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sommaire 1. « À Belgrade… », à la manière d’Obaldia 2. Le Haïku, un poème de la tradition japonaise 3. Pour être moi, à la manière de Guillevic 4. Observation sur un ton familier, Guillevic 5. Petite fable, à la manière de Guillevic 6. La Grenouille et le Bœuf vont au théâtre, d’après La Fontaine 7. Antifable, anti-La Fontaine 8. Le Passé simple : l’objet narrateur 9. Expressions toutes faites pour textes à faire 10. « C’est bien… », textes à la manière de Delerm 11. Exercices de style, Raymond Queneau 12. La Mycologie : inventer une fin


Méthode générale : Les élèves disposent d'un cahier et d'une clef USB. Un sujet leur est donné et ils commencent à travailler, chacun à son rythme, en écrivant un premier jet au crayon de papier. Une fois ce texte terminé, ils viennent le montrer et l'étape de correction et de récriture commence. Dès que le résultat est satisfaisant, le texte est écrit à l'encre, puis passé au traitement de texte, imprimé et collé sur le cahier. Finalement, le créateur peut illustrer son texte. Un cahier idéal doit donc être ainsi constitué, pour chaque projet d'atelier : 1. le sujet, collé dans le sens de la lecture; 2. le premier texte au crayon de papier avec, de préférence, les marques de l'écriture; 3. le texte écrit à la main, à l'encre; 4. le texte final, au traitement de texte, sans aucune erreur ; 5. une illustration. Les objectifs principaux sont, bien entendu, la maîtrise du français ; la prise de conscience que l'écriture est un processus qui nécessite de la réflexion, de l'exigence et du travail ; le plaisir d'écrire et l'apprentissage de l'autonomie. Les textes sont classés dans l'ordre chronologique, les sujets du début de l'année étant plus “faciles” que ceux de la fin. D'abord figure le sujet et le texte-exemple, puis les textes écrits par les artisans. Voici un exemple réalisé par un artisan de l'an passé, dans ses étapes successives :


1. « À Belgrade… »

Voici un court extrait d’un poème de René de Obaldia : À Belgrade T’en prends pour ton grade À Montevideo Faut être comme il faut Innocentines

À votre tour, imaginez d’autres strophes à partir de quelques villes du monde. 1. Vous pouvez choisir une expression toute faite et trouver une ville qui rime avec cette expression. 2. Vous pouvez choisir la ville et créer l’expression qui lui correspond. Choisissez de préférence des villes lointaines (utilisez un Atlas) et dont les sonorités sont inhabituelles et invitent au voyage.


Textes:

À Dublin Il fait un temps de chien (Rodrigo) À Nice Faut que ça glisse (Rodrigo) À Lens Les souris dansent (Thomas C.) À Oxford Il pleut des cordes À Montélimar Partez dare-dare (Joana) À Katmandou Prenez vos jambes à votre cou (Joana) À La Valette J'ai l'humeur dans les chaussettes (Joana) À Avignon J'ai l'estomac dans les talons (Joana)


2. Haïku Un haïku est une forme poétique très codifiée et symbolique, originaire du Japon, dès 1664. C'est Bacho, le premier à en avoir écrit. Un haïku est un poème très court, qui, comme tous les poèmes, doit faire partager des émotions, des sensations, des impressions. Le haïku n'est pas un proverbe. Il ne dit pas une vérité générale ou une morale. Il suggère... La nature est l'essence du haïku. Si l'on souhaite respecter “à la lettre” les règles du haïku, en voici les trois contraintes d'écriture: 1. Un haïku est très bref : 17 syllabes réparties en 5 pour le premier vers, 7 pour le deuxième et 5 pour le troisième. 2. Les métaphores sont interdites, la description d'un instant de la réalité doit à elle seule provoquer l'émotion à l'aide de mots simples. 3. Le haïku comporte un kigo, qui est l'évocation d'une saison.

Exemple:

Le vol du corbeau Sublime la pureté Des champs enneigés.


Haïkaï réalisés par les élèves :

Il faut voir les fleurs Cette journée de printemps Quand les oiseaux volent. Les feuilles et la pluie Tombent toujours en automne Et les enfants pleurent. (Maria de Deus)

La pluie continue Le froid augmente sans cesse Je ferme les yeux Arrivant l'Automne Règne la mélancolie Des feuilles tombent (Francisco)

Ciel ensoleillé Avec la chaleur d'été Nul vent n'apparaît. (Francisco)

Le petit oiseau Blotti dans ses plumes bleues Sent le froid venir (Joana)


3. Voici un poème de Guillevic : Pour être moi Je me fais arbre, Non pas chêne Trop tassé sur lui-même, Plutôt peuplier Au bord d’une route, Voyant clair au loin, Dominant le mouvement, Ne craignant pas l’horizon, Acceptant tous les vents. Présent, Gallimard 29. 03. 94

À vous d’écrire votre poème. Sur le modèle du poème ci-dessus, faites votre autoportrait sous forme de végétal, de minéral ou d’animal. Reprenez le distique (strophe de deux vers) initial : Pour être moi Je me fais… puis, à la manière du poète, en gardant la disposition en distiques, dites ce que vous n’êtes pas (« Non pas… ») et pourquoi (« Trop… »), mais ce que vous êtes (« Plutôt… ») et pourquoi.


Pour être moi, Je me fais pays, Non pas Russie, Trop grand et trop froid, Plutôt Brésil, Avec de grandes plages, Les plus grands surfeurs du monde, Viendront glisser sur mes vagues, Et beaucoup de touristes, Viendront me visiter. Pablo

Pour être moi, Je me fais insecte, Non pas abeille, Trop petite, Plutôt papillon, Sur une fleur de miel. Voyageant au long de la route, Dominant le chemin, Ne craignant pas les oiseaux, Qui pourraient m'avaler d'un coup. Inês


Pour être moi, Je me fais mot. Non pas “assassin” Trop de “s” pour moi, Plutôt Brésil, Sans aucune lettre répétée, Dansant pendant la nuit, Me bronzant pendant le jour, Avec tout ce bronzage, Je finis par être noir. Leonor

Pour être moi, Je me fais oiseau. Non pas corbeau, Trop obscur et peu gracieux. Plutôt perroquet, Plus éclatant et plus gai. Répétant ce qu'il saisit, Voyant les autres rire. Je suis parfois fatigué De tout répéter. Maria de Deus


Pour être moi Pour être moi, Je me fais oiseau. Non pas pigeon, Pas assez majestueux. Plutôt aigle, élégant Et sympathique en même temps. Dominant le ciel Sains crainte ni peur. Me faisant respecter Même par les plus forts. Rodrigo

Pour être moi Je me fais voiture. Non pas Hummer Trop cubique. Plutôt Ferrari Dans un circuit. Étant magnifique dans les rues Dominant les autoroutes. Ne craignant pas un pneu troué Acceptant la pluie. Martim


Pour être moi Je me fais fleur, Non pas tulipe Trop voyante, trop rouge, Rose comme mon cœur Entendant ses battements, Ne craignant pas l'amour, Acceptant les sentiments. Luisa


4. Observation sur un ton familier Sujet : lisez les textes suivants de Guillevic, extraits du recueil Présent. Adressez-vous à un élément de la nature pour lui faire une observation sur un ton assez familier. Je te regarde, Acacia dans l'hiver. Je vois tes branches dénudées Tendues par l'attente. Je sens Ton malaise d'arbre. Si seulement tu pouvais Provoquer la présence D'un pigeon, D'un passereau. 05. 04. 91 Rose rouge imposante Dans ton vase de terre, Seule avec quelques feuilles De ta famille, Veux-tu vivre pleinement Ton destin jusqu'à la fin? À voir toute l'eau Que tu as bue cette nuit, On le dirait. Belley, 07. 08. 92 On dirait, azur, Que tu me parles Que tu me demandes De clamer à tous que tu existes. Tu aurais pu choisir Quelqu'un d'autre. 10. 04. 93


La Mer Je te regarde, Mer mon bateau. Je vois tes grandes vagues, Courir vers la plage. Je sens le vent, Me caresser le visage. Si seulement tu pouvais, Me faire partir de ce radeau. En calmant les vagues, En me posant sur le rivage. Tomas

Le ciel Ciel de nuit, Ciel de midi, Quand des nuages te décorent Ils peuvent te cacher. Ta lune élégante Me fait rêver, Ton soleil brillant Me laisse bouche-bée. Quand tu oses t'exhiber, Tu dévoiles un azur Qui éclaircit notre monde. Francisco


Je te regarde, Aigle dans les airs, Je vois tes grandes ailes, Qui te font planer en beauté, Volant sur les plaines et les rivières, Tu chasses ta proie, Tu la regardes, Tu la survoles, Tout à coup, Tu plonges. Pablo

Boule de coton Durant la journée Je te vois boule de coton, Blanche sur bleu Voyageant dans les cieux, Je rêve de tes formes J'imagine des histoires Tu danses Quand tu es contente, Quand tu es triste Tu pleures Même ainsi, Je t'adore, Boule voyageuse. Carla


La Rivière Rivière brillante Au soleil de midi, Rivière séduisante Un trajet tu accomplis. Par des roches et des montagnes Tu descends à toute vitesse Par des plaines et des campagnes Lentement tu progresses. Sans jamais protester, Tu achèves ton voyage, Douloureux et pénible, J'admire ton courage. Francisco

Marguerite en été Je te regarde dans mes pensées Tu es très assoiffée Je vais t'arroser Dis-moi avant quel est mon fiancé Blanc, noir, clair ou foncé? Et toi? Quel est ton fiancé? Cactus? Gourdon? Ou Polochon? Mélanie


5. Petite fable SUJET : lisez les poèmes suivants de Guillevic, extraits du recueil Présent. Écrivez un poème où l'observation de la nature sera l'occasion d'une réflexion sur l'homme, à la manière d'une petite fable. Pommier, Tu exagères. Tout poète Va te jalouser: Tu as plus de fruits Que de feuilles. Darney, 21. 09. 93 Feuilles du chêne, Ne bougez pas, Explorez-vous. Le voyage sera Plus intéressant Que ce balancement bavard Sous le vent. Paris, 11. 10. 92 Moineau, Cesse de sautiller, De voleter, de becqueter. Tu nous as suffisamment montré Tout ce que tu peux faire, Tu nous bluffes. Tu nous dis par trop Que nous les hommes, Nous ne sommes que des lourdauds. 20. 10. 92


Vent Indécis Ô toi vent, Toi qui m'entoures souvent, Dans tous les pays Je t'ai vu me suivre. Je ne sais pas si tu me suis... Mais j'ai cru le sentir... Décide-toi pour une fois, Quelle direction prendras-tu? Pour que je te suives, Et découvre enfin, Tout ce que tu vois... Entoure-moi encore une fois, Ô vent, viens là, Montre-moi le chemin. Vera


Lave Je t'observe Lave resplendissante, Je sens ta hâte emprisonnée Au fond de ton nid de roches, Je sais que tu n'as pas peur, D'exploser aux yeux du monde, Quand tu sortiras Tu te métamorphoseras En un éclat de roches, Peu de gens survivront. Mais ce sera un événement, Marqué dans l'histoire. Julien


Nuage

Toi nuage, Descends tout de suite Nous devons te parler... Toi tu es là-haut, Tu as la couleur de la pureté, Tu voles vers tous les pays, Personne n'arrive à t'attraper. Tu nous caches le soleil Pour nous donner froid, Et tu pleures sans raison... Nous voulons aussi voler, Nous voulons être légers. Vera


6. Quand une Grenouille et un Bœuf vont au théâtre

Sujet : Récrivez la fable de La Fontaine en la transposant en dialogue de théâtre. Vous noterez le nom des personnages comme dans une pièce de théâtre. L'action et le caractère seront notés uniquement par le dialogue. Les gestes, les déplacements, les mimiques seront mis en évidence par les indications de mise en scène.

Une Grenouille vit un Boeuf Qui lui sembla de belle taille. Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf, Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille, Pour égaler l'animal en grosseur, Disant: "Regardez bien, ma soeur; Est-ce assez? Dites-moi : n'y suis-je point encore? Nenni. - M'y voici donc? - Point du tout. - M'y voilà? -Vous n'en approchez point."La chétive pécore S'enfla si bien qu'elle creva. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages. Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs , Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages. La Fontaine, Fables, I, 3


LA MÉCHANTE GRENOUILLE. ACTE PREMIER SCÈNE 1 GRENOUILLE, VACHE La Vache qui veut se faire aussi maigre que la Grenouille. (Les lumières s'allument) GRENOUILLE. --- Oh, grosse Vache ! Que fais-tu par ici ? VACHE. --- Qui me parle ? Sors d’ ici ! Arrête de m'insulter! GRENOUILLE. --- Oh! Oh! Oh! Tu es si grosse ! Si laide ! Comment je pourrais ne pas te voir?! VACHE (elle pleure). --- Assez!!! J'en ai assez, que tout le monde m'insulte... GRENOUILLE. --- Ok, moi je suis maigrichonne et toi un ballon, t'es jalouse de moi c’ est ça?? VACHE. --- Non, non, non tu crois je préfère être comme ça, au lieu d'être comme toi, au lieu d’ être une petite chose qu'on ne voit même pas… GRENOUILLE. --- Ah oui ?! Non non, vous un jour tu vas exploser, si grosse que tu es! VACHE. --- Mais ça suffit tu crois pas? Arrête de m’ embarrasser, je suis très démoralisée... ( La vache pleure) GRENOUILLE. --- Ah oui! Oh la petite Vache est triste… sa ne me dérange pas! VACHE. --- Insensible que vous êtes! Vous n’ avez pas d'amis je suppose! (La gorge nouée) SCÈNE 2 GRENOUILLE, VACHE (La pauvre Vache, s’ en va et passe trois semaines sans manger. Après que la Vache maigrit de plus de dix kilos, elle décide de revoir la Grenouille ). VACHE. --- Ah ah! Te voilà! Alors ça te gêne de me voir plus belle que toi? GRENOUILLE, sans voir la vache. --- Oui oui! Au revoir! VACHE. --- Au revoir moche! ( Le Rideau tombe sur la Grenouille énervée, et la Vache trés contente! ) Inês Russo


7. Antifable

Modifier la morale d'une fable. Comme Françoise Sagan avec « la Fourmi et la Cigale », récrire une fable au choix en inversant la situation et en renversant la morale. Vous commencerez par inverser l’ordre où les deux animaux sont cités dans le titre.

La Fourmi et la Cigale La Fourmi ayant stocké Tout l’hiver Se trouva fort encombrée Quand le soleil fut venu : Qui lui prendrait ses morceaux De mouches ou de vermisseaux ? Elle tenta de démarcher Chez la Cigale, sa voisine, La poussant à s’acheter Quelques grains pour subsister Jusqu’à la saison prochaine. « Vous me paierez, lui dit-elle, Après l’oût, foi d’animal, Intérêt et principal. » La Cigale n’est pas gourmande : C’est là son moindre défaut. Que faisiez-vous au temps froid ? Dit-elle à cette amasseuse. - Nuit et jour à tout venant Je stockais, ne vous déplaise. - Vous stockiez ? j’en suis fort aise ; Et bien soldez maintenant. »

Françoise Sagan


La poule aux oeufs d'or La sagesse permet de devenir riche. Je ne veux pour le témoigner Que celui dont la Poule, À ce que dit la Fable, Pondait tous les jours Un oeuf d'or. Il crut que dans son corps Elle avait un trésor Mais ne voulut pas prendre de risques. Il acheta un coq Avec lequel la poule eut trois poussins. L'un était mâle, Puis deux femelles grandirent. L'une pondait des oeufs d'or! C'est ainsi qu'en quelques années Il devint milliardaire. Qui profite de ce qui lui est donné Du soir au matin devient riche. Clara

La Poule aux œufs d'or L'avarice perd tout en voulant tout gagner. Je ne veux, pour le témoigner, Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable, Pondait tous les jours un œuf d'or. Il crut que dans son corps elle avait un trésor. Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien. Belle leçon pour les gens chiches : Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus Qui du soir au matin sont pauvres devenus Pour vouloir trop tôt être riches ?


LE CHEVAL ET L’ÂNE En ce monde il se faut l'un l'autre secourir. Si ton voisin vient à mourir, C'est sur toi que le fardeau tombe. Un Âne accompagnait un Cheval peu courtois, Celui-ci ne portant que son simple harnois, Et le pauvre Baudet si chargé qu'il succombe. Il pria le Cheval de l'aider quelque peu : Autrement il mourrait devant qu'être à la ville. La prière, dit-il, n'en est pas incivile : Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. Le Cheval refusa, fit une pétarade ; Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut qu'il avait tort. Du Baudet, en cette aventure, On lui fit porter la voiture, Et la peau par-dessus encor.

L'Âne et le Cheval

Un Cheval d'habitude peu courtois aida un Âne, Qui se sentit mal de porter ses affaires. Un jour le Cheval en train de mourir, Demanda de l'aide à l'Âne, L'Âne l'aida et le Cheval survécut. N'ayez pas peur de faire une bonne action, Car la générosité, Vous rapportera, Une belle récompense. Henrique


Le Renard et le Corbeau Un Corbeau à la chasse Trouva, en bonne place, Un fromage au soleil, Qui a déjà vu chose pareille? Il le prit. Un Renard le vit et dit : Tellement beau que vous êtes, Surtout votre tête, J'imagine par ce que je vois Que rien n'est plus beau que votre voix Sire, vous exagérez Oh! S'il vous plaît, chantez! Le Corbeau, modeste, Chanta à la peste Et comme il l'avait prévu Exactement comme il voulut Le fromage tomba Le Renard le mangea Mal joué Le fromage était empoisonné! Thomas

LE CORBEAU ET LE RENARD Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l'odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : Et bonjour, Monsieur du Corbeau, Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie, Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s'en saisit, et dit : Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. Le Corbeau honteux et confus Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.


Le Renard et les Raisins: Certain renard gascon, d'autre disent normand, Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille Des raisins mûrs apparemment Et couverts d'une peau vermeille. Le galant veut faire son repas ; Mais comme il n'y pouvait atteindre : Ils sont trop verts, mais ça ne fait rien, C'est mieux que de n'avoir rien. Le renard commença à escalader un arbre. Il y parvint, même il était à bout de force. Les raisins qu'il obtint lui donnèrent une recompense. Luis Miguel

Le Renard et les raisins Certain renard gascon, d'autres disent normand, Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille Des raisins mûrs apparemment, Et couverts d'une peau vermeille. Le galant en eut fait volontiers un repas; Mais comme il n'y pouvait point atteindre: «Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.» Fit-il pas mieux que de se plaindre?


8. Le passé simple : l’objet narrateur Lisez le texte suivant: Tout d'abord, quand j'étais jeune, une belle femme élégante m'acheta. Mes belles pierres brillaient et elle m'amenait partout : dans les grands restaurants, au théâtre… Puis un jour, elle m'oublia sur le lavabo d'un hôtel. Une femme de ménage me découvrit, mais comme elle n'avait pas d'argent, elle me vendit. Mon nouveau propriétaire voulait seulement mes pierres, alors il enleva tout ce qui l'intéressait. Ensuite, il m'abandonna dans un coffre, Il ne vint plus jamais me voir. 1. Qui raconte cette histoire? Quels sont les indices qui vous ont permis de répondre? 2. Soulignez les verbes au passé simple. 3. Choisissez un objet, que vous ferez parler à la première personne, en donnant quelques indices pour qu'il soit possible de deviner de quel objet il s'agit et écrivez un court texte au passé simple et à l'imparfait en utilisant exactement les mêmes mots que ceux qui sont signalés en caractères gras.

Tout d'abord, à ma naissance, je fus remplie d'un liquide appelé “Coca”. Il était très froid et moi aussi. Je fus transportée vers une école où on me mit dans un distributeur automatique et j'y suis restée longtemps. Puis un jour, un garçon introduisit une pièce de monnaie et, pendant que j'entendais des bruits bizarres, je fus aspirée vers un trou. Tout à coup, je me trouvai à l'extérieur. Il me but lentement et, dix minutes après, je fus vide. Alors, il s'approcha d'une grande boîte jaune et m'y jeta. C'était un endroit horrible, qui sentait très mauvais. Ensuite, j'entendis le bruit d'un moteur et je fus versée dans un camion qui me conduisit je ne sais où … J'y suis encore. Teresa


9.

C'est bien C'est bien, quand on vient d'annoncer une mauvaise note

On avait tellement attendu avant d'en parler qu'on pensait ne plus pouvoir se décider. Il fallait au moins avoir un bon résultat à donner en même temps, mais justement on n'avait eu que 10 à l'interro de vocabulaire qu'on croyait réussie, alors que ce 3 en maths restait tout seul, en travers de la gorge. Toute la vie en était changée. D'un côté, cela faisait vivre les choses plus fort. On se disait : " Je vais profiter à fond de mon mercredi chez Sébastien. Et le soir, au repas, je dirai ma note ". Mais l'après-midi n'avait pas été extraordinaire : il pleuvait, on avait dû faire un Trivial pursuit au lieu de jouer dans le jardin. Le soir, on n'aurait pas pu parler des maths, de toute façon, des amis étaient restés pour le dîner. Au début, ce n'était pas trop grave, un problème raté, ça arrive, mais les jours passaient, et le 3 se promenait sur toutes les idées, tous les moments: «Mon dernier cours de piano, avant d'annoncer mon 3.» «Mon dernier poulet rôti-frites avant d'annoncer mon 3.» Bien-sûr, on se répète les phrases des parents, faute avouée est à moitié pardonnée, il ne faut rien cacher à ceux qu'on aime, etc. Mais ça ce sont des mots, et puis on les répète dans sa tête, plus ils paraissent froids et vides, inutiles. Si seulement les parents pouvaient se contenter de vous punir, dans ces cas-là. Mais on sait bien. Ils disent : soir !

- Au prochain contrôle en dessous de 5, tu seras privé de télé le mardi

S'ils tenaient le contrat, ce ne serait pas terrible. On serait embêté, sans plus. Ça serait comme un marché ; on aurait même l'air d'être la victime. Mais les parents ne tiennent pas souvent leur parole. Ils oublient de vous punir, et vous,vous restez-là, avec tout le remords. Ils ont de la peine, et vous, vous n'êtes qu'un enfant gâté qui ne sera même pas privé de télé. En fait le mieux, c'est quand ils vous disent : - Je veux que ce soit la demiére fois, c'est entendu ? On fait très vite oui oui, la tête rentrée dans les épaules. On a l'air lourd, immobile, mais à l'intérieur on se sent tout léger. Au lieu de vivre des derniers moments, on va vivre, tout simplement. On va s'endormir sans problème, avec un album de BD et il n'y aura plus tous ces 3 en maths qui rentraient dans le bureau de Gaston, chaque fois que Fantasio se mettait en colère. C'est bien, quand on vient d'annoncer une mauvaise note. PHILIPPE DELERM , C'est bien


C'est bien de jouer de la musique C'est bien de jouer de la musique. Notre mère nous dit: «Il faut travailler ton violoncelle!». Alors on souffle, on peste, on essaye de trouver une excuse bidon, un contrôle surprise, un devoir urgent. Rien n'y fait, et cinq minutes plus tard on se retrouve devant la musique. On souffle une dernière fois, on peste tout bas et on commence. L'archet grince sur les cordes, les doigts ne sont pas au bon endroit. On a envie de tout arrêter, de balancer le livre bien loin et de s'installer devant la télé. Mais au lieu de ça, on recommence, très lentement, en résistant à la tentation de se mettre à jouer vite, sous peine de devoir recommencer une troisième fois. Comme une sirène de pompiers, on répète encore et encore, morceau par morceau, mesure par mesure. Et puis peu à peu, les doigts se posent aux bons endroits et les notes sortent douces et légères. L'archet se remet sur le droit chemin et glisse souplement, où fait des sforzando en donnant l'impression que l'instrument se fâche. Quand c'est fini, on est soulagé. On se couche sur le canapé en fredonnant la Sonate de Breval ou le concerto de Vivaldi qu'on vient de jouer, tout bas, en lisant. Quel calme, quelle harmonie! C'est tellement bien de jouer de la musique. Joana


C'est bien d'avoir Facebook En général, on devrait se coucher plus tôt tous les jours, mais la vie ne nous attend pas! Il est toujours temps d'être avec ses amis et c'est pour cette raison qu'on est sur Facebook. Tout le monde adore Facebook car il y a toujours beaucoup de choses à faire : commenter les photos de son amoureux, de ses amis, de sa famille; parler dans le chat; écrire dans le profil des autres.... Et puis il y a une autre excellente chose, on n'oublie jamais l'anniversaire de ses amis car ça apparaît dans la page principale de tout le monde. C'est toujours l'heure d'être sur Facebook : avant l'école, le matin, après l'école, après le dîner... Et puis, on peut toujours écouter de la musique de Youtube pendant qu'on est sur Facebook. Quand c'est déjà tard notre mère nous dit toujours d'aller nous coucher et on répond : «D'accord», car on sait que le jour suivant qu'on y reviendra et qu'il y aura beaucoup d'autres nouvelles. C'est vrai qu'on a toujours beaucoup de mal à sortir de Facebook car on veut toujours faire un dernier tour sur le profil de nos amis, voir s'ils n'ont pas de nouvelles photos etc. Après être convaincu qu'on a tout vu, on sort, mais, le jour suivant, on y revient, comme d'habitude, aussi tôt que possible.

Teresa


C'est bien d'avoir des amis

Pendant quelques jours de la semaine, on se réveille sachant qu'il y a quelqu'un qui pense à nous, que quelqu'un existe pour nous aider. C'est bien de lui raconter toute notre vie. On se lève, on s'habille en pensant que son ami a la même chemise que nous. À la radio, on entend notre musique preférée. Sur le chemin à l'école on sent quelqu'un qui a le même parfum que son ami. On s'arrête dans une patisserie et on demande le même gâteau qu'on avait mangé la semaine passée. On arrive à l'école. C'est la récréation, pendant cet intervalle on papotte, on raconte toutes les nouvelles des choses qu'on sait sur les gens. Quand on parle avec son ami, on a le plaisir de vouloir lui raconter encore plus de choses, on a tellement de choses à lui raconter, qu'on oublie tout! Nos amis nous donnent l'espoir d'aller à l'école. Les amis nous donnent de la force pour tout dans la vie. Quand l'école est finie on revient chez soi. On est dans le bus et toutes les personnes nous regardent, on est excité. On a bu du «Coca». À la troisième sortie, dans la rue Lapa, la rue plus connue de notre quartier, on se dit au revoir.

Leonor


10. Expressions toutes faites pour textes à faire Sujet : Choisir une expression “toute faite” dans la liste ci-dessous et écrire un texte narratif racontant comment l'expression est née, dans quelles circonstances elle a été utilisée pour la première fois... − − − − − − − − − − − − − − − − − − − − − − − −

En avoir par dessus la tête Avoir un poil dans la main Les murs ont des oreilles N'être plus que l'ombre de soi-même Avoir l'estomac dans les talons Être hors de soi Avoir les yeux plus gros que le ventre Tirer les vers du nez à quelqu'un Prendre ses jambes à son cou Ne pas avoir as langue dans sa poche Tomber dans les pommes Marcher sur des oeufs Vouloir le beurre et l'argent du beurre Filer à l'anglaise Perdre les pédales Être vert de rage Être à cheval sur les principes Il y a anguille sous roche Avaler une couleuvre Sauter du coq à l'âne Monter sur ses grands chevaux Avoir la tête sur les épaules Pratiquer la politique de l'autruche Mettre les pieds dans le plat


Les yeux plus gros que le ventre Guillaume était énervé contre les membres de sa famille. Il ne comprenait pas pourquoi ils voulaient changer de restaurant. Guillaume était un homme d'habitude, il aimait aller toujours dans le même restaurant tous les samedis et les voilà qui voulaient changer! Il entra et decouvrit que c'etait un buffet. Il ne connaissait pas les buffets. Il prit son plat et regarda la table où la nourriture était placée. Il prit tout ce qui était dans son champ de vision, ce qui s'étendait à plusieurs mètres de chaque côté car dans son restaurant, c'est ce qu'il voyait qu'il mangeait. Il essaya de manger tout ce qui était dans son assiette ce qui consistait de plusieurs kilos. Évidemment il n'y arriva pas. “Je ne comprends pas! Mes yeux sont plus petits que mon ventre et tout m'y est rentré dedans! dit Guillaume à sa soeur. -Bah, il semble que tu aies les “yeux plus gros que le ventre” répondit-elle malicieusement...


11. Exercices de style Sujet : Écrire un texte à la manière de Raymond Queneau dans ses Exercices de style. Les élèves ont lu les textes suivants : Paysan J'avions pas de p'tits bouts de papiers avec un numéro d'ssus, mais j'sommes tout d'même monté dans s'teu carriole. Une fois que j'm'y trouvons sus s'teu plattforme de s'teu carriole qui z'appellent comm' ça eux zautres un autobus, jeum'sentons tout serré, tout gueurdi et tout racornissou. Enfin, après qu'j'euyons paillé, je j'tons un coup d'oeil tout alentour de nott peursonne et qu'est-ceu queu jeu voyons-ti pas? un grand flandrin avec un d'ces cous et un d'ces couv-la-tête pas ordinaires. Le cou, l'était trop long. L'chapiau, l'avait d'la tresse autour, dame oui. Et pis, tout à coup, le voilà-ti pas qui s'met en colère? Il a dit des paroles de la plus grande méchanceté à un pauv' meussieu qu'en pouvait mais et pis après ça l'est allé s'asseoir le grand flandrin. Bin, c'est des choses qu'arrivent comme ça que dans une grande ville. Vous vous figurerez-vous-ti pas qu' jl'avons d'nouveau r'vu, ce grand flandrin. Pas plus tard que deux heures après, d'vant une grande bâtisse qui pouvait ben être queuqu'chose comme la palais d'l'évêque de Pantruche, comme i disent eux zautres pour appeler leur ville par son petit nom. L'était là l'grand flandrin, qu'il s'baladait d'long en large avec un autt feignant d'son espèce et qu'est-ce qu'i lui disait l'autt feignant d'son espèce? Li disait, l'autt feignant d'son espèce, l'i disait: «Tu dvrais tfaire mett sbouton-là un ti peu plus haut, ça s'rait ben pluss chouette.» Voilà c'qu'i lui disait au grand flandrin, l'autt feignant d'son espèce. Précieux C'était aux alentours d'un juillet de midi. Le soleil dans toute sa fleur régnait sur l'horizon aux multiples tétines. L'asphalte palpitait doucement, exhalant cette tendre odeur goudronneuse qui donne aux cancéreux des idées à la fois puériles et corrosives sur l'origine de leur mal. Un autobus à la livrée verte et blanche, blasonné d'un énigmatique S, vint recueillir du côté du parc Monceau un petit lot favorisé de candidats voyageurs aux moites confins de la dissolution sudoripare. Sur la plate-forme arrière de ce chef-d'œuvre de l'industrie automobile française contemporaine, où se serraient les transbordés comme harengs en caque, un garnement, approchant à petits pas de la trentaine et portant entre un cou d'une longueur quasi serpentine et un chapeau cerné d'un cordaginet, une tête aussi fade que plombagineuse, éleva la voix pour se plaindre avec une amertume non feinte et qui semblait émaner d'un verre de gentiane, ou de tout autre liquide aux propriétés voisines, d'un phénomène de heurt répété qui selon lui avait pour origine un co-usager présent hic et nunc de la STCRP. Il prit pour lever sa plainte le ton aigre d'un vieux vidame qui se fait pincer l'arrière-train dans une vespasienne et qui, par extraordinaire, n'approuve point cette politesse et ne mange pas de ce pain-là. Mais, découvrant une place vide, il s'y jeta. Plus tard, comme le soleil avait déjà descendu de plusieurs degrés l'escalier monumental de sa parade céleste et comme de nouveau je me faisais véhiculer par un autre autobus de la même ligne, j'aperçus le personnage plus haut décrit qui se mouvait dans la Cour de Rome de façon péripatétique en compagnie d'un individu ejusdem farinæ qui lui donnait, sur cette place vouée à la circulation automobile, des conseils d'une élégance qui n'allait pas plus loin que le bouton.


Ampoulé À l'heure où commencent à se gercer les doigts roses de l'aurore, je montai tel un dard rapide dans un autobus à la puissante stature et aux yeux de vache de la ligne S au trajet sinueux. Je remarquai, avec la précision et l'acuité de l'Indien sur le sentier de la guerre, la présence d'un jeune homme dont le col était plus long que celui de la girafe au pied rapide, et dont le chapeau de feutre mou fendu s'ornait d'une tresse, tel le héros d'un exercice de style. La funeste Discorde aux seins de suie vint de sa bouche empestée par un néant de dentifrice, la Discorde, dis-je, vint souffler son virus malin entre ce jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau, et un voyageur à la mine indécise et farineuse. Celui-là s'adressa en ces termes à celui-ci: «Dites moi, méchant homme, on dirait que vous faites exprès de me marcher sur les pieds!» Ayant dit ces mots, le jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau s'alla vite asseoir. Plus tard, dans la Cour de Rome aux majestueuses proportions, j'aperçus de nouveau le jeune homme au cou de girafe et à la tresse autour du chapeau, accompagné d'un camarade arbitre des élégances qui proférait cette critique que je pus entendre de mon oreille agile, critique adressée au vêtement le plus extérieur du jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau : «Tu devrais en diminuer l'échancrure par l'addition ou l'exhaussement d'un bouton à la périphérie circulaire.» Vulgaire L'était un peu plus d'midi quand j'ai pu monter dans l'esse. J'monte donc, j'paye ma place comme de bien entendu et voilàtipas qu'alors j'remarque un zozo l'air pied, avec un cou qu'on aurait dit un télescope et une sorte de ficelle autour du galurin. Je l'regarde passeque j'lui trouve l'air pied quand le voilàtipas qu'ismet à interpeller son voisin. Dites donc, qu'il lui fait, vous pourriez pas faire attention, qu'il ajoute, on dirait, qu'i pleurniche, qu'vous l'faites essprais, qu'i bafouille, deummarcher tout l'temps sullé panards, qu'i dit. Là-dssus, tout fier de lui, i va s'asseoir. Comme un pied. J'repasse plus tard Cour de Rome et j'l'aperçois qui discute le bout de gras avec autre zozo de son espèce. Dis donc, qu'i lui faisait l'autre, tu d'vrais, qu'i lui disait, mettre un ottbouton, qu'il ajoutait, à ton pardingue, qu'i concluait.

Litotes Nous étions quelques-uns à nous déplacer de conserve. Un jeune homme, qui n'avait pas l'air très intelligent, parla quelques instants avec un monsieur qui se trouvait à côté de lui, puis il alla s'asseoir. Deux heures plus tard, je le rencontrai de nouveau; il était en compagnie d'un camarade et parlait chiffons. Métaphoriquement Au centre du jour, jeté dans le tas des sardines voyageuses d'un coléoptère à l'abdomen blanchâtre, un poulet au grand cou déplumé harangua soudain l'une, paisible, d'entre elles et son langage se déploya dans les airs, humide d'une protestation. Puis, attiré par un vide, l'oisillon s'y précipita. Dans un morne désert urbain, je le revis le jour même se faisant moucher l'arrogance pour un quelconque bouton.


Homéotéleutes Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe minuscule, à la mandibule en virgule et au capitule ridicule. Un somnambule l'accule et l'annule, l'autre articule: «crapule», mais dissimule ses scrupules, recule, capitule et va poser ailleurs son cul. Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule je l'aperçule qui discule à propos de boutules, de boutules des pardessule. http://faculty.spokanefalls.edu/ephan/didactique/queneau/tdm.html

TEXTE : Lettre Paris, 12h00, 21 novembre 1999 Cher Mr.Smith, J'aimerais vous faire part d'une partie de ma journée, pour votre profit. Je viens de vivre un moment époustouflant, hors du commun. C'était, depuis six semaines, quatre jours et trois heures, la première fois que j'allais dans le train pour me rendre à Montigny, acheter des pâtés. Vous savez, ceux que je vous ramène à chaque fois !? Bref, une aventure que j'ai de la peine à vous raconter. Aujourd'hui, j'ai vu un homme au cou très, très long qui portait un feutre mou orange vif entouré d'un galon tressé. J'ai vu alors un autre homme lui marcher sur les pieds !! Vous pouvez m'en croire, j'ai été énormément choqué (et je le suis encore...) qu'un monsieur s'en prenne à cette juste créature, aussi ridicule soit-elle ! Vous rendez-vous compte ? Deux heures après, j'ai vu à nouveau cet homme à la gare Saint-Lazare, occupé à discuter vêtement avec un autre, et il paraissait réellement intéressé. Qu'en dites-vous ? À notre prochaine consultation psychiatrique, Pensées affectueuses de Roger.B, votre dévoué patient. Capucine


12. La Mycologie Sujet : terminez le texte de Kim Monzo, “La Mycologie”, qui a été coupé avant la fin. La Mycologie A la pointe de l’aube, le ramasseur de champignons sort de chez lui, muni d’une canne et d’un panier. Il prend la route et, un peu plus tard, un chemin qui le conduit à une pinède. De temps en temps, il s’arrête. Avec sa canne, il écarte les aiguilles de pin et découvre des lactaires. Il s’accroupit, les cueille et les met dans son panier. Plus loin, il trouve des bolets. Il continue à marcher et, dans un bosquet de chênes verts, il trouve des trompettes-de-la-mort, des russules, des coulemelles, des pieds-de-mouton et des chanterelles. Son panier plein, il prend le chemin du retour. Tout à coup, il voit le chapeau rond, écarlate et taché de blanc, de l’amanite tuemouches. Pour que personne ne la ramasse il lui envoie un coup de pied. Au milieu du nuage de poussière que le champignon forme dans l’air en se désintégrant, plop, apparaît un gnome, avec un bonnet vert, une barbe blanche et des bottes pointues avec des grelots, flottante à cinquante centimètres du sol. -Bonjour, brave homme. Je suis le gnome de la chance qui naît de certaines amanites tue-mouches quand elles se désintègrent. Tu es un homme heureux. Ce n’est que dans une amanite tue-mouches sur cent mille qu’il y a un gnome de la chance. Formule un vœu et je l’exaucerai. Le ramasseur de champignons le regarde, abasourdi. -Ça n’arrive que dans les contes. -Non, répond le gnome. Ça arrive aussi dans la réalité. Allez, formule un vœu et je l’exaucerai. -Je n’arrive pas à y croire. -Tu vas y croire. Formule un vœu et tu verras que, quoi que tu demandes, même si ça te semble énorme et inaccessible, je te l’accorderai. -Comment puis-je te demander quoi que ce soit, si je n’arrive même pas à croire qu’il existe des gnomes capables de m’accorder tout ce que je pourrais demander ? -Tu as devant toi un petit bonhomme avec une barbe blanche, un bonnet vert, des bottes avec des grelots aux pointes, qui flotte à cinquante centimètres du sol, et tu n’y crois pas ? Allez, formule un vœu. Il ne se serait jamais imaginé dans une situation comme celle-là. Que doit-il demander ? Des richesses ? Des femmes ? La santé ? Le bonheur ? Le gnome lit dans ses pensées. -Demande des choses tangibles. Rien d’abstrait. Si tu veux des richesses, demande telle quantité d’or, ou un palais, ou une entreprise avec telles ou telles caractéristiques. Si tu veux des femmes, dits lesquelles concrètement. Si, en fin de compte, ce que tu demandes te rend ou réellement heureux, c’est ton affaire. Le ramasseur de champignons hésite. Des choses tangibles ? Une Range Rover ? Une somptueuse résidence ? Un yacht ? Une compagnie aérienne ? Elizabeth McGovern ? Kelly McGillis ? Debora Caprioglio ? Le trône d’un pays des Balkans ? Le gnome montre des signes d’impatience. -Je ne peux pas attendre éternellement. Je ne te l’ai dit plus tôt parce que je ne pensais pas que tu tarderais autant, mais tu avais cinq minutes pour te décider. Il en est déjà passé trois. Il ne lui en reste donc plus que deux. Le ramasseur de champignons commence à s’inquiéter. Il doit décider ce qu’il veut et il doit décider tout de suite. -Je veux… Il a dit "je veux" sans avoir encore décidé ce qu’il va demander, seulement pour que le gnome ne perde pas patience. -Qu’est-ce que tu veux ? Parle. -C’est que choisir comme ça, en coup de vent, c’est idiot. Une occasion de ce genre, peut-être la seule de ma vie, ça demande du temps pour se décider. On ne peut pas demander la première chose qui vous passe par la tête. -Il te reste une minute et demie. Peut-être, plutôt que des choses concrètes, serait-il préférable de demander de l’argent : un chiffre concret. Mille billions de pesètes, par exemple. Avec mille billions de pesètes, il pourrait tout avoir. Et pourquoi pas dix mille, ou cent mille billions ? Ou un trillion ? Il ne se décide pour aucun chiffre parce que, de fait, dans une occasion comme celle-là, tellement chargée de magie, demander de l’argent lui semble vulgaire, peu subtil, pas bien malin. -Une minute. La rapidité avec laquelle le temps passe l’empêche de réfléchir froidement. C’est injuste. Et s’il demandait du pouvoir ? -Trente-sept secondes. Plus le temps le presse, plus il a de mal à se décider. -Quinze secondes. Le trillion, alors ? Ou un million de trillions ? Et un trillion de trillions ? -Quatre secondes. Il renonce définitivement à l’argent. Un vœu aussi exceptionnel que celui-là doit être plus sophistiqué, plus intelligent. -Deux secondes. Parle.


Texte :

(…) Il se mit alors à divaguer sur ce qu'il a eu et qu'il voudrait avoir encore une fois. Il est vieux. Sa jeunesse est loin derrière lui. Il revoit les falaises au sommet desquelles il se sentait roi de la petite plage ensoleillée. Le soleil chauffant, le bruit régulier des vagues battant le fin sable doré. Une femme disparaît à l'horizon avec son mari, dans une barque. Il n'a plus de de femme lui, la maladie l'a emportée. Tout ce qui lui reste c'est... -Papa? -Lucy. Une petite main se glisse dans la sienne. Il voudrait la serrer mais elle disparaît en fumée. L'odeur des pins lui revient peu à peu. Il pleure. Maudites vacances où il s'est aventuré avec elle au large, où elle a disparu. De la jetée, il n'avait vu que ses boucles brunes disparaître au loin, sous l'eau. -Lucy. . . -Plus que deux secondes. . . -Lucy. . . Le voeu est formulé. Il ne veut pas sortir de son transe. Le nain se désintègre sans demander son reste. -Papa? Une petite main se glisse dans la sienne. Cette fois il la serre fort. Il n'ose pas la regarder. -Papa? Ces deux syllabes prononcées avec tellement d'innocence... Elles lui ont tellement manqué... -Viens avec moi, papa. En serrant la main de son cher papa, la petite sort de la forêt en flottant, toujours plus loin. Jusqu'aux falaises. Elle plonge, avec son papa. Tous les deux plongent à jamais, unis pour toujours par l'éternel bonheur. Joana


Le cerveau du ramasseur de champignons fonctionnait à toute vitesse. Que choisir ? Qu'est-ce qui pourrait lui faire plaisir ? Quelle idée que de rencontrer un génie ! Tout à coup, il pense à une chose : il a réfléchi à quelque chose pour lui, mais pas pour les autres ? Qu'aimerait sa femme ? Voyons... une robe de soirée, de nouvelles boucles d'oreilles ? Non, la coquetterie ne l'intéressait point. - Huit secondes. Il fallait se dépêcher. Oui, cette idée de faire plaisir aux autres lui plaisait. Il n'avait pas d'enfants. Il revint à sa femme. Une idée lui vint : elle devait être fière de son ramasseur de champignons. - Une seconde. C'est fini... -...attendez! Je voudrais que mon panier soit rempli de trois magnifiques bolets, de deux Ascomycètes, de cinq Plectomycètes, de dix-huit Pyrénomicètes et de vingt petits Dicomycètes. En un éclair, le panier du ramasseur de champignons fut rempli. Capucine

… et voici la fin du texte “La Mycologie” : -Je veux un autre gnome comme toi. Le temps s’achève. Le gnome se volatilise dans l’air et immédiatement, plop, à l’endroit exact où il se trouvait apparaît un autre gnome, exactement pareil au précédent. Pendant un instant, le ramasseur de champignons se demande si ce n’est pas le même gnome qu’avant, mais ce ne doit pas être lui parce qu’il répète la même litanie que l’autre, et si c’était le même, pense-t-il, il en ferait l’économie : -Bonjour, brave homme. Je suis le gnome de la chance qui naît de certaines amanites tue-mouches quand elles se désintègrent. Tu es un homme heureux. Ce n’est que dans une amanite tue-mouches sur cent mille qu’il y a un gnome de la chance. Formule un vœu et je l’exaucerai. Les cinq minutes dont il dispose pour décider ce qu’il veut ont commencé à s’écouler. Il sait que si ça ne lui suffit pas, il lui reste la possibilité de demander un autre gnome pareil à celui-ci, mais cela ne fait pas disparaître son angoisse. Quim Monzo, Le pourquoi des choses, Éditions Jacqueline Chambon, 1993


Anthologie 5º2 2009-2010