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Connexions 联 magazine de la

dossier

Le

Chambre

de

Commerce

et d’Industrie

Fr a n ç a i s e

en

Chine

 m a i - j u i n 2009

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中 国 法 国 工 商 会 双 月 刊

结 Focus : •Culture

A la table des Chinois 中国人的餐桌

française en Chine Un premier pas vers la convertibilité du Rmb ? Gros plan sur Shenzhen

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Vu d’ici « Civilian Workers in the Republic of China » par la photographe Wen Fang 装置摄影:文芳


卷首语 EDITORIAL Nourrir et Guérir

Franck Desevedavy Avocat Associé chez UGGC&Associés 优集思律师事务所合伙人:戴达维

Médecine, santé et cuisine sont étroitement liées dans la mythologie chinoise qui organise les relations entre le milieu, l’homme et l’aliment. Il en reste aujourd’hui une pratique intuitive de la santé par les aliments, grâce à laquelle l’occidental placé à la table des Chinois se verra expliquer les qualités visuelles, gustatives, odorantes et diététiques des aliments présents sur la table et de leur combinaison savamment décidée. Mais la Chine est aussi un pays qui fut sévèrement frappé par les disettes et famines, les trois années (1958-1961) de « catastrophes naturelles » ayant probablement fait plusieurs dizaines de millions de morts ; la réduction

吃饱与康复 医学、健康和饮食在中国的养生学里是 密切相联的,它有机地把环境、人和食物结 合在一起。今天,从养生学中留下了通过饮 食保持健康的直观做法,因此,能够从食物 的色、香、味和营养角度,以及它们的合理搭 配来解释摆在中国人餐桌上的西餐。 然而,中国也是一个遭受过严重饥荒的 国家,1958-1961的三年自然灾害可能导致了 数百万人死亡;中国目前耕地面积的减少主 要是由于城市的扩张、森林的砍伐、沙漠化 和过度放牧造成的,这对于现今政府—— 18世纪荒政的继承者来说,有必要保障充足 的食物供应。 因此,中国不断致力于实现食物的两大 功能:吃饱肚子与恢复健康。2008年7月还很 特殊地看到中国社科院的研究人员考虑改善 远离北方产区的中国南方牛奶和奶制品供应 的必要性,符合传统的反匮乏的逻辑......同 时,近 30万婴幼儿三聚氰胺中毒事件让整个 奶制品行业的卫生安全受到质疑,其中至少 有6人死亡。 对外开放政策以及与商业合作伙伴建 立合作关系的愿望使中国能够更好地养活人 民和使他们恢复健康,同时会限制一些食品 的出口,增加大部分食品的进口,改善销往 中国市场、亚洲、欧洲和美国的食品卫生安

全。

contemporaine des surfaces arables en Chine, du fait notamment de l’expansion des villes, de la déforestation, de la désertification et de la croissance de l’élevage maintient la nécessité pour le gouvernement, héritier de « l’administration de la famine » du XVIIIe siècle, d’assurer la suffisance de l’approvisionnement alimentaire. La Chine ne cesse ainsi de vouloir satisfaire les deux fonctions de ses aliments : nourrir et guérir. Aussi, il est singulier de voir en juillet 2008 des chercheurs de l’Académie des sciences sociales plancher sur la nécessité d’améliorer l’approvisionnement en lait et produits laitiers du sud de la Chine, éloigné de la production du nord, dans une logique traditionnelle de lutte contre les pénuries… alors qu’au même moment la sécurité sanitaire de l’ensemble des produits laitiers est mise en cause par un nouveau scandale alimentaire emportant l’intoxication par de la mélamine de près de 300 000 enfants en bas âge, et le décès d’au moins six d’entre eux par empoisonnement. L’ouverture au monde de la Chine et les relations qu’elle souhaite organiser avec ses partenaires commerciaux lui permettront probablement de mieux nourrir et/ou guérir sa population, en limitant certaines de ses exportations, en augmentant la plupart de ses importations de denrées alimentaires et en améliorant la sécurité sanitaire des aliments distribués sur le marché chinois et vers l’Asie, l’Europe et les EtatsUnis.

Connexions / mai - juin 2009 


协助委员会

联 结

COMITÉ DE PATRONAGE

Connexions

Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine 中国法国工商会双月刊

Directeur de la publication Jacques Leclerc du Sablon Responsable de la publication Sophie Lavergne Rédactrice en chef Anne Garrigue Edition des textes chinois / 中文编辑

Ruan Zheng 阮征 Graphiste / 美术编辑 Xie Bin 谢滨 Ont collaboré à ce numéro : Véronique d’Antras, Laurent Ballouhey, Antonia Cimini, Nicolas Coster, Franck Desevedavy, Julie Desné, Hélène Duvigneau, Syvie Hu, Bruno Lefébure, Mariam Loussignian, Yann Marin, Patrice Nordey, Manuel Rambaud, Renaud de Spens, Nicolas Sridi, Emilie Torgemen. Photographie de couverture Wen Fang « Civilian Workers in the Republic of China ». Publicité / 广告招商 Pékin : Ruan Zheng 阮征 Tél. : (010) 6512 1740 # 14 Shanghai : Séverine Clément Tél. : (021) 6132 7100 # 114 Guangzhou : Hervé Lambelin Tél. : (020) 8186 8585 # 801 Imprimé par EMPRIRE PRINTING 英派尔彩印公司

Toute reproduction même partielle des textes et documents parus dans ce numéro est soumise à l’autorisation préalable de la rédaction. La CCIFC décline toute responsabilité quant aux documents qui lui auraient été fournis, ou aux erreurs qui auraient pu échapper à son attention. Les propos tenus dans les articles n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.

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L’ouverture des années 80 a permis au pays de renouer avec ses grandes traditions culinaires. 80年代改革开放使中国恢复了烹饪的重要传统

dossier : A la table des Chinois

focus : Culture française en Chine Un outil de « soft power » Festival Croisements De la francophonie à la francophilie

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rendez-vous A la une des médias Le dessous des chiffres  L’état des lois

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l’actualité Entretien avec Hervé Ladsous, ambassadeur de France en Chine  La Chine, un nouveau géant vert  Actualité entreprises Courbis China, ou la flexibilité comme moteur de développement  l’entretien Xu Tiebing, L’architecture de la presse chinoise 

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La nouvelle loi sur la sécurité alimentaire 44 Vers la responsabilité des producteurs ? 46 De l’empire Shang au Mac Do 48 Le point de vue d’un gourmet contemporain  51 Bonnes manières 52 Papilles françaises en Chine 52 L’art de la table 53 Mangez yin et yang pour être en harmonie 54 Au quotidien, chez soi… ou au restaurant 56 - 57 Au service des nouveaux gourmets 58 Les jeunes urbains font leur révolution culinaire 59 Restauration collective, Sodexo ouvre la voie 60 La Chine s’éveille au « bio » 62 Produits importés : consommation en hausse 64 Carrefour, la place d’un role-model 68 Logistique agroalimentaire : parcours d’obstacles 73 Les échanges commerciaux franco-chinois 74 De la fourche à la fourchette, gros plan sur quelques entreprises françaises  76


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中国的葡萄酒市场更加成熟

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Réserve naturelle immaculée au sud du Qinghai. 青海南部万里无云的自然保护区

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中法文化交流之春——中法文化外交的高潮

Le marché du vin gagne en maturité.

La nouvelle loi sur la sécurité alimentaire. 中国新的食品安全法

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Communiquer autour de la nourriture et faire connaitre ses produits en Chine  Boulangerie et viennoiserie, les Chinois en raffolent La lune de miel des Chinois avec le vin Le vin, toute une culture à transmettre Vin de Bourgogne : « les terroirs sont notre atout » régions jumelles Shenzhen : un modèle précurseur de l’économie chinoise de 2020 tourisme chine Au sud Qinghai, expédition vers Yushu et l’ancien royaume de Nangchen associations Aiguilles chinoises dans les zones défavorisées culture Libérer les images  Les origines de l’écriture chinoise lire 

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Le festival Croisements, temps fort de la diplomatie culturelle franco-chinoise.

© Si Tinghong

2009年五、六月号 第50期

聚焦: 法国文化在中国 78 79 80 82 85

13 中国法语联盟:从说法语到喜欢法国 要闻 27 专访法国驻华大使:中法关系具有首创性 32 公司简讯 37 库毕斯―把灵活性作为发展的动力  39 许铁兵先生专访 :中国媒体的格局

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专栏:中国人的餐桌 49 从商朝到麦当劳时代

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61 团体餐饮行业的先锋索迪斯 65 进口食品:消费量增加 69 家乐福:零售业的榜样

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83 葡萄酒——有待传承的文化 旅游 92 普瓦捷与普瓦图地区


FOCUS

聚焦

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Culture française en Chine

Romain Duris,Cédric Klapisch et Juliette Binoche à la cérémonie d’ouverture de Panorama et Croisements, 2009. 罗曼.杜里斯、塞德里克·克拉皮斯和茱丽叶·比诺什在2009年中法文化交流之春暨第六届法国电影展映活动的开幕式上

Un outil de « soft power » Alexandre Ziegler, conseiller coopération et action culturelle à l’ambassade de France Connexions : Comment s’organise votre action et quels sont vos objectifs ? Alexandre Ziegler : Nous voulons nous servir de l’image culturelle très positive de la France pour faire parler de nous et amener les Chinois à voir d’autres facettes de notre pays, y compris commerciales. Nous sommes là pour promouvoir nos produits culturels et notre expertise : dans le cinéma, l’édition, la musique, mais aussi dans le management culturel, la restauration (musées), la gestion de structures… On pourrait également citer l’art contemporain et la jeune création française, moins  Connexions / mai - juin 2009

structurés en industrie.

C. : Vous assurez la coordination du réseau des Alliances françaises. Quel est le rôle de l’apprentissage de la langue française dans ce dispositif ? A. Z. : L’ apprentissage de la langue soutient l’ensemble de notre politique d’influence en Chine mais elle n’est en aucune façon un élément exclusif de notre politique culturelle. On peut aimer la culture française sans parler la langue de Molière, de même qu’on peut consommer des produits, de la norme française, sans parler le français. Notre souhait, évidemment, est que tout cela contribue à amener le public au français. En réunissant au centre culturel de Pékin les trois dimensions — culturelle, linguistique et étudiante — , nous avons souhaité ouvrir une « maison de la France », qui attire un public de jeunes étudiants et professionnels qui aiment consommer de la culture et ont envie de toutes ces dimen-

sions. Un peu plus de 200 000 visiteurs par an en poussent la porte. C’est un succès. Contrairement aux idées reçues, le CCF est une maison très fréquentée. Nous n’avons pas aujourd’hui l’autorisation d’exploiter plus d’un centre culturel. Sinon, j’en ouvrirais d’autres. Cela dit, il n’y a finalement pas de différences essentielles entre le CCF et une grosse Alliance française.

C. : Comment l’offre culturelle française s’organise entre public et privé ? A. Z. : C’est un de nos soucis en Chine. Il y a peu d’initiative strictement privée pour plusieurs raisons. Un, c’est un marché culturel très récent. Deux, nous sommes dans un pays encore très contraint dans le domaine de la culture, même s’il existe d’immenses zones de liberté. L’accès limité au marché oblige les opérateurs culturels à recourir à notre aide pour cheminer dans les circuits de l’administration. Il n’y a pas encore, à l’ex-


ception d’une représentation limitée d’Unifrance, de grands distributeurs de cinéma en Chine, ni de labels musicaux ou de maisons d’édition, si ce n’est un grand groupe de presse Hachette Fillipachi. Les opérateurs culturels présents sont des PME, des free-lance : galeries, producteurs de cinéma qui travaillent en cofinancement, commissaires indépendants. Ces opérateurs sont entrés sur le marché chinois parfois depuis de nombreuses années et ont beaucoup aidé à la pénétration des disciplines artistiques en Chine. Je pense notamment à l’art contemporain. Il y aurait pourtant la place aujourd’hui pour une vraie représentation de nos distributeurs de cinéma, pour une représentation du Bureau international de l’édition française. Le succès de la pénétration du film américain vient aussi de ce que toutes les grandes majors américaines sont représentées à titre permanent en Chine, où une cinquantaine de films étrangers sont vendus chaque année en partage de recette — 20 européens (5 français), 20 américains et une dizaine des autres continents. En nombre de copies distribuées sur chaque film, nous marquons des points. Cette année, nous avons sorti deux films, avec, respectivement, 500 et 1 000 copies, soit presque le quart du parc de cinéma chinois (4 100 salles). Il s’agit des Femmes de l’ombre avec Sophie Marceau et de Transporter 3 de Luc Besson, qui a fait plus de 6 millions d’euros de recettes en quelques semaines en Chine. La mission du Panorama du cinéma français n’est pas seulement de présenter des films en direct — 30 000 entrées en 2009 — mais aussi de présenter des professionnels français à des distributeurs chinois. Le fait que le marché soit contrôlé appelle une stratégie public/privé. Notre rôle est de faire sauter les carcans réglementaires et de donner à quelques décideurs (China film, SARFT) l’envie de montrer des films français. Dans cette stratégie, Croisements est un moment fort qui témoigne de trois choses : la volonté d’apporter beaucoup de culture en création avec nos partenaires chinois, le désir de faire parler de la France et l’occasion de retombées concrètes pour nos industries culturelles. Nous avons choisi

de concentrer notre communication autour d’une période réduite pour en maximiser l’impact. Et cela donne des résultats. En ce qui concerne la couverture médiatique, notamment Internet — qui est d’une efficacité redoutable en Chine —, la progression est énorme. Quelques chiffres : finmars/mi-avril (lancement de Croisements, avec les événements cinéma Binoche et Panorama), ont été diffusés 700 articles de presse écrite et Internet, ainsi qu’une cinquantaine de reportages sur les principales chaînes de radio et de télévision chinoises, nationales et régionales. Mi-avril/mi-mai : 850 pages…

C. : Etes-vous satisfait par l’image culturelle de la France en Chine ? A. Z. : Elle est positive mais parfois trop classique et élitiste. Nous nous battons contre ces deux idées reçues, en montrant que la culture française est non seulement patrimoniale mais aussi dynamique, métissée et grand public. Notre objectif est à l’image des deux derniers gros succès de la présence culturelle française en Chine : Juliette Binoche et la standing ovation du poème harmonique au Forbidden City hall1 : 1 200 personnes debout, acclamant un ensemble de musique baroque. On peut faire les deux ! Notre enjeu, c’est de pouvoir, à côté des Etats-Unis, être présent sur certains segments de la culture, en particulier la jeunesse, qui attendent de la distraction et des créations.

C. : Comment se situe la France par rapport aux autres Occidentaux ? A. Z. : Notre investissement sur la culture en Chine est supérieur à celui de nos partenaires européens. C’est une priorité historique, y compris dans le domaine linguistique où, à part l’anglais, le français est la première langue européenne — de loin. Mais les choses évoluent : l’Espagne,l’Italie, l’Allemagne par exemple sont dynamiques. Il nous arrive aussi de communiquer en européen. On a lancé sous la présidence française le premier Festival du film européen en Chine et nous espérons que la présidence suédoise reprendra l’idée. La culture étrangère prédominante, en Chine, est encore anglo-saxonne, la Chine attend de nous — elle le dit elle-même —

un rééquilibrage. « Notre pays est soumis à un assaut de culture anglo-saxonne. On aimerait que vous nous aidiez à rééquilibrer », a dit très franchement le ministre de la Culture chinois à Mme Albanel en juin dernier. On a envie de le prendre au mot et de lui demander de faire sauter les quotas.

C. : Et la censure ? A. Z. : Elle est rare et souvent utilisée dans le domaine du cinéma pour limiter l’accès au marché. J’ai très peu d’exemples d’opérations culturelles qui aient été victimes de censure. Il faut reconnaître que nos amis chinois nous laissent beaucoup de liberté. Une des raisons pour laquelle la Chine est assez bienveillante à notre égard, c’est que nous représentons un modèle qu’elle observe avec intérêt. Elle le reconnait-même de plus en plus. Fini le temps de la stricte réciprocité politique. Les officiels sont passés à un discours de benchmarking pour définir une approche méthodologique pour lancer leurs propres festivals chinois à l’étranger. Et ils regardent de très près nos Alliances françaises dont ils s’inspirent pour développer et pérenniser leurs Instituts Confucius.

C. : Comment évolue le mécénat ? A. Z. : Nous avons réuni 500 000 euros pour Croisements en fidélisant une grande partie de nos mécènes français traditionnels2 et en augmentant la part du mécénat chinois3. 70% des fonds viennent encore de mécènes français mais la tendance est là. C’est intéressant parce que le mécénat n’est pas une pratique courante en Chine. Nos partenaires sont des groupes qui ont une stratégie à l’international, notamment en France. Nos échéances 2010 ? Le pavillon français de Shanghai et l’édition de Croisements avec un focus fort sur Shanghai le 21 juin, journée française de l’Expo universelle, où nous lancerons la fête de la musique. Nous sommes prêts à proposer aux entreprises des opérations à la carte.

P ro p o s r e c u e i l l i s pa r A n n e G a r r i g u e .A Pékin, dans l’enceinte du Palais impérial .Société générale, Groupama,Lancôme/L’Oréal , PSA Peugeot Citroen, Air France, EDF , Sofitel, Pernod Ricard ? Airbus, Areva, Carbone Lorraine, Delixi, Veolia, Sofitel, orange, HP Caler, Carrefour 3 .China Southern, la compagnie aérienne, ZTE, Huawei, un groupe immobilier Summit club, club privé à pékin, South beauty 1 2

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© Si Tinghong

© Si Tinghong

FOCUS

聚焦

La Ballet national de Chine dans L’Oiseau de feu d’après la chorégraphie de Maurice Béjart, le 8 mai 2009.  2009年5月8日,中央芭蕾舞团排演莫里斯・贝雅大师名作《火鸟》

festival Croisements Accent sur les cultures urbaines Moment fort de la diplomatie culturelle, né du désir politique des présidents Jacques Chirac et Hu Jintao, les Années croisées France-Chine 2004-2005 sont devenues un rendez-vous annuel. Depuis la première édition, lancée dès 2006, Croisements enrichit sa programmation et étend sa présence en Chine (11 villes en 2006, 20 cette année). Il attire des visiteurs et spectateurs de plus en plus nombreux et bénéficie d’une couverture croissante par les médias chinois. L’objectif est double : il s’agit de promouvoir la culture française en Chine et d’offrir une plateforme aux artistes et aux structures culturelles ouvrant des voies nouvelles de collaboration. Cette édition 2009 s’est voulue le reflet d’une France créative et diverse. Sans tourner le dos à sa richesse patrimoniale, elle a mis l’accent sur les cultures urbaines (dan10 Connexions / mai - juin 2009

ses, musiques, graffiti et photos), l’actualité — avec, par exemple, des films sortis cette année et montrés dans le cadre du Panorama du cinéma français —, des créations, des vedettes internationales, de jeunes musiciens talentueux… Danse, cinéma, théâtre, poésie, musiques, arts visuels, spectacles pour enfants, pas moins de 100 événements culturels ont été présentés en Chine du 27 mars au 24 juin 2009. Les artistes français n’occupaient pas seuls cette ample programmation. Juliette Binoche a dansé avec le chorégraphe anglais d’origine bangladeshi Akram Khan, Fethi Tabet a chanté aussi en arabe, les « Rencontres

de Bamako » ont exposé la photographie africaine contemporaine et plusieurs artistes chinois participaient. Parmi les points forts de cette 4e édition, relevons une coproduction franco-chinoise, la réinterprétation du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky par le chorégraphe Heddy Maalem avec les danseurs de la Compagnie de danse moderne et l’Orchestre symphonique du Sichuan. Ce spectacle donné à Chengdu et à Pékin a rendu hommage au peuple chinois un an après le terrible tremblement de terre qui a frappé la province. En tête des stars françaises, deux femmes, Juliette Binoche et Isabelle Huppert, la


Culture française en Chine 法国文化在中国

première étant plus connue en Chine, notamment en tant qu’ambassadrice de Lancôme. Isabelle Huppert a été présentée par la presse chinoise comme la présidente du jury du Festival de Cannes 2009 où plusieurs films de réalisateurs chinois étaient en compétition cette année. Cent vingt portraits de l’actrice par de très grands photographes sont exposés au centre d’art contemporain Ullens à Pékin en parallèle à une rétrospective de ses films dans la capitale et au Festival international du film de Shanghai. Les deux soirées d’inauguration du festival étaient marquées du sceau de la créativité et de la festivité grâce aux performances et installations gastronomiques de La Cellule (Becquemin&Sagot) qui proposaient une nouvelle approche de la relation entre l’art et le protocole de la table. Des appâts gustatifs étaient offerts dans une mise en scène audacieuse et poétique. Papilles et art toujours, cette fois avec l’artiste Marianne Daquet et sa Recherche du temps perdu où des titres de romans parmi les plus évocateurs de la littérature française étaient sculptés en chocolat et exposés à la pâtisserie Comptoirs de France à Pékin. Sur l’édition 2009, Sébastien Cavalier, attaché culturel de l’ambassade de France en Chine et directeur du festival Croisements, évoque quelques belles surprises. William Sheller, par exemple, qui a donné ses premiers concerts en Chine, à Pékin, Shanghai et Wuhan. Bien que totalement inconnu du public chinois, il a su toucher son cœur. Huit cents personnes à Shenyang ont assisté, ravies, au spectacle du mime Bizot. La salle du Théâtre de la Ville de Kunming où Marc Trautmann a dirigé l’Orchestre symphonique municipal était comble. En revanche, il demeure difficile d’amener le public chinois vers des concerts de musique de chambre, et les structures d’accueil de ce type de spectacles ne sont pas toujours adéquates. Déplacer et toucher le public n’est pas chose évidente. Dans les grandes capitales culturelles, le public chinois est habitué des spectacles. Il a pu être fidélisé par des partenaires de toujours même s’il faut compter avec de nombreuses sollicitations.

Ailleurs, selon les villes, l’équilibre a du être trouvé entre la nature du spectacle et les nouveaux partenaires, entre une logique d’invitations ou de billetterie. Car sans les partenaires, point de festival d’envergure. Aux deux grands organisateurs que sont les ministères français et chinois de la Culture, s’ajoutent les autorités chinoises municipales, les réseaux et structures chinoises locaux, les consulats généraux de France, les services et centre culturels français, les Alliances françaises, Unifrance et CulturesFrance. Sans oublier les partenaires des médias (grands portails Internet chinois, magazines, télévisions, radios, etc.) et les sponsors (cette année la Société Générale a été le principal soutien de Croisements et du Panorama du cinéma français). Sébastien Cavalier insiste sur l’importance de véritables partenariats avec les entreprises chinoises et françaises, qui s’inscrivent dans la durée. L’effort a été mis cette année sur les médias afin d’offrir le plus large écho au festival. Ce festival, rappelle-t-il, doit donner envie d’apprendre le français, et nourrir des partenariats aussi bien culturels que commerciaux. Il serait intéressant que les entreprises françaises intègrent comme une évidence le festival Croisements dans leur stratégie de communication et de relation avec leurs clients et partenaires chinois souligne Sébatsien Cavalier. La part de la contribution des sponsors a augmenté dans le budget 2009 tandis que l’enveloppe du ministère français des Affaires étrangères s’est réduite. 2010 sera l’année de l’Exposition universelle de Shanghai. Gageons qu’à ce grand rendez-vous mondial Croisements présentera une programmation culturelle exceptionnelle en in et en off du Pavillon français.

M a r i a m L ou s s i g n i a n

www.faguowenhua.com Ce site a été lancé à l’occasion de l’édition 2009 du festival Croisements. Vous y trouverez toutes les informations liées au programme, à l’actualité, ainsi que des portraits, des interviews. Faguowenhua.com a pour vocation de devenir le portail de la culture française en Chine.

Réactions du public Dans le cadre du festival Croisements, William Sheller donne ses premiers concerts en Chine où il est totalement inconnu. Il chante en français, au piano, accompagné par un quatuor chinois. Chaque chanson est précédée d’une introduction sous la forme d’une anecdote personnelle racontée en anglais. Qu’en ont pensé les spectateurs chinois présents ? Guo Yonghao, 35 ans « Je ne parle pas français, je n’ai donc pas réellement compris le sens des textes. Pourtant j’ai aimé ce concert, le personnage et son rapport au public. Il donne la liberté au public de ressentir les choses, sans carcan, avec créativité. Je me suis senti shufu, j’avais un sentiment de bien-être. Comme on dit en chinois : “Bu po bu li (不破不立)”, ce qui signifie qu’il ne peut y avoir de création artistique sans sortir des limites, briser les règles et les cadres. William Sheller casse la limite entre musique classique et musique moderne, il n’est pas guindé. Cela me rassure beaucoup sur mon propre travail : je prépare actuellement une œuvre mêlant théâtre et cinéma. Je n’ai pas vu d’autres spectacles du festival. J’aurais voulu voir le spectacle de danse avec Juliette Binoche mais c’était bien trop cher ! » Zhang Chunling, 31 ans « J’ai beaucoup aimé le concert de William Sheller, la douceur de sa voix, les petites histoires qu’il raconte. Je garde clairement en tête les paroles de Maman est folle ! Mon ami était avec moi. Lui ne parle pas du tout français ni anglais. Mais il a passé un très agréable moment, a apprécié la mélodie, la voix… Ce que je préfère dans la culture française, c’est le cinéma et la gastronomie. J’adore les desserts français ! »

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Connexions / mai - juin 2009 11


FOCUS

聚焦

de la francophonie à la francophilie

••• Mei Ma, 23 ans

« Je voulais aller voir William Sheller mais je n’ai pas pu. J’adore la culture française et en particulier le cinéma. J’ai vu les films de la rétrospective Juliette Binoche, Bleu et Le Hussard sur le toit. J’ai préféré Bleu. Je ne connaissais pas Juliette Binoche actrice, je ne la connaissais que comme le visage de Lancôme. J’attends la rétrospective Isabelle Huppert. Je connais cette actrice car j’emprunte des films à la médiathèque. J’apprends le français à l’Alliance française et je vais souvent étudier à la médiathèque du Centre culturel français. J’y ai découvert des chanteurs français que j’aime beaucoup : Bénabar, Christophe Willem, Tété, Julie Zenatti Emily Loizeau… (Elle feuillette avec frénésie le programme du festival) « Je veux voir Le Sacre du Printemps, et Feydeau au théâtre… J’aime vraiment la culture française. Et aussi la gastronomie. Je suis allée en France voir ma sœur. Je me souviens du foie gras, des coquilles Saint-Jacques, du nougat de Montélimar, du bon vin… » ariam

L ou s s i g n i a n

© DR

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Première tournée en Chine de William Scheller.  威廉・舍勒首次中国巡演

12 Connexions / mai - juin 2009

pus pendant les 2 ou 3 premières années, et à la fin de cet exercice, l’AF prend en charge ce coût. Les relations avec les universités chinoises peuvent s’avérer complexes mais, l’offre de cours des AF n’est pas concurrentielle avec celle des universités. Les Alliances dispensent un enseignement plus pratique, plus interactif et tourné vers Depuis 1989 et la première antenne ouver- la civilisation qui se distingue par son te à Canton, l’Alliance française en Chine a contenu et sa méthode de l’enseignement connu une croissance rapide. Aujourd’hui des langues pratiqué par les universités présentes dans 14 villes dont 12 en Chine chinoises. Nos atouts majeurs résident continentale auxquelles dans la qualité de l’enseis’ajoutent celles de Hong gnement, notre expertise Kong et Macau, les Allianpédagogique et l’exigence ces constituent un réseau « Existe en Chine, de résultats. Chaque Alunique de promotion d’une avant toute liance s’autofinance, nos langue et d’une culture sollicitation, principales ressources étrangère sur le territoire un réel désir de financières sont les cours chinois. payants. L’organisation France fondé Connexions : Qu’est-ce qui fait sur des images : d’événements culturels aujourd’hui la force des Alliansponsorisés (300 manifesle luxe, le vin, ces françaises (AF) en Chine ? tations en 2008) est une les châteaux, le André de Bussy : Depuis 20 source dépense certes, ans, les AF jouissent en parfum… C’est mais un excellent moyen Chine d’un statut particulier une authentique de communication. qui leur confère des avanta- chance à saisir.» Il faut donc s’appuyer sur ges et des obligations. Elles de solides projets, diversisont considérées comme fier et adapter notre offre des écoles de coopération sino-étrangère, de cours en fonction des besoins locaux c’est-à-dire que dans les 12 villes de Chine (étudiants et entreprises françaises imcontinentale les alliances ont un partenaire plantées). Nous réfléchissons à un projet universitaire chinois. C’est un cas unique, à de « préparation aux études en France » la fois au sein du réseau des AF, mais aussi pour expliquer à de futurs étudiants en au sein de la communauté internationale. France comment s’organise la vie étudianAucun autre pays ne dispose d’un tel outil te, les cursus, la pédagogie, les différents de promotion de sa langue et de sa culture diplômes, la méthodologie des TD, la prise sur le territoire chinois. Les AF sont placées de notes, les contrôles et les examens… sous l’autorité d’une université dans chaque Nous sommes partis du constat fait par ville chinoise, avec un président chinois, ce- les étudiants chinois d’un décalage entre lui de l’université partenaire, mais aussi une la représentation qu’ils se font des études direction bicéphale : un directeur général en France et la réalité de la vie sur place. chinois et un co-directeur français. L’univer- L’autre grande piste de développesité chinoise partenaire met gratuitement ment porte sur l’enseignement du à disposition des AF des locaux sur le cam- français professionnel, avec une

André de Bussy, Délégué général de l’Alliance française en Chine depuis 2006 coordonne les activités du réseau.

•••


Culture française en Chine 法国文化在中国

中国法语联盟:从说法语到喜欢法国 1989年,法语联盟在广州成立了第一家法语培训中心,自此以后,在中国飞速发 展。目前,法语联盟遍布中国14大城市——其中12个在中国大陆,2个在香港和澳 门特别行政区,它已成为在中国境内唯一一个推广外语和外国文化的网络。

法语联盟的西部开发 西安是中国的古都,人口近800万, 仅有2家法国企业和30多名被派到 这里工作的法国人。但是,2004年

安德司自2006年起担任法语联盟驻华总

书。(参见加框文字)。

成立的西安法语联盟每年仍有800-

代表,负责协调各地法语联盟之间的活

《联结》:为什么法语会吸引中国的年

1000个报名者,“在西安的法国企

动。

轻人?

业对此非常感兴趣,尤其是因为他

安德司:在所有宣传之前,以法国闻名

们可能成为潜在的会说法语的员

《联结》:中国法语联盟是如何发展到

于世的领域(如奢华、红酒、城堡、香

工。”西安法语联盟的校长塞巴斯

今天的规模?

水等)作为基础的对法语的向往在中国

蒂安.鲁杰罗(Sébastien

安德司:二十年来,中国各地法语联盟

已经存在。这对法国来说确实是个难得

说道。他带领10名教员(7名法国

拥有特殊的法律地位,这个地位既给予

的机会。除了因为梦想,我们的学生学

人,3名中国人)组成的教学队伍,

它们优势又给予它们义务。它们采取中

法语的主要动机之一是赴法留学,对他

外合作办学的模式,也就是说在中国大

们而言这比赴美留学更可行,比如:法

正在为设置适应职业背景的语言课

陆的12个城市里,每个法语联盟均与一

国留学的费用比英美低,获得签证相对

所当地的大学结为合作伙伴。这不仅在

更容易,中法大学间的合作协议所提供

法语联盟网络内而且在国际社会内都是

的便利……因此,现在有26000名中国学

独特的一例。目前任何其他国家在中国

生在法语联盟学法语,学生的数量每年

境内都没有这样的宣传本国语言和文化

增长10%。这些学生的平均年龄在25-

的工具。法语联盟的开设经过中国每个

30岁之间,其中三分之二是拥有大学文

城市一所大学的许可,并由合作院校的

凭的女性。他们成为驻华法国企业感兴

校长担任理事会主席,同时建立双头制

趣的人才库,以及对法国产品非常敏感

管理:由一名中方校长和一名法方校长

的客户群。中国一些大城市的市政府也

共同管理。中方合作院校在头两至三年

经常表达这种“对法国的向往”以及对

免费将校内场地供法语联盟使用,之

中法两国合作的向往。目前,昆明、厦

后,法语联盟自行承担场租费。与中国

门、沈阳、乌鲁木齐市的市长已经向我

高校的关系可能显得复杂,但是法盟与

提出想在当地开设法语联盟的建议。

表示:“我们正在考虑新的课程设

中国大学设置的课程没有竞争关系。法

《联结》:对法国来说,法语联盟在中

置,面向那些想去非洲法语区开公

语联盟的教学更加实用,更有互动性,

国的发展和活力有哪些关键意义?

司的中国企业。”

并且更加趋向于文化的传播,它与中国

安德司:中国的领导们几乎都以承认对

西安法语联盟也招收母语是法语的

大学采取的外语教学在内容和方法上都

法国文化的兴趣作为新法语联盟落成典

孩子,使数十名法国孩子能够用

有区别。

礼致辞的开场白,实际上在中国大城市

法语接受教育,这是为了吸引更多

我们主要的优势是高质量的培训课程、

开办的法语联盟也掀起了对法国技术的

的法国人来西安工作。塞巴斯蒂安

专业的授课经验和对成绩的严格把关。

兴趣。法国企业非常有兴趣同法语联盟

强调:“我们很大一部分活动不能

每个法语联盟都是自负盈亏,我们主

合作。为了新产品的上市他们会很容易

用数量来计算,而是为今后做准

要的收入来自收费的培训课程和组织

举办一次展览、文化或体育活动。法航

的文化活动(2008年我们举办了300场

和米其林都是我们最忠实的合作伙伴。

备。”

活动)。因此,必须依靠一些可靠的项

法语在某些专业领域内是国际公认的语

目,根据当地的需求(学生及法国企

言,尤其是法律和医学领域,而一些法

巴黎工商会授权北京法语联盟准备

业)丰富和调整我们的课程设置。我们

国大集团也致力于推广法语的活动。道

及发放国际认可的法语职业考试资

正在考虑一个“留法准备”的项目,目

达尔在中国资助的急救医疗培训项目使

格证书(DFP)。这一文凭旨在认证

的是向未来的留法学生介绍如何安排大

用的就是法语。语言的多样性对世界文

学生活,大学课程、教学方法、不同类

化而言是一种丰富,对企业也是如此。

商务、法律、旅游、酒店、秘书、

型的文凭、上辅导课的方法、记笔记、

所有经济权威人士都承认这一点。最理

测验和考试等。我们推出此项目是因为

想的是,在两个合作伙伴之间,双方都

中国学生发现他们对赴法留学的想象与

能说自己的母语,而对方也能听懂。还

在当地生活的现实有很大差距。法盟的

要记住的是,一般情况下,学习一种语

另一大发展途径是开设专业法语课程,

言能对整个这个国家产生强烈的好感。

这一培训将获得承认法语能力的资格证

从说法语到喜欢法国仅一步之遥……

Ruggiero)

程而努力,尤其是“旅游和酒店法 语”职业资格证书,以满足雅高集 团的需求,该酒店集团在西安开了 不同档次的酒店。他补充说:“颁 发资格证书的培训也是稳定员工队 伍、降低目前人员高流动率(员工 在企业待的时间不满1年)的有效 方法。”一本由法国大区和大学赞 助,向中国学生介绍赴法留学优势 的杂志也即将面世,“我们90%的 学生都希望去法国留学。” 校长解 释说。项目不少。塞巴斯蒂安笑着

法语职业考试资格证书

医学、科学和技术等主要职业领域 的法语口头和书面表达能力。这一 计划将于2009年秋启动,优先面向 在法国企业工作的中国职员。

Connexions / mai - juin 2009 13


FOCUS

聚焦

Culture française en Chine 法国文化在中国

L’Alliance à la conquête de Xi’an Xi’an, l’ancienne capitale impériale, compte environ huit millions d’habitants une poignée d’entreprises françaises avec une trentaine d’expatriés. Mais l’AF de Xi’an, inaugurée en 2004, enregistre 800 inscriptions par an et « l’intérêt des entreprises françaises implantées est fort, en particulier pour de potentiels salariés francophones » déclare Sébastien Ruggiero, l’actuel directeur. A la tête d’une équipe pédagogique de 10 enseignants, il travaille à la mise en place d’un cursus linguistique adapté à un contexte professionnel, en particulier à un diplôme professionnel « Français du tourisme et de l’hôtellerie », susceptible d’intéresser des grands groupes de l’hôtellerie, à l’instar d’Accor présent à Xi’an à travers différentes gammes d’hôtel. « Une formation diplômante pourrait également s’avérer un moyen efficace de fidéliser le personnel et de réduire le turn-over aujourd’hui très important (les salariés restent moins d’un an dans les entreprises du secteur hôtelier) » ajoute-t-il. Un magazine, dont l’objet est d’améliorer la visibilité de la France à Xi’an, devrait voir le jour à l’été 2009. Déjà parrainé par des entreprises et des collectivités territoriales, il ne lui manque que deux partenaires pour assurer sa pérennité financière. Il permettrait entre autres, d’inciter davantage d’étudiants chinois à tenter l’aventure hexagonale : « 90% de nos etudiants aspirent à faire des études en France » explique le directeur. Et les projets ne manquent pas. « Nous réf léchissons à une nouvelle offre de cours à destination des entreprises chinoises qui veulent s’implanter en Afrique francophone » lance Sébastien Ruggiero. L’AF de Xi’an accueille également le programme FLAM permettant à la dizaine d’enfants français présents, de rester en contact avec un enseignement en français, avec comme perspective l’arrivée de nouveaux expatriés. Sébastien Ruggiero souligne « toute une partie de notre activité n’est pas quantifiable, nous préparons le terrain. »

14 Connexions / mai - juin 2009

••• formation diplômante, validant une compétence (voir encadré DFP).

C. : Pourquoi la langue française attire-t-elle de jeunes Chinois ? A. de B. : Préexiste en Chine, avant toute

C. : Quels enjeux représentent pour la France le développement et le dynamisme des AF en Chine ? A. de B. : Si les dirigeants chinois com-

mencent presque toujours leurs discours sollicitation, un réel désir de langue fran- d’inauguration d’une nouvelle Alliance par çaise fondé sur des images (le luxe, le vin, la reconnaissance de son intérêt culturel, en réalité une antenne les châteaux, le parfum…). AF dans une grande ville C’est une authentique chanchinoise déclenche aussi ce à saisir pour la France. « L’ouverture un intérêt pour la techAu-delà de la part de rêve, d’une antenne nologie française. Les enune des motivations princi- de l’Alliance treprises ont tout intérêt pales de nos étudiants est française dans à s’associer aux Alliances. de partir faire des études une grande Une exposition, un événeen France, qui leur semble ment culturel ou sportif, plus accessibles que des ville chinoise peuvent facilement s’orgaétudes aux Etats-Unis par déclenche aussi niser autour du lancement exemple, pour des raisons un intérêt pour d’un nouveau produit. Air pragmatiques : coût moins la technologie France et Michelin compélevé que dans le système française. » tent d’ailleurs parmi nos anglo-saxon, obtention plus fidèles partenaires. Le de visas relativement plus simple, facilités liées aux accords interuni- français est une langue mondialement reversitaires… Résultat, aujourd’hui 26 000 connue dans certains secteurs professionétudiants chinois fréquentent les Alliances, nels, notamment le droit et la médecine et ce qui représente une progression de 10% certains grands groupes s’engagent pour par an du nombre d’étudiants. Ils sont en la francophonie. Quand Total finance en moyenne âgés de 25 à 30 ans, environ Chine des formations à la médecine d’urdeux tiers des effectifs sont des femmes, gence, c’est en français. La diversité linguisavec un niveau d’études universitaires. Ils tique est un enrichissement pour la culture constituent un vivier d’employés intéres- mondiale autant que pour les entreprises. sants pour les entreprises françaises im- Tous les grands acteurs économiques le plantées en Chine et un vivier de clients reconnaissent. L’idéal, entre deux partetrès sensibilisés aux produits français. Ce naires, est que chacun puisse parler sa « désir de France », de coopération entre langue maternelle et qu’elle soit comprise nos deux pays est aussi régulièrement par l’autre. N’oublions pas non plus que, géexprimé par les autorités municipales des néralement, l’apprentissage d’une langue grandes villes chinoises. Récemment, les fait naître un capital sympathie fort pour le maires de Kunming, Xiamen, Shenyang ou pays dans son ensemble. De la francophoUrumuqi, nous ont sollicités pour qu’une nie à la francophilie, il n’y a qu’un pas…  P ro p o s r e c u e i l l i s Alliance soit ouverte dans leur ville.

pa r

S o ph i e L av e rg n e

Les diplômes de français professionnels L’Alliance française de Pékin est habilitée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris à préparer et à délivrer des Diplômes de Français Professionnels (DFP) qui bénéficient d’une reconnaissance internationale. Ces diplômes ont pour objectif la validation des compétences orales et écrites en français dans les

principaux domaines du monde professionnel : affaires, droit, tourisme et hôtellerie, secrétariat, médecine, sciences et techniques. Ce programme qui sera lancé à la rentrée 2009, s’adresse prioritairement aux salariés chinois des entreprises françaises.


头条新闻 A la une des médias

Par Renaud de Spens*

La pression des internautes

Mon contrat avec l’Ambassade arrive bientôt à échéance. repérer leur diffusion générale, mais certains ne sont visibles Pendant trois ans, j’ai contribué à organiser la communica- que de façon très éphémère, et les moteurs ne calculent pas tion de la France en Chine et j’ai analysé tous les jours les l’audience. Un bon critère, pour les informations importantes, est le médias chinois. L’une des difficultés de cette analyse est de nombre de jours durant lesquels elles restent en « une » des discriminer l’information. Il s’agit à la fois de deviner son portails et des grands forums. La plupart des titres ne restent poids dans la marée médiatique du jour et de la situer par que quelques heures avant d’être renouvelés. rapport à ce qui est caché et qu’il faut essayer Les événements majeurs s’accrochent trois de reconstituer dans un pays où l’expression jours environ. C’est à peu près le maximum publique est limitée, et où l’autocensure « Défendre qu’ont pu atteindre les grandes informaconcourt avec la censure. Deng Yujiao, tions internationales durant l’année écouUne autre difficulté est de réussir à identic’est défendre lée (l’élection de Barack Obama a fait un fier les évolutions. C’est un truisme agaçant l’idée de justice peu moins, l’agression de Jingjing à Paris un de constamment affirmer qu’une société est et combattre peu plus). Très rares sont les sujets qui tienen mutation — toutes les sociétés le sont — nent plus d’une semaine en discussion à la et cependant il est crucial pour nos apprécia- l’abus de « une » des forums. Depuis un an, seules les tions des choses de pouvoir reconnaître les pouvoir.» émeutes de Weng’an (voir Connexions 46), principales transformations et avancées. On les Jeux Olympiques et le scandale de Sanlu s’expose ainsi à la concurrence des jugements (Connexions 47) ont approché ou dépassé la semaine. de valeur, les frictions dynamiques des visions pessimistes et Fin mai, un thème a dépassé les deux semaines de débat optimistes. C’est toujours avec beaucoup de scrupules que en une des grands forums : l’affaire Deng Yujiao. l’on fige des hypothèses sur le papier en tentant de rester le Le 10 mai 2009, Deng Yujiao, une employée d’un complus objectif possible. plexe hôtelier âgée de 21 ans a porté un coup de couteau mortel à un cadre local de Baodong, dans le Hubei. Elle En quoi consiste une audience nationale ? Un article commence à avoir une audience nationale en affirme avoir agi en état de légitime défense, alors que trois Chine s’il a entre 100 000 et 200 000 lecteurs (c’est ce clients de l’établissement tentaient de la violer. Immédiatement, la solidarité des internautes s’est mise que récoltent les articles mis en « une » des grands portails en branle pour la soutenir. L’information a été relayée de chinois comme Sohu, Sina ou Ifeng). Cependant, il est blogs en forums ; un blogueur, Zhuifeng-de-tufei (追风的 possible de faire beaucoup plus sur certains créneaux. Une 土匪 /Le brigand courrant après le vent) a même réussi à internaute en quarantaine H1N1 en mai dernier a ouvert un blog qui a attiré plus d’un million de visiteurs en quel- aller la visiter à l’hôpital dès le lendemain. Alors que l’affaire faisait déjà la une sur Tianya, les médias locaux s’y sont enques jours. Il est plus difficile de calculer la portée d’une information gouffrés, presse écrite, mais aussi télévision. La chaîne ou d’une opinion, car il faut additionner les différents articles qui en parlent. Les moteurs de recherche permettent de

16 Connexions / mai - juin 2009

•••

* service de presse de l’ambassade de France


头条新闻 A la une des médias

du district a ainsi diffusé 10 secondes montrant Deng ••• Yujiao criant « Papa, papa, ils m’ont frappée ». Cette sé-

sont dorénavant sensés avoir été présents sur les lieux du drame. Ces changements seraient des manipulations pour quence a également été retransmise sur CCTV quelques affaiblir la thèse de la légitime défense et dédouaner les ofjours plus tard. L’indignation des internautes a monté d’un ficiels, dénoncent les internautes. cran lorsque la police a déclaré que la jeune fille était accusée En quelques jours, tant de blogs s’expriment sur le sujet, « d’homicide volontaire », charge passible de la peine de que des portails de blogs consacrés à Deng Yujiao sont créés. mort. Les internautes parlent d’un « petit tremblement de terre », Les autorités policières ont très vite cherché à commu- et qualifient la jeune fille « d’héroïne 2009 de la Chine ». La niquer. Ouvrant la porte de leur commissariat à un jour- liberté d’expression y est féroce, le gouvernement et le Parti naliste, elles ont argué qu’elles en prennent pour leur grade. Certains travaillaient « sous une pression appellent même à la révolte, et des al[populaire] énorme ». Le 12, elles lusions à 1989 affleurent ici et là. publient un premier communiqué, La censure réplique en faisant feraffirmant que Deng Yujiao a tué mer des centaines de posts, certains Deng Guida, alors que celui-ci lui blogs comme celui du « brigand avait demandé des faveurs sexuelles, courrant après le vent », et en effaavec deux autres de ses collègues. Les çant également des articles publiés sur internautes décortiquent les biais du Représentation théâtrale de soutien de à les sites des grands médias, comme document officiel, qui ne parle pas Deng Yujiao, le 24 mai 2009. Xinhua. Cependant, des internautes 支持邓玉姣的活动表演者 de tentative de viol, et qui laisse enrecensent tous les effacements. Beautendre que la jeune fille était dépressive. Le fameux blogueur coup se mettent à ruser et publient des articles qui peuvent pro-démocratie Zhang Wen accuse les autorités locales de sembler à première vue pro-gouvernement, mais qui sont le bidouiller ce détail pour dédouaner leurs cadres et affaiblir prétexte à la publication de commentaires pour continuer à le postulat de la légitime défense. défendre Deng Yujiao. La presse nationale s’empare de l’affaire, menée par le Accusés par les autorités de vouloir « prendre le gouvernegroupe libéral du Sud (Nanfang Dushibao et Nanfang ment en otage », le mouvement des internautes réplique que Zhoumo), en publiant quelques éditoriaux et notamment « le gouvernement doit tenir compte de la volonté du peuple les communiqués des avocats de Deng Yujiao. Ceux-ci af- ». Après presque trois semaines de saturation de la « une » firment que cela sera « l’affaire la plus difficile à défendre des grands forums Internet, cette affaire est probablement de ces 20 dernières années », et accusent les autorités de une des étapes majeures de la conscientisation de l’opinion désinformation. Toutefois, c’est toujours Internet qui reste à publique chinoise, qui montre qu’elle ne cherche pas unila pointe, et le blogueur Zhuifeng-de-tufei met en ligne l’en- quement à exprimer des frustrations, mais aussi son attacheregistrement des conversations téléphoniques qu’il a avec ment à des concepts publics et sociaux. « Défendre Deng les avocats. Le 18, les autorités locales publient un second Yujiao, affirme un internaute, c’est nous défendre tous, c’est communiqué, qui comporte des différences avec le premier : défendre les faibles contre les puissants, c’est défendre l’idée la demande de « faveurs sexuelles » a disparu pour une for- de justice, et c’est combattre l’abus de pouvoir. » mulation plus ambiguë, et surtout deux autres employés

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数字背后 Le dessous des chiffres

Par Yann Marin *

Un premier pas vers la convertibilité du Rmb 95,1 milliards de dollars.

Entre le 12 décembre 2008 et le 2 avril 2009, la Banque Populaire de Chine a annoncé la signature d’accords de swaps de devises avec six pays pour un montant total de 650 milliards de Rmb, soit 95,1 milliards de dollars. Date

Pays

Montant Rmb

Montant USD

12.12.2008

Corée du Sud

180 mds

26,4 mds

20.01.2009

Hong Kong

200 mds

29,3 mds

08.02.2009

Malaisie

80 mds

11,7 mds

11.03.2009

Biélorussie

20 mds

2,9 mds

23.03.2009

Indonésie

100 mds

14,6 mds

02.04.2009

Argentine

70 mds

10,2 mds

650 mds

95,1 mds

TOTAL

Taux utilisé pour la conversion : 1 USD = 6,83 Rmb

Ces annonces successives ont eu un effet notable sur les marchés — en affaiblissant le dollar — et ont lancé les spéculations sur la volonté des autorités chinoises de faire du Rmb une monnaie internationale et de sortir du carcan imposé par le régime de change actuellement en vigueur. Qu’en est-il réellement ? Un swap de devises est constitué de deux opérations de change distinctes : la première est immédiate ; la deuxième réalisée à l’échéance négociée entre les deux parties. Supposons par exemple que deux entreprises veulent faire un swap dollars contre euros pour une durée de trois mois : dès aujourd’hui, l’entreprise A fournit ses dollars à l’entreprise B et reçoit des euros en contrepartie. Au bout de trois mois, l’entreprise A rembourse les euros qu’elle a obtenus à l’entreprise B et récupère ses dollars, au taux de change prédéterminé. Traditionnellement, les banques centrales utilisent peu ce type d’instruments financiers. Dans quelques pays, tels la Suisse, où la dette publique était faible — et donc les titres d’Etat rares — la banque centrale a pu effectuer ses prêts aux établissements de crédit sous forme de swaps, utilisant ainsi des devises étrangères comme garantie de remboursement. Plus récemment, avec les dysfonctionnements apparus sur les marchés du fait de la crise financière, cer-

20 Connexions / mai - juin 2009

taines banques centrales — dont la Fed et la BCE — ont conduit des swaps pour fournir des devises à leurs banques qui ne trouvaient pas sur le marché les ressources dont elles avaient besoin. La Banque Populaire de Chine ne s’inscrit dans aucun de ces deux cas et innove donc par des swaps dont la finalité première est de fournir à ses clients des Rmb pour payer leurs importations de produits chinois. Elle autorise ainsi la circulation de sa monnaie hors du territoire national. Même si le circuit reste très contrôlé en raison de la nonconvertibilité du Rmb qui interdit de facto toute opération financière ou toute utilisation spéculative, il s’agit bien pour la Chine de promouvoir l’utilisation de sa monnaie à l’international. Au-delà des effets d’annonce, cette promotion demeure très limitée. D’abord, les montants annoncés sont faibles au regard des réserves de change, 1 954 milliards de dollars en mars 2009, ou des exportations de la Chine (1 428 milliards de dollars en 2008). Ensuite, les accords ne prévoient qu’un plafond d’échange de devises, rien n’indique que ces sommes seront effectivement utilisées. Par ailleurs, la mise en œuvre de ces accords pose des difficultés juridiques et techniques qui ne sont pas levées à ce jour et qui constituent autant de contraintes opérationnelles pour la Banque Populaire de Chine. Enfin et surtout, aucun pays n’a intérêt à s’endetter dans une monnaie non convertible, étant donné l’impossibilité d’utiliser ces fonds hors de Chine et les limitations pesant sur les placements sur place. La mise en œuvre des accords est réduite, voire improbable. Ces annonces à répétition véhiculent plutôt un message politique. Elles signifient en particulier que la suprématie du dollar sur les échanges mondiaux peut être contestée et qu’elle le sera à terme. Elles préparent également le terrain pour des réformes progressives dans le régime de change du Rmb. En d’autres termes, même si la convertibilité du Rmb est encore une perspective très lointaine, elle s’est un peu rapprochée.

* Conseiller financier, adjoint au Chef de la Mission économique


数字背后 Le dessous des chiffres L’envol du crédit 5 195 milliards de Rmb.

Depuis le début de l’année 2009 — sur quatre mois, les banques installées en Chine ont octroyé 5 195 milliards de Rmb, contre 3 498 milliards sur 2008. Considéré parfois comme le signe d’une reprise économique rapide et la preuve de l’efficacité du plan de relance budgétaire, ces niveaux record de crédits inquiètent pourtant les régulateurs et font peser des doutes sur la pérennité de leurs effets sur la croissance. L’annonce du plan de relance de 4 000 milliards de Rmb, financé à hauteur de 1 180 milliards par le gouvernement central, avait permis d’anticiper une forte croissance du crédit au premier trimestre 2009, d’autant que les banques chinoises ont régulièrement tendance à octroyer des prêts en nombre plus important en début d’année. Les chiffres mis en avant ont cependant surpris par leur ampleur et surtout ne peuvent être expliqués par le seul financement des projets d’infrastructures mis en œuvre par le gouvernement. Dautres causes doivent donc être identifiées. A partir de novembre 2008, la fin du système des quotas de crédits informels mis en place moins d’un an auparavant par le régulateur bancaire chinois, la China Banking Regulatory Commission (CBRC), a créé un appel d’air pour les établissements bancaires qui ont pu financer les projets viables bloqués par le rationnement. La disponibilité des liquidités bancaires, accrue par les baisses du ratio appliqué aux réserves obligatoires, a imposé aux banques de leur chercher un emploi pour maintenir leur rentabilité. Confrontées à l’arrêt des opérations de reprise de liquidité jusque-là conduites par la Banque Populaire de Chine et en butte à la formidable contraction des possibilités de placement, en obligations notamment, les banques n’ont plus eu d’autre choix que d’octroyer des crédits aux entreprises et aux particuliers. Pour autant, les établissements de crédit n’ont pas voulu prendre des risques inconsidérés. Ils ont privilégié les prêts à court terme — qui ont représenté plus de 50 % de l’accroissement mensuel des prêts — et malgré les recommandations et les incitations du gouvernement, ont délaissé les petites et moyennes entreprises au profit des grandes entreprises, notamment publiques, qui bénéficient par-

22 Connexions / mai - juin 2009

ticulièrement du plan de relance et sont implicitement couvertes contre le risque de défaut par l’Etat. Cette situation ne peut représenter un soutien solide à la croissance. La multiplication des prêts à court terme (dont la quasi-totalité va arriver à échéance entre avril et septembre 2009) a conduit les taux à fortement baisser pour atteindre 1,5 % en mai. Malgré la faible marge bénéficiaire réalisée par les banques sur ces produits, elles ont maintenu leur stratégie plutôt que de réorienter leurs ressources vers le financement de plus long terme – plus rentable mais jugé plus risqué. Ceci témoigne du manque de confiance du secteur dans la reprise économique tout en contribuant à la rendre plus incertaine encore. De plus, la Banque Populaire de Chine comme la CBRC ont donné des signes de nervosité face à la situation, lançant des enquêtes pour contrôler l’usage des montants massivement attribués. Elles semblent craindre que les émissions de prêts aient alimenté la spéculation sur la bourse plutôt que l’économie réelle, expliquant au moins en partie la hausse de 45 % observée depuis le début de l’année sur l’indice composite des valeurs boursières de Shanghai. Dans un autre ordre d’idée, les récentes déclarations de M. Lin Zuoming, dirigeant de l’AVIC, laissant entendre que les montants empruntés n’étaient pas pré-affectés à des projets ont fait prendre conscience que certaines entreprises empruntent simplement parce qu’elles en ont la possibilité, sans pour autant en avoir besoin pour la mise en œuvre d’une quelconque stratégie ou pour financer des projets d’expansion. L’envol du crédit observé depuis le début de l’année n’est donc pas un si bon moteur pour la croissance ni un signe quelconque de reprise. A contrario, le ralentissement attendu de l’émission des nouveaux prêts au cours des prochains mois risque de retarder la reprise, surtout si comme certains s’y attendent, le régulateur rétablit les quotas de crédit à l’automne. ICBC prévoit un montant total de crédit de 9 000 milliards sur l’année 2009, tandis que Fitch table sur un montant compris entre 7 000 et 8000 milliards de Rmb*.

* 1 euro = 9.57 RMB


La Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine (CCIFC), avec le soutien de l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie (ACFCI) du Groupe Total et d’Air France organise le :

PRIX  PME- C H I N E 2 0 0 9 Vous êtes… Une PME ayant un projet de développement initié en Chine, Une PME française implantée en Chine depuis 2 à 5 ans, ou un entrepreneur individuel français ayant créé une structure en Chine

Vous avez : Concrétisé votre projet avec succès

Nous vous offrons

Appui, notoriété et visibilité

Informations, règlement et dossier de candidature disponibles en ligne sur le site de la CCIFC : www.ccifc.org Dates limites de réception des candidatures : 22 septembre et 9 octobre 2009


法制天地

Par Bruno Lefébure* et Nicolas Coster**

L’état des lois

La nomination d’un directeur général (DG) en Chine

La nomination du directeur général (« DG ») d’une société enregistrée en Chine est toujours un choix délicat dans le contexte culturel chinois. Bien souvent, un étranger qui dispose déjà d’un contrat de travail en dehors de Chine est nommé pour des raisons de confiance. Se pose alors la question de son contrat de travail local et des règles à respecter en cas de révocation. En droit français, le principe est que les mandataires sociaux (DG y compris) ne sont pas des salariés. Toutefois, sous certaines conditions cumulatives, la jurisprudence reconnaît la validité du cumul d’un mandat social avec un contrat de travail : - le contrat de travail correspond à un emploi réel dans la société (il ne s’agit pas de se constituer un statut pour bénéficier de la protection attribuée au salarié) ; - il existe un lien de subordination juridique entre l’intéressé et la société pour l’exercice des fonctions attachées au contrat de travail (les fonctions salariales sont exercées sous l’autorité de l’employeur qui a le pouvoir de donner des directives et d’en contrôler l’exécution) ; - il existe une réelle dualité de fonctions entre le mandat social et le contrat de travail (fonctions salariales distinctes des fonctions de direction, dualité de rémunération…). En droit chinois, le principe semble être inversé. En effet, la loi sur le travail et la loi sur le contrat de travail ne font pas la distinction entre les fonctions de mandataire social et de salarié. Le DG doit donc disposer d’un contrat de travail écrit comme confirmé par les bureaux du travail de Shanghai et Beijing. En cas de changement de DG, il convient donc d’observer en plus des règles du droit des sociétés, celles du droit social. Cela présuppose toutefois l’existence d’un contrat de travail local sous peine de sanctions lourdes. En droit français, par principe, la cessation du mandat

24 Connexions / mai - juin 2009

social n’entraîne pas de plein droit la résiliation du contrat de travail. Le licenciement d’un salarié, qui ne serait motivé que par la révocation préalable de son mandat social est nul. Selon la loi sur les sociétés chinoise, un DG est nommé et démis de ses fonctions par le conseil d’administration. Elle ne précise pas s’il est révocable ad nutum1, ni s’il est nécessaire de justifier d’un motif lors de sa révocation ou de procéder à son audition préalable. Cependant, il est conseillé, en l’absence de clauses statutaires, si ce n’est de justifier systématiquement des raisons, tout du moins de faire en sorte que cette rupture ne soit ni brutale ni abusive. Une telle décision de révocation pouvant être considérée comme une lettre de licenciement, si elle n’est pas suffisamment motivée, il faut l’accompagner d’une lettre complémentaire énonçant clairement les raisons du licenciement. Le droit de révocation du mandat social très large en vertu des règles du mandat social, se réduit donc considérablement à l’aune des cas de licenciements légaux (motif économique, changement substantiel des conditions de travail, faute, incompétence, …). Très concrètement, cela implique pour la société de disposer d’un règlement intérieur adapté pour éviter qu’en cas de licenciement du DG, ce dernier doive prendre les décisions essentielles à son licenciement. Or, dans la plupart des cas, c’est justement le DG qui valide seul la rédaction de ce règlement.

A tout moment, sans prévis et sans que cette révocation ne donne droit à aucune indemnité. 1

*Bruno Lefébure, Avocat Associé chez Bignon Lebray & Associés **Nicolas Coter, Avocat chez Bignon Lebray & Associés


©DR

专访 l’actualité / entretien

S.E.M. Hervé Ladsous

法国驻华大使苏和阁下

« La relation franco-chinoise est pionnière » Depuis le 1er avril, les relations diplomatiques franco-chinoises ont repris une trajectoire normale. Hervé Ladsous, ambassadeur de France en Chine, fait le point. Connexions : Quel bilan faites-vous des relations franco-chinoises ? Hervé Ladsous : En établissant des relations diplomatiques pleines et entières en 1964, le Général de Gaulle a lancé un véritable mouvement. Quarante-cinq ans plus tard, ces relations sont matures. Elles ont traversé récemment un « trou d’air », mais ont repris leur trajectoire normale parce que les fondamentaux demeurent. D’abord l’attachement à des principes, et en premier lieu à celui de l’indépendance nationale. Ce qui était vrai dans les années 60, l’est encore, totalement, aujourd’hui. Ni la Chine ni la France ne se laissent dicter leur conduite, même s’il peut y avoir des recompositions et des ajustements. Nous sommes aussi des pays qui partageons des responsabilités et des devoirs au sein du Conseil permanent des Nations-Unies. Cela nous a permis de 26 Connexions / mai - juin 2009

tisser dans le cadre d’un partenariat devenu stratégique des échanges privilégiés sur toute une série de sujets : non-prolifération, aide au développement, à l’Afrique… Nous avons appris à nous connaître et à mesurer les contraintes et les principes qui inspirent nos actions. La relation franco-chinoise est pionnière, exemplaire, au-delà du cadre bilatéral. Ces quinze dernières années, plusieurs concepts — le partenariat stratégique global, les années croisées culturelles, la coopération dans l’électronucléaire, les échanges entre sociétés civiles — ont d’abord été testés avec les Français avant d’être étendus à d’autres partenaires. Cette coopération s’est étendue à de multiples domaines scientifiques, culturels… Je me concentrerai ici sur les coopérations économiques, industrielles et financières.

Les deux pays ont choisi dans un premier temps de se concentrer sur quelques secteurs dits « structurants », le plus ancien exemple étant le nucléaire civil. Puis ce fut l’aéronautique, les premières coopérations remontent à la fin des années 60, le ferroviaire. Certes, aujourd’hui, les Chinois ont des moyens technologiques et industriels renforcés dans ce secteur mais il reste des sous-secteurs qui peuvent susciter des coopérations étendues. A ces domaines traditionnels, sont venus s’ajouter des secteurs nouveaux comme l’environnement. En 2007, lors d’une visite présidentielle, a été adoptée une déclaration commune sur le changement climatique et la gestion de l’environnement d’une grande portée. On peut ajouter les télécommunications, l’agro-alimentaire ou les services financiers. Je salue à cet égard

•••


法国驻华大使 申的是,即使在中法关系刚刚经历的复

激计划的框架内,为使环境行业和能

杂时期,中国仍注意到法国担任欧盟轮

源、航空、港口设备行业里的项目让我

职主席国期间发生的两件事:一是法国

们非常优秀的企业提供支持,并为他们

《联结》:中法关系自今年4月1日以来

总统呼吁国际社会处理格鲁吉亚危机的

的业务增加活力。总体而言,我们注意

重新找到自己的定位。您如何总结它?

方式,二是他在亚欧首脑会议上就国际

到来华企业的数量减少了。很难预测重

如何评价今天的中法关系?

金融问题发表的坚决讲话。

大的发展趋势。此外还有对法国实习生

苏和:我们可以称之为具有首创性和示

《联结》:在经历有些困难的一年后,

和青年志愿者产生影响的规定。我们正

范性的双边关系。通过1964年与中国建

中法合作有哪些大动作?具体的安排如

在与中国政府沟通,告诉他们应该共建

立全面、完整的外交关系,戴高乐将军

何?

未来。

发起了一场真正的运动。45年后,中法

苏和:4月1日中法联合发布的《中法

建设法国驻华大使馆新馆是信任的体

双边关系已经成熟。尽管近来经历了一

新闻公报》和当天两国领导人的会面揭

现,今年3月初动工的工程预计在2010年

个气流区,但它又重新回到正常的轨

开了中法关系的新篇章。法国前总理拉

秋完工。而法国学校也办得非常成功:

道,因为根基还在。这些根基是什么?

法兰主持“法中委员会”组织的中法

它目前拥有1050名学生,生员已经饱

首先是遵循原则,而排在第一位的就是

经济研讨会开得非常成功。法国国民议

和,而法国人和说法语者的圈子还在

尊重国家的独立。60年代如此,今天也

长阿夸耶和外贸事务国务秘书安娜—玛

不断扩大。我们的目标是放眼15年,到

应完全如此。中国和法国都不会任由他

丽・伊德拉克的陆续访华也大有裨益。

2011年入学时可以招收1500名学生。我

人摆布,即使会有一些重组和调整。其

随后还有法国前总统希拉克和德斯坦的

们挑选了5个可用土地和建筑设计方案的

次,在联合国常任理事国里,中法两国

访问。法国经济、财政和就业部长拉加

投标书。我们执行严格、透明的程序,

共同承担着特殊的责任和义务。这使

德女士将会出席首架在天津总装的空客

将于夏末之前选出最合适的方案。我们

我们在战略合作的框架内,在一系列问

A320客机 的交 付 仪式 。最 后 ,阿 夸 耶

还将创新地运用公私合作的运营模式。

题上建立了优先的交流,其中包括核不

向胡锦涛主席转交了一封萨科齐总统

国家将大量投入资金,但我们也得到了

扩散、援助发展中国家、援助非洲等问

的信,邀请胡主席在今年年底前、中法

一些法国企业数额较大的投资承诺。除

题。我们学会了互相了解以及衡量引发

建交45周年之际对法国进行国事访问。

了传统的资金赞助,我们也接受实物赞

我们行动的制约和原则。

我们获得的答复是:“我很高兴受到

助。任何能为法国学校的建设添砖加瓦

我刚才讲到中法关系是具有首创性和

你们的邀请,对此表示感谢。”我们还

的人都会受到热烈的欢迎。我们已经确

示范性的,它超越了双边的范畴。15年

提出今年夏天法国总理来华参加广东台

认政府资金的到位。现在要做的是,以

来,诸如全面战略伙伴关系、互办文化

山核电站的奠基仪式。所有安排的活动

非常透明的方式让整个法国人和说法语

年、核电领域的合作、公民社会间的交

都穿插着部长级访问。我们重新回到了

者的圈子把这个项目当作自己的事情。

流等概念,中国都是先与法国进行了尝

2008年之前两国互访的频率。

《联结》:最近在一些地方出现了“中

试,再拓展到其他的合作伙伴。这一合

《联结》:中法双边贸易往来以及法国

美G2”的概念。那么中欧关系现在发展

作涉及众多的科技、文化领域......在此,

在华企业的发展如何?我们的企业能否

得如何?

我主要谈谈经济、工业和金融领域的合

抵抗金融住危机?

苏和:这是个敏感的话题。欧盟已经成

作。

苏和:如果我们单看双边贸易的数据,

为中国最大的贸易伙伴,我们之间有着

两国首先选择集中在几个结构性领域展

增长的幅度很明显。在安娜—玛丽・伊

很多协议。中国了解这一点。不过他们

开合作,最早的例子是民用核能,25年

德拉克最近访华期间,中国确认将再次

很难将欧洲视为一个政治角色。我们自

里两国的合作在该领域打下了坚实的基

派遣采购和投资促进团,寻求更广泛的

己有一部分责任。欧盟全民公决宪法和

础,并将延续至少同样长的时间。其次

合作。其目标在于突出双方各自的互补

解除对华武器禁运的失败让中国无法全

是航空航天,早在60年代末就有了最初

性。在金融危机中存在着机遇,但必须

面衡量欧洲建设。然而我们不能保持无

的关于直升机领域的合作,目前最佳的

借此机会建立持久、坚实的合作关系。

为的状态。在国际事务中,中美G2的概

例子便是空客在天津建立的总装厂。另

为此,我们必须行动起来,我们希望下

念不合逻辑,因为我们正在朝多边的世

外还有铁路。当然,中国现在在这一领

一次的中国高层包括最高领导人的访问

界发展。欧洲负有成为一个政治动物的

域的技术和工业能力不断增强,但在一

将成为加强两国建设性而不只是局部性

使命。传递这个信息要经历一个长期的

些分领域还能进行合作。除了这些传统

关系的契机。

教育过程,今年有些重要的日子:两个

领域,还开辟了一些新领域比如环境,

在这段时期,我一直身为企业的联系

中欧峰会,一个将于5月20日在欧盟轮值

一些法国企业在这方面处于领先地位。

人,了解他们的情况,以便必要时能够

主席国捷克首都布拉格举行;另一个将

2007年在法国总统访华期间,中法两国

介入。在双边关系领域,除个别情况

在年底瑞典担任轮职主席国期间举行。

签署了一项意义重大的有关应对气候变

外,我们的企业没有遇到额外的困难。

有关更新欧盟与中国在20年前签署的合

化的联合声明。此外还有中国迅猛发展

相反,金融危机产生了更沉重和多样的

作协议的谈判也在议事日程里。这是

的通信业、法国的优势行业农副食品业

后果。有些企业把它视为一次机遇。另

一个非常复杂的谈判,今年没有可能完

以及渐渐兴起的金融服务业等。谈到这

一些企业则处在直接受危机影响的领

成。80年代最早的版本主要涉及贸易问

点,我欢迎为准备应对全球金融危机的

域。我们应当设想各种从危机中获益的

题。今天,我们涉及的问题包括政治、

谈判而进行的高质量的交流。我还要重

方法。我们发出了一个信息,在经济刺

环境、知识产权及市场准入等方面。

中法关系具有首创性

Connexions / mai - juin 2009 27


专访 l’actualité / entretien ••• la qualité des échanges pour prépa-

un processus plus large. L’objectif est de rer les échéances face à la crise financière mettre en évidence les complémentarités mondiale. Je tiens aussi à rappeler que, existant de part et d’autre. En période même durant la période complexe que de crise, il y a des opportunités mais il nous venons de traverser, les Chinois ont faut que cela soit l’occasion de bâtir des été marqués par deux évènements liés à partenariats durables et solides. Nous esla présidence française de l’Union euro- pérons que les prochaines visites de hauts péenne : d’abord la façon dont le Président responsables chinois, y compris du Fonds de la République a mobilisé la commu- souverain, seront l’occasion de renforcer nauté internationale sur le traitement de les liens structurels et non pas seulement la crise géorgienne, ensuite le discours ex- ponctuels. trêmement volontariste du Président sur Sur le plan bilatéral, il n’y a pas eu, à quelles questions de finances internationales ques exceptions près, de surcroit de problèmes pour nos opérateurs. La crise, en au moment de l’ASEM. C. : Après une année un peu difficile, quels sont revanche, a des conséquences plus lourdes les grands axes de la coopération ? Quel est le ca- et variables. Certains la vivent comme une opportunité. D’autres opèrent dans des lendrier ? H. L. : Le communiqué franco-chinois du domaines plus directement impactés. Il 1er avril et la rencontre des deux présidents faut essayer d’imaginer des moyens de tirer parti de la crise. Nous ce même jour a ouvert un avons relayé un message nouveau chapitre. Le colpour que, dans le cadre loque France-Chine réuni « L’Union du plan de relance, des sous la présidence de Jeaneuropéenne projets dans le secteur Pierre Raffarin s’est extrêenvironnemental, dans mement bien passé. Puis est devenue le celui des équipements les visites concomitantes premier partenaire é n e r g é t i qu e s , a é r o de Bernard Accoyer et commercial de la portuaires, portuaires Anne-Marie Idrac ont été Chine, de nombreux permettent à nos très très utiles. Puis il y a eu les accords existent. bonnes entreprises d’apvisites de Jacques Chirac et (…) Mais, ils [les porter leur contribution Valery Giscard d’Estaing. Chinois] ont du et de trouver de l’oxyBernard Accoyer a remis mal à percevoir gène pour leurs affaires. une lettre au président Hu Globalement, on note un Jintao de la part du pré- l’Europe comme tassement des arrivées. Il sident Sarkozy l’invitant acteur politique. » est difficile de discerner à faire une visite d’Etat à les tendances lourdes. Il l’occasion du 45e annivery a aussi un effet réglesaire des relations bilatémentaire chinois en ce qui concerne les rales. La réponse a été : « Merci de cette invitation que j’accueille avec plaisir ». On stagiaires et les VIE. Nous intervenons sur les autorités pour leur dire qu’il faut a émis aussi l’idée que le Premier ministre français puisse venir durant l’été pour la construire l’avenir ensemble. pose de la première pierre de la centrale La construction d’une nouvelle ambasde Taishan. Tout ceci sera entremêlé de sade est un signe de confiance. Le chanvisites ministérielles. On retrouve là un tier, commencé début mars devrait être terminé courant automne 2010. Quant rythme pré-2008. C. : Comment évoluent les échanges commerciaux au lycée, il est dépassé par son succès. bilatéraux et la présence française en Chine ? Nos Avec 1 050 élèves, il est plein alors que la communauté française et francophone entreprises résistent-elles bien face à la crise ? H. L. : Si on s’en tient aux seules statistiques continue d’augmenter. L’objectif est de se du commerce bilatéral, les marges de pro- projeter à quinze ans, avec pour mission gression sont évidentes. Lors de la récente d’accueilllir 1 500 élèves à la rentrée 2011. visite d’Anne-Marie Idrac, les Chinois ont Nous avons sélectionné cinq offres qui confirmé l’envoi prochain d’une mission portaient sur un terrain constructible et d’achats et d’investissements intégrée dans un concept immobilier. Nous appliquons 28 Connexions / mai - juin 2009

des procédures rigoureuses et transparentes et, d’ici la fin de l’été, le projet le plus approprié sera choisi. Nous allons faire appel, ce qui est novateur, à un partenariat public/privé. L’Etat contribuera beaucoup mais nous avons déjà obtenu de la part de certains opérateurs français des promesses de contribution non négligeable. Au-delà de la possibilité classique de mécénat financier, il nous est aussi possible d’accepter des mécénats en nature. Nous avons identifié les financements de l’Etat. Il faut maintenant que, de façon très transparente, l’ensemble de la communauté française et francophone s’approprie le projet. C. : Ces derniers temps, surgit ça et là le concept de « G2 américano-chinois ». Qu’en est-il des relations Europe-Chine ? H. L. : C’est un sujet délicat. L’Union européenne est devenue le premier partenaire commercial de la Chine, de nombreux accords existent. Les Chinois le savent. Mais ils ont du mal à percevoir l’Europe comme acteur politique. Nous avons une part de responsabilité. Les échecs des référendums et de la levée de l’embargo sur les armes ont poussé la Chine à ne pas prendre toute la mesure de la construction européenne. Pour autant, nous ne devons pas rester inactifs. Le concept d’un « G2 américano-chinois » sur les affaires mondiales est illogique alors qu’on s’oriente vers un monde multipolaire. L’Europe a vocation à devenir un animal politique. Faire passer ce message procède d’un long processus pédagogique avec des échéances importantes cette année : deux sommets sinoeuropéens, l’un à Prague le 20 mai sous présidence tchèque et un autre sous présidence suédoise à la fin de l’année. Des négociations sur la remise à jour des accords de coopération entre l’Union européenne et la Chine qui datent de 20 ans sont au programme. Il s’agit d’une négociation extrêmement complexe dont rien ne dit qu’elle sera finie cette année. La version originale dans les années 80 portait essentiellement sur les questions commerciales. Aujourd’hui, nous touchons aux questions politiques, environnementales, de propriété intellectuelle et d’accès au marché.

P ro p o s r e c u e i l l i s pa r A n n e G a r r i g u e


商务简讯 l’actualité / business chine

© Imagine China

En quelques années, la Chine est devenue le leader mondial de la production de technologies vertes. Les entreprises locales arrivent très vite sur un marché dopé par les différents plans de relance mondiaux.

La Chine compte doubler ses capacités installées pour l’éolien en 2009. 2009年,中国预计新增风电装机容量将翻番

La Chine, un nouveau géant vert Il y a encore peu de temps, la Chine passait pour le vilain petit canard écologique sur la scène internationale. Parc industriel vétuste et polluant, faible diversification énergétique et forte dépendance aux énergies fossiles, peu d’entrain des autorités locales à changer les choses, le bilan était peu glorieux. Aujourd’hui le pays a considérablement évolué et la Chine est devenue en 2009 le premier producteur mondial de technologies dites « propres » comme l’éolien ou encore le solaire. Orientés « verts », les plans de relance européen, américain mais aussi chinois, offrent de nouveaux débouchés aux producteurs locaux. Vive le vent… Ainsi les producteurs locaux d’éoliennes et les filiales chinoises d’entreprises étrangères ont fourni fin 2007 plus de la moitié des équipements mondiaux dans le secteur selon le Global Wind Energy Council (GWEC). Les entreprises chinoises comme Sinovel Wind ou Goldwind ont même réussi à devenir des leaders mondiaux incontournables en quelques années. Sinovel Wind, créé en 2005, est entré dans le top 10 des fabricants mondiaux de tur30 Connexions / mai - juin 2009

bines en 2007 et continue à augmenter sa part de marché depuis. Innovante, l’entreprise a été la première à proposer des installations de 1.5 MW sur le marché chinois et continue d’augmenter les capacités. « Nous pensons que les systèmes de 3 et 5 MW que nous développons actuellement nous permettront de nous positionner comme un leader technologique dans le secteur » estimait en mars 2007 Han Juliang, président du groupe. Aujourd’hui l’entreprise produit plus de 1 000 unités par an et a engagé des investissement en Mongolie Intérieure pour atteindre les 2 000 unités en 2010 soit deux fois plus que ce qu’elle prévoyait en 2007. Dongfang, équipementier dans le secteur énergétique et partenaire d’Alstom pour la fourniture des turbines des prochains EPR chinois, s’est lui aussi lancé dans l’éolien. Parti de rien, il est devenu, en à peine trois ans, un des grands producteurs chinois et continue à progresser rapidement. Il faut dire que les producteurs locaux bénéficient d’un traitement de faveur sur le marché chinois, le plus dynamique au monde, puisque le gouvernement exige que 70% des composants installés dans

le pays soient produits sur place. Le plan de relance économique chinois fait également la part belle aux énergies propres (38% des fonds, nucléaire inclus, selon le MOFCOM chinois). Grâce au soutien de l’Etat, le pays compte doubler ses nouvelles capacités installées pour l’éolien en 2009 selon Li Junfeng, responsable de la Chinese Renewable Energy Industry Association. A ce rythme, la Chine atteindrait une capacité de 30GW vers 2010, contre 12,2GW en 2008, soit 10 ans en avance sur ses objectifs 2020 selon GWEC. L’empire céleste règne sur le solaire Premier producteur mondial de cellules photovoltaïques depuis 2007, la Chine aurait dépassé les 2GW à la fin 2008 selon les estimations du cabinet de consulting CCID. Le solaire a attiré de très nombreuses entreprises chinoises, alléchées par la baisse du prix du silicium, qui concurrencent fortement les filiales des groupes étrangers et les géants nationaux comme Suntech. Ce dernier, qui affiche une production de 1GW au premier trimestre 2009, se retrouve ébranlé par la situation économique internationale comme l’en-


网络简讯 semble des acteurs locaux et a déjà effectué des licenciements. En surproduction avec l’abandon des nombreux projets dans le monde, le solaire chinois devrait connaître une restructuration importante avec la disparition des acteurs les plus faibles. Le secteur devrait cependant rester dynamique grâce aux divers soutiens de l’Etat, notamment une récente subvention pour les grandes installations sur toits. La baisse des prix des panneaux solaires qui continue, liée à la très forte concurrence interne, devrait également permettre de relancer à terme la demande mondiale Biomasse et voitures électriques versus pollution Dans les zones rurales chinoises, la production d’énergie à partir de biomasse gagne du terrain. China Dragon Power, qui se décrit lui-même comme le leader national, estime tripler sa production d’ici 2010 pour atteindre 1.5 GW répartis sur une cinquantaine de sites. En plus de fournir un revenu aux paysans, l’utilisation des déchets agricoles évitera les traditionnels feux de campagnes qui polluent jusqu’au cœur de Pékin après les récoltes. La Chine mise également sur la production d’éthanol avec un objectif de 2 millions de tonnes par an à la fin 2010 contre 1.6 millions en 2007, le pays étant le 3 e producteur mondial depuis 2005. Pour les villes chinoises saturées par le trafic routier, les constructeurs automobiles locaux se mettent à la production de véhicules électriques ou hybrides. Chery a dévoilé récemment son premier modèle 100% électrique, le S18, qui devrait arriver d’ici un an sur le marché chinois pour moins de 11 200 euros. Son concurrent local BYD est en avance puisqu’il a déjà commencé à livrer son modèle hybride F3DM sans obtenir pour l’instant un véritable succès avec un prix plus élevé de 16 500 euros. Les deux constructeurs espèrent bien se positionner rapidement sur les marchés internationaux. S’ils ne règlent pas totalement les problèmes environnementaux du pays, les efforts chinois en matière de technologies vertes seront donc certainement payants, au moins en termes de parts de marché.

N ic o l a s S r i di

En 2009, la première société côtée au NASDAQ sera chinoise Qui aurait pu le croire il y a encore quelques mois ? En pleine incertitude sur l’évolution des marchés financiers, une startup chinoise de l’Internet a décidé de faire son entrée sur le NASDAQ. Opération suicidaire ou visionnaire ? Changyou.com Ltd, société spécialisée dans la production de jeux vidéo en ligne, s’est en effet inscrite le 26 mars auprès de l’autorité de marché américaine pour lever des capitaux. L’objectif, souligné comme « ambitieux » par la plupart des commentateurs, était alors de lever 120 millions de dollars. Le 2 avril, premier jour de la cotation, ce sont finalement 150 millions de dollars qui ont été collectés par la société ! Comment expliquer un tel succès ? Changyou est en réalité la filiale du groupe Sohu, mieux connu comme étant l’un des tout premiers acteurs de l’Internet chinois. A l’origine, Changyou n’était qu’une simple unité regroupant des activités de jeux en ligne. Changyou s’est notamment spécialisée dans le développement de « MMORPG », ces jeux en ligne massivement multijoueurs dont raffolent les jeunes internautes. Le succès ne s’est pas fait attendre pour cette unité qui est rapidement devenue un des axes stratégiques du développement de Sohu. En seulement un an, Sohu a multiplié par cinq ses revenus tirés des jeux en ligne pour atteindre près de 50% de ses revenus globaux en 2008. Un virage économique fulgurant pour une société qui tirait l’essentiel de ses profits

de la publicité en ligne ! Juste avant son introduction en Bourse, Changyou enregistrait une multiplication de près de quatre de son chiffre d’affaires, à 202 millions de dollars, pour un résultat net multiplié par 20, à 108 millions de dollars. Une profitabilité à faire pâlir les analystes financiers et à faire taire les suspicions de bulle spéculative. Changyou doit notamment son succès rapide à la popularité grandissante de Tian Long Ba Bu (天龙八部), un jeu en ligne massivement multijoueurs (MMORPG) qui se place au quatrième rang des titres les plus populaires en Chine. Avec 55,5 millions de joueurs en ligne, Changyou surfe sur l’un des marchés les plus dynamiques et prometteurs de l’Internet chinois qui devrait atteindre 3,4 milliards de dollars en 2012. P at r ic e N o r de y

Directeur de L’Atelier BNP Paribas en Asie

L’Atelier BNP Paribas est le centre de veille technologique de BNP Paribas. Il dispose d’une longue expertise sur les technologies émergentes et les grandes tendances de marché liées à l’usage des technologies de l’information. L’Atelier conseille les grands groupes et les startups sur leur stratégie d’innovation. www.atelier.fr

www.asie.atelier.fr Connexions / mai - juin 2009 31


公司简讯 l’actualité / entreprises Publicis Consultants agence officielle de Shanghai Expo 2010

La société française spécialisée dans le conseil de stratégie et de communication a été officiellement nommée « l’agence de relations publiques de l’Expo 2010 » qui se tiendra du 1er mai au 31 octobre. Huang Yaocheng, conseiller de l’Expo 2010 pour la participation nationale, après avoir rencontré, le 15 avril dernier à Shanghai, Philippe Le Corre, associé chez Publicis Consultants, lui a décerné le contrat d’engagement qui désigne Publicis Consultants comme l’agence de relations publiques de Shanghai Expo 2010. Ce contrat récompense le soutien que Publicis n’a cessé de manifester dès la candidature de Shanghai à l’exposition universelle. Philippe Le Corre s’est dit convaincu que « l’Expo 2010 jouera un rôle très important pour le développement mondial de la culture, de l’éducation, de la science et de la technologie ». Publicis Groupe, 4e groupe mondial de communication, est présent dans plus de 104 pays et compte environ 45 000 collaborateurs. http://fr.expo2010.cn/ a/20090416/000002.htm

Bientôt un grand cru chinois

Les Domaines Baron de Rothschild (DBR), maison mère de Château Lafite, un des plus grands nom du Bordelais, vont produire un grand cru en Chine dans la péninsule du Shandong. C’est le bureau de Pékin du cabinet international d’avocats Gide Loyrette Nouel qui a conseillé DBR et l’a assisté sur la création d’une joint-venture avec la société d’investissement d’Etat chinoise CITIC. Le vignoble de 25 hectares en coteaux, situé près de la ville de Penglai a été sélectionné par les techniciens de DBR qui soulignent : « De toutes les régions chinoises prospectées, cette péninsule s’est révélée être la plus prometteuse à la production d’un grand vin, tant du point de vue climatique que géologique ». La région de Penglai, parfois surnommée le « Bordelais chinois », a connu ces dernières années un développement de sa viticulture, grâce à l’arrivée de groupes 32 Connexions / mai - juin 2009

La Société Générale à Shanghai Le 13 avril s’est ouvert à Shanghai le premier point commercial de la Société Générale. Au cours des cinq derniers mois, la banque française a également ouvert plusieurs points commerciaux à Beijing et à Guangzhou et la direction de la banque en Chine a annoncé par ailleurs un plan de création de 50 points commerciaux d’ici quelques années dans le pays. Entrée en Chine en 1981, la Société Générale a décidé en 2008 d’y accélérer son développement, en plein milieu de la crise financière globale. Selon des experts, le nouveau point commercial à Shanghai fournira des services financiers et des crédits aux particuliers. En tant qu’unique banque française autorisée à faire des affaires avec des particuliers en Chine, la SG offrira une plateforme financière aux entreprises et aux particuliers chinois, en mettant en valeur ses réseaux en Europe, en Afrique et dans la région méditerranéenne. Pierre Bonzom, directeur des services auprès des particuliers et des entreprises, a annoncé « des résultats mensuels satisfaisants » pour la branche pékinoise après sa création en novembre dernier. Quant à Shanghai, il a indiqué que la ville était le centre financier de la Chine, et deviendrait un des centres financiers internatio-

étrangers. L’intérêt des Chinois pour le vin ne cesse de croître : la consommation de vins du pays devrait atteindre 1,1 milliard de bouteilles par an en 2011, soit le double de l’année 2007.

AREP lauréat du concours du quartier Qibao à Hangzhou

Le mercredi 13 mai, M.Wang Guoping, Secrétaire Général du PCC de la ville de Hangzhou, a annoncé officiellement qu’AREP avait été désigné comme concepteur du quartier de Qibao, en charge des études architecturales, d’ingénierie et d’aménagement. Le nouveau quartier de Qibao, situé au Nord-Est de la ville, aura une emprise au

naux, et que la SG souhaitait avancer avec la ville. La Société Générale qui compte aujourd’hui 6 400 agences dans 82 pays à travers le monde, ainsi qu’une clientèle de plus de 30 millions d’entreprises et de particuliers, a enregistré un revenu net de 2 milliards d’euros en 2008, marquant sa réussite face à la crise financière globale.

sol de 50 hectares avec sur une surface de 800 000 m² : des appartements, des écoles, des garages, des commerces, un centre de contrôle des métros, des bureaux, et un poste de police sont prévus. La spécificité du projet tient dans le fait que tous ces bâtiments seront construits sur une dalle d’environ 30 hectares couvrant 2 lignes de métro. Jean-Marie Duthilleul et Etienne Tricaud (respectivement président et directeur d’AREP) ont conçu l’ensemble autour de sept espaces verts. Après ceux de Shenzhen et Shanghai, c’est la troisième fois en deux ans qu’AREP est lauréat en Chine dans le secteur des constructions de dalle couvrant les lignes de métros. Fort de son expérience parisienne avec la dalle rive gauche, AREP a


阳狮咨询成为上海世博会指定供应商

法国兴业银行 在上海开营业网点

专业提供战略及公关咨询服务的法 国阳狮集团受聘担任上海世博会公关服务 供应商。4月15日,上海世博会国内参展

2009年4月13日,法国兴业银行(以

顾问黄耀诚会见了阳狮咨询公司的合伙人

下简称“法兴银行”)在上海开设首个

Philippe Le Corre一行,并向他授予了聘任

营业网点。5个月内,其北京、广州的营

书指定阳狮集团为2010上海世博会公关服

业网点相继开业,该银行高层称,未来

务供应商。这一聘任书是为了答谢阳狮集

几年内计划在中国开设50个营业网点。

团在上海申办世博会时给予的大力支持。

1981年进入中国的法兴银行,在2008年

Philippe Le Corre相信上海世博会的举办将对

全球金融危机蔓延的情况下,决定加快

世界文化、教育、科技等领域的交流和发

在中国的发展。

展起到重要作用。阳狮集团目前已成为世

据了解,法兴银行的上海营业网点 将提供个人理财及贷款服务。而作为唯

界排名第四的传播集团,业务遍及104个国 家和地区,拥有大约45000名员工。

一在华提供零售银行个人业务的法资银 行,法兴银行还将充分利用其在欧洲、 非洲及地中海地区的网络,为中国企业 及投资者提供资本运作的平台。

© DR

鹏飞说,自去年11月开业的北京营业网

法国兴业银行成为首家获 准在华进行个人业务的法 资银行

山东半岛建立一个中国的顶级葡萄酒庄, 其拥有的拉菲酒庄是波尔多顶级的葡萄酒

法兴个人及商业银行业务总监毕

Société générale : le première banque française autorisée à faire des affaires avec des particuliers en Chine.

法国罗斯柴尔德男爵集团将在中国的

庄之一。法国基德律师事务所北京代表处 为罗斯柴尔德男爵集团提供咨询服务并协

点,“每个月的业绩都令人满意”。至

助该集团与中信集团成立了合资公司。

于上海,他表示,上海是中国的金融中

罗斯柴尔德男爵集团的技术专家选中了位

心,也将成为国际金融中心之一,法兴

于蓬莱市大辛店镇丘山山谷、占地25公顷

银行愿与上海携手共进。目前,该银行

的葡萄种植园,他们强调道:“通过对中

在全球82个国家设有6400家分支机构,

国各个地区的考察,蓬莱半岛无论从气候

为超过3000万的企业及个人客户提供服

还是地理角度看均具备生产顶级葡萄酒得

务。2008年法兴银行的净收入达到20亿

天独厚的优势。”蓬莱地区被称为“中国

欧元,证明其应对金融危机有方。

的波尔多”,由于外国葡萄酒商纷纷来 此投资,近年来该地区的葡萄种植业发 展迅速。中国人对葡萄酒的兴趣与日俱

initié en Chine les constructions sur dalle couvrant des lignes ferroviaires, un bon moyen de récupérer de l’espace urbain.

LK Academy : école de « Haute coiffure »

La LK Academy fête sa première promotion de coiffeurs diplômés au terme de trois ans de formation. Ouverte en 2006 à Canton, l’école de coiffure Luis Kraemer, dont l’Oréal est partenaire depuis 2007, propose une formation longue et diplômante homologuée par le Labour Departement de Canton. L’école compte 200 élèves venus de toute la Chine suivre un enseignement professionnel en alternance : une semaine en cours et trois semaines en salon. Au programme : tendances

dernier cri et techniques pointues de la coiffure et du maquillage, mais aussi des maths, de la culture générale et une initiation à l’art de vivre à la française. Pour ces élèves les débouchés sont nombreux à commencer par les portes des salons du groupe LK (onze à Canton) qui leur sont bien évidemment grandes ouvertes. La LK Academy propose également des formations plus courtes d’un an à l’attention des apprentis qui veulent devenir coiffeurs et toute une série de stages de 1 semaine à 10 jours (perfectionnement pour les confirmés ou maganement pour les directeurs de salon). Won Kin Fung, directeur du groupe en Chine, prévoit de poursuivre son développement « d’abord en Chine du Sud, à Shenzhen et

•••

增:“2011年中国葡萄酒的年消费量将达 到11亿瓶,比2007年翻一番。”

法国AREP公司在杭州地铁七堡站地块设 计方案征集中获胜 5月13日,杭州市委书记王国平正式 宣布AREP公司成为杭州地铁七堡站地块 的设计者,负责进行建筑、工程及规划方 面的研究。地铁七堡站位于杭州中心城区 的东北部,规划用地近50公顷,总建筑面 积80万平方米:其中包括住宅区、学校、 停车场、商业区、地铁控制中心、商务办 公区和警察局。设计方案的特点在于所有 这些建筑都将建在覆盖着两条地铁线、占 地约30公顷的地面上。AREP公司的

•••

Connexions / mai - juin 2009 33


公司简讯 l’actualité / entreprises dans les villes de plus d’un millions ••• d’habitants et, d’ici deux ans environ, à Shanghai et à Pékin. »

Art et art de vivre au艺术 8 - Yi Shu 8

Entre l’échangeur du 3e périphérique à Jianguomen Wai, l’énorme structure hyper-moderne de la CCTV, le quartier de Dawang lu et du complexe commercial de Wan Da… au ras du sol, comme une carte postale du Pékin d’hier, la friche industrielle de l’ancienne câblerie n°8. Comme sur d’autres friches, une renaissance a lieu, là aussi. Plutôt que d’être rasés, les ateliers sont attribués à des activités de création, d’innovation, d’exposition dans le domaine du design industriel comme des arts plastiques. C’est là qu’est venue se nicher YI SHU 8. Trois acteurs, deux femme et un homme, deux Françaises et un Chinois, Christine Cayol, Caroline Odinet, l’architecte d’intérieur, et Xue Yunda, dit « Max », avec toute la valeur ajoutée des compétences et des talents de bien des complices, amis et collaborateurs… ont fait de leur rêve une réalité : créer un lieu, un moment de la vie de cette ville de Pékin où l’on peut se rendre pour rencontrer, regarder, créer, se former, souffler, méditer …Un lieu et un temps ‘pour que nos vies deviennent de l’art’, selon les mots de Christine. Un lieu pour la peinture, la photo, la musique, la parole du théâtre et de la poésie… un lieu pour les écoliers, les jeunes et les seniors dans leur art ou dans la vie. Déjà le peintre Li Xin offre à regarder ses huiles et encres. Tracer au cœur d’une telle mégapole un trait de culture, entre la Chine, la France et l’Europe, à l’instar d’autres lieux déjà connus, c’est donner une chance à la vie personnelle, à la vie ensemble, à la vie… comme un art ! www.yishu-8.com 86-10 - 65819058

Fonds de solidarité CCIFC un an après : la reconstruction de l’école primaire Majie Dalijia

Le 14 mai 2008, la CCIFC avait lancé un fonds de solidarité destiné à venir en 34 Connexions / mai - juin 2009

PCM ouvre sa première usine de production Le leader mondial des pompes volumétriques et des équipements de gestion des fluides, franchit une nouvelle étape de son développement dans l’empire du Milieu avec l’ouverture d’une usine de production de 3 000 m 2 à Suzhou. Le groupe était déjà présent en Chine depuis 2002 à travers trois bureaux à Canton, Shanghai et Pékin, et une joint venture, avec la société Ensival Moret, dont il était actionnaire minoritaire. C’est le bureau de Shanghai de DS Avocats qui a assisté PCM durant tout le processus, en particulier pour l’obtention de la Business Licence. Le site de Suzhou produira des pompes à cavité progressive servant notamment à l’extraction de pétrole — pour ses clients tels CNPC, CNOOC ou Sinopec —, à des applications de transferts sur les marchés industriels ainsi qu’à des applications de dosages et de mélanges pour les marchés alimentaires. Cette unité de production automatisée dont le fonctionnement est essentiellement assuré par commandes numériques emploie aujourd’hui cinq personnes, un nombre qui devrait être multiplié par trois assez rapidement. Avec cette nouvelle usine dont la production est destinée

aux clients de toute la zone Asie-Pacifique, PCM qui compte aujourd’hui 7 sites industriels, 17 bureaux commerciaux et 70 distributeurs à travers le monde, renforce considérablemennt sa présence dans la région. « A court terme, deux-trois ans, le site de Suzhou devrait représenter 10%

aide aux populations sinistrées du tremblement de terre du centre ouest de la Chine. Au total, 3 067 488,14 Rmb ont été réunis. A l’automne dernier, le projet de financement de reconstruction de l’école Dalijia — conjointement assuré par le fonds de solidarité de la CCIFC, géré par CEDF (China Education Development Foundation) et des fonds de reconstruction versés par l’Etat chinois — a été selectionné. Cette école, fondée en 1945, est située dans la zone répertoriée comme la plus gravement touchée par le séisme. Le nouveau campus sera construit sur une superficie de 13 300 m² et devrait accueillir 650 élèves après sa reconstruction comprenant une école et un dortoir. L’étude, le programme, le design et les

formalités administratives de reconstruction sont achevés. Les anciens bâtiments ont été démolis et les travaux de base ont également été réalisés. L’appel d’offre des travaux sera rendu public prochainement. Des organismes de contrôle de qualité des travaux effectuent un suivi régulier. L’école a désigné un représentant chargé du bon déroulement des travaux sur place. Un compte bancaire spécialement destiné au projet a été ouvert et les opérations du fonds sont contrôlées strictement. Le budget total des travaux est de 7,46 millions de Rmb. L’école reconstruite offrira aux élèves des conditions d’éducation d’une meilleure qualité et jouera un rôle positif dans le développement local. Pour tout savoir : http://communication.ccifc. org/Seisme.

Le lancement de l’usine PCM de Suzhou. 


代新大楼、大望路和万达广场之间,与地 平线相齐,坐落着尚8创意产业园(原北

en Chine

法国博西莫泵业在中国

京电线电缆总厂的老厂区),这里就像一 张老北京的明信片。像其他老厂区一样,

世界领先的容积泵和流体设备制造商 法国PCM公司,日前在苏州建成了占地三千 平米的工厂,标志着该公司的发展进入了新

© DR

阶段。自2002年进入中国以来,PCM公司已

法国博西莫泵业苏州工厂建成

de l’activité mondiale du groupe, un pourcentage qui devrait passer à 40% à plus long terme. Sur l’ensemble de la zone, la Chine représente à elle seule 50% du marché asiatique.», explique Emmanuel Gros, CEO Asie-Pacifique du groupe.

这里也获得重生。厂房没有被拆除,而是 用于工业设计领域的创作、发明和展览活 动,就像造型艺术。 艺术8便在此安家。三个主角——佳玥

在广州、上海和北京设立了三个代表处,并

(Christine Cayol)、室内设计师卡罗琳·欧

与昂希法-磨锐集团(Ensival-Moret)建立

迪奈和薛运达,以及众多同行、友人与合

了合资公司(PCM占少数股份)。法国德尚

作伙伴智慧与才能的集合,使他们的梦想

律师事务所上海办事处协助PCM公司办理营

成为现实:创造在北京生活的一块空间和

业执照等手续。PCM的苏州工厂将生产用于

一段时光,人们可以在这里聚会、观赏、

石油开采的渐进式容积泵,它的客户有中

创作、受熏陶、呼吸、思考……按照佳玥

国石油天然气集团公司、中国海洋石油总公

的理念:“这是一个让我们的生活变成艺

司、中国石油化工集团公司等。这些设备还

术的时间和空间。”艺术8将不定期举办绘

将用于工业领域的输送以及食品领域的配量

画、图片、音乐、戏剧和诗歌方面的讲座

和混合物料。这一全新的自动化工厂其生产

和展览,也为孩子们、年轻人、年长者提

主要通过数控系统完成,目前聘用了五名

供享受艺术和品味生活的空间。山水画家

员工,员工数量很快将翻两番。PCM公司目

李新已经在这里展出他的作品。

前在全球拥有7个生产基地,17个代表处和

同北京其他著名的文化区一样,艺术8在这

70个分销商,向亚太地区客户提供产品的新 工厂大大增强了公司在该地区的影响力。 PCM亚太区首席执行官高霭明表示:“短期

座大都市的中心开辟了一块融合中国、法 国、欧洲文化的绿洲,给予个人生活、大 众生活一个契机,就像一门艺术!

内,两到三年,苏州工厂的销售额将占公司 全球业务的10%,从长期看,这一比例将达 到40%。从整个地区来看,仅中国市场的营 业额就占到亚洲市场的50%。”

中国法国工商会发起赈灾捐款一年后— —重建马街镇大李家小学 2008年5月14日,中国法国工商会设 立了用于援助中国中西部大地震受灾民众 的专项基金,共募集善款3067488.14元。

•••总裁杜地阳和总经理铁凯歌把整体建

在学校上课,三周在美发沙龙实践。主要

去年秋,大李家小学的重建项目被选中。

筑分布在7个绿化地上。继深圳和上海的项

课程有:发型和化妆的最新流行趋势与高

这个项目的费用由中国法国工商会的赈灾

目之后,这是AREP公司第三次在中国为覆

级技巧,还有数学和文化知识课以及法式

基金(中国教育发展基金会负责管理)和

盖地铁线的地块设计中获胜。因为有设计

生活艺术入门。对学员来说,就业出路很

中国政府的灾区重建资金共同承担。大李

巴黎左岸空地的经验,AREP公司在中国开

多,他们可以从LK集团的分店开始(在广

家小学建于1945年,位于受灾最严重的地

创了建设覆盖地铁线地块的先河,这是一

州有11家),这里的大门向他们敞开。法

区。新校舍占地面积将达到13300平方米,

个节约城市空间的有效方式。

国路易士嘉玛艺盟造型学院也提供1年制的

包括教学区和宿舍区,能够接纳650名学

短期培训(面向那些希望成为发型师的学

生。重建的研究、规划、设计和行政手续

法国路易士嘉玛艺盟造型学院

徒)以及1周至10天的实习(面向专业人士

已经完成。学校老楼已被拆除,基础工程

法 国 路 易 士 嘉 玛 艺 盟 造 型 学 院 ( LK

的进修或店面经理的管理培训)。LK中国

也已完成。工程的招标即将公开。工程质

Academy)庆祝首届美发班学员经过3年培

区总裁王健峰这样预测未来的发展:“首

量监督机构定期进行检查。学校指定了一

训毕业。2006年在广州开办的法国路易士

先在深圳和一百万以上人口的城市开店,

名代表负责现场施工的正常进行。该项目

嘉玛艺盟造型学院提供长期的培训并颁发

大约两年后,去上海和北京。”

的专用银行帐户已经设立,资金的使用受 到严格的监督。工程总预算为746万元。重

广州劳动厅承认的文凭,2007年起欧莱雅 成为该院的合作伙伴。学员有来自全国各 地的200名学员,他们接受交替培训:一周

在艺术8体验艺术与生活的艺术 在建国门外东三环立交桥、央视超现

建后的学校将为学生们提供更好的教育条

件,并为当地的发展起到积极的作用。

Connexions / mai - juin 2009 35


中小企业简讯 l’actualité / PME

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Spécialisée dans la conception de pièces en polyuréthane, la filiale chinoise du groupe Courbis, basée à Pékin depuis 2007, connaît un rapide développement et entrevoit de réjouissantes perspectives.

Courbis China prévoit une augmentation de 50% de son CA en 2009. 2009年,库毕斯中国分公司预计公司营业额将增长50%

Courbis China, ou la flexibilité comme moteur de développement « En 2005, le groupe sentait qu’il allait devoir s’attaquer au marché chinois. Nous nous y rendions de temps en temps pour étudier ses caractéristiques », raconte Stéphane Perrollier, le responsable des activités Chine du groupe Courbis. Mais, prudents, ses dirigeants voulaient avoir certaines garanties avant de tenter l’aventure. Les choses auraient ainsi pu rester longtemps figées. Sauf qu’un jour, « nous avons été contactés par des clients qui s’installaient en Chine, et qui recherchaient des fournisseurs de qualité ». L’hypothèse consistant à exporter les pièces produites en France ayant été écartée, Stéphane Perrollier est envoyé à Pékin en mars 2007. Moins de six mois plus tard, les premières pièces étaient façonnées. Une rapidité à peine freinée par la lourdeur de l’appareil administratif chinois. Stéphane insiste : « Nous n’avons pas délocalisé notre activité : nous nous sommes implantés en Chine pour des raisons d’adaptabilité ». 36 Connexions / mai - juin 2009

Cette notion de souplesse est d’ailleurs à l’image de l’activité du manufacturier dans le domaine de la « mécanique élastique ». Ses pièces de polyuréthane, loin d’être de vulgaires morceaux de plastique, sont bien des éléments de haute technicité, utilisés dans des secteurs de pointe comme l’automobile, l’aéronautique, ou l’équipement des plates-formes offshore. Les polyuréthanes, matériaux dérivés du pétrole, permettent une adaptabilité inégalée aux contraintes des cahiers des charges imposés par les clients. « Nous devons prendre en considération des exigences en termes d’élasticité, de résistance à la température, à la pression, à l’abrasion, ou encore intégrer des caractéristiques acoustiques très spécifiques. » Mais les prestigieux clients tels que Total ou Areva ne sont pas les seuls à être fermes sur la qualité. Car l’évolution de l’industrie chinoise engendre une élévation globale de l’exigence des manufacturiers locaux. Une bonification dont profite le groupe Courbis

qui, fort de ses 40 années d’expérience et de dépôts de brevets, a pris une confortable avance sur ses concurrents chinois. Outre cette conjoncture favorable et un placement haut de gamme adapté au marché, l’autre clef du succès est à rechercher du côté du management des 20 employés (dont 19 Chinois). « Nous offrons à nos collaborateurs la possibilité de faire carrière dans une société en plein développement et avec de bonnes conditions de travail. » Autant d’éléments qui expliquent le faible turnover et la belle motivation du personnel. Avec un chiffre d’affaires de 400 000 euros lors du premier exercice et qui devrait gonfler de 50% en 2009, la formule semble prometteuse. D’autant que Courbis China Ltd., lauréat du Prix PME France Chine 2008 de la CCIFC, ne compte pas s’arrêter là et vise 1,5 millions d’euros en 2011 

M a n u e l R a m b au d


库毕斯橡胶制品(北京)有限责任公司 把灵活性作为发展的动力

整体提高。40余年的经验和专利技术让 库毕斯赢得了巨大的利润,远远超过其 中国的竞争对手。 除了这个有利的形势和适合市场的

2007年库毕斯的中国 分公司——库毕斯橡胶制品 (北京)有限责任公司成 立,专门从事聚氨酯部件的 设计。该公司发展迅速, 市场前景喜人。

被设计出来,基本没有因为中国行政手

高端定位,

续的繁冗而影响进度。

20名员工(其中19名为中国人)的管理

库毕斯另一成功的法宝是对

白昊林表示:“我们并没有把生产

之道。“我们为他们提供了在一家蓬勃

移到中国,在中国设立分公司是为了更

发展的公司里获得职业发展的可能以及

好地适应中国市场。”这种灵活性是弹

良好的工作条件。”这些因素使公司员

性机械制造商业务的写照。聚氨酯部件

工的流动率很低,而且员工工作的积极

与一般的塑料块无法相提并论,它们是

性很高。

库毕斯中国业务负责人白昊林叙述

有高技术含量的元件,被广泛地应用在

公司第一年度的营业额为40万欧元,

道:“2005年,库毕斯认为应该进入中

尖端领域,如汽车、航空或海上平台设

2009年预计增长50%,这证明公司制定的

国市场了。那时我们时常来华研究中国

备。

战略颇具发展前景。即使荣获了中国法

市场的特点。”但是,库毕斯的决策者

聚氨酯是石油的衍生物,完全

国工商会颁发的“2008年中法中小企业

们比较谨慎,他们希望在开发新的市场

可以适应客户提出的产品细则中的要

成就奖”,库毕斯橡胶制品(北京)有

前有一些保障。因此事情被搁置了很长

求。“我们必须重视有关弹性、耐温、

限责任公司没有因此满足,力争2011年

时间。但是有一天,“一些在华落户的

抗压、抗磨损方面的要求,或者加入一

营业额能达到150万欧元。

客户联系了我们,他们正在寻找高质量

些非常特殊的声学特性。”

“我们的销售团队蒸蒸日上,开始

的供货商。”出口法国制造的部件的设

不只是像道达尔、阿海珐这样的享

赢得一些大单子”,白昊林笑着说,他

想被排除,2007年3月白昊林被派到北

有盛名的客户十分注重产品的质量,中

仿佛憧憬着有待开发的广阔的中国市场

京。不到六个月的时间,第一批部件便

国工业的发展对当地制造商的要求也有

所带来的美好前景。

Connexions / mai - juin 2009 37


专访 l’entretien

Xu Tiebing, professeur et chercheur au Centre de recherche en relations internationales de l’Université de la Communication de Chine (Pékin).

L’architecture de la presse chinoise

Docteur en relations internationales, francophone, Xu Tiebing est professeur visitant à Sciences Po et commentateur pour la CCTV-F (Chaîne en français de la télévision centrale). Connexions : Comment avez-vous choisi la culture française ? Xu Tiebing : Après avoir connu enfant des moments difficiles pendant la révolution Culturelle, j’ai choisi d’étudier le français, par inclination pour l’Europe plutôt que Washington. A la fin de mes études, je suis entré à la CASS dans la branche politique internationale. Puis, je suis parti en 1988 faire ma thèse sur les relations Europe-Chine. J’en ai profité pour sillonner l’Europe et l’Afrique du nord. De retour à Pékin en 1998, j’ai quitté la CASS pour le Beijing Broadcasting Institute afin de sortir de ma tour d’ivoire1. Connexions : Comment voyez-vous l’évolution des médias en Chine ? Xu Tiebing : Depuis les années de réforme, on assiste à un processus graduel de désidéologisation. Après un retour au modèle des années 50, avec une presse écrite officielle, bureaucratique et idéologique, on a observé un affaiblissement du modèle et une 38 Connexions / mai - juin 2009

ouverture progressive — et variable — des champs thématiques. Le monopole de la politique a pris fin. Au début des années 90, la presse s’est ouverte à l’économie, puis, à partir du milieu des années 90, au social et au culturel. C. : Quels sont les nouveaux types d’organes de presse écrite ? X. T. : Plusieurs types coexistent. L’arbre sec demeure mais des herbes poussent et produisent une belle verdure. Au rythme de la reforme, la presse officielle engendre des « enfants dérivés », des « petits journaux », — terme consacré — moins officiels et moins monotones. Ainsi, se forme une division du travail, une étrange cohabitation entre l’ainé (dadao) ou « grand journal » — demeuré officiel, orthodoxe, toujours sous l’égide politique du département de la propagande — fidèle à la ligne officielle en cours, et le cadet souple, habile, plus social, plus à l’écoute, parfois vulgaire aussi. Tous les groupes de presse ont officiellement au moins un quotidien (organe) ou une revue principale qui se vendent très peu dans les kiosques, et les « journaux de la rue ». A côté de cela, naissent des journaux qui répondent aux besoins du marché et sont plus professionnels et plus autonomes, plus proches de la presse occidentale de qualité. Il s’agit d’organes de presse spécialisés

Xu Tiebing.

dans un domaine économique ou social, s’adressant à un public de professionnels. Le magazine économique Caijing est un bon exemple de cette catégorie. Créé, à la fin des années 80, alors que chaque domaine, de la mine à l’éducation avait une publication dédiée souvent médiocre, il offre un regard professionnel d’influence anglo-saxonne sur le monde économique et financier. Il existe aussi des produits nés de fusion, intra- ou trans- sectorielle : par exemple, le Xinjingbao né du mariage entre le journal du groupe de Canton et d’un groupe de Pékin, Clarté. L’avantage de ce type de fusion est qu’il dépasse l’encadrement classique, qui veut qu’un journal de Pékin ne puisse pas critiquer ce qui se passe à Shanghai. Dans ce type de publications, le plus apprécié est le Nanfang zhoumou, le Southern weekly. Pour nous, il représente l’avenir et sort de la machine de contrôle classique où, à tout niveau, un journal prend le nom de l’autorité locale dont il dépend et qu’il couvre, avec un comité de


中国媒体的格局 许铁兵出生在中国的北方。获国际关系学 博士学位,目前任中国传媒大学(北京) 国际关系研究中心教授、研究员。 大学毕业后,许铁兵在中国社科院国际 经济与政治研究所工作。1988年赴瑞士留 学,获硕士和博士学位,研究的课题分别 是过渡中国的国际关系与中欧关系。他利 用留学的机会来往于欧洲和北非。为了走 出象牙塔,1998年他一回到北京便离开了 社科院,到北京广播学院1 工作。 您如何看待中国媒体的发展? 改革开放后,中国的新闻经历了一个渐 进的非意识形态化过程。我们先回顾一 下50年代的模式,那时的报纸是由党政 军机关办的,带有浓厚的官僚主义和过 度的意识形态化,之后,这种模式渐渐 弱化,主题领域逐步开放,并且根据或 紧或松的大环境而呈现多样性。政治垄 断已成为过去。90年代初,媒体开始报 道经济,自90年代中期起,开始报道社

©DR

会和文化。

许铁兵

rédaction sous la direction d’une cellule locale du parti. Le comité de rédaction du Nanfang zhoumou comprend aussi bien des gens du Parti que des « libéraux » — bien sûr il ne s’agit pas de dissidents. Il est soutenu financièrement par les Chinois d’outre-mer. Cette marge de manœuvre est liée en partie à sa situation géographique. La crainte de la concurrence directe de journaux de Hong Kong explique l’expérience de Nanfang Zhoumou. Les autorités avaient peu de versions beaucoup plus anti-communistes !En définitive, seules les publications professionnelles et extrarégionales ont une certaine compétence et le pouvoir d’aller plus loin. C. : Comment la presse écrite résiste-t-elle à la télévision et à Internet ? X. T. : Internet a tout changé. La radio et la TV doivent suivre la façon Internet de s’exprimer, d’attirer un public, de faire des commentaires. Pour les jeunes, surtout dans les villes, Internet est plus important que la télévision. Pour la génération de mes parents, et pour beaucoup de ru

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新的报社类型有哪些? 众多报社类型并存。干枯的树木还在, 但小草已遍地发芽,长成碧绿一片。随 着改革开放的步伐,从官方报纸衍生出 一些“小报”,用于指那些不太有官气 不太枯燥的报纸。于是,有了办报的区 分,出现大报与小报并存的奇怪局面。 大报非常正式、严肃、沉闷、有距离 感,常常带有人为的权威,一般由中宣 部主办、忠于党的现行路线;小报则比 较灵活、巧妙、更面向社会、善于倾 听、也通俗一些。 报业集团至少正式拥有一份日报或一 本主要的杂志,但是这在报亭内销量很 少,而街头报刊更贴近人民关心的问 题。 除此以外,还出现了一些满足市场需 求、更专业、更自主的报刊,也就是说 更近似于西方高品质的媒体。这是一些 在经济或社会领域内的专业报社,面向 专业的读者群。《财经》杂志便是这类 刊物的典范。创刊于80年代末,当时各 个行业无论从矿业还是到教育行业都有 一份质量平平的专刊,《财经》杂志受 英美财经类杂志的影响以专业的眼光分 析财经问题。还有一些合并的报刊或跨 行业报刊。比如《新京报》,它是广州

南方日报报业集团和北京光明日报报业 集团共同创办的报纸。这类合办报纸的 优势在于打破了传统条框所规定的北京 报纸不能批评上海发生的事情。 在这类报刊里,最受欢迎的是《南方周 末》。对媒体来说,它代表了传统监督 机构的未来和命运,在各个层次,一份 报纸以它所属的地方政府命名,还有一 支由党的地方基层单位领导的编辑部。 《南方周末》的编辑部既包括一些党员 还包括一些自由人士——当然不是一些 持不同政见的人。编辑部得到了海外华 人资助。这种运作的方式部分与它的地 理位置有关。毗邻香港,在新闻与评论 方面,报纸的直接竞争解释了《南方周 末》的做法。相互影响和树立可信度的 需要促使政府给《南方周末》及主办该 报的报业集团更大的自由度。 总之,只有专业刊物和跨地区刊物才能 有一定的实力和长远发展的能力。 报刊是如何抵御电视和互联网的冲击? 互联网改变了一切。广播和电视必须按 照互联网的方式表达观点、吸引公众和 发表评论。对年轻人尤其是城市里的 年轻人而言,互联网比电视重要。对我 们父辈的那一代人以及对广大农村人而 言,电视则是获取新闻的主要来源。但 是,今后会有2.8-3亿的网民首先从网上 看新闻。他们不仅是被动的接收者、而 且是新闻提供者和评论者。这里显示了 中国的参与式民主。 在互联网上如何发布新闻? 中国的各大网站如新浪、搜狐和腾讯还 没有权利报道新闻。他们理论上只能转 载新华社官方发布的新闻。不管怎样, 翻译国际新闻,挑选国内新闻,把新闻 放到网上、加新闻标题、图片和视频的 使用还是给了这些网站更大、更广的活 动空间。此外,在他们的论坛里,人们 可以看到各种各样的观点和反应,对这 些没有什么限制。在网上建立了一个公 众的空间:聚焦、动员和虚拟投票。 网上的审查现在发展如何? 一切取决于环境。整体上,审查制度放 松,但有关政权合法性的禁忌领域依然 存在。随着时间的推移,禁忌领域会慢 慢减少。直接来源于政治逃亡者处的信 息是被查禁的。与目前政权直接冲突的 信息如法轮功也是被禁止的。完全的 密不透风从来不存在。然而,一个质疑 对过去事情的老观点的史实可以被接 受,条件是不动摇政权的合法性。

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Connexions / mai - juin 2009 39


专访 l’entretien raux, la télévision reste la source ••• principale d’information. Mais il y a dé-

C. : Sur le rapport pouvoir-presse, quelle différence entre l’Occident et Chine ? sormais de 280 à 300 millions d’inter- X. T. : En Occident comme en Chine, le Pounautes qui suivent l’actualité d’abord sur voir utilise ses ressources pour influencer la internet. Ils sont non seulement récepteur presse. Mais chez nous, les pressions sont passif, mais aussi, en même temps infor- plus directes. La presse pour une grande mateur et commentateur. partie, en théorie, est C’est là que s’expérimentoujours rattachée à un te la démocratie partiorgane, une association. cipative à la chinoise. Le pouvoir peut utiliC. : Comment est diffusée ser cette voie pour faire pression sur la rédaction l’information sur Internet ? « Sur des sujets de société tels X. T. : En Chine, les grands au nom de la stabilité du portails d’information que la politique pays. Mais il ne faut pas sur Internet — Sina, de l’enfant unique négliger un point imporSoho, Tiencent — n’ont ou la peine de tant dans le principe de pas encore le droit de fai- mort, la presse fonctionnement de l’inre du reportage. Elles ne formation en Chine : la officielle maintient peuvent en théorie que recanalisation de la diffuune ligne mais on produire les actualités de sion d’informations suipeut discuter sur l’agence officielle Xinhua. vant les objectifs et les Cela dit, la traduction de Internet » destinataires: référence la presse internationale, la ou suggestion, propasélection de la presse nagande ou légitimation, tionale, la mise en ligne et discussion contrôlée ou le titrage, l’utilisation de ballon d’essai. En bref, il photos et de video dony a une forte distinction nent à ces sites une marge de manoeuvre entre ce qui est interne (neibu) et ce qui est beaucoup plus large. De surcroit, sur leurs externe (weibu), ce qui est professionnel forums, on trouve une pluralité d’opi- (zhuanye) et ce qui est public (gongzong). nions et de réactions qui permettent d’al- C. : C’est-à-dire ? ler plus loin. S’y établit un espace public : X. T. : Déjà sous Mao ou Deng Xiaoping, focalisation, mobilisation et vote virtuel. on permettait des marges de discussion C. : Comment évolue la censure avec Internet ? intérieures (neibu) sur des grands thèmes X. T. : Tout dépend du « climat ». Dans au sein d’une association, d’un milieu prol’ensemble, le système s’assouplit mais les fessionnel ou du Parti. Aujourd’hui, par « zones interdites » liées à la légitimité du exemple, la politique officielle de la Chine pouvoir, demeurent encore. Elle se rédui- envers Taiwan est : « un pays, deux syssent avec le temps. Une information issue tèmes ». Mais on permet des discussions, directement de la mouvance des exilés poli- voire des critiques ou des condamnations tiques est censurée. Toute information qui dans les publications à usage interne d’asentre directement en confrontation avec le sociations ou du Parti. Je ne suis pas mempouvoir actuel - le Falun gong par exem- bre du Parti mais je peux m’exprimer dans ple- est interdite. Bien sûr, l’imperméabi- des publications réservées à une élite. lité à 100 % n’existe jamais. En revanche, De même sur Internet, dans les forums une histoire qui remet en cause des idées pour initiés avec code d’accès, les opianciennes sur des faits passés peut être ac- nions peuvent être divergentes. Mais ceptée à condition de ne pas ébranler la pour le grand public, l’information est légitimité du pouvoir. Sur des sujets de toujours limitée. Reste que cette pratique société tels que la politique de l’enfant uni- est aujourd’hui dépassée par les forum que ou la peine de mort, la presse officielle publics sur Internet, comme le prouve la maintient une ligne mais on peut discuter discussion surchauffée en cours sur la posur Internet. La question du multipartisme litique de la Chine vis a vis de la Corée du peut être évoquée sur des sites intellectuels Nord après ses récentes actions nucléaimais cela ne touche pas le grand public. res. 40 Connexions / mai - juin 2009

C. : Et le mur de la censure, la cyberpolice…. ? X.T. : La cyberpolice concerne : un, ce qui est criminel — et il s’agit d’un contrôle classique—, deux, le porno — sans grand résultat puisque c’est le jeu du chat et de la souris. Récemment on a arrêté à Xuzhou un site avec 800 000 membres fondé par deux profs - trois, une censure plus politique. En fait, on voit se mettre en place sur Internet une sorte d’architecture. Sur les sites grand public, la discussion est limitée, sur les forums plus professionnels, la discussion est plus libre. Le pouvoir a accès à toute l’information. Ainsi, il existe une centaine de sites parlant du droit dont certains sont très libres. On peut y discuter de l’abolition du crime de contre-révolutionnaire de façon tout à fait légale. Mais tant que le discours n’est pas uniformisé, cela ne passe pas sur les sites grand public. C. : Il y a un modelage de l’opinion publique par le pouvoir. Y a-t-il aussi des choses qui arrivent du grand public ? X. T. : Oui. Par exemple, dans le passé, un système de permis de résidence et de séjour empêchait la sédentarisation libre de migrants. La fureur sur Internet après le décès d’un jeune étudiant incarcéré à Canton a poussé le pouvoir à supprimer ces centres d’incarcération dépassés et inhumains. C. : Comment les journalistes voient-ils leur rôle ? X. T. : Une partie des gens des media se considère comme des élites chargées d’enseigner au public. L’opinion la plus communément répandue estime que la presse doit jouer un rôle d’observation, d’avertissement et de supervision de la société, y compris du pouvoir. Cela implique l’autonomie avec responsabilisation, pas l’indépendance. Je prends un exemple. Après le tremblement de terre, des copains, des anciens étudiants sont allés sur le terrain. Ils ont vu souvent des scandales. Ils ont écrit des rapports qu’ils ont choisi de publier en interne comme avertissement au pouvoir local ou pour informer le pouvoir décisionnaire. Ce qui caractérise la presse chinoise c’est une approche pragmatique et fonctionnelle. On s’adresse de façon échelonnée, aux décideurs, aux opinions et esprits lucides et finalement à la population globale. Enfin, l’idée du journaliste, comme militant inconditionnel de la liberté totale, n’est pas très répandue. Dans les années 80, oui. Maintenant l’approche


est beaucoup plus diversifiée : distance volontaire avec la politique et le Pouvoir, porte-parole du peuple, sens de responsabilité sociale, logique de l’enrichissement, hédonisme... de l’orthodoxie classique à la plus grande vulgarité, toutes les attitudes se croisent et se mêlent. C. : Et l’afflux de nationalisme, du patriotisme ? X. T. : Nationalisme et patriotisme, c’est assez différent. Pour beaucoup de gens, la Chine a progressé par rapport au passé, mais elle est encore en retard dans beaucoup de domaines. Le patriotisme accepte la défense légitime mais fait aussi preuve d’une certaine capacité d’autocritique. Parmi les journalistes, cette attitude est majoritaire. En revanche, chez les internautes—surtout les jeunes--, on sait bien que le nationalisme, voire parfois un nationalisme primaire sévit, souvent réactif et qui sert d’exutoire. C. : Trouvez-vous que les journalistes sont de qualité aujourd’hui ? X. T. : Dans l’ensemble, leur qualité a baissé. Ce n’est pas seulement une question de censure. Aujourd’hui, la logique est celle de l’argent. Par rapport aux scandales, il y a des journalistes courageux qui dénoncent. Il y a les opportunistes, qui tiennent compte du contexte pour décider de publier. Il y enfin les profiteurs — ce sont les pires —, qui n’hésitent pas à toucher de l’argent pour se taire. Et cette pratique a augmenté considérablement. C. : Comment se porte la presse économiquement ? X. T. : La presse devient de plus en plus une presse à sensation, une presse « people ». Le sens civique se perd. Si on appliquait la loi du marché à la presse, la majorité de la presse officielle disparaitrait. Jusqu’ici la presse se diffuse parce qu’elle est imposée. Chaque cellule du parti doit s’abonner au Quotidien du peuple. La publicité commence à représenter quelque chose, car l’Etat cherche à se désengager financièrement un peu.

P ro p o s r e c u e i l l i s pa r A n n e G a r r ig u e

Cette université, qui a changé de nom en 2004 pour devenir l’Université de la communication de Chine, compte environ 12 000 étudiants qui préparent des métiers liés aux media, des ingénieurs et des journalistes. Il y a 14 collèges y compris un collège de bandes dessinées, de maquillage, d’enregistrement, de décoration, de design. 2 sinoliberal 1

•••关于社会性话题如独生子女政策或

禁中心。

死刑,官方报刊要循规蹈矩,但人们可

记者如何看待他们的角色?

以在网上讨论。多党制的问题可以在一

一部分媒体人认为自己是肩负教育公众

些学术网站上被提及,但这触及不到大

的精英。一般来说,最普遍的观点认为

众。

报刊应该发挥评论、警示以及监督社会

关于政权与报刊的关系,西方国家与中

包括政权的作用。这意味着有责任感的

国有何区别?

自主权,没有独立性。举个例子。去年

西方国家同中国一样,政权利用它的资

四川大地震后,一些朋友、老学生去了

源对报刊施加影响。但在中国,压力更

灾区。他们经常看到一些令人气愤的事

直接一些。理论上说,大部分报刊都要

情,于是写了新闻报道并选择在内部发

从属于一个机构或协会。政权会通过这

表作为对当地政权的警示或让决策层知

条途径以维护国家稳定的名义对新闻的

晓。这构成了中国报刊的特点,既务实

撰写施加压力。但在中国新闻运作的原

又奏效。新闻逐级传达给决策者——有

则中不能忽视重要的一点,即根据目标

清醒主张和头脑的人——大众。最后,

及受众引导新闻的传播:参考或建议、

认为记者是为了彻底的自由而无条件战

宣传或合法化、监督下的讨论或试探。

斗的观点不是很普遍。在80年代,这一

总之,有很大的内部与外部之分、专业

观点很普遍。现在,记者的角色更加多

与公众之分。

样化:与政治和政权自愿保持距离、群

意思是?

众的代言人、社会责任感、充实、生活

毛泽东和邓小平时期,在协会、专业界

的玩家……从传统的严肃到最大化的通

或党的内部,可以就有关重大课题进行

俗,所有的态度交织混合在一起。

内部讨论。比如说,今天中国政府对台

那么他们有民族主义、爱国主义的倾向

湾的政策是“一国两制”。但在协会或

吗?

党政机关的内参刊物上,允许人们进行

民族主义和爱国主义是有所区别的。对

讨论、批评或指责。我不是党员,但

多数人而言,中国比以前进步,但在很

我可以在精英刊物上发表自己的看法。

多领域还比较落后。爱国主义可以被认

同样在网上,在有登陆密码的内部论坛

为是正当的防卫,而且表现出一定的自

里,观点可以有分歧。但对大众而言,

我批评的能力。在记者中,持这种态度

信息还是有限的。而这种情况已被网上

的人属于大多数。而在网民中,尤其是

的公众论坛打破,就像网上正在热议中

年轻的网民,民族主义甚至于极端民族

国对朝鲜发射导弹后的政策。

主义正在泛滥,有时非常激进,并且作

请您谈谈网络审查的范围和网络警察。

为一种发泄的方式。

网络警察的责任范围:一是针对刑事犯

您是否认为现在的记者素质很高 ?

罪,这属于常规监督;二是针对色情淫

总体而言,他们的素质下降了。这不仅

秽,没有太大效果,因为这是猫捉老鼠

仅是因为审查的原因。如今,有钱能使

的游戏;三是偏政治性的审查,最近徐

鬼推磨。对于丑闻,一些勇敢的新闻工

州查封了一个由两名教授创建的拥有

作者站出来揭露;一些机会主义者根据

80万名注册会员的网站。事实上,我们

情况决定是否发表;最后是一些唯利是

发现网上正在形成某种格局。在公众网

图者——这些人是最差的——为了封口

站上,讨论是有限制的;在比较专业的

大肆捞钱。而这种行为大量增加。

论坛上,讨论比较自由。而政府能够了

报刊的经营状况如何?

解所有信息。因此,有上百个网站谈论

报刊越来越成为制造轰动的报刊,群众

法制,其中一些网站有很大的自由度。

报刊。公民责任感正在丧失。如果把市

人们可以完全合法地在上面讨论反革命

场法则应用于报刊,大部分的官方报刊

罪是否该废除。但是在说法没有统一之

都要消失了。到目前为止,报刊之所以

前,这些讨论不会传到公众网站。

发行因为它是强制的。党的每个基层单

政府可以规范舆论。那么,有没有公众

位都要订阅《人民日报》。广告开始说

影响政府决策的事情?

明一些问题,因为国家准备从报业经营

有。比如,过去实施的暂住证制度阻止

中逐步抽身。

外来务工者自由定居。广州一名被监禁

1

的年轻学生死亡后,网络上的愤怒促使 政府取消了这些不合时宜、不人道的监

北京广播学院于2004年改名为中国传媒大学,目前有12000名 在校学生,准备从事与媒体相关的职业、成为工程师或记者。 中国传媒大学共有14个学院,其中包括动画学院、电视学院、 新闻学院、播音主持学院、布景学院、设计学院等。

Connexions / mai - juin 2009 41


dossier L’ouverture des années 80 a permis au pays de renouer avec ses grandes traditions culinaires.

新的食品安全法自2009年6月1日起施行。借此机

( p . 5 6 )、快 餐 连 锁 业 或 团 体 餐 饮 业 的 发

会,本期《联结》将谈谈中国人的饮食,同时介绍一些

展 回 顾( p . 6 0 )。接 下 来 ,我 们 预 测 了 几 大

中国食品行业的大型,甚至是非常大型的法国企业,

有 前 景 的 发 展 趋 势 :“ 绿 色 食 品 ”崭 露 头

如家乐福(零售商),索迪斯(团体餐饮服务商)和西

角( p . 6 2 )、对 西 方 或 亚 洲 进 口 产 品 的 亲 睐

诺迪斯(进口食品经销商)等。我们首先选择全方位地

(p.64)、超市的飞速发展(p.72)。我们很快的勾勒了

研究中国菜。从最传统的— —饮食历史(p.48)、美食

一个在分散生产(p.67)和复杂物流(p.73)背景下的

(p.51)、医学和健康的关系(p.54)、餐桌的礼仪和艺

中国餐饮形象。法国是最大的向中国出口食品的欧洲国

术(p.52),到最现代的——新美食家(p.58)和城市青

家,还不算在中国本地生产的大型法国企业。我们对中

年(p.59)的形象、家常菜的变革

国餐饮现状进行了说明,并为希望更好地推销其产品的

42 Connexions / mai - juin 2009


© Imagine China

专 栏 80年代改革开放使中国恢复了烹饪的重要传统

生产商提供了一些工具。随后,我们重新考察了 正处于“蜜月期”的两大法国杰出行业:面包/甜 酥面包(p.79)和红酒(p.80)占据了法国向中国 出口食品的一半以上。然而,在进入中国人的餐 桌话题之前,我们先回到新出台的食品安全法, 它适应了中国食品安全形势的真正需要,特别是 中国因近来的食品安全事件蒙上污点。中国应该 向广大人民提供完全符合国际标准的高品质食

A la table des Chinois

Depuis le 1er juin, une nouvelle loi sur la sécurité sanitaire alimentaire est entrée en vigueur. L’occasion pour Connexions de revenir sur l’alimentation des Chinois aux côtés de certains grands, — voire très grands — acteurs français du secteur en Chine tels que Carrefour (distribution), Sodexo (restauration collective) ou Sinodis (produits importés), … Nous avons choisi d’aborder l’assiette chinoise sous tous ces aspects. Depuis les plus traditionnels, histoire de l’alimentation (p.48), gastronomie (p.51), rapport médecine santé (p.54), manières et art de la table (p.52) jusqu’aux plus contemporains avec des portraits en action de nouveaux gourmets (p.58) et de jeunes urbains (p.59), un point sur ce que devient la cuisine familiale (p.56), un retour sur l’explosion des chaînes de restauration rapide (p.57) ou de la restauration collective (p.60). Nous avons ensuite identifié quelques grandes tendances prometteuses : l’éveil au « bio » (p.62), l’engouement pour les produits importés qu’ils soient occidentaux ou asiatiques (p.64), l’essor des hypermarchés (p.72). Nous avons rapidement resitué ce portrait d’une Chine à table dans son contexte (production dispersée (p.67 ) et logistique complexe (p.73 ). La France occupe la première place européenne en matière d’exportation de produits alimentaires vers la Chine, sans compter les grandes maisons françaises qui produisent désormais sur place. Nous avons fait un état des lieux et donné quelques outils aux producteurs qui souhaiteraient mieux promouvoir leurs produits. Puis nous avons revisité deux grands secteurs d’excellence française qui connaissent une lune de miel en Chine : la boulangerie/viennoiserie (p.79) et surtout le vin (p.80) qui représente plus de la moitié des exportations agroalimentaires françaises vers la Chine. Mais avant de passer à la table des Chinois, retour sur cette nouvelle loi qui répondait à une véritable nécessité dans un pays entaché par plusieurs scandales sanitaires récents et qui doit nourrir une très large population avec des produits de qualité tout en répondant aux critères d’excellence internationaux pour garantir le succès de ses exportations.

品,以保证其食品出口的成功。

Connexions / mai - juin 2009  43


DOSSIER

专栏

Adoptée le 28 février, la loi sur la sécurité sanitaire alimentaire en Chine est applicable à partir du 1er juin 2009. Elle était en préparation depuis cinq ans. Regards croisés de Marie-Lise Molinier, conseillère agricole (Ambassade de France à Pékin), de Philippa Jones, experte européenne China Research Network, et de Franck Devesedavy, avocat chez UGGC&Associés.

Les pouvoirs publics affichent leur objectif de protéger le consommateur et de lutter contre les

La nouvelle loi sur la sécurité alimentaire Marie-Lise Molinier Connexions : Que faut-il retenir de la nouvelle loi ? Marie-Lise Molinier : Pour la première fois en Chine, un dispositif complet vise à assurer la sécurité sanitaire des aliments tout le long de la chaine de la production à la consommation. Ce texte définit un système de surveillance, d’évaluation des risques et de contrôle des produits alimentaires. Il indique les modalités d’établissement des normes nationales et met en place un système de rappel des produits. Il porte une attention particulière à la présence de résidus de pesticides et à l’utilisation des additifs. Il prévoit des sanctions sévères envers les contrevenants mais aussi envers les fonctionnaires corrompus ou qui auraient failli à leur mission. Il précise le rôle des différents ministères. Jus44 Connexions / mai - juin 2009

que-là, il existait des zones grises entre les cinq administrations concernées. Le texte redéfinit les tâches et instaure un organe de coordination. Le ministère de la Santé se voit confier le rôle de leader et un organe regroupe l’ensemble des départements sous la direction d’un vice-Premier ministre, ce qui est extrêmement nouveau. Dans les discussions, les pouvoir publics ont largement affiché leur objectif de protéger le consommateur et de lutter contre les dysfonctionnements constatés. Ce n’est pas neutre quand on regarde les difficultés que le pays a connues en matière de scandales alimentaires. Toutefois, la chaîne de responsabilité reste complexe et fragmentée. Il faudra beaucoup de travail pour passer des intentions à une application efficace.

C. : Concrètement, quels sont les critères retenus pour définir les bons produits agroalimentaires ? M.-L. M. : Il s’agit d’une loi très générale

qui définit les grands principes. Le texte de base doit être précisé par des textes d’application. Il ne prévoit pas de critères par type de produits, mais tous les textes déjà existants à ce sujet doivent être revus à l’aune de cette loi. Il n’y a pas de date précise programmée pour les règlements d’application. Aussi la loi, applicable à partir dès le 1er juin, peut aboutir à des différences d’interprétation. Les normes déjà existantes ne disparaissent pas mais elles seront mieux articulées avec la loi. Parfois, comme dans le secteur laitier, elles seront revues en profondeur. Les nouvelles normes sont en cours d’élaboration par des commissions d’experts issus de l’AQSIQ (administration générale de la supervision de la qualité de l’inspection et de la quarantaine), des instituts techniques et des associations professionnelles. Ces commissions font parfois appel à des expertises étrangères, notamment fran-


A la table des Chinois 中国人的餐桌 aura le droit de signaler aux autorités un comportement contraire à la loi. En cas de crise, une information du public devra être réalisée le plus rapidement possible. La volonté affichée est d’avoir un schéma de communication de crise comparable à ce qu’on peut avoir en Europe ou aux Etats-Unis.

© Imagine China

C. : Mais il n’y a que 16 personnes au ministère de la Santé chargé de la coordination. Cela vous paraît-il suffisant ? M.-L. M. : Le ministère de la Santé n’est pas

dysfonctionnements.

政府机构公开表明保护消费者的决心

çaises. Elles travaillent à marche forcée. La majorité des textes devrait être établie d’ici la fin de l’année. Cela dit, même lorsque les normes sont disponibles, il existe des marges d’interprétation au niveau local. Il n’y a pas encore d’application homogène et harmonieuse sur l’ensemble du territoire. Le nouveau texte ne résoudra certainement pas ce problème. Toutefois, il précise les responsabilités et établit une meilleure coordination entre gouvernement, experts, médias et grand public. Cette loi évoque notamment la communication qui doit être fait quand il y a un problème sanitaire, ce qui est très nouveau.

C. : Concrètement, qu’est-ce qui est prévu ? M.-L. M. : Une traçabilité complète, un dispositif de rappel des produits, un système de traitement des incidents, des plans de prévention des risques et un système public d’information sur la sécurité alimentaire. Toute personne ou organisation

le seul ministère concerné. Cinq ministères sont partie prenante. Cela peut suffire, si est mis en place un bon système de coordination entre départements ministériels, et si, sur le terrain, l’administration locale réalise ses missions en cohérence avec l’échelon national et les autres échelons locaux et rend des comptes. En temps de crise, la loi prévoit que soit établi un plan national d’urgence décliné au niveau territorial et impliquant les entreprises et les administrations.

C. : Et au quotidien ? Qu’est-ce qui va permettre de basculer d’un système largement remis en cause à un meilleur système ? M.-L. M. : La loi a pour but de mettre en place un meilleur système de gouvernance et augmente considérablement le poids des sanctions. Pratiquement, il va falloir que l’action de tous les échelons soit améliorée. Le texte articule auto-contrôles industriels et contrôles organisés par les organismes de l’Etat. L’impulsion part d’en haut mais la pression est forte. La responsabilisation de chaque maillon administratif, de chaque opérateur et de chaque individu est accrue. Une traçabilité complète, permettant de suivre le produit du champ à l’assiette doit être mise en place. Cela nécessite la construction de bases de données avec des codes de traçabilité dont une partie existe mais qui devra être complétée.

C. : Les échelons locaux ont-ils les moyens d’appliquer cette politique ? M.-L. M. : Là, très honnêtement je ne suis

pas sûre. Le problème majeur est la formation. La Chine a suffisamment de cadres mais manque de techniciens qui puissent faire du conseil à la base afin de prévenir les problèmes.

C. : Et au niveau du consommateur chinois. Qu’est-ce qui est prévu ? M.-L. M. : Peu de choses. Les associations de

consommateurs sont simplement citées comme pouvant intervenir en signalant des anomalies. Cette loi ne touche pas au dispositif judiciaire et ne prévoit pas de moyens supplémentaires. Au-delà des moyens, il faudrait une formation des élites politiques locales, tant au niveau des districts que des communes pour qu’ils prennent conscience des enjeux.

C. : Concrètement, à partir du 1er juin, à quoi doivent s’attendre nos exportateurs vers la Chine ? M.-L. M. : La France a signé des protocoles avec l’AQSIQ pour les produits végétaux et animaux qui rentrent en Chine. Dans ce cas, beaucoup de contrôles sont déjà prévus. L’application de la nouvelle loi ne devrait pas poser de problème particulier à partir du moment où les exportateurs respectent le protocole. Des tracasseries supplémentaires pourraient porter sur les certificats d’analyse, certains critères exigés par les normes produits n’étant pas toujours très clairs. Les échelons locaux pourraient être enclins à faire du zèle par peur des contrôles centraux. Nous devrons alors nous tourner éventuellement plus souvent vers l’AQSIQ et l’organisme d’interprétation des normes Les entreprises exportatrices ne devraient cependant pas trop souffrir car les normes européennes sont extrêmement exigeantes. Par contre, il faut rester vigilant par rapport à l’application des nouvelles exigences créées par la loi relative à l’enregistrement de nos exportateurs afin que cela ne crée pas une entrave mais demeure une simple exigence pour assurer la transparence des échanges. Il conviendra aussi de veiller à ce qu’il n’y ait pas de distorsion d’application de la loi entre opérateurs chinois et opérateurs étrangers.

C. : Et pour les produits exportés de la Chine vers la France ? M.-L. M. : Il existe déjà une sorte de double

marché. Les entreprises chinoises exportatrices sont les fleurons des entreprises chinoises du secteur et doivent obtenir une licence spéciale. La nouvelle loi marque la volonté du pouvoir pour des raisons à la fois politiques (stabilité sociale) et économiques (relance de la consommation intérieure) de traiter le grand marché domestique chinois comme le marché de consommation extérieure

Propos recuei l l is pa r A n ne Ga rrig ue Connexions / mai - juin 2009  45


DOSSIER

专栏

Vers la responsabilité des producteurs ? Philippa Jones, experte européenne sur la sécurité sanitaire alimentaire en Chine, China Research Network. Depuis le 1er juin 2009, la Chine a commencé à appliquer sur l’ensemble de son territoire une nouvelle loi, plus moderne, sur la sécurité sanitaire alimentaire. Sur ce point, elle est en avance sur les Etats-Unis d’Amérique, qui n’en sont toujours pas dotés. La Chine passe ainsi d’un cadre légal qui considérait la sécurité sanitaire alimentaire en termes de qualité et d’hygiène, à un cadre légal qui exige que la production des aliments et leur composition soient sans danger pour le consommateur. Cette nouvelle loi reprend la plupart des éléments considérés aujourd’hui comme essentiels pour faire fonctionner un système moderne de sécurité sanitaire alimentaire. Vu d’Europe, il est important de constater d’abord que la nouvelle loi montre l’intention chinoise d’évoluer d’un système de contrôle basé sur des tests et une supervision à un système où le producteur lui-même est considéré comme responsable. C’est un point central dans le contrôle sanitaire européen mis en place en 20021, et dont on sait qu’il fonctionne bien. Certes, l’accent est encore mis sur un

contrôle administratif, du haut vers le bas, avec punition à la clé, conformément à la réalité sociale et politique chinoise actuelle. Néanmoins, les fonctionnaires en charge de l’application de la loi, dans les discussions, insistent sur l’importance de la prise de conscience et de responsabilité directe des producteurs eux mêmes. Quant aux industries agro-alimentaires partie prenantes, qu’elles soient chinoises ou étrangères, elles se sentent concernées et, selon des laboratoires indépendants, recherchent activement des conseils pour appliquer les nouvelles règles. La loi promulguée est très différente des projets immédiatement précédents, composés alors que les ministères en charge, en compétition pour présider à la mise en place de la nouvelle loi, considéraient la sécurité sanitaire alimentaire d’abord comme une source de revenu. Le scandale de la mélamine a poussé les principales agences gouvernementales à prendre la mesure de cette lourde responsabilité et leur a fait lâcher prise. Résultat surprenant : le ministère de la Santé — moins d’intérêts en conflit mais moins de ressources — se retrouve en tête de pont. Cela pourrait bien s’avérer un cadeau « empoisonné » car la tâche qui l’attend est immense. Il doit coordonner et réviser tous les standards existants, mettre au point un système d’analyse de risques en vue du développement de nouveaux stan-

dards et de procédures pour l’approbation de tout nouveau produit. Il doit concevoir les réponses coordonnées à une crise majeure. Il doit surtout coordonner l’action de ministères qui, jusqu’au 1er juin, considéraient le partage d’information, même en leur propre sein, comme inutile. A la fin des années 90, la confiance dans la sécurité sanitaire alimentaire en Europe s’était écroulée à la suite d’une série de scandales. De façon remarquable, cette confiance a été restaurée et elle est probablement aujourd’hui plus forte que partout ailleurs. Pour que la Chine transforme l’essai, il faudra qu’elle expérimente des changements de fond, qu’elle consacre des ressources supplémentaires à l’application de la loi non seulement au sein des ministères centraux mais, de façon plus urgente encore, auprès de l’industrie agroalimentaire, pour la sensibiliser et former ses personnels. L’application de la loi a été confiée aux autorités locales. C’est le cas aussi en Europe. Mais les associations professionnelles jouent un rôle crucial. Elles doivent aussi être soutenues. Enfin, le changement a été conduit en Europe grâce à la pression des consommateurs. Il semble difficile de construire un système de contrôle sanitaire alimentaire efficace sans un mouvement de consommateurs actif et responsable, soutenu par un gouvernement attentif.

Ph i l ippa Jones 1

46 Connexions / mai - juin 2009

Regulation (EC) 178/2002 “ General Food Law”


A la table des Chinois 中国人的餐桌

Franck Desevedavy, avocat associé au cabinet UGGC&associes Connexions : Que pensez-vous de la nouvelle loi ? Franck Desevedavy : Elle marque un changement important de perspective. On oublie trop que la priorité du gouvernement chinois a longtemps été de nourrir une population qui a souffert dans son enfance de malnutrition, voire de famine. La nouvelle loi place pour la première fois la sécurité alimentaire sous l’angle du consommateur et de la santé publique en mettant le ministère de la Santé au centre du dispositif. Auparavant, la responsabilité était éclatée au sein de différents ministères dont l’objectif était plutôt l’amélioration de la qualité, de la productivité et des rendements. La loi répond au moins sur le papier à quasiment toutes les exigences qu’on pouvait avoir. Elle réduit le nombre d’intervenants et a une approche globale, de la fourche et la fourchette. En cas de problème, une administration va mener l’enquête jusqu’au bout. Un seul domaine reste à régler, celui des matières premières non transformées qui ne relève pas du même ministère. Cela dit, nous attendons de voir les décrets d’application, les moyens accordés et le fonctionnement de la justice.

C. : Quelles conséquences concrètes aura la loi sur votre travail ? F. D. : Nous nous sommes intéressés à la sécurité des aliments en Chine par deux portes d’entrée. D’abord la lutte contre la contrefaçon. Nous avons beaucoup de clients qui distribuaient en Chine des produits de bouche et qui étaient confrontés à des problèmes de contrefaçon contre lesquels il était difficile de lutter. Soit c’était techniquement facile — contrefaçon de marque — , mais l’entreprise ne souhaitait pas communiquer car elle craignait de détourner les consommateurs de ses produits et d’être associée à des problè-

mes d’empoisonnement. Soit il s’agissait de contrefaçon de brevets et il était techniquement difficile de lutter. Nous avons trouvé un biais : agir au pénal sur le fondement de la dangerosité du produit pour le consommateur. En allant au pénal, nous évitions la multiplication des interlocuteurs, inévitable si nous options pour la voie administrative. Avec la nouvelle loi, nous pourrons plus facilement choisir cette dernière. Nous aurons un seul interlocuteur, la « State Food and Administration ». D’autre part, travailler sur la contrefaçon nous a amenés à travailler sur la sécurité des aliments plus généralement. Avant cette loi, toute une série de textes concernant l’emballage, la qualité des produits… avait déjà renforcé les obligations des distributeurs de produits étrangers. Ceux-ci nous ont demandé de les aider à être en conformité avec l’ensemble des textes. La nouvelle loi, en rationalisant, simplifie notre travail et favorise la transparence.

C. : L’esprit de la loi va vers une responsabilité du producteur. Cette responsabilité sera-t-elle administrative, civile ou pénale ? Quel rôle jouera le consommateur ? F. D. : On va effectivement vers une responsabilité du producteur. C’est principalement une responsabilité administrative ou pénale parce que les possibilités de dédommagement des consommateurs restent assez faibles. La loi définit des modes de calculs de dommages et intérêts. Ils sont augmentés mais restent trop rigides et limités par le mode de fonctionnement de la justice. La capacité pour les consommateurs à engager des procédures et à obtenir des dédommagements est quasinulle. D’abord à cause de la faiblesse de la société civile, malgré les mouvements actuels. Il reste difficile, voire impossible, pour des associations d’exister et a fortiori d’agir en justice ; c’est la grosse différence avec les Etats-Unis et l’Europe. Même si les experts disent que les Etats-Unis ne disposent pas de textes aussi complets que la nouvelle loi chinoise, aux Etats–Unis, une association peut engager une procédure de type class action1 et ruiner une

société qui aurait vendu un produit qui a empoisonné un consommateur alors qu’en Chine, c’est inimaginable. On voit bien qu’il y a peu de procès civils dans les scandales de contamination d’aliments en Chine. Le consommateur, faible et isolé, doit engager une plainte au civil sur le lieu de l’entreprise forte et bien intégrée. Si une grosse entreprise du Zhejiang par exemple fait vivre 2 500 personnes, les autorités locales auront tendance à protéger l’emploi et à régler le problème en dissuadant les gens d’engager des actions. Voilà pourquoi beaucoup de consommateurs se tournent vers la voie pénale, en espérant tomber sur un procureur suffisamment indépendant pour engager une action. L’efficacité de la loi va dépendre de la bonne volonté de ceux qui l’appliquent.

C. : Etes-vous optimiste ? F. D. : Le gouvernement central sait que la question alimentaire est très sensible, que les problèmes de sécurité des aliments ont des impacts forts en interne et à l’exportation. Ils ont déjà mis en place des systèmes de licences et de certificats. De plus en plus de marques collectives font des labels et une démarche qualité — un peu marketing — est mise en place par des producteurs et des distributeurs conscients de leur responsabilité. Les autorités centrales ont une volonté forte de mettre en place un système qui fonctionne et poussent l’administration à l’appliquer. Reste que en cas de problème, trois voies — administrative, pénale et civile — sont ouvertes. La voie administrative va être améliorée, la voie pénale ne change pas vraiment et il reste difficile non seulement d’engager des procédures civiles et de les gagner et plus encore de les faire exécuter.

Propos recuei l l is pa r A n ne Ga rrig ue

. Recours entrepris pour le compte de personnes identifiées («clean») ayant subi des préjudices individuels qui onté té causés par le fait d’un même auteur et dont l’origine est commune. 1

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DOSSIER

专栏

A la fin des années 90, les Chinois consommaient déjà en moyenne plus de 3 000 kcal/jour. Après une période de malnutrition et de famine à la fin des années 50, leur régime alimentaire a progessé rapidement en quantité et en variété. L’ouverture des années 80 a permis au pays de renouer avec ses grandes traditions culinaires, déjà attestées sous les Shang, il y a plus de 3500 ans. A la table de Han Yu, à l’auberge de la Source du cochon (Xidi). Cette excellente cuisinière aime allier tradition et inno 在皖南古村落西递的一家客栈里,韩雨(音译)准备了一桌丰盛的饭菜。这位厨艺精湛的厨师喜欢把传统与创新融合在一起

De l’empire Shang au MacDo B… a 51 ans. Elle aime faire la cuisine et bien manger. Comme elle a passé son enfance sous la Révolution culturelle et qu’elle a eu faim, elle déteste jeter la nourriture et remercie le gouvernement chinois de lui permettre de bien manger tous les jours. Elle vit dans 15 m2 avec son mari au chômage et son fils étudiant dans le sud de Pékin. Son père lui a donné le goût de cuisiner. Elle apprécie d’aller, avec des collègues, manger une fois par mois au restaurant — moyen de gamme — en couple. Mais, d’ordinaire, elle mange et cuisine à la maison. Elle fait ses courses chez Jialefu (Carrefour) parce que, dit-elle, ce n’est pas cher, c’est bon et c’est près de chez elle. Elle y va tous les après-midi en rentrant du travail. Certaines de ses amies préfèrent aller au marché. « C’est surtout une question de proximité ». Elle goûte volontiers des plats étrangers mais « pas de tout bien sûr » : du poisson et de la viande grillés, du pain trois fois par 48 Connexions / mai - juin 2009

semaine… Elle n’hésite pas à acheter de l’huile d’olive, des pâtes, mais elle ne boit ni vin, ni bière. Elle préfère les petits déjeuners plutôt traditionnels. Elle trouve que, comparés à quinze ans plus tôt, ses repas sont beaucoup plus diversifiés. « Ce n’est pas seulement une question de produits, m’explique-t-elle. Les légumes ne sont plus simplement cuits (chao) mais peuvent être cuisinés à la vapeur, revenus… » Elle consacre la moitié de son budget en nourriture pour « acheter des bons produits ». Bien sûr, elle fait attention aux prix, mais elle achète aussi en fonction de la qualité pour régaler ses amis. La fin des disettes L’histoire de B… nous rappelle que nombre de Chinois de plus de cinquante ans ont eu faim dans leur jeunesse1 et profitent depuis peu d’un régime alimentaire diversifié et de tout le confort de plats préparés

accessibles… En un demi-siècle, la Chine non seulement a réglé ses problèmes de famine, mais la ration alimentaire moyenne a fortement progressé — à l’exception de quelques zones de pénurie — au point qu’on atteignait déjà à la fin des années 90 une consommation moyenne de 3 040 kcal/jour2. Et aujourd’hui, dans les classes moyennes, c’est plutôt l’obésité qui guette. De plus, la Chine a redécouvert à partir de l’ouverture du pays dans les années 80 une diversité fantastique pour le plus grand plaisir d’un peuple pour lequel l’art de se nourrir occupe une place éminente, de la gastronomie aux aspects diététiques, en passant par les mets rituels et festifs. Ne disait-on pas bonjour autrefois en demandant à son voisin s’il avait bien mangé ?3 Après des années d’austérité forcée, c’est de façon au départ très volontariste que le gouvernement chinois a réintroduit la gastronomie en lançant une

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A la table des Chinois 中国人的餐桌

© Anne Garrigue

因为她喜欢给其他人和朋友做饭。 甲女士的故事告诉我们:很多50多岁的 中国人在年轻时吃不饱,他们刚刚开始 享受多样的饮食结构和获得方便的半成 品食物。半个世纪内,中国不仅解决了 温饱问题,而且,除贫困地区外,食物 日均摄取量大大增加,以至在90年代末 达到平均每天摄取3040千卡的热量。如 今,在中产阶级中,肥胖症更加常见。 另外,自从80年代改革开放以来,中国 人食物的种类异常丰富,吃成为一些人 最大的乐趣,他们认为从仪式和节日菜 肴发展而来的饮食艺术,从美食学到营 养学,都占有突出的地位。人们见面不 是问好,而是问:“你吃了吗?”经历 了节俭的几十年后,政府非常有意愿再 次引入美食学,并推出了面向厨师的《 中国烹饪》杂志,在这本便宜的杂志里 介绍了传统烹饪的著名理论,比如中国 厨师鼻祖伊尹向商王解释如何通过掌握 火候和烧煮的方式来调和五味。

vation.

从商朝到麦当劳时代 甲女士今年51岁。她喜欢做饭,但是她 的童年时光是在文革中度过的。因为当 时吃不饱饭,所以她现在不喜欢浪费, 并对政府让她每天吃得很好充满感激。 她与失业的爱人和上学的儿子生活在北 京南城一间15平米的房子里。她父亲给 了她做饭的兴趣。她喜欢与同事下馆 子——中档的餐馆,每月一次,带着她 爱人。但平时,她在家里做饭吃。她 说,她在家乐福里买东西,那里的东西 不贵,质量又好,而且离家近。她每天 下午下班回家时都会去趟家乐福。她的 一些朋友喜欢去自由市场,主要是离家 近。她也吃外国菜,像鱼、烤肉和一周 吃3次的面包。她也会买橄榄油、意大利 面,但她不喝红酒也不喝啤酒。她更喜 欢传统的早点。与15年前相比,她觉得 饭菜的品种更加多样。这不单单指食物 本身,她解释说。蔬菜不仅可以炒,而 且可以蒸和煎。她把家庭开支的一半用 于吃,因为她非常喜欢吃和买好吃的东 西。当然,她关心价格,但也看质量,

多样性与一致性 中餐把烹饪技术的高度一致与饮食的丰 富多样糅合在一起。对中国的厨师而 言,南方与北方一样,只要厨房里有一 把刀和一口锅就能施展厨艺。食物被提 前切好,为了用筷子夹起和做熟,因为 生的食物让人觉得不文明。中国人一天 吃三顿饭,有蒸煮过的粮食作为主食, 搭配蔬菜、肉或鱼作为副食,里面放上 大量佐料。早餐一般比较传统,有蒸 饺、广式早茶、米粉等。 人们传统上用南方的大米对比北方的面 粉、玉米、高粱,实际上,大米似乎占 据了大部分江山,而粮食的消费量总体 下降,西式面包得到了一些市场分额。 然而,还是有些明显的地域差别,我们 将在专栏中回到这个问题。南方菜比较 淡、放蒜、胡椒和蚝油;四川菜比较 辣,混合各种味道;北方人擅长做面条 和馒头。至于少数民族,他们有自己的 饮食传统:蒙古人喝酸马奶,西藏人用 青稞粉就奶酥茶,维吾尔人吃羊肉。 90年代,人们的饮食结构发生了很大变 化。大米,更笼统地说,粮食已经失去 了其重要性,新鲜蔬菜也是如此,而肉 的消费量从1978年到1994年翻了两番。 油、糖、酒和新鲜水果的消费量增长很 快。城市奶制品的消费量也有所增加但 仍低于美国和欧洲。食素之风日渐盛 行,出于营养和健康的考虑,绿色产品 步其后尘发展迅速。 发展强劲的市场

法国使馆上海经济处的杨海伦女士指 出,中国市场还是一个以低收入者为主 的市场。55%的中国人生活在农村,购买 力非常低,2007年净收入接近400欧元。 拥有较强购买力并且有可能购买进口食 品的中国消费者主要分布在中国发展的 三大核心城市北京、上海、和广州-深 圳以及13个二线城市,这些二线城市的 居民超过400万。2007年,中国城镇居民 的人均年收入为1000欧元,而农村仅为 400欧元。只有1000万人的年收入超过 1.2万欧元。美食餐厅和精美食品店的客 户正是来源于这部分高收入人群以及外 国驻华人员和海外华人。这部分高收入 人群数量很少(仅占总人口的1%)。但 是数字很迷惑人。中国人的确很少花自 己的钱在超市购买进口食品,但他们中 的一些人在国外可以通过报销或公司礼 品的形式购买这些食品。 中国城镇居民将36%的家庭开支用于吃 (法国为13.4%)。这个数字随收入变 化,最穷的10%的城镇居民将47.7%用于 吃,最富的10%的市民为28%,他们消费 的粮食较少,水果和牛奶较多。目前, 为了支付住房、医疗和教育的费用,用 在吃上的开支减少。除了粮食和新鲜蔬 菜,其他类型食物的消费量均有明显的 增长,这反映了生活方式的转变。从 1995年到2007年,每年奶制品的人均消 费量从4.6公斤增加到18公斤,粮食的人 均消费量从130公斤减少到75.9公斤。猪 肉的消费量十分稳定(从18.4公斤到20公 斤),禽类产品的消费量增加(从3.4公 斤到8.3公斤),海鲜类产品的消费量有 所增加(从7.7公斤到10.9公斤)。 尽管消费的食品根据地区变化,一些大 的趋势到处都有。与新鲜食品相比,半 成品食品的消费量增加——冷冻食品增 加得少一些。面包糕点和奶制品逐步取 代中国的传统早点,即使一份真正的早 餐应该包括咸味的食物,像南方的米粉 和北方的面条、包子。大型超市店内面 包制作间及各式面包和甜酥面包品种的 增加证明这类食品在中国消费者中的巨 大成功。休闲饼干(谷物条状饼干、 咸饼干等)、糖果(巧克力、口香糖 等)和饮料在一天中的任何时候都可以 享用,这些食品占据了超市货架的很大 位置。在一个餐后甜点相对不被接受的 国家里,甜品消费量的增加似乎与吃麦 当劳和肯德基的年轻一代的数量激增有 关。果汁或矿泉水(无汽水和汽水)饮 料获得越来越大的成功。绿色食物或农 业生态食品满足了人们对无污染食品的 强烈需求。

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DOSSIER

专栏

revue Cuisine chinoise à destination ••• des cuisiniers avec les grands textes culinaires classiques annotés dans une édition bon marché, comme le texte du cuisinier ministre Yi Yin qui expliquait au futur souverain de la dynastie des Shang (XIVe- XIe avant J.-C.) comment harmoniser les cinq saveurs par la maîtrise parfaite du feu et de la cuisson. Diversité et homogénéité La cuisine chinoise allie une grande homogénéité de techniques à une grande diversité de traditions culinaires. Pour cuisiner chinois, il suffit au Sud comme au Nord d’avoir à sa disposition un grand couteau et un wok. Partout, les aliments sont prédécoupés pour pouvoir être saisis par des baguettes et cuits car le cru renvoie à la sauvagerie. On prend en Chine trois repas par jour composés de céréales cuites à l’eau ou à la vapeur, accompagnées de légumes, viandes ou poissons, assaisonnés avec une vaste gamme d’ingrédients. Le petit déjeuner est encore souvent traditionnel : raviolis chinois cuits à la vapeur et farcis de type dim sum à Canton, gruau de riz,… On oppose classiquement le riz au Sud avec le blé, le maïs et le millet au Nord mais, de fait, le riz semble avoir gagné l’ensemble du pays. Reste cependant des différences régionales marquées. La cuisine du Sud est douce, aillée, poivrée avec sauce d’huître, celle du Sichuan est épicée et mélange les saveurs, celle du Nord propose des pains cuits à la vapeur et des nouilles. Quant aux minorités, elles ont leurs traditions propres. Chez les Mongols le yogourt et le lait de jument fermenté, chez les Tibétains, la farine d’orge mélangée à du thé et le beurre de yak rance, chez les Ouighours, la viande d’agneau… Une évolution rapide Le régime alimentaire a beaucoup évolué dans les années 90. Le riz et de façon plus générale, les céréales ont perdu de leur importance ainsi que les légumes frais alors que la consommation de viande triplait entre 1978 et 1994. La consommation d’huile, de sucre, celle des boissons alcoolisées a augmenté rapidement, ainsi que celle des fruits frais. Dans les villes, la consommation de produits laitiers a progressé tout en restant largement inférieure à celle des 50 Connexions / mai - juin 2009

Etats-Unis ou de l’Europe. Le végétarisme a pris un essor relayé aujourd’hui par les produits « bio » pour raison de diététique et de santé. Hélène Hovasse, de la Mission économique de Shanghai, souligne que le marché chinois est encore un marché de consommateurs à faible revenu. 55% de la population chinoise vit en milieu rural et dispose d’un pouvoir d’achat extrêmement faible, environ 400 euros de revenu net annuel en 2007. Les consommateurs chinois disposant d’un pouvoir d’achat plus élevé et susceptibles d’acheter des produits agro-alimentaires importés sont tous des urbains et se trouvent essentiellement situés dans les trois grands pôles du développement chinois, (Shanghai, Pékin et Canton-Shenzhen), dans les 13 villes chinoises dites secondaires et celles qui comptent plus de 4 millions d’habitants urbains. En 2007, le revenu annuel moyen par habitant de la population urbaine chinoise était d’environ 1 000 euros. 10 millions de personnes seulement gagnaient plus de 12 000 euros par an. C’est dans cette frange de la population à plus hauts revenus ainsi que chez les expatriés et les Chinois d’outre-mer que se recrute la clientèle des restaurants gastronomiques et des boutiques gourmets qui commencent à fleurir un peu partout. Une tranche numériquement faible (aux alentours de 1% de la population). Mais les chiffres sont trompeurs. Si les Chinois sont effectivement peu nombreux à dépenser leur argent personnel pour acheter des produits importés, un certain nombre d’entre eux en consomment à l’extérieur sur notes de frais ou sous forme de cadeaux d’entreprise. 36% du budget consacré à la nourriture Les Chinois urbains dépensent en moyenne 36% du total de leur budget pour la nourriture (13,4% en France)4. Le chiffre varie selon le revenu. Les 10% les plus pauvres des urbains consacrent 47,4% à la nourriture, les 10% les plus riches 28% et ils consomment moins de céréales et plus de fruits et de lait. Actuellement la part du budget consacré à l’agro-alimentaire baisse au profit du logement, de la santé et de l’éducation. A l’exception des céréales et des légumes frais, tous les autres

postes sont en nette croissance, reflétant une évolution des modes de vie. Ainsi, la quantité de produits laitiers consommés par an est passée de 4,6 kg/habitant en 1995 à 18 kg/habitant en 2007 alors que celle de céréales baissait de 130kg à 75,9kg. La consommation de viande de porc est restée stable (18,4 kg à 20 kg), celle de volaille est montée (3,4 kg à 8,3 kg) ainsi que celle de produits de la mer (7,7kg à 10,9kg) de manière moins importante. Même si les produits alimentaires consommés varient selon les régions, certaines grandes tendances se retrouvent partout. La consommation de produits alimentaires préparés — et dans une moindre mesure de produits surgelés5 — augmente au détriment de celle des produits frais. Les produits de la boulangerie/pâtisserie et les produits laitiers supplantent progressivement les mets traditionnels chinois du petit déjeuner, même si un vrai petit déjeuner chinois continue à comprendre du salé. La multiplication des chaînes de boulangerie ainsi que l’offre croissante de variétés de pains et de viennoiseries au sein des magasins de la grande distribution témoignent du succès grandissant de l’engouement pour ce type de produits auprès des consommateurs chinois. L’essor du sucre Les snacks (barres céréalières, biscuits salés…) et les confiseries (chocolats, confiseries sucrées, chewing-gum) ainsi que les boissons consommés tout au long de la journée occupent une place de plus en plus grande dans les linéaires des supermarchés. Dans un pays où les desserts sont relativement peu prisés, la consommation croissante de produits sucrés semble liée à l’essor de la génération MacDo et KFC. Les boissons de type jus de fruits ou eaux minérales (plates et gazeuses) ont de plus en plus de succès. Les produits étiquetés verts ou issus de l’agriculture biologique répondent à une forte demande en produits sains.  A n ne Ga rrig ue

L’histoire est ponctuée de grandes famines, dont la dernière en date a succédé au Grand bond en avant de 1959 à 1961 et aurait fait entre 30 et 60 millions de morts, selon les estimations. 2 Source FAO. 3 你吃了吗 4 Les dépenses annuelles des urbains par habitant sont passées entre 1990 et 2007 de 1279 RMB à 9998 RMB, parmi lesquelles les dépenses alimentaires sont passées de 694 RMB (54%) à 3628 RMB ( 36%) 5 Les surgelés souffrent des déficiences de la chaîne du froid et du fait que les Chinois aiment traditionnellement aime manger frais. Un produit surgelé ne leur parait pas sain même si c’est pratique. 1


© Anne Garrigue

A la table des Chinois 中国人的餐桌

Wang Yan à table dans le Huizhou. Le repas est l’occasion de communiquer. 汪延在徽州与朋友聚餐。饭局是沟通交流的机会

Le point de vue d’un gourmet contemporain Wang Yan, homme d’affaires francophone, fondateur et président du conseil d’administration du portail Internet Sina.com, est un gourmand et un gourmet, familier des gastronomies françaises et chinoises.

Connexions : Comment comparez-vous ces deux célèbres cuisines ? Wang Yan : Ce sont les deux cuisines les plus

réputées mondialement, créées par deux peuples gastronomes. On imagine mal, en Chine comme en France, organiser une fête ou commémorer des morts sans un grand repas. Peu importe le sentiment — tristesse ou joie — la tradition veut que tout finisse autour d’une grande table. Les deux peuples aiment cuisiner et présenter à leurs proches leurs capacités culinaires. Ils aiment manger et savent apprécier la nourriture. Mais ils savent aussi communiquer à cette occasion. Un bon repas, c’est l’occasion de faire connaissance, de se faire des amis… ou des ennemis. Dans les occasions tristes, on se resserre autour d’une table, aux mo-

ments les plus romantiques aussi. Je tiens à souligner qu’il n’y a pas une cuisine française ou une cuisine chinoise. Des deux côtés, on a affaire à une diversité inimaginable. Cela dit, au-delà des différences apparentes — ustensiles, façon de manger — , je dirais que les cuisines chinoises ont pour principe de masquer les goûts forts par des épices ou des condiments alors que les cuisines françaises cherchent par principe à les exalter et à les combiner. En Chine, on rajoute des sauces pour cacher son dégoût. Quand on mange du poisson, on a recours à des épices pour masquer le goût de la mer. Quand on mange de l’agneau, on couvre la vraie sensation avec des sauces fortes. Rien de tel dans la cuisine française où, au contraire, on essaie d’exalter le goût originel. Deuxième grande différence : les chefs chinois ne cherchent pas à personnaliser leur cuisine mais à suivre scrupuleusement la tradition. Les chefs français sont plus inventifs. Certains se considèrent même

comme des artistes et veulent marquer de leur personnalité les différentes traditions régionales qu’ils respectent. En France, on reconnaît la cuisine d’un grand chef, on retient son nom, on admire sa cuisine, qu’on la déguste dans un grand ou un petit restaurant. En Chine, les chefs doivent répondre aux goûts des clients plus conservateurs qu’en France. Ils n’ont jamais été considérés comme des artistes. En France, certains chefs peuvent faire fortune, en Chine, ce sont les patrons de grands restaurants qui s’enrichissent. Au Sichuan, pourtant, quelques petits restaurants essaient de sortir de leur enclos et de mélanger les goûts. Il ne s’agit pas d’une « fusion » commerciale — que je n’aime pas —, mais d’une recherche de nouvelles saveurs en combinant de nouvelles possibilités, en tâtonnant, en inventant.

C. : Comment différenciez-vous les grandes cuisines régionales chinoises ? W. Y. : On parle souvent de huit grandes écoles. J’en retiens quatre : la cuisine du Sud (avec beaucoup de sous-catégories) légère et peu grasse ; la cuisine pimentée (Sichuan, Huizhou, Hunan) commandée par l’humidité du climat, très bien accueillie aujourd’hui par les Chinois car elle pique et stimule dans une société en pleine expansion ; la cuisine du Nord-Ouest, influencée par les nomades, avec beaucoup de viande de bœuf et d’agneau et un goût très fort ; la cuisine du Nord, du Centre et du Nord-Est (Shandong, Henan), qui utilise beaucoup de farine, d’ail et de ciboulette.

C. : Quels sont vos trois plats préférés français et chinois ? W. Y. : Pour la cuisine chinoise: yuxiangrousi1, car c’est le moyen de tester la qualité d’un chef du Sichuan, mapodoufu, parce que c’est excellent avec du vrai tofu et xingrendoufu — une pâte d’amande dans sa soupe sucrée mais sans tofu malgré son nom — parce que je veux montrer qu’on trouve aussi de bons desserts en Chine. En cuisine française, mes goûts sont éclectiques. J’aime les bons steaks frites et les poissons grillés, le foie gras poêlé, les fruits de mer mangés crus et tous les desserts déclinés autour du chocolat.

Propos recuei l l is pa r A n ne Ga rrig ue 1

鱼香肉丝,麻婆豆腐 ,杏仁豆腐

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DOSSIER

专栏

Raffinement

Bonnes manières Liu Hong, experte en relations interculturelles franco-chinoises

Connexions : En matière de manières de table, quelles différences voyez-vous lors des repas un peu formels entre Chinois et Français ? Liu Hong : La première chose qui m’a frappée à la table française, c’est le fait que les femmes sont servies en premier par galanterie. Il m’est arrivé d’être servie avant mon voisin de table qui était vice-Premier ministre. En Chine c’est impensable. La hiérarchie prime absolument. Le plan de table est très rigide. Autour d’une table ronde, la personne la plus gradée — homme ou femme — est assise face à la porte d’entrée. La meilleure place ensuite est celle qui se trouve à sa droite. La place la moins gradée est en face de lui. Elle est réservée

part, certains ne comprennent pas bien qu’on les fasse attendre pour ne leur servir que deux plats alors qu’un bon repas chinois offre, au minimum, quatre plats froids et quatre plats chauds. Ils se sentent à la personne en charge de l’organisation. d’autant plus frustrés que le vin, même s’il Mais attention, s’il y a des invités étrangers est excellent, leur paraît trop peu abondant. avec leurs épouses, les Chinois sont très Dans la conception traditionnelle chinoise, souples et appliquent un plan de table à le vin, complètement assimilé à l’alcool, l’occidentale. doit se boire en abondance C. : Que faut-il faire pour pour montrer son amitié et faire plaisir à son invité chinois sa sincérité. Devenir ivre en « Dans les quand on organise un repas bonne compagnie est un endroits chics, on professionnel ? témoignage de confiance L. H. : D’abord rassurez- passe de plus en et de sincérité. Je recomvous. Les Français sont plus d’un service mande donc de s’informer bien élevés et n’ont pas général sur discrètement auprès de besoin de se faire du souci table tournante son invité avant de faire les en matière de bonnes ma- à des parts réservations pour savoir nières, d’autant plus que préparées pour s’il préfère manger exclules Chinois sont tolérants chaque invité, à sivement chinois ou si, au et connaissent les différencontraire, il aime les cuisines l’occidentale.» ces. Par contre attention étrangères. Pour les jeunes pour choisir le restaurant, il générations, le problème faut prendre garde. Beaucoup de Chinois est moins grave car celles-ci sont plus habin’apprécient guère le goût du beurre et du tuées aux voyages et aux goûts différents, fromage qu’ils trouvent trop forts. D’autre notamment dans les milieux des affaires.

Papilles françaises en Chine Pour les amateurs de grande cuisine et de saveurs hexagonales, impossible de citer toutes les bonnes adresses de Chine. En voici quelques-unes, très gastronomiques, sélectionnées dans les trois grandes métropoles de la Côte Est.

© Imagine China

A Pékin Mention spéciale pour la Maison Boulud. Daniel Boulud, le chef français étoilé de New York, a élu domicile près de la place

La Maison Boulud.

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布鲁宫法餐厅

Tien An Men. Le restaurant occupe l’ancienne résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis, construite au début du siècle dernier — où Henry Kissinger avait rencontré Zhou Enlai pour préparer la visite historique du président Richard Nixon en Chine en 1972 — somptueusement rénovée par l’homme d’affaires Handel Lee. La saveur de sa cuisine classique et raffinée, française avec des tonalites américaines et des ingrédients chinois, en fait un lieu d’exception au cœur de la capitale. Autre adresse pékinoise incontournable : la boulangerie et la pâtisserie de Comptoirs de France. Gâteaux, tartes, chocolats, macarons, cannelés et petits fours sont tous réalisés suivant les meilleures recettes et techniques traditionnelles des Maîtres-boulangers et pâtissiers français. Issu d’une famille de minotiers d’Ile de France, le propriétaire de Comptoirs de France perpétue la tradition familiale, qui date de 1855

Mais les Pékinois gourmands ont l’embarras du choix. Ils peuvent aussi se régaler au Pré Lenôtre au Sofitel Wanda, au Jaan sous les voûtes magnifiques de l’ancien hôtel de Pékin (maintenant le Raffles) créé par des Français il y a plus d’un siècle. Ils peuvent découvrir les derniers nés tels que Domus installé dans les couloirs de la Cité interdite, avec, aux fourneaux, Guillaume Camparat, un jeune chef français de 29 ans ou Juliette près du nouveau quartier du Village à Sanlitun. Sans oublier des grands noms français Brasserie Flo, Fauchon ou Maxims A Shanghai Mention spéciale pour Franck, lancé en 2007. Dans une ambiance de bistro chic, le Marseillais propose une cuisine brasserie avec des produits de haute qualité, dont certains se retrouvent à l’épicerie fine qui accueille les clients à l’entrée et une belle carte des vins qui comprend la réserve


Manger français dans un bon restaurant peut même leur être très agréable car c’est une cuisine très à la mode et considérée comme raffinée. C. : Les manières de table ont-t-elles beaucoup changé récemment en Chine ? L. H. : Dans les grandes métropoles et dans les endroits chics, on passe de plus en plus d’un service général sur table tournante à des parts préparées pour chaque invité, à l’occidentale. Par contre le nombre de plats subsiste. On continue à manger dans un même repas des crevettes, de la viande, du poisson… sans compter la soupe avant ou après le repas.

C. : Pensez-vous que les goûts se rapprochent ? L. H. : Pas tant que ça. Certes, les Chinois et les Français s’habituent les uns aux autres. Les Français ont appris à manier les baguettes et les Chinois commencent à s’initier aux vins. Mais cela reste très superficiel. Peu d’entre eux connaissent en profondeur la culture sous-jacente à la nourriture. Il est vrai que dans les deux cultures, la gastronomie est très ancienne et subtile.

Propos recuei l lis pa r A n ne Ga rrig ue

du maître. Autres belles adresses qui défendent une cuisine délicieusement ancrée dans le terroir français : JeanGeorges , cuisinier alsacien couronné de trois étoiles à New York, La Grange et les confortables saveurs basques de Jérome Lagarde. Sans oublier Allure dans l’hôtel du Méridien et le tout récemment ouvert Mr et Mrs Bund qui offre la cuisine française globale de Paul Pairet. Dans le Sud de la Chine Mention spéciale pour Robuchon A Galera à Macao, le restaurant du célébrissime chef français installé dans l’hôtel Lisboa. A noter aussi deux autres bonnes adresses recommandées par des gourmands : Pipette à Shenzhen et Terra au Ritz Carlton de Canton, élégant et de qualité.

Au Pink Loft, restaurant chic de Pékin, baguettes et fourchettes font bon ménage.

© Imagine China

A la table des Chinois 中国人的餐桌

粉酷是北京一家非常有情调的餐厅,餐桌上摆放的筷子与叉子相得益彰

L’art de la table

Les fourchettes et les couteaux ne sont plus de grandes inconnues pour la classe moyenne chinoise. L’augmentation du niveau de vie d’une frange de la population a entraîné plusieurs bouleversements sur la table chinoise. D’abord, les restaurants sont de plus en plus fréquentés et les établissements chics appréciés. Ensuite, les Chinois fortunés voyagent de plus en plus. Non seulement ils se familiarisent avec d’autres cuisines, mais ils aiguisent leur curiosité envers des modes nouveaux de consommation. Même dans les restaurants chinois, les objets de la table occidentaux sont familiers. « Certains mets sont découpés par les serveuses avec une fourchette et un couteau avant d’être servis aux convives », note Benjamin Bilteryst, directeur de Christofle en Chine. Implantée à Shanghai et Hong Kong, la marque joue toutefois sur ses classiques à la française. Les couverts Marly, très décorés et dont une partie des ornements peut être dorée sur l’argent, comptent parmi les plus appréciés. Même remarque côté Shanghai Trio. L’enseigne créée en 1998 par Virginie Fournier à Shanghai vend du linge de table où s’allient tissus chinois et design français. « La clientèle chinoise recherche surtout ce côté occidental chez nous », explique Laetitia Laclide, en charge du développement commercial pour la marque à Shanghai.Avec la montée en gamme des intérieurs, et le succès des résidences de luxe aux salons de réception parfois somptueux, la classe aisée

chinoise reçoit de plus en plus chez elle. Une part du linge de table est très utilisée pour la décoration. « Les chemins de table ont beaucoup de succès », précise Laetitia Laclide. Les plateaux en argent de Christofle sont en général exposés comme des trophées. La vaisselle est elle utilisée pour des occasions spéciales. « Les pelles à gâteaux se vendent bien pour les mariages notamment », souligne ainsi Benjamin Bilteryst. Tout ce qui tourne autour du vin séduit également la clientèle de Christofle, qui vend des carafes à vin aussi design que classiques avec sa collection dessinée par Andrée Putman, ou les copies de modèles qui datent du XIXe siècle. Le succès domestique des caves à vin vendues par le chinois Haier est un signe de ces changements d’habitude dans la consommation mais aussi l’art de recevoir, qui se fait peu à peu à domicile. Mais avec une des gastronomies les plus riches du monde, la Chine n’a rien à envier à l’Occident et cultive son propre art de la table. Christofle l’a bien compris et propose aujourd’hui plusieurs sets de baguettes, des porte-baguettes ou encore des couverts à servir, et prépare une gamme plus élargie de bols de riz et de cuillères à soupe chinoises. Par ailleurs, certaines traditions perdurent. Les Chinois affectionnent toujours autant d’inviter leurs convives au restaurant. Christofle distingue d’ailleurs deux marchés : celui des points de vente — et donc des particuliers — et le marché interprofessionnel qui concerne la restauration, l’hôtellerie voire les marinas et les jets privés. Ce dernier reste le principal débouché Ju l ie Desné de la marque. 

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DOSSIER

专栏

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’histoire de la gastronomie chinoise, deux petits livres de poche1 écrits par William Chan Tat Chuen nous font pénétrer dans les arcanes d’une tradition multimillénaire. Dans A la table de l’Empereur de Chine, un moment chez les empereurs des dynasties Shang et Zhou permet de saisir comment la cuisine, liée au culte de la terre et des ancêtres, préoccupait ces premières civilisations écrites. Plus de 2 500 ans plus tard, derrière les hauts murs de la cité interdite, une visite dans les offices de l’Empereur Qianlong qui appréciait toutes les gastronomies venues de son empire — et a fait la synthèse entre cuisine mandchoue (Nord) et cuisine chinoise — nous fait voyager dans le temps, bercés par les poèmes du Brillat-Savarin chinois, Yuan Mei. Quant à Fêtes et banquets en Chine, il nous fait revisiter saisons, fêtes et mythes chinois, l’eau à la bouche. Chaque chapitre est l’occasion de raconter des histoires de plats, de produits et de recettes anciennes qui donnent envie de mettre son tablier ou sa serviette. A lire aussi dans Vie et passion d’un gastronome chinois, de Lu Wenfu, des récits pleins d’humour qui montrent comment les traditions culinaires chinoises ont survécu à quarante ans de turbulences communistes. On y suit les aventures de deux personnages que tout oppose : le « capitaliste », sensuel, Zhu Ziye, prêt à tout sacrifier pour la gastronomie, et Gao, moraliste, révolutionnnaire épris de justice qui s’acharne contre elle. A .G.

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Editions Philippe Picquier

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© Anne Garrigue

Trois livres à déguster

A l’étal du petit magasin de Wan’an (Anhui) : charcuterie, champignons séchés et gingembre 在安徽万安小店的货摊上,摆放着香肠、干蘑菇、生姜等干货。

Mangez yin et yang pour être en harmonie « Manger trop doux endolorit les muscles et fait tomber les cheveux, manger trop piquant contracte les muscles et flétrit les ongles, manger trop salé fige les vaisseaux et altère le teint…» La diététique est une partie intégrante de la médecine traditionnelle chinoise. Fondée sur une approche globale et énergétique de l’être humain, elle privilégie la recherche de l’équilibre et favorise la prévention. Pour la médecine chinoise, les maladies viennent toutes d’un déséquilibre. Ce déséquilibre peut être généré par un excès ou une insuffisance, en quantité ou en qualité, de nourriture ou de fatigue. La diététique concerne les nourritures terrestres. Mais il existe aussi des nourritures dites « célestes » que sont les pensées et les émotions qui influencent l’état de santé. La diététique chinoise repose sur les principes fondateurs de la médecine traditionnelle : le yin et le yang, les cinq éléments — eau, terre, bois, métal, feu — et les six «  qualités du ciel » — sécheresse, humidité, froid, chaleur, vent et pression atmosphérique. Tous ces éléments se combinent et interfèrent les uns sur les autres de manière subtile et complexe.

L’énergie yin et yang La tradition chinoise ne considère pas les aliments seulement comme un ensemble de calories et de propriétés nutritives mais aussi comme des éléments producteurs d’énergie. Cette énergie peut être plus ou moins yin (énergie centrifuge) ou yang (énergie centripète). Les aliments sont tous classés sur une échelle, du plus yin au plus yang, en passant par les aliments neutres. C’est ainsi que la viande est très yin, les légumineuses, le lait, les céréales sont neutres et les légumes, les fruits, l’alcool, le sucre et la vitamine C sont très yang. Le médecin privilégie certains aliments et en élimine d’autres — de manière provisoire — en fonction de l’excès ou du manque d’énergie yin ou yang du patient. Mais il ne s’agit jamais d’éliminer complètement une catégorie d’aliment, la médecine chinoise préconisant plutôt de manger de tout. Le médecin indique aussi le mode de cuisson approprié car celui-ci intervient aussi sur la qualité yin ou yang des aliments. Bouillis, cuits à la vapeur, crus, froids et liquides, les aliments gagnent en qualité yin. Inversement, sautés, frits rôtis, grillés ou secs, ils prennent une qualité yang.


A la table des Chinois 中国人的餐桌 Les cinq éléments et les cinq saveurs Au-delà du principe du yin et du yang, les cinq éléments ( bois, feu, terre, eau, métal) et les cinq saveurs (acide, amère, douce ou neutre, piquante et salée) permettent d’adapter l’alimentation au patient et à la saison. La saveur des aliments détermine en effet, selon la diététique chinoise qui a établi plusieurs catégories d’aliments, la qualité énergétique des aliments et l’organe qu’ils nourrissent de manière privilégiée. Les aliments « bois » correspondent au goût acide, au printemps et au foie ; les aliments « feu » au goût amer, à l’été et au cœur ; les aliments « terre » sont associés au « doux » (neutre des céréales) ou au sucré, à la canicule et à la rate ; les aliments « métal » correspondent au goût piquant, à l’automne et aux poumons ; enfin, les aliments « eau » correspondent au goût salé, à l’hiver et aux reins. Les fruits et les produits fermentés, acides, appartiennent à la catégorie « bois » et leur énergie atteindra de manière privilégiée le foie. Les légumes verts sont « feu », les céréales, « terre », les racines piquantes (navets, radis, oignons, gingembre, etc.) sont « métal » et les protéines sont « eau ». A noter que les aliments possèdent la qualité énergétique de la saison où ils ont poussé. De façon logique et de bon sens, on supportera mieux le froid hivernal avec un bon cassoulet (protéines, viande, haricots) qu’avec une alimentation à base de salades et de fruits tropicaux ! A l’inverse, les melons, les pastèques, les mangues, les salades et les concombres amers (Ku Gua) des Chinois seront les bienvenus en été, là où un cassoulet aurait du mal à passer ! Les « six qualités du ciel » Ce type de classification permet une régulation ponctuelle en fonction du climat. La diététique chinoise établit que certains aliments ont des vertus asséchantes ou humidifiantes, refroidissantes ou réchauffantes. Elle distingue les aliments « froids » (concombres, pastèques, thé vert, yaourt, etc.) qui rafraîchissent, mais qui pris en excès peuvent blesser l’estomac et les aliments « chauds » (viande de cheval, porc, agneau) qui réchauffent en hiver et fortifient, mais qui, surtout l’été, peuvent entraîner un excès de chaleur interne. Certains « alicaments » de saveur très amère (tel le Ku Ding Cha, un thé amer médicinal)

permettent, notamment, d’éliminer le feu et la chaleur interne — ils sont recommandés contre les aphtes et boutons de fièvre, l’acné et la constipation. D’autres aliments, tels les haricots de soja vert, permettent de supporter la chaleur de l’été et d’éviter les coups de chaleur. Pas de règles absolues Difficile de s’y retrouver pour le néophyte, car il n’y a pas de règles absolues en diététique chinoise, le poison de l’un est un régulateur pour l’autre. Tout dépend de la physiologie de la personne, de son habitat, de son activité, de ses besoins… et de la saison ! Retenons quand même qu’il est conseillé de manger de tout, de manière équilibrée, et de privilégier les aliments correspondant au lieu et à la saison où l’on se trouve (ce sont eux qui nous permettront de nous adapter au mieux au climat saisonnier) et qu’un dysfonctionnement d’un élément en excès ou en insuffisance se traduit par un désir irrépressible ou un dégoût. Pas de frontière fixe entre aliments et médicaments A noter que la médecine chinoise n’établit pas de frontière fixe entre aliment et médicament : la majorité des ingrédients de nos cuisines ont des propriétés médicinales et une partie des plantes médicinales sont également des aliments. On rejoint d’ailleurs là l’un des principes de la médecine d’Hippocrate : « Que ton aliment soit ton médicament ». Un savoir menacé par la modernité Ce savoir traditionnel qui forme un ensemble de règles d’hygiène alimentaire préventives et curatives mises en pratique depuis des siècles semble avoir du mal à résister à la modernité. 23% des Chinois souffraient d’un sur-poids en 2008 et 15% des enfants âgés de 2 à 6 ans étaient atteints d’obésité en 2006. Dans les grandes villes chinoises, le mode d’alimentation à l’occidentale se répand malgré sa surabondance de saveurs sucrées. Reste que pour soigner avec les aliments, il faut être en mesure de cerner les déséquilibres dans l’organisme et leurs causes, des analyses qui ne peuvent être menées que par une personne dûment formée à la médecine chinoise.

Sylv ie Hu acupu nct ric e et Soph ie L averg ne

L’association des disciples d’Escoffier Cette association qui rassemble des chefs de cuisine se définit comme une association pour la transmission, la culture et la modernité de la cuisine. Créée en France, présente dans de nombreux pays, elle regroupe de nombreux chefs français à travers le monde, mais elle est ouverte à toutes les nationalités. L’association organise ou participe à plusieurs types d’événements autour de la cuisine gastronomique et de sa promotion. Les disciples d’Escoffier peuvent être un bon relais pour faire connaître les produits français aux autres cuisiniers du monde. En Chine, l’association organise des repas, un concours du jeune chef chinois et a le projet d’ouvrir une école de cuisine. Contact : fontanafinecuisiner@gmail. com ou emmanuel.souliere@hilton. com. Site : www.disciples-escoffier. com

Xiaochi Sous les communistes, tout le monde mangeait à la cantine. Maintenant les Chinois qui ont des appartements plus vastes se remettent à faire la cuisine. Mais les habitudes sont installées. Par manque de temps, de savoir-faire ou d’envie, beaucoup de Chinois ont recours au petit traiteur. La tradition du xiaochi (étymologiquement « petit manger ») petit encas toujours disponible est restée vivante. On trouve des xiaochi dans la rue, mais aussi aujourd’hui au rayon take away dans les grandes surfaces. Si les personnes âgées font encore sauter leurs légumes, les jeunes sont nombreux à prendre leurs trois repas à l’extérieur. Il arrive encore souvent que les parents cuisinent pour leurs enfants majeurs. A l’inverse, chez les Chinois vraiment aisés, faire la cuisine devient vraiment un hobby. On aime inviter chez soi pour montrer ses nouvelles installations, sa cave à vin… A .G. 

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DOSSIER

Après des années de restauration collective obligatoire, manger dehors ou chez soi est un choix qui dépend de l’âge et de la bourse. Les jeunes optent résolument pour l’extérieur, parfois très bon marché. Les plus âgés apprécient de manger à la maison. Les familles aisées se font servir leurs repas chez elles ou dans de bons restaurants.

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专栏

Les Chinois apprécient de préparer leur repas et de manger sans cérémonie. 中国人喜欢不拘礼节在家里做饭吃。

Au quotidien, chez soi…

Comment se passe un repas en famille en Chine ? Autour de la table quotidienne, il ne se dit pas forcément grand chose peutêtre parce qu’il s’agit d’une question de priorité : manger est une fonction vitale, tout le reste doit suivre. Et pour la convivialité, il y a le restaurant. « Nous avons enduré des difficultés extraordinaires, il y avait un temps où l’on devait récolter les herbes et les racines pour se nourrir » raconte Mme Yang, ancienne professeur à la retraite. Avec son mari, M. De, elle s’offre aujourd’hui des repas préparés à la maison par elle-même, car, explique-t-elle, pouvoir décider quoi manger, à quel moment et en quelle quantité est l’un des grands accomplissements de sa génération. Encore aujourd’hui, pour les Chinois, le repas quotidien n’est pas vraiment un moment privilégie convivial pour retrouver sa famille ou ses amis. On peut voir régulièrement dans les anciennes ruelles ou à l’écart des chantiers de construction, de nombreux hommes et femmes simplement accroupis ou précairement assis consommer à grand vitesse le bol de riz ou de nouilles qui leur sert de repas. « Maintenant on a de quoi manger, mais on ne fait pas trop de cérémonie à 56 Connexions / mai - juin 2009

table, surtout quand on est chez soi ou au travail. Pour bavarder, il y a les restaurants » explique Mme Yang. Chez Chen Jialing, cadre dans une banque et qui habite Chengdu, le repas du soir à la maison est sacré. « Nous ne pouvons pas manger tout le temps dehors. La qualité de la nourriture offerte par les restaurants et même les cantines n’est pas celle d’autrefois, aujourd’hui il faut se méfier » précise cette mère d’une petite fille de 8 ans. Tout juste rentrée du travail, c’est elle qui prépare les plats qui vont être consommés, toujours en silence et le plus vite possible, par le reste de cette famille modèle chinoise. « Ce qui est bien avec la cuisine chinoise, c’est la rapidité de préparation : en 20 minutes tout est prêt ! ». Suivant à la lettre la tradition, Chen Jialing a régné en maîtresse absolue de sa cuisine pendant des années, jusqu’à ce que la modernité vienne frapper à sa porte. Depuis que son mari Wang Fei est au chômage, les rôles ménagers ont changé, car maintenant c’est lui qui s’occupe de faire les courses, de couper les légumes et faire revenir la viande. « Ce n’est pas si mal que ça, je ne comprends pas pourquoi les femmes s’en

plaignent autant ! Et plusieurs de mes amis m’ont avoué qu’ils s’occupaient aussi de la cuisine » explique cet homme de 32 ans. Dans les grandes villes, les citoyens les plus aisés prennent encore plus de plaisir à se faire préparer des repas par du personnel de maison, comme cela se faisait avant en Occident. Zhang Dahu a une baomu chez lui, une nourrice qui s’occupe de son petit d’un an, qu’il a choisie soigneusement. Originaire du Shaanxi, le jeune homme n’a pas hésité à retourner dans son village natal trouver une employée adaptée à ramener à Pékin. « Elle sait faire la cuisine comme celle de ma mère. Je veux que mon fils en profite pour grandir en bonne santé et de cette façon, ma femme et moi, nous pouvons manger convenablement à la maison sans aucun souci ». Pas forcément vécu comme chez nous, le repas quotidien reste un moment crucial pour l’ensemble des Chinois d’aujourd’hui.

A nton ia Cim i n i


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A la table des Chinois 中国人的餐桌

Les chaînes de restaurants, très fréquentées, foisonnent dans les grandes villes.

…ou au restaurant Des fast-foods Zhen Gong Fu estampillés Bruce Lee jusqu’au hot pot taïwanais Xiabu Xiabu, en passant par le chic South Beauty et ses saveurs sichuanaises, il y en a pour toutes les bourses et tous les goûts dans les chaînes de restauration chinoise. A l’image des traditions culinaires régionales, les chaînes de restauration foisonnent dans les grandes villes, et supplantent peu à peu les petits restaurants. En 2007, le secteur de l’hôtellerie/restauration affichait une croissance de 23% par rapport à 2006, pour un chiffre d’affaires1 de 19,5 milliards d’€. Sur les 390€ de budget alimentaire moyen annuel d’un Chinois urbain, 81€ étaient consacrés à la restauration hors domicile, contre 74€ en 2006. Les raisons de ce boom sont multiples explique Laure Elsaesser, chef de secteur agro-alimentaire à la Mission économique de Pékin : « Elles tiennent à l’augmentation du niveau de vie et du nombre de citadins, mais aussi à l’éloignement entre le lieu de travail et le domicile, et au développement des centres commerciaux. » Premiers arrivés sur le marché il y a une quinzaine d’années, les fast-foods occidentaux ont réussi à se placer sous le signe de la modernité tout en s’adaptant

aux goûts chinois. Les principaux acteurs sont les multinationales américaines, telles les enseignes du groupe Yum, avec KFC, qui compte 2 750 restaurants dans plus de 400 villes pour 375 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2007. McDonald’s, qui a associé son image à celle de stars comme Yao Ming, est implanté jusque dans les villes tertiaires, avec plus de 900 restaurants en 2008. L’apparition des chaînes de fastfoods chinoises et asiatiques, telle Yong He, est plus récente. Leur créneau : répondre au besoin de découvrir des cuisines locales à un prix attractif, mais aussi aux préoccupations de santé et de sécurité du consommateur, à qui elles offrent des produits standardisés. On les trouve dans les quartiers commerçants des grandes villes, pour les actifs pressés. Depuis quelques années, les chaînes de moyenne gamme ont également fait leur apparition dans les malls, notamment à Pékin dans la perspective des Jeux olympiques. On peut citer Steakhouse ou Pizza Hut pour les chaînes occidentales, Yu Xiang Ren Jia et Xiao Wei Yang pour le hot pot chinois. Concentrée dans les grandes métropoles et les villes côtières comme Qingdao, la res-

大城市里的连锁餐厅很多,顾客经常爆满。

tauration haut de gamme offre aussi des exemples de réussites. Le groupe South Beauty allie cuisine traditionnelle chinoise et décor moderne, et prévoit d’ouvrir une centaine de restaurants d’ici 2010. « Nous visons une clientèle d’hommes d’affaires, d’étrangers et de Chinois de l’étranger », explique Zhang Lan, la fondatrice, qui souhaite néanmoins offrir « des prix plus attractifs pour attirer plus de clients ». Même s’ils sont encore peu implantés, les Français se développent dans le haut de gamme. Outre la brasserie Flo, Maxim’s a ouvert un restaurant en juillet 2008. Mais la concurrence est rude, comme l’explique Arnaud Teissedre, en charge de la partie restauration de Fauchon, à Pékin : « Beaucoup de restaurants standings sont apparus avant les JO pour proposer de la cuisine française ». Quoi qu’il en soit, les chaînes étrangères se montrent de plus en plus intéressées par le secteur. En mars, Yum annonçait prendre 20% des parts de la chaîne de hot pot Little Sheep, prélude à des valses de rachats.

Hélène Duv ig neau Sources: « Le marché de la restauration hors domicile pour les produits alimentaires importés en Chine » (hors Hong Kong) par les Missions Economiques de Chine, et le China Statistical Yearbook 2008 1

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专栏

Gastronomie française et raffinement chez Jean-Georges, à Shanghai.

在上海的Jean-George餐厅享受法国的美食与优雅的环境

Au service des nouveaux gourmets Longtemps les raffinements de la gastronomie française ont été réservés aux rares privilégiés chinois qui voyageaient en France, au très petit nombre de ceux qui avaient accès aux quelques restaurants occidentaux de Chine, la plupart dans les grands hôtels de Pékin et Shanghai. Les produits importés n’étaient disponibles que dans les Magasins d’Etat de l’Amitié et payables en FEC (Foreign Exchange Certificate), monnaie à l’usage unique des étrangers. Lorsqu’en 1983 Pierre Cardin ouvre la réplique du Maxim’s de Paris à Pékin, le couvert est à 100 dollars. Aux voix occidentales qui s’offusquaient de ce luxe jugé indécent, il répondait : « Dans 20 ans, les Chinois trouveront cette folie normale. » Il ne se trompait pas. On estime aujourd’hui à 10 millions la clientèle chinoise régulière des restaurants gastronomiques et des boutiques gourmet (1). Une clientèle qui privilégie le haut de gamme. Les importations de produits gourmets ont augmenté en Chine, tout comme le nombre des passionnés de produits occidentaux. Chaque année, de nouveaux restaurants, traiteurs 58 Connexions / mai - juin 2009

et boulangeries-pâtisseries voient le jour. Shanghai accueillera en 2010 la 2e édition du salon Gourmet World et le Bocuse d’Or Asia, démonstration de l’intérêt grandissant pour la grande restauration et les métiers de bouche. L’offre est abondante, de qualité, diversifiée. Mais si le pouvoir d’achat croît, l’exigence de la clientèle également ! Marc Fressange est issu du monde de la communication et des médias. Il sait par expérience que la qualité seule du produit ne suffit pas à séduire et fidéliser une clientèle. Aussi a-t-il créé un réseau et imaginé des méthodes originales de découverte et de dégustation des produits français, autour de maîtres mots que sont la qualité, le savoir-faire et l’art de vivre à la française, une riposte à l’art de vivre à l’américaine qui s’est fortement imposé en Chine. Il fonde en 2006 la Ouh La La (OLL) French Food Co. Ltd, une société à capitaux étrangers (WFOE) qui détient une licence d’hygiène et d’importation de produits alimentaires et alcools pour ses activités de restauration et de commercialisation de produits

gourmets et de vins fins. Chef cuisinier, œnologue, sommeliers, conseillers en vins, directrice des opérations, ce sont en tout 45 personnes qui font équipe pour animer le Café du Centre Culturel Francais de Pékin, la boutique gourmet Oh !Marco, des événements Fooding, la gestion d’espaces dédiés aux produits gourmets, des cadeaux d’entreprise — coffrets vin et accessoires, paniers garnis de vins fins, foie gras, chocolat, sel de Guérande, etc. OLL privilégie la cérémonie autour d’un buffet et de produits phares (huîtres, foie gras, fromages) ou d’une région (spécialités provençales, normandes, fondue savoyarde). Sur place, sont organisées des séances de découverte du produit, son histoire, ses bienfaits, sa préparation, sa présentation et sa dégustation. Parmi les succès, citons le pain et les viennoiseries, les escargots, les moules marinières et les pâtisseries. De grandes entreprises françaises comme France Telecom, la Société Générale et Véolia Environnement mais aussi de grandes compagnies chinoises telles que ICBC et Chinalife font appel à OLL pour organiser


A la table des Chinois 中国人的餐桌

Sources : Mission économique de l’Ambassade de France en Chine, 2008 1

“J’adore la cuisine française” Ma Yan a 45 ans et dirige Yina, une entreprise chinoise de linge de maison et d’articles de table. Elle distribue en Chine ses propres marques ainsi que des marques françaises comme Jardin secret, Garnier Thiebaut pour le linge, Gien et Haviland pour la faïence. Elle se rend très régulièrement en France pour affaires. « Je considère la cuisine française comme un art véritable. » Elle apprécie un dîner à bord d’une péniche sur la Seine, manger des huîtres et boire du vin blanc. Elle revient chaque fois de Paris avec des macarons de chez Ladurée, du thé de chez Fauchon ou Hédiard. Elle adore les boulangeries et pâtisseries françaises. Pourtant, elle ne va jamais dans des restaurants français en Chine. Lui manquent l’environnement et ceux qui sauront lui expliquer comment déguster un plat, lui décrire les produits, leur région de production. Elle souhaite apprendre à cuisiner, à utiliser les ingrédients nécessaires à la préparation d’un plat français. Ses voyages en Europe ont tout de même modifié ses habitudes alimentaires à Pékin où elle achète régulièrement de la baguette et du fromage, pour un budget de 200 Rmb. Elle serait prête à dépenser 200 à 300 Rmb pour un repas français au restaurant.  M.L .

Les jeunes urbains font leur révolution culinaire Le cap de la modernité a été passé par la famille Wang pour la Fête du Printemps l’année dernière. Linda, 30 ans et employée d’un cabinet d’architecture étranger, a invité toute sa famille au restaurant pour le réveillon du Nouvel An chinois. « Normalement on célèbre la fête chez nous à la maison en regardant l’émission spéciale de CCTV car aller au restaurant à cette période est beaucoup plus cher que le reste de l’année » explique-t-elle. Pourtant elle a voulu faire comme font ses amis, jeunes urbains qui rêvent de profiter de la vie et de changer les vieilles habitudes qu’on leur a transmises, en commençant par les coutumes alimentaires qui ont toujours fait la fierté nationale. « Ici on n’est pas à la campagne où on ne peut pas sortir parce qu’il n’y a rien à faire. On a tellement de restaurants différents qu’on peut faire le tour de la Chine en restant autour d’une table et franchement, avec la vie de stress que l’on mène, on a bien le droit de s’asseoir et de se faire servir. En plus de nos jours c’est devenu quelque chose d’abordable ». C’est avec ce genre d’arguments que Linda a réussi à convaincre ses parents, un couple de cadres à la retraite. A son image, ce sont les jeunes « cols blancs » qui guident cette révolution de la modernité alimentaire en milieu urbain. La consommation étant devenue une valeur majeure dans la Chine d’aujourd’hui, ils sont prêts à rester consommateur jusque dans l’acte de manger ! C’est donc pour ces jeunes que s’ouvrent les portes de restaurants de toute sorte, de tout niveau et dans une gamme de prix très large. « Quand on veut sortir avec les amis ou pour le week-end, on le fait normalement en allant manger dehors — explique Hu Yan, informaticienne de 27 ans et habitante de la capitale depuis toujours. Et le choix est vaste : non seulement les MacDonalds, Kentucky Fried Chicken et Pizza Hut sont à tous les coins de rues mais les restaurants « étrangers » fleurissent à côté de l’immense variété de restaurants chinois. Mais ce que les amis de Hu Yan préfèrent

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un événement auquel seront conviés de jeunes directeurs et cadres chinois. Des dégustations de vins et des Blind Tasting figurent aussi au menu. « Il est intéressant de noter que si les Européens goûtent, les Chinois eux sentent le produit avant dégustation. Et ils savent distinguer ainsi deux bordeaux différents ! » Avec la crise, recevoir chez soi revient à la mode. OLL propose un cuisinier à domicile pour 10 à 15 convives, avec un budget de 200 à 300 Rmb par personne (hors vins). Les nouveaux gourmets chinois séduits par ce type de services sont pour la plupart des directeurs de banque et des cadres d’entreprises. Marc Fressange vise une clientèle plus élargie dans la tranche des 28-32 ans. Oh !Marco va s’agrandir prochainement et développer un concept « vins et brasserie à la française » avec une terrasse de 300 m2. Pour en savoir plus sur OLL : www.ouhlalafrance.com et www.ohmarco.com Ma ria m L oussig nia n

Les jeunes cols blancs poussent facilement les portes des restaurants. 年轻白领喜 欢下馆子

reste néanmoins la nourriture chinoise. « C’est très varié, et si l’on veut goûter à tous les plats de la cuisine chinoise il faut beaucoup de temps ! Manger du fromage ou des pâtes à l’italienne on peut s’en passer » précise l’une de ses amies. Hu Yan n’est pourtant pas du même avis car elle aime bien s’essayer à la diversité tout en le faisant « à la chinoise ». Que ce soit un restaurant français, italien ou indien, ils partagent les plats en mettant les assiettes au milieu de la table, pour se servir de trois spaghettis ou d’une tranche de pizza ! Le risque avec tout ce choix est que la santé soit victime du nouvel hédonisme culinaire. « J’oblige mon fils à manger à la maison au moins une fois par jour en semaine, et le week-end c’est moi qui cuisine les plats italiens ou français. Cela m’amuse et je fais très attention à la qualité, car manger dehors c’est pratique mais avec tous les scandales alimentaires dont on entend parler il faut faire bien attention » explique Tong Lan, mère d’un garçon de 10 ans. Même avec son statut de roi de la maison, quelque chose reste interdit à ce jeune : « surtout pas de junk-food — lui ordonne fermement Tong Lan — et cela veut dire pas de MacDonald mais aussi pas de fangbianmian1 ! » A parier qu’il se jettera sur ses nouilles instantanées préférées dès qu’elle aura le dos tourné…

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Nouilles instantanées

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DOSSIER

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专栏

La sous-traitance de la restauration est encore peu développée en Chine. 餐厅的外包服务在中国尚不发达

Restauration collective, Sodexo ouvre la voie Le spécialiste de la restauration et des services aux collectivités arrivé en Chine en 1995, emploie 13 000 salariés, opère sur 580 sites et enregistre un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de Rmb. Entreprise pionnière en Chine, Sodexo oeuvre depuis plus de vingt ans à la professionnalisation du secteur. Christophe Solas, CEO de Sodexo Chine, revient sur ce parcours.

Connexions : Comment s’est développé Sodexo en Chine ? Christophe Solas : Nous avons eu un développement uniquement organique, ce qui signifie convaincre et fidéliser de nouveaux clients pour qu’ils nous fassent confiance. Nous nous sommes appuyés sur l’expérience internationale du groupe présent dans 80 pays et, depuis le début, nous avons misé sur la professionnalisation de personnels chinois avec une forte exigence qualitative. En Chine, une de nos activités principales est la restauration collective. Les chèques et cartes de service, lancés en 1998, sont encore en phase de développement. Ce sont des entreprises étrangères implantées (avec parmi les françaises, Ipsen, Schneider, Alstom ou 60 Connexions / mai - juin 2009

Rhodia) qui nous ont fait confiance les premières. Ensuite, nous avons eu des contrats avec des entreprises chinoises. La même chose s’est produite avec la gestion des cantines scolaires : d’abord des écoles internationales, ensuite des écoles publiques chinoises. Aujourd’hui, nous travaillons aussi pour des hôpitaux publics chinois. Nos contrats de service fonctionnent sur le même modèle partout dans le monde. Nos clients mettent des cuisines et une salle de restaurant à notre disposition et nous gérons l’ensemble : la définition des menus, l’approvisionnement, le personnel et la satisfaction des employés du client. La sous-traitance de la restauration d’entreprise est encore peu développée en Chine, le potentiel reste important, son succès repose sur la définition d’objectifs communs, la confiance et se construit sur du long terme. Dans notre secteur, les acteurs nationaux ont encore peu de poids, la concurrence reste très locale ou régionale, les acteurs internationaux, principalement anglais et américains, eux, sont bien là.

C. : Quels efforts particuliers avez-vous faits en Chine, en terme de formation notamment ? Ch. S. : Les investissements en formation

ont été et sont toujours très importants. A notre arrivée, trouver des salariés formés était pour ainsi dire impossible, nous sommes les premiers à être venus en Chine. La restauration collective professionnelle a un business-model fondamentalement différent de celui de la restauration commerciale. Les cuisiniers chinois, par exemple, sont formés essentiellement sur le modèle de la restauration commerciale, à savoir un menu très large qui varie très peu. Mais chez nous, les menus doivent changer tous les jours et donc le nombre de recettes à connaitre et maîtriser est beaucoup plus important. Nos exigences en terme de gestion des coûts ne sont pas non plus les mêmes. Dans la restauration commerciale, le restaurateur décide du prix, dans notre secteur, c’est le client. Un des enjeux principaux pour nous a été de convertir ces gens-là à des modes de travail différents. Dans le fonctionnement Sodexo, sur chaque site, un gérant a la responsabilité de la gestion financière et d’une équipe, avec ses cuisiniers et ses agents de service et de nettoyage, il est l’équivalent d’un general manager. A tous les niveaux, les investissements en formation atteignent des proportions assez largement supérieures à ce que nous avons l’habitude de faire. Mais ces efforts sont indispensables pour atteindre durablement le niveau de qualité requis.

C. : Et du côté de l’approvisionnement et des fournisseurs ? Ch. S. : La Chine est un environnement complexe, nous avons structuré notre activité et toute la chaîne d’approvisionnement derrière. Les achats sont gérés par un mixte d’équiqes régionales et centrales. Chaque jour, chaque site envoie sa commande à la centrale d’achat. La gestion des fournisseurs est entièrement sous la responsabilité d’équipes d’acheteurs qui s’assurent que les fournisseurs ont des produits de qualité et en quantité suffisante. Les gérants n’ont pas de relations directes avec les fournisseurs, sauf pour des produits locaux très spécifiques. Nous avons notre label qualité, une très grosse équipe d’audit « hygiène et sécurite » en interne. Les risques sont nombreux, la pression est donc très forte. Nous assurons une sécurité alimen-


A la table des Chinois 中国人的餐桌 taire de niveau international, il n’y a pas de compromis possible là-dessus. C’est pourquoi nous avons des équipes en interne et nous auditons nous-mêmes nos fournisseurs en permanence. Bien sûr, nous ne travaillons pratiquement qu’avec des fournisseurs certifiés par les autorités chinoises et il est plus contraignant pour les fournisseurs de travailler avec des sociétés comme nous qu’avec des restaurateurs commerciaux. Mais là encore, c’est gagnant-gagnant. Aujourd’hui, certains fournisseurs et certains clients utilisent leur partenariat avec Sodexo comme référence pour asseoir leur image. Un propriétaire immobilier qui nous confie son restaurant d’immeuble utilisera facilement l’image de Sodexo comme garantie d’un certain standing auprès de ses propres clients.

C : Qu’a de spécifique votre offre de menus en Chine ? Ch. S. : : Il faut distinguer les menus, et les recettes qui composent les menus. Pour élaborer les menus nous tenons compte d’un certain nombre de paramètres, parmi lesquels les aspects nutritionnels, les besoins des employés, les différents modes de préparation et de cuisson. Les menus sont donc relativement homogènes. Mais, nous travaillons sur 580 sites dans 30 villes, principalement concentrées sur la Côte Est (Wuhan étant la plus à l’ouest) et dans l’élaboration des recettes, nous prenons en compte les spécificités régionales. Avec les mêmes ingrédients de base, on peut cuisiner des plats assez différents qui correspondent aux attentes et aux goûts particuliers à tel ou tel endroit. La question centrale qui détermine notre offre est celle du coût et celle de l’environnement. Les entreprises chinoises prennent largement en charge les repas pris sur le lieu de travail. Plus on est dans un environnement de cols bleus, plus c’est subventionné par l’entreprise. Dans les usines, nous proposons exclusivement de la cuisine traditionnelle chinoise. Dans les entreprises de cols blancs, la marge de manoeuvre est plus large et, dans les mégapoles, les salariés qui participent souvent financièrement à leur repas, ont des attentes plus diverses.

Propos recuei l lis pa r Soph ie L averg ne

团体餐饮行业的先锋索迪斯 餐饮服务专家索迪斯集团于1995年进入 中国,目前拥有13000名员工和586个营 运点,2008年营业额超过10亿元。作为 在华企业的先锋,索迪斯致力于餐饮专 业化服务已有十余载,如今树立了一种 模式。索迪斯大中国区总裁苏礼贤回顾 了公司的发展历程。 《联结》:索迪斯是如何在中国发展起 来的? 苏礼贤:我们仅仅是在组织上发展了 而已——签订了一些服务合同,有了一 些客户。我们依靠分布在世界80个国家 的索迪斯集团的国际经验,从一开始, 就锁定了专业化服务的目标,并坚持严 格的质量要求。在中国,我们的主营业 务是团体餐饮——1998年启动的索迪斯 服务券和服务卡业务量还不大。最先是 一些驻华外企(益普生,施耐德,阿尔 斯通和罗地亚)信任我们,接下来我们 开始与中国企业签订合同。学校餐厅的 管理发展过程也是如此:首先是一些国 际学校,然后是一些中国公立学校。现 在,我们也与一些中国的医疗机构进行 合作。 我们的服务合同在世界各地都是统一 的。客户为我们提供厨房和餐厅,我们 来经营整个餐厅,包括食品供应、服务 人员的管理、客户对服务人员的满意度 等。企业餐厅的外包在中国尚不发达, 发展潜力很大,其成功需要建立在信任 和长期合作的基础上。在我们的行业 内,中国企业还没有太大影响,竞争非 常本地化或者区域化,国际企业(主要 是英国和美国的)已经有了。 《联结》:在中国,尤其是培训方面, 你们做了哪些努力? 苏礼贤:培训投资一直投入得很多。我 们刚来的时候,找不到经过培训的员 工,我们是第一批来到中国的餐饮服务 外包企业。专业的团体餐饮服务与商业 性餐饮服务的商业模式有本质的区别。 比如说,厨师只知道商业性餐饮的模 式,即菜谱丰富,但是变化很小,而在 我们这里,菜谱每天都要换。我们在成 本管理方面的要求也不尽相同。在商业 性餐饮领域,客户决定价格,而在我们 的领域,提供服务的公司决定价格。我 们的主要挑战之一是让这些厨师能够适 应不同的工作模式。

索迪斯的运营模式是:在每个营运点设 一名管理者,负责财务和员工管理。 包括厨师和清洁人员,他相当于一名总 经理。从各个层面来看,培训投资所占 的比重大大超出了我们通常所做的。然 而,为了达到要求的质量水平,这些付 出是必需的。 《联结》:关于食品供应和供应商呢? 苏礼贤:中国的环境比较复杂,我们建 立了自己的业务和后方供应链体系。 采购由各地和总部的员工共同管理。 每天,各个运营点把订单发给采购中 心。供应商的管理则完全由采购团队负 责,确保供应商提供数量充足的优质产 品。员工餐厅的管理者同供应商没有直 接联系,除非是一些特殊的当地产品。 我们有自己的质量标签,以及一支庞大 的“卫生和安全”的检查队伍。风险很 多,因此压力很大。我们的食品安全能 够达到国际标准,在这方面不打折扣。 因此,我们有内部的团队经常对供应商 进行检查。当然,我们仅与中国政府认 证合格的供应商合作。对于那些供应商 来说,同我们这样的公司合作比同那些 商业性餐馆合作更受约束。但这是双 赢。今天,一些供应商和客户用他们同 索迪斯的合作关系作为树立自己形象的 参考。委托给我们管理餐厅的一个房地 产商将使用索迪斯的品牌形象作为向客 户提供的有力保证。 《联结》:你们在中国提供的菜谱有什 么特别之处? 苏礼贤:应该区分菜谱和构成菜谱的菜 品。在编写菜谱时,我们会考虑一些参 数,其中有营养指标和职工需求。因 此,菜谱相对一致。 我们在中国30个城市开设了586个营运 点,主要集中在东部沿海(武汉是最西 部的城市)。在我们编写菜谱的过程中 也会考虑地区的特点。用同样的配料, 我们可以烹饪出完全不同的菜肴,符合 不同地方的特殊要求和口味。 决定我们饭菜供应的核心问题是成本和 环境。中国企业大多承担员工的工作 餐,越是蓝领阶层,企业给予的就餐补 贴越多。在工厂里,我们仅提供传统的 饭菜。在白领工作的公司,我们活动的 空间更大。大城市里,自己承担餐费的 员工对饭菜的要求越多。

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DOSSIER

专栏

Apparue en Chine dans les années 1990, l’agriculture biologique n’a été dotée d’un cadre réglementaire et d’un standard national qu’en 2005. Depuis, elle s’organise peu à peu à mesure que se développe le marché intérieur.

Le bio se heurte au manque de connaissance et de confiance des consommateurs.

La Chine s’éveille au « bio » Choux chinois, fenouil, viennoiseries maison, raisins turcs, avoine bavarois, vin et couches-culottes pour bébés, le magasin de la Beijing Organic Farm, une entreprise pékinoise créée en 2000 par Mme Chen Conghong, ancien fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, est bien achalandé. Soixante variétés de fruits et légumes sont cultivées dans six fermes du pays et certifiées par l’organisme chinois OFDC1, tandis que les produits transformés sont importés d’Allemagne ou encore d’Australie. Principaux débouchés : les supermarchés étrangers et chinois, ainsi qu’une clientèle directe d’expatriés conquise récemment via Internet. Si le magasin de Mme Chen, situé au rezde-chaussée d’un mall de Chaoyang, attire à 70% une clientèle étrangère, ce n’est pas le cas d’Etiandi, petite échoppe bio du cen62 Connexions / mai - juin 2009

tre de Pékin. Ouvert début avril, le magasin offre une gamme de produits plus limitée et en partie importée, comme des flocons d’avoine de Taiwan. Zhonyi Chen, le gérant, compte essentiellement sur une clientèle féminine et chinoise, âgée de 25 à 40 ans. Micro-marché à l’échelle du pays, avec moins de 1% de la production agricole totale en 2007 selon l’un des principaux organismes certificateurs chinois COFCC1, le bio est d’abord réservé aux consommateurs des grandes villes et de la côte Est. Cindy Yin peut en témoigner. Employée chez Lohao, une chaîne de magasins pékinois connue pour avoir intégré du bio dans ses rayons, elle estime que ses clients sont suffisamment informés pour comprendre le concept. « Certains achètent bio par prudence, surtout depuis le scandale du lait contaminé ».

Montée en puissance Pourtant, même si les produits bio font encore figure de niche en Chine, ce n’est pas le cas à l’échelle mondiale. En 2006, l’empire du Milieu se plaçait en troisième position en quantité d’hectares certifiés, derrière l’Australie et l’Argentine, avec 3 millions de tonnes de produits bio. Le développement de la production a été fulgurant : entre 2000 et 2006, la Chine est passée du 45e au 3e rang mondial. La demande étrangère, mais aussi l’attrait de prix 3 à 5 fois plus élevés que les produits conventionnels, ont poussé les entrepreneurs à se lancer. Selon le COFCC, la Chine comptait 2,1 millions d’hectares certifiés en 2006, pour un chiffre d’affaires de 560 millions d’€ sur le marché intérieur et 260 millions d’€ à l’export. Alors qu’auparavant le marché à l’expor-


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A la table des Chinois 中国人的餐桌

消费者缺乏对有机食品的了解和信任

tation dominait, le marché intérieur a aujourd’hui pris le relais, de manière un peu désordonnée. D’après le rapport du EU-China Trade Project2, les entreprises chinoises qui se sont lancées sur le marché local manquent en effet souvent de stratégies claires sur le prix de vente, le marketing ou le circuit de distribution. Du fait du manque d’information sur le marché, « plus de 40% des produits vendus l’ont été sous une étiquette conventionnelle, étant donné que le volume des produits certifiés pour le marché chinois dépasse celui des produits vendus », observe Zejiang Zhou, représentant de l’IFOAM3 en Chine. Dans ce contexte d’effervescence, les acteurs étrangers voient eux aussi des opportunités commerciales. C’est le cas à Pékin de Romuald Pieters. Directeur d’une société de conseil spécialisée dans l’agriculture et le développement durable, SDAC, il souhaite créer sa ferme bio. « Comme les revenus vont en augmentant, et que les consommateurs sont de plus en plus

préoccupés par l’environnement et la dié- China Trade Project évoque également, tétique, les grandes villes ont compris les tout en se montrant optimiste pour l’aveopportunités du marché et investissent des nir, le risque qu’une minorité d’acteurs soit millions d’euros dans les fermes bio », ex- tentée, sous pression financière, de ne pas plique-t-il. De fait, il n’existe se conformer aux critères. aucune politique nationale « Si le bio est Dans ses conclusions, le rapd’encouragement du bio, et port dresse une liste d’éléencore un les aides sont plutôt le fait ments auxquels la Chine micro-marché à des gouvernements locaux. devra s’atteler pour assurer L’organisation de la troisiè- l’échelle du pays l’avenir du secteur  : à savoir me foire internationale du […], l’empire du une meilleure information bio en mai à Shanghai4, n’a Milieu se place des consommateurs, un rien d’anodin. Le directeur en troisième vrai travail marketing vigénéral Alex Bartkus attend position mondiale sant à renforcer la viabilité 250 exposants cette année, en quantité financière des entreprises du bio, et enfin une améliocontre 180 en 2007, et des d’hectares ration du niveau technique stands étrangers en hausse certifiés bio.» de la production et de l’exde 20%. « Il y a de plus en pertise, afin d’éviter que les plus de variétés de produits et de points de vente, explique-t-il. certificateurs ne soient amenés à endosser On parle même de l’apparition de zones le rôle de conseillers techniques. S’il en est géographiques dédiées à l’agriculture bio- encore à ses débuts et s’il ne sera jamais une alternative à l’agriculture conventionlogique. » Après des années de concurrence entre l’ex nelle du fait de la pression à la production SEPA (actuel ministère de l’Environnement), qui existe sur les terres, le bio chinois est et le ministère de l’Agriculture, des normes pourtant amené à se développer pour de production et de certification nationales satisfaire la demande d’une frange de la ont été définies en 2005. En charge pour le population urbaine aisée, et parmi elle, les CNCA5 de superviser la certification et l’ac- cadres du parti. Hélène Duv ig neau créditation. Au total, vingt certificateurs na1 China Organic Food Certification Centre tionaux étaient accrédités en 2008, dont le 2 Organic agriculture in China-Current situation and COFCC, l’OTRDC et l’OFDC qui se partagent challenges- rapport du EU-China Trade Project May 2008, à télécharger sur www.euchinawto.org 72% du marché, ainsi que quatre organis- 3 International Federation of Organic Agriculture Food Development Centre mes internationaux, dont Ecocert, qui a cer- MovementsOrganic 4 Biofach, du 27 au 29 mai 2009 tifié les produits de près de 200 entreprises 5 Certification and Accreditation Administration of China depuis 2005, à 70% pour l’export. Depuis les premiers thés bio exportés dans les années 1990, la filière s’est diversifiée avec des BIOFACH Du 27 au 29 mai dernier, légumes, des fruits, et des céréales, mais a eu lieu pour la troisième année elle comporte encore peu de produits consécutive le salon Biofach Chine. transformés. Les principaux clients sont Ce salon d’origine allemande est le les grandes surfaces, quelques magasins grand rendez-vous des amateurs de dédiés, ainsi que des organismes d’état. produits organiques. Malgré la crise, il Manque de confiance a rassemblé à Shanghai plus de 10 000 Pourtant, malgré ces avancées, le bio visiteurs, une performance supérieure chinois est confronté à bon nombre de de 13% à celle de 2008. 238 exposants défis. Au premier rang desquels le manchinois ou internationaux venus de 12 que de connaissance et de confiance des pays ont présenté leurs produits deconsommateurs. Pour Paul Kledal, de l’Insvant un public attentif et plutôt bien titut de l’Alimentation de Copenhague, « le informé. Un programme spécial en bio souffre avant tout de sa nouveauté et de la concurrence de labels plus anciens, direction des familles, « The first Or“nourriture verte“ et “sans pesticides “, qui ganic baby », a particulièrement attiré l’attention des visiteurs. créent une certaine confusion dans l’esprit du consommateur. » Le rapport du EU-

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DOSSIER

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专栏

La croissance des produits importés est liée à l’occidentalisation du mode d’alimentation hors foyer.  进口食品消费的增加与外出就餐模式的西化有关

Produits importés : consommation en hausse Sinodis, entreprise devenue en quinze ans leader des produits agro-alimentaires importés en Chine, partenaire officiel des JO de Pékin pour l’approvisionnement du village olympique, compte aujourd’hui 200 employés, importe plus de 1 000 produits agro-alimentaire et sert 2 000 clients professionnels en Chine. Jean-Pierre Chessé, CEO et fondateur de Sinodis, revient sur sa stratégie et analyse les tendances du secteur.

Connexions : Quelles pratiques spécifiques avezvous mises en place ? Jean-Pierre Chessé : Nous importons des produits agro-alimentaires que nous distribuons en exclusivité sur la Chine en contrôlant la chaîne de A à Z. Nous prenons les produits directement à l’usine, ou rendus transitaires dans le pays d’origine, nous gérons le transport, aérien ou maritime, le passage en douane et auprès des autorités sanitaires, l’étiquetage des produits, leur entreposage (nous avons 4 entrepôts en Chine à 4 températures –18°, 5°, 17° et ambiant) et enfin, le transport en Chine avec 64 Connexions / mai - juin 2009

nos camions et nos équipes de livraison. Nous gérons ainsi notre propre chaîne du froid. La maîtrise complète de cette chaîne est capitale pour une bonne gestion de notre inventaire et pour garantir la qualité de produits. Par ailleurs, comme nous achetons directement aux fabricants, tous les produits sont faits sur commande, non pas pris sur du stock existant. Ils sont frais à leur départ et quand ils arrivent en Chine, leur durée de vie est plus longue. Plus de 2 000 produits, des flots aériens et maritimes réguliers, la logistique de l’ensemble est complexe et nécessite un vrai savoir-faire dans la gestion du flux de produits. Les inventaires tournent très rapidement, l’utilisation des systèmes informatiques SAP nous permet une totale visibilité des flux. Quant à notre positionnement sur le marché, nous avons opté pour une offre très variée : des produits laitiers, de l’épicerie, des ingrédients pour la boulangerie-pâtisserie et des produits gourmets. Nous importons 50% de produits finis et 50% d’ingrédients. C’est un avantage par rapport à nos prin-

cipaux concurrents qui représentent bien souvent une seule gamme de produits. Passer par nous est pratique : un seul interlocuteur est nécessaire pour différents types de produits.

C. : Qui sont vos principaux pays fournisseurs ? Comment sélectionnez-vous les produits pour la Chine ? Subissent-ils des adaptations pour le marché chinois ? J.-P. C. : Nous sourçons les produits dans plus de 14 pays différents, principalement en Europe. Notre pays phare reste la France, viennent ensuite l’Italie, la Suisse, l’Angleterre, puis l’Australie et la Nouvelle-Zélande dont les volumes augmentent de manière très significative ces derniers temps. Le repérage d’un produit prend de six à douze mois, il faut s’assurer qu’il y a un véritable potentiel (études de marché) et que le fournisseur est sérieux et engagé, c’est-àdire prêt à nous soutenir dans la promotion en Chine. Les marques que nous lançons viennent avec un budget communication. Inutile de lancer un produit sans promotion de la marque, le plus efficace restant la dégustation en magasin. Pour ce qui est des ingrédients à usages professionnels,

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A la table des Chinois 中国人的餐桌 进口食品:消费量增加 西诺迪斯食品有限公司在15年的时间里成 为中国进口食品业的佼佼者,并成为北京 奥运会奥运村食品供应的官方合作伙伴。 目前公司在中国拥有200名员工,平均每 周进口1000种食品,向2000名专业客户供 货。西诺迪斯的总裁和创始人谢思杰向我 们谈起了公司的发展策略,并分析了行业 的发展趋势。 《联结》:西诺迪斯公司采取了何种特殊 的经营策略? 谢思杰:我们对自己进口的食品拥有在中 国市场上的独家代理权,并完全控制整 个代理过程。我们直接在工厂或者原产国 转口提货,负责产品的运输(空运或海 运)、报关、卫生检查、贴标签及仓储 (我们在中国有4个不同的温控仓库, 温度分别控制在-18°、5°、17°和常 温),最后在国内的运输是用我们的卡车 和人员就地完成的。我们有自己专门的冷 冻保温措施。具备这样的冷冻保温措施对 有效管理库存及确保食品安全至关重要。 另外,由于我们直接从食品生产商那里采 购,所有的产品都是先订货后生产,而 不是从存货中提取。产品在发货时都很新 鲜,因此抵达中国后,保质期限较长。 2000多种产品定期的空运或海运,整个物 流工作非常复杂,在产品进出的管理方 面需要很强的能力。库存流动得很快, SAP系统的使用让我们能够清晰地掌握产 品进出的全过程。 至于市场定位,我们选择了品种丰富的 供应模式:奶制品、干货、面包糕点的 配料及精美食品。我们进口50%的成品和 50%的配料,同我们的主要竞争者相比, 这是一个优势,通常他们只有一个品牌或 一个系列的产品。从我们这里订货非常方 便:仅从一家供应商就能获得不同种类的 商品。 《联结》:你们的主要供货国家有哪些? 你们如何选择向中国供应的产品?这些产 品是否为适应中国市场而进行一些调整? 谢:我们的产品来自14个不同的国家,主 要在欧洲。产品主要还是来源于法国,其 次是意大利、瑞士、英国,还有澳大利亚 和新西兰,最后两个国家的产品进口量最 近增幅很大。 一项产品的销路好坏需要观察6至12个 月,应该保证产品具有真正的潜力(通 过进行市场调研),供货商需要非常认真 和全力投入,即准备好支持我们在中国的 营销。我们引入的品牌都有很高的宣传预 算。如果没有事先宣传品牌就将产品投入

市场是没有用的,最有效的方式是在商 店开展产品的品尝活动。对于专业用途 的配料,我们公司里的三个厨师会为我 们的客户和团队提供培训,介绍如何使 用这些配料。用于出口与用于在原产国市 场内销的产品具有相同的特点,出口到中 国的总统牌卡门贝奶酪与在法国销售的一 样。没有进行口味上的调整。 《联结》:你们在华的主要客户有哪些? 谢:我们以前是从大型零售业入手。家乐 福进入中国时需要一系列进口产品并委 托我们进行管理。然后我们的业务向多样 化发展。我们的策略是触及所有进口产品 的消费者,小零售商及专业人士。目前, 我们60%的客户为餐饮企业(酒店、餐 厅、航空公司、聚会、面包房和连锁糕点 店),40%的客户为大型零售企业(超市 和百货商场)。从价值角度考虑,这样的 客户比例分配有些倒置。我们是餐饮业领 先的供货商,因为我们的产品系列覆盖面 广,适应性强。如果客户想买法国黄油、 意大利面和澳大利亚酸奶,在我们四个仓 库里总能找到这些产品。我们能够根据要 求提供可选择的产品。 《联结》:对中国消费者来说,购买进口 产品的标准是什么? 谢:进口产品仅占中国食品消费的很小一 部分,但其消费量却随着人们在餐厅饮 食模式的西式化而增长。近十年来,中国 人在外就餐较在家就餐有了更大的变化。 中国的消费者非常忠实于在家吃饭的传统 模式,但在外就餐更具吸引力。伴随着国 际连锁零售、餐饮业的发展,西式食品越 来越受欢迎。然而价格仍是购买的根本标 准。大众食品只有低于20元,才能有触及 中国消费者的潜力。跨越了这道门槛,进 入中国市场的前景便会减弱,这使得供应 的商品只能集中在一些产品上。加上运费 和关税,进口产品的价格很快比原产地的 价格高出许多,尽管近来这一趋势已不太 明显。进口产品和本地产品的价格差距缩 小——人民币升值使进口产品的价格降 低,同时中国食品的价格有所上涨。 在选取产品时,我们非常关注价格。我 们刚开始销售一种从澳大利亚进口的橙 汁,价格低于20元,这是正在发展的产品 系列。中档产品仍保持增长,购买这些产 品的主要是外国消费者,还需要更多的时 间来触及中国消费者。高档商品的销量不 大,部分原因归结于没有商店为这些产品 做宣传,甚至在北京或上海都没有。精美 食品主要销售给高档餐厅和酒店。 《联结》:您如何看待进口食品消费的发 展? 谢:进口食品的消费随着生活方式的改变

及新需求的出现而变化,通常体现在实 用方面。我们把宝押在速冻食品上,特 别推出了美康冷冻薯条。白领们越来越 寻求方便的食品,无需长时间的准备。 在未来的五年内,速冻食品的消费将会 增加。中国市场上还没有进口的半成品 食品 ,或是进口量微乎其微——百味来 不断创新它的意大利面和加热即食的比 萨饼。如果“打开,放在微波炉里加热 5分钟,便可吃到肉和蔬菜”的模式保持 其竞争力,其发展前景将非常广阔。不 到15元、遍布所有便利店的中国半成品 菜标志着此类食品时代的到来。 一切有关营养的“绿色”、“有 机”、“健康”食品也将得到很好的发 展。这也是全球的发展趋势。 《联结》:在这种情况下,西诺迪斯的 发展大方向是怎样的? 谢:去年,爱德蒙得洛希尔私募股权基 金小额入资我们公司。对我们来说,这 些额外的资金可用于投资完善的物流系 统和不同温度调节的高级仓库,就像我 们刚在上海建立的仓库。为了真正在中 国建立起食品经销的标准,我们还将通 过ISO认证和HACCP体系(危害分析的 临界控制点,HACCP体系是国际上共同 认可和接受的食品安全保证体系)加强 质量控制过程。在我们供应的产品中, 增加了越来越多来自跨国食品公司或中 国高档食品公司的产品,前者在中国已 经有自己的食品加工厂,后者则希望通 过我们的经销网络推广其产品。比如, 我们开始销售在中国生产的达能酸奶。 最后我们来谈谈西诺达斯的品牌和标 志。这出现在我们所有的商品上,然而 现在还没有实际的知名度。解释这个 标志的含义将为我们管理的产品增添 附加值,对消费者来说这将是安全和 品质的标志:西诺达斯食品精选自著名 的生产商,遵循十分严格的国际标准, 有监控措施(确保产品直接从生产商处 采购),并在安全的冷冻保温措施下管 理。这项工作需要花些时间,但是人们 对卫生和健康的重视程度越来越高……

西诺迪斯的畅销食品有:

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总统牌牛奶(法国) 卡拉佩利特初榨橄榄油(意大利) 奶酪火锅(法国) 制作糕点专用巧克力(瑞士) 艾美牌酸奶(瑞士) 欧宝麦片(英国) 可达怡调味粉(奥地利) 百味来细条通心粉(意大利)

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DOSSIER

专栏 ••• trois chefs en interne assurent des

Sinodis, en bref Les produits best-seller : - Le lait PRESIDENT (France) - Les pates BARILLA (Italie) - Le beurre WESTLAND (Nouvelle Zeland) - L’huile d’olive CARAPELLI (Italie) - Les fromages fondues BEGA, PRESIDENT (Australie, France) - Le chocolat professionnel VALHRONA pour la pâtisserie (France) - Les yaourts EMMI (Suisse) - Les céréales ALPEN (Angleterre) - Les épices de KOTANYI (Autriche)

Les nouveautés : - Les crèmes glacées LA ROSE DES VENTS (France) - Les biscuits BALSEN (Allemagne) - Les yaourts DANONE (Chine) - Le jus d’orange GOLDEN CIRCLE (Australie) - Les confitures à l’ancienne d’ANDROS (France) - Les confitures WATTS (Chili) - Les conserves et huiles de truffes TARTUFITALIA (Italie) - Les bries et camembert COEUR DE LION (France) L’image :

Ce logo qui figure sur tous les produits importés par Sinodis va faire l’objet d’une campagne de communication. Jean-Pierre Chessé précise : « Expliquer ce que signifie ce logo donnera une valeur ajoutée aux produits que nous distribuons. Ce sera une sorte de label de sécurité et de qualité pour les consommateurs Chinois et étrangers : les produits Sinodis ont été sélectionnés chez les grands producteurs qui suivent des standards internationaux extrêmement exigeants, ils ont une traçabilité (assurance de produits sourcés directements aux fabriquants) et sont gérés dans une chaîne du froid sécurisée. »

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formations à nos clients et à nos équipes pour expliquer comment utiliser nos produits et pour les aider à developper de nouvelles recettes. Les produits fabriqués pour l’exportation présentent exactement les mêmes caractéristiques que ceux destinés au marché intérieur d’origine, un camembert Président fabriqué pour la Chine, est identique à celui vendu en France. Il n’y a pas d’adaptation du goût.

C. : Qui sont vos principaux clients en Chine ? J.-P. C. : Historiquement, nous avons commencé avec la grande distribution. A son arrivée en Chine, Carrefour avait besoin d’une gamme de produits importés et nous en a confié la gestion. Ensuite nous nous sommes diversifiés. Notre stratégie a été de toucher tous les consommateurs de produits importés, petits détaillants et professionnels. Actuellement, notre clientèle est composée à 60 % d’entreprises du Food service (hôtels, restaurants, compagnies aeriennes, boulangeries, et chaînes de pâtisseries) et à 40% d’enseignes de la grande distribution (Hypermarchés, supermarchés et department stores). En valeur, la répartition est à peu près inverse. Nous sommes leader sur le segment Eureka (restauration hors foyer) parce que notre gamme de produits est très large et adaptée. Si un client veut du beurre français, des pâtes italiennes et du yaourt australien, les produits sont disponibles sur nos quatre entrepôts. Nous avons la capacité de servir à la carte en fonction des demandes.

C. : Quels sont les critères d’achat de produits importés pour les consommateurs chinois ? J.-P. C. : Les produits importés représentent une part épsilon des produits agro-alimentaires consommés en Chine, leur consommation croît néanmoins avec l’occidentalisation du mode d’alimentation hors foyer. Les comportements alimentaires hors foyer connaîssent depuis 10 ans des mutations beaucoup plus importantes que la consommation en foyer. Les consommateurs chinois sont très fidèles à leur cuisine traditionnelle à la maison, mais beaucoup plus aventureux à l’extérieur. Les produits « western » qui sont arrivés avec le développement des grandes chaînes internationales de distribution et de restauration sont de plus en plus populaires. Mais, le

prix reste le critère fondamental d’achat. Un produit mass-market doit toujours être inférieur à 20 Rmb pour avoir un vrai potentiel de toucher le consommateur chinois. C’est un seuil au-delà duquel les perspectives de pénétration du marché chinois sont plus réduites, ce qui concentre l’offre sur quelques produits. Avec le coût du transport et les droits de douanes, les produits arrivent vite à des prix bien supérieurs à ce qu’ils sont sur leur marché d’origine, même si, ces derniers temps, cette tendance est moins frappante. Le différentiel entre produits importés et produits locaux se réduit — l’appréciation du Rmb entraîne une baisse des prix des produits importés et, dans le même temps, il y a une inflation des prix des produits chinois. Lors de la sélection des produits, nous restons très attentifs au prix. Nous venons par exemple de lancer un jus d’orange australlien inférieur à 20 Rmb et encore une gamme de confiture du Chili, nous élargissons donc notre offre sur cette gamme de prix. Les produits milieu de gamme restent en croissance, ce sont surtout les consommateurs étrangers qui les achètent, cela prendra plus de temps pour toucher les consommateurs chinois. Quant au très haut de gamme, il n’est pas encore significatif, en partie à cause de l’absence de magasins faisant la promotion de ces produits à Pékin ou Shanghai. Les produits « gourmets » se vendent donc principalement aux restaurateurs et hôteliers de luxe.

C. : Comment voyez-vous évoluer la consommation des produits agro-ailmentaires importés ? J.-P. C. : La consommation évolue avec les changements de modes de vie et l’apparition de nouveaux besoins, souvent d’ordre pratique. Nous misons sur les produits surgelés, avec le lancement des frites McCain et d’une gamme de pizzas surgelées, notamment. De plus en plus, les cols blancs recherchent des produits pratiques, sans préparation longue. Dans les cinq prochaines années, cela devrait augmenter. Il n’y a pas encore de plats préparés importés sur le marché chinois ou en quantité infinitésimale. La formule « on ouvre, on met au micro-onde 5 minutes et on mange viande et légumes » a un bel avenir si elle reste compétitive. L’arrivée de ce type de produits est annoncée par les plats préparés


A la table des Chinois 中国人的餐桌

C. : Quels sont vos grands axes de développement dans ce contexte ? J.-P. C. : L’année dernière le fonds d’investissement Edmond de Rotschild Private Equity China est entré en minorité dans le capital. Ces nouveaux moyens financiers nous permettent d’investir dans des systèmes logistiques perfectionnés, des entrepôts multi-températures très haut de gamme, comme celui que nous venons d’ouvrir à Shanghai. Nous renforçons encore les procédures qualité avec des certifications ISO et des systèmes HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point, méthode et principes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments) pour véritablement créer le standard de la distribution agro-alimentaire en Chine. Nous intégrerons aussi à notre offre de plus en plus de produits provenant de multinationales ayant des unités de production en Chine ou de sociétés chinoises de très haut de gamme qui veulent bénéficier de notre réseau de distribution. Nous avons par exemple commencé à distribuer les yaourts Danone faits en Chine. Enfin nous allons fortement communiquer sur la marque Sinodis et notre logo. Il figure déjà sur tous nos produits mais sans réelle visibilité aujourd’hui. Expliquer ce que signifie ce logo donnera une valeur ajoutée aux produits que nous distribuons. Ce sera une sorte de label de sécurité et de qualité pour les consommateurs chinois et étrangers : les produits Sinodis ont été sélectionnés chez les grands producteurs qui suivent des standards internationaux extrêmement exigeants, ils ont une traçabilité (assurance de produits sourcés directement aux fabricants) et sont gérés dans une chaîne du froid sécurisée. Cela prendra un peu de temps, mais les considérations d’hygiène et de sécurité alimentaire nous paraissent fondamentales et nous voulons apporter ces garanties à nos consommateurs…

Propos recuei l lis pa r Soph ie L averg ne

Une agriculture en mutation L’agriculture chinoise a entamé sa mutation. Sa part dans le PIB ne cesse de décroitre (11,3% du PIB en 2007 contre 20% en 1995). De même pour sa part dans la population active (39 % des emplois contre 52% en 1995). Toutefois en 2007, la Chine comptait encore 314 millions d’actifs dans le secteur primaire, soit 3 travailleurs pour un hectare. On estime l’excédent de main-d’œuvre agricole à 100 millions de personnes car la productivité du travail agricole est quatre fois plus basse que pour les activités non agricoles. Ce manque de productivité, qui entraine de très forts écarts de revenus entre ruraux et urbains — parmi les plus importants de la planète — laisse présager un exode urbain massif dans les années qui viennent. Avec un total de 9,6 millions des kilomètres carrés, la Chine est le troisième plus grand pays du monde. Les terres arables, en diminution constante ne représentent que 13,5% du territoire (122 millions d’hectares)— juste au-dessus de 120 millions d’hectares considérés par le 11e plan comme le seuil minimum pour assurer un niveau d’autosuffisance alimentaire. Son agriculture est dominée par les petites fermes (200 millions de fermes d’une taille moyenne de 0,6 hectares). La pauvreté rurale reste un problème important, 88 millions de ruraux en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1 dollar par jour en PPP). Les priorités du gouvernement en matière agricole restent la sécurité alimentaire (et non plus l’autosuffisance auquel le gouvernement a renoncé) et la lutte contre l’inflation, sachant que la part de l’alimentation reste très importante dans les budgets de la grande majorité des Chinois. Pour répondre à la demande alimentaire croissante, la Chine n’a d’autres choix que de s’assurer de meilleurs rendements et surtout de recourir aux importations, voire à l’achat de surfaces cultivables à l’étranger. Depuis 2001, le commerce agro-alimen-

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chinois que l’on trouve dans tous les convenience stores, à moins de 15 Rmb. Tout ce qui est diététique, les produits « bio », « organic », « healthy » devrait aussi connaître une belle croissance. Ce sont des tendances assez mondiales.

Les produits-clés de l’agriculture chinoise : le riz et les légumes frais. 中国主要的农产品有水稻和蔬菜

taire entre la Chine et le reste du monde a beaucoup augmenté, en particulier en ce qui concerne l’importation de soja (multiplié par six) et de coton et l’exportation de fruits et légumes. La Chine est devenue le troisième plus grand commerçant de produits agroalimentaires derrière l’Europe et les Etats-Unis. Elle importe des matières premières et revend des produits agricoles manufacturés en profitant de sa maind’œuvre bon marché. Elle économise ainsi deux biens rares : l’eau et la terre. Les produits-clés de l’agriculture chinoise sont le riz et les légumes frais. La Chine est le numéro 1 mondial pour dix produits : riz, légumes frais, œufs, maïs, blé, pommes de terre et patates douces, asperge, ail et tomate. La part du terrain cultivé consacrée aux céréales a baissé de 63% en 1991 à 50% en 2003, celle consacrée aux fruits et légumes a augmenté de 8 à 18%. La Chine est le leader mondial pour la viande de porc. La Chine est devenue un importateur net de produits agricoles depuis 2003. Son premier partenaire est les Etats-Unis mais les parts du Brésil et l’Argentine progressent. Elle envoie au Japon un quart de ses exportations mais sert aussi l’Union européenne (légumes déshydratés ou surgelés, graines et noix, jus de pommes, asperges préparées, cachemire) et les Etats-Unis. Actuellement, la Chine domine déjà plusieurs marchés : 83% de l’ail, 68% des légumes déshydratés et 61% des jus de pommes. A. G.

Connexions / mai - juin 2009  67


DOSSIER

专栏

Le 3 juin 2009, s’ouvrait le 136e magasin Carrefour de Chine — qui est aussi le 13e de Pékin. Pionnier de la grande distribution à son arrivée en 1995, Carrefour a gagné la confiance des consommateurs chinois et s’est imposé comme leader avec un million de clients par jour et 20 nouvelles ouvertures prévues cette année. 50% des marchandises présentes chez Jialefu proviennent du sourcing local. 家乐福50%的商品从当地采购

Carrefour, la place d’un role-model L’enseigne française, pour qui l’alimentaire représente 70% des produits vendus, a construit son succès en proposant des produits « de qualité à bas prix », en important des standards et des normes de sécurité alimentaire de niveau international. Retour sur les bonnes pratiques mises en place par Jialefu avec Aude Lesage, directrice Sécurité Alimentaire et Qualité de Carrefour Chine et Secrétaire générale de la Fondation Carrefour pour la sécurité alimentaire.

Connexions : Quelles sont les principales bestpractices qui ont fait de Carrefour le champion de la sécurité alimentaire ? Aude Lesage : Le contrôle qualité et la formation à la qualité sont au cœur de tout le processus. Au niveau national et local, une équipe de plus de 50 personnes en a la charge, à laquelle s’ajoutent des équi68 Connexions / mai - juin 2009

pes dédiées en magasin. Le contrôle du frais (produits les plus risqués) est draconien. Pour l’exercer, Carrefour dispose de 14 laboratoires (un par unité regionale, selon notre nomenclature interne) avec une batterie de 8 à 9 tests réalisables à tout instant : recherche de résidus de pesticides, d’additifs (clumbuterol dans le porc, nitrite dans les saucisses)… Les tests sont faits sur les produits à l’arrivée en magasin. Une vingtaine de produits sont analysés par jour, parmi les neuf catégories de produits sensibles (les fruits et légumes, les poissons et coquillages, le porc, le bœuf, les produits laitiers, les œufs, la viande séchée, les saucisses et les pâtes). En fonction des résultats, une procédure de retrait peut être déclenchée. Nous sommes les seuls aujourd’hui à avoir ce dispositif de « minilabs ». Nous communiquons sur ces contrôles auprès des consommateurs par l’affichage quotidien des produits-test

dans certaines villes. Pour ce qui est, plus en amont, de la sélection et du référencement des fournisseurs, nous faisons une série d’audits et nous exigeons de nos fournisseurs toute une série d’engagements avant de les référencer, le minimum étant la conformité avec la réglementation chinoise. C’est inscrit sur les contrats et non négociable. Nous rompons dès qu’il y a un problème. Auditer, c’est aussi une manière de faire de la pédagogie auprès des fournisseurs, de leur expliquer pourquoi nous leur demandons telle ou telle chose. A l’issue des contrôles, nos équipes hygiène et qualité travaillent avec eux. Récemment, nous avons trouvé, dans des champignons blancs, un blanchisseur qui s’est avéré provenir du packaging. Nous avons donc travaillé avec le producteur pour résoudre le problème. Il y a des cas de non-conformité qui tiennent de la malveillance, d’autres qui tiennent de l’ignorance. Nous avons également mis au point toute une batterie d’audits en magasin. Certains sont rapides pour aller à l’essentiel.


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家乐福:零售业的榜样

D’autres, plus longs, analysent chaque heure de la journée afin d’identifier les potentielles failles. Nous faisons énormément de formation. D’abord auprès des directeurs de magasin qui doivent être très impliqués dans la sécurité alimentaire. Ils doivent être convaincus du bien-fondé des mesures extrêmement contraignantes qu’ils ont à faire respecter. Les responsables de rayons (boucherie, boulangerie… ) reçoivent, eux aussi, une formation spécifique dans leur domaine. Ils doivent être capables de former à leur tour leurs employés. Ils signent ensemble une lettre d’engagement stipulant qu’ils connaissent et appliquent les règles Carrefour. Chacun est en face de ses responsabilités. Nos 50 000 salariés peuvent donc être formés aux règles de l’hygiène grâce aux outils de formation et de sensibilisation donnés à chaque chef de rayon. Bien sûr, nous suivons de très près les nouvelles réglementations au niveau national et régional chaque ville ayant ses propres règlementations. A chaque ouverture de magasin,

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2009年6月3日,家乐福在中国的第136家 分店开业,这也是家乐福在北京的第13家 分店。1995年进入中国市场的零售业先锋 家乐福已经赢得了中国消费者的信赖, 以每天一百万的客流量和今年预计新开的 20家分店成为当之无愧的领导者。家乐福 销售的食品占所售商品总量的70%,它的 成功是建立在提供物美价廉的商品以及引 进国际食品安全标准和规范的基础上,到 目前为止这在中国尚不存在。家乐福(中 国)食品安全及质量总监兼家乐福(中 国)食品安全基金会秘书长李鸥谈起了公 司的成功经验。 《联结》:你们有哪些优秀经验使家乐福 成为食品安全领域的领头羊? 李鸥:质量控制和质量培训是所有流程的 核心。在全国和地区范围内,有一个超过 50人的团队以及各店的专人负责此事。我 们对生鲜类食品(风险最大的产品)的控 制非常严格。家乐福有14个检验实验室( 每个地区一家),一套8-9个随时可以进 行的检测,用于发现农药残余物及添加剂 (猪肉中的瘦肉精、香肠中的亚硝酸盐) 等。商品入店时就就会被检测。每天分析 20多种商品,其中涵盖了9大类敏感商品 (果蔬、鱼类贝类水产品、猪肉、牛肉、 奶制品、蛋类、干肉、香肠和面食)。根 据检测结果,有的产品会执行下架程序。 我们是如今唯一拥有“微型实验室”机制 的企业。在一些城市,我们通过每天公示 被检验的商品将检测结果告知消费者。 在上游筛选和确定供货商阶段,我们做一 系列的审核。在定供货商之前,我们要 求他们做出一系列保证,最基本的条件 是符合中国的法规。这个要求也被写进合 同,没有商量的余地。一旦出现问题,我 们立即终止合作。审核也是一种教育供货 商的方式,向他们解释为什么我们有这样 或那样的要求。审核一结束,我们卫生和 质量团队与他们一起工作。最近,我们在 白蘑菇中发现了漂白剂,它们被证实是来 自外包装。于是我们同生产厂家一起解决 问题。有些不符合安全标准的情况是蓄意 的,而有些则源于无知。 我们还制订一套在店内的检测。有一部分 可以很快得出结果。其它的则耗时更长, 分析一天中的每个小时,以便鉴别潜在的 缺陷。 我们组织大量的培训。首先是针对店长的 培训,他们必须对食品安全负责。对需要 遵守的极具强制力的措施,他们自己必须 深信不疑。肉食、面食等柜台负责人也要

接受各自领域的专门培训,并且必须能够 培训自己部门的员工。他们共同签署了一 份责任书,规定他们了解并执行家乐福的 规章。每人都要面对自己的责任。 如上所述,正是由于传授给每个柜台负责 人培训的方法和意识,我们的5万名员工 能够得到食品卫生规定的培训。每个城市 都有自己的规章,我们要非常紧密地遵循 国家和地区的新规章。每开一家新门店, 我们都要围绕着工程做大量工作,以保 证商品进出的安全。超市是加工的场所, 我们在这里切肉,制作面包、饺子……因 此,我们要确保原料和成品永不交叉(原 料本身存在污染的风险)。 我们还有一套完善的汇报和轮换体系。我 们保持与各门店的沟通。在每个区域,店 长代表他所在的城市,领导并负责他区域 内的食品卫生问题。他每个月都去辖区的 所有门店视察一圈,同其他店长交流并报 告问题。 最后,我们保持着与集团总部的良好联 系。在家乐福全球的各个门店之间进行许 多的经验交流及互访,这些互动有利于保 证产品的质量。我们的经验还广泛地被竞 争对手采用。 《联结》:家乐福(中国)食品安全基金 会扮演什么样的角色? 李鸥:基金会成立于2004年,主要担负教 育的使命。作为食品安全领域的领导者, 我们希望为提高对食品安全问题的认识做 出自己的贡献。 我们针对消费者组织了“营养知识宣传 周”和“食品安全宣传周”,受到了顾 客的欢迎。专家和营养学家在店内解答消 费者的问题(主题比较简单,很多与孩子 有关)。我们分发加强食品管理措施的宣 传册,比如冷冻保温措施。去年,我们在 8个城市举办过10场这类活动。如今,我 们的门店成为中国连锁经营协会的中间 人,该协会在全国范围内开展了一个针对 孩子的食品安全教育活动(如洗手等)。 我们还为一些有关食品安全的电视节目提 供赞助。 基金会另一大任务是为农业生产者和地 方政府提供培训。在对一些小超市进行 了物流方面的培训之后,自2008年起, 我们根据当地的产品为农业生产者举 办了有关生产技术和安全方面的特殊培 训,让他们能深入了解肥料、杀虫剂等 相关知识。我们今年计划在全国举办 12次培训(2008年举办了4次)。这些培 训非常成功,已有4千多人接受了

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DOSSIER

专栏

Jialefu, le “must-know” Jialefu signfie littéralement “le bonheur dans la maison”. Le nom chinois de l’enseigne a largement contribué à sa renommée. Jialefu est un magasin de proximité, contrairement au modèle européen. Profil clients : 28% d’hommes et 72% de femmes, âgés en moyenne de 38 ans avec un panier moyen de 90 Rmb. Plus de 50% d’entre eux viennent faire leurs courses seuls. Les autres viennent en famille ou avec leurs amis. Ils viennent essentiellement à pied ou en bus (+ de 10 lignes de bus par magasin). La fréquentation est surtout quotidienne, axée sur les produits en promotion, les clients en sont informés par les magazines édités par Carrefour. Il n’est pas rare dès 8h, à l’ouverture, de voir d’énormes files d’attente venues pour les promotions, en particulier celles sur les œufs et le porc. Répartition des ventes : 70% des produits vendus sont des produits alimentaires, 55% d’épicerie, 15% de frais (le porc représentant la plus grosse valeur). Les 5 items alimentaires les plus vendus : les huiles, le riz, les alcools chinois, le lait et le lait pour bébé. Les nouveaux comportements : Forte croissance sur les vins et l’Asian Food (curry thaï, pâtes japonaises, sushi…). Les produits importés (1% des ventes en 2008) gagnent du terrain. Chez les jeunes, progression du prêtà-manger et des surgelés. Approvisionnement : 50 % des marchandises proviennent du sourcing local (surtout en frais), le reste est national ou international. Répartition géographique : Carrefour compte des magasins de Harbin à Shenzhen, en passant par Wuhan, Kunming et Changsha. L’implantation la plus à l’ouest est à Urumuqi (3 magasins). Les deux plus grosses villes sont Shanghai avec 19 magasins et Pékin avec 13.

70 Connexions / mai - juin 2009

il nous faut faire un énorme travail ••• autour de la construction pour que les flux de marchandises soient sécurisés. Les magasins sont des lieux de production : on y coupe la viande, on y fabrique le pain, les jiaozi…Nous veillons donc à ce que les flux entre matières premières et produits finis ne se croisent jamais (les matières premières étant par nature à risque, potentiellement contaminantes). Nous avons également un système de reporting et de relais sophistiqué. Nous communiquons en permanence avec les magasins. Dans chaque unité régionale, un directeur de magasin sert de référence pour sa ville, il est le “pilote”, responsable du frais de l’hygiène pour sa zone. Chaque mois, il fait la tournée des magasins de son unité, échange avec les autres directeurs reporte sur les problèmes. Enfin, il y a une belle connexion avec le groupe, beaucoup d’échanges de bonnes pratiques et des visites mutuelles dans les Carrefour du monde entier, ce qui permet de garantir la qualité des produits. Nos pratiques sont d’ailleurs largement copiées par nos concurrents.

Connexions : Quels sont le rôle et la place de la Fondation Carrefour Chine pour la sécurité alimentaire ? A.L. : Créée en 2004, la Fondation a une vocation essentiellement pédagogique. En tant que leader de la sécurité alimentaire, nous souhaitons contribuer à l’amélioration des connaissances face aux problèmes. Vis-à-vis des consommateurs, nous organisons des « semaines de la nutrition » et des « semaines de la sécurité alimentaire » que les clients adorent. Dans les magasins, des experts et des nutritionnistes répondent aux consommateurs (les sujets sont assez simples, beaucoup tournent autour des enfants). Nous distribuons des dépliants de sensibilisation sur la traçabilité, la chaîne du froid… L’année dernière, nous avons organisé 10 événements de ce type dans 8 villes. Actuellement, nos magasins servent de relais à l’Association chinoise des franchises (CCFA) en charge de la production alimentaire qui mène une campagne nationale d’éducation alimentaire à destination des enfants (se laver les mains…). Nous sponsorisons aussi des programmes de télé sur la sécurité alimentaire. Une autre grande mission de la Fondation est de faire de la formation auprès des agriculteurs et les gouvernements locaux

de la Chine. Après avoir fait de la formation autour des petits hypermarchés sur les questions de logistique, depuis 2008, nous organisons des formations spécifiques auprès des agriculteurs, adaptées en fonction des productions locales, sur les technologies de production et la sécurité : connaissances approfondies des engrais, des pesticides… Nous en avons prévu douze cette année (contre 4 en 2008) sur toute la Chine. Ça marche très bien. Plus de 4 000 personnes ont déjà été formées. La Fondation organise aussi des séminaires réunissant fournisseurs et gouvernements locaux afin qu’ils dupliquent les bonnes pratiques, et des voyages éducatifs hors de Chine — en France, en Italie, au Brésil et en Espagne — pour montrer les meilleures pratiques. Les universitaires, les chercheurs chinois, ainsi que les membres du gouvernement en reviennent avec des idées nouvelles, parfois s’en servent pour légiférer. C’est un échange.

C. : Quels sont pour vous les gros chantiers en cours ? A. L. : Nous voulons commencer à

certifier nos magasins au systeme HACCP1. Nous commençons donc avec les villes de Shanghai et de Pekin. C’est une certification récente en Chine, pas encore obligatoire, mais encouragée par la nouvelle loi. Notre rôle c’est d’aller plus loin, de l’appliquer avant les autres. Certifier un magasin HACCP signifie que les employés, la construction et le flux des marchandises respectent les normes internationales de sécurité alimentaire. Pour la construction des magasins, ce n’est pas un souci. Nos magasins Chine sont conçus sur le modèle international Carrefour. Or en Europe et aux Etats-Unis, c’est un système obligatoire : tous ceux qui manipulent l’alimentaire doivent être certifiés ou travailler selon le modele HACCP. Le flux direct est assuré. Il nous reste à focaliser sur les managements qualité pour qu’absolument partout, les règles de sécurité alimentaire soient appliquées à la lettre. C’est un effort de sensibilisation, plus que de formation. L’objectif est que les employés comprennent quels sont les risques, les identifient, les contrôlent et réagissent au plus vite de manière appropriée. A terme, la certification HACCP sera obligatoire en Chine, c’est pourquoi Carrefour veut être leader, entraîner le mouvement et aider les

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A la table des Chinois 中国人的餐桌

Les promotions attirent les clients, en particulier celles sur le porc et les oeufs. 

培训。基金会还举办一些召集供货 ••• 商和地方政府的研讨会,使他们学习好 的经验,并组织他们到法国、意大利、 巴西、西班牙等地考察——展示那里的 优秀经验。中国的大学学者、研究人员 及政府官员能够带回新的想法,有的甚 至被用于立法。这就是交流。 《联结》:你们目前进行的大项目有哪 些? 李鸥:我们想给家乐福所有的门店做 HACCP体 系 1 认 证 , 先 从 上 海 和 北 京 开 始。这项认证在中国还属于新鲜事物, 目前尚未强制执行,但新出台的食品安 全法鼓励这样做。我们的责任是行得更 远,在实施HACCP体系上走在别人前面。 一个门店获得HACCP认证意味着其员 工、工程和商品的进出都符合食品安全 管理的国际标准。 我们不担心门店的工程建设,因为我们 在中国的门店都是按照家乐福的国际模 式设计的。而在欧洲和美国,HACCP体 系是强制执行的:所有从事食品生产加 工的机构必须获得HACCP认证或根据 它的原则来做。商品直接的进出已有保 证。我们现在要致力于质量管理,从而 保证食品安全法在所有地方都被严格地 执行。与其说是培训的努力,不如说是 增强意识的努力。我们的目标是让员工 了解什么是危害、如何识别和控制它们 并尽快采取适当的对策。 HACCP体系最终将在中国强制执行,因 此家乐福希望成为领头人,带领大家行 动,并帮助小企业为此做出努力。这当

然是一项浩大的工程,也就是我们内部 所说的“先行一刻钟”。 家乐福的另一个工作重心是发展从生产 者处的直接采购。我们于2007年底开始 响应中国政府号召,帮助小农业生产者 发展。中国的生产者和零售商之间存在 着庞大的物流链、平台和后续的中间 商。结果是,给农业生产者的采购价低 得可怜,而给消费者的购买价却高得离 谱。农民处境艰难,而中间商却获利丰 厚。家乐福决定带头向农业生产者直接 采购,这种做法有几大优势。对农业生 产者而言,采购价提高了10%到15%,对 消费者而言,购买价降低了10%到15%。 我们获得更新鲜的产品,供货时间从5天 缩短到1天。最后,这让我们有机会直 接接触小生产商。他们当中的大多数人 只有若干块小田地联合成为合作社。他 们有我们的招标细则,在质量上能够提 高一块。他们按我们的标准接受培训, 包括杀虫剂的使用、从外观看质量等。 当然还有质量控制,我们对农场进行检 测,解释我们的要求、允许做和不允许 做的事。这对小生产商而言是实实在在 的、自我提升的机会,也是中国切实需 要改进的最后一部分基础工作。我们的 目标是在2010年直接采购达到50%,我们 今年底应该就可以实现这个目标。我们 已经从果蔬产品入手,现在正在推进干 货的直接采购,还有畜产品。家乐福已 经投身到这项工作中,这是今年的重头 戏之一。

HACCP表示危害分析的临界控制点。这是一个关于食品安 全危害识别、评价和控制的体系。 1

猪肉和鸡蛋的促销更能吸引消费者

家乐福简介

家乐福字面意思是“家庭的幸福”。这 个法国品牌的中文名字极大地提升了家 乐福的知名度。与欧洲的模式不同,家 乐福是便利店。 一点小历史:家乐福集团于2006年在北 京庆祝其全球第1000家门店开业。 客户描述:28%的顾客为男性,72%为 女性,平均年龄38岁,平均消费90元。 过半数的顾客独自购物,其他的与家人 或朋友一起购物。他们主要步行或乘公 交车(每个门店都有10条以上的公交线 路能够到达)来购物。几乎每天来一 次,主要目标是促销商品,顾客通过卖 场的宣传单了解促销商品的信息。8点 卖场一开门,不乏见到为促销而来排起 的长队,尤其是肉蛋商品促销的时候。 销售比例:所售商品中70%是食品,其 中55%是食品杂货,15%是生鲜食品( 猪肉占最大比重)。 5种销量最大的商品:食用油、米、白 酒、牛奶和婴儿奶粉。 新的消费行为: 红酒和亚洲食品的销量(泰国咖喱、日 式面食、寿司等)大幅增加。 进口食品的销量逐渐增加(2008年占总 销售额的1%)。 在年轻消费者中,即食品和冷冻食品的 销量增长。 供应商:50%的商品在本地采购(尤其 是生鲜产品),其余的在全国或世界范 围内采购。 区域分布:家乐福的分店北起哈尔滨南 到深圳,中间有武汉、昆明和长沙。 最西边的位于乌鲁木齐(共3家店)。 两个最大城市上海和北京分别有19家和 13家分店

Connexions / mai - juin 2009  71


DOSSIER

专栏 petites entreprises à s’y mettre aussi. ••• C’est bien sûr un énorme chantier. C’est ce

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De plus en plus d’hypermarchés

Un marché en plein air où se succèdent de petites échoppes de viande exhibée sans réfrigération, des étals de fruits et de légumes en vrac… et, à quelques centaines de mètres de là, un sous-sol saturé d’air conditionné où des fruits sont proposés sous emballage luxueux à des prix très élevés et où l’on peut trouver toutes sortes de produits importés et de plats tout préparés (fromages, sushi etc.)… L’évolution de la distribution agroalimentaire reflète les mutations accélérées de la société chinoise et la diversité des goûts et des budgets. Ces dernières années, on observe une croissance exponentielle du nombre d’hypermarchés et de supermarchés chinois et étrangers qui se livrent à une concurrence acharnée, exacerbée par la crise économique. A la fin du premier trimestre 2009, la Mission économique de Pékin1 dénombrait 135 hypermarchés Carrefour dans plus de 21 villes, 40 magasins Auchan, 50 magasins Tesco, 37 Metro Cash & Carry. Walmart annonce 136 magasins en Chine. A côté de ces enseignes occidentales, les chaînes asiatiques connaissent aussi une progression importante. Les taiwanais Trust Mart (dans lequel Wal-Mart a pris des parts), RT Mart, Hi Mart disposent de plus d’une centaine de points de vente. La chaîne thaïlandaise Lotus (75 magasins) et la chaîne coréenne E-mart sont également présentes. Ces chaines, dans l’ensemble, offrent peu de produits importés, en moyenne environ 3 à 5% de leur chiffre d’affaires. Mais on compte de notables exceptions comme le magasin Carrefour Gubei à

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Shanghai, pour lequel les produits d’importations représentent 23% du chiffre d’affaires. Les enseignes chinoises connaissent également un fort engouement. Elles sont plus régionalisées, ce qui correspond aussi à une division territoriale dans les marques. Ainsi, le groupe shanghaien Bailian, deuxième distributeur chinois, dispose des chaînes Hualian Supermarkets (1 955 magasins) dont la plus grande partie se trouve dans la région de Shanghai, de Lianhua Supermarkets (3 649 magasins) et Shanghai Century Mart (1 660). A Pékin, le groupe Beijing Hualian qui a signé un accord de JV avec Fauchon, rayonne sur l’ensemble du pays alors que le groupe Wu Mart se développe surtout sur la région pékinoise avec 40 hypermarchés annoncés début 2009. A côté de ces super et hypermarchés, se sont développés, un peu à la manière des convenience stores japonais, des chaînes de magasins de proximité, chinoises, taïwanaises, hongkongaises ou encore françaises (Dia racheté par le groupe Carrefour), qui sont en plein essor depuis 2001. Elles doivent leur succès à la franchise. Ces chaînes offrent surtout des opportunités pour les produits alimentaires fabriqués en Chine (par exemple les yaourts Danone, les compotes Andros, le Coca-Cola, etc.) mais elles offrent encore peu de produits importés. Enfin les chaînes d’épicerie spécialisées (City shopping, Maxmile, Watson, Bonjour, Jenny Lou etc.), aux formules commerciales différentes suivant leur emplacement (Pékin, Shanghai ou Canton), proposent une gamme de produits alimentaires importés très large qui s’adresse à une clientèle aisée expatriée ou chinoise.

A . G.

Ubifrance, fiche de synthèse sur le marché des produits agro-alimentaires importés en Chine continentale. A noter les grands rendez vous pour présenter des produits importés A Shanghai, le salon SIAL www.sialchina.com , le FHC (Food and Hotel China) www.fhcchina.com, et le salon Bakery China en mai www.bakery-china.de 1

que l’on appelle en interne avoir le quart d’heure d’avance. L’autre grand axe de travail pour Carrefour est le développement des achats directs aux producteurs. Nous avons commencé fin 2007, suivant ainsi la volonté du gouvernement chinois d’aider les petits producteurs agricoles à se développer. En Chine, entre le producteur et le détaillant, il y a une énorme chaîne logistique, des plateformes et des intermédiaires successifs. Résultat : la quantité des produits en souffre, le prix d’achat à l’agriculteur est minimal et le prix de vente au consommateur est relativement élevé par rapport au prix initial. Les paysans sont dans la misère tandis que les intermédiaires s’enrichissent. Carrefour a décidé de prendre le leadership sur les achats directs aux agriculteurs ce qui présente plusieurs avantages. Pour les agriculteurs, les prix d’achat augmentent de 10 à 15%, pour les consommateurs, ils baissent de 10 à 15%. On gagne aussi en fraîcheur des produits, les temps d’approvisionnement passant de 5-7 à 1-3 jour. Enfin, ce système nous permet d’avoir un contact direct avec les petits producteurs qui ont, pour la plupart, de toutes petites parcelles réunies en coopératives. Ils ont nos cahiers des charges ce qui leur permet de monter d’un cran en qualité. Ils sont formés à nos standards : contrôles des insecticides, calibrage, aspect qualitatif… Il y a des contrôles évidemment, nous auditons les fermes et nous expliquons nos attentes, ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. C’est une réelle opportunité équitable pour les petits producteurs de s’améliorer, et de bénéficier d’un nouveau marché de masse en plein essor, un travail de fond sur le dernier pan de la Chine qui reste vraiment à moderniser. Notre objectif pour 2011 est de commercialiser 50% d’achats directs (niveau que nous ambitionnons d’atteindre déjà fin 2009 sur les villes de Shanghai et Pékin). Nous avons commencé avec les fruits et légumes, nous avançons avec les produits secs et les produits de la mer et n’excluons pas l’élevage. Carrefour s’engage économiquement et socialement dans le pays, c’est un des principaux chevaux de bataille de l’année.  Propos recuei l l is

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Hazard Analysis Critical Control Point, système qui identifie, évalue et maîtrise les dangers significatifs au regard de la sécurité des aliments. 1


Les fournisseurs chinois n’ont pas l’habitude d’utiliser des camions et des entrepôts réfrigérés.

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A la table des Chinois 中国人的餐桌

中国的食品供货商没有习惯使用冷冻卡车和仓库

Logistique agroalimentaire : parcours d’obstacles

Un pays gigantesque, des réglementations fluctuantes et des infrastructures à moderniser, la Chine peine en logistique à température contrôlée, mais la situation devrait s’améliorer.

Pour s’implanter sur l’alléchant marché chinois encore faut-il pouvoir acheminer correctement les produits vers les consommateurs finaux. Cette lapalissade ne fait pas sourire les transitaires en Chine spécialisés dans les produits « périssables » pour qui l’empire du Milieu s’avère aujourd’hui encore tout petit comparé au géant japonnais. Première difficulté, la législation chinoise sur l’import agroalimentaire est encore très vague, en constante évolution, et chaque port a sa propre réglementation. De plus certaines villes disposent de plusieurs ports et il faut savoir selon la nature du produit dans quel port importer pour bénéficier de formalités douanières plus souples « Cela implique que nous devions maintenir une relation quasi-permanente avec les autorités douanières locales et le CIQ (Chinese Inspection Quarantaine) » explique Stéphanie Héricher, manager Food and Beverage Grande Chine et Japon, chez le spécialiste du fret international Clasquin Shanghai. « Il est toujours possible de trouver une solution, mais il faut être au fait des dernières réglementations et pratiques qui peuvent prévaloir sur les lois pour choisir le meilleur port, la meilleure ville ou le meilleur aéroport pour importer ses produits : cela

demande une grande flexibilite » précise la responsable depuis quatre ans de ce secteur en Chine. Ce flou favorise aussi la contrebande : environ 30% des produits alimentaires entrent illégalement via Hong Kong où les taxes sont nettement plus faibles, voire inexistantes, comme pour le vin. Autre point noir local, les infrastructures logistiques pour l’import alimentaire restent sous-développées, en particulier pour la chaîne du froid. Les fournisseurs chinois n’ont pas l’habitude d’utiliser des camions et des entrepôts réfrigérés, et ils hésitent à investir pour se moderniser. De plus, l’Etat ne soutient guère un secteur bénéficiant finalement peu aux entreprises locales à l’inverse des produits alimentaires chinois voués à l’export. Dans ce domaine, des progrès ont été réalisés avec une forte modernisation des infrastructures de stockage et de transport dans les grandes provinces productrices du Yunnan, du Shandong et du Liaoning. « Pour l’import, nous commençons donc dans les grandes villes de l’Est avec des petits véhicules, mais nous sommes prêts à investir avec nos clients locaux à mesure que la marché s’élargit » note Stéphanie Héricher. Le marché chinois reste

en effet aujourd’hui limité, les importations se concentrant sur les vins et spitritueux qui représentent à eux seuls 70% des produits importés. Les importateurs de produits alimentaires, peu nombreux, ne connaissent pas une grande concurrence et des aliments basiques chez nous finissent vendus comme luxueux à des prix prohibitifs en Chine. Les compagnies étrangères sont donc peu enclines à investir en infrastructures logistiques par elles-mêmes sur un marché encore réduit, bien que tout le monde s’accorde sur une forte croissance future. « Nous nous attendons à une explosion de la demande en Chine depuis plusieurs années » précise la Française, installée sur place depuis 11 ans, « personne ne peut dire quand, mais il n’y a aucune raison que l’on ne connaisse pas ici la croissance observée sur des marchés plus matures comme le Japon ou Singapour. Le succès du vin est une des prémices de cette tendance ». Nul doute que le légendaire pragmatisme chinois permettra d’améliorer rapidement la logistique locale dès lors que les consommateurs seront devenus plus exigeants sur un marché plus vaste et plus rentable.

Nicola s Srid i Connexions / mai - juin 2009  73


DOSSIER

专栏

Hélène Hovasse, Attachée commerciale à la Mission économique, secteur agro-alimentaire.

de vin et de spiritueux (plus de la moitié de nos exportations agroalimentaires vers la Chine). Globalement, nous restons au huitième rang mondial des exportateurs de produits agro-alimentaires vers la Chine, avec 2,4% de part de marché, et au premier rang européen. La valeur de nos exportations augmente, mais nous avons encore de bonnes marges de progression puisque l’agro-alimentaire ne représente que 5,7% du total de nos exportations (contre 10% en moyenne dans les autres pays). Une des raisons de ce ratio plus faible est que la Chine importe encore beaucoup de matières agricoles brutes. Le Brésil, 2e exportateur derrière les Etats-Unis (23% de

C. : De quoi se composent nos exportations vers la Chine ? H. H. : La Chine est le 4e marché mondial du cognac. Pour le vin, la Chine représente désormais le 11e marché mondial et les exportations françaises connaissent des taux de croissance supérieurs à 50% depuis une dizaine d’années. La France reste

Exportations françaises en Chine de 2004 à 2008 Le premier poste : cognac : +127% La plus forte augmentation : les vins : +113% 2007 2006

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Source : douanes françaises/Ubifrance).

74 Connexions / mai - juin 2009

part de marché) a multiplié ses exportations de soja vers la Chine par six en six ans. La Chine est également devenue un pays de transformation qui importe des matières premières alimentaires brutes, qu’elle transforme et revend en profitant du bas coût de la main-d’œuvre pour les cultures maraîchères, fruitières, pour l’horticulture et les viandes ou le poisson. (ex : les filets de poissons surgelés, les haricots verts, les jus de fruits …). Précisons encore qu’il faut prendre les chiffres avec précaution puisque Hong Kong et Singapour restent des marchés de réexportation vers la Chine, notamment pour le segment du luxe, les alcools et les grands crus. Hong Kong réexporte environ 20% des vins importés vers la Chine.

Connexions : Pouvez-vous faire un bilan des exportations agroalimentaires françaises vers la Chine ? Hélène Hovasse : La France vend beaucoup

ou

1

Du cognac, du vin et quelques produits frais

Vin

Les importations agricoles et agroalimentaires chinoises s’élevaient à 39 milliards de USD en 2007, pour plus de la moitié en provenance des EtatsUnis, Argentine et Brésil. La moitié des importations permet d’équilibrer les stocks de céréales (soja et blé notamment) alors que l’autre moitié sert à palier les déficits en huiles alimentaires (23%), en viande (18%) et en produits transformés, boissons alcoolisées et tabac (14%). Les produits alimentaires transformés représentent une partie encore faible des importations même si ce poste marque une forte progression. Les exportations agro-alimentaires françaises vers la Chine ont atteint 522 millions d’euros en 2008, +8,7% par rapport à 2007. Le solde commercial de la balance agro-alimentaire de la France avec la Chine est excédentaire à hauteur de 30 millions d’euros contre 60 millions en 20071. En 2008, la France a notamment renforcé ses positions sur les segments traditionnellement forts : elle reste ainsi premier fournisseur de la Chine pour les vins et spiritueux et second fournisseur pour les produits laitiers. Le poste Cognac (162 M€) et celui des vins (96 M€) représentent la moitié des exportations agro-alimentaires vers la Chine suivi par les produits laitiers (60M€), le poisson (25M€), les viandes (59M€), et les produits d’épicerie salés et sucrés (29M€). Pour les autres postes dépassant 10M€, les plus fortes augmentations sont le lait en poudre (+225%), les viandes porcines (+344%), les abats (+75%), les préparations à base de farine (+134%), l’orge brassicole (+351%) et les aliments pour animaux (+80%). A. G.

Echanges commerciaux franco-chinois

rie

Un solde excédentaire pour la France


A la table des Chinois 中国人的餐桌 C. : Faut-il craindre les exportations chinoises vers la France dans le domaine agroalimentaire ? H. H. : La Chine gagne des parts de marché

le leader incontesté du vin importé en exportations va dans les circuits de l’hôChine avec plus de 40% de part de mar- tellerie et de la restauration collective : 2/3 ché. Sur le lait, plus de la moitié de nos ex- pour le vin et les spiritueux et 4/5 pour les portations est incorporée dans l’industrie. produits alimentaires solides. Depuis la crise de la mélamine, nous avons C. : Les entreprises françaises vendent-elles en exporté ponctuellement des grandes Chine des produits alimentaires qu’elles ont créés quantités de lait liquide, mais la France sur place ? exporte encore peu de produits finis. H. H. : Danone produit des yaourts, de Notre part de marché augmente peu au l’eau minérale, de la poudre de lait indétriment des Australiens et des Néo- fantile sur différents sites de production. zélandais plus proches, plus présents et Andros fabrique des compotes de fruits mieux positionnés en prix. dans la banlieue de L’entreprise Lactalys (marque « Pékin, Milkana, marque Président »), Elle et Vire et Bridel du groupe Bongrain, « La France dans les circuits de la restauraproduit des fromages reste le leader tion sont les trois entreprises fondus à base de fraise françaises dont les produits incontesté du et banane spécialement sont présents en Chine. C’est vin importé en pour le marché chinois certainement un des postes Chine, avec plus à Tianjin. Mais la France sur lesquels la France aura un de 40% de part de a un retard à combler rôle à jouer en Chine dans marché » en matière de producles années à venir en raison tion locale. Les plus de son potentiel auprès des grands acteurs sont des consommateurs chinois. multinationales américaines, japonaises ou Bons points pour nous  : les produits frais importés ont la réputation suisses, Suntory, Kirin, Nestlé, Coca d’être sûrs et l’image de la France, qui as- cola, Kraft etc. ou encore taiwanaises, socie romantisme et santé, est un atout. Uni- President, Weichuan etc. Les L’essentiel des produits importés est en- d i f f i c u l té s d e D a n o n e o nt s u score consommé dans les trois grandes cité une cer taine méfiance et les villes de la côte Est. Grâce à l’augmentation groupes français s’orientent davantage vers du pouvoir d’achat, les consommateurs les nouveaux marchés d’Europe de l’Est, ce des villes secondaires commencent à qui ne les pousse pas nécessairement à découvrir et apprécier de nouveaux produits investir en Chine, qu’ils considèrent comme importés. La part la plus importante de nos un pays plus difficile.

(millions d’euros)

 pa r A n ne Ga rrig ue

Trois événements majeurs en Chine continentale : A Shanghai, le salon SIAL (www.sialchina.com), le Food and Hotel China (www.fhcchina.com) et le salon Bakery China en mai (www.bakery-china.de) Pour en savoir plus, deux guidesrépertoires publiés par les Missions économiques de Chine, Vendre des produits alimentaires en Chine (hors vins et spiritueux), paru en juillet 2008, et Vendre aux hôtels et restaurants en Chine, paru en décembre 2008, comprennent une étude des besoins chinois, des fiches de renseignements individuelles et une liste de contacts indispensables pour réussir son entrée sur le marché chinois. Ces ouvrages (235 €) peuvent être commandés sur le site Internet d’Ubifrance www. ubifrance.fr, ou sur simple demande auprès des missions économiques de Chine.

La France est le 8e fournisseur de la Chine en 2008 Millions

Le poids des exportations françaises d’agro-alimentaires vers l’Asie

à l’export. Par exemple, pour la pomme, elle a ravi à la France le rang de premier exportateur mondial en 2005 et ses positions dans l’agro-alimentaire mondial ne cessent de s’améliorer.  Propos recuei l l is

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Source : GTA, mars 2009 (millions d’euros)

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DOSSIER

专栏

De la fourche à la fourchette, gros plan sur quelques entrep

© Imagine China

développement et poursuit son effort de recherche déjà fortement soutenu par les accords que le groupe français a noués avec des institutions publiques chinoises et des sociétés privées dans les domaines de la biotechnologie végétale et de la pathologie. Avec ce nouvel accord, Limagrain, via sa filiale Vilmorin, détient 46% des parts de la compagnie chinoise basée à Changsha qui réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros, en partie grâce à la diversification de ses activités semences avec le blé, le maïs et les potagères. Limagrain agit depuis son arrivée en Chine à travers ses nombreuses filiales et agents commerciaux, aussi bien dans le domaine des semences de grandes cultures (Shanxi Limagrain R&D specialty crops Ltd) que dans celui des semences potagères (Clause Tézier, Harris Moran, Hazera, Kyowa, Marco Polo, Mikado, Nickerson-Zwaan, Vilmorin...). Ce nouveau partenariat devrait se traduire par une large coopération. Audelà des échanges en R&D et d’accords commerciaux, Limagrain apportera son concours à LPHT en détachant au sein de l’organisation un cadre dirigeant qui prendra la fonction de Directeur Général Adjoint, en charge d’accélérer le développement de LPHT, notamment à l’international.

Andros Fruit Co., Ldt a ouvert dans la banlieue de Pékin, à Nankou district de Changping. Cette unité de production dont les processus et standards sont les mêmes que dans toutes les usines du groupe, fabrique et vend sur le marché local les produits des marques Andros, Bonne maman et fruitForce. Pour ses entrepôts et systèmes de conservation de fruits surgelés, l’usine s’est équipée d’une ligne de production rapide et d’un vaste entrepôt frigorifique avec un « super-congélateur » à -40°c. Le groupe a également développé une force de vente pour commercialiser ses produits vers l’industrie agroalimentaire utilisant des fruits, notamment les fabriquants de yaourts et de crèmes glacées, ainsi que la restauration et la pâtisserie. Andros travaille à la recherche et au développement de nouveaux produits à destination des marchés chinois et asiatiques, l’usine de Beijing servant de base de production pour la Corée, le Japon et Dubai.

Limagrain, du riz high-tech

© Imagine China

Les Chinois adeptes de Milkana, la spécialité fromagère signée Bongrain

Le groupe coopératif agricole Limagrain a noué en novembre 2008 un partenariat stratégique dans le domaine de la recherche et de la commercialisation avec le leader chinois du riz hybride, Yuan Longping High-Tech Agriculture (LPHT). Présent en Chine depuis 1997, Limagrain espère ainsi accélérer son 76 Connexions / mai - juin 2009

Groupe familial français fondé en 1956, Bongrain intervient sur plusieurs segments de l’industrie laitière, et notamment sur les fromages (63,6% de son chiffre d’affaires de 2006) avec des marques à forte notoriété comme Caprice des Dieux, Tartare ou Cœur de Lion. Selon les pays, Bongrain SA propose des produits adaptés aux spécificités de chaque marché. En Chine, l’entreprise a lancé Milkana, une spécialité de fromage fondu Milkana produite localement, en vente dans tous les supermarchés.

Kuhn : des charrues tricolores dans les champs chinois

© DR

Des pommes chinoises pour les compotes Andros et confitures Bonne maman

Arrivé en observateur sur le marché chinois il y a 25 ans, Kuhn a démarré ses ventes de matériels agricoles dans les années 1990, avant d’ouvrir un bureau à Pékin en 2003. En Chine, l’Alsacien vend essentiellement des charrues de 4 à 5 corps adaptées aux terres sablonneuses du Xinjiang, des herses rotatives, des mélangeuses pour les grandes fermes laitières ainsi que des faucheuses pour la récolte des fourrages. Ses clients sont à 70% publics, la plupart des fermes d’Etat du nord qui veulent accélérer leurs rendements sur des superficies allant jusqu’à 10 000 ha. Importées de France pour la plupart, les machines Kuhn sont réputées pour leur solidité. Pourtant, la concurrence des acteurs locaux est de plus en plus dure. « Au début, les fabricants chinois proposaient du matériel pour les petits agriculteurs, comme des tracteurs de 70 chevaux, explique Yannick Sellin, responsable de zone export. Aujourd’hui, ils proposent des 180 chevaux ». Pour répondre à la concurrence, Kuhn a simplifié ses charrues, développé son service après-vente, adapté ses prix. « Nous avons encore une avance technologique, mais nos ventes sont en-deçà du potentiel du marché et fluctuent aussi en fonction des décisions d’investissement du gouvernement. » Kuhn vise une augmentation de 20% de son CA pour 2009. A l’avenir, l’Alsacien devra continuer à travailler son offre produit et poursuivre l’élargissement de son réseau de distribution. Avec l’Inde, l’Empire du milieu reste en effet l’un des pays les plus porteurs au monde dans ce secteur.  H. D.


A la table des Chinois 中国人的餐桌

rises françaises

Quel arôme un yaourt à la fraise doit-il avoir pour séduire le consommateur chinois ? Existe-t-il des goûts et des dégoûts olfactifs et gustatifs particuliers à la Chine ? Comment évoluent les comportements alimentaires en Chine ? Mane, spécialiste français des arômes et des parfums, n°7 mondial pour la vente dans ce secteur, étudie le consommateur chinois et confie à ses aromaticiens français et chinois le soin de créer pour ses clients de l’industrie alimentaire, de la pharmacie et du tabac. Fondée en 1871 au Bar-sur-Loup près de Grasse, haut lieu du parfum, l’entreprise est encore dirigée par la famille Mane. Implantée dans le monde entier, Mane est fortement présente en Asie, au Japon, en Inde, en Thaïlande et en Chine. A Pékin dès 1998 avec un bureau de représentation puis une première usine à Tianjin, Mane (Shanghai) Fragrances and Flavours Co., Ltd compte aujourd’hui trois bureaux (Pékin, Shanghai et Canton), et une deuxième usine à ShanghaiBaoshan, pour un effectif total en Chine de 185 employés. La filiale couvre les marchés de Chine continentale, Hong Kong, Taïwan et Corée du Sud. « Nos principaux clients en Chine sont Yili, Mengniu, Master Kang, Danone, Nestlé et Coca Cola, les plus grosses commandes concernant la confiserie, la laiterie, les boissons et la biscuiterie », nous informe Denis Raffaud, directeur général de MANE-Chine. « Notre service marketing étudie tous les mois, auprès d’un panel de 600 personnes, l’évolution olfactive chez le consommateur chinois, dresse des profils gustatifs, analyse les

tendances. »Sébastien Langlais, chef aromaticien, nous éclaire sur quelques particularités du marché chinois : « La Chine compte une multitude d’arômes très particuliers et c’est pourquoi MANE-Chine emploie des aromaticiens chinois qui, de par leur culture olfactive, sont capables de répondre à ces demandes. Nous avons des exemples d’arômes typiquement chinois comme la waxberry, la baie de Goji ainsi que certains thés comme le Pu’er. On peut aussi citer le haricot rouge destiné aux boissons et le haricot vert pour les glaces ». A la question sur les arômes que les Chinois n’apprécient pas, il répond « Les Chinois n’aiment pas les notes fleuries là où elles ne doivent pas être, comme dans les arômes fraise et framboise. Ils n’apprécient pas les notes anis ainsi que les notes menthe avec beaucoup de menthol. Ils ne supportent pas l’amertume d’une menthe forte au contraire des consommateurs européens. » Mane-Chine conçoit actuellement d’agrandir ses usines dont la taille va tripler pour atteindre l’objectif de 25% de croissance supplémentaire de ses activités. M. L .

Rougié, le foie gras à la conquête des palais chinois

© DR

© Imagine China

Mane : saveurs et senteurs à l’étude

avoir exporté ce produit de luxe vers la Chine. Qu’en est-il aujourd’hui ? Importés de Sarlat, les pots de foies gras Rougié sont vendus exclusivement en supermarché (Jennie Lou, City Shop,, Carrefour) essentiellement à des expatriés. Depuis 2007, la marque a franchi une étape en créant une ferme d’une capacité d’un million de canards à Yanqing, près de la grande muraille. Clientèle visée : les grands hôtels et les restaurants étrangers. « En étudiant le marché, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un vrai potentiel et que les Chinois aimaient le foie gras » observe Zhipeng Xu, directeur des ventes. « Comme nous ne pouvions pas faire venir de foies gras crus d’Europe, nous avons décidé de produire directement sur place sur des terrains certifiés bio, afin de répondre aux besoins de nos clients étrangers ». Pour conquérir les chefs chinois, Rougié devra s’armer de patience et faire œuvre de pédagogie. « Notre marque n’est pas encore suffisamment connue en Chine, et les chefs chinois hésitent encore à acheter du foie gras. Certains ont été déçus par des produits de faible qualité achetés auprès de petits producteurs chinois. » Pour accroître la réputation du produit, Rougié fait intervenir des chefs français auprès des chefs chinois. « Nous expliquons que pour faire une bonne recette, il faut avoir une bonne matière première » poursuit Zhipeng Xu. Malgré la crise qui affecte ses ventes, le groupe compte faire grimper son chiffre d’affaires entre 5 et 10% d’ici deux ans, contre 1 à 2% aujourd’hui ; notamment en prospectant dans la restauration moyenne et haut de gamme.

H. D.

Les premières ventes de Rougié en Chine remontent aux années 1990. A l’époque, Jean Rougié, fils de Léonce Rougié, fondatrice historique, avait résolu de faire découvrir la saveur des foies gras périgourdins aux fins gourmets chinois, ce qui fait de l’entreprise la première à

Connexions / mai - juin 2009  77


DOSSIER

专栏

Tendance fusion dans la presse gastronomique Gargantua aurait pu être Chinois et à l’heure de sa naissance son premier cri n’aurait pas été « A boire ! A boire ! » mais sans nul doute « Ni chifan le ma ? »1. En Chine, cette passion pour la cuisine, les plaisirs de la table et le partage conduit d’abord l’amateur de bonnes choses jusqu’aux adresses des meilleurs restaurants du pays, mais aussi jusque dans les pages d’une presse professionnelle et spécialisée qui compte plus d’une quinzaine de titres. Sans parler de la presse féminine ou de celle dite Life Style qui, pour la plupart, offre une rubrique « cuisine », « faire son marché » ou présente à ses lecteurs un grand chef et ses fourneaux. Ces magazines qui accordent un soin tout particulier à l’image, s’adressent bien sûr a un lectorat aisé et initié des grandes villes. Les Chinois sont attachés à leur cuisine traditionnelle, mais à la lecture des deux principaux magazines que pourraient être Food & Wine (Meishi Yu Meijiu) et Betty’s Kitchen (Beitai Chunfang), on s’aperçoit que la convenance aujourd’hui est de s’intéresser tout autant aux recettes et aux plats de ce qui compose la cuisine « fusion » et de promouvoir la mixité. Ici tel article présente un cuisinier cantonnais formé en Italie ou en France, là, tel autre un chef venu de Nouvelle Zélande et qui travaille à Shanghai. Plus loin un pavé de saumon grillé, agrémenté d’une légère salade de roquette et de tofu, qu’un sommelier singapourien conseille d’accompagner d’un verre de Sancerre blanc. Plus loin encore un reportage sur le Maroc et ses spécialités… Ouverture sur l’autre et sur l’ailleurs, curiosité, passion et générosité, la presse gastronomique chinoise nous en donne une belle illustration et nous prouve qu’elle s’attache avant tout à découvrir, à rencontrer et à faire se rencontrer. Food and Wine / Meishi Yu Meijiu. Tirage : 316 000 ex., 184 pages, Prix de vente en kiosque, 20 Rmb. Betty’s Kitchen / Beitai Chunfang. Tirage : 276 000 ex., prix de vente : 10Rmb. Vincent Hein, d irecteur du bureau de presse U bif ra nce et L es Missions E conomiques 1

Signifie littéralement « As-tu mangé ? », mais est

fréquemment utilisé pour dire « bonjour »

78 Connexions / mai - juin 2009

Communiquer autour de la nourriture et faire connaitre ses produits en Chine L’expertise de Charles Delamalle, Directeur Chine de la Sopexa1. Connexions : Quels sont les supports et les grands thèmes de campagne en Chine ? Charles Delamalle : Pour nous, le principal

nous avons organisé un voyage de presse en France avec une étape à Rungis qui a eu un certain succès mais les retombés sont difficiles à mesurer. A la télévision, les émissions type lifestyle reviennent cher et sont très locales, nous n’avons pas favorisé ce média.

C. : Quelles sont les spécificités du marché chinois ? C. D. : C’ est un marché immature. Nous

support de communication reste les salons. Nous sommes présents à la foire FHC (Food Hotel China), au SIAL (Salon international de l’agroalimentaire international) bien sûr, la SOPEXA est en partie propriétaire de la marque. Cette année, au SIAL, nous aurons un espace avec 80 exposants français. Nous organisons aussi nos propres évenènements comme « l’apéritif français » pour faire connaître les produits français. Autre grand vecteur de communication, les promotions. C’est entre autres la stratégie que nous avons choisie dans des grandes et moyennes surfaces comme Carrefour ou Metro pour mettre en avant les produits laitiers français.

savons par exemple que les critères pour acheter du vin en Chine sont dans l’ordre : le prix, la marque et le packaging. Mais ce marché évolue à 300km/h. Un exemple, depuis avril 2008, il n’y a plus aucune taxe sur le vin à Hong Kong, la mesure tire le marché vers le haut y compris en Chine continentale. Le fromage reste difficile à vendre ici. Un Chinois s’est récemment mis à produire ses fromages à Pékin, c’est une bonne nouvelle. A savoir le boeuf français est interdit sur le territoire chinois, seule la viande de boeuf d’Australie est autorisée à l’import en Chine.

C. : Qu’en est-il des formations du goût et des types de dégustations ? C. D. : Nous développons particulièrement

et finalement facile à vendre. Le refroidissement politique (sur la question tibétaine) en mai puis en décembre a eu un vrai impact mais un impact peu durable. La France continue d’évoquer des produits de bonne qualité voire de luxe. Hors produits asiatiques, nos produits sont les premiers importés en Chine devant les produits américains. Nous communiquons aussi sur la multitude de normes auxquelles doivent se conformer les produits français. Après les scandales sur le lait ou le porc, les Chinois sont très attentifs à la sécuité alimentaire.

cet aspect en Chine. Le marché est novice et en a besoin. Nous animons dix à quinze formations chaque année à destination des prescripteurs : importateurs, distributeurs et « personnels CHR (Café, hôtel, restaurants) », soit les chefs, et dans certains cas, les serveurs. Tout l’enjeu est de sensibiliser aux concepts de terroir, de qualité... Depuis deux ans, nous avons par exemple mis en place « l’école des vins de Bordeaux » qui fournit une vraie expertise et « l’étiquette » Bordeaux.

C. : Existe-t-il des revues ou des émissions de télévision sur lesquelles s’appuyer ? C. D. : Les médias spécialisés sont très peu nombreux — dans le vin, il y a trois peutêtre quatre magazines. L’année dernière,

C. : Quel est l’impact de la référence française ? C. D. : La France a une image très positive

Propos recuei l l is pa r Em i l ie Torgemen

1. conseil en communication et marketing alimentaire.


A la table des Chinois 中国人的餐桌

Boulangerie et viennoiserie, les Chinois en raffolent Si le mianbao fait partie de l’alimentation du L’engouement est réel et le consommateur Nord de la Chine, il est loin de ressembler chinois est amené à fréquenter des lieux à la baguette et aux viennoiseries dont raf- qui n’existaient pas en Chine il y a dix ans : folent aujourd’hui les Chinois dans tout le des boulangeries-pâtisseries-salons de thépays. Au point que le pain dit « à la françai- glaciers. Ces établissements appartiennent se » est désormais présent au petit-déjeu- souvent à des chaînes ou des groupes asianer de nombreux citadins, que les restau- tiques (taiwanais, hongkongais, japonais, rants l’offrent aux clients attablés, chaud et coréens…) où le marché de la boulangeaccompagné de beurre, et qu’on le trouve rie-pâtisserie était déjà très développé. Le dans les rayons de supermarchés et des secteur tend à évoluer vers un axe santé/ magasins de proximité. On bien-être : produits moins peut lire sur l’emballage sucrés, pains aux céréales complètes. Si la majorité des « French Bread » de la marque Xiaolin qu’ils ont « La France reste, des produits est adaptée un « European Taste », et dans l’esprit du aux consommations locales, le slogan en lettres dorées moins, le pays de on constate une occidentalisation des produits propoaffirme un « exquisite em- la baguette, des sés avec les tiramisu, cheese bodiment of elegant life ». croissants et Les chaînes de boulangecake et éclairs au chocolat. de la pâtisserie, ries coréennes ont choisi Surtout, les points de vente de s’appeler Paris-Baguette symbole de qualité atteignent aujourd’hui les ou Tous les jours, Shanghai et d’art de vivre.» villes secondaires, se livrant compte une centaine de à une concurrence agrespoints de vente de pâtissive1. serie Christine, d’autres se Face à cette rude concurnomment Carême et Chantilly… La France rence en Chine, la boulangerie française reste, dans l’esprit du moins, le pays de la tirera sans doute son épingle du jeu en baguette, des croissants et de la pâtisserie, misant sur la qualité et la formation à des symbole de qualité et d’art de vivre. Pour- méthodes artisanales ou de production tant, un nez français repérera immanqua- biologique. Un artisan-boulanger de blement la douceâtre odeur d’une marga- Saint-Quentin en France a pour projet de rine fortement aromatisée, très particulière s’installer en Chine pour y former à Canet très présente, qui satisfait le client chinois ton les boulangers d’une chaîne hôtelière mais nous éloigne de la boulangerie tradi- chinoise, créer une boulangerie bio dans tionnelle française. De même que les brio- le tout premier « Green Building » de Pékin ches sucrées-salées, mêlant crème, jambon, et encore fonder un Groupement d’intérêt ketchup, mayonnaise et grains de maïs… économique équitable avec une province Les Français préféreront acheter leur pain chinoise pour y cultiver des semences de chez Fauchon, Bruno Bakery, Comptoirs blé françaises. Des initiatives qui ne mande France à Pékin, chez Daniel ou Paul à quent pas d’intérêt et qui donnent le beau Shanghai. Les Chinois, quant à eux, préfè- rôle au savoir-faire traditionnel français. Ma ria m L oussig n ia n rent majoritairement Carrefour partout en Chine et des chaînes de boulangerie plus .Sources : Le marché de la restauration hors domicile pour les proches de leurs habitudes et de leur bud- produits alimentaires importés en Chine (hors Hong Kong) par get, comme Weiduomei, Haolilai, Jinfeng- les Missions économiques de Chine. chengxiang, BreadTalk ou Maiquer.

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Inspiré d’un programme similaire en place au Vietnam depuis 2004, le projet Shanghai Young Bakers (SYB) est une initiative qui fut lancée par la Jeune Chambre Economique Française de Shanghai il y a près d’un an. Ce programme de formation en boulangerie artisanale, adapté aux caractéristiques chinoises, s’adresse à un public de jeunes défavorisés chinois, notamment des orphelins, qui, pendant six mois, ont reçu une formation à l’art de la boulangerie française. Un groupe d’une dizaine de jeunes volontaires français coordonnés par Céline le Cotonnec, directrice de Commission, et conseillés par Hélène Hovasse, « marraine » du projet, consacrent leur temps libre à ce projet caritatif. L’énergie et la motivation des membres de la commission SYB ont convaincu la Carrefour Fondation et Paul China d’être les deux mécènes du projet. En complément à cette aide financière, sept sociétés partenaires, Carrefour China, Paul China, les hôtels Sofitel, Hyatt et Radisson ainsi que le restaurant français La Grange ont proposé d’accueillir pendant six mois les étudiants de la première promotion. Dix-huit étudiants venus des provinces de l’Anhui, du Hebei et de Shanghai pourront ainsi bénéficier d’une formation en alternance entre école et entreprise. M. L.

Pour de plus amples informations sur le projet SYB : Marraine : helene.hovasse@missioneco.org Directrice de Commission : celine.lecotonnec@missioneco.org Site internet : www.shanghaiyoungbakers.com

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La formation des Shanghai Young Bakers


DOSSIER

专栏

Rue Yandang, pendant la septième French Week de Shanghai (octobre 2008). 

La lune de miel des Chinois avec le vin

La Chine est entrée dans le club des premiers pays consommateurs de vin. De quoi susciter une opération de séduction mondiale. A deux pas du quartier central de Xintiandi, des tables s’animent autour de quelques bouteilles de vin. A l’Enoteca, Chinois et expatriés découvrent le Nouveau monde à portée de gorgée, en accompagnant la dégustation de quelques morceaux de fromages. « Au début, on avait une clientèle très expatriée. Maintenant de plus en plus de Chinois viennent, surtout après le dîner pour boire un verre entre amis », observe Marc-Antoine Malia, en charge de la petite chaîne de bars à vins présente à Shanghai et à Pékin. L’idée est partie de deux jeunes importateurs de vins, basés à Shanghai, qui ont eu l’idée d’ouvrir un restaurant-bar à vins pour promouvoir leurs produits. En deux ans, Pierre Marnier et Yang Chuli ont monté trois restaurants-bars gérés aujourd’hui par deux Français, Marc-Antoine Malia et Matthieu Magery. Ici, pas de chichis. C’est dans une atmosphère avant tout décontractée qu’on s’initie aux plaisirs œnologiques. « Nous venons de l’hôtellerie, nous ne sommes ni des experts ni des sommeliers. 80 Connexions / mai - juin 2009

Nous restons sur une approche simple, qui est bien accueillie par les Chinois. Nous ne réservons pas nos produits à une élite », résume Matthieu Magery. Réservé aux cadres supérieurs De fait, la consommation de vins — surtout étrangers — reste réservée à une catégorie de cadres supérieurs, ouverts sur la culture occidentale. Mais cette segmentation serrée n’empêche pas les perspectives alléchantes. « La Chine est entrée en 2008 dans les dix premiers consommateurs de vin et devrait se classer au septième rang d’ici 2012 », expliquait en février Xavier de Eizaguirre, président de Vinexpo, lors d’un passage à Shanghai pour promouvoir le prochain salon des négociants de vins à Bordeaux en juin. En 2008, la Chine est devenue le neuvième consommateur mondial de vin, selon une étude de l’institut britannique International Wine and Spirit Record (IWSR), commandée par Vinexpo. Les Chinois ont bu plus de 800 millions de

bouteilles de vins en 2007, soit une progression de 61,59 % en quatre ans. D’ici 2012, elle devrait encore progresser de 36,01 %. Ramenée à la population, cette consommation de vins reste modeste. Chaque Chinois ne boit en moyenne que 0,6 litre par an. Mais l’exemple de Hong Kong fait rêver les importateurs. Avec une consommation par habitant de 2,9 litres par an, l’ancienne colonie britannique pourrait annoncer la tendance de demain en République populaire de Chine. L’évolution de la consommation actuelle va déjà « bien au-delà des prévisions les plus optimistes », souligne Xavier de Eizaguirre. Une chose est sûre, cette progression s’accompagne d’une meilleure connaissance de la clientèle chinoise du vin. « Les Chinois voyagent de plus en plus et connaissent de mieux en mieux les vins », estime Vance Yeang, sommelier de la Napa Wine Residence. Ouvert il y a tout juste un an près de la Place du Peuple, en plein centre de Shanghai, l’établissement, partenariat entre


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A la table des Chinois 中国人的餐桌

2008年10月,在上海雁荡路举办的第七届法国文化周

des restaurateurs et l’importateur de vins ASC, accueille un nombre croissant de connaisseurs. Il suffit de pousser la porte de la cave souterraine voûtée installée dans un ancien abri anti-atomique de la métropole chinoise pour s’en rendre compte. Ici, 180 alcôves cadenassées sont louées à l’année à des particuliers qui veulent y entreposer leurs bouteilles. Au-dessus des grilles, une petite plaque dorée indique leurs noms. Ils viennent ensuite les déguster dans la quiétude du jardin de l’ancienne demeure construite au début du XXe siècle ou dans une des salles du restaurant. Passionné de vin, Vance Yeang transmet son enthousiasme à une clientèle d’habitués fortunés. Ce Singapourien installé en Chine depuis 2005, a découvert le vin en France il y a dix ans. Alors en stage aux sources de Caudalie, le jeune homme ne manque pas une occasion d’élargir ses connaissances. « Dès que j’avais du temps libre, je louais une voiture et je partais visiter les vignobles de la région », se souvient-il. Aujourd’hui il observe le changement de goûts de la clientèle chinoise en matière de vins. « C’est une culture du thé, où le côté tannique est apprécié », note-t-il. Mais il y a surtout une nouvelle curiosité. « Quand les

clients vous font confiance, ils finissent par chen, directeur de Ruby Red, qui importe et vous demander d’autres vins. Ils veulent dé- distribue du vin. Dans un contexte de crise couvrir de nouvelles choses », se réjouit le économique, les viticulteurs de la planète sommelier. Avec ses sept cents références, ne veulent pas voir la Chine leur échapper. le lieu compte sans doute une des cartes Pas étonnant que le salon Vinexpo ait choisi des vins les plus impressionnantes de Shan- Hong Kong pour tenir désormais toutes ses ghai. La clientèle chinoise continue de cra- éditions à l’étranger en alternance avec Borquer pour des grands vins classiques, mais deaux. Prochain rendez-vous est déjà pris plus seulement. « Avant, ils pour 2010 dans le centre choisissaient du bordeaux financier. « Les perspecou le vin le plus cher de la « Si le vin rouge tives sont tellement imcarte pour ne pas prendre reste le grand portantes à terme que de risques. Aujourd’hui, la favori des papilles Vinexpo Hong Kong est clientèle est plus ouverte à chinoises, la plus que jamais nécestester des choses. Et au final, consommation saire », assure Xavier de Eion voit qu’à Shanghai par de blanc devrait zaguirre, qui défend sur le exemple ils apprécient aussi salon Vinexpo les vins des progresser plus des vins légers comme le piquatre coins du monde. vite d’ici 2012. » not noir », confirme Matthieu Une grande ville chinoise Magery. Et si le vin rouge pourrait même être envireste le grand favori des pasagée à plus long terme pilles chinoises, la consommation de blanc pour établir une édition du salon. devrait progresser plus vite d’ici 2012, avec Vieux continent, nouveau monde… tout une hausse de 38,43 %, selon le rapport de le monde est prêt pour la conquête du IWSR, contre 36,41 % pour les rouges. marché chinois. Mais un autre obstacle émerge à l’horizon de ces ambitions planéProducteurs et consommateurs taires : les viticulteurs chinois eux-mêmes. De quoi aiguiser l’appétit des importateurs Aujourd’hui, ils représentent 90 % des vins du monde entier. « Il n’y a pas énormément bus en Chine et l’empire du Milieu pourrait de marchés avec un potentiel comme ce- bientôt devenir un des dix premiers prolui de la Chine. C’est un énorme réservoir, ducteurs mondiaux. Vance Yeang a, pour couplé à une production locale croissan- sa part, inscrit un vin chinois à sa liste : un te. Et un pays qui produit est un pays qui Chardonnay de Grace Vinyard, viticulteur consomme », résume Xavier de Eizaguirre. du Shandong. Enoteca n’a pas encore Et de fait, si la France s’imposait d’elle-même franchi le pas. « Et ça n’est pas pour tout sur un marché très jeune, par sa notoriété de suite », affirme Marc-Antoine Malia. Mais en matière de vins, elle perd du terrain sur le succès des vins chinois est là. Ils sont ce même marché qui gagne en maturité. appréciés pour leurs goûts plus adaptés Entre 2003 et 2007, les importations hexa- aux habitudes locales mais surtout pour gonales sont celles qui ont progressé le leur prix. Les bouteilles vendues à moins moins vite dans les cinq premiers fournis- de 35 Rmb représentent 83 % du marché, seurs du marché chinois. Avec un bond de quand une bouteille de vin français en256 %, la performance reste plus qu’hono- deçà de 100 Rmb est rare dans les rayons. rable en quatre ans, mais l’Italie a augmenté De grands noms français ne s’y trompent ses importations vers la Chine de 705 % sur pas et prennent déjà leurs marques dans la même période ! L’Espagne de 390 % et le terroir chinois. Les Domaines Baron de l’Australie de 370%. L’opération séduction Rotschild, propriétaire notamment du Châmondiale ne fait que commencer et passe teau-Lafite, ont ainsi annoncé en mars leur par beaucoup de publicité. « Les vins de intention de produire un grand cru dans la bordeaux ont un très bon marketing, qui province du Shandong. La maison française leur ont permis de s’imposer au début. a acheté dans ce but 25 hectares de vignoLes vins australiens marchent également bles, en partenariat avec le groupe chinois très bien grâce à leur emballage attractif CITIC. Ju l ie Desné et à leur politique de marque, qui est plus claire à comprendre », explique Zhou Shi-

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DOSSIER

专栏

Le vin, toute une culture à transmettre Barbara et Frédéric Choux, les fondateurs de DCT Wines installés à Dalian depuis 2005, ont trois métiers : ils achètent du vin directement à des producteurs en France, l’importent en Chine avec leur propre licence, enfin le revendent à des clients sur place. Avec ses 22 employés, le couple maîtrise toute la chaîne du producteur français au consommateur chinois, une expertise précieuse sur la filière.

Connexions : Pourquoi avez-vous choisi de contrôler l’intégralité du process d’importation ? Barbara et Frédéric Choux : Les trois activités permettent de ne pas avoir d’intermédiaire, d’obtenir des prix intéressants et de s’assurer de la qualité des produits. Il nous est arrivé la première année, de faire appel à un intermédiaire, mais à l’arrivée des bouteilles, les bouchons avaient été changés. Nous avons toujours misé sur un process qualité très fort. Tout est réfrigéré, transport et stockage, ce qui nous a valu d’être perçus comme « chers ». En fait, nos volumes et le rapport direct avec les producteurs nous permettent un rapport qualité/prix extrêmement compétitif : l’entrée de gamme pour les professionnels est à 50 Rmb et une douzaine de vins ont un prix de vente inférieur à 100 Rmb. Depuis le début, la logistique fait partie des points décisifs du business-plan et de notre concept « du vin français en Chine, comme si on était en France ». On ne peut pas détruire tout le travail et la passion d’un vigneron à cause d’un mauvais transport et donner à découvrir des produits abîmés et corrompus en faisant croire que c’est bon. Nous sommes aujourd’hui les seuls à garan-

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tir 100% du transport du vin à température constante, avec des containers spéciaux équipés de mouchards espions. Nous avons donc toute légitimité à transporter les Bourgognes, fragiles, ou des grands crus. Nous avons d’ailleurs une clientèle de connaisseurs qui achète des bouteilles à 800 Rmb et plus, parce qu’ils retrouvent un vin qui n’a pas bougé depuis la France. Connexions : Comment vous positionnez-vous sur le marché ? B et F. C. : Nous n’importons que des vins français, et proposons une gamme de 66 produits répartis à peu près également entre les Bordeaux, les Bourgogne, un dernier tiers étant réservé aux autres régions françaises. Nous nous sommes fixé un seuil maximum de 100 références à ne pas dépasser, pour connaître en profondeur chacune d’entre elles et en parler correctement. Nous voulons rester des spécialistes du vin français.

Connexions : Quels sont les principaux critères d’achat de vin pour les clients chinois ? Observezvous des évolutions ? B. et F. C. : Dans l’ordre, les critères d’achat sont le prix, l’origine et le packaging, mais j’ai l’impression que, de plus en plus, l’origine prend le pas par rapport au prix et devient décisif. Le marché reste immature et irrationnel, mais il est en train de s’éduquer. Nous le constatons avec les clients de longue date. Au début ils arrivaient en voulant le vin le plus cher parce que c’est soitdisant le meilleur, aujourd’hui, ils viennent pour un produit particulier qu’ils apprécient et connaissent. Ils se font tout autant plaisir avec des vins beaucoup moins chers que ce qu’ils pouvaient acheter auparavant, parce qu’ils ont compris que le prix ne faisait pas tout. Il faut dire aussi que nous passons beaucoup de temps avec eux à expliquer et faire découvrir.

Le marché reste immature et irrationnel, mais il est en

Les clients chinois sont très sensibles au packaging, le vin s’offre beaucoup comme « cadeaux d’affaires » lors du Nouvel an chinois et de la fête de la Lune. Les Chinois sont réticents à offrir une bouteille nue, le minimum c’est un papier cadeau doré et rouge. Mais là aussi nous observons des changements. Certains de nos clients n’ont plus honte d’offrir une bouteille sans emballage. Ce qui compte alors, c’est le plaisir d’offrir une bouteille bien choisie (pas uniquement sur le critère du prix), et surtout le fait de savoir parler du vin. Nous encourageons beaucoup ce comportement : la valeur ajoutée ce n’est pas le coffret, mais la connaissance du vin. Ce qu’on peut apporter à quelqu’un en lui offrant du vin, c’est une histoire, une culture, une tradition, une émotion. Les clients qui nous ont suivis dans ce sens s’en réjouissent, ils gagnent de la face, nous disent avoir été perçus comme des « amateurs éclairés ».

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train de s’éduquer .

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A la table des Chinois 中国人的餐桌

葡萄酒市场还不够成熟和理性,但它正在培育之中

葡萄酒——有待传承的文化 芭芭拉女士和弗雷德里克・舒克斯先生 是DCT葡萄酒公司的创始人,该公司 于2005年在大连成立,他们从事以下三 方面的业务:直接从法国葡萄酒生产商 采购葡萄酒,用自己的许可证进口到中 国,最后销售给当地的客户。舒克斯夫 妇的公司拥有22名员工,掌握了从法国 酿酒商到中国消费者的整个流程,这在 业内是少有的经验。 《联结》:你们为何选择控制进口的整 个过程? 芭芭拉和弗雷德里克・舒克斯:控制进 口的三个环节可以省却中间商,获得优 惠的价格,并保证产品的质量。第一 年,我们同中间商合作过,但是葡萄酒 运到时,瓶塞已经被换过了。我们一直 非常重视严格的质量控制过程。整个的 运输和储存必须是冷藏的,这让我们的 葡萄酒被视为是贵重的。实际上,我们 的订货量以及与葡萄酒生产商的直接关 系使我们能够拥有竞争力非常强的性价 比:对专业人士来说低档的葡萄酒价格 是50元,而我们12瓶葡萄酒的售价还不

到100元。 一开始,物流在商业规划和我们“在中 国喝到法国醇正的葡萄酒如同置身于法 国”的理念中发挥了决定性作用。我们 不能因为糟糕的运输条件而破坏了所有 的辛勤劳动以及葡萄种植者的热情,也 不能自欺欺人地拿着损坏变质的产品让 人以为是好的。我们是目前唯一通过配 有监测器的特殊货柜来保证100%恒温 运输葡萄酒的公司。因此,我们完全有 能力运输勃艮第、易碎的或是特级葡萄 酒。此外,我们有一批内行客户会购买 800元甚至更贵的葡萄酒,因为他们发现 这些酒从法国运来原封未动。 《联结》:你们的市场定位是怎样的? 舒克斯夫妇:我们只进口法国葡萄酒, 分布在波尔多和勃艮第产区的品种几乎 相当共有66个,其余的三分之一分布在 法国的其他地区。我们确定了最多100个 品种的上限,以保证深入地了解每一种 酒,并对其进行正确的描述。我们希望 自己是法国葡萄酒方面的专家。 《联结》:中国客户购买葡萄酒的主要

标准是什么?你们发现有变化吗? 舒克斯夫妇:购买的标准依次是价格、 产地和包装。但是我们觉得,产地渐 渐超过价格,成为决定性因素。中国市 场尚不成熟,缺乏理性,但正在成长。 这是我们通过与客户的长期交往得出的 结论。开始,客户一来就要最贵的葡萄 酒,认为最贵的就是最好的。现在,他 们来买自己欣赏和了解的特定产品。 这些产品的价格比他们以前买的便宜很 多,可他们同样非常高兴,因为他们明 白价格不等于一切。当然,我们也花了 很多时间向他们解释,让他们体验。 中国客户很在意产品的包装,他们经常 在春节和中秋节时购买葡萄酒作为商务 礼品。中国人很忌讳送一瓶没有包装的 葡萄酒,酒瓶至少要用金色和红色的礼 品纸包好。但是我们也从这里发现了变 化。我们的一些客户不再因为赠送一瓶 无包装的葡萄酒而不好意思。重要的是 送一瓶精心挑选的葡萄酒(不仅仅从价 格标准进行衡量),特别是能对葡萄酒 进行评论鉴赏。我们非常鼓励这一做 法,因为葡萄酒的附加值不是包装,而 是对酒的认识。人们赠送葡萄酒时还带 给对方一段历史、一种文化、一个传统 和一份感情。听取我们意见的客户感到 高兴,他们赢得了面子,告诉我们他们 被当作“活上帝”。 《联结》:哪种葡萄酒最受欢迎? 舒克斯夫妇:对于买酒送礼的人来说, 答案是绝对的且不可取代:应该买一瓶 波尔多红葡萄酒——中国消费的葡萄酒 80%是红酒。买葡萄酒自己喝的人会选 择有点甜的白葡萄酒,甜味白葡萄酒和 阿尔萨斯白葡萄酒是中国人喜爱的两种 白葡萄酒。红酒中,中国人更喜欢淡 一些、带水果味、口感圆润、很快闻 到酒香的易上口的葡萄酒。单宁味、木 头味、味道收敛的葡萄酒一般不太受欢 迎。 在最近一次活动当中,我们提供了四 种不同的葡萄酒(一种白葡萄酒、一 种桃红葡萄酒和两种红葡萄酒),没 有任何价格和标识提示。48个人指出自 己喜爱的葡萄酒。结果是:每种葡萄 酒都得到了数量相当的选票,分布比较 平均。这个结果表明葡萄酒非常有趣, 因为每个人总有一种喜欢的口味。我告 诉他们:“每种酒都能符合你们其中一 些人的口味,品酒如同约会。不要盲从 别人的口味,你自己的感觉才是最重 要的。”这就是葡萄酒的优美之处。然 后,他们讨论了为什么这种葡萄酒

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DOSSIER

专栏

•••Connexions:Quelstypesdevinsplaîsentleplus? F. et B. C. : Pour ceux qui achètent

du vin à offrir, la réponse absolue et indétrônable : il faut un Bordeaux rouge — 80% des vins bus en Chine sont des rouges. Ceux qui achètent pour leur propre consommation choisiront dans les blancs, des vins un petit peu sucrés, les moelleux et les Gewürztraminer sont les vins blancs préférés des Chinois. En rouge, ils aiment des vins plutôt légers, fruités, ronds, assez faciles d’accès où les arômes arrivent assez rapidement. Les vins trop tanniques, boisés et astringents ne plaisent généralement pas. Récemment, lors d’un événement, nous avons servi quatre vins différents (un blanc, un rosé et deux rouges) sans aucune indication de prix ni d’étiquette. 48 personnes devaient désigner leur vin préféré. Résultat : chaque type de vin a obtenu un nombre de voix à peu près équivalent. C’était extrêmement bien réparti. Ce résultat nous a permis de démontrer que le vin était extraordinairement intéressant parce qu’il y avait un goût pour chacun. Je leur ai dit : « Chaque vin a fait plaisir à certains d’entre vous, déguster un vin c’est comme une rencontre. Ne vous pliez pas aux goûts des autres, il n’y a que votre sensibilité personnelle qui vaille ». C’est ça la beauté du vin. Ensuite, ils ont discuté entre eux des raisons pour lesquelles ce vin-là plutôt que tel autre avait plu à l’un… Les questions de prix ne sont venues qu’à la fin. Ce format d’événement permet de faire passer des messages, de lutter contre la standardisation des goûts et les retours sont extrêmement positifs. C’est maintenant qu’il faut faire ce travail, parce que le marché n’est pas encore bien structuré.

C. : Qu’en est-il du Champagne ? B. et F. C. : C’est un marché à part, trusté par les cinq ou six très grandes marques. DCT Wines propose le grand cru d’un petit producteur indépendant pour un prix inférieur à celui d’une entrée de gamme d’une grande marque (348 Rmb). Quand on prend le temps d’expliquer, ou pour ceux qui connaissent déjà le champagne et qui ont envie de qualité, nous n’avons pas de problème. Mais c’est extrêmement difficile à placer dans des événements corporate. Le champagne se vend de mieux en mieux en Chine, mais la structure actuel84 Connexions / mai - juin 2009

le du marché n’évoluera pas trop, je crois.

C. : Comment voyez-vous l’avenir de DCTWines et du vin français en Chine en général ? B. et F. C. : Nous sommes des optimistes raisonnés. La tendance générale du marché est bonne. Les vins importés en Chine ont augmenté de 38% en 2008 et en 2012, la Chine sera le 7e consommateur mondial de vin. Un acteur sérieux ne doit normalement pas avoir de problème de croissance. Mais c’est un peu le marché qui fait rêver beaucoup de monde, tout va très vite, un peu dans tous les sens. Nous avons enregistré une croissance de 17% au 1er trimestre 2009, un ralentissement par rapport à nos objectifs prévisionnels qui étaient de + 50%. Sur nos quatre grands segments de clients, les particuliers, les corporate, la CHR (clubs, hôtels, restaurants) et la grande distribution (nos produits sont référencés en national chez Carrefour) qui représentent chacun 25% de notre activité, les deux derniers sont affectés par la crise. Nous misons donc sur le développement de l’offre aux particuliers et le corporate, avec par exemple, la mise en place depuis trois mois à Pékin d’un service de livraison en 24 h, en direct aux particuliers. C’est là que notre valeur ajoutée, la garantie de qualité, l’expertise et les conseils sont les plus valorisés par rapport à nos concurrents. La marque France est un atout majeur dans notre secteur. Aujourd’hui 44% des vins importés en Chine sont français (données en valeur en 2008). La tendance est stable, même si nous sommes un peu chatouillés par les Chiliens et les Australiens. Mais nous devons y faire attention, ne pas la galvauder. Nous avons fait une petite expérience révélatrice : la dégustation d’une bouteille éventée. La plupart des personnes présentes se sont exclamées « oh c’est très bon » : à partir du moment où c’est du vin français, ça ne peut qu’être bon. Certains n’ont pas la culture nécessaire à l’appréciation d’un vin, mais faire passer pour bon et cher un produit qui ne l’est pas serait à long terme destructeur. Il faut au contraire transmettre la culture du vin, différencier le bon du mauvais, expliquer que c’est un produit vivant qui peut être cassé.

Propos recuei l l is pa r Soph ie L averg ne

•因……价格的问题在活动尾声才被提到。 • •比那种葡萄酒更吸引人的原 这种活动的形式能够传递一些信息,反 对品味的标准化,大家的反响是积极 的。现在正是做这项工作的时候,因为 市场尚未定形。 《联结》:香槟酒的发展如何? 舒克斯夫妇:这是另外一个市场,被五 六个大品牌垄断。DCT葡萄酒提供一家 独立的小酿酒商的特级香槟酒,价格低 于大品牌低档产品的价格(348元)。 当我们花时间说明的时候,或对那些已 经了解香槟酒及追求品质的人来说,我 们不会遇到问题。但是很难把香槟酒放 到企业的活动中。香槟酒在中国越卖越 好,但我认为中国目前的市场结构将不 会有很大变化。 《联结》:你们如何看待公司及法国葡 萄酒在中国的未来? 舒克斯夫妇:我们是理性的乐观主义 者。市场的整体趋势是好的。2008年中 国进口的葡萄酒量增加了38%,2012年中 国将成为世界第七大葡萄酒消费国。一 个认真的市场参与者一般不会有增长的 困难。然而这是一个让很多人产生幻想 的市场,一切都发展得很快,几乎在各 个方面。 我们的销量在2009年第一季度增长了 17%,相对于增长50%的预期目标有些 放慢。我们的四大客户板块——个人、 企业、CHR(俱乐部、酒店和餐厅)以 及大型零售业(家乐福在全国的推荐产 品)各占总业务量的25%。由于后两大 板块的销售受到金融危机的影响,我们 决定把销售重点放到个人和企业客户板 块,比如说三个月前我们在北京开始了 为个人客户送货上门的服务。因此,与 其他竞争者相比,我们服务的附加值、 质量保证、专业性和提供的建议是最具 价值的。 法国商标是我们行业最大的王牌。今 天,中国进口的葡萄酒44%是法国产品 (2008年统计数据)。这一趋势比较稳 定,尽管智利和澳大利亚的产品有一定 的竞争力。我们对此要谨慎,不能破坏 良好的口碑。我们做了一次揭示性试 验:品尝一瓶变质的葡萄酒。大部分的 参与者表示“酒很好喝”:只要是法国 的葡萄酒就是好酒。有些人没有品酒的 常识,从长远看,把不是优质高价的酒 当成这样的酒将是毁灭性的。相反地, 应该传播葡萄酒文化,区分葡萄酒的优 劣,解释“有活力的产品也可能被做 坏”。


Les vignes de Château-Grenouille, un Chablis grand cru qui commence à s’exporter.  Château-Grenouille的葡萄园,它是法国夏布利的著名葡萄酒庄

Vin de Bourgogne : « les terroirs sont notre atout » Aujourd’hui, les vins de Bourgogne arrivent en quatrième position, en valeur et en volume, des vins français vendus en Chine, derrière les Bordeaux, les Languedoc et les Côtes du Rhône. Leur poids est naturellement limité par la petite surface du vignoble — les Bourgognes ne représentant que 3% de la production totale française de vin — mais 54% (en volume) de la production est vendue à l’export1 et les viticulteurs bourguignons ne veulent pas passer à côté d’un des seuls marchés à forte croissance. Blasons de Bourgogne, GIE créé en 1993 réunissant cinq coopératives couvrant toutes les appellations de la région (Chablis, Crémants, Côtes de Beaunes et Côtes de Nuits, Côte chalonaise et macônnais) de la gamme moyenne au haut de gamme, a envoyé à Pékin depuis juin 2008, Amélie Duboc en VIE, avec comme mission principale la prospection et le repérage de potentiels importateurs chinois. Après un an passé à sillonner la Chine à la rencontre des acteurs locaux de la filière, Amélie constate : « Nous sommes sur un marché de niche immature, le nom même de “Bourgogne” est encore très peu connu. La plupart des importateurs retiennent, comme critères prioritaires d’achat d’un vin, son prix et son étiquette. De plus, les Bourgognes sont des vins fragiles qui né-

cessitent un transport réfrigéré au coût élevé. Entre le prix départ cave et le prix de vente en Chine, il faut multiplier par 5. Les bouteilles les moins chères sont à 150 Rmb pour un produit de milieu de gamme, un segment qui n’est pas encore prêt en Chine. Par ailleurs, derrière la dénomination “vins de Bourgogne”, il y a une centaine d’appellations avec des noms et des classifications complexes réunis sur un tout petit territoire. La seule chose simple à retenir concernant les Bourgognes sont leurs cépages uniques, Pinot noir pour les rouges et Chardonnay pour les blancs. » Dans ce contexte, le travail d’information est primordial. « Il faut multiplier les clés d’entrée sur le vignoble bourguignon, à renfort de communication, de brochures explicatives et de tastings. Lors d’une première rencontre, je commence toujours par une présentation de la région, très visuelle, très imagée. En premier lieu, les vignes, le terroir. C’est en montrant les différences de climat de la région, les différents sols, les pentes et les variations d’ensoleillement que l’on fait passer l’idée de la diversité des vins de Bourgogne, c’est la notion de terroir qui a le plus de sens. Les couleurs et les arômes des Bourgognes sont variés, les vins du nord plus minéraux et ceux du sud, plus fruités parce qu’il y a différents

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A la table des Chinois 中国人的餐桌 terroirs. Cette notion essentielle est pour nous un avantage par rapport aux vins du nouveau monde, elle explique la subtilité et le raffinement. Ce n’est qu’après, que l’on peut aborder les questions de savoir-faire et déguster. Dans un deuxième temps, je passe à la description des vins. Là encore la terminologie est assez technique alors je m’appuie sur des photos pour parler des odeurs et des arômes : des sous-bois, la cueillette des champignons, des fraises des bois ou des mûres… Pour donner envie, il faut trouver des correspondances, nous n’avons pas toujours les mêmes références. Parfois, c’est très expérimental. Pour l’anecdote : un jour où je décris la note vanillée d’un vin, je sors la photo de gousses de vanille, mais personne ne comprend. Un peu perplexe, j’ai parlé de “glace à la vanille” pour faire passer le message. En fait, la vanille n’est pas utilisée dans la cuisine chinoise, même une photo de fleur de vanille n’évoque rien. » Les dégustations viennent ensuite, souvent organisées en fonction des prix : « Pour l’instant, c’est la gamme de vins la moins chère et la plus facile à boire (vins légers) qui suscite l’intérêt des importateurs. En France, notre marque emblématique est La Chablisienne, présente dans les restaurants étoilés, mais ces vins, très secs, déclenchent ici souvent des grimaces » confie Amélie Duboc. Avec déjà quelques beaux contrats à son actif, elle multiplie les démarches. Récemment, elle a élaboré un nouveau format de tasting et propose des accords « mets et vins » à partir de plats chinois, une formule très bien accueillie. Elle explique que le Pinot Noir de Bourgogne, par sa finesse et son acidité naturelle, se marie mieux avec la cuisine chinoise que certains vins très tanniques et ajoute : « Il faut dire aussi que les importateurs chinois sont curieux et ouverts. Généralement, ceux qui sont intéressés prennent un peu de toutes les appellations pour tester le marché. Ils ont surtout besoin d’outils. Pour le vin, la référence absolue en Chine, c’est le Bordeaux Rouge, mais je crois que nous avons une carte intéressante à jouer avec les bourgognes blancs. »

Soph ie L averg ne Source : Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne 2008 1

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姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES

Shenzhen : un modèle précurseur de l’économie chinoise de 2020 Avec une population de 12 millions d’habitants et un PIB par tête de 13 000 USD (2008) Shenzhen est l’un des principaux pôles de croissance de l’économie chinoise. Par Alain Berder, chef de la Mission économique de Canton

Ville nouvelle et première Zone économique spéciale (ZES) de Chine Shenzhen, ville nouvelle et première Zone économique spéciale (ZES) de Chine située à la frontière de Hong Kong, est la 4e ville de Chine par son PIB (derrière Shanghai, Pékin et Canton) et la première en termes de commerce extérieur (300 Mds USD en 2008) et de PIB par habitant : 12 920 USD (2008). Si sa population compte officiellement 8,6 millions de résidents, sa population totale est estimée à 12 millions d’habitants en incluant les 3 à 4 millions de « travailleurs migrants ». Le dynamisme de son économie résulte notamment des liens étroits qu’elle entretient avec Hong Kong qui constitue une source de capitaux, de main d’œuvre qualifiée et une plate-forme d’import export pour son commerce extérieur. En 2008, le PIB de Shenzhen a atteint 780 Md Rmb (115 Md USD), en croissance de 12% par rapport à 2007. Le commerce extérieur de Shenzhen s’est élevé à 300 Md USD, soit près de la moitié du commerce extérieur de la province 86

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Pékin

Shanghai

Shenzhen Hong-Kong

Shenzhen en chiffres Population : 8,6 millions d’habitants PIB : 780 Md Rmb (115 Md USD) PIB par habitant : 12 920 USD (2008)

du Guangdong. Les exportations ont augmenté de 6,6% à 180 Md USD mais leur croissance a ralenti sensiblement par rapport à 2007 (23,8%). Les biens d’équipement et les produits de l’industrie électronique ont représenté 77% des exportations (138 Md USD). Les exportations de produits à fort contenu technologique

enregistrent une hausse de 13,5% à 90 Md USD. Les importations (120 Md USD) sont principalement composées de produits semi-finis destinés à être assemblés localement. L’importance de son commerce extérieur s’explique notamment par ses infrastructures portuaires (4e port à conteneurs au monde) qui en font un point de passage des exportations des provinces de l’intérieur et de réexportations vers le reste du monde au même titre, mais dans une moindre mesure, que Hong Kong. Les importations de biens de consommation (produits agroalimentaires, cosmétiques, industrie du luxe,…) sont en constante augmentation. L’économie bénéficie d’infrastructures modernes et les services ont représenté plus de 50 % de son PIB en 2008. Shenzhen est le berceau de « champions nationaux » qui ont déjà internationalisé leurs activités à l’instar des groupes Huawei et ZTE dans le secteur des télécommunications, ou le feront à plus ou moins brève échéance (BYD, Pingan, CGNPC, Vanke,… ). Avec une moyenne d’âge de 30 ans, sa


Ligne d’assemblage de Huawei Technologies, un des fleurons industriels de Shenzhen.

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SHENZHEN 深圳

华为技术有限公司的产品装配线,华为是深圳工业企业的佼佼者之一

population se compose de jeunes diplômés des grandes universités chinoises et étrangères, venus à Shenzhen à la recherche d’un cadre de vie comparable à celui des économies développées, d’un niveau de revenu élevé et d’un emploi en rapport avec leurs qualifications. Précurseur en Chine dans le domaine du développement durable en matière d’urbanisme, Shenzhen a été la première ville chinoise à adopter une réglementation spécifique aux économies d’énergie dans le BTP. Son plan d’urbanisme rend non-constructible un tiers de son territoire et accorde une priorité aux espaces verts. Ainsi certains observateurs avertis n’hésitent pas à comparer son architecture avant-gardiste et ses avenues bordées de palmiers au modernisme de Dubaï ! Ville jeune et dynamique, ouverte sur le monde et bénéficiant pleinement de la proximité de Hong Kong, Shenzhen participe activement au processus d’intégration économique régional associant Hong Kong, Canton et les principales villes du delta de la rivière des Perles (Zhongshan,

Huizhou, Dongguan, Foshan, Zhuhai,…). Le laboratoire des futures réformes économiques de la Chine à l’horizon 2020. Si la province du Guangdong aspire à changer de modèle de développement économique en suivant les orientations fixées par les autorités centrales dans le cadre du programme 2008-2020, Shenzhen est appelé à jouer un rôle moteur dans le processus d’intégration économique entre les deux régions administratives spéciales de Hong Kong et Macao et les principales villes du delta de la rivière des Perles. L’organisation administrative de Shenzhen devrait ainsi connaître une évolution majeure comparable à celle qu’elle connut en 1980 dans le domaine économique avec la création sur son territoire d’une Zone économique spéciale. Le Conseil des Affaires de l’Etat a en effet approuvé le 25 Mai 2009 un projet de réforme de l’administration de Shenzhen. Il vise à doter la ville d’une administration moderne reposant sur un service public

plus efficace et plus transparent. Les fonctions de conception, de réalisation et de supervision seront séparées au sein de trois entités distinctes. Cette réforme doit permettre d’éviter les projets redondants et donc générer des économies budgétaires, d’améliorer le fonctionnement des services administratifs (20 % des bureaux actuels seraient supprimés) et d’éviter une centralisation excessive des pouvoirs de décision. Sa mise en œuvre facilitera l’évolution de l’économie de Shenzhen vers les services à forte valeur ajoutée (centres de R&D, services financiers et assurance, animation et jeux vidéo, environnement, services d’ingénierie, services internet, tourisme, maintenance aéronautique, logistique,…) et les industries de haute technologie (optoélectronique, composants électroniques, biotechnologies, télécommunications, électronucléaire, automobiles, énergies renouvelables,…). L’ensemble Shenzhen Hong Kong représente une conurbation d’environ 20 millions de consommateurs. Il est comparable en nombre d’habitants à celle

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姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES ••• regroupant Canton et Foshan située

du métro de Shenzhen qui reliera bientôt le à l’autre extrémité du delta de la rivière des centre des deux villes et dont l’exploitation Perles. En 2012, ces deux mégalopoles, a été confiée, dans le cadre d’un BOT, à déjà reliées par quatre lignes de chemin l’opérateur hongkongais MTRC, illustre de fer (passagers et fret) et deux autorou- cette volonté politique d’intégration écotes, bénéficieront d’une ligne TGV qui nomique croissante. mettra Hong Kong (Central) à 45 mn de de Canton (Panyu). Si l’ensemble Hong Une croissance économique en phaKong, Shenzhen, Canton constitue la se avec la spécialisation sectorielle première plateforme logistique au monde, de la France. les investissements massifs des autorités Shenzhen a reçu 4 Md USD d’investischinoises (centrales et provinciales) dans sements directs étrangers (IDE) en 2008 les infrastructures (Plan de et compte parmi ses très relance du Guangdong de « L’intégration nombreuses implantations 300 Md RMB) et le soutien avec Hong Kong étrangères 164 filiales des aux PME (40 Md RMB) apparaît de plus 50 0 premiers groupes visent à soutenir cette inmondiaux. Selon les autoen plus marquée. » tégration économique et à rités locales, les entreprilutter contre les effets de la ses françaises ont investi crise sur le tissu industriel jusqu’à présent 1,8 Md du delta de la rivière des Perles qui compte USD à Shenzhen dans plus de 70 projets. près de 100 000 filiales de sociétés hon- La France se classe ainsi au 6ème rang des gkongaises. investisseurs étrangers. Les échanges entre A l’instar des années 80, les autorités de Shenzhen et la France ont augmenté de 27 Pékin semblent avoir décidé de faire de % en 2008 pour atteindre 3,8 Md USD Shenzhen l’un des nouveaux laboratoires dont 1,3 Md USD pour les importations et des futures réformes qui seront mises en 2,5 Md USD pour les exportations. œuvre au niveau national au cours des La coopération engagée il y a plus de 20 prochaines décennies. Ainsi, Shenzhen ans dans le domaine de l’électronucléaire fait partie des 5 villes chinoises autorisées dans le cadre de la construction des cenpar les autorités de Pékin à commercer trales de Daya Bay puis de Ling Ao fait en yuans avec Hong Kong. La bourse de de Shenzhen le symbole du partenariat Shenzhen devrait également être la pre- franco-chinois dans le domaine des hautes mière de Chine continentale à accueillir technologies. Ce partenariat exemplaire un second marché pour les entreprises à prend un nouvel élan avec la construction fort potentiel de croissance (GEM). Si l’on des deux premières tranches de l’EPR de ajoute la réforme administrative en cours Taishan. Il représente pour les groupes et le projet de multiplier par cinq la surface français de ce secteur (AREVA, Alstom, de sa zone économique spéciale (ZES) ce EDF,…) et leurs nombreux sous-traitants, qui lui donnerait une taille comparable au de nouvelles opportunités d’affaires avec territoire actuel de Pékin, on obtient un China Guangdong Nuclear Power Corponouveau modèle économique qui pour- ration (CGNPC) et ses filiales. rait préfigurer ce que sera l’économie de Dans le secteur des NTIC, STS Mila Chine en 2020. croelectronics a localisé à Shenzhen sa Le nouveau volet des accords CEPA de- principale unité de production de mivrait favoriser l’implantation des banques croprocesseurs. Oberthur Card Systems de Hong Kong en Chine et notamment développe une activité dans le domaine dans le Guangdong où les dépôts bancaires des cartes bancaires après avoir réussi son sont estimés à 800 Md USD. Entre 2010 et implantation initiale dans celui des cartes 2015 cette intégration apparaîtra de façon SIM. SAGEM Communication dispose à plus marquée. Si la frontière entre Shen- Shenzhen d’un centre de R&D. zhen et Hong Kong symbolise encore le Dans le domaine de l’énergie, AREVA, principe « un pays, deux systèmes », 180 EDF et Alstom sont solidement implanmillions de personnes et 15 millions de vé- tées et Schneider Electric y a localisé l’un hicules l’ont franchie en 2008. La ligne 4 de ses plus importants centres de R&D 88

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en Chine. L’environnement est également un secteur porteur pour nos entreprises. Veolia Water s’est ainsi engagé aux côtés de Shenzhen Water dans un partenariat sur le long terme pour le traitement des eaux de l’ensemble de la municipalité de Shenzhen. La construction d’une usine de vaccins contre la grippe par Sanofi Pasteur constitue l’un des projets prioritaires des autorités locales qui lui apportent tout leur soutien. Carrefour occupe une position dominante dans le secteur de la grande distribution. Décathlon a ouvert avec succès deux surfaces commerciales et devrait bénéficier de l’impact des Jeux Universitaires Mondiaux que Shenzhen accueillera en 2011. La plupart des marques de l’industrie du luxe sont aussi présentes dans les Malls construits au standard international en associant des investisseurs hongkongais. Roche Bobois a ouvert son premier magasin en Chine du Sud à Shenzhen le 8 Mai 2009. Les services de logistique sont un autre point fort de la présence française avec les bureaux de CMA CGM, SDV, GEODIS, Fatton Transports et P.O. Scandex. Eurocopter est implanté sur le marché des services de maintenance aéronautique. Le cabinet UGGC a inauguré un nouveau bureau en 2008, la Coface a noué un partenariat stratégique avec le groupe Pingan, second assureur chinois, et Calyon est présent à travers un bureau de représentation. Le partenariat AXA-Minmetals Assurance Co. Ltd a également ouvert un bureau de vente à Shenzhen. EADS a conclu un partenariat stratégique avec la société locale HYT pour se positionner sur le marché chinois des communications sécurisées pour les services de police. Bureau Veritas y exploite l’une de ses principales plateformes en Chine. Dans ce secteur, il convient également de souligner le succès remarquable de la société AsiaInspection. Toujours dans le secteur des services la Semmaris, société d’exploitation du marché de Rungis, développe un partenariat destiné à assurer la gestion du nouveau marché de gros à Pinghu dont la construction a démarré en 2008. CEGID Software, premier éditeur français de progiciels de gestion, s’est implanté en Chine à partir de Shenzhen.


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SHENZHEN 深圳 Le groupe ACCOR (déjà deux Novotel et un Grand Mercure) devrait renforcer sa présence sur ce marché au cours des prochains mois. Dans le domaine de la construction il convient de citer le cabinet Aube Conception, la société VM Matériaux et la société d’ingénierie AESA. De jeunes entrepreneurs français viennent aussi à Shenzhen pour démarrer un projet d’entreprise en valorisant ses avantages comparatifs. Le renforcement de la présence française a d’ailleurs conduit la CCIFC à ouvrir fin 2008 une antenne à Shenzhen dans le même centre d’affaires que celui qui accueille le bureau de représentation de la Vienne. L’optoélectronique, le nautisme, les loisirs, la plasturgie, la santé, le développement durable, l’automobile, les transports, l’énergie, le tourisme, l’agroalimentaire font partie des secteurs où la présence française devrait se renforcer au cours des prochains mois. Ces exemples illustrent la diversité de la présence française à Shenzhen. Ils ne constituent bien évidemment pas une liste exhaustive de nos implantations.

Un modèle pour le Delta de la rivière des perles On ne soulignera jamais assez l’imp or tance du rôle de l’ancien p etit village de p ê cheurs nommé Shen zhen dans le développement passé et à venir de l’économie chinoise. Le b ilan d e la p remière Zo n e Eco n o m i q u e S p é c i a l e ( ZE S ) d e C h i n e du sud — elle s e dét ache en ef fet t rè s n e t te m e nt d e s q u at re a u t re s que sont dans l’ordre d’impor tance Xiamen (province du Fujian), Zhuhai (Guangdong), Shantou (Guangdong) et Haikou (Province de Hainan) —, est, après trente années d’ouver ture (1979 -20 09), plus qu’honorable (c f. ar ticle d’Alain Berder, chef de la Mission économique de Canton). A l’heure précisément du bilan q u ’o nt f a i t l e s a u to r i té s d e Pé k i n et leur plus haut représentant dans la prov ince1 : le Premier s e crét aire du PCC du Guangdong qui occup e également les fonctions de membre du bureau politique du Comité cen-

tr al du PCC, M . Wan g Yan g, la ZE S de Shenzhen o ccup e à nouveau le devant de la scène. Nommé dans le Guangdong à la fin d e l ’a n n é e 20 07, M . Wa n g Ya n g a lancé une vas te campagne de mo bilis ation app elant les Cantonais à « lib érer l eur p ens é e » ( 解放思 想), c’est-à-dire à dépasser un modèle de développement qui avait connu ses heures de gloire — le Guangdong a connu 15 % de croissance en moyenne au cours de ces quinze dernières a n n é e s —, m a i s s u r l e q u e l o n n e p ouvait plus compter au risque de voir la plus riche province de Chine (devenue 2 e « Petit dragon » en 2007, devant Taiwan) vite dépassée. Au cours de cet te campagne, Shenzhen n’a cessé d’être citée en exemp l e. C’e s t en e f fet l ’o b j e c t i f p o ursuivi par les autorités nationales et du Guangdong que d’amener d’ici 2020 les grandes villes manufac tu-

rières du Delta de la rivière des perles (« l’atelier du monde ») au niveau de la ZES. Il s’agit ni plus ni moins de faire de celles-ci autant de pôles de compétitivité, orientés essentielle ment vers les ser vices (60 % du PIB en 2020) et les nouvelles et hautes technologies. Erigée en modèle, Shenzhen est naturellement désigné e comme le principal p oint d’ar ticulation dans la vo l o nté d es au to r i tés chin o is es « d ’ i n t é g r e r » (融 合 ) l e s R é g i o n s Administratives Spéciales de Hong Kong et de Macao à ce vaste ensemble. J e a n -R a ph a ë l P e y t r e g n e t C o n s u l g é n é r a l de F r a n c e à C a nton 1 Shenzhen est placée sous la direction de M. Liu Yupu. Le premier secrétaire du PCC de la ZES occupe parallèlement les fonctions de premier secrétaire adjoint du PCC de la province du Guangdong, il a été nommé par Pékin au même moment que M. Wang Yang, dont il est hiérarchiquement le second.

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姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES Oberthur Technologies

Avec un plan de 300 embauches à Shenzhen, Didier Bosson abordait l’année 2008 avec une légitime appréhension. Aujourd’hui, le directeur des opérations Asie du groupe Oberthur Technologies, est rassuré. Forte de ses solides équipes de recrutement et de management, et tirant le meilleur profit du bon niveau de qualification de la main d’œuvre locale, l’entreprise française a su parfaitement négocier ce virage déterminant pour son expansion dans la zone Chine-Asie. Pour preuve, l’an passé, elle a connu « un développement fulgurant dans la téléphonie mobile, avec un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros. » Profitant également de la plate-forme logistique unique que constitue Hong Kong et d’un marché porteur dans la haute technologie, les perspectives offertes à Oberthur sont prometteuses. Si l’entreprise est renommée pour ses cartes à puce, elle est avant tout spécialisée dans la sécurité numérique, dont elle est même un leader mondial. Une notion qu’elle décline sous le mode high-tech, avec la mise au point d’applications logicielles, la conception et la production de dispositifs de sécurité numériques (cartes bancaires, chéquiers, billets de banque, cartes SIM, passeports électroniques, etc.), et le déploiement de solutions personnalisées pour ses clients. Autant de savoir-faire de pointe encouragés par les autorités en Chine du Sud. Du coup, la crise financière « n’a pas eu d’impact sur notre niveau d’activité. Nous avons seulement dû réviser nos marges à la baisse pour maintenir nos parts de marché dans la téléphonie mobile. » Autre conséquence de cette conjoncture actuelle : le durcissement de la guerre des

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prix avec l’abondante concurrence locale. Mais « sur les nouveaux produits, nous la surclassons grâce à notre plus grande expérience. Dans ce secteur, nous nous battons plutôt avec nos concurrents historiques comme Gemalto, Gesiecke & Devrient ou Sagem Orga ».Oberthur se doit donc d’innover en permanence, en s’appuyant sur ses 300 développeurs dans le monde. D’autant que l’entreprise s’est fixé comme principal axe de développement le domaine du paiement électronique... À noter à ce propos que le site de production de Shenzhen, fondé en 2001, devrait très prochainement être certifié par China Union Pay, l’équivalent local de Visa ou Mastercard.

M.R

Pacific Concepts vers la maîtrise du temps

Fin 1993, Rémi Chabrat est pris d’une envie. Celle de « quitter la France pour vivre une aventure plus ‘’challenge’’ ». Tout naturellement, c’est vers la Chine que ce professionnel de l’horlogerie, devenu depuis directeur général de Pacific Concepts, a porté son regard : « Ce pays a été et reste le centre de la production mondiale, avec plus de 90% des composants horlogers qui sortent de ses usines ». Bien que stratégique, l’implantation en Chine n’est pourtant pas la panacée. Certes, la main-d’œuvre est bon marché et compétente « quand on lui explique bien ». Certes, les infrastructures qui soustendent le business (bancaires, logistiques, etc.), sont efficaces. Mais la vente est « beaucoup moins facile qu’il n’y paraît, le marché commençant à peine à être mature. » Conséquence : de multiples problèmes de paiements ou de distribution. Rémi Chabrat pointe aussi du doigt quelques contrariétés qui dilapident parfois l’énergie mobilisée : « La réglementation

locale parfois pesante et les différences culturelles compliquent la gestion des problèmes, etc. » Une clairvoyance sévère qui n’émousse pourtant pas son approche empirique du travail : « En Chine, il faut prendre son temps pour construire une structure efficace ; et surtout, il ne faut pas opter pour la joint venture afin de rester indépendant ». Une position courageuse, quand on sait que Pacific Concepts compte près de 3000 concurrents pour la seule zone de Hong Kong, où elle a été créée en 1994... Et si l’entreprise se place aujourd’hui parmi les 30 plus importantes (avec un CA global de 120 millions de RMB pour 120 employés 1), c’est d’abord grâce à une bonne connaissance des goûts locaux et à sa rapidité d’exécution, en particulier sur son site de production établi à Shenzhen en 1997. Mais pour l’heure, Pacific Concepts subit les turbulences de la crise financière. « Nous accusons une chute de volume. Et quand nos clients auront écoulé leurs stocks, nous serons à -20% environ ». Le constructeur de montres envisage donc « de diversifier [sa] gamme de produits avec une baisse des prix et davantage de ventes via Internet ». Autant de mesures destinées à négocier au mieux les difficultés conjoncturelles actuelles.

M.R .

Pacific Concepts dispose également d’un site de production en Suisse, et de bureaux de vente à Paris et aux Etats-Unis. 1

On Limited : « Nous grossissons lentement mais sûrement »

« En Chine, nous croisons tous les grands acteurs mondiaux ; aussi bien clients que fournisseurs. » En fondant son entreprise de services et expertise en plasturgie à Shenzhen il y a trois ans, c’est exactement


l’objectif que visait Anthony Riou : se placer au cœur palpitant de l’économie mondiale. Une installation, impulsée par « d’anciens clients et partenaires de mes expériences professionnelles précédentes », que le directeur de On Limited ne regrette pas. Car même si l’entreprise est axée principalement sur le secteur de l’automobile, travaillant pour des équipementiers comme Valeo ou Delphi, et qu’elle est donc frappée de plein fouet par la crise financière, elle profite pourtant d’une heureuse ironie. Car, « alors que beaucoup de projets industriels sont gelés, paradoxalement la crise oblige les derniers résistants anti-Chine à franchir le cap du ‘’made in China’’ »... Et Anthony Riou a d’autres motifs d’optimisme : « Nos concurrents sont européens et, en général, plus gros que nous. Mais nous avons l’avantage de proposer un service plus complet ; par conséquent nous grossissons... lentement, mais sûrement. » Ce développement s’oriente vers un élargissement du panel de clients à l’Europe et aux États Unis. En parallèle de cette ambition, On Limited ouvrira de nouveaux bureaux à Ningbo sous trois mois. Avec un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros en 2008, ce spécialiste de la conception sur mesure de plastiques et de moules a augmenté ses effectifs de 6 à 9 personnes en Chine cette année. De cette modeste taille naît une atmosphère de travail quasi familiale. « Tout le monde partage les mauvaises comme les bonnes nouvelles ». L’harmonie entre expatriés et locaux est donc indispensable. D’autant plus que s’il est « facile de trouver des collaborateurs en Chine », il est au contraire très délicat de trouver le profil sur-mesure, et « nous avons donc plutôt tendance à adapter le poste au profil »... Anthony Riou encourage donc les membres de son équipe à partager leur point de vue de façon régulière. « C’est d’ailleurs un exercice très instructif et productif. »

M a n u e l R a m b au d

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SHENZHEN 深圳

Claire Xie et Frédérique Consigny.

中国法国工商会深圳办公人员:谢梓盈和费埃迪

La CCIFC, “ça bouge” à Shenzhen ! C’est en décembre dernier que la CCIFC a ouvert une antenne en plein cœur de Shenzhen pour accompagner le développement de la ville et répondre efficacement aux besoins des entreprises françaises dont le nombre, estimé à plus d’une centaine, a connu une très forte progression ces dernières années. Frédérique Consigny qui a auparavant travaillé dans des cabinets de conseil en organisation (à Paris puis Lyon) dans le secteur bancaire (fusion d’établissements bancaires) en assure la direction, assistée de Claire Xie, trilingue chinois-françaisanglais. L’antenne de Shenzhen propose des formations (en français, en mandarin ou en anglais), un accompagnement des entreprises dans leurs recherches de personnel compétent (recrutement), des conférences et des rencontres de networking, permettant aux Français et francophones de se retrouver et de partager leurs expériences et difficultés éventuelles.. Depuis le mois de janvier, ont été organisés quatre soirées (2 dégustations de vin, une galette des rois, un networking drink avec la Chambre Allemande), deux conférences, un déjeuner thématique (tables rondes sur les achats, la qualité, la distribution…) et deux formations, et le mois de juin promet d’être riche (voir le programme ci-dessous). Passée en trente ans d’un village de pêcheurs à une mégapole de 15 millions

d’habitants, Shenzhen est une ville jeune et moderne dotée de nombreuses infrastructures (aéroport, gare, bus, métro). Longtemps grande oubliée, la culture se développe à vitesse grand V, théâtres, galeries d’art et musées voient le jour. Pour les communautés d’expatriés, établissements de soins internationaux (cliniques et hôpitaux), supermarchés occidentaux et magasins de proximité disposant de rayons de produits importés ainsi qu’un bon nombre de grandes enseignes internationales sont présents. Il existe également trois grandes écoles internationales. En l’absence d’école française, une association fondée par des parents (AFESS) propose des cours de soutien, dispensés par des enseignants de l’Education nationale, aux enfants francophones de la maternelle au collège. Un projet de section française au sein d’un des établissements internationaux est en cours pour la rentrée 2009 — la communauté française de Shenzhen, 1 000 personnes environ, est en train de dépasser celle de sa voisine Canton. Coordonnées de l’antenne Room 318, 3/F Chinese Overseas Scholars Venture Building, Shenzhen Hi-tech Industr y Park, Shenzhen, 518057, P.R.C Tel: + 86 755 8632 9720 Fax: +86 755 8632 9736 Contact : consigny.frederique@ccifc.org

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旅游 TOURISME

普瓦图地区小镇

普瓦捷与普瓦图地区 远离海滨的旧省普瓦图地区免于海滩和海水浴疗养地的热闹喧嚣。这里些许阴郁 的沼泽地带节奏更为缓慢,氛围更加宁静。若想体验完全不同的氛围,可以到普瓦捷未 来主题公园(Futuroscope de Poitiers):想寻求刺激感受的游客绝不会失望! “在这片田园地带……一种卓越的高贵气质不可思议的通过你的眼帘与心扉进入你的身体,让你因此对于其他的美景 永远无动于衷。” ― 热罗姆·塔罗和让·塔罗(Jérôme et Jean Tharaud,作家,19-20世纪)

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本专栏内容由米其林旅游出版公司提供


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Poitiers et le Poitou 普瓦捷与普瓦图地区

普瓦捷未来主题公园

普瓦捷(Poitiers)

于12世纪的宏伟正立面装饰有许多雕像

美的《启示录壁画》。壁画的色彩精美、画

普瓦捷既是维埃纳(Vienne)省的省会城

与浅浮雕,构成最完美的“立面雕塑”范

技精湛、寓意强烈,教堂凭借它而入选联

市,也是普瓦图-夏朗德大区(la  région

例之一。事实上,这个正立面仿佛一纸雕

合国教科文组织世界遗产名录。

Poitou-Charentes)的区府,面积约42平方

刻而成的书页,人们欣赏它就宛如打开

公里,人口约9万。普瓦捷坐落在布瓦弗尔

《圣经》阅读一般。因此,亚当与夏娃、

圣十字架博物馆

山谷(la Boivre)与克兰山谷(Clain)之间的一

先知们、天神报喜图、圣母往见图、耶稣

(Musée Ste-Croix)

处岬角上,既拥有一座大城市的优点,同

诞生图都刻画在石材上面,令正立面栩栩

博物馆的丰富馆藏分为三部分:地区考

时也保留着人性化的特点。无需去远处寻

如生,蔚为壮观。

古、艺术与历史中的普瓦捷、美术。除了 19和20世纪的画家,美术展区还展出很

觅其文化活力的元素:那些在大街小巷和 露天咖啡座上随处可见的大学生们就是

圣-约翰圣洗堂(Baptistère St-Jean)

多著名雕塑家的作品,例如罗丹(Rodin)和

最好的证明!围绕伟大圣母教堂而规划的

修建于4世纪的圣-约翰圣洗堂坐落在主

卡米耶·克洛岱尔(Camille  Claudel),

市中心拥有中世纪的街区与步行小巷,是

教街区。它可能是法国基督教建筑的最古

其中人们可以欣赏到卡米耶的如下雕

令人惬意的散步场所。

老见证。圣洗堂的墙壁上绘有精美的罗曼

塑:《抛弃》(L’Abandon)、《华尔兹》

风格的壁画。这些壁画绘制于13和14世

《命运》(La  Fortune)以及 (La  Valse)、

伟大圣母教堂

纪,描绘的是基督升天图、使徒像以及象

《深深 地思念》(Profonde  Pensée)。

(Notre-Dame-la-Grande)

征不朽的孔雀图案。 未来主题公园(Parc du Futuroscope)

这座罗曼式教堂坐落在夏尔·戴高乐广场 (place  Charles-de-Gaulle)上,昔日的广场

伟大的圣伊莱尔教堂

在距离普瓦捷以北数公里处,进入这座

上曾经屹立着一座高卢-罗马时期的异教

(St-Hilaire-le-Grand)

建有未来建筑的公园,与一个高科技的

徒圣殿。作为普瓦捷建筑的特色,教堂建

这座罗曼式教堂的祭坛中隐藏着极为精

趣味世界相结合。在游乐中学习:

•••

Connexions / mai - juin 2009 93


旅游 TOURISME •••这在未来主题公园可以实现!“动

感维埃纳”(La Vienne dynamique)项目 带领游客鱼贯游览维埃纳省的旅游景 点; “数字虚拟世界”(CyberWorld)项目则 将游客领入难以置信的三维影像世界, 观看电影和科幻动画片; “紧闭双眼”(Les Yeux grands fermés)项目是一次在黑暗中 令人感动的旅程,当视觉不能起任何作用 时,其他的感官就将介入,人们利用嗅觉、 听觉和触觉,以别样方式感受世界,真实 体验到盲人的世界。毫无疑问,未来主题

© Michelin

公园会带来刺激感受! 瓦龙(Oiron) 瓦龙文艺复兴风格的城堡(le  château

尼奥尔塞夫尔河的两岸,构成一片奇特且令人陶醉的绿色画面。

R e n a i s s a n c e )是 德 塞 夫 勒 省 ( D e u x Sèvres)的骄傲——它成功地实现了古代

址威严而肃穆,静静地俯瞰着城市。每当

潮湿的沼泽地带

艺术与当代艺术的和谐并存。它是昔日时

雄鹰、巨嘴鸟、鹦鹉、鹳这样的飞禽飞越

尼奥尔是理想的出发点,可以从这里出发

代的见证,当时名副其实的文学艺术事业

这些城堡时,便和城堡一同构成一幅宏

游览普瓦图沼泽地带,特别是“绿色威尼

的资助者古菲耶家族向才华横溢的艺术

伟壮观的画面,给人留下深刻的印象。每

斯”地区(la «Venise verte»)。这片种植着

家们订制建造了这座城堡。文艺复兴风格

年4月至10月期间,各种猛禽都要盘旋在

杨树、白蜡树、柳树以及桤树的沼泽地带

的侧翼建筑展厅中富丽堂皇地装饰有大

这些城堡遗址上方进行表演,令人颇为不

绵延在尼奥尔塞夫尔河的两岸,构成一片

场景绘画,取材于特洛伊战争和史诗《伊

安。

奇特且令人陶醉的绿色画面。若想更好的

尼特》。距离此处不远为展览当代艺术的

品味这些地方的魅力,可以乘坐小舟漫

展厅。畸形生物陈列室展览托马斯·格林

圣萨万(St-Savin)

游,安静而又缓慢。潮湿沼泽地带之都库

菲尔德(Thomas

Grünfeld)令人惊诧的作

圣萨万修道院(l’abbaye de St-Savin)的壁

龙拥有一间名为“湿地之家”的博物馆,

品:用稻草填塞的动物头部和躯体标本身

画被列入联合国教科文组织世界遗产

讲述普瓦图沼泽地带的历史与传统。

首异处,然后又以别出心裁的方式将它们

名录。这组圣经题材的壁画绘制于11世

重新组合。附近则为古玩陈列室。

纪,几个世纪以来竟然奇迹般的并未受 到时间的侵蚀!圣经“启示录”场景中

帕尔特奈(Parthenay)

的人物形象丝毫未减表现力,他们依然

中 世 纪 时,孔 波 斯 特 拉 朝 圣 之 路 ( l a

以优雅的动作打动前来参观的游客。

route  de  Compostelle)将朝圣者引到帕

令人 恐 惧的大嘴 怪 兽(Grand’Goule) 在圣十字架博物馆的“艺术与历史中

尔特奈小镇,他们在这里跨越桥梁和圣

尼奥尔(Niort)

的普瓦捷”展区,一座17世纪的彩绘

雅克门(la porte St-Jacques),抵达位于拉

尼奥尔塞夫尔河在尼奥尔市内的街区和绿

木雕既令观者称奇,也令人毛骨悚然。

沃圣雅克路(la rue de la Vau-St-Jacques)的

荫公园中蜿蜒穿行。静静的漫步之后,城

这是大嘴怪兽的雕塑——可怕的大龙

客栈。这条路上依然保留着当时装饰有

市的绿化带引领你直接通往屹立在河流

长着利爪,遍体覆盖鳞片。这条食人

雕塑的漂亮木筋墙房屋 。护城 河图埃

左岸的中世纪城堡主塔。这座宏伟庄严的

龙一直不停的恐吓普瓦捷居民,直到

(Thouet)河两岸种植了美丽的白杨树,可以

方塔不再关押囚犯,如今里面陈列的是当

圣拉德贡德(sainte  Radegonde)挥舞

登城墙俯瞰河岸美景。

地的考古收藏。沿着主塔后面的古老小巷

圣十字架才将其制服。它是当地最为

攀爬,便可来到市中心;相当数量的法国

知名的神话动物,象征正义终将战胜

猛禽的芭蕾

医疗互助保险公司都将总部设置在那些

邪恶。

绍维尼(Chauvigny)至少拥有五座城堡,遗

铺有筒板瓦的低矮房屋内。

94

Connexions / mai - juin 2009


Poitiers et le Poitou 普瓦捷与普瓦图地区 普瓦图-夏朗德大区的美食

则用山羊鲜奶酪制成。人们从它的黑色

大酒店(Le Grand Hotel)

这个大区的厨师们运气不错:他们在这个

圆顶就能辨别出这种松软轻盈的蛋糕。

地址:28 r. Carnot

地区能够找到可以制作出海鲜美味和陆

人们在享用餐后甜点或者在婚礼、祝酒

电话:05 49 60 90 60

地美食的食材,而且数量丰富!

时品尝它,同时享用的还有来自普瓦图的

电子邮箱:

碎块烘饼(le broyé du Poitou)。根据传

grandhotelpoitiers@wanadoo.fr

菜肴

统,人们在食用这种黄油烘饼时要一拳

房间:41间

作为普瓦图沼泽 地带的特色 菜肴,水

将其砸碎,这就是其名字的由来……在

价格:67--82欧元

手鳗鱼(bouilliture,也被称作matelote

适宜品尝的当地甜食中,还有蒙莫里永

酒店环 境温馨 ,以装饰艺术风 格 (Ar t

d’anguilles)非常有名,这道菜加了红葡萄

(Montmorillon)出产的美味蛋白杏仁小甜

déco)打造,客房舒适惬意。

酒和植物香料烹制而成。普瓦图-夏朗德大

饼(macarons)和普瓦捷的杏仁糖夹心糕

区还是一个畜牧大区:这里的牛、羊、猪

点(nougatines)。在尼奥尔,爱好美食的人

佩里尼城堡酒店

的肉质很嫩,普瓦图羔羊肉通常还用在地

们热衷享用圆当归(l’angélique),这是一种

(Hôtel-Château de Périgny)

方菜肴的制作中。这一地区的家禽主要以

芳香的当归属植物,以前曾被用来预防鼠

地址:Périgny 86190 Vouillé

普瓦图地区的鹅和布雷叙尔镇的小母鸡

疫,其茎部可以用来糖渍、制成果酱食用

电话:05 49 51 80 43

闻名。普瓦图塞馅菜肴(le farci poitevin)以

或者蒸馏出酒精作为利口酒饮用。

电子邮箱:info@chateau-perigny.com 房间:39间

切成小丁状的春季蔬菜制成,这道菜既简 单又美味,只需将白菜、生菜、韭葱、大

白兰地、葡萄甜酒以及葡萄酒

价格:70/138欧元

蒜、洋葱、酸模、香芹以及加入盐的肥肉

在上普瓦图地区的葡萄种植园(le vignoble

这座建于15世纪的城堡酒店位于一座公

等食材混合,之后在这些食材中加入面包

du Haut-Poitou,高质酒VDQS产区),加美

园内,是一处宁静的世外桃园。

心和鸡蛋。有的时候,人们还喜欢享用蜗

葡萄(gamay)、赤霞珠葡萄(cabernet)以及

牛,蜗牛在普瓦图地区被称为lumas。有时

黑皮诺葡萄(pinot noir)能够酿造出果香味

餐厅

人们以蔬菜烧肉的方式烹饪蜗牛,加入大

的红葡萄酒。而长相思葡萄和霞多丽葡萄

阿布森特小餐馆(Le Bistro de l’Absynthe)

蒜、洋葱、小洋葱头、韭葱、肥肉和香芹,

酿造的白葡萄酒则以花香为特色。在卢丹

地址:36 r. Carnot

有时则用葡萄酒调味汁来烹饪。

和图阿尔两座城市的周边地区,人们品尝

电话:05 49 37 28 44

到的葡萄酒堪与卢瓦尔河谷地区的佳酿

价格:9--28欧元

奶制品

相媲美,这些葡萄酒的知名度日益提高而

这里的乡土菜肴让人难忘。

普瓦图-夏朗德黄油(le beurre Charentes-

更加受到重视。

Poitou)是“原产地命名”(AOC)的产品,品

普瓦图人餐厅(Le Poitevin)

尝生蚝时将这种黄油抹在黑麦面包上享

普瓦捷实用信息

用,非常美味。秘诀就是大厨们烹饪时使

旅游局

电话:05 49 88 35 04

用的埃希雷黄油(le beurre d’Echiré),它那

地址:45 pl. Charles-de-Gaulle

价格:19--28欧元

尤为细腻的口感深受大厨们青睐。作为山

电话:05 49 41 21 24

人们在这间餐厅的愉悦氛围内能够品尝

羊饲养地区,普瓦图-夏朗德大区还生产

网址:www.ot-poitiers.fr

到当地菜肴。

出自农场、手工作坊或者工业化生产线。

住宿

马克西姆餐厅(Maxime)

另外,普瓦图-夏朗德大区还是法国第一大

欧洲酒店(Europe)

地址:4 r. St-Nicolas

山羊奶酪生产地区。普瓦图地区的奶酪之

地址:39 r. Carnot

电话:05 49 41 09 55

王无疑要数一种山羊乳干酪(AOC)。

电话:05 49 88 12 00

价格:20--53欧元

电子邮箱:hoteldeleurope@wanadoo.fr

餐厅环境舒适,供应传统美味佳肴。

地址:76 r. Carnot

多种多样新鲜或者发酵的上好奶酪,它们

甜点

房间:88间

极 为著名的 奶 酪 小 蛋 糕 (tour teau

价格:50--83欧元

fromagé)是普瓦图地区的特产,它由牛奶

酒店位于市中心,客房舒适,风格多样,

制成的新鲜奶酪制作而成,更为传统的

有当代风格、路易-菲利普时期风格。

Connexions / mai - juin 2009 95


中国旅游 TOURISME CHINE

Des réserves naturelles immaculées. 万里无云的自然保护区

Une terre sacrée. 圣地

Expédition vers Yushu et l’ancien royaume de Nangchen Nangchen En juin 2009 s’ouvrira l’aéroport de Yushu, qui désenclavera à tout jamais ce poste frontière du sud du Qinghai à la lisière de la région autonome du Tibet et ouvrira au tourisme l’une des régions de Chine les plus sauvages et inexplorées : la préfecture autonome tibétaine de Jyekundo (Yushu). Composée de huit districts, dont l’ancien royaume de Nangchen, cette région est connue comme « San Jiang Yuan » littéralement la « Source des Trois Rivières » asiatiques, le Mékong, le Yangzte et le Salween. Sur la Route des caravanes Yushu se trouve sur l’ancienne route des caravanes qui descendaient de la Route de la Soie vers Lhassa. La princesse Wencheng de la dynastie Tang elle-même prit cette route pour aller se marier avec le roi tibétain Songtsen Gampo et demeura quelques mois à Yushu qui était alors un poste commercial important. De Xining, capitale du Qinghai à Yushu, il faut compter aujourd’hui minimum 10 heures en voiture pour parcourir cette piste fabuleuse aux cols élevés (4 800 m et 96

Connexions / mai - juin 2009

4 200 m) qui traverse le vaste plateau du Fleuve Bleu (Yangtze), terre des nomades Goloks, dont le nom en tibétain signifie « la tête sur le côté », mais aussi « rebelle » : leur réputation d’anciens brigands pillant les caravanes qui transitaient dans la région reste légendaire. Au milieu de la traversée, vers Mato (4 300 m), le paysage de pâturages nimbés d’eau de rivières et de petits lacs devient un livre bleu clair. Les cieux bleus touchent la surface des lacs, créant une vision intégrée et unique du paysage. Plus loin, le passage du col Bayankala (4 824 m) marque la frontière entre l’Amdo et le Kham. L’arrivée sur les hauts plateaux de Jyekundo (Yushu), littéralement « confluence de tous les attributs ou croissance » marque l’entrée dans un autre monde vert et montagneux se situant autour des 3 700 m d’altitude Un véritable Eden Pays de Guésar de Ling, le héros et guerrier mythique tibétain, terre des robustes et fiers guerriers Khampas aux habits chatoyants et aux cheveux tressés d’un bandeau de couleur rouge, je vous invite vivement à explorer ces régions reculées

encore vierges de tourisme, véritable Eden, qui abrite des sites montagneux spectaculaires, extrêmement escarpés et parfois enneigés, des réserves naturelles immaculées, seulement habitées par des nomades, des religieux, des ermites, entourés d’animaux en liberté, comme des yaks, des chevaux de pure race (chevaux de Nangchen), des gazelles, des kyang, des antilopes, des oiseaux de proie, au milieu de champs de fleurs sauvages. On aperçoit parfois furtivement des loups et des léopards des neiges, mais de loin ! Une Terre sacrée et vivante Au sein de ces solitudes immenses du Wild East tibétain, le bouddhisme tibétain a été bien préservé et reste profondément ancré dans l’habitat et le paysage. On y découvre des monastères millénaires, des ermitages et des lieux de méditation encore très actifs, des mantras sculptés depuis des âges dans les falaises, des stupas, des drapeaux de prières, des peintures murales bouddhistes, des lacs et montagnes sacrés. Lors de cérémonies religieuses fixées à des dates précises selon le calendrier lunaire, des danses sacrées sont encore exécutées


© DR

Au Sud du Qinghai 青海南部

Le royaume des chevaux. 青海玉树的赛马节

par des lamas et des moines revêtus de masques. Au monastère de Damkar à Yushu, depuis 816 ans, les lamas et moines ont dansé chaque année, sauf durant la Révolution culturelle, ces danses sacrées des Huit Manifestations du grand maître tantrique indien Padmasambhava. Rien n’a changé depuis l’origine, ni les mouvements, ni le rythme. A chaque pas, le sens sacré est à nouveau transmis, comme insensible au passage du temps. Il est dit que ceux qui ont la chance d’être témoins de cette danse reçoivent une bénédiction égale à 100 000 récitations de textes sacrés… Le Festival de chevaux Le Festival d’été de Jyekundo est aussi le point d’orgue de la vie nomadique de la région qui rassemble des milliers de nomades parés de leurs plus beaux atours et les meilleurs cavaliers du Kham. Les Khampas sont d’excellents cavaliers et la vitesse de leurs petites montures est phénoménale. Selon l’encyclopédie Britannica, le cheval de Nangchen est une pure race depuis plus de quatorze siècles, inconnue à l’Ouest jusqu’à la fin du siècle dernier, et sa petite taille le rend très compétitif. Il peut se mesurer aux meilleurs chevaux du monde. Ce festival est l’occasion de courses, d’acroba-

ties équestres, de compétitions, de danses et de chants traditionnels, de jeux de force et d’adresse au tir à l’arc, au cours desquels les Khampas animés déploient leurs plus beaux habits traditionnels, leurs somptueux bijoux et leurs adresses dans leurs sports favoris. A cette occasion, chacun monte sa tente blanche ornée de dessins bleus représentant les Huit signes auspicieux dans la vallée qui n’est plus qu’un champ de tâches blanches et bleues. Une expédition vers un lieu retiré Quittant Yushu vers Nangchen, nous avons emprunté une excellente route neuve puis une piste rocailleuse pour nous rendre au couvent de Gechak. D’incroyables points de vue des pics rocheux et de montagnes escarpées qui abritent des ermitages s’offrent à nos yeux. Des drapeaux de prières claquent sous la brise et on entend au loin le chant des nomades récitant des mantras sacrés ou remerciant les dieux de leur avoir permis de traverser les cols sans danger. On rencontre des caravanes de yaks et des troupeaux de gazelles et d’antilopes, des marmottes, des renards ou encore des kyang (ânes sauvages) qui s’ébattent en toute liberté dans l’immen-

sité. Nous nous enfonçons encore plus loin sur la piste et ne rencontrons qu’une voiture pendant la journée. Nous atteignons enfin le célèbre couvent de Gechak où nous sommes accueillis par une active et chaleureuse communauté. Au XIXe siècle, cette communauté de femmes de plus de 3 000 nonnes était l’une des plus importantes du Tibet et était déjà mentionnée dans les livres occidentaux consacrés au Tibet Ancien. Aujourd’hui, plus de 300 nonnes diligentes de tout âge vivent en retraite dans des conditions de vie extrêmement difficiles et simples (sans eau ni électricité), s’adonnant à la pratique assidue de la méditation. L’année dernière, la piste était impraticable et il fallait 3 jours à cheval pour atteindre ce lieu secret… Dans dix ans, que sera devenu cet espace immaculé de la préfecture de Yushu ? Espérons que l’ouverture de l’aéroport amène des responsables soucieux de la protection de l’environnement ! Déjà, l’Asia Society vient d’achever un reportage sur la région que vous pouvez consulter sur le site suivant : www.asiasociety.org/chinagreen/ four-great-rivers/ Si vous êtes amateurs de terre vierge, ne tardez pas !

V é ro n i qu e

d ’A n t r a s

Connexions / mai - juin 2009 97


协会 associations Acupuncture sans frontières

ASF Chine soutient l’action de Walter Fisher dans les bidonvilles de Bombay. 无国界针灸协会中国志愿者参加在印度孟买贫民区的人道行动

R

etour au bercail. L’association Acu- assistants sanitaires déjà en place. Elle puncture sans frontières (ASF) fournit et installe le matériel nécessaire vient de donner son agrément à à la pratique de l’acupuncture (aiguilles, une équipe de professionnels en Chine stérilisateurs...). Elle assure le suivi de la pour commencer à travailler en son nom formation et évalue les résultats en terà Shanghai. La nouvelle branche de ASF mes de santé publique. A long terme, elle s’organise autour d’une cherche à autonomiser ces équipe de médecins propraticiens de façon à ce fessionnels de l’acupuncque les meilleurs d’entre « Apporter des ture à Shanghai, les Dr Li eux puissent devenir forXin et Dr Jason Yang de formations mateurs. Sa méthode est l’institut Shanghai Insight rapides et d’apporter des formations pratiques [ là ] où médecine, Ancient Chinerapides et pratiques dans se Medicine Institute, qui les gens n’ont pas des zones où les gens n’ont avaient déjà commencé leur d’accès facile aux pas d’accès facile aux méaction de soutien à des pro- médicaments. » dicaments — manque de fessionnels de la santé dans moyens, éloignement. Ces des zones rurales défavoriformations s’adressent exsées, notamment autour de Shanghai. Le clusivement au personnel médical des pesupport de ASF va leur permettre de bé- tits dispensaires de brousse — médecins, néficier d’une expérience particulière dans infirmières, sage-femme, « tradi-patrila formation. ciens » (médecine ethnique). L’expérience ASF est une organisation à but non-lu- prouve que cette formation — donnée sous cratif, apolitique, areligieuse qui s’engage forme de trois séminaires de trois semaià respecter la loi dans chaque pays où elle nes ou quatre séminaires de deux semaines intervient. Elle a été créée en 1992 en espacées de six mois à un an d’intervalle France, avec pour objectif de contribuer — rend ce personnel médical apte à traiter au développement d’une meilleure auto- à peu près 60% des cas qui se présentent nomie des dispensaires et autres lieux de dans un dispensaire de campagne. Le soins de santé publique dans les pays en training qui associe étroitement théorie et voie de développement. Elle transmet un pratique, enseigne les techniques de base savoir-faire de base en acupuncture à des de l’acupuncture ainsi que les techniques 98 Connexions / mai - juin 2009

© DR

Aiguilles chinoises dans les zones défavorisées plus adaptées aux principales pathologies de la région où les formés exercent. En Chine, l’arrivée de ASF marque un retour de cette technique d’origine chinoise dans son pays de naissance. L’objectif de ASF est de commencer là où les autorités chinoises s’arrêtent souvent, dans des zones très défavorisées où les gens doivent parfois voyager deux jours pour être soignés. En réutilisant la médecine traditionnelle, les personnels soignants, souvent mal équipés, peuvent donner moins de médicaments et se débrouiller avec très peu. L’acupuncture est plus simple à pratiquer, demande très peu de matériel et se révèle parfois plus efficace pour certaines affections douloureuses et invalidantes comme les rhumatismes par exemple. Elle est très bien indiquée pour la gynécologie, les pathologies digestives, les rhumes, les grippes… Il ne s’agit pas de maladies qui menacent la vie mais qui l’empoisonne. Les formateurs sont tous bénévoles. Les médecins formés exercent dans des hôpitaux caritatifs, des dispensaires locaux. A Lima, par exemple, la directrice du programme des médecines complémentaires de la sécurité sociale du Pérou vient de signer un protocole d’accord avec ASF pour lui faire prendre en charge toute la formation de leur personnel médical. ASF intervient au Mali au Burkina, en Haïti, à Madagascar. Elle collabore avec des spécialistes, comme Walter Fisher installé dans les bidonvilles de Bombay. En octobre prochain, l’équipe ASF termine à Shanghai la formation de 30 médecins chinois. Outre cette formation, elle a plusieurs projets au Sichuan, au Guanxi et en partenariat avec Walter Fisher en Inde.

Anne Garrigue

Contacts Web : http://www.acupuncture-sfi.org/Home.htm ASF à Shanghai : Dr Jason Yang (+86) 21 51112061 (chinois/anglais) - Mme Sun Hao (+86) 136 01713254 (chinois). E-mail : sakuku@126.com ASF à Pékin : Sylvie Hu : (+86) 10 64323978 com (français/anglais/chinois). E-mail : sylvie@bjmediax. Walter Fisher: Blog: http://walterfischer.zeblog.com/409053et-pourquoi-pas/; Site Web: http://www.acupuncteur-apn com/


Le

magazine de la

Chambre

de

Commerce

et d’Industrie

Française

en

Chine



Un autre regard sur la Chine d’aujourd’hui 另一种角度看当代中国

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enfants, agroalimentaire, responsabilité sociale, environnement, culture chinoise

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文化 CULTURE

Libérer les images Les « briques » de Wen Fang ont déjà conquis une jolie renommée internationale. Rencontre avec la jeune artiste qui vit et travaille à Pékin.

C’est avec ses visages d’ouvriers imprimés sur des briques de ciment grises que Wen Fang s’est fait un nom dans l’univers de l’art contemporain. Parce qu’elle trouvait le papier « trop lisse » et « sans lien profond avec le contenu des photos », Wen Fang a entrepris d’explorer de nouveaux supports pour ses images. « Pendant cent ans, on a imprimé des photos sur papier, on les a mises sous verre et affichées sur des murs, je souhaite que pour les cent années à venir, les photos sortent de leur cadre, s’impriment sur toutes sortes de supports et vivent leur propre vie d’objet » explique-t-elle. Née à Pékin en 1976, à l’aube de la période des réformes, Wen Fang a grandit dans la capitale chinoise. A 18 ans déjà, avec son premier appareil photo, elle mitraillait sa ville et ses habitants : photos de copines dans des immeubles à l’abandon, sur des gravats ou dans des chantiers, portraits de sans-logis, des passagers du métro auxquels 100

Connexions / mai - juin 2009

elle « volait » un regard, son appareil dissimulé derrière un parapluie. S’enchaînent des études à l’université des Beaux-Arts de Pékin et six années à travailler comme Web Designer. Mais elle rêve de France, « le pays de l’Art » pour elle. Elle s’inscrit alors pour une année de cours à l’Alliance française, puis part une année à Lyon, une autre à Paris, sur les bancs de l’Ecole Louis Lumière, en deuxième année de photograhie. De cette expérience, sa première confontration avec l’Occident, elle dit : « J’ai découvert qu’il n’y avait pas qu’une seule voie, faire des études et travailler en entreprise, que d’autres chemins étaient possibles, plus personnels.» A Paris, elle est sensible aux travaux des surréalistes, à ceux de Man Ray en particulier qui l’engage à « voir au-delà du visible». Quand elle rentre en Chine en 2004, sa décision est prise, elle sera photographe. Mais il n’est alors pas facile de trouver du travail, même alimentaire : « même comme

assistante de photographes commerciaux, je n’étais pas prise » se souvient-elle. Elle décide alors de partir à Tokyo où vit un de ses amis, se lance dans un travail sur les jeunes japonais, le rapport enre tradition et modernité, une problématique dans laquelle la Chine aussi se débat. Elle propose ses clichés à une maison d’édition, un livre est publié. Commence alors à prendre forme son projet de « transférer » ses photos sur de nouveaux supports et son premier travail sur les ouvriers et les briques. « Bien sûr, dit-elle, la brique grise et les travailleurs migrants symbolisent Pékin dans sa marche forcée vers la modernité. Mais, j’y vois davantage. Entre la brique et le Migong, il y a toute une série de correspondances et de résonnances : tous deux viennent de la campagne, ont quité leur terre d’origine, pour se retrouver en ville. Comme les briques, les ouvriers sont envoyés là où on a besoin d’eux. Ils vivent à six ou huit dans


Le photographe à la une

封面摄影

« Dedicated to homeless sisters in Beijing ». Ci-dessous : Wen Fang. 献给北京 无家可归的姐妹们

© Wen Fang

文芳

10 m2, dorment dans des des lits superposés, empilés comme des briques dans un mur. » Des dizaines de visages d’ouvriers se retrouvent imprimés sur des briques que Wen Fang installe bien droites sur de la terre, en rang, parfaitement alignées, un clin d’oeil aux soldats de Terre cuite de Xi’an. La galerie « Paris-Beijing » du quartier artistique de Pékin l’expose en 2006. Très vite, alors, son travail s’impose, original et émouvant. C’est une armée de briques et d’hommes, casqués, des gueules marquées par une vie rude, des regards francs et des sourires généreux, de fausses RayBan sur le nez, un clope au bec… ils sont là simplement, devant nous, comme une évidence. Dans le même mouvement, Wen Fang fait imprimer une série de briques avec des photos urbaines : un morceau de mur détruit, une pancarte signalant une nouvelle résidence de luxe. Depuis, Wen Fang profite de sa renom-

mée et d’un certain confort matériel pour mettre toute son énergie dans la création et expérimenter de nouveaux supports. Elle se réapproprie le traditionnel jeu de Mahjong pour en donner une version en briques mêlant photos d’insectes, de monnaies anciennes, de personnalités chinoises (Chou En Lai, Li Feng et Lu Xun) et de statues bouddhistes. Elle recompose un escalier de briques où des photos de pieds chaussés dévoilent la mosaïque sociale chinoise : l’escarpin chic d’une femme d’affaire, la sandale d’un moine, la basket d’un jeune branché, le traditionnel chausson de coton noir d’une personne âgée, le talon trop haut d’une prostituée ou la prothèse d’un mutilé. Les expositions s’enchaînent en Chine et à l’étranger. En 2008, le centre d’art contemporain Ullens à Pékin, lui commande une installation pour l’exposition Dior qui, réunissant les oeuvres d’artistes chinois confirmés, marque un tournant

dans sa carrière comme une consécration. Wen Fang choisi de travailler sur le thème des 60 ans de la célèbre maison de couture. Elle imagine un mur éclaté dont les morceaux semblent comme suspendus dans les airs, d’un côté des briques avec des photos de modèles Dior depuis 60 ans, de l’autre des images de la mode chinoise. D’un côté l’Occident, de l’autre l’Asie, deux faces d’une seule et même chose qui communiquent entre elles par des ouvertures. Wen Fang ne joue pas qu’avec les briques, elle expérimente aussi la photo sur tissu (Get into Charactere), sur cheveux (photo d’Isabelle Huppert pour le centre Ullens), ou sur bois (travail sur des orphelins pour le compte d’une association humanitaire)… Elle travaille actuellement à sa prochaine exposition solo, prévue en novembre prochain à la Paris Beijing. De belles surprises en perspective. Sophie Lavergne

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文化 CULTURE

Les origines de l’écriture chinoise Olivier Venture est maître de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE). Actuellement à Pékin dans le cadre de l’Ecole française d’Extrême-Orient, ce spécialiste d’épigraphie (étude des inscriptions) et de paléographie (étude des écritures anciennes) chinoises, travaille principalement sur les inscriptions sur bronze et sur les manuscrits sur lattes de bambou. Il s’intéresse également à l’archéologie et a participé à des fouilles dirigées par Alain Thote (EPHE), en collaboration avec l’université de Wuhan, sur un site d’habitat rural dans le sud du Henan, datant de la période printemps-automne (771-481 avant JC). Avec Olivier Venture, épigraphiste et paléographe de l’EPHE Connexions : Que peut nous apprendre la science sur les origines et l’évolution de l’écriture chinoise? Olivier Venture : A la différence de l’Inde ou du sud-est asiatique, où ce sont avant tout les Occidentaux qui ont initié ce type d’études, il existe en Chine une tradition autochtone d’étude des inscriptions anciennes. Les plus anciens catalogues d‘antiquités parvenus jusqu’à nous remontent aux Song (960-1279). Dans ces ouvrages sont reproduits non seulement les objets, mais également les inscriptions qui figuraient sur certains bronzes antiques. Dans les notices sont souvent proposées des datations reposant sur les noms de lieux, de personnes ou d’évènements évoqués dans l’inscription. Après les Song, l’intérêt s’émousse jusque sous les Qing, où l’engouement pour les inscriptions participe à un mouvement plus large de retour aux valeurs de l‘Antiquité et à une recherche identitaire nationale. Contrairement aux textes transmis par la tradition, qui ont pu être corrompus par les copistes successifs, 102

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l’inscription dans le bronze se présente comme à l’époque de sa rédaction (mais il arrive parfois de tomber sur des faux). A noter que ce goût des Chinois pour les objets sur lesquels figure une inscription écrite remonte à l’Antiquité. Aujourd’hui encore, une pièce ancienne qui comporte des caractères écrits a beaucoup plus de valeur sur le marché chinois que sur les marchés européens. C. : On a l’impression que l’écriture est un peu l’ossature de la civilisation chinoise, qu’en pensez-vous ? O. V. : En effet. La Chine est en contact depuis plus de mille ans avec des écritures phonétiques indiennes et occidentales. Elle a choisi délibérément de conserver son écriture et les rares tentatives au XXe de passer au phonétique n’ont pas abouti. Une écriture phonétique aurait posé des problèmes pour s’adapter à la très grande variété des dialectes chinois qui peuvent varier d’un village à l’autre, et aurait conduit à se couper d’une grande partie de la culture. Certains pays — le Vietnam, la Corée — l’ont

Inscriptions oraculaires de la région d’Anyang avant une v

pourtant fait, mais il s’agissait pour eux d’une écriture importée. Ce choix délibéré semble lié à une volonté d’unité. L’EFEO a organisé cette année plusieurs conférences sur les relations entre écriture et société : « les calendriers et l’écriture aztèque », « l’écriture étrusque », etc. Les échanges avec nos collègues chinois ont été l’occasion de se poser des questions nouvelles sur la relation entre unité de l’écriture et unité politique. La conférence sur les Etrusques a montré que, dans le monde gréco-romain qui avait choisi le phonétique, on avait recours à une multitude d’alphabets légèrement différents les uns des autres pour noter des langues différentes. Dominique Briquel (EPHE), spécialiste des Etrusques, a fait remarquer très justement que l’évolution d’une écriture est une affaire de choix, pas de nécessité. Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, le passage de l’idéographique au syllabaire, puis à l’alphabétique, n’a rien d’inéluctable. Les Européens ont choisi le son, les Chinois le sens. Les caractères chinois notent aussi


©Imagine China

Origine de l’écriture

vente aux enchères.

即将被拍卖的安阳甲骨文原件

Evolution de l’écriture chinoise

1250-1050 av.

1050-950 av.

500-400 av.

~ 217 av.

172-178

après 700

inscription oraculaire Shang

inscription sur bronze Zhou

inscription tambour de pierre

Manuscrit Qin de Shuihudi

Classique Han sur pierre

style régulier

le son, mais de manière plus souple que les écritures alphabétiques, ce qui permet aux Cantonais et aux Pékinois d’utiliser la même écriture. C. : On entend souvent dire que l’écriture chinoise aurait 5 000 ans, ce qui doterait la Chine de la plus ancienne civilisation du monde. Que faut-il en penser scientifiquement ?

O. V. : Ce discours qui fait référence aux « 5000 ans d’histoire » permet à la Chine de prétendre à une écriture aussi ancienne que celle de l’Egypte et de la Mésopotamie. Mais il ne repose sur aucune preuve scientifique, même si certains collègues chinois le soutiennent, en jouant souvent sur l’ambiguïté du mot écriture wenzi 文 字 qui désigne à la fois le système d’écri-

文字的起源

ture qui permet de noter graphiquement l’ensemble d’une langue et chacun des signes d’écriture. Or ce sont deux choses différentes. En l’état actuel des connaissances, l’écriture en tant que système de transcription d’une langue remonte en Chine au milieu du XIIIe siècle avant J.C., sous la dynastie Shang. Les premiers écrits apparaissent subitement dans la région d’Anyang dans le nord du Henan. On a essayé de remonter plus loin. Mais les seuls signes antérieurs que l’on a retrouvés sont des signes isolés figurant sur des céramiques néolithiques. Les plus anciens sont antérieurs à 5 000 ans avant notre ère et ressemblent énormément aux signes apparus dans d’autres régions du monde aux mêmes époques. Ces signes pourraient être les marques des propriétaires des objets ou biens celles des artisans qui les ont fabriqués. C. : Ces signes pourraient-ils être à l’origine de l’écriture chinoise ? O. V. : A mon sens non. Même si certains signes néolithiques simples (les +, les T…) se retrouvent dans l’écriture des Shang, celle-ci comporte un peu plus de 3 000 caractères dont l’écrasante majorité n’a pas été retrouvée dans une période antérieure. Elle semble donc être apparue subitement sur différents types de supports — des os de bovidés et carapaces de tortues utilisés pour la divination (jiaguwen) et, plus rarement, des objets de bronze et de pierre. Tous ces supports avaient un rapport avec la divination ou le culte des ancêtres. Comme aucun texte écrit n’a été retrouvé en dehors de ce contexte, on peut supposer que l’écriture est née en Chine chez les devins et les prêtres qui officiaient pour le roi et la très haute aristocratie. Des collègues chinois pensent que d’autres textes écrits plus anciens auraient pu disparaitre parce qu’ils se trouvaient sur des supports périssables (bambou et bois). Mais comment expliquer alors que l’on n’ait pas retrouvé de preuve de ces écritures antérieures sur des supports de pierre ou de céramique plus durables ? D’autre part, la persistance des signes attestés au Néolithique sur des céramiques longtemps après la naissance du système d’écriture chinois montre bien qu’il s’agissait de deux logiques différentes. C . : Le renouveau du

•••

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文化 CULTURE un passé de plus en plus long pour l’histoire chinoise? O. V. : Sans doute. On assiste aujourd’hui à la multiplication de projets — articles, colloques, projets de recherche — sur les origines de la civilisation chinoise. Manifestement, le gouvernement accorde une certaine importance à ces sujets et nombre d’articles ont effectivement tendance à faire remonter dans le temps l’histoire de la Chine. On peut cependant s’interroger sur le bien-fondé de ces débats sur les origines, surtout lorsqu’ils reposent davantage sur la manière d’interpréter que sur les données proprement dites. C. : Que sait-on vraiment de l’évolution de l’écriture chinoise? O. V. : L’écriture se diffuse avec les changements de pouvoir. Les Zhou succèdent au Shang et maîtrisaient probablement l’écriture juste avant la conquête. Pour Carapace de tortue.  龟甲 contrôler le territoire des Shang autour d’Anyang dans le Henan et les territoires On a découvert dans un puits de la région de leurs alliés jusqu’à Pékin, ils envoient du Hubei, des archives de l’administration des membres de leur famille à la tête des locale des Qin sous forme de petites tapetits pays conquis (ex : Etat de Yan). blettes en bois de 23 centimètres de haut Cette politique encourage la diffusion de et de lattes de bambou dont on s’était l’écriture parmi les élites débarrassées en les jetant locales alors que se met en « [Le] discours qui dans un puits qui les a place une amorce d’admiconservées dans un milieu fait référence nistration. A partir de 771 humide permanent. Cette aux “5 000 avant J.-C., la maison des découverte montre que les Zhou se retire du Shaanxi ans d’hsitoire” caractères ressemblent déjà (X i’an) pour aller vers permet à la Chine à ceux d’aujourd’hui, sans Luoyang et perd progres- de prétendre être identiques. La diffusivement son pouvoir. Les à une écriture sion de l’écriture a pu aussi chefs des territoires pren- aussi ancienne se faire grâce aux descennent le titre du roi et se que celle de dants d’anciennes grandes battent entre eux (Royaufamilles aristocratiques l’Egypte ou la mes combattants). On voit déchues qui se reconvertisMésopotamie. Mais apparaitre des variantes saient dans l’enseignement. régionales d’écriture assez il ne repose sur Au moins depuis le VIe sièaucune preuve importantes. A partir des cle avant JC, l’éducation Qin (221 avant J.-C.), tout scientifique… » repose essentiellement sur change. L’administration les Classiques, dont les plus unificatrice se développe anciens pourraient remonet l’écriture joue un rôle important pour ter au Xe siècle avant J.-C. A noter que l’on la circulation des rapports. Cette admi- n’a aucune trace d’interdit sur l’écriture, nistration directe va unifier l’ensemble du ce qui explique qu’elle a pu se répandre pays, dont le territoire, à l’époque, va de facilement dans la société, d’abord dans les l’ouest du Shaanxi à la pointe du Shan- villes, puis de manière plus limitée dans dong, de Pékin au nord jusqu’au Guan- les campagnes. gdong au sud, en comprenant le Sichuan. C. : La forme de l’écriture a-t-elle évo104

Connexions / mai - juin 2009

© DR

patriotisme chinois alimente–t-il ••• un discours scientifique qui revendique

lué au cours de l’histoire ? O. V. : L’évolution s’est faite progressivement en fonction des supports. On a d’abord eu les inscriptions sur carapaces de tortues sous les Shang, puis les inscriptions sur bronze des Zhou. Sous les Royaumes combattants, apparaissent des variantes régionales, mais elles continuent de former un ensemble unique, sans apport extérieur. L’écriture peut être inscrite sur bois et bambou et elle varie selon que son usage est prestigieux ou quotidien. L’écriture prestigieuse aboutira à ce qu’on appellera l’écriture sigillaire et l’écriture usuelle deviendra sous les Han l’écriture des scribes. Entre le IIIe et le VIe siècle de notre ère, on aboutit à l’écriture régulière kaishu楷书 qui va se maintenir jusqu’à nos jours (voir tableau p.103). Tous ces termes correspondent aujourd’hui à des styles de calligraphie très différents. Mais cette évolution a été très progressive. Les caractères ont lentement pris des formes moins allongées, plus carrées. A noter que ces écritures anciennes constituent aujourd’hui un modèle pour les calligraphes. La découverte des inscriptions oraculaires d’Anyang au début du XXe siècle a ainsi alimenté la créativité des calligraphes modernes. C. : Comment expliquer l’étonnante permanence des caractères dont la forme n’a pas du tout varié depuis plus de 1 500 ans ? O. V. : Elle est liée au poids de la tradition et à l’efficacité d’un système qui fonctionne. Il n’y a pas eu d’ordre venu d’en haut. En fait, une vraie rupture semble avoir eu lieu sous les Qin. Les caractères ont ensuite encore évolué un peu, mais ils ont été unifiés et sont déjà pratiquement lisibles pour un lecteur moderne. Ce n’est pas le cas pour les périodes précédentes. Même la simplification de Mao n’a pas remis en cause cette permanence puisqu’il s’est agi, en fait, de l’officialisation et de la systématisation obligatoire de simplifications déjà courantes. Aujourd’hui encore, circulent dans la rue des caractères simplifiés non officialisés. C. : Où en est la recherche actuellement ? O. V. : Mon travail sur la diffusion de l’écriture intéresse assez peu mes collègues chinois qui préfèrent pour beaucoup se consacrer à des textes retrouvés dans les


Origine de l’écriture tombes, dont certains avaient complètement disparu parce qu’ils n’avaient pas été recopiés. Ils sont particulièrement curieux de textes rédigés sous les Royaumes combattants, par les habitants de Chu (Hubei et Hunan) aux alentours du IVe siècle avant notre ère et dont l’écriture pose encore des problèmes pour les paléographes. Quant à la question des origines, elle reste ouverte. On n’a pas de preuves, seulement des hypothèses de travail. Certains pensent que l’écriture a émergé lentement à partir d’associations entre des signes et des mots. D’autres que le système a évolué très rapidement — en années et non en siècles — à partir du moment où est née l’idée de noter la langue au moyen de signes. En Chine, l’apparition d’un système d’écriture semble plus soudaine qu’en Egypte ou qu’en Mésopotamie. L’écriture chinoise quand elle apparait au XIIIe siècle avant J.-C. note déjà les particules grammaticales abstraites. Il nous manque toujours la première partie de l’histoire.

文字的起源

L’écriture chinoise, le défi de la modernité, de Viviane Alleton chez Albin Michel, 2008 Cet ouvrage, qui fait

Tout au plus un caractère isolé peut être

le point avec érudition

contemplé comme un dessin. Mais en

et dans une langue ri-

lecture rapide, on retrouve les mêmes

goureuse et claire sur les

mécanismes à l’œuvre dans les deux

caractères chinois, est

formes d’écriture. Non, apprendre à

extrêmement roboratif.

lire n’est pas beaucoup plus difficile en

Son auteur, linguiste et

chinois qu’en français. Non il n’y a pas

directrice d’étude à l’EHESS tord vi-

plus d’analphabètes en Chine qu’ailleurs

goureusement le cou à nombre de clichés

dans des pays de développement équiva-

sur les caractères. Non, leur usage ne

lant. Au contraire… et ceci depuis très

transforme pas le cerveau de leurs utili-

longtemps…. On pourrait prolonger

sateurs, qu’ils soient chinois ou japonais,

l’énumération. Mais le plus efficace est

au point de leur imposer une vision ho-

de se procurer l’ouvrage qui passionnera

listique et émotionnelle (cerveau droit)

aussi bien ceux pour qui les caractères

au détriment de leur capacités d’analyse

n’ont plus ou presque de secret, que les

rationnelle (cerveau gauche). Non, lire

débutants ou ceux qui veulent simple-

une page écrite en caractères ne fait pas

ment comprendre les mécanismes de

travailler le cerveau différemment que

cette écriture et son histoire sans avoir

lire un page en écriture alphabétique.

besoin de la maîtriser. 

A . G.

P ro p o s r e c u e i l l i s pa r A n n e G a rr ig u e

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读书

Lire

Les Carnets du voyage en Chine de Roland Barthes (auteur) et Anne Herischberg-Pierrot (commantaires), Editions Christian Bourgois, 23 € La tonalité de ce récit publié trente ans après le voyage en Chine qui l’a inspiré (pourquoi si tard, est-on en droit de se demander ?) est à l’exact opposé de la série d’articles rédigés à l’époque et qui avaient fait de cet intellectuel discret et réservé un maoïste enthousiaste de la Révolution culturelle à peine terminée, disait-on à Paris pour railler le représentant de la célèbre revue littéraire d’alors Tel Quel. C’est à ce titre en effet que Barthes, comme Philippe Sollers et d’autres écrivains français, avait été invité, en pleine campagne idéologique contre Lin Biao et Confucius. Les fonctionnaires auraient voulu que ce voyage fut l’équivalent de celui des « amis de la Chine » des Sartre et Simone de Beauvoir, Claude Roy ou Paul Ricoeur à la fin des années 1950, mais dans des conditions politiques bien différentes. Qui se souvient encore du Journal de Chine de Michel Leiris à la suite de son voyage effectué en 1955. Notes prises sans aucun lyrisme, sans « impressions de voyage », où tout est gommé pour laisser place à la « brutalité du fait » propre au regard froid de l’ethnologue. Or c’est bien à lui qu’il conviendrait de comparer ces carnets de voyage et non aux effusions sentimentales ou romantiques des voyageurs occidentaux qui l’avaient précédé et qui le suivront. Loin des élans révolutionnaires qu’on lui a prêtés alors, toutes ses descriptions de la vie quotidienne en Chine sont en fait traversées par la découverte de la « fadeur », bien avant les écrits de François Jullien sur cette notion essentielle de l’esthétique chinoise. Avec le fade, c’est l’ennui qui domine. Barthes est déçu par ce qu’il voit : tout est verrouillé, pesant, sans humour, sans place aucune pour le moindre érotisme. Il note tous les détails, les sourires, les blouses mal ajustées, les discours trop longs. Mais très vite Barthes s’ennuie et se fatigue au point de tomber malade. Ses notes deviennent de plus en plus lapidaires, il s’arrête presque d’écrire, il se déprend, il dort mal, il a la nausée. Son dernier mot à la veille de quitter la Chine sera : « Ouf » ! Il restera aux biographes à expliquer cet « écart » entre la posture publique et « l’écriture de l’intime », notion si chère à l’auteur.

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Par Laurent Ballouhey

Le mythe de Meng. Par Su Tong, Editions Flammarion, 2009, 228 p. 18 € Su Tong part d’une fameuse figure légendaire chinoise associée à l’histoire de la Grande muraille, que l’auteur entreprend de revisiter et de réinterpréter à sa façon bien particulière en liant les faits historiques à l’imaginaire de ses personnages. Dans le village des Pêchers, il est interdit de pleurer. Les larmes de Binu coulent de ses doigts et de ses cheveux mais ses yeux restent secs. La seule joie qu’elle connait dans la vie, c’est Qiliang son mari qui la lui donne. Un jour il est amené de force pour partir construire la Grande Muraille. Elle décide alors de braver tous les dangers pour le rejoindre aux confins du pays, en compagnie de sa grenouille aveugle. Le mythe alors devient fable pour les contemporains. Un enfant à ma porte. Par Ying Chen, Editions du Seuil, coll. Cadre rouge, 2009, 16 € « La peur de perdre cet enfant me hantait. C’était une peur de moi-même, de mon manque d’instinct maternel en moi, je suppose… » Or cet enfant n’était pas le sien à l’origine. Un jour, la jeune femme trouve cet enfant sur le pas de sa porte. Elle l’adopte et s’investit dans son rôle de mère qui lui avait toujours fait peur. Mais son mari, ses voisins, ses amis ne la considèrent plus de la même façon. Elle se sent menacée. Elle craint de ne pas survivre, à l’instar de la femelle du ver à soie, à cet effort qui l’amène à se sacrifier pour assurer la vie de l’espèce. A l’opposé de son précédent roman, Ying Chen nous donne ici un livre dérangeant, scandaleux, car il fait exploser les bons sentiments qui entourent le thème de l’instinct maternel et de la maternité. Elle porte en même temps de rudes coups au machisme mais surtout nous rapproche de ce mystère qui se nomme la vie. Une fille pour mes dix-huit ans. Par Feng Tang Traduit du chinois par Sylvie Gentil Editions de l’Olivier, 2009, 22 € Ce roman d’apprentissage d’une grande liberté de ton est le deuxième d’une trilogie qui avait commencé par Qiu, comme l’automne et sera suivi par Pékin, Pékin. C’est aussi


图书精选Coup de cœur Par Jacques Leclerc-du-Sablon

Dictionnaire RICCI des plantes de Chine. Chinoisfrançais, latin, anglais, Francine Fèvre et Georges Métaillé le portrait d’une génération iconoclaste qui a grandi dans la Chine des années 80, et dont l’indolence et parfois l’insolence tiennent lieu de nouvelle conscience politique. Qiu Shui, ici dans son adolescence, obsédé par les seins des jeunes filles, ignore la morale qui lui est prodiguée par sa mère et par son professeur de politique. Il préfère suivre les conseils de son mentor, un délinquant expérimenté qui le fascine. C’est lui qui l’initie à la lecture des romans de Henry Miller et des classiques chinois de l’érotisme. Il veut avant tout se forger sa propre vision du monde et de son avenir, sans s’en faire imposer aucune. L’argent comme le travail n’intéressent pas cet enfant des « réformes économiques ». Les massacres de la Révolution culturelle. Textes réunis par Song Yongyi, Traduit du chinois par Marc Raimbourg Préface de Marie Holzman, Editions Gallimard, coll. Folio documents no47, 2009, 8,60 € En lançant en 1966, la Révolution culturelle, Mao ouvrait pour la Chine une période de terreur qui ne s’est achevée qu’à sa mort dix ans plus tard. Les victimes se comptèrent par millions, en moyenne un million par province. Les travaux historiques ne manquent pas à ce sujet, notamment ceux de Jon Haliday et de R. Macfarquhar. Pourtant le travail de mémoire reste à faire, en Chine bien sûr mais aussi en Occident, où la génération de 1968 fut fascinée par ce mouvement qu’elle voyait comme « une expérimentation anti-autoritaire ». Ces textes et récits rassemblés par l’historien sino-américain Song Yongyi et traduits par Marc Raimbourg révèlent l’ampleur du drame et surtout l’inhumanité absolue et le cynisme qui se sont emparés des esprits. L’implication directe de Mao dans la transformation de milliers de jeunes Chinois en bourreaux est minutieusement décrite. Ces documents d’un intérêt exceptionnel à l’origine publiés par Buchet-Chastel sont repris ici par Gallimard en collection Folio Document.

L’Institut franco-chinois de Lyon 1921-1946. Des hommes qui racontent l’ histoire, Editions EMCC-Lyon, 96 p. avec ill. 12 € Edition bilingue franco-chinois L’Institut franco-chinois de Lyon prend une

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Association Ricci pour le grand dictionnaire français de la langue chinoise, Les Editions du Cerf, Paris 2005 S’il est un domaine de la connaissance où le figuratif vient au secours de la science, c’est bien la botanique. La nomination des végétaux est une formidable gymnastique des langues latine et française, en l’occurrence, pour faire d’une forme, d’une allure, d’une odeur, d’une couleur… un nom. Mettre en vis-à-vis cet « imaginaire » occidental et l’imaginaire de la langue chinoise écrite donne un tableau époustouflant, une sorte de peinture inattendue et tellement passionnante. Ceux qui connaissent le plaisir de la lecture d’un dictionnaire verront leur plaisir redoublé en lisant ce Dictionnaire Ricci des plantes de Chine. Pourquoi taire le côté ludique d’un travail scientifique ? Les auteurs Francine Fèvre et Georges Métaillé nous offrent un travail de très haute valeur scientifique et culturelle. Les noms sont écrits dans la langue chinoise non « simplifiée » restituant leur pleine beauté aux caractères. L’assistance d’une romanisation en pinyin, avec les tons, est parfaite. La référence aux noms latins et aux synonymes donne à ce travail une qualification d’usage universel. Les explications géographiques, topographiques et les détails quant aux usages des plantes (ornementales, médicinales, alimentaires, etc) donnent tout son sens à un tel ouvrage : mettre à disposition des étrangers un accès à une réalité de la Chine qu’ils voyaient, admiraient, utilisaient… un peu en aveugles ! L’utilisateur de ce dictionnaire sera surpris par bien des précisions qui laissent apparaître la complexité d’une réalité et du savoir qui lui correspond. Mais cette complexité ne rebute pas, au contraire elle ouvre des pistes inattendues et étonnantes. Il est rare d’assister à un tel dialogue entre l’université et le village, entre le botaniste et l’herboriste, entre l’universitaire et le paysan, etc. En botanique l’usage a précédé l’étude. L’étudiant usager du dictionnaire est alors servi deux fois : il acquiert des connaissances tout en faisant les travaux pratiques. Un regret seulement : que ce dictionnaire ne soit pas devenu une flore illustrée ! D’autres « RICCI » sont attendus et en préparation, celui du droit par exemple !

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读书

Lire

place toute particulière dans la longue histoire ••• des relations ente la ville de Lyon et la Chine. Il se décrit volontiers comme la forme la plus réussie de la présence chinoise en France au tout début du XXe siècle et fit suite à la venue massive de travailleurs chinois. Il répondit d’abord, dans le cadre d’accords entre les deux pays, au manque de main-d’œuvre dans les usines françaises durant la première guerre mondiale et il s’inscrivit aussi dans l’histoire du mouvement de « mi-études, mi-travail » lancé autour des années 20 au sein des jeunes chinois, grâce auquel Zhou Enlai ou Deng Xiaoping notamment sont venus en France. Il constitue le seul exemple d’une université chinoise installée hors du territoire chinois. C’est un lyonnais, Maurice Couraud, chargé d’une mission commerciale en 1895-1897 en Extrême-orient, qui fut à l’origine de cet institut, faute d’avoir pu créer l’institut français d’études chinoises à Pékin. Cet institut lyonnais, qui fut en réalité plus proche d’une école normale que d’une université, a fonctionné depuis 1921 jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale et forma 473 étudiants chinois. Un quart d’entre eux rentrèrent ensuite en Chine, munis d’une thèse d’Etat et fournirent une partie des cadres qui manquaient cruellement dans beaucoup de domaines. Chine et Inde. La course du dragon et de l’ éléphant, Par Martine Bulard, Editions Fayard, 2008, 316 p., 19 € La percée de deux grandes nations sur la scène mondiale nourrit toutes sortes de clichés, qui vont de l’Inde contemplative devenue le bureau du monde à la Chine travailleuse condamnée à être l’atelier de produits bas de gamme. Ces transformations consacreraient toutes deux le triomphe du néo-libéralisme. L’auteur, économiste, journaliste chargée de l’Asie au Monde Diplomatique, s’éloigne de cette vision convenue pour situer l’évolution des deux pays dans le temps de la longue histoire de chacune, avec le souci de décrypter les changements en cours, les traits communs et les différences. On sait que la Chine fut le pays le plus avancé au monde jusqu’au XVIIIe siècle, mais on ignore que ce fut aussi le cas de l’Inde en son temps. Pékin comme New Delhi semblent ainsi animées du désir de retrouver leur place perdue. Elle fait le point des changements intervenus en Chine depuis l’ère maoïste, sans négliger certains blocages de la société chinoise, comme

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Connexions / mai - juin 2009

elle s’interroge aussi sur les « trous » de la démocratie indienne. Se contentent-elles de se couler dans le moule du néocapitalisme ou tentent-elles de se frayer une voie originale pour répondre à leurs problèmes spécifiques ? Faut-il les craindre ou les considérer comme une chance pour le monde ? Doit-on les opposer ou les voir dans une complémentarité éventuelle ? La réponse à ces interrogations ne sera pas sans conséquence sur l’avenir des pays occidentaux. Le génie de la Chine : 3 000 ans de découvertes et d’inventions de Robert Temple (Auteur), Luc Boussard (Traduction), Ed. Philippe Picquier, 29 € Bien des siècles avant l’Occident, la Chine avait déjà inventé un grand nombre de techniques sur lesquelles repose notre monde moderne. Le génie de la Chine, écrit par Robert Temple, chercheur de renommée mondiale, d’après Science et civilisation en Chine, l’œuvre monumentale du sinologue Joseph Needham, détaille l’origine et l’histoire des grandes découvertes chinoises dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’astronomie, la médecine, la physique, les mathématiques, la musique, les transports ou la guerre. Il révèle l’extraordinaire inventivité de la Chine, depuis le premier millénaire avant notre ère jusqu’au XIIIe siècle, depuis la brouette ou le cerf-volant, jusqu’à la combustion spontanée et l’identification des taches solaires. Lauréat de nombreux prix, Le génie de la Chine, traduit dans plus de quarante langues, a remporté un succès mondial de librairie. La version qu’en propose Philippe Picquier a une maquette entièrement nouvelle. Enrichi d’illustrations inédites, son texte a été révisé et complété selon les récentes études scientifiques. Dans son grand œuvre qui a inspiré Le génie de la Chine, Joseph Needham s’interroge sur les raisons pour lesquelles la révolution scientifique a commencé en Occident et non en Chine, tout en faisant preuve d’une grande sympathie pour les deux cultures. Nommé à la tête d’un office de coopération scientifique sino-britannique à Chongqin, durant la guerre contre les Japonais, Joseph Needham a publié le premier tome de son grand œuvre en 1954. Son questionnement a ouvert la voie vers une recherche plus vaste sur les liens entre développement scientifique et technique de la Chine et évolution de la société.


Connexions 50  

A la table des Chinois

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