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Connexions 联 dossier

Le 

magazine de la

Chambre

de

Commerce

et d’Industrie

Fr a n ç a i s e

en

Chine

no 56 decembre

2010

Education et formation de “Made in China” à “Created in China” ? 教育与培训 从“中国制造”到“中国创造”

中 国 法 国 工 商 会 双 月 刊

结 • Focus :

Reportage exceptionnel à la frontière avec la Corée du Nord Les tensions inflationnistes Gros plan sur le Liaoning

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Vu d’ici « Naissance d’une vocation » par le photographe Philippe Bourgeois


卷首语 EDITORIAL Education et formation De “made in China” à “created in China” ?

Frédéric Béraha Directeur Général de CCIParis Consulting 巴商咨询总经理:白立德

Investir dans l’enseignement supérieur et dans la formation professionnelle permettra à la Chine de passer d’une économie d’« atelier du monde » à celle d’un pays ouvert et avancé. L’épargne des familles et l’économie en croissance le permet. La densification est cependant difficile : faible nombre d’étudiants par classe d’âge et manque de formateurs qualifiés. Après des décennies d’isolationnisme, la Chine a fait appel à l’étranger. Pour la France, avec 500 étudiants accueillis en 2000 il y eu 12 000 demandes traitées en 2002. L’Ambassade créa alors Campus France pour assurer

教育与培训:从“中国制造”到“中国创造” 在高等教育和职业培训领域投资将使中国从“世界 工场”的经济向开放、先进国家的经济过渡。家庭储蓄 和经济增长使然。然而教育的普及程度仍然很低:适龄 大学生的数量少,有资质的教师匮乏。 经过几十年的封闭之后,中国向国外寻求帮助。法 国在2000年接待了500名中国留学生,2002年处理了 12000份申请。法国驻华大使馆因此成立了法国教育服 务中心,负责对留学生的管理和咨询并组织推介活动。 出于同样的理由,法语联盟的数量不断增加。法国也意 识到在中国培养精英的意义所在。法国中央理工大学, 中欧航空工程师学院,中欧工程技术学院等中法合作 办学机构及合作培训项目诞生了。 为了适应新的挑战,中国应当消弭在管理人员培训 方面的滞后。留学生回国是值得鼓励的做法,但这还 不够。大型企业,尤其是国有企业,必须培养自己的人 才,以吸纳全球最佳实践,并扩展决策者的战略眼光, 国资委和发改委鼓励企业这样做。中国大学提供的教 育很重要,但是过于本土化,不太被国际上承认。请一 家国外教学机构是一种新的尝试,也被看作是一种昂 贵的方式,而国外教学机构在中国的经营活动也很难 有收益。 就像在中国一样,我们的企业要适应全球化,使用 商务英语,并管理私有化过程。在一个新兴的由美国主 导的市场上, “法式”教育赢得了决策者的信任,其中包 括本地授课的MBA和EMBA,短期和资格培训等。 法国教育机构的困难在于资金能力有限。大型法国 企业应该支持他们,这也是其自身利益所在:满足内部

需求,并提升企业形象。

la gestion et l’information des étudiants et organiser la promotion. Pour la même raison, les Alliances françaises se multiplièrent. La France a aussi compris l’intérêt de former les élites en Chine. Des structures pérennes : Centrales, Aéronautique, UTSEUS et des programmes en coopération ont été crées. Pour s’adapter aux nouveaux défis, la Chine doit rattraper son retard dans la formation des cadres. Le retour des étudiants formés à l’étranger est un axe encouragé mais insuffisant. Les grandes entreprises, en particulier les entreprises d’Etat, doivent former leurs personnels pour adopter les meilleures pratiques mondiales et élargir la vision stratégique de leurs décideurs, la SASAC et le NDRC les encouragent. L’offre des universités chinoises est importante mais trop locale et peu reconnue à l’international. Solliciter un prestataire étranger est une pratique nouvelle et vue comme chère alors qu’une institution étrangère peine à rentabiliser ses opérations en Chine. Comme en Chine, nos entreprises ont dû s’adapter à la globalisation, intégrer l’anglais des affaires et gérer le processus de privatisation. Dans un marché naissant, dominé par les Américains, la formation « à la française » inspire confiance aux décideurs : MBA et EMBA locaux, formations courtes ou qualifiantes... La difficulté de nos acteurs éducatifs réside dans leur capacité limitée à investir. Les grandes entreprises françaises doivent les soutenir, c’est aussi leur intérêt : satisfaire leurs besoins internes et améliorer leur image.

décembre 2010 / Connexions 


协助委员会

联 结

COMITÉ DE PATRONAGE

Connexions Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine 中国法国工商会双月刊

Directeur de la publication Jacques Leclerc du Sablon Responsable de la publication Flore Coppin Rédacteur en chef Nicolas Sridi Edition des textes chinois / 中文编辑

Ruan Zheng 阮征 Graphiste / 美术编辑 Xie Bin 谢滨 Ont collaboré à ce numéro : Bruno Abile, Véronique d’Antras, Laurent Ballouhey, Pauline Bandelier, Any Bourrier, Antonia Cimini, Edith Coron, Franck Desevedavy, Julie Desné, Hélène Duvigneau, Denis Fourmeau, Yann Marin, Patrice Nordey, Manuel Rambaud, Christine Simon, Renaud de Spens, Harold Thibault, Pierre Tiessen. Photographie de couverture Philippe Bourgeois « Naissance d’une vocation » Publicité / 广告招商 Pékin : Ruan Zheng 阮征 Tél. : (010) 6461 0260 # 14 Shanghai : Séverine Clément Tél. : (021) 6132 7100 # 114 Chine du Sud : Hervé Lambelin Tél. : (020) 8186 8585 # 801 Imprimé par Beijing Century Star Printing Co.,Ltd. 北京潮星印刷有限公司 Toute reproduction même partielle des textes et documents parus dans ce numéro est soumise à l’autorisation préalable de la rédaction. La CCIFC décline toute responsabilité quant aux documents qui lui auraient été fournis, ou aux erreurs qui auraient pu échapper à son attention. Les propos tenus dans les articles n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.

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Etudiants prenant part à un séminaire de « Crazy English» , une méthode d’apprentissage de l’anglais non conventionnelle créée par Li Yang qui réunit à chaque fois plusieurs milliers de jeunes. 正在上疯狂英语课的学生们。疯狂英语是李阳发明的一套独特的英语学习方法,每次都能吸引数以千计的年轻人慕名前来。

focus : Reportage exceptionnel à la frontière avec la Corée du Nord 8 - 15 rendez-vous A la une des médias 16 Le dessous des chiffres  20 Tendances RH 22 L’état des lois 24 Boîte à outils PME  26 l’actualité Les terres rares, Pékin en position de force 28 Actualité entreprises 30 Les voyages de Xanadu prennent leur envol 34 l’entretien Rencontre avec Bruno Bézard, le nouveau Chef des services économiques français en Chine 36

Education et formation Etat des lieux Education et formation, clé de voute pour construire la Chine de demain Education Un système éducatif au bord du gouffre La culture du premier COOPÉRATION ÉDUCATIVE

38 40 40 42 42 46 48

La coopération universitaire francochinoise : contexte et perspectives Etudier à l’étranger : un investissement à rentabiliser Semer les graines aujourd’hui pour préparer l’avenir Le jeu de séduction des universités étrangères  Le classement de Shanghai, un autre regard sur le système éducatif français Les étudiants français choisissent rarement la Chine pour étudier à l’étranger PARLER FRANCAIS La Longue Marche du français en Chine Apprendre le français pour quoi faire ? « Suivre son propre chemin » une carrière d’enseignante en Chine  L’image de la France en Chine  ÉTUDIER A LA FRANCAISE Un large panel de formations Panorama des formations françaises  La Chine est une priorité dans la stratégie d’internationalisation de Sciences Po Pourquoi les entreprises françaises s’impliquent dans la formation de l’élite chinoise Total : Un engagement durable dans l’éducation en Chine Paris-Shanghai, L’axe mode « gagnant-gagnant »

48 50 52 54 56 58 60 60 62 64 65 66 66 67 70 72 74

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Connexions


联 结

2010年十二月号 第56期

中文译文目录 31 公司简讯 35 爱嘉途的旅游业务开始起飞 37 专访新任法国驻华使馆经济处主任贝宇诺 39 从“中国制造”到“中国创造” 41 教育与培训:铸就中国未来的关键 53 今天为未来播种

从2002年起,法国国际时装学院进驻上海。

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L’International Fashion Academy est présente à Shanghai depuis 2002.

63 学习法语有何用途 ? 75 道达尔:长期致力于中国教育事业 77 巴黎—上海,  法国国际时装学院注重的“双赢”模式 83 上海国朗实业公司:毕业生就业市场 91 中国职业培训的法律体系 101 法国德莫斯培训集团:在中国新兴职业培训

L’ONG Wokai propose un outil de microfinance adapté aux défis de la Chine rurale. 非政府组织“我开”为中国农村 面临的挑战提供适合的小额信贷工具

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  市场上迈出的第一步

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de l’IFA Qui sont les étudiants chinois qui partent étudier en France ? TRAVAILLER La longue attente des jeunes diplômés chinois Acropolis Associates : Le marché de l’emploi pour les jeunes diplômés Tortues de Mer, la Mère patrie sera toujours là pour vous ! Club France FORMATION PROFESSIONNELLE Formation professionnelle : défis et urgences d’un marché Le cadre juridique de la formation professionnelle en Chine Zhongguozhixie, 20 ans d’engagement pour la formation en Chine Lenovo tenu d’inventer la formation du futur en Chine Formations : fusionner esprit chinois et méthodes françaises Former ses employés en interne, une priorité RH pour Total Faire face au déficit de techniciens qualifiés Demos : Premiers pas sur le marché naissant

76 78 80 80 82 84 86 88 88 90 92 93 94 96 98

105 巴商咨询:巴黎HEC商学院如何陪    同中国高管走向国际化 118 旅游:奥弗涅大区:一次“虎口脱险”之旅

de la formation professionnelle en Chine La formation professionnelle « à la française » s’installe peu à peu en Chine CCIParis Consulting : Comment HEC Paris accompagne les leaders chinois vers l’internationalisation Le coaching, une jeune pratique qui se dessine un bel avenir La réinsertion professionnelle pour sortir du cercle vicieux du chômage régions jumelles Le Liaoning, chronique d’une reconversion réussie  Chine Villes d’avenir  tourisme chine A la Recherche du Qi au Jiangxi  associations Wokai aide les ruraux chinois à développer leur entreprise culture Philippe Bourgeois, le regard d’un homme positif Le renouveau du théâtre chinois indépendant lire 

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FOCUS

聚焦

Chine-Corée du Nord : les bonnes affaires de la frontière  HEILONGJIANG JILIN

Yanji

Tumen

n me

Ch’ŏngjin

L I AO N I N G

Golfe du Bohai

CHINE

Vladivostok

Tu ère i v ri

Shenyang

Dandong

RU S S I E

CO R É E DU NORD Mer du Japon

Pyongyang Mer Jaune Seoul

CO R É E D U S U D © XIE Bin

Mer de Chine

Peu citées comme exemple du dynamisme économique chinois, les provinces du Liaoning et du Jilin, qui jouxtent la Corée du Nord, ont pourtant des atouts à faire valoir. Reportage exceptionnel le long de la ligne frontalière Par Hélène Duvigneau Quand on parle de la frontière qui sépare la Chine de son voisin oriental le « royaume ermite », on pense généralement à Dandong et ses 2,4 millions d’habitants, la « plus grande ville frontalière » de Chine. De part et d’autre du fleuve Yalu, qui sépare les deux états, les rives ont peu de choses en commun. C’est surtout de nuit que la différence est la plus éloquente : tandis que la côte chinoise brille de mille feux, la rive coréenne, elle, reste plongée dans la demi-obscurité. Et pour cause, avec la pénurie de matières  Connexions / décembre 2010

premières qui frappe le pays, s’éclairer est devenu un luxe. Pays enclavé, à qui les menaces de ses dirigeants valent d’être mis au ban des nations, la Corée du Nord n’en reste pas moins un partenaire commercial pour la Chine, en particulier pour ses deux provinces frontalières, Liaoning et Jilin. Tandis que la succession de Kim Jong-il se concrétise lentement, les villes chinoises ne semblent pas avoir attendu de voir se matérialiser l’ouverture de leur voisin pour se lancer dans d’ambitieux travaux d’infrastructures.

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Reportage exceptionnel à la frontière 边境采访特辑

dong, qui concentre à elle seule 70 à 80% des échanges entre les deux pays, selon les responsables des douanes locales. Au 1er semestre 2010, le volume des échanges atteignait 1,3 milliard de $, en hausse de 15,2% par rapport à 2009. C’est à peu près le même montant que le commerce bilatéral entre la Chine et la Mongolie. Même si ces chiffres semblent bien bas au regard du commerce avec la Corée du Sud (environ 70 milliards de $) ou le Japon (138 milliards de $), Pékin n’ignore pas l’importance de son voisin coréen pour revitaliser ses territoires du Nord-Est désindustrialisés. En 2009, le développement de la ceinture du Liaoning a été déclaré stratégie nationale, et en août dernier, la ville de Dandong a autorisé les hommes d’affaires chinois à libeller leurs exportations vers la Corée du Nord en yuans. Pour les autorités, il s’agit à la fois de rassurer les investisseurs et de restaurer un meilleur climat des affaires, après la désastreuse dévaluation du won en novembre 2009. L’Etat et la province ont également investi

dans les infrastructures, en agrandissant par exemple la zone économique existante. Comme l’écrit Sébastien Colin, chercheur à l’Inalco, dans la présentation de son étude sur la ville, Dandong se trouve « au centre de nouvelles dynamiques économiques et urbaines depuis le lancement, au début des années 1990, d’une politique nationale de développement des villes frontalières et surtout depuis 2004, date de la mise en place de la nouvelle politique de restructuration économique du Nord-Est chinois. ». Carrefour entre la Chine, la péninsule coréenne et le Japon, Dandong revient sur la scène après n’avoir été longtemps qu’une simple destination touristique, théâtre de la guerre de Corée. A la zone économique frontalière déjà existante, s’est rajoutée en 1994 la zone de développement de Qianyang, plus proche de la mer, et qui abrite environ 41 entreprises à capitaux étrangers. C’est cette dernière qui est aujourd’hui en pleine mutation. La maquette exposée dans un centre d’exposition, à une dizaine de kilomètres du centre-ville, annonce la couleur.

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••• C’est particulièrement le cas à Dan-

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Dandong, porte d’entrée vers la Corée du Nord 

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L’ambitieux projet de Dandong…

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D’ici dix ans, une ville nouvelle de res », explique une hôtesse d’accueil du 400 000 habitants minimum devrait voir centre d’exposition. Sur une carte de la le jour. A l’ouest viendront s’installer les salle, quatre épaisses flèches partent de pôles high-tech, pharmaDandong pour aller vers ceutique et agroalimenles ports de Corée du taire. A l’est, l’industrie Sud. « C’ est comme navale, pétrochimique, Monsieur Li, employé sidérurgique et logisti- si le régime dans la zone de dévelopque. Les autorités locales pement, confirme l’imnord-coréen démarchent plus particuportance des projets de lièrement les entreprises avait déjà développement. « L’an à haute valeur ajoutée, vécu. » dernier, le gouvernement notamment dans le seca investi 220 milliards de teur des technologies RMB, soit 40 fois le PIB anenvironnementales ou nuel de Dandong. L’obde la mode. « Ici, il y aura un aéroport in- jectif est d’attirer 500 entreprises d’ici 3 à ternational, là un port en eaux profondes, 5 ans et de faire de la ville la tête de pont et cette année nous allons commencer de l’ensemble des régions nord-est de la les travaux du nouveau pont à six voies Chine. ». vers la Corée du Nord qui sera prolongé Un projet de réseau ferroviaire prévoit d’une route de 17km à l’intérieur des ter- par ailleurs de relier en express les

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FOCUS

聚焦

Epier le voisin nord-coréen sur l’autre rive du fleuve est une attraction touristique locale. 

••• 13 grosses villes de la région. Bien-

tôt, Dandong sera à 4h de Pékin en TGV, contre 14h auparavant, et un jour peutêtre à 4h de Séoul par autoroute. L’aéroport de Dandong propose par ailleurs des vols vers Shanghai, Pékin et Shenzhen, centres névralgiques de l’économie chinoise. Le long de la route qui longe le fleuve Yalu, à une encablure de la ligne frontalière, se dressent déjà une vingtaine d’immeubles résidentiels d’une trentaine d’étages, premières pierres de cette nouvelle zone de développement. Le projet a déjà contribué à faire doubler en un an le prix du m², passé de 2 000 RMB à 3 500 RMB, explique une hôtesse d’accueil. Ces rêves de grandeur sont-ils justifiés ? La frontière nord-coréenne va-t-elle devenir un relais de croissance pour la région ? « Oui » selon le maire de Dan10 Connexions / décembre 2010

dong, qui, dans un entretien au quotidien anglophone China Daily souligne « qu’un accès à la mer signifie que nous sommes capables de servir le monde entier ». Pourtant, beaucoup de Chinois qui commercent avec la Corée du Nord essuient aujourd’hui des difficultés. Pour eux, rien ne pourra évoluer sans ouverture à Pyongyang. C’est l’avis de Madame Su, qui exporte depuis 16 ans vers la Corée. « Ici, il n’y a pas vraiment d’autres opportunités de commerce, même si les marges sont faibles. ». Et d’évoquer les nombreux désagréments : retards de paiement, bisbilles avec les douanes chinoises, tracasseries de l’administration nord-coréenne, etc. La seule fois où Mme Su s’est d’ailleurs rendue à Pyongyang, ce fut pour recouvrer une importante créance.

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用望远镜观望朝鲜成为当地的一个旅游项目

Livre Vies ordinaires en Corée du Nord, Barbara Demick, Albin Michel, 2010. Barbara Demick, correspondante du Los Angeles Times à Séoul, puis à Pékin, dresse dans ce livre un portrait de la Corée du Nord à travers les destins de six réfugiés. Les témoignages individuels et intimes donnent au lecteur une multitude de détails révélateurs sur la vie des Coréens “ordinaires”.


Reportage exceptionnel à la frontière 边境采访特辑

des choses. Ils ont déjà des liens avec la Corée du Nord, comme Kim Seung-Youn. Sa petite entreprise importe des sousvêtements depuis Séoul pour environ 5 RMB pièce. Il s’agit ensuite de changer l’emballage pour réexporter la marchandise vers le nord, d’où Madame Kim est originaire. « Je suis obligée de retirer l’emballage Made in Korea, sinon mes paquets ne passeraient pas la frontière car c’est trop sensible », explique-t-elle. Les cartons partent à intervalles irréguliers de Dandong, soit par camion, soit intégrés à des containers de 20 tonnes. Li Qiang, son mari, est lui aussi spécialisé dans l’export vers la Corée du Nord. Matériaux de construction, meubles, appareils électroniques, machines à laver, automobiles, excavatrices, peinture… Les Nord-Coréens ont vraiment « besoin de tout ». Il s’est aussi lancé brièvement dans le business du dessin animé, mais sans succès, faute d’avoir pu investir suffisamment d’argent. Monsieur Li importe par contre volontiers minerais et fruits de mer de la Corée du Nord. Pour cette famille d’immigrés, et pour bien d’autres installées dans la région, le commerce transfrontalier est certes un gagne-pain, mais un gagne pain qui ne rapporte

guère. Dans la famille des businessmen qui regardent vers l’est, une troisième catégorie se considère comme étant aux avant-postes d’un régime en passe de s’ouvrir sur le monde. Ancien fonctionnaire à Pékin, Xu Donghua est arrivé à Dandong en 2003, où il a monté son entreprise d’import-export. « La Corée du Nord est l’un des derniers pays à économie planifiée. Je pense qu’elle va s’ouvrir et je préfère prendre des risques maintenant pour occuper le marché. ». Monsieur Xu est l’exemple typique des hommes d’affaires chinois qui ont su placer leurs billes en Corée du Nord. Il a démarré en exportant des produits de consommation courante avant de se lancer dans la reprise de secteurs en crise ou sous-exploités : industrie lourde, agriculture, exploitation de minerais. Dernière étape de la courbe ascendante de son business : des contrats régionaux globaux, grâce auxquels, en échange du développement d’infrastructures publiques indispensables, il se verra concéder l’exploitation de ressources minières et des îles au statut fiscal privilégié. A terme, il pourrait bien intégrer le club des milliardaires chinois.

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••• D’autres n’ont pas la même vision

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Petits business à la frontière

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pes comme Andros ou Danone. Pour en arriver là, monsieur Yi a dû batailler ferme. « Quand les représentants de la Commission européenne sont venus ici, ils ont tout vérifié : les salaires, les coûts d’emballage, tout a été contrôlé. Je ne comprends pas pourquoi ils s’acharnent toujours sur les produits chinois. Ce que j’espère, c’est que la Pologne, la Hongrie mais aussi la Serbie continuent à cultiver des framboises et des fraises, car nous ne pourrons pas fournir le monde entier ».

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contrats juteux en Corée du Nord, les entrepreneurs du Liaoning ont développé d’autres secteurs porteurs de l’économie, tel l’agro-alimentaire. Peu connue en Chine, la culture de fraises et framboises de Dandong représente pourtant 30% de la production nationale, avec 30 000 t par an. Un business qui ne manque pas de faire des heureux, tel monsieur Yi, directeur de Junaofood. Après avoir réussi les tests anti-dumping européens en 2006, l’entreprise a obtenu des droits de douane préférentiels et exporte aujourd’hui 90% de sa production fruitière vers l’Europe, en particulier vers l’Italie, l’Allemagne et la France.

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Le succès du maraîchage •••En attendant de décrocher des Elle approvisionne également des grou-

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FOCUS

聚焦

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La culture de fraises et framboises de Dandong représente pourtant 30% de la produc丹东草莓和树莓的产量占全国的30% tion nationale. 

Vache à lait touristique quant à eux commerce de billets •••Une autre industrie est en bonne tedefont banque dévalués et de pin’s de Kim progression : celle du tourisme transfrontalier. Inscrite au rang des « villes touristiques » de Chine depuis 1988, Dandong a vu fleurir une industrie du voyage largement centrée sur la Coréedu Nord. Chaque année, elle accueille 2 millions de visiteurs, en majorité chinois, mais aussi japonais et coréens. Les allersretours vers Pyongyang sont devenus si populaires auprès de la classe moyenne chinoise que le tourisme représente désormais 18% du PIB municipal. Une dizaine d’agences de voyage dandongaises proposent ainsi des packages vers la Corée du Nord. Pour un tour de 4 jours, les touristes chinois payent 2 350 RMB, contre 4 200 RMB pour le touriste occidental. En mars, la croissance s’est même accélérée, lorsque la Corée du Nord a été promue destination touristique officielle, ce qui a permis aux agences de voyage chinoises de faire la publicité du pays. Corollaire de ce phénomène, les magasins d’état ont fleuri dans les rues. Ils proposent toutes sortes d’articles importés de Corée du Nord. Des vendeurs à la sauvet-

Il-song. Autre gros succès touristique, en pleine progression : les tours en bateau qui frôlent les côtes coréennes.

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Livre Evadés de Corée Du Nord : Témoignages, Juliette Morillot & Dorian Malovic, Belfond, 2004. Les survivants de la famine et de la répression en Corée du Nord prennent la parole et livrent de terribles témoignages sur leur vie quotidienne. Juliette Morillot et Dorian Malovic offrent une enquête inédite et inestimable à travers des témoignages authentiques recueillis sans intermédiaire. Leur périple nous emmène aux confins de l’Asie, de la Corée du Nord à la Mandchourie chinoise, en Corée du Sud et au Japon.


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Reportage exceptionnel à la frontière 边境采访特辑

Vue sur le lac Tianchi (lac Céleste). D’après sa biographie officielle, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il serait né près du lac, sur le 天池风光。根据朝鲜官方的宣传资料,金正日出生在长白山的天池边。 mont Paektu. 

en allant vers Tumen… ••• C’est encore de tourisme qu’il est de Yanbian au carrefour entre Russie et question, quand on poursuit son chemin vers le Nord-est. Dans un cadre naturel de près de 2000 km², le site de Changbaishan fait le plein de touristes. Homologué en 1980 par l’Unesco « réserve mondiale de biosphère », il accueille aujourd’hui jusqu’à 10 000 visiteurs par jour en période de pointe. A l’entrée, chaque visiteur doit débourser 28€ s’il veut atteindre le célèbre pic Tianwen, à 2 670m, qui offre une vue sur le lac céleste, à cheval sur la Corée du Nord. Compte tenu des prévisions de fréquentation qui avaient été faites, le gouvernement a investi il y a quelques années dans une liaison ferrée et un aéroport. L’objectif affiché étant officiellement de développer « l’écotourisme » afin de combiner tourisme et préservation de l’environnement, mais aussi d’attirer des investisseurs étrangers dans des secteurs tels que la biopharmacie ou les herbes médicinales (ginseng). ….. A mesure que l’on se rapproche de la Russie, toujours en suivant la frontière vers le nord, apparaît la ville de Yanji, capitale de la préfecture autonome coréenne

treprises d’état, les crises politiques dues Corée. Plus à l’est, près de la frontière, se à la menace nucléaire de Pyongyang, trouve Tumen. Ouverte au milieu des et le manque d’intérêt des investisseurs années 1980 sous l’égide de Pékin et de par rapport à des zones à plus forte l’ONU dans le but d’assurer croissance. Mais cela n’a la viabilité économique de pas empêché Pékin de « Une cette région enclavée et renouveler l’expérience peuplée d’une forte mino- autoroute dans les années 2000, en rité coréenne, la zone dite pourrait accordant aux villes des « de Tumen » est ensuite subventions et en établisentrée en crise, entrainant bientôt être sant une politique fiscale l’échec du projet. Les déci- prolongée préférentielle. Chapoté deurs avaient pourtant espar le PNUD (Programme timé que toutes les condi- vers la Corée, des Nations unies pour le tions étaient réunies pour si Pyongyang développement), le procréer un « Singapour norjet devient la « Greater Tun’oppose pas dique ». A la clé, un marmen Initiative », s’étale sur ché de 300 millions d’ha- son veto. » plus de 70 000 km² (une bitants allant de la Sibérie partie de la Russie et de jusqu’au Japon, et un PIB la Mongolie en font parcumulé de 3 000 milliards de $. Derrière la tie), et se voit assigner comme objectifs Tumen, côté nord-coréen, se trouvent en l’émergence d’une zone de libre échange effet des ressources en pétrole, charbon, et la conquête de nouveaux investisseurs. bois et minerais, sources de rivalités entre C’est ainsi qu’une zone économique spéle Japon, la Chine et la Russie. Plusieurs ciale est née en territoire coréen, à Rason, causes peuvent expliquer l’échec du riche en ressources naturelles et en terres, projet : la difficile restructuration des en- et qu’en 2005, la ville de Hunchun

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FOCUS

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Reportage exceptionnel à la frontière 边境采访特辑

Rajin pour une durée de cinquante ans. Dans l’idéal, Pékin aimerait d’ailleurs à terme faire de Rajin un port d’où réexpédier des produits chinois à destination du sud-est du pays. Mais il n’en va guère ainsi. Malgré la bonne volonté politique, la région de Yanbian a en effet plutôt tendance à se vider de ses Sino-coréens, attirés par l’exil. « La minorité diminue en nombre et les familles sont souvent déstructurées, explique un professeur de lycée technique. Il est difficile de retenir les gens, car en Corée du sud, les salaires sont cinq fois plus élevés qu’ici. ». En attendant les résultats de la relance du programme de développement régional, certaines villes, telle Hunchun, ont déjà bien profité des subventions consenties par l’Etat. Promue par Pékin « zone nationale de coopération économique frontalière » en 1992, la ville a déjà reçu 4 milliards de RMB pour développer sa centrale électrique au charbon et améliorer ses infrastructures de transport. L’enjeu étant évidemment l’accès à la mer du Japon via un port terrestre de marchandises situé à 15km de la ville, et une voie ferrée reliant Hunchun aux ports russes de Posyet et de Zarubino, ouverte il y a dix ans. Connectée à la Coréedu Nord par un pont, Hunchun est aussi le point de transit idéal vers ses ports, Luojin et Rajin. Mais l’avenir est en grande partie suspendu au bon vouloir de Pyongyang.

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••• obtient le droit d’utiliser le port de

Le tourisme transfrontalier est devenu une manne pour les agences touristiques loca到朝鲜旅游成为当地旅行社的“天上掉下的馅饼”。 les. 

L’étrange voisin, de l’autre côté, la Corée du Nord Bruno Abile

Hélène Duvigneau

Photo-reporter freelance et collaborateur de l’agence Sipa Press, Bruno Abile est spécialisé dans la photographie de manifestations et de rassemblements. Il est auteur de la une de Paris Match sur les dramatiques accidents survenus lors du 27ème sommet du G8 à Gènes en 2001. Grand baroudeur, il est allé très souvent en Amérique Latine pour couvrir notamment des mouvements de guerrilla en Colombie.

Jeune journaliste indépendante, Hélène Duvigneau a vécu 4 ans à Pékin où elle a été la correspondante de Terra Eco et 20 minutes. Elle a écrit cet été, en collaboration avec Nicolas Sridi et Bruno Abille, un blog sur le site du journal Le Monde : L’étrange voisin, de l’autre côté, la Corée du Nord.

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http://chinecoree.blog.lemonde.fr


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Par Renaud de Spens

Sus aux mensonges des manuels scolaires !

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dans l’expression publique sur Internet. Cette chronique en a déjà rapporté plusieurs épisodes. Elle s’opère également dans de nombreux domaines périphériques de la politique, combattant l’intendance de la pensée unique tout en prenant soin de ne pas provoquer le coeur même du pouvoir. L’un des terrains privilégiés et méconnus de ces luttes se situe dans la presse spécialisée sur l’histoire. Le numéro de novembre 2010 du mensuel Kan Lishi (看历史 - History - Lire l’histoire), amplement distribué en kiosques, affiche ainsi en « une » un titre provoquant : « Les mensonges des profs. L’histoire telle que les manuels ne vous l’ont jamais raconté. ». Le premier article du dossier : « L’affaire du 18 mars, les deux visages de Duan Qirui » a deux audaces : d’une part il déboulonne l’écrivain Lu Xun, le plus fameux et consensuel “compagnon de route” du PCC ; d’autre part, il trace sans le dire l’histoire en creux du plus grand tabou idéologique actuel, le drame du mouvement étudiant du printemps 1989. Tout commence par une citation emphatique de Lu Xun tirée d’un manuel de lycée édité en 2004, imputant à Duan Qirui, chef du gouvernement temporaire, la responsabilité du massacre de 47 manifestants étudiants le 18 mars 1926. Sur huit pages, l’auteur Zhuang Qiushui revient sur tous les détails de l’affaire, citant toutes les sources disponibles, y compris les journaux de l’époque. Il montre, contre tout préjugé, une presse diverse et libre, des manipulations nationalistes et communistes, et le rôle trouble et boutefeu de conseillers soviétiques. Ce sont trois coups de feu, mystérieusement tirés d’un édifice public, qui ont © DR

L’idée selon laquelle la psyché chinoise reste immobile et fermée, glacée par le pesant appareil de la propagande d’Etat, est aussi répandue que l’angoisse séculaire et eschatologique de la possibilité d’une crispation réactionnaire et nationaliste du pays. On peut certes facilement trouver des exemples pour conforter cette vision pessimiste, surtout si on a le malheur de surtout fréquenter les bastions du « Jurassic Park » chinois, du bourdieusien Institut de Diplomatie, formant les scions les plus ternes de l’aristocratie rouge, aux couloirs débordant de vide et d’ennui de l’Agence Chine Nouvelle, où des journalistes fonctionnarisés semblent avoir par trépanation idéologique échangé leur cerveau contre un « bol de riz en or ». Nos lunettes d’occidentaux, souvent focalisées sur la politique, aggravent ce tableau : on ne peut pas dire que l’environnement politique chinois soit follement excitant, surtout au premier coup d’oeil. Et pourtant... cette idée est tout sauf vraie. Le plus remarquable développement de ces trente dernières années n’est ni la vigoureuse croissance économique ni le retour du pays au sein des grands cénacles internationaux : c’est la libération de l’esprit chinois, du chauffeur de taxi à l’intellectuel engagé. Cette détotalitarisation silencieuse qui capillarise jusqu’au Parti semble être une lame de fond irrésistible. Les combats parfois malheureux entre son écume la plus dissidente et le vieux fond autoritariste du régime, qui sont pratiquement les seules manifestations du phénomène rapportées par les sources occidentales, n’en constituent qu’une petite partie. La marche victorieuse vers la liberté s’illustre tous les jours

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头条新闻 A la une des médias

provoqué la tuerie. Quoiqu’il en soit, Duan Qirui, •••  loin de l’image d’un seigneur de la guerre sanguinaire, assumera le massacre. Ne se limitant pas à cet événement, l’article entreprend de réhabiliter totalement cet « ennemi de classe », que nombre de ses contemporains décrivent comme un homme d’une probité sans faille, et conclut que s’il était resté au pouvoir le Japon n’aurait peut-être jamais pu envahir la Chine ! Toute une partie de la légitimité des « mouvements révolutionnaires » comme le Kuomintang et le PCC est fondée sur un discours dénonçant le chaos des années 10 et 20, et affublant leurs adversaires malheureux du terme péjoratif « junfa », (军阀 seigneur de la guerre), créé justement à cette époque. Dans les manuels chinois, ceux-ci sont invariablement présentés comme des traîtres, corrompus, libidineux et fumeurs d’opium. Si certains personnages paraissent correspondre fidèlement à ce portrait, un deuxième papier, écrit par Fan Guoping, montre que ces idées constituent cependant des préjugés typiques d’une histoire écrite par les vainqueurs. Le général oublié Wu Peifu, qui fut au milieu des années 20 l’homme le plus puissant de Chine à la tête de la faction Zhili (qualifié de « Biggest man in China »par le magazine américain Time en septembre 1924) était au contraire un lettré idéaliste n’ayant jamais accepté de com-

promission, ni subsides étrangers pendant son activité, ni refuge dans les concessions ou en dehors des frontières après son échec. En somme, tout le contraire de nombreux dirigeants nationalistes et communistes, et notamment de Zhu De ou Mao Zedong... Toute la mystique communiste est mise à mal dans le dossier, qui fait aussi un sort à la légende de Lénine, que des manuels pour écoliers présentent comme donnant ses instructions avec une encre sympathique au lait du fond des geôles tsaristes. En réalité, les conditions de détention du fameux révolutionnaire étaient très laxistes, et les vieux bolchéviques réprimés par Staline dans les années 30 évoqueront avec nostalgie le temps des prisons dorées de l’Ancien Régime, explique Li Yuanjiang. Le nationalisme des manuels est aussi âprement moqué, des fausses inventions chinoises à l’exagération des soulèvements anti-étrangers pendant les guerres de l’opium. Si les éditorialistes conviennent qu’il est normal que les manuels scolaires puissent refléter des différences d’interprétation des faits, il est en revanche impardonnable qu’ils travestissent la réalité historique : « Le pouvoir a peur que la vérité entraîne des troubles ; il devrait plutôt avoir peur que ses citoyens s’accommodent du mensonge et deviennent insensibles à la réalité. ».

Quel est le Chinois qui a le plus ému en 2010 ? « Mon père s’appelle Li Gang » La Chine a une culture de l’émotion et il est donc tout naturel que les internautes du grand forum libéral Tianya se demandent quel est le personnage qui les a le plus touché en 2010. Une écrasante majorité de posteurs répondent « Mon père s’appelle Li Gang. ». Le 16 octobre 2010, une limousine noire fauche deux étudiantes sur le campus de l’Université du Hebei, dont l’une décédera, et continue sa course comme si de rien n’était. Le conducteur va déposer sa petite amie devant son dortoir, et tente de sortir du campus. Etudiants en colère et vigiles l’entourent pour l’en empêcher ; il leur crie « 有

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本事你们告去,我爸是李钢! »(Si vous avez un problème, allez déposer plainte, mon père s’appelle Li Gang !). Li Gang n’est autre que le chef de la police locale... Pour les internautes chinois, cette affaire illustre la morgue et l’impunité insoutenable des fonctionnaires régaliens et de leurs famille. Largement diffusée sur la toile, elle a suscité chansons et poèmes. Si la censure a déjà rendu l’accès difficile à certaines vidéos, une page très complète sur le scandale et les réactions des cybercitoyens a été rédigée sur la très officielle encyclopédie du moteur de recherche Baidu : http://baike.baidu.com/view/4534118.htm.


数字背后 Le dessous des chiffres

Par Yann Marin *

La Chine et les tensions inflationnistes L’indice des prix à la consommation s’est affiché en actuel d’inflation n’est pas seulement de nature monéhausse de 4,4% en octobre et les anticipations sont à une taire. Hors produits alimentaires, l’inflation est restée accélération nouvelle pour le mois de novembre (aux alen- très modérée : 1,6% en glissement annuel. Les hausses de tours de 5 %). L’objectif gouvernemental d’une inflation prix sont principalement dues aux mauvaises récoltes et à 3% sur l’année semble désormais hors d’atteinte, et à en au niveau élevé des cours mondiaux. La banque centrale croire le China Business News, la cible d’inflation pourrait ne peut ignorer le mouvement en raison des risques de être revue à 4% pour l’année 2011. contagion, mais ses marges de manœuLes autorités monétaires ont manifesté vre sont faibles : en restreignant trop sa à plusieurs reprises une certaine nervosité politique monétaire, en tentant de tenir « La clé de la face à ce phénomène. Ainsi le gouverneur les objectifs annoncés, elle pourrait créer Zhou Xiaochuan a-t-il reconnu le 16 no- lutte contre des distorsions importantes, provoquant vembre que la hausse des prix en Chine l’inflation des baisses de prix dans certains secteurs, et affecter la croissance. était inquiétante. « Les pressions haussières sur les prix doivent être surveillées. Nous en Chine Les autorités vont devoir trouver des continuerons de maintenir un niveau ap- se trouve outils pour s’attaquer directement à l’inproprié de croissance monétaire et du créflation des produits alimentaires, d’autant qu’elle porte en germe des tensions sodit ». En un mois, la Banque Populaire de désormais Chine a resserré sa politique monétaire à dans la ciales que le pouvoir veut éviter. Selon le Ministère du Commerce, un panier de trois reprises : une hausse des taux d’intérêt gestion microde 25 points de base (pour le taux à 1 an) le 18 légumes a vu son prix augmenter de économique. » 21 octobre, puis deux augmentations des 62,4% sur les seules 2 premières semaines réserves obligatoires, la première le 11 node novembre. vembre, juste avant la publication du nouLe Conseil des Affaires d’Etat a signiveau chiffre de l’inflation, et la deuxième le 23 novembre, fié le 17 novembre son intention de prendre des mesures juste après. D’autres décisions de même nature devraient ciblées de contrôle des prix si cela s’avérait nécessaire. suivre rapidement. Populaire car signalant efficacement la volonté du gouCes mesures ne sont certes pas inutiles au vu du caractère vernement d’agir auprès de la population, cette décision extrêmement accommodant de la politique monétaire de- si elle était mise en œuvre aurait peu de chances d’affecter puis la crise : la masse monétaire s’est accrue de 27,7% en positivement la situation, tant elle est source d’incertitudes 2009, soit un niveau largement supérieur à la croissance et susceptibles de créer des effets indésirables. Le soutien à économique (9,1%). De même, les crédits bancaires ont l’offre de produits alimentaires (particulièrement céréales fortement augmenté en 2009 (+ 32%) et ont conservé et légumes) également mentionné par Conseil offre plus un rythme d’expansion soutenu en 2010, de l’ordre de de perspectives, notamment si la Chine puise dans ses 20%. réserves, encourage les importations et facilite la distriPour autant, elles ne seront probablement pas suffisantes bution. pour endiguer le phénomène, étant donné que l’épisode * Conseiller financier, adjoint au Chef de la Mission économique

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人力资源发展趋势 Les tendances RH

Par Edith Coron*

Le coaching en Chine Pratiquement encore inconnu en Chine il y a 3 ans, le coaching y a pris un essor fulgurant. Arrivé dans les bagages des professionnels RH des multinationales, le coaching est désormais un outil de développement courant pour de nombreux cadres y compris dans les entreprises chinoises. Le paysage offert par le coaching en Chine est toutefois très confus. Une récente enquête vient à point nommé faire un premier état des lieux. Co-parrainée par le forum RH de la Chambre de Commerce de l’ Union Européenne en Chine et l’Asia Pacific Alliance of Coaches, rendue publique le 24 novembre dernier1, celle-ci indique que le coaching a décidément le vent en poupe en Chine : 63 % des entreprises interrogées ont intégré le coaching dans leurs pratiques RH; la majorité des autres prévoient de l’introduire à court terme. Il reste encore difficile de donner un chiffre fiable du nombre de coachs exerçant en Chine, certainement plusieurs centaines. 82% des coachs ayant répondu à l’enquête affirment avoir été formés par une école de coaching mais ils sont à peine 39% à être affiliés à une organisation professionnelle internationale. Les écoles de coaching ont en effet fleuri offrant des formations le plus souvent en anglais, une promotion de coachs vient cependant d’être formée en mandarin. La formation, la reconnaissance par les pairs et l’adhésion à une charte éthique devraient permettre de garantir le professionnalisme des coachs mais 77% des entreprises avouent ne pas même vérifier les qualifications des coachs qu’elles emploient. Elles sont pourtant 36% à se déclarer peu satisfaite par la qualité du coaching offert. Immaturité du marché ou prévalence chinoise du relationnel, les coachs sont choisis à 95% par recommandation, près du double de la tendance mondiale. En Chine, on privilégie d’autre part plus qu’ailleurs l’expérience business ou métier à 88%, l’expérience de coaching à 84% mais aussi l’âge à 84%. Ces préférences sont symptomatiques du contexte

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chinois où la séniorité est un gage de crédibilité mais aussi de la place donnée au coach et de l’attente des entreprises à son égard. Celles-ci affirment que le coaching est un outil de développement, mais la majorité d’entre elles admettent aussi positionner le coaching comme un remède à des problèmes de performance. De plus, loin des canons défendus par les organisations internationales professionnelles de coaching, pour lesquelles le coach ne peut qu’accompagner son client dans une démarche personnelle dans laquelle il trouve lui-même ses propres réponses, en Chine comme ailleurs en Asie, on attend du coach qu’il soit un mentor, qu’il conseille parfois même qu’il forme. Le mélange des genres est admis à plus de 60% par les coachs qui ont répondu à l’enquête. Autre pierre d’achoppement, celle-ci iconoclaste par rapport au credo qui régit le coaching sur la scène internationale, la confidentialité. Près de la moitié des entreprises qui emploient, en Chine, des coachs attendent de ceux-ci qu’ils révèlent pour partie (75%) ou en totalité (25%) les contenus des séances de coaching. Les entreprises affirment, de plus, vouloir à terme avoir recours dans un ratio de trois à un à des coachs internes. Ceux-ci par la nature même de leur fonction ont souvent du mal à garantir la confidentialité du coaching. Si le coaching en Chine est indéniablement un marché en pleine expansion, les coachs et les entreprises qui les emploient doivent encore travailler à sa professionnalisation et décider de son adhésion ou non aux standards internationaux qui régissent le métier.

*Coach Accréditée et Certifiée par l’International Coach Federation (ICF) Présidente de la commission des relations publiques de l’Asia Pacific Alliance of Coaches (APACoaches) Les personnes intéressées par la totalité de l’enquête peuvent s’adresser à : Rainer Schmitz, Vice-Chair of the EUCC China HR Forum & EUCC China and APACoaches. 1


La CCIFC

Diner de

a le plaisir de vous inviter à participer à son 1er dîner de Gala en Chine du Sud autour du thème « Saveurs et charmes français » le vendredi 14 janvier 2011 à 19h au Dong Fang Hôtel de Canton

Gala

2011

Remise du Prix PME Chine 2007 à Pékin par le Président de la République française M. Nicolas Sarkozy au gala de la CCIFC

A l’occasion de cette soirée seront remis les prix PME Chine 2010 qui viendront récompenser la réussite d’une PME française en Chine (catégorie Excellence) et celle d’un entrepreneur implanté en Chine (catégorie Entrepreneur) Réservez vos places / tables Place tarif membre : 350 RMB Place tarif non membre : 550 RMB Table tarif membre : 3.000 RMB Table tarif non membre : 5.000 RMB Contact  Alexandre Beaudoux Tel : +86 (20) 8186 3200 Email : beaudoux.alexandre@ccifc.org


法制天地 L’état des lois

Par Franck Desevedavy*

Le travail ne suffit pas…

« Le travail ne suffit pas, même à l’existence la mieux remplie. La vie personnelle a aussi ses droits et des exigences, et ne peut être niée sans danger »1. Les autorités centrales en Chine ne sauraient affirmer autre chose que cette nécessité de garantir une plus grande sécurité juridique des relations du travail pour tenter d’éviter les dangers d’une insécurité désormais inacceptable pour les salariés chinois. Et c’est peu dire que les dangers n’ont pas manqué de s’inviter dans l’actualité chinoise, alors que les relations du travail ont été cependant bouleversées depuis 2008. Des suicides de Shenzhen aux émeutes de Suzhou, des mines du Shaanxi à celles du Henan, sans évoquer les heures supplémentaires jamais payées, les conditions d’hygiène et de sécurité négligées, les contrats rarement signés2, les retraites ignorées, l’administration nationale de la sécurité du travail n’a pu que constater les 33 876 morts que le travail avait causées en Chine pendant les six premiers mois de l’année 2010. Si la photographie de la sécurité au travail en Chine est inquiétante, le film des cinq dernières années est plutôt rassurant, à défaut d’être satisfaisant. Le nombre de décès au travail est en baisse3, la pression gouvernementale vers les entreprises et les autorités locales se renforce, les ONG s’emparent de la responsabilité sociale, la nouvelle loi du travail est applicable depuis le 1er janvier 2008. La Chine exige, comme généralement le reste du monde, un contrat écrit, des licenciements motivés, des heures supplémentaires protégées, une contribution patronale aux comptes de sécurité sociale, etc. Mais le droit ne s’apprécie que lorsqu’il est effectivement appliqué et « frotté » au contact des juridictions chargées de sanctionner les inévitables violations. Or, le contentieux du droit du travail « explose » en Chine, et ce pour de multiples raisons4 : réduction drastique des

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frais d’arbitrage qui rendent l’initiation d’un contentieux peu coûteuse pour un salarié, allongement du délai pour engager une action (un an !), les sanctions possiblement supportées par les employeurs ont été extraordinairement augmentées (le plus souvent doublées) créant une fièvre procédurale, et les motifs traditionnels de contentieux ont été particulièrement visés par la nouvelle loi : heures supplémentaires, dommages et intérêts pour rupture abusive du contrat de travail, sécurité sociale. Le 13 septembre 2010, la Cour Suprême chinoise est venue, par une « Recommandation », ajouter des possibilités qui devraient favoriser le contentieux à l’initiative des salariés chinois : renversement de la charge de la preuve en matière d’heures supplémentaires, action contre l’employeur suite à une restructuration de l’entreprise, assignation d’un tiers aux relations du travail, autorité de la chose jugée à une partie n’ayant pas défendu ses droits dans le cadre de la procédure d’arbitrage, etc. Si la très grande majorité des entreprises « étrangères » en Chine ont pu aisément se mettre aux normes de la nouvelle loi de 2008, elles doivent nécessairement se préparer à un risque croissant de contentieux. Comme si le travail ne suffisait pas…

* Franck Desevedavy est avocat en Chine depuis 1995 et co-fondateur de ASIALLIANS, un réseau d’avocats exerçant en Chine avec WANG JING & CO LAW FIRM MALOUIN Reine, Profonds destins, [Québec :e.n.], 1957 Selon la fédération chinoise des Syndicats, 40% des employés chinois du secteur privé étaient, en 2008, salariés sans le moindre contrat de travail. 3 Plus de 100.000 morts en 2007. 4 Voir « Why the number of labour disputes is increasing » by Pan Li Dong, Deng Yong & Jason Leveille in China Legal Bulletin, WANG JING & CO LAW FIRM. 1 2


Offre de Formations de la CCIFC

Formations inter et intra entreprises 110 formations dispensées et 800 participants formés en 2010 50 modules de formation en langues française, anglaise et chinoise • Développement Personnel • Ressources Humaines • Management • Interculturel • Ventes et Marketing • Finance • Ingénierie

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Tel : (010) 6461 0260 ext. 40 yue.karine@ccifc.org

SHANGHAI Christine Dai

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CHINE DU SUD Isabelle Carlier Alexandre Beaudoux

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小企业工具箱 Boîte à outils PME

Par Christine SIMON*

Nouvelle rubrique dédiée aux PME ! Conseils & informations pour une implantation et un développement réussis en Chine

OSEO, l’entreprise des entrepreneurs La solution pour les PME françaises en Chine Quatre lettres, trois métiers et une devise. Né en 2005 du liées au plan de relance. Nous portons nos efforts sur trois rapprochement de différentes entités publiques de l’Hexa- items : innovation, investissement, international », résumait gone, OSEO - établissement public à caractère industriel encore Alain Renck qui entend désormais porter ses efforts - se profile comme l’entreprise des entrepreneurs. Une “en- sur l’Empire du Milieu. treprise” qui se décline en trois métiers: Oseo Innovation L’équipe de France de l’export (aide à l’innovation), OSEO garantie (garantie des concours « Les entreprises françaises ayant une filiale à l’étranger bancaires et des investisseurs en fonds propres) et OSEO constituent une de nos priorités. Pour nous, la Chine est une financement (financements en partenariat). Pour OSEO cible privilégiée. Mon métier consiste à aider les entreprises et les PME françaises, la Chine s’inscrit désormais comme françaises à s’internationaliser. Mais bien sûr, c’est en France nouveau pôle d’attractivité. que nous trouvons la capitalisation nécessaire », commentait La force d’OSEO et de ses mille collaborateurs tient à le directeur de l’international d’OSEO. ses trois métiers complémentaires qui, dans Point important: le remboursement des les 37 implantations en France, jouent le montants consentis aux entreprises béné« En Chine où système du guichet unique, offrant une ficiaires (entre 20 000 euros et 3 millions gamme d’aides adaptées à tout type d’end’euros) s’effectue sur une période de sept nous n’avons treprise et à tout projet innovant. Avec un ans, deux années de franchise étant accorpas encore réel “plus”: l’accompagnement des entrepridées. développé ses à l’international, de l’étude de faisabilité « En Chine, nous visons à créer pour au lancement industriel et commercial de nos entreprises les conditions idéales pour de réels l’innovation. Le profil des d’entreprises cique la partie française et la partie chinoise partenariats, blées ? Les petites ou moyennes entreprises soient financées toutes les deux. Une méaffichant un chiffre d’affaires annuel de 50 thode que nous avons déjà pratiquée, entre nous nous millions d’euros et occupant quelque 250 autres, au Brésil ou au Canada », confiait concentrons encore Alain Renck. personnes. « Ces PME représentent environ 70% des entreprises françaises ayant Intensifier les partenariats sur OSEO tient à consolider les échanges recours à OSEO », expliquait Alain Renck, l’innovation. » directeur de l’international d’OSEO, lors franco-chinois. Lors de sa récente mission en Chine, l’organisme a pu renforcer sa rede sa récente mission en Chine. « La crise étant passée par là, nous ne nous arrêtons cependant pas lation avec Torch, l’organisme chinois, sous tutelle du miaux profils stricts de la PME ! Nous répondons aux besoins nistère des Sciences et Technologies, en charge de la gestion des parcs technologiques, et sillonner le parc scientifique de d’entreprises jusqu’à 5000 personnes », stipulait-il. Selon lui, la force d’OSEO tient en deux qualificatifs clés: Zhongguancun de Pékin. simple et réactif. Un seul guichet et une réponse rapide. Avec sa gamme d’outils adaptés au PME, OSEO devrait Tout dossier déposé par un entrepreneur est analysé et dé- jouer les amortisseurs de risques et assurer une ambition cidé entre cinq jours et deux mois. « Nous travaillons au forte en favorisant l’émergence de 10 000 nouveaux exporrythme d’une entreprise. Sur toute l’année 2009, OSEO a tateurs français dans les deux années à venir. Rendez-vous aidé 88 000 entreprises de l’Hexagone dont 20 000 étaient en 2012. www.oseo.fr

26 Connexions / décembre 2010


联 Connexions 结 Le

magazine de la

Chambre

de

Commerce

et d’Industrie

Française

en

Chine



中 国 法 国 工 商 会 双 月 刊

Un autre regard sur la Chine d’aujourd’hui 另一种角度看当代中国

Communiquez dans Connexions Connexions est le seul magazine d’information à caractère économique en langues française et chinoise. Ses dossiers traitent, en détail, des grands enjeux de l’économie et de la société chinoises : la Responsabilité sociale des entreprises, l’Enfant unique, l’Internet, l’Exposition universelle… Au-delà des idées reçues, Connexions donne la parole aux experts et acteurs de terrain.

Diffusion et lectorat : Les décideurs économiques français de tous secteurs exerçant une activité en Chine. Les décideurs chinois francophones et francophiles (d’administrations et d’entreprises) et les officiels français en Chine. Circulation :16 000 personnes

Cible large : Les salariés chinois des sociétés françaises, les passagers des vols Air France (Pékin/Paris, Shanghai/Paris et Canton/Paris), la communauté française en Chine. Parution : Bimestrielle Tirage : 5 000 exemplaires

Contactez nos équipes pour connaître les tarifs de nos espaces publicitaires (publicité, publi-reportage, insert….) : Pékin Ruan Zheng 阮征 publications@ccifc.org Tél. : (010) 6461 0260 # 14

Shanghai Séverine Clément clement.severine@ccifc.org Tél. : (021) 6132 7100 # 114

Abonnement Un an, 5 numéros France : 70 euros* Chine : 300 Rmb*

Archives Retrouvez les anciens numéros de Connexions sur le site : www.connexions.ccifc.org

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© Imagine china

商务简讯 l’actualité / business chine

La Chine exploite et produit plus de 95% des terres rares de la planète.

中国稀土的开采量和产量占世界95%以上

Les terres rares, Pékin en position de force Ces dernières années, la Chine a fait main basse sur les gisements de terres rares et entend désormais limiter leur production et surtout leurs exportations. « Le Moyen-Orient a son pétrole, la Chine, elle, a ses terres rares », aimait à répéter, au début des années 80, Deng Xiaoping alors que la Chine manquait d’énergies fossiles capables de nourrir sa croissance et ses industries. Gaz naturel, pétrole et même charbon (plus de 100 millions de tonnes achetées à l’étranger en 2009)… Chaque année, la deuxième puissance économique mondiale avale quantité de matières premières qu’elle est obligée d’importer des quatre coins du monde. Idem pour le fer, le cobalt, le chrome, la bauxite… Il est un secteur en revanche, dans cette course aux matières premières, où la Chine règne sans partage. « L’Empire exploite et produit plus de 95 % des terres rares1 », relève Ren Xianfang, analyste à l’Institut en stratégies IHS 28 Connexions / décembre 2010

Global Insight de Pékin. Ces minéraux très recherchés, comme le semarium, l’idium, le scandium, entrent dans la fabrication de l’industrie de pointe : les écrans plats, les téléphones portables, les moteurs de véhicules hybrides ou électriques et même les aimants pour certains missiles. Bref, la Chine est assise sur une vraie mine d’or... Cette situation de quasi monopole (la Chine fournit ainsi le monde entier) est une arme redoutable qui inquiète d’ailleurs nombre d’experts aux Etats-Unis et au Japon, deux pays très en demande2. A plusieurs reprises déjà, le gouvernement chinois a décidé de « réduire fortement ses exportations », explique Ren Xianfang. En mai 2009, les autorités annonçaient ainsi qu’elles allaient imposer un plafond natio-

nal de production sur les principales ressources minérales, en particulier les terres rares. Cette année, les autorités centrales ont décidé d’une baisse brutale de 70% des quotas de terres rares destinées à être vendues à l’étranger ce qui, selon le Japon, représentera en fin d’année une baisse de 20000 tonnes de ces métaux exportés par rapport à 2009. La presse nipponne a par ailleurs fait état au début de l’automne – peu après l’arrestation d’un capitaine de chalutier chinois arraisonné sur les îles Diaoyu/Senkaku – d’un blocus des exportations de terres rares vers l’Archipel. Craignant un gel progressif de ces exportations, Hillary Clinton montait quant à elle au créneau fin octobre et sommait la Chine de garantir à tous « un commerce sans entrave » de terres rares.


网络简讯 Une Chine « sûre d’elle » Comment expliquer cette politique de limitation des exportations ? « Pékin cherche à restructurer son propre marché des terres rares », analyse Mme Ren. « Il y a aujourd’hui plus 100 entreprises publiques (principalement implantées en Mongolie Intérieure) qui exploitent ces éléments naturels en Chine – c’est beaucoup trop. En fait, cela fait des années que Pékin travaille sur ce projet, l’idée étant de mettre fin à la surcapacité de cette industrie, de réduire le nombre des infrastructures et, in fine, de maîtriser les prix ». Enfin, note l’analyste, « le gouvernement chinois espère que la réduction des exportations de terres rares profitera en priorité à ses industries et à son appareil de production ». Une chose est sûre : les réserves de ces métaux ne sont pas éternelles. Selon le ministère chinois du Commerce, celles-ci seront épuisées, au rythme actuel d’extraction, dans moins de 20 ans3. Un constat qui force Pékin à faire feu de tout bois à l’étranger et à s’emparer de nombreux gisements - en Australie notamment avec celui de Mount Weld, exploité par Lynas, société australienne aujourd’hui majoritairement contrôlée par le chinois China Non Ferrous Co. Cette razzia chinoise sur les terres rares renforce en tout cas, selon Barthélémy Courmont, auteur de « Chine, la grande séduction. Essai sur le soft power chinois », (éditions Choiseul), « l’image d’une Chine plus sûre d’elle-même et de sa puissance, qui se retrouve en position de force » et qui n’hésite plus à protéger son propre marché domestique en réduisant certaines exportations. « A l’avenir », poursuit M. Courmont, « il sera non seulement de plus en plus difficile de dire non à la Chine, mais il sera également de plus en plus difficile de la forcer à s’adapter aux standards et à la volonté des pays occidentaux…».   Pi er r e Ti e sse n

Egalement appelées lanthanides ; ensemble de 15 éléments chimiques naturels utilisés notamment dans les industries de pointe – civiles et militaires. 2 La seule demande japonaise était en 2008 de 40000 tonnes (sources : HEC, d’après une étude « La stratégie terres rares de la Chine – une des clés de la révolution verte » signée Dominique de Boisseson et André Loesekrug-Pietri). 3 Les réserves identifiées aujourd’hui sont de 100 millions de tonnes. 1

Taobao dépensera 20 millions d’euros en 3 mois pour séduire les marques en Chine Début novembre, Taobao, le géant

Mango ou encore Revlon ont depuis

chinois du e-commerce, a fait la une

ouvert leur boutique officielle sur le

des média en annonçant débourser plus

site chinois.

de 20 millions d’euros pour promou-

Un virage essentiel pour Taobao car

voir son service de shopping dédié aux

ce segment, appelé B2C, représente

produits de marques. Nouveau nom de

désormais le plus important moteur

code : TMall.com

de croissance du marché : +173% de

L’enjeu est en effet de taille. Dans

croissance en rythme annuel de 2008 à

l’esprit de centaines de millions de

2011, contre « seulement » +50% pour

chinois, le terme « Taobao » est déjà

le C2C.

synonyme de bonnes affaires en ligne.

Plusieurs problèmes ont cependant

Or, attirer les consommateurs ne suffit

gravement handicapé Taobao dans sa

plus à Taobao pour nourrir sa formi-

quête des marques, au premier rang

dable croissance : plus de 20 millions

desquels son image sulfureuse liée à

d’euros de CA en 2009, le double prévu

l’absence de règles les plus élémentaires

cette année… Et une introduction en

d’éthique dans le commerce : contrefa-

Bourse qui se profile pour 2011.

çons, ventes parallèles, etc.

Le « hic » est que depuis le lancement

Une image d’autant plus gênante pour

de Taobao en 2003, le visage du e-

les marques que le service qui leur était

commerce en Chine a bien changé.

dédié, Taobao Mall, partageait jusqu’à

Il reposait alors exclusivement sur la

présent le même nom de domaine que

vente de produits entre particuliers

ce gigantesque marché aux puces.

(dite C2C). Un marché formidable

Si TMall.com se pose désormais en

mais qui génère quantités de produits

point d’entrée distinct, il n’est pas sûr

contrefaits et issus de marchés paral-

que du côté des grandes enseignes in-

lèles. Depuis 2008, les marques ont

ternationales, cette stratégie en trompe

commencé à faire leur apparition offi-

l’œil suffise à rassurer. D’autant que

cielle, attirées par ces impressionnants

pour le moment il est toujours possi-

volumes d’achats en ligne. La même

ble d’accéder à Taobao Mall avec l’an-

année, Taobao a réagi avec une plate-

cienne adresse... Un flou qui pourrait

forme de ventes plus « propre », Taobao

coûter très cher à long terme.

Mall, destinée à accueillir les marques



et leurs précieux catalogues de produits

Pat r ice Nor de y

en tout genre.  Uniqlo, L’Oréal Paris,

CEO (A si a)

Le Coq Sportif, Décathlon, Adidas,

L’At el i er BN P Pa r iba s

L’Atelier BNP Paribas est le centre de veille technologique créé en 1978 par BNP Paribas. Depuis son bureau de Shanghai, L’Atelier BNP Paribas conseille les entreprises qui développent une stratégie digitale en Chine. L’Atelier est aussi présent à San Francisco et Paris. http://asie.atelier.fr

www.asie.atelier.fr décembre 2010 / Connexions 29


AREVA conclut des accords majeurs avec CGNPC et CNNC

Dans le cadre de la visite officielle du Président chinois Hu Jintao à Paris, le groupe AREVA a signé des accords majeurs avec ses deux partenaires stratégiques China Guangdong Nuclear Power Corp (CGNPC) et China National Nuclear Corporation (CNNC). Anne Lauvergeon, Présidente du directoire d’AREVA et He Yu, Président de CGNPC, ont signé un contrat long terme de 20 000 tonnes d’uranium sur 10 ans. Ce contrat a une valeur de 3,5 milliards de dollars environ. Avec Sun Qin, Président de CNNC, Anne Lauvergeon a signé un accord industriel sur la coopération des deux entreprises dans le domaine du traitement-recyclage des combustibles usés. Ce document constitue la dernière étape avant un contrat commercial. Les autorités des deux pays ont fait une déclaration commune en décembre 2009 autorisant CNNC et AREVA à entamer des négociations détaillées. AREVA et CNNC ont par ailleurs lancé la création de la coentreprise à parts égales CAST (CNNC AREVA Shanghai Tubing Co.), qui produira et commercialisera des tubes de zirconium pour la fabrication d’assemblages de combustibles. Située à Shanghai, l’usine sera opérationnelle à la fin 2012.

Un Centre pour les PME de l’UE

Financé par la Commission européenne, le Centre pour les petites et moyennes entreprises de l’Union européenne Pékin fournira des informations, des conseils, des formations et des possibilités de rapprochement aux PME européennes souhaitant exporter ou investir sur le marché chinois. Le Centre contribuera à renforcer les relations commerciales entre l’UE et la Chine, tout en intensifiant la coopération et les investissements directs étrangers. Il sera géré par un groupement de chambres de commerce européennes constitué des chambres de commerce française, allemande, italienne, espagnole et du Benelux

30 Connexions / décembre 2010

© Gide Loyrette Nouel

公司简讯 l’actualité / entreprises Nouvelle arrivée chez Gide Loyrette Nouel Shanghai

Antoine de Gatinais

Le cabinet d’avocat Gide Loyrette Nouel (GLN) a célébré, le 2 décembre dernier, l’arrivée d’Antoine de la Gatinais en qualité de nouveau coresponsable de son bureau de Shanghai. Les officiels et les représentants des communautés d’affaire française, chinoise et européenne ont assisté en nombre à la réception, offerte dans les murs du tout nouvellement rénové Shanghai Club. Antoine de la Gatinais, avocat français diplômé de l’ESSEC, titulaire d’un DESS en droit des affaires, membre du barreau de Paris a débuté sa carrière au sein de GLN à la fin des années 90 à New York. Il s’est ensuite spécialisé en France dans le secteur des fusions et acquisitions internationales et a acquis une expertise en

basées à Pékin, ainsi que de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine et de l’association Eurochambres. Le Centre sera pleinement opérationnel en janvier 2011, David Lavorel en assurera la direction.

Total et CPI partenaires en Mongolie Intérieure

Dans le cadre de la visite officielle en France du Président chinois Hu Jintao, Total et le groupe énergétique chinois China Power Investment Corporation (CPI) ont annoncé leur intention de construire en Chine une usine de transformation du charbon en produits pétrochimiques. Les deux groupes ont signé une lettre d’intention, aux termes de laquelle ils conviennent d’étudier la construction d’un complexe industriel de taille mondiale en Mongolie Intérieure. Dans le cadre de ce partenariat, Total offrira son expertise dans les technologies MTO (Production d’oléfines à partir de

private equity. Il est associé mondial du cabinet depuis 2008. L’arrivée d’Antoine de la Gatinais à Shanghai démontre le succès en Chine du cabinet et sa volonté d’accroitre sa présence dans la région. Présent en Chine continentale depuis les années 80, fort d’un réseau en Asie de cinq bureaux rassemblant 70 avocats, GLN conseille et accompagne les grands acteurs économiques français et internationaux dans leurs différents projets dans la région. La Chine est en passe de rattraper, depuis plusieurs années déjà, son retard en matière juridique. C’est dans ce contexte légal, en évolution constante, que GLN et ses équipes ont su, à travers des années d’expériences, acquérir une profonde

méthanol) et OCP (Procédé de craquage d’oléfines), testées à grande échelle par Total Petrochemicals sur son site de Feluy en Belgique. En outre, Total étudiera des solutions en matière de captage et de stockage de CO2, notamment grâce au savoir-faire acquis dans le cadre du projet pilote qu’il développe à Lacq (France). D’un montant de 2 à 3 milliards d’euros, l’investissement pour cette usine, dont le démarrage est prévu après 2015, constitue une étape majeure dans le développement de Total en Chine.

AGS FOURWINDS arrive à Shenzhen

AGS FOURWINDS, spécialiste du déménagement à l’international et du garde-meubles, renforce sa présence en Chine en ouvrant sa nouvelle filiale à Shenzhen en Septembre dernier. Ville frontière entre Hong Kong et la Chine continentale, Shenzhen attire de plus en plus d’entreprises, notamment

•••


基德律师事务所上海代表处迎来新合伙人 及其继续加强在中国的业务的愿望。早在

处举行酒会欢迎新近就任其上海代表处并

上世纪八十年代,基德即已进入中国,并

作为其负责人之一的Antoine de la Gatinais

通过其建立的包括五家分所和七十名律师

(高昂拓)律师。众多中法及欧盟官员和

的强劲亚洲网络,为法国和国际大型企业

商届人士在修葺一新的上海总会参加了欢

在亚洲的各种项目提供法律咨询服务。多

迎仪式。高昂拓律师毕业于法国高等经济

年以来,中国始终致力于改变法律上的某

商业学院,获得商法硕士学位,并成为巴

些不足状态。正是在这一不断演进的法律

黎律师公会律师。九十年代末起高昂拓律

背景下,基德律师事务所及其业务团队通

2010年12月2日,为新合伙人高昂拓举行的欢迎酒会

师开始在基德纽约分所执业。随后在法国

过多年的经验积累,对中国法律法规、实

connaissance du droit chinois, de ses pratiques et de ses usages, une connaissance sans cesse renouvelée, pour garantir un service toujours meilleur, fidèle à l’exigence de qualité du cabinet.

总部专业从事国际并购业务,并精通私募

践和惯例有了深入的了解,并不断更新专

股权方面的法律业务。2008 年高昂拓律师

业知识,固守基德律师事务所严格的质量

成为基德全球合伙人。高昂拓新任上海代

要求,以确保提供最优质的法律服务。

© Gide Loyrette Nouel

2月2日,基德律师事务所上海代表

Réception donnée à l’occasion de la nomination d’Antoine de Gatinais le 2 décembre dernier.

表处,证明了基德在中国已经获得的成功

阿海珐与中广核集团和中核集团分别

份,公司名为CAST合资公司(中核阿

会和欧洲商会。欧盟中小企业中

签署协议

海珐上海锆管有限公司)。合资公司

心将于2011年1月投入运行,David

在胡锦涛主席对法进行正式国事访问

将生产和销售制造燃料组件所需的锆

Lavorel担任中心主任。

期间,阿海珐集团同中国两大战略合

管。工厂设在上海,将于2012年底开

道达尔与中电投集团在内蒙开展合作

作伙伴中广核集团和中核集团分别签

工。

在胡锦涛主席对法进行正式国事访问

署重要协议。阿海珐集团董事会主席

欧盟委员会在北京开设欧盟中小企业

期间,道达尔集团与中电投集团宣布

安 妮 · 洛 韦 容 ( Anne  Lauvergeon)

中心

双方有意在中国共同建设一家煤化工

与中广核集团董事长贺禹签署了为期

由欧盟委员会出资成立的欧盟中小

企业。两大集团签署了一份合作框架

10年供应2万吨铀的长期合同。该合

企业中心将为希望在华出口或投资

协议,根据协议,双方同意启动在中

同价值约35亿美元。安妮·洛韦容还

的欧盟中小企业提供信息、咨询、

国内蒙古地区建设一个世界级工厂的

与中核集团总经理孙勤签署了两家企

培训,并帮助他们向中国市场靠

可行性研究。

业在乏燃料后处理以及再循环产业合

拢。欧盟中小企业中心致力于加强

道达尔将为该战略伙伴项目引进“甲

作的工业协议。该协议是通向签署商

欧盟与中国的经贸联系,并加大合

醇制烯烃与烯烃裂解一体化工艺”

务合同的最后一步,中法两国政府曾

作和对外直接投资的力度。该中心

(MTO/OCP),该工艺已在道达尔石

于2009年12月共同宣布授权中核集团

由欧洲各商会参与管理,其中包

化比利时费卢依(Feluy)研发中心的

和阿海珐集团就此事展开详细谈判。

括驻京的法国工商会、德国工商

示范装置上进行了大量的运行试验。

此外,阿海珐集团和中核集团已发起

总会、意大利商会、西班牙商会

另外,道达尔还将运用在法国拉克

成立一家合资公司,双方各占50%股

和荷比卢商会,以及中国欧盟商

( Lacq) 地 区 开 发 的 示 范 项 目

•••

décembre 2010 / Connexions 31


公司简讯 l’actualité / entreprises

© AFD

Signature de conventions AFD et FFEM durant la visite du Président HU Jintao en France

Signature des conventions AFD et FFEM à l’Elysée.

Dov Zerah, Directeur Général de l’AFD, a signé avec l’Ambassadeur de Chine en France une convention de prêt de 28 millions d’euros pour le financement de la construction d’un réseau de chauffage urbain dans la municipalité de Jinzhong (Shanxi).

在法国总统官邸爱丽舍宫,法国开发署和法国全球环境基金会分别与中国签署协议

Le projet vise à doter la ville de Jinzhong d’un réseau centralisé de chauffage urbain. Il prévoit de construire la première phase d’un réseau de chaleur alimenté par une centrale à cogénération nouvellement construite, et qui desservira une surface totale d’environ 10 millions

••• françaises.

Depuis sa création en 1974, AGS a bénéficié d’une croissance continue qui lui a permis un tel développement. AGS a racheté FOURWINDS en 2005 et compte désormais en Chine plus de 200 collaborateurs répartis dans 6 villes : Shanghai, Beijing, Guangzhou, Chengdu, Wuhan et Shenzhen. Forte de son développement, l’entreprise prévoit d’ouvrir de nouveaux bureaux en Chine en 2011. Le réseau exceptionnel des 125 filiales AGS à travers le monde permet un contrôle global et continu des mouvements. Le contact privilégié de la communauté française à Shenzhen est Carine Moncorgé : carine.moncorge@agsfourwinds. com Room 318, 3/F Chinese Overseas Scholars Venture Building, Shenzhen Hi-tech Industry Park, Shenzhen, 518057, P.R.C 深圳南山区科技园南区留学生创业大厦3楼318室

Tel +86 755 86 32 97 21 Fax : +86 755 86 32 97 36 32 Connexions / décembre 2010

Peugeot électrise Pékin avec son EX1

Fin octobre, Xavier Peugeot, descendant du fondateur Armand Peugeot et directeur marketing Monde de l’entreprise, a choisi Pékin pour dévoiler le concept car électrique conçu pour les 200 ans de Peugeot. Pour impressionner les consommateurs du plus grand marché automobile du monde, Peugeot a choisi une galerie d’art au centre de la capitale pour y exposer son chef d’œuvre du moment, l’EX1.

m². Ce réseau se substituera aux anciennes chaufferies, particulièrement inefficaces et très polluantes. Le projet permettra ainsi d’éviter annuellement l’émission d’environ 400 000 t de dioxyde de carbone ainsi que plusieurs milliers de tonnes de dioxyde de souffre

Incroyable bolide 100% électrique, le concept car affiche des formes et des performances hors normes et a déjà battu 6 records mondiaux d’accélération en départ arrêté qui viennent d’être homologués par la FIA. Coté performances, l’EX1 a en effet de quoi couper le souffle avec ses 340CH délivrés par 2 moteurs électriques alimentés par batteries lithium-ion et ses 4 roues motrices. Elle devrait être capable de passer de 0 à 100km/h en moins de 3,5 secondes avec l’objectif d’atteindre une accélération de 1G soit l’équivalent d’une Bugatti Veyron ou de certaines Lamborghini. Qui pourra dire encore que l’électrique n’a pas de reprise ?! Quitte à battre des records en Chine, c’est aussi en terme de vente que Peugeot aimerait briller. Avant 2015, le pays sera devenu le premier client de la marque au lion qui espère atteindre les 500 000 véhicules à cette période.


在胡锦涛主席访法期间,法国开发署和法国全球环 et de suie. Il aura donc un effet positif non seulement sur le climat, mais aussi sur la santé publique et le confort des habitants de Jinzhong. Toujours durant la visite du président HU Jintao, une convention de subvention du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) d’un montant d’un million d’euros mobilisée par l’AFD, a également été signée. Le projet vise à accompagner quatre opérations pilotes de reforestation (bambou), la construction de bio digesteurs familiaux et la mise en œuvre d’un programme d’agriculture de conservation dans les provinces du Sichuan et du Yunnan. Les coûts d’investissement de ces opérations sont financés par l’AFD. L’appui du FFEM porte sur les outils et méthodologies qui permettront à ces opérations d’être éligibles à la finance carbone. Il s’agit ainsi d’élaborer une méthodologie « bambou » qui sera validée par le Protocole de Kyoto et le Panda Standard, nouveau standard carbone volontaire développé par la Chine.

境基金会分别与中国签署协议 法国开发署署长多夫.泽拉

在胡锦涛主席访法期间,还

先生(Dov Zerah)与中国驻法大

签订了法国全球环境基金会金额

使孔泉先生签署了总额为2800万

为100万欧元的赠款协议,这一

欧元的贷款协议,用于山西省

项目由法国开发署提出。项目将

晋中市供热管网的建设。该项目

对四川省和云南省的四个试点项

是为了帮助晋中市建设集中供热

目提供支持,其中包括造林(竹

管网。第一阶段将建设一个由热

林),户用沼气和保护性耕作。

电联产提供热源的供热管网,覆

这些项目的运作资金由法国开发

盖面积达1000万平方米。该热网

署提供。法国全球环境基金会的

将取代原先低效能、重污染的锅

资金将用于支持这些项目的相关

炉房,预计可以实现二氧化碳年

工具及方法学的开发,以用于碳

减排量约40万吨,二氧化硫和烟

汇申请。这涉及《京都议定书》

尘年减排量上千吨,将对改善环

框架下竹林碳汇方法学的开发,

境,提高当地人民的生活质量起

以及中国自愿减排的新标准—

到积极的作用。

“熊猫标准”的制定。

•••中 所 积 累 的 专 业 技 术 经 验 , 来

势头,公司预计2011年将在中国设立

择了位于市中心的北京艺术8展出其当

研究二氧化碳的捕集和封存方案。

新的办事机构。爱集斯全球125家分支

下的杰出之作EX1概念车。

该项目的总投资在20-30亿欧元之

机构组成的强大网络能够对公司的运

这款全电动超级概念车彰显出卓越超

间,计划于2015年后投产,将成为

作实施整体、持续的监督管理。

群的造型和性能,在起步加速方面已

道达尔拓展在华业务的重要一步。

爱集斯深圳的法国业务联系人是Carine

经创造了6项被国际汽车运动联合会认

爱集斯(AGS Four Winds)落户深圳

Moncorg,联系方式如下:

证的世界纪录。EX1概念车的确拥有无

2010年9月,专业提供国际搬家和家具

电邮:carine.moncorge@agsfourwinds.com

以伦比的性能,由锂离子电池组提供

寄存服务的爱集斯国际运输服务公司

地址:深圳市南山区科技园南区留学

动力的双电动马达和四轮驱动能够赋

在深圳开设了分公司,扩大其在中国

生创业大厦3楼318室

予汽车340匹马力的最大功率。这款跑

的地域覆盖范围。作为香港和中国大

电话:+86 755 86 32 97 21

车可以在3.5秒内完成百公里加速,并

陆的分界城市,深圳吸引了越来越多

传真:+86 755 86 32 97 36

取得了1G的加速度,堪比布加迪威龙

的企业,尤其是法国企业。从1974年

标致EX1概念车让北京沸腾

或兰博基尼跑车。谁还能说电力驱动

成立以来,爱集斯得益于持续的增

2010年10月底,标致汽车创始人阿尔

车没有出色的加速性能?!即使在中

长,使其获得了迅猛发展。2005年,

芒.标致的后代、标致全球市场与传播

国打破了诸项纪录,标致还希望在销

爱集斯收购了美国Four

Winds集团,

总监夏伟业.标致选择北京举行EX1电

售上创造佳绩。到2015年,中国将成

自此在中国拥有200多名工作人员,分

动概念车的首发式,来庆祝标致公司

为标致的最大市场,预计达到50万辆

布在6大城市:上海、北京、广州、成

成立200周年。为了给全球最大汽车市

的销售量。

都、武汉和深圳。凭借其强劲的发展

场的消费者耳目一新的感受,标致选

• décembre 2010 / Connexions 33


© Imagine china

公司简讯 l’actualité / entreprises

Les voyages en ligne sont en progression en Chine mais ne représentent que 5% du marché. 旅游电子商务在中国方兴未艾,只占整个市场的5%

Les voyages de Xanadu prennent leur envol L’aventure complexe et prometteuse des voyages en ligne en Chine

Inspirés par le succès du site de voyage Karavel, dans lequel « l’un d’entre nous était impliqué, nous avons voulu lancer une société similaire dans un pays avec un marché prometteur. La Chine s’est rapidement imposée : forte croissance et grande désorganisation de l’industrie du voyage issue de sociétés d’Etat », raconte Serge Pierrard, cofondateur de Xanadu avec Nicolas Berbigier et Sophie Liu. Pour développer leur affaire en Chine, les partenaires procèdent graduellement. Au départ, « la question du marketing est délicate à aborder, car on peut brûler 10 millions d’euros sans le moindre effet. Alors nous nous sommes dit qu’il ne fal34 Connexions / décembre 2010

lait pas faire ça. ». Ils optent donc pour une étape intermédiaire : la création d’une plate-forme en ligne présentant les produits de nombreux tour-operators. Un bon coup stratégique puisque la manœuvre leur permet à la fois de découvrir le marché et de se constituer une liste de produits. Après ces préliminaires, Xanadu passe à l’étape suivante : l’activité sous « marque blanche », qui consiste à travailler pour le compte d’autrui. Xanadu s’occupe de tout, depuis la réservation jusqu’au départ du client, mais c’est le nom des partenaires qui apparaît, dont Xinhua, China Merchants Bank ou encore Sina pour ne citer

qu’eux. L’un de « nos objectifs est de grossir en ligne, et d’acheter des mots clefs sur les moteurs de recherche », insiste Serge Pierrard. Pour autant, avec la création de www.aijiatushop.com, Xanadu prend surtout de l’envergure grâce à l’ouverture de magasins « qui sont des outils de marketing rentables, puisque nous gagnons immédiatement en visibilité… ». Aujourd’hui, huit points de vente sont déjà implantés, et deux sont sur le point de voir le jour sous la marque Aijiatu. Un déploiement facilité par la volonté d’une chaîne d’hypermarchés française et par la volonté d’autres enseignes de les accueillir dans ses galeries marchandes. « Mais pour atteindre un rythme de croisière de 25 nouveaux points d’accueil par an, il faut une grosse avance de cash », temporise Serge Pierrard. Une activité en plein essor Pour assurer leur croissance, Xanadu est en discussion avancée avec des investisseurs. Et l’un des arguments que Xanadu peut faire valoir, c’est le potentiel de développement de ce secteur d’activité : « En Europe, la vente de voyages en ligne représente 30 à 40% ; elle n’est pour l’instant que de 5% en Chine… ». Ces liquidités seraient également utiles pour étoffer le catalogue de voyages conçus par leurs soins sous le label « Travel Stone », qui propose des produis spécialement adaptés aux Occidentaux. Car jusqu’à aujourd’hui, seuls 5% de leur volume d’activité est assuré par leurs propres packages. « Créer ses produits permet d’augmenter les marges, mais c’est beaucoup plus risqué car il faut brasser des volumes suffisants pour avoir une marge de négociation auprès des hôtels, des compagnies aériennes, etc. ». La principale difficulté, pour les trois partenaires, concerne le recrutement : « C’est facile de trouver un vendeur ; ce qui est moins facile c’est de le former. Mais on améliore peu à peu nos programmes de training », rassure Serge Pierrard dont l’optimisme est conforté par la belle montée en puissance de Xanadu.

POUR EN SAVOIR PLUS : www.travel-stone.com M a n u el R a mbau d


蓬勃发展的业务

爱嘉途的旅游业务开始起飞

为了保证业务的增长,爱嘉途正在 吸 收 Karavel旅 游 网 站 的 成 功 经

产品目录。完成这些前期工作之后,爱

同投资者进行前期讨论。他们所能提出

验,“我们公司的一员也曾参与这个

嘉途进入到下一发展阶段:“以其他网

的一项有力论据就是电子商务旅游的发

网站的运行,我们希望在一个旅游市场

站的名义提供旅游服务。”爱嘉途负责

展潜力:“在欧洲,在线旅游的销售占

前景广阔的国家里创办类似的公司。中

所有事宜,从预订到客户出发,但只有

30-40%,目前在中国仅为5%。

国很快被确定下来:因其旅游市场发展

合作客户的名字出现,其中包括新华

迅猛,并且由国有旅游企业改制而来

网、中国商业银行和新浪网。

这些资金对充实他们精心设计的 《Travel  Stone》旅游目录也很有帮助,

的 中 国 旅 游 业 发 展 还 很 无 序 ” 。 Serge

“我们其中一个目标就是加强我

这个目录专门提供适合外国人的旅游产

Pierrard介绍说,他与Nicolas  Berbigier和

们的在线旅游服务,在搜索引擎上买下

品。因为直到今天,只有5%的业务靠他

Sophie  Liu联合创办了爱嘉途(Xanadu)

关键词,”Serge  Pierrard强调道。随着

们自己的整套方案实现。“设计旅游产

公司。

www.aijiatushop.com网站的建成,尤其通

品可以增加我们的利润,但也有更大的

为了开展在中国的业务,公司的合

过开设实体店,爱嘉途具有了相当的规

风险,因为只有达到足够的预订量才能

作伙伴们稳步推进。起初,“市场推广

模。门店是赢利的营销模式,因为我们

有与酒店、航空公司谈判的余地。”

有些棘手,因为我们可以花掉1000万欧

能够马上赢得知名度。”目前,我们已

对三个合作伙伴来说,主要的困难

元却没有任何成效。因此,我们觉得不

经开设了8个销售网点,还有2个以爱嘉

在人员招聘上,“找到一个销售人员很

能这么做。”

途为店名的门市即将开业。开设门店是

容易,但对他进行培训却不容易。我们

于是,他们选择了一个中间阶段:

想按法国连锁超市的理念经营,一些商

正在逐步改善我们的培训内容,”Serge

创建一个介绍众多旅行社产品的网络平

场也愿意提供场地。“但为了达到每年

Pierrard肯定地说,乐观与爱嘉途业务的

台,这是一个很好的战略手段,因为这

增加25个网点的巡航速度,需要投入大

蒸蒸日上对应。

一做法使他们既能了解市场,又能建立

量资金,”Serge Pierrard迟疑道。

décembre 2010 / Connexions 35


© Xie Bin

专访 l’entretien

Bruno Bézard lors du Gala de la CCIFC Pékin en octobre dernier. 2010年10月,贝宇诺在中国法国工商会北京年度晚宴上致辞

Bruno Bézard Rencontre avec le nouveau Chef des services économiques français en Chine Connexions : M. Bézard, vous dirigez le Service Economique de l’Ambassade de France en Chine depuis septembre dernier. Pourriez-vous nous décrire votre parcours et les raisons qui vous ont amené à assumer ces nouvelles fonctions ? Bruno Bézard : Avant de venir à Pékin, je dirigeais l’Agence des Participations de l’Etat, dont j’avais proposé la création en 2003, et qui est un peu notre “SASAC”, c’est-à-dire, la holding qui est l’actionnaire de toutes les grandes entreprises publiques ou privées avec une participation de l’Etat, comme par exemple, EDF, Areva, La Poste, Air France, la SNCF, Thalés, Safran, GDF Suez et beaucoup d’autres. Cela me conduisait à examiner et valider de très nombreux projets de fusion acquisition de ces entreprises, à siéger dans de nombreux conseils d’administration et à faire avec mes équipes des opérations importantes sur les marchés financiers. Ces fonctions étaient quelque peu prenantes mais vraiment passionnantes et m’ont permis d’acquérir 36 Connexions / décembre 2010

une connaissance assez approfondie du fonctionnement de nos grandes entreprises et de la problématique de la modernisation des entreprises publiques. Avant cela, j’ai exercé différentes fonctions au Ministère des Finances, souvent dans le domaine international ainsi qu’au cabinet du Premier Ministre. Quant aux raisons....eh bien c’est assez simple. Disons l’appel de l’Asie, pour sa culture, sa façon d’être et d’envisager l’avenir. L’envie d’être à un endroit qui devient le nouveau centre de gravité du monde, d’apprendre, sur le terrain, comment se construit la Chine de demain et d’y servir notre pays et nos entreprises. Ce qui me frappe après quelques semaines de présence, c’est avant tout l’énergie, la confiance dans l’avenir qu’on trouve ici. L’abondance des projets, le formidable enthousiasme qu’on sent au quotidien sont particulièrement toniques. C. : La récente visite du Président chinois Hu Jintao en France marque la relance de relations plus dynamiques entre les deux pays. Comment analysez-vous

cette visite vue depuis Pékin et quelles sont vos priorités dans cette atmosphère plus propice ? B. B. : Tout le monde s’accorde pour considérer cette visite comme particulièrement réussie et ayant permis une forte relance de nos relations, dans tous les domaines. La priorité maintenant c’est l’action, concrète, de terrain. Multiplier les partenariats, accroître le dialogue, la connaissance mutuelle des interlocuteurs. Dans le domaine économique, industriel mais aussi financier, il y a tant à faire ! C. : 2011 sera marqué par un G20 présidé par la France et où la Chine apparaît comme un partenaire indispensable et de plus en plus prépondérant. Quel sera votre rôle et quels sont vos objectifs sur ce sujet particulier ? B. B. : Comme vous le savez, notre pays vient de prendre la présidence du G20. Le président de la République a indiqué clairement notre agenda et nos priorités. Il a eu plusieurs échanges avec le Président Hu Jintao sur ce sujet. La convergence entre la France et la Chine est très forte sur les trois grands sujets de notre présidence, réforme du système financier international, amélioration de la gouvernance mondiale et stabilisation du prix des matières premières. Nous souhaitons multiplier les occasions de dialogue avec nos amis chinois sur ces grandes questions, sur lesquelles nous sommes avant tout à l’écoute et où, à l’évidence, il y a une réflexion en Chine. C. : A un niveau plus local, la Chine dévoile actuellement les objectifs de son 12ème plan quinquennal (2011-2015). Pourriez-vous nous faire part de votre analyse sur ce nouveau plan et des opportunités qu’il peut apporter à la France ? B. B. : Il est vraiment beaucoup trop tôt pour répondre à cette question. Ce plan ne sera connu qu’en mars. Les premières annonces semblent néanmoins indiquer une ferme volonté de réorienter la croissance vers plus de consommation et une très grande préoccupation en faveur de l’environnement, de la protection sociale et du rééquilibrage entre les différentes parties du territoire. Il est clair que ces orientations peuvent créer des opportunités pour nos entreprises, de toutes tailles.

Propos r ecu eil l is pa r Nicol a s Sr idi


专访新任法国驻华使馆经济处主任贝宇诺

这一特殊问题上,您将发挥什么作用?有 哪些目标?

《联结》:贝宇诺先生,您从2010年9月开

化,她存在和展望未来的方式,还有身临地

贝宇诺:如您所知,法国刚刚获得了下一

始领导法国驻华使馆经济处的工作。能否请

处世界重心的中国和实地了解未来中国如何

届G20的主办权。法国总统已明确地表示了

您为我们介绍一下您的职业历程以及促使您

建设的愿望,以及在中国为法国和法国企业

我们的日程与最关注的问题,他与胡锦涛

接受新职的原因?

服务的愿望���

主席就此进行了多次交流。中法双方就这

贝宇诺:我来北京履新前,担任法国国家参

来到这里几个星期后,让我印象最深

次峰会将要讨论的三大议题表现出强烈的

资局局长,该机构是我在2003年提议组建

的是在这里看到的活力以及人们对未来的信

共识,包括:国际货币体制的改革,全球

的,类似于国务院国有资产监督和管理委员

心。数量众多的项目以及每天感受到的巨大

监管机制的完善和原材料价格的稳定。我

会,是所有有国家参股的大型公有及私营企

热情尤其令人振奋。

们希望就这些重大议题增加与中方的对话

业的股东,包括法国电力、阿海珐、法国邮

《联结》:胡锦涛主席最近的访法之行标志

机会,我们首先要倾听,中国在这些问题

政、法航、法国国家铁路、泰雷兹、赛峰、

着中法两国重启更富活力的双边关系。您从

上肯定有自己的想法 。

苏伊士环能集团等多家企业。这让我审核并

北京如何评价这次访问?在这种更加有利的

《联结》:中国目前公布了“十二五”

批准了这些企业的多个并购项目,拥有多个

环境里,您的首要任务是什么? 

(2011-2015)规划的目标。能否让我们知

董事会席位,并与我的团队一起在金融市场

贝宇诺:大家一致认为这次访问特别成功,

道您对该规划的分析以及它给法国带来的机

上从事一些大型资本运作。这些工作很耗精

在所有领域都有力地推动了两国关系的发

遇?

力,但确实令人兴奋,使我对法国大型企业

展。目前的首要任务是具体的行动、切实行

贝宇诺:现在回答这个问题确实为时过

的运作和建立现代国有企业的问题有了比较

动。增加合作,加强对话,互相承认对方是

早。“十二五”规划要到明年3月才会正式通

深入的了解。

对话伙伴。在经济、工业以及金融领域,有

过实施。然而,最先公布的内容似乎表明了

那么多的事要做!

政府从经济增长重心转向扩内需调整经济结

《联结》:2011年将因由法国主办的

构的坚定意愿,以及对环境、社会保障和各

至于我接任经济处主任的理由,嗯......

G20峰会而备受关注。中国将作为不可或

方面再平衡的巨大关注。很显然,这些发展

很简单。可以说是亚洲的召唤,因为她的文

缺、日益重要的合作伙伴出现在峰会上。在

方向能为法国各种规模的企业创造机遇。

在担任参资局局长前,我在财政部做 过各种工作,主要在国际领域以及内阁。

décembre 2010 / Connexions 37


dossier 专 栏 38 Connexions / décembre 2010

de “made in China” à

Sommaire Education p. 42 Un système éducatif au bord du gouffre p. 42 La culture du premier p. 46 ... Coopération éducative p. 48 La coopération universitaire franco-chinoise : contexte et perspectives p. 48

Le jeu de séduction des universités étrangères p. 54 ... Parler français p. 60 La Longue Marche du français en Chine p. 60 Apprendre le français pour quoi faire ? p. 62 L’image de la France en Chine p. 65


Education et formation 教育和培训

“created in China” ?

从“中国制造” 到“中国创造” 目录 教育 p. 42 面临巨大危险的教育体制 状元文化

好好学习 天天向上

« Etudier dur, progresser chaque jour » En 1951, Mao Zedong écrivit ces huit caractères dans un cahier offert à un délégué des élèves de Pékin, depuis, cette fameuse maxime s’est propagée à travers toute la Chine et on peut encore de nos jours la voir dans beaucoup de salles de classe des écoles primaires.

p. 42

p. 46

.... 教育合作 p. 48 中法高校合作:背景与前景 海外高校的吸引力

p. 48

p. 54

.... 说法语 p. 60 法语在中国的“长征”p. 60 学习法语有何用途?p. 62 法国在中国的形象

p. 65

.... 法式教育 p. 66

© Imagine China

法国培训概况

p. 67

道达尔:长期致力于中国教育事业

p. 74 ... 工作 p. 80

.... Etudier à la française p. 66 Panorama des formations françaises p. 67 Total - Un engagement durable dans l’éducation en Chine p. 74 ... Travailler p. 80 Le marché de l’emploi pour les jeunes diplômés p. 82

Club France p. 86 ... Formation professionnelle p. 88 Formation professionnelle : défis et urgences d’un secteur p. 88 Comment HEC Paris accompagne les leaders chinois vers l’internationalisation p. 104

毕业生就业市场

p. 82

留法学友俱乐部

p. 86

... 职业培训 p. 88 职业培训:面临的挑战和当务之急

p. 88 巴黎HEC商学院如何陪同中国高管 走向国际化

p. 104

décembre 2010 / Connexions 39


DOSSIER

© Philippe Bourgeois

专栏

Scène au musée des Sciences et des Technologies de Pékin par le photographe Philippe Bourgeois. Philippe Bourgeois拍摄的北京科技馆展览项目

Education et formation, clé de voute pour construire la Chine de demain Economie de la connaissance, transferts de savoirs, fuites des cerveaux… l’éducation et la formation apparaissent aujourd’hui comme les piliers indispensables d’un développement de nos sociétés modernes. Cette quasi évidence martelée par les pouvoirs publics dans le monde entier prend une dimension particulière lorsqu’on s’intéresse plus spécifiquement à la Chine. D’atelier du monde jouant sur une main d’œuvre à bas prix, le pays entend passer à un nouveau stade de développement, ce que résume un slogan récurrent de la rhétorique officielle « Passer du made in China au created in China ». Et pour atteindre cet objectif, Pékin n’a d’autre choix que de se doter d’un système éducatif et de formation professionnelle capable d’apporter les 40 Connexions / décembre 2010

compétences nécessaires aux travailleurs et acteurs économiques locaux. Le quantitatif ne suffira pas Sur le papier, les autorités chinoises semblent bien parties avec une multiplication par 6 du nombre d’étudiants du supérieur entre 2005 et 2010, mais derrière cet aspect quantitatif se pose la question de la qualité des enseignements proposés. Si en Chine l’éducation est considérée comme primordiale depuis des siècles, comme le prouve la mise en place d’une « méritocratie » efficace sous l’ère impériale, le pays pâtit d’une histoire récente plus sombre. Les séquelles de la Révolution Culturelle sont encore très présentes et les mentalités évoluent moins vite que les objectifs de l’Etat. L’héritage confucéen pèse également sur

la pédagogie d’enseignement en freinant la créativité et les interactions entre élèves et professeurs. A charge donc pour les autorités chinoises actuelles de mettre en place les réformes nécessaires pour adapter l’éducation et la formation locales aux objectifs et défis futurs d’une superpuissance émergente. La France bien placée mais… Une situation contemporaine qui s’avère une chance pour dynamiser encore plus une coopération universitaire entre la France et la Chine bénéficiant déjà d’une longue tradition d’échanges. De son côté, la France doit s’adapter à une offre de formation devenue mondiale et se retrouve en concurrence avec de plus en plus de pays soucieux de prendre une part


Education et formation 教育和培训 du marché chinois de l’éducation. Dans ce contexte, la langue de Molière apparaît comme un plus pour des étudiants chinois désireux de se démarquer d’un flot croissant d’anglophones. C’est aussi un frein pour attirer l’élite chinoise car, aussi romantique soit-il, le français reste une langue difficile. Reste que le renforcement des liens Chine-Afrique et l’attrait du Québec sont autant de facteurs très favorables à la francophonie dans le pays. Des entreprises concernées Pour les entreprises françaises implantées en Chine, le développement de l’éducation et de la formation professionnelle locales est également un enjeu de taille. Les grands groupes tels que Total, PSA ou Schneider Electric se lient à des établissements d’enseignement locaux et soutiennent la formation des étudiants chinois en vue d’accéder à un vivier de compétences adéquates pour leur développement. Ils proposent également en interne des formations à leurs employés chinois pour les rendre plus compétitifs et surtout leur permettre d’être à l’aise dans des structures étrangères et face à un management à l’occidentale. Les entreprises chinoises doivent également s’adapter à la globalisation et revoir leur politique de formation interne à l’image du géant du PC local Lenovo. Une aubaine pour les spécialistes français de la formation continue et du coaching qui peuvent proposer des services à la mode hexagonale. Un risque social conséquent Pour autant, la Chine doit faire face à un vrai problème de réinsertion et d’adaptation de sa main d’œuvre aux changements de son système productif. Crise mondiale aidant des dizaines de millions de travailleurs migrants stagnent en mode précaire en périphérie des villes ou retournent « survivre » à la campagne, alors que les jeunes urbains subissent un taux de chômage très important. Une situation potentiellement explosive pour la stabilité sociale du pays et que le gouvernement tente de résoudre à travers la mise en place de programmes adaptés. … Et pour creuser ces problématiques passionnantes liées à l’éducation et la formation en Chine, une seule solution : tournez la page pour plonger dans notre Nicolas Sridi dossier spécial ! 

教育与培训:铸就中国未来的关键 知识经济、技术转让、人才外流……

在这种背景下,对那些希望与众多英

如今,教育与培训显然成为现代社会发

语人才一挣高下的中国学生而言,法语更

展不可或缺的支柱。当我们更加关注中国

是一个优势。但这也是吸引中国精英的限

时,这一被各国政府强调的“准事实”有

制,因为法语尽管浪漫,却是一门难学的

着特殊的重要性。

语言。总之,中非关系日益紧密以及魁北

靠廉价劳动力成为世界工厂的中国打

克的吸引力对在中国的法语推广都是非常

算迈向一个新的发展阶段,被概括为官方

有利的因素。

言论中频繁出现的一句口号,即“从中国制

涉足教育培训的企业

造到中国创造”。为了实现这一目标,中国

对在华法国企业而言,本地教育与职

政府别无他选,必须建立一个为本地劳动

业培训的发展同样意义重大。像道达尔、

者和企业提供必要技能的教育和职业培

标致雪铁龙、施耐德等大型集团都与中国

训体系。

的教育机构展开合作,支持中国大学生的

仅看数量是不够的

教育,以便为自身发展获得相应的技能人

从政府公布的数据看,似乎开了个好

才。这些企业还在内部为中国员工提供培

头:2005-2010年,高校在校大学生的总

训,增强他们的竞争力,使他们更能适应

人数增加了6倍。然而,这个数量的背后存

外国企业环境和西方管理模式。

在着教育质量的问题。尽管中国几个世纪

中国企业也同样需要适应全球化趋

以来一直非常重视教育,比如在封建帝制

势,就像电脑业巨头联想一样,重新考虑

时代实施的量才录用的用人机制,但在近

自己的内部培训政策。这对专业从事成人

代还是经历了一段相对灰色的时期。文革

教育和训导的法国企业而言是一个机遇,

留下的后遗症依然存在,思想观念的转变

他们能够提供法国特色的培训服务。

没有国家预想得快。同时,儒家传统也影

随之而来的社会风险

响着教学,制约了创造力以及老师与学生 之间的互动。

然而,中国必须应对再就业和劳动力 适应生产结构变化的实际问题。全球经济

因此,当前中国政府有责任实施必要

危机致使数千万农民工滞留在城市的边

的改革,使教育和培训适应新兴超级大国

缘区,生活很不稳定,或者返回农村维持

今后的目标和挑战。

生计,然而农村青壮年劳动力的失业率依

法国教育依然领先,但是……

然居高不下。这已成为影响社会稳定的隐

中法高校合作有着悠久的传统,目前

患,并可能一触即发。因此政府正在通过

的形势对于促进该领域的合作是一次契

开展相应的职业技能培训努力解决这个问

机。

题。

法国应当适应日益国际化的培训服务

为了深入研究这些与教育和培训相关

要求,并与越来越多想在中国教育市场上

的热点话题,唯一的途径,就是翻页来阅

分一杯羹的国家竞争。

读我们的专栏。

décembre 2010 / Connexions 41


DOSSIER

EDUCATION

专栏

教 育

« L’éducation est le plus grand échec des réformes », Deng Xiaoping

Etudiants prenant part à un séminaire de « Crazy English» , une méthode d’apprentissage de l’anglais non conventionnelle 上疯狂英语课的学生们。疯狂英语是李阳发明的一套独特的英语学习方法,每次都能吸引数以千计的学生慕名前来。

邓小平曾说过, “改革开放 最大的失误 是教育”。

Un système éducatif au bord du gouffre En pleine crise de valeurs, surendetté, menacé par le tarissement démographique, le système éducatif chinois semble en effet sur le point d’exploser. « L’éducation est le plus grand échec des réformes », avouait Deng Xiaoping au début des années 90. Ce point de vue est encore partagé par la plupart des analystes du pays. Comparée au reste du monde, la Chine n’est pourtant pas, loin de là, le pays le plus déshérité en la matière. Mais peut-être aucune

42 Connexions / décembre 2010

autre culture n’a placé l’éducation aussi profond dans son sein. Dans un pays où l’école fait partie du contrat social et du mythe national dès 1300 ans avant Jules Ferry, les malaises actuels prennent une résonance apocalyptique. L’éducation, le plus grand échec des réformes ?


© Imagine China

Education et formation 教育和培训

créée par Li Yang qui réunit à chaque fois plusieurs milliers d’étudiants.

Tout avait pourtant bien recommencé. Anéanti durant la Révolution Culturelle, le système éducatif chinois était sorti de ses cendres ; la fermeture de laquelle le pays sortait aiguisait encore plus la curiosité et l’activisme des enseignants et des élèves ; la Chine recommençait très rapidement à produire diplômés et intellectuels. Trop rapidement peut-être… Le décalage entre le bouillonnement intellectuel des années 80 et la timidité des réformes politiques a aboutit au traumatisme sanglant de juin 1989. Que le pouvoir ait pu faire tirer sur des étudiants et des professeurs a constitué la première dévalorisation de l’éducation renaissante dans la Chine post-maoïste.

De plus, la conversion du pays à l’économie « socialiste » de marché impliquait aussi pour les établissements éducatifs de chercher à devenir rentables, et pour leurs autorités de tutelle la tentation d’en obtenir du profit, par exemple par des privatisations (autorisées dès le début des années 2000). En devenant de plus en plus un service marchand avant que des gardes-fous éthiques et légaux ne soient posés, l’instruction a rapidement été envahie par l’inégalité et la corruption, tout en perdant de vue ses objectifs pédagogiques. Selon les critiques chinois, le système a alors commencé à produire plus de « grands immeubles » (大楼 dàlóu) que de « grands maîtres » (大师 dàshī).

Le pouvoir central a récemment indiqué avoir pris la mesure de ces dérives. Fin octobre 2009, le ministre de l’Education Zhou Ji a été limogé, après avoir été humilié par les députés. En 10 ans, seuls deux autres ministres avaient connu le même sort : celui de la Santé, Zhang Wenkang, en 2003 (mauvaise gestion du SRAS), et celui des Finances, Jin Renqing, en 2007 (implication dans de nombreuses affaires de corruption). Cependant, le régime de Pékin a déjà perdu beaucoup de marges de manœuvre dans le domaine éducatif. En 1993, il avait fixé pour objectif que 4% du PIB du pays soient consacrés à l’éducation en l’an 2000. Il n’y est pas parvenu. Aujourd’hui, l’éducation ne représente que 2,4% du PIB, ce qui est inférieur à l’Inde (2,7%), deux fois moins que les Etats-Unis, et deux fois et demie moins que la France. En 2006, l’objectif de 4% a été repoussé à 2012, mais il sera encore difficile à atteindre, notamment en raison de la structure particulière de financement du secteur. Un financement déséquilibré générateur d’inégalités Contrairement au domaine de la santé ou à celui de la sécurité sociale, deux chantiers phares du gouvernement pour les décennies à venir, l’éducation ne dépend que de très peu du budget central : seulement pour 6,1% sur le premier semestre 2010 (15,27% pour l’ensemble de l’année 2008). Or, pour des raisons culturelles et structurelles, la bureaucratie locale n’est pas le meilleur promoteur de l’éducation. « Transformer les camarades hiérarques locaux du Parti en ministres de l’intendance de l’éducation n’est pas une chose facile », affirme ironiquement Zhao Yi, journaliste au magazine Nanfeng Chuang. Les potentats régionaux préfèrent souvent investir dans des projets de développement à rendement fort et rapide.

•••

décembre 2010 / Connexions 43


DOSSIER

专栏 •••Si les engagements publics sont

高考 Le Gaokao n’est pas le Bac Il y a neuf ans d’instruction obligatoire en Chine : six ans d’école primaire– 小 学 xiăoxué et trois ans de collège – 初 中 chūzhōng). L’entrée au lycée – 高中 gāozhōng est conditionné par la réussite à un examen très compétitif nommé le 中考 zhōngkăo. Les élèves les moins doués ou les moins fortunés peuvent continuer en formation technique – 中专 zhōngzhuān. A l’issue du lycée, les étudiants passent le 高考 – gāokăo pour entrer à l’université. Comme pour le Zhongkao, la répartition dans les établissements se fait selon les notes des candidats. Le Gaokao n’est pourtant pas un équivalent exact du baccalauréat, car ce n’est pas un diplôme de fin d’étude secondaire (qui s’appelle - gāozhōng bìyè en Chine, et dont l’obtention est pratiquement automatique) mais seulement un examen d’entrée à l’université高中毕业. On ne le trouve donc pas sur la liste des diplômes d’un CV, et il n’a ainsi aucune valeur en tant que tel pour trouver un emploi. Les taux de réussite au Gaokao sont très variables selon les provinces (57% en moyenne, mais 17,75 au Yunnan et 35,8 au Liaoning). Le Zhongkao est parfois plus difficile que le Gaokao dans les régions développées (par exemple, en 2009 à Shenzhen, on trouve 48% de réussite au Zhongkao contre 52% au Gaokao). La Chine est un pays qui pratique la discrimination positive, et des places sont réservées aux minorités ethniques dans les écoles et universités.  R.d.S.

44 Connexions / décembre 2010

faire appliquer l’interdiction des « frais inférieurs aux standards internatio- illégaux » réclamés aux parents (sounaux, la dépense des ménages pour vent très consentants) par de noml’éducation se situe bien au-dessus de breuses écoles depuis les années 2000, la moyenne mondiale. Les spécialistes les établissements éducatifs, désireux chinois estiment que près d’un quart du d’engranger les profits de la croissance, budget des familles y est consacré. cherchent souvent par tous les moyens Le parascolaire, comme les cours de à augmenter le nombre de leurs élèves soutien, en engloutit une part très (扩招 kuòzhāo en jargon). Or le marché importante. On estime par ailleurs du travail n’est pas capable de tous les qu’un étudiant à l’université coûte en absorber. De plus, la qualité de l’enseimoyenne 150 000 RMB à ses parents. gnement a souvent tendance à baisLe niveau élevé de ces dépenses pri- ser, faute de moyens investis dans la vées constitue une pédagogie, qui n’est pression difficile pour « En pleine crise pas vue comme une 70% des sondés ; il est source de profits rapide valeurs, pourtant encouragé par des. En conséquence, le gouvernement, qui y surendetté, les entreprises exigent voit un moyen de faire menacé par le aujourd’hui des diplôaugmenter la consom- tarissement mes de plus en plus mation. élevés, souvent hors démographique, Toutefois, outre acde proportion avec les croître les inégalités le système postes qu’elles offrent. et gripper le véritable éducatif Au début des années ascenseur social que chinois semble 90, les diplômés repréconstituait encore nasentaient environ un sur le point guère l’éducation en centième de la popuChine, ce phénomène d’exploser. » lation, maintenant près a un autre effet pervers d’un dixième. : il fait diminuer le nombre des écoles Il n’est aujourd’hui pas rare que des so(accentuant le stress des études et ciétés interviewent 10 candidats diplôl’inflation immobilière), et contribue à més de 3ème cycle pour un seul poste. accentuer les clivages qualitatifs et fi- Certes, cette inflation académique est nanciers entre les bons et les mauvais un contexte déjà bien établi dans les établissements. Ainsi à Kaifeng, ville pays développés comme la France. moyenne du Henan, 26 écoles primai- Mais elle a envahi la Chine en très peu res et 12 collèges ont été fermés depuis de temps, et les formations n’ont en 10 ans, alors que le nombre d’élèves est général pas suivi. La presse chinoise resté constant. Les familles ont en effet se fait régulièrement l’écho du spleen pesé de tout leur poids économique des étudiants en 3ème cycle, qui n’ont et social pour faire aller leurs enfants souvent pratiquement rien à faire à part dans les meilleures écoles, privant de fournir une assistance à des professeurs ressources les établissements les moins de plus en plus inaccessibles. côtés. Cette perte de valeur des cursus est « Kuozhao », allongement et déva- accentué par ce que les spécialiste apluation des études pellent la politique des « diplômes en Alors que le gouvernement peine à gros » (批发毕业证 pīfā bìyèzhèng),


© Imagine China

Education et formation 教育和培训

« Epreuves de Gaokao, interdit de klaxonner ! »

« vendus » à des officiels ou des patrons n’ayant pas posé une seule minute leurs fesses sur les bancs de l’université. Il y a quatre ou cinq ans, ce n’était pas un bon choix pour un 3ème cycle de rester à la fac et d’y devenir professeur. Les meilleures opportunités étaient ailleurs. Aujourd’hui, si on y parvient, on peut aller faire « brûler un cierge » (烧高香 shāo gāoxiāng) affirme un journaliste chinois. La plupart des 3ème cycle qui enseigneront le feront dans des collèges, s’ils y trouvent encore des élèves… Effondrement de la démographie et endettement des écoles Phénomène pratiquement encore passé inaperçu au-delà des frontières chinoises, le nombre de candidats au Gaokao diminue depuis déjà deux ans. Il était de 8 490 000 en 2008, 8 340 000 en 2009, et 8 030 000 en 2010. Cette hémorragie touche particulièrement certaines provinces : selon des projections, il y aura ainsi au Shandong deux fois moins de candidats en 2013 qu’en 2008 ! A Pékin, en 2010, on trouvait 20% de candidats en moins que l’année précédente. Or, les universités chinoises ont crucialement besoin d’effectifs pour pouvoir payer les intérêts de leur endettement,

notamment immobilier, estimé de 500 à 600 milliards de RMB. Les spécialistes calculent que le système nécessite 5% d’étudiants en plus par an pour éviter la faillite. Mais pour compenser la baisse démographique consécutive à la politique de l’enfant unique il faudrait pour cela arriver à 80% de réussite au Gaokao en moyenne nationale (contre environ 57% aujourd’hui, à peu près le taux de réussite du baccalauréat de 1967 en France), ce qui impliquerait 90% à 100% dans les provinces les plus développées ! A ce niveau là, les études seraient encore plus dévaluées, et les ménages y réfléchiraient sans doute à deux fois avant de les financer. Il y a déjà plus de 10% d’abandon aux épreuves du Gaokao, ce qui traduit pour une part la perte d’attractivité des études. Par ailleurs, les responsables des ressources humaines des entreprises affirment de plus en plus préférer les jeunes ayant une expérience professionnelle précoce et qui soient immédiatement opérationnels plutôt que les diplômés découvrant le monde du travail. Rien ne semble donc pouvoir empêcher la « bulle académique » chinoise d’éclater. Selon le journaliste de Fuzhou Zhong Minyuan, les premières vagues massives

de faillite des établissements les moins bien gérés devraient intervenir dans les trois à cinq ans. Le 1er juin 2010 déjà, un institut dépendant de l’Université financière de Shanghai a dû ainsi précipitamment fermer ses portes après seulement deux ans de fonctionnement, laissant tous ses étudiants en plan. Trois jours avant, une autre université du Zhejiang venait d’être exceptionnellement autorisée à vendre 4 hectares de son campus afin d’éviter la banqueroute, faisant face à un endettement de plus de 800 000 000 de RMB. 

Renaud de Spens

« Où va la réforme de l’éducation ? », magazine Nanfeng Chuang daté de sept. 2010

Les pressions de la société civile Bureaucratisation, marchandisation et népotisme gangrènent l’éducation chinoise, affirment les intellectuels et les commentateurs internet. Les acteurs du système commencent aussi à s’en inquiéter, car les tares du système sont préjudiciables à la réputation des chercheurs chinois. Pour sortir des dérives et permettre plus de contrôle, ils préconisent une transparence accrue et l’instauration d’une « démocratie interne » dans les établissements. Leurs réflexions commencent à porter leurs fruits. Ainsi, depuis un an, les directeurs de département à l’Université de Pékin (北大 běidà) sont élus par le corps enseignant.  R.d.S.

décembre 2010 / Connexions 45


DOSSIER

专栏

Les liens entre les études et le pouvoir sont clairement posés par Confucius

好学近乎知。 力行近乎仁。 知耻近乎勇。 知斯三者, 则知所以修身。

La statue de Maître Kong au temple de Confucius à Pékin. Les étudiants et leurs parents viennent régulièrement y un coup de pouce pour la réussite aux examens. 北京孔庙内的孔子像。

知所以修身,

状元文化

则知所以治人。

La culture du premier

知所以治人,

L’éducation en Chine a toujours été un ascenseur social permettant l’intégration des classes les plus défavorisées.

则知所以 治天下国家矣。 Confucius, L’invariable milieu, 20 « Aimer l’étude rapproche de la connaissance, faire des efforts rapproche de la vertu d’humanité, connaître la honte rapproche du courage. Si l’on a ces trois qualités, on peut se perfectionner ; si l’on peut se perfectionner, on sait comment gouverner les hommes ; si l’on sait comment gouverner les hommes, on sait gouverner tous les peuples de l’Empire. » R.d..S

46 Connexions / décembre 2010

La Chine a inventé à la fin du VIe siècle la méritocratie docimaire, voire la « docimocratie », c’est à dire le gouvernement par les lauréats d’un système de concours. Depuis, malgré des vicissitudes et des éclipses comme lors de la Révolution Culturelle, l’éducation a toujours été un ascenseur social, permettant au moins en théorie à un fils d’un moins que rien d’épouser une fille de l’empereur (le premier lauréat aux concours impériaux avait traditionnellement ce privilège). Comme les Chinois le disent eux-mêmes, la Chine est une « culture du premier [au concours] » (状元文化 zhuàngyuán wénhuà). Le système des examens impériaux Ce modèle était très différent de celui de la

culture occidentale, où l’ascension sociale suivait d’abord un modèle « rouge et noir », soit par le sang versé et la valeur militaire (adoubement sur le champ de bataille… à la veille de la Révolution française, on pouvait encore être anobli quand on était médaillé depuis trois générations), soit par la cléricature religieuse. A la fin du XIXe siècle, alors que l’archétype méritocratique entreprenarial décrit par Alexis de Tocqueville et Max Weber commençait à s’imposer à partir du monde anglo-saxon, la culture occidentale, et notamment française, a commencé à se doter également d’un système docimaire parallèle à celui-ci. Le système de concours s’est mis en place à partir de la dynastie Sui. Pour le pouvoir,


© Renaud de Spens

Education et formation 教育和培训

déposer des plaquettes votives pour demander au Maître 学生及其家长们经常来此系许愿牌,祈求大师保佑自己金榜题名。

c’était un moyen d’unifier le pays et de stimuler les talents, mais aussi de contrôler la doctrine politique et de soumettre les lettrés. Déjà sélectionnés par toute une série de concours locaux, les meilleurs venaient plancher pour l’épreuve finale devant la Cité Interdite, au pied de la porte de la Paix Céleste. Les lauréats étaient reçus par l’empereur au Collège Impérial (国子监 guózĭjiàn), et leur nom était gravé sur des stèles entreposées au temple de Confucius adjacent. Sous la dynastie des Qing, 49% des fonctionnaires ainsi sélectionnés étaient d’extraction populaire ; malgré ses défauts, le système contribuait donc bien à l’équité sociale. Ironiquement cependant, les meilleurs candidats n’ont souvent eu qu’une postérité historique lapidaire, et ce sont les recalés qui sont le plus restés dans la culture chinoise. Par exemple, le fameux écrivain fantastique Pu Songling (蒲松龄 16401715), malheureux aux concours, a surmonté son amertume par son abondante création littéraire qui met souvent en scène de pauvres jeunes lettrés tourmentés mais parfois sauvés par des démons féminins.

Les écoles étaient souvent des structures ad hoc, patronnées par les plus grandes familles du village ou ouvertes par un ancien lauréat provincial rentré chez lui après son échec au concours final. A la fin du XIXe siècle, le système s’est réformé selon le modèle occidental, et les universités chinoises telles qu’elles existent actuellement ont été créés. Si les matières enseignées ont changé et une instruction publique à grande échelle a été créée, l’esprit docimaire est quand à lui resté. L’école favorise le brassage social Encore aujourd’hui, malgré la crise du système, l’école reste en Chine un vecteur efficace de mobilité et de brassage social. Il n’y a qu’à voir le pourcentage écrasant de provinciaux dans les universités pékinoises (86,8% en 2010 à L’Université de Pékin par exemple). Le modèle d’éducation à la chinoise, que l’on retrouve notamment en Corée, au Japon et au Vietnam a les défauts de ses qualités : l’accent porté sur les études et les examens permet un niveau d’instruction élevé et l’intégration des classes sociales défavorisées ; il engendre également un stress important. Si l’on ne trouve pas de chiffres officiels sur les tentatives de suicide de lycéens et d’étudiants, on peut par recoupements estimer que ce sont les plus élevés du monde : tous les grands lycées et les universités en comptent plusieurs chaque année, souvent commises par les meilleurs élèves, incapables de se projeter dans la vie autrement que par les études et sensibles aux moindres échecs. Les parents viennent souvent soutenir leur enfant pendant sa scolarité. Si les rencontres sportives tellement prisées dans le monde anglo-saxon sont pratiquement absentes ici, les écoles se passionnent pour les « concours d’éloquence », qui sont publics et commencent très jeune. Si les Chinois sont eux-mêmes extrêmement critiques sur l’éducation qu’ils reçoivent (beaucoup d’apprentissage littéral, peu d’éveil à la réflexion personnelle et l’esprit critique), on peut aujourd’hui distinguer, notamment dans les écoles primaires, l’amorce d’une recherche de créativité (ateliers théâtre par exemple, impensables il y a quelques années). 

Les cours parascolaires 补课 bûkè, un marché juteux Que font les petits Chinois après l’école ? Ils prennent des cours… Dans un système très compétitif, où chaque famille espère envoyer le rejeton dans une université prestigieuse, les cours de soutien ont la côte. Il ne s’agit pas toujours de leçons particulières, mais de classes parfois nombreuses, où les élèves ne font que répéter à l’avance le programme scolaire. Pendant l’année, un collégien de deuxième année d’une grande ville pourra ainsi avoir six heures de cours particuliers divers par semaine (à près de 150 RMB de l’heure), et trois heures de classes de soutien le week-end (2000 RMB par semestre). Pendant les vacances, pas question d’aller à la chasse aux papillons. Programme d’une journée typique de classes de soutien pendant l’été pour un collégien de première année : 7h30-9h30 : mathématiques 9h40-11h40 : physique 13h-15h : chinois 15h10-17h10 : anglais Les parents essayent typiquement de se lier d’amitié avec les familles des meilleurs élèves, afin de pouvoir inscrire leurs enfant aux mêmes cours de soutien. Les enseignants encouragent la tendance, car ils y trouvent une source de revenus supplémentaires substantiels. Les autorités se révèlent pour l’instant impuissantes à endiguer ce phénomène. Depuis 1988, elles ont interdit aux écoles de proposer des cours de soutien, mais les professeurs et les parents rusent : ces classes sont officiellement organisées par des « comités de chefs de famille ». R.d.S.

Renaud de Spens

décembre 2010 / Connexions 47


DOSSIER

COOPÉRATION ÉDUCATIVE

教 育 合 作

Investir dans l’éducation pour préparer l’avenir de nos relations avec la Chine. 投资教育, 为法中关系的未来铺路

48 Connexions / décembre 2010

© Imagine China

专栏

Cérémonie de remise des diplômes dans une université chinoise. Les diplômés du supérieur sont de plus en plus nombreux en Chine. 在一所大学内举行的学位证书颁发仪式。中国高校毕业 生的数量越来越多。

La coopération universitaire francochinoise : contexte et perspectives Par Denis Fourmeau, attaché de coopération universitaire Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Chine

La France espère développer l’attractivité déjà forte qu’elle possède auprès des étudiants chinois. La coopération éducative entre la France et la Chine se nourrit d’une longue tradition d’échanges et il est nécessaire de rappeler que c’est en partageant leurs savoirs et en échangeant leurs cultures que nos pays se sont d’abord connus. Depuis longtemps, les relations entre la France et la Chine ont été placées sous le signe de l’enseignement et des sciences. Sous le règne de Louis XIV déjà, ce furent les jésuites français qui eurent eu le privilège de constituer le premier cercle de conseillers occidentaux des Empereurs chinois. Gagnant la confiance de Kangxi, l’un de ces jésuites, Joachim Bouvet enseigna les mathématiques et la médecine occidentales à son hôte prestigieux, et s’enrichit en retour des trésors de

culture que la Chine pouvait lui offrir. Les années qui suivirent ne furent pas en reste : les penseurs des Lumières, Voltaire en tête, se tournèrent vers la Chine et n’hésitèrent pas à puiser aux sources profondes de la pensée classique chinoise au moment même où ils jetaient en France les bases d’une philosophie moderne, tournée vers la tolérance et le progrès. De ces échanges anciens, il reste une tradition encore vivante et visible qui nourrit jusqu’aujourd’hui un grand nombre de penseurs français. Il reste aussi une certaine familiarité entre nos deux peuples, une certaine proximité entre nos cultures et nos civilisations qui continuent de fasciner nos jeunesses respectives.


Education et formation 教育和培训 De ce passé, il reste surtout une longue amitié entre nos deux pays, une amitié qui n’a pas faibli depuis un siècle, depuis que certains des pères fondateurs de la Chine contemporaine, Zhou Enlai et Deng Xiaoping pour ne citer que les plus illustres d’entre eux, ont effectué en France une partie de leurs études et contribué ainsi à nourrir cette relation singulière qui unit nos deux pays. Le système éducatif chinois est en forte croissance Dans un contexte de très forte croissance du système d’enseignement supérieur chinois (5 millions d’étudiants en 2000, près de 30 millions en 2010), il n’est pas surprenant que les études à l’étranger soient elles aussi devenues un phénomène de masse en Chine depuis la fin des années 1990. La hausse importante du niveau de vie de la classe moyenne chinoise, la compétition pour entrer dans les meilleures universités chinoises, les difficultés à accéder au marché de l’emploi et le prestige indéniable d’un diplôme occidental expliquent que de nombreux étudiants souhaitent partir étudier dans les pays occidentaux, en particulier de l’OCDE. La plupart de ces candidats construisent eux-mêmes leur projet. Environ 90% des étudiants sont non-boursiers. La demande des jeunes Chinois pour les études à l’étranger a donc connu une véritable explosion, passant de moins de 20 000 en 1998 à près de 230 000 en 2009. La France ne peut rester à l’écart de ce phénomène, et ce d’autant moins qu’elle possède des atouts académiques et culturels compétitifs : cadre de vie agréable et vision d’une France « romantique » ; attrait pour la langue et la culture ; qualité de l’enseignement ; soutien de l’Etat conduisant à des frais de scolarité peu élevés y compris pour les étudiants étrangers ; reconnaissance croissante de la qualité des grandes écoles françaises d’ingénieurs et de gestion. La France prend toute sa part Cette attractivité se traduit dans les chiffres : le nombre d’étudiants chinois accueillis en France enregistre depuis 2002 une croissance moyenne annuelle proche de 20%. Pour l’année universitaire 2009-2010, ce sont ainsi près de 10 000 nouveaux étudiants chinois qui sont partis pour la France afin d’y entamer leurs études supérieures.

En terme de flux, la France se positionne 100 000 nouveaux étudiants chinois chacette année au 9ème rang des destinations que année à compter de 2010. d’études choisies par les étudiants chinois, Dans ce contexte, comment la coopéraderrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni, tion universitaire franco-chinoise doit-elle se positionner ? Si, comme l’Australie, le Canada, le Japon, Singapour, la Nouvelle on l’a vu, la France a accueilli  « La France Zélande et la Corée du Sud. en 2009 un peu plus de Notre pays se classait pour- se positionne 10 000 nouveaux étudiants tant en 3ème position des en 2010 chinois, soit deux fois plus destinations envisagées qu’en 2005, sa part relative par les étudiants chinois au 9ème dans l’accueil des étudiants derrière les Etats-Unis et le rang des chinois à l’étranger a touRoyaume-Uni selon une tefois fortement décliné, destinations enquête d’opinion menée passant de plus de 10% de par le Quotidien de la Jeu- d’études ces étudiants au début des nesse de Chine fin 2007, années 2000 à 5% environ.  choisies par mais la nécessité pour les Cette baisse relative, même étudiants chinois de pas- les étudiants si elle se traduit dans nos ser en général une année à chinois. » établissements par une apprendre le français avant forte augmentation des de démarrer leur cycle de contingents, s’explique spécialité décourage sans doute les candi- à la fois par le volontarisme croissant de dats les moins motivés, et peut apparaître nos partenaires et par une sélectivité accomme un désavantage relatif vis-à-vis des crue de la destination France : alors que le pays anglo-saxons. Néanmoins, plus de 30 Royaume-Uni ou les Etats-Unis continuent 000 étudiants chinois sont actuellement d’afficher des taux de refus inférieurs à en cours d’études en France dont 19 000 10% (motivés pour l’essentiel par dans les universités. Ils représentent ainsi % des 18-22 ans inscrits dans la deuxième population d’étudiants étranl’éducation supérieure en Chine gers dans notre pays, derrière les étudiants marocains. De facto, la France conserve Année % donc une très forte attractivité pour les 1991 3.5 étudiants chinois, et il suffit de se rendre 1992 3.9 dans l’un des cinq espaces CampusFrance installés en Chine (Chengdu, Canton, Pékin, 1993 5.0 Shanghai et Wuhan) pour constater l’effer1994 6.0 vescence qui y règne et l’afflux permanent 1995 7.2 de candidats à des études en France. Cette 1996 8.3 demande très forte nous conduit d’ailleurs à ouvrir dès janvier prochain un 6ème es1997 9.1 pace CampusFrance, dans la métropole de 1998 9.8 Shenyang au Nord-Est de la Chine. 1999 10.5 Une globalisation de l’éducation 2000 12.5 Cette ouverture suscite très logiquement l’émergence d’un véritable marché interna2001 13.32 tional, très fortement concurrentiel. 2002 15.0 Nos principaux concurrents font le pari 2003 17.0 que l’investissement fait aujourd’hui sur la 2004 19.0 formation des étudiants chinois est directement corrélé à leur influence économique, 2005 21.0 politique ou culturelle, dans les décennies 2006 22.0 qui viennent. Ainsi, la Chine aura pour 2007 23.0 l’essentiel retenu de la visite du Président 2008 23.3 Obama en novembre 2009, son engagement très fortement médiatisé d’accueillir Source : China Education Statistics www.stats.edu.cn

•••

décembre 2010 / Connexions 49


DOSSIER

专栏

tre est aujourd’hui de 25%. La prise de conscience de notre sélectivité produit d’ores et déjà ses premiers effets, puisque l’on constate un doublement depuis deux ans de la proportion de candidats au départ dotés d’une mention « très bien » au baccalauréat chinois (Gaokao), et une part d’étudiants en master et doctorat passée de 38% à près de 50%. Pour être comprise et acceptée par les jeunes Chinois candidats à des études en France, sans porter atteinte à notre attractivité, cette sélectivité doit s’accompagner en contrepartie d’un meilleur encadrement de la mobilité individuelle, en accompagnant les étudiants depuis leur départ de Chine jusqu’à la fin de leur cursus dans les universités françaises, et en leur offrant donc non seulement un projet pédagogique cohérent et sécurisé tout au long de leur mobilité, mais aussi en améliorant leurs conditions matérielles d’accueil. Cet objectif sera d’abord rempli en renforçant les accords interuniversitaires qui existent entre nos deux pays. Ces accords sont les piliers de notre coopération universitaire et notre ambition à moyen terme est de pouvoir étendre leur bénéfice à la majorité des étudiants chinois en mobilité en France. L’implication accrue des établissements français dans la sélection, en Chine et le plus en amont possible, de leurs étudiants chinois va clairement dans ce sens. Le complément nécessaire à ces partenariats entre nos établissements est une meilleure visibilité d’ensemble de l’offre pédagogique française. Voilà pourquoi le ministère des Affaires étrangères et européennes ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche français ont mis en place à travers l’agence CampusFrance un catalogue commun d’information qui permettra aux étudiants chinois de construire en amont leur parcours pédagogique en France : depuis leur sélection jusqu’à leur arrivée dans notre pays. La mise en place de ces nouveaux outils devrait ainsi permettre de conserver et de développer l’attractivité déjà forte de notre pays pour les étudiants chinois, et de s’inscrire ainsi dans une tradition séculaire.

Denis Fourmeau

50 Connexions / décembre 2010

© Imagine China

••• des critères économiques), le nô-

Rencontre avec les professionnels de l’éducation lors d’un salon. « Bonjour le monde, bonjour demain », étudier à l’étranger est un « must » pour les étudiants chinois. 在教育展期间,与教育领域的专家见面。 “你好,世界!你好,明天!”,出国留学是中国学生必由之路。

Etudier à l’étranger : un investissement à rentabiliser Chaque année, les établissements français organisent une tournée lors du China Education Expo, rencontres avec les étudiants et les représentants des écoles à Shanghai. Après quatre années d’études à l’Université de Suzhou, dans la province du Jiangsu, Hu Yao souhaite aller encore plus loin. Pour se perfectionner en ingénierie automobile, elle est déterminée à décrocher un Master d’une université française ou allemande. Mais laquelle choisir ? Et comment y entrer ? Face à la multiplicité de l’offre, les étudiants chinois, dont 80% disent vouloir étudier à l’étranger, peinent à s’y retrouver. Afin d’en apprendre davantage, elle a décidé de venir, ce dimanche 24 octobre, au salon China Education Expo, à Shanghai. Pour le moment, Hu Yao n’a pas fait son choix, elle se dit simplement que « ces deux pays sont excellents pour les études d’ingénieur. ».

Après avoir pris des rendez-vous sur différents stands, dans les deux allées françaises puis dans celles des universités allemandes, elle passera des entretiens qui lui permettront d’avoir un premier aperçu. « Cette rencontre permet à l’étudiant, qui a réfléchi en amont à son projet de formation, de mener un échange ciblé et constructif avec les établissements qui l’intéressent, explique Cécile Cavalier, responsable du pôle promotion et orientation de l’espace de Pékin de Campus France. Il permet en retour aux établissements d’établir des liens privilégiés avec les étudiants aux profils correspondant à leurs critères de recrutement, et de s’impliquer très en amont dans le processus de sélection. ».


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Education et formation 教育和培训

Espace Campus France sur le salon China Education Expo.

Cette année, la tournée des établissements français sur le salon China Education Expo, organisée par Campus France, l’organisme chargé d’aider les étrangers désireux d’étudier dans l’Hexagone, les a menés à Pékin, Dalian, Xian, Shanghai, Chengdu et Kunming. Etudier en France, un avantage compétitif Sur le stand de Paristech, un groupement de 12 écoles d’ingénieurs, 220 personnes ont été reçues en deux jours à Shanghai. « Les étudiants viennent dans ce salon parce qu’ils sont à la recherche d’un label étranger pour la suite de leurs études » constate Jan Rembowski, directeur des affaires internationales de Paristech. Et pour ce qui est de l’attrait du français, M. Rembowski ne doute pas : « beaucoup cherchent à avoir une langue supplémentaire à l’heure où parler l’anglais devient commun. ». La question linguistique est l’une des premières que Yu Hao posera à ses interlocuteurs. « Ce sera la grande difficulté si je pars. Mais c’est justement l’occasion d’apprendre une nouvelle langue. Peut-être qu’il me faudra un ou deux ans mais s’intéresser à une langue n’est-ce pas aussi s’intéresser à un pays ? ». Pragmatiquement, elle espère par

ailleurs que cette ligne supplémentaire sur son CV lui permettra de décrocher rapidement un emploi de retour en Chine. D’autres étudiants ont déjà une vision plus claire de leur projet,constate Sophie Simard, chargée du marketing international de l’EDHEC. « Ils savent parfaitement ce qu’est une grande école et arrivent au salon avec leur CV, leurs GMAT et leurs tests de niveau d’anglais », explique Mme Simard. Elle s’intéresse aux étudiants des grandes universités chinoises qui se sont spécialisés dans la finance, les mathématiques ou l’ingénierie. « Leur niveau d’études leur permet de suivre nos programmes hautement spécialisés et ils savent que leur diplôme sera très valorisé sur un marché du travail devenu international », note la responsable. Une concurrence accrue d’années en années La concurrence entre les écoles s’accroît à mesure que se développe la mobilité internationale. Or le terrain chinois est important. Le pays envoie neuf fois plus d’étudiants à l’international qu’il ne reçoit de jeunes étrangers. Chacun se presse donc pour attirer ses élites. Pour réfléchir aux modalités de ces coopérations, les représentants d’universités,

法国教育服务中心在中国国际教育展上的展位

d’écoles de commerce, d’art ou d’ingénieurs françaises se sont réunies, le 22 octobre 2010, à l’université de Tongji, dans le nord de Shanghai, à l’occasion d’un premier « forum franco-chinois de l’enseignement supérieur ». Au menu des discussions : les moyens mis à disposition des étudiants, qui varient fortement d’un établissement français à l’autre, celle du logement, des partenariats avec les entreprises pour financer les échanges, de la reconnaissance des diplômes et celle de l’adaptation linguistique. Sur ce dernier point, le débat est nourri entre d’un côté les établissements, notamment les écoles de commerce, qui assurent les principaux cours en anglais, tout en proposant un apprentissage du français en parallèle, et les partisans du maintien de l’essentiel des enseignements en français. Dong Qi, vice-président de l’université de Tongji, tranche : « s’ils veulent apprendre l’anglais, les jeunes chinois iront en Angleterre ou aux Etats-Unis. Choisir le français est plus dur, mais ils savent bien que maîtriser une telle langue sera d’une manière ou d’une autre un avantage. ».

Harold Thibault

décembre 2010 / Connexions 51


DOSSIER

© DR

专栏

Le Club France, un outil essentiel de la coopération éducative franco-chinoise.



留法学友俱乐部—中法教育合作的主要工具

Semer les graines aujourd’hui pour préparer l’avenir A l’occasion du 2 ème anniversaire du Club France, Hervé Ladsous, Ambassadeur de France en Chine, revient pour Connexions sur la politique éducative de notre pays dans l’empire du Milieu. Hervé Ladsous, Ambassadeur de France en Chine

Connexions : Monsieur l’ambassadeur, pourriez-vous nous expliquer la stratégie de la France en matière d’éducation en Chine ? Hervé Ladsous : Dès le début de la relation franco-chinoise, nos deux gouvernements ont décidé de mettre l’accent sur l’éducation. C’est en effet à travers les graines qui sont semées aujourd’hui que l’on prépare les décennies à venir. Pour preuve, les premiers étudiants qui sont partis en France dans les années 60 et tous ceux qui ont suivi après la Révolution Culturelle sont aujourd’hui des acteurs très actifs de la 52 Connexions / décembre 2010

relation franco-chinoise dans les secteurs scientifiques mais aussi dans la littérature ou la langue française. Ces dernières années, nous avons d’ailleurs obtenu de très belles réussites. L’école Centrale de Pékin, l’Institut aéronautique franco-chinois de Tianjin ou l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire (IFCEN) en sont des exemples emblématiques. L’IFCEN, qui a ouvert à la rentrée, formera chaque année 120 futurs cadres de l’industrie nucléaire qui constitue l’un des sujets de prédilection de la Déclaration conjointe franco-chinoise. Au-delà de ces grandes coopérations, la réalité est aussi celle de 30 000 étudiants chinois qui étudient en France actuellement. La France a conscience de la qualité de son enseigne-

ment supérieur dans tous les secteurs, mais aussi du fait que la Chine est un acteur majeur de la mondialisation. Nous avons donc la volonté de développer encore plus notre politique d’éducation en Chine.

C. : En 2008 l’Ambassade de France créait le Club France, quel bilan tirez-vous après 2 ans d’existence ? H. L. : Depuis sa création, le Club France a réuni quelques 9 000 membres, dont près de 3 000 très actifs. Nous souhaitons que ce club permette aux Chinois qui ont un jour étudié en France de se retrouver sur un plan amical et aussi pour approfondir leurs réseaux professionnels. Le club offre par ailleurs un certain nombre d’avantages à ses membres : un service de placement


Education et formation 教育和培训 avec plusieurs centaines de membres qui ont ainsi pu trouver un emploi, des activités thématiques… Nous venons de créer un Club France spécialisé sur les métiers de l’aéronautique et d’en constituer un autre sur les métiers du développement durable. C’est une structure qui correspond, j’en suis persuadé, à un vrai besoin des Chinois et qui unit ses membres grâce à une convivialité et une amitié partagées.

今天为未来播种

C. : Comment voyez-vous l’avenir de la politique linguistique et éducative de la France en Chine et comment pourra-t-elle maintenir sa compétitivité par rapport aux autres pays ? H. L. : Le système universitaire français est bien reconnu dans le monde. Il ne faut pas se fier à certaines statistiques universitaires qui privilégient, peut-être, des critères anglo-saxons n’étant pas vraiment en rapport avec la réalité de l’enseignement français. En Chine, dans le domaine de l’éducation, vous avez deux stratégies, soit vous faites du quantitatif et vous accueillez n’importe qui, ce n’est pas une bonne solution, soit vous faites du tout sélectif et vous ne prenez que des doctorants comme le font certains pays. Pour notre part, nous essayons d’équilibrer ces deux stratégies en Chine, mais nous privilégions bien sûr la qualité. Pour cela nous accueillons en priorité les étudiants issus d’une formation de niveau élevé qui veulent venir en France faire un master ou un doctorat. Nous sommes aujourd’hui le deuxième pays d’accueil des étudiants chinois en Europe et nous faisons certes moins bien que les Anglais, mais c’est avant tout un problème linguistique. La France doit donc maintenir l’attractivité de son système éducatif dans des secteurs comme les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce, le droit mais aussi la restauration ou l’hôtellerie où nous sommes bien reconnus. J’ai visité récemment le salon de l’éducation de Pékin qui a été un grand succès. La France y possédait le plus grand stand européen avec 34 implantations de grandes écoles, universités et divers établissements du réseau français. Les étudiants chinois connaissent de mieux en mieux les cursus d’excellence français et je n’ai aucun doute sur notre compétitivité dans ce domaine. 

Propos recueillis par Flore Coppin

在留法学友俱乐部成立两周年之际,法国驻华大使苏和 先生为《联结》杂志讲述了法国在中国的教育政策。 《 联 结 》:大 使 先 生 ,能 否 请 您 为 我

主题活动。我们刚刚成立了留法学友航空

们介 绍一下法国在中国实施的教育战

航天分会,又建立了留法学友可持续发展

略?

分会。我相信这是一个符合中国人实际需

苏和:从法中建交之初,两国政府就决定

求的组织,通过亲切、友好的联谊将会员

把教育作为重点。其实,这是通过今天播

团结起来。

下的种子为未来几十年做准备。上世纪

《联结》:您如何看待法国在华语言

60年代首批赴法留学生以及文革后随之

和教育政策的未来 ?相对于其他国家

赴法的人就是例证,如今他们不仅在科

来说,法国将如何保持自身的竞争力?

学领域,而且在文学及法语领域都是法中

苏和:法国大学体制在世界上获得完全认

关系的积极参与者。近几年,我们取得的

可。不能轻信某些大学的统计数字,它们

成绩斐然。北航中法工程师学院、在天津

可能侧重于与法国教育现状实则没有关联

的中欧航空工程师学院、中法核工程与技

的英美标准。在中国的教育领域里,可以

术学院都是标志性案例。核工业是法中联

采取两个策略,或者只重数量,可以招收

合声明特别提到的主题之一,2010年9月

任何人,这不是个好方法,或者像某些国

开始运行的中法核工程与技术学院每年

家那样,完全靠选拔,只招收博士生。

将培养120名核工程师。除了这些大型合

对于我们来说,要尽量在中国平衡这两个

作,目前在法国有3万名中国留学生。法国

策略,但我们当然要把质量放在首位。因

对自己各个领域的高等教育质量都很关

此我们优先招收接受过高等教育、希望来

注,而且中国毕竟是全球化的重要成员。

法国攻读硕士或博士的中国大学生。如今

因此我们愿意进一步发 展在华教育政

我们是欧洲第二大中国留学生接纳国,我

策。

们的确没有英国做得好,但这主要是因为

《联结》:2008年,法国大使馆成立了

语言问题。

留法 学友俱乐部,经 过两年的运作之

在工程师学校、商科学校和法学领域,以

后,您有什么总结?

及在公认出色的餐饮和酒店管理领域,法

苏和:自留法学友俱乐部成立以来,现有

国要保持其教育体制的吸引力。最近,我

注册会员近9000人,其中3000人参与非常

参观了取得很大成功的北京国际教育博览

踊跃。我们希望这个俱乐部能够让曾在法

会。法国在会上拥有欧洲最大的展台,共

国留学的中国人在友好的氛围中相聚,同

有34所法国高校、大学和各类机构参展。

时拓展他们的职场人脉。另外,俱乐部为

中国学生对优秀的法国大学课程越来越了

会员提供了一系列服务,如职介服务,有几

解,我毫不怀疑法国在该领域的竞争力。

百名会员因此找到工作,还定期组织一些 décembre 2010 / Connexions 53


DOSSIER

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专栏

China Education Expo, Pékin octobre 2010. Les universités américaines tentent d’attirer les édudiants chinois en affichant des por2010年10月,中国国际教育展。美国大学举着奥巴马头像,试图吸引中国学生。 traits d’Obama. 

Le jeu de séduction des universités étrangères Coup de projecteur sur le marché des institutions et universités qui rêve de séduire les étudiants chinois... Partir étudier à l’étranger : tel est le défi que se sont imposés, en 2008, plus de 3,3 millions d’étudiants dans le monde. Parmi eux, des centaines de milliers de Chinois dont les parents se serrent la ceinture. Les maîtres mots des marchés aux institutions académiques tiennent au binôme: réputation et séduction. Au détour d’un stand, le représentant de telle université bien classée doit séduire et convaincre le jeune Chinois qui rêve au beau diplôme, au super job et à un avenir confortable. Pour le bon étudiant, le choix de l’université dépend aussi du pouvoir de persuasion de ses interlocuteurs, surtout quand ceux-ci représentent l’une ou l’autre institution prestigieuse. Au salon de l’étudiant de Pékin en octobre dernier, sur des milliers de mètres carrés, les 54 Connexions / décembre 2010

représentants des institutions académiques de France, du Canada, des Etats-Unis, d’Allemagne, de Belgique, d’Italie, du RoyaumeUni, de Nouvelle-Zélande, d’Australie... sont là pour attirer les étudiants chinois. Par son profil et ses résultats antérieurs, l’étudiant sait qu’il pourra ouvrir plus ou moins de portes. A la foire aux études supérieures, les représentants des institutions académiques savent, eux, que chaque étudiant à séduire pèse potentiellement plusieurs milliers de dollars. 3,3 millions d’étudiants concernés En un an, de 2007 à 2008, le nombre d’étudiants partis hors de leur pays pour poursuivre des études a grimpé de 8,2%, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Insti-

tut de statistique de l’Unesco. En 1975, il n’y avait que 800 000 étudiants qui allaient se former hors de leur pays d’origine. Les données récentes (“Regards sur l’éducation”, OCDE 2010) indiquent que l’Allemagne, l’Australie, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni accueillent, à eux seuls, plus de 50% de l’ensemble des étudiants étrangers dans le monde. Si en proportion par rapport à la population de leur pays, les étudiants en mobilité internationale en provenance d’Allemagne, de Corée, des États-Unis, de France, du Japon et de Turquie constituent les proportions les plus importantes d’étudiants originaires de pays de l’OCDE, en valeur absolue, ceux de Chine et d’Inde sont les plus nombreux. Toujours selon les statistiques de l’OCDE (qui in-


Education et formation 教育和培训

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Le top 5 des étudiants chinois

La Nouvelle-Zélande tente d’attirer les étudiants chinois en mettant en avant la qualité 新西兰突出该国的生活质量,力图吸引中国学生。 de vie du pays. 

Les dépenses des étudiants chinois dans 8 pays Pays

Nombre d’étudiants chinois

Dépenses moyennes annuelles (RMB) Frais de scolarité Dépenses courantes

Etats-Unis

98 000

150,000 - 250,000

Grande Bretagne

75 000

76 000 - 130 000

70 000

Australie

130 000

100 000 - 150 000

50 000 - 80 000

Japon

74 000

60 000 - 80 000

50 000

Corée du Sud

45 000

30 000 - 40 000

30 000 - 40 000

Canada

41 000

70 000 - 80 000

60 000 - 70 000

Nouvelle Zélande

25 000

60 000 - 80 000

30 000 - 40 000

Singapour

15 000

50 000

30 000 - 40 000

Source : Mirror Evening News

cluent pour la première fois la Chine, l’Inde et l’Indonésie), les étudiants en mobilité internationale représentent 10% au moins des effectifs de l’enseignement supérieur en Australie, en Autriche, en NouvelleZélande, au Royaume-Uni et en Suisse, et plus de 20% des effectifs des programmes de recherche de haut niveau en Australie, en Autriche, en Belgique, au Canada, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et en Suisse. En valeur absolue, les Etats-Unis sont les champions du monde pour l’accueil des étudiants étrangers, mais leur pourcentage s’érode (19% des effectifs mondiaux contre 24%, il y a quelques années). Sans doute, les mesures strictes de sécurité prises aux lendemains de l’attentat du 11 septembre 2001 ont-elles pesé sur l’accueil des étudiants étrangers. Lors du salon de l’Education de Pékin, un des arguments mis en avant dans différents stands tenait aux conséquences de la récente crise économique qui a été « dévastatrice pour les jeunes non diplômés ».

De 2008 à 2009, au sein des pays de l’OCDE, le chômage a, en effet, augmenté de 5% dans leurs rangs, contre moins de 2% pour les jeunes qualifiés… Le diplôme protègerait donc et permettrait du même coup, selon l’OCDE, d’être en meilleure santé et de gagner plus d’argent. Reste que, globalement dans les pays occidentaux et très fortement aux Etats-Unis, les retards scolaires dans l’enseignement obligatoire ne font qu’augmenter. Une crise de l’éducation très palpable qui risque d’affecter la compétitivité sur le long terme. Fin octobre 2010, Eric Hanushek (Université de Stanford) confiait, dans un quotidien français, que le retard scolaire risquait d’affecter la croissance américaine. « Il y a quinze ans, assurait cet expert, un étudiant chinois aurait fait n’importe quoi pour rester travailler aux Etats-Unis. Aujourd’hui, la Chine offre de très belles opportunités de travail à une main d’oeuvre qualifiée ». De quoi réfléchir !

Fini le temps où les étudiants chinois poursuivaient leur cursus universitaire dans leur pays ! Grâce au soutien de leurs parents, ils peuvent désormais décrocher leur diplôme à l’étranger. Et, au retour, obtenir d’excellentes opportunités professionnelles et un salaire confortable. Top 5 des destinations prisées par les étudiants chinois : Etats-Unis France Royaume-Uni Australie Japon L’Asie a la cote : depuis 2005, le nombre d’étudiants américains a crû de 200% ! En revanche, l’Allemagne limite à 4000 le nombre total annuel de visas accordés aux étudiants chinois. La Nouvelle-Zélande, dont l’année universitaire court de février à novembre, joue la séduction grâce à ses campus accueillants et un niveau de vie assez bas (7 000 euros annuels tout compris suffiraient à chaque étudiant). En comparaison, le cursus académique annuel de Harvard dépasse les 30 000 euros annuels ! Si étudier à l’étranger constitue une excellente expérience, poursuivre son cursus dans son pays permet aux étudiants moins favorisés de décrocher un bon diplôme. C’est ce qui a incité l’Union européenne et le ministère chinois de l’éducation à lancer, à Shanghai, la China Europe International Business School (CEIBS). Avec succès puisque la CEIBS a d’ores et déjà attiré plus de 700 étudiants pour le MBA. Soit plus d’étudiants en MBA qu’à Columbia ! C.S.

Christine SIMON Le CEIBS à Shanghai.

上海中欧国际工商学院

décembre 2010 / Connexions 55


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专栏

La France se situe au 6ème rang du classement de Shanghai en 2010.



法国排在2010年上海交大世界大学排行榜的第六位。

Le classement de Shanghai, un autre regard sur le système éducatif français Depuis 2003, l’Université Jiao Tong de Shanghai publie son classement annuel mondial des universités, connu sous le nom de « Classement de Shanghai » ou « Academic Ranking of World universities ». Au départ conçu pour déterminer les critères contribuant à faire d’une université un établissement de rang mondial, le classement de Shanghai est devenu, et ce malgré sa vocation première de comparer les universités chinoises avec les universités mondiales, une référence pour les étudiants et un objet de compétition entre les grands établissements rêvant d’y figurer ou d’y maintenir leur rang. Dans ce palmarès aussi attendu que controversé, 500 institutions sont classées selon 6 critères, tels que le nombre de prix Nobel, de médailles Fields ou de publications dans les revues scientifiques américaines Nature ou Science. 56 Connexions / décembre 2010

Depuis 2003, les universités anglo-saxones dominent le classement de manière écrasante – les établissements américains raflent 26 des 30 premières places - tandis que la France peine à se faire une place. Cambridge et Oxford restent les 2 seuls établissements non américains classés parmi les 10 premiers. En 2010, seules 3 universités françaises figurent parmi les 100 premières du classement 2010 : l’université Paris-XI (qui passe de la 43ème à la 45ème place) et la prestigieuse Ecole Normale Supérieure (qui perd une place de la 70ème à la 71ème place). L’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI) gagne une place, au 39ème rang.

22 universités françaises figurent parmi les 500 établissements du classement contre 23 l’année dernière. La France se situe donc au 6ème rang, ex aequo avec l’Italie et la Chine. Les voix contre Controversé, le palmarès est accusé par ses détracteurs d’utiliser des critères de classement inadaptés au système éducatif français. Les principales critiques lui reprochent de favoriser les universités anglo-saxonnes : selon les critères de classement, la langue de publication des articles prise en compte dans les revues scientifiques est l’anglais, ce qui défavorise les travaux publiés dans d’autres langues. Par ailleurs, il ne prend pas


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Education et formation 教育和培训

22 universités chinoises figurent dans le top 500. L’Université de Pékin, la 1ère chinoise, est au 151ème rang, ex equo avec l’Université Fudan.  中国共有22所高校跻身世界大学500强行列。中国排名第一的的北京大学与复旦大学并列排在第151位。

en considération les universités spécialisées en sciences sociales, excluant des domaines de recherches dans lesquelles certaines universités excellent… De surcroît, en France, la séparation nette entre institutions de recherche (CNRS, INSERM….) et universités ainsi que le morcellement entre universités et grandes écoles spécialisées, contribue à rendre les établissements français moins compétitifs au yeux de ce classement où seule la recherche menée par les universités compte et où le critère de taille des institutions joue dans la pondération des performances. Ceci explique par exemple pourquoi

l’Ecole Polytechnique, n’arrive qu’autour de la 200ème place… Les aspects positifs Aussi controversé soit-il, le classement de Shanghai a néanmoins le mérite de questionner un système éducatif français plus que jamais confronté à l’internationalisation de l’enseignement supérieur et désormais contraint de renforcer son attractivité pour attirer les meilleurs étudiants mondiaux. Ainsi, le manque de moyens des universités françaises est souvent désigné comme la première cause des faibles performances de la France dans les classements internationaux. Le système français très élitiste

Top 10 du classement de Shanghai 2010 1 Harvard (Etats-Unis) 2 Berkeley (Etats-Unis) 3 Stanford (Etats-Unis) 4 Massachusetts Institute of Technology (Etats-Unis) 5 Cambridge (Grande-Bretagne) 6 California Institue of Technology (Etats-Unis) 7 Princeton (Etats-Unis) 8 Columbia (Etats-Unis) 9 Chicago (Etats-Unis) 10 Oxford (Grande-Bretagne) Les établissements français du Top 100 39 Pierre et Marie Curie 45 Paris Sud 71 Ecole Normale Supérieure

des grandes écoles soustrait à l’université l’élite des étudiants, qui avec leur diplôme à forte valeur ajoutée sur le marché du travail ne s’adonneront que pour très peu à la recherche. La remise en question de la compétitivité internationale des universités françaises contraint le gouvernement à imaginer des solutions pour faire rendre plus visible les établissements d’excellence. Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a ainsi récemment déclaré vouloir faire émerger, d’ici 2011, 10 universités d’excellence qui recevront chacune une dotation allant jusqu’à 1 milliard d’euros. La création des regroupements entre universités au sein des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (Pres) devrait à terme permettre une signature unique des publications de recherche et de diplômes uniques de doctorat permettant aux universités françaises une meilleure visibilité internationale. Naissance d’un classement européen La France n’est pas la seule à remettre en question le classement de Shanghai. Afin d’entrer dans le débat des classements des universités et de donner aux établissements européens la chance d’être considérés selon d’autres critères que le classements chinois (qui ne couvre que la recherche) ou anglo-saxons (comme le Times Higher Education basé sur le « peer review » ou évaluation par les pairs), la Commission européenne a récemment décidé de créer son propre ranking : UMultirank. Ce projet, qui devrait coûter 1 million d’euros, s’appliquera à tous les établissements européens. Un classement multidimensionnel établira une cartographie par discipline des établissements et aura pour principale vocation d’aider les étudiants dans leur choix d’inscription. Selon Robin Van Ijperen, responsable du projet de classement européen des universités à la commission européenne, interviewé par le journal Les Echos1, les établissements d’enseignement supérieur doivent pouvoir savoir quels sont leurs points forts, qui sont leurs concurrents, et pouvoir repérer quelles universités pourraient devenir leur partenaire d’échanges éducatifs.

•Flore Coppin

1. Source : http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/ actu/020703262717--le-classement-europeen-sera-plus-sophistique-.htm

décembre 2010 / Connexions 57


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专栏

La France est le 3ème pays du monde en nombre de candidats au HSK .



法国参加汉语水平考试的人数排在世界第三位。

Les étudiants français choisissent rarement la Chine pour étudier à l’étranger En France, le chinois a le vent en poupe, mais les échanges universitaires France-Chine sont déséquilibrés. Longtemps considérée comme trop exotique, la langue chinoise est aujourd’hui de plus en plus populaire auprès des jeunes Français. « En l’espace de quelques années, le chinois est passé de la neuvième à la cinquième place des langues enseignées dans le secondaire », souligne Joël Bellassen, inspecteur général de chinois, dans son dernier rapport sur l’état de l’enseignement de la langue. Certes, il fallait s’y attendre: avec 20,4% de sinisants dans le monde, le chinois est la langue la plus parlée. En se hissant l’an dernier au second rang des économies mondiales, la Chine a également renforcé son attractivité, et sa langue est devenue un outil d’insertion professionnelle comme un autre. Dans le secondaire, c’est elle qui en58 Connexions / décembre 2010

registre la plus forte progression en termes d’effectifs, avec une hausse de 30,3% entre 2000 et 2002, 16% en 2008. A la rentrée 2009, 25 675 élèves se sont ainsi inscrits en cours de chinois, et 28 500 en 2010, contre 9 328 en 2004. Preuve que l’importance de la langue augmente, 40% des élèves débutent au collège et toutes les Académies métropolitaines ont désormais leur option chinois. Quant à la certification de langue chinoise (HSK), la France est le 3ème pays au monde en nombre de candidats. Si l’on regarde du côté de l’enseignement supérieur, on voit que le rattrapage s’est là aussi effectué en quelques années, avec plus de 12 000 étudiants sinisants, et une offre dans 150 établissements (universités,

grandes écoles, instituts). Il existe également plus de 360 accords de coopération entre 180 universités chinoises et 200 établissements supérieurs français. Pourtant, cette belle courbe de progression pourrait être freinée par le déficit de professeurs titulaires, qui ne représentaient que 40% des effectifs dans le secondaire en 2007. Autre bémol : même si la quasi totalité des grandes écoles enseignent le chinois et si la mobilité des étudiants vers la Chine augmente, cette dernière est encore bien timide au regard du nombre de jeunes Chinois qui viennent étudier en France. Selon Claire Saillard et Dominique Dubois, auteurs d’une note sur la coopération universitaire parue en 2005 et actualisée en 2009, « la mobilité étudiante entre la France et la Chine n’en demeure pas moins déséquilibrée. Le flux étudiant de la Chine vers la France est en effet bien plus important que le flux d’étudiants français vers la Chine ». De fait, alors que 5 000 Français étudient en Chine, la France compte aujourd’hui 30 000 étudiants chinois. Et ce ne sont pas les objectifs fixés lors de la visite en France de Hu Jintao début novembre 2010 qui changeront la donne, puisque 50 000 étudiants chinois sont attendus en France d’ici 5 ans, contre 10 000 Français. Une réalité que Stéphane Grumbach, chercheur à l’INRIA et ancien conseiller scientifique auprès de l’ambassade de France en Chine, attribue sur son blog à la politique d’influence de la France. « Pour la France, il est plus immédiat de développer l’enseignement du français à l’étranger, que de renforcer l’apprentissage de la langue chinoise en France. » Plusieurs écoles d’ingénieur françaises ont ainsi développé des formations d’ingénieurs chinois, telle l’Université de technologie sino européenne de Shanghai (Utseus). Sur les 260 étudiants chinois recrutés par promotion, 60% partent en France, tandis que seuls 21 étudiants français sont allés à Shanghai cette année. L’augmentation des bourses à destination des Français ou l’arrivée d’une université chinoise dans le top 200 du classement des universités de Shanghai pourraient peut-être infléchir cette tendance à l’avenir.

Hélène Duvigneau http://www.chinadaily.com.cn/m/eduonline/2010-05/05/content_9813033.htmhttp://www.chinadaily.com.cn/m/eduonline/2010-05/05/content_9813033.htm


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PARLER FRANCAIS

说 法 语 Concert à Canton du groupe canadien Samian lors de la Fête de la Francophonie 2010. 在2010年法语活动节期间,加拿大Samien乐队在广州奉献的一场音乐会。

Apprendre le français en Chine permet de se distinguer et est un avantage compétitif sur un marché de l’emploi saturé. 在中国,学习法语 让人与众不同, 在日趋饱和 的就业市场上 是一大竞争优势。

60 Connexions / décembre 2010

La Longue Marche du français en Chine S’il reste au 4ème rang des langues étrangères enseignées en Chine, force est de reconnaître que l’enseignement du français a le vent en poupe. « En Chine, on dénombre pas moins de 100 000 apprenants, dont plus de 6 000 dans l’enseignement secondaire, 30 000 à l’université, plus de 25 000 dans le réseau des Alliances françaises et au moins autant dans les structures privées et semi-privées », résume Mylène Hardy-Zhang, attachée de coopération linguistique, éducative et sportive à l’Ambassade de France en Chine. Cette progression s’évalue en considérant le nombre de départements spécialisés ouverts dans les universités chinoises, passés d’une trentaine en 2002 à plus de 90 cette année… Et cet enseignement, dispensé par un millier de professeurs et de lecteurs/experts, ne doit pas dissimuler une autre tendance : le nombre « croissant de Chinois qui apprennent le français par eux-mêmes, et que l’on estime à 15 000 personnes. ». Du point de vue de la répartition géogra-

phique, le développement est très hétérogène, à l’image du développement économique du pays. Si l’Est du pays est bien pourvu en centres d’apprentissage du français, les provinces de l’extrême Ouest (Tibet, Qinghai, Xinjiang) présentent une carte quasiment vierge d’implantation. Une carence que Mylène Hardy explique notamment par « une imprégnation universitaire moindre. ». Elle évoque pourtant l’existence d’une collaboration sino-chinoise qui a permis à la province du Xinjiang, avec l’aide d’une université de l’Est, d’ouvrir un site d’enseignement. Ce mécanisme d’essaimage, à l’œuvre depuis longtemps à l’intérieur des grandes villes, est également actif entre ces dernières et les villes de 2ème et 3ème rang, porté par la migration de professeurs de français chinois. Les Alliances françaises Du côté des Alliances françaises, cette bon-


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Education et formation 教育和培训

Le nombre d’élèves inscrits dans les Alliances françaises en Chine augmente d’environ 5% par an.  在中国法语联盟报名的学生人数每年上涨5%。

ne tendance se confirme. Beaucoup d’ama- spéciale qui accueille de nombreuses enteurs de français ont d’ailleurs poussé un treprises françaises. ». Un dynamisme qui, « ouf » de soulagement, le 15 avril dernier à pour les jeunes de Tianjin, recèle à terme Tianjin. Et pour cause : l’ouverture de cette de belles possibilités d’embauches... toute dernière Alliance franParler français pour parçaise du réseau répondait à tir vivre au Québec Et puis, au-delà du contexte un besoin devenu pressant : « L’identité local, on trouve des expli« Jusqu’alors, certains élèves française, faisaient régulièrement la cations plus globales. « Le qu’elle soit route de Tianjin à l’Alliance français est une langue porteuse en Chine. D’abord, sur de Pékin », explique Juliette artistique ou Salabert, la directrice de l’imle plan scolaire, il existe une esthétique, plantation de Tianjin. Signe intense compétition entre que cet élan francophile avec le étudiants. Tous les jeunes n’avait rien d’éphémère, de- prestige du apprennent l’anglais, alors puis l’ouverture, les inscripil faut se distinguer. Le Franluxe et de la tions n’ont cessé de progresçais représente une bonne ser : « Après les 39 élèves de gastronomie, alternative. ». la première session, 53 élèves Ensuite, remarque Laurent se sont inscrits à la suivante, exercent un Croset, le délégué général puis 88 et 150 sont attendus fort pouvoir de l’Alliance française en pour la quatrième… ». Chine, « Les Chinois ont une d’attraction Selon Juliette Salabert, cette énorme envie de s’ouvrir au envie d’apprendre le français en Chine. » monde. A la France bien sûr, s’explique par un faisceau mais également au Québec, qui représente une imporde raisons. « Deux ou trois lycées proposent un enseignement du tante destination dans les projets d’émigrafrançais à Tianjin, et il n’est pas rare que tion. ». A Tianjin, confirme Juliette Salabert, certains élèves souhaitent continuer. Par pas moins de « 80% des apprenants enviailleurs, la municipalité se développe très sagent de partir s’y installer… ». rapidement, avec une zone économique L’aspiration africaine

Et puis il existe une autre tendance forte : l’aspiration africaine. « De nombreuses entreprises chinoises sont implantées sur ce continent. Aussi recevons-nous de nombreux professionnels qui vont passer deux ou trois ans à l’expatriation. Ils épargnent et à leur retour, ils ont presque la garantie de trouver un bon poste… ». Mais au-delà des raisons professionnelles et scolaires, l’apprentissage du français se fonde sur une dimension culturelle. D’abord la France a un peu une place à part dans le cœur des Chinois. « Il y a 60 ans, elle a été le premier pays à reconnaître la République populaire, rappelle la directrice. Et, encore aujourd’hui, nous sommes considérés comme une nation amie. ». Aussi les Alliances françaises insistent-elles au contraire « sur l’oral et l’autonomisation des élèves », explique Laurent Croset. Notamment pour « les étudiants qui envisagent de poursuivre leur cursus en France, et qui savent que c’est la meilleure manière de se préparer aux différentes épreuves qui les attendent dans l’optique de l’obtention du visa puis de leur adaptation à la vie universitaire en France. ». C’est la raison pour laquelle, notamment, les 15 alliances s’équipent progressivement de « smartboards », qui sont des tableaux multimédias permettant d’améliorer les interactions dans les classes. C’est d’ailleurs la principale orientation des AF, à l’avenir : moderniser ses outils pédagogiques, en développant notamment les centres multimédias. Une recette qui semble fonctionner, puisque le nombre d’élèves augmentent régulièrement, de 3 à 5% chaque année. Pour autant, le réseau, déjà très jeune avec 15 alliances ouvertes en moins de 10 ans, ne prévoit plus d’en installer de nouvelles. Quelques antennes tout au plus, afin de répondre aux besoins locaux. Mais plus encore que la croissance du réseau, c’est la détermination des élèves qui frappe le plus Laurent Croset : « Les Chinois sont très appliqués et restent après les cours pour continuer à travailler seuls avec les ordinateurs. ». Une caractéristique qui n’est peut-être pas sans lien avec « la forte pression qui s’exerce sur leurs épaules. Car l’instruction, dans ce pays, représente souvent un énorme investissement Manuel Rambaud familial. ». 

décembre 2010 / Connexions 61


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L’Université des Langues Etrangères de Pékin. 

北京外国语大学

Apprendre le français pour quoi faire ? Les débouchés des études de français se sont considérablement élargis ces dernières années pour les étudiants chinois Fu Rong est directeur du département de français à l’Université des Langues Etrangères de Pékin (Beiwai) depuis 6 ans. Il explique à Connexions les grandes évolutions qu’il a pu percevoir dans l’enseignement de la langue de Molière en Chine.

Connexions : Pourriez-vous nous présenter votre cursus personnel par rapport à la langue française et le programme d’enseignement que vous proposez aujourd’hui à Beiwai ? Fu Rong : J’ai commencé à étudier le français à Chongqing à l’Université des Langues Etrangères du Sichuan avant de partir en France suivre un double cursus en didac-

62 Connexions / décembre 2010

tique des langues et en droit communau- supplémentaires ensuite tels que l’histoire taire entre 1995 et 2000. A mon retour, j’ai de France ou le français commercial. commencé à enseigner à Beiwai et je suis Une fois diplômés, les étudiants s’orientent devenu directeur du déparen majorité vers des « N ous tement de français il y a six emplois dans les minisans. tères, dans le journaespérons que Ce dépar tement a été lisme et les entreprises créé en 1950 et il regroupe les réformes de sino-étrangères. aujourd’hui 26 professeurs l’enseignement C : Quels sont les grandes qui encadrent environ 300 évolutions dont vous avez étudiants venus des quatres supérieur nous été témoin depuis que vous coins du pays à travers le très apporteront dirigez ce département de sélectif concours national français ? une autonomie du Gaokao. Nos étudiants F.R : Depuis quelques suivent un cursus de quatre plus large. » années, nos diplômés ans en deux temps avec un ont tendance à pourfocus sur l’apprentissage de la langue les suivre leurs études à l’étranger, en France ou deux premières années puis des modules dans des pays francophones, que ce soit en


Education et formation 教育和培训 littérature, en sciences politiques ou encore dans le commerce. Nous avons également privilégié l’ouverture sur le monde à travers des partenariats avec des institutions en France, en Belgique et au Québec. Auparavant les étudiants chinois venaient chez nous avec une passion pour la langue et la littérature en lien avec la très grande attractivité de la culture française. Aujourd’hui cela reste vrai mais s’ajoutent également de nouveaux intérêts. Dans un monde globalisé, la maîtrise de l’anglais s’est généralisée et ce n’est plus un atout en terme de recherche d’emploi. Connaître le français permet de se distinguer du lot en Chine et d’obtenir de meilleurs postes comme le confirme une récente étude statistique sur le sujet. Il y a aussi l’attrait pour les établissements prestigieux d’enseignements en France comme Sciences Po ou les grandes écoles de commerce où la maîtrise du français est un plus évident pour être admis. Enfin, le développement des relations Chine-Afrique offre aussi des opportunités intéressantes et d’une manière générale, les débouchés se sont considérablement élargis pour ceux qui maîtrisent le français en Chine.

C : Pour suivre ces nouvelles tendances, quelles sont les adaptations que vous avez mises en place au niveau de votre enseignement ? F.R : Avec l’ouverture de la Chine, notre objectif initial d’introduction des cultures étrangères en Chine s’est doublé d’une nouvelle mission à savoir présenter la Chine à l’étranger. Or pour cela il faut d’abord que nos étudiants connaissent leur propre culture ! Nous avons donc proposé un tronc commun en chinois à tous les étudiants de langue sur la culture de notre pays. Nous avons également adopté des méthodes pédagogiques plus innovantes qui cherchent à développer la curiosité et l’autonomie de nos étudiants. Nous espérons enfin que les réformes en cours de l’enseignement supérieur en Chine nous apporteront également une autonomie plus large au sein des universités, en particulier en termes de choix pédagogiques et de développement des partenariats avec l’étranger.

Propos recueillis par Nicolas Sridi

学习法语有何用途 ? 近几年,国内法语专业大学毕业生的就业出路大大拓宽 《联结》:能否请您介绍一下与法语相

的因素。在全球化的世界里,掌握英语已

关的个人经历以及您在北京外国语大

经相当普遍,这不再是就业的一项优势。

学提出的法语教学计划?

懂法语在中国会让人与众不同,并能获得

傅荣:我在重庆市四川外语学院开始学习

更好的职位,正如最近一项就该问题的统

法语,然后在1995年至2000年间赴法学

计研究所证实的那样。

习外语教学研究和欧盟法课程。回国后,

还有对巴黎政治学院或商学院等法国

我在北京外国语大学教法语,并担任法语

久负盛名的教育机构的向往,在这些学校

系主任已有6个年头。

里,掌握法语肯定会为录取增加筹码。

北外法语系成立于1950年,现有教授

最后,中非关系的发展也提供了诱人

26人,培养大约300名来自全国各地经过

的发展机遇,总的来说,在中国掌握法语

高考严格选拔出的学生。我们的法语系学

者的出路大大拓宽。

生要完成4年制的本科课程,分为两个阶 段:前2年集中学习语言,后两年拓宽法语

《联结》:为了顺应这些新的趋势,你

的知识面,比如法国历史、商务法语等。

们 在 法 语 教 学 上 采 取了 哪 些 相 应 措

毕业后,绝大部分学生都是去各大部 委,新闻机构以及外资企业工作。

施? 傅荣:我们最初的目标是把外国文化引入 中国,随着中国的对外开放,我们又增加

《联结》:自从担任北外法语系主任以

了一项新任务:向外国介绍中国。为此,我

来,您见证了哪些重要变化?

们的学生必须要先了解自己的文化。于是,

傅荣:几年来,我们的学生毕业后有去法

我们要求所有外语系的学生必须完成关于

国或其他法语国家出国深造的趋势,他们

中国文化的基础课。

有的学习文学,有的学习政治学,还有的学 习贸易。通过与法国、比利时、魁北克政府

我们也采取了一些更加创新的教学方 法,来激发学生的好奇心和自主性。

机构的合作,我们也非常重视对外开放。

最后,我们希望正在进行的中国高等

以前,中国的学生是因为法国文化极大的

教育改革将在大学内部,尤其在教学方法

吸引力,怀着对语言和文学的热爱来学习

的选择及与国外合作的开发方面为我们带

法语。现在,情况依然如此,但又增加了新

来更大的自主权。

décembre 2010 / Connexions 63


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专栏

Stand français lors du Salon du Livre de Pékin 2010.

2010年北京国际图书博览会上的法国展台

« Suivre son propre chemin » une carrière d’enseignante en Chine Françoise Pinot a pris sa retraite cette année après quelques 25 ans passés à enseigner le français en Chine. Retour sur une carrière dédiée à la passion de la francophonie et de la Chine. Arrivée en Chine en 1984, Françoise Pinot fait le choix d’éviter les universités prestigieuses des grandes villes pour consacrer tous ses efforts aux étudiants moins favorisés des «  petites » universités de villes de province comme Xiamen, Chongqing puis Nanning. Elle commence à l’ Université de Xiamen. « L’ouverture est encore timide, se souvient Françoise, et les limitations nombreuses. Je ne pouvais recevoir mes collègues chez moi, et eux-mêmes ne pouvaient m’inviter chez eux. Les conditions de travail et de vie étaient rudimentaires et le salaire moyen était de l’ordre de 80 RMB. ». Les méthodes d’enseignement sont alors encore très traditionnelles, rigides et reflètent une société marquée d’interdits et par une discipline encore assez militaire au sortir de la Révolution Culturelle. Françoise ne fait ces rappels que pour mesurer le chemin parcouru et mieux apprécier les changements intervenus. 64 Connexions / décembre 2010

L’université évolue au rythme de la société Elle arrive en 1989 à Chongqing, au Sichuan. Elle trouve des gens très différents, des mentalités plus ouvertes, un esprit presque frondeur, moins traditionnel que dans le Fujian. L’enseignement de français, comme les autres disciplines, change aussi radicalement. On a recours à de nouvelles méthodes plus réactives, on fait davantage appel aux professeurs étrangers. L’accent est mis sur la formation des enseignants qu’on encourage à effectuer des séjours linguistiques à l’étranger, bourses à l’appui. Les étudiants passent des thèses pour être recrutés comme enseignants ou trouver un emploi. Aujourd’hui, c’est cette génération que l’on trouve le plus souvent à la tête des départements de français dans tout le pays ou dans certaines entreprises sino-étrangères. Là aussi, l’université évolue au rythme de la société. Les études deviennent payan-

tes, l’Etat ne garantit plus l’emploi à l’issue des études. Les universités sont donc mises en demeure de former les étudiants en vue du marché du travail avec des formations plus professionnelles, de mieux préparer les jeunes à s’adapter au monde des entreprises et de l’emploi. Cela a des répercussions directes dans l’enseignement du français, où l’accent est mis désormais sur un français plus professionnel, plus adapté aux besoins de la société et aux entreprises. Les universités de provinces sont les moins lotties « Si je fais le bilan de ces 25 ans de présence en Chine, je constate que le niveau du français et la qualité de la formation ont fait un bond en avant spectaculaire. Au début des années 2000, le Plan 211 a permis de sélectionner une centaine d’universités d’élite. En conséquence, celles-ci ont été dotées de moyens financiers considérables. Mais ces mesures ont été prises au détriment des universités de province les moins bien dotées. », explique Françoise. « Le problème majeur pour les étudiants aujourd’hui est et sera l’emploi. Les provinces ne proposent pas de postes aux francophones ou rarement, que ce soit à Chongqing ou à Nanning, et ceux des grandes entreprises mixtes ou étrangères sont « réservés » aux étudiants mieux formés de Pékin ou de Shanghai par exemple. ». Aujourd’hui, dans les universités de province, c’est l’Afrique qui attire les étudiants et constitue un réservoir d’emplois important pour les francophones dans la coopération technique, commerciale ou médicale. C’est sans doute une nouvelle chance pour la francophonie en Chine constate l’enseignante. Comment résumer 25 ans de carrière en Chine ? « Il y a 20 ans, j’avais beaucoup de mal à faire comprendre le sens de l’expression « être soi-même ». Aujourd’hui, plus besoin d’explication. J’ai vu récemment une marque commerciale chinoise qui a choisi comme slogan « suivre son propre chemin » - « zuo ziji de lu » et cette publicité efficace ne pose plus aucun problème pour les jeunes chinois d’aujourd’hui. Et en un instant, j’ai compris tout le chemin parcouru depuis mon arrivée en Chine ».

Laurent Ballouhey


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Education et formation 教育和培训

l’Expo Universelle de Shanghai 2010. 

2010年上海世博会期间,在法国馆举行的集体婚礼。

L’image de la France en Chine Une analyse de Renaud de Spens de l’évolution de l’image de notre pays dans l’Empire du Milieu. Les grands magasins du boulevard Haussman font des annonces en mandarin, les casinos niçois ne désemplissent pas de fonctionnaires en mission de la République Populaire, et des milliers d’étudiants chinois viennent chaque année dans l’Hexagone accomplir leur « rêve français ». La France est le pays étranger le plus apprécié des Chinois (8,1%), derrière les Etats-Unis (13,1%) et juste devant l’Australie (6,7%) et Singapour (6,5%). Cela ne fait qu’un siècle que la France a une image en Chine, et contrairement aux idées reçues, cette image n’est pas encore véritablement le fruit d’une réflexion subjective chinoise, mais reflète surtout la koinè culturelle internationale. Cependant, elle est aussi traditionnellement lourdement marquée par la propagande politique. Cela compose un tableau attrayant dont le schéma initial repose surtout sur des malentendus, mais qui s’enrichit et s’approfondit d’année en année. Le « romantisme » (浪漫 làngmàn), tarte à la crème de l’image de la France en Chine, est un préjugé hérité de l’époque coloniale, issu de la domination culturelle britannique. En chinois, le terme ne correspond pas fidèlement à ce que l’on en entend en Occident, mais évoque principalement le goût pour l’amour et le libertinage, transmettant ainsi ce que l’opinion publique internatio-

nale et surtout anglo-saxonne de la fin du XIXe siècle pensait des Français. La France personnifie donc au mieux pour les Chinois le trouble érotique de l’altérité. Ce trouble peut être attirant, éventuellement sublimé dans le goût du beau ou de l’art de vivre à la Française ; il peut aussi repousser, certaines personnes prétextant par exemple ne pas vouloir aller étudier en France parce que les relations hommesfemmes y seraient trop libres. Pendant la Révolution Culturelle, « Le rouge est le noir » était considéré comme licencieux et devait être caché. Un malentendu politique passé dans la propagande L’établissement de relations diplomatiques entre la France et la Chine maoïste, en 1964, soit 14 ans avant les Etats-Unis, a été largement exploité par la propagande (La France est alors la 1ère grande puissance occidentale a établir des relations au niveau d’un échange d’ambassades). La plupart des Chinois ont ainsi appris à l’école que la France est un pays ami, le premier Etat occidental à avoir reconnu la République Populaire. C’est intéressant, car ce n’est pas vrai. D’une part, la Suisse et les pays scandinaves échangeaient déjà des relations diplomatiques pleines et entières avec la Chine, et la Grande-Bretagne avait recon-

nu le nouveau gouvernement chinois dès 1950. D’autre part, ce geste ne faisait que s’inscrire dans la politique gaullienne d’indépendance de la France, et ne procédait d’aucune sinophilie. Pourtant, ce mythe a pu flirter avec la réalité lors de la présidence Chirac, et a culminé avec les années croisées France-Chine en 2003-2004. La diplomatie française très pro-chinoise de l’époque avait une grande visibilité dans les domaines de la coopération culturelle et universitaire, et était particulièrement mise en valeur dans les media chinois. Au début de l’année 2007, un sondage faisait apparaître la France comme « le pays le plus ami avec la Chine ». Après le choc de 2008, que reste t-il de la francophilie chinoise ? Tout cela explique le choc de l’opinion publique chinoise lorsqu’elle a découvert les images des troubles sur le parcours de la flamme olympique au printemps 2008, notamment celles de l’agression contre l’athlète handicapée chinoise Jing Jing à Paris. Très mobilisés, les étudiants chinois en France faisaient connaître sur internet à leurs compatriotes les articles souvent très anti-chinois de la presse française de l’époque. Les papiers les plus virulents étaient traduits, sans aucun filtre médiatique, sans aucune explication ni bémol. De plus, pendant 10 jours, aucun officiel français n’avait daigné répondre aux sollicitations des media chinois. Ce silence avait suscité trois « unes » accusant la France dans le grand quotidien nationaliste Huanqiu Shibao, et avait encouragé un mouvement de boycott des produits français. Aujourd’hui, les Chinois sont revenus de leur francophilie béate et sans réciprocité de la première moitié des années 2000, mais ont aussi dépassé leur émoi de 2008. La francophilie chinoise peut donc désormais se fonder sur des raisons plus profondes. De l’eau minérale « C’est bon » au biscuit « Le cadeau du Noble », le français est un indicateur de prestige pour la communication des marques chinoises, notamment bien sûr dans le domaine de la mode. Autour de Nanluoguxiang et de la Tour du Tambour, quartier le plus branché de la capitale chinoise, les petits écriteaux « Ici on parle français » ne sont pas rares. 

Renaud de Spens décembre 2010 / Connexions 65


DOSSIER

专栏

Les étudiants chinois formés « à la française » représentent le vivier de demain pour nos entreprises implantées en Chine. 对于法国在华企业而言, 按照法国教育模式 培养的中国学生 是未来的人才资源。

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ÉTUDIER A LA FRANCAISE

法 式 教 育 Aujourd’hui il existe plus de 300 accords entre les universités françaises et chinoises.  如今,中法高校之间的合作项目已超过300个。

Un large panel de formations Par Denis Fourmeau, attaché de coopération universitaire Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Chine Notre coopération universitaire avec la Chine porte sur un large éventail d’actions qui couvrent tous les domaines disciplinaires mais accordent une forte représentativité aux formations dans les domaines de l’économie, de la gestion et du commerce, du droit et des sciences politiques, des spécialités médicales et des sciences de l’ingénieur. Les accords interuniversitaires avec les établissements d’enseignement supérieur chinois, estimés à plus de 300 aujourd’hui, prennent des formes très variés, telles que la délocalisation de diplômes, la création de doubles diplômes et de diplômes conjoints,

l’aide à la création de filières de formation dans les établissements chinois ainsi que la cotutelle de thèses. Plusieurs programmes délocalisés de formation d’ingénieurs « à la française » ont été mis en oeuvre par la France en Chine, tels que l’Ecole Centrale de Pékin, ouverte en 2005 sur le campus de l’Université d’Aéronautique et d’Aérospatiale de Pékin, ou l’Institut sino-européen d’Aéronautique (GEA Tianjin) sur le campus de l’Université d’Aviation civile de Chine à Tianjin, inauguré en 2007. Ces établissements ont pour vocation de former des ingénieurs bilingues


Education et formation 教育和培训

Denis Fourmeau

Panorama des formations françaises Jean Dorey. Aujourd’hui, l’Ecole centrale de Pékin est non seulement « un gage d’une relation long terme de qualité » entre la France et la Chine, selon le directeur de l’établissement. Mais c’est aussi un formidable vivier de recrutement pour tous les groupes industriels français implantés en Chine. Julie Desné

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L’Ecole Centrale de Pékin

北航中法工程师学院

Centrale Pékin Des ingénieurs « à la française » L’automne prochain sortira la première promotion de l’Ecole centrale de Pékin. Près de 80 ingénieurs formés en français dans la plus pure tradition de l’esprit des écoles centrales que l’on retrouve dans l’Hexagone – ils seront à terme 120 par promotion. L’idée de donner à la Chine des ingénieurs formés « à la française » est d’abord venue de Pékin. Il s’agissait d’une demande du Ministère de l’Education chinois, formulée fin 2002 début 2003, qui partait du constat que « les formations d’ingénieurs en Chine n’étaient pas adaptées à la Chine de demain », explique Jean Dorey, directeur de l’Ecole centrale de Pékin. Une Chine en train de basculer d’une position d’atelier du monde à celle de première puissance économique mondiale dans les décennies à venir – elle est déjà la deuxième. « Il faut devenir une puissance d’innovation », juge le responsable de la formation pékinoise, installée à l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin (Beihang). A l’époque, la demande chinoise suscite l’intérêt immédiat des écoles centrales, qui y voient une reconnaissance majeure de leur formation et du système d’éducation français. Depuis, le campus a grossi. D’ores et déjà, près de 700 étudiants y sont installés. Ceux qui en ont les moyens financiers ou qui obtiennent une bourse peuvent enrichir leur cursus d’un passage en France, qui peut aller jusqu’à deux ans. « Notre objectif est d’envoyer au moins la moitié des étudiants au moins un semestre en France au cours de ses études », précise

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ayant la double culture au terme d’un cycle de formation en 6 ans avec classes préparatoires intégrées (CPGE). Ils bénéficient d’un engagement significatif de l’Etat et de plusieurs groupes industriels français. Le troisième programme de ce type est l’Institut franco-chinois de l’Energie nucléaire (IFCEN) sur le campus de Zhuhai (province du Guangdong) de l’Université Sun YatSen, qui a accueilli ses premiers étudiants en septembre 2010. De nouveaux types de partenariats Prenant la suite et tirant les leçons de ces trois programmes précurseurs, de nouveaux types de partenariats franco-chinois sont désormais en train d’éclore, basés sur d’autres modèles pédagogiques et d’autres modalités de financement. L’on peut citer en premier lieu l’Institut franco-chinois de l’Université du Peuple de Chine (IFC Renmin), qui vient d’ouvrir ses portes à la rentrée 2010. Associant l’Université ParisSorbonne (Paris IV), l’Université Paul Valéry (Montpellier 3) et l’école Euromed Management de Marseille à l’Université du Peuple de Chine, l’IFC Renmin a pour vocation de former en cinq années dans les domaines des sciences humaines et sociales et des sciences économiques des promotions de 100 à 150 étudiants chinois, dans le cadre de parcours académiques intégrant mobilité internationale et double diplômation française et chinoise. L’autofinancement de cet institut repose pour l’essentiel sur l’investissement des établissements français, la forte implication financière de la partie chinoise et, pour la première fois, sur le déplafonnement des frais de scolarité des étudiants. Dans les mois qui viennent devrait aussi s’ouvrir à Wuhan l’institut ICARE (Institute for Clean and Renewable Energy), partenariat entre l’université des sciences et technologies Huazhong et un consortium d’établissements européens emmené par Mines ParisTech, et qui délivrera un master en 2 ans, enseigné en anglais et en chinois, à des étudiants déjà titulaire d’un benke (équivalent licence) chinois. L’originalité de cet institut réside aussi dans le fait qu’il est adossé à un centre de formation continue pour professionnels, dont les revenus réguliers devraient ainsi permettre d’assurer l’équilibre financier du projet.

Le campus d’EMLyon à Shanghai  里昂商学院上海校区

EMLyon Un pont culturel pour mieux faire des affaires EMLyon n’a jamais douté de l’importance croissante de la Chine. Présente dans l’Empire du Milieu depuis treize ans, l’école de commerce lyonnaise n’a cessé de développer des partenariats à Canton, Hangzhou et à Shanghai. Point d’orgue de cette implantation : un campus ouvert en 2007 au sein de la East China Normal University de Shanghai. L’établissement français cherche à attirer des étudiants chinois en France mais à former des cadres en poste sur son site chinois. « On aimerait faire venir plus de cadres chinois », précise Arnaud Debane, directeur du Campus Asie d’EMLyon, qui propose des formations de MBA (Master of Business Administration) pour jeunes cadres et d’EMBA (ExecutiveMBA) pour des profils plus expérimentés. Le recrutement est minutieux. « Nous vérifions systématiquement auprès des universités, voire des employeurs, les informations données dans les curriculum vitae. Tous les candidats ont été interviewés selon les mêmes critères qu’en France »,

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DOSSIER

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explique le responsable. Les étudiants chinois, qui postulent sont souvent séduits par une image glamour de la France. Les industries où les sociétés françaises excellent comme le luxe ou les cosmétiques suscitent des vocations. « Nous voulons que leur motivation aille au-delà de ce côté parfois superficiel », tempère Arnaud Debane, qui veut faire la promotion du savoir-faire français dans tous les types de domaine, y compris industriel. Mais les étudiants français d’EMLyon profitent aussi de cette implantation asiatique, avec 110 Français sur le campus de Shanghai. « Nous avons vocation à former des managers performants dans différents contextes des affaires. Dans le contexte économique actuel, si vous êtes étudiant ou cadre, vous aurez forcément affaires à des interlocuteurs chinois, avec des codes différents. La meilleure façon de les comprendre est de venir en Chine », résume le J. D. directeur.

ParisTech Une seconde génération d’école d’ingénieurs francochinoise



J. D.

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Présent depuis dix ans en Chine, ParisTech a été le témoin des évolutions de la coopération chinoise en matière de formation. Le regroupement de douze écoles d’ingénieurs et de gestion de la région parisienne (Agro, Ecole des Ponts, les Arts et Métiers, Chimie Paris, l’Ecole des Mines, Télécom Paris, ENSTA, Polytechnique, ESPCI, ENSAE , HEC, Institut d’Optique Graduate School)

va participer à un nouveau programme franco-chinois de formation d’ingénieurs au sein de la prestigieuse Université de Tongji à Shanghai, dont la première rentrée se fera en 2012. Environ 150 étudiants sortiront chaque année de cette formation, financée par l’établissement shanghaien. « Jusqu’à maintenant les pays étrangers finançaient les programmes. La nouveauté est de dire à Tongji, si vous voulez vraiment établir une réputation internationale, ce doit être votre projet », explique Philippe Caradec, directeur de ParisTech en Chine. Un projet qui s’inscrit dans la réforme chinoise des écoles d’ingénieurs lancée l’an dernier et pour lequel Tongji et ParisTech associeront d’autres établissements français Cette nouvelle école s’ajoute à deux programmes opérés depuis la fin des années 1990 par ParisTech : le programme des 50 ingénieurs et celui de l’Institut Franco Chinois d’Ingénierie et de Management (IFCIM) à Tongji. Le premier recrute des ingénieurs d’élite dans neuf universités chinoises pour passer deux ans dans une des écoles du consortium parisien. Le second propose des masters professionnels et un MBA à temps partiel, SIMBA, destiné à former des cadres d’entreprises internationales du bassin du Yangtse. Les deux formations sont particulièrement appréciées des multinationales implantées en Chine. D’autres projets sont en cours. « Nous voulons accroître le nombre d’étudiants français qui viennent faire des études en Chine, monter des partenariats de recherche et nous développer sur la formation continue », résume Philippe Caradec.

ParisTech en Chine  68 Connexions / décembre 2010

巴黎高科

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专栏

Sciences Po Paris 

巴黎政治大学

Sciences Po Paris Sciences Po en cohérence avec son internationalisation Créée en 2002, la délégation de Sciences Po à Pékin a coïncidé avec la volonté de l’université française de s’ouvrir davantage à l’international. « Nous comptons aujourd’hui 42% d’étudiants étrangers », explique Cindy Arnold, responsable de la délégation, avant de préciser « la Chine a 1,3 milliard d’habitants , y être présent et y recruter était une évidence. ». Une volonté qui passe par de la promotion dans un pays qui a l’habitude de mastodontes de l’enseignement, comme ses super universités de Pékin ou de Shanghai, qui comptent des dizaines de milliers d’étudiants. Un Institut d’Etudes Politiques (IEP), aussi prestigieux soit-il, n’a pas toujours la notoriété qu’il mérite. « Je vais présenter nos cursus dans les lycées, dans les universités », raconte Cindy Arnold, qui se charge également de traiter les dossiers de candidature et d’organiser les entretiens d’admission. Les étudiants chinois peuvent intégrer la formation française à diverses étapes. Les lycéens sont intéressés par le premier cycle


Education et formation 教育和培训 fois difficiles, c’est normal », dit-elle. Sciences Po a aussi des doubles diplômes, en partenariat avec deux établissements chinois : l’Université de Pékin (Beida) et l’Université de Fudan, qui comptent parmi les meilleures du pays. 

Skema 

avons des étudiants majoritairement français, beaucoup de Français d’origine chinoise et quelques Chinois qui suivent déjà notre cursus en France et viennent passer un semestre », explique Claire-Lise Dautry, directrice du campus de Suzhou. Les étudiants se répartissent sur deux programmes proposés par l’école : un master généraliste, comme on en trouve dans les grandes écoles de commerce et un master spécialisé sur l’Asie, intitulé « Doing business in Asia », focalisé sur les stratégies interculturelles. Un troisième master ouvrira en septembre prochain, axé sur le luxe. Fusion du Ceram de Sophia Antipolis à Nice et de l’Ecole supérieure de commerce de Lille (ESC Lille), Skema nourrit une dimension internationale depuis très longtemps. En-dehors de ses implantations françaises, l’école comprend des campus aux EtatsUnis et au Maroc, où ses étudiants peuvent passer un semestre. Spécialisée dans le secteur des nouvelles technologies, l’établissement avait emballé une délégation du parc industriel Suzhou New District en 2008, en visite à Nice. « Sur place ils n’étaient pas encore prêts à nous recevoir mais nous envisageons d’y déménager plus tard », précise Claire-Lise Dautry.

J. D.

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rebaptisé à l’anglo-saxonne College. Il représente les trois premières années de l’IEP. Les titulaires d’une licence optent pour un master et ils s’orientent soit vers le monde de l’entreprise soit vers la recherche. Et enfin, le Master of Public Affairs (MPA) s’adresse à des jeunes professionnels. Environ 30% des candidatures sont retenues. Sciences Po cherche à attirer davantage de candidatures, en particulier pour les nouveaux cursus anglophones, sans pour autant vouloir forcément augmenter le nombre d’admis. « Nous ne sommes pas là pour faire du chiffre », explique la représentante de l’école. Le français n’est pas requis pour tous les cursus, certaines formations peuvent être entièrement suivies en anglais, « mais ils l’apprennent obligatoirement une fois en France. Après tout, nous sommes une école française et ils vivent en France, c’est normal », souligne la responsable. Au total, 160 étudiants chinois écument les allées de Sciences Po cette année, dont une quarantaine tout juste débarqués de Chine en septembre. Débarqués, mais pas jetés aux lions. Sciences Po insiste sur l’encadrement. « Nous les suivons de très près », assure Cindy Arnold, qui passe du temps en amont à les préparer à leur arrivée en France, au cours de réunions d’information organisées à Pékin. « Les débuts sont par-

商科联盟国际商学院

Skema Une formation high-tech au sein d’un parc industriel Installé sur la zone du Suzhou Industrial Park (SIP) depuis 2008 en campus, Skema accueille entre 150 et 200 étudiants à chaque promotion, deux fois par an. « Nous



J. D.

Des notions clés pour aborder le marché de l’éducation en Chine Dans le cadre de son adhésion à l’OMC, la Chine protège de manière ferme un secteur de l’éducation jugé stratégique. Il n’est ainsi pas possible de proposer des services en dehors d’un partenariat avec des acteurs locaux et seuls les établissements proposant de la formation initiale dans leur pays peuvent faire de même en Chine. Même au sein d’une JV, l’obtention et le renouvellement des licences sont des processus souvent laborieux et qui peuvent s’avérer des obstacles lourds à une implantation. Depuis 2008, Cédric Barrier dirige Pharos Education, un cabinet de conseil spécialisé sur le marché chinois qui accompagne des acteurs européens et étrangers dans leur analyse de la situation locale et la

mise en place de projets éducatifs. Il précise pour Connexions quelques points essentiels à garder en tête avant de tenter l’aventure éducative en Chine. - Faire absolument un business plan ! « Bien souvent, on a du mal à envisager l’éducation comme un simple commerce. Il est vrai qu’il s’agit d’un secteur où l’éthique est primordiale mais cela reste un business à part entière. Avoir des clients ne suffit pas, il faut élaborer une véritable stratégie pour tenir sur le long terme » - Ne pas négliger les aspects juridiques ! « La Chine est un marché particulier en terme d’éducation avec un véritable écosystème qu’il faut bien connaître. Les lois sont assez restrictives, en particulier pour la formation initiale,

elles évoluent rapidement et plusieurs administrations supervisent parfois certains domaines comme celui de la formation  professionnelle. Autant d’éléments à bien vérifier pour éviter les mauvaises surprises ». - S’engager dans la durée et savoir s’ouvrir ! « Les acteurs chinois cherchent souvent à être rassurer. Il faut leur montrer qu’on est bien présent et actif localement sous peine de voir le projet dériver rapidement. Je pense que l’idéal est d’avoir quelqu’un en permanence en Chine pour assurer le suivi. On arrive aussi en Chine avec pas mal de préjugés, positifs ou négatifs, qui peuvent influencer les relations et il faut pouvoir accepter que les choses se fassent différemment ici ». Nicolas Sridi

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DOSSIER

Sciences Po Paris accueille chaque année plus de 160 étudiants chinois à Paris. 

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专栏

巴黎政治大学在巴黎本部每年招收160多名中国学生。

Francis Vérillaud, directeur des affaires internationales et des échanges de Sciences Po

La Chine est une priorité dans la stratégie d’internationalisation de Sciences Po Francis Vérillaud, directeur des affaires internationales et des échanges de Sciences Po, nous explique la stratégie de développement de son établissement dans le monde et plus particulièrement en Chine.

Connexions : Comment Sciences Po a envisagé la globalisation de l’offre d’éducation et quelle a été votre stratégie vers l’international ? Francis Vérillaud : Dès 1996, nous avons entamé au sein de Sciences Po une réflexion de fond sur le développement de nos activités à l’international. Pour résumer, nous avions le choix entre rester une bonne institution locale ou nous positionner sur un marché mondial de l’éducation en pleine mutation et nous avons décidé d’intégrer assez tôt la compétition globale. Tout d’abord, nous avons voulu que notre offre de formation soit facilement lisible et compréhensible . Pour cela, nous avons créé un cursus en 3 ans, le collège universitaire de Sciences Po, qui délivre un diplôme de Bachelor, ainsi que des Masters regroupés en écoles et nous proposons également de nombreux doctorats. Nous avons ensuite développé les aspects multilingues pour que 70 Connexions / décembre 2010

des étudiants ne maîtrisant pas le français puissent malgré tout venir suivre nos enseignements. Avec cette restructuration, nous nous sommes associés à des établissements très réputés tels que la London School of Economics pour bénéficier d’une renommée accrue non seulement dans les pays d’origine mais aussi dans le reste du monde. Nous proposons aujourd’hui 20 doubles diplômes au niveau Master et accueillons 400 étudiants étrangers en France dans ces doubles cursus sur 3000 candidatures internationales. A l’avenir, nous voulons développer l’aspect recherche au niveau mondial ce qui nécessite d’avoir des fonds suffisants pour suivre une compétition intense. Se pose alors pour nous la question essentielle de trouver un équilibre entre ressources financières et indépendance de la recherche.

C : Plus spécifiquement, comment avez-vous abordé la Chine dans cette ouverture au reste du monde ? F.V. : Les transformations du secteur de la formation en Chine sont tout bonnement hallucinantes ! On est passé de 7 à 30 millions d’étudiants sur une période très courte, preuve que les autorités chinoises ont massivement misé sur l’éducation. La Chine est une


Présentation de Sciences Po Paris à des lycéens chinois. 

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Education et formation 教育和培训

向中国高中生推介巴黎政治大学。

vraie priorité de notre stratégie d’internationalisation. Cela implique pour nous une stratégie de développement très Nous sommes présents ici depuis 10 ans dans le domaine des sci- différente de celle mise en place ici à Pékin. ences sociales, plus complexes à intégrer que les sciences dites De manière générale, je dirais que la Chine est un peu en avance dures, et nous avons des partenariats avec sept universités en Chine avec une croissance plus forte et des efforts plus importants en continentale dont Beida à Pékin et Fudan à Shanghai. matière d’éducation. Sciences Po a également mis en place des échanges En Inde, les grandes universités de base créées permanents de professeurs avec l’université de Tsin- « Nous depuis 20-30 ans ont peu de moyens, les castes ghua à Pékin dans les départements de sociologie, rendent le système très complexe dans son foncde droit et des études politiques. Nous capitalisons n’avons pas tionnement mais le niveau d’enseignement est aussi sur notre réseau d’anciens locaux pour accroî- encore pris très bon. L’Inde investit néanmoins massivement tre notre notoriété en Chine. pour rattraper son retard et a fait le choix assez la mesure des Aujourd’hui, nous voulons à la fois augmenter le récemment de privilégier des petites structures nombre d’étudiants chinois que nous accueillons changements d’excellence en technologies et management. en France, plus de 160, et le nombre d’étudiants de On voit ainsi se dessiner un système assez proche en Inde et en Sciences Po, français et étrangers, envoyés en Chine de notre système français de grandes écoles Chine ni des qui tourne autour de 70 par an. d’ingénieurs et de commerce misant sur un niveau Dans le cadre de notre nouveau double diplôme de impacts que d’exception. Le recrutement dans le sous-conmaster en communication avec l’université de Futinent reste pour nous assez complexe en tant dan, les étudiants ont la possibilité de se confronter cela aura sur qu’institution française mais les candidats sont à des approches très différentes dans les deux pays. le marché d’une qualité vraiment hors du commun. C’est une vraie plus-value pour eux et c’est ce genre En résumé, je pense qu’il y a plus d’excellence en de partenariats que nous souhaitons développer à mondial de Inde qu’en Chine avec un système également plus l’avenir. Ce double diplôme est notre troisième en l’éducation. » proche du notre mais paradoxalement, pour des Chine, et tous sont des doubles diplômes internaraisons historiques, d’infrastructures et de langues, tionaux et non franco-chinois. nous faisons plus avec la Chine. C : Vous parliez de la Chine comme d’une priorité sur la zone Asie mais vous Plus globalement, il faut bien se rendre compte que ces deux êtes également bien implanté en Inde. Comment analysez-vous les différences pays mettent des moyens colossaux dans le développement de entre ces deux géants de la globalisation ? l’enseignement supérieur et la recherche et se dotent très rapideF.V. : De par l’histoire et pour des raisons linguistiques, l’Inde se rat- ment des infrastructures nécessaires. Propos recueillis par Nicolas Sridi tache largement au monde Anglo-saxon en matière d’éducation. 

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DOSSIER

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专栏

Depuis 1997, l’école Polytechnique a recruté près de 190 étudiants chinois. 

1997以来,巴黎综合理工大学招收了近190名中国学生。

Pourquoi les entreprises françaises s’impliquent dans la formation de l’élite chinoise S’associer à des programmes de coopération entre des écoles françaises et chinoises est devenu pour l’entreprise une stratégie RH importante. Selon une étude du cabinet Mc Kinsey, la Chine compte aujourd’hui environ 5 000 cadres possédant des compétences recherchées par les entreprises multinationales implantées dans le pays, alors que 75 000 postes d’encadrement devraient être créés d’ici 2020. C’est donc à la fois pour séduire des jeunes talents et pour les aider à développer leurs compétences que la plupart des entreprises françaises ont mis en place une stratégie très complète, déployée en deux volets, interne et externe. La stratégie interne Cette stratégie est né du constat que l’enseignement supérieur en Chine est encore trop centré sur des cursus fondés sur l’apprentissage théorique et répétitif. L’organisation de stages pratiques au sein de l’entreprise pour les ingénieurs et les 72 Connexions / décembre 2010

techniciens est donc indispensable pour les aider à s’adapter à ces métiers tels qu’ils sont pratiqués en Europe. Il s’agit pour les entreprises de développer le professionnalisme des cadres chinois, notamment dans les fonctions managériales, comme chez Carrefour ; de renforcer les compétences en R&D, comme chez Dongfeng Peugeot Citroën Automobile à Wuhan  ou bien de mettre en place un Master de Business Administration comme chez Pékin Orange Labs. Très récemment, Schneider Electric a signé en septembre 2010 un accord de coopération stratégique avec l’Université de Pékin afin de créer en Chine le premier Centre de Recherche sur le management des systèmes énergétiques. Schneider Electric, très impliquée dans l’éducation en Chine, avait déjà mis en œuvre depuis 2006 un programme de coo-

pération avec une vingtaine d’universités partenaires à travers toute la Chine, comprenant 15 laboratoires et plusieurs projets de coopération en R&D suivis par 350 étudiants. La stratégie externe Les entreprises constatent en Chine que s’associer à des programmes entre des écoles françaises et des universités chinoises favorise leur visibilité et contribue à leur image. Parmi ces programmes, citons les plus célèbres comme celui des Ecoles Centrales - en coopération avec l’Université de Beihang - ou de l’Association ParisTech, qui rassemble les principales écoles d’ingénieurs françaises telles que Polytechnique, l’Ecole des Mines, l’ENSAM/Arts et Métiers/ESPCI Physique et Chimie, aujourd’hui associé à l’Université Tongji de Shanghai. Les entreprises françaises ont été nom-


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www.connexions.ccifc.org

L’usine d’assemblage de l’A320 d’Airbus à Tianjin. Le groupe est engagé dans un programme de coopération entreprise-école en Chine.  空客A320天津总装厂。空客积极支持校企合作项目。

breuses à répondre à l’appel à sponsoring de ces écoles en Chine. Aujourd’hui on dénombre parmi les principaux sponsors de Centrale Total, EDF, PSA, Alstom, Orange, Société Générale, Arcelor Mittal, tandis que le programme Paris Tech/IFCIM a attiré dès sa création une dizaine d’entreprises françaises telles que Air France, Alcatel, Bouygues, Suez Environnement, Vinci et pratiquement autant d’entreprises publiques chinoises de divers domaines comme la construction, les transports, etc. Former des « passerelles culturelles » Les programmes de coopération entreprises-écoles tendent à se multiplier face à leurs succès. Le projet réunissant l’Université d’Aviation chinoise et le groupe des Ecoles de l’Aéronautique sous l’égide d’Airbus, qui a implanté à Tianjin son usine d’assemblage de l’A320 ou le programme réunissant l’Institut National Polytechnique de Grenoble et l’Institut National des Sciences et Techniques de l’Université Sun Yat-sen de Canton initié en septembre 2010 à Zhuhai en sont des exemples emblématiques. Ces partenariats ont plusieurs objectifs. D’abord, capter les jeunes talents, une ressource qui selon la plupart des directeurs des Ressources Humaines des entreprises

françaises est encore rare, mais, surtout, coopter ces talents qui pourront s’épanouir dans l’entreprise et y rester. Par ailleurs, ces programmes offrent la garantie que les jeunes étudiants seront formés « à la française ». Cela signifie qu’ils seront mis en situation de prendre des initiatives, de travailler sur des projets concrets, avec une ouverture d’esprit encore non ancrée dans les habitudes pédagogiques chinoises. Ces futurs managers chinois, dont les salaires seront moins chers que ceux des cadres français expatriés, deviendront ainsi des « passerelles culturelles » entre le management français et les équipes chinoises. Enfin, les laboratoires et les centres de recherches des universités chinoises sont des lieux de pouvoir et d’investissement où les entreprises françaises peuvent étendre leurs réseaux ou faire du « screening » de compétences. Être sponsor d’un partenariat avec une université chinoise permet à l’entreprise de se doter d’une image qui lui servira non seulement pour recruter les meilleurs étudiants mais aussi pour s’offrir une étiquette d’entreprise responsable. 

Any Bourrier

Au-delà des idées reçues, Connexions donne la parole aux experts et acteurs de terrain.

décembre 2010 / Connexions 73


DOSSIER

Une formation de Total dans une université chinoise partenaire.

© Total

专栏

道达尔在与其合作的高校里举办的一次培训

Total

Un engagement durable dans l’éducation en Chine 3 questions à Jacques de Boisséson, représentant général de Total en Chine, sur l‘engagement du groupe en faveur de l’éducation en Chine.

Connexions : Quels sont les programmes et partenariats que vous avez mis en place en Chine avec les établissements d’enseignement supérieur ? Jacques de Boisséson : Nous répliquons en Chine les programmes mis en place par le groupe au niveau mondial. Concrètement, nous avons des coopérations avec plusieurs universités chinoises couvrant l’enseignement, la recherche et le recrutement. Nous apportons également une aide matérielle, proposons des bourses d’étude et accueillons des étudiants, professeurs et Présidents d’université dans nos program74 Connexions / décembre 2010

mes mondiaux comme « Total Summer School » et « Total Education and Energy Seminar » pour les inciter à s’ouvrir sur l’international. En Chine, nous sommes assez sélectifs dans nos partenariats car le pays compte des milliers d’universités et nous cherchons en priorité des établissements qui ont une proximité avec nous en termes d’enseignements et de qualifications. Nos offres sont en général très bien reçues car elles sont adaptées aux besoins des universités locales et, il ne faut pas se voiler la face, elles ont l’immense avantage d’être gratuites ! Par exemple, notre programme TPA (Total Professeurs Associés) permet à nos partenaires d’accueillir des experts de haut niveau pour des conférences et des cours relatifs à tous les domaines de l’activité pétrolière ou autres. Si elles devaient

faire venir à leurs frais des spécialistes de cette qualité avec une vraie expérience du terrain, les universités chinoises devraient débourser des sommes conséquentes.

C : Et de votre côté, quels sont les avantages à développer de tels partenariats en Chine ? J. de B : D’une manière très globale, nous estimons que le groupe sera plus à l’aise pour se développer dans une société avec un haut niveau d’éducation. Sans prétendre nous substituer à l’Etat, nous pensons pouvoir apporter notre soutien à la mise en place d’un système efficace qui sera bénéfique à notre expansion locale. Il s’agit aussi pour nous d’identifier des partenaires prioritaires dans une optique de recrutement. En nous associant, nous pouvons plus facilement suivre les programmes proposés par les établissements et instaurer une relation de confiance. D’un côté nous


Education et formation 教育和培训 savons ce que font les institutions et de l’autre ces dernières nous offrent un accès prioritaire à leur vivier de diplômés. Les partenariats sont également importants pour l’image du groupe. Ils permettent de nous faire connaître et de mettre en avant nos capacités techniques dans une optique d’embauche. En Chine, les entreprises sont nombreuses et cherchent à se développer rapidement, il est donc important d’être bien visible d’autant que Total n’est pas encore très connu ici. Personnellement, je suis frappé par la tendance des étudiants chinois à se spécialiser dans les filières techniques en vue d’obtenir un « vrai » travail. C’est un peu l’opposé de ce que l’on peut voir en Europe, et en particulier en France, où les jeunes choisissent en priorité des diplômes généralistes. Le résultat, c’est que pour certains recrutements spécialisés, nous n’avons d’autre choix que de nous tourner vers la Chine car les filières sont délaissées en Occident !

C : Comment envisagez-vous l’avenir de vos partenariats en Chine ? J. de B : Nous allons chercher à approfondir nos partenariats plus qu’à les élargir. Je préfère développer au mieux ce que nous avons déjà mis en place plutôt que de nous disperser en édulcorant nos offres dans un réseau trop étendu qui nécessiterait des moyens trop importants. L’idée est de faire en sorte que les institutions concernées deviennent de véritables partenaires de Total et nous considèrent comme un interlocuteur privilégié. Cela passe aussi par le développement de projets de recherche en commun, comme par exemple la transformation du charbon et le photovoltaïque où la Chine est dès aujourd’hui à la pointe. Nous consacrons beaucoup de moyens à la recherche chez Total mais nous la faisons très rarement seuls. Nous choisissons généralement de coopérer avec des universités et des laboratoires qui partagent notre vision sur la méthodologie mais qui vont aussi apporter leurs spécificités car leur culture diffère de celle d’une entreprise. C’est ce type de synergies et d’enrichissement mutuel que nous allons viser en Chine dans le développement de nos partenariats locaux. 

Propos recueillis par Nicolas Sridi

道达尔:长期致力于中国教育事业 道达尔集团驻华总代表戴杰先生解答三个关于道达尔支持中 国教育发展的问题 《联结》:道达尔与中国高等院校开展

校如何培养人才,另一方面,他们为我们

了哪些项目与合作?

优先提供毕业生资源。

戴杰:我们在中国实施的项目是集团在

这些合作对集团的形象也很重要。从

全球项目的反映。具体地说,我们与数所

招聘的角度看,它们能够扩大我们的知名

中国大学开展合作,涉及教育、科研和招

度,突出我们的技术能力。在中国,企业为

聘等领域。我们还提供物质援助,设立

数众多,都在寻求快速发展。因此增加曝

奖学金,邀请学生、教授和大学校长参

光度十分重要,何况道达尔在中国名气还

加我们的全球项目,比如“道达尔暑期学

不太大。

校”和“道达尔教育与能源研讨会”等,促 使他们走向国际化。

中国学生为了获得真正的工作而学习 技术性很强的专业,令我印象深刻。这与

中国有数千所大学,因此我们对合作

我们在欧洲,尤其在法国所看到的有较大

伙伴的挑选比较严格,优先考虑那些在教

反差,那里的学生优先选择非专业性的文

学内容和自身条件方面与我们接近的教育

凭。因此,在招聘某些专业职位时,我们不

机构。

得不在中国寻找人才,因为在西方这些学

我们支持的项目通常很受欢迎,因为

科被丢弃了。

它们符合本地大学的需求。而且,我们的

《联结》:您如何展望道达尔在中国教

项目具有免费的巨大优势!例如,道达尔

育合作的未来?

教授协会可以为与我们合作的高校邀请

戴杰:我们要深化而不是扩大我们的合

高级专家,提供石油行业或其他领域的讲

作。我更希望把已有的项目做到最好,而

座和课程。如果中国的这些高校自己花钱

不是四处出击,把摊子铺得过大,这需要

请有实地经验的高级专家的话,可能会耗

大量的投入。我们希望让相关高等院校成

资不菲。

为集团名副其实的合作伙伴,将我们视为

《联结》:对道达尔而言,在中国发展

特殊的对话伙伴。这还要通过共同开发科

这样的合作项目有什么好处?

研项目,比如中国在煤炭转换和光伏电研

戴杰:总体而言,我们认为,集团在一个教

究项目上非常领先。

育水平高的社会里发展会更加如鱼得水。

道达尔集团在科研领域投入了巨大

我们并非想要取代国家的位置,而是希望

的经费,但是我们很少单打独斗。我们通常

为建立有效的体系提供我们的支持,这将

选择与我们有共同理念的大学、研究室合

有利于我们在当地的发展。同时,也是为

作,他们也会带来自己的特色,因为他们的

校园招聘甄别优先合作伙伴。通过合作,

文化与企业文化不同。这就是我们在中国

我们能更方便地了解高校推出的课程,并

发展本地合作关系中所希望建立的协同

建立一种信任关系。一方面,我们知道高

合作、互相充实的合作模式。

décembre 2010 / Connexions 75


DOSSIER

© IFA

专栏

L’International Fashion Academy est présente à Shanghai depuis 2002. 

从2002年起,法国国际时装学院进驻上海。

Paris-Shanghai, L’axe mode « gagnant-gagnant » de l’IFA Retour sur une implantation réussie à travers l’expérience de IFA Paris, première JV francochinoise dans l’enseignement de la mode reconnue par la Chine. Emergence d’une classe aisée, goût du luxe croissant et prestige de la France dans le secteur, la mode hexagonale et son enseignement ont toutes les chances de séduire la Chine. C’est du moins le pari à la base de l’arrivée à Shanghai de International Fashion Academy (IFA Paris) début 2002. Créé en 1997, IFA Paris propose de la formation continue en France dans le secteur de la mode mais dès le départ, c’est l’Empire du Milieu qui est la cible principale. « Nous nous sommes associés avec Oliva Chai, CEO du groupe, dans l’optique de démarrer une école en Chine en mettant en commun sa connaissance de la mode et de son pays d’origine et mon expérience passée de management en Asie pour le groupe Sanofi », explique Patrick Kouzmine, Président de l’école en Chine. De 1999 à 2002, les deux associés multi76 Connexions / décembre 2010

plient les visites à Shanghai pour trouver un partenaire adéquat car une JV ou une coopération avec un acteur local est une obligation légale pour proposer de la formation en Chine. C’est finalement avec la Shanghai University of Engineering Sciences (SUES) qu’un terrain d’entente est trouvé en mars 2002. « Notre partenariat avec SUES est assez original et réunit dans les mêmes locaux et avec le même personnel enseignant deux systèmes de formation assez différents. Nous proposons un cycle classique de formation universitaire chinois de 4 ans pour les étudiants de l’université admis avec le gaokao et un autre diplôme type Bac+3 qui est, lui, totalement privé et accessible à tous. ». Dans le cycle « public » de 4 ans, les étudiants de SUES partagent leur temps entre

50% d’enseignements spécialisés « fashion » et les cours classiques du « benke » chinois alors que le diplôme privé est 100% dédié à la mode. IFA Paris accueille aujourd’hui en Chine près de 400 élèves via le canal universitaire et autant en direct avec son autre formation. Cet accord en deux volets un peu complexe pourrait sembler peu rassurant mais il aura permis au final à l’IFA Paris de s’assurer une implantation pérenne. Les relations quotidiennes plus que le contrat « Dans les premiers temps, ce schéma de coopération à deux vitesses comportait beaucoup d’incertitudes et nous faisait craindre une intégration de fait dans l’université. En instaurant une relation de confiance, cette situation est devenue plutôt avantageuse », explique Patrick


Education et formation 教育和培训 Kouzmine « SUES nous a fourni dès le début un flot d’étudiants suffisants pour couvrir nos frais structurels et nous avons ainsi pu développer notre marketing local pour attirer une clientèle privée ». De ce vécu professionnel, le dirigeant français garde l’idée qu’il ne faut pas trop se focaliser sur le contrat initial en Chine mais que ce sont les relations établies dans le temps qui vont dessiner les contours d’un partenariat fructueux ou non. « Dans les faits, les statuts initiaux ne sont pas ce qu’est la vie de l’école et c’est le fonctionnement concret au quotidien qui prime. Plus globalement, je n’aurais jamais réussi en Chine sans avoir comme associée quelqu’un qui connaisse le pays et puisse faire le pont entre les cultures. Pour vous donner un exemple, au départ les dirigeants de SUES me disaient qu’il n’y avait pas besoin de contrat puisque nous étions devenus des amis et moi de leur expliquer que je préférais d’abord signer quelque chose puis devenir amis après ! C’est ce genre de « gap » culturel qu’il faut savoir gérer correctement pour réussir ici. ». Un modèle atypique mais efficace Au fil des années, l’IFA Paris s’est forgé une réputation solide en Chine adossé à son partenaire universitaire qui en retour bénéficie aujourd’hui d’une aura très positive sur le créneau mode. Une synergie qui devrait perdurer à l’avenir avec le développement d’offres de niveau Master notamment en partenariat avec l’école italienne Polimoda. IFA Paris cherche également à se développer au-delà de Shanghai avec la mise en place d’un réseau de franchise et, fort de son succès en Chine, réfléchit à des implantations dans d’autres pays. « La manière dont nous nous sommes implantés en Chine peut servir d’exemple à des établissements similaires dans d’autres filières de formation comme la restauration ou l’hôtellerie. Je pense à des structures de petite ou moyenne envergure qui n’ont pas une assise suffisante en France pour développer un projet ici sur de longues périodes », conclut le Président de l’IFA Paris à Shanghai « Si la qualité des enseignements et les résultats sont au rendez-vous, un partenariat en Chine peut s’avérer un véritable accélérateur d’activité et un beau tremplin pour s’internationaliser ». 

• Nicolas Sridi

巴黎—上海, 法国国际时装学院注重的“双赢”模式 回顾法国国际时装学院(IFA Paris)成功建立第一所获得中国 政府批准的中法合作时装学院——中法埃菲时装设计师学院 的经验 随着国内富裕阶层的出���,对高档奢侈品品

里。通过建立相互信任的关系,这种情况开

位的提升,以及法国在时装业享有的声望,

始变得更为有利,” 顾思明说, “上海工程

法国时装及其相关教育拥有吸引中国的一切

技术大学从一开始就为我们提供了充足的生

可能。这至少是法国国际时装学院2002年初

源,来负担我们的运行费用,这样我们就能

进驻上海所下的赌注。

够发展本地市场营销手段,吸引私立培训的

成立于1997年的法国国际时装学院在法国

学员。”

提供时装类成人高等教育,但自成立之初,

学院的法方负责人从这次职业经历中一直有

中国才是主要的发展目标。 “当时,我与学院

这样的想法,即在中国不要将注意力过分放

的首席执行官柴立伟女士合作,把她对时装

在最初的合同上,随着时间建立起来的关系

业及本国情况的了解与我过去在赛诺菲亚洲

才能勾画出合作的过程成功与否。

的管理经验结合起来,打算在中国创办一所

“事实上,学校现在并不是按照最初的章程

学校。”法国国际时装学院中国分院——中

运行,日常具体的运作才是最重要的。总的

法埃菲时装设计师学院法方校长顾思明

来说,若不是有一位了解中国并能在两种文

(Patrick Kouzmine)先生解释道。

化之间搭建桥梁的合伙人,我永远不可能

从1999年到2002年,为了找到一位合适的合

在中国取得成功。举个例子,开始的时候,

作伙伴,两位合伙人增加造访上海的频率,

上海工程技术大学的领导对我说:既然我们

因为合作办学或与本地高校合作是国外教

已经是朋友了,就不需要签合同了。而我跟

育机构在中国提供教育培训必须遵守的法

他们解释说:我想先签些东西,然后再做朋

律规定。

友!要想在这里做成事,就必须懂得正确处

2002年3月,他们最终与上海工程技术大学

理这类文化差异。”

达成一致。 “我们与上海工程技术大学的合

一种非主流但有效的合作模式

作方式比较新颖,在同一校区,利用相同师

随着时间的推移,中法埃菲时装设计师学院

资,把两种不同的教学体系融合在一起。我

依靠上海工程技术大学在中国打造出稳固的

们为通过高考考入大学的学生提供传统的

声誉,反之,上海工程技术大学如今也从积

4年制本科教育,另外还提供完全私立的、面

极的时装教育氛围中受益。尤其通过与意大

向所有人招生的三年制文凭。”

利柏丽慕达时装学院(Polimoda)合作的硕

在4年制本科教育中,上海工程技术大学的

士课程,形成了今后将长期存在的通力协作

学生把时间平分成两半:一半用于学习时装

模式。中法埃菲时装设计师学院同时在上海

设计专业课程,另一半用于学习中国传统的

之外寻求发展,建立了特许经营网;并凭借

本科课程。而三年制的私立文凭则将全部时

在中国的成功,考虑在其他国家设立分支机

间用于学习时装设计。如今,中法埃菲时装

构。

设计师学院通过大学统一招生和私立培训

“我们进驻中国的方式可以为提供其他专业

直接招生,分别接纳了近400名学生。

教育的类似院校提供样板,比如餐饮或酒店

这种略微复杂的“双轨制”合作可能不太让

类。我想到了那些没有足够实力来中国开发

人放心,但它最终保证了法国国际时装学院

长期项目的法国中小教育机构,”中法埃菲

的长久立足。

时装设计师学院的法方校长总结道, “如果

日常关系重于合同

教学质量和成果达到预期要求,在中国的合

起初,这种双轨制合作模式有很多不确定

作项目将成为真正的业务加速器和成功走向

性,使我们担心能否真正融入到合作高校

国际化的跳板。”

décembre 2010 / Connexions 77


DOSSIER

© Imagine China

专栏

Etudiantes chinoises posant devant l’entrée du Festival de Cannes. La majorité des étudiants chinois de France est issue de la classe moyenne.  中国留学生在戛纳电影节入口处留影。在法中国留学生大多数来自中产家庭。

Qui sont les étudiants chinois qui partent étudier en France ? Depuis une dizaine d’années, la France - où en 2009 le nombre d’étudiants chinois a atteint 34,4% du total des étudiants étrangers inscrits dans les universités - est l’une de leurs destinations préférées. Selon une enquête récente, 80% des jeunes Chinois affichent le désir de continuer leurs études dans un autre pays car ils souhaitent obtenir des meilleures formations ou des diplômes universitaires auxquels ils n’auront pas accès en Chine. Une des raisons principales à cette tendance est notamment la difficulté à dépasser cette grande muraille qu’est le Gaokao, un examen devenu le sésame pour entrer à l’université. Depuis une dizaine d’années, la France - où en 2009 le nombre d’étudiants chinois a atteint 34,4% du total des étrangers inscrits dans les universités - est l’une de leurs destinations préférées. Une sélection de plus en plus stricte 78 Connexions / décembre 2010

Avant d’accorder un visa étudiant, la France a imposé des règles sélectives : depuis trois ans, la barre est placée à la hauteur de 10 000 visas par an, un seuil qui ne peut pas être dépassé afin de garder un sens qualitatif à la recherche de l’excellence. Mais la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse veut modifier profondément le système de sélection des étudiants originaires de Chine. Dans un entretien accordé récemment au quotidien Le Figaro, elle a rappelé que « l’objectif de la France est d’attirer toujours plus d’étudiants chinois, dont 75% en Master et en Doctorat. ».. Valérie Pécresse a assuré aussi que « le président Nicolas Sarkozy souhaite multi-

plier leur présence par deux. ». Pour rendre la sélection plus efficace, la ministre envisage de « multiplier les accords de coopération entre les établissements français et chinois qui prévoiront des doubles diplômes, à l’image de ce qu’ont développé les Ecoles Centrales et le groupe Paris Tech ou, plus récemment encore, les Universités de Paris IV et Montpellier III. ». Une autre idée de Valérie Pécresse en étude actuellement est la création de diplômes bilingues avec un cursus de six mois minimum en anglais. Qui sont-ils ? La majorité est issue de la classe moyenne, dont le niveau de revenus est suf-


fisant pour financer ces études. Même si la France n’est pas la destination la plus chère, spécialement comparée aux pays anglo-saxons, le financement des années d’études reste tout de même assez lourd compte tenu du coût de la vie. Cela permet aux responsables de la sélection de privilégier les élites, en particulier celles qui se destinent aux écoles d’ingénieurs ou à la fonction publique. En dehors de ces profils d’excellence, acquérir un visa pour la France et son enseignement supérieur est loin d’être chose facile, car les critères de sélection sont stricts : bonne connaissance de la langue française - ou ferme volonté de combler l’éventuel déficit linguistique dans un délai relativement court - et, surtout, une forte motivation venant appuyer un projet pédagogique solide. A l’origine de leurs motivations, il y a le coût des études. Ce qui explique le choix d’universités provinciales plutôt que parisiennes, la capitale étant perçue comme une ville trop chère. La France accorde des bourses d’excellence pour les meilleurs, mais la plupart des boursiers s’adressent aux autorités chinoises qui les encadrent à travers le CSC (China Scholarship Council). Cet organisme propose deux types de bourses : les bourses d’Etat ou bien les bourses offertes par des sociétés qui vont financer les études de leurs employés actuels ou futurs, pourvu que, rentrant de France, ils restent à leur service. Leurs difficultés Une des principales difficultés concerne l’accueil. Il est en général du ressort de l’établissement où les étudiants chinois seront inscrits. La qualité de l’accueil varie selon les institutions, dans une école privée il sera sans doute meilleur que dans une université. La multiplication des plaintes des nouveaux arrivants, qui se sentent souvent perdus dans les campus, est à l’origine de la création d’autres dispositifs. Ainsi, l’opérateur de mobilité Egide qui travaille en coopération avec le Ministère des Affaires Etrangères et des Affaires Européennes, a conclu un partenariat avec le CSC, dont le but est de proposer aux étudiants chinois un meilleur accompagnement. Enfin, ces futurs diplômés qui ont choisi la France sont souvent pénalisés par le rythme de travail différent, par leur manque d’autonomie ou encore par les

« Bureau de vente de diplômes, 2 700 euros par diplôme. Suivez-moi les gars ! » Caricature d’un journal chinois sur les affaires de trafics de faux diplômes délivrés aux étudiants chinois en France.  一份中国报纸登出在法中国留学生买假文凭的漫画

barrières administratives. Mais visiblement toutes ces difficultés, pour insurmontables qu’elles puissent paraître, ne les découragent pas : en 2010, ils ont formé un contingent de 15 000 candidats au départ pour

© Imagine China

Education et formation 教育和培训

la France afin d’y intégrer un établissement d’enseignement supérieur renommé. 75% environ y sont arrivés. Any Bourrier

décembre 2010 / Connexions 79


DOSSIER

工 作 © Imagine China

TRAVAILLER

专栏

Marée humaine lors d’une foire à l’emploi pour les jeunes diplômés à Nanjing en 2008. 2008年,在南京举办的一场毕业生招聘会上,人山人海的场面

La Chine fait face à une grave crise de l’emploi pour ses jeunes diplômés.

La longue attente des jeunes diplômés chinois En dépit de sa croissance élevée et du dynamisme de son économie, la Chine ne crée pas suffisamment d’emplois qualifiés pour ses jeunes.

中国面临着严重的 大学毕业生 就业危机。

80 Connexions / décembre 2010

C’est une tradition dans les grandes villes chinoises : chaque année, après la Fête du Printemps, débutent les célèbres « Foires à l’emploi » organisées pour les jeunes diplômés à la recherche d’un travail. Pendant une semaine, le ministère des Ressources humaines et de la Sécurité Sociale œuvre à aider les centaines de milliers de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi à trouver un travail soit par le biais de rencontres organisées avec des recruteurs, soit via le recrutement en ligne. En 2010, 520 000 postes ont été ainsi proposés sur l’Internet. D’année en année, des candidats de plus en plus nombreux Selon les statistiques officielles, 800 000

diplômés en 2009 attendent encore aujourd’hui à se faire embaucher, tandis que 6 300 000 d’étudiants - 200 000 de plus que l’année dernière - viendront se joindre à eux début 2011 après avoir fini leurs études universitaires. Pourquoi cette inflation de la demande dans un pays dont le taux de croissance est élevé et stable ? Malgré le rythme et le dynamisme de son économie, la Chine ne crée pas suffisamment d’emplois qualifiés, alors que le nombre de diplômés explose dans le pays en conséquence de la vulgarisation de l’enseignement universitaire. Résultat, c’est la course généralisée à n’importe quel emploi et à n’importe quel salaire.


Education et formation 教育和培训 Le bol de riz en or

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Comme le suggère cette caricature, passer les concours de fonctionnaire assure un bol de riz en or pour les lauréats. 全长1800公里的京杭大运河是最古老、最长 的人工运河。

Le site Internet de recrutement ChinaHR.com publie tous les ans un top 50 des employeurs favoris des étudiants chinois. Quelques 200 000 étudiants sondés dans plus de 700 universités ont voté entre novembre 2009 et mai 2010. Résultat : un net recul des entreprises étrangères : 4 figurent dans la liste contre 21 l’an passé ! Ont été élues : Microsoft, Google, Jardine Matheson, et Procter and Gamble… Parmi les entreprises chinoises citées, 33 sont des entreprises d’Etat. Surprenant ? « Non », selon Hui Ouyang, spécialiste des ressources humaines chez ChinaHR.com récemment interviewé dans

China Daily. « Les entreprises d’Etat ont fait d’immenses progrès en RSE, ce qui met au défi les firmes étrangères pour attirer les talents. »…. La crise financière a sans doute aussi influencé les esprits des jeunes chinois qui ont désormais peur de l’instabilité professionnelle. D’après Hui Ouyang, « les entreprises d’état sont regardées désormais comme celles qui offrent le « bol de riz en or » avec des emplois à vie et des avantages sociaux non négligeables ». Selon le même sondage, 53,7% des interviewés confiait vouloir ouvrir leur propre entreprise d’ici 5 ans !  Flore Coppin

Le problème de toute une génération Côté gouvernement, même si on reconnaît que lutter contre le chômage des jeunes diplômés est une priorité, on minimise l’étendue du problème. Un dossier publié le 21 juillet 2010 par le ministère de l’Education assure par exemple que le taux d’emploi de cette catégorie de la population est actuellement de 72%. Ce taux serait le résultat d’une politique très offensive, à coups de subventions et d’aide aux entreprises pour augmenter l’offre. Ainsi, 86 villes chinoises ont été désignées cette année par le gouvernement central pour la mise en oeuvre des nouvelles orientations en matière d’emploi des jeunes diplômés. Au total, 23 000 centres de stages ont été implantés à travers la Chine pour encourager l’emploi. Ces mesures, largement divulguées par les médias chinois, seront-elles suffisantes pour donner un coup de fouet au marché de l’emploi ? Compte tenu de ses dimensions, des disparités régionales et de la difficulté pour avoir des statistiques fiables, il n’est pas facile de connaître les vrais contours du marché de l’emploi en Chine.  Anny Bourrier

décembre 2010 / Connexions 81


DOSSIER

专栏

L’écart de salaire entre mingong et diplômés diminue

© Imagine China

Selon une étude récente de l’Académie des Sciences Sociales de Chine, l’écart de salaire entre les travailleurs migrants et les jeunes diplômés chinois se réduit. D’après le sociologue Cai Fang, interviewé dans le China Daily, la Chine serait confrontée à un manque de main d’œuvre manuelle qui a résulté ces dernières années en une augmentation des salaires des travailleurs migrants. En 2003, 2005 et 2008, le salaire mensuel offert aux diplômés à la sortie de l’université s’élevait en moyenne à environ 1 500 RMB alors que durant cette période, le salaire mensuel des mingong serait passé de 700 RMB à 1 200 RMB… Bien entendu, les diplômés, contrairement aux mingong, auront la chance de voir leur salaire augmenter durant leur carrière mais la révélation de cette étude a néanmoins engendré un grand malaise chez les étudiants et leurs parents. Désormais, les diplômés sont confrontés à de plus de compétition quand ils rentrent sur le marché du travail et les doutes sur la rentabilité de l’investissement des études sont de plus en plus grands.  Flore Coppin

800 000 étudiants diplômés en 2009 attendent encore à se faire embaucher.  80万2009届的高校毕业生待业。

Acropolis Associates Le marché de l’emploi pour les jeunes diplômés

© Imagine China

La tribu des fourmis

Face à la flambée des prix de l’immobilier dans la capitale chinoise, les jeunes diplômés provinciaux sont constraints de trouver des solutions de logement et vont en banlieue s’entasser dans cités précaires encore en construction dans l’attente d’un futur meilleur. Ces jeunes diplômés se sont donnés le nom de « tribu des fourmis » (yizhu), fervents blogeurs, ils sont le symbole de toute une génération de jeunes diplômés sans emploi.  F. C. 82 Connexions / décembre 2010

Nicolas Milonas co-fondateur et vice président d’Acropolis Associates, expert des ressources humaines en Chine, nous expose son analyse du marché de l’emploi dans ce pays où sa société, spécialisée dans le recrutement par approche directe pour les entreprises étrangères, est installée depuis une dizaine d’années.

Connexions : Quels sont les débouchés pour les étudiants chinois à la fin de leurs études ? Nicolas Milonas : En général, en Chine, les entreprises engagent des demandeurs d’emploi ayant deux types de profils : ceux dont elles ont besoin et ceux dont les caractéristiques ne correspondent pas à leurs besoins mais qu’elles finiront par employer avec l’intention de les former ultérieurement. Dans le premier cas se trouvent les demandeurs d’emploi dont les principaux

atouts sont des études à l’étranger, la maîtrise de l’anglais, la capacité et l’adaptabilité pour travailler dans une multinationale. Cette catégorie est la plus recherchée pour des raisons évidentes et dans ce cas il n’y a pratiquement pas de chômage. La demande des entreprises pour la première catégorie est si forte qu’elle a fait évoluer le marché : les salaires ont augmenté entre 8% et 10% ces trois dernières années, de sorte qu’aujourd’hui, un cadre dirigeant chinois d’environ 40 ans, avec une dizaine d’années d’expérience et une formation à l’étranger vaut entre 1,2 et 2 millions de RMB par an. Il se passe la même chose à un niveau moins élevé dans la hiérarchie puisque les salaires des cadres du marketing ont eux aussi explosé. La rareté est donc à l’origine des hauts salaires pratiqués aujourd’hui, qui ont atteint chez les cadres chinois le même niveau que celui des expatriés.

C. : Selon les statistiques officielles, un jeune di-


Education et formation 教育和培训 plômé chinois sur trois ne trouve pas de travail, pour quelles raisons ? N. M. : Le chômage des jeunes diplômés existe, mais il touche surtout la deuxième catégorie citée, c’est-à-dire les moins qualifiés qui ne parlent pas l’anglais et qui n’ont pas l’ouverture d’esprit suffisante pour intégrer les entreprises étrangères. Quant à ceux qui appartiennent à la première catégorie, depuis trois ans, nous sommes en en « surchauffe » et nous n’arrivons pas à répondre à la demande des entreprises. En fait, nous ne trouvons pas les cadres que nous cherchons, en particulier dans les secteurs du management, du contrôle de la qualité, des finances, et de la logistique. Il y a un manque criant aussi parmi ceux qui ont entre 5 et 7 ans d’expérience et qui rentrent de l’étranger Dans cette catégorie, le taux de l’emploi est de 90%.

C : Que pouvez-vous nous dire sur le chômage des doctorants ? N.M. : C’est un cas à part. En fait, les doctorants chinois ne souhaitent pas travailler, ils préfèrent poursuivre leurs recherches et ainsi repousser l’échéance de la fin des études. Par conséquent, nous ne trouvons pas en Chine des doctorants pour remplir la demande des entreprises multinationales, nous sommes obligés d’aller les chercher à l’étranger, notamment dans les centres de R&D qui se trouvent à Singapour ou aux Etats-Unis et ensuite faire des propositions pour les convaincre de revenir dans leur pays. Et pourtant, il existe un bon nombre d’entreprises, surtout dans l’imagerie médicale et la chimie, qui cherchent ce genre de profil. Il me semble que chez ces doctorants il y a une attitude de nonmotivation qui explique leur absence sur le marché du travail.

C. : Vous avez cité les salaires élevés de ces demandeurs d’emploi très qualifiés. Quant à ceux qui ont un niveau moyen, que font-ils à la sortie de l’université ? N.M. : Pour eux c’est plus problématique parce qu’il faut coûte que coûte avoir un revenu après les investissements importants faits par les familles pour leur éducation. Dans ce cas précis, nous nous trouvons face à une immense main d’œuvre bon marché, dont le salaire moyen ne dépassera pas 1 200 RMB par mois. Ces jeunes trouvent des emplois « bas de gamme » dans des bureaux ou dans des usines

•••

上海国朗实业公司 毕业生就业市场

士生。我们不得不去国外寻找人才,尤

上海国朗实业公司的联合 创始人兼副

然而,很多公司都在寻觅这类人才,在医

总裁、中国人力资源问题专家 Nicolas

疗摄影、化工领域尤为突出。我认为,博士

Milonas先生向我们讲述他对中国就业市

生不积极的态度是我们在就业市场看不

场的分析。他的公司进入中国已有十余

到他们的原因。

载,专业提供外企高级人才的招聘服务。

《联 结》:您 提 到了高素 质 求 职者的

其是在新加坡或美国的研究机构物色人 选,然后开出条件以说服他们回国工作。

薪资不菲。那些资历一般的人毕业时 《联结》:中国大学生毕业后的就业前

怎么办?

景如何?

N.M.:对他们而言,问题更大,因为家庭

Nicolas  Milonas:在中国,企业通常聘用

为他们的教育做出巨大投资之后,无论如

两类求职者:一类是企业需要的人才,一

何也要有一份收入。准确地说,我们置身

类是资历不符合企业需求,但企业有意

于一个拥有大量廉价劳动力、月平均工资

在今后培养并最终予以录用的人才。第一

不超过1200元的市场。这些年轻人在公

类求职者大多拥有海外学历、英语流利、

司或工厂里干“低等活”,职业前景与他

具备在跨国公司工作的能力和适应力。显

们在大学所学的专业毫无关系。甚至国内

而易见,这类人才非常吃香,很少失业。

硕士毕业生在大城市的起步工资也只有

企业对他们求贤若渴,以至于市场价位也

2500-4000元/月。当然,薪资水平会有所

水涨船高:近三年,这些人的工资以8% -

变化,这要看他们说英语的能力。而那些

10%的速度增长,现在一个年龄在40岁左

去过国外、哪怕只是做过实习的毕业生在

右、拥有十余年工作经验和海外培训经

回国后能每月拿6000-8000元工资,而且

历的中国高管年薪达到120万-200万元之

他们比其他人晋升更快,因为他们对国外

间。级别较低的管理人员工资涨幅也是如

的了解是一大优势。

此,比如市场主管的薪资激增。人才稀缺

《联 结》:社 会 学因素是否 影响学业

是如今工资高企的主要原因,中国高管的

和未来职业的选择?

工资已经达到了外派管理者同等水平。

N.M.:在中国,父母常常为孩子选择专

《联结》:根据官方数据,每三个中国

业。由于孩子一般都比较顺从父母,他们

大学毕业生中就有一个找不到工作。

会接受父母的选择却没有学习动力。然

原因是什么?

后,他们会通过死记硬背和重复的方法

N.M.:大学生刚毕业就失业的问题的确存

接受理论知识的教育。最后,他们既缺乏

在,但主要涉及我前面提到的第二类求职

创造力又缺少好奇心。他们缺乏主动性,

者,即资历不过硬、英语不熟练、没有开放

唯一的念头就是迈入大学殿堂。大学毕

的心态融入外企的求职者。就第一类人才

业后,因为必须找份工作来证明父母教育

而言,三年来,我们都处在“高热”状态,

投入的正确性,一些年轻人会接受任何工

无法满足企业的需求。事实上,我们找不

作,即便与他们所学的专业不符。比如,有

到合适的人才,尤其在管理、质量控制、

些金融专业的大学毕业生,因为没有更好

财务和物流等领域。从国外回来、并且拥

的选择,所以接受了搬运工的工作。他们

有5到7年工作经验的人才极度缺乏。这类

既不能在自己的专业领域获取实践经验,

人才的就业率高达90%。

也无法在工作中获得提升。

《联 结》:您如 何看待 博士生 失业的

《联结》:大学毕业生青睐哪些企业?

问题?

N.M.:那些有海外留学背景的求职者倾

N.M.:这种情况很特殊。事实上,中国博

向于到跨国企业工作,以便能继续使用英

士生不想就业,他们更愿意继续从事研

语,或获得更高的薪资。在跨国公司里工

究,并将就业时间不断延后。因此,我们

作可以在职场获得更快的提升,而在中国

在中国很难找到符合跨国公司需求的博

企业里升职则慢得多。

décembre 2010 / Connexions 83


DOSSIER

专栏

••• où les perspectives de carrière n’ont

pas grand-chose à voir avec leur cursus universitaire. Même les titulaires d’un Master, surtout ceux qui n’ont étudié qu’en Chine, sont payés en moyenne entre 2 500 et 4 000 RMB par mois lorsqu’ils débutent dans les grandes villes. Ils peuvent évoluer bien sûr, mais, une fois encore, cela dépend de leur capacité à parler l’anglais. En revanche, si ces jeunes partent à l’étranger, ne serait-ce que pour un stage, ils auront à leur retour en Chine la possibilité de gagner entre 6 000 et 8 000 RMB par mois et vont progresser plus vite que les autres car leur connaissance de l’étranger représente un atout.

rents choisissent les filières pour leurs enfants. Comme ils sont obéissants, ils vont accepter ce choix sans en être pour autant motivés. Ils vont ensuite suivre un enseignement théorique, basé sur l’apprentissage par cœur et la répétition. Au bout du compte, ils ne sont pas très créatifs ni curieux, ils n’ont pas beaucoup d’initiative et leur seule obsession est d’entrer à l’université. Après leurs études universitaires, comme il faut impérativement trouver un job pour justifier l’effort financier des parents, certains jeunes répondront à n’importe quelle offre, même si elle n’est pas adaptée à leur formation. Par exemple, le cas de certains jeunes spécialisés dans les métiers de la finance qui, faute de mieux, acceptent un poste de manutentionnaire. Ils n’auront pas d’expérience pratique dans leur métier d’origine ni une évolution positive dans l’autre…

C. : Quelles sont leurs entreprises préférées une fois le diplôme en poche ? N. M : Ceux qui ont fait des études à l’étranger vont vers les entreprises multinationales pour continuer à pratiquer l’anglais et/ou en raison du potentiel de bons salaires. Un job dans une multinationale permet des progrès de carrière beaucoup plus importants que dans les entreprises chinoises où leur avancement sera beaucoup plus lent.  Propos receuillis par Any Bourrier

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C. : Est-ce que des facteurs sociologiques rentrent en compte dans le choix des études et de la future carrière ? N.M. : En Chine, il est fréquent que les pa-

Une foire à l’emploi organisée pour les étudiants ayant étudié à l’étranger à Dalian en juin 2010. 2010年6月,在大连举办的“2010中国海外学子创业周”

Tortues de Mer, la Mère patrie sera toujours là pour vous ! Depuis les années 60, plus de 1,6 millions de Chinois ont étudié à l’étranger, mais seulement 30% seraient retournés vivre au pays une fois diplômés. Quand ils reviennent en Chine, les étudiants qui ont étudié dans une université étrangère sont appelés « tortues de mer » ou « haigui ». Ce terme, homophone de « tortue de mer », est l’abréviation de « haiwai guiguo liuxuesheng », étudiants de retour de l’étranger. Apparu à la fin des années 1990 dans les forums Internet, il s’est imposé dans le langage officiel... Par contraste, les étudiants éduqués en Chine sont appelés dans la langue courante les « tortues à carapace molle » « tugui »…

Du brain drain au brain gain  D’après un article du Wall Street Journal publié début 2010, 92% des Chinois ayant fait un post-doctorat aux Etats-Unis y vivraient encore cinq années après la fin de leurs études... En Chine, le boom des études à l’étranger a commencé dès 1984 avec la libéralisation officielle des sorties pour les étudiants s’auto-finançant. Le visa étudiant était alors un sésame et l’un des rares moyens de passer officiellement les frontières. Des


Education et formation 教育和培训 dans les universités chinoises. Au-delà du phénomène brain drain, on assiste en Chine a un véritable brain gain : « Selon les statistiques du ministère du Personnel, 81 % des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences et 54 % de ceux des écoles d’ingénieurs sont des personnes ayant étudié à l’étranger …77% des recteurs d’université sont des personnes revenues de l’étranger. ». La chasse internationale aux « tortues de mer » Dans le secteur privé, la séduction des « tortues de mer » est aussi un enjeu. Face aux besoins grandissants des entreprises chinoises en matières grises, les cabinets privés de recrutement ont parfois pris des initiatives surprenantes. Récemment, alors que la crise économique mondiale mettait des milliers de personnes au chômage en Occident, les chasseurs de têtes chinois spécialisés dans la « chasse aux tortues de mer » partaient recruter à l’étranger. Ainsi, fin 2008, on a pu voir des foires à l’emploi organisées au cœur de Manhattan par des cabinets de recrutement chinois venus rechercher les meilleurs analystes financiers d’origine chinoise ayant perdu leur emploi durant la crise financière. Du brain gain au brain exchange Dans le contexte de globalisation de l’économie et de l’éducation, la Chine tire néanmoins de mieux en mieux son épingle du jeu de la « guerre des cerveaux ». Les autorités chinoises conscientes des nouveaux enjeux liés à l’internationalisation, tentent de favoriser la circulation migratoire de leurs élites et ne cherchent plus uniquement à favoriser un retour définitif à la Mère Patrie. Ainsi, dans les slogans de propagande, l’expression « rentrer pour servir le pays » a été remplacée par « servir le pays »…Si bien qu’on ne parle plus aujourd’hui seulement de migration mais plutôt de circulation des cerveaux ou brain exchange. De nouvelles stratégies de séduction voient le jour et le gouvernement chinois regarde désormais ces diplômés restés à l’étranger comme les potentielles sentinelles des intérêts chinois à l’international. 

Flore Coppin

1 « Le retour des “cerveaux” en Chine : quel impact socio-politique ? », Hélène Le Bail et Wei Shen, Asie Vision 11, IFRI, 2008. 2 Source : “Chaoyang on the lookout for more talent”, December 1st 2010, China Daily, www.chinadaily.com.cn 3 Hélène Le Bail et Wei Shen, Ibid. 4 Voir “China’s Financial Industry Recruits Abroad”, New York Times, December 25th 2008, www.nytimes.com.

Mesures restrictives Depuis 2007, les ministères de l’Éducation et des Finances ont promulgué un règlement obligeant les étudiants chinois boursiers qui suivent un master ou un doctorat à l’étranger de « servir la patrie au moins deux ans » à leur retour sous peine de devoir rembourser leurs frais de scolarité et de payer une amende. Ce texte significatif n’a pourtant qu’une portée limitée si l’on considère que seuls environ 4% des étudiants à l’étranger seraient boursiers. F.C.

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dizaines de milliers d’étudiants sont ainsi partis à l’étranger et ont « privé » les universités chinoises de talents. Le brain drain (fuite des cerveaux) chinois, comme celui du voisin indien, est sans aucun doute l’un des plus spectaculaires de l’Histoire et il a contribué à l’image d’une Chine en déficit de matières grises. Face à cette situation alarmante, le gouvernement chinois a mis en place toute une stratégie qui a évolué aussi vite que la Chine… Ainsi, à partir des années 1990, des mesures incitatives pour les retours des étudiants ont été mises en place : salons de l’emploi dédiés, primes de retour, etc. Par exemple, durant un salon de l’emploi organisé en 2008 dans le Sud du pays pour les diplômés d’une université étrangère, le montant des primes de retour pouvait atteindre 200 millions RMB et les subventions à la création d’entreprise, 5 millions de RMB. Dans une étude de l’IFRI sur le retour des « cerveaux » en Chine, Hélène Le Bail et Wei Shen analysent que plus que toutes les mesures, c’est plutôt la croissance économique chinoise qui explique l’accélération des retours observée depuis le début des années 2000. « Derrière un patriotisme chinois souvent mis en scène, les raisons du retour sont-elles plus probablement pragmatiques et économiques. ». Pour séduire ses « tortues de mer », la Chine met en place aujourd’hui encore de grandes campagnes de soft power. Celle que le district de Chaoyang à Pékin a menée cet été en est un exemple : objectif - faire venir un millier de hauts profils d’ici 5 ans en présentant une image de Chaoyang comme le « Manhattan chinois ». Du côté de la recherche, le plan de financement et de réformes de l’enseignement supérieur s’avère lui aussi un exemple de l’importance que le gouvernement chinois donne au retour de ses cerveaux. Selon certains experts, 20% du budget du plan qui a été déployé dans les années 90 ont été utilisés pour attirer les talents chinois de l’étranger. Parmi les plus célèbres mesures, citons le programme Chunhui  visant les Chinois de niveau doctoral et ayant une renommée dans leur pays d’accueil ou le programme Changjiang qui sélectionne tous les ans des chercheurs ayant étudié à l’étranger pour leur offrir des postes

Les algues de mer Le retour au pays n’est pas toujours glorieux pour les vénérées « tortues de mer ». A leur retour en Chine, certaines ont en effet perdu leur réseau de guanxi et trouver un travail ou « plonger dans la mer des affaires » (« xia hai ») peut s’avérer très compliqué… Ces personnes sont ainsi ironiquement appelées par leurs compatriotes les « algues de mer » (« hai dai »)…. D’après un sondage du Chinese State Council’s Development and Research Center, plus de 35% des diplômés revenus de l’étranger pensent qu’il est difficile de trouver un emploi après un retour en Chine. Il semblerait que pour les recruteurs chinois, le seul diplôme étranger ne soit désormais plus suffisant et que l’expérience professionnelle à l’étranger soit un must dans un marché de l’emploi devenu très compétitif. F.C.

décembre 2010 / Connexions 85


DOSSIER

© DR

专栏

Créé en 2008, le Club France compte près de 9 000 inscrits. 

Club France

chinois de France à trouver un emploi en Chine en diffusant gratuitement sur son site plus de 300 offres d’emploi des entreUn réseau pour les anciens étudiants et stagiaires chinois prises françaises et de la CCIFC. Le site internet Club France a ainsi reçu 41 ayant effectué des études ou un stage en France. 000 visiteurs entre septembre 2009 et 2010, plus de 400 000 pages ont été vues, la plus Lancé fin 2008 par le Service de coopéra- ence professionnelle en Chine, leurs do- visitée étant celle des offres d’emploi. tion et d’action culturelle de l’Ambassade maines professionnels étant très liés à leur Club France organise également des de France en Chine, Club France a pour ancrage géographique : de nombreux forums carrières, visites d’usines et conférences thématiques vocation de rassembler et d’accompagner membres Club France trachaque année à Pékin, en Chine les anciens étudiants chinois vaillent dans les secteurs « Club Shanghai, Canton, Chengdu diplômés de France et de maintenir le lien de l’université/recherche à rance F ou Wuhan, avec la CCIFC et d’amitié établi entre les étudiants chinois Chendgu, de l’automobile, les entreprises françaises de retour dans leur pays et la France. la pharmacie/santé ou permet à ses partenaires. Ainsi le Forum Après 2 ans d’existence, Club France l’énergie/environnement à membres de compte déjà 8700 inscrits sur le site Inter- Wuhan, de l’électronique/ « Réussir votre carrière » organisé à Pékin en juin net communautaire www.clubfrancechine. informatique à Canton et maintenir 2010 a réuni 80 membres, org grâce au déploiement du réseau dans de la finance à Shanghai. un lien avec l’atelier formation-carrière les principales métropoles de Chine (Can- Un réseau facilitateur de leur pays de à Chengdu en avril de la ton, Chengdu, Pékin, Shanghai, Wuhan). carrière  même année a rassemblé Les membres de Club France sont urbains, Avec la mise en ligne sur formation, la 40 membres. jeunes (plus de la moitié ont entre 25 et 30 le site communautaire, en ans), ils sont majoritairement francophones partenariat avec la CCIFC, France. » Enfin, la création de deux (plus de 80% au niveau national) et les trois d’offres d’emploi ciblées et sous-groupes thématiques quart possèdent un niveau d’étude élevé d’un annuaire des anciens, le Club France Club France en 2009 et 2010, Club France (master). est un facilitateur de carrière. En 2010, Aéro et Club France Développement Dura90% d’entre eux bénéficient d’une expéri- Club France a aidé les nouveaux diplômés ble, s’inscrit également dans cette logique.

86 Connexions / décembre 2010


© DR

Education et formation 教育和培训

成立于2008年的留法学友俱乐部拥有注册会员近9000人。

Ces sous-groupes sont en effet destinés à favoriser les échanges entre professionnels experts d’un domaine d’activité, par le biais d’événements dédiés tels que la conférence « Architecture » tenue à Shanghai en juin ou le colloque «Vie verte » organisé en mars à Pékin avec le concours de la Western Returned Scholars Association et le Service pour la science et la technologie de l’Ambassade de France. Un réseau social Club France invite ses membres à participer à des activités artistiques, intellectuelles ou scientifiques inscrites résolument dans la culture française, et ce sur un rythme mensuel : spectacles du festival culturel « Croisements », cafés des sciences, séminaires œnologiques, etc. Via la carte « Avantages », les membres bénéficient de réductions voire de la gratuité sur des produits et services français, offerts par les entreprises ou institutions partenaires de Club France. Enfin, Club France, en proposant plusieurs fois par an des événements festifs, conviviaux à ses membres permet à ce réseau de se retrouver, d’échanger de manière informelle, que ce soit autour d’une galette

des rois à Shanghai, d’une dégustation de vin à Chengdu, du premier anniversaire de Club France Wuhan en juin 2010 ou des deux ans célébrés à Pékin le 17 octobre dernier. La dynamique de Club France, c’est-à-dire l’extension et le renforcement de son réseau, repose sur sa capacité à répondre au plus près aux attentes de ses membres. Les perspectives pour l’année 2011 s’articuleront autour de trois axes essentiels : - Le développement de son site internet www.clubfrancechine.org pour le rendre plus dynamique et plus accessible. - Une aide à la mobilité professionnelle accrue grâce à une offre d’emplois élargie. - Un lien avec la culture, la science et l’économie française accentué, via l’intensification de projets communs entre Club France, l’ensemble des services de l’Ambassade de France en Chine et ses partenaires. Enfin, de manière transversale, l’investissement des membres de Club France dans l’animation du réseau sera encouragé, pour que celui-ci leur corresponde.

• Cécile Cavalier, Campus France

décembre 2010 / Connexions 87


DOSSIER

Formation professionnelle 

专栏

La Chine doit relever le défi d’adapter les compétences professionnelles de ses employés et de ses cadres aux exigences d’une économie globalisée. 中国应当接受 使劳动者和管理者的 职业能力适应 全球化经济的挑战。

88 Connexions / décembre 2010

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职 业 培 训

Le marché de la formation professionnelle, très protégé, est encore peu exploré par les entreprises étrangères.  中国的职业培训市场受到很大保护,国外企业鲜有涉足。

Formation professionnelle : défis et urgences d’un marché La Chine fait face aujourd’hui à l’immense problématique de maintenir le cap de sa croissance et la formation professionnelle et continue est sans doute l’un des enjeux de ce défi.. Depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC et la participation du pays à une économie globalisée, les entreprises chinoises font face à de plus en plus de défis et elles se retrouvent aujourd’hui à un carrefour : comment adapter les compétences professionnelles de leurs employés pour rivaliser au niveau international ? Une demande urgente de main d’œuvre qualifiée L’inadéquation de la main d’œuvre aux besoins des mutations de l’économie chinoise s’explique avant tout par le fait que les réformes économiques n’ont pas été suivies de réformes éducatives. La restructuration des entreprises d’état, puis la migration de la main d’oeuvre du secteur primaire vers l’industrie et les services ont entraîné

l’urgence pour les employés chinois de s’adapter par leurs propres moyens, et sans recevoir de formation, aux nouveaux besoins. Les employés les plus qualifiés ont dû, comme la petite main d’œuvre, redresser leurs compétences pour devenir plus compétitifs. Selon une étude récente de la Banque Mondiale, 770 millions de chinois auraient besoin de mettre à jour leurs compétences professionnelles. L’internationalisation de l’économie chinoise implique une augmentation de la demande en main d’œuvre formée pour répondre aux besoins des entreprises. Selon le ministère des Ressources Humaines et de la Sécurité Sociale, seule la moitié des 140 millions d’employés chinois des en-


Education et formation 教育和培训

treprises en zones urbaines pourrait être considérée comme qualifiés dont 60% à un niveau basique et seulement 3,5% à un niveau expert. Une situation inquiétante puisqu’il est estimé que 30% des produits chinois ne passent pas les tests de qualité en raison d’un manque de compétences des employés engendrant une perte de 200 milliards de yuan par an. Ce manque de personnes formées pourrait en partie être comblé par la formation continue qui est aujourd’hui un secteur en plein développement grâce aux soutiens publics et l’ouverture du marché. La restructuration du système de la formation continue L’adoption de la nouvelle loi sur l’éducation entrée en vigueur en 1995, a donné un statut à la formation continue. La même année, le ministère du Travail publiait le premier règlement administratif imposant à tous les établissements scolaires des plans de formation professionnelle et continue. Sur ces bases, les administrations locales ont pu ensuite désigner leurs propres systèmes d’éducation continue. Le but du gouvernement est ainsi de développer un système qui soit sous le contrôle direct

du gouvernement mais qui bénéficie d’un réseau capillaire d’unités de travail, d’établissements académiques ou d’entités privées qui répondent à la demande des organisations ou des entreprises. Selon les chiffes officiels, la machine de l’éducation continue avance désormais à grande vitesse. Elle s’adresse à toutes les catégories professionnelles : ouvriers, techniciens, managers, ingénieurs mais aussi les chômeurs et les retraités. Depuis les années 90, selon les statistiques, plus de 70 millions de professionnels du secteur secondaire ont reçu une formation professionnelle au cours de leur carrière. Dans le secteur primaire, 60 millions de personnes ont été formées en milieu rural aux techniques agricoles tandis que 90 millions d’employés de la fonction publique ont suivi des formations continues. Dans la majorité des cas, la formation a été organisée par les organes du ministère de l’Education au niveau local ou par les « centres de services au résidents ». . Ces centres ont ainsi permis à 60% des résidents, surtout en milieu urbain, de profiter du nouveau plan de formation continue. Le Ministère des Ressources Humaines supervise également en partie la formation continue et professionnelle et a lancé un programme spécial sur 2009-2010 pour faire face aux lourds impacts de crise mondiale sur la main-d’œuvre chinoise. L’objectif est de former 15 millions d’employés en difficulté en mettant l’accent sur les zones rurales, parent pauvre du système développé jusqu’à présent par le pays. Un marché en plein essor Face à ces nouveaux besoins, les fournisseurs de services de formation professionnelle et continue ont développé et renouvelé leur offre. En 1990, il n’existait dans le pays que 4 000 institutions dévouées à la formation professionnelle, alors qu’en 2005 le nombre atteignait 50 000. Parmi ces institutions, on dénombre des établissements d’études supérieures et professionnels pour adultes, des compagnies privées d’éducation et de conseil, des écoles de commerces, des centres de formation affiliés à l’administration, et des organisations émanant d’associations industrielles etc. L’offre est très variée, avec des cursus de longueur variable, et une place importante accordée au e-learning. Des cabinets de formation privés commencent à se faire un

nom dans le monde de la formation professionnelle qui est encore largement dominé par l’éducation publique. Parmi les entreprises les plus connues figurent la China Education Alliance, côtée à la bourse de New York depuis cette année, qui est leader sur le marché de la formation technique et notamment via le e-learning ou l’Open University of China, qui offre des formations à distance dans plusieurs domaines et qui possède un réseau de 6 centres et une offre de 75 diplômes. « En terme de formation professionnelle et continue, la situation en Chine s’améliore rapidement mais on part de très bas » précise Cédric Barrier, dirigeant du cabinet de conseil français Pharos Education spécialisé sur le marché de la formation chinois. « les autorités mettent en place des lois plus restrictives pour l’attribution des licences car il existe aujourd’hui une myriade d’organismes locaux proposant des services pas toujours de grande qualité. Le secteur a besoin d’une concentration de l’offre pour accroître la qualité des formations proposées dans le pays. ». Néanmoins depuis l’entrée de la Chine à l’OMC et l’engagement pris d’ouvrir le secteur de l’éducation à la concurrence internationale, le marché chinois de la formation n’est encore que peu exploré par les entreprises étrangères. Ces dernières restent découragées par les nombreuses embûches d’une implantation locale. « Même si ce secteur est plus accessible que celui de la formation initiale qui reste très protégé en Chine, il n’est pas possible pour des étrangers d’obtenir de licence sans s’associer à un partenaire local. Il faut donc bien choisir ses interlocuteurs, ce qui n’est pas évident lorsqu’on connaît peu le pays. Autre difficulté propre à la Chine, la formation professionnelle et continue est supervisée à la fois par le ministère de l’Education et le ministère des Ressources Humaines, ce qui rajoute des obstacles administratifs à ne pas négliger. Ce marché reste intéressant car il est voué à croître dans un futur proche, en particulier dans les villes secondaires encore mal servies, mais il faut prendre le temps et se donner les moyens de l’appréhender correctement » conclut le jeune DG de Pharos Education. 

Antonia Cimini

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DOSSIER

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专栏

Faute de financement, la formation professionnelle est aujourd’hui totalement à la charge des entreprises.



由于缺乏资金,目前职业培训的费用完全由企业承担。

Le cadre juridique de la formation professionnelle en Chine Trois questions à Li Hua, avocat associé du cabinet Gide Loyrette Nouel à Pékin Connexions : En France, le droit du travail consacre une large place au droit à la formation. Qu’en est-il en Chine ? Quel est le cadre légal qui entoure l’accès à la formation

professionnelle ? Li Hua : En Chine malheureusement, il

n’existe que très peu de choses sur le plan juridique relatif à la formation professionnelle. Le droit du travail ne prévoit que le principe très général selon lequel les sociétés doivent former leurs employés sans plus de précision. Une loi sur l’éducation professionnelle promulguée en 1996 reste elle aussi très imprécise et définit des ob90 Connexions / décembre 2010

jectifs macroéconomiques plutôt flous. Le contrat de travail stipule de son côté que l’employeur peut exiger la signature d’une clause d’indemnité pour les frais qu’il engagerait pour de la formation mais tout cela reste très vague. Fondamentalement, il manque la définition de l’origine des fonds qui vont financer les formations professionnelles et des conséquences lorsque l’on ne propose pas de telles formations. Le résultat aujourd’hui, c’est que la plupart des entreprises chinoises ne veulent pas investir pour leurs employés et proposent le strict minimum en termes de formation professionnelle. C’est une vraie lacune du

système juridique chinois actuel.

C : Existe-t-il des différences entre secteur public et privé, entre zones rurales et urbaines dans le domaine du droit à la formation ? L.H. : À mon sens, même si la loi ne fait aucune distinction, la situation est un peu meilleure au sein des entreprises publiques. Le secteur privé aborde la formation uniquement en termes de coûts qu’elle représente, alors que dans le secteur public, les dirigeants sont plus prêts à financer des programmes pour les employés. C’est une sorte de tradition héritée du temps où les entreprises étatiques étaient aux commandes de l’économie chinoise. Même si le cadre juridique actuel ne le pré-


Education et formation 教育和培训 cise pas, je pense qu’il faut effectivement faire la distinction entre zones rurales et urbaines. Dans les premières il y a un véritable travail d’éducation de base à fournir alors que dans les secondes, il faut adapter une masse d’employés déjà qualifiés aux évolutions du système productif. Cela nécessite des moyens et des approches différentes.

C : Selon vous, quelles sont les évolutions futures possibles en Chine en matière d’accès à la formation professionnelle sachant que l’objectif du pays est de passer du « made in China » au « created in China » ? L.H. : Faute d’autres sources de financement, la formation professionnelle est aujourd’hui totalement à la charge des entreprises, mais les obligations des employés ne sont pas claires. Qui doit rembourser les dépenses en cas de départ, l’employé ou l’entreprise qui l’a déb a u c h é  ? « Pour qu’un Comment cadre juridique quantifier le prix d’une autour de la formaformation t i o n  ? , … Pour qu’un professionnelle cadre juse développe en ridique Chine, il faut que autour de la formala Loi définisse tion profesclairement sionnelle se développe les droits et en Chine, obligations de il faut que la Loi défichacun. » nisse clairement les droits et obligations de chacun. Je pense aussi que l’Etat devrait supporter une partie des charges liées à la formation professionnelle car elle bénéficie à l’ensemble de l’économie du pays. Enfin, la formation professionnelle permet de rester à jour dans un secteur d’activité mais pour changer le système, pour passer au « created in China », mon avis est qu’il faut avant tout miser sur la formation initiale et l’enseignement supérieur. On ne peut pas demander à un ouvrier d’usine de devenir créatif du jour au lendemain en suivant une formation, c’est beaucoup plus complexe que cela ! 

•Propos recueillis par Nicolas Sridi

中国职业培训的法律体系 向基德律师事务所合伙人李华女士请教三个问题 《联 结》:法国劳动 法 用大 量 篇 幅 规

以前国营企业主导中国经济的年代遗留下

范职业培训。中国这方面的情况如何?

的传统。

有关接受职业培训的法律是怎样规定

即使现有法律体系未作出明确规定,

的? 

我认为的确需要区别对待农村和城市。

李华:很可惜,中国有关职业培训的法律

在农村里,真正要做的工作是普及基础教

非常少。 《劳动法》只规定了非常笼统的原

育,而在城市里,则应使大量已经具备职

则,根据该项原则,用人单位应当对劳动

业资格的劳动者适应生产体制的变化。这

者提供职业培训,但没有任何具体说明。

些工作需要采取不同的方法和步骤。

1996年颁布的《职业教育法》也没有明确

《联结》:由于中国的目标是从“中国

的规定,只是确定了一些模糊的宏观目标。

制造”过渡到“中国创造”,那么您认

《劳动合同法》则规定用 人单位可以要求签订违约 金条款,赔偿其付出的培

“为了在中国 发展职业培训

从根本上说,没有规 定职业培训的经费来源以 及不提 供职业培 训的后 果。 如 今 造 成的结果 就

训方面将 有哪些可能的 变化? 李华:因缺少其他的资金

训费用,但这条规定仍然 十分空泛。

为 ,中国 在 接 受 职 业 培

的法律体系, 法律必须明确 规定各方的权

来源,职业培训的费用目 前完全由企业承担,但劳 动者的义务并不明确。若 员工离职,谁来赔偿培训 费呢?员工还是用人单位?

利和义务”

是:多数中国企业不愿意

如何计算培训的价格?…… 为了在中国发展有关职业

为员工投资,在职业培训方面的投入微乎

培训的法律体系,法律必须明确规定各方

其微。这确实是中国现有法律制度的缺

的权利和义务。我还认为国家应当承担一

陷。

部分职业培训的费用,因为培训让国家整

 《联结》:在培训法方面,是否存在国

体经济获益。最后,职业培训能保障在某

有与私营、农村与城市的差别呢?

一行业的知识更新,但要改变体制,过渡

李华:我认为,即使法律没有做出区别对

到“中国创造”,我认为首先要重视普通教

待,在国有企业内的情况也稍微好些。私

育和高等教育。我们不能要求一个工人在

营企业只根据费用来决定培训,而在国有

参加培训后一夜之间就有了创造性,事情

企业里,领导愿意为员工出钱培训。这是

远没有这么简单!

décembre 2010 / Connexions 91


DOSSIER

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专栏

Les formations agricoles sont aujourd’hui subventionnées à 100% par l’Etat.  如今,农村职业培训完全由国家补贴。

Zhongguozhixie, 20 ans d’engagement pour la formation en Chine Créé en 1989, l’association Zhongguozhixie est affiliée au ministère des Ressources Humaines. Son but est de suivre et analyser le secteur de la formation professionnelle avec un rôle de conseil auprès de l’Etat. M. Bi, le Secrétaire Général actuel, revient sur 30 ans d’évolution du secteur en Chine. Connexions : Comment s’est formé votre goût pour la formation et quelles sont les grandes évolutions du système chinois ? M. BI : Avant la Révolution Culturelle, j’étais moi-même enseignant. Je suis ensuite devenu employé au ministère du Travail dans le département « rémunération ». Une visite en Allemagne pour une formation dans mon secteur m’a particulièrement marqué et m’a donné envie de m’impliquer plus pour promouvoir ce genre de chose en Chine. Suite à l’ouverture et au désengage92 Connexions / décembre 2010

ment de l’Etat, il a fallu trouver des moyens pour autonomiser des travailleurs habitués à être totalement pris en charge. En 1986, l’arrivé du contrat de travail a marqué la fin de l’époque du travail à vie remplacé par la notion de formation tout au long de la vie. Nous nous sommes alors inspirés des expériences à l’étranger pour organiser un système de formation professionnelle adapté. Nous avons pris des éléments aux systèmes allemands, anglais ou japonais. Nos standards sont inspirés par le modèle canadien et notre formation spéci-

fique sur l’entreprenariat calquée sur celle de la France. C : Quels sont aujourd’hui les grands défis pour la Chine dans ce secteur ? M. Bi : Depuis 2000, nous avons en Chine un système assez complet mais cela reste à améliorer. La promulgation d’un droit du travail en 1995, d’une loi sur la formation professionnelle en 1996 et sur la promotion de l’emploi en 2007 pointent 3 grands chantiers prioritaires: l’emploi des jeunes diplômés, l’emploi des travailleurs migrants et le chômage conjoncturel. Un programme sur 8 ans lancé en 2000 a permis également de former 15 millions de ruraux pour les adapter au travail en ville avec un accent sur la sécurité et les connaissances élémentaires. Pour les jeunes diplômés, nous insistons sur la formation au sein des entreprises. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’économie chinoise a besoin désormais d’employés de mieux en mieux qualifiés et il faut pouvoir former les ouvriers migrants au-delà des connaissances de base. C’est un défi difficile car les « mingong » ne saisissent pas toujours l’intérêt de ces formations professionnelles. C : Dans ces conditions comment envisagez-vous le développement futur de la formation en Chine ? M. Bi : D’une part, nous devons nous donner les moyens de former une élite capable de faire passer le pays à un nouveau stade économique. Nous avons donc depuis 2010 un programme sur la formation d’experts de haut niveau que ce soit en management, sur le plan technique mais aussi en milieu rural. Les services aux personnes sont également un secteur voué à se développer très vite avec le vieillissement démographique du pays. Il y a un manque important de formation pour ces emplois qui restent mal vus alors la demande ne cesse de croître. Plus globalement, il faut que l’Etat injecte plus de moyens dans la formation professionnelle pour motiver les travailleurs en subventionnant les différents programmes. Tous ce qui touche à l’agriculture est dès aujourd’hui pris 100% en charge par les autorités mais il faut aller plus loin. Il reste beaucoup à faire mais nous n’avons pas le choix si nous voulons vraiment dépasser le stade d’atelier du monde à bas prix ! 

Propos recueillis pat Nicolas Sridi


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Education et formation 教育和培训

Yang Yuanqing, l’ancien PDG de Lenovo, raconte son succès dans une biographie qui, comme celles des autres grands PDG chinois, connait un important succès en librairie. 联想集团原首席执行官杨元庆在《杨元庆联想20年》一书中讲述了他的成功,如同其他中国重要首席执行官的传记一 样,这本书在书店里热卖。

Lenovo tenu d’inventer la formation du futur en Chine Devenu un leader global de son secteur, le chinois Lenovo doit aujourd’hui repenser sa stratégie de formation interne pour l’adapter à sa nouvelle dimension internationale. Fin 2004, le fabricant d’ordinateur Lenovo créé la surprise sur les marchés en rachetant la branche PC du géant américain IBM. A l’époque, cette transaction est vécue comme le symbole d’une nouvelle étape dans la mondialisation - à savoir l’émergence concrète de la Chine « superpuissance économique » sur la scène internationale. 6 ans plus tard, Lenovo est effectivement présent dans le monde entier. Le groupe emploie 22 000 personnes avec des sièges régionaux implantés à Raleigh, Caroline du Nord, pour les USA et à Paris pour le marché Europe. Sans totalement bouleverser le panorama dans son secteur, Lenovo a néanmoins réussi son pari et fait partie des

leaders mondiaux reconnus aujourd’hui au même titre que Dell ou HP. Pour assurer son entrée dans l’arène de la compétition internationale, le groupe chinois a du changer sa stratégie globale et notamment sa politique de formation interne. Comment faire travailler ensemble des équipes chinoises et étrangères ? Quelle culture d’entreprise transmettre aux nouvelles recrues ? Comment définir un programme unique de formation pour tous ? Reformater la formation interne « Avec le rachat d’IBM, la culture de l’entreprise s’est considérablement transformée ainsi que notre business model en général,

ce qui nous a obligé à revoir notre formation interne en profondeur », confirme Cao YueHua, superviseuse des programmes « nouveaux employés » et « nouveaux manageurs » depuis 3 ans chez Lenovo. Aujourd’hui tout nouveau venu, quelque soit le poste concerné, suit un premier training sur la culture d’entreprise « made in Lenovo ». Les manageurs senior reçoivent en plus une formation spécifique sur le « business model » du groupe alors que les juniors sont initiés aux joies des « soft skills ». « Même si le système éducatif chinois s’est amélioré, les recrues juniors arrivent avec un vrai déficit en terme leadership, de capacités à interagir et d’autonomie. Nous devons donc leur fournir une formation interne sur ces aspects », explique la responsable RH, « Nous avons du également prendre en compte les évolutions en Chine et les nouveaux mode de socialisation des jeunes employés. Même sans internationalisation, nous avions un travail d’adaptation à faire en terme de formation ». Reste que le déploiement du groupe dans le monde a accéléré et modifié largement la stratégie de Lenovo. Il a fallu repenser le relationnel pour insuffler une culture orientée sur les résultats à travers un programme de « mentors », persuader le management de l’intérêt d’un coaching visant à l’autonomie des employés… « Aujourd’hui, nos employés chinois sont plus réactifs, ils s’expriment plus et n’hésitent pas à avancer des opinions différentes de leurs supérieurs s’ils pensent que cela peut améliorer les performances », précise Cao YueHua. « Quand l’Est à besoin de l’Ouest » Emblématique des changements chez le constructeur de PC chinois, le programme de formation « Quand l’Est à besoin de l’Ouest » lancé au moment du rachat d’IBM aura permis à Lenovo d’intégrer des notions de gap culturel. Pour savoir comment faire travailler ensemble un management chinois et des employés étrangers, rien de mieux que de se frotter au réel. Ainsi, de « vrai-faux » meetings multiculturels ont été organisés dont il est ressorti qu’il fallait donner plus de temps aux chinois pour répondre en public. Sans un moment de pause pour organiser leur pensée, les citoyens

•••

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DOSSIER

专栏

pas intervenir, quitte à faire des remarques importantes une fois la rencontre terminée ! Plus globalement, ce programme a incité Lenovo à changer sa formation interne pour passer d’un style figé type « salle de classe » à un mode nettement plus interactif à travers des mises en situation. Des objectifs communs mais des chemins différents Pour 2011, le défi RH du groupe consiste à définir un modèle et des standards globaux de formation interne applicables partout. Pour cela, un Conseil de l’apprentissage a été créé avec des représentants chinois et occidentaux qui définissent ensemble les programmes. « Le plus grand challenge pour définir un programme global de formation dans un contexte international reste le gap culturel entre les employés » confie la jeune superviseuse training. « Par exemple, les manageurs chinois ne voient pas l’intérêt d’un programme de gestion des performances alors que les occidentaux sont immédiatement intéressés. Nous devons donc trouver des objectifs collectifs à atteindre mais définir des méthodes de formation adaptées aux différentes implantations du groupe ».   Les chocs culturels et l’intégration de manières de faire différentes ne sont d’ailleurs pas réservés qu’aux chinois. Un responsable français de Lenovo à Paris expliquait ainsi avoir été surpris par les siestes récurrentes de son stagiaire venu de Pékin sur le lieu de travail. Chose impensable dans l’Hexagone, prendre quelques minutes de repos les bras en croix sur le clavier est une chose tolérée en Chine si cela permet de rester efficace plus longtemps. Un rapide coup de fil au siège confirme la chose et le jeune stagiaire peut continuer ses rencontres intermittentes avec Morphée sans réprimande. Qui sait, le droit à la sieste « à la chinoise » sera peut-être un jour officialisé en France chez Lenovo dans le cadre de la formation interne globale en gestion des performances ! 

94 Connexions / décembre 2010

Nicolas Sridi

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••• de l’empire du Milieu préféraient ne

Chez Accor, la formation des employés aux standards du groupe est un enjeu crucial.  在法国雅高集团,按集团统一标准对员工培训是关键问题。

Formations : fusionner esprit chinois et méthodes françaises Les entreprises françaises en Chine consacrent en moyenne 3% de leur masse salariale à la formation. Cours de langues, gestion d’équipes, prises d’initiatives personnelles… Tout y passe. Oublier ce que certains appellent encore « le temps des colonies », celui où les expatriés formés à la française occupaient (et occupent encore parfois) tous les postes à responsabilité. L’heure, pour les entreprises tricolores en Chine, est à la détection et à la formation des talents locaux, au brassage culturel, à la mixité... En un mot : à l’ouverture. « Nous sinisons au maximum nos équipes » insiste Martin Leys, DRH Chine chez EDF. « Nous attachons beaucoup d’importance à former de façon équitable l’ensemble de nos collaborateurs… Chez nous, il n’y a aucune chasse-gardée pour les Français. J’aimerais d’ailleurs qu’après mon départ, ce soit un Chinois qui me remplace. ».

Même son de cloche chez Areva, qui emploie aujourd’hui 340 ingénieurs et techniciens1, dont les deux-tiers sont locaux. « On encourage énormément les promotions en interne », avance Antoine Zhang, en charge de la gestion des ressources humaines. Et qui dit promotions, dit formations. « Certaines sont d’excellents accélérateurs de carrière. ». Formations liées aussi bien à la connaissance de certains produits qu’à l’efficacité dans la gestion des équipes ou encore à l’amélioration des méthodes de travail… Le géant français du nucléaire consacre en moyenne 400 euros par an (par personne) pour former ses salariés – niveau ingénieur – en Chine, « et les accompagner personnellement dans leur


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Education et formation 教育和培训

développement professionnel. ». « Nous sur des formations en interne solides. Les avons également mis en place des forma- salariés chinois cherchent à progresser, à tions interculturelles auxquelles ont accès apprendre une autre langue (le français ou l’ensemble de nos collal’anglais) ou à connaître borateurs », expatriés et et à partager les valeurs « D évelopper locaux confondus. de leur entreprise. « Un Partager les valeurs l’adaptabilité, programme de formade l’entreprise tions est absolument l’esprit Former leurs équipes à nécessaire », explique tous les niveaux de l’or- d’initiative, de son côté Helen Luo, ganigramme est donc DRH adjointe chez Tol’indépendance devenu une évidence, tal Chine (voir ci-après un « plus » sur lequel in- dans le travail… l’interview de Michelle sistent tous les DRH des sont les lignes Terminet Shuppon). « entreprises françaises Un collaborateur doit en Chine. Pourtant, pour directrices des pouvoir s’épanouir dans beaucoup « c’est une po- formations pour son environnement de litique assez récente », retravail et évoluer quel connait Antoine Zhang. les employés que soit son niveau de « En 2006, il n’y avait à chinois des responsabilité... Nous tePékin aucun départenons ainsi à ce que tous entreprises ment formation chez nos employés puissent françaises. » Areva ». Les entités du profiter des séminaires groupe se débrouillaient et des formations proalors en faisant appel posés par le Siège et/ou à quelques cabinets extérieurs spéciali- par notre cellule RH à Pékin ». Pas simple sés… quand les équipes – comme celles de Total Aujourd’hui, impossible de faire l’impasse (4000 employés en Chine) – sont présen-

tes aux quatre coins du pays, du Tibet aux confins de la Mongolie Intérieure. « Nous privilégions souvent les formations transverses », de façon à réunir le maximum de collaborateurs. Idem pour les métiers de l’hôtellerie. Chez Accor par exemple (une centaine d’hôtels répartis dans 42 villes), chaque formation attire des employés de tout le pays. « Le Siège propose du training ciblé – front office, restauration, vins, etc. – à tous les employés, au minimum une formation par an par personne – soit 3 % de la masse salariale », explique Kamel Senhadji, responsable des hôtels Novotel et Ibis Sanyuan à Pékin. C’est l’hôtel qui inscrit le plus de collaborateurs qui accueille le training en question. Questionner et remettre en question l’autorité Côté entreprises, cette course aux formations répond aussi à des impératifs de développement. « Notre groupe poursuit son expansion dans le pays. Nous cherchons à fidéliser nos équipes », relève M. Senhadji alors que ce secteur (comme celui de la restauration) affiche en Chine un taux de turn-over record. « Nous dépensons beaucoup d’argent pour garder nos collaborateurs. ». Même constat chez Peugeot. « Nous venons de débloquer un nouveau budget pour les formations… La Chine, qui est actuellement notre deuxième marché au monde, occupe une place très importante dans notre stratégie globale », confie Hongwei Wang, du département ressources humaines de la marque au Lion à Pékin. Sur quel type de training en particulier ces entreprises insistent-elles ? « L’adaptabilité », « l’esprit d’initiative », « l’indépendance dans le travail »… Les mots sont à chaque fois les mêmes. « On demande à chacun d’être pertinent, de discuter et de faire évoluer le modèle de l’entreprise », explique Martin Leys d’EDF. Ce qu’un employé local, à en croire de nombreux DRH, n’a pas nécessairement l’habitude de faire. « Les Chinois respectent beaucoup l’autorité », reconnait Helen Luo mais ils ne la discutent pas, ou « rarement ». « Nous leur apprenons donc à questionner leurs supérieurs, à apporter par eux-mêmes des solutions. C’est très important pour nous… ».  Pierre Tiessen

1 En juin dernier, Areva a vendu ses activités transmissions T&D (4800 salariés) à Alstom et à Schneider.

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Total investit chaque année 340 millions d’euros dans la formation de ses employés dans le monde  道达尔每年投入3.4亿欧元为其在全球的员工提供培训。

Former ses employés en interne, une priorité RH pour Total Michèle Terminet Schuppon, coordinatrice RH, Ethique et RSE pour le Groupe Total en Chine nous expose la vision du Groupe sur la formation interne de ses employés en Chine. Connexions : Quelle est la politique de Total en matière de formations en interne ? Michèle Terminet Schuppon : Total emploie quelque 95000 salariés dans le monde entier, dont 4000 en Chine continentale et investit chaque année 340 millions d’euros dans leur formation. En 2009, nos salariés ont bénéficié de 6,7 jours de formation en moyenne. Nous nous attachons à proposer des parcours adaptés aux besoins de chacun, dès l’intégration et tout au long de la vie professionnelle, pour garantir le maintien d’un haut niveau de 96 Connexions / décembre 2010

compétences et d’employabilité, et de faciliter les évolutions et changements de métiers.

C. : Avez-vous des programmes de formations spécifiques en Chine ? M. T. S. : La direction de la formation du Siège s’assure que tout le monde ait accès aux formations et aux séminaires du Groupe. Nous proposons par ailleurs un programme, que nous pilotons depuis Pékin, de formations transverses et qui s’adresse aux personnels de toutes les branches (Exploration et Production, Gaz

et Energies Nouvelles, Raffinage et Marketing, Chimie) et filiales de Total en Chine. Ce programme s’articule autour de quatre thèmes : l’intégration (découverte du Groupe et de ses activités, éthique, valeurs et comportements) le développement personnel (gestion du temps, résolution des problèmes, communication, gestion du stress, comment faire une présentation, etc.), formations métiers (en fonction du profil métier du salarié) et enfin une série de formations en management durant lesquels on apprend notamment comment


Education et formation 教育和培训 construire une équipe, comment conduire un Entretien individuel annuel (EIA) ou encore un entretien d’embauche.

C. : Comment établissez-vous, depuis Pékin, vos plans de formations ? M. T. S. : L’employé, à l’occasion de son EIA, fait le point avec son responsable hiérarchique sur les objectifs de l’année écoulée, les résultats, et ses besoins de formation. Ceux-ci sont consolidés par les départements RH de chaque entité. Selon les demandes, nous établissons pour l’année un plan de formation transverse que nous développons nous-mêmes ou avec l’aide de formateurs externes. En 2009, nous avons ainsi donné 38 sessions à environ 700 employés. Les thèmes les plus suivis furent la résolution des problèmes et l’éthique dans les affaires. En dehors de ce programme transverse, les branches et les filiales organisent également des formations dans le domaine des langues, de la sécurité, ainsi que dans les domaines qui correspondent aux besoins plus spécifiques de leur activité et de leurs métiers.

C. : En 2009, Total a recruté plus de 500 personnes en Chine. Quels sont les besoins en formations pour ces nouveaux embauchés ? M. T. S. : Nous recrutons en majorité des

imaginatifs, mais aussi à gérer la pression dans le travail.

C. : Avez-vous un fort taux de turn-over dans vos équipes en Chine ? M. T. S. : Selon les filiales, ce taux varie de

gens expérimentés plutôt que des jeunes diplômés bien que nous ayons noué des moins de 5% (au siège à Pékin) à plus de partenariats forts avec 50 % dans nos stations de nombreuses univer- « Nos salariés -services (120 en Chine, sités chinoises. Nous ndlr). Nos salariés en insistons sur les 4 com- en Chine ont Chine ont une vraie portements de la « Total une vraie soif soif d’apprendre, de Attitude », attitudes proprogresser dans leur d’apprendre et de fessionnelles commutravail. C’est donc très nes qui doivent irriguer progresser dans important pour nous notre manière d’être : de faire comprendre à leur travail » l’écoute, la solidarité, la nos nouveaux embautransversalité, l’audace. chés qu’ils entrent dans Un ciment commun qui nous est d’autant un grand Groupe international dans lequel plus essentiel que la taille et la diversité du ils ont tous des possibilités d’évolution. Nos Groupe sont croissantes. équipes RH s’emploient ainsi à rendre la Notre programme vise aussi à renforçer les gestion des carrières plus transparente et soft skills de nos collaborateurs (dévelop- plus proche de chaque collaborateur, afin pement personnel et fonctionnel). Nous les de donner à tous les moyens d’optimiser encourageons à prendre des décisions par leur parcours au sein du Groupe. eux-mêmes, à être plus autonomes, créatifs,  Propos recueillis par Pierre Tiessen

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Des étudiants en formation au CFFCME de Pékin. 

在中法能源培训中心参加培训的学生们

Faire face au déficit de techniciens qualifiés Les acteurs économiques collaborent pour former des équipes de pointe au service des entreprises françaises en Chine. « Un système éducatif basé sur une forte et très ancienne tradition d’élitisme a souvent tendance à dévaloriser la formation professionnelle», rappelle Denis Fourmeau, attaché de coopération universitaire auprès de l’ambassade de France. Or, dans le contexte chinois où les investissements dans le domaine technologique augmentent plus rapidement que les ressources humaines disponibles, le différentiel grandissant entre besoins et moyens constituent potentiellement un frein à la croissance. Aussi, le gouvernement chinois, qui a pris la mesure de ce danger, a-t-il intégré cet impératif parmi les grandes orientations de sa planification. En particulier parce que la Chine se fixe comme objectif majeur de passer du statut « d’atelier du monde, à celui de pays d’innovation », décrypte Hugues Boiteau, chargé de mission au secteur 98 Connexions / décembre 2010

de coopération universitaire de l’ambassade. Mais l’enjeu n’est pas exclusivement chinois : les entreprises françaises et européennes actives en Chine sont confrontées au même déficit en techniciens qualifiés. Au fil du temps, les multiples acteurs économiques concernés par cette problématique commune ont donc tout naturellement engagé diverses actions de collaboration. Une forte demande des entreprises françaises Le manque criant de techniciens et de techniciens supérieurs, Thierry Devillier le connaît comme personne. Et pour cause : depuis 20 ans, il met en place des formations professionnelles en Chine dans le domaine de l’énergie. Le vice-directeur du Centre de formation franco-chinois aux métiers de l’énergie (Cffcme) se souvient qu’à l’origine de cette structure, « il y avait

une demande forte de la part des entreprises françaises. Et aujourd’hui, le besoin s’est encore intensifié. ». Notre centre est conçu pour répondre aux besoins spécifiques de chaque entreprise ; ses formations sont donc dispensées à la carte. « Sur 880 m², nous disposons de huit plates-formes spécialisées équipées de matériels réels et en fonctionnement : chaudières, climatiseurs, panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, pompes à chaleur etc. ». La structure accueille 500 professionnels en formation continue et 500 étudiants chaque année. « Certains participants nous posent parfois des questions incroyables », qui permettent de sonder le gouffre à combler pour former des gens destinés à assurer, par exemple, une bonne installation ou une maintenance efficace d’équipements de pointe.


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sont rapprochés à partir de 2007 : la marque aux chevrons bien sûr, mais aussi Dongfeng Citroën Automobiles Distribution (Dcad), le bureau de l’Education de Pékin, le Beijing Vocational College of Electronic Science (Bvces), et le ministère français de l’Education nationale. En 2009, sur les 1100 m² d’atelier et de salles des cours, pas moins de 163 journées de formation ont été dispensées aux professeurs du Bvces, 1 600 aux techniciens du réseau Dcad et 500 au personnel Citroën ; sans oublier l’accueil des 48 étudiants chinois dans le cadre de cette formation aux métiers de l’après-vente automobile. Du côté des professionnels du réseau, cette masse de connaissances circule verticalement. Les formateurs enseignent d’abord aux techniciens, qui sont les responsables techniques supérieurs des centres de la marque. Ce sont eux qui « vont se casser la tête sur les gros problèmes. ». Ces derniers Un stage chez Citroën garantie souvent vont ensuite redistribuer ce savoir-faire aux de trouver un emploi.  « étages inférieurs de la pyramide : techni在雪铁龙的实习通常是找到工作的保证 ciens et garagistes. Cette homogénéisation A l’origine, le centre a été conjointement des compétences crée une sorte d’identité financé par le gouvernement et par les professionnelle singulière. Celle-ci est néentreprises françaises qui, aujourd’hui cessaire, car « chaque marque a ses outils encore, font régulièrement des dons de spécifiques », explique Cyril Nosjean en matériel très coûteux. Un investissement prenant l’exemple des « valises diagnostiqui dénote l’importance de l’enjeu pour ques », dont l’usage requiert une qualificaces compagnies : elles ont un intérêt vital tion technique avancée et une connaissanà ce que les formations intègrent en temps ce complémentaire des véhicules auxquels réel toutes les innovations technologiques on les branche. du secteur. Un tremplin pour les jeunes Une collaboration essentielle Si « la formation professionnelle est l’un « Dès qu’une technologie arrive, il faut for- des outils incontournables du développemer les formateurs. En ment économique », fait, il faut même que « Les entreprises elle est aussi un restout le monde soit déjà sort efficace pour les ont un intérêt formé le jour où un noujeunes qui en bénéfiveau modèle de voiture vital à ce que cient. Chez Citroën, le devenir des étudiants, sort sur le marché », inles formations siste Cyril Nosjean, le qui passent un an en directeur technique du intègrent en stage, est tout tracé : Centre franco-chinois « quasiment tous se temps réel toutes voient proposer une Citroën de Pékin. « Depuis une quinzaine les innovations option d’embauche d’années, les voitures technologiques. » dans le réseau même, embarquent de plus en et ceux qui refusent plus d’électronique, et il trouvent facilement est donc nécessaire que les responsables un emploi ailleurs », constate Cyril Nosdu réseau Citroën Chine restent en perma- jean. Même son de cloche du côté du nence au fait de ces évolutions ». Afin de Cffcme, où Thierry Devillier explique que pourvoir à ce besoin, cinq partenaires se « nous ouvrons souvent notre fichier

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Education et formation 教育和培训

Le CFFCME Le CFFCME est un établissement de coopération éducative entre le Lycée Maximilien Perret-Gefen d’Alfortville en France et l’Université de Génie Civil et d’Architecture de Pékin (UGCAP), une convention signée en 1999 lie les deux établissements. Inauguré en 2001, le CFFCME est équipé de matériels réels et en fonctionnement fournis gracieusement par une trentaine d’entreprises françaises. Activités : Formation continue : formations techniques, théoriques et pratiques, pour des bureaux d’étude, des promoteurs, des distributeurs d’équipements de génie climatique, sociétés de maintenance... Formation initiale : Formations pratiques pour les étudiants en Licence et Master de l’UGCAP mais aussi d’autres universités de Pékin et des provinces voisines. Organisation de conférences et de séminaires techniques pour des professionnels ou des étudiants (chauffage, climatisation, économies d’énergie, protection de l’environnement…) Rédaction de livres techniques et de documents de formation technique, à la demande de fabricants et d’administrations françaises Traduction et interprétariat technique Le CFFCME est dirigé par un comité de gestion conjointe Franco-Chinois dont le directeur est le président de l’UGCAP et le vice-directeur, le recteur de l’Académie de Créteil. Le CFFCME est un établissement public de droit chinois dont le fonctionnement quotidien est assuré par une équipe franco-chinoise. www.cffcme.com.cn

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souhaitent recruter. ». Car dans un pays qui n’a pas la culture des stages, séduire des jeunes qui ont déjà une expérience crédible dès leur sortie de l’école est une aubaine. L’exemple des IUT français Pascal Frachet, le chef du département technique de commercialisation de l’IUT d’Amiens, insiste également sur « la nécessité, en termes d’emploi, d’ouvrir des formations en Chine. Les IUT doivent leur existence et leur reconnaissance à leur capacité à répondre à des besoins spécifiques exprimés par les entreprises. ». C’est dans cette perspective que les licences professionnelles « optimisation des outils de production » et « développement commercial et gestion des échanges », aménagées en partenariat avec l’université aéronautique de Shenyang, sont sur le point de voir le jour. Avec un double objectif : « Former des cadres moyens capables de créer ou de participer au développement de sociétés françaises en Chine, mais également capables de répondre aux besoins d’entreprises chinoises qui veulent aborder le marché français. ». De nouveaux modèles de formation Plusieurs autres partenariats sont en train de naître, sous diverses formes. Dans le domaine des énergies renouvelables notamment, avec le projet ICARE (Institute for Clean And Renewable Energy) à Wuhan, porté par les Mines ParisTech sur financement européen, et qui devrait à terme accueillir 150 étudiants de Master par an. A la différence d’autres grandes écoles qui ne forment que des ingénieurs, l’un des aspects les plus intéressants, et qui en fait « un nouveau modèle économiquement viable », se situe dans le centre de formation continue qui lui est associé, et qui permettra à de « très nombreux professionnels, envoyés par leurs entreprises, de se mettre à niveau », explique Denis Fourmeau, concepteur de ce projet dans ses précédentes fonctions à la Délégation de l’Union Européenne à Pékin. Et de conclure : si ces « centres de formation professionnelle en partenariat avec des institutions étrangères ne sont pour l’instant qu’un accompagnement, qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins immenses en Chine, la tendance est bel et bien lancée. ».

•Manuel Rambaud

100 Connexions / décembre 2010

© Imagine China

••• d’anciens élèves à des sociétés qui

Le Groupe Demos espère conquérir les entreprises chinoises. 德莫斯希望赢得中国的企业客户。

Demos Premiers pas sur le marché naissant de la formation professionnelle en Chine Leader européen de la formation professionnelle, Demos développe pas à pas sa stratégie en Chine où d’ici une dizaine d’années, le marché de la formation devrait exploser L’aventure de Demos en Chine commence fin 2002 par la création d’une joint-venture avec un partenaire financier et l’Université de Finances de Shanghai. Par la suite, un bureau de représentation est ouvert à Beijing, puis une filiale en 2008 avec deux associés chinois. Les clés d’une implantation réussie dans l’empire du milieu ? Selon Emmanuel Courtois, chef des opérations du groupe Demos, il est primor-

dial d’avoir les bons partenaires chinois et de recruter des équipes, qui sont les mieux à même d’appréhender les spécificités de la culture locale. La patience est aussi utile, dans un pays où les procédures peuvent être longues et complexes. Construire sa marque Parmi les 2000 formations proposées en France, Demos a commencé son implan-


Education et formation 教育和培训 tation sur le marché chinois en choisissant un échantillon axé sur les ressources humaines et le leadership. Le Groupe a élargi progressivement sa gamme de produits, en offrant des formations plus techniques, notamment en gestion de projets. « A terme, nous souhaitons proposer l’ensemble des formations qui existent en France » explique Olivier Sauser, directeur des Opérations Internationales du groupe. « Mais nous y allons de manière progressive, il faut d’abord construire notre marque et notre crédibilité, notamment au travers de publications ». Une offre de formation adaptée aux réalités locales. Le marché chinois est en effet compétitif, et très fragmenté, composé d’un ensemble de petits acteurs capables de proposer une offre à des prix très bas. « Nous essayons de faire la différence en proposant un plus grand nombre de produits, notre expérience de l’international et notre capacité à accompagner nos clients sur des projets d’envergure», explique Olivier Sauser. « Pour la Chine, nous avons dû modifier nos programmes de e-learning. Nos clients nous demandent aussi des formations sur-mesure, qui mélangent par exemple consulting et e-learning » ajoute-t-il. Un marché prometteur Après les filiales de multinationales européennes et américaines, le Groupe souhaite conquérir les grandes sociétés chinoises, en les aidant notamment à établir une stratégie de formation cohérente avec les objectifs de développement de l’entreprise. En parallèle de ses programmes en Chine, Demos organise des séjours de formation en France et en Europe pour des délégations chinoises, dans les domaines de la banque, des assurances, ou encore des conseils en privatisation. Malgré des chiffres de croissance prometteurs, le chemin est encore long avant de tirer pleinement parti du potentiel que représente le marché chinois. « Nous sommes au début de notre aventure », confie Emmanuel Courtois. « D’ici 10 ans, 40% de nouveaux métiers seront crées en Chine. Ce pays est notre investissement prioritaire, à partir duquel nous souhaitons nous développer dans le reste Pauline Bandelier de l’Asie ». 

法国德莫斯培训集团 在中国新兴职业培训 市场上迈出的第一步

会逐步进行,首先要建立自己的品牌 和信誉,主要通过出版物的形式。” 提供符合当地实际的培训 实际上,中国市场很有竞争性,

作为欧洲职业培训领域的领导者,法

又很零散,由各个小的培训机构组

国德莫斯(DEMOS)培训集团正一

成,他们能够提供价格非常低的培

步一步地实施它在中国的发展战略。

训。 “通过提供数目繁多的培训产品、

今后十几年内,中国的培训市场将会

丰富的国际经验以及在大型项目上

有突飞猛进的发展。

为客户服务的能力,我们力求与众不

2 0 0 2年底,通过与一家金融合

同。”Olivier Sauser解释说。

作伙伴和上海金融学院成立的上海

“在中国,我们只能对网上远程

银港德莫斯合资公司,法国德莫斯

培训课程进行修改。我们的客户也要

(DEMOS)培训集团开始了在中国的

求我们提供量身定制的培训,比如把

发展历程。之后,德莫斯在北京设立

咨询和远程培训结合起来。”他补充

了办事处,2008年又与两个中国合伙

道。

人成立了德莫斯(北京)管理技术培

前景广阔的市场

训有限公司。在中国成功扎根的秘诀

继欧美跨国公司的在华分公司之

是什么?德莫斯运营总监Emmanuel

后,法国德莫斯(DEMOS)培训集团

Courtois先生认为,拥有良好的中方合

希望赢得中国的大公司客户,尤其是

作伙伴,并聘用最了解当地文化特征

帮助他们制定与公司发展目标一致的

的团队至关重要。在中国这样一个办

培训战略。除了在中国开设培训课程

事过程长、手续复杂的国家里,耐心

以外,德莫斯还为银行、保险领域的

也同样重要。

中国团安排在法国和欧洲的培训,或

建立自己的品牌

提供私有化方面的咨询服务。尽管增

在法国本土提供的2000种培训

长的数字令人鼓舞,但从中国培训市

中,德莫斯选择人力资源和管理作为

场蕴含的潜力中得益之前,要走的路

试点开始在中国市场立足。通过提供

还很长。 “我们刚刚开始开拓中国市

技术含量更高的培训,尤其是项目管

场,”Emmanuel

理课程,集团逐渐扩大其培训产品的

10年内,40%的新职业将在中国出现。

范围。 “今后,我们希望提供在法国已

中国是我们优先投资的国家,我们希

有的整套培训,”德莫斯国际部负责

望从这里将业务拓展到亚洲其他国

人Olivier Sauser先生表示。 “但是我们

家。”

Courtois透露。 “在

• décembre 2010 / Connexions 101


DOSSIER

© Imagine China

专栏

Les écoles privées d’apprentissage de l’anglais rapportent un grand succès en Chine.

私立英语培训学校在中国获得了巨大成功。

La formation professionnelle « à la française » s’installe peu à peu en Chine Face à une régulation complexe et à la non maturité du secteur, les entreprises françaises investissent timidement le marché de la formation en Chine. Alors que la Chine est le pays où la ressource humaine est la plus riche dans le monde, les compétences professionnelles, en particulier celles de haut niveau, y sont insuffisantes. Dans ce contexte, le marché de la formation s’est réellement développé ces dernières années pour répondre aux besoins croissants des entreprises chinoises et étrangères. On trouve d’un côté l’offre de formation des cabinets chinois, destinée principalement aux entreprises locales et axée sur l’acquisition de compétences techniques, notamment en gestion financière, ressources humaines ou langues. Une offre française orientée vers les soft skills Par contraste l’offre des cabinets français est davantage axée sur les « soft skills ». Elle vise les entreprises étrangères désireuses de former leurs employés chinois aux techniques du management à l’occidentale ou les expatriés amenés à 102 Connexions / décembre 2010

diriger des équipes chinoises. Les principaux cabinets français, Cegos et Demos, proposent des séminaires de formation publique, au sein des entreprises, ainsi que des programmes de e-learning. Le cabinet Auralog, spécialiste de l’enseignement des langues, met au service des entreprises des solutions de e-learning et de e-coaching basées sur sa méthode d’apprentissage linguistique TELL ME MORE. Les plus des cabinets français L’avantage compétitif des cabinets français par rapport à leurs principaux concurrents, les cabinets anglo-saxons ? « Les sujets animés par les formateurs français seront plus facilement reconnus par les entreprises françaises. Les consultants sont souvent sortis des meilleures écoles et ont travaillé avec les entreprises françaises connues. Les tarifs sont habituellement moins élevés  mais c’est un point secondaire dans le choix d’une formation », explique

Christine Dai, responsable du département des ressources humaines à l’antenne de Shanghai de la CCIFC. Si les premiers cabinets français s’installent en Chine dès le milieu des années 1990, leur nombre reste limité en raison des difficultés auxquelles ils doivent faire face pour obtenir une business licence. Le boom du coaching Cette situation a favorisé l’apparition d’un grand nombre de consultants et de coachs individuels qui proposent des interventions de conseil aux entreprises, par exemple en communication interculturelle où conseil en stratégie. Christine Dai met toutefois en garde car la qualité n`est pas toujours au rendez vous. Malgré ces lacunes propres à un marché encore peu structuré, le secteur de la formation professionelle – dont on estime la croissance annuelle à 12 % - semble avoir de beaux jours devant lui.  Pauline Bandelier


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CHINE DU SUD Isabelle Carlier Tel : (0755) 8632 9720 carlier.isabelle@ccifc.org


DOSSIER

专栏 ans, le HEC Paris entend tourner sa stratégie vers la durabilité et centrer son attention vers le marché de niche de la formation à haute valeur ajoutée pour les leaders des entreprises chinoises.

Le marché de la formation à haute valeur ajoutée : une stratégie pour HEC en Chine.  高附加值培训市场:巴黎HEC商学院在华的发展策略

CCIParis Consulting Comment HEC Paris accompagne les leaders chinois vers l’internationalisation Frédéric Béraha, Directeur Général de CCIParis Consulting revient pour Connexions sur l’expérience d’HEC Paris en Chine dans le domaine de la formation des hauts cadres et nous expose sa vision de ce marché. Bien implanté en Chine, HEC Paris y oriente son action sur trois domaines principaux : La grande école propose des programmes en coopération pour des MBA  avec les meilleures universités telles que Qinghua ou Fudan, le département HEC Executive Education offre des Executive MBA aux entreprises d’Etat en collaboration avec la SASAC et la NDRC ainsi que l’élaboration de formations et de séminaires sur mesure. Créée il y a deux ans à l’initiative d’HEC Paris et de sa maison mère, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, la société CCIParis Consulting, gère les programmes Executive MBA d’HEC en Chine et est égale104 Connexions / décembre 2010

ment l’agence de promotion des formations intra entreprises de l’école.

Connexions : Pourquoi HEC Paris est-elle présente en Chine et quelle y est sa stratégie ? Frédéric Béraha : HEC Paris a entamé une démarche globale d’internationalisation il y a une quinzaine d’années. Cette internationalisation des études, des étudiants et des professeurs a contribué à une évolution de l’enseignement dans sa forme et dans son contenu. Cette ouverture a résulté notamment en un rapprochement de l’école vers les entreprises. De ces évolutions est né le département « Executive Education » dont la vocation est de former les dirigeants des entreprises à travers le monde. Depuis 16 ans, le Groupe HEC est présent en Chine via des échanges de professeurs et d’étudiants pour son programme MBA classique et plus récemment avec la mise en place de deux Executive MBA. Avec la création de CCIParis Consulting il y a deux

© HEC

C. : HEC Paris forme dans ses deux EMBA des cadres supérieurs issus d’entreprises chinoises, pourriez-vous nous en dire plus sur cette expérience unique ? F. B. : Depuis 5 ans HEC Paris propose d’une part, un Executive MBA en collaboration la SASAC1 à Pékin et, depuis 2 ans un EMBA avec le NDRC2 à Shanghai. A l’origine, la SASAC et la NDRC ont fait appel à HEC Paris car ils ne disposaient pas en interne des ressources nécessaires pour former leurs cadres dirigeants exécutant les réformes visant à transformer les entreprises d’état en multinationales. L’offre des universités chinoises en MBA, Executive MBA ou AMP, est de plus en plus importante mais encore insuffisante en qualité, en accréditation et en reconnaissance internationale. La Chine doit rattraper le retard pris dans la formation de ses cadres et les entreprises sont contraintes de s’adapter très rapidement à de nouveaux défis : l’internationalisation, les échanges avec des cultures autrefois inconnues comme l’Afrique, les standards du monde financier international : M&A, IPO, audit … Le pays ne peut pas seulement compter sur la ressource de ses étudiants formés à l’étranger pour répondre à ses besoins. La SASAC et le NDRC se sont ainsi intéressés à nos Executive MBA en raison de la réputation internationale d’HEC Paris mais aussi de la forte similitude de la situation des entreprises d’Etat en France et en Chine. L’expérience française de privatisation des entreprises comme EADS, des restructurations en Lorraine, des grands chantiers navals etc. a inspiré la Chine. Les personnalités de haut niveau que nous formons travaillent pour des entreprises d’état comme Sinohydro, Sinotrans, China Petroleum, AVIC… Elles sont toutes confrontées à la problématique de l’internationalisation. Ces cadres sont en général en passe de franchir une étape importante dans leur carrière. Ils restent par la suite attachés à HEC Paris et représentent donc pour l’école une partie importante et unique du réseau des anciens en Chine qui compte plus de 600 personnes.


Education et formation 教育和培训 C. : Comment CCIParis Consulting envisage-t-il de s’implanter sur le marché de la formation en Chine ? F. B. : Le Groupe HEC Paris a créé en Chine un ensemble cohérent et possède de grands avantages pour réussir sur ce marché complexe : son réseau, sa réputation de leader attestée par tous les classements internationaux et enfin ses équipes d’intervention locale. Il s’agit néanmoins de pénétrer un marché de niche très exigeant, celui des formations à haute valeur ajoutée, qui est aujourd’hui prometteur même s’il n’est pas encore très mûr. Actuellement le marché de la formation se développe bien en Chine. De manière globale, beaucoup de cabinets chinois proposent des formations, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Pour nous, la principale difficulté est de convaincre une entreprise chinoise de confier ses problèmes à un organisme étranger. Par ailleurs, la capacité de financement des formations reste souvent faible dans les entreprises chinoises, non par manque de fonds mais surtout par manque de connaissance des prix pratiqués sur le marché international. Les processus de décision sont complexes et le temps n’est jamais appréhendé comme nous en avons l’habitude : de très longs mois peuvent se passer sans aucune réaction à une proposition puis d’un coup il faut monter tout un programme excessivement ambitieux en quelques jours, ce qui nous est souvent physiquement impossible à réaliser mais surtout non-conforme à nos impératif de qualité et de sérieux ! C’est donc en s’installant à long terme, en tissant notre toile, que nous augmenterons notre crédibilité auprès des Chinois.

C. : Selon vous, la formation est-elle quelque chose d’important aux yeux des entreprises chinoises ? F. B. : Dans la culture traditionnelle confucéenne, apprendre tout au long de sa vie est un concept essentiel. Se former est donc à priori quelque chose de très important en Chine. Néanmoins, dans la pratique les cadres dirigeants chinois ne disposent pas de beaucoup de temps à consacrer à leur formation. Par ailleurs, ceux qui ont plus de 50 ans et qui ont vécu la Révolution Culturelle n’ont pas tous reçu une formation académique et ont du apprendre « sur le tas », c’est pourquoi

•••

巴商咨询

到了巴黎HEC商学院,因为他们在国内

巴黎HEC商学院如何陪 同中国高管走向国际 化

没有必要的资源,为实施国有企业向跨国

在中国站稳脚跟的巴黎HEC商学院将其

可上还有所欠缺。中国应当消弥在管理人

业务定格在三个主要领域:与清华、复旦

员培训方面的滞后,企业不得不迅速适

等名校合作开办MBA课程;与国资委及

应新的挑战:国际化,与像非洲这样过去

发改委合作,HEC高级经理培训部为国

所不了解的文化交流,国际会计准则:并

有企业提供EMBA培训;量身定制培训和

购,新股上市,审计等。国家不能单单依

研讨会。

靠归国留学生资源来满足需求。鉴于巴黎

巴商咨询,两年前由巴黎HEC商学院和

HEC商学院的国际知名度和法中两国国

巴黎工商会共同发 起 成立 ,在中国管

有企业状况的极大相似性,国资委和发改

理H E C的E M BA课程,同时负责推广

委对我们的EMBA项目很感兴趣。法国在

HEC的企业内部培训。

企业私有化(例如欧洲宇航防务集团)、

巴商咨询总经理白立德先生(Frédéric

洛林地区企业重组、大型造船厂并购等方

Bér a h a)为《联结》杂志讲述了巴黎

面的经验启发了中国。

HEC商学院培养中国高级管理人员的经

我们培养的高层领导在中国水电、中国外

验以及对该市场的看法。

运、中国石油、中国航空等国有企业工作。

企业转变的改革培养高级管理人员。中国 大学提供的MBA,EMBA或AMP课程 越来越重要,但在质量、可信度及国际认

这些企业皆面临着国际化问题。通常这 《联结》:巴黎HEC商学院为何 要来

些管理人员正在跨越职业生涯中的一个

中国,它在中国的发展战略是什么?

重要阶段。在培训结束后,他们便与巴黎

白立德:15年前,HEC开始了全面的国际

HEC商学院保持着联系,是商学院600余

化步伐。学习、学生及教师的国际化促进

名中国学友网中一个重要、独特的群体。

了教学形式和内容的发展变化。开放带

《联结》:巴商咨询打算如何在中国教

来的主要结果是学校向企业靠拢。在这

育市场上立足呢?

些变化中诞生了“高级经理培训”部,其

白立德:巴黎HEC商学院在中国建立了一

使命是为全球企业培养高级管理人才。

整套策略,拥有在这个复杂市场上致胜的

16年来,巴黎HEC商学院集团通过传统

很大优势:网络,被所有国际排名公认的

MBA课程的师生交换来到中国,最近又

领先知名度,以及在本地授课的团队。然

开设了两个EMBA培训班。两年前成立巴

而,我们进入的是一个要求极高的缝隙市

商咨询公司后,巴黎HEC商学院打算将

场,即高附加值培训市场,它的前景看好,

战略转向持久化,并将精力集中在为中国

即使还不太成熟。培训市场目前在中国发

企业高管提供高附加值培训的“缝隙市

展良好。纵观全局,许多中国公司都在推

场”上。

销培训,但质量却不总是尽如人意。

《联结》:巴黎HEC商学院在其两个

我们的主要困难是说服一家中国企业将其

EMBA培训班中为来自中国企业的高

问题委托给一家外国机构解决。另外,中

级管理人员提供培训,您能为我们多

国企业对培训的投资能力通常很弱,不是

介绍一下这方面的独到经验吗?

缺少资金,主要是缺少对国际培训市场

白立德 :5年来,巴黎H EC商学院在北

通行价格的了解。决策过程繁冗,从来没

京与国资委共同推出了EMBA培训班;

有像我们所习惯的时间概念:对一份提议

最近两年又与发改委合作在上海开办了

可以好几个月不做回应,然后突然要求在

EMBA培训班。起初,国资委和发改委找

几天内做出一项极其庞大的计划,

•••

décembre 2010 / Connexions 105


DOSSIER

专栏

••• d’ailleurs l’ entreprenariat en Chine a une grande valeur. Il faut donc à ces cadres un certain courage pour intégrer une formation internationale avec les obstacles linguistiques et culturels que cela implique. La formation est de plus souvent perçue en Chine comme un avantage individuel et non comme un outil d’amélioration des performances de l’entreprise, notamment pour l’aider à devenir plus compétitive sur les marchés internationaux.

ment anglo-saxonne, la formation à la française présente des atouts non négligeables. L’aspect historique est souvent rappelé en Chine où des grands leaders se sont formés en France et en premier lieu Zhou Enlai. Il y aussi cet esprit indépendant et critique qui fait que loin d’enseigner des modèles de façon dogmatique et de donner à nos étudiants des recettes pour réussir, nous préférons apprendre à penser, à raisonner par soi-même et à développer l’esprit critique au travers d’interaction permanente entre enseignant et enseigné, des études de cas très concrets donnant lieu à des débats parfois passionnés et par un permanent appel à l’intelligence plutôt qu’à la mémoire. En France, comme en Chine, certains cadres dirigeants ne maîtrisent par parfaitement l’anglais et veulent garder leur propre culture tout en s’internationalisant… Enfin, la Chine vit en quelque sorte en ce moment le rêve d’indépendance technologique auquel la France aspirait dans les années soixante. Elle veut ses propres avions, ses propres fusées… la France représente encore aux yeux des Chinois un certain modèle pour y accéder. Cela dit, HEC Paris ne se positionne pas comme une école française mais comme un acteur global avec une offre européenne et mondiale. Première business school en Europe au classement du Financial Times depuis 2009, HEC Paris vient ainsi de s’installer au Qatar et nos Executive MBA peuvent à présent se suivre indifféremment dans 5 endroits de part le monde ! 

Propos recueillis par Flore Coppin

1 chargée d’exercer la tutelle sur les grandes entreprises publiques 2 dont le rôle est majeur dans l’élaboration de la politique économique et financière de la Chine

106 Connexions / décembre 2010

© Phillipe Bourgeois

C. : Pourquoi les hauts dirigeants chinois sont-ils intéressés par les formations à la française ? F. B. : Par rapport à la concurrence, notam-

Une séance de coaching animée par Edith Coron à l’antenne de Pékin de la CCIFC en novembre dernier.  2010年11月,何爱迪(Edith Coron)在北京的中国法国工商会主持的一场培训讲座。

Le coaching, une jeune pratique qui se dessine un bel avenir S’adapter, changer, prendre des initiatives. L’entreprise publique ou privée oblige chacun à se remettre régulièrement en question. Et donc à se former pour évoluer ou bifurquer vers une autre voie professionnelle. L’homme ressource? Le coach. Le coaching professionnel en entreprise ne peut pas se revendiquer d’une grande histoire. Tout juste, affiche-t-il une vingtaine d’années pour les premières expériences aux Etats-Unis et en Europe. Le coaching – qui n’est pas une thérapie ! - est un outil visant à développer les performances d’une ou de plusieurs personnes. Le coach accompagne, pendant une période limitée, celui qui cherche à actualiser ses potentialités, développer ses compétences professionnelles, conduire des changements, sinon gérer des difficultés ponctuelles. Cette « méthode » relève de l’écoute active, de l’analyse transactionnelle, de l’approche systémique, de l’analyse comportementale

ou encore de la programmation neurolinguistique. Grâce au coaching, le coaché prend du recul et/ou gère son stress. Aujourd’hui, il y aurait quelques 44 000 entreprises de coaching dans le monde. Les trois quarts d’entre elles sont installées en Occident (Europe, Etats-Unis). Un peu plus de 4 000 coaches officient en Corée du Sud, en Malaisie, au Japon et à Singapour. En Chine, le coaching est récent. Si la base du coaching concerne bien le travail sur la personne en situation d’activité professionnelle, les manières et les méthodes différent entre l’Occident et l’Orient. L’activité de coaching n’étant pas réglementée, de nombreuses associations ont vu le jour,


Education et formation 教育和培训 respectant, pour les plus sérieuses d’entre de Pékin, qui a roulé sa bosse chez Accor, elles, un code de conduite et de déontolo- dans de nombreux pays, de la France à gie ainsi qu’ une charte d’éthique1. Malte, en passant par le Soudan, l’Egypte, Externe ou interne? l’Espagne, le Liban, le Maroc, ... « En Chine, Faut-il s’adresser à un coach extérieur à l’en- je continue à faire du coaching interne », treprise ou avoir recours au directeur des précise-t-il. Un coaching qui suppose ressources humaines, voire au patron? Aux une attention permanente des stagiaires Etats-Unis, comme en Europe, le cadre en venus des différents pays, un suivi fin de recherche d’un coach choisit la compéten- leurs tâches quotidiennes, une mise en ce et recherche la confidentialité. Le coaché situation des stagiaires dans l’entreprise se sent ainsi libre de s’exprimer et... de se pour améliorer les pratiques. « Nous avons libérer. « En Chine, les activités de coaching recours au coaching interne pour suivre sont encore en phase de structuration », in- l’évolution personnelle de chacun », explidique Edith Coron, coach française certifiée que-t-il. « C’est un outil efficace de dévepar l’International Coach Federation (ICF) et loppement. Je dois être attentif à tous et à membre de l’Asia Pacific Alliance of Coa- chacun. Déceler si quelqu’un est fatigué ou ches (APAC) qui avoue surtout coacher des surmené, s’il n’a pas compris ce qu’il devait non-Chinois. Intéressée par faire, etc. Ce coaching est, le monde de l’interculturel pour moi, une méthode pour avoir travaillé sur dif- « Aujourd’hui, visant à renforcer les caférents continents, elle s’at- il y aurait pacités manageriales de tache au coaching global l’entreprise », poursuit-il, quelques et intervient notamment rappelant que le personauprès de cadres venant 44 000 nel est la principale resd’Europe ou des Etats-Unis source de l’entreprise. « Si entreprises de et qui doivent intégrer la le personnel se sent bien, il fait du bon travail et s’il fait « dimension Chine ». « Ins- coaching dans tallée à Pékin depuis plus le monde. Les du bon travail, l’entreprise de quatre ans, j’ai pu obserperforme », confie-t-il. ver que, contrairement aux trois quarts « Chaque jour, le directeur occidentaux, les cadres et général passe du temps au d’entre employés chinois préfèrent sein de ses équipes pour elles sont la proximité à la confidendéceler les difficultés passagères, cerner les talentialité », explique-t-elle. Na- installées en turellement, les collaboratueux qui devraient monOccident. » teurs chinois font confiance ter en grade, détecter ceux qui préfèreraient travailler au  « patron », voire à celui qui, au sein de l’entreprise, dans un autre service, etc. témoigne d’une grande expérience. C’est Mais ce n’est pas moi le patron ! insiste-t-il. de lui qu’on attend le dénouement de si- Le véritable patron, c’est le client qui surtuations complexes. Avec des cours très veille le personnel ! Et ce, sans compter les souvent magistraux, le système éducatif « faux » clients qui réservent par téléphone chinois prépare peu les futurs adultes à et analysent l’évolution des méthodes de l’autonomie et/ou à la prise de risque. réservation ou les clients « mystère » qui Dans les entreprises chinoises, les deman- passent et « cotent » les résultats ou encore des/attentes de coach sont orientées vers le personnel du laboratoire qui, chaque les résultats à obtenir. Pas vraiment vers le mois, analyse les produits. Ma préoccubien-être de l’individu au sein de l’entre- pation ? Assurer un coaching quotidien prise. Mais les choses évoluent. de mes équipes », insiste le patron. Un Reste qu’un responsable d’entreprise peut homme qui ne veut rien laisser au hasard. assumer, en Chine, une réelle fonction de « Je fais tout pour que les stagiaires et les coach parce qu’il cerne les réalités de l’en- collaborateurs se sentent bien », conclut le treprise autant que les attentes/demandes “patron-coach”. Et on le croit! du personnel. La preuve par Kamel SENHA-  Christine SIMON 1 Voir article page ?? DJI, général manager du Novotel Sanyan

•••客观上我们往往是不可能实现的, 尤其不符合我们对质量和认真的要求!

因此我们要通过长期驻守、建立网络来提 高我们在中国人中的信誉。 《联结》:您认为培训在中国企业的眼 中重要吗? 白立德:在儒家传统文化里,活到老学到 老是一个基本理念。因此在原则上,自我 培训在中国非常重要。然而在实际中,中 国企业领导没有很多时间去学习。另外, 那些50多岁经历过文革的人不是全都接 受过大学教育,他们不得不在工作中“边 做边学”,因此创业在中国具有重要价 值。对于这些企业领导来说,要克服语言 和文化障碍参加一次国际培训是需要一 些勇气的。培训在中国经常被认为是对个 人有好处,而不是为了改善企业业绩,帮 助企业在国际市场增加竞争力的工具。 《联结》:为什么中国高层领导对法式 教育感兴趣? 白立德:与其他竞争者,尤其是与英美国 家相比,法式教育有着不可忽略的优势。 在中国,人们经常会提到历史上一些重要 领导人曾在法国勤工俭学,首先想到的是 周恩来。法式教育还拥有独立和批判的精 神,这让我们不是用照本宣科的方式培养 模式化的人才或是向学员们传授成功的 秘诀,而是更愿意通过师生之间的频繁互 动和引发激烈讨论的具体案例学习,通过 经常动脑而不是死记硬背教会他们思考、 自我推理并培养批判精神。在法国与在中 国一样,某些高管不能熟练掌握英语,希 望在国际化的同时保持自己的文化......可 以说,中国目前正梦想着法国上世纪60年 代所向往的技术自主创新。她想拥有自己 的飞机,自己的火箭......在中国人的眼中, 法国仍是实现这个梦想的某种模式。这说 明巴黎HEC商学院不能被定位成一所法 国学校,而是一所提供欧洲和世界培训的 全球性机构。2009年被《金融时报》评为 欧洲排名第一的巴黎HEC商学院刚刚进 驻卡塔尔,我们的EMBA课程目前可以在

全球5个地方原汁原味地呈现。

décembre 2010 / Connexions 107


DOSSIER

© Imagine China

专栏

100 millions de travailleurs ruraux seraient aujourd’hui sans emploi en Chine. C’est tout un système qu’il faut urgemment restructurer. 中国目前有1亿农民工没有工作,亟需建立面向他们的职业技能培训体系。

La réinsertion professionnelle pour sortir du cercle vicieux du chômage La Chine se retrouve face au défi de trouver un emploi pour des dizaines de millions de personnes souvent pas assez qualifiées pour suivre les pas de géant de la première économie du monde. L’hiver 2009 la Chine, a semblé revivre un cauchemar déjà vu … 20 millions de travailleurs, pour la plupart des mingong, licenciés à la suite de la crise économique mondiale, ont été de fait contraints de retourner dans leur campagne. En chinois, le phénomène est appelé mingong fanxiang 民工返乡. Les spécialistes chinois estiment que ce chiffre représente 15% de la population des travailleurs migrants. Pour nombre d’entre eux, il s’agissait de revivre les mêmes bouleversements auxquels ont fait face leurs parents vingt ans auparavant 108 Connexions / décembre 2010

alors que les entreprises d’Etat vivaient leurs dernières heures. D’après les statistiques, à la fin des années 90, quelques 10 millions de travailleurs du secteur public en restructuration se sont retrouvés soudainement sans emploi. On les a alors appelés les xiagang1. Cette génération des 40-55 ans au parcours mouvementé, est marquée par la Révolution culturelle -période noire pour l’éducation en Chine - et ils sont de fait très peu formés. « Localisés la plupart dans les anciennes régions industrielles où se concentrent les

problèmes d’emploi, les xiagang sont souvent désignés par l’expression populaire « le phénomène des 40-50 » (si wushi xianxiang). Une situation révélatrice du fait que l’âge est un facteur déterminant dans les difficultés rencontrées par ces personnes pour se réinsérer professionnellement. »2. Les changements engendrés par l’évolution du marché ont entraîné une inévitable reconfiguration en profondeur des structures industrielles et pour les travailleurs sans compétences spécifiques, il est très difficile de s’adapter aux mutations du système productif. Naissance du premier système de réinsertion professionnelle C’est à cette période que le premier système de réinsertion professionnelle chinois a vu le jour, guidé par l’Etat, avec comme but principal de favoriser le passage de la main d’oeuvre du secteur public au privé. Ainsi, en 1998, le gouvernement a adopté un « Programme National de Réinsertion professionnelle », sur la base d’un projet pilote déjà mené dans une trentaine de villes dévastées par les licenciements massifs. Dans le cadre de ce programme, les chô-


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Education et formation 教育和培训

Caricature d’un journal chinois : un mingong retourne dans sa province tandis qu’un col blanc urbain lui crie de l’attendre. 

meurs étaient appelés à s’enregistrer auprès dans la même situation, admet-il. Pour M. des bureaux locaux de l’Administration du Wang, licencié d’une aciérie d’état, la protravail pour bénéficier soit cédure administrative est d’allocation chômage soit « Selon des obligatoire, mais pour les d’une formation pour la réinplus jeunes chômeurs chiffres sertion professionnelle. issus du secteur privé, les Les deux mesures sont étroipolitiques de réinsertions officiels, tement liées, puisque suivre sont bien plus aléatoires. la formation est la condition 22% de la Hu Rong, ingénieur inforpour accéder aux allocations matique de 30 ans, est au chômage. Les chômeurs doi- population chômage depuis 2008. vent suivre des cours de for- active Elle n’est pas inscrite sur mation offerts par les services les listes de son comité de sociaux locaux et passer des chinoise quartier,et ne bénéficie ni entretiens avec de potentiels d’allocation chômage ni serait employeurs identifiés par la de formation. « Les cours structure publique. Tout se touchée par de formation ne sont pas fait donc au niveau local. très approfondis et les Monsieur Wang Li, la cinquan- le chômage. » allocations de quelques taine, habite le quartier de centaines de yuan ne vaDongsi à Pékin et est au chômage depuis lent pas le coup » affirme-t-elle. plusieurs années. Il reçoit une allocation Une pression énorme sur le gouvernemensuelle pourvu qu’il se rende une fois ment par semaine au comité de quartier auprès Pourtant, la pression du chômage est forte duquel il est enregistré. Plus que d’un cours sur le gouvernement et la stabilité sociale de formation, il s’agit d’échanger des expé- est directement menacée. A la suite de la riences avec les voisins et ses amis qui sont crise économique, l’ordre a été donné de-

puis 2009 au niveau local d’éduquer la main d’oeuvre non-spécialisée afin d’inciter les chômeurs à lancer des petits commerces et des activités entrepreneuriales. Il s’agit toutefois de politiques souvent temporaires et qui ne convainquent pas les jeunes au chômage pour qui mieux vaut bien souvent s’en sortir seul. Yi Chengji, porte-parole du ministère des Ressources humaines et de la Sécurité sociale , déclarait récemment que « La Chine est confrontée à de gros défis en matière d’emploi dès aujourd’hui et le restera également dans un avenir proche. Au fur et à mesure que l’urbanisation de la Chine s’accélère, les pressions sur l’emploi venant des nombreux travailleurs ruraux inactifs sont de plus en plus fortes. Aujourd’hui, il y a environ 100 millions de travailleurs ruraux sans emploi qu’il faut au plus vite transférer vers des emplois urbains ». De quoi faire trembler les politiques chinois.  Antonia Cimini

1 Littéralement, « ceux qui sont descendus de leur poste de travail ». 2 Source ; Li Peilin et Zhang Yi, « La réinsertion professionnelle des « xiagang » », Perspectives chinoises [En ligne], 81 | 2004, http://perspectiveschinoises.revues.org/1202

décembre 2010 / Connexions 109


姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES

Le Liaoning, chronique d’une reconversion réussie Il faut revenir pousser la porte de la Mandchourie, pour comprendre le miracle et la réussite de la reconversion économique qui fait du Liaoning d’aujourd’hui, l’un des principaux moteurs du développement de l’économie chinoise… Par Alban Yung, correspondant de la Mission Economique et de la CCIFC à Shenyang

...Il faut relire « La Chine en Folie » et revivre l’arrivée d’Albert Londres, à bord d’un train poussif, par un petit matin brumeux, dans une Mandchourie exsangue, secouée par les affres d’une Chine en pleine décomposition, déchirée par les seigneurs de la Guerre… Il faut revoir « A L’Ouest des Rails » du cinéaste Wang Bing (ou des extraits pour les moins courageux ; les scènes sont filmées caméra sur l’épaule et le f ilm dure presque 8 heures…) pour revivre Shenyang, à la fin des années 90, quand la politique de reconversion des grandes entreprises d’Etat avait plongé la ville dans une dépression abyssale, à la limite de l’explosion sociale, dans un environnement qui frôlait la catastrophe écologique… Et puis, il faut venir au Liaoning pour comprendre le miracle d’une reconversion qui s’explique par le fait que, dans les ruines et sur les ossuaires des entreprises d’état de l’industrie lourde, battait toujours le cœur d’un grand bassin industriel, avec ses 110 Connexions / décembre 2010

Liaoning

Pékin

Shanghai

Canton Hong-Kong

Liaoning en chiffres Superficie : 145 900 km2 Population : 42.98 millions d’habitants Croissance du PIB : 13,1%

ressources, agricoles, forestières, minières et énergétiques et surtout humaines ; des gens durs comme le climat, issus d’une longue tradition industrielle. Fort de ces atouts, le Liaoning a redressé la tête. Son industrie roule maintenant sur le modèle de son industrie automobile : en BMW et sur des pneus Michelin. « Nous sommes devenus l’équipementier du développement industriel de la Chine ! », nous conf ie Mme Cui, la

Directrice du Bureau du Commerce de la Municipalité de Shenyang. « Nous fabriquons, dans le Liaoning, plus de 6 000 produits de série allant des équipements agricoles, aux automobiles en passant par une industrie aéronautique de pointe, des équipements miniers, des machinesoutils, des équipements électriques, des tunneliers, des machines agroalimentaires et des milliers d’autres équipements… ». Le Liaoning, c’est aussi un réservoir de 69 établissements universitaires couplés à plus de 600 laboratoires de recherches. Une stratégie de développement sur deux axes La région de Shenyang devrait, à court terme, intégrer l’ensemble de ses villes satellites sur une surface de plus de 75 000 km2, incluant les villes de Anshan, Fushun, Benxi, Yingkou, Fuxin, Liaoyang et Tieling, pour devenir le cœur industriel de la province et de tout le Nord-Est de la Chine et le contrepoids du bassin industriel de l’embouchure du Yangzi… Le deuxième axe de développement de


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LIAONING 辽宁

La région de Shenyang devrait à court terme intégrer l’ensemble de ses villes satellites. 沈阳地区目前包括其全部卫星城

Le Liaoning en quelques chiffres 2005

2006

2007

2008

2009

Croissance du PIB (% g.a.)

12.7%

14.2%

15 %

13.4 %

13.1%

PIB/habitants (CNY)

18 974

21 660

25 648

31 199

35 222

PIB/habitants (CNY)

7.9%

6.9%

4%

6.3%

3.1%

PIB secteur industrie et construction (% g.a.)

17.1%

18.6%

19.7%

15.5%

15.6%

PIB secteur tertiaire (% g.a.)

8.2%

10%

10.3%

11.2%

12.1%

Croissance de la consommation (% g.a.)

13.9%

15.2%

18%

22.8%

15.5%

Croissance de l’investissement (% g.a.)

41%

35.5%

30.7%

34.8%

22.7%

Croissance de la production industrielle (% g.a.)

25.7%

31%

28.8%

35.7%

13.7%

Croissance de la production automobile (% g.a.)

34.9%

72.3%

23.6%

-19.9%

la province se situe tout le long de sa zone côtière, avec Dalian pour pivot, sur une ceinture reliant les villes de Dandong (point de passage vers la Corée du Nord), Jinzhou, Yingkou, Panjin et Huludao, incluant une politique intégrée des investissements industriels et des développements portuaires. Ce plan de développement s’accompagne, bien entendu, de la poursuite des investissements dans les infrastructures de communication et de transport qui viendront encore renforcer les réseaux, déjà impressionnants, d’autoroutes, de liaisons ferroviaires à grande vitesse et des aéroports. Un choix judicieux pour les entreprises françaises Aucune ville ni aucune province de Chine ne peuvent prétendre être la panacée pour accueillir les investissements sur le marché chinois mais à l’inverse, ne pas s’intéresser à la province du Liaoning avant de finaliser un choix stratégique serait une erreur. Derrière Michelin, plus d’une trentaine de sociétés françaises ont déjà choisi de s’installer et d’investir dans le Liaoning. Les motivations sont diverses ; le refus d’un choix panurgique entre les zones industrielles de Pékin ou de Shanghai, où la concurrence et les surenchères font monter les prix de façon inconsidérée, pour préférer l’accès à un bassin industriel intégré et en plein développement, l’accès à des nouveaux marchés, à partir d’une province ouverte à la fois sur le marché national et sur le monde, et l’assurance de trouver une main d’œuvre expérimentée et hautement spécialisée à des coûts encore raisonnables. La région Auvergne s’est jumelée avec le Liaoning et Clermont-Ferrand avec la ville de Shenyang. La ville de Dalian est, quant à elle, jumelée avec Le Havre. Depuis plus de deux ans, le Consulat Général de France de Shenyang a ouvert ses portes, marquant ainsi clairement le désir de la France à s’établir durablement dans les provinces du Nord-est. …Et pou r le s nost a lg ique s, nou s rappellerons que le Liaoning a été le berceau de Nurachi, le fédérateur des tribus manchoues qui ont fondé la dernière dynastie Qing et de Lei Feng, le légendaire héros de la Révolution culturelle…

décembre 2010 / Connexions 111  


姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES Présence ancienne et actuelle de la France dans le Liaoning les concessions étrangères et les intérêts économiques qui auraient été contraires à ceux de Tokyo. Notre présence au Liaoning s’est limitée avant 1949 à la présence d’un consulat ouvert en 1908 mais plusieurs fois fermé en raison des événements. Elle se confond surtout avec la présence de nos religieux, à Shenyang ou à Yingkou : La cathédrale de Shenyang a été construite sur les plans d’un Français en 1909. La ville devint en 1889 le siège du premier évêque de Shenyang, Mgr Laurent Guillon, décédé en juillet 1900 lors de l’assaut des Boxers. Il ne reste que peu de choses de notre présence d’alors. Nos compatriotes ont quitté le Liaoning peu après l’expulsion du gérant du consulat, M. Seillez en septembre 1950. Le siège de la Banque de l’Indochine a été transformé en commissariat, la résidence du Consul général de France à Shenyang abrite le siège provincial du Kuomintang et l’ancienne chancellerie a été détruite récemment. Nos compatriotes travaillent ici chaque jour à écrire une nouvelle page de la présence française en Chine. Il s’agit

d’abord de nos entreprises : Carrefour et ses 12 magasins, la raffinerie Total entrée en service à Dalian en 1996, le site industriel de Michelin, à Shenyang depuis 1988 et sous le contrôle complet du groupe depuis 2003. On notera enfin la présence de NFM, entreprise française dont l’actionnaire majoritaire est le groupe chinois du Liaoning BFZG. L’Ambassade de France accompagne ces efforts comme elle le fait également dans le domaine culturel et de l’enseignement supérieur. Campusfrance doit ouvrir cette année à Shenyang. Il complétera l’action de l’Alliance française installée à Dalian et les coopérations nouées avec les universités de la province : l’université du Nord-est et l’université d’aéronautique et d’aérospatiale. J’adresse à nos compatriotes qui sou ha itera ient nou s rejoind re au Liaoning tous mes vœux de réussite et je tiens à les assurer de l’engagement du Consulat général à leurs côtés. R ené Consolo Consu l

génér a l de à

Fr a nce

Shen ya ng

© Imagine China

La présence française au Liaoning est modeste. Elle contraste avec le dynamisme économique d’une région qui chaque année depuis la Réforme f igure dans le peloton de tête des provinces chinoises les plus prospères. C’est dans ce contexte que le Consulat général de France a ouvert en 2008. C’est aujourd’hui la plus petite unité consulaire française en Chine, avec cinq agents et il couvre les trois provinces du Nord-est. Nos entreprises sont encore peu nombreuses au Liaoning et nos compatriotes regroupés à Shenyang et Dalian sont pour la plupart installés ici depuis moins de 5 ans. La communauté française du Liaoning compte déjà 200 personnes et devrait croître sensiblement dans les années à venir mais elle est confrontée à la sinisation des cadres à l’œuvre au Liaoning comme ailleurs en Chine. Dans le passé, cette présence n’a jamais été importante : le Liaoning est dépourvu de fleuves qui auraient permis alors la pénétration des commerçants et leur protection en cas de besoins. La présence japonaise dès 1905, a interdit

La Cité Interdite de Shenyang est l’ancien palais des empereurs Qinget est aujourd’hui le principal monument de la ville.  沈阳故宫是清朝皇宫旧址,现在是沈阳市的主要历史建筑

112 Connexions / décembre 2010


明日之城 未来市场 Chine Villes d’avenir Classée au 9ème rang des villes les

D a l i a n Vi l l e d ’Ave n i r

plus compétitives de Chine, Dalian

明日之城 未来市场 8 - 9 novembre 2010

est le fer de lance de la modernisation économique du Nord-Est chinois. La ville souhaite non seulement

Compte-rendu d’étape « Chine villes d’avenir »

consolider sa base industrielle dans la chimie-pétrochimie, la construction

Dalian, la ville « romantique » fer de lance de la vitalité économique du Nord-est chinois La CCIFC et la Mission économiqueUbifrance organisaient les 8 et 9 novembre à Dalian la dernière étape de la tournée « Chine Villes d’avenir » de l’Equipe France de l’appui aux entreprises en Chine.

navale, les machines outils, et les technologies de l’information,

La mission collective a permis aux 21 sociétés françaises participantes au programme d’aller à la rencontre des entreprises et des autorités locales.

mais aussi se développer dans tous les secteurs liés à la mer (nouvelles énergies, biotechnologies, agroalimentaire). Avec ses 6,13 millions d’habitants, sa croissance de 15% et son PIB de 442 milliards de RMB en 2009, le 3ème port de Chine (en terme de trafic) est tourné vers le Japon et la Corée. Siège du Davos d’été, en alternance avec Tianjin, les autorités de la ville misent sur l’ouverture aux investissements étrangers. Jumelée avec le Havre depuis 25 ans, la ville séduit de plus en plus

Rencontre avec les entreprises ou institutions locales lors des rendez-vous B to B. 在对口商务洽谈会上,与当地企业或政府机构见面

Carnet de mission -

prix PME 2008 et 2009 de la CCIFC1, qui y sont implantés. 1. DCT Wines, Prix PME 2008, et ODC Marine, Prix PME 2009.

retrouvez le compte-rendu complet sur www.ccifc.org

Lundi 8 novembre Après-midi - le Maire de Dalian M. Li Wancai a reçu en entretien la délégation of f iciel le condu ite pa r M. Br u no Bézard, Ministre Conseiller pour les Affaires Economiques et Financières. Soirée - dîner en présence de M. Bézard et sa délégation, M. René Consolo, Consul général de France à Shenzhen, M. Christan Leroux, Président de l’Association Le Havre-Dalian et Vice-Président de la CCI du Havre, Mme Annick de KermadecBentzmann, Présidente de la CCIFC et M. Jacques de Boisséson, Président de la Chambre de commerce européenne 114 Connexions / décembre 2010

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d’entreprises françaises, à l’instar des

en Chine et Représentant général de Total en Chine. Des représentants de la vingtaine d’entreprises françaises implantées à Dalian ont également pris part à la soirée. Mardi 9 novembre Matinée - conférences-débats. Inauguration par M. Qu Xiaofei, ViceMaire de Dalian. Intervention de Mme Zhang Xiaopeng, Vice-Directrice du Bureau du Commerce sur les opportunités d’investissements pour les entreprises étrangères à Dalian. Ateliers thématiques : « Développement

urbain et infrastructures », « Opportunités pou r la d istribut ion de s ma rque s françaises ». Témoignages d’entreprises françaises implantées à Dalian : Bureau Veritas, DCT Wines et ODC Marine. Après-midi - après un déjeuner networking, les entreprises ont pu au choix rencontrer leur rendez-vous d ’a f fa ires B to B organisés par la CCIFC et Ubifrance ou participer à des visites de sites industriels en format collectif. Après le succès de cette première tournée de « Chine Villes d’avenir » nous vous donnons rendez-vous en 2011 !


C h i n e Vi l l e s d’Avenir 明日之城 未来市场 Tournée 2011  

avec l’Equipe France de l’appui aux entreprises en Chine

Chine Villes d’avenir, une offre conjointe CCIFC/Ubifrance pour vous accompagner vers de nouveaux marchés dans les villes secondaires chinoises Public : entreprises françaises déjà installées en Chine ou qui ont pour projet de s’y développer. Programme : Un contact privilégié avec les autorités locales, aux côtés de l’Ambassadeur ou du Consul Général, avec le soutien du Service Economique de l’Ambassade. Un retour d’expérience des entreprises déjà implantées dans ces villes. Des programmes individuels sur mesure : rencontres B to B avec des entreprises chinoises et interlocuteurs ciblés, et/ou visites de sites sélectionnés en fonction des projets.

Tournée 2011 Heilongjiang

西安 Xian 22-23 septembre

Jilin

Xinjiang

Mongolie Intérieure Pékin

Ningxia Tibet

Shanxi

Qinghai Shaanxi Sichuan Chongqing

昆明 Kunming 24-25 novembre

Guizhou Yunnan

Liaoning

Hebei

Gansu

Shandong

Henan Hubei

Anhui

Jiangsu Shanghai Zhejiang

Hunan Jiangxi

Fujian

Guangxi Guangdong Taiwan Canton Hong Kong Hainan

青岛 Qingdao 21-22 mars

长沙 Changsha 16-17 juin

Renseignement sur les packages & inscriptions Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine

www.ccifc.org Guillaume BONADEI Chargé de mission - Service Appui Entreprises Tél : (+86 021) 6132 7100 bonadei.guillaume@ccifc.org

Mission économique-Ubifrance en Chine

www.ubifrance.fr Marion LESPINE Chef de pôle Intelligence Marchés, VIE, Communication Tél : (+86 10) 6539 1300 ext. 160 décembre 2010 / Connexions 115 marion.lespine@ubifrance.fr


姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES

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FOCUS SUR LES IMPLANTATIONS FRANCAISE À DALIAN

Holophane a choisi de pénétrer le marché asiatique depuis Dalian. 

Holophane选择从大连进入亚洲市场

Holophane Dalian éclaire l’Asie « Dalian possède des infrastructures universitaires réputées et importantes, nous rencontrons donc que peu de difficultés pour trouver les profils que nous recherchons et pour les garder ». Pour le recrutement, Fabien Azzi, le directeur général d’Holophane Dalian sait pourtant qu’il doit insister sur la formation interne afin de d’obtenir les compétences attendues. En effet, pour asseoir sa position de leader sur le marché des lentilles asphériques destinées à être assemblées dans les phares de voiture, l’entreprise est tenue de fabriquer des produits de très haute qualité. Holophane Dalian est attachée au numéro un mondial des pièces en verre optique : le groupe Holophane, dont la maison mère est basée aux Andelys en Normandie. L’entreprise livre plus de 50 pays différents et réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’exportation. En plus de son activité de pressage et de polissage de lentilles, Holophane Dalian procède également au contrôle et au traitement des glaces des phares avant et antibrouillards fabriqués en France. « Les premières lentilles ont été polies en janvier 1999 », rappelle Fabien Azzi en expliquant que l’implantation en Chine se justifiait par sa « capacité à suivre ses clients partout dans le monde. ». Cette implantation a aussi permis de conquérir d’importants marchés auprès de ses clients Asiatique (Chine, Japon, Thaïlande…). Plus précisément, la ville de Dalian a été choisie parmi d’autres localisations principalement parce que son « partenaire 116 Connexions / décembre 2010

fabriquant les machines de polissage s’y trouvait déjà. ». Le jeune directeur général considère d’ailleurs que les avantages à travailler dans cette ville sont nombreux. « Nous sommes tout proche du Japon où nous avons de gros clients et où nous avons également une implantation commerciale, qualité et projet depuis plus de 10 ans. Dalian est aussi une vraie plateforme logistique internationale et mature avec des structures portuaires, routières et aériennes qui présentent l’avantage de ne pas être encore congestionnées et permettant de livrer la Chine et toute l’Asie ». Compte tenue de son carnet client, l’enjeu logistique est d’autant plus important : « Nous livrons la grande majorité des sous-traitants automobiles. Ce qui correspond à l’équipement d’environ vingt marques de voitures. ». Fabien Azzi insiste sur un autre avantage de cette implantation chinoise : le dynamisme du pays. « Quand on sait y faire, les choses peuvent aller très vite ici. Il y a une grande motivation à travailler, à évoluer et à s’adapter aux changements. ». Fort de ses 205 employés et d’un chiffre d’affaires qui a augmenté de 103% entre 2009 et 2010, avec nouvelle progression attendue en 2011, Fabien Azzi peut être optimiste. D’autant que Dalian permet de lier l’utile à l’agréable : « Cette ville, fait très attention à ses PME, elle est accueillante et offre une bonne qualité de vie aux Chinois et aux expatriés, avec ses plages, ses stations de ski à proximité, etc. ». www.holophane.fr

Barbara et Frédéric Choux. 

DCT Wines abreuve la Chine à partir de Dalian Quand Frédéric Choux et son épouse annoncent leur intention d ’implanter leur commerce de vin à Dalian, une « petite ville » de 7 millions d’âmes dans le Liaoning, le couple essuie de francs ricanements. « Vous êtes fous d’aller à Dalian, il n’y a rien ! ». Seulement voilà : en tentant le pari de la Chine, Frédéric a volontairement opté pour une stratégie de contournement. « En attaquant frontalement le marché de Shanghaï ou de Pékin, nous allions droit dans le mur, car de gros négociants occupaient déjà solidement la place. ». En 2004, DCT Wines est donc installé sur une zone franche et vierge qui, à défaut de leur ouvrir une forte demande, les place à l’époque en position de monopole. Ainsi « tapis dans l’ombre », le couple enracine peu à peu sa structure. Un an plus tard, la société entre dans la deuxième phase de l’offensive, avec la conquête des deux mégapoles indirectement convoitées. Les chiffres témoignent de l’efficacité de la méthode, avec des hausses de chiffres d’affaires de 123% entre 2005 et 2006, de 83% et de 46% les années suivantes. Aujourd’hui, DCT Wines compte quatre bureaux en Chine, même si l’implantation à Dalian demeure fonctionnellement la plus importante. « Malgré le fait qu’aujourd’hui, 70% de notre chiffre d’affaires est réalisé à Shanghaï et Pékin, je souhaite rester à Dalian. Parce que la plus grande partie de notre administration et de nos 25 employés s’y trouve encore. ».


Car malgré une explosion du prix de l’immobilier résidentiel ces dernières années, « le coût de fonctionnement reste moins élevé que dans les grandes villes. ».  Et puis, outre son attachement à la ville qui lui a vu faire ses premiers pas et célébrer ses premiers succès, et « loin du tumulte de Shanghaï », Frédéric Choux insiste sur la qualité de vie que le gouvernement local cherche à préserver : malgré des chantiers omniprésents, « une frénésie de bétonnage comme partout en Chine, les dirigeants de Dalian font des efforts, en construisant, par exemple, un petit parc en centre-ville. ». Dans son rapport avec les autorités chinoises, M. Choux raconte avoir rencontré des difficultés, à l’origine, avec les douanes. Depuis, il a décidé de faire transiter ses containers par Shanghai. Cette complication mise à part, il juge « excellent l’accueil de la municipalité, qui cherche à attirer les investisseurs étrangers, et nous aide pour toute une série de démarches administratives et techniques, etc. Pour ma part, lors de mon installation, j’ai presque bénéficié d’une étude de marché gratuite», sourit-il en insistant sur l’existence d’une « zone franche est très active. ». Frédéric relève pourtant quelques points noirs. « Nous sommes loin des grands axes d’affaires. Par exemple, lorsque des fournisseurs visitent la Chine, ils ne passent pas ici. ». Au quotidien, il regrette aussi que, « malgré une certaine amélioration, l’offre culturelle reste pauvre. ». Même chose du côté des services hospitaliers adaptés aux expatriés, dont les structures sont « très insuffisantes, et en termes de scolarisation des enfants. ». Mais tout compte fait, lance-t-il à l’adresse d’entrepreneurs éventuellement intéressés par une implantation à Dalian, « c’est un endroit où l’on peut encore se faire les dents et commettre des petites erreurs sans qu’elles soient mortelles. Et puis il y a encore de belles affaires à y faire car, avec l’occidentalisation de la ville, des marchés vont se créer. C’est maintenant qu’il faut y aller, dans les trois-quatre ans à venir… ».

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DALIAN 大连

L’équipe de Chinaccelerator  Chinaccelerator工作团队

Chinaccelerator au pays de l’innovation La zone de Dalian est un terrain fertile pour nourrir la croissance d’une jeune société comme Chinaccelerator. Cette pépinière d’entreprises de haute technologie peut largement puiser dans le réservoir local de talents : « On y trouve en effet beaucoup d’entreprises informatiques, des ingénieurs, des ressources d’outsourcing, un vrai savoir-faire en recherche et développement, en testing, etc. Et puis l’avantage, c’est qu’ils sont beaucoup moins cher que dans les grandes villes », assure Cyril Ebersweiler le directeur général de l’entreprise. L’idéal pour cet « accélérateur », dont le principe consiste à accompagner les startups triées sur le volet, « à les prendre par la main, pour qu’elles puissent concrétiser leur concept et affiner leur idée », explique ce professionnel installé depuis sept ans en Chine. Dans un premier temps, Chinaccelerator, qui s’appuie sur son partenaire SOSventures, un fond d’investissement « software/hardware », injecte un peu d’argent dans la société, et l’aide à s’installer à Dalian. Ensuite, pendant un programme de quatre mois, il s’agit de faire évoluer l’idée originale des participants pour la viabiliser. Pour y parvenir, Chinaccelerator leur met à disposition cinq professionnels confirmés : un designer, deux codeurs et deux chefs de projets. Un soutien déterminant pour ces toutes jeunes sociétés à qui il manque certaines compétences.

La maturation du projet s’appuie également sur un réseau de « mentors », c’està-dire des professionnels du secteur qui les guident, les conseillent, et surtout, leur permet d’être exactement au fait des attentes et des réalités du marché, voire même de recevoir leur soutien dans les domaines des ressources humaines et des services juridiques. Ce maternage n’a pas comme unique objectif que de les préparer à faire le grand saut : il permet aussi « réduire le risque pour les investisseurs. ». Des financements vitaux et susceptibles d’aff luer, à l’occasion de la présentation de la version « bêta » de leur produit, au moment du « investors’day », organisé par Chinaccelerator sur le principe d’un speed dating, et servant de point de départ à la levée de fonds. Cyril Ebersweiler cite quelques exemples d’idées originales : « L’une d’elles consiste à mettre au point un système de synchronisation en temps réel de vidéos en streaming. Une autre développe des applications pour iPad dans le domaine des réseaux sociaux. Mais souvent, leur propre projet change énormément au cours du programme. ». Financièrement, la rentabilité de cette société se fonde sur un pari : « Nous prenons une part dans les entreprises. Modeste au début, puis plus importante lorsque nous les jugeons prometteuses. Si elles réussissent, nous gagnons de l’argent. ». Au-delà de son activité professionnelle, le jeune chef d’entreprise déclare plutôt apprécier l’environnement de sa ville d’adoption. « L’été, Dalian est l’une des cités les plus agréables à vivre. Le ciel est bleu tous les jours, le rythme de vie est plutôt cool. ». Mais de regretter pourtant « qu’il y manque une « vibe internationale », et des lieux culturels et de sortie.». Pourtant là aussi Cyril Ebersweiler fait le pari de l’optimisme, gageant qu’avec son développement rapide, « la ville sera très sympa dans quelques années. ».

M a n u e l R a m b au d

décembre 2010 / Connexions 117  


© OT Sancy

旅游 TOURISME

尚邦湖

Lac de Chambon

奥弗涅大区(L’Auvergne) 一次“虎口脱险”之旅 对于所有希望能够返璞归真并且大口呼吸新鲜空气的人们,奥弗涅大区敞开怀抱欢迎他们。昔日火山 频繁的活动为奥弗涅大区留下了极其丰富多样的风景。人们百看不厌的欣赏这里昏睡火山的曲线,惊 叹于它们如今的温和与平静。同时,奥弗涅大区的火山也极为慷慨的为我们馈赠它那珍贵的水源,乃 至克莱蒙费朗(Clermont-Ferrand)周围就分布着11座温泉疗养地。这片养生的区域,因其与周围独特的 自然环境和谐相处,又吸引了众多热爱水上和空中运动的人们。

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本专栏内容由米其林旅游出版公司提供

118 Connexions / décembre 2010


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L’Auvergne 奥弗涅大区

Le puy de Dôme

多姆山

大区简介:

中部的多姆山(Puy de Dôme)俯瞰整个山

例如哈龙·塔捷耶夫(Haroun

面积:26 013 平方公里

脉,海拔高度1465米。攀登多姆山能够一

者在一次致命的日本火山爆发中丧生的卡

人口:1 339 247人

览众山的壮观全景,它们在春夏郁郁葱

蒂亚和莫里斯·克拉夫特(Katia et Maurice

4个省:阿列省(Allier)、康塔尔省(Cantal)、

葱,秋季变成棕红色和金褐色,冬季则披

Krafft)夫妇,人们得以了解这些壮观自然

上卢瓦尔省(Haute-Loire)、多姆山省(Puy-

上皑皑白雪。在多姆山周围,至少有80座

现象的复杂性。

de-dôme)

山峰见证了数百万年间石与火之间在此处

奥西瓦尔大教堂(Orcival)

旅游局网址:www.auvergne-tourisme.info

进行的激烈搏击。其中就有奶牛山(Puy de

在多姆山脉与桑西高原(massif du Sancy)的

la Vache):火山锥的南坡在熔岩流异乎寻

交界处,精美的奥西瓦尔罗曼式大教堂

火山遍布的奥弗涅大区

常的压力下消失,导致火山呈缺口状。火山

(basilique romane d’Orcival)坐落在一个凉

奥弗涅大区火山天然公园(Parc  naturel

口“裂开”,一股滚滚而来的融化物质倾

爽的小山谷中。在这个绿荫宝地,这座教

régional des volcans d’Auvergne)邻近克莱

注在高原上,形成如今的埃达火山块熔岩

堂仿佛一座熔岩石建筑瑰宝。在它那用安

蒙费朗。这里堪称名副其实的绿肺,保护

流(cheire d’Aydat)。

山岩筑就的围墙内,隐藏着一尊庄严的圣

着多姆山脉(chaîne des Puys)、多尔山高原

Vulcania火山主题公园

母像(Vierge),她的美丽令教堂熠熠生辉。

(massif des monts Dore)、塞扎利耶玄武岩

丝毫不用担 心 :这 座火山并未喷发 。

水城

高原(plateaux basaltiques Cézallier)、阿尔

Vulcania是一座大型的科学游乐园,令人们

上奥弗涅地区仿佛一座巨大的水塔,拥有

唐斯山谷(vallées de l’Artense)以及康塔尔

体验一次在地球中心的独特旅行。未来的

许多宜人的城市,那里的旅游业与温泉疗

山(monts du Cantal)。

火山学家或者仅仅就是对于大自然充满

养相辅相成。虽然水流在这里并不常见,

多姆山脉(Les monts Dôme)

好奇的人们都能在这里找到乐趣,了解关

但是却没有任何事物可以阻挡它们在变

火山、火山锥、变硬的熔岩火山丘、陡直

于这些既吸引人又令人不安的巨人们的些

硬的熔岩层下流动。每年,鲁瓦亚(Royat)、

而且树木繁茂的山坡,这就是多姆山脉。

许知识。通过一些热爱火山人士的经历,

拉 布尔 布 勒 ( L a   B o u r b o u l e) 、

Tazieff),或

•••

décembre 2010 / Connexions 119


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旅游 TOURISME

Vallée Brezons

布雷松山谷

•••蒙多尔(Le

Mont-Dore)都会迎来上

严,坐落在玄武岩山岗顶端。 “加布里埃尔

而在8月,如果人们挤在市中心迂回弯曲

千名温泉疗养者,他们开心的享受这里对

旅伴”(« Compagnons de Gabriel »)公司开

的小巷中,那则是因为热闹的街头戏剧节

身体极为有益的纯净温泉。

发出一条旅游线路,带领游客探访这片地

(festival de théâtre de rue)。届时,欧里亚

桑西高原(Le massif du Sancy)

区,令他们仿佛身处中世纪时期。

克的声誉将超越奥弗涅大区的边界!

桑西山(puy du Sancy)是多尔山脉(monts

康塔尔山(Monts du Cantal)

特吕耶尔峡谷(Gorges de la Truyère)

Dore)的新成员,诞生于 9 0万年前,高

欢迎来到这位巨人的腹地,这座雄伟的

在特吕耶尔河(la  Truyère)持续不断的作

1885米。这座给人以阿尔卑斯山假象的

康塔尔火山的外貌已经在侵蚀作用下大

用下,花岗岩逐渐消失,造就了一些狭窄

火山高原俯瞰整个法国中部。巨大的冰帽

为改观。登上高出法尔古冰斗(cirque  du

而曲折的峡谷,它们通常植被茂盛而且未

在消融时在火山熔岩中开凿了蔚为壮观

Falgoux)以及其他三个壮丽冰斗的玛丽山

经开发。这些蓝色的水流美得令人陶醉,

的冰斗和深谷,同时令它的花岗岩尖顶显

(puy Mary)上,您能够饱览康塔尔山脉郁

它们不停地向岩壁之间延伸,令人印象深

得更加突出。迷人的肖德富尔山谷(vallée

郁葱葱的壮观全景。而从高耸入云的格里

刻。加拉比高架桥(viaduc de Garabit)是周

de  Chaudefour)呈现给攀岩爱好者的是

乌山(puy Griou)上,甚至能够眺望到古代

边万绿丛中的一抹红色,它大胆而轻盈的

它那高耸的山坡,以及被自然雕刻而成的

冰斗塑造出的若尔达讷河谷(vallée de la

跨越在特吕耶尔河上。继续前行,经历若

奇形怪状的岩石。距离贝斯(Besse)及其滑

Jordanne),及其建在山坡侧面的小村。西

干次迂回曲折之后,中世纪的阿勒兹城堡

雪区不远的地方,茂密的森林包围帕万湖

边的萨莱尔(Salers)既是一座中世纪古城,

(château d’Alleuze)遗址映入眼帘,它坐落

(lac Pavin),这座壮丽的火山口湖泊坐落在

同时也是奶牛之乡。杰出的古堡围墙为这

在一块光秃秃的岩石岬角上,俨然构成了

海拔1197米高处。与其展开竞争的是尚邦

座小城引来众多游客。

一幅浪漫主义画作。

湖(lac Chambon),它的湖岸群山的轮廓更

欧里亚克的街头戏剧

发动引擎……开拍!

为明显,但是同样绿树成荫。湖中罗曼蒂

人们知道欧里亚克(Aurillac)是因为这里的

《虎口脱险》(Grande  Vadrouille)(导演:

克的小岛为它带来更多的魅力。湖泊附近

老城区、倒映在若尔达讷河(la Jordanne)中

热拉尔.乌里)中的著名追捕场景就是在阿

的米罗尔城堡(château de Murol)气势威

的木阳台房屋,以及这里制作的雨伞。然

勒兹城堡周围的狭窄道路上拍摄的。

120 Connexions / décembre 2010


L’Auvergne 奥弗涅大区 沿着阿列河(l’Allier)

蒙费朗的居民都会涌入各个电影院。这个

菜肴

在阿列河两边,奥弗涅大区展开它那丰富

电影节最初在小范围内举办,如今已经成

奥弗涅大区最传统的菜肴就是蔬菜烧肉

多样的风景画卷。

为电影迷们不容错过的盛会。

(potée)。它将卷心菜、火腿、肥肉、芜菁在

水城之王

利夫拉杜瓦-福雷山(Livradois-Forez)

猪油中文火煨炖数小时。入口即化!以一

18世纪 ,路易十五已经 开 始前往 维希

若想以新奇的方式探索利夫拉杜瓦-福

种当地佳酿提味的葡萄酒焖子鸡(coq au

( V ichy) 泡温 泉 。温 泉街区在“美 好时

雷山大区天然公园(Parc naturel régional

vin)也非常美味。在欧里亚克(Aurillac)和

代”(19世纪末至第一次世界大战前)经历

Livradois-Forez),再没有比乘坐蒸汽火车

圣弗卢尔 ( St- Flour) ,人们喜欢吃杂碎

了蓬勃发展,这里新颖独特的建筑以各种

更好的方式:它穿行在多尔河(la  Dore)塑

(tripoux):将剁碎的羊蹄塞入若干羊肚中。

方式表现出一种节日的氛围,令人们联想

造的峡谷中!森林、高山牧场、小树林、池

韦莱(Velay)地区则以更为传统的干香肠

起这一时期,那时悠闲的显贵们不远千里

塘,利夫拉杜瓦地区的风景粗狂而多样,

(saucisses sèches)闻名。

来到此地进行温泉疗养、消遣娱乐。

非常优美。坐落在丘陵斜坡的刀剪之乡梯

喜食鱼类的人们则可以享受到油炸鮈鱼、

沿着锡乌勒河(la Sioule)

也尔(Thiers)建在迪罗勒河(la Durolle)上。

活水鳟鱼、多尔河鳗鱼、阿列河三文鱼或

伴随锡乌勒河逐渐 深 入孔布拉耶

位于平原的现代新城与老城区形成鲜明

者红点鲑鱼,这些鱼都能在湖中捕捞。

(Combrailles)花岗岩高原,它变得越来越

对比,老城的曲折街巷上建有古老的木

用什么来搭配这些菜肴?有truffade,这

宽阔和湍急。风景非常优美的舒维尼峡

筋墙房屋。西边巨大的福雷花岗岩石山脉

是一种用新鲜的康塔尔多姆干酪(tomme

谷(gorges de Chouvigny)和锡乌勒峡谷

(Forez)与对面的多姆山脉隔城相望。当人

de cantal)与油煎土豆片相混合的稠状物。

(gorges de la Sioule)就是这样形成的,热

们进入迷失在利夫拉杜瓦地区中的拉谢

它的另外一种做法称为aligot,要将土豆

衷独木舟和皮划艇运动的人们愉快的聚集

兹迪厄(La

Chaise-Dieu)小村时,将会惊

压成泥状。还有一种制作土豆的方法就

在这里,等待肾上腺素升高。在拉克耶(la

喜地发现一座具有非凡气势的修道院!

是将其做成土豆糜,在略微烤黄的土豆

Queuille)镇,变得稍微和缓的锡乌勒河勾

威严恢弘的圣罗贝尔修道院教堂(l’église

糊中加入土豆和大量鲜奶油。利夫拉杜瓦

勒出一幅迷人的景致,河谷绿树成荫。

abbatiale St-Robert)令人肃然起敬,祭坛的

(Livradois)地区或者韦莱(Velay)地区的羊

克莱蒙费朗(Clermont-Ferrand)

装潢及其祷告席和挂毯令人赞叹不已。

肚菌和牛肝菌也经常作为食材使用,于摊

直到1630年,克莱蒙(Clermont)和蒙费朗

勒皮昂韦莱(Le Puy-en-Velay)

鸡蛋或者禽肉相搭配。勒皮(Le  Puy)则以

(Montferrand)这两座城市才合二为一。这

勒皮昂韦莱是那些希望探索奥弗涅大区

美味的绿色小扁豆著称。昔日代替面包食

座群山环绕的城市是奥弗涅大区的首府,

的人们必经的一站。这座城市的���教建

用的bourioles是一种荞麦面饼,当地人配

在昔日的火山群脚下蓬勃发展,它也是

筑以罕见而且奇特的方式建在巨大的火

着或甜或咸的配菜享用它。

布莱兹·帕斯卡尔(Blaise Pascal)的故乡。

山顶上,赋予整座城市以起伏的地势和

干酪

若德广场(place de Jaude)是克莱蒙老城

独特的活力。迷人的艾吉耶圣米歇尔(St-

圣内克泰尔干酪(Saint-Nectaire)、

(vieux

Clermont)的中枢,这里及其周边

Michel-d’Aiguilhe)罗曼式小教堂几乎与它

街巷成功的将当代建筑融入古典的环境

的石基融为一体,它坐落在一块硕大的岩

中。在蒙费朗老城(vieux  Montferrand),古

石上。在科尔内耶岩石(rocher Corneille)顶

代建筑展示着漂亮的雕刻正立面,熔岩石

上,法兰西圣母大教堂(Notre-Dame-de-

与蜜黄色的“蒙费朗粗涂灰泥层”(« crépi

France)的圣母像亲切和蔼的注视着城

Montferrand »)形成鲜明对比。

市。人们通过风景秀丽的桌子路(rue  des

圣母升天大教堂

Tables)抵达大教堂,这条街巷在古老城市

(Notre-Dame de l’Assomption)

的高大红顶房屋之间攀升。毗邻大教堂北

这座令人称奇的黑色大教堂是克莱蒙费朗

侧的回廊拥有非常精美的长廊。在离开之

的标志,它的颜色来自建造它所用的沃尔

前,何不购买一些花边带回去?它们是当

维克(Volvic)熔岩石。这座漂亮的辐射状哥

地手工艺的奇葩。

特式建筑拥有两座尖塔,它们坚定的向上

奥弗涅大区的美食

攀升,俯瞰城市的橙色屋顶。

虽然奥弗涅大区的餐馆因为菜肴分量十足

短片电影节(Festival du court métrage)

而著称,但是当地的烹饪也将传统与创意

每年2月初在短片电影节举办之际,克莱

二者相结合。

•••

您知道吗? 虽然克莱蒙费朗远离橡胶和棉花运 抵的港口,但它却成为轮胎之都,这 是因为在19世纪末期,安德烈和爱 德华·米其林(André et Edouard M ichel i n )兄弟二人将他们的企业 建在一座濒临倒闭的农业机械小厂 内。当时的工厂生产橡 胶制品,这 两位米其林 轮胎先生— — 必比登 (Bibendum)之父——在这项工业上 运用科学的方法。因此,性能日益完 善的米其林轮胎就成为克莱蒙费朗 蓬勃发展的工业。

décembre 2010 / Connexions 121


旅游 TOURISME • • • 昂贝 尔 圆 柱 形 干 酪   ( f o u r m e

张小卡片加以说明。

Arverna Hôtel –地址:12 r. Desbrest –电话:

d ’ A m b e r t ) 、奥 弗 涅 蓝 纹 干 酪

La Table(餐桌)–地址:16 r. Claussman

04 70 31 31 19 – 电邮:arverna-hotel@

(bleu  d’Auvergne)、康塔尔干酪(cantal)或

–电话:04 73 91 13 61 –价格:20-39欧

wanadoo.fr

者萨莱尔干酪(salers),奥弗涅大区的餐桌

元。人们在一间漂亮的用餐大厅内品尝份

元。这间家庭式旅馆的位置不错,客房虽

上伴有许许多多种干酪,它们一个赛一个

量十足的奥弗涅菜肴。

小,但却实用而且整洁。

有名。人们尤其喜欢搭配一种核桃沙拉品

Brasserie Danièle Bath(达尼埃勒巴斯餐

Aletti Palace Hôtel –地址:3 pl. Joseph-

尝这些干酪。

厅)–地址:Pl. du Marché-St-Pierre –电话:

Aletti –电话:04 70 30 20 20 –电邮:

甜点

04 73 31 23 22 –价格:24 欧元。这里有

contact@aletti.fr

最普遍的一种甜点是以樱桃制作的蛋糕

美酒搭配传统风味的佳肴。

118-16 0欧元。酒店位于昔日的温泉宫

(millard)。蓬普糕(pompes)是一种焖制的

住宿

内,建筑和氛围都具有“美好时代 ”的特

苹果夹心糕点。在米拉(Murat),喜欢美食

Dav’Hôtel Jaude–地址:10 r. des Minimes

点, 酒店还拥有一个温水游泳池。

的人们能够享受到cornets,这是一种有奶

–电话:04 73 93 31 49 –电邮: contact@

Sofitel Les Célestins –地址:111 bd des

油夹心的瓦片小饼。在克莱蒙(Clermont),

davhotel.fr  –房间:28间,价格:46-54欧

Etats-Unis –电话:04 70 30 82 00 – 电邮:

有许多果酱和蜜饯。不要忘记还有维希白

元。这是一间现代化的酒店,拥有舒适的

H3241@accor-hotels.com –房间:122间,

色圆糖(pastille de Vichy),这种清凉的甜

客房,距离克莱蒙老城几步之遥。

价格:190-260欧元。这间非常漂亮的现

味糖的成功已经保持了将近2个世纪!

Radio –地址:43 av. Pierre-Curie – 63400

代化大酒店拥有一个设施齐全的康体中

葡萄酒

Chamalières –电话: 04 73 30 87 83 – 电

心以及明亮宽敞的客房。

龙胆酒也被称为avèze,这种有点苦的开胃

邮:resa@hotel-radio.fr  –房间:24间,价

勒皮昂韦莱(Le Puy-en-Velay)

酒在奥弗涅大区深受欢迎。人们喜欢加些冰

格:74-130欧元。–  餐厅价格:35-85欧

旅游局 :地址:Pl. du Breuil – 电话:04

块、汤力水或者黑茶藨子酒以减轻苦味。

元。这栋漂亮的别墅坐落在一个安静的街

71 09 38 41 –网址:www.vpah.culture.fr

在里永(Riom)地区,奥弗涅山坡葡萄酒

区,客房宽敞明亮。

餐饮

(Côtes-d’Auvergne)中最为著名的有沙

维希(Vichy)

Lapierre(拉皮埃尔)–地址:6

托盖葡萄酒(Châteaugay)、尚蒂尔格葡

旅游局 :地址:19 r. du Parc –电话:04 70

Capucins –电话:04 71 09 08 44 –价格:

萄酒(Chanturgue)以及马达尔格葡萄酒

98 71 94 –网址:www.vichy.tourisme.com

23-30欧元。这间家庭氛围的小餐馆提供

(Madargues),与其形成竞争的有科朗葡

或者www.ville-vichy.fr

美味的传统菜肴,选用有机农业的食材。

萄酒(Corent)或者布德白葡萄酒(blanc de

餐饮

La Renouée(蓼)–地址:A Cheyrac –

Boudes)。在阿列省,人们品尝圣普尔森

Brasserie du Casino(赌场餐厅) –

43800 St-Vincent –电话:04 71 08 55 94

(Saint-Pourçain)出产的玫瑰红葡萄酒、红

地址:4 r. du Casino –电话:04 70 98

–价格:18.50-38欧元。美味的乡土菜肴在

葡萄酒或者白葡萄酒。

23 026 –价格:25欧元。这里播放着昔日

两间乡村风格的用餐大厅内为您提供。

当马鞭草(verveine)不用来指代花草茶时,

的旋律,空气中笼罩着愉快的氛围,桌椅

住宿

它就是一种甜味利口酒,以32种植物调

摆放紧密,人们仿佛身处一间名副其实的

Dyke Hôtel –地址:37 bd du Mar.-Fayolle

成。人们将它当作消化酒饮用。

20世纪30年代餐厅!

–电话:04 71 09 05 30 – 房间:15间, 价

Chez  Mémère(在奶奶家)–

格:35-48欧元。客房收拾整洁,装潢富有

实用地址

地址:R.

Claude-Decloitre

03700

–房间:26间,价格:41-52欧

–房间:129间,价格:

r.

des

当代气息。

克莱蒙费朗(Clermont-Ferrand)

Belerive-sur-Allier –电话:04 70 59 89 00

Chambre d’hôte La Paravent –地址:43700

旅游局:地址:Pl. de la Victoire –

–价格:15-45欧元。这间漂亮小餐馆的主

Chaspinhac – 电话:04 71 03 54 75 – 电

电话:04 73 98 65 00 –

厨自给自足而且充满激情,精心为您烹饪

邮:michel-jourde@wanadoo.fr

网址:www.ot-clermont-ferrand.fr

美味的菜肴。

5间,价格:44-48欧元 – 餐厅价格:10-

餐饮

La Fontaine(泉水) –地址:16 r. Fontaine

16 欧元。这个民宿拥有一栋漂亮的乡间房

Le  Chardonnay(霞多丽)–地址:1  pl.

– 03300 Vichy-Rhue –电话:04 70 31 37

屋,装潢具有乡间特色,客房舒适温馨。

Philippe-Marcombes –电话:04 73 90 18

45 –价格:18-37欧元。人们在餐厅的舒适

28 – 价格:18-32 欧元。这间葡萄酒吧提

环境中品尝传统和乡土菜肴。

供的菜肴非常丰盛,每种葡萄酒都附带一

住宿

122 Connexions / décembre 2010

–房间:


L’annuaire 2010-2011 de la CCIFC vient de paraître ! Venez le retirer dès à présent dans votre antenne ! Pékin, Shanghai, Canton, Shenzhen

L’Annuaire répertorie l’ensemble des 1 300 membres de la CCIFC Il est l’ouvrage de référence de la communauté des affaires françaises en Chine Prix public : 1 000 RMB – gratuit pour les membres

Pékin

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Charlene Wu Tel: 86 (20) 8186 9009 wu.charlene@ccifc.org

Claire XIE Tel: 86 (755) 8632 Ext 9602 claire.xie@ccifc.org


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中国旅游 TOURISME CHINE

Les monts Longhu font partie du patrimoine mondial de l’Unesco. 

A la Recherche du Qi au Jiangxi Terre de prédilection du taoïsme avec ses deux montagnes sacrées et étape de départ de la Longue Marche en 1934, le Jiangxi reste une région encore peu visitée par les touristes occidentaux. Située su Sud-Est de la Chine, striée d’un réseau de lacs, de fleuves et de rivières qui s’écoulent dans les vallées de montagnes aux formes étranges, le Jiangxi est nommé l’Ouest du fleuve, car c’est là que l’on passait le fleuve dans l’Ouest de la partie sud du Yangzi. La province abrite quarante-trois millions de personnes et son économie est basée essentiellement sur ses ressources hydrauliques et minérales (houille, cuivre, argent), ainsi que son agriculture (riz, céréales, coton et canne à sucre). Les fines bouches apprécieront ses spécialités : mandarines de Nanfeng, graines de lotus de Guangchang, thé de Yunwu et de Lushan ou canard de Nanan. Les amateurs d’artisanat 124 Connexions / décembre 2010

craqueront pour les célèbres céramiques de Jingdezhen ou les objets de bois sculpté et de bambou tressé. La dynamique capitale du Jiangxi, Nanchang, reste auréolée aux yeux des Chinois de son prestige de flambeau de la révolution. Point de départ des circuits dans le Jiangxi, elle est néanmoins sans charme et le trafic y est dense. Creuset du Taoïsme Les Monts Longhu sont l’une des montagnes sacrées taoïstes de Chine. A l’origine, ces monts avaient pour nom Monts des Nuages Magnifiques. La légende dit que Zhao Dao Ling, le premier des Maîtres Célestes, s’y occupait depuis de longues années à tenter de fabriquer des pilules

d’immortalité, jusqu’au jour où son travail fût enfin couronné de succès. Alors un dragon (long) et un tigre (hu) apparurent pour signer son œuvre, donnant son nouveau nom à la montagne. Né à Qingcheng shan dans le Sichuan au IIème siècle après J-C, c’est ici que le puissant courant taoïste Zhengyi (Unité orthodoxe) des Maîtres Célestes, ou mouvement des Cinq boisseaux de riz, a réellement pris son essor. Le Maître céleste du courant Zhengyi régnait sur un état organisé d’inspiration égalitaire et communautaire. Les adeptes se réunissaient en grandes assemblées, festoyaient, procédaient à la mise à jour des registres d’état civil. Les fidèles gravissaient les échelons de la hiérarchie, en proportion de leurs seuls mérites, jusqu’à être ordonnés « Maîtres » lors d’une cérémonie au cours de laquelle ils recevaient la liste des esprits qu’ils avaient en leur pouvoir. De nos jours, la résidence des Maîtres Célestes (Tianshi Residence) et l’abbaye Zhengyi demeurent toujours des lieux


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Jiangxi 江西

江西龙虎山被联合国教科文组织列入《世界自然遗产名录》

taoïstes actifs où vivent et méditent les adeptes. Le Palais Shangqing, centre d’étude et d’enseignement depuis les Han (25-220) est un magnifique exemple d’architecture taoïste classique. Sa structure matérialise les concepts des Cinq Eléments et des Huit Trigrammes de la pensée chinoise. Lors de votre visite sur ces sites, vous pouvez déguster un repas taoïste traditionnel, écouter un concert de musique sacrée, demander une session de prières à vos intentions, ou tout simplement flâner librement dans les jardins aux arbres centenaires. Les monts Longhu (248m d’altitude) font partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Ils ont une géomorphologie particulière du nom de Danxia, faite de falaises rouges, de colonnes naturelles, de ravins et de cascades le long de la rivière Luxi qui déroule lentement ses méandres de jade. Une croisière sur un radeau en bambou y est un régal, surtout en fin de journée, lorsque le lieu magique n’est plus que pour vous

seul. Encore mieux que les Montagnes Jaunes Les Monts Sanqing (1 817m d’altitude) sont aussi l’une des montagnes sacrées du Taoïsme, mais également l’une des plus belles montagnes chinoises, qui surpasse pour beaucoup de visiteurs, les Montagnes Jaunes. Nuées qui s’enroulent autour des pics, pins tordus agrippés au flanc des falaises, brumes laiteuses ouvrant sur l’abime, temples nichés dans ses replis ou posés en équilibre sur les escarpements, ainsi se présentent les monts Sanqing, sanctuaire d’une faune et d’une flore riche et rare. La figure de Ge Hong (283-343) reste attachée à ce site, aristocrate philosophe et alchimiste qui vécut retiré ici une partie de sa vie. Dans son traité ésotérique, Ge Hong enseigne que l’immortalité physique est possible pour tout un chacun, pourvu qu’il connaisse et comprenne les lois de la nature, les applique par l’utilisation de la

médecine, par les pratiques physiologiques et, surtout, par l’alchimie. Plus tard, le politicien et réformateur Wang Anshi (1021-1086) trouva également refuge dans les Monts Sanqing. Homme d’Etat dont les mesures novatrices énergiques se heurtèrent à l’opposition de la cour et du peuple, ses idées laissèrent pourtant des traces longtemps après sa disparition. Et Xia Xiake (1586-1641), géographe et poète, connu en Chine comme l’un des plus grands voyageurs de l’histoire, en décrit les beautés dans son ouvrage « Randonnées aux sites sublimes », comme il décrivit aussi les paysages des Monts Lu, situes au nord de la province. Site du Patrimoine mondial de l’Unesco, les Monts Sanqing reste encore un endroit privilégié hors des sentiers battus. A découvrir sans tarder ! 

V é ro n i qu e

d ’A n t r a s

http://www.longhushan.com.cn/english/ (en anglais) http://www.sanqing.com/english/index.htm (en anglais)

décembre 2010 / Connexions 125


© DR

协会 associations

Casey Wilson, fondatrice de Wokai. L’ONG américaine propose un outil adapté aux défis de la Chine rurale. “我开”的创办人魏可欣(Casey Wilson)。这家美国非政府组织为中国农村面临的挑战提供适合的小额信贷工具

我开 www.wokai.org

Wokai aide les ruraux chinois à développer leur entreprise Depuis 2007, l’ONG américaine aide les ruraux à démarrer ou développer leur entreprise via une plate-forme de microfinance sur Internet. Quand elle arrive de sa Californie natale à Pékin, un diplôme d’économie du développement en poche, pour parfaire son chinois à l’université de Tsinghua, Casey Wilson est déjà bien consciente des écarts de développement entre la Chine rurale et urbaine. Engagée, la jeune femme décide de donner des cours d’anglais à des travailleuses migrantes venues gagner un peu d’argent à la capitale, dans l’espoir qu’elles puissent un jour améliorer leurs conditions de travail et être embauchées comme serveuses dans des hôtels internationaux. Elle se lie d’amitié avec des jeunes femmes originai126 Connexions / décembre 2010

res du Heilongjiang, et en voulant les aider à s’installer de manière durable à Pékin, elle prend conscience que les problèmes d’argent de ses amies sont beaucoup plus complexes qu’elle ne pensait. Un travail à la ville n’est bien souvent que provisoire pour ces jeunes femmes qui devront un jour retourner à la campagne pour se marier et le maigre pécule récolté durant les mois de labeur à la capitale servira en priorité aux membres de la famille. Un outil adapté aux défis de la Chine rurale Face à ce constat d’injustice, Casey et une amie rencontrée sur les bancs de la fac se

mettent dans la tête de créer un outil de lutte contre la pauvreté qui soit différent des ceux développés jusqu’alors en Chine rurale. Comment lever des fonds alors que la majorité des programmes d’aide au développement pour la Chine sont petit à petit supprimés d’années en années ? Avec le retour de centaines de milliers de « mingong » dans les campagnes, la microfinance et son efficacité systémique et rapide leur semble être un outil adapté pour accompagner la restructuration de l’économie rurale chinoise en pleine mutation. Après plusieurs essais de business plan


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qui n’ont pas convaincu leurs proches, elles dévoilent néanmoins leur astucieux projet : créer en Chine une plate-forme de micro-finance à but non-lucratif qui repose sur Internet. Trois concepts et trois grands défis à relever en Chine… Wokai1 est né. Le fonctionnement de Wokai résume bien l’esprit d’entreprise animant les deux jeunes femmes qui n’ont alors que 23 ans. L’ONG est basée aux Etats-Unis et est entièrement financée par des dons et des subventions et joue sur la transparence. L’originalité du concept réside dans le fait qu’il soit non-lucratif, contrairement à certaines organisations du même type qui officient en Chine. Un excellent sens du marketing et de la communication mêlé à un brin d’audace permettent à Wokai de voir le jour en un an seulement. « Sur le site Internet de Wokai, les donateurs consultent en temps réel le profil des clients et peuvent lire leur histoire et projet personnels. Le montant du prêt et

les échéances de remboursement sont également visibles en ligne. 99,5% des prêts sont remboursés dans les temps par les clients et l’argent est ensuite remis dans la boucle du système. », explique Casey Wilson. Les projets soutenus, tous situés en Mongolie Intérieure et au Sichuan, sont très hétéroclites : boutiques de chaussures, épiceries, élevage de mouton…. Se promener sur le site de Wokai permet d’observer en direct les préoccupations économiques des ruraux en Chine. Les clients sont sélectionnés par deux ONG chinoises locales partenaires de Wokai qui ont un rôle d’agent de crédit. En, effet, Wokai, tout comme les autres associations en Chine n’est pas autorisé à redistribuer directement de l’argent. Les critères de sélection sont stricts et la traçabilité exigée systématiquement. Wokai se rend sur le terrain tous les 3 mois pour le suivi et l’audit des dossiers. Tous les projets doivent répondre aux critères suivants : durabilité de l’entreprise, stabilité des revenus et potentiel à améliorer l’accès aux soins, l’éducation des enfants et la condition des femmes. La microfinance s’adapte aux spécificités locales Les ONG partenaires, qui partagent la même vision que Wokai sur la microfinance, ont également un rôle de conseil auprès des clients. Ils travaillent de manières différentes en Mongolie Intérieur et au Sichuan où la culture et l’économie locales sont bien marquées. Selon Casey Wilson, « Il n’y a pas un seul modèle de microf inance en Chine. En Mongolie Intérieure, les villageois s’organisent en groupes solidaires et les prêts sont des prêts de groupe. ». Ce type de prêt s’adresse en particulier aux femmes et aux bénéficiaires les plus pauvres. Aucune garantie n’est demandée, en revanche les membres du groupe sont solidaires. Le mécanisme utilise les liens sociaux existants afin de créer une forme de garantie sociale incitant les membres à rembourser leur emprunt. « Au Sichuan, ce système ne marche pas. Les gens sont habitués à avoir de multiples sources de revenus, la population est dense, les hommes et les femmes travaillent ensemble et sont habitués à migrer souvent dans les villes pour compléter leurs revenus. Dans ces conditions, le système de garantie ne peut pas être collectif mais familial », explique la jeune femme.

Aujourd’hui Wokai est présent dans 15 pays à travers son réseau de représentants et volontaires. En Chine, l’ONG fonctionne avec 4 permanents et quelques 150 volontaires chinois ou étrangers. Les donateurs sont pour la majorité des expatriés ou des personnes en lien avec la Chine : Chinois d’outre-mer, étudiants en chinois… tous sont biens informés sur les défis de la Chine rurale dont l’Occident parle peu. Le système repose entièrement sur les dons d’individuels ou de fondations en devises car l’ONG n’est pas autorisée, conformément à la régulation chinoise, à lever de fonds en RMB. Pour pallier ce problème, Wokai envisage à terme de trouver un fond caritatif chinois partenaire qui pourrait encaisser les dons en RMB. Objectif pour 2011 : établir des partenariats dans de nouvelles provinces et passer de 2100 contributeurs actuels à 10 000 ! Stratégie : augmenter la visibilité du projet, via Internet bien sûr, en le rendant plus international. « La régulation concernant la levée de fonds pour les ONG n’est pas prête de changer en Chine… mais les possibilités de mobiliser des personnes, des entreprises ou des organisations sont aussi vastes qu’Internet… Wokai compte sur vous pour passer le mot….», ajoute la fondatrice de l’ONG…

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1. « Je démarre (mon entreprise) » en chinois

Wokai, comment ça marche? 1 les demandes de prêt sont mises en lignes par Wokai 2 le donateur envoi son don sur le site Internet au projet de son choix 3 le client reçoit son argent via les ONG partenaires 4 le donateur suit tout le processus de remboursement du prêt en ligne et est tenu informé de l’évolution du projet ou de l’entreprise 5 quand le client a remboursé son emprunt, le donateur peut redistribuer l’argent sur le site à un autre projet. Après 3 utilisations pour des prêts on-line, l’argent du don est versé sur un fond solidaire servant à tous les projets de microcrédits des ONG partenaires

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文化 CULTURE

PROMOUVOIR PAR L’IMAGE Philippe Bourgeois, le regard d’un homme positif Le photographe Philippe Bourgeois se donne pour règle de montrer ses sujets sous leur meilleur angle, déliberémment, et il assume pleinement son positionnement.

« Je ne cherche pas à réaliser des œuvres purement artistiques ou des images à sensation, mais plutôt des photographies qui illustrent l’identité de mes sujets de manière positive, simplement, en allant à l’essentiel... », explique Philippe Bourgeois. Selon lui, le message doit être clair, attractif, original, et facile à interpréter. Diplômé en marketing à l’Institut Supérieur de Gestion de Paris, Philippe Bourgeois a appris la photographie en autodidacte en enrichissant son art par les rencontres et les voyages. Avant de venir en Chine, il a participé à des travaux de commande pour la promotion de la France, et de Paris en particulier. Ses travaux sur la Tour Eiffel ont été offerts par la France à des dignitaires Chinois, et exposés à Shanghai lors des « Années Croisées FranceChine » en 2004 et 2005. En decembre 2005, il a reçu à l’Unesco le « Trophée de la réussite » de l’Institut Supérieur de Gestion pour avoir su associer sa 128 Connexions / décembre 2010

formation académique à un métier artistique dans un contexte multiculturel. Après plusieurs voyages en Chine, il décide de s’y installer pour exercer le métier de photographe avec pour credo de montrer le pays en s’affranchissant de tout à priori. Rapidement, sa démarche intéresse les médias chinois et il collabore pour des magazines comme China Pictorial ou China Today, dont la vocation est de donner une image positive de la Chine a l’étranger. Récemment, Il a été choisi par la Municipalité de Pékin pour l’opération « World Photographers focus on Beijing » destinée à promouvoir la ville, et a reçu le grand prix du concours de photographie 2010 « Beijing in the eyes of foreigners ». Philippe Bourgeois espère bientôt dépasser le stade artisanal en ouvrant en Chine sa propre agence et entend s’adresser en particulier aux entreprises qui souhaitent promouvoir leur image.  F l o r e C o ppi n

Pékin, août 2007. Construction du nouveau siège social de la CCTV. organisé par le Bureau d’information de la ville de Pékin.

Pékin, avril 2010. «Walking together in ancient Beijing ». organisé par le Bureau d’information de la ville de Pékin.


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Le photographe à la une 封面摄影

Prix d’excellence du concours 2010 de la photographie « Beijing in the eyes of foreigners »,

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Grand Prix du concours 2010 de la photographie « Beijing in the eyes of foreigners », 2010年4月北京。《一起漫步老北京》

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2007年8月北京。正在建设中的中央电视台总部大楼。

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文化 CULTURE

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Mongolie Intérieure, juillet 2010. Hailaer Grass Land. « Bringing electricity up to the most remote places ». 

Mongolie Intérieure, février 2010. Yakeshi State Farm.

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2010年2月,内蒙古牙克石农场

Mongolie Intérieure,


Le photographe à la une 封面摄影

Légendes (Page précédente) :

1. Beijing National Stadium, 2008, « Talking to the world ». 2. Beijing National Stadium, 2010, « Deux symboles de la nouvelle Chine ». 3. Beijing New Museum of Science and Technology, « L’agriculture du futur ». 4. Beijing, Metro ligne 4, 2010, « L’espace publicitaire en liberté ».

Expositions Récentes

- Beijing International Photography Festival - Beijing in the Eyes of Foreigners

Site Internet

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flp-photography.photoshelter.com

juillet 2010. Ville de Manzhuli. 

2010年7月,内蒙古满洲里

©Philippe Bourgeois

©Philippe Bourgeois

2010年7月,内蒙古海拉尔大草原

Guilin, Guangxi. « Les cormorans de la rivière Li ».

广西桂林。《漓江鸬鹚》

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© Imagine China

文化 CULTURE

L’espace D22 à Shanghai, l’un des théâtres indépendants de la ville.

Le renouveau du théâtre chinois indépendant Le Jardin des Zombies Une pièce de théâtre écrite en quatre jours, sur scène au centre-ville un mois plus tard avec un budget de 20 000 euros, attirant près de 1500 spectateurs en moins de deux semaines, c’est possible ? A Pékin, oui. C’est du théâtre indépendant, l’œuvre s’appelle « Le jardin des zombies ». 2012. Un dentiste d’âge mur et un jeune chanteur sont enfermés dans un bunker souterrain depuis trois ans. Ce sont les seuls survivants de l’humanité. Une maladie a transformé leurs semblables en zombies. Un jour, une jeune femme fait son apparition à l’entrée : à la fois séduits et terrifiés, les deux hommes se demandent s’il s’agit d’un être humain ou d’un zombie. L’espoir et la vie, la peur et la mort, les transformations cruelles de la vie citadine chinoise sont le thème de cette pièce qui a plus de points communs avec la dramaturgie d’Eugene O’Neill qu’avec le cinéma d’horreur. 132 Connexions / décembre 2010

Une histoire d’amour avec des zombies « aux caractéristiques chinoises » Comme l’écrit une critique sur le site cando360, on ne trouvera donc pas dans l’histoire de poursuites de morts-vivants avides de sang humain dans la pénombre et autres poncifs des films de zombies. Sur une affiche promotionnelle, un sous-titre donne la véritable problématique de la pièce : « Une histoire d’amour magnifique, et désespérée ». L’auteur, Feng Yuan, explique que l’utilisation du thème des zombies comme ressort dramatique est d’abord liée à la passion pour le genre de son mari Guo Shuang, qui est aussi le metteur en scène du spectacle : « Un jour, il me dit d’un air dépité qu’il n’a plus aucun film de zombies à voir, qu’il a déjà vu tout ce qui existait. Je lui ai proposé d’écrire une nouvelle histoire. Cela a démarré comme cela, comme une plaisanterie. ». Mais bien vite, la scénariste

上海的独立剧场之一D22空间

se réapproprie le thème, puisant également dans les histoires traditionnelles chinoises où l’on peut trouver des équivalences locales au mythe vaudou popularisé par George A. Romero. Les zombies de Feng Yuan ne sont ni saccadés ni décomposés. Ils ne sont morts qu’à l’intérieur de l’âme, et constituent la métaphore idéale des rapports humains désentimentalisés des grandes villes contemporaines. L’essor du théâtre indépendant « pour faire réfléchir les gens » Le théâtre indépendant est un phénomène assez nouveau en Chine. Il a pris son essor en 2005, et l’on a pu compter en 2009 près de 70 œuvres représentées sur les scènes de Pékin. Ne bénéficiant d’aucune subvention publique, presque toujours auto-financé et déficitaire, le théâtre indépendant chinois est très engagé. « On estime qu’il y a à peu près un public de 200 000 personnes pour le théâtre moderne en Chine, essentiellement à Shanghai et Pékin, affirme Guo Shuang, mais la plupart d’entre elles ne recherchent que le divertissement. Beaucoup de billets sont achetés par des entreprises qui veulent faire des cadeaux à des clients VIP, et la


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Théâtre 戏剧

Entrée du théâtre de la Capitale à Pékin.

sortie au théâtre est vue comme un loisir romantique à deux, pour rire ou être ému. ». « Nous avons un autre objectif, continue Feng Yuan, qui est celui de faire réf léchir les gens. Comme le disait un de nos professeurs de l’école de théâtre, il n’y a aujourd’hui plus que la religion ou l’art dramatique pour interroger de façon formelle et sacrée les gens sur leurs certitudes. ». « J’ai choisi de parler de l’amour, car c’est une notion au centre de la quête de sens des citadins chinois contemporains. ». La pièce a un budget deux fois plus important que la plupart des productions indépendantes chinoises. Cela se manifeste dans l’interprétation, portée par des acteurs professionnels très convaincants, et la mise en scène élaborée, avec des parois mobiles pour représenter le rétrécissement de l’espoir et de l’univers mental des survivants.  Une psychanalyse de la cruauté des rapports hommes-femmes dans la Chine actuelle Ecrits en moins d’une semaine, les dialogues sont cependant clairs et accessibles, avec peu de néologismes et d’expressions à la

北京首都剧场入口处

mode. Comme dans toute sorte d’écriture presque « automatique », on y relève de nombreux « cadavres exquis » qui donnent un peu l’impression de voir la Chine allongée sur le divan d’un psychanalyste. Tous les personnages zombifiés décrits dans l’histoire le sont à cause d’une femme : l’un est mordu par le livreur qui venait apporter le cadeau d’anniversaire de sa petite amie, l’autre est victime du même sort alors qu’il est sorti dans les rues infestées de zombies pour acheter une glace à sa maîtresse. Pour se débarrasser de son petit ami en train de devenir un zombie menaçant, la femme le tue avec un club de golf importé du Japon, etc. On a le sentiment que la pièce dresse le tableau du fardeau qui pèse aujourd’hui sur le dos des hommes chinois, majoritaires dans leurs pays (ce n’est peut-être pas un hasard que la pièce fait jouer trois personnages, deux hommes et une seule femme), contraints de « se zombifier » pour avoir les moyens de satisfaire les désirs matériels de leur alter-ego féminin, mais qui perdent ainsi la possibilité  de répondre à leurs désirs affectifs et spirituels. Pour autant, les personnages masculins

de l’histoire sont dépeints sans aucune complaisance. Les deux survivants du bunker souterrain sont presque aussi froids que les zombies du jardin de la surface. Leurs peurs et leur égoïsme ne leur laissent aucune issue. Le personnage de la femme n’a rien de particulièrement héroïque, banalement frivole et un brin niaise, mais conserve intacte son pouvoir de séduction (et ses postures typiquement asiatiques « ke’ai » - « adorables », cf. le japonais « kawai »), sa capacité à porter la vie et à aimer jusqu’à l’auto-sacrifice. Malgré quelques spectateurs déçus de ne pas avoir compris le sens de la pièce, « Le jardin des zombies » est un succès à l’ampleur inattendue pour ses créateurs. Les recettes ont ainsi réussi à couvrir 70 % des frais engagés. A l’issue des représentation et sur les forums Internet, le public exprime majoritairement sa satisfaction. « Ce qui m’a surtout plu, affirme Ling, c’est la profondeur de la pièce. J’ai passé la fin de la soirée à discuter des interprétations possible avec mon mari. Il est rare en Chine de voir des spectacles qui font réfléchir.». 

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读书

Lire

La voie du Tao, Un autre chemin de l’être, Catalogue d’exposition au Grand Palais, 29 mars-5 juillet 2010, Editions RMN et Musée Guimet, 360 pages, 45 € Ce magnifique catalogue présente l’exceptionnelle exposition, la première en Europe consacrée au taoïsme, qui fut offerte au public pendant trois mois au Grand Palais de Paris. Le taoïsme était certes assez tôt et assez bien connu des spécialistes, mais très peu et bien mal du grand public. Les premiers textes du corpus taoïste remontent au IVe siècle avant notre ère, mais un approfondissement des textes et la diffusion plus récente de son canon ont permis de rendre à cette philosophie à l’origine la place qu’il doit aussi occuper en tant qu’une des grandes religions du monde. L’ouvrage offre une sélection des photos de deux cents objets, dont la moitié provient du Musée Guimet et l’autre moitié des grands musées d’Europe, des Etats-Unis et de Taiwan, relevant de nombreux arts tels la peinture, la sculpture, placés dans leur contexte d’origine. La dizaine de textes rédigés par les meilleurs des spécialistes français du taoïsme parmi lesquels K. Schipper, Catherine Despeux, Vincent Goossaert ou Marc Kalonowski éclairent en profondeur les principes et les pratiques de cette religion orientale comme ses formes d’expression artistique aussi riches que variées. Art contemporain Pékin en 11 parcours, par Anny Lazarus et Laurent Septier, Images en manœuvres éditions, 280 pages, 25 € L’a r t c ontempora in ch inois e st aujourd’hui présent dans les principales expositions du monde entier et suscite un intérêt croissant depuis le début des années 90 auprès des amateurs d’art comme auprès des spéculateurs et des nouveaux riches du pays. Ce guide se veut être autant théorique que pratique. Il se compose de deux grandes parties. La première, consacrée au contexte historique et culturel, nous présente les fondements et les origines de l’art contemporain chinois et tente d’en définir les spécificités. La Biennale de Canton de 1992 semble être une date fondatrice qui a confronté

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Par Laurent Ballouhey

pour la première fois les artistes chinois contemporains avec le marché international, qui sera suivie d’un foisonnement de galeries et de lieux de création dans tout le pays, en particulier à Pékin. La seconde partie justement décrit la scène artistique de Pékin en onze parcours qui détaillent tous les lieux dédiés à l’art contemporain, que ce soit pour la création avec plusieurs « villages d’artistes » comme Songzhuang, ou les galeries d’exposition et de vente tels Caochangdi ou Dashanzi. Ces lieux de rencontre et de visite accordent à la capitale chinoise une suprématie incontestable en ce domaine, que lui envient même aujourd’hui nombre d’autres grandes villes dans le monde. Shanghai : Histoire, promenades, anthologie & dictionnaire, ouvrage collectif sous la direction de Nicolas Idier, Ed. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1536 pages, 33 € Shanghai, c’est un peu la Chine, ce n’est pas du tout la Chine, ou c’est un peu plus que la Chine, c’est selon le goût ou le jugement des amateurs. Pour les auteurs de cette encyclopédie, presque de ce kaléidoscope en plus de 1500 pages, le choix est clair : Shanghai est le centre du monde contemporain, dont l’ascension a commencé dès les légendaires années 1930. Pour apprendre à suivre dans tous ses méandres cette « ville-calligraphie », les auteurs ont voulu mettre à disposition du lecteur une véritable bibliothèque à la Jorge Borges, qui fait de la ville un lieu à la foi imaginaire et bien réel, et qui donne à voir, à aimer et à comprendre. « Ce livre est comme une ville : on s’y croise et s’y décroise », écrit le coordinateur de l’ensemble. Il se compose en effet de quatre parties bien distinctes : une Histoire, des promenades mais dont nombre d’entre elles sont en elles-mêmes des morceaux d’histoire ou de récits littéraires à travers des portraits écrivains qui l’ont aimée comme celui de Zhang Ailing, une anthologie littéraire des écrivains tous chinois ,et enfin de plusieurs annexes très utiles pour s’y retrouver dans une telle foison, de faits, de noms, de dates, de textes. L’ambition de ce livre encyclopédique est très élevée qui veut donner à comprendre à travers Shanghai non seulement la Chine d’aujourd’hui, mais comprendre le monde où l’on vit.


图书精选Coup de coeur Par Christine Simon

Bescherelle : le chinois pour tous, Par Joël Bellassen et Arnaud Arslangul Ed. Hatier, coll. Bescherelle, 335 pages, 12,99 € Ce nouveau livre à propos de la langue chinoise moderne s’ajoute à ceux récents français ou chinois qui tentent par une approche cohérente et pédagogique de rendre plus facile l’apprentissage de cette langue difficile. Celui-ci, qui se veut un ouvrage accessible à tous et met l’accent sur la pratique de la langue courante, présente l’avantage de fournir dans un même volume tous les outils d’apprentissage et de communication du chinois. Dépassant la simple initiation, il permettra à quiconque en aura besoin pour des raisons scolaires, professionnelles ou personnelles, de consolider sa pratique du chinois parlée et même écrit. Pour s’assurer des bases de la lecture et de l’écriture La première partie en expliquant les 125 composants les plus usités (le nouveau terme pour clés) ouvre le champ des caractères chinois qu’il faut bien apprendre de pair avec les mots de la langue orale car ce sont eux qui lui donnent leur sens. La grammaire traite les points essentiels dans un classement syntaxique utilement occidental en les expliquant grâce à des exemples puisés dans la vie quotidienne. Le vocabulaire, regroupé en 21 thèmes, est abondant puisqu’il comprend 3000 mots et expressions qui permettent de comprendre autant que de se faire comprendre dans la vie de tous les jours. Le chinois à la portée de tous, en quelque sorte. Restent toujours nécessaires le temps et l’effort d’apprendre. Collection Clefs de Chine, Editions Brière Il nous faut signaler ici pour l’encourager vivement l’initiative prise par Isabelle Biscaye installée depuis peu à Pékin qui a eu le courage de lancer une petite collection de livres exclusivement consacrés à la Chine, rédigés par des résidents français de Pékin et qui leur sont destinés. Insérée au sein des Editions Brière, une petite maison d’édition familiale de Bordeaux qui l’accueille, cette nouvelle collection a pour unique motivation d’aider les nouveaux résidents, souvent en ravivant la mémoire des anciens, à mieux comprendre

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Better City, Better Life, par Marin Kasimir Shanghai 2010, MK Editions/ WBI, 264 pages Né à Munich, Marin Kasimir vit et travaille à Bruxelles, depuis 20 ans. Peintre et photographe, il a publié « Better city, better life », un imposant ouvrage, présenté notamment à l’UCCA (Dashanzi, 798, Beijing). Livre d’artiste, « Better city, better life » (thème de l’exposition de Shanghai) témoigne de la perception de l’auteur sur la ville, hors de l’enceinte de l’exposition d’abord, dans l’enceinte ensuite. Dès septembre 2009, Marin Kasimir a capté des dizaines de fictions panoramiques prises tout au long du chantier de l’exposition universelle jusqu’à l’ouverture au public, portant un regard particulier sur l’animation du site et des pavillons avec la présence quotidienne de centaines de milliers de touristes. Passionné par l’aspect éphémère des expositions universelles, l’artiste témoigne, avec ses caméras, de l’évolution du chantier et de la création des infrastructures, s’attardant aussi à la sortie de terre des pavillons. A aucun moment, il n’oublie les regards de ceux qui ont permis à l’exposition d’être ce qu’elle a été. Marin Kasimir se fait le témoin du Shanghai en disparition et du Shanghai en devenir. Une démarche qu’il avait déjà empruntée lors des expositions de Aïchi (2005) et de Zaragosa (2008) qui déjà avaient donné lieu à l’édition d’un ouvrage. L’artiste ne se focalise pas seulement sur l’exposition mais sur la ville en évolution, utilisant des pellicules de 70mm (très rares sur le marché) et trois caméras panoramiques qui produisent des images à 360°. Des images où l’on peut se perdre dans une mégalopole comme Shanghai, souligne-t-il. Son point de vue d’artiste se reflète par le « in et le out ». Le « in » s’exprime au travers du regard posé sur les quartiers traditionnels ou contemporains de Shanghai. Le « out » apparaît par le regard posé au fil du temps sur le chantier, les infrastructures, les pavillons qui sortent de terre et modifient l’espace. Avec ses nuances de couleurs et d’atmosphères, ses rencontres et ses portraits, de Liu Yiqian à Lao Zhu en passant par Yue Xiaoliang et des milliers d’anonymes, les panoramiques vivent dans une ville qui ne cesse d’innover. Le thème « Better city, better live »  (« Meilleure ville, meilleure vie) traduit une fierté et une ambition qui ne sont pas seulement chinoises, mais universelles.

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作品赏析Vu de l’esprit Par Matthieu Grandjean

Les mémoires de Dom Pierre-Célestin LOU Tseng-Tsiang, (1871 – 1949), Moine bénédictin de l’abbaye de Saint André de Bruges, ancien Premier ministre leur environnement historique et culturel et par là ••• même à mieux vivre dans cette ancienne ville chinoise qui se veut en pleine modernisation. Cette collection commencée il y a un an seulement comprend déjà trois volumes, quatre bientôt avec un quatrième à paraître « Le thé chinois ». « La vie dans les hutongs » de Claudie Guignard décrit avec clarté et délicatesse le mode de vie traditionnel dans les habitations de Pékin et la riche expérience de cohabitation avec la population dans les quartiers préservés, non sans difficulté, de la capitale. Le second porte sur l’histoire sinueuse de « L’Eglise catholique en Chine » d’Inès Lesage. Il retrace la phase initiale d’évangélisation de la Chine, avant même la pénétration du bouddhisme, grâce au rôle de saint Thomas au premier siècle. Son parcours brillant avec les Jésuites et Matteo Ricci à la Cour impériale est ensuite terni et gâché par le XIXe impérialiste et son association avec les marchands et les militaires. L’avenir semble lui sourire à nouveau, après les persécutions dont elle a été victime depuis les années 50 , avec un renouveau des religions et une soif de spirituel qui laisserait entrevoir une perspective peut-être un peu trop optimiste de réunification des deux Eglises chinoises actuelles. Le troisième sur « Les dynasties chinoises » d’Isabelle Nedelec propose de tout savoir en 60 pages d’un livret très bien fait, sobrement mais efficacement mis en scène et illustré, très pédagogique enfin sur les dates essentielles, faits marquants et les acteurs majeurs des 4000 ans d’histoire de la Chine. Une belle prouesse à mettre entre toutes les mains, celles des collégiens comme de leurs parents.

Les livres sont en vente à Pékin ou peuvent être achetés en ligne : Contact Chine : contact@clefsdechine.com En ligne : www.librairielephenix.fr/collections/clefs-dechine-47.html

et ministre des Affaires étrangères de Chine, Souvenirs et pensées, Editions Desclée de Brouwer, 2009, 141 p. Ce livre de relecture d’un itinéraire particulièrement étonnant commence par une référence à une recommandation du Ministre de Chine à Saint Petersburg en 1893 à l’auteur, jeune apprenti diplomate en premier poste : « La force de l’Europe […] se trouve dans sa religion. Au cours de votre carrière diplomatique, vous aurez l’occasion d’observer la religion chrétienne. […] Lorsque vous aurez […] saisi le cœur et la force de la religion du Christ, emportez-les et donnez les à la Chine. ». Tels furent donc les mots de son maître, SHU KingShen, à Lou Tseng-Tsiang, mots qui le guidèrent tout au long de sa vie, des plus hautes fonctions du gouvernement chinois à son entrée à l’abbaye St André de Bruges. Si le destin a voulu que le moine bénédictin qu’il était devenu ne revoie jamais son pays natal, le diplomate qu’il fut aura joué un rôle majeur dans l’histoire du début du XXème siècle. Ainsi ce n’est certainement pas un hasard s’il fût désigné, au lendemain de la Première Guerre Mondiale, pour aller représenter la Chine à Versailles lors de la signature du traité éponyme. Il s’y illustrera en refusant de signer ce qui restera longtemps comme l’une des plus grandes humiliations infligées par l’Occident à la Chine dans sa longue histoire. Plus qu’un simple témoignage religieux, ce livre est intéressant de par la vision qu’il offre de la Chine, celle de Lou Tseng-Tsiang au sortir de la Première Guerre Mondiale, et le message que celui-ci adresse à son pays. Un message qui vient s’ancrer dans deux civilisations pour les inviter à l’échange, et qui redit la nécessité de la collaboration entre ces deux puissances que sont l’Europe et la Chine.

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