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CONSEIL DE DÉVELOPPEMENT DE LA LOIRE-ATLANTIQUE

TENDANCES n° 7  NOVEMBRE 2010

Échanges internationaux et aménagement d’infrastructures :

Quel flux

de transport

demain pour le Grand Port Maritime

8 milliards de tonnes de marchandises et 53 000 navires de commerce : le transport maritime mondial est aujourd’hui une gigantesque entreprise qui fait travailler plus d’un million d’hommes. Ce secteur connaît quadrupler à l’horizon 2050. millions de tonnes de marchandises une croissance à faire pâlir Aujourd’hui, 75 % des marchandises chaque année (dont 75 % en import et tous les autres modes de trans- rencontrent la mer sur leur parcours. 25 % en export). Les produits transportés concernent aussi bien le secports. Pourtant, la course à la Comment expliquer teur énergétique (69 % du productivité et au gigantisme un tel développetrafic total) que le vrac, le ment ? roulier ou le conteneur insufflée par l’économie inter700 salariés (31 %). Au GPM, ce sont L’amplification de la nationale impose aux ports mondialisation accomparticipent à un plus de 700 salariés mondiaux, dont le Grand Port pagnée d’une très forte qui participent à un chiffre d’affaires chiffre d’affaires Maritime de Nantes Saint- p ro g re ss i o n d e s dépassant les 84 dépassant les 84 miléchanges de produits Nazaire, une gestion de leurs manufacturés est à l’ori- millions d’euros lions d’euros. La zone infrastructures des plus pré- gine de cette expansion. d’activité du port s’étend de Saint-Nazaire à Nantes, cises, avec le regard perpé- Toutefois, il faut attendre la les sites de Montoir et Donges naissance des conteneurs nortuellement tourné vers l’avenir. malisés (standardisation) dans les accueillant les terminaux les plus

Plus massif, peu coûteux, plus fiable et moins polluant que les autres modes, le transport maritime a véritablement le vent en poupe. Depuis un siècle, le volume des échanges empruntant la mer a connu une augmentation croissante qui s’est accélérée à partir des années 70. En quarante ans, les échanges maritimes mondiaux sont passés de 2,5 milliards de tonnes transportées à plus de 8 milliards et les volumes pourraient encore tripler voir

de Nantes - Saint-Nazaire ?

années 60 pour que le commerce maritime devienne véritablement incontournable. En effet, les possibilités de massification qu’offre ce type de transport sont immenses et répondent parfaitement à la diversité des produits transportés.

Une fenêtre commerciale sur l’Atlantique

Le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire (GPMNSN) constitue la porte d’entrée et de sortie pour 30

performants, tournés vers le trafic international. Afin de répondre aux contraintes techniques des navires et à la forte sectorisation des marchandises, chaque terminal a sa propre spécificité. (cf schéma page 2). Les sites de Montoir et Donges sont davantage tournés vers l’international alors que Saint-Nazaire et Nantes présentent une activité majoritairement intracommunautaire.

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Un port qui ne manque pas d’énergies ! Réceptionnant 3 énergies primaires, le trafic énergétique occupe une place de choix sur le port de Nantes SaintNazaire. Traitées principalement sur les sites de Donges et Montoir, ce sont environ 20 millions de tonnes de pétrole, gaz et charbon qui sont gérées chaque année (cf carte des sites ci-dessous). Cette filière a vu sa croissance multipliée par 2,5 entre 1966 et 2010 ! Pourtant compte tenu de la raréfaction des ressources, quel peut être l’avenir de ces marchés ?

Pétrole : une filière en pleine mutation

Deuxième raffinerie du groupe TOTAL, le terminal pétrolier de Donges traite un peu plus de 10 millions de tonnes de brut par an. Le site s’étend sur 350 hectares et propose 7 appontements spécialisés par produit. Une fois raffinée, une partie des produits est distribuée par différents modes de transport (route, fer, fleuve, pipe) dans l’hinterland du GPM. L’autre partie repart par voies maritimes, au long cours pour les Répartition du trafic énergétique du GPMNSN 11 % Charbon

36 %

23 %

GNL Raffinés

30 %

Pétrole brut

Source : GPMNSN - Réalisation : CDLA

destinations internationales et en cabotage1 pour les autres ports français et européens. Malgré une forte activité, le secteur pétrolier est aujourd’hui soumis à de réelles contraintes techniques et économiques. Les réserves de pétrole brut s’épuisent et sont de moins en moins accessibles. Aujourd’hui, pour 5 barils de pétrole consommés chaque jour, un seul nouveau baril est découvert. À ce phénomène structurel s’est superposée la conjoncture, entraînant une baisse de la consommation et de la production (15 % des raffineries européennes sont actuellement en vente ou à l’arrêt).

Gaz Naturel Liquide : un avenir plus prometteur ?

Le terminal méthanier de l’opérateur ELENGY (filiale de GDF) est l’un des tout premiers en Europe, sa capacité de près de 10 milliards de m3 par an permet à une centaine de méthaniers, dont les navires QFLEX2, d’y accoster chaque année. Gaz De France y investit actuellement en vue d’augmenter sa capacité de stockage à 12,5 milliards de m3/an avec un potentiel de développement à 16,5 milliards de m3/an. Depuis les années 2000, la progression du transport de GNL a été constante, mais a subi un coup d’arrêt conjoncturel brutal en 2008. Cette baisse de la demande est intervenue alors que de nombreux projets de terminaux étaient engagés, d’où une tension importante aujourd’hui sur les frets. Disposant actuellement

de réserves plus conséquentes que le pétrole, cette énergie est plus porteuse. Le gaz de schiste pourrait être le nouvel eldorado américain, les Etats-Unis s’engagent d’ailleurs sur cette voie pour devenir autosuffisants.

Le marché du charbon tient bon la mer

Tout comme le Gaz Naturel Liquide, le charbon est déchargé à Montoir-deBretagne. Ce terminal peut accueillir des navires de 130 000 tonnes en pleine charge, il est également pourvu de deux portiques, d’un poste de rechargement pour barges ainsi que d’un parc de stockage de 1 200 000 tonnes. La vocation principale du charbon en BasseLoire est l’alimentation de la centrale électrique de Cordemais qui joue un rôle stratégique dans l’équilibre de l’alimentation électrique bretonne, mais aussi l’approvisionnement des industriels et les chaufferies utilisatrices. Cette énergie s’appuie sur des réserves mondiales encore importantes et bien réparties, d’où un coût de la matière première moins élevé et plus stable. Quid de ces énergies dans 20 ou 30 ans ? Le pétrole et le Gaz sont deux énergies fossiles et de ce fait, épuisables. À en croire certains spécialistes, le « peak oil » interviendrait entre 2010 et 2030, quant au « peak Gaz » les estimations vont jusqu’à 2045. Que deviendraient alors les infrastructures portuaires dédiées à ces activités ? Pour préparer l’avenir, le GPM accompagne ses partenaires et favorise l’émergence de nouvelles filières énergétiques, telles que celles des Énergies Marines Renouvelables (EMR). Quant aux opérateurs en place, ils cherchent dès aujourd’hui à se diversifier afin de rebondir sur d’autres secteurs d’activités.

L’hinterland :

4 sites sur l’estuaire pour un trafic polyvalent

support du GPM Le Havre

Saint-Nazaire Terminaux spécialisés

Nantes

Donges

Frigorifique Agroalimentaire Fruitiers Colis lourds

Terminal pétrolier

Formes réparation navale

Nombre d’habitants au km/²

Roche Maurice Terminal céréalier

200 - 100

Croisières

Wilson

Terminaux spécialisés

-

Roulier Conteneurs Méthanier Agroalimentaire Charbonnier

Montoir de Bretagne

100 - 50 < 50

Terminal céréalier

- Produits forestiers - Sable - Roulier -Maranchises diverses

Cheviré

Hinterland des principaux ports français Nantes - Saint-Nazaire Elargissement souhaité Marseille

Source : GPMNSN - Réalisation : CDLA

2

Nantes Saint-Nazaire

> 200

Loire-Atlantique 2030 • Tendances N°7 • NOVEMBRE 2010

Le Havre

Marseille Fos

Source : www.auhavre.com - Réalisation : CDLA

-


Grand Port Maritime : le grand ouest comme hinterland3 Véritable lieu de passage, de transformation ou de destination, le quotidien du GPMNSN est rythmé par deux grands types de flux. Le premier est relatif aux marchandises qui utilisent le port comme zone de transit. Le deuxième concerne les marchandises originaires ou qui ont pour destination le département : c’est le cas des « inputs » (matières premières transformées ou réacheminées) et des produits finis qui sont consommés ou produits localement.

Répartition du trafic non énergétique

20 % 18 %

25 %

14 %

18 %

Autres Conteneurs

1 % 4 %

Bois d'oeuvre Roulier

Autres

Céréales

Conteneurs

Sable de mer

Bois d'oeuvre

Aliments du bétail

Roulier Céréales Source : GPMNSN - Réalisation : CDLA

Sable de mer

Aliments du bétail

« La filière énergie a vu sa croissance multipliée par 2,5 entre 1966 et 2010 ! »

Vrac, RoRo et conteneur,

l’autre visage du GPM Ce marché représente 29 % du trafic total du GPM pour 9 millions de tonnes. Très fractionnés, ces trafics concernent le secteur du conteneur, le RoRo ainsi que le vrac.

Les marchandises en conteneurs : et hop, c’est dans la boîte !

20, 40 ou 45 pieds de long pour 8 pieds 6 pouces de large, aujourd’hui le commerce maritime ne jure plus que par ces boîtes métalliques aux formats normalisés. Les navires porte-conteneurs pouvant les transporter ne cessent de croître (jusqu’à 11 000 conteneurs sur un seul navire), tout comme les infrastructures terrestres les accompagnant. Pourtant la crise de 2008 a été la pire pour ce secteur depuis les années 60 : la demande mondiale a beaucoup chuté, parfois jusqu’à 25 %. La reprise a été très différenciée suivant les zones, conduisant à un fort déséquilibre entre les pays d’Asie et l’Europe. Dans cette conjoncture, le terminal de Montoir a plutôt mieux résisté que

d’autres places. Ses infrastructures font lier s’est renouvelée juste avant la crise, de lui le terminal le plus crédible de la positionnant de nouveaux navires sur un façade atlantique. 950 mètres de quais, marché en pleine chute de la demande. 4 postes, 4 portiques et 2 grues : ce En effet, comme beaucoup d’autres terminal est accessible actuellement à secteurs, la croissance jusque-là stable des navires de 4 000 boîtes et de 12,6 m du RoRo a été stoppée net en de tirant d’eau. Offrant de nou2008 par la crise automovelles destinations en direct et bile et la récession dans Près de feedering4, ainsi que des la péninsule ibérique. 30 millions de La ligne trentenaire équipements logistiques tonnes de Montoir-Vigo du ter(plates-formes, réseau marchandises minal de Montoir de ferré), ce terminal se posiBretagne a chuté de tionne de façon cohérente circulent chaque 40 % en 2009. C’est face à la croissance imporannée via les 4 sites donc dans un climat tante de cette filière. de l’estuaire difficile que ce trafic se redéveloppe, notamLe RoRo tient ment avec la mise en serbon la rampe... vice de la ligne Montoir-Gijon en Sous ce petit nom se cachent le « Roll on / Roll Off » 5. Réservé principalement septembre 2010, première autoroute au transport de véhicules, ce trafic maritime sur cette façade. Malgré la s’exerce surtout sur de courtes et baisse conjoncturelle d’activité, l’avenir moyennes distances, le long cours ayant de ce type de transport n’est pas menaprivilégié le conteneur, plus productif cé : quelques perspectives de dévelop(manipuler le contenu et non le conte- pement intéressantes se profilent à nant évite de nombreuses ruptures de court terme (trafic Renault via la charges). La flotte vieillissante du rou- Turquie, escales Airbus renforcées...).

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Vision future de la Loire-Atlantique Aujourd’hui

Aujourd’hui le GPM bénéficie d’un secteur énergétique diversifié et efficace. Cependant, son avenir reste conditionné par les énergies fossiles. Adaptation, reconversion, mutation ? Que vont devenir les infrastructures portuaires associées à des activités qui vont fortement évoluer pour les générations futures ? La problématique de la filière vrac est différente. Sa croissance est aujourd’hui stable, mais il s’agit d‘un secteur qui reste largement dépendant de l’activité de l’hinterland. Concernant le conteneur, c’est une filière qui connaît aujourd’hui une forte progression et qui sera de plus en plus présente sur les ports mondiaux dans les années à venir.

Du vrac très ordonné

Handymax, Capsize, Panamax... la gamme de navires-vraquiers est très large, à l’image de la segmentation du marché qui est composé aussi bien de ciment, de sable, de produits recyclés que de céréales ou de bois. Basés sur les sites de Nantes, Montoir et SaintNazaire, les échanges de vrac du GPM sont d’envergure internationale. Toutes les zones mondiales sont représentées, à l’import comme à l’export. Les navires accueillis transportent généralement des produits issus de l’agroalimentaire ainsi que du vrac d’origine industrielle (ciment, sable...). Bien que le développement de ces filières soit largement dépendant de la conjoncture, la vision de l’avenir du vrac au GPM est plutôt rassurante même si certaines filières Complémentarité logistique 2LE et nouveau service de transport combiné

Aménagement du terminal conteneurs

Requalifier le site portuaire et l’interface ville / port de Saint-Nazaire

Mise en route de l’autoroute maritime transgascogne

Demain

le GPM aura un autre visage. Le mixte énergétique ne sera plus de même nature et les marchés vont continuer à évoluer. De nouvelles infrastructures dédiées aux énergies nouvelles (construction et l’assemblage) seront nécessaires. La conteneurisation et le vrac vont poursuivre leur croissance. La composition du vrac va se trouver modifiée au vu de la baisse d’activité de l’Hinterland, quand au conteneur, répondre à l’attente du marché et au standard européen demande des infrastructures adaptées aux navires que l’on souhaite accueillir. C’est pour-

vont décroître. L’hinterland reste en effet un support très solide. La diversification des produits est dans ce contexte un gage de stabilité globale.

Et dans

GLOSSAIRE 1.

 abotage : C Déplacement d’un navire de port en port en restant à proximité des côtes.

2.

 FLEX : Q Méthanier géant, moins polluant et permettant un emport plus important que les méthaniers traditionnels.

3.

 interland : H Mot d’origine allemande caractérisant la zone d’influence et d’attraction économique d’un port.

4.

 eeder : F Navire de petit tonnage permettant l’éclatement, sur différents ports, d’une cargaison livrée dans un port principal par un navire de tonnage important faisant peu d’escales et inversement la collecte de marchandises vers un port principal.

5.

 oll on/Roll off : R Cette appellation fait référence à la technique de manutention : les colis sont chargés et déchargés en roulant depuis la rampe RoRo portuaire (vers la rampe mobile du navire).

20 ans ?

Dans 20 ans, le port de Nantes SaintNazaire aura beaucoup évolué, ses services sont aujourd’hui sur le pont pour dessiner le port de demain. Un port avec un socle énergétique diversifié, complété par les énergies nouvelles et une filière vrac recomposée, en adéquation avec les mutations économiques de l’hinterland. Concernant la conteneurisation, elle poursuivra son développement au sein du GPM, qui souhaite, à terme, faire des termiComplémentarité entre les plates-formes logistiques naux conteneurs et portuaires, métropolitaines et départementales et le réseau rouliers des équipede plates-formes intérieures ments de dimensions européennes. La vision future du port intègre également un projet de Développement du barging sur développement du fret l’estuaire Création d’un site ferroviaire permettant d’écotechnologies marine et d’une de relier le GPM aux centrale solaire Développement photovoltaïque corridors prioritaires du barging au Carnet à l’amont Requalification existants. En attendant de Cheviré du site de l’île de Nantes la réalisation de ce programme chargé, bon Le port de Nantes Saint-Nazaire dans 20 ans vent au Grand Port Maritime  ! 

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quoi il est prévu dans le plan d’évolution du GPM des quais plus longs et des tirants d’eau plus importants. Cette évolution du port prendra également en ligne de compte le développement de la logistique et des services associés, la nécessité d’élargir la profondeur de l’hinterland par une utilisation plus importante du fer ainsi qu’un développement des trafics intracommunautaires au profit du maritime (caboteurs et Roro). Ces mutations logistiques seront couplées à des technologies d’informations telles que le traçage des échanges.

Conseil de Développement de la Loire-Atlantique Co-Directeurs de la publication : Marcel Verger, Alain Sauvourel Rédaction : Céline Philiponet, Patrick Eschenbrenner, Jean-Luc Tijou  Mise en page et illustration : Céline Philiponet  Crédits photos : Fotolia  Impression : CODELA CODELA - 21 Bd Gaston Doumergue - 44200 Nantes  Tél : 02 40 48 48 00  Fax : 02 40 48 14 24 Courriel : cdla@codela.fr  Site web : www.codela.fr/cdla/presentation

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