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Cécile . Guarino Scaillierez .

SEE THE WORLD

Benjamin . Scaillierez .

Images des routes d’Europe, d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, d’Amérique du Sud et d’Amérique du Nord. Cécile & Benjamin

SEE THE WORLD 400 jours de Tour du monde

400 jours de Tour du monde


Š CÊcile Guarino Scaillierez & Benjamin Scaillierez - janvier 2013 see-the-world.net


105 000 kilomètres plus tard… Genèse et impressions (très personnelles) à quatre mains… ou les off de notre Tour du monde.

Nous avons décidé de faire ce Tour du monde en rentrant du Japon, en mars 2011. Le tsunami, les décès de ma grand-mère et de ma mère et la gestion difficile des successions rendaient le quotidien et le travail de plus en plus absurdes. Notre sentiment d’étouffement à Paris grandissait, nous voulions quitter tout cela. En trois mois, au 1er juillet (un an jour pour jour après le début de notre relation), nous étions libérés de nos obligations professionnelles. Benjamin avait quitté son appartement et aménagé chez moi, notre blog était plus ou moins prêt, l’itinéraire macro tracé, les billets d’avion achetés et l’organisationnel basique bouclé. Nous étions épuisés mais enfin libres de partir. Au début, nous pensions faire du bénévolat durant notre année off. J’y tenais car mes quelques expériences dans ce domaine avaient toujours été incroyablement enrichissantes. Nous avions envisagé la piste du micro-crédit comme une façon de concilier nos compétences au sein d’associations africaines, indiennes ou latino. Mais pour monter un projet cohérent, il nous aurait fallu beaucoup plus de temps. Nous étions trop dans l’urgence pour retenir l’idée. Nous avons donc finalement privilégié un Tour du monde « classique », une itinérance touristique continue en sorte. Treize mois de voyage, ça nous donnait le vertige. On ne réalisait pas du tout ce que cela signifiait. Aucun de nous deux n’avait jamais fait l’expérience d’une coupure si longue. Cela peut surprendre mais nous avons rapidement réalisé que cette itinérance perpétuelle serait tout sauf reposante. C’est une sorte de logistique ininterrompue… tout le temps. Peut-être l’est-ce moins lorsque tout est balisé par une grosse préparation en amont, mais ce n’était pas le cas pour nous. Nous avons géré l’intendance au fil de l’eau, souvent à la veille des arrivées dans les pays. Il fallait alors « ingurgiter » un pays en 2-3 jours : highlights, itinéraire, logement, nourriture, déplacements, coût de la vie, règles et coutumes locales, coins à impérativement éviter parfois… Plus on avançait dans le voyage, plus le choix des hébergements devenait essentiel. Lorsque l’on voyage en budget serré, les literies sont souvent rudes et garantissent un mal de dos au réveil dont on se passerait bien ! Il y a aussi les chambres pas ventilées dans les pays chauds et leurs variantes pas chauffées dans les pays froids. Le tout parfois accompagné de douches glaciales et/ou sans pression, toujours très pratique pour laver des cheveux longs ! Sans compter les chambres aveugles sans fenêtre, les lumières aux néons… Ces inconforts relatifs ne sont rien sur quelques semaines mais sur quelques mois, c’est une autre affaire. Et ça, on le découvre sur le tas. Moi qui adorait partir trois semaines par an en Asie et loger dans un cabanon sans eau courante et électricité, j’ai vu mes goûts évoluer vers un besoin de confort que je ne me soupçonnais pas. Parfois, ce qui compte, c’est juste de trouver une chambre-cocon, une chambre-maison pour quelques jours.

Du coup, nous avons compris que pour tenir la distance, il allait falloir nous ménager. Ne pas courir plus que de raison, ne pas chercher à tout voir, tâcher de prendre notre temps. Cela paraît évident mais pourtant nous avons très souvent croisé des voyageurs au long cours en rush perpétuel. Au Pérou et en Bolivie, c’était stupéfiant. Nombreux étaient ceux qui enchainaient bus de nuit, excursion et re-bus de nuit le même jour ! Nous, nous n’avons pas eu l’impression de construire un itinéraire relax, au contraire, mais nous passions tout de même souvent 3 à 4 jours dans des endroits sans rien faire de particulier, simplement parce que nous nous y sentions bien. Nous avions des journées off, des sortes de dimanches où nous ralentissions le rythme, même si en fait nous n’étions jamais inactifs. Il y avait toujours l’étape suivante à préparer, les photos à trier, les posts à écrire, relire, corriger, publier… Ils étaient pour nous des rendez-vous importants, des liens essentiels avec nos proches. A l’inverse, j’ai eu la surprise de me rendre compte que j’avais parfois un fort besoin de travailler. Prendre la refonte de mon site CV comme prétexte à refaire un peu de code par exemple ou créer mes boards Pinterest pour tester le dernier réseau social à la mode. Et, travailler en itinérance, ce n’est pas toujours facile non plus, surtout côté connexions web ! Au delà de la durée exceptionnelle du voyage, ce qui a été le plus spectaculaire pour moi c’est l’expérience hors norme de la vie de couple itinérante. Avant, j’étais accro aux voyages en solo, je redoutais du coup beaucoup de ne pas être capable d’un aussi long voyage en duo. Or quelle sacrée expérience de vie commune ! Lorsqu’on me demande ce qui m’a le plus marqué durant le Tour du monde, je pense toujours que c’est le grand voyage entre nous, Benjamin et moi. Notre similarité sur l’essentiel et nos complémentarités de caractères. Benjamin sait rester calme, positif, relativiser (des qualités magnifiques que je n’ai pas du tout !) tandis que je suis plutôt bonne en organisation et en gestion des situations où il faut hausser le ton. En quittant Paris, j’avais l’impression de prendre un grand risque pour notre (très jeune) couple, je pensais que le risque de séparation était bien réel… et finalement, nous nous sommes mariés ! En duo ou en solo, un Tour du monde c’est un grand condensé de diversités auxquelles il faut constamment s’adapter : paysages, cultures, beautés naturelles incroyables, villes plus ou moins agréables, rencontres ordinaires quotidiennes, rencontres extraordinaires parfois. Il y a aussi les réalités que l’on ne soupçonnait pas, des préjugés qui volent en éclat tandis que d’autres se confirment. Parfois, il y a des moments où l’on a envie de rentrer à Paris, retrouver sa maison, ses amis, parfois, on a envie d’être à l’étape suivante. Mais, à 98 %, nous sommes juste très contents d’être sur la route. Et on a toujours en tête l’immense privilège que cela représente. Enfin, c’est rare mais parfois on réalise, on « visualise » ce que représente un Tour du monde. Par exemple quand on apprend à l’Ile de Pâques que


le point antipodal de Rapa Nui se trouve dans le Rajasthan, un endroit où nous étions quelques mois plus tôt…

Ce grand voyage restera une expérience unique et inoubliable. Les sensations sont bien différentes des voyages plus classiques, la longue durée modifie nos perceptions et nos attentes. Nous sommes principalement plus exigeants sur les prestations et sur la qualité. Après plusieurs mois sur la route, nous étions plus intolérants aux approximations, tentatives d’entourloupes ou mauvais services. Plus le voyage avançait, plus nous nous prenions nos distances avec le tourisme de masse version aseptisée. Pratiquement plus d’excursions organisées, moins de guides touristiques. Nous préférions demander aux locaux, passer aux centres d’informations, laisser le hasard choisir notre restaurant. Au final, nous étions moins tentés de courir et avons découvert les pays de façon plus authentique.

Heureusement, notre périple a été sans nuage, certes il y a eu quelques escarmouches mais rien de bien important. Etre tout le temps ensemble nous a poussé à communiquer constamment et cela nous a encore plus rapproché. Maintenant, Cécile sait gérer le « Benjamin-qui-a-faim-et-veut-mangertout de suite » et moi la « Cécile-qui-ne-veut-pas-ressortir-le-soir-pourmanger » ! Au final, faire ce tour du monde avec Cécile a été un vrai bonheur ! Vivre avec un budget prédéfini, croiser parfois l’extrême pauvreté, s’émerveiller de la beauté des grands espaces nous poussent à nous remettre en cause. Qu’est qui est vraiment important ? Le dernier Iphone vaut-il vraiment un billet d’avion pour Bali, plus de 40 jours en Inde ou 3 semaines en Nouvelle Zélande ? Il ne s’agit pas de vivre dans le plus grand dénuement technologique ou vestimentaire mais simplement de relativiser et de bien choisir. La citation de Bouvier prend alors tout son sens (il est fort ce Bouvier) : « Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »

Un an pour 17 pays, au final c’est court. Pour certains, j’ai un sentiment d’inachevé pour d’autres c’est l’inverse. L’Australie, la Nouvelle Zélande, Bali ou les USA auraient mérité bien plus de temps afin de les découvrir de fond en comble, mais leur taille les rend difficiles à appréhender. Pourtant je ne regrette pas notre itinéraire, rien ne me laissait penser que l’ouest américain allait autant me séduire. Nous avons surement trouvé les thèmes de nos prochains voyages ! L’idée comme quoi nous sommes libres pendant un tour du monde est erronée. Le choix du billet TDM nous limite, les billets d’avions hors du billet TDM nous bloquent puisqu’ils sont rarement modifiables. Certes, nous pouvons décider de rester quelques jours de plus dans un lieu magique, mais les contraintes nous ramènent vite à la raison surtout en pleine saison. Les avions sont remplis des mois à l’avance, les meilleurs hôtels peuvent être pleins un an à l’avance. Le voyage a perdu de sa spontanéité. Il faut alors faire des concessions sur la qualité du service ou alors sortir le portefeuille. Le plus judicieux est surement de partir en saison creuse. Bali est peut être le meilleur exemple. Nous avons passé un moment incroyable là bas, nous étions en basse saison. Pendant la haute saison, Bali perd beaucoup de son charme (comme la Thaïlande). Partir à deux pour un tel voyage est un risque. Le fait d’être tout le temps ensemble, de vivre des situations parfois difficiles, d’être loin de sa famille et de ses amis peut transformer le voyage en cauchemar.

Pour ne pas s’influencer, chacun a écrit son texte sans connaître le contenu de l’autre et ce n’est sans doute pas un hasard si tous les deux nous avons choisi d’aborder la face (parfois) cachée d’un tour du monde. C’est probablement la façon dont, ensemble, nous avons géré les aspects moins glamours d’un long voyage qui fait que notre retour sur Paris se passe si bien. Nous rentrons comblés par cette formidable et enrichissante aventure, conscients de la chance d’avoir pu découvrir le monde pendant ces 13 mois et, surtout, plein d’envie et d’énergie pour la suite !

Paris, Octobre 2012


Note des auteurs L’ensemble des photographies figurant dans cet ouvrage ont été réalisées par les auteurs et publiées sur see-the-world.net. Le Brésil fut une exception, une destination quasi sans photo. Le Canon G10 de Cécile était cassé (il sera remplacé par un Fujifilm X10 à San Francisco) et le téléobjectif de Benjamin était trop voyant pour arpenter discrètement les rues brésiliennes réputées gourmandes en appareils photos. Les illustrations de cette destination sont donc principalement des images trouvées sur le web dont les sources sont citées sur see-the-world.net.


Cécile . Guarino Scaillierez .

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Benjamin . Scaillierez .

Images des routes d’Europe, d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, d’Amérique du Sud et d’Amérique du Nord. Cécile & Benjamin

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