cci@ccig.ch

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Editorial

5

Commentaires généraux

6

Assurances

8

Automobiles

10

Banques, finance

13

Bâtiment, construction

17

Chimie, pharmacie

20

Commerces

22

Conseils

24

Energie, environnement

27

Enseignement, formation

30

Horlogerie, bijouterie

32

Immobilier

34

Site internet: www.ccig.ch Editeur: Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


SOMMAIRE

IMPRESSUM

3

Industrie

36

Médias, arts graphiques

38

Négoce international

41

Ressources humaines

44

Santé

47

Technologies de l’information et de la communication

50

Tourisme, hôtellerie, restauration

53

Transports et logistique

57

Viticulture et commerces de vin

60

Autres secteurs

63

Résultats globaux

65

Les membres ont la parole

67

Opinion

72

Publiée par la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) Responsable de l’enquête: Philippe Meyer, CCIG Rédaction: Commentaires: Philippe Meyer, CCIG

Interviews: Fabio Bonavita, Ernest Ghislain, Anthony Kaeser, Benjamin Philippe Les membres ont la parole: Stéphane Graber, GTSA; Jérémy Annen, Ifage; Guy Bottequin, Genevaccord Opinion: Ivan Pictet, Fondation pour Genève Coordination: Géraldine Siegenthaler, CCIG Relecture: Alexandra Rys et Géraldine Siegenthaler, CCIG Renseignements/ commandes: p.meyer@ccig.ch Tél. 022 819 91 11 | Fax 022 819 91 00 Sources: L’Enquête conjoncturelle se base sur 805 questionnaires reçus entre le 7 janvier et 8 février 2013. Nos remerciements vont à: Banque Nationale Suisse – BCGE – Credit Suisse – OCSTAT – seco – UBS Reproduction autorisée (à l’exception des illustrations et photos) avec indication des sources. Photo de couverture: © Pierre-Yves Babelon – Fotolia.com Impression: ATAR Roto Presse SA, Genève Concept, édition: Roland Ray, Promoédition SA Graphisme, mise en page: Atelier Promoédition Production: Maryse Avidor Coordination: Florence Ray et Viviane Cattin Régie publicitaire: Promoguide SA Responsable: Agostinho Dos Santos Tirage en 3700 exemplaires Mars 2013

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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ÉDITORIAL

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Jacques Jeannerat Directeur de la CCIG

ATTENTION À NE PAS BAISSER LA GARDE! La 13e édition de notre Enquête conjoncturelle montre que, en 2012, les entreprises genevoises ont globalement bien su faire face à la morosité et à l’adversité. On constate même un regain de vitalité de l’économie endogène, malgré un environnement conjoncturel toujours incertain. Les entreprises exportatrices connaissent davantage de difficultés, à l’exception notoire des acteurs présents sur les marchés émergents. En dépit de la crise mondiale et de la concurrence accrue entre les places économiques, l’Enquête conjoncturelle 2012-2013 témoigne de l’attractivité de Genève. Ses conditions cadre – fiscalité, droit du travail et système de sécurité sociale notamment – sont compétitives, mais pour combien de temps encore? Genève est en butte à des tentatives de remise en cause qui sont le fait tantôt de forces exogènes (c’est de bonne guerre!), tantôt de forces internes (le dogme de la croissance 0 peut être électoralement porteur sur le très court terme). Malgré cela, la diversification de ses pôles économiques offre à notre canton un positionnement économique enviable, puisqu’il lui permet de résister dans la tourmente. Il est particulièrement frappant de constater à quel point les prévisions sont devenues impossibles à formuler sur le long terme et très difficiles sur le moyen terme. En conséquence, nombre d’entreprises sont condamnées à réfléchir à court terme. Par la force des choses, elles semblent cependant s’y habituer et adopter de nouvelles pratiques. Les quelques prévisions pour 2013 auxquelles se sont livrées les entreprises participant à cette Enquête conjoncturelle sont cependant assez bonnes. Espérons que l’avenir les confirmera! Pour sa part, la CCIG s’engage plus que jamais dans le maintien des conditions cadre si nécessaires à la prospérité des entreprises.

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


COMMENTAIRES GÉNÉRAUX

Philippe Meyer Membre de la Direction

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CONJONCTURE MONDIALE, SUISSE ET GENEVOISE Préambule Merci à tous nos membres qui ont répondu à l’Enquête conjoncturelle 2013! Avec plus de 40% de taux de réponse, notre enquête peut se targuer de résultats représentatifs. L’Enquête conjoncturelle 2013 apporte une bonne dose d’optimisme dans le ciel chargé que nous présentent les médias au quotidien! En effet, la tendance conjoncturelle s’oriente très clairement vers une prudente éclaircie par rapport à 2012. Dans pratiquement chacun des 20 secteurs répertoriés, nos membres affichent une confiance vers un lendemain qui, s’il ne chante pas encore, devrait apporter son lot de satisfactions conjoncturelles, teinté toutefois d’incertitude sur le court terme. Voici donc les enseignements à tirer, dans leur contexte. Dans le monde Ils sont peu nombreux, ceux qui regardent 2012 comme une bonne année pour l’économie mondiale. La zone euro est retombée en récession, avec ses membres périphériques, payant le prix le plus élevé en termes de pertes d’emplois et de chute de niveau de vie. L’économie américaine est en meilleure santé que l’économie européenne. Toutefois, même les Etats-Unis n’ont pas vécu le fort rebond espéré par certains. Malgré tout, ce sentiment morose est peut-être exagéré. Si l’on regarde au-delà du monde occidental, 2012 ne manque pas de points réjouissants. Prenons la Chine. L’atterrissage brutal que beaucoup avaient craint ne s’est pas produit et l’économie a continué de croître à un rythme soutenu de 8%. Le pays se rééquilibre lentement, la proportion du produit national destiné à la consommation s’est accru. Et alors que ses petites et moyennes entreprises ont toujours été à court de crédit, les avancées de Beijing sur la route de la libéralisation financière signifient que les capitaux étrangers pourraient bientôt leur venir à la rescousse. Vrai, l’inaction politique a transformé le lièvre indien en tortue et la corruption et les coûts élevés du travail ligotent la croissance brésilienne, alors que leurs concurrents régionaux s’émancipent rapidement. Avec un taux de croissance de plus de 6%, l’Indo-

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nésie est bien placée pour remplacer l’Inde en tant que «I» dans le club des BRICS. De même, le Mexique bénéficie grandement de la délocalisation des sociétés américaines d’Asie. Si son nouveau président concrétise sa promesse de combattre les cartels de la drogue et les oligopoles industriels, le Mexique serait en position de faire de l’ombre au Brésil en tant qu’économie la plus dynamique d’Amérique latine. Sur la route de la prospérité, peu de pays avancent plus rapidement que les pays africains. Le FMI estime que l’Afrique subsaharienne a eu une croissance de 5% en 2012. 4 des 10 pays à la plus forte croissance au monde étaient africains. Bien entendu, il est beaucoup plus facile pour les pays partant d’un niveau de PNB faible d’enregistrer des taux de croissance records. Et avec des inégalités hors pair, une large partie de la population africaine vivait, en 2012, toujours avec moins de 2 francs par jour. Cependant, de gros investissements provenant en particulier de Chine signifient que les infrastructures s’améliorent et que l’industrialisation s’accroît. La classe moyenne est en augmentation et, avec elle, l’exigence de meilleures politiques se renforce. Pour 2013, ce sont les pays en développement qui continueront de nous apporter les meilleures nouvelles économiques. Selon les prévisions du FMI, les médailles d’or et d’argent dans la course à la plus forte croissance iront au Soudan et à la Libye, deux pays qui jouissent d’un regain d’activités économiques suite à des années de guerre et de destruction. Le bronze ira à la Mongolie, dont les sous-sols regorgent de richesses (or, uranium, charbon) et qui nourrit les appétits exponentiels de la Chine. Plus généralement, les économies riches en ressources naturelles d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine continueront de bien se porter. En ce qui concerne les derniers du classement, la liste est, de manière peu surprenante, dominée par des membres de la zone euro. 6 des 8 pays dont le FMI prédit une contraction en 2013 sont dans la zone euro. Même l’Allemagne et la France figurent dans les 20 plus mauvais. Cela est-il inévitable? Comme les politiques d’austérité font fondre les investissements publics, les


Commentaires généraux perspectives économiques dépendront d’un regain de confiance du secteur privé. Cela paraît difficile mais pas impossible. La crise européenne s’achemine vers une sortie ordonnée. Les Etats-Unis vivent déjà dans un climat de reprise, bien que lente. La croissance chinoise reprend du poil de la bête (ou plutôt de l’écaille, plus appropriée au dragon), à l’instar des économies émergentes, moteurs de l’économie mondiale. Le commerce mondial est proche de son plus haut niveau historique. En Suisse La période d’inflation négative est révolue. La construction et la consommation continuent de bénéficier du maintien par la BNS d’un taux plancher du franc face à l’euro, qui devrait perdurer aussi longtemps que nécessaire. A noter également que, face au franc, le dollar américain a perdu un tiers de sa valeur depuis 10 ans. La faiblesse de la conjoncture européenne est contrebalancée par la croissance des économies émergentes. Les marchés américains, en forte croissance, ont été les principaux moteurs des exportations suisses en 2012, alors que l’Asie, freinée par les toussotements chinois, se place en 2e position. L’économie suisse évolue un ton bien au-dessus de l’européenne, grâce surtout à la libre circulation des personnes et à l’immigration haut de gamme qu’elle génère. Celle-ci stimule l’économie, augmente les recettes fiscales, améliore les finances publiques et fait baisser la charge fiscale; tous ces facteurs entraînant la Suisse dans un tourbillon de croissance. La plupart des autres pays occidentaux se trouvent en revanche dans un cercle vicieux d’austérité, de contraction économique, de finances publiques dégradées et de hausses d’impôts. Ces cycles divergents semblent là pour durer, avec comme conséquence, l’amélioration de la compétitivité relative de l’économie suisse par rapport à ses voisins, mais aussi des pressions politiques fortes «pour nous faire payer» ce qui, en réalité, constitue une bonne conduite. A Genève 2013 sera affectée par le climat d’incertitude qui plane sur l’environnement mondial. Néanmoins, certains secteurs restent très actifs, à l’image de l’horlogerie et plus généralement de tous les secteurs d’exportation, qui se portent bien. L’indicateur avancé LEA-PICTET-OCSTAT de l’économie genevoise est un indicateur conjoncturel synthétique, construit sur la base de l’évolution relative de 10 séries statistiques cantonales (6 mensuelles et 4 trimestrielles), dont la propriété est d’anticiper l’évolution conjoncturelle avec un décalage de deux à trois trimestres. Les données relatives à 2012 montrent un recul sensible de l’indicateur avancé LEA-PICTET-OCSTAT. Qui plus est, une évolution majoritairement négative des composantes de l’indicateur à la fin de 2012 remet en cause la tendance à la hausse obtenue lorsque l’on ne disposait que des composantes mensuelles. On revient ainsi à un pronostic incertain quant à l’évolution de la conjoncture genevoise, en phase avec le climat de doute persistant sur la solidité de l’économie au niveau international. Précisons que les valeurs les plus récentes de l’indicateur LEA-PICTET-OCSTAT ont été calculées sur la base de l’ensemble des composantes, tant mensuelles que trimestrielles. Il convient de noter qu’une révision des données du volume des bâtiments mis en chantier pour les 3 premiers trimestres de 2012 a été intégrée dans le calcul. En effet, cette révision laisse apparaître une forte correction à la baisse (plus de 30%) pour le

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troisième trimestre, avec un impact important sur l’indicateur, qu’il convient de prendre en compte. Au cours de la dernière période observée, la majorité de ces composantes enregistre une évolution défavorable à l’économie genevoise. Trois séries dérogent à ce constat: les entrées de demandeurs d’emploi, le taux d’occupation des lits dans l’hôtellerie et l’évolution du bénéfice dans l’industrie (toutes ces séries en données corrigées des variations saisonnières).

Source: LEA-PICTET-OCSTAT

A propos de l’Enquête conjoncturelle genevoise Comme chaque année, l’enquête a été adressée début janvier 2013 à l’ensemble des 2037 membres de la CCIG; elle a été menée en ligne, le questionnaire papier restant une alternative. Le taux de retour à fin février s’élevait à 40% avec quelques disparités en fonction des secteurs. Les services représentent plus de la moitié des réponses reçues (54%) contre 15% pour l’industrie et 16% pour les commerces. A noter également que 45% des réponses proviennent de petites entreprises de moins de 10 employés et 78% de moins de 50 salariés. En ce qui concerne le pourcentage du chiffre d’affaires réalisé en Suisse ou à l’étranger, il est intéressant de constater que les deux catégories les plus importantes sont, d’abord, les entreprises purement locales, ne travaillant pas à l’international (60%), et, ensuite, celles qui, au contraire, réalisent leur chiffre d’affaires presque totalement à l’étranger (13%). D’une manière générale, alors que 2011 se caractérisait par l’absence de tendance définie, 2012 a été jugée plutôt difficile. En effet, pour 37% des sondés, l’année fut difficile à très difficile, 34% l’ont jugée stable et le reste, bonne (24%) à très bonne (5%). En 2012, par rapport à 2011, le volume d’affaires est resté stable ou a augmenté (0 à +10% et plus) pour 59% des entreprises interrogées, mais pour 41% d’entre elles (contre 35% en 2011), il a diminué (0 à –10% et moins). Si l’on ajoute à cela les statistiques concernant la rentabilité en 2012 en comparaison annuelle avec 2011, on constate le même type d’évolution: une rentabilité maintenue en équilibre ou augmentée (0 à +10% et plus) pour 60% des sondés, et une diminution (0 à –10% et moins) pour 40% d’entre eux. Plus de la moitié des entreprises ont stabilisé leurs effectifs en 2012 (62%), voire les ont augmentés (21%). Les prévisions pour 2013, quant à elles, sont bonnes: 75% des entreprises interrogées estiment que leur volume d’affaires sera stable ou en hausse, contre un quart des sondés (25%) qui le voit en diminution. Les prévisions de rentabilité pour 2013 suivent la même tendance: 75% les voient stables ou positives contre 25% négatives. Les effectifs, quant à eux, devraient rester stables pour 70% des sondés et augmenter pour 21% d’entre eux.

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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ASSURANCES prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA stable, tendance identique pour 2013 Rentabilité stable, tendance à la baisse pour 2013 Investissements stables, tendance à la baisse pour 2013 Effectifs inchangés, légèrement en hausse, stabilisation en 2013 2012 a été assez difficile pour le secteur avec un plus grand nombre de catastrophes naturelles que prévu. Le secteur dépend en effet directement des aléas climatologiques. 2013 s’annonce également difficile avec une forte pression sur les coûts dans le domaine du conseil. Le secteur profite du besoin de sécurité suisse supérieur à la moyenne. La branche de l’assurance est constituée de grands établissements pour les affaires d’assurance-vie et de réassurance et de plus petits pour les assureurs non-vie. Le marché est saturé, le potentiel de croissance est ainsi limité. Les consolidations attendues ont été réalisées et le secteur se caractérise par une stabilisation conjoncturelle en 2013.

14%

5%

29%

+10% et plus

25%

37%

+5% à +10%

45%

0% à 5%

5%

20%

+10% et plus

10%

+5% à +10%

50%

60%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

15%

0% à -5%

10%

supérieurs

15%

20%

0% à -5%

0%

5%

5%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs 1

38%

70 %

0%

-10% et moins

inchangés

9%

inchangés

0%

prévisions pour 2013

15%

15%

10%

-5% à -10%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

10%

10%

43 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

44%

56%

oui non

21 réponses dont 1 en Commerce de détail, 18 en Services (conseil, gestion, etc.), 2 en Autres

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Assurances

Comment les assurances ont-elles traversé l’année 2012? En 2012, pour la première fois depuis la crise de 2008, les mauvais rendements des assureurs sur les marchés financiers ont provoqué, dans certaines branches, une augmentation marquée des primes. Attendues par les spécialistes depuis plusieurs exercices, ces augmentations sont la conséquence directe de l’incapacité des compagnies à compenser de mauvais résultats techniques (primes-sinistres) par les rendements de leurs actifs sur les marchés. Une autre tendance forte de l’exercice 2012 dans notre région est la réduction des effectifs et des masses salariales au sein de grands employeurs, notamment dans les domaines financiers ainsi que pour les multinationales. Les compagnies d’assurance ainsi que les prestataires tels qu’Unirisc étant en partie rémunérés sur la base des salaires versés par leurs clients, nous avons vécu un tassement de notre chiffre d’affaires sur les assurances de personnes. Dans ce domaine et pour ces corps de métier, certaines compagnies ont même refusé de déposer des offres, ce qui ne s’était jamais vu par le passé. De plus, une forte tendance à l’augmentation de l’absentéisme maladie a été remarquée. Ce phénomène a également eu pour conséquence un accroissement de prime pour certains employeurs. Quelles sont les conséquences de ces turbulences sur votre métier? Les phénomènes évoqués ci-dessus engendrent une pression accrue sur les prestataires actifs dans le domaine de la gestion des risques et de l’outsourcing RH. Le durcissement des positions des assureurs sur les primes peut entraîner une insatisfaction de certains clients, habitués à voir leurs budgets assurantiels diminuer ces dernières années. La réduction des masses salariales a un impact direct sur notre chiffre d’affaires et la tendance semble se renforcer. Certains sièges de multinationales ont allégé leurs effectifs. L’impact est gigantesque dans une région qui est un terreau de services. Nous sommes dans l’attente inquiète de ce que feront les

Directeur général d’Unirisc Group depuis 2010, Christophe Barman est passé par l’Autriche et le Canada, où il a débuté sa carrière dans le courtage en assurances. De retour à Genève, il a travaillé dans un cabinet de consulting en réorganisation d’entreprises avant d’intégrer Unirisc en 2004. En juin 2012, sous son égide, le groupe Unirisc a acquis un immeuble à Vésenaz. © DR

Les prestations à forte valeur ajoutée et la formation des collaborateurs feront la différence.

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politiciens et sommes heureux que la CCIG se batte pour le maintien de conditions cadre favorables à ces entreprises. Quelles perspectives se dessinent pour l’année en cours? L’année 2013 s’annonce incertaine. Beaucoup de facteurs laissent présager une année difficile. Nos clients traitent avec l’international, lui-même sévèrement touché. Il pourrait y avoir moins d’effectifs à couvrir. A cela s’ajoute l’inconnue de la fiscalité. Les engagements pris par nos gouvernants seront-ils tenus? Il nous est difficile de jauger la capacité de nos entreprises et de nos clients à s’accommoder du franc fort. Le problème, de taille, est de parvenir à développer nos activités malgré les salaires élevés. La solvabilité des pays est également moins certaine aujourd’hui qu’auparavant. La situation dans l’Union européenne est catastrophique; or, les entreprises de la zone euro sont souvent les clients de nos clients. Comment l’arc lémanique se comportera-t-il, au milieu des prévisions moroses pour l’Europe et optimistes pour le reste de la Suisse? Le trading, la banque et la finance posent également des incertitudes, la levée du secret bancaire fiscal, les lois visant à réguler les bonus… Tout cela est source d’instabilité. Quels sont les différents enjeux pour votre secteur? La sensibilité accrue aux coûts pose un nouveau paradigme. Les clients, désormais, privilégient des coûts bas à du conseil de qualité. Nous pouvons présager d’un renforcement de la concurrence et une concentration des professionnels de la branche. Des investissements sont à anticiper et une quête d’excellence à mener. Les prestations à forte valeur ajoutée et la formation des collaborateurs feront la différence. Les clients doivent être rassurés et se focaliser sur leur cœur de métier en externalisant leurs fonctions de support et en réduisant leurs coûts. L’heure est à la prudence en matière de résultats, mais la prudence tue l’économie, c’est pourquoi l’optimisme est de rigueur. Propos recueillis par Ernest Ghislain

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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AUTOMOBILES prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en hausse, mais tendance à la baisse pour 2013 Rentabilité en hausse, mais forte baisse prévue pour 2013 Investissements stables, légèrement en baisse Effectifs stables, inchangés en 2013 Le nombre de nouvelles immatriculations de voitures en Suisse a progressé de 10%.

20%

0%

20%

+10% et plus

20%

60%

+5% à +10%

40%

0% à 5%

0%

20%

0%

0% à -5%

20%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

0%

Toutefois, dans le commerce automobile, les possibilités de croissance sont limitées en raison de la saturation du marché.

La densité des garages reste élevée et ceux-ci sont en moyenne de petites entreprises. Toutefois, la proximité géographique et la connaissance de la clientèle expliquent la bonne résistance de ces petites entreprises.

20%

0%

20%

+10% et plus

0%

60%

+5% à +10%

40%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

inchangés

40%

60 %

0%

0% à -5%

0%

-5% à -10%

0%

20%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

20 %

% 20

Après une année 2012 plutôt bonne, les indicateurs sont au rouge avec des perspectives en baisse pour le chiffre d’affaires, la rentabilité ainsi que les investissements en 2013.

0%

%

20

Pour de nombreux foyers, l’automobile est l’objet de consommation le plus coûteux. Comme son achat peut être repoussé, le secteur dépend de la confiance et de la situation financière des ménages, les cycles sont donc marqués. Les activités de réparation sont en revanche bien moins sensibles à la conjoncture et plutôt tributaires de l’âge et du taux d’utilisation des véhicules.

inchangés

80 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

60%

40%

oui non

5 réponses dont 1 en Commerce de gros, 3 en Commerce de détail, 1 en Services (conseil, gestion, etc.)

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Le départ pour Zurich de certains sièges de marques a des répercussions sur l’emploi mais rien n’a été fait pour nous retenir.

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Automobiles

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Originaire de Vionnaz (VS), François Launaz a effectué toute sa carrière dans le secteur automobile. Directeur des ventes de Honda Automobile Suisse SA pendant dix-neuf ans, il a été promu directeur général en avril 2008, puis vice-président en 2011. Au printemps 2012, la société fusionne avec Honda Suisse SA, dont il devient vice-président. Il cumule alors ces fonctions avec celles de viceprésident d’Auto-Suisse. Il siège également au conseil de fondation du Salon international de l’automobile.

Pour le marché de l’automobile suisse, l’année 2012 a été une année remarquable. Comment cela s’expliquet-il? L’année 2012 a profité d’un formidable effet de levier grâce au taux de change de l’euro, ce qui a permis au secteur de proposer de nombreux rabais et, ainsi, d’être attractif. C’est sans aucun doute l’élément prépondérant. Ensuite, l’excellente forme du secteur s’explique par les importations directes, qui n’ont rien de négligeable. L’an dernier, ce sont près de 10% des voitures vendues qui ont emprunté un circuit parallèle – 30 000 voitures! Enfin, un facteur aussi inattendu que significatif aura été la nouvelle législation pour l’environnement, entrée en vigueur en juillet dernier. Loin de nuire aux ventes, elle a incité les consommateurs à la devancer. Juin a été l’un des mois les plus fastes que l’on ait connus, avec 41% d’immatriculations supplémentaires.

Quelles seront les conséquences en ce qui concerne l’emploi? La baisse de marché ne devrait normalement pas avoir d’influence sur les emplois ni sur le système. Les restructurations ont déjà toutes été effectuées. Toutefois, il n’est pas exclu que le départ pour Zurich de certains sièges de marques ait des répercussions sur l’emploi. Notons que Genève a beaucoup perdu et continuera sans doute à perdre des représentations. Rien n’a été fait pour nous retenir, personne n’est même venu nous demander si nous comptions rester dans le canton… Pour ce qui est des petits garages qui vivent de l’après-vente, ils ne sont pas menacés pour le moment; à long terme, sans doute. Leur résistance est une spécificité suisse. Ces structures, peu coûteuses, entretiennent un parc automobile vieilli, qui demande beaucoup d’entretien.

Comment se profilent les ventes en 2013? L’année 2013 sera forcément plus problématique. Alors que l’exercice 2011-2012 a été exceptionnel, les portefeuilles des importateurs seront moins pourvus. D’une part, les primes de reprise n’ont pas vocation à être indéfiniment reconduites. Le marché marquera le pas si elles sont définitivement arrêtées. Il faut bien comprendre que les gros rabais proposés ont précipité les ventes. D’autre part, avec la taxe CO2, ce sont 65% des voitures qui doivent respecter le quota de 130 g d’émission, puis 100% d’ici 2015. Il y aura donc forcément un changement de structure du marché, avec des véhicules plus petits et moins polluants. Certes, ce type de voiture ne correspond pas à la mentalité suisse mais, sous la pression politique, il faudra s’y plier. Les importateurs indépendants, généralement orientés vers les grosses cylindrées, risquent d’en subir les conséquences. Le secteur s’attend ainsi à une baisse des ventes probable, de l’ordre de 10%. Cette situation est particulière à l’Europe, puisqu’en Chine et aux Etats-Unis, le marché automobile se porte bien.

Quid des avancées technologiques vis-à-vis des impératifs écologiques? Il en était question depuis sept ou huit ans, la taxe CO2 a finalement été instaurée. En dix ans, les avancées technologiques ont été considérables. Nous avons assisté à une révolution automobile sous la pression de l’économie et des lobbies de l’environnement. La technologie alternative est désormais en place, la demande suivra. Certains constructeurs auront sans doute de la peine à s’adapter aux normes, vraisemblablement se regrouperont-ils. L’idée européenne est d’imposer pour 2020 des voitures émettant 95 g de CO2. A l’heure actuelle, le seuil est inaccessible autrement qu’avec des véhicules électriques. Les discussions sont en cours, mais l’Allemagne est naturellement totalement opposée à l’idée. Il restera de toute façon d’autres problèmes à traiter en matière de pollution. Ce seront autant de défis pour les véhicules de demain. Propos recueillis par Benjamin Philippe

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


BANQUES, FINANCE prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

13

CA très diversifié, stabilisation prévue pour 2013 Rentabilité stable, pas de changements prévus en 2013

19%

11%

+10% et plus

17%

19%

17%

+5% à +10%

36%

0% à 5%

17%

26%

13%

0% à -5%

6%

-5% à -10%

2%

-10% et moins

Effectifs stables, légèrement en baisse, stabilisation prévue pour 2013

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

17%

Investissements stables, légèrement à la baisse

Le secteur financier demeure le moteur de l’économie genevoise. Ainsi, confirmant les prévisions conjoncturelles de la BCGE, ce secteur, après avoir représenté 23% du PIB cantonal il y a 6 ans, 18% après la crise financière, représente à nouveau 19% du PIB genevois, ce que confirme la tendance plutôt positive découlant des répondants à notre enquête.

13%

15%

+10% et plus

2%

15%

+5% à +10%

27%

36%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 10%

12%

supérieurs

20%

13%

0% à -5%

7%

-5% à -10%

18%

7%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

18%

%

supérieurs

21

inférieurs

27%

Le secteur s’est vu submergé par une avalanche de nouvelles réglementations, autant suisses qu’étrangères en 2012. A l’image du taux de fonds propres dont l’exigence est monté de 26%! Immédiatement, l’effet sur les marges s’en est fait ressentir. Le secteur ne prévoit pas de bulle immobilière pour 2013 et une sortie plutôt ordonnée de la crise de la zone euro. Ajouté à cela, des perspectives de croissance retrouvée en Chine, malgré la faiblesse de la conjoncture européenne, tous les acteurs du secteur s’accordent à voir le salut de notre économie dans la croissance des pays émergents. A noter que la baisse des salaires et des bonus dans ce secteur a comme conséquence une contraction de la masse salariale versée dans le canton, contraction qui pèse lourd dans les caisses de l’Etat.

inchangés

78 %

inchangés

61 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

86%

14%

oui non

Malgré les pressions régulatrices croissantes, la place financière genevoise conserve une bonne position au niveau international, grâce notamment à sa forte diversification. Ses atouts sont mondialement reconnus: son savoir-faire, son expertise en matière de gestion de patrimoine privé, une activité au bon potentiel de croissance dans les pays émergents, et le secteur du négoce international, où le trade finance joue un rôle unique au niveau mondial. Le secteur se caractérise par des indicateurs conjoncturels placés sous le signe de la stabilité en 2013.

50 réponses dont 1 en Négoce, 48 en Services (conseil, gestion, etc.), 1 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


En matière de conseil et de gestion de patrimoine, la Suisse demeure une référence mondiale.

Des frayeurs et des espoirs, que reste-t-il de l’année 2012? L’année 2012 a vu s’opérer de grandes transformations pour les banques. Elles ont, en effet, été confrontées à un changement de modèle d’affaires, ce qui les a nécessairement contraintes à s’adapter. Le tour de force a été d’obtenir des résultats identiques, en termes de ratio coûts-revenus, dans le cadre bouleversé qu’est ce nouveau monde bancaire. Avant, il n’était pas nécessaire de sélectionner les clients, seul leur nombre importait. Désormais, la question se pose de savoir avec qui on veut travailler. Le beau deuxième semestre 2012, qui devrait se confirmer au premier semestre 2013, a cependant ramené un peu de sérénité. Sur le plan des marchés, les investisseurs se sont rassurés grâce la conjonction de trois facteurs: l’action de Mario Draghi et de la Banque centrale européenne (BCE), la reprise économique de la Chine et le sursis américain, avec l’accord entre démocrates et républicains sur le «mur budgétaire». 2013 marquera-t-elle le renouveau du monde bancaire? On peut déjà noter que les valeurs financières se sont particulièrement bien comportées ces derniers mois. L’environnement économique reste cependant incertain. La visibilité à long terme est relativement faible. La confiance est de mise, il faut juste rester mobilisé. Après ces années de crise, comment le secteur peut-il se réinventer? Les banques doivent, dans un premier temps, redéfinir leur offre pour préserver leur rentabilité et, ensuite, se développer. Quitte à acquérir de nouvelles compétences, elles doivent élargir leur champ d’intervention pour mieux répondre aux besoins d’une clientèle qui ne cesse d’évoluer. D’accord, le secret bancaire fiscal est très affaibli depuis longtemps,

© Agence de presse ARC

Banques, finance

15

Venu à Genève pour faire de l’audit, il y a dix-neuf ans, Olivier Calloud a pris les commandes de la banque Piguet Galland & Cie SA en avril 2012. Avant d’être promu président-directeur général du nouvel établissement bancaire issu de la fusion de Piguet & Cie avec la banque Franck Galland, il a fait ses armes chez Andersen, de 1992 à 2000, puis chez Lombard Odier durant quatre ans. Passé par Sciences Po Paris, Olivier Calloud a été diplômé de l’INSEAD en 2001.

mais les banques suisses ont d’autres arguments majeurs à faire valoir auprès de leurs clients. Leur qualité de service, par exemple, ou encore leur très haut niveau d’expertise dans tous les domaines ayant trait à la gestion de patrimoine. Quelles sont les forces dont dispose le secteur bancaire? En matière de conseil et de gestion de patrimoine, la Suisse demeure une référence mondiale. Les banques locales auront donc encore des opportunités, même dans le climat un peu terne d’une croissance relativement faible. Les succès commerciaux passeront par l’évolution de l’offre et la maîtrise des coûts. La redécouverte de notion de marque est également un enjeu. Les banques doivent développer une stratégie marketing pour mettre davantage en valeur leur identité, leurs spécificités et leurs atouts. Ce travail est d’autant plus important que le secteur risque de se consolider. Les banques dépendent aussi de la perception des clients. Pour l’influencer, une solution consiste à apprécier plus finement leur profil et leurs besoins. Dans la mesure où le secret bancaire fiscal n’est plus au catalogue, les clients seront plus sensibles à l’avenir à des compétences accrues, une formation plus aboutie et un esprit d’entreprise plus prononcé. L’avenir sera radieux pour l’industrie et pour ceux qui entreprendront. On peut être très confiant dans l’avenir de la place financière, justement du fait de cette grande vitalité. Pour accélérer leur redressement, les banques peuvent, par exemple, s’inspirer du tissu entrepreneurial, ingénieux et dynamique, qui rend la Suisse romande si compétitive. L’industrie est plus ouverte qu’il y a dix ans, c’est très enthousiasmant. Propos recueillis par Benjamin Philippe

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


BÂTIMENT, CONSTRUCTION prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

17

CA en légère hausse, confirmée pour 2013 Rentabilité stable, tendance à la hausse pour 2013 Investissements stables 17%

10%

+10% et plus

12%

10%

36%

+5% à +10%

51%

0% à 5%

9%

+10% et plus

8%

8%

50%

+5% à +10%

56%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

10%

17%

6%

0% à -5%

7%

-5% à -10%

supérieurs

21%

19%

5%

-10% et moins

3%

5%

0% à -5%

12%

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

10%

17%

-5% à -10%

6%

5%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

21

18%

1

%

8%

supérieurs

Effectifs en augmentation, confirmée en 2013 La demande de nouvelles constructions affiche un taux de croissance positif, une évolution satisfaisante pour ce domaine d’activité. 2012 peut être qualifiée de bonne année pour ce secteur. Inutile de relever que l’on construit toujours beaucoup trop peu de logements à Genève: 2500 en 2012, au lieu des 3500 prévus, sachant que l’idéal serait de 6000. Les commandes publiques sont en berne, un fort ralentissement est signalé. Mais la bonne nouvelle réside dans la volonté politique de simplifier les procédures et d’appliquer une démarche consensuelle pour débloquer de gros projets. Les infrastructures des organisations internationales arrivent à la croisée des chemins, de lourds travaux d’entretien, estimés à 3 milliards de francs, devraient être entrepris dans les plus brefs délais. Quant aux bureaux d’ingénieurs et d’architectes, même s’ils prévoient une baisse des prix pour 2013, la plupart sont satisfaits d’une demande solide et d’un chiffre d’affaires élevé. Tous les indicateurs de ce secteur sont à la hausse pour 2013!

inchangés

69 %

inchangés

64 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

57%

43%

oui non

134 réponses dont 51 en Production, 5 en Commerce de gros, 8 en Commerce de détail, 2 en Négoce, 41 en Services (conseil, gestion, etc.), 27 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


Bâtiment, construction

Comment s’est porté votre secteur en 2012? Le secteur du bâtiment a connu une année 2012 très active. Pour la première fois depuis plusieurs années, le nombre de logements construits ou en cours de construction est en augmentation notoire. Le niveau moyen des prix de l’immobilier et la marge bénéficiaire y relative sont bons et stables. Quelles sont vos prévisions pour 2013? La conjoncture va-t-elle se maintenir? Dans un environnement international difficile, et malgré des institutions bancaires plus exigeantes dans l’octroi des crédits, 2013 sera une année de continuité. 2012 a vu l’ouverture du chantier de La Chapelle-Les Sciers pour lequel les commandes vont s’accélérer en 2013. Dans le deuxième semestre 2013, les premiers chantiers du quartier des Vergers à Meyrin s’ouvriront. A cela s’ajoutent les avancées du chantier du CEVA avec la construction des gares. Cependant l’état des finances cantonales se détériore, avec pour conséquence un effet négatif sur l’ouverture de nouveaux chantiers publics. Toutefois, ce déficit devrait être comblé par les commandes des investisseurs privés. On peut donc affirmer que, sans être exceptionnelle, la conjoncture 2013 sera bonne. A Genève, il n’est pas aisé d’opérer dans le secteur du bâtiment… La solution serait-elle de trouver des mandats hors des frontières cantonales? La conjoncture est difficile au-delà de la frontière, mais la demande de logements reste forte dans le Grand Genève. Après des années d’attente, et après la forte croissance du secteur du génie civil découlant de la construction du réseau de tramways et de l’ouverture du chantier du CEVA notamment, la construction de logements va réellement décoller à Genève. Début 2013, nous pouvons objectivement penser que les premiers chantiers du quartier Praille-

Né en 1953 à Sion, Hervé Dessimoz obtient sa maturité fédérale dix-huit ans plus tard. En 1977, il décroche son diplôme d’architecte à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et s’établit à son compte la même année. Depuis 1990, il est PDG du Groupe H Suisse et, depuis 1992, de la société d’architecture Groupe H à Paris. En 2012, il se voit décerner le Prix de l’économie genevoise. © DR

Pour la première fois depuis plusieurs années, le nombre de logements construits ou en cours de construction est en augmentation notoire.

19

Acacias pourraient voir le jour courant 2014. Dès lors, nous pouvons espérer une croissance interne suffisamment forte pour ne pas être contraints de rechercher des mandats hors des frontières cantonales. Je ne peux m’empêcher, cependant, d’observer qu’il est des cantons dans lesquels les bureaux d’études, voire les entreprises genevoises, ont peu de succès, alors qu’à Genève, à l’inverse, d’importants mandats publics sont attribués à des architectes originaires de ces cantons, voire de l’étranger. Quels défis les bureaux d’architectes auront-ils à relever dans les années à venir? Dans le domaine conceptuel, les bureaux d’architectes devront produire des bâtiments durables. Ces derniers demandent une grande maîtrise des installations techniques liées notamment aux concepts énergétiques. Le savoir des ingénieurs prendra de plus en plus d’importance. L’architecte d’aujourd’hui et de demain doit savoir intégrer un nombre sans cesse croissant de composants techniques. En complément de son rôle de concepteur, il devra aussi assumer celui de pilote de groupes pluridisciplinaires, rôle d’autant plus important qu’il s’agira de réaliser des bâtiments très complexes sur le plan technique, sans pour autant perdre la maîtrise des coûts ou encore celle des délais. Enfin, les bureaux d’architectes devront dégager des marges bénéficiaires significatives pour être en mesure d’adapter leur parc informatique aux nouvelles exigences de collaboration avec les ingénieurs et se doter de programmes de dessin, notamment en 3D car les clients sont de plus en plus demandeurs d’images de synthèse. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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CHIMIE, PHARMACIE prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA stable, légère hausse prévue pour 2013 Rentabilité stable, inchangée en 2013 Investissements stables Effectifs stables, légère diminution prévue en 2013 Outre l’horlogerie, le pilier des exportations genevoises reste la pharmacie et la chimie.

10%

0%

+10% et plus

27%

27%

36%

+5% à +10%

64%

0% à 5%

27%

9%

0% à -5%

0%

0%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

0%

-5% à -10%

En Suisse, la branche bénéficie d’une position de premier plan au niveau international dans les domaines de la recherche et de l’innovation, et parvient à s’imposer face à la concurrence mondiale.

Le secteur prévoit une hausse du chiffre d’affaires en 2013, mais un fléchissement de l’emploi. Il est le plus innovant de tous les secteurs interrogés et le restera certainement en 2013.

0%

+10% et plus

0%

0%

+5% à +10%

50%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

inchangés

60%

0% à 5%

20%

40%

0% à -5%

10%

0%

-5% à -10%

10%

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

36%

70 %

0%

-10% et moins

% 28

Au vu des coûts salariaux et de production élevés en Suisse et à Genève en particulier, l’innovation, la liberté de recherche et les brevets sont extrêmement importants. La recherche et les coûts de développement coûtant cher, le secteur est très concentré, 50% étant constitués de grosses entreprises, les autres 50% étant représentés, à l’opposé, par des microentreprises occupant des marchés de niche ou en start-up.

10%

30%

Le secteur est largement axé sur l’exportation, avec plus de 90% de son CA réalisé à l’étranger. La branche pharmaceutique profite du vieillissement démographique et de la place croissante de la santé dans le budget des ménages. Dans la chimie, la concurrence internationale pèse sur les marges.

inchangés

36 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

11% 89%

oui non

11 réponses dont 3 en Production, 5 en Commerce de gros, 1 en Commerce de détail, 1 en Négoce, 1 en Services (conseil, gestion, etc.)

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


L’horlogerie et la construction demandent le développement de solutions chimiques toujours plus fiables, disponibles rapidement dans de grandes proportions.

Le secteur est-il satisfait des résultats 2012? Pour la détergence, l’année 2012 a été une année record. Plus précisément, la forte demande en produits nettoyants en tout genre a amplifié la production, d’où des résultats exceptionnels. Si les activités d’entretien se sont réduites, d’autres comme la rénovation ont compensé cette baisse. Une étroite collaboration avec l’horlogerie et la joaillerie a également permis de renforcer la distribution de produits dans ces domaines. De ce point de vue, c’est une chance d’être à Genève. Quels sont les enjeux de 2013? Le succès passera indubitablement par le service qui, ultrarapide et précis, sera gage de réussite et de progression. En Suisse – romande, qui plus est –, il convient d’être hyperréactif à la demande. Cette efficacité est indispensable pour décrocher des contrats conséquents, garantie de pérennité pour les entreprises. Les investissements dans les machinesoutils et l’automatisation se feront sans doute au détriment de l’embauche. Il en va de la compétitivité des entreprises. C’est un équilibre subtil et vital. Le succès passera également par leur capacité à adapter les produits à l’environnement et à la santé. Cette attention, cette ambition, ne datent pas d’hier mais restent un défi au quotidien. Les industriels ont réduit tout ou partie des composants polluants, toxiques, inflammables, irritants ou parfois allergènes; ils ont rapidement compris qu’il était dans leur intérêt de proposer à leurs clients des alternatives avantageuses aux produits inadaptés et pourtant encore utilisés à ce jour. Le secteur doit faire évoluer les mentalités et encourager l’utilisation de produits à faible impact sur notre environnement en développant des gammes écolabélisées vendues à prix compétitifs.

© DR

Chimie, pharmacie

21

Marc Berthier reprend les rênes d’Ideal Chimic SA en 2010. L’entreprise familiale, fondée en 1973 par son père Pierre Berthier, était à l’origine spécialisée dans la revente de produits de nettoyage. Sous son impulsion, la société devient le plus gros fabricant romand de détergents. Ses premières expériences professionnelles en Allemagne et en Angleterre lui donnent le goût de l’apprentissage, ses stages chez des fournisseurs, sa connaissance du métier.

et de la construction. Ces domaines en pleine croissance demandent le développement de solutions chimiques toujours plus fiables, disponibles rapidement dans de grandes proportions. Les grands projets entrepris dans ces secteurs par Genève et sa région sont vus d’un très bon œil. Comment poursuivre le développement de l’activité? Les clients réclament des produits industriels à faible impact écologique. Les produits écolabélisés séduisent car ils font appel à cette conscience collective. La recherche de la satisfaction de cette demande a porté ses fruits et a beaucoup contribué au succès passé. Il s’agit de toujours s’adapter, voire de devancer les normes. Quand l’écolabel européen est a minima, pour ne pas dire laxiste, le label CIEM (Suisse) de la Communauté d’Intérêt Ecologie et Marché pousse le secteur à se dépasser. Ainsi, les critères suisses pour des produits de nettoyage sont plus élevés que ceux de l’écolabel européen: une biodégradabilité de 97% en 28 jours, contre seulement 70%. En ce sens, le label CIEM est contraignant, mais en même temps justifié car les industriels disposent aujourd’hui des ressources nécessaires pour se conformer à des critères plus drastiques. Chimie et écologie font donc ici bon ménage! La meilleure formule est clairement de réformer et de performer chaque année pour atteindre les niveaux d’exigence fixés par nos clients. Propos recueillis par Ernest Ghislain

En quoi le marché local est-il stratégique? La Suisse romande est un marché essentiel pour une raison évidente: les perspectives favorables de l’horlogerie

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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COMMERCES prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA stable, tout comme les prévisions 2013 Rentabilité en légère hausse, stabilisation prévue pour 2013 Investissements en légère hausse Effectifs en légère baisse, stabilisation prévue pour 2013 Les achats frontaliers ont pesé dans la balance, à cause de la faiblesse de l’euro. De même, le développement des ventes par Internet ne facilite pas la marche des affaires des petits commerces traditionnels. Cela fait ainsi 2 ans que le consommateur est sur la retenue et manque de confiance pour assurer un climat de consommation serein. En effet, le point le plus marquant à relever dans ce secteur est le manque de visibilité à long terme, voire même à moyen terme. S’ajoute à cela un dialogue social plus tendu à Genève que dans le reste de la Suisse, ce qui n’encourage pas aux investissements dans notre canton. Le panier du ménage a tendance à baisser. L’avenir semble se définir par un complément arcades et Internet. Le commerce de détail souffre toujours de la baisse des prix, d’une perte de chiffre d’affaires et du recul des marges.

15%

8%

15%

+10% et plus

8%

28%

+5% à +10%

57%

0% à 5%

6%

8%

+10% et plus

8%

+5% à +10%

36%

56%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

17%

8%

8%

6%

supérieurs

19%

inchangés

75 %

13%

-5% à -10%

24%

15%

0% à -5%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

6%

10%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs 25 %

8%

1

Seul indicateur positif pour 2013: les investissements, prévus à la hausse.

21%

0% à -5%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

12%

21%

inchangés

57 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

62%

38%

oui non

66 réponses dont 3 en Production, 14 en Commerce de gros, 35 en Commerce de détail, 5 en Négoce, 6 en Services (conseil, gestion, etc.), 3 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Commerces

© DR

Le secteur du luxe est en forte hausse.

Comment se sont portés les commerces spécialisés en 2012? L’année n’a globalement pas été excellente pour le commerce dans le canton de Genève. On constate cependant de fortes inégalités selon les secteurs. Par exemple, celui du luxe fonctionne parfaitement et les ventes sont en hausse. Alors que d’autres sont à la baisse, comme celui des fournitures de bureau ou des agendas papier. Ces derniers sont victimes de la concurrence d’Internet et, surtout, du développement du numérique. Les gens écrivent moins qu’avant, principalement les jeunes, mais dessinent davantage. On constate donc un glissement de la demande. Comment expliquer cette montée du luxe? Les gens achètent moins mais mieux. C’est la première raison. Ensuite, il faut aussi compter avec la clientèle étrangère, notamment russe, ou locale qui a les moyens de s’offrir des pièces d’exception. Et elle ne s’en prive pas. La nouvelle année s’annonce-t-elle périlleuse? L’année 2013 ne sera pas meilleure que 2012, mais les fondamentaux seront les mêmes. Une accalmie va se produire et les années suivantes vont être meilleures pour le secteur du commerce. Ce dernier doit laisser passer la tempête et surtout résister afin de se présenter sous ses meilleurs auspices dans le futur. Ces temps plus difficiles doivent nous amener à une réflexion afin de se réinventer. L’enjeu pour notre secteur est primordial, il en va de l’économie genevoise et, par conséquent, de milliers d’emplois.

23

Jean-Marc Brachard, directeur des boutiques Brachard, dont la création remonte à 1839, est surnommé «le Monsieur Papier de Genève» par certains. Né à Genève en 1949, il y effectue ses études, avant d’entamer une formation commerciale à Paris, complétée à Genève. En 1976, il succède à son père à la tête de l’entreprise genevoise en mains familiales depuis cinq générations.

se développe en centre-ville. Mais pour y parvenir, les pouvoirs publics doivent comprendre qu’il ne faut pas s’acharner sur la mobilité privée, soit l’automobile. Au contraire, il faut imaginer des parkings ainsi qu’un réseau de transports publics efficace. C’est essentiel pour notre avenir et celui de Genève. Quels sont les défis de votre secteur pour ces prochaines années? Si, un jour, le papier venait à disparaître ou que la communication écrite soit remplacée par l’électronique, le secteur s’adaptera et les commerces spécialisés trouveront de nouvelles idées. Il n’est pas dans ma nature de paniquer, même lors des prévisions les plus pessimistes. Cela ne signifie pas pour autant que je n’éprouve jamais d’inquiétudes; c’est légitime pour tout chef d’entreprise. La concurrence d’Internet ne vous effraye-t-elle pas? Parfois, j’entends que tout se vend sur Internet. C’est valable pour certains produits, mais pas pour tout. Acheter une plume ou un cartable en ligne n’est pas une bonne idée. En toute franchise, la toile ne me fait pas peur. A mon sens, certains projets ou certaines décisions politiques, comme de réserver le centre-ville aux piétons uniquement, risquent de s’avérer plus nuisibles aux commerces spécialisés qu’Internet. Là réside ma réelle préoccupation. Propos recueillis par Anthony Kaeser

Les centres commerciaux se multiplient en Suisse romande. Comment jugez-vous cette tendance? La plupart des grandes surfaces sont peu attrayantes et monotones. On y retrouve toujours les mêmes marques. Du coup, cela devient lassant. Elles sont aussi tristes et mal éclairées. Et il y en a trop. Je souhaite que le commerce

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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CONSEILS prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA très diversifié, tendance à la hausse pour 2013 Rentabilité en légère hausse, stabilisation prévue pour 2013 Investissements en légère hausse Effectifs stables en 2012, tendance à la hausse pour 2013 Secteur très diversifié mais mature. La marche des affaires reste, en moyenne, stable, plutôt bonne.

20%

16%

12%

+10% et plus

20%

29%

+5% à +10%

36%

0% à 5%

14%

20%

5%

0% à -5%

4%

4%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

20%

-5% à -10%

La demande s’améliore et les entreprises interrogées jugent la situation bonne. Ces signes positifs expliquent la tendance à la hausse des effectifs pour 2013.

Les clients du secteur sont de plus en plus attentifs aux coûts, ce qui ravive la concurrence. Une consolidation des acteurs de la branche n’est pas impossible dans le moyen terme. A noter que les indicateurs conjoncturels du secteur sont principalement à la hausse pour 2013, notamment le chiffre d’affaires, les investissements et l’emploi.

13%

14%

11%

+10% et plus

17%

+5% à +10%

40%

41%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

24%

2%

7%

0% à -5%

13%

-5% à -10%

2%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

25%

7%

inchangés

16%

20%

9%

supérieurs

1

Les domaines de la fiscalité et de l’audit ne cessent de se complexifier, offrant des mandats au secteur. La globalisation et l’interconnexion des différents domaines avantagent les grandes fiduciaires, même si la branche est essentiellement composée de petits établissements.

68 %

inchangés

61 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

77%

23%

oui non

103 réponses dont 102 en Services (conseil, gestion, etc.), 1 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


La philanthropie reflète une valeur inhérente du libéralisme: la responsabilité assumée.

Quel regard portez-vous sur l’état de votre secteur, en 2012? Le domaine de la philanthropie est un domaine vaste, qui concerne aussi bien les fondations, les banques, les associations, les donateurs… Pour ce qui est des consultants, 2012 a été une année faste, avec une vraie reconnaissance de ce nouveau métier. Pour notre part, recevoir le Prix de l’innovation signifie une réelle reconnaissance de la qualité de nos conseils. Il conforte également nos partenaires dans la confiance qu’ils nous accordent. De plus, le recours croissant à notre activité est la preuve intangible et précieuse du sérieux de notre démarche, comme de notre rôle essentiel dans le tissu local et international. La tendance devrait-elle se maintenir en 2013? La tendance de 2012 devrait se poursuivre, même si notre secteur dépend de deux facteurs sur lesquels nous n’avons pas d’emprise directe: d’un côté, les particuliers et les entreprises, qui font appel à du conseil de manière irrégulière; de l’autre, les fondations d’utilité publique, qui dépendent des marchés financiers. L’excellence des projets et la qualité de l’accompagnement peuvent faire la différence. A un niveau supérieur, la gageure pour la Suisse, et avant tout pour Genève, s’inscrit dans la continuité de son histoire: il faut cultiver à nouveau le prestige passé pour le faire fructifier et le transformer en une promesse pour l’avenir. A notre échelle, nous avons su convaincre l’European Venture Philanthropy Association de tenir sa réunion annuelle à Genève, en novembre. L’opportunité se présente ainsi à la «Ville de la paix» de tirer parti de sa légitimité historique pour devenir un acteur du futur. A quoi est dû le succès de votre métier? Les enjeux autour de la philanthropie se sont complexifiés et les attentes des donateurs sont en constante augmentation. Conseillés hier surtout par leur gérant de fortune ou leur avocat, les donateurs souhaitent aujourd’hui plus d’impact pour leur engagement ou des mécanismes de gouvernance plus efficaces. Le conseil est une réponse au manque d’accompagne-

© Ziyoda Kurbanova

Conseils

25

Etienne Eichenberger débute sa carrière à la Direction du développement et de la coopération à Berne. En quinze ans d’expérience dans le conseil en philanthropie, il collabore notamment à la Fondation Avina pour l’entrepreneuriat social et œuvre pour Nestlé sur le terrain, en Inde. De retour en Suisse, il travaille durant cinq ans pour le Forum économique mondial de Davos. En 2004, avec son associé Maurice Machenbaum, il crée WISE, qui reçoit le Prix 2012 de l’innovation. Il est également membre du conseil de la Swiss Philanthropy Foundation.

ment lié à ces nouvelles demandes. Pour illustration, la formation en gestion des fondations donatrices que nous avons mise sur pied conjointement avec le Centre for Philanthropy Studies de l’Université de Bâle, et avec le soutien de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, marque bien cet intérêt. L’appétence pour ce programme fait écho au désir d’être efficient, de faire davantage et mieux, à tous les niveaux. On dénombre de plus en plus de fondations. Les comportements changent-ils? L’envie de rendre à l’autre a toujours existé, la manière de le faire a évolué. Ainsi, le «pourquoi je donne» prime sur le «comment je donne». L’argent et les réseaux se doivent d’être respectivement canalisés et utilisés à meilleur escient. Cet engouement s’explique aussi par une convergence de causalités: le capital permet dorénavant de s’enrichir de façon substantielle dans des périodes courtes et l’espérance de vie est plus longue. Les gens ressentent l’envie de voir de leur vivant la concrétisation d’un engagement. Dans quelle tradition votre secteur d’activité s’inscrit-il? La philanthropie s’exprime dans un contexte culturel donné. Si la volonté de rendre en retour, et de le faire de manière ouverte, est viscéralement ancrée chez les Anglo-Saxons, les Suisses ont la philanthropie discrète. De notre expérience en Europe, nous avons pu constater que les donateurs éprouvent de nos jours plus souvent le besoin de se rencontrer et d’échanger sur leurs démarches et leur cheminement personnel. Il y a donc, d’une part, le vœu de moins d’anonymat vis-à-vis de leurs pairs et, d’autre part, de plus de confidentialité. Pour certains, cette démarche est directement liée à la valeur inhérente du libéralisme, celle d’une responsabilité assumée. Les entrepreneurs, les employeurs ont un vrai rôle social à jouer. Propos recueillis par Benjamin Philippe

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


ÉNERGIE, ENVIRONNEMENT prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

27

CA stable, mais hausse prévue pour 2013 Rentabilité en légère hausse, fortement confirmée pour 2013 Investissements en hausse 0%

7%

14%

+10% et plus

20%

72%

+5% à +10%

40%

0% à 5%

14%

33%

0%

0% à -5%

0%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

0%

Effectifs à la hausse, confirmée pour 2013 La production industrielle et la météo sont les principaux facteurs influençant la consommation d’énergie. La concurrence est vive dans ce secteur, entraînant une réduction des marges. Entre les activités de recyclage, les nouvelles technologies et les sociétés actives dans le pétrole, les disparités ne permettent pas de tirer un bilan conjoncturel clair du secteur, dont la seule donnée commune semble être des investissements à la hausse.

7%

7%

0%

+10% et plus

20%

86%

+5% à +10%

53%

0% à 5%

13%

0%

0% à -5%

0%

0%

-5% à -10%

7%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

7%

supérieurs

inférieurs

13%

supérieurs

A noter que ce secteur se situe en 2e position dans le classement des meilleures perspectives conjoncturelles 2013: hausse prévue pour le chiffre d’affaires, les investissements et l’emploi. Les données concernant la rentabilité sont même parmi les meilleures tous secteurs confondus. Mieux, il se situe en tête de tous les secteurs en termes d’embauche!

31 %

6%

% 31

inchangés

56 %

inchangés

63 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

79%

21%

oui non

16 réponses dont 1 en Production, 3 en Commerce de gros, 2 en Négoce, 8 en Services (conseil, gestion, etc.), 2 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


Energie, environnement

29

Après une formation d’ingénieur HES en mécanique à Genève, Olivier Andres obtient un Master en systèmes d’énergie à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Il travaille vingt ans durant dans les techniques du bâtiment puis, souhaitant changer d’activité et ouvrir sa vision énergétique à de nouveaux horizons, il fonde, en juin 2011, la société Energy 8 à Genève. © DR

Les énergies renouvelables ont un avenir à long terme.

Comment jugez-vous la conjoncture 2012 pour le secteur de l’énergie à Genève? L’année 2012 s’est avérée un très bon cru. Beaucoup de projets ont vu le jour dans le canton. Certes, les médias ont évoqué la crise du photovoltaïque partout en Europe, où, subventionnées à outrance, les sociétés actives dans ce créneau se sont retrouvées en mauvaise posture lorsque le soutien étatique a pris fin. Ce n’est pas le cas en Suisse, ni pour ce secteur ni pour les énergies renouvelables en général, loin de là! En 2013, le secteur des énergies va-t-il encore prendre de l’importance dans le canton? Oui, le marché va poursuivre sur cette lancée positive. Il y a une volonté affichée à Genève de se diriger vers les énergies renouvelables. La prise de conscience collective ne suffit pas, il faut des lois. Elles sont de plus en plus contraignantes et obligent les métiers de la construction à agir en faveur du développement durable. Ce facteur législatif est pour beaucoup dans le succès des énergies vertes. Genève a pris le parti depuis plusieurs années de développer un plan directeur à long terme dans le domaine de l’énergie et ses effets commencent à se faire sentir. Des projets de production/distribution à grande échelle voient le jour, tous basés sur des énergies renouvelables (excepté pour les pointes de puissance). Ce phénomène s’amplifie depuis quelques mois et dynamisera le secteur pour les années à venir. Quels sont les principaux enjeux en matière de politique énergétique? La nouvelle politique doit intégrer la notion de décentralisation de la production. En effet, 25% à 50% de l’énergie primaire est perdue et dissipée dans l’atmosphère (tours de refroidissement, refroidissement sur un cours d’eau, etc.). La décentralisation permettra de valoriser la quasi-totalité de l’énergie primaire avec des installations de cogénération comme il en existe déjà depuis plusieurs années. En parallèle, les Smart grids (réseaux électriques «intelligents») devront être développés pour réduire

les besoins en énergie. Ces solutions sont très faciles à mettre en œuvre sur les nouvelles zones de développements qui verront le jour à Genève, telles que les Cherpines ou le PAV. Comment jugez-vous la Suisse par rapport à ses pays voisins? La Suisse est dans le peloton de tête en matière d’énergies renouvelables, devancée, toutefois, par l’Allemagne et les pays scandinaves. La décision du Conseil fédéral de sortir du nucléaire dans les prochaines décennies peut nous permettre de rattraper notre retard dans ce domaine. Comment jugez-vous la volonté politique dans le domaine des nouvelles constructions? Doit-on aller plus loin? Je pense que l’équilibre actuel est idéal. Par exemple, tous les nouveaux bâtiments de l’Etat et des communes genevoises doivent être conformes aux normes Minergie. Le secteur privé n’a pas encore adopté ces impératifs, mais devra très certainement s’y soumettre dans les prochaines années. Il faut laisser le temps au marché de s’habituer à des coûts de construction un peu plus élevés. Preuve que la démarche est bonne, les bâtiments d’aujourd’hui consomment trois à quatre fois moins d’énergie que ceux des années 80. Le pas qui a été franchi est gigantesque et on ne peut que s’en féliciter. Quels sont les risques pour votre secteur dans les années à venir? Financièrement, le marché est sain car les entreprises actives dans le développement durable ne sont pas tributaires du soutien de l’Etat. Le seul facteur dont le secteur pourrait avoir à se méfier serait une trop grande rigidité de la législation. Dans le cas de la biomasse, par exemple, les lois manquent de flexibilité et, conséquence directe, empêchent sa croissance dans l’envie de diversification des énergies primaires. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


30

ENSEIGNEMENT, FORMATION prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en hausse, confirmée pour 2013 Rentabilité en baisse notable, mais forte hausse prévue pour 2013 Investissements en légère hausse Effectifs stables, confirmés en 2013

14%

14%

10%

+10% et plus

14%

47%

+5% à +10%

57%

0% à 5%

10%

10%

0%

0% à -5%

0%

5%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

19%

-5% à -10%

Suite à de bonnes années, le secteur a vécu une année 2012 plus difficile, principalement due aux effets induits de la faiblesse de l’euro. Malgré cela, cette branche, de par son caractère anticyclique, est, avec la santé, celle qui a le mieux traversé la crise. Elle englobe principalement des écoles privées, un secteur qui enregistre une hausse structurelle depuis plusieurs années. Les écoles privées sont victimes de leur succès auprès de la communauté internationale de Genève pour laquelle il manque à nouveau de la capacité dans les écoles privées, principalement anglophones, du canton. C’est le secteur le plus satisfait du niveau de formation du personnel sur le marché local.

0%

20%

5%

+10% et plus

5%

+5% à +10%

40%

65%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

14%

5%

supérieurs

10%

0% à -5%

0%

0%

20%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs % 10

29

%

Le secteur fait partie de ceux qui ont beaucoup embauché en 2012. C’est au tour des autres indicateurs de s’afficher avec une note positive en 2013: hausse du chiffre d’affaires, de la rentabilité et des investissements au programme!

35%

inchangés

81 %

inchangés

61 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

6% 94%

oui non

22 réponses dont 18 en Services (conseil, gestion, etc.), 4 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Les liens avec le tissu économique du canton se consolident, des start-up issues de l’école émergent.

Quel bilan pouvez-vous tirer de l’année 2012 pour votre secteur? Le nombre d’étudiants est en augmentation, le volume de recherches également, de l’ordre de 10%. 2012 a donc été une année satisfaisante. Les HES sont jeunes, l’hepia l’est encore plus, l’institution n’ayant que trois ans. La réunion entre l’Ecole d’ingénieurs de Genève et celle de Lullier est maintenant achevée et les acteurs de cette réalisation d’envergure en sont globalement satisfaits, même si certains chantiers n’ont pas pu se réaliser. Le bilan 2012 est tout à fait positif avec le lancement d’une nouvelle filière en Technique des bâtiments et de nombreux projets en collaboration avec l’Université de Genève. Parmi les autres motifs de satisfaction, il y a aussi la consolidation des liens avec le tissu économique du canton, par le biais de partenariats et de conventions, et avec les nombreuses structures de soutien à l’économie. Et puis, pour la première fois, émergent des start-up issues de l’école. Quels obstacles se dressent sur la route de votre activité, en 2013? Il s’agit de maîtriser la croissance. En effet, nos locaux ne suffisent plus et les budgets ne sont pas extensibles. A l’inverse, Genève a dû faire face à l’attractivité de certaines formations auprès des étrangers, Français en tête. Nous avons ainsi limité les entrées d’étudiants étrangers dans une filière et renforcé les exigences d’admission pour d’autres. En revanche, à l’image du génie civil, certains métiers souffrent de leur manque d’attractivité vis-à-vis des jeunes, alors que le marché de l’emploi est tout à fait ouvert. Dans cette branche, il n’est pas rare que des chasseurs de tête viennent recruter nos étudiants. Outre ce problème, le trop faible pourcentage d’éléments féminins dans les domaines techniques est à déplorer. Notre société doit compter des expertes dans ces professions. Leur approche est différente, leur créativité aussi. Ce renouvellement d’idées serait un atout.

© DR

Enseignement, formation

31

Yves Leuzinger est, depuis janvier 2009, directeur de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia). Licencié en biologie, ingénieur en environnement, il a dirigé pendant vingt-cinq ans le Bureau Natura. Ses différents rôles politiques lui ont toujours permis de jeter un pont entre développement durable et société civile. Député au Grand Conseil du canton de Berne de 2005 à sa prise de fonction à Genève, il a été, pendant huit ans, président de l’Association suisse des professionnels de l’environnement.

Dans un contexte fortement concurrentiel, comment se positionne une haute école spécialisée? Les instituts de recherche dépendent en grande partie de fonds externes. Vis-à-vis des entreprises, il s’agit donc tout d’abord de se faire connaître, d’être connu et reconnu. Il est essentiel de mettre en valeur les compétences de nos chercheurs, sans concurrencer le secteur privé, à son profit et à celui de la grande région genevoise; il est dans l’intérêt des entreprises d’aller à la rencontre des grandes écoles. Nos mandats pour divers services de l’Etat en sont un exemple; nous mettons à disposition nos savoir-faire, nos infrastructures et nos laboratoires pour répondre à des questions de société. Un retour sur investissement de notre financeur en quelque sorte. Bien sûr, nous souhaiterions voir nos projets aboutir plus rapidement et disposer de plus de souplesse administrative. Pourtant l’administration cantonale ne fait qu’appliquer ce qu’on lui a imposé politiquement. Contrairement aux idées reçues, dans une structure publique comme la nôtre, en tenant compte des contraintes qui sont les siennes, l’implication des collaborateurs est comparable à celle que l’on trouve dans les entreprises privées. Les professeurs ont une vraie liberté académique qu’ils utilisent à bon escient. La dynamique est bonne. Le rôle du management est donc d’alléger les procédures et de tendre vers la réactivité la plus large possible dans le cadre institutionnel. Les forces vives sont présentes en interne, nous devons les soutenir. Propos recueillis par Ernest Ghislain

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


32

HORLOGERIE, BIJOUTERIE prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en très forte hausse, confirmée pour 2013 Rentabilité en hausse, fortement confirmée en 2013 Investissements en légère hausse Effectifs en hausse, confirmée en 2013 Une quantité en baisse mais une valeur par produit en hausse: une tendance qui n’empêche pas de signer une année record en 2012. Pour agrémenter encore ces chiffres, s’il y avait lieu, le secteur s’attend à une nouvelle année de croissance en 2013, donc à un nouveau record après avoir bondi de presque 20% en 2011.

36%

9%

+10% et plus

19%

37%

11%

+5% à +10%

45%

0% à 5%

17%

3%

6%

0% à -5%

0%

6%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

11%

-5% à -10%

A noter que les exportations horlogères ont augmenté d’un tiers depuis 5 ans!

9%

3%

+10% et plus

9%

33%

40%

+5% à +10%

55%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 supérieurs

3%

3%

6%

0% à -5%

18%

-5% à -10%

3%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs 29

8%

%

% 32

Grâce à sa tradition ancestrale, son savoir-faire unique et son prestige mondial, l’industrie horlogère genevoise a l’un des potentiels de croissance les plus élevés.

18%

1

Les montres sont des biens durables dont 95% partent à l’exportation. Les horlogers dépendent donc de la conjoncture mondiale. L’industrie horlogère genevoise se concentre sur le haut de gamme où elle est leader sur le marché mondial. La population à fort pouvoir d’achat augmente sensiblement dans les pays émergents et permet à la branche de présager d’un fort potentiel de croissance.

Seule inquiétude au tableau: l’horlogerie est le secteur qui a le plus délocalisé à l’étranger (en Asie) en 2012, principalement des activités de production pour des raisons de coûts. C’est le seul secteur, parmi les 20 étudiés, dont tous les indicateurs sont au vert: forte hausse prévue en 2013 pour le chiffre d’affaires, la rentabilité, les investissements et l’emploi!

inchangés

68 %

inchangés

53 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

85%

15%

oui non

38 réponses dont 13 en Production, 10 en Commerce de gros, 10 en Commerce de détail, 3 en Négoce, 2 en Services (conseil, gestion, etc.)

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Ce qui compte pour l’avenir de notre secteur, ce sont les accords de libre-échange prévus avec le Brésil et les pays du Golfe.

L’année qui vient de s’écouler a-t-elle été bonne pour le secteur de la joaillerie et de l’horlogerie? Même si nous sommes loin des meilleures ventes survenues en 2008, l’année 2012 a été globalement satisfaisante. L’horlogerie de luxe s’est largement développée en Asie, et plus spécifiquement en Chine. Les marques actives dans ce segment de marché appartiennent principalement à de grands groupes qui disposent des ressources nécessaires au déploiement de stratégies marketing et de communication élaborées, deux outils essentiels au développement mondialisé de leur marque. Pour les marques indépendantes ou naissantes, l’expansion est moins aisée et ainsi plus lente. Votre analyse laisse-t-elle entendre qu’en 2013, la conjoncture sera bonne? Oui, certainement meilleure qu’en 2012. Les signes émanant des quatre coins du globe sont très positifs. Il faut cependant rester vigilant car la conjoncture peut se retourner très rapidement. Ce qui permet de déterminer la marche de nos affaires, c’est l’évolution du PIB suisse. Il correspond souvent à l’évolution de notre chiffre d’affaires. La santé de l’économie helvétique, principalement par le biais de ses exportations, est souvent un bon baromètre pour l’économie mondiale.

© DR

Horlogerie, bijouterie

33

Allen Adler est né à Istanbul en 1966. Il fait partie de la quatrième génération de la famille de joailliers Adler. Il suit des études universitaires aux Etats-Unis où il obtient une licence et une maîtrise en sciences politiques, ainsi qu’un MBA en finance. Il débute son parcours professionnel en tant qu’analyste financier, puis poursuit comme gestionnaire de portefeuille et de projets. Il rejoint l’entreprise familiale en 2005 en tant que responsable de la stratégie et du développement.

vus avec le Brésil et les pays du Golfe. Tout accord permettant de fluidifier les échanges commerciaux est une bonne chose. Les obstacles à la croissance sont, par exemple, les droits de douane et la TVA. Notre secteur, pour contrer ces obstacles et donc parfois des hausses de prix, essaie d’améliorer la productivité et de développer une politique marketing davantage axée sur la qualité. Il faut que nous apprenions à mieux rendre compte de la rareté de nos produits. Quels sont les défis des années à venir? La matière première se fait rare et donc deviendra de plus en plus onéreuse. Les réserves de pierres précieuses et d’or ne sont pas intarissables. Un autre point essentiel concerne la provenance et l’extraction. Si actuellement le consommateur ne demande pas un système humainement et écologiquement responsable et que l’essentiel demeure la création de produits esthétiquement plaisants, un début de prise de conscience s’opère néanmoins. Le modèle d’affaires va ainsi être amené à changer pour répondre aux nouvelles exigences qui ne manqueront pas de naître. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Le centre de gravité de l’horlogerie et de la joaillerie se déplace de plus en plus vers l’Asie… Quelle est votre analyse? Malgré le léger ralentissement constaté en Chine, ce pays devrait rester l’un des moteurs de la croissance mondiale, notamment dans le domaine du luxe. Selon une enquête classant les pays les plus demandeurs dans le domaine des produits haut de gamme, la première région est le MoyenOrient, la deuxième l’Asie, la troisième les Etats-Unis, et ensuite l’Europe et l’Amérique latine. Cela prouve bien que les cartes ont été redistribuées. Ce qui compte pour l’avenir de notre secteur, ce sont les accords de libre-échange pré-

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


34

IMMOBILIER prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en hausse, confirmée pour 2013 Rentabilité en hausse, confirmée en 2013 Investissements stables Effectifs en augmentation, confirmée en 2013 L’immobilier affiche une évolution satisfaisante. Le taux de vacance des logements reste toujours infime (0,33%). La progression des prix ralentit. Le secteur dénote toutefois un refroidissement, notamment dans les surfaces commerciales disponibles: fin 2012, c’étaient 160 000 m2 qui restaient vacants, alors que plus de 400 000 m2 vont arriver sur le marché d’ici 2017. La tendance est également au déplacement des bureaux du centre-ville à la périphérie. Les grandes sociétés tendent en effet à déménager dans le périurbain. Dans le résidentiel, les locations haut de gamme ont vécu des baisses de loyer de 20%. Il s’ensuit que les 5/6 pièces deviennent accessibles aux Genevois. Mais le développement du résidentiel doit toujours faire face à des procédures de 12 ans. Ce secteur est très diversifié. A Genève, du fait du faible taux de vacance, la hausse des loyers a un effet positif sur les marges du secteur. Le secteur comporte quelques grandes sociétés et de nombreuses petites entreprises.

7%

14%

22%

+10% et plus

23%

42%

+5% à +10%

61%

0% à 5%

9%

7%

+10% et plus

16%

+5% à +10%

51%

68%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

24%

4%

2%

5%

0% à -5%

0%

-5% à -10%

supérieurs

16%

7%

13%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

11%

11%

4%

0% à -5%

0%

-5% à -10%

11%

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

19%

% 14

supérieurs

Les principaux indicateurs conjoncturels du secteur sont au vert: hausse prévue du chiffre d’affaires, de la rentabilité et de l’emploi en 2013.

inchangés

72 %

inchangés

67 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

76%

24%

oui non

47 réponses dont 2 en Commerce de détail, 42 en Services (conseil, gestion, etc.), 3 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Immobilier

© DR

Les prix devraient se réajuster en 2013.

Comment s’est porté l’immobilier à Genève en 2012? L’immobilier, comme d’autres secteurs de l’économie, subit la tendance du marché. Le secteur éprouve donc une crainte évidente, liée aux problèmes fiscaux et bancaires. La Loi Weber a vraisemblablement également provoqué un certain ralentissement et contribué à un climat de méfiance dans le milieu immobilier. Il est intéressant de noter qu’en l’espace de quelques mois, tout s’est figé. Dans le même temps, il y a trois fois plus d’objets immobiliers privés qu’avant et le milieu de la propriété privée genevoise reste toujours très demandeur. En 2012, les prix étaient cependant surévalués. Les prix vont-ils baisser en 2013? Oui, 2013 va être l’année du réajustement et d’une forme de prise de conscience des prix surfaits et des projets irraisonnés qui ont sévi dernièrement. Quel que soit le parti politique, la préoccupation principale demeure la qualité de vie à Genève. Depuis cinq ans, les politiques, les professionnels de l’immobilier et les citoyens se posent une question fondamentale: celle du type d’urbanisation. La densité n’est pas incompatible avec qualité des espaces publics et variété des programmes bâtis. La question subsiste: sommes-nous en mesure de réaliser, dans des délais réduits, des logements afin d’augmenter l’offre, diminuer la demande et, de facto, provoquer une baisse des prix? Quels sont les obstacles qui empêchent l’accès à la propriété? Ils sont multiples. La limitation de l’utilisation des fonds propres, la Loi Weber ou la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation (LDTR) en sont les principaux. Ils contribuent à compliquer cet accès tant souhaité à la propriété. Il est, en effet, de plus en plus ardu pour un locataire d’acheter un appartement qu’il loue depuis plusieurs années, voire décennies. Les outils juridiques sont sans cesse contestés et les autorisations de vendre des

35

Après des études d’architecte à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia), Xavier Jeanneret obtient un Master en unité d’image de synthèse numérique à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL). Il crée ensuite son bureau d’architecture et signera de nombreuses réalisations à Genève ainsi qu’à l’étranger. Il décide, en 2010, de s’orienter sur de grands projets urbains en tant que directeur général de la société Privera Construction Management SA.

appartements à des locataires continuellement bloquées. Les outils actuellement en place pour la promotion de projets de construction sont en voie de transformation et d’amélioration. Cependant, la dynamique est encore trop lente pour que des programmes et des quartiers de qualité puissent émerger rapidement. Quels sont les défis de ces prochaines années? Le principal challenge consiste à trouver un bon équilibre dans la mixité des quartiers: emplois et logements ou locatifs et la PPE. Il est également important de penser quotidiennement aux questions énergétiques. Actuellement, il y a trop de labels. Il faut sensibiliser la population à ces questions fondamentales et proposer des infrastructures appropriées. Le défi de ces prochaines années sera, premièrement, d’anticiper les besoins de demain et de tout mettre en œuvre pour y répondre. Il s’agira ensuite d’améliorer la qualité urbaine et architecturale de la ville. En effet, comparée à des villes du Nord de l’Europe, Genève est pauvre en belles et nouvelles architectures contemporaines. Il est crucial pour la ville de conserver son attrait international ainsi que sa qualité de vie. Construire du logement rapidement, de qualité, dans des quartiers avec de la mixité, des infrastructures publiques adéquates et une mobilité adaptée sont les enjeux auxquels des acteurs tels que l’Etat, les communes ou des privés s’attellent quotidiennement. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


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INDUSTRIE prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en forte hausse, prévisions positives pour 2013 Rentabilité stable, légère hausse prévue pour 2013 Investissements en légère baisse Effectifs stables, légère augmentation prévue pour 2013 Début 2012, la situation dans l’industrie s’améliorait. Mais, depuis juillet, la marche des affaires s’est dégradée. Jusque-là, les commandes étrangères rentraient à nouveau, le chiffre d’affaire était en forte hausse et les capacités de production s’en trouvaient ainsi mieux mises à contribution. La rentabilité s’est stabilisée, grâce à une hausse des prix. La branche est axée sur l’exportation. La hausse des prix des matières premières et de l’énergie est un véritable problème pour le secteur. Ainsi, l’industrie des machines absorbe près de 3% de la consommation totale d’électricité en Suisse. Les perspectives du secteur restent contrastées pour 2013, avec, outre une visibilité faible à moyen/long terme, un chiffre d’affaires et une rentabilité en hausse, alors que les investissements et l’emploi ont plutôt une tendance à la baisse.

23%

13%

+10% et plus

12%

22%

20%

+5% à +10%

39%

0% à 5%

5%

+10% et plus

8%

16%

33%

+5% à +10%

43%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

10%

15%

0% à -5%

13%

supérieurs

34%

16%

10%

-5% à -10%

3%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

15%

20%

0%

0% à -5%

15%

10%

-5% à -10%

5%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

12%

supérieurs 10%

% 26

% 32

inchangés

56 %

inchangés

64 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

69%

31%

oui non

42 réponses dont 24 en Production, 5 en Commerce de gros, 2 en Commerce de détail, 2 en Négoce, 7 en Services (conseil, gestion, etc.), 2 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Industrie

37

André Boeuf est directeur général de la société Hydro-Léman SA à Vernier. Après avoir suivi une formation d’ingénieur en mécanique à Genève, il s’occupe du repositionnement de l’entreprise familiale en 1996. Avec son père, il la scinde en deux et crée Hydro-Léman SA, spécialisée dans la fourniture d’équipements hydrauliques. © DR

Notre secteur prévoit une croissance de 25% en 2013.

L’année 2012 a-t-elle été bonne d’un point de vue conjoncturel? Oui, notre secteur peut se vanter d’avoir un ciel dégagé sur un horizon de dix ans, ce qui est extrêmement réjouissant. Le domaine des barrages est très porteur, surtout depuis la catastrophe de Fukushima, qui a largement sensibilisé l’opinion publique aux énergies renouvelables. Cet événement a accéléré la rénovation des barrages en Suisse et, plus largement, en Europe. L’hydraulique est une alternative au nucléaire. La décision du Conseil fédéral de sortir du nucléaire a également donné un nouvel essor à notre secteur. Les chiffres sont conséquents: pour exemple, la France vient de débloquer 15 milliards de francs suisses et notre pays dispose d’environ 5 milliards pour procéder aux rénovations des barrages et ainsi bénéficier de davantage de puissance hydraulique. A n’en pas douter, les choses devraient se poursuivre sur la même lignée dans les cinq ans à venir, d’autant plus que nous ne sommes qu’au début de cette campagne européenne. Peut-on imaginer, dès lors, que l’année 2013 sera des plus positives? Totalement. D’après certaines prévisions, la croissance devrait se situer aux alentours de 25% pour la seule année à venir. Les sociétés actives sur ce segment de marché s’apprêtent à recruter massivement afin de disposer des effectifs nécessaires pour pouvoir répondre aux nouvelles demandes de ces prochains mois, c’est une nécessité absolue.

une évidence, il faudra davantage se battre pour obtenir de nouveaux contrats. De plus, après le boom des cinq premières années, donc aux alentours de 2018, un léger tassement du marché se dessinera. Craignez-vous la concurrence des entreprises étrangères qui viseraient le marché suisse? Non. Actuellement, les sociétés du secteur entretiennent des rapports cordiaux et ne se livrent pas une concurrence acharnée, qui tirerait les prix vers le bas. Cependant, il est évident que, d’ici quelques mois, d’autres entreprises voudront obtenir une part du marché. Elles ne pourront se départager et s’imposer que par leurs compétences. Si toutes sont en mesure de gérer un barrage, rares sont celles capables de s’occuper du chantier dans son intégralité, de connaître le produit parfaitement et d’avoir une approche globale. Il en existe trois en Suisse et le même nombre en France. A moyen ou long terme, le risque de voir certaines entreprises abandonner de petites affaires au profit de mandats importants existe. La situation serait alors délicate: des sociétés de moindres compétences pourraient reprendre à leur compte ces mandats délaissés, ce qui pourrait nuire au marché dans sa globalité. Il est indéniable que le secteur connaîtra de profonds changements dans les années à venir, obligeant les dirigeants d’entreprises à mener une réelle réflexion quant à son avenir. Propos recueillis par Anthony Kaeser

Avec une telle croissance et des commandes en nombre, le risque n’est-il pas de voir les prix chuter? Non, pas dans un premier temps, bien au contraire. Les prix augmenteront d’abord, avant d’entamer une phase de baisse. Par contre, la concurrence se fera plus féroce; c’est

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


38

MÉDIAS, ARTS GRAPHIQUES prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en forte baisse, léger mieux en 2013 Rentabilité stable, légère reprise pour 2013 Investissements stables Effectifs en baisse, stabilisation prévue pour 2013 Ce domaine est principalement influencé par les budgets publicitaires des entreprises. Les imprimés publicitaires représentant un quart de leur chiffre d’affaires. Pour ce qui est des médias imprimés, plus de la moitié des recettes proviennent de la publicité. La branche réagit donc fortement aux fluctuations de la conjoncture et à la concurrence des médias électroniques. Les nouvelles offres numériques influencent les habitudes de consommation de médias. La publicité se déplace de l’imprimé à l’électronique. Mais toutes les études montrent, paradoxalement, que l’augmentation de la lecture des journaux sur Internet accroît la lecture papier. La branche est presque exclusivement axée sur le marché intérieur.

9%

+10% et plus

3%

9%

34%

+5% à +10%

46%

0% à 5%

6%

+10% et plus

0%

9%

+5% à +10%

47%

50%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

17%

12%

24%

0% à -5%

12%

-5% à -10%

supérieurs

26%

9%

12%

0% à -5%

77 %

12%

-10% et moins

20%

-5% à -10%

12%

6%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

6%

supérieurs %

inchangés

27%

inchangés

15%

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

3%

21%

35

Le secteur prévoit une hausse de son chiffre d’affaires et de la rentabilité en 2013.

3%

38 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

76%

24%

oui non

33 réponses dont 13 en Production, 1 en Commerce de détail, 14 en Services (conseil, gestion, etc.), 5 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Médias, arts graphiques

© DR

Les titres de presse deviennent des marques.

Comment le secteur des médias s’est-il porté en 2012? Les titres de presse qui n’ont pas pris le virage des réseaux sociaux et qui tardent à reformuler leur offre pour s’adapter au modèle numérique sont en grande difficulté, en Suisse romande comme ailleurs. Il est intéressant de noter qu’en France, le groupe Le Monde, qui a restructuré toute son offre avec des produits d’appel comme une application mobile et un bouquet numérique global, rencontre un grand succès. Dans le secteur «magazines», l’augmentation de la demande numérique a permis la création de toute une kyrielle de nouvelles start-up extrêmement dynamiques, dédiées à l’édition numérique et ce, à tous les maillons de la chaîne, que ce soit dans la conception ou la diffusion, voire le lancement de nouveaux titres s’orientant vers un type de narration novateur, entre la presse traditionnelle et le web-doc. Richard Branson, pour qui «l’avenir est dans les App et non sur les étagères», a lancé, en 2010, Project, un magazine 100% numérique disponible sur iPad. Il y a quelques mois, la direction de Newsweek a décidé d’arrêter purement et simplement sa diffusion papier. Quelles sont vos prévisions pour 2013? La conjoncture va-t-elle s’améliorer? Si l’on fait abstraction de la distribution et des supports, la presse dépend en grande partie de la publicité. La conjoncture du secteur suivra les tendances des économies nationales. La presse ne va pas mourir, elle doit simplement se réinventer. Nous devons nous réjouir qu’en inventant l’iPad – au même titre que l’iPod et le logiciel iTunes dans les années 2000 –, Steve Jobs ait conçu en même temps un modèle économique viable avec l’App Store et Newsstand. Cela n’a pas été le cas pour le web et il a fallu plusieurs dizaines d’années avant de voir émerger des standards, qui ne sont d’ailleurs toujours pas viables, si l’on en croit la bataille que se livrent Google, les fournisseurs d’accès et les titres de presse sur la rémunération des liens.

39

Maxime Guer, diplômé en communication visuelle et art graphique, a fondé l’agence de communication Galet Blanc, à Paris, en 2001. Il rencontre Emilie Salvaridis Thion en 2008 à l’Université de Genève, pendant leurs études de DAS en Création de luxe et métiers de l’art. Il cofonde avec elle My Big Collection & Co en 2012 (www.mybiggeneva.com), maison d’édition numérique indépendante, spécialisée dans la conception et la publication multimédia sur smartphones et tablettes.

Comment faire face à la montée du numérique pour les médias traditionnels? Le numérique va-t-il tuer le papier? Face à une révolution technologique, deux attitudes s’offrent à nous: soit minimiser, voire dénigrer, ce changement, soit l’accepter et évoluer. Il ne s’agit pas de sous-estimer une certaine nostalgie du papier; cependant, il faut se réjouir que les tablettes permettent de nouveaux modes de diffusion, plus économes, plus souples et plus écologiques. A moyen terme, la disparition du papier pour la presse quotidienne et magazine semble inévitable. Le livre, quant à lui, est un objet à forte valeur affective qui a pour vocation d’être gardé et transmis. L’avenir n’appartient-il pas finalement aux services ultrapersonnalisés? Pour la presse et l’édition, le modèle de prescripteur domine. Pendant des années, nous avons été de fidèles auditeurs des radios, puis les podcasts sont arrivés. Il était alors possible de choisir notre propre programmation, mais se limiter à ses propres choix revient à vivre dans un bocal. Ecouter la radio, tourner les pages d’un magazine, c’est se donner la possibilité d’apprendre des choses nouvelles, prescrites par des titres qui ont notre confiance. En cela, les titres de presse sont peut-être en train de devenir des marques comme les autres. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


NÉGOCE INTERNATIONAL prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

41

CA en légère hausse, idem pour 2013 Rentabilité en forte baisse, reprise prévue pour 2013 Investissements stables 12%

12%

18%

+10% et plus

9%

22%

+5% à +10%

45%

0% à 5%

6%

9%

+10% et plus

21%

+5% à +10%

42%

43%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

15%

6%

inchangés

79 %

12%

0% à -5%

12%

7%

supérieurs

18%

12%

0% à -5%

18%

-5% à -10%

15%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

6%

18%

4%

9%

21%

-5% à -10%

9%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

inchangés

15%

supérieurs

9%

Effectifs stables, tout comme pour 2013 Les sociétés de négoce de matières premières jouent un rôle déterminant dans l’économie genevoise depuis 50 ans. Un tiers des volumes mondiaux de pétrole y sont traités. Genève est devenue le principal centre mondial d’échanges de céréales et le numéro 1 européen dans le commerce du coton et du sucre. Un cinquième des affrètements mondiaux se prépare à Genève. Le secteur contribue pour un dixième du PIB cantonal et emploie près de 10 000 collaborateurs. Sa présence à Genève dépend du maintien d’une fiscalité attractive et de réglementations allégées. Son développement à Genève ne se joue cependant pas seulement sur des avantages fiscaux. Des liens de confiance avec nos banques et un savoir-faire spécifique ont aussi favorisé le développement du trade finance, destiné au financement des opérations de négoce. Le secteur prévoit une hausse de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité en 2013.

76 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

7% 93%

oui non

32 réponses dont 7 en Commerce de gros, 21 en Négoce, 4 en Services (conseil, gestion, etc.)

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


Le trading est une chance pour Genève, mais c’est surtout Genève qui est une chance pour le trading.

Pour le secteur, quelle a été la situation en 2012? Là où une année de transition était à craindre, on constate un regain d’opérations de rééquilibrage sur tous les types de produits. Au final, l’année 2012 peut donc être considérée comme un bon millésime. Sous pression conjoncturelle, les flux ont malgré tout augmenté en valeur absolue, les grands équilibres du passé se dispersent et se transforment. Il y a davantage de sollicitations pour déplacer les marchandises différemment et dans d’autres zones. Le secteur digère les changements aussi vite que possible et il a même déjà beaucoup évolué structurellement. Quel rôle incombe-t-il au négociant moderne? Le trader contribue à la dynamique du circuit économique. Il a pour objectif de faciliter les échanges entre consommateurs et producteurs en faisant intervenir des acteurs travaillant dans des registres aussi différents que la finance, la logistique, le transport ou le contrôle de qualité. En tant que facilitateurs d’échanges, les traders sont des marchands, des merchants, qui ont une place fondamentale dans leur système. Il existe une notion réelle de communauté qui met en relief l’aspect humain des échanges. Pour bien négocier et organiser physiquement les échanges des matières premières, il faut s’entendre et se voir. Il est plus simple de communiquer quand le fuseau horaire est partagé. Il est plus fructueux encore de se rencontrer. D’où une relation privilégiée entre Genève et le négoce? L’apport du trading à la ville se confirme et s’accroît. Les quelque 3% de postes de travail à Genève dans le négoce représentent 10 à 15% du produit cantonal brut et environ 3% du PNB. D’un point de vue pratique, le centre nerveux se trouve ici; tous les intervenants sont établis au même endroit, puisque le travail est par essence collaboratif. De nouvelles compétences se développent en fonction des pays d’exporta-

© DR

Négoce international

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Blaise Godet, né en 1947 à Neuchâtel, est nommé directeur de la Direction du droit international public à Berne en 1989. Ambassadeur de Suisse dans divers pays dès 1993, il rejoint Pékin en 2008. Nommé chef de la mission permanente de la Suisse auprès de l’Office des Nations unies à Genève en 2004, il devient, en 2006, vice-président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il est, depuis fin 2012, conseiller spécial auprès du comité de direction de Mercuria Energy Trading SA.

tion et des produits à déplacer. Le trading est une chance pour Genève, mais c’est surtout Genève qui est une chance pour ce dernier. La stabilité politique et la flexibilité de l’emploi font du canton une destination au climat de travail excellent et réputé. Si les grandes lignes de 2013 pouvaient être esquissées… La tendance de fond qui tend à déplacer le centre de gravité économique vers l’est se confirme. Par contre, il faut garder à l’esprit que pour satisfaire des clients en Asie, il faut avoir une présence globale, établir des bureaux proches de ses clients et savoir gérer un nombre important de parties prenantes. Le métier est préservé car il est résistant aux cycles économiques; il est simplement soumis à de nouvelles problématiques. Un rééquilibrage des flux de marchandises vers des produits plus tournés vers le confort des classes moyennes au détriment des marchandises liées à l’infrastructure commence à se profiler. Ces flux, liés au transport, à l’habitat mais aussi au régime alimentaire, voient leur taux de croissance largement progresser. La variété des produits prend le relais sur le volume. La tendance observée en 2012 se poursuivra sans aucun doute. Quels sont les espoirs du secteur? Sans hésiter, un changement de l’opinion publique sur le trading. Le métier souffre d’être mal compris et mal perçu. Des efforts sont entrepris pour le rendre plus visible et mieux connu. La transparence des processus est importante, mais elle est forcément limitée à la confidentialité des pratiques propres à toute entreprise concurrentielle. Qu’on se le dise, c’est un métier à ciel ouvert. Quant à Genève, il est précieux de disposer d’une telle chaîne de compétences à proximité, il serait dommage que ce tissu se distende. La Suisse et le canton doivent consolider la chaîne de compétences en renforçant et en valorisant ce savoir-faire. Propos recueillis par Benjamin Philippe

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


44

RESSOURCES HUMAINES prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en chute libre, mais bonne reprise prévue pour 2013 Idem pour la rentabilité Investissements stables Effectifs en baisse, stables en 2013

11%

21%

+10% et plus

Dans une période à la conjoncture imprévisible, la tendance est à l’engagement d’intérimaires. 2012 est à diviser en 2: jusqu’en août, les affaires étaient correctes, puis, calme plat. La situation perdure en 2013 avec des affaires traitées au jour le jour, l’accent étant mis sur des engagements temporaires.

11%

26%

5%

+5% à +10%

26%

0% à 5%

21%

17%

0% à -5%

31%

5%

5%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

21%

-5% à -10%

Le secteur vit donc toujours dans une grande incertitude. Toujours en décalage avec la conjoncture, le travail temporaire est le premier à souffrir d’une crise mais également le premier à bénéficier d’une reprise. Malgré ce décalage, le secteur est un bon baromètre conjoncturel. Si le secteur prévoit une reprise de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité pour 2013, les investissements et l’emploi, quant à eux, devraient rester stables. Mais c’est le secteur qui a le plus baissé ses effectifs en 2012.

11%

22%

+10% et plus

5%

17%

+5% à +10%

16%

38%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

5% 5%

supérieurs

36%

17%

0% à -5%

0%

0%

32%

-5% à -10%

6%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

22%

%

39

inchangés

90 %

inchangés

39 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

76%

24%

oui non

20 réponses dont 19 en Services (conseil, gestion, etc.), 1 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Les crises étant plus rapprochées, les entreprises adaptent leurs effectifs plus rapidement.

Comment jugez-vous l’année 2012 pour les ressources humaines? L’année 2012 aura été une année de transition. Les grands volumes à exécuter avec du personnel peu qualifié se sont amoindris. Par contre, les entreprises ont toujours été à la recherche de personnel qualifié. En résumé, l’industrie, notamment la machine-outil, s’est retrouvée avec des commandes en baisse alors que la construction est restée sur de hauts niveaux. Les services sont restés stables, mais l’augmentation de la demande dans le domaine médical a largement compensé cette stabilité. On remarque que pour répondre efficacement aux attentes de leurs clients, les agences de placement doivent être de plus en plus professionnalisées par catégorie et offrir les services de conseillers en personnel de plus en plus pointus. L’année 2013 s’annonce-t-elle bonne? Du point de vue conjoncturel, l’année 2013 sera de la même veine que 2012. Il n’y aura pas de grande reprise, mais la recherche de candidats qualifiés sera toujours aussi vive. Un espoir réside dans l’appréciation de l’euro par rapport au franc suisse qui va donner un sérieux coup de pouce à nos sociétés exportatrices. Dans un contexte économique comme celui-ci, les agences de placement doivent développer de nouveaux services comme l’out-placement afin d’être proches de leurs clients dans les bons comme dans les mauvais moments. En Suisse, l’emploi temporaire semble gagner en importance… Effectivement, c’est le cas depuis quelques années, mais nous sommes encore loin de pays comme la France. Plusieurs facteurs amènent le temporaire à se populariser. Premièrement, les employés, principalement les jeunes qui se lancent sur le marché du travail, apprécient la possibilité d’expérimenter divers postes. Il est donc fréquent qu’ils enchaînent deux ou trois missions temporaires avant de se stabiliser dans une des entreprises où ils ont effectué une mission. La mode des

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Ressources humaines

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Stéphanie Lafréchoux est directrice de l’agence genevoise de OK JOB SA. Après avoir suivi une formation universitaire et acquis quinze années d’expérience dans le placement de personnel temporaire et fixe (assistante d’agence, conseillère en personnel, responsable d’agence et directrice de région), elle devient responsable régionale pour OK JOB SA. Elle est spécialisée dans la gestion de grands comptes et le recrutement de cadres dans le secteur tertiaire.

voyages favorise également le travail temporaire qui devient alors un travail alimentaire. Troisièmement, les entreprises traversent des crises de plus en plus répétées. Auparavant, il se passait dix à quinze ans entre deux crises; aujourd’hui, ce sont au maximum cinq ans et les entreprises doivent adapter, rapidement, leurs effectifs à cette situation. Aussi la plupart d’entre elles gardent-elles en emploi fixe le personnel indispensable qui représente le «cœur de l’entreprise», le savoir-faire, et utilisent des forces d’appoint pour absorber tous les pics de production. Cette situation a contribué à améliorer l’image des temporaires, maintenant reconnus comme des employés qualifiés, compétents et surtout flexibles. La menace d’une crise est-elle un risque pour votre secteur? Oui, toute crise potentielle représente un réel risque pour notre secteur car nous sommes «précurseurs». En effet, notre activité diminue en général largement dans les six mois qui précèdent une crise, mais elle redémarre tout aussi rapidement, bien avant que la reprise ne soit réellement confirmée. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation «plate» plutôt qu’en crise. Quels sont les défis pour les années à venir? Dans les prochaines années, les ressources humaines rencontreront de gros défis. Tout d’abord, les entreprises prennent de plus en plus conscience que leur capital est avant tout humain, avant d’être financier. Il faudra donc gérer ce capital humain, se préoccuper de la motivation des collaborateurs, de leurs envies. Il s’agira de mettre en place des conditions de travail qui les fidélisent; en effet, l’employé conscient de ses atouts aura certaines exigences et n’hésitera pas à changer d’employeur ou d’orientation si elles ne sont pas remplies. Cette mutation du secteur de l’emploi verra l’émergence de nouveaux métiers: des conseillers, voire des coaches, en carrière pour employés à fort potentiel. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


SANTÉ prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

47

CA en hausse, confirmée pour 2013 Rentabilité stable, fortes augmentations prévues pour 2013 Investissements stables 8%

8%

+10% et plus

15%

8%

53%

+5% à +10%

54%

0% à 5%

0%

+10% et plus

0%

25%

41%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

25%

17%

0% à -5%

-5% à -10%

8%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

17%

17%

-5% à -10%

8%

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

15%

8%

31

23 %

15%

supérieurs

46 %

inchangés

Effectifs à la hausse, stabilisation prévue pour 2013 Le vieillissement démographique ainsi que l’augmentation des besoins dans le secteur de la santé lui assurent de pouvoir compter sur une demande solide. Il y a en effet toujours des personnes qui ont besoin de soins, quelle que soit la conjoncture. Le secteur est composé d’acteurs très différenciés. Les grands hôpitaux et centres de soins sont complétés par une multitude de cabinets et de petites structures. Mais tous ont connu la croissance durant ces 10 dernières années. On assiste à une concentration et une spécialisation, processus qui devraient se poursuivre en raison de la forte pression sur les coûts. Grâce à la dynamique de la demande, les membres du secteur prévoient une croissance supérieure à la moyenne. La qualité des soins reste excellente à Genève, comme en attestent les nombreux patients qui viennent des 4 coins du monde se faire soigner chez nous. C’est également le secteur qui prévoit la plus forte hausse de sa rentabilité en 2013, et dont le chiffre d’affaires devrait également augmenter, dans une moindre proportion.

%

inchangés

8%

2012 versus 2011

42%

+5% à +10%

15%

0% à -5%

Evolution de la rentabilité

8%

8%

77 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

73%

27%

oui non

13 réponses dont 1 en Commerce de gros, 4 en Commerce de détail, 3 en Services (conseil, gestion, etc.), 5 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


Santé

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L’étatisation de la médecine est un risque.

Comment jugez-vous l’année qui vient de s’écouler d’un point de vue conjoncturel? C’était une année de transition. Nous avons vécu beaucoup de changements structurels depuis le 1er janvier 2012 avec l’introduction de la planification hospitalière et les DRG (Diagnosis Related Groups). Les conditions cadre ont été ainsi considérablement modifiées. Conséquence de ces changements, l’année n’a été que stable. D’un point de vue strictement conjoncturel, la cherté du franc suisse et la concurrence internationale ont contribué à rendre l’offre genevoise moins attractive. La concurrence étrangère est-elle forte pour les cliniques privées? Oui, car elle est double. Il y a d’abord des établissements helvétiques, même publics, qui cherchent de plus en plus à attirer une clientèle étrangère. Il faut dire que cette politique permet aux cliniques de diversifier les risques; en outre, les patients étrangers sortent justement des conditions cadre suisses, leurs cas n’étant pas régis par les principes de la LAMal. Ensuite, à l’étranger, l’offre s’améliore considérablement avec des cliniques de très bonne facture à Moscou, Dubai, Singapour ou même Bangkok. Même si le personnel infirmier est parfois moins bien formé, les clients chinois, par exemple, peuvent être séduits par une proximité culturelle et géographique. Le monde de la santé est assez particulier. Il y a une part d’irrationnel et de traditionnel. Il est essentiel que les établissements suisses se rendent compte qu’ils doivent encore innover et évoluer pour conserver leur haut niveau. Si une vraie prise de conscience s’effectue, alors nous pourrons continuer à être à la pointe au niveau mondial. Il en va de notre économie.

49

Né en 1955, Philippe Cassegrain obtient, à Genève, une licence ès sciences commerciales et industrielles, option gestion d’entreprise, en 1982. Son parcours professionnel est jalonné de plusieurs postes à responsabilités. Il est engagé en novembre 1993 en qualité de directeur de la Clinique Générale-Beaulieu. Il a été président de Genève-Cliniques pendant huit ans. Il est également vice-président de l’association The Swiss Leading Hospitals et membre du Conseil de direction de la FER.

mêmes et elles ne vont pas forcément dans le sens espéré, car elles poussent à une dangereuse étatisation de la médecine. La conjoncture restera donc toujours très difficile. Il faudra se battre et chercher de nouveaux débouchés économiques afin de garder le cap que l’on s’est fixé. Quels sont les défis qui attendent le secteur de la santé dans les années à venir? Les défis restent inchangés depuis quelques années. Il y a évidemment celui de la maîtrise des coûts de la santé. En effet, empêcher leur augmentation est impossible car la population vieillit, certaines maladies chroniques progressent et les nouvelles technologies médicales sont onéreuses. Il faut donc tenter de minimiser ces coûts en recherchant, par exemple, une meilleure productivité et une excellente adéquation des effectifs. Le dossier patient informatisé permet aussi d’automatiser des tâches. La médecine à deux vitesses représente-t-elle une menace? La médecine à deux vitesses existe déjà, même si elle doit être relativisée. En effet, si un patient peut se permettre des assurances complémentaires et être soigné en privé, alors que ce choix est impossible pour des raisons financières pour d’autres, cela signifie qu’il y a déjà deux vitesses. Cependant, il convient de relativiser car l’assurance de base en Suisse est d’excellente qualité et couvre déjà de nombreux besoins. Propos recueillis par Fabio Bonavita

Comment voyez-vous l’année 2013? Cette année sera probablement équivalente à 2012. Je ne vois pas de fortes progressions; les conditions cadre seront les

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


50

TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en hausse, fortement confirmée pour 2013 Idem pour la rentabilité Investissements en légère hausse Effectifs en hausse en 2012 et en 2013 également Le secteur connaît une croissance à deux chiffres, malgré un léger ralentissement depuis 5 ans, dû principalement à la baisse des coûts. L’informatique reste un domaine porteur et les entreprises doivent faire face à de nouvelles législations à mettre en place. Le principal défi que doit relever le secteur: le manque d’informaticiens. Mais les perspectives restent optimistes grâce aux nouveautés technologiques, telles les applications. Le progrès technologique est le principal moteur de la croissance de ce secteur qui se distingue par un taux d’innovation élevé et des produits aux cycles de vie courts.

L’augmentation continue des possibilités d’utilisation des TIC et du potentiel de la fibre optique entraîne la branche dans des perspectives de croissance élevées. A noter que ce secteur est le plus volatil des secteurs interrogés: il figure en 2e place dans ceux qui délocalisent à l’étranger (coût), mais en 1re de ceux qui relocalisent en Suisse (productivité)! Alors que les prévisions de délocalisations semblent se tasser en 2013, la tendance à la relocalisation se confirme, pour des raisons de productivité et de proximité des marchés. Ce secteur se situe au 3 rang des meilleures perspectives pour 2013: hausse de tous les indicateurs, chiffre d’affaires, rentabilité, investissements et emplois! e

16%

16%

+10% et plus

27%

38%

+5% à +10%

43%

0% à 5%

18%

14%

+10% et plus

27%

49%

+5% à +10%

41%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

14%

9%

inchangés

10%

9%

0% à -5%

5%

14%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

10%

5%

5%

-5% à -10%

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs % 11

2

61 %

7%

0% à -5%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

12%

11%

5%

Dans un marché saturé, le progrès technologique reste le moteur de croissance. La baisse des prix permet à un nombre croissant de consommateurs d’exploiter au mieux les services de télécommunication. La libéralisation du marché de ces derniers est à l’origine de la baisse de 25% des prix durant ces 10 dernières années. En comparaison internationale, ces prix restent toutefois élevés. Si la téléphonie mobile n’est pas aussi répandue que dans d’autres marchés européens, le domaine du haut débit, en revanche, bénéficie d’une excellente infrastructure.

14%

inchangés

25 %

64 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

60%

40%

oui non

43 réponses dont 1 en Commerce de détail, 36 en Services (conseil, gestion, etc.), 6 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Une part non négligeable des investissements effectués dans les back offices et la production se reportera sur les services à la clientèle.

Le marché informatique a-t-il été à la hauteur des espérances en 2012? Les projets de transformation de structure sont plus conséquents que par le passé; malgré la crise économique, le marché se porte bien grâce à des projets d’externalisation des services informatiques. La révolution numérique a un impact du même ordre que celui de la révolution industrielle. L’ère des mobiles a commencé. Chacun peut en faire l’expérience tous les jours, cela transforme nos vies. D’ailleurs, les transactions marchandes via mobile ont d’ores et déjà dépassé celles menées par ordinateur. Quelles sont les tendances qui se dessinent? Les sociétés ont besoin de se transformer pour suivre cette évolution et devenir plus flexibles. Le cloud computing – un concept qui consiste à déporter sur des serveurs distants des stockages et des traitements informatiques traditionnellement localisés sur des serveurs locaux – va gagner encore en importance et le matériel informatique se résumera à une pure commodité. Nombreuses seront les entreprises qui ne feront plus l’acquisition d’ordinateurs. La juxtaposition du cloud computing et de l’Internet mobile explique les bouleversements du marché. Les fournisseurs habituels d’IT devront se réinventer pour survivre. Le marché des postes de travail ne sera plus monolithique; les tablettes s’imposeront et les entreprises devront faire face à une diversité croissante, les utilisateurs seront contraints de gérer leur temps entre les activités professionnelles et privées.

© DR

Technologies de l’information et de la communication

51

Entré chez IBM en 1997 comme chargé de clientèle bancaire, Pascal Allot accède, en 2005, au poste de directeur territorial. Fin 2011, il est nommé directeur Suisse romande. Anciennement chez Digital Equipment et Logical Access, il a suivi une formation à l’INSEAD en 2003 pour compléter son Master en économie obtenu à l’Université Sorbonne-Paris II. Etabli à Genève depuis 1990, Pascal Allot est passionné par l’innovation et par le développement de l’arc lémanique.

révolution numérique, évoquée précédemment, est également source d’optimisme. La relation client doit prendre en compte le monde 2.0. Elle doit être refondue pour tirer le meilleur parti de cette nouvelle composante. Une part non négligeable des investissements effectués dans les back offices et la production, caractéristiques des activités IT des années 2000, se reportera sur les services à la clientèle. Les fournisseurs spécialisés dans les contrats de service pluriannuels résisteront mieux que ceux fournissant du hardware. Les projets d’externalisation de l’informatique permettant aux sociétés de se focaliser sur leur activité principale se poursuivront. Sur quels leviers la croissance du secteur s’appuierat-elle? Outre ce fameux cloud et les projets liés à l’Internet mobile, l’autre grand levier concerne le traitement massif de données. Actuellement, les informations générées tous azimuts, non seulement colossales et d’origines diverses, ne font l’objet d’aucune organisation, que ce soit en tables ou en structures. Produites en temps réel, elles arrivent en flux continu de par le monde – c’est ce que l’on nomme des «Big data» –, ce qui représente un réel enjeu stratégique pour la décennie. L’analyse prédictive de données s’imposera, que ce soit, par exemple, pour apporter de la valeur ajoutée à une retransmission sportive ou contribuer à la prévention des infractions auprès de la police de Genève. Propos recueillis par Ernest Ghislain

Quels sont les prévisions pour 2013? Le marché est stable et mature, il facilite la visibilité à court terme. Ainsi, cette année encore, il devrait profiter de tous les travaux d’accompagnement dans la transformation qui seront initiés et réalisés. Parce qu’ils répondent à la recherche de flexibilité, essentielle aux entreprises, les projets cloud se trouveront favorisés par cette adaptation globale. Enfin, la

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


TOURISME, HÔTELLERIE, RESTAURATION prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

53

CA stable, de même que les prévisions 2013 Rentabilité en forte baisse, mais reprise prévue pour 2013 Investissements stables 7%

2%

10%

+10% et plus

8%

40%

+5% à +10%

52%

0% à 5%

5%

10%

+10% et plus

20%

+5% à +10%

38%

44%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

21%

0% à -5%

17%

5%

-5% à -10%

23%

0% à -5%

inchangés

71 %

3%

-10% et moins

prévisions pour 2013

20%

5%

-5% à -10%

7%

3%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

27%

supérieurs

20%

10%

inchangés

Effectifs stables, hausse prévue pour 2013 2012 peut être comparée à 2011 pour ce qui est du chiffre d’affaires du secteur. A la différence près que la pression sur les prix s’est encore accrue, notamment à cause de la faiblesse de l’euro. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: l’hôtellerie genevoise a enregistré 10 000 nuitées en plus pour, au final, un revenu identique mais des charges en augmentation. La chute la plus importante est à relever dans les déjeuners d’affaires dont le nombre s’est fortement restreint. En 2011, notre enquête semblait indiquer que le tourisme se remettait lentement de la force du franc et de la baisse de la demande. Comme les coûts dans ce secteur sont élevés, le rendement des entreprises dans le secteur du tourisme s’est dégradé. Le tourisme ne profite pas encore de la reprise. Il souffre toujours d’une baisse de la demande en raison du ralentissement conjoncturel dans la zone euro et de la force du franc. La faiblesse de l’euro et du dollar fait de l’Europe et du reste du monde des destinations de vacances plus attrayantes pour les Suisses et nuit à l’attrait de Genève pour les visiteurs étrangers.

% 34

8%

22%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

5%

24%

Après une forte chute en 2012, la rentabilité du secteur devrait reprendre en 2013. De l’embauche est même au programme.

39 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

67%

33%

oui non

42 réponses dont 1 en Production, 5 en Commerce de détail, 25 en Services (conseil, gestion, etc.), 11 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


Un taux d’imposition des sociétés supérieur à 13% aurait des conséquences néfastes sur notre secteur.

Comment faut-il qualifier l’année 2012 pour le secteur hôtelier? Pour le secteur globalement, la facturation a accusé un recul de 5%. La situation est encore moins favorable pour les établissements de luxe qui ont perdu 10% de leur chiffre d’affaires, notamment à cause des fortes turbulences du secteur financier. L’hôtellerie genevoise est intimement liée à ce secteur, ainsi qu’aux différents acteurs de la place financière. La situation a changé pour cette clientèle, mais pas pour le tourisme de loisir, qui a été moins touché. Genève reste une destination estivale ou de transit vers les stations de ski. Sur un plan comptable, si l’hiver a été correct pour la branche, l’été s’est avéré plus problématique. La mauvaise publicité autour de l’insécurité perdure. Quel est son impact sur le secteur touristique? Une étude de marché lancée par l’association Hôtellerie suisse a montré que, pour l’ensemble du pays, le sentiment d’insécurité était de l’ordre de 0,8%. A Genève, ce taux est six fois plus élevé. C’est là la première des préoccupations. La Suisse doit protéger sa réputation, Genève en particulier car il ne faut pas oublier l’importance de la ville pour la Confédération. Avec Genève Aéroport, la ville est une porte d’entrée dans le pays. Il faut donc pouvoir garantir la sécurité des visiteurs. Les points névralgiques du tourisme d’affaires, comme la gare Cornavin, l’aéroport, la rue du Rhône et les quais, sont des accès à protéger en priorité. Certes, accroître la présence policière réclame des moyens financiers, mais jusqu’à présent la stratégie déployée ne s’est guère avérée fructueuse. Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure. Les autorités sont conscientes du problème et les professionnels de l’hôtellerie n’ignorent pas l’ampleur de la tâche à accomplir; ils font pleinement confiance à M. Maudet pour prendre les décisions qui s’imposent. Un doute subsiste cependant quant à l’étendue des moyens qui seront mis en œuvre.

© DR

Tourisme, hôtellerie, restauration

55

José Silva rejoint le groupe Four Seasons en 1990. En 1997, retour dans son pays d’origine, le Portugal, au sein du Four Seasons Hotel Ritz de Lisbonne. Désormais à Genève depuis 2005, il est le directeur général du Four Seasons Hotel des Bergues. Vice-président de la société des hôteliers, il fait partie de la nouvelle commission consultative du tourisme et siège au comité scientifique du Master en management du luxe de l’Université de Genève.

Comment votre secteur envisage-t-il l’année 2013? L’industrie a souffert des problèmes rencontrés par les banques privées et 2013 devrait, peu ou prou, s’inscrire dans la continuité de 2012. Les milieux bancaires se préparent à une diminution graduelle de leurs affaires qui aura inévitablement des conséquences, tant sur la restauration que sur l’hôtellerie. Dans le même temps, les marchés émergents ne sont pas encore assez développés, notre capacité à les atteindre est pour l’heure limitée. Les hôteliers sont très attentifs au projet de loi sur la nouvelle taxation des multinationales. Revoir la taxe à plus de 13% aurait des conséquences néfastes sur notre compétitivité et attractivité. Genève risquerait ainsi de voir les banques privées étrangères et les organisations nongouvernementales s’établir ailleurs. Ce seraient deux vagues au même moment, de quoi faire violemment tanguer le navire. Un mot sur la restauration... Où en est le secteur, à Genève? Malgré des charges parmi les plus chères au monde, les prix des mets proposés par les restaurateurs sont parmi les plus concurrentiels d’Europe. De ce fait, la majorité du secteur est gérée par des propriétaires exploitants. Il n’en demeure pas moins que le marché est porteur: les sorties, à midi et le soir, font partie des coutumes genevoises. La clientèle apprécie la gastronomie internationale et les nouvelles tendances. D’autant qu’avec la démocratisation du luxe, les clients ont des rituels qui changent constamment, mais leurs exigences demeurent: l’addition doit correspondre à la prestation. La survie d’un établissement dépend du rapport qualité/prix et de sa capacité à satisfaire les goûts et les besoins des clients. Ce constat démontre que la qualité n’a pas d’étoiles. De plus, avec les médias sociaux, c’est l’opinion de tous qui prime puisque chacun peut s’exprimer; écouter les commentaires individuels est désormais essentiel. Propos recueillis par Benjamin Philippe

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


TRANSPORTS ET LOGISTIQUE prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

57

CA stable, légère hausse prévue pour 2013 Rentabilité en forte hausse, stabilisation prévue pour 2013

14%

9%

11%

+10% et plus

17%

26%

+5% à +10%

54%

0% à 5%

3%

9%

+10% et plus

9%

26%

+5% à +10%

56%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

26%

23%

60 %

3%

17%

-5% à -10%

3%

-10% et moins

prévisions pour 2013

9%

0% à -5%

0%

12%

-5% à -10%

3%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs 15 %

% 24

%

inchangés

0% à -5%

31

9%

3%

14%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

24%

29%

inchangés

28%

Effectifs stables, hausse prévue pour 2013 2012 s’est avérée meilleure que 2011 pour le domaine de la logistique. Les prévisions incitent à penser qu’elle sera moins bonne que 2013. Le secteur est en effet optimiste quant à la marche des affaires pour l’année en cours. Le commerce mondial a une forte influence sur le secteur logistique et du transport. Celui-ci profite de la tendance à l’externalisation des activités de transport. Les entreprises logistiques présentant à leurs clients une offre de services complète ont un avantage concurrentiel. La pression concurrentielle et l’érosion des marges ont assaini le marché et ont conduit à une augmentation de la taille moyenne des entreprises et à l’arrivée de prestataires de niche spécialisés. La branche transport de marchandises par route est constituée de plus petites entreprises qui souffrent de surcapacité. Quant à la plateforme aéroportuaire genevoise, elle a flirté avec les 14 millions de passagers en 2012, soit près de 6% de plus qu’en 2011. Dans le même temps, les mouvements (décollages et atterrissages) n’augmentent que de 2%, pour atteindre un total de 193 000. L’activité fret croît quant à elle d’un peu moins de 3%. Ces bons chiffres sont pour une part le fruit du dynamisme du Grand Genève en tant que place industrielle, économique, financière, politique, diplomatique et touristique.

61 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

72%

Investissements en légère baisse

C’est le secteur le plus optimiste quant à l’augmentation de ses effectifs en 2013.

oui non

33 réponses dont 1 en Commerce de gros, 1 en Négoce, 26 en Services (conseil, gestion, etc.), 5 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


L’année 2012 s’est terminée avec une hausse de plus de 5% du nombre de passagers au départ de Genève.

Quel bilan pour 2012 dans le secteur du transport aérien à Genève? L’année 2012 s’est terminée avec une hausse de plus de 5% du nombre de passagers au départ de Genève et plus de 85% des vols ont décollé à l’heure. Le bilan à Genève est positif, d’autant plus que notre secteur bénéficie d’un partenaire de choix dans le cadre du développement de ses affaires: Genève Aéroport. Dans ce contexte, des nouveautés durables sont prévues tant dans l’organisation de la nouvelle base de Genève que pour la gestion du marché local. L’objectif est d’offrir à la clientèle romande des prestations plus souples et mieux adaptées en ajustant l’offre aux exigences régionales. La création d’une base opérationnelle genevoise disposant de ses propres équipages et de sa propre organisation fait partie de ces nouveautés. Quelles sont vos prévisions pour 2013? Pour l’instant, il est beaucoup trop tôt pour émettre des pronostics. Une évidence s’impose cependant: en 2013, les compagnies aériennes continueront d’être sous pression, que cela soit dû à la cherté du franc suisse, au prix du kérosène ou à la concurrence du marché. Ces facteurs sont autant des défis qu’une grande source de motivation. Il s’agit de se dépasser et de le faire avec conviction.

© DR

Transports et logistique

59

Actif depuis trente-six ans dans le transport aérien, Markus Schmid est nommé directeur général de SWISS International Air Lines pour la Suisse romande le 1er septembre 2012. Il débute sa carrière en tant qu’apprenti chez Swissair avant d’occuper plusieurs postes dans la compagnie, tant en Suisse qu’à l’étranger. Chez SWISS, Markus Schmid a été successivement responsable pour la Russie en 2003 puis directeur régional pour l’Asie-Pacifique en 2006.

transporteurs du Golfe sont autant de challenges. Enfin, il ne faut pas oublier l’écologie et l’environnement. Des avions plus silencieux et moins gourmands en kérosène font leur apparition sur le marché, à l’instar des C-Series de Bombardier, qui seront progressivement mis en service dès 2014. Dans l’aviation civile, quel est le modèle d’affaires du futur? Pour notre part, nous croyons fermement au modèle de l’offre «all inclusive». Il est essentiel d’offrir le maximum de qualité en termes de service, de confort à bord et de ponctualité. A l’avenir, nous souhaitons cependant être plus proches du marché romand; des adaptations du modèle d’affaire et des produits sont donc impératives. Propos recueillis par Fabio Bonavita

L’aviation civile a considérablement changé ces dernières années. Quels sont les principaux défis qui l’attendent dans les années à venir? Les défis qui se présenteront à l’aviation civile sont multiples, avant tout au niveau politico-économique. Le prix du fuel, la force du franc et l’instabilité politique, de même que la dette européenne sont des facteurs auxquels il faudra continuer de prêter attention. Dans notre industrie, les surcapacités, la concurrence agressive sur les prix et les

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


60

VITICULTURE ET COMMERCES DE VIN prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

CA en forte baisse, reprise prévue pour 2013 Idem pour la rentabilité Investissements stables Effectifs stables, en baisse en 2013

10%

0%

+10% et plus

La part des produits alimentaires dans les dépenses de consommation ne cesse de baisser. Seules exceptions: les labels bio, Genève Terre Avenir ou produits de niche.

0%

20%

20%

+5% à +10%

40%

0% à 5%

40%

40%

0% à -5%

30%

0%

0%

-10% et moins

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

0%

-5% à -10%

Le secteur est caractérisé par une activité cantonale, seul un faible nombre d’acteurs se sont lancés dans l’exportation. Il dépend donc considérablement des secteurs hôtellerie/restauration, qui sont fortement tributaires de la conjoncture locale. Le secteur souffre de la faiblesse de l’euro, puisque les produits étrangers ont ainsi vu leurs prix baisser.

Le secteur prévoit une hausse de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité en 2013, mais une baisse de l’emploi.

0%

+10% et plus

0%

20%

+5% à +10%

20%

50%

0% à 5%

20%

30%

0% à -5%

30%

0%

0%

-5% à -10%

inchangés

70 %

0%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

40%

supérieurs

inférieurs

supérieurs

10 %

2

0%

C’est le secteur qui donne la plus mauvaise note lorsqu’il s’agit de qualifier l’année 2012 et qui est le moins satisfait du niveau de formation du personnel sur le marché local.

10%

40%

La viticulture ressent moins vite les ralentissements économiques, mais il en est de même pour les reprises.

inchangés

40

%

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

29%

71%

oui non

10 réponses dont 8 en Production, 1 en Commerce de détail, 1 en Autres

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève


Viticulture et commerces de vin

Quelle a été la teneur de l’année 2012 pour votre secteur? Le canton de Genève ne compte quasiment que des professionnels dans la viticulture. Les vins vendangés en 2011 et mis en vente en 2012 sont d’excellente qualité. Le label «Esprit de Genève» est une référence et la rigoureuse sélection pour l’obtenir pousse à se dépasser. Nous avons à cœur de cultiver notre savoir-faire et de le faire connaître; malheureusement, la renommée ne suit pas toujours. La grande distribution y a sa part de responsabilité, en vendant, à des prix défiant toute concurrence, du vin fabriqué à partir de chasselas d’importation. Consommer des produits bas de gamme en provenance des antipodes est un choix… Les professionnels de la région, eux, se concentrent sur l’agriculture durable et le canton tient à une certaine indépendance alimentaire. Cela dit, si le marché du vin souffre de la concurrence et des lois, le produit est noble et reste associé au plaisir gastronomique. C’est une culture dont se réclament les amateurs et qui intéresse les jeunes. Peut-on s’attendre à une année 2013 similaire? Il y a toutes les raisons d’être optimiste. Les structures sont rationnelles et regroupées, prêtes à se battre, notamment avec l’administration française, plus que réticente à faciliter la vente de vins étrangers sur son territoire. Alors que le Grand Genève prend forme, il n’est pas encore possible de fournir sans entrave les restaurants de France voisine. Le vin vendu en vrac est notre vrai défi. Il s’agit de développer la vente en bouteille avec sa plus-value pour le vigneron. Il faut également être plus visible, promouvoir massivement nos produits, qui ont un rapport qualité/prix imbattable. Les producteurs sont moins concurrents que collègues et ont bien compris leurs limites. Les manifestations du type «caves ouvertes» ou la Saint Martin connaissent un franc succès, mais cela ne suffit pas. A l’évidence, les producteurs ne peuvent être à la fois à la vigne, dans la cave et à la vente. Il appartient à l’Office de pro-

Viticulteur-encaveur, établi à Peissy-Satigny, Eric Leyvraz, fort de son diplôme d’ingénieur agronome EPFZ, a repris, il y a quarante-deux ans, les rênes du Domaine des Bossons, une exploitation familiale. Précurseur, il a été le premier à vendanger entièrement à la machine, en 1984. Citoyen concerné, il est impliqué en politique; député au Grand Conseil genevois depuis 2005, il en a été le président en 2009. © DR

Alors que le Grand Genève prend forme, il n’est pas encore possible de fournir sans entrave les restaurants de France voisine.

61

motion des produits agricoles de Genève (OPAGE) de mieux représenter les intérêts de notre corporation, notamment en Suisse alémanique. Ce qu’il faut savoir, c’est que notre pays compte 15 000 hectares de terrains viticoles, dont le dixième se situe à Genève. Le marché est pour ainsi dire minuscule. Ce qui ne s’avère pas être un problème en soi, même si le canton se situe aux portes de deux gros producteurs que sont l’Italie et la France. 20 millions de litres de vin sont consommés par an, c’est-à-dire le double de la production locale. Il y a là un potentiel évident. J’ai fait mienne la formule péruvienne: «Nous sommes des mendiants assis sur un banc en or.» Il ne reste qu’à trouver des solutions. Justement, concrètement, de quelle façon le développement de votre activité peut-il se poursuivre? Le territoire suisse est fait de telle sorte que 80% de la vigne se situe essentiellement en Suisse romande. Cela n’aide pas à obtenir le soutien de la Confédération. Il faudrait donc multiplier les efforts en direction de la Suisse alémanique, avec, par exemple, un représentant germanophone. La Genève internationale aussi doit être mieux ciblée. D’ailleurs, depuis peu, plusieurs producteurs organisent des séminaires dégustations en anglais et publient plusieurs fois par an un fascicule à l’attention de la clientèle d’expatriés. Des solutions simples existent pour accroître le chiffre d’affaires. Un site Internet pourrait, pourquoi pas, présenter les différents domaines et les 64 cépages de la région. A Genève, les viticulteurs sont tellement innovants qu’ils osent prendre des risques. Cultiver autant de cépages sur un territoire aussi réduit est un vrai risque économique, mais un beau défi. Quand cette diversité exceptionnelle se combine à la beauté d’un paysage et à un savoir-faire reconnu, on ne peut qu’être confiant. Propos recueillis par Ernest Ghislain

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


AUTRES SECTEURS

0%

33%

+10% et plus

0%

0%

33%

+5% à +10%

50%

0% à 5%

17%

+10% et plus

0%

0%

+5% à +10%

0%

0%

0% à -5%

0%

0%

20%

17%

0% à -5%

inchangés

50 %

50%

-5% à -10%

17%

-10% et moins

prévisions pour 2013

0%

0%

80%

-5% à -10%

Six entreprises ayant répondu à notre sondage ne correspondent à aucun des secteurs figurant dans cette enquête. Leurs réponses, regroupées ci-contre, confirment la tendance générale.

17%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

supérieurs

17 %

33%

50%

49%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

17%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

0%

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

63

inchangés

50 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

67%

33%

oui non

6 réponses dont 1 en Commerce de gros, 3 en Services (conseil, gestion, etc.), 2 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


RÉSULTATS GLOBAUX

15%

11%

13%

+10% et plus

17%

31%

+5% à +10%

47%

0% à 5%

10%

7%

+10% et plus

15%

+5% à +10%

41%

50%

0% à 5%

Estimation de l’évolution des effectifs 2013 versus 2012 inférieurs

21%

inchangés

16%

10%

0% à -5%

5%

supérieurs

21%

14%

-5% à -10%

18%

prévisions pour 2013

8%

0% à -5%

4%

-10% et moins

4%

12%

-5% à -10%

3%

-10% et moins

Estimation de l’évolution des investissements 2013 versus 2012 inférieurs

21%

%

supérieurs

20

% 10

17%

2012 versus 2011

Evolution de la rentabilité

11%

prévisions pour 2013

2012 versus 2011

Evolution du chiffre d’affaires

65

69 %

inchangés

59 %

Niveau de formation du personnel adapté aux besoins

70%

30%

oui non

787 réponses dont 117 en Production, 53 en Commerce de gros, 74 en Commerce de détail, 38 en Négoce, 424 en Services (conseil, gestion, etc.), 81 en Autres

Enquête conjoncturelle annuelle 2012 - 2013


© DR

LES MEMBRES ONT LA PAROLE GTSA – GENEVA TRADING AND SHIPPING ASSOCIATION

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Dr Stéphane Graber est secrétaire général de GTSA, la plus importante association professionnelle du négoce des matières premières et de l’affrètement en Suisse, depuis le 1er octobre 2012. GTSA a pour mission de représenter les intérêts du secteur en Suisse à travers l’organisation et la promotion de formations académiques et professionnelles, de groupes de travail, de conférences publiques, et ses relations avec les partenaires économiques, les autorités et la société civile.

LE SECTEUR GENEVOIS DU NÉGOCE ET DE L’AFFRÈTEMENT À LA CROISÉE DES CHEMINS Le secteur du négoce et de l’affrètement est une branche économique peu connue et souvent mal comprise du grand public. Pourtant, il représente un des secteurs majeurs de l’économie lémanique. Il se caractérise par des emplois à haute valeur ajoutée et représente, selon les estimations, jusqu’à 10% du PIB genevois. Cette activité trouve ses origines dans la Genève des Foires du XVe siècle, où marchands du Sud et du Nord de l’Europe venaient y échanger leurs marchandises. La région a connu un très fort essor au XXe siècle, profitant de la présence d’acteurs historiques comme Nestlé (1839) ou le groupe André (1877). Sur la base d’une expertise très spécialisée, d’une ouverture à l’international, d’une stabilité économique et politique ainsi que de compétences pointues dans le financement des échanges internationaux, le cluster lémanique s’est forgé une position de leader dans le négoce des matières premières. Il occupe la première place dans le commerce du sucre, du café, du cacao, des céréales, du riz, des oléagineux ou encore de l’énergie et du pétrole, mais également dans l’inspection et la certification des matières premières. La qualité et la quantité des matières premières présentes dans une zone donnée correspondent rarement aux besoins de cet endroit. Le négoce de matières premières consiste donc à équilibrer l’offre et la demande en assurant des opérations de transport, de stockage et de transformation. Les négociants sont des professionnels des marchés physiques qui facilitent les échanges de marchandises grâce à leurs connaissances des marchés et des besoins spécifiques des acheteurs. Leur valeur ajoutée vient de leur capacité, d’une

part, à optimiser les chaînes logistiques et, d’autre part, à gérer les risques de prix (volatilité des prix durant l’acheminement des marchandises) et les risques opérationnels (météorologiques, de piraterie, de contrepartie, juridiques). Leurs marges sont généralement très faibles et nécessitent de gérer de gros volumes. Par comparaison, les marges des sociétés minières ou extractives, avec qui les sociétés de négoce sont souvent confondues, sont dix à quinze fois plus élevées. Il existe aujourd’hui une forte compétition entre les principaux centres de négoce de matières premières dans le monde. L’avantage compétitif de notre région est son extrême densité d’acteurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur (commerce, financement, logistique, transport, inspection et certification, assurance, formation et services) ainsi que la disponibilité de ressources humaines de qualité et multilingues. Pour défendre nos emplois face aux appétits de Dubai ou Singapour, il est impératif pour notre région de maintenir notre compétitivité économique et notre expertise unique. GTSA, principale association professionnelle du négoce de matières premières et de l’affrètement en Suisse, est consciente des défis réglementaires, sociaux et environnementaux auxquels est confronté le secteur dans un contexte international. Nous sommes confiants dans la capacité des autorités, de la société civile, de GTSA et de ses membres de travailler conjointement pour assurer la qualité, la solidité et la pérennité de notre place de négoce dans les années à venir. Stéphane Graber

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LES MEMBRES ONT LA PAROLE IFAGE – FONDATION POUR LA FORMATION DES ADULTES

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Jeremy Annen prend la direction générale de l’Ifage, la Fondation pour la formation des adultes, en mai 2011. Avant cela, il est directeur des ressources humaines d’abord de Palexpo, de 2003 à 2008, puis du Grand Théâtre de Genève durant trois ans. Parallèlement à ses responsabilités de l’époque, il est, pour la septième année, président de l’association HR Genève. Jeremy Annen, né en 1975, est titulaire d’un master en gestion d’entreprise, de HEC – Université de Genève.

FORMATION DES ADULTES: DE NOUVELLES EXIGENCES A tort ou à raison, on admet aujourd’hui largement que c’est l’individu qui est responsable de la tenue à jour de ses compétences. La formation doit donc lui permettre de réussir trois démarches fondamentales tout au long de sa vie professionnelle: trouver un emploi, se développer dans son emploi, trouver un nouvel emploi. Il a pour cela besoin de formations certifiantes, reconnues par les acteurs du marché. Du côté de l’entreprise, investir dans la formation est un facteur clé de compétitivité. L’entreprise a besoin de formations ciblées, de courte durée, permettant un retour sur investissement quasi immédiat. A Genève, nous bénéficions de conditions très favorables pour la formation d’adultes, une législation dynamique, une volonté forte de mettre en avant la validation des acquis de l’expérience et de nombreuses aides financières à destination des particuliers et des entreprises. Pourtant, et malgré une offre de formations «tournée vers l’économie» (cf. étude CCIG-BCGE, nov. 2012), bon nombre d’entreprises, notamment les PME, ont encore du mal à former leur personnel… Dans ce contexte, le marché de la formation des adultes se tend. La concurrence que se livrent les instituts de formation – publics et privés – en est l’une des causes. La pression sur les budgets en est une autre, avec des exigences qui augmentent et des prix souvent mis en cause. Ainsi, on s’adapte, on passe d’une logique de la demande, de la pédagogie et du sur-mesure à une logique du marketing, du chiffre d’affaires et du catalogue, voire du «prêt-àpenser». On voit ainsi émerger de nouveaux acteurs, microentreprises ou filiales de grands groupes, commercialement agressifs, et dont le client ne sait si le ramage se rapporte au plumage. Mais la concurrence accrue n’est pas le seul facteur de tension.

Des changements importants s’opèrent dans l’entreprise. Les services d’achats et les procédures d’appel d’offres remplacent souvent les RH dans les choix des instituts de formation, avec des critères autres qu’un travail pédagogique allant au fond des choses ou un partenariat constructif et durable. Dans le domaine des langues, par exemple, une entreprise peut se voir proposer des prix allant quasiment du simple au double pour un même cahier des charges. Avec les conséquences que l’on connaît sur la qualité de la prestation ou les salaires des formateurs. A produit low cost, salariés low cost... Cela montre bien l’importance d’une vision stratégique à long terme pour qu’une action de formation ne soit pas réduite à sa portion congrue et prenne toute sa mesure. A ce titre, on peut relever l’engagement du secteur horloger dans le développement de ses savoir-faire et la qualification de ses employés (la défense du Swiss Made est à ce prix), la démarche du Département de l’instruction publique pour la mise à niveau en anglais des maître-sse-s qui doivent l’enseigner au primaire ou la conviction des associations d’installateurs électriciens (AIEG-UGIE) qui ont mis en place pour leurs membres une offre modulaire de formation continue, technique et managériale, avec certificats cantonaux à la clé. Dans cet environnement, les instituts de formation ont encore de l’avenir devant eux. Surtout s’ils réunissent autour de structures innovantes des formateurs motivés et professionnels, s’ils dépassent une simple logique client-fournisseur pour collaborer avec leurs clients dans une perspective de partenariat. Et s’ils parviennent à dépasser la compétition pour travailler en «coopétition» entre eux, comme le propose l’association REFORM au niveau suisse romand, alors c’est tout l’écosystème de la formation qui donnera la preuve de son efficacité. Jérémy Annen

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LES MEMBRES ONT LA PAROLE GENEVACCORD ALTERNATIVE DISPUTE RESOLUTION

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Guy A. Bottequin est médiateur assermenté de conflits en affaires commerciales. Ancien juge consulaire du tribunal de commerce belge, il a fondé Genevaccord Alternative Dispute Resolution SARL en 2012. Membre du comité de direction de la Chambre suisse médiation commerciale (section Suisse romande), il a été formé par le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris sous les auspices de la Chambre de commerce et d’industrie de région Paris Île-deFrance. Il a pris part à la création de l’Institut médiation espace francophone (IMEF).

LA MÉDIATION EST UNE RÉVOLUTION DE L’ÉTAT D’ESPRIT POUR RÉSOUDRE DES CONFLITS Sujette à longs débats entre anciens et modernes, la médiation agite le monde judiciaire qui la connaît encore mal. En période de crise et de tension économique, les dirigeants de PME doivent pouvoir rapidement résoudre un conflit commercial. Dans l’économie réelle, non spéculative, le résultat se doit d’être rapide et clair. La méthode raisonnée qu’est la médiation le permet; mieux, elle a l’obligation d’être efficiente. Avec l’introduction de l’article 120 dans la nouvelle Constitution genevoise, l’Etat va devoir accélérer le développement de la formation spécifique autant qu’encourager le recours à des médiateurs professionnels, formés et indépendants. Les PME n’ont pas à disposition les cinq ans, voire huit, que dure une procédure. Leurs dirigeants ne peuvent pas composer avec de telles épées de Damoclès au-dessus de leurs entreprises. Le champ d’investigation du juge est plus restreint que celui du médiateur, qui peut trouver des solutions économiques favorables aux parties. Le carcan du droit impose au juge de trancher. Il n’appartient pas à la justice de proposer des solutions alternatives. Ainsi, la justice change sur la forme, mais pas sur le fond. Les avocats demeurent incontournables, une médiation sans les avocats est une médiation contre les avocats. Un médiateur est un chef d’orchestre, il ouvre des pistes et les explore avec les parties qui peuvent se mettre en valeur. La solution est, la plupart du temps, anticonventionnelle mais certainement plus pertinente puisqu’elle s’adapte parfaitement à la situation. Le bon médiateur est au fait des pratiques mais demeure impartial et neutre. Tout l’enjeu d’une médiation réussie réside précisément dans la confiance et la certitude d’être considéré – pour soi-même et autant que par l’adversaire. Par la voie judiciaire, les affaires s’étalent sur des années. En médiation, elles peuvent être résolues en quelques séances. Il est très rare qu’une médiation dépasse le mois, pour la simple raison qu’avec des rencontres périodiques, uniquement consa-

crées à la résolution du conflit, le processus est accéléré – et rentable: 87% des affaires débouchent sur une solution au conflit. Ce gain de temps est un gain d’argent: les honoraires sont considérablement réduits grâce aux délais raccourcis et sont pris en charge à parts égales. En s’épargnant une procédure judiciaire, on contribue à désengorger le système qui peut consacrer plus de temps aux conflits les plus inextricables. Surtout, cela coûte moins cher aux contribuables. De très grosses sociétés cotées en Bourse ont de plus en plus recours à la médiation. La raison est la confidentialité du processus. Le conflit se résout de façon pragmatique sans faire la une des journaux et sans causer de dégâts d’image aux parties. Les formations qui sont mises sur pied attestent du sérieux et du professionnalisme des médiateurs professionnels. Les Etats-Unis et le Canada, qui encouragent la médiation depuis vingt-cinq ans, obtiennent des résultats positifs sur tous les tableaux. Cette approche gagne l’Europe car il est urgent de fluidifier les circuits tant judiciaires qu’économiques. La Roumanie l’encourage par des participations aux coûts de la médiation. La Suisse a bien compris les avantages de la démarche et compte sur une initiative volontaire. Il appartient donc aux dirigeants d’entreprises d’introduire dans le corps de leurs contrats le recours obligatoire à la médiation dans la clause «for et juridiction». Cette recherche d’efficience, au moindre coût, permettra à chacun d’y trouver son compte. En ce sens, la médiation est une démarche révolutionnaire. Elle ne détruit rien, mais elle change tout. C’est une révolution sans conflits, simple et efficace. Une fois encore, la nouvelle Constitution genevoise, qui entre en vigueur le 1er juin prochain, va certainement changer la donne dans ce domaine. On ne saurait trop recommander d’insérer dans les contrats la clause modèle de médiation proposée par la CCIG, laquelle peut être directement téléchargée sur son site Internet. Guy A. Bottequin

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OPINION FONDATION POUR GENÈVE

Président depuis plus de dix ans de la Fondation pour Genève, Ivan Pictet a marqué de son empreinte la banque privée genevoise Pictet & Cie, qu’il a rejointe en 1972 avant d’en devenir associé dix ans plus tard. Son départ de l’établissement en 2010 a mis fin à une carrière initiée à New York, en 1970, chez Morgan Stanley et couronnée, en 2009, du titre de meilleur banquier privé de Suisse par Private Banking et Bilanz. Né en 1944, Ivan Pictet a présidé la CCIG, de 1991 à 1996.

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FAUT-IL BRÛLER LA GENÈVE INTERNATIONALE? Il y a deux ans, la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève, associée à la BCGE et à l’Etat de Genève, publiait une excellente étude, «Genève, ville mondiale: mythe ou réalité?» Elle précédait d’autres publications et d’autres lui succéderont pour souligner l’apport irremplaçable de la Genève internationale à l’essor de notre canton et de la région lémanique tout entière. Cette dernière n’a-t-elle pas connu au cours de la dernière décennie la plus forte croissance économique du pays? Et pourtant, ces études ainsi que les nombreux témoignages entendus sur le rôle de notre «petite ville mondiale» non seulement sur le plan économique local mais aussi sur celui du rayonnement qu’il apporte à la Suisse dans le monde, pièce maîtresse de la politique étrangère de la Confédération, n’ont pas suffi à rassurer une partie de la population et à faire taire quelques personnalités politiques profitant de l’opportunité de pointer du doigt les internationaux de Genève. Ce phénomène s’explique d’autant plus qu’au cours de cette décennie, notre ville a été traversée par de douloureux problèmes de logement, de mobilité et de sécurité. Le climat s’est progressivement tendu. Une situation particulièrement dangereuse à l’heure où la concurrence entre «villes mondiales» est sans merci. Certes, il n’y a pas le «feu au lac». Toutefois, de nombreux signaux sont au rouge pour que l’on prenne sérieusement la question à bras-le-corps. Genève et sa région demeurentelles, oui ou non, un lieu d’accueil bénéfique pour les internationaux? Pour en juger et fournir à tout décideur politique et privé un état des lieux clair et précis, la Fondation pour Genève a pris, en 2012, l’initiative de lancer une étude d’une ampleur jusqu’ici jamais atteinte. Pour connaître le véritable impact

Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève

sous toutes ses formes de la Genève internationale sur notre canton et sur l’arc lémanique, elle a ni plus ni moins fait appel aux quatre principaux centres universitaires de la région, l’UNIGE, l’UNIL, l’EPFL et l’IHEID. Démarrée en 2012, cette étude se déroule en six parties, limitée dans un premier temps au seul canton de Genève. Elle durera deux ans et fournira tous les trois mois jusqu’au printemps 2014 des résultats partiels portant sur la valeur ajoutée des internationaux, la démographie, la mobilité, le logement, l’urbanisme, la formation, la santé, le vivre ensemble et l’analyse détaillée des centres d’excellence (clusters). Elle sera basée sur des chiffres actualisés, calculés par les centres de statistiques officiels ainsi que par les dizaines de milliers de données obtenues grâce à des questionnaires envoyés aux intéressés. Les six rapports, dont le premier sera déjà disponible lorsque paraîtra cet article, seront accessibles aux membres de la CCIG sur simple demande à l’adresse électronique contact@fondationpourgeneve.ch. Je remercie la Chambre de l’intérêt et du soutien qu’elle a manifestés et qui, avec de nombreux autres facilitateurs, aura rendu possible la réalisation de cet ambitieux projet. Sans vouloir anticiper ou dévoiler les résultats des premiers dépouillements, je peux affirmer que la question posée par l’étude de la CCIG à laquelle je me suis référé au début de cet article y trouvera clairement sa réponse. Et face à la rigueur académique de cette nouvelle analyse d’impact, nul ne pourra nier la réalité ou asséner de contrevérités. Les choix resteront pourtant entiers, l’étude se gardant de formuler de quelconques recommandations. Ivan Pictet


Enquête conjoncturelle 2012-2013  

Enquête conjoncturelle de la CCIG 2012-2013

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