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Noé Zola -1 – Cédric Barthel

PROLOGUE La nuit était tombée depuis déjà plusieurs heures et Candy était toujours au travail. Cependant, elle était soulagée de servir son dernier client. Sa dernière bière de la soirée avant de rentrer chez elle se coucher. L'homme était un gros chauve d'une cinquantaine d'années. Il la regarda de ses yeux presque morts et alcoolisés. Candy crut déceler une lueur perverse. C'est le dernier, pensa-t-elle pour se rassurer. Elle prit l'argent que l'homme lui tendit et alla derrière le bar. Bobby lui sourit sous sa moustache quand elle le rejoignit. Il l'avait prise sous son aile en lui proposant ce travail. Avant, elle était presque à la rue et se nourrissait dans les ordures. Aujourd'hui, elle arrivait enfin à s'en sortir et le barman y était pour beaucoup. − Vas-y, fit-il. Je vais le faire sortir et fermer le bar. Candy répondit d'un sourire et défit son tablier blanc contenant une poche à pourboire. Sept drills. Dix ans auparavant, ça lui aurait fait 4,40 euros. Elle eut un petit sourire en entrant dans la petite pièce où l'attendaient ses affaires personnelles. Elle attrapa sa veste et son sac et ressortit. Lorsqu'elle s’apprêta à sortir du bar, comme tous les soirs, Bobby lui lança : − Fais gaffe aux goules ma poule ! Elle lui sourit et répondit : − Laisse-moi rire vampire ! Puis elle sortit. Lorsque le seul bruit qu'elle entendit dehors était celui des talons de ses chaussures sur la chaussée, elle sentit une inquiétude naître en elle. Il était loin le temps où des voitures passaient toute la nuit, où les jeunes traînaient sans but. Aujourd'hui, les nuits étaient plus calmes mais plus dangereuses. Elle repensa au chauve du bar. Son regard pervers. Avait-il observé ses fesses pendant qu'elle retournait au bar ? Où son décolleté pendant qu'elle prenait les drills ? Elle se retourna. Anxieuse, elle regarda le bar. Bobby n'était pas encore sorti, le chauve non plus. Dans cette nuit calme, elle aurait entendu la porte du bar et les voix des deux hommes. Elle regarda à nouveau devant elle et accéléra le pas. − Ch'peux re... main ? Elle sursauta et se retourna. Devant le bar, Bobby et le chauve rejoignaient le parking. La distance l'empêchait d'entendre clairement ce qu'ils se disaient. − Si... ap... drill... fit Bobby. Elle continua sa route. Une fois que Bobby et le chauve ne furent plus à portée d'oreille, le silence morbide et inquiétant revint, ne laissant pénétrer aux oreilles de Candy, que le son de ses talons. Quant à ses yeux, ils ne distinguaient pas grand-chose non plus. Les lampadaires ne fonctionnaient plus dans cette partie du monde depuis au moins neuf ans. Seule la lune éclairait son chemin. Lorsqu'elle était noire, elle se fiait à ses souvenirs pour trouver la bonne route et priait pour qu'il ne lui arrive rien. Malgré les années difficiles qu'elle vécut avant de rencontrer Bobby, Candy était une femme vraiment belle. Elle n'avait que 27 ans, de longs cheveux blonds et ses yeux étaient d'un bleu plus clair que le ciel ne l'a été depuis 10 ans. Un bruit violent la fit sursauter. Elle se retourna et vit une forme noire marcher en tanguant et une poubelle en métal renversée. Elle reconnu la corpulence du chauve et accéléra le pas. Elle n'était plus loin de chez elle mais elle hésita à rentrer. Ne la suivrait-il pas jusqu'à l'intérieur ? N'attendrait-il pas qu'elle ressorte le lendemain pour l'attaquer ? Elle se décida lorsqu'il fut à trois mètres d'elle. Elle monta les trois marches de son immeuble et ouvrit la porte. Malgré la peur grandissante en elle, elle n'alla pas à son appartement mais resta derrière la porte de l'immeuble, à regarder par la vitre où se dirigeait le chauve. Il continua son chemin de sa démarche d'homme déprimé alcoolisé.


Noé Zola -1 – Cédric Barthel Candy sourit quand elle sentit son nœud se défaire un peu et ses jambes encore tremblantes la portèrent jusqu'à son appartement. Elle se sentait un peu bête mais ferma la porte à double tour, ferma le loquet au niveau de sa tête et se laissa enfin respirer normalement. Elle ôta ses chaussures qui l'avaient tant stressée durant le trajet et jeta ses clés sur la table de la cuisine. Elle alla directement au frigo pour l'ouvrir et y boire quatre gorgées bien gourmandes de lait. Une fois le frigo refermé elle alla dans le salon pour appuyer sur le petit bouton rouge clignotant de son répondeur. − Candy, c'est maman... Cool, et où t'étais pendant ma galère ? − Tu n'es pas là ? Bon, je voulais te dire que je ne pourrai pas venir demain, Richard voudrait me présenter à ses collègues et je ne pourrai pas être libre avant que tu ne commences ton travail. Sa mère l'avait abandonnée à cause de ce Richard, précisément. Elle s'était mise en couple avec lui alors que sa fille commençait sa descente aux enfers. Une fille sans travail, le riche Richard ne voulait pas de ça chez lui quand sa mère y a emménagé. La vieille peau n'avait évidemment pas tenté de dissuader Richard de prendre une autre décision et n'avait même pas envisagé de le quitter, lui, sa villa et son argent. Aujourd'hui, dans le monde tel qu'il était actuellement Richard était presque pauvre et sa mère avait reprit contact avec elle. Elle serait sûrement encore plus attentionnée si Candy était autre chose que serveuse dans un bar. Va te faire foutre, pensa-t-elle en appuyant sur « effacer ». Elle enleva son chemisier rouge et le jeta sur le canapé. Elle se dirigea vers la salle de bain et en cours de route, elle enleva son jeans et le laissa traîner dans le couloir. Candy n'était pas très ordonnée, mais vous ne trouveriez jamais ses sous-vêtements dans la cuisine. Elle finit de se déshabiller dans la salle de bain et se laissa glisser sous le jet de la douche. Elle oubliait tout durant ses douches. Ce soir, elle oublia la journée épuisante au travail, ce chauve qui lui avait fait une frayeur et sa mère qui ignorait tout de sa vie. Elle oublia tout. Une fois la douche finie, elle se sécha énergiquement des cheveux aux pieds et alla dans sa chambre. Toujours nue, elle se glissa sous ses draps frais – froid – et ferma ses yeux. Elle se tourna plusieurs fois pendant son sommeil agité. La porte de l'appartement s'ouvrit. Le loquet et la serrure avaient été forcés avec talents. Une lueur de lune pénétra dans l'appartement en même temps que l'homme. Il referma silencieusement la porte et avança dans le salon. Il attrapa un chemisier rouge qui se trouvait sur le canapé et le renifla copieusement. Il se frotta le visage avec le vêtement contenant une odeur féminine et le rejeta sur le sol. Il alla à la cuisine et ouvrit le frigo. La lumière de celui-ci s'alluma et éclaira la pièce. Il sourit. Il attrapa une petite bouteille de liquide vert et en but une gorgée. Il sentit à peine la brûlure de l'absinthe sur sa langue. Il rangea la bouteille et referma le réfrigérateur pour se retrouver dans le noir. Il passa dans le couloir et ses pieds se prirent dans un jeans. Il agita le droit pour envoyer valser le pantalon et continua sa visite pour arriver devant la porte de la chambre. Il la poussa et elle s'ouvrit sans bruit. Une fois ses yeux habitués à l'obscurité plus forte que le reste de l'appartement il distingua enfin le lit. Son objectif. À l’intérieur du lit se trouvait une jeune femme blonde. Elle était couchée sur le ventre et sa couette ne la couvrait pas entièrement. En fait, elle ne couvrait que ses fesses et sa jambe gauche. La droite, jusqu'en haut de la cuisse était découverte et son dos était à l'air libre également. Le sexe de l'homme se durcit inévitablement. Il se confronta à son jeans et il sentit une petite douleur. Il débouta son pantalon et défit la braguette. Lorsque le jeans lui tomba sur les chevilles, il sentit un petit soulagement au niveau du pénis. Ne rencontrant que son caleçon, celui-ci avait désormais le droit à son érection. Il ôta ses chaussures avec les pieds et les jeta avec le jeans,


Noé Zola -1 – Cédric Barthel derrière lui. Il ôta également son haut et ses gants et les laissa tomber à côté de son jeans. Une fois fait, il enleva son caleçon et se retrouva entièrement nu. L'homme sentit une première goutte de sueur perler sur son front. Malgré la fraîcheur automnale qui pesait dehors, il avait subitement très chaud. Il regarda longuement la jeune femme étalée sur son lit. Offrant son corps à n'importe quel inconnu. À n'importe quel intrus. L'intrus ce soir c'était lui. Et son corps... La chaleur augmenta encore d'un cran. Il était temps de faire ce pour quoi il était venu ici ce soir. Il sentit les doigts de ses deux mains se remplir de fourmillement. Il les bougea un peu dans tous les sens pour chasser la sensation, mais elle ne partit pas. Elle ne partirait pas tant qu'il n'aurait pas fini. Il regarda ses mains et sourit lorsqu'il sentit en lui, une sensation de contraction musculaire. Suivit de suite par une douleur des os. Os et muscles se contractaient, rétrécissaient. Ses doigts donnèrent l'impression de rentrer dans eux-mêmes, pour qu'il ne reste de visible que les phalanges proximales de chacune des mains. Les deux pouces eux, continuèrent leur chemin et rentrèrent dans la main. Sa transformation se faisait toujours étape par étape, et il appréciait cela autant qu'un humain pouvait apprécier le sexe. Ensuite ses bras firent de même, ils donnèrent l'impression de rentrer dans le corps. Cependant, lors de l'étape des bras, une autre partie du corps changeait, la tête. Mettant plus de temps à muter, elle démarrait son processus plus tôt. L'homme sentit des proéminences se former sur son front et se déplacer, telles des parasites vivant sous sa peau, de gauche à droite de sa tête. Ses jambes cédèrent sous lui et commencèrent leurs processus, en même temps que ses pieds. Il sentit tous ses os et ses muscles se contracter jusqu'à n'être plus que deux fines pattes recouvertes de peau humaine. A ce stade, le processus de mutation faisait toujours une pause. Ils avaient tous une façon différente de muter, il se demandait souvent pourquoi cette petite pause survenait chez lui. Du coup, il était une créature difforme avec un tronc d'homme, des pattes imberbes et un visage déformé, pas encore changé. Une espèce d'homme tronc au visage mal formé de naissance. Puis tout reprit. Cette partie était la pire, la plus douloureuse et donc, celle qui lui donnait le plus de plaisir. Alors que son tronc se modifia avec une douleur semblable à un écrasement par un bus, son visage finissait sa mutation. Son menton s'avançait, l'arrête de son nez descendit vers ses lèvres. Ses yeux s'écartèrent légèrement. Son nez rétrécit au point de ne devenir qu'un point blanc au milieu du visage. Son petit nez rond et sa lèvre supérieure s'avancèrent à leur tour alors que son front, ses oreilles humaines et ses oreilles de loup continuèrent leur avancée. Enfin, ses cheveux rentrèrent entièrement dans sa tête, malgré les poils qui allaient y prendre place. Le plaisir qu'il prenait aboutit enfin lorsque sa queue de loup lui sortit au niveau du coccyx. Il était presque prêt. C'était un loup imberbe. Une fois sa mutation finie dans un orgasme de plaisir, ses poils poussèrent et il se sentit comme un humain après la meilleure nuit qu'il ait connu. Il était prêt. Le loup d'une taille inhabituelle fixa la jeune femme nue dans son lit. De la bave coula quand il commença son halètement, s'était le seul bruit qu'il fit durant toute sa mutation silencieuse. Lorsqu'il se sentit tout puissant et reposé de sa transformation en bête, il sauta sur le dos de la jeune femme. La jeune femme se réveilla subitement. Elle eut l'impression d'être paralysée. Non, elle était paralysée. Elle ne pouvait plus bouger, elle ne pouvait plus respirer. Elle eut seulement le temps de sentir qu'une masse très lourde la maintenait contre le lit avant de sentir quelque chose se refermer sur sa nuque. Dans sa surprise et sa stupeur, la douleur immense ne réussit même pas à lui arracher un cri. Pourtant, elle aurait voulu crier. Pour sa douleur bien sûr, pour sa peur aussi, mais aussi parce qu'elle ne comprenait même pas ce qu'il lui arrivait.


Noé Zola -1 – Cédric Barthel Pourtant, elle sentit ce liquide chaud couler dans son dos, elle sentit aussi ses coups de couteaux très aiguisés lui lacérant les hanches, arrachant sa chair à une vitesse folle à droite et à gauche. Elle sentit enfin ce même étau qui lui avait enserré la nuque lui prendre le bras gauche. Lorsque la chose lui arracha le membre, elle ne sentit plus rien. Tout cela arriva très vite. Dehors un chien aboya.


Noé Zola - Début chapitre 1