Page 1

LES ATELIERS DU TERRITOIRE

La métropole en réseau, l’enjeu du développement


a métropole en réseau, l’enjeu du développement La CCI de Montpellier défend le projet de création d’une Métropole en réseau pour les entreprises, les collectivités et les habitants de notre région.


sommaire p.2

Edito Pourquoi il faut créer une véritable Métropole en réseau

p.3

Avant-propos Penser le développement économique et prendre position

p.4

Introduction - Métropolisation et globalisation : quelle place pour Montpellier ?

p.6

Partie 1 - Etat des lieux : des points forts, oui mais… D’incontestables atouts Une croissance démographique puissante et atypique De plain-pied dans l’économie des services et du savoir Une forte volonté d’ouverture Un important réseau d’infrastructures Un vécu et des modes de vie métropolitains Interview de Frank Lasch De sérieux handicaps structurels Un réseau d’infrastructures encore inachevé Interview de Nello Chauvetière Un chapelet de villes moyennes avec une capitale récente Un découpage politico-administratif inadapté Interview de Maître André Bonnary De faibles avancées dans la coopération intercommunale Un réseau de TPE et de PME… mais pas de sièges sociaux importants De grandes faiblesses à compenser… dans une ville où il fait bon vivre

p.30

Partie 2 - Montpellier face à ses enjeux Par la Métropole, renforcer le développement économique Développer les réseaux pour les entreprises Devenir visible par une taille suffisante Entrer pleinement dans le concert des métropoles européennes Disposer des indispensables réseaux de transport Université, recherche, entreprise : structurer les coopérations Interviews de Dominique Deville de Perière et de Catherine Dardé Acquérir une dimension internationale S’appuyer sur la réforme des collectivités territoriales Se penser Métropole avant tout le monde La Métropole dans la réforme de l’État Interview de Maître Jean-Marc Maillot Métropole ou pôle métropolitain : deux voies Être ou pas un pôle métropolitain ? Interviews de Jean-Louis Bouscaren et de Jean-Paul Volle

p.52

Conclusion - Sans Métropole, pas de croissance forte Le cercle vertueux peut s’arrêter Le cœur de la région doit continuer de battre Deux risques menacent L’engagement de la CCI de Montpellier L’avenir du territoire est en jeu

p.56

ANNEXES Réforme de la taxe professionnelle et enjeu métropolitain Le SRADDT : une approche déjà régionale de la Métropole en réseau Métropole ? Tabous et usages du mot Poids des populations et possibilités de métropolisation Le développement urbain et économique de Montpellier en quelques chiffres Métropole : sa nouvelle définition légale Remerciements Bibliographie

1


EDITORIAL

Pourquoi il faut créer une véritable Métropole en réseau Comment le développement économique de Montpellier et de sa région peut-il poursuivre sa trajectoire ? A cette question majeure, la Chambre de Commerce et d’Industrie apporte une réponse claire : seule la création d’une véritable Métropole en réseau pourra assurer une croissance forte

photo © Marc Ginot

et durable. Cette orientation stratégique est la conclusion de l’étude conduite depuis plusieurs mois, appuyée sur des entretiens avec de nombreuses personnalités, complétée par l’analyse géo-économique de la situation actuelle de Montpellier. L’état des lieux est clair. L’agglomération de Montpellier dispose d’incontestables atouts : une croissance démographique puissante, sa place dans l’économie des services et du savoir, sa forte volonté d’ouverture, son important réseau d’infrastructures et, dans les pratiques de ses habitants, un vécu et un mode de vie « métropolitain ». Mais les cartes que Montpellier a su jouer ces dernières années sont insuffisantes : de sérieux handicaps structurels freinent son expansion. Pour devenir une métropole véritable, Montpellier et sa région doivent compenser de grandes faiblesses : un réseau d’infrastructures inachevé, une structure urbaine régionale avec un chapelet de villes moyennes et une capitale régionale récente, un découpage politico-administatif inadapté, de faibles avancées dans la coopération intercommunale, un réseau de TPE et de PME mais peu de sièges sociaux importants. Après avoir brillamment émergé, Montpellier doit maintenant se donner tous les moyens de poursuivre son parcours. A l’heure de la globalisation, les métropoles, parce qu’elles concentrent les services et les savoirs de haut niveau, sont les plus solides moteurs du développement. Pour se hisser parmi les grandes, Montpellier doit progresser sur plusieurs fronts : développer les réseaux pour les entreprises, devenir visible internationalement par une taille suffisante, entrer pleinement dans le concert des métropoles européennes, disposer des indispensables réseaux de transport, structurer les coopérations stratégiques (université / recherche / entreprises), acquérir une dimension internationale. Cet ensemble d’objectifs va trouver un nouveau cadre avec la création prochaine de « métropoles » prévue dans la loi sur la réforme territoriale. Montpellier qui, par une réelle anticipation, a été Métropole avant tout le monde, doit examiner les deux voies que le législateur prévoit : la Métropole (500 000 habitants minimum) et le « Pôle métropolitain » (350 000 habitants minimum), aux contours plus modestes, mais au potentiel permettant de viser cette étape décisive. La contribution de la Chambre de Commerce et d’Industrie à ce débat de haute importance n’est donc pas de circonstance. D’autant plus que, comme le démontre l’étude, il y a une « fenêtre de tir » à ne pas rater, une urgence à traiter. En effet, si Montpellier et son territoire ne passent pas à la vitesse supérieure : la région peut éclater vers Marseille et Toulouse, les moteurs de la croissance peuvent être freinés. Dans la concurrence aigüe que se livrent les métropoles, Montpellier doit donc trouver toute sa place. La Chambre de Commerce et d’Industrie est optimiste sur le devenir de son territoire. Elle considère qu’elle est pleinement légitime à poser fortement la problématique du développement économique de l’aire montpelliéraine. D’abord en établissant un diagnostic fouillé, rendu public et soumis au débat. Mais, aussi et surtout, en s’engageant résolument dans la voie qui apparaît comme incontestablement la plus solide : la création d’une véritable métropole en réseau allant de Sète à Alès, en passant bien sûr par Montpellier et Nîmes. Comme l’analyse ici présentée le démontre, le succès passe par le déploiement de toutes les formes de rassemblement et de coopération et par l’affirmation d’une volonté politique commune. Pour sa part, la Chambre de Commerce et d’Industrie Territoriale de Montpellier y est prête.

2

Rudy IOVINO Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Montpellier


AVANT-PROPOS

Penser le développement économique et prendre position La Chambre de Commerce et d’Industrie de Montpellier a souhaité remplir pleinement le rôle qui lui est historiquement dévolu par la Loi : donner des avis en matière de développement économique et donc d’aménagement du territoire.

photo © Marc Ginot

Elle a souhaité que ces avis soient porteurs de sens et contribuent activement au débat sur les grands enjeux de son territoire. Aussi, elle a décidé de réunir un groupe d’élus dans des « Ateliers du territoire » où sont reçus des invités, experts dans une thématique, susceptibles d’apporter des éclairages différents sur les problématiques abordées. Ces visions complémentaires, voire contradictoires, alimentent le débat au sein de la Commission Aménagement du Territoire qui est chargée de définir les positions de la CCI sur les sujets définis. Pour 2010, la Chambre de Commerce et d’Industrie a souhaité aborder le thème de la métropolisation : à ses yeux, il constitue l’un des enjeux majeurs du développement économique de son territoire et, au-delà, de tout le Languedoc-Roussillon. Après avoir entendu de nombreux témoignages, elle a décidé de formuler l’ensemble des arguments qui ont été portés à sa connaissance et qui lui ont permis d’étayer sa position. Ce premier Cahier des « Ateliers du territoire » est une prise de position sur l’enjeu que représente la métropolisation pour l’avenir économique de ce territoire, y compris, à long terme, dans l’hypothèse de la création d’une grande région, plus vaste que le Languedoc-Roussillon actuel. Ce travail constitue à la fois un document de référence et un point d’appui dans la stratégie de la Chambre de Commerce et d’Industrie et dans sa contribution au développement économique. D’autres cahiers suivront sur des sujets d’une importance tout aussi grande : le thème de l’eau dans le développement économique local a déjà été abordé en atelier. Dans notre monde méditerranéen, l’eau est au cœur de toutes les préoccupations. Trop abondante ou trop peu disponible, elle conditionne notre développement démographique et notre expansion économique. La nomination récente de Montpellier comme « Pôle mondial de l’eau » confirme que ce sujet est devenu central. Par le présent cahier nous espérons vous convaincre du bien fondé de notre position sur la métropolisation et vous donnons rendez-vous pour le second cahier, qui sera donc consacré à l’eau dans le développement économique local.

Jean-Yves LABATTUT Vice-Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Montpellier

3


INTRODUCTION

étropolisation et globalisation : quelle place pour Montpellier ? Les mots de métropole et de métropolisation sont peu à peu devenus des mots banalisés, banalisés lors d’usages multiples et variés. La métropole est d’abord, dans l’acception commune, la grande, voire la très grande ville, mais il convient d’admettre qu’elle est aussi la ville rayonnante, quelle que soit sa taille. On parle des grandes métropoles mondiales, des villes multimillionnaires, des « villes monde ». La métropolisation suggère une urbanisation intense, un continuum de villes dense et indifférencié. Une ville devenue tentaculaire, monstrueuse et incontrôlable. Certes, ces métropoles-là existent. Certes, la métropolisation est la diffusion du fait urbain dans son environnement, mais la métropole c’est aussi la ville mère qui diffuse sa dynamique sur un territoire qui la dépasse, le cœur battant d’un espace vaste avec lequel elle partage son développement, son rayonnement, sa croissance. La diffusion du fait urbain est avant tout la diffusion d’un genre de vie. Dans les années cinquante ou soixante, vivre à Paris ou en province, c’était appartenir à des univers totalement différents. Aujourd’hui, nous partageons les mêmes modes de vie ou presque, à travers l’ensemble du territoire français. Nous consommons les mêmes produits, regardons les mêmes films, organisons notre temps à peu près de la même façon. Et tout cela à peu près en même temps.

4


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

échanges – espaces – identité La métropolisation est une accélèration de ce phénomène : les échanges de tous ordres y sont maximalisés. La mobilité y est importante, les paysages sont de plus en plus indifférenciés, une

Montpellier a-t-elle une chance d’apparaître dans la

identité nouvelle se fonde peu à peu faisant référence

liste des métropoles européennes quand la ville se

à la « ville mère ». Même si paradoxalement, pour

situe au seuil de 250 000 habitants et que son aire

certains, l’espace métropolitain n’est que très rarement

urbaine ne franchit que difficilement celui des

celui de la ville centre. Cette référence identitaire à

500 000 ? Quelle place pour le Languedoc-Roussillon,

la ville mère laisse la place à de micro-identités qui

malgré une croissance démographique vive qui lui

témoignent de la diversité et de la complexité du

permettra d’atteindre les 3 millions d’habitants en

territoire métropolitain.

moins de cinq ans, dans un ensemble de régions de taille significativement supérieure, irrigué par des

concentration

métropoles très souvent millionnaires ? C’est bien de l’avenir de notre région dont il va s’agir ici, de son

La métropolisation est fortement associée à l’évolution

développement et de son rayonnement, aujourd’hui

de l’économie capitaliste et libérale qui concentre

et demain.

hommes et activités, construit ses références sur l’échange et la consommation de masse. Les flux se

Deux modèles peuvent être évoqués : celui de la

sont imposés comme logique dominante, organisatrice

métropole rayonnante dans un espace régional qui lui

des espaces, qu’ils soient matériels, de production

ressemble, celui de l’intégration interrégionale du

ou de consommation, d’hommes, ou plus immatériels.

Languedoc-Roussillon dans un ensemble méditer-

Ce processus, diffusé à l’échelle monde, est dit de

ranéen dominé par Marseille (pourquoi pas demain

« globalisation » : il fait reposer les règles de la nouvelle

Barcelone ?) que d’aucuns jugent seul capable de se

économie sur les réseaux qui structurent les échanges

situer dans l’ordre économique européen en

de capitaux, de marchandises, d’hommes, mais aussi

construction.

les échanges plus virtuels qui « commandent » les évolutions du système global. La ville en est le

Le législateur s’est emparé de cette idée de métropole

support, elle-même organisée selon un système

et la réforme des collectivités territoriales la met au

hiérarchisé : de la « ville monde » à la ville régionale,

cœur des grands bouleversements envisagés. Tentative

dont la métropole de même nom demeure un horizon

pour ordonner et organiser des phénomènes déjà

de conquête.

existants ? Ou simple aménagement technique de mutualisation pour des économies de moyens ? Vision

questions Dans cette économie mondiale recomposée, quelle

prospective d’un monde en mouvement et recherche d’adaptation ou réponse tardive à des processus largement émergents ?

place pour Montpellier et le Languedoc-Roussillon ? S’interroger sur la place d’un espace régional - le

Montpellier n’est-elle pas en position de « rotule

Languedoc-Roussillon - et de sa capitale - Montpellier -

géographique », au cœur d’un vaste espace métro-

comme métropole active n’est-ce pas introduire un

politain à l’échelle européenne (Barcelone/Lyon et

questionnement démesuré ? Il est pourtant essentiel

Marseille/Toulouse), capable de construire une autre

que l’interrogation soit traitée, tant la ressource

façon de penser le monde ? N’est-elle pas aussi, par sa

urbaine régionale dépend de la place que la métro-

dynamique et son attractivité, capable de trouver des

pole sera en mesure de conquérir dans les différents

réponses localisées à la montée de la globalisation ?

espaces urbains qui en définissent les horizons.

Son parcours atypique, longtemps ignoré du pouvoir central, ne lui permet-il pas de s’affirmer par l’innovation et la recherche, là où d’autres métropoles ne jouent que de continuité ? Voilà les questions que ce document entend traiter. —

5


6

photo Š Patrice Blot

PARTIE 1


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

tat des lieux : des points forts, oui mais… Montpellier n’est certes pas à classer parmi les grandes métropoles, mais elle ne manque pas d’atouts pour que sa reconnaissance dans cette catégorie de villes lui soit accordée. Le seuil considéré comme critique de 800 000 habitants dans l’aire urbaine pourrait même être atteint assez rapidement, compte tenu de la croissance urbaine et de l’extension du champ géographique de celle-ci. Par contre, la visibilité de Montpellier au niveau international, voire européen, reste encore limitée à certains domaines, ce qui ne manque pas de la pénaliser et de freiner sa dynamique. Dans un système national fortement marqué par le centralisme étatique, l’absence d’élus politiques « de poids » issus de la région aux plus hauts niveaux de l’Etat, et ce depuis plusieurs décennies, a certainement desservi la région et sa capitale. Montpellier a, de ce fait, eu certainement plus de difficultés que d’autres villes de niveau comparable, à se faire entendre, à capter le financement de ses grands équipements, à peser sur des décisions stratégiques.

petite capitale Montpellier reste finalement de création récente et sa dynamique contemporaine, en rupture avec un siècle de stagnation (« la belle endormie » au cœur de sa province), l’a projetée dans un univers urbain qui lui était étranger. La petite capitale provinciale s’est glissée rapidement dans le statut des métropoles que l’histoire avait établies sans disposer des avantages que leur attribuait leur rayonnement sur leur territoire. Il lui a fallu s’imposer en région et construire peu à peu un espace de référence, à l’échelle de ses ambitions. L’épaisseur du temps et celle de l’espace lui ont longtemps manqué pour pouvoir s’afficher parmi les métropoles. Mais, par sa dynamique contemporaine, elle est légitime pour affirmer sa place en France et en Europe. Confirmer une place dans l’ordre des métropoles européennes exige toutefois que la ville et son territoire d’influence soient mis en cohérence. Car Montpellier souffre d’un territoire trop partagé, fractionné en unités de gestion autonomes, encore mal irrigué par le système de transport. Le tissu économique, émietté, est encore à l’image d’une capitale régionale ; il manque de dimension et reste trop peu structuré en réseaux performants. Dans une économie mondiale où la concentration est le maître mot, Montpellier et son territoire font certes figure d’espace en devenir, mais de territoire métropolitain encore embryonnaire. C’est enfin à l’échelle de l’espace vécu par les habitants que se dessinent les contours de la métropole, dans la distribution des centralités, des aires de drainage des consommations populaires, des grands équipements qui contribuent à son rayonnement.

7


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

incontestables atouts Nul ne peut nier que la métropolisation de la région montpelliéraine est en cours : elle s’affirme. On peut le déplorer en pensant qu’elle conduira inévitablement à une urbanisation dense sur de grands territoires au détriment de l’environnement, de la qualité de vie et des identités locales. On peut regretter la lenteur du phénomène, encore trop peu perceptible au niveau national, surtout international, alors que la métropole a tout à gagner à confirmer sa puissance d’attraction. On peut penser que trop de forces centrifuges gênent la concentration des hommes, des activités et des idées sur laquelle reposent ailleurs l’économie et la croissance. La région montpelliéraine possède quelques uns des fondamentaux qui peuvent la conduire à devenir dans un avenir proche l’une des grandes métropoles européennes : croissance démographique, économie des services et du savoir, ouverture, infrastructures, vécu métropolitain.

8


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Une croissance démographique puissante et atypique Montpellier et son aire figurent en tête du palmarès des espaces urbains les plus dynamiques au plan démographique. Soutenue depuis le début des années soixante, la croissance ne se dément pas. Arriveraient dans le département de l’Hérault 1 500 personnes par mois dont 800 s’installeraient dans le périmètre de l’agglomération de Montpellier. Au plus bas des phases de croissance démographique répertoriées par l’INSEE, plus de 20 personnes par jour arriveraient dans l’aire urbaine, dont une douzaine dans sa communauté d’agglomération. La croissance de Montpellier démarre au début des années soixante avec l’arrivée des rapatriés d’Afrique du Nord, notamment d’Algérie, qui s’y implantent très nombreux, à la recherche d’un environnement proche de celui qu’ils viennent de quitter ou de retour vers leurs origines. La croissance a d’abord été celle de la ville et de sa première couronne (Castelnau-le-Lez, Juvignac, Lattes, St-Jean-de-Védas). L’ensemble double de population en moins de dix ans. Dans les années quatre-vingts se constitue une seconde couronne qui conduira à l’installation des néo-résidents sur le littoral (Palavas, Carnon, La Grande-Motte) et en proche garrigue (St-Gély-du-Fesc, Grabels, Montferrier, Prades-le-Lez, Clapiers…). Dès le début des années 2000, la dynamique démographique touche des zones plus éloignées, mais devenues de plus en plus accessibles, grâce aux nouvelles infrastructures : ouverture de l’A750 vers le Cœur d’Hérault en 1997, mise en place progressive de la Liaison Inter-cantonale d’Evitement Nord (le LIEN). La croissance de la première et de la seconde couronne se ralentit, au profit d’un étalement urbain de plus en plus large, phénomène caractéristique de la périurbanisation, engendré par la valeur de la rente foncière, qui détermine le prix du sol, et par le coût relativement élevé des transports vers les lieux de travail.

ville-centre

La croissance démographique est à la fois un signe

Depuis peu, le retour au centre se concrétise, les

et un facteur de développement : elle est le fruit

programmes immobiliers du projet urbain de la ville

d’une économie dynamique, créatrice d’emplois et

et des communes de la première couronne valorisent

dont l’image auprès des cadres nationaux, voire inter-

des espaces de centralité qui renouvellent la pensée

nationaux, est positive. Ceux-ci n’hésitent donc pas

métropolitaine. Pour éviter que les populations les

à venir s’y installer pour faire carrière ou construire

moins fortunées, les ménages les plus jeunes et les

une étape de leur parcours professionnel. Elle génère

plus fragilisée économiquement, donc les plus dépen-

une économie résidentielle tout aussi dynamique

dants du coût du foncier et de l’immobilier, ne fuient

dont bénéficie l’ensemble du bassin de vie.

vers les périphéries lointaines, la communauté d’agglomération met en œuvre des programmes

jeunes

résidentiels jouant sur la mixité, la primo-accession,

La population de l’aire urbaine est beaucoup plus

le logement social. La dimension métropolitaine exige

jeune que le reste de la région : cela s’explique en

que soit remis en question l’étalement périurbain et les

partie par la présence des étudiants, mais pas seu-

déséquilibres sociaux. La commune et l’agglomération

lement. Montpellier est une ville à la fois culturelle

relancent le programme de logements sociaux dans

et sportive où les événements sont nombreux et dont

la ville.

l’image d’« entreprenante » a marqué les esprits.

attractivité

Elle attire donc une population jeune dont les critères de choix pour un lieu de vie sont souvent très diffé-

Contrairement aux opinions habituelles d’une région

rents de ceux de leurs aînés.

ouverte aux migrations de retraités plus que d’actifs,

Selon l’INSEE, ces tendances se confirmeraient

la population qui arrive sur le bassin d’emploi de

jusqu’en 2030 : une population toujours en forte

Montpellier est une population jeune et active. Elle

croissance, un solde migratoire particulièrement

est attirée par une ville et une aire urbaine qui

élevé qui ne doit pas faire oublier un solde naturel

créent des emplois et pas seulement des emplois

positif et une population jeune, même si cette

liés à l’économie résidentielle.

tendance s’essouffle un peu. —

9


photo © Marc Ginot photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

De plain-pied dans l’économie des services et du savoir La croissance démographique, qui démarre dans les années soixante, est une opportunité pour Montpellier et son bassin de vie. Elle n’est pas la seule. En 1965, l’américain IBM choisit Montpellier pour s’implanter dans le sud de la France avec un nombre important de cadres. De son côté, l’université de Montpellier riche de ses 700 ans d’Histoire accueille des étudiants de plus en plus nombreux, développe ses laboratoires de recherche, accroît son rayonnement intellectuel.

10

projet global

la conduite d’un projet plus global concernant à la

La conjoncture des années 1960 fait converger au

fois au processus de développement économique et

moins trois facteurs : l’arrivée des rapatriés d’Afrique

à l’urbanisation du territoire. Le projet urbain prend

du Nord, le renouveau démographique lié au baby-

corps sur ces figures de la modernité.

boom d’après-guerre, l’ouverture de l’université aux

Montpellier illustre parfaitement la théorie de

couches populaires. S’y ajoute, ici comme ailleurs,

Schumpeter qui dit qu’un nouveau cycle économique

l’essor des régions, encore mal définies certes, mais

ne peut se construire que sur l’innovation, signe de

leur ville capitale s’affirme comme moteur de la

changement et de rupture. Le cas montpelliérain

croissance.

correspond bien à la naissance d’un nouveau processus

Pour autant ces éléments disparates peuvent ne pas

économique qui repose sur de nouveaux « entrants »

donner corps à une dynamique pérenne. A Montpellier,

(les TIC, la communication, la recherche appliquée ),

une stratégie politique spécifique va progressivement

en totale rupture avec les vecteurs de l’économie

placer la ville sur une trajectoire nouvelle. Elle repose

urbaine traditionnelle reposant sur la rente foncière,

au début sur la valorisation des opportunités. Puis,

le commerce de proximité, la petite fabrique.

peu à peu, elle s’élabore avec plus de maîtrise par


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Le pouvoir municipal va dès lors se tourner vers l’idée d’un développement économique conséquent. Le District, doté de compétences économiques, sera l’outil de référence pour assurer ce choix. Le Polygone sera l’expression première que la ville a changé et entrepris une véritable mutation de ses logiques économiques et sociales. Après les élections municipales de 1977 Montpellier s’engage dans la voie

IBM

de la nouvelle économie qui passe par le besoin de « lisibilité », de communiquer sur ses acquis et ses

L’arrivée d’IBM met en lumière les atouts de Montpellier

nouveaux savoir-faire. Elle se dit « entreprenante »,

pour accéder à ce nouveau statut économique : IBM

« eurocité » et finalement « technopole » au milieu

choisit Montpellier pour son université et pour la

des années 1980.

qualité de son cadre de vie qui correspond bien aux

des grandes contraintes d’implantation des industries

culture – sport – environnement

traditionnelles (matières premières, infrastructures

Montpellier devient la ville préférée des cadres

de transport, grand bassin de main d’œuvre). Mais

avec une image très forte de ville de culture, grâce

elle ouvre des perspectives davantage à même de

à la construction de grandes infrastructures (Opéra

trouver cours dans cet espace urbain en formation,

Berlioz, Zénith, musée Fabre…), au développement de

riche de ses universités et centres de recherche, d’une

grandes structures comme l’orchestre de Montpellier,

main d’œuvre jeune, soucieuse de réaliser ses projets

au lancement de grandes expositions, de festivals…

de vie. Ces choix d’implantation sont planétaires, ils

Montpellier cultive son image jeune et dynamique :

reposent sur des critères nouveaux : la proximité des

elle est une ville sportive pour laquelle de grandes

savoirs et des capacités d’innovation (université,

infrastructures sont aussi mises en place : stade

laboratoires de recherche), le voisinage des réseaux

Yves du Manoir, piscine olympique d’Antigone et

(transports, information, relation...) et la qualité du

des clubs comme ceux de rugby ou de handball.

cadre de vie.

Montpellier soigne son environnement et son cadre

La présence d’IBM « estampille » la région de

de vie : conquête de la rive gauche du Lez, souci de

Montpellier comme un lieu où l’on peut trouver les

l’environnement au sein des ZAC, outil principal

conditions optimales d’implantation quand on est

d’aménagement, réseau nature et cheminements doux,

une entreprise de haute technologie, à forte valeur

plan vert au niveau de la communauté d’agglomération.

ajoutée, nécessitant beaucoup de matière grise et

Elle recherche des « signatures » d’architectes

reposant sur l’innovation et la recherche. L’installation

reconnus pour personnaliser les quartiers et les rendre

de la multinationale ouvre la porte de l’économie

visibles au-delà des frontières : Bofill, Fassbinder,

des services et du savoir.

Portzamparc, Chemetov…

souhaits de ses cadres. L’économie qui se met en place, dont IBM est l’un des fleurons, n’est pas dépendante

Accueillir IBM à Montpellier n’était pas aussi aisé que l’on pourrait l’imaginer. La ville n’a alors aucune

image

culture industrielle, aucune véritable usine. Elle vit

Montpellier se donne à voir pour entrer dans le

encore de la rente foncière et des salaires des

monde de la grande ville, où l’activité économique est

fonctionnaires des corps de l’Etat, de l’Université et

urbaine et le développement, métropolitain. La ville

du CHU, grands pourvoyeurs d’emplois. Il a fallu alors

est peu à peu sortie de ses limites pour essaimer

une certaine clairvoyance politique pour imaginer

les activités dans son environnement. Ainsi s’est

tout ce que cette implantation offrait de perspectives

construite l’image de Montpellier devenue « grande

pour Montpellier : elle se met en concurrence avec

ville française », capable de trouver place au niveau

d’autres villes du Sud quand, jusqu’ici, Nîmes et

européen, de trouver sens dans les configurations

Béziers se posaient en rivales. Dans un premier

métropolitaines.

temps, il a fallu séduire l’investisseur et lui montrer

que son choix relevait aussi de potentialités liées à l’environnement urbain.

11


photo © Christine Pradel

Une forte volonté d’ouverture En même temps que la ville entre dans un nouvel âge économique, elle s’ouvre au monde, tourne son regard vers des horizons lointains, se compare, s’inspire, se rapproche de grandes cités.

12

jumelage

vitrines

Les jumelages de Montpellier avec des villes

En fonction de leurs différentes compétences et de

étrangères ont déjà commencé au début des années

leurs évolutions, l’ensemble des collectivités locales va

60, mais ils vont s’intensifier. Les premiers jumelages

également jouer le jeu de l’ouverture internationale :

sont à forte connotation universitaire : Louisville aux

la Région crée des « Maisons de la Région », vitrines

Etats-Unis et Heildelberg en Allemagne. Ils restent

des productions et des savoir-faire, dans différentes

très importants, car les échanges anciens ont permis

villes du monde, grandes métropoles économiques,

de tisser des liens très forts et très particuliers avec

points névralgiques des échanges : Shanghai, Milan,

ces villes.

Londres, New-York et multiplie la présence d’entre-

Le rapprochement avec Barcelone, en 1969, marque

prises régionales dans les salons internationaux. Elle

un changement notable dans le type d’échanges.

met en place des structures, telles qu’Invest LR, pour

Barcelone et Montpellier, voisines, longtemps étrangères

favoriser l’implantation en Languedoc-Roussillon

malgré leur parcours historique partagé, se rejoignent

d’entreprises de taille et de notoriété nationales et

sur des problématiques communes, notamment

internationales.

économiques, urbanistiques et environnementales.

Le Conseil Général de l’Hérault tisse des liens éco-

Le jumelage le plus remarquable est sans doute

nomiques avec les grandes régions viticoles du

celui scellé avec Cheng Du, capitale de la province

monde, tente d’ouvrir de nouveaux marchés pour

chinoise du Sichuan. En 1981, la Chine n’est pas

les productions agricoles, le vin notamment. Il tisse

encore le géant économique que nous connaissons

également des liens de coopération nord/sud, dans le

aujourd’hui. Elle sort de vingt ans d’un repli à la fois

Maghreb et en Amérique latine, en vue de soutenir

social et économique. La Chine est encore cet

les développements locaux.

« autre côté » de la planète, mystérieux et fascinant

Les stratégies de développement à l’international

comme tous les orients, mais économiquement

portées par l’agglomération de Montpellier dévoilent

faible dans les échanges internationaux. Il y a là

également une volonté d’ancrer les entreprises de

un pari sur l’ouverture de la Chine et sur la capacité

pointe dans les échanges mondialisés. Elle a même

de Montpellier à prendre sa place dans le concert

obtenu la reconnaissance internationale d’incubateur

des grandes villes, processus qui ne trouve pas de

de l’Award Randall M. Whalley pour son Business

correspondance dans les autres jumelages.

International Center en 2007.

D’autres jumelages suivront, tournés vers la Méditer-

Aujourd’hui, elle ouvre une structure particulière

ranée et vers un des espaces de rayonnement possible

pour permettre à des entreprises internationales de

de la ville et de son territoire d’influence : Tibériade

venir tester une implantation locale avant d’engager

en Israël, Fès au Maroc et Tlemcen en Algérie.

des investissements lourds : le MIBI (Montpellier


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

du Nord en particulier, tant sur le plan des langues

bureaux d’un genre particulier donne la possibilité

et des sciences humaines que sur ceux de l’agronomie,

à des entreprises, intéressées par une installation à

de la chimie, de l’agro-alimentaire et des technologies

Montpellier, de tester leur marché en ayant à dispo-

de pointe. L’ouverture à l’international, un des vecteurs

sition un bureau et des services associés (secrétariat,

de l’économie moderne, est porteuse d’images

traduction, accompagnement…).

valorisantes et de rayonnement tant sur le plan

Cette dynamique prolonge les liens que les universités

économique que sur celui de la culture et des savoirs.

avaient tissés au niveau mondial, avec l’Amérique

photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

International Business Incubator). Cet immeuble de

Un important réseau d’infrastructures Placée au cœur d’un important couloir historique de circulation des hommes et des marchandises, Montpellier bénéficie d’un réseau d’infrastructures bien développé.

rail

Equipement structurant, la gare nouvelle s’annonce

Longtemps simple halte sur le grand axe ferroviaire

complémentaire au projet urbain d’Odysseum, auquel

traversant est/ouest entre Bordeaux et Nice, mais

elle est associée sur le plan fonctionnel. Le quartier

finalement bien reliée à Paris après branchement

d’affaires qui l’accompagnera devrait bénéficier de

sur le Paris-Lyon-Marseille, la gare de Montpellier

la desserte rapide vers les grandes métropoles euro-

s’est progressivement affirmée en relation avec la

péennes, comme Barcelone, Paris, Lyon, Francfort. Il

dynamique de la ville. Montpellier est aujourd’hui

doit devenir une plate-forme intermodale de niveau

desservie par les TGV vers Paris et par la grande

européen reliée à l’aéroport distant de moins de

diagonale qui relie la péninsule ibérique à l’Europe

trois kilomètres et aux entrées d’autoroute à proximité

du nord et de l’est, ligne qui peut représenter un

immédiate. La gare et son quartier d’affaires seront

avenir certain en termes de développement écono-

également connectés par le réseau de tramway au

mique dans le contexte européen. L’axe nord/sud

centre de la ville et aux grands espaces économiques

peut se révéler porteur de croissance à l’horizon

de l’agglomération.

2020, surtout lorsque la liaison à grande vitesse

La réalisation de la Ligne à Grande Vitesse (LGV)

mettra Barcelone à moins de deux heures.

permettra d’alléger le trafic sur le réseau actuel,

Par ailleurs, le contournement ferroviaire prochain de

jusqu’ici saturé, et facilitera le développement d’une

Nîmes et de Montpellier permettra une desserte plus

desserte en TER cadencée vers les autres villes de

rapide de ces villes par les trains à grande vitesse et

l’espace métropolitain entre Nîmes et Sète (Lunel,

servira de support à la création de la gare nouvelle

Frontignan) et, au-delà, vers Agde et Béziers, Alès

au sud-est de l’agglomération.

et Avignon.

13


photo © Marc Ginot photo © F. Ginestet

routes

port

Au niveau routier, Montpellier est desservie par l’A9

Le développement de Montpellier peut et doit

et bénéficie de quatre entrées/sorties desservant

s’appuyer sur le port de Sète, second port français de

les grands points stratégiques de l’agglomération

la Méditerranée dont la Région a pris la responsabilité.

d’un point de vue économique :

Il constitue un potentiel de développement écono-

- Saint-Jean-de-Védas et Montpellier Ouest pour les

mique important si l’on considère les opportunités

zones d’activités de La Lauze, Marcel Dassault et Garosud,

d’échanges commerciaux dans le bassin méditerranéen.

- Montpellier sud pour la desserte du centre-gare et

Le potentiel en matière de transport de passagers

de Palavas,

et de croisière n’est pas non plus à négliger et doit

- Montpellier est pour l’accès aux zones d’activités

progresser en nombre et en qualité.

du Millénaire, d’Eurêka et d’Odysseum et de La

14

Grande Motte,

aéroport

- Vendargues qui dessert la zone d’activités de Saint-

L’Aéroport Montpellier-Méditerranée est un atout

Aunès et celle de Via Domitia en plein développement.

important pour le développement économique par

L’A75 sera terminée au printemps 2011. Elle permettra

son ouverture à l’international. C’est la seule infra-

une liaison rapide et alternative avec la région pari-

structure de transport qui puisse accompagner la

sienne et l’Europe du nord pour une part importante

croissance métropolitaine dans laquelle Montpellier

du trafic de marchandises afin d’éviter un couloir

et son bassin de vie sont engagés. Il n’est que le

du Rhône largement saturé. Ce basculement est

10ème aéroport national. Mais il dispose de belles

freiné par la rampe du Pas de l’Escalette qui n’est pas

marges de progression. Son développement reste

autorisée aux très gros camions. L’A75 est également

dépendant de la dynamique économique car plus de

une autoroute d’altitude soumise aux aléas climatiques

50 % de son activité sont liés aux déplacements

d’hiver. Enfin, elle ne présente pas une alternative

d’affaires. L’ouverture de nouvelles lignes par la

valable pour le trafic à destination de l’Allemagne

Société Aéroportuaire crée autant d’opportunités de

et de l’Europe de l’est qui restent une destination

prospection et de conquête de nouveaux marchés.

principale pour le trafic autoroutier de l’A9 qui transite

Cet aéroport a l’avantage d’être un aéroport urbain,

ensuite par la vallée du Rhône.

à moins de cinq kilomètres du centre-ville et de


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

En revanche, le développement à l’international,

des grands équipements ludiques et commerciaux.

indispensable pour l’aéroport, trouve écho dans le

L’aéroport souffre de l’amélioration de la desserte

besoin de Montpellier et de sa zone métropolitaine

en TGV qui constitue une concurrence importante

d’élargir leur aire d’action : la volonté de l’une de

(Paris à un peu plus de trois heures). L’arrivée de la

prendre sa place au sein d’une économie mondiale

ligne nouvelle et la mise en fonction de la nouvelle

et des grandes métropoles et celle de l’autre de se

gare feront du train une alternative particulière-

développer sont totalement indissociables.

ment intéressante pour atteindre Paris et Barcelone.

photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

trois kilomètres de la future gare TGV, à proximité

Un vécu et des modes de vie métropolitains Au niveau local, le réseau de tramway est l’infrastructure qui marque de la façon la plus incontestable l’entrée de Montpellier dans le concert des métropoles. Chaque nouvelle ligne ancre davantage les communes de l’agglomération dans un espace métropolitain qui se projette au travers d’une unicité de plus en plus reconnue. La perception de leur aire de vie par les habitants est radicalement modifiée par la possibilité de se déplacer rapidement, à l’intérieur d’un espace qui joue de diversité et de similitudes, qui grandit, se diversifie, sans pour autant perdre de sa cohérence. Le tramway modifie fondamentalement les pratiques des habitants de l’agglomération et demain de l’ensemble de l’aire métropolitaine. En effet, la mobilité est l’une des conditions d’existence d’un espace métropolitain : il faut pouvoir se déplacer aisément et rapidement, notamment par les transports en commun, pour effectuer les différents actes de la vie comme travailler, faire ses achats, se distraire, se rencontrer. Le transport en commun est le garant de cette exigence. Il met à disposition des habitants de tout l’espace métropolitain une offre en services et en équipements de plus en large. L’interrogation récurrente des populations locales de savoir « quand le tramway ira jusqu’à la mer » participe de cette construction métropolitaine, d’un vécu et d’une vision très pragmatiques, transcendant les clivages administratifs et politiques.

15


mobilité L’Université de Lausanne publiait en 2002 « Vues sur la ville ». Elle y faisait état « qu’en matière de densification, on va vers un modèle polycentrique, en réseau avec diversification des sous-centres desservis par un réseau de transfert performant ». Le tramway met désormais ce réseau en place sur le territoire qu’il dessert. L’agglomération de Montpellier et la TAM ont déjà envisagé de poursuivre le réseau en place au-delà

reste encore flou, renforcé par les approches politiques

de la troisième ligne, ligne qui s’étire déjà sur 22

jouant sur des identités annoncées comme fondatrices

kilomètres ! Le tramway deviendra train-tram

de lieux de vie. Sans doute parce que nous sommes

suppléant le TER là où il n’y a pas de desserte possible,

dans un espace en mutation, en création ou en recréa-

vers le Bassin de Thau, le littoral et en direction de

tion, ces discours peuvent trouver quelque écho.

Sommières.

Mais le sentiment métropolitain prend puissance

appropriation

l’étranger, le Sétois, tout comme le Nîmois, devient

Aujourd’hui, la dimension métropolitaine s’affirme

facilement Montpelliérain. Car il sait bien que c’est

comme élément structurant du territoire de vie : on

seulement à l’échelle de la Métropole que son identité

habite dans la périphérie de Sète, mais on travaille

peut être perçue. Il peut revendiquer ensuite avec

à Montpellier. On consomme à Balaruc-les-Bains ou

vigueur au niveau local sa micro-identité sans

à Pérols en hypermarché, on parcourt le centre-ville

éprouver une quelconque gêne, car, finalement,

de Sète et de Montpellier. On va se promener en

comme le disait Georges Pérec « vivre » n’est ce pas

garrigue, sur la Gardiole, au bord des étangs ou dans

« passer d’un espace à un autre en essayant de ne

les Cévennes. On va applaudir un spectacle dans les

pas se cogner… » ?

arènes de Nîmes et un match de handball dans

l’Arena de Montpellier. Cet espace semble à certains différencié. En fait, c’est un espace entièrement approprié par les habitants, grâce à des pratiques urbaines généralisées. Ici, la confrontation entre rural et urbain n’a plus lieu d’être. L’agriculture est elle-même péri-urbaine. Elle bénéficie des structures de soutien mises en place par les collectivités et les établissements publics. Elle profite du marché de proximité que constitue l’espace métropolitain. Les espaces naturels sont également intégrés. Les SCOT (Schémas de cohérence territoriale) ont pris en compte la protection des espaces agricoles et des espaces naturels car ils constituent l’échelle la plus pertinente pour contrôler l’étalement urbain. Réfléchir à une planification à l’échelle intercommunale est l’un des moyens de protéger l’environnement : elle permet par exemple de faire apparaître des espaces continus en matière de biodiversité, suffisamment vastes pour permettre un maintien des espèces, tout en gardant leur cohérence aux grands paysages. Les pratiques de cet espace sont bien métropolitaines 16

lorsque l’on passe à une plus grande échelle. A

même si, trop souvent, le sentiment d’appartenance


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Interview de Frank Lasch Docteur en Economie, Professeur associé en entrepreneuriat et Directeur de la Recherche - Groupe Sup de Co Montpellier

« La métropolisation : du global au local. Le phénomène de métropolisation est mondial, mais il se différencie dans son ampleur selon les pays. Il s’agit d’une croissance et d’un rayonnement intensifiés des grandes et moyennes villes (agglomérations) se traduisant par une dynamique spatiale qui conduit à une réorganisation de l’espace autour d’une ville affectée par ce phénomène. La recherche anglophone a produit de nombreux travaux analysant ce lien entre l’économie globale et le développement des activités et de la compétitivité à un niveau régional et local. Elle décrit le passage d’une économie « gérée » à une économie « entrepreneuriale » (Audretsch & Thurik, 2000) ou de savoirs dont un des résultats est le renforcement des gouvernances et mesures des politiques économiques locales, l’accélération de la concurrence et l’augmentation du niveau de compétitivité des entreprises et des régions. En parallèle de l’Etat, acteur majeur de l’économie, se développe la mobilisation des moyens au niveau régional et local (‘bottom

up’). Elle y est souvent considérée plus facile et plus organisée, la convergence des intérêts plus évidente. La métropolisation, étroitement liée au phénomène de globalisation, conduit à constater un grand paradoxe. Dans une période où la globalisation a tendance à dominer l’activité économique et où les technologies de l’information mettent en question l’importance d’une localisation, la recherche accorde de plus en plus d’attention à la proximité et aux clusters d’entreprises (Audretsch, 1998). L’interaction de différents acteurs au niveau local fait l’objet de travaux récents sur les différentes proximités (sociétale, culturelle, sectorielle, géographique... (Jaouen & Torrès, 2008 ; Lasch, 2008). La concentration géographique d’entreprises appartenant à des secteurs d’activités spécifiques est une des facettes de la redéfinition spatiale d’une agglomération qui se développe dans un contexte de métropolisation et mène au constat que des avantages compétitifs dans une économie mondialisée réside de plus en plus dans le local («…competitive advantages in a global

economy lie increasingly in ‘local things’ » Porter, 1998). La compétitivité économique est plus que jamais celle d’un territoire avec la nécessité de se recentrer sur le local et de fédérer ses acteurs. Pour la gouvernance locale, l’enjeu de manager l’économie et le territoire va continuer à se développer ; pour les entreprises, la nécessité de capitaliser sur les avantages compétitifs locaux, de créer des synergies dans le tissu économique et institutionnel local et d’augmenter sa performance grâce à l’innovation managériale. Pour conclure, recentrons-nous sur notre territoire, l’une des régions disposant du plus fort taux de création d’entreprises et de croissance démographique en France. Ce territoire est un haut lieu d’opportunités, un pôle majeur pour certains secteurs (TIC, pharmaceutique, tourisme...) mais où sont souvent déplorés le manque d’un tissu industriel, la « petitesse » de son stock d’entreprises et le taux de mortalité élevé des jeunes entreprises. Sachant néanmoins que Montpellier fait référence au niveau Européen pour une métropole entrepreneuriale, proactive et se trouve citée comme exemple par un programme Européen de recherche, de « smart practice » pour sa politique et le succès du développement économique des dernières décennies (cf annexes p 62). Le développement positif et le positionnement incontesté et réussi de Montpellier en tant que métropole européenne, là n’est pas la vraie question pour l’avenir : il faut se demander si tous les atouts de notre territoire sont adéquatement exploités pour maintenir sa place et pour augmenter sa compétitivité dans la lutte des métropoles. Beaucoup de réflexions passeront par un management innovant de la proximité… ».

Références Audretsch D.B. 1998. Agglomeration and the location of innovative activity. Oxford Review of Economic Policy, 14(2): 18-29. Audretsch D.B. & Thurik R. 2000. Capitalism and democracy in the 21st Century: From the managed to the entrepreneurial economy. Journal of Evolutionary Economics, 10(1-2): 17-34. Jaouen A. & Torrès O. 2008 (eds). Les très petites entreprises - un management de proximité. London, Hermès Lavoisier. Lasch F. 2008. La proximité géographique comme facteur d’émergence et de survie des TPE à forte intensité de savoirs. In Jaouen A. & Torrès O. (eds). Les très petites entreprises - un management de proximité : 333-363. London, Hermès Lavoisier. Lasch F. 2006. Innovation policy and socio-economic context as success factors for RTD: the case of Montpellier, France. *Porter M.E. 1998. Clusters and the new economics of competition. Harvard Business Review, November/December: 77-90. Welter F. & Kolb S. 2007. How to make regions RTD success stories? Good practice models and regional RTD. CRIPREDE/Regions of Knowledge 2 Intermediate Report. Siegen (Germany), Beiträge zur KMU-Forschung, n°2.

17


photo © Marc Ginot

e sérieux handicaps structurels Montpellier a compris très vite que la nouvelle économie,

celle des savoirs

et de la connaissance, offrait aux villes sans passé industriel la possibilité les nouveaux territoires de l’économie. Elle possédait des atouts indéniables. Cependant, comparativement à d’autres grandes villes au passé industriel vivace, aux sièges sociaux bien implantés, aux équipements conséquents, Montpellier devait parcourir le chemin de la création de toute pièce. Elle devait se faire un nom à partir de son université, s’afficher ville de la communication et du high tech, jouer sur son environnement de grande qualité et séduire : être attractive pour devenir la place choisie par les sociétés pour y implanter leurs sièges sociaux, y créer des entreprises innovantes ; être également choisie par les laboratoires de recherche, publics ou rattachés à des firmes connues. Elle s’y est largement employée jusqu’à devenir la 8ème ville de France en termes de population résidente. Pourtant, comme l’ensemble de l’aire urbaine, elle souffre de handicaps structurels et de faiblesses qu’elle se doit de dépasser.

18


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Un réseau d’infrastructures encore inachevé Certes, le réseau de transport de l’espace métropolitain, centré sur Montpellier est bien articulé sur la route, l’autoroute, la voie ferrée et le transport aérien. Cependant, son degré de saturation interroge quant à ses capacités à supporter une charge supplémentaire de trafic que la croissance démographique ne manquera de provoquer.

rail

régionaux dans leur regard vers Barcelone.

Le réseau ferré actuel est saturé. Il ne présente aucune

On ne peut envisager que le pari soit perdu, tant la

possibilité d’alternative, ce qui a pour conséquence

ligne mixte Montpellier Perpignan serait alors un

fâcheuse le blocage intégral de toute la ligne au

gouffre financier confortant les inquiétudes de ceux

moindre incident.

qui avaient arrêté le projet dès la fin des années 1990.

La ligne nouvelle à grande vitesse a donné lieu à un

Il est important que la région se place en position de

solide débat public. Mais le plan de financement, bien

force dans la perspective de la réalisation de la ligne

qu’en bonne voie n’était pas encore bouclé au seuil

nouvelle, notamment quant au rôle que vont jouer

de 2011. Les études qui ont été lancées devraient

les gares et les plateformes qui leur seront associées.

permettre de respecter le planning établi.

Comment les forces vives de la région valoriseront-

Cet élément de ligne à grande vitesse est le chaînon

elles leurs capacités de faire de la ligne nouvelle un

manquant, en France, d’un parcours ferré européen

axe économique majeur ?

entre Hambourg et Séville. Programmé une première

Un vrai projet anime les collectivités autour de

fois dans les années 1990, il n’avait pas vu le jour

Montpellier et de sa gare. Mais, qu’en est-il autour de

faute sans doute d’une ambition suffisante pour

Nîmes dont la gare est projetée à Manduel ? A Béziers

cette liaison.

ou Narbonne, les gares sont encore hypothétiques.

La ligne actuellement programmée - une ligne mixte

Elles ne verront le jour que si les collectivités locales

voyageurs/marchandises - est aussi un pari sur

participent financièrement à très haut niveau : cet

l’avenir. Elle ne prend tout son sens que dans la

investissement conséquent n’aura de sens que si un

perspective d’un transfert vers le rail depuis le port

projet urbain et économique fort permet un « retour

de Barcelone des marchandises destinées aux

sur investissement » incontestable.

grands ports de l’Europe du Nord. Le gain de temps

Cette ligne tant attendue devra également permettre

est à ce niveau un facteur déterminant.

la libération de sillons sur la ligne historique pour

Si le pari est gagné, le Languedoc-Roussillon verra

permettre enfin la mise en place d’un réseau TER

se construire à sa porte une Métropole européenne

cadencé et performant, indispensable au dévelop-

encore plus forte sur le plan économique, capable

pement métropolitain. Ce réseau, aujourd’hui insuf-

de capter d’importants flux marchands. Le risque

fisant, ne répond pas aux attentes des usagers : les

serait-il qu’elle s’étale vers le Nord jusqu’à absorber

retards et les annulations trop souvent annoncés ne

dans son orbite la Catalogne nord, au détriment de

favorisent pas l’utilisation du train pour les différents

l’influence de Montpellier ? La question mérite d’être

déplacements.

posée, ne serait-ce que pour stimuler les décideurs

19


aéroport

routes

Pour sa part, l’aéroport souffre d’être le dernier dans

Montpellier est sûrement l’une des rares villes de

la catégorie des aéroports nationaux. Les enjeux de

cette taille à ne pas avoir de système de rocades :

son développement ne sont pas forcément perçus

l’autoroute A9, au droit de Montpellier, sert de rocade

par l’Etat, principal actionnaire, de la même manière

de substitution, grâce à la gratuité obtenue par les élus

que par les actionnaires locaux. Les priorités de

lors de son ouverture. Elle atteint des taux records

l’État s’établissent à une échelle nationale et tiennent

de saturation et de dangerosité, sans qu’aucun des

compte d’un ensemble de paramètres. Montpellier-

nombreux projets de doublement n’ait jusqu’à présent

Méditerranée ne se trouve pas forcement favorisé

été mis en œuvre. Le gouvernement vient seulement

dans les engagements pris par l’État en matière

de décider la mise en place d’un doublement court

aéronautique au niveau national.

entre les deux contournements prévus à l’est et à

Montpellier-Méditerranée souffre également de la

l’ouest. Les procédures à reconduire ne devraient

présence relativement proche d’aéroports concurrents

pas permettre à ce projet, qui suscite encore des

sur un certain nombre de lignes. La question se pose

débats, d’aboutir avant cinq ans.

avec acuité de la concentration des investissements

La congestion récurrente de l’ensemble du réseau

sur un seul aéroport métropolitain de niveau interna-

routier pénalise de plus en plus les échanges au sein

tional et de son articulation aux autres systèmes de

de l’aire métropolitaine. Le développement écono-

transport en région afin de diminuer les temps de

mique en est affecté, car les entreprises locales ne

parcours entre les villes et espaces urbains desservis.

peuvent assurer à leurs clients la fiabilité des livraisons

Cet aéroport n’a pas la dimension qui devrait être la

et des rendez-vous. Les périodes estivales, que l’on

sienne, compte tenu de son environnement écono-

dit souvent « cauchemardesques » pour les touristes

mique, de sa vocation d’aéroport d’affaires et du

en transit, comme pour tous les habitants de l’aire

potentiel de développement économique que

urbaine confortent l’idée de saturation et justifient

représente le foncier de la plate-forme.

pleinement les choix de la Communauté d’agglomé-

port

ration de construire un réseau de lignes de tramway irriguant l’ensemble des territoires communautaires.

Le port de Sète doit faire face à de très lourds

Les retards pris par les bretelles de contournement,

investissements pour tenir la place qu’il mériterait

à l’ouest comme à l’est, contribuent à la paralysie

dans le développement économique local et au sein

relative du trafic aux heures de pointe et lors des

de l’espace méditerranéen. Face à Marseille, il est

grandes migrations estivales. Le schéma fonctionnel

impératif que Sète développe son trafic conteneurs,

demandera au moins une dizaine d’années avant

ses plateformes portuaires et se mette à niveau

d’être réellement opérationnel. Au sud, le goulet de

pour l’accueil des lignes passagers et de croisière.

l’A9 pénalise les échanges entre les villes de la région,

La voie maritime offre de belles perspectives de

de Nîmes à Narbonne. La RN 113, axe historique, a

croissance, le port pouvant trouver place dans un

perdu sa vocation de réseau de desserte à longue

espace métropolitain aux infrastructures lourdes

distance. Un véritable schéma de transport et

bien distribuées. Il doit devenir un des outils de

d’échanges à l’échelle de l’aire de métropolisation

développement de la métropole montpelliéraine.

devrait être élaboré, ne serait-ce que pour prendre conscience des retards accumulés et de la nécessaire recherche de réponses adaptées aux besoins de

20

mobilité. —


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Interview de Nello Chauvetière Consultant, Ancien responsable du service de l'aménagement, des transports et de la prospective à la Direction Régionale de l'Equipement

« Pendant longtemps, le transport a été considéré comme une activité assurant le déplacement des biens et des personnes, réalisée par des entreprises spécialisées. La performance de ce secteur était évaluée à la croissance des trafics et aux résultats des entreprises ou à leur contribution au PIB national. Aujourd'hui, le transport est un élément des politiques d’aménagement du territoire par ses impacts positifs mais aussi négatifs. Le transport c'est de la richesse économique : il favorise les échanges, le commerce, le tourisme, il donne accès aux territoires... Mais il porte également atteinte à l’environnement par la pollution qu'il engendre, la destruction des paysages, etc.… Le transport est ainsi au cœur de la problématique de la durabilité. D’un point de vue économique, richesse et mobilité sont liées. Les spécialistes parlent de « couplage » : activité transport et PIB sont fortement corrélés. La croissance du trafic est particulièrement forte autour de Montpellier et de Nîmes : 1 % de croissance démographique génère mécaniquement 1 % de trafic supplémentaire et donc une croissance économique. La configuration même du Languedoc, un couloir maillé de villes relativement importantes et proches, favorise la densité du trafic local : plus les villes sont importantes et plus elles sont proches, plus elles génèrent du trafic entre elles. Ainsi les trafics autoroutiers, routiers, ferroviaires sont les plus élevés entre Nîmes et Montpellier, Montpellier et Sète... Aujourd'hui, ici ou là, on peut parler de congestion. Vu de Paris mais aussi au niveau régional, le territoire « métropolitain » entre Sète et Nîmes (et Alès) revêt un enjeu particulier. Dans un contexte de concurrence entre les métropoles au niveau européen, ce territoire doit se construire, s'affirmer. La métropolisation qui s'y développe, doit être maitrisée, organisée, pour éviter les décisions contradictoires et coûteuses et leurs effets négatifs sur les populations et sur l'environnement. L'organisation d'un système de transport efficace est un enjeu primordial pour une métropolisation réussie. L’ensemble des trafics, locaux et de transit, voyageurs et marchandises, se superpose sur des infrastructures polyvalentes dont les limites de capacité sont atteintes voire dépassées. Il faut trouver les réponses adaptées à ces différentes problématiques. Dans le domaine du transport, la métropolisation génère des problèmes spécifiques de congestion croissante. Conserver un bon niveau de mobilité individuelle et un transport de marchandises efficace demande des politiques volontaristes, notamment en direction des transports collectifs (tramway, TER, inter-cités). Ici, une coordination des politiques de transport régionale (TER) départementales (autocars) et urbaines (autobus et tramways) est indispensable pour constituer un réseau de transport « métropolitain » qui facilite la vie des populations et donne une visibilité au territoire et au projet métropolitain. Le système de rocades, indispensable à toute agglomération, est inexistant autour de Montpellier. La seule rocade en cours est celle du nord, le LIEN. Ce projet a peu d'impact sur la gestion du trafic de l'agglomération. Le « dédoublement » de l’A9 est donc indispensable pour organiser les circulations dans et autour de l'agglomération. Les contournements est et ouest de Montpellier n'ont pas de sens si la « rocade sud » n'est pas réalisée. Ce dédoublement bénéficie en outre aux trafics qui passent à Montpellier sans s'y arrêter. Autoroute ou LGV, les grandes infrastructures relèvent de décisions nationales. Dans une situation de concurrence inter-régionale exacerbée ce sont les relais politiques qui font la différence : dans une région pénalisée par l'éloignement géographique de la capitale, les divergences entre les collectivités territoriales doivent être « dépassées » si l'on veut favoriser la réalisation de ces projets indispensables. »

21


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

Un chapelet de villes moyennes et une capitale récente Le couloir languedocien offre la vision d’un espace historiquement structuré par un chapelet de villes moyennes, longtemps concurrentes, mais ayant organisé leur propre territoire selon un modèle qui centre sur leurs capacités les campagnes environnantes. De la mer à la garrigue et à la moyenne montagne l’influence des villes du couloir reste majeure. Nîmes, Montpellier, Béziers, Narbonne, Perpignan et Carcassonne pour le couloir audois agencent ainsi l’espace régional et en constituent la trame économique. Cet alignement structurant est complété par la dispersion secondaire d’un réseau dépendant de petites villes, elles-mêmes en charge des territoires ruraux qu’elles animent. Plus que les siècles d’une histoire qui se forge dans la romanité, c’est le vignoble et le XIXème siècle industriel pour quelques autres qui charpentent l’édifice urbain régional et lui assurent, un temps, prospérité.

22

assise historique

fiefs médiévaux et des grandes provinces, dominant de

Toutes ces villes valorisent leur assise historique,

très vastes territoires, incontestables et incontestées

plus ou moins fantasmée, qui leur accorde une place,

dans leur domination qu’elle soit économique, politique

une identité et une position locales. Cependant, aucune

ou intellectuelle. Toulouse, Lyon, Bordeaux n’ont

de ces villes n’a réellement dominé le Languedoc-

point de rivales en Languedoc-Roussillon, même si

Roussillon, du moins durablement. Pézenas, Nîmes,

Toulouse et Montpellier se partagent un temps les

Montpellier, mais aussi Agde ou Narbonne et pourquoi

deux Languedoc, le Haut et le Bas.

pas Saint-Gilles, ont su affirmer leur place dans

Au XIXème siècle, Béziers, riche de son vignoble,

l’Histoire. Seule Montpellier, une des dernières venues,

et Nîmes, de son industrie, encadrent de leur

trouve place dans la durée et le maintien. Mais rien

économies majeures Montpellier l’intellectuelle. La

ici de comparable à ces villes d’histoire, héritières des

gare de Montpellier ne sera finalement qu’une halte,


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

alors que le Montpellier/Sète est une des premières

La croissance, l’attractivité et le rayonnement de

lignes de France ! C’est sous la forme de données

Montpellier ne vont cesser alors de s’accroître de

démographiques que les comparaisons s’étiolent :

façon souvent dite « spectaculaire » quand Nîmes

Montpellier prend peu à peu le dessus sur ses voisines,

reste plus conforme à la dynamique d’autres villes

d’autant plus que la crise de la viticulture et des

moyennes. Ce n’est pas pour autant que la ville et

industries traditionnelles affaiblit Béziers et Nîmes.

son bassin de vie manquent d’intérêt ou d’atouts. Ils

Si, au XIXème siècle, la « course » entre ces trois villes

concentrent un potentiel de développement non

tend à un certain équilibre, la suprématie montpel-

négligeable qui doit, à terme, servir de support pour

liéraine s’affirme avec la montée du tertiaire, de la

épauler le cœur métropolitain. La métropole en

culture universitaire et hospitalière et du pouvoir

réseau repose sur un développement partagé et

régional.

équilibré.

A partir de 1975, la hiérarchie qui est établie ne fera

Quant à Béziers, fortement marquée par les crises

que s’amplifier : Béziers a 84 000 habitants, Nîmes

viticoles, elle a bien du mal à se relancer sur le plan

128 000 et Montpellier (191 000) flirte avec le seuil

économique. Cependant son potentiel n’est point

des 200 000.

négligeable, tant sur le plan des disponibilités

capitale régionale

foncières que sur la convergence des axes autoroutiers A9 et A75.

Lorsque, au début des années 70, l’État découpe les

Le temps n’est plus aux concurrences « forcées »

régions et désigne des capitales régionales, le choix

par les représentations populaires, ni entre Nîmes

est cornélien entre Nîmes l’industrieuse et Montpellier

et Montpellier, ni entre Béziers et Narbonne, ni entre

l’universitaire. Ce n’est pas l’écart de population,

Narbonne et Carcassonne. La distribution spatiale

mais l’université et le Centre Hospitalier Universitaire

en chapelet linéaire des villes régionales peut être

qui font pencher la balance en faveur de Montpellier.

considérée comme un potentiel non négligeable dans

Il va falloir que Montpellier devienne incontesta-

un monde de mobilités généralisées : les villes sont

blement, cette capitale régionale. Elle doit endosser

faciles à joindre, leur aires d’urbanisation se prêtent

le rôle pour lequel elle vient d’être choisie.

bien à des dessertes denses. Reste la correction du

Tout converge au début des années 1980 pour que

modèle dominant de l’urbanisation périphérique

la nouvelle capitale régionale s’affirme pleinement

qui implique de repenser la relation urbanisation/

sur les plans économique, culturel et politique.

déplacements sur la base des modes de transport.

Mais la concurrence entre les villes demeure forte,

davantage au travers des représentations que dans la réalité économique. La reconnaissance de Montpellier capitale soulève encore des oppositions. L’appartenance à des départements différents n’at-elle pas favorisé la rivalité avec Nîmes ?

Un découpage politico-administratif inadapté L’organisation administrative de gestion des territoires est un frein à une vision globale du développement économique et de l’aménagement de l’espace. Les SCOT (schémas de cohérence territoriale), premiers exercices de solidarité, sont encore peu actifs sinon pas approuvés ni même réalisés. Et les choix des périmètres d’action relèvent plus des opportunités politiques que des réalités économiques. C’est de Marseille, de Lyon, de Toulouse ou, plus exactement, pour l’essentiel de la région de Montpellier, que vient la dynamique et que les forces économiques impulsent le développement. Reste à clairement définir les façons d’organiser le territoire pour que les effets majeurs ne soient point dilués par le jeu des découpages plus ou moins artificiels.

23


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

24

solidarités actives

pragmatisme politique de façade qui négocie des

L’exemple du SCOT de Montpellier réduit aux seules

périmètres consensuels quand devraient s’afficher

communes de l’agglomération, est significatif. Ses

des ensembles plus solidaires sur le plan économique

qualités en termes de projet et de planification ne

et social ?

peuvent être remises en cause. Sa cohérence interne

Où se situent les visions d’avenir ? Dans des inter-

est d’autant plus solide qu’il répond à l’articulation

communalités peu communicantes entre elles et

concomitante des autres outils de planification. Mais

surtout soucieuses de leur identité avouée ou dans

il manque de pertinence territoriale : les communes

des territoires plus à même d’élaborer des projets

non intégrées par suite du découpage communautaire

en phase avec l’idée du développement régional ?

ne sont pas affectées par son règlement. L’aéroport

Cet avenir est à écrire dans la diversité des points

Montpellier-Méditerranée n’est pas dans son périmètre

de vue, des représentations, des positions politiques,

d’action, de même qu’une partie de la première

mais aussi dans le souci de l’efficacité, du dévelop-

couronne périurbaine et la frange littorale en est

pement et de la durabilité des actions d’aménagement.

exclue à l’exception de Villeneuve-les-Maguelone.

Ce n’est pas la question de l’homogénéité qui est

On est très loin de la cohérence souhaitée sur le

posée, mais bien celle de la confrontation au sein

périmètre de l’aire urbaine par exemple (93 communes

des solidarités actives et des projets. Les villes

dont 31 seulement sont inscrites dans le périmètre

centres ont à ce niveau un rôle déterminant à jouer.

de SCOT). La question est, bien entendu, de savoir

L’organisation linéaire de l’héritage urbain régional

si la cohérence naît des territoires ou des politiques

plaide largement en faveur d’un modèle qui dépasse

qui les confrontent, les manipulent, les construisent.

celui de centre/périphérie pour se construire sur les

Disons que les cohérences qui prennent corps dans

chainages en réseau dont celui de la métropole à

la fonctionnalité des territoires et les unissent par

partir de Montpellier représente une innovation

les échanges sont peu révélées par l’organisation

productrice de sens.

politique. Auraient-elles été oubliées au profit d’un


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

L’exemple de Lyon L’un des exemples d’intercommunalité les plus aboutis au niveau national aujourd’hui semble être celui de la communauté urbaine de Lyon, d’abord COURLY, ensuite Grand Lyon. Depuis 1969, Lyon et les autres villes de son aire d’influence travaillent ensemble à construire un espace communautaire rayonnant de niveau au moins européen. La communauté urbaine s’est encore agrandie en 2007 et le sera à nouveau en 2011. Ce mouvement de convergence va dans le sens de l’histoire car Lyon entrera de plain-pied dans les nouveaux cadres de la réforme territoriale de l’État qui mettent en place les métropoles.

intercommunalités inachevées

Il a fallu seulement quinze ans pour que la quasitotalité des communes françaises appartiennent à une intercommunalité. La dernière étape devrait

En Languedoc-Roussillon les aires urbaines de

être prochainement franchie sous l’impulsion du

Nîmes et de Montpellier, riches de plus de 600 000

législateur qui a souhaité convaincre plus que

habitants, ne comprennent pas moins de 17 inter-

contraindre.

communalités dont certaines ne regroupent que

quelques communes. Certes, ce problème n’est pas seulement local (un quart des intercommunalités ont moins de 5 000 habitants en France), mais l’espace interurbain ainsi référencé serait plus à même d’exprimer la réalité d’un projet de territoire générateur d’avantages si les découpages étaient mieux régulés, moins construits sur des héritages ou des oppositions de principe. Il est certain que les bases de l’intercommunalité ont largement évolué depuis la Loi Joxe de 1991 et que les Lois Chevènement et Voynet ont été des étapes décisives pour qualifier les gouvernances possibles. Reste que le schéma est encore imparfait, inachevé et qu’en Languedoc-Roussillon, le pas décisif vers des intercommunalités à capacités économiques n’a pas été franchi. Est-il seulement envisagé de faire progresser ces intercommunalités inachevées ?

25


photo © Marc Ginot

Interview de Maître André Bonnary Notaire à Montpellier, animateur du groupe de travail sur la métropolisation au Cercle Mozart

« Notre groupe réfléchit depuis plusieurs mois sur le thème de la métropolisation car pouvoir construire un grand projet de développement entre Toulouse et Marseille nous paraît un enjeu majeur pour l’avenir de notre région. La Région Languedoc-Roussillon est une construction, son nom le dit assez. Elle a peu à peu pris du corps. Aujourd’hui il y a une réalité régionale, mais elle est fragile et son avenir n’est pas écrit. Les structures intercommunales existantes ne sont pas suffisantes pour porter un projet d’envergure. Il faut élargir de façon significative ce qui est aujourd’hui le périmètre de l’Agglomération de Montpellier et construire un territoire de projets qui irait au moins de Sète à Nîmes. Le pôle d’attraction est incontestablement Montpellier avec ses universités et ses grands équipements. Le projet de Montpellier est clair, lisible par les décideurs économiques. Mais Montpellier n’est pas encore au niveau de ses ambitions. La taille de la ville ne lui permet pas de rivaliser avec les capitales régionales voisines ou avec les métropoles européennes. Montpellier est la locomotive de cet espace, une ville forte à partir de laquelle il peut se développer. Chacun doit trouver sa place dans cette construction métropolitaine. Il ne s’agit pas d’entrer en concurrence, encore moins en compétition, mais bien en réseau dans l’intérêt bien compris de tous. Aujourd’hui période de transition et de basculement : la réforme territoriale en cours doit ici être vue comme une opportunité. Si Montpellier et son agglomération ne peuvent pour l’instant faire partie des métropoles, il faut regarder avec intérêt ce que le projet de loi propose en tant que « Pôle métropolitain ». Ces pôles métropolitains peuvent être porteurs d’un projet de métropole, d’une construction par étape car même la communauté urbaine ne peut répondre entièrement à un objectif ambitieux. Le pôle métropolitain peut passer par des phases de contractualisation qui, peu à peu, vont donner l’envie de bâtir un avenir commun. C’est le moyen le plus efficace de passer au-dessus des oppositions. Il faut entendre cette démarche comme une mutation et non comme une révolution. »

Intercommunalités entre Sète et Nîmes Nîmes

2 12 6 11 5 7 10 1 Montpellier

8

9

4 Les Communautés d'Agglomération

Les Communautés de Communes

3 Montpellier

4

Nord du Bassin de Thau

2

Nîmes Métropole

5

Grand Pic Saint-Loup

3

Bassin de Thau

6

Ceps & Sylves

1

Sète

N

26

0

5

10 km

7

Pays de Lunel

8

Pays de L'Or

9

Terre de Camargue

10

Petite Camargue

11

Rhôny, Vistre et Vidourle

12

Pays de Sommières

Les Communautés de Communes partielles Vallée de l'Hérault Leins Gardonnenque

Autour de Lédignan

© S.C. - Art-Dev - FRE 3027 - CNRS / 2010 Sources : Préfectures Gard & Hérault, IGN / 2010


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

De faibles avancées dans la coopération intercommunale Malgré certaines résistances, l’heure est donc à la recomposition des intercommunalités pour des territoires, soit plus pertinents, soit plus conséquents, permettant d’envisager des équipements de niveau supérieur et de nouvelles économies d’échelle. Pourtant, il n’est pas toujours évident que le regroupement d’EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) se fasse dans le sens d’une meilleure cohérence territoriale. Il peut également s’effectuer pour renforcer une position déjà excentrique ou fortifier des oppositions. Agrandir l’intercommunalité en associant des zones rurales à des zones périurbaines c’est, symboliquement, gommer l’influence de la métropole, s’ancrer dans le rural et donc virtuellement s’éloigner des forces d’attraction de la ville centre.

dialogue ?

à Pérols paraît tout à fait incongrue au citoyen qui

Il existe au niveau local une « conférence inter-SCOT »,

ne comprend pas que cette ligne n’arrive pas jusqu’à

réunie sous la présidence du Préfet de Région. Cette

Palavas-les-Flots, Carnon et La Grande-Motte. Les

conférence s’est donné pour mission de créer le dia-

communautés d’agglomération sont bien des auto-

logue entre les différents établissements publics

rités organisatrices de transport, sur leur périmètre

porteurs des SCOT de la Région, afin que l’on puisse

mais pas les communautés de communes. Pour

gommer les phénomènes de marges et de fron-

pouvoir étendre le réseau de transport au-delà de

tières, pour que la réflexion soit ouverte et que le

son périmètre, l’Agglomération de Montpellier et la

regard des élus porte plus loin. Il n’existe rien de

Communauté de communes du pays de l’Or doivent

comparable en matière d’intercommunalité et les

trouver un accord.

structures porteuses des SCOT ne sont pas toujours

Si celui-ci n’a pas encore été trouvé en matière de

les intercommunalités. Les coopérations ne peuvent

transport, il l’a été, en revanche, pour le raccordement

s’élaborer que sur la base d’une volonté réciproque.

de certaines stations d’épuration de la communauté

Le dialogue n’est pas toujours facile, notamment

de communes du Pays de l’Or à la station Maera de

quand on se heurte à la difficulté des périmètres et

l’Agglomération de Montpellier.

des compétences : la ligne 3 du tramway qui s’arrêtera

27


solidarité

et est en retrait d’un littoral pourtant aménagé en

L’intention du législateur, en mettant en place les

relation avec la capitale régionale. Demain la commu-

communautés d’agglomération, était de créer de la

nauté de communes du Pays de l’Or sera sans doute

solidarité au sein d’un territoire comprenant une

transformée en communauté d’agglomération grâce

ville de plus de 15 000 habitants et son aire urbaine

à la population touristique de La Grande-Motte, de

(plus de 50 000 habitants). Le département de

Palavas-les-Flots et de Carnon (la population prise en

l’Hérault montre que les configurations peuvent

compte pour le calcul repose aux quatre-cinquièmes

être de natures bien différentes et sans doute loin

sur la population estivale). Pour leur part, les commu-

de celles imaginées par les rédacteurs de la loi.

nautés de communes ou d’agglomération centrées sur

Exemple, l’Agglomération Hérault Méditerranée est

Béziers, Sète, Lunel ne présentent pas des situations

une agglomération bicéphale avec Agde et Pézenas ;

entièrement satisfaisantes sur le plan économique.

Montpellier Agglomération ne couvre que 31 communes

Un réseau de TPE et de PME… mais peu de sièges sociaux importants En termes strictement économiques, la faiblesse de notre région tient essentiellement en la quasi absence de sièges sociaux et la faiblesse des exportations.

valeurs ajoutées

frein

Cependant, il ne faut pas examiner les structures

En région, pour beaucoup de secteurs d’activités, la

économiques régionales seulement au fil de ces

structure des entreprises est un frein important à

critères et de leur interprétation. Les petites et même

l’exportation car elle ne permet pas d’atteindre les

très petites entreprises peuvent être performantes,

seuils critiques. La massification est nécessaire pour

innovantes et produire de fortes valeurs ajoutées.

que les coûts soient acceptables. Malgré le soutien des

Tout au plus sont-elles souvent plus sensibles aux

collectivités, pour permettre aux petites entreprises

effets de crise, notamment sur le plan de l’emploi et

d’aborder de nouveaux marchés potentiels (missions,

des salaires. Mais, en contrepartie, elles disposent de

salons, Maisons de la Région…), la phase suivante de

plus de souplesse pour se réorienter ou se réorganiser.

concrétisation des engagements est la plus difficile,

Souplesse et dynamisme font leur force, disponibilités

surtout lorsque l’on aborde des pays émergents

financières et temps de latence des investissements

ou des ensembles territoriaux tels que l’Inde ou

en R&D insuffisants les placent souvent en situation

la Chine.

difficile. Elles ont aussi beaucoup plus de difficultés

Notre région se place au 19ème rang national pour

pour accéder aux marchés extérieurs, nationaux et

les exportations qui ont reculé de 14 % en 2009.

internationaux parce qu’elles manquent de lisibilité

Elles représentaient alors 1,4 % des exportations

et ne disposent pas de capacités de production leur

françaises. Rappelons que la région compte près de

permettant de traiter des marchés sur du moyen ou

4 % de la population nationale.

long terme. Elles ont besoin d’aide pour prospecter

Le Languedoc-Roussillon est, avant tout, un exporta-

les marchés, pour établir des relations durables

teur de produits agro-alimentaires (22 %), soit 3,1 %

avec leurs interlocuteurs.

des exportations françaises de ce secteur. Le vin est particulièrement présent avec une progression de 5,1 % en 2009, principalement vers le marché chinois. Mais plus de 60 % des exportations régionales sont

28

destinées au marché Européen.


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

capitalisation

On pouvait lire dans le contrat Etat/Région en 2006 :

L’absence de sièges sociaux importants est un point de

« Le principal handicap lié à l’histoire de cette région,

faiblesse difficile à surmonter : les grandes entreprises

qui ne fut guère industrielle, lui permettant de s’adapter

marquent une ville, une région. Elles en donnent une

sans subir le poids de la reconversion, est l’absence de

lecture mondiale et une place visible sur l’échiquier

sièges sociaux de grandes entreprises, par conséquent

du grand commerce. Ainsi Toulouse est la ville de

l’absence de capitalisation ». La récente crise financière

l’aéronautique, quels que soient les aléas du secteur

a souligné la faiblesse des fonds propres des entre-

depuis 2001.

prises et leur faible capitalisation monétaire. —

De grandes faiblesses à compenser… Si Montpellier a largement entamé sa phase de métropolisation, il reste encore de grandes faiblesses à compenser avant qu’elle puisse se positionner de façon lisible au niveau des métropoles mondiales ou du moins européennes. Montpellier a tout mis en œuvre pour devenir attractive et séduire les entreprises. Cependant, malgré la dynamique économique, le chômage reste fort, les jeunes diplômés ont du mal à intégrer le marché local et les salaires, notamment ceux des cadres, restent encore inférieurs à ceux pratiqués dans les métropoles régionales reconnues. L’attractivité de Montpellier et de sa zone d’influence est incontestable. Mais les prix du foncier et de l’immobilier apparaissent désormais comme des freins à la croissance économique. Certes, sur la grille nationale, Montpellier est dans la moyenne des grandes villes françaises. Mais les niveaux de salaire, nettement inférieurs, en font une ville chère. Il y a là un risque de blocage et de découragement des investisseurs potentiels, des chefs d’entreprise et des cadres. L’argument du cadre de vie qui a parfaitement

photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

fonctionné jusqu’à présent sera-t-il suffisant dans un temps de crise prononcée ?

… dans une ville où il fait bon vivre Montpellier a choisi de développer les conditions de son attractivité économique en créant les conditions d’un développement métropolitain construit sur la qualité de vie et les ambiances au travail. La qualité de vie à Montpellier, au-delà de la mer et du soleil, c’est d’abord le fait d’une ville dynamique qui se transforme et modernise en permanence ses référents culturels, sportifs, sociaux… par une politique de grands équipements qui doivent satisfaire aux besoins du plus grand nombre. Ne s’agit-il pas des facteurs clés des nouvelles conditions du développement économique ? Dans une économie des savoirs, les conditions de vie et de travail sont une exigence fondamentale. Mais, en même temps, ce sont des avantages très fragiles qu’il faut en permanence remettre en question et en perspective par rapport à une offre devenue mondiale.

29


photo Š Marc Ginot

PARTIE 2

30


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

ontpellier face à ses enjeux L’économie mondiale est aujourd’hui une économie d’archipel, comme le souligne Pierre Veltz, délégué ministériel pour le développement du cluster de Saclay. Organisé en réseaux entre des métropoles réparties sur l’ensemble de la planète, le développement économique se produit là et nulle part ailleurs. Y être ou pas, c’est la question fondamentale qui se pose à nous aujourd’hui. La question n’est pas seulement celle d’un choix politique ou sociétal, c’est surtout celle des possibles. La trajectoire sur laquelle s’inscrivent aujourd’hui Montpellier et son territoire de métropolisation les autorise à penser qu’ils peuvent faire partie de ce réseau. A quelques nuances près, dans des créneaux qui se révèlent porteurs de sens.

basculement Mais la question qui se pose est à la fois économique et politique, puisque aujourd’hui l’État a entrepris une grande réforme de fond des collectivités où les grands thèmes que nous avons développés jusqu’ici ont été au cœur des débats et sous-tendent chaque proposition législative. La Métropole devient un cadre nouveau dans un découpage politico-administratif renouvelé. Peu de villes, peu d’ensembles urbains, pourront entrer dans ce club très fermé dont l’Etat a déjà identifié les conditions d’accès. Face à des pays émergents où la concentration a été un phénomène massif, il était difficile pour le législateur de ne pas réfléchir à la place que peuvent tenir nos pôles urbains, nos métropoles, françaises et européennes. Et, de toute évidence, il était exclu de ne pas souhaiter les renforcer. En deuxième lieu, la tendance est également au « macro » en termes de territoire et les régions françaises ne sont pas à l’échelle de celles de nos voisins européens. Après la réforme des collectivités territoriales, l’étape suivante ne sera-t-elle pas la fusion des régions en unités plus grandes, plus conformes à ce qui serait un standard européen et mondial ? Quel avenir alors pour le Languedoc-Roussillon dont la naissance n’a pas été des plus faciles ? Encore une fois, nulle évidence ici, alors que la question ne paraît pas se poser autour des grandes villes comme Lyon, Bordeaux, Lille ou Toulouse. Position et destin bien singuliers, encore et toujours, pour Montpellier et pour le Languedoc-Roussillon.

31


ar la Métropole en réseau, renforcer le développement économique En tout premier lieu, la métropolisation en marche autour de Montpellier, interpelle la Chambre de Commerce et d’Industrie, car elle constitue une potentialité majeure de développement économique. Aujourd’hui, la croissance se produit au cœur des métropoles qui concentrent les savoirs, les savoir-faire, les capitaux, les équipements et les hommes. Etre une métropole demain, c’est participer au développement économique et à la croissance, intégrer la trajectoire d’un futur en mouvement. La concentration des moyens est nécessaire, mais elle n’est qu’une étape, qu’un moment du phénomène. La diffusion des effets métropolitains est un moment tout autant décisif qui interroge les formes possibles d’intégration territoriale.

attraction et diffusion Si l’on prend le cas de Montpellier, on peut se rendre

Le rôle d’une métropole n’est pas de tout concentrer,

compte du phénomène : Montpellier reste la commune

mais, bien au contraire, de diffuser ses effets sur les

la plus pourvoyeuse d’emplois, et celle qui reçoit donc

territoires qui fonctionnent en symbiose avec elle.

chaque jour le plus grand nombre de travailleurs

La ville-métropole reste le lieu de l’excellence et de

venant de communes environnantes. Mais on se

l’exceptionnel, des fonctions rares qui ne peuvent

rend compte que, peu à peu, les villes de Castelnau-

s’exercer qu’en un lieu unique.

le-Lez, Lattes, Saint-Jean-de-Védas ou Mauguio

Le territoire de métropolisation est un territoire

s’affirment en tant que pôles secondaires d’emploi.

maillé de villes-relais, de centres secondaires, autant

Dans la balance entrants/sortants, elles sont de plus en

de points forts dans une armature qui ne cesse de

plus bénéficiaires et participent donc très étroitement

s’affirmer.

à la construction du socle métropolitain.

La métropole n’a pas pour finalité de stériliser son environnement, bien au contraire. Elle perfuse et percole sur les territoires qui l’environnent. La métropole, la ville-mère, est donc tout à la fois pôle d’attraction et source de diffusion. Un nouveau maillage, prend corps qui accorde une place nouvelle aux centres secondaires qui se structurent en 32

périphérie.


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Développer les réseaux pour les entreprises L’économie globalisée a donc comme territoire de prédilection la Métropole au sens le plus large. La croissance se fera là. Elle est le nœud essentiel du développement économique. Nous avons la chance d’avoir un territoire métropolitain qui est entré dans la nouvelle économie : l’économie de la connaissance. Il peut se développer dans une crainte moindre des délocalisations aux conséquences économiques et humaines catastrophiques. Les délocalisations toujours possibles ne le sont pas dans la même mesure que pour dans une économie de production. Et si délocalisation il y a, ce n’est pas dans les mêmes termes que le préjudice pourra se mesurer. L’économie de la connaissance, l’économie résidentielle sont les « deux pieds » sur lesquels marche l’économie métropolitaine. Elles rendent celle-ci moins fragile par temps de crise. C’est donc bien cette structure-là qu’il faut conforter.

marché Notre tissu de TPE et de PME, bien éloigné des grandes

Les pôles de compétitivité en sont l’exemple manifeste.

firmes mondiales puissantes dont la métropole

Mais les réseaux existent également en dehors des

espère tant les sièges sociaux, est en droit de se

pôles, en complément, en parallèle ou en avant-garde.

poser pour lui-même les questions de son avenir

La relative densité des entreprises par thématiques,

dans cette perspective nouvelle.

l’importance des soutiens institutionnels présents ici

Pour chaque entreprise le territoire de métropoli-

pour la mise en place et le développement des réseaux,

sation constitue un marché déjà important et toujours

sont des éléments forts de cette dynamique.

croissant. Il faut bien sûr savoir capter ce dynamique

La petite taille des entreprises locales justifie encore

marché de proximité. La création d’entreprises,

plus qu’ailleurs ce soutien de toutes les collectivités

toujours soutenue en région et plus particulièrement

et de toutes les institutions qui ont une compétence

dans la circonscription de la CCI de Montpellier,

économique sur ce dossier.

démontre la capacité des chefs d’entreprise à se saisir

Le soutien de grandes entreprises publiques locales,

de cette opportunité.

telles qu’elles sont réunies aujourd’hui par la Chambre

De même, l’économie résidentielle liée à la dynamique

de Commerce et d’Industrie dans le réseau CONECTO

démographique, mais également cette économie de

(groupement de grandes entreprises initié par la CCI

la connaissance en plein développement, sont

de Montpellier) peut être un avantage certain pour

parfaitement lisibles dans la recomposition de la

permettre à des entreprises beaucoup plus petites

structure des entreprises : la CCI de Montpellier était

de dépasser ce handicap.

jusqu’au début des années 2000 une Chambre très « commerçante ». Cette composante dominait la

export

représentation consulaire. Aujourd’hui, la CCI est

La conquête de marchés à l’export entre totalement

devenue très largement « services », alors que ce

dans ce cadre : nécessité de massifier pour atteindre

n’est pas vrai partout en région. Dans les autres

des coûts acceptables en matière de transport, de

chambres, un équilibre relatif existe encore entre le

prospection des marchés extérieurs. Plus encore

commerce, l’industrie et les services.

pour atteindre la visibilité sur des marchés très

main d’œuvre

courtisés tels que la Chine, l’Inde ou encore le Brésil. Les échelles de grandeur n’ont ici aucune commune

Les entreprises de services, bien davantage que les

mesure avec celle que nos entreprises ont l’habitude

entreprises de production, peuvent trouver sur

d’appréhender. Le partage de connaissance et d’expé-

place une main d’œuvre formée et adaptée grâce

rience, le tutorat sont des opportunités à saisir.

certes à l’Université, mais également à une multitude

Pour les TPE et PME, le développement à l’export

d’écoles et de centres de formation qui ont ciblé

rejoint la problématique de l’ensemble de la métro-

cette demande en pleine évolution.

pole : comment devenir visible. Il clair que si le défi

Pour nombre d’entreprises, la mise en réseau est de

est relevé pour la métropole, un grand pas sera

plus en plus une nécessité : les filières s’organisent.

franchi pour les entreprises. —

33


Montpellier et les métropoles environnantes

vers Paris

n hô

lp e-A

es : 6 000 000 h

ab ita

n

ts

R

Lyon 1 200 000 habitants

A75

Temps de parcours autoroutier au départ de Montpellier

rén Py

ées : 2 800 000

2 heures 30

h

P

A54

Sète

Marseille 900 000 habitants

Temps de parcours virtuel par LGV au départ de Montpellier 40 minutes

000 habitants

Nîmes

abitants

Langu ed 80 o 00 00 ha bit an ts

800

Alès

Montpellier

A51

:4

on ussill : 2 500 0h 00

Ro c-

Toulouse 600 000 habitants

Plus de 3 heures

ce-Alpes-Côte-d ven ’A ro z ur

nts ita ab

Mi di-

A7

2 heures

1 heure 1 heure 10 1 heure 20

9

Arc Aquitain Arc Latin

A Cata log ne :

Couloir Rhodanien

6

00 90 ants habit 00

Barcelone 1 500 000 habitants

Communauté de travail des Pyrénées © S.C - M.T.E. - FRE 3027 - CNRS / 2008 © S.C: d’après - M.T.E. - FRE 3027 - CNRS Source J.P. Volle

/ 2008

Source : d’après J.P. Volle

Devenir visible par une taille suffisante Le phénomène de métropolisation et les échanges, les synergies très nombreuses au sens de l’espace métropolitain ne se limitent pas à Montpellier et à son aire urbaine. D’ailleurs, elles ne lui permettraient pas d’atteindre une visibilité suffisante.

seuil

Pic Saint Loup, (34 000 habitants) on atteint 647 103

Le seuil de pertinence d’un territoire métropolitain

habitants dans un périmètre d’une trentaine de

pour commencer à attirer notamment des grandes

kilomètres autour de Montpellier. Mais, si l’on

entreprises ou des sièges sociaux est de 800 000

considère un territoire métropolitain qui irait de

habitants. Aujourd’hui, l’agglomération de Montpellier

Sète à Alès en passant par Nîmes et Montpellier, on

compte à peine plus de 400 000 habitants. Mais, si

atteint déjà le million d’habitants.

l’on prend en compte un territoire plus vaste où les

34

échanges sont incontestablement denses, on atteint

attractivité

rapidement ce seuil.

La croissance démographique de cette zone est

Dans les limites du département de l’Hérault, avec,

particulièrement forte. Cela dénote un phénomène

non seulement la Communauté d’Agglomération de

particulier, une attraction singulière qui est, bien

Montpellier (412 070 habitants), mais également la

sûr, le fait de Montpellier, mais également de tout

Communauté d’Agglomération du Bassin de Thau

ce qui peut être identifié comme étant de niveau

(92 021 habitants) et la Communauté de Communes

métropolitain sur le reste du territoire : l’aéroport

du nord du Bassin de Thau (23 199 habitants), la

situé dans la Communauté de Communes du Pays

Communauté de Communes du Pays de l’Or (39 260

de l’Or, le port de Sète dans la Communauté d’Agglo-

habitants) et celle du Pays de Lunel (46 553 habi-

mération du Bassin de Thau, le CHU de Nîmes ou

tants) et enfin la Communauté de Communes Grand

encore la ville-relais de Lunel.


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

C’est une attractivité montpelliéraine, confortée par l’ensemble de son territoire de métropolisation dont

Europe

il faut parler. 50 % de l’économie régionale, les emplois

La visibilité de ce territoire est relativement faible au

tertiaires supérieurs, les cadres et les chercheurs,

niveau national, comparativement à sa dynamique

sont concentrés sur un territoire allant de Sète à

et aux jalons qu’il a posés depuis près de plus de

Alès en passant par Nîmes et Montpellier :

quarante ans dans sa marche vers la métropolisation.

Le territoire de métropolisation théorique que nous

Cette dynamique forte, ce profil de croissance

venons de dessiner replace très favorablement la

économique particulier précédant les positions prises

métropole montpelliéraine dans son environnement

à Lisbonne par la Communauté Européenne n’est

national et déjà européen : Toulouse et son territoire

peut être pas perçu comme tel au niveau national.

métropolitain ne représentent « que » 600 000

La visibilité que recherchent aujourd’hui la Région,

habitants, celui de Marseille 900 000, celui de Lyon

la Ville et une grande partie des intercommunalités

1 200 000, celui de Barcelone 1 500 000.

n’est-elle pas davantage tournée vers un niveau

La remise en perspective est importante. Il y a ici

international qu’un niveau national ? La première

une réalité que l’on ne peut évacuer ou gommer.

visibilité aujourd’hui pertinente est le niveau européen.

Comment peut-on alors ne serait-ce qu’envisager

d’écarteler une région pour construire des régions plus grandes en déstructurant l’existant et le potentiel

photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

sous-jacent ?

Entrer pleinement dans le concert des métropoles européennes haut débit

plein développement à Montpellier et à Nîmes. Ils

Les réseaux revêtent une importance fondamentale.

sont fondamentaux dans d’une métropole organisée.

Si les réseaux haut débit sont, dans l’ensemble, plutôt

Le maillage entre les réseaux gérés par différentes

à la hauteur du développement souhaité, c’est que

collectivités est, lui aussi, en train de se mettre en

la maîtrise de ce développement est en grande partie

place. Les collectivités organisatrices de transport

liée à des responsabilités locales, les intercommu-

ont toutes engagé une réflexion approfondie sur le

nalités, les Départements ou la Région. Montpellier

moyen d’accroître le maillage et d’augmenter une

développe un réseau câblé depuis 1983. C'est dire

mobilité globale, notamment en faisant baisser les

l’anticipation portée par la ville centre pour relever

tarifs. Les bas coûts sont en cours sur les réseaux

les défis d’une économie des savoirs et de l’ouverture.

de cars dans l’Hérault et le Gard. Les réseaux bus et

transports collectifs

tram se connectent aisément avec celui des TER. L’augmentation du nombre des usagers est un pari,

Le plus pénalisant reste le développement des

non seulement sur les équilibres financiers, mais

réseaux de transport. Là encore, au niveau local,

aussi sur le développement d’un réseau global de

d’énormes efforts ont été réalisés. La constitution

nouvelle génération, mieux maillé, mieux cadencé

de réseaux de transport urbain en site propre est en

et interconnecté.

35


Ce développement se trouve cependant freiné par

Londres, Shanghai, New York, Los Angeles… et, en

l’absence d’infrastructures dont la maîtrise d’ouvrage

France, Paris-Le Havre, Marseille, Nantes, Bordeaux,

appartient à l’État : la réalisation rapide de la LGV

Lyon…

va permettre le dégagement de nouveaux sillons

Il faut tirer tout le bénéfice possible de ces infra-

pour développer les TER mais également permettre

structures. Car, c’est certain, il n’y aura pas de métro-

cette liaison inter-cités, réclamée par tous de Barcelone

pole de niveau européen sans au moins un aéroport

à Lyon. Le retard pris pour le dédoublement de

de bon niveau. Cette interconnexion est indispensable

l’autoroute A9 bloque le bouclage d’un système de

pour asseoir tous les autres réseaux, notamment ceux

rocades autour de Montpellier. La mobilité générale

liés à la recherche et aux universités, aux affaires,

au sein de l’aire urbaine en est considérablement

ainsi qu’au rayonnement culturel qui commence à

affectée et les échanges indispensables au sein de

être l’un des identifiants forts de Montpellier.

ce territoire manquent de fluidité.

Il faut à la fois pouvoir parcourir efficacement et rapidement ce périmètre métropolitain, y accéder

port et aéroport

aisément et s’ouvrir largement. Au sein même du

Deux infrastructures peuvent faire la différence au

territoire les mises en réseaux, les synergies et les

niveau international : le port de Sète et l’aéroport

coopérations restent essentielles.

Montpellier Méditerranée. Il n’y a pas de métropole

internationale qui n’ait un grand aéroport et beaucoup d’entre elles sont connectées à un port :

Université, recherche, entreprise : structurer les coopérations Au cœur d’une économie de la connaissance se trouve encore et toujours la notion de réseau et d’échange. Les savoirs circulent, se confortent, se complètent. Le développement de synergies entre la recherche et les entreprises est le pivot central de la compétitivité économique du territoire. fondateurs : l’université Montpellier I (médecine, droit et sciences économiques), l’université Montpellier II

photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

(sciences) et l’université Montpellier III (lettres et sciences humaines). Quinze membres associés participent à ce pôle (SupAgro, les universités de Nîmes et Perpignan, le CHU, l’Ecole des Mines d’Alès ….). Les collectivités territoriales sont également représentées. Si les plus grosses universités sont montpelliéraines, ce qui se passe sur le territoire ne peut être considéré comme quantité négligeable. Il est essentiel que les universités de Perpignan et Nîmes confortent l’ensemble montpelliérain et les différents pôles de

universités 36

recherche ne sont pas tous implantés à Montpellier : l’Ecole des Mines d’Alès, par exemple, a acquis depuis

Le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur -

longtemps une réputation qui n’a rien à envier aux

Université Montpellier Sud de France (PRES) est un

laboratoires de recherche montpelliérains et son

établissement public de coopération scientifique

rôle dans le rayonnement de la recherche régionale

créé par décret le 9 juin 2009 autour de trois membres

ne saurait être négligé.


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

campus La fusion des universités devrait logiquement inter-

CHU régionaux : ceux de Montpellier et de Nîmes sont

venir en 2011. Le premier contrat avec l’État devrait

distants d’à peine 50 kilomètres. Ils sont rattachés

couvrir la période 2011-2014. Ce PRES a vocation à

à la même université, celui de Nîmes étant le plus

coordonner l’ensemble des actions dans la perspective

petit de France. Cette gouvernance commune ne

de la fusion des universités et la mise en place du

remettrait en cause ni les compétences, ni les orga-

projet CAMPUS, l’Université Montpellier Sud de France

nisations, mais participerait de la logique du PRES

ayant été retenue par l’État pour le financement du

et de CAMPUS.

programme immobilier. Il s’agit de mettre en place les synergies nécessaires et

pôles de compétitivité

l’optimisation des ressources, afin que les universités

La coopération de l’université avec les entreprises

de la région deviennent, elles aussi, visibles au niveau

est un axe essentiel à développer. Déjà le Languedoc-

mondial. Aujourd’hui tous les classements s’établissent

Roussillon compte huit pôles de compétitivité. Les

sur la base des universités. Donc la région Languedoc-

premiers ont été labellisés en 2006 et le dernier, le

Roussillon, comme d’autres régions françaises, voit

pôle eau, a été décrété pôle mondial très récemment.

ses universités classées très loin en bas de tableau,

Ces pôles de compétitivité reposent à la fois sur

malgré leurs performances relatives. Mais elles ne

l’excellence des entreprises et sur l’innovation et les

peuvent rivaliser avec les grandes universités, par

savoir-faire développés par la recherche. Ces pôles

exemple américaines ou britanniques et maintenant

de compétitivité concernent la recherche médicale

chinoises, qui sont très centralisées.

(Orpheme), l’agronomie (q@li-med), les énergies

Le projet CAMPUS est une opération ambitieuse qui

renouvelables (Derbi), les écotechnologies issues du

doit permettre de dépasser les clivages entre les

nucléaire (Trimatec), l’évaluation des risques et la

universités et les différents instituts de recherche :

vulnérabilité des territoires (Risques), la mécanique

l’université française est une très vieille institution,

(Pôle mécanique d’Alès et des Cévennes), les sciences

ce qui lui donne sa notoriété et sa qualité, mais elle

du vivant (Holobiosud) et l’eau.

doit aussi faire face à une vision mondialisée et à

Par les coopérations qu’ils induisent et les synergies

une coopération, tout comme à une compétition à

qu’ils mettent en place, ces pôles de compétitivité

l’échelle de la planète.

vont, non seulement favoriser le développement de

Le projet CAMPUS repose sur une stratégie de déve-

la connaissance et de l’économie liée, mais permettre

loppement basée sur la construction et le renforcement

une visibilité mondiale des savoirs et des savoir-

de six pôles d’excellence transdisciplinaires, en lien

faire sur ces thèmes particuliers.

étroit avec les acteurs du monde économique :

Le pôle Eau est donc exemplaire, puisqu’il a été

- agro-environnement,

labellisé pôle mondial par décision du CIADT (Comité

- biologie santé,

Interministériel d’Aménagement du Territoire), en

- chimie,

2010. Ce thème de recherche est très ancien. Il fédère

- MPSS (mathématiques, informatique, physique,

à la fois laboratoires de recherche, entreprises (66

structure et système),

réunies dans le réseau Swelia) et collectivités terri-

- sciences de l’homme et de la société,

toriales. Tous les thèmes sont abordés : la recherche

- eau.

et la mobilisation de la ressource, le traitement des

Ce projet est doté d’une enveloppe de 325 millions

eaux et les économies, les risques liés aux inondations,

d’euros, dont 162,6 millions d’euros de la Région

la recherche moléculaire…

Languedoc-Roussillon. Il porte sur 860 hectares, allant

Il est donc devenu essentiel que les coopérations

des zones vertes du nord de Montpellier au cœur

s’accélèrent, car l’économie de la connaissance est

historique. Il restructurera à la fois l’université et la

bien celle sur laquelle sera basé le développement

recherche régionale, mais également une bonne

économique mondial. Montpellier et la Région

partie de la ville elle-même.

Languedoc-Roussillon peuvent et doivent y tenir

Cette nouvelle gouvernance de l’université et de la

leur place.

recherche que l’État a lancée a reçu un écho favorable

des présidents d’université en place et des collectivités territoriales concernées. Certains s’interrogent désormais sur une nouvelle gouvernance pour les

37


Interview de Dominique Deville de Perière Professeur des Universités - Praticien Hospitalier en Odontologie, Directeur de l'U.F.R. d'Odontologie de Montpellier (1999-2004), Présidente de Montpellier (2004-2009), Présidente du PRES Université Sud de France depuis décembre 2009

« La Région Languedoc-Roussillon doit faire face à la concurrence des deux régions voisines, Midi-Pyrénées et Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Créer un grand campus universitaire et mettre en réseau non seulement les universités de Nîmes et Perpignan mais aussi l’école des Mines d’Ales est pour moi vital. C’est dans cet objectif que le premier projet de Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) avait été proposé en 2004. La création des PRES puis l‘opération CAMPUS en 2008 et enfin la levée du grand emprunt représentent la réponse de l’Etat à l’émiettement des universités sur le territoire et la création de grands campus universitaires pour concurrencer les grandes universités européennes telles Oxford ou Cambridge et a

fortiori américaine telle Harvard. Mais nous devons le faire sans nous couper de nos voisines Celles-ci participent au PRES avec l’Ecole de Chimie, Sup’Agro, l’Ecole des Mines, les instituts de recherche et les collectivités en tant que membres associés avec voix délibérative au Conseil d’Administration. D’autres écoles et pôles de recherche viendront nous rejoindre après la fusion, comme l’École d’Architecture, le Conservatoire National des Arts et Métiers ou Sup de Co. La loi LRU a introduit 2 nouvelles missions pour les universités : l’insertion professionnelle et la coopération internationale. Au-delà des deux missions principales du PRES (préparer les conditions de la fusion et assurer la gouvernance de l’opération campus), l’Université Montpellier Sud de France conduira un certain nombre d’actions, dont la valorisation de la recherche. Dans ce but, l’Université noue des contacts étroits avec les entreprises locales et regionales mais aussi notamment au sein des Pôles de Compétitivité qui sont maintenant au nombre de 7. Le dernier né, le Pôle mondial de l’Eau couvre l’ensemble des champs de la recherche en ce domaine et se développe en association avec tous les professionnels du secteur, notamment ceux réunis au sein de l’association SWELIA. Ce nouveau pôle de compétitivité à vocation mondiale est une chance pour Montpellier. Dans le domaine de l’eau comme dans beaucoup d’autres, l’ouverture à l’international est une donnée essentielle. L’université est désormais ouverte au monde : en ce qui nous concerne, elle travaille en particulier avec les pays du sud où la demande de compétences et de coopérations est très forte. L’Université est l’une des principales richesses de cette région. Elle est un atout considérable dans la constitution d’un espace métropolitain fort. Elle a besoin de pouvoir s’appuyer sur toutes les forces vives de la région pour se développer, se renouveler, se renforcer. Tout comme la région a besoin de l’université pour réussir son pari de devenir une région qui compte. »

Présidente du PRES Université Sud de France depuis décembre 2009 : Durant son mandat, fixé pour une durée de deux ans non renouvelable, elle devra mener deux missions principales : réaliser la fusion des trois universités de Montpellier au 1er janvier 2012 et assurer la gouvernance et le pilotage du plan immobilier de l'Opération Campus. Le PRES a également pour missions d'assurer une meilleure lisibilité et de renforcer l'attractivité du site au plan national et international et de renforcer les liens entre le PRES, les pôles de compétitivité et le tissu économique local. Chargée de Mission dans le département des organismes spécialisés en santé à la Direction générale pour la recherche et l’Innovation. 38


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Interview de Catherine Dardé Directrice Générale Languedoc-Mutualité

« L’organisation du territoire est une donnée très importante en matière de santé. C’est d’ailleurs ce à quoi réfléchit actuellement l’Agence Régionale de la Santé. La loi Hôpital parle bien de santé et de territoire, même si la santé n’est pas une compétence décentralisée mais reste bien une compétence de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. Le territoire régional est extrêmement complexe car les problématiques de la Lozère ou des hauts cantons ne sont pas celles de Nîmes ou de Montpellier. L’organisation de la santé doit intégrer deux logiques apparemment contradictoires : la proximité avec le malade et l’excellence en matière de soin. L’offre de soin sur le territoire connaît comme partout ailleurs des difficultés en matière de proximité et certains territoires sont réellement en difficulté par rapport à des prises en charge plus spécifiques. Cela a des retentissements sur le maintien des personnes sur place et leur qualité de vie. L’organisation de la santé doit se faire selon un modèle remontant : c'est-à-dire un maillage dense pour tout ce qui concerne la proximité et un lieu de recours comme le CHU où se pratique l’excellence médicale. Aller du plus courant vers le plus exceptionnel en termes d’offre de soin : la médecine généraliste au plus près du malade mais pour une médecine sans prise en charge lourde ou technique, une médecine intermédiaire dans les villes moyennes où l’on accède à une offre de soin plus pointue et plus technique tout en concevant une relative proximité du malade avec sa famille et son environnement habituel, une offre de soin très pointue, extrêmement technique, parfois unique sur le territoire au niveau des grande villes voire seulement au niveau de Montpellier, voire en inter-régional. L’offre de soin régionale doit se penser en termes de complémentarité et non de concurrence. La métropolisation en matière de santé ne doit pas consister à tout rassembler dans la ville centre. Au contraire, elle doit permettre à l’ensemble du territoire de profiter de l’excellence du pôle régional de Montpellier et dans une complémentarité avec celui de Nîmes. L’implication à titre expérimental des collectivités dans le maillage des services de santé aurait pu être une bonne chose, mais cela n’a pas vraiment abouti. La vision des collectivités était pourtant complémentaire de celle de l’Etat. Un grand chantier reste devant nous, celui du vieillissement, car l’offre de soin et son organisation vont avoir des incidences très importantes en matière d’aménagement du territoire et de vie sociale pour les

photo © Marc Ginot

aînés. »

39


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

Acquérir une dimension internationale Les coopérations dont nous venons de parler et qui s’accélèrent ne sont que les exemples les plus prestigieux et les plus éclairants. Elles sont imposées par le déploiement d’une économie mondialisée et d’un monde totalement ouvert aux échanges de tous ordres. Les pôles de recherche, les entreprises participant aux pôles de compétitivité sont déjà, et toujours plus, livrés à une compétition et une concurrence internationales. On ne peut devenir pôle mondial de l’eau sans tenir compte de ce qui se passe partout ailleurs dans le monde. Les problématiques de l’eau concernent déjà l’ensemble de la planète. Le sujet est devenu brûlant dans bien des pays et pas seulement sous l’angle de la catastrophe, sécheresse ou inondations. L’eau potable est devenue une ressource précieuse en voie de raréfaction.

vitrine

40

Bien que l’économie résidentielle soit le socle de

Dans son Schéma Régional d’Aménagement et de

l’économie locale, on ne peut négliger le développement

Développement Durable du Territoire la Région

international. Il ne passera pas seulement par les

Languedoc-Roussillon met en avant le défi de

exportations dont nous avons déjà vu combien elles

l’ouverture : vers les régions voisines notamment

étaient encore faibles au niveau régional. Les pôles

et les coopérations qui s’opèrent naturellement aux

de compétitivité sont également de très importantes

« frontières », mais également vers ce territoire

vitrines pour les entreprises à l’international. Nos

particulier qu’est la mer Méditerranée. Notre appar-

savoir-faire intéressent. Et pas seulement ceux des

tenance à cette région du monde n’est pas neutre.

très grandes entreprises. N’oublions pas qu’en matière

Les coopérations au nord existent, mais nous

de connaissance et d’innovation, les petites entreprises

sommes dans un espace identifié : la Communauté

jouent un rôle non négligeable. Les pôles de compéti-

Européenne. Vers le Sud et en particulier le Maghreb,

tivité sont, pour elles, l’un des moyens de l’ouverture,

les coopérations sont nombreuses, en développement,

d’où l’importance des coopérations et de la mise

mais d’autres régions méditerranéennes restent en

en réseau.

marge de nos échanges.


photo © Marc Ginot

LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

ouverture L’ouverture vers le Sud, les Suds, est ancienne. Elle

Mais être Métropole, avoir une place au niveau

va avec le développement de l’agronomie, certes

européen au moins, c’est également donner une

méditerranéenne, mais également d’une spéciali-

image qui ait un sens au-delà du local. L’ouverture,

sation tropicale. Si Montpellier, qui n’est pas tournée

c’est aussi l’attractivité. C’est donner à voir que la

vers la mer, n’a pas participé de façon marquée ou

métropole correspond aux critères actuels d’implan-

préférentielle à la découverte des nouveaux

tation des entreprises, des laboratoires de recherches,

mondes et à la colonisation, ses universitaires et

des cadres supérieurs. C’est avoir un sens pour

chercheurs trouvent dans ces ailleurs des territoires

autre chose qu’elle-même.

de prédilection pour développer des connaissances

L’ouverture est une posture générale de l’ensemble

qui aujourd’hui forment un socle particulièrement

des facteurs du développement économique et de

intéressant.

ses acteurs. Elle est la condition sans laquelle aucune

La notion de Métropole est fondamentalement

coopération n’est possible, aucune synergie, aucun

attachée à cette dimension internationale. Car il ne

grand projet, aucune avancée notable.

saurait y avoir de métropole dans le repli sur soi.

Avec cet esprit d’ouverture il faut que l’ensemble des

Montpellier pourrait se contenter d’être une ville

acteurs accueille la réforme de l’État qui se prépare

attractive vivant sur le simple moteur de son cadre

avec la mise en place des métropoles et des pôles

de vie et de son image dynamique au risque que la

métropolitains.

qualité de vie s’étiole rapidement, et que la dyna-

mique s’essouffle. La comparaison avec les autres villes d’Europe ou du monde qui présentent les mêmes atouts serait négative. La taille et le rayonnement seraient réduits à sa seule dimension démographique, sans parler des autres villes de la région. Montpellier pourrait atteindre mécaniquement la taille critique d’une agglomération à 800 000 habitants mais sans qu’elle soit moteur d’une quelconque métropole. Le géographe Jean-Paul Volle appelle cette métropole sans influence, « la métropole végétative ». 41


photo © Fotolia

appuyer sur la réforme des collectivités territoriales La réforme des collectivités territoriales est un changement de fond qui va remettre en cause les formes actuelles de gouvernance du territoire. L’apparition des conseillers territoriaux, mais surtout de la métropole et du pôle métropolitain, marque une nouvelle étape possible de l’histoire de l’organisation territoriale. La Métropole est présentée comme le moyen de donner aux grandes villes françaises les moyens de la compétitivité au niveau international. Le pôle métropolitain a été créé pour permettre à certaines intercommunalités d’entrer dans une logique de métropole, alors qu’elles n’ont pas encore atteint les seuils significatifs de population. La convergence des réformes des collectivités, de la taxe professionnelle et des Chambres de Commerce et d’Industrie va dans le sens de changement à la fois d’échelle et de nouveaux modes de gouvernances qui devront s’appuyer sur des modes de financements renouvelés. La réforme semble cependant arriver alors que le processus est largement entamé. Il n’est pas de grandes villes françaises qui n’associent désormais leur nom au concept de métropole… même lorsqu’elles sont loin de pouvoir prétendre à ce statut. Il y a longtemps que Montpellier et son District, puis Montpellier et son Agglomération ont non seulement intégré cette évolution nécessaire des réalités économiques, mais ont élaboré le discours associé. Elle a mis en place l’ensemble des éléments qui doivent naturellement la conduire à devenir l’une des métropoles du sud de la France. Montpellier a joué tôt la carte de la métropole. Mais peut-elle être une des « Métropoles » définies par la nouvelle loi territoriale ? Ou bien, faute d’en faire partie, peut-elle tabler sur la création 42

d’un « pôle métropolitain » ?


photo © Marc Ginot

LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Se penser « Métropole » avant tout le monde Très tôt, Montpellier a souhaité affirmer sa vocation de Métropole, bien avant qu’on en parle au niveau de l’État ou que les intercommunalités aient maillé le territoire comme c’est le cas aujourd’hui. Ceci bien avant que le mot lui-même n’émerge dans les discours. Dès la fin des années 80, Montpellier met en avant ses universités, ses pôles de recherche et entre de plain-pied dans l’économie de la connaissance : Montpellier est devenue la « surdouée ». Qui a oublié le bambin en couche-culotte qui jouait du violon ?

marketing

Montpellier s’affirme également Eurocité : l’objectif

Montpellier entre très tôt dans le processus de mar-

alors n’est plus d’apparaître au niveau local. Le premier

keting des villes qui va s’amplifier en même temps

niveau de pertinence est le niveau européen.

que le phénomène de métropolisation. Montpellier

La nécessité, tout comme la volonté de devenir cette

va déployer sa communication en utilisant les différents

ville qui compte au niveau de l’Europe, s’affirme

ressorts qui lui permettent d’être visible et attractive.

très fortement dans le discours.

La « surdouée », c’est à la fois l’université, la recherche

Étrangement, lorsque le vocabulaire atteint progres-

et la culture. « L’entreprenante », c’est la dynamique

sivement le dire des collectivités, que, l’une après

économique et l’attractivité, « l’Eurocité », c’est la ville

l’autre, les villes, grandes ou moins grandes, associent

rayonnante, visible.

à leur nom le mot de Métropole, Montpellier reste à

Montpellier s’engage résolument dans l’ère des pôles :

l’écart du mouvement. Elle ne se saisit pas de cette

dès 1985, la Technopole est née. Ses différents pôles

dénomination ; elle ne brandit pas cette bannière.

vont préfigurer les pôles de compétitivité : Euro-

Montpellier ne ressent probablement plus le même

médecine, Agropolis, Antenna, Communicatique et

besoin d’affirmation maintenant que les principaux

Héliopolis. Il s’agit à la fois de la création de parcs

mécanismes sont en place. Pourtant, il est clair que

d’activités dédiés et de pépinières d’entreprises

Montpellier ne pourra pas prétendre au statut de

telles que Cap Alpha, mais également de la mise en

Métropole, puisque son agglomération n’atteint pas

réseau des acteurs de chaque pôle. Dès 1988, le

les 500 000 habitants et qu’elle devra se satisfaire

congrès international des technopoles se tient à

de son statut actuel pour un certain nombre d’années

Montpellier.

encore. Il faut cependant en mesurer l’incidence. —

43


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

La Métropole dans la réforme de l’État Le rapport Perben met l’accent, dès 2008, sur l’importance de la métropolisation et la nécessité pour la France d’avoir de véritables métropoles à rayonnement au moins européen. Il met en exergue une phrase de Pierre Maurois en décembre 2007 qui est un vrai sujet de réflexion pour les législateurs mais également pour les acteurs économiques : « La France n’a pas suffisamment de grandes villes et elle le paie très cher ». La France est un vieux pays rural, dominé jusqu’à une époque récente par Paris où se concentraient toutes les fonctions de niveau autre que local. Le « Paris et le désert français » de Jean-François Gravier en 1947 est un vrai cri d’alarme. Les huit métropoles d’équilibre, que l’Etat va soutenir au début des années 60 pour rectifier le tir, vont mettre un certain temps à tenir une place face à Paris et à émerger au niveau européen.

fait urbain

une analyse précise. Montpellier ne se trouve donc

Le fait urbain est aujourd’hui primordial et l’État

pas dans ce paquet de villes, alors que Toulon et

considère qu’il faut asseoir les grandes villes françaises

Rennes y figurent.

en tant que métropoles pour ne pas se trouver

Le découpage de l’agglomération de Montpellier avec

rapidement distancé par d’autres pays européens

ses 31 communes, pénalise le territoire. Si l’on prenait

et par les pays émergents où ce phénomène est

en compte l’aire urbaine, telle qu’elle apparaissait

majeur dans le processus de développement.

comme référence des territoires de SCOT dans la loi

La réforme que l’État a entreprise dans ce sens

SRU ou les grands indicateurs qui définissent les aires

s’inspire à la fois du rapport Perben dont le titre

d’influence, il est bien évidemment que Montpellier

« Les métropoles d’avenir » est sans équivoque et

devrait faire partie des élues.

du rapport Balladur, qui s’intéresse aux métropoles,

44

à la création de grandes régions et à l’organisation

hors liste

complète du territoire par les intercommunalités.

De même, si l’on reprenait les principaux critères

Nous sommes ici dans un redécoupage politico-

qui définissent les métropoles et les territoires de

administratif qui se doit de tenir compte des décou-

métropolisation, tels qu’ils sont mis en évidence

pages existants et ici des EPCI. Celui-ci met encore une

dans l’étude de C. Rozenblat et P. Cicille et repris par

fois en évidence que le territoire de l’agglomération

le rapport Perben, Montpellier ne manquerait pas

de Montpellier ne correspond pas au phénomène de

de figurer dans cette liste.

métropolisation qui est constaté par ailleurs.

Nous l’avons montré à plusieurs reprises : Montpellier

Le rapport Balladur fait une proposition en matière

est bien une ville dont la visibilité européenne est

de métropoles : elles seraient onze, car la population

réelle. Montpellier peut et doit devenir une métropole,

des intercommunalités de base qui pourraient y

non seulement pour ce qui se passe dans la ville et

prétendre est celle de 1999 ! Il n’est tenu compte

sur son territoire, mais aussi pour avoir les moyens

d’aucun des éléments qui fondent aujourd’hui les

de consolider ce que chacun peut constater.

métropoles, même si le rapport Perben en fait lui


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Interview de Maître Jean-Marc Maillot Avocat à la Cour, Maître de Conférences des Universités « La réforme des collectivités est une réforme en profondeur. Elle est essentiellement incitative. Pourtant, ceux qui ne prendront pas le train de cette réforme risquent fort d’être « hors jeu ». La réforme va créer des différences gigantesques de niveaux et de compétences entre les différentes collectivités. Le pouvoir sera entre les mains des intercommunalités. Il y a un fossé entre le pouvoir de la métropole telle que prévue par les textes et les autres collectivités. La notion de métropole est essentielle pour Montpellier et le Languedoc-Roussillon. Il faut aller dans cette direction, quitte à passer par le niveau du Pôle Métropolitain en trouvant des alliés autour de l’Agglomération de Montpellier. Cette réforme s’inscrit dans la même démarche que celle poursuivie par les institutions communautaires, à savoir un dépassement du cadre national au profit d’entités régionales fortes. Il s’agit d’une réorganisation en profondeur de nos institutions. Les Régions vont être élargies et devenir potentiellement transfrontalières comme celle de Lille. Le régionalisme et le fédéralisme sont des mouvements en cours à l’échelle européenne. La puissance des Etats est affaiblie dans cette nouvelle phase de construction de l’Europe, bien que leur rôle lui, ne soit pas remis en cause. En France, la régionalisation est chaperonnée par l’Etat qui veut la mettre lui-même en place, compte tenu d’une longue histoire de centralisme étatique. Le rôle des Préfets, par exemple, n’a pas été remis en cause par la décentralisation, au contraire, ils gardent un pouvoir décisionnel mais aussi d’impulsion qui reste incontournable. Le rôle de l’Etat reste législatif et règlementaire. Il organise ce que l’on pourrait appeler un « fédéralisme administratif », mais cette expression ne doit pas être prise au sens juridique (elle n’aurait aucun sens) mais plutôt pratique. La prochaine étape des réformes sera le redimensionnement des Régions. »

Auteur notamment de : Institutions administratives, Hachette Supérieur

45


photo © CCI - Jean-Pierre Trousset

Métropole ou pôle métropolitain : deux voies La Métropole sera un établissement de coopération intercommunale d’un seul tenant et sans enclave, porteur d’un projet d’aménagement et de développement économique, écologique, éducatif, culturel et social capable d’améliorer la compétitivité et la cohésion de son territoire. Cette intercommunalité devra regrouper plus de 500 000 habitants.

compétences

Et par convention :

Les compétences de la Métropole seront proches de

- L’action sociale,

celles de la Communauté Urbaine et soumises à un

- Les collèges,

intérêt métropolitain. Elles iront plus loin en ce qui

- Le tourisme,

concerne la subsidiarité par rapport à la Région et

- L’action culturelle et patrimoniale,

au Département.

- Les équipements et les infrastructures de sport.

La Métropole pourra, après négociation, exercer de

Pour la Région :

plein droit des compétences jusque-là détenues par

- La promotion du territoire à l’étranger.

le Département ou la Région.

Et par convention :

Pour le Département :

- Les lycées.

- Les transports scolaires, - Les routes dites départementales, - Les zones d’activités et la promotion à l’étranger 46

du territoire et des activités économiques.


photo © CG34

LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

gestion globale

particuliers. Le pôle métropolitain peut se construire

Ces transferts donnent à la Métropole un très large

par étapes successives et par ajout des compétences

contrôle sur son territoire, une gestion globale bien

proposées. Il concerne des Intercommunalités qui,

supérieure à celle de l’Agglomération ou de la Commu-

en se regroupant, constituent un ensemble de

nauté Urbaine. Ils fournissent les outils nécessaires

300 000 habitants dont l’une regroupe plus de

au développement d’un vrai projet métropolitain.

150 000 habitants.

Aujourd’hui, par sa taille, l’agglomération de Montpellier ne peut pas prétendre à ce statut et

opportunité

c’est regrettable. Cependant, Montpellier et son

Cette ouverture proposée peut être une opportunité

District d’abord, l’Agglomération ensuite, ont montré

pour le territoire métropolitain de Montpellier où les

qu’il n’était pas nécessaire d’avoir des cadres admi-

communautés de communes et d’agglomération ont,

nistratifs optimum pour aller de l’avant.

malgré les ouvertures, un vrai travail de concertation

On peut regretter cependant que le seul critère retenu

et de coopération à accomplir. En revanche, ne pas

par le législateur ait été la population de l’EPCI qui

saisir cette opportunité serait rater un tournant

n’est que l’un des aspects de la métropolisation. Le

capital de l’histoire. D’abord parce que le processus de

seuil de population peut n’être que le reflet d’une

métropolisation se poursuivra, mais avec le handicap

bonne coopération intercommunale locale, sans qu’un

de voir d’autres villes françaises désormais mieux

quelconque processus réel de métropolisation soit

armées pour entrer dans la compétition. Ensuite

à l’œuvre.

parce que les Préfets vont désormais jouer un rôle-

Si le législateur a verrouillé la liste actuelle des

clef dans la recomposition d’entités plus homogènes

métropoles par le biais de la taille, il a laissé des

et plus conformes aux réalités des territoires... Mais

ouvertures pour le futur. La réflexion s’est prolongée

leurs moyens resteront limités car l’esprit de cette

avec les pôles métropolitains qui prennent en

loi est davantage de permettre et d’inciter que de

compte l’association de plusieurs Intercommunalités

contraindre.

sous la forme d’un syndicat mixte, dans le but de

mener des actions et de développer des projets d’échelle métropolitaine. Place à la créativité et à l’innovation pour des territoires métropolitains supposés en émergence. Les compétences du pôle métropolitain sont potentiellement voisines de celles de la Métropole. Mais elles demandent une volonté commune de l’ensemble des Intercommunalités concernées sur des sujets

47


photo © Marc Ginot

Être ou pas un pôle métropolitain ? La création de métropoles ou de pôles métropolitains n’est aujourd’hui assortie d’aucunes mesures particulières, notamment financières, comme cela avait été le cas pour la constitution des communautés de communes et des communautés d’agglomération qui avaient vu les subventions de l’État (dotation globale de fonctionnement) renforcées en cas de constitution d’intercommunalité.

motivation

échelle

Dans le cadre de la nouvelle loi, rien de semblable.

Ces pôles métropolitains sont également apparus

Il faudra donc une motivation politique forte pour

dans les débats parlementaires, comme le moyen

que se constituent les pôles métropolitains. Les

pour des villes secondaires d’être confortées et de

métropoles sont dans le même cas, mais appartenir

trouver de nouvelles dynamiques. Les seuils retenus

à la liste des villes et des EPCI privilégiés qui pourront

de population en sont la résultante.

accéder à de nouvelles compétences devrait être en

Seule la Communauté d’Agglomération de Montpellier

soi un aiguillon suffisant pour que la création des

peut prétendre devenir à elle seule un pôle métro-

métropoles se fasse sans surprise.

politain. Mais il peut advenir qu’une Communauté

Pour les pôles métropolitains, ce sera sans doute

d’Agglomération comme Nîmes ou comme Perpignan

pour des intercommunalités voisines déjà habituées

puisse, par association d’EPCI, devenir pôle métro-

à des collaborations sur des sujets particuliers une

politain. Il s’en suivrait un brouillage, car on retrouverait

bonne opportunité d’aller plus loin.

dans le même type d’intercommunalité des villes de niveau très différent. Le pôle métropolitain qui ne serait basé que sur la seule Communauté d’Agglomération de Montpellier ne serait pas une avancée notable pour le développement et le rayonnement d’une métropole en Languedoc-

48

Roussillon. Il y a un changement d’échelle nécessaire.


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Mais ne pas voir Montpellier et son agglomération figurer au moins comme pôle métropolitain, ce serait faire d’une certaine façon disparaître le LanguedocRoussillon des régions qui comptent. Ce serait confirmer la carte de la DATAR sur les coopérations métropolitaines où le Languedoc Roussillon apparaît

archipel

totalement absent. A nos portes des métropoles

Mais, au-delà des nouvelles opportunités offertes

comme Toulouse ou Marseille, seront-elles confortées

par la loi, le territoire d’un pôle métropolitain ou

par des coopérations avec d’autres intercommunalités,

d’une communauté urbaine de 500 000 habitants

officialisées par le CIAT du 18 décembre 2003 ?

ne pourrait suffire durablement pour soutenir le

Le pôle métropolitain pourrait être une construction

développement d’une grande métropole européenne,

par étapes qui mène progressivement à la constitution

alors même que beaucoup d’éléments sont déjà en

d’une Métropole. Une crainte demeure : celle de la

place, comme nous l’avons montré.

lenteur qui ne permettrait pas à l’espace métropolitain

Nous sommes entrés dans une économie d’archipel,

de relever les défis qui sont les siens. Jean-Paul

archipel des grandes métropoles du monde qui

Volle, géographe travaillant sur ces problématiques

jouent en réseau, archipel au sein de chaque espace

et co-auteur de « Montpellier, la ville inventée »,

de métropolisation où la ville-mère et les villes

répondait en septembre 2010 à La Gazette de

secondaires jouent en complémentarité et en réso-

Montpellier que l’on avait dix ans pour changer

nance. Ce puzzle doit progressivement se mettre en

d’échelle, sinon « on aura laissé passer le train ».

place, permettant à chacun de trouver sa juste place

Si l’on reste résolument optimiste, on peut garder

pour qu’au final le dessin et… le dessein apparaissent

en mémoire qu’il n’a fallu qu’une dizaine d’années

clairement : celui d’une métropole incontestable et

pour que les Intercommunalités couvrent 97 % du

incontestée en Languedoc-Roussillon.

territoire français et à peine plus d’une année pour

que fusionnent les agglomérations Val de Seine et Arc de Seine (plus de 300 000 habitants dans sept communes).

49


Interview de Jean-Louis Bouscaren Chef d’entreprise, Vice-Président du Conseil Economique Social Régional Président de la Commission Aménagement du territoire du CESR, Président Régional de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME)

« La métropolisation est la condition de pérennité de la Région Languedoc-Roussillon. Aujourd’hui, on ne connaît pas le Languedoc-Roussillon mais on connaît quand même Montpellier. Nous avons besoin d’une visibilité nationale et internationale. La réforme des collectivités territoriales engagée ira à terme vers une reconfiguration des Régions. Pour atteindre les standards européens, la tentation sera de faire des régions plus grandes. Sans une métropole forte, le Languedoc-Roussillon risque l’éclatement. L’avenir se décidera alors ailleurs. La démonstration du Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SRADDT) d’une métropole en réseau pouvant se mettre en place entre Sète, Montpellier, Nîmes et Alès est convaincante. Cette métropole en réseau, avec déjà plus d’un million d’habitants, permettrait de faire contre poids à Barcelone, Toulouse, Lyon ou Marseille. Le Languedoc-Roussillon n’est pas une région négligeable : il a une croissance démographique et une économique forte, une université reconnue, des pôles de compétitivité… Si Montpellier n’était pas déjà une métropole, aurait-on un grand centre de congrès ? Une Grande Salle, une troisième ligne de tramway ? Des équipements qui rivalisent déjà avec ceux de Barcelone ou de Lyon ? La métropole en réseau, c’est ambitionner plus ensemble. C’est un pari fort. Si Montpellier est le point d’ancrage, il y a une place pour chacun dans ce schéma. Etre plus attractif ensemble, c’est attirer plus d’entreprises et favoriser ainsi le développement économique de l’ensemble du territoire. Bien sûr, cela va demander des choix stratégiques car il nous faut atteindre des tailles critiques : il ne peut y avoir un aéroport tous les 45 kilomètres si l’on veut développer un grand aéroport international. Cette concurrence locale dessert l’ensemble du territoire et fait le jeu des compagnies low cost. Reste le problème de la gouvernance qui est aujourd’hui la question de fond. »

50


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Interview de Jean-Paul Volle Professeur émérite de géographie à l’Université Paul Valéry, Montpellier III

« La métropolisation est un phénomène lié à l’urbanisation, qui conduit à la concentration des hommes et des richesses selon des modalités qui sont en rupture avec celles ayant donné naissance au périurbain dans la phase du capitalisme concurrentiel. Elle est fille de la mondialisation, de la globalisation du système économique et social. Pour la qualifier, le critère de dimension est très important, mais il convient de prendre la mesure des capacités fonctionnelles de la métropole et des modes de vie qui lui sont associés. Localement, Montpellier est au cœur d’un espace que l’on peut définir selon l’étiquette « d’aire métropolitaine ». En Languedoc-Roussillon, face à la rente viticole associée aux industries traditionnelles (charbon, textile, petite mécanique …) et devenue moteur de l’économie dans la première moitié du XXème siècle, les années 1960 ouvrent la voie du renouveau dont Montpellier sera le point d’impulsion : l’université, IBM, les rapatriés d’Afrique du Nord seront les bases de la nouvelle économie tournée vers la connaissance, la consommation et les activités tertiaires. La périurbanisation accompagne ces processus et « casse » le modèle de la ville insulaire au milieu de son environnement rural. Au début des années 1970, Raymond Dugrand, professeur de géographie à l’Université Paul Valéry, dirige la publication d’une large étude sur l’urbanisation entre Sète et Nîmes, le long de l’axe de la RN 113, « Sète, Montpellier, Nîmes, une capitale linéaire ». C’est le signe de la vision prospective d’un espace qui bouleverse les héritages et d’une pensée qui inscrit l’urbanisation comme moteur du développement économique. Montpellier révèle cette trajectoire d’un devenir métropolitain qui doit être évoqué à partir du potentiel de la ville centre certes, mais plus encore à l’échelle d’un ensemble cohérent de villes associées sous la forme d’une métropole en réseau. L’objectif d’aujourd’hui n’est pas de faire de Montpellier, cœur de l’aire métropolitaine, une métropole à demi millionnaire, mais au contraire, de prendre appui sur l’organisation en réseau pour s’affranchir d’un nécessaire effet de masse d’une part, pour affirmer une économie au rayonnement et à l’attractivité partagés entre des villes contribuant ensemble à l’édifice métropolitain d’autre part. Le seuil souvent avancé de la métropole millionnaire se reporte ici sur l’organisation de la métropole en réseau. C’est la seule façon de s’arrimer à la mondialisation pour en maximiser les profits, de promouvoir une organisation régionale qui valorise les capacités, capte et dynamise les investissements, diffuse la croissance. La question est de savoir comment procéder pour atteindre une forme urbaine cohérente et profitable, capable d’imposer ses valeurs fondatrices et ses énergies vitales. Sans volonté politique, la croissance démographique « naturelle », au fil de l’eau, du cœur métropolitain débouchera sur des conflits socio-spatiaux, sur des freins liés à une certaine passivité : la « métropole végétative » en est le modèle accompli, qui conforte ses assises sans gérer son développement. Elle peut déboucher sur l’éclatement de la Région, plus soumise à des flux exogènes qu’à des forces nées de solidarités endogènes. L’hypothèse d’un deuxième modèle, celui de la « métropole territorialisée », repose sur l’idée d’un espace métropolitain qui territorialise peu à peu les effets moteurs de la métropolisation, mais qui souffre du peu de cohérence des politiques locales, de l’éclatement des structures de gestion. Les valeurs d’unité et de complémentarité des actions manquent encore de pertinence pour s’affirmer comme principe moteur de l’espace métropolitain. On comprend mieux que la troisième version du modèle ouvre la voie à la « métropole gouvernée » ou plus exactement à la mise en œuvre d’une politique concertée, d’une gouvernance territoriale et économique qui prenne appui sur la métropole en réseau pour en conforter les synergies et les systèmes relationnels. Les ingrédients sont en place (universités, innovation, mobilité et échanges, modes d’urbanisation, environnement…), le Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire en a décrit les principes, dessiné les périmètres. La singularité régionale du réseau des villes, de leur proximité et complémentarités mérite d’être affirmée et confortée tant sur le plan des structures de gestion (communautés urbaines) que sur celui des influx économiques majeurs. On mesure alors combien le modèle exige que soit résolue la question de la gouvernance. »

Co-auteur de « Montpellier, la ville inventée », éditions Parenthèses 2010

51


photo © Marc Ginot

CONCLUSION

ans Métropole en réseau, pas de croissance forte La Chambre de Commerce et d’Industrie, après avoir entendu de très nombreux acteurs locaux parmi ceux qui ont à réfléchir sur la notion de métropole, de métropolisation, de réseaux, d’ouverture et de coopération, a souhaité se positionner sur un sujet fondamental pour le développement économique non seulement de sa circonscription, mais de l’ensemble de la région. Malgré tous les atouts que possèdent Montpellier, son agglomération et son territoire de métropolisation, la visibilité et la puissance de l’ensemble sont aujourd’hui trop modestes pour que, demain, une Métropole de taille européenne puisse émerger sans la convergence de toutes les énergies et de tous les moyens.

52


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Le cercle vertueux peut s’arrêter Le développement économique futur passera par là.

L’économie résidentielle,

qui domine aujourd’hui, est la résultante de toutes les actions et de tous les efforts menés depuis plus de quarante ans pour faire de Montpellier une ville dynamique, culturelle, sportive …donc attractive. Mais le cercle vertueux mis en marche peut s’arrêter si la concurrence impitoyable entre les différentes villes bascule en faveur d’une autre métropole. Il n’y aura pas de croissance forte qui ne soit impulsée par la métropole au reste de son territoire. Une métropole qui fonctionne et atteint le seuil de visibilité lui permettant d’être perçue par les lieux de pouvoir tels que les sièges sociaux des grandes entreprises est généreuse avec son environnement. Elle diffuse le développement sur son territoire. Une ville qui concentrerait les hommes et les richesses au détriment de son environnement n’est pas une métropole, c’est une ville en perte de vitesse sur la défensive, en repli, qui n’a pas su, à un moment donné, prendre le train de l’Histoire. Au-delà de Montpellier, d’autres villes, d’autres territoires, détiennent, eux aussi, des clefs importantes pour le développement de ces espaces métropolitains dont nous avons tous besoin. L’heure est aux coopérations. Elles existent déjà dans la plupart des domaines. L’heure est à l’organisation et à la hiérarchisation des objectifs.

Le cœur de la région doit continuer de battre Le Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire, établi par le Conseil régional pour être le support stratégique de son action, n’a, certes, aucune valeur réglementaire et ne peut s’imposer ni au SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale), ni au PLU (Plan Local d’Urbanisme). Mais il analyse avec justesse le phénomène. Comme la Chambre de Commerce et d’Industrie, il dresse le constat qu’un phénomène particulier existe autour de Montpellier, sur un territoire allant de Sète à Nîmes, voire à Alès, phénomène qui n’existe pas ailleurs. Un système de flux, une concentration d’indicateurs économiques fortement positifs font de cet espace le cœur battant de la région. L’idée d’une métropole en réseau s’impose : elle permet d’atteindre les seuils de population indispensables, elle concentre déjà les hommes et les richesses, elle est, déjà, Métropole. La nouvelle loi, implicitement, suggère des fonctionnements de ce type. La réforme des collectivités territoriales ne retient pas Montpellier parmi les métropoles parce que son agglomération n’atteint pas le seuil des 500 000 habitants. Ce seul critère retenu ne rend pas justice à la réalité du terrain et ne tient pas compte de ce qui constitue vraiment les métropoles. On peut le regretter. Notamment quand on sait que l’aire urbaine compte plus de 530 000 habitants et est une réalité économique : 40 % des actifs ayant un emploi travaillent dans le pôle urbain ou les communes qu’il attire.

53


Deux risques menacent Aujourd’hui, la Chambre de Commerce et d’Industrie s’inquiète de deux risques réels, au cas où Montpellier et son territoire ne pourraient pas passer à la vitesse supérieure. Le premier risque concerne l’éclatement possible de la région. Depuis longtemps déjà nous savons que les régions françaises ne sont pas à l’échelle des autres régions européennes et l’État a toujours en perspective le regroupement des régions existantes afin qu’elles constituent des régions d’échelle européenne. Quid de notre région dans ce cas ? Sans un pôle identifié et puissant, son démantèlement est facilité. Quelle place pour les villes et les territoires du Languedoc-Roussillon actuel dans des régions recomposées, déjà dominées par une métropole existante, voire plusieurs métropoles ? On peut espérer que Montpellier soit un pôle urbain important, bien que secondaire, dans sa nouvelle région de rattachement grâce à son université, ses laboratoires de recherche et ses grands équipements. Mais quelle place auraient alors nos villes intermédiaires ?

Le second risque est que, faute d’une véritable métropole, les moteurs de la croissance soient bridés, l’élan de Montpellier freiné et, avec elle, celui de tout son territoire, comparativement aux autres métropoles. Demain, les métropoles seront les moteurs réels de l’économie française : elles bénéficient déjà de la concentration des hommes et des richesses. Après la réforme de la taxe professionnelle et la mise en place de la CET (Contribution Economique Territoriale), elles seront favorisées et stimulées. En effet, les grandes entreprises que les métropoles rassemblent continueront à payer, à peu de choses près, les mêmes taxes. La partie de l’impôt qui reposera sur les ménages la favorisera également puisque la métropole concentre les hommes. Sans la métropole en réseau Montpellier se priverait ainsi des moyens de l’action et du développement.

L’engagement de la CCI de Montpellier La Chambre de Commerce et d’Industrie affirme que la métropole en réseau est la voie vers un nouvelle aire de développement, une nouvelle ère de croissance. En s’appuyant sur sa légitimité de représentante des entreprises et dans le cadre des compétences que lui donne la Loi, la C.C.I. s’engage donc avec force et détermination vers cet objectif. Car la rencontre avec les acteurs, les chercheurs, les experts a montré la convergence des réflexions de tous ces témoins dans le sens de cette métropole en réseau, basée sur la coopération, la complémentarité et la synergie qui paraissent à tous éminemment nécessaires pour avancer. La Chambre de Commerce et d’Industrie reste résolument optimiste sur le devenir de son territoire qui est au cœur de l’espace de métropolisation. Les processus sont parfois lents à démarrer avant de s’accélérer et puis aboutir très vite. Il n’appartient pas à la Chambre de commerce et d’industrie de dire quelle forme administrative la Métropole en réseau devra prendre. L’impératif est de constituer le réseau de la métropole en accélérant, de manière volontaire et active, le rapprochement entre intercommunalités. La Chambre appelle cette convergence de ses vœux. La Chambre de commerce et d’industrie espère que, quels que soient les hommes, quelles que soient les structures, la sagesse l’emportera, parce que l’intérêt général doit commander. Elle appuiera résolument toutes les coopérations en matière économique qui pourront aller dans ce sens. Il y va de l’avenir de ce territoire, de ses entreprises et des hommes et des femmes qui y vivent. 54


55


annexes Réforme de la taxe professionnelle et enjeu métropolitain Le SRADDT : une approche déjà régionale de la Métropole en réseau Métropole ? Tabous et usages du mot Poids des populations et possibilités de métropolisation Le développement urbain et économique de Montpellier en quelques chiffres Métropole : sa nouvelle définition légale Remerciements Bibliographie

56


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

éforme de la taxe professionnelle et enjeu métropolitain La réforme de la taxe professionnelle, après la phase plutôt « transitoire » des budgets 2010, devient la règle pleine. Les nouveaux mécanismes de la Contribution Economique Territoriale vont s’appliquer en 2011, avec des évolutions tant pour ceux qui la perçoivent que pour ceux qui la paient.

paramètre important

et sur les entreprises » montre qu’à l’horizon 2011,

La gestion de la fiscalité locale sur les entreprises

pour les EPCI (Etablissements Publics de Coopération

est un paramètre important de la vie politique,

Intercommunale), la suppression de la TP se traduit

économique et sociale. Rappelons que la taxe pro-

par « une recomposition de leurs ressources fiscales :

fessionnelle unifiée a été – jusqu’à cette réforme –

avec une montée en puissance de la taxe d’habitation

la ressource centrale des communautés d’agglomé-

(qui, avec les taxes foncières, représentera 40 % des

ration et des communautés de communes, avec de

ressources en 2015), une proportion élevée de CVAE

nombreux enjeux stratégiques et géopolitiques, à

(Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises) et

Montpellier et ailleurs.

de CFE (Cotisation Foncière des Entreprises), avec près

Pour l’Agglomération de Montpellier, la TPU repré-

de 50 % en 2015 et une dotation de compensation

sentait, en 2008, 26,4 % des recettes réelles. Dans

importante (plus de 10 % en 2015). »

un texte - critique sur le fond de la réforme - du 22

Ce rapport estime que « la dynamique des nouvelles

décembre 2009 du conseil de la Communauté

bases fiscales de CVAE et de CFE devrait être plus

d’Agglomération de Montpellier, on lit qu’ « à partir de

forte que celle des bases de taxe professionnelle ».

2011, ce sont sept taxes et compensations assises sur

Mais aussi « relativement plus dépendante de la

les entreprises et les ménages qui composeront le

conjoncture économique. »

produit de la Cotisation Economique Territoriale ».

Une première appréciation de cette réforme de la

recomposition des ressources Le rapport de mai 2010 de l’inspection générale des finances et de l’inspection générale de l’administration sur « l’évaluation des effets de la réforme de la taxe

professionnelle sur la fiscalité des collectivités locales

fiscalité locale interviendra donc avec les prochains budgets des EPCI et de l’Etat qui doit garantir maintes compensations et ce dans un contexte financier tendu. La pratique de cette réforme influera sur sa pérennité (clause de revoyure) et sur la composition des ressources des futures métropoles. — 57


e SRADDT : une approche déjà régionale de la Métropole en réseau Le SRADDT (Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire) du Languedoc-Roussillon a été adopté le 25 septembre 2009 par le Conseil Régional. Il dresse les perspectives à horizon 2030, avec, comme base incontournable, la donnée démographique, qui veut que « d’ici à 2030, la région pourrait accueillir entre 500 000 et 800 000 personnes supplémentaires,

selon l’INSEE ». D’où, dans ce schéma prospectif, le pari de l’accueil démographique et ceux de la mobilité et de l’ouverture.

visibilité

partenariat

Ce document table sur l’affirmation d’une métropole

Pour son usage futur, le SRADDT précise qu’il

en réseau de Sète à Alès pour contribuer au « rayon-

« constitue un document d’orientations, non prescriptif,

nement international du Languedoc-Roussillon ».

qui ne prend tout son sens que dans sa mise en

Le SRADDT vise une spécialisation métropolitaine,

œuvre partenariale ». La Région se pose en chef de

afin d’atteindre un niveau d’excellence dans ses

file. Mais la rédaction nuancée de ce texte montre

fonctions permettant « une visibilité nationale et

qu’elle n’ignore pas la complexité, dans la recherche

internationale. »

du consensus, des actions à mener.

Les angles économiques de cette spécialisation

sont : - Les activités à forte valeur ajoutée (science du vivant et biodiversité, santé/pharmacie, télécoms), - La recherche et l’enseignement supérieur, la culture, - Les hubs de connexions, - Le développement d’une fonction d’affaires.

58


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

étropole ? Tabous et usages du mot métropole Le géographe Jean-Paul Volle disait récemment (juillet 2010) dans une interview au magazine Objectif LR : « Parler de métropole à Montpellier est un tabou ». Pourtant, ce vocable, chargé de valeur, est assez souvent utilisé dans divers supports. > En 2001 est paru chez Arthéme Fayard un beau livre illustré sous le titre « Montpellier, métropole du Sud ». Francis Zamponi, qui l’a rédigé, raconte qu’il s’agissait d’une commande de la mairie de Montpellier, pour une histoire de la ville de sa fondation à nos jours et que le maire en assura lui même la correction. On peut en déduire que le titre reçut sans doute son aval… > Sur une requête sur internet Les Pages Jaunes associent le nom de Montpellier à la formule « métropole du savoir et pôle économique d’avenir ». > En 2007, le démographe Gérard Francois Dumont a publié dans la collection « Travaux » de la DATAR un document faisant référence sur « les Métropoles régionales intermédiaires en France ; quelle attractivité ? » Il en ressort que, sur la période 90-99, « la métropole la plus attractive à l’échelle de l’unité urbaine est Montpellier. » > L’hebdomadaire La Gazette de Montpellier rouvre le débat dans son édition du 26 août 2010 à partir d’une étude de l’INSEE sur l’actualisation du recensement : « Agglo : 10 ans pour ne pas laisser passer le train - l’Agglomération de Montpellier, qui ne cesse de grandir, s’interroge sur l’opportunité de devenir une « métropole ». Et des responsables de l’Agglomération de reparler d’« élargir les frontières jusqu’à trente kilomètres autour de Montpellier ».

59


oids des populations et possibilités de métropolisation L’enjeu de Montpellier L’actuelle Communauté d’Agglomération de Montpellier est à 408 951 habitants. Pour sa part, l’INSEE donne l’aire urbaine de Montpellier à 514 473 habitants (recensement 2007). Mais ce concept démographique d’aire urbaine de l’INSEE ne correspond pas à une entité légale politicoadministrative locale, comme le sont les communautés d’agglomération et communautés de communes. Montpellier est dans une position « intermédiaire ». Elle pourrait évoluer en Métropole, telle que la loi territoriale le prévoit, si sa Communauté d’Agglomération concluait un accord de fusion volontaire et par mouvement réciproque avec une ou plusieurs EPCI (Etablissements publics de coopération intercommunale) voisins. Depuis 1999 (loi Chevènement) et aussi depuis 2004 (amendement Blanc), autour de Montpellier d’autres communautés se sont structurées par affinités revendiquées. Elles continuent à le faire (cf. la toute récente démarche du Pays de l’Or vers une communauté d’agglomération). La population sur ces territoires communautaires est à considérer, par rapport aux enjeux de seuil : - Thau Agglo : 92 021 habitants dont 43 000 à Sète et 23 000 à Frontignan. - Pays de Lunel : 42 674 habitants dont 24 000 à Lunel même. - Pays de l’Or : 35 447 habitant dont 15 692 à Mauguio-Carnon et 8 300 à La Grande Motte, avec en perspective une prise en compte de sa population estivale (à hauteur de 200 000). - Pic Saint-Loup : 33 000 habitants en 2005 ; atteindrait 41 000 en 2015 si sa croissance se poursuit au rythme récent. La géographie compte aussi puisqu’une métropole ou un pôle métropolitain, pour se constituer, impliquent des regroupements d’intercommunalités sur un territoire « d’un seul tenant et sans enclave ». Pour atteindre les 500 000 habitants, seuil de la métropole, il faudrait donc additionner (ce n’est ici qu’une réflexion quantitative… prospective) soit Thau Agglo (408 000 + 92 000 = 500 000 !), soit les trois autres (408 000 + 130 000 = 538 000 !), Un rapprochement Montpellier-Thau-Lunel, c’est un ensemble de 542 000 habitants… A contrario, si l’on envisage - pure hypothèse - des tentatives de scénarios alternatifs entre les EPCI alentour, la naissance d’un pôle métropolitain est impossible sans Montpellier : selon l’état actuel du projet de loi, il faut au moins une base de 150 000 habitants. De plus, la somme des EPCI inventoriés ci-dessus, hors agglomération de Montpellier, n’atteindrait que 202 000 habitants. Ce regroupement se situerait donc en dessous des 300 000, seuil du pôle métropolitain. Par contre, 408 000 (Agglomération de Montpellier) et 202 000 (toutes les autres intercomunalités) 60

rassemblerait 610 000 habitants ! Et donc une « grosse » métropole, celle du… Grand Montpellier.


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

En Languedoc-Roussillon Entre delta du Rhône et frontière espagnole, qui, en Languedoc-Roussillon, pourrait donner naissance à une Métropole ? Ou même à un pôle métropolitain ? La communauté d’agglomération de Perpignan est à 225 000, celle de Nîmes à 230 000, de Béziers à 104 000, du Grand Narbonne à 80 000. En Languedoc-Roussillon, ne reste donc que Montpellier… comme potentialité de métropole.

En Provence-Alpes-Côte-d’Azur Hors Marseille, sur le littoral méditerranéen français, Nice est, depuis janvier 2009, une Communauté Urbaine et se situe déjà à 500 000 habitants. L’INSEE voit la Communauté d’Agglomération de Nice grandir vers les 525 000 habitants en 2014. La « métropolisation » niçoise est donc tout à fait possible. L’Agglomération de Toulon Provence Méditerranée est à hauteur de 422 000 habitants. En PACA, on aurait ainsi, sur les seuls critères démographiques (sans préjuger des décisions politiques), trois « métropolisations » possibles (deux métropoles et un pôle métropolitain).

61


Le développement urbain et économique de Montpellier en quelques chiffres* l’analyse du Dr Frank Lasch, Professeur associé et Directeur de la Recherche à Sup de Co Montpellier Il résume comment une ville régionale de taille moyenne entourée de vignes s’est transformée en « métropole entrepreneuriale » dans les domaines de l’innovation, de la haute technologie et de la recherche. Montpellier et sa région - 3ème région de France en recherche et développement (par rapport à la population), - 90 000 étudiants et 120 laboratoires de recherche, 4ème CHU de France, - Agropolis : une des plus grandes communautés scientifiques mondiales en agriculture, alimentation, biodiversité, environnement, - 400 chercheurs en TIC, Technologie de l’Information et de la Communication, - Présence des plus importants établissements scientifiques nationaux, - Un des taux les plus élevés de création d’entreprises en France, - Montpellier régulièrement classée dans le top 3 des villes en tourisme d’affaires, - Régulièrement classée comme l’une des trois villes les plus attractives par sa qualité de vie.

Les étapes du changement En trente ans, Montpellier est devenue une ville européenne de haute technologie, grâce à des facteurs socio-économiques : la décentralisation, la démographie, l’économie. - 1960 : expansion du secteur de la santé et de l’éducation, Montpellier capitale régionale - 1965/1975 : développement des services et des nouvelles technologies - 1975/1985 : changement de modèle d’entreprises, migration de population. Autres déclencheurs du développement : une nouvelle population, une nouvelle gouvernance locale avec une stratégie de développement de long terme.

Stratégie et positionnement - Exploiter le potentiel d’une ville universitaire traditionnelle de réputation internationale, maîtriser l’explosion démographique et structurer spatialement & sectoriellement le développement économique, - Transformer Montpellier en une ville moderne, avec activités de haute technologie, rivalisant avec les 50 premières agglomérations européennes, et renforcer son attractivité, - Renforcer sa qualité de vie pour attirer une population active hautement qualifiée.

Le projet de développement Urbanisme & développement urbain : - Architectes de renommée internationale (Bofill, Fainsilber, Chemetov, Nouvel, etc.), - En moyenne 2 000 appartements neufs par an, - Aménagement innovant du territoire : différents acteurs de taille comme la SERM souvent citée en référence au niveau national (innovation, volume de projets, etc.), - Mixité de fonctions : administration & services publics, éducation & université, espace d’affaires, logement, commerces, etc… - Loisirs, culture & sport, services publics, - Environnement & transports publics. Organisation du développement économique : 1985, Montpellier Méditerranée Technopole, 1999, Montpellier Agglomération, 2001, Invest in Montpellier. Spécialisation autour de 5 thèmes et parcs technologiques (2005) : Euromédecine, Agropolis, Informatique, Antenna, Héliopolis. - 13 parcs d’activités, 6 couveuses et parcs technologiques : 1 400 entreprises (29 000 salariés). - Depuis 1987, plus de 350 entreprises créées dans les couveuses Cap Alpha, Cap Gamma, Cap Omega (80,4 % taux de survie). 62

*Analyse présentée en 2007 dans le cadre d’un programme Européen de recherche (6th Framework Programme of the European Commission ‘Coherent development of research and innovation policies - Regions of Knowledge 2/ CRIPREDE’ ; cf. Welter & Kolb, 2007).


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Communication massive sur l’Europole : Une véritable force pour Montpellier. - Accompagnement d’entreprises et campagnes de publicité, - Association de qualité de vie, d’infrastructures & d’environnement comme arguments-clés.

Opportunités et risques, lumières et ombres de la métropole montpelliéraine La nouveauté : point fort ou faible ? L’exemple du secteur TIC local. Émergence des TIC en France (1993-2001) - 85 000 nouvelles entreprises, créant 160 000 nouveaux emplois à leur démarrage. Malgré la crise, les TIC ont toujours un impact considérable sur la création d’emplois et le nombre de ces nouvelles entreprises est en augmentation. - Montpellier est l’une des régions françaises les plus dynamiques classée sixième (hors région parisienne). - Stratégie de développement Europole réussie pour ce secteur ! Les chefs d’entreprises innovantes profitent des compétences et de l’économie locale de proximité, mais des faiblesses sont certaines : - La population des entreprises de TIC la plus jeune de France : en moyenne 4,4 ans (2001), - Des entreprises de taille relativement petite (8,2 ; France : 10,6), - Sous financement des entreprises TIC, - 65 % des nouvelles entreprises dépendent de sociétés extérieures à Montpellier, - Coexistence de quelques grandes entreprises (IBM, Dell), d’instituts de recherche de R&D énormes et d’un grand nombre de petites entreprises TIC (principalement services informatiques), Est-ce un véritable milieu innovant ?

Montpellier et sa stratégie de succès : une première conclusion Résultats de la "longue marche" et les facteurs-clés du succès : une transformation réussie en moins de trente ans - Vision, ambition et stratégie du long terme basées sur une analyse pragmatique des opportunités, points forts et potentiel dedéveloppement local (ex : « Montpellier Europole »), - Stabilité politique locale depuis trente ans dans un contexte régional, national et économique instable, - Un leader charismatique et des structures pour conduire le changement (ex : Montpellier Méditerranée Technopole, Parcs d’entreprises et incubateurs du BIC, SERM, etc.), - Intégration des communes avoisinantes dans le projet de développement territorial commun (District, Agglomération, etc.), - Conditions de croissance exogènes et endogènes concordantes : - Espace disponible à l’intérieur de l’agglomération (Antigone, une des premières exemples du potentiel de développement vers l’est et en périphérie de Montpellier) et planification urbaine novatrice, - Lois relativement souples en France (expropriation, grand pouvoir et larges compétences des gouvernances locales), - Communication efficace pour attirer de nouveaux habitants et des entreprises, - Accompagnement d’entreprises désireuses de s’implanter à Montpellier (infrastructure d’affaires, avantages financiers, recherche de subventions de l‘État, utilisation des mesures de politique économique nationales, solutions individuelles pour les entreprises).

Perspectives… Montpellier dans 10 ans, encore dans la course ? Des inconnues et des sources de difficultés : - Changement de gouvernance locale, - Important contrôle externe des entreprises montpelliéraines, - Raréfaction du foncier constructible, - Inconvénients de la croissance rapide de la population dans l’agglomération (« deséconomies d’agglomération ») : explosion des prix de l'immobilier, du logement, de la construction, niveau de prix élevé à Montpellier, - “Turnover” élevé de la population locale active, - Population résidentielle extrêmement contrastée (polarisation en termes de revenus et qualification), catégories socioprofessionnelle de la classe moyenne relativement sous-représentées, peu d’emplois industriels, etc., - Impact des lois européennes : de plus en plus de mise en concurrence des structures, acteurs principaux du développement urbain et de l’aménagement, - Attitude individuelle envers les interventions des autorités en constante évolution : plus de contestation et procédures légales (la planification urbaine prend plus de temps et coûte plus cher), - “Les ombres du passé” : un potentiel industriel relativement faible (CSP intermédiaires, manque de PME, coexistence entre multinationales & micro entreprises), - Difficultés d'intégration et de mise en réseau de la plupart des chefs d’entreprise venant de l’extérieur et ne connaissant pas la région de Montpellier et son contexte.

63


étropole : sa nouvelle définition légale Le texte définitif de la loi de réforme territoriale, issu de la commission mixte paritaire du Parlement, a été adopté le 17 novembre 2010 par l’Assemblée Nationale. C’est une étape importante. Cette reforme territoriale, objet de longs débats et toujours d’oppositions, vient ainsi de voir le législateur définir la métropole, notamment par le choix de son seuil démographique, de ses objectifs et de ses compétences. Le texte de l’article 12 de cette loi, votée mais pas encore promulguée au Journal Officiel fin novembre 2010 parce que soumise à recours devant le Conseil Constitutionnel, fige une définition : « La métropole est un établissement public de coopération intercommunale regroupant plusieurs

communes d’un seul tenant et sans enclave et qui s’associent au sein d’un espace de solidarité pour élaborer et conduire ensemble un projet d’aménagement et de développement économique, écologique, éducatif, culturel et social de leur territoire afin d’en améliorer la compétitivité et la cohésion. Peuvent obtenir le statut de métropole les établissements publics de coopération intercommunale qui forment, à la date de sa création, un ensemble de plus de 500 000 habitants et les communautés urbaines instituées par l’article 3 de la loi n° 66-1069 du 31 décembre 1966 relative aux communautés urbaines. Le présent article ne s’applique pas à la région d’Île-de-France. » Métropole et pôle métropolitain y figurent dans la partie de la loi qui vise - et cela a un sens - à « l’adaptation des structures à la diversité des territoires ».

64


LA MÉTROPOLE EN RÉSEAU, L’ENJEU DU DÉVELOPPEMENT

Remerciements à Pierre BATOCHE André BONNARY Philippe BONON Nello CHAUVETIERE Catherine DARDÉ Eric DE MARI Dominique DEVILLE DE PERIERE Frank LASCH Jean-Marc MAILLOT Christophe MORALES Stéphane MUSCAT Edouard PARANT Nicolas ROUBIEU Et tout particulièrement Jean-Paul VOLLE

Elus et membres des Ateliers du territoire de la CCI de Montpellier Jean-Louis BOUSCAREN Patrick CECOTTI Philippe GADELLE Gil GRÉA Jean-Yves LABATTUT Jean-Pierre PARISI Olivier PLANCHON Richard THELENE

Directeur de publication Rudy IOVINO - Président de la CCI de Montpellier

Directeur de collection des cahiers « Les Ateliers du territoire » Jean-Yves LABATTUT - Vice-Président de la CCI de Montpellier

Equipe rédactionnelle Christine PRADEL Avec la collaboration de : Florence GUTKNECHT Jean-Pierre TROUSSET Appui rédactionnel d’Alain DOUDIES Conseil

Coordination Direction de la Communication

Création graphique : Albane ROMAGNOLI Impression : Imp’Act Imprimerie

65


Bibliographie Céline Rozenblat et Patricia Cicille « Les villes européennes, analyse comparative » DATAR, La Documentation Française, 2003 « Montpellier, la ville inventée » sous la direction de Jean-Paul Volle, Laurent Viala, Emmanuel Negrier, Catherine Bernié-Boissard, Editions Parenthèses, 2010 « Montpellier, la longue marche, 1970-2020 », Montpellier Agglomération, Editions Empreinte, Laurent Davezies « La République et ses territoires : la circulation invisible des richesses » La République des Idées, Paris, 2008 « Territoires 2040 : Aménager le changement » DATAR « Projection de population à l’horizon 2030 en Languedoc-Roussillon » Repères Synthèse, INSEE, n°9, octobre 2007 Articles : « Réforme des collectivités territoriales : le rendez vous manqué des métropoles », Michel Destot, Député-maire de Grenoble « Réforme territoriale : espoirs métropolitains » Pouvoirs locaux, n°85, juin 2010 «La métropole : la mal pensée de la réforme territoriale » Pouvoirs locaux, n°84, janvier 2010 Compte-rendu colloque : « Métropoles et développement économique : une valeur sûre dans le Big Bang territorial » Association des Chambres de Commerce et d’Industrie Métropolitaines, avril 2010 A découvrir sur le même thème : http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/typespace/urb1/MetropRess.htm 66


CCI de Montpellier Hôtel Saint-Côme 32 Grand’Rue Jean Moulin 34944 Montpellier Cedex 9

www.montpellier.cci.fr

LES ATELIERS DU TERRITOIRE - premier cahier  

La CCI de Montpellier défend le projet de création d’une Métropole en réseau pour les entreprises, les collectivités et les habitants de not...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you