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Une question de vie ou de mort Prologue CĂŠdric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/

Une question de vie ou de mort Prologue


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/

Mardi 02 aout 1955 La pièce était plongée dans la pénombre, éclairée par la seule lueur de la bougie qui trônait sur le petit tabouret de bois à droite du peintre. Autour de lui, ces toiles achevées trainaient de part et d'autre de la pièce. Des œuvres représentant des choses horribles. Des enfants morts, des corps de femmes déchiquetées. Des représentations des images qui hantaient son esprit. De ce mal qu'il tentait en vain de chasser en peignant. Il n'avait que 15 ans et n'avait plus de parents. Il avait été placé dans trois familles d'accueil différentes dans lesquelles il n'avait pas réussi à s'intégrer. Aujourd'hui, il vivait seul dans ce petit appartement qui lui servait aussi d'atelier. Il regardait sa toile de ses yeux tristes et perdus et senti quelque chose passer entre lui et le tissu encore vierge. Il ignorait pourquoi, mais il eut l'impression que celle-ci serait la bonne. Il se leva, préférant prendre son temps avant de donner les premiers coups de pinceaux. Il alla vers une petite table placée contre le mur à sa gauche et attrapa la Bible qui y était posé. Il retourna s'assoir et ouvrit le livre. Il resta cinq longues minutes à lire des passages des saintes écritures puis reposa


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ l'ouvrage une fois qu'il se sentit prêt et attrapa son pinceau. Il trempa les poils de l'objet dans la peinture couleur sang et commença à en tacher la toile. A la lacérer de rouge. Il se sentit entrer en transe. Oubliant le monde qui l'entourait. Ces anciennes toiles qu'il avait commencé à peindre à 10 ans seulement. Ces femmes, ces enfants, ces animaux, ces montres et ces démons qui n'étaient pas le sien. Qui n'était pas le bon. Alors qu'il n'avait plus contrôle de rien, sa main montait et descendait dessinant ce qui aurait pu être une écorce d'arbre, mais avec la couleur, on aurait plutôt pensé à une écorce d'arbre où on aurait éclater la tête d'un homme dessus. Il sentit son cœur battre à tout rompre, sentit une douleur venir à la tête, eut conscience de son sang parcourant ses veines. Il eut envie de mourir sur place. En finir avec cette malédiction qui le hantait depuis la mort de ses parents, seulement huit ans plus tôt. En finir avec ce monstre qui vivait dans sa tête et qui lui envoyait ces images insupportables. Le monde n'était toujours qu'une illusion autour de lui, le laissant seul dans sa bulle infernale, seul avec lui et la toile sur laquelle il espérait enfin l'immortaliser, étant sur que c'était ainsi qu'il le chasserait enfin. Lorsque ce qui l'entourait redevint matériel et qu'il reprit contrôle de son corps, la toile était achevée. Il regarda l'heure et réalisa qu'il avait peint plus de cinq heures d'affiler. Il avait faim, il avait soif, il avait envie de vomir. Mais il se sentait soulager que cela soit enfin fini. Et lorsque ces yeux se posèrent enfin sur ce qu'il avait réalisé, il crut sincèrement que cette fois-ci, c'était bon. Au milieu de la toile, dans « l'écore » sanglante se


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ trouvait un visage monstrueux. Un visage qui vous empêche de dormir. Un visage pire que tout. Le peintre sourit alors à ce masque de mort et se tourna vers les autres toiles, les mains sur les hanches. – Je n'ai plus besoin de vous ! Je ne veux plus vous voir immondes images !! Allez brûler en enfer ! Il était calme. Il était serein. Il retourna devant la toile du monstre dans l'écorce et signa en bas à droite de l'image : B. Breeg. Puis, toujours aussi calme, il éloigna cette dernière du chevalet sur lequel elle était posée pour la déposer soigneusement dans un coin de la pièce, juste à coté de la porte afin de sortir rapidement avec elle lorsqu'il aurait achevé ce qu'il s'apprêtait à faire. Il prit également sa Bible et la posa a coté de la toile, livre Saint et image maudite partageant le même espace. Il rassembla ensuite toutes les toiles qu'il avait peintes depuis qu'il avait commencé à le faire. Il les entassa les unes sur les autres au milieu de la pièce quasiment vide et attrapa sa bougie avec ce calme qui ne l'avait pas quitté. Il descendit lentement afin que la flamme ne s'éteigne pas avant d'arriver à son objectif et mit le feu à la toile du dessous qui finit par emmener avec elle celles du dessus dans l'enfer d'où elles provenait surement. Le feu se propagea surnaturellement vite au plancher et le peintre s'empressa d'attraper sa dernière toile et sa Bible avant de sortir de la pièce, puis de son petit appartement, et débouler dehors, sans aucune autre affaire que le monstrueux personnage dans son écorce et son livre Saint qui l'aidait à ne


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ pas sombrer dans les méandres de la folie du démon. L'air nocturne était agréable et Breeg se sentait bien. Il regarda à ses pieds sa dernière peinture, celle qui signait pour lui sa libération, celle où il avait réussit à emprisonner l'auteur de son mal qu'il cherchait depuis l'année 1947. Il repensa à cette année en voyant les flammes dévorer l'immeuble, en voyant les gens s'affoler autour. Il repensa à sa maison d'enfance en feu, à ses parents morts. – Et bien, fit une voix près de lui. Voilà qui est fait. Il regarda autour de lui, n'apercevant que des personnes en panique, courant dans les lueurs romantiques projetées par les flammes.. Une grand-mère et son chien qui couraient en hurlant, un père et son fils qui cherchaient des yeux la mère du petit. Mais personne d'aussi calme que lui pour lui faire ce genre de conversation. Il se dit alors qu'il avait du rêver, à cause de l'agitation. Mais la voix reprit. – Que de souvenir n'est-ce pas ? Comme au bon vieux temps ! Breeg ferma les yeux. Il commença alors à prier. Il pria car il réalisait lentement que ce n'était pas fini. Il était toujours en lui, toujours dans sa tête. Il rongeait toujours son âme. L'attirant de plus en plus vers la folie, ou vers l'enfer. Il n'était pas fou, ça il le savait, ce monstre existait ! Il regarda alors la toile, se demandant ce qu'il allait devenir. Son sourire s'était déjà effacé de son visage et ses yeux reprirent cet aspect triste et dépressif qu'ils avaient avant. Il ne se souciât plus des habitants de l'immeuble qui criaient, ni des sirènes des pompiers qui arrivaient, il attrapa sa toile, prit sa Bible, et parti. Dépité, il ne savait où il irait, mais il finirait par


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ le découvrir. Mardi 02 aout 1983 La salle était grande mais il y avait beaucoup de monde, l'impression d'étouffer s'était installé en William et n'avait pas voulu le quitter. Il était assis au premier rang, sur une des nombreuses chaises que comptait la salle. Il se trouvait à la troisième édition du Charity of Artists, une vente aux enchères caritatives offrant la possibilité aux acheteurs d'acquérir des pièces rares de grands artistes. Ils avaient déjà vu passé un piano sur lequel Mozart aurait joué, une des guitares du King et un authentique Magritte – le superbe « Les amants ». L'objet en cours d'enchère était une sculpture dont William ignorait totalement l'origine et n'ayant pas écouter la description de celle-ci, ne la connaitrait jamais. Après tout, il s'en fichait sérieusement. Il était venu pour un objet en particulier. Il ignorait lequel, mais il savait qu'il devait venir pour l'acquérir. C'était comme si une voix lui avait souffler de s'y rendre, lui promettant le meilleur achat de sa vie. Comme si on l'attirait dans cette salle afin d'avoir cet objet dont il ignorait encore tout. Mais lorsqu'il le verrait, il saurait que c'est ça et rien d'autre qui l'aura fait venir. William se souvint de la première édition du Charity of Artists. Il était venu par curiosité mais était reparti avec un Stradivarius de 1734. Il se souvint que les enchères étaient montées très haut mais sa richesse lui permettait des folies que peu de gens ne pouvaient imaginer. Il n'avait pas participé à


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ l'édition suivante malgré que des rumeurs lui avaient promis un Picasso. La peinture, il s'en fichait, c'était la musique sa passion. Pourtant cette année, ce n'était pas le piano de Mozart ou la guitare d'Elivs qui l'avait fait venir. La sculpture partit pour 20883,55 £. Il ne savait toujours ni de qui elle était ni ce qu'elle représentait concrètement. Peu importait cette sculpture car il sentit arriver son tour, l'objet suivant serait le sien ! Il n'était pas venu le jour de « l'exposition », il n'avait pas besoin de le faire, il savait qu'il allait trouver ce qu'il cherchait sans même savoir qu'il le cherchait. Et c'était son tour ! Le commissaire-priseur annonça le numéro de l'enchère. Deux personnes arrivèrent du fond de la salle en transportant quelque chose de plat mais d'assez imposant. Une toile, surement. Elle était recouverte d'un drap noir qui cachait encore ce qu'elle représentait. – Il s'agit d'une peinture exécutée par Benjamin Breeg entre 1954 et 1955 d'après les experts. C'est la seule œuvre que le peintre n'a pas détruite. Elle est mise aux enchères par Steve Harris du groupe Iron Maiden. L'enchère débute à 2000 £. La surenchère est 100 £. Il fit un geste à l'intention des deux hommes qui tenaient la toile droite et ils ôtèrent le drap noir. La foule silencieuse jusque là se lança dans un concert de murmure. Des personnes poussèrent des cris de surprises. D'autres en poussèrent d'effrois. Le tableau représentait un monstre dans des nuances de rouge rappelant du sang coulant sur la toile. Du sang séché. Le


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ monstre était terrifiant. Rien de semblable n'avait été vendu jusqu'alors dans cette troisième édition du Charity of Artists. Les gens continuèrent les murmures, se demandant ce qu'était cette horreur. Cependant, dans la salle une personne restait paralysée par l'ouvre, les yeux fixés dessus, aspirés par les couleurs et le monstre au milieu. William leva la main pour surenchérir. Ses voisins le regardèrent étonnés et l'un d'eux eut même une remarque quand à la folie de ce geste. Alors qu'il pensait qu'il serait le seul à surenchérir sur cette œuvre qu'il attendait, une autre main se leva dans la salle faisant monter le prix à 2200 £. Il se retourna et vit une jeune femme brune d'une trentaine d'année qui n'avait d'yeux que pour la toile de Breeg. Personne d'autre ne l'aura ! Elle est à moi, pensa William. Il leva alors la main à nouveau. Puis la femme suivit. Se fut alors un combat acharné, une partie de poker palpitante, un match de tennis aux échanges impressionnants. Le commissaire-priseur annonçait à chaque nouvelle surenchère le nouveau montant. Il marquait à peine une pause entre les prix tant les deux clients étaient déterminés à l'avoir, quel qu'en soit le prix. Les autres personnes dans la salle commencèrent à sentir leur gêne face à l'œuvre diminuer, amusé par le spectacle qu'offrait les deux combattants. – 3500... 3600... 3700... 3800... Un match de boxe qui allait durer jusqu'au bout de ses rounds ou jusqu'à ce que l'un d'eux finissent KO. William,


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ poussé par une force qu'il ne comprenait pas, qui l'avait déjà poussé à venir – pousser par le tableau ? – continua, sans aucune limite d'argent, il était plus que riche et pouvait se le permettre. Il ne serait pas le boxeur KO. – 4900... 5000... 5100... 5200... La dernière surenchère était de lui. Un laps de temps assez court mais plus long que pour les précédentes surenchères se fit sentir. Mais la jeune femme se décida à lever la main une nouvelle fois. – 5300... Le match continuait. Des personnes dans la salle poussèrent de nouveaux sons de surprises. Les raisons étaient un peu différentes que plus tôt, mais la plupart des gens ne comprenaient pas pourquoi ces deux personnes désiraient tant cette horreur macabre à en faire des cauchemars. – 7000... 7100... 7200... 7300... Laps de temps. Dernière surenchère de William. Il se retourna pour voir la jeune femme baisser la tête en signe de résignation. Lorsque le marteau du commissairepriseur tapa, William sentit un bonheur intense. Le Breeg était à lui. Il était à lui pour 7300 £. Il était prêt à en mettre le triple, sans même savoir pourquoi. Après avoir réglé les formalités, payé son achat et les frais, il rentra chez lui excité à l'idée du lendemain de revoir et d'acquérir son dû en échange du document officiel attestant que la toile lui appartenait. En imaginant déjà l'œuvre accrochée... au dessus de son lit.


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ Mercredi 03 aout 1983 De retour de la salle où s'était déroulé la veille la troisième édition du Charity of Artists, William monta dans sa chambre avec le Breeg. Il vivait seul dans cette immense maison et avait la visite, en plus de celle de la femme de ménage, de son fils Richard devenu papa depuis peu et de sa fille Patricia. Personne ne verrait donc d'inconvénient à ce que le vieil homme seul qu'il était accroche un tableau aussi terrifiant au dessus de sa tête de lit. Ainsi, guettant son sommeil et ses rêves, le monstre pourrait le surveiller, le protéger, lui parler, le nourrir de sa force. Il l'avait enfin. Pourquoi ? Il l'ignorait. Mais il savait qu'il devait l'avoir. Le soir venu, il alla se coucher en regardant une dernière fois le visage du monstre. Il avait envie de lui donner un prénom. Mais la créature n'aura pas trouver cela amusant, il en était sûr. Cependant, au fond de lui, William savait qu'il possédait un nom. Était-ce Benjamin ? Était-ce un auto-portrait ? Il ria aux éclats, seul dans la pièce avant de chasser toutes ces idée saugrenu de son esprit et de se coucher dans le grand lit froid et vide qui lui fit penser à son futur tombeau. Sur le testament, il allait devoir ajouter l'œuvre de Breeg. A-t-elle un nom ? se mit-il soudain à penser, mais aucune réponse ne lui vint, il s'endormit aussi paisiblement qu'un bébé protégé par son doudou.


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ Jeudi 04 aout 1983 La maison calme, son propriétaire endormi. Il n'était que 3H17. Elle monta les marches de l'escalier avec lenteur et silencieusement, ouvrit la première porte qu'elle trouva. Il n'était pas là. Elle entendit alors son appel et sut vers où se diriger. Elle trouva la porte derrière laquelle se trouvait ce qu'elle était venu chercher. Dans ses mains, le couteau qu'elle tenait se mit à trembler, elle resserra sa prise. – Tu y es presque, fit une voix qui n'était pas la sienne dans sa tête. Elle ouvrit la porte très lentement et le vit. Accroché au dessus du lit où le vieillard dormait. Les vieux ont le sommeil léger, pensa-t-elle, fais gaffe. Elle approcha du mur où se trouvait le monstre et sourit en le fixant dans les yeux. Elle n'eut pas le temps de voir le mouvement sous elle. Alors qu'elle voulait caresser le tableau, la main de William se referma sur son poignée. Elle leva alors son autre main, celle tenant le couteau et frappa. La lame s'arrêta avant d'arriver sur le vieil homme qui avait stopper l'autre poignée. Il repoussa alors la jeune femme de toutes ses forces et elle recula de quelques pas. Il fronça les yeux et la reconnu. La trentaine, brune, un visage d'ange capable du pire comme du meilleur. La jeune femme des enchères ! – Tu vas me le donner ! hurla-t-elle. Il était debout devant elle à présent. Elle pointa la lame vers lui.


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ – Il est moi, je l'ai payé 7300 £ ! Il restera là ! – Non ! Elle s'élança sur lui. Comme deux jours auparavant, un combat débuta entre eux deux. Sauf que cette fois, il était plus violents que des enchères à coups de mains levées, cette fois-ci, il ne devait en rester qu'un. Ils le savaient, aussi bien l'un que l'autre. Car aucun des deux n'était prêt à laisser tomber cette toile. La toile, prix du vainqueur, était toujours accrochée au mur, impassible du spectacle qui se déroulait devant elle, pour elle. Même si c'était elle qui avait poussé les deux combattants à se battre, elle restait sur le mur, objet inanimé morbide et mystérieux. Cependant, William et la jeune femme, sentait sa force et son emprise. – Elle restera là ! Le combat avait tourné en faveur de William, malgré son âge, sa détermination pour conserver le tableau l'avait pousser à franchir ses limites. Il était à califourchon sur la jeune femme qui tenta de se défendre à l'aide de son couteau. William serra sa prise sur le poignée de la jeune brune et réussi à faire tourner la lame dans la direction de la gorge de celle-ci. De la sueur perlait sur son front, lui coulant dans les yeux. Son cœur battait à tout rompre et la lame avançait lentement. Arrivant sur la peau douce et délicate de la femme, laissant apparaître une petite perle écarlate. Elle ferma les yeux. Il appuya plus fort et d'un coup sec sur la gorge gracieuse. C'était fini. Il avait tué pour garder le monstre. Et le


Une question de vie ou de mort Prologue Cédric Barthel http://viergedefer.wordpress,com/ monstre le félicitait. Il le savait, il l'entendit dans sa tête à la fin du combat. – Nous allons faire un bout de chemin ensemble William. Un sourire se dessina sur son visage d'octogénaire. Toujours à califourchon sur la femme morte, il leva les yeux en direction du monstre, une lueur démoniaque dans le regard.


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