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LE POLAR SON HISTOIRE… I. LES PRÉCURSEURS S'inspirant des mémoires de Vidocq parues en France en 1828, Edgar Allan Poe publie double assassinat dans la rue morgue (1841) (traduit en France par Charles Baudelaire). Avec ce premier récit de détection criminelle, il lance le roman policier. Les lois du genre sont établies : un crime, un problème, une enquête. Du raisonnement, de la psychologie et de la violence ... Avec le Chevalier Dupin naît l'archétype du détective. Le premier disciple de Poe est français. Emille Gaboriau, journaliste de métier, publie L'affaire Lerouge (1866) créant le personnage du Père Tabaret alias Tirauclair, très inspiré de Dupin. Avec ses récits suivants, entre en scène le premier policier scientifique de l'histoire, j'ai nommé l'inspecteur Lecocq (utilisation des indices, moulage d'empreintes, déduction logique...). Ils vont ainsi définir deux écoles : L'école anglo-saxonne d'Edgar Poe qui s'attache au déroulement de l'enquête créant la figure du détective amateur. L'école française de Gaboriau qui, même si elle utilise des méthodes scientifiques reste très sensible à l'aspect romanesque et créer la figure du policier professionnel. On retrouve ainsi une fidélité certaine à l'esprit des feuilletons alors très en vogue et qui ont sans doute préparé le terrain.

II. LES PÈRES FONDATEURS Le genre a ses codes, il va désormais avoir ses héros. 1887, nous entrons dans le vif du sujet avec les premières aventures de Sherlock Holmes, génie de l'intuition et de la déduction. Conan Doyle, médecin de son état invente avec Une étude en rouge, le plus célèbre des détectives dont le talent tiendra les lecteurs en haleine entre 1887 et 1927 au cours de quatre romans et cinquante-six nouvelles. Son plus fidèle compagnon, le docteur Watson décrira ainsi le pensionnaire du 221B Baker Street comme étant la " machine à observer et à raisonner la plus parfaite de la planète ". Conan Doyle, dépassé par son propre succès, exécute son héros en 1893 dans Le dernier problème. Mais la mort sera de courte durée (si, si)! Le public s'insurge et Sherlock Holmes ressuscite 10 ans plus tard avec La maison vide (1903). C'est donc sur les traces du héros que les limiers se lancent dans le roman à énigme : qui a tué, quand, comment et pourquoi ? C'est Joseph Joséphin, alias Rouletabille, reporter-détective crée par Gaston Leroux qui, en 1907, relève le défit sur les traces de Poe et de Gaboriau. Le mystère de la chambre jaune et Le parfum de la dame en noir empêcheront des milliers de lecteurs de dormir tranquille. A la même époque, Maurice Leblanc fait du cambriolage un service d'intérêt public avec Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur patriote. Ses aventures commencent en 1905 avec L'arrestation d'Arsène Lupin que l'on trouve dans le recueil Arsène Lupin, gentleman cambrioleur. Son art du déguisement, son éternelle élégance et son habileté forgeront le mythe. Incontournables (puisqu'il faut choisir !): Arsène Lupin contre Herlock Sholmes, L'aiguille creuse, 813, Le bouchon de cristal...

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III. L'ÉCOLE ANGLAISE Le jeu cérébral est lancé avec La mystérieuse affaire de Styles (1920). Il s'agit pour le lecteur de relever attentivement le moindre indice afin de découvrir la clef de l'énigme avant le dénouement (ce qui s'avère parfois hasardeux au regard des indices disons inégaux..). Le roman se veut construit rationnellement et scientifiquement. Il s'agit donc d'un subtil jeu de construction-déconstruction où chaque pièce a sa place. Le lecteur se trouve ainsi directement impliqué et doit faire appel à son sens de l'observation et de déduction. Lecteur-détective... Et c'est Agatha Chrisite, évidemment, qui fera du roman de détection (ou roman à énigme) une spécialité so british, au même titre que le pudding. Celle qui deviendra LA reine du crime est l'auteur de 66 romans policiers, 20 pièces de théâtre et plus de 100 nouvelles, traduits en 63 langues. Même si on peut lui reprocher la psychologie primaire de ces personnages et le systématisme de ses intrigues, Hercule Poirot et Miss Marple demeurent des héros inoxydables de la littérature policière. Nous garderons au panthéon de la vieille dame Le meurtre de Roger Ackroyd, Le crime de l'orientexpress, Mort sur le Nil ou encore Dix petits nègres. A noter : Durant cette période le rôle prépondérant de la collection Le Masque lancée en France en 1927 par Pierre Pigasse. Si elle commence surtout par traduire les romans d'Agatha Chrisite, la collection se développe ensuite en éditant des auteurs francophones.

IV. L’ÉCOLE FRANCO-BELGE L'ouverture de la collection Le Masque à des auteurs francophones permet l'émergence d'une nouvelle voie. Le Masque donne ainsi la parole à des auteurs qui cherchent à faire évoluer la littérature policière.

C'est Pierre Véry qui, le premier, veut " la rénover en la rendant poétique et humoristique... ". Il crée ainsi Prosper Lepicq, avocat dont le passe temps est de traquer les criminels afin d'assurer leur défense et ses revenus. Mais il fait surtout sensation en introduisant le merveilleux dans les délits de droit commun. Le testament de Basil Crookes (1930), L'assassinat du père noël (1934), Les disparus de Saint-Agil (1935), ou Goupi mains rouges (1937) en sont les exemples les plus visibles parmi les 28 romans qu'il écrira. S.A. Steeman, belge de son état, passionné du genre crée des personnages tels que Mr Wens, ancien

policier

à

son

compte

ou

Aimé

Malaise,

personnage

à

la

Maigret

(avant

l'heure).

Il construira une œuvre en phase avec son époque, dont le parfait Autopsie d'un viol (1964) ou L'assassin habite au 21 (1939) et Quai des Orfèvres rendus immortels par la caméra d'Henri-Georges Clouzot.

Mais l'auteur le plus marquant de cette mouvance reste sans doute Georges Simenon, l'homme aux 400 livres (soit un tous les quatre mois !) et dont les tirages traduits en 55 langues (550 millions d'exemplaires vendus) dépassent ceux de la Bible ; le père du célèbre Commissaire Maigret. La critique, parfois boudeuse, aura beau le qualifier de " Balzac du pauvre " Simenon n'en sera pas moins le chroniqueur d'un monde en mutation. En 76 romans ou nouvelles, il déclinera la devise de son commissaire de héros " comprendre et ne pas juger ". Des récits dont la force est de raconter simplement des choses d'une noirceur extrême. L Lycée Marc Chagall de Reims – AZEMA Violaine – 2008-2013


V. LE ROMAN NOIR AMERICAIN Sur fond de prohibition, la question n'est plus tant de savoir "qui a tué ?" mais "pourquoi ?". Le climat est à la violence de la pègre et à la corruption. La voie est ouverte à l'école du roman noir américain, avec Dashiell Hammett comme père fondateur et L'incendiaire (sa première nouvelle) comme principal repère. Le crime et l'enquête qu'il déclenche ne disparaissent pas, mais le détective devient un révélateur. C'est un homme de terrain, souvent cynique et désenchanté, malmené par les aléas de sa quête. Dès lors, le roman noir s'ancre fermement dans une réalité sociale et politique et rend compte de la violence qui y sévit. Les pages de ces romans dégagent une forte odeur de poudre, de sang et de bourbon " single malt ". C'est le début de la série des détectives légendaires.

Avec Dashiell Hammett, on entre de plein fouet dans cet univers réaliste et un peu glauque. Ici on ne fait plus appel à l'intelligence du lecteur mais à son cran et à ses tripes. On est dans l'action, loin des salons du roman à énigme. Les rues sont dangereuses, les meublés crasseux, les arrières salles enfumées et les personnages troubles. Chez Hammett, la vengeance s'exerce et le coupable trouve souvent la mort, révélant ainsi une critique acerbe des institutions américaines (ce qui lui vaudra même d'être emprisonné par MC Carty). La moisson rouge (1929) et Le sang maudit (1929) révèlent déjà la corruption du monde des affaires et de la classe politique, à travers le héros anonyme de la Continental Op. Dès Le faucon de Malte (1930), le rôle du privé est confirmé avec Sam Spade. Suivront La clé de verre (1930) et L'introuvable (1934). Raymond Chandler, fasciné (mais jamais influencé) par Hammett se lance dans l'écriture en 1939 avec Le grand sommeil, donnant naissance au célébrissime Philip Marlowe dont l'épopée couvre sept romans : Le Grand Sommeil (1939), Adieu ma jolie (1940), La Grande Fenêtre (1943), Fais pas ta rosière (1949), Sur un air de navaja (1953, prix Edgar Poe), Charade pour écroulés (1958), une nouvelle The Pencil (écrite en 1958, publication posthume en 1960) et un roman inachevé The Poodle Springs Story dans lequel Marlowe se marie. Dans ces romans, les morts prolifèrent comme autant de critiques d'une cité corrompue où la police est brutale, les médecins marrons, les gangsters tout puissants. Son écriture très visuelle lui permet de planter parfaitement les décors et les atmosphères (même si certains lui reprocheront d'oublier parfois l'intrigue) en faisant un client idéal pour le cinéma. Mais Chandler est un collaborateur difficile et alcoolique (selon lui, Hitchcock et Highsmith sont mauvais !). Il finit par se retirer et meurt en 1959. Notons enfin qu'il fût un théoricien du roman criminel moderne. Il écrivit ainsi L'art d'assassiner ou, la moindre des choses (1944). William Irish commence lui aussi par écrire de nombreuses nouvelles (plus d'une centaine entre 1935 et 1939). C'est sous le nom de Woolrich Cornell qu'il passe au roman et publie La mariée était en noir (1940) puis poursuit avec cinq autres titres qui composent sa célèbre suite en noir : Retour à Tillary street, Alibi noir, Ange (1943), Une peur noire (1944) et Rendez-vous en noir. Etant très prolixe, il choisit de prendre un pseudonyme pour pouvoir tout publier. C'est donc William Irish qui écrira Lady fantôme (1942), L'heure blafarde (1944), La sirène du Mississipi (1947) et J'ai épousé une ombre (1948). Mais la maladie de sa mère avec qui il vit le plonge dans une longue période de silence, et quand cette dernière meurt en 1957, Irish s'enfonce définitivement dans la solitude, l'amertume et l'alcoolisme. Amputé d'une jambe suite à une gangrène, il meurt quelques mois plus tard d'une attaque, un peu oublié. Il n'en demeure pas moins le maître du roman à suspens, le roi des machinations qui entraînent ses personnages dans un combat initiatique et décline avec art la substitution d'identité, l'erreur judiciaire ou l'attente tendue d'une menace inconnue (définition même du suspens).

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David Goodis commence à écrire comme reporter, explorant les zones sordides et les basfonds, allant jusqu'à se déguiser en clochard pour saisir ses impressions sur le vif. Son second roman Cauchemar (1946) sera immédiatement acheté par Hollywood et adapté par Delmer Daves en 1947 (sous le titre Les passagers de la nuit). Goodis travaille alors comme scénariste pour la Warner avant de sombrer dans l'alcool et de mourir à à peine 50 ans en 1967. Il laisse une œuvre d'une grande unité thématique avec des romans dont les personnages sont essentiellement des poissards brisés par la vie, déchus qui s'animent dans un dernier sursaut de dignité avant la chute finale. De grands blues littéraires comme La nuit tombe, Epaves, Sans espoir de retour, La police est accusée ou Tirez sur le pianiste (adapté au cinéma par Truffaut en 1957).

VI. LE ROMAN NOIR FRANÇAIS Après avoir écrit des romans populaires sous différents pseudonymes (Frank Harding, Léo Latimer, Jean de Selneuves ou Lionel Doucet) Léo Malet cet ancien poète surréaliste, anarchiste et autodidacte publie sous son nom le premier roman noir français 120, rue de la gare (1943) et crée son héros récurrent Nestor Burma . Essai transformé d'acclimatation de la figure du détective américain dans la France d'après-guerre. Il écrit aussi La vie est dégueulasse (1948), Le soleil n'est pas pour nous (1949) puis Sueur aux tripes (1969) formant ainsi sa trilogie noire. Il retrouve Burma en 1954 et entame les Nouveaux mystères de Paris en quinze volumes pour autant d'arrondissements de Paris (il manque toujours les VIIème, XIème, XVIIIème, XIXème et XXème que Malet trouve défigurés par les promoteurs).

C'est dans la droite lignée d'Irish que l'on trouve le Frédéric Dard d'avant San Antonio. Dans des romans tels que Délivrez-nous du mal, Toi le venin, Le monte-charge, L'homme de l'avenue, Le dos au mur, Les salauds vont en enfer ou Coma, il jongle avec le noir et fait circuler l'angoisse. Après avoir tâté de l'espionnage très 50 sur fond de nouvelles armes nucléaires secrètes (Dernière mission, Les brigades de la peur ou La mort en laisse parus sous le mon de Frédéric Charles), il laisse la place à San Antonio et à sa folie verbale : Laissez tomber la fille (1950) sont les premières aventures du commissaire San Antonio. Duo au raffinement infernal, grands théoriciens du genre, auteurs d'intrigues qui se resserrent comme un étau sur la victime, Pierre Boileau et Thomas Narcejac nous entraînent dans des romans où le quotidien se dérègle. Leur première collaboration est un succès (ils considèrent L'ombre et la proie paru sous le pseudonyme d'Alain Bouccarèje comme une maquette), Celle qui n'était plus (1952) est immédiatement

adapté

au

cinéma

(Les

diaboliques)

par

Henri-Georges

Clouzot.

Suivront D’entre les morts (1954) (adapté au cinéma par Hitchcock sous le titre de Vertigo/ Sueurs froides), Les louves (1955), Les victimes (1964) (roman qui comme son nom l'indique assez bien, déroule son intrigue en partant du point de vue de la victime)... On citera également les inventeurs du néo polar dont Sébastien Japrisot qui écrit Compartiment tueurs, La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil (1966), scénarise Le passager de la pluie et devient l'auteur français le plus adapté au cinéma Thierry Jonquet qui explore le monde des exclus dans Mémoire en cage (des internés psychiatriques) ou Le bal des débris (des vieillards dans un hospice) pour ensuite serial killeriser dans Le manoir des immortels, Mygale, Le bête et la belle, Les orpailleurs ou encore Moloch (roman qui lui vaudra un procès, évoquant une affaire réelle).

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Jean-Patrick Manchette qui entre à la Série Noire en 1971 avec Laissez bronzer les cadavres (co-signé par Jean-Pierre Bastid), un polar qui se déroule dans un hameau abandonné dans le Gard, après un hold-up. Il publiera ensuite des néo-polars « politiques » comme L'affaire N'Gusto (comprendre Ben Barka) ou Nada (1972), réflexion sur le gauchisme et le terrorisme. Le petit bleu de la côte ouest (1976), Fatale (1977), ou son dernier roman La position du tireur couché (1982) traitent de thèmes plus classiques. Manchette devient ainsi au néo-polar ce que Malet était au roman noir : un maître incontesté.

Enfin, avec Didier Daeninckx La contestation politisée reprend ses droits : Meurtres pour mémoires (1984) lie la déportation des enfants juifs et le massacre de 200 algériens à Paris le 17 octobre 1961. Le point commun ? Veillut (lisez Papon.). Le der des ders explore les zones d'ombre de la première guerre mondiale. C'est aussi Métropolice (métro et terrorisme) ou Main courante, excellent recueil de nouvelles.

VII. LE POLAR AUJOURD’HUI Actuellement, d’autres auteurs poursuivent l’aventure d’un polar toujours renouvelé: parmi eux, on retiendra notamment, Jean Claude Izzo dont les romans engagés entrent en force à la Série Noire: la magistrale trilogie marseillaise : Total Khéops (1995) (trophée 813 du meilleur roman), Chourmo (1996) puis Soléa (1998) où Fabio Montale, flic pas comme les autres balade sa mélancolie, ses désillusions et ses indignations avant de mourir. Izzo décedera lui-même d’un cancer moins de deux ans plus tard.

James Ellroy dont l’histoire personnelle (le meurtre jamais élucidé de sa mère alors qu'il avait 10 ans) le pousse jusqu'à l'obsession dans un univers de mort, de sexe et de crime, donnant les pages les plus sombres et les plus violentes du roman noir américain. Clandestin (1982), Le Dahlia noir (1987) qui ouvre le Quatuor de Los Angeles (Le grand nulle part (1988), L.A. Confidential (1990) et White jazz en 1991) et Ma part d'ombre (1996) évoquent cruement l'affaire. Il entame ensuite une trilogie, intitulée Underworld USA avec American Tabloïd (1995). Son œuvre dresse ainsi une galerie de personnages vils évoluant dans une société gangrenée par la corruption, la violence, les crimes (atroces) et la laideur. La face cachée de l'histoire (surtout les années 50 et 60) d'une Amérique qui « n'a jamais été innocente ». Michael Connelly qui, avec Le poète (1998) écrit un grand livre sur le thème des tueurs en série. Ce roman obtiendra le prix Mystère de la Critique. Connelly, grande révélation des années 90, est aujourd'hui l’un des auteurs les plus lu aux Etats Unis et le plus primé : Les égoûts de Los Angeles (1993) prix Calibre 38, Créance de sang (1999) Grand prix de Littérature Policière (et adapté au cinéma par Clint Eastwood), etc. Arturo Pérez-Reverte qui fait une entrée remarquée dans le monde du polar en 1990 avec son Tableau du maître flamand (qui obtient le prix de la littérature policière en 1993), entre art, peinture et échecs. On retiendra également Le maître d'escrime (1988) et Le Club Dumas (1993), adapté au cinéma par Roman Polanski sous le titre La Neuvième Porte. Henning Mankel qui entraîne le polar suédois bien loin des clichés de banquises. Le guerrier solitaire (1999), La cinquième femme (2000), La muraille invisible (2002)...

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…EST AUSSI UNE AFFAIRE DE FEMMES ! Le polar est un genre littéraire en prise avec son époque et qui en reflète les évolutions. La part belle est donc faite aux femmes qui arrivent en force depuis une vingtaine d'années. Les Anglaises avaient ouvert la voie : Daphné du Maurier avec Rebecca et bien sûr Agatha Christie (Une mystérieuse affaire de style, son premier roman datant de 1920). Mais l'évolution de la place des femmes dans le polar ne se limite pas à leur nombre grandissant… Les nouvelles reines du crime so british cisèlent leur style, fouillent la psychologie de leurs personnages et étoffent leurs intrigues : P.D.James, Sans les mains, Un certain goût pour la mort, L'île des morts, La proie pour l'ombre, A visage couvert, Meurtres en soutane... Ruth Rendell Le goût du risque, Simisola, L'homme à la tortue (adapté au cinéma par Almodovar, En chair et en os), Véra va mourir, Regent's Park... Minette Walters fait une entrée fracassante dans l'univers du crime avec des romans à suspens jouant avec la complexité des rapports humains dont Chambre froide et Cuisine sanglante (Edgar Poe Award du meilleur roman 1994). Ellis Peters quant à elle, part explorer les couloirs du temps (en plein Moyen Age) et se rend célèbre avec le frère Cadfael ancien croisé reconverti dans la vie monacale et la résolution d'énigmes criminelles. Le premier est un Trafic de reliques en 1997. Egalement : Un cadavre de trop,

La

foire

de

Saint-Pierre,

Un

bénédictin

pas

ordinaire...

Anne Perry s'engouffre elle dans l'ère victorienne (L'étrangleur de Cater street, Rutland place, Un étranger dans la maison...) Aux Etats Unis, Patricia Cornwell débute comme chroniqueuse judiciaire ou informaticienne au cabinet d'un médecin légiste, métiers qui lui fourniront la matière première de ses livres à l'univers très réaliste. Avec Post mortem (1990) naît Kay Scarpetta et une suite sur le thème serial killer et médecine légale : Mémoires mortes,

Et

il

ne

restera

que

poussière,

Une

peine

d'exception,

Séquence

des

corps...

De l’abondante production de Mary Higgins Clark, on retiendra La nuit de renard (grand prix de littérature policière

en

1980)

et

La

clinique

du

docteur

H.

Donna Léon, auteur de polars dont la véritable vedette, le principal protagoniste est ...Venise et ses langueurs. Un vénitien anonyme, Mort en terre étrangère, Mort à la Fenice... On lira également avec délectation les polars toujours bien ficelés de Patricia MacDonald, en particulier Un étranger dans la maison et Une femme sous surveillance… (ou comment le quotidien peut tourner aisément au cauchemar… Last but not least, la très littéraire Patricia Highsmith, ses idées géniales (L'inconnu du Nord-express adapté au cinéma par Hitchcock) et son très séduisant mais très ambigu Monsieur Ripley, assassin et faussaire (Plein Soleil de René Clément au cinéma), Ripley et les ombres, Ripley s'amuse et Sur le pas de Ripley. En France, Andréa H. Japp, biochimiste et toxicologue de formation, apparaît sur le devant de la scène en 1990. En frappant fort. Elle décroche d’emblée le Prix du roman policier du festival du film policier de Cognac pour La Bostonienne. La plupart de ses romans se dérouleront par la suite aux Etats-Unis. Fred Vargas (son nom de plume vient du personnage d'Ava Gardner dans La comtesse aux pieds nus), archéologue médiéviste de formation, délaisse la violence, construit des énigmes à partir " d'un rien " et préfère explorer avec minutie des personnages décalés (le contemplatif commissaire Jean-Baptiste

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Adamsberg) dans un univers quotidien Debout les morts (1995, Prix du Maine Libre 1995 et Prix mystère de la critique 1996), L'homme aux cercles bleus (1996, Prix du festival de Saint-Nazaire), Un peu plus loin sur la droite (1996), Pars vite et reviens tard (2002), Sous les vents de Neptune (2004)…

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Histoire du polar  
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