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Merkur

SEPT • OCT 2020

The Economy BREXIT

Arriver à un accord commercial reste très incertain TEXTE Sidonie Paris, Affaires économiques, Chambre de Commerce PHOTO Ludovic Morlat / Unsplash

« Avec la sortie du voisin d’OutreManche de l’Union européenne, le Luxembourg perd un marché important et un allié pour l’intégration des marchés financiers. »

Le 23 juin 2016, une majorité de Britanniques se prononçait en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. En janvier 2020, Londres faisait ses adieux après 47 années d’un mariage mouvementé. Depuis, plusieurs tours de négociations sur les relations futures entre l’UE et le Royaume-Uni se sont succédé sans toutefois aboutir à de réelles avancées, et ce à moins de 100 jours de la fin de la période de transition fixée au 31 décembre 2020.

Malgré des mois de négociations entre Bruxelles et Londres, les divergences demeurent significatives et les positions restent très figées. La Commission européenne insiste sur la volonté d'établir un level playing field (des règles du jeu équitables), afin d'empêcher toute concurrence déloyale du Royaume-Uni aux portes du marché unique. Elle vise la conclusion d'un accord de libre-échange sans quota ni droits de douane, avec un accès réciproque aux zones de pêche, ainsi qu'un partenariat de sécurité. Côté britannique, l’objectif du gouvernement Johnson est de « restaurer l’indépendance économique et politique » du pays et de nouer un accord commercial similaire aux « autres accords de libre-échange existant entre l'UE et d'autres nations souveraines » comme le Canada. Londres ne souhaite pas de relation privilégiée avec ses voisins européens et refuse tout alignement normatif, notamment la prévalence du droit européen et de la CJUE sur les lois britanniques. Si un compromis est finalement trouvé, il devra l’être d’ici fin octobre 2020, afin de laisser suffisamment de temps aux parlements des 27 Etats membres et du Royaume-Uni pour le ratifier, en vue de son entrée en vigueur le 1er janvier 2021.

Des discussions dans l’impasse Dans ce contexte, la perspective d’un accord

sur les futures relations commerciales et réglementaires entre Bruxelles et Londres semble s’éloigner et le scénario d’un no deal - néfaste pour des économies déjà fortement fragilisées par la pandémie de la Covid-19 - se profile à l’horizon. Côté européen, on ne se fait guère d’illusion sur le résultat des négociations. La chancelière allemande Angela Merkel incite l’UE-27 à « se préparer à l’éventualité qu’un accord ne soit pas conclu ». Selon The Economist, le gouvernement Johnson n’exclurait pas un no deal, d’autant que ses effets délétères sur l’économie pourraient être attribués à la pandémie. Au nom de la souveraineté retrouvée, le gouvernement britannique prend ainsi le risque d’infliger de nouvelles difficultés à ses acteurs économiques alors que le pays est le plus durement touché d’Europe par la Covid-19 avec plus de 46.000 morts comptabilisés et une chute escomptée du PIB de 11,5% en 2020 selon l’OCDE.

Quid des futures relations commerciales en cas de Brexit « dur » ? En l’absence d’accord, le Royaume-Uni deviendrait un pays tiers et les relations entre les deux parties seraient régies exclusivement selon les principes de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Concrètement, cela se traduirait notamment par le

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Merkur Septembre-Octobre 2020  

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