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Connexions 联 magazine de la

dossier

Le

Chambre

de

Commerce

et d’Industrie

Française

en

Chine

n 4 4 o

mars-avril

Femmes chinoises deux pas en avant un pas en arrière 在徘徊中前进的中国女性

2008

中 国 法 国 工 商 会 双 月 刊

结 Le rôle de •l’Etat vu par

le politologue Lu Xiaobo Economie, le dessous des chiffres Gros plan sur le Jiangsu

• •

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Vu d’ici « Réception » par le photographe Gilles Sabrié 《接待处》 摄影者:吉乐


卷首语 EDITORIAL

Décomplexées

Annick de Kermadec-Bentzmann Présidente de la CCIFC

Le mythe de la femme chinoise passive, soumise et impassible m’a toujours fait sourire. J’ai vécu en Asie jusqu’à mon adolescence, et en Chine pendant vingt-cinq ans, et je vous assure que la réalité est toute autre. Contrairement à bien des idées reçues, la femme traditionnelle chinoise souvent dépeinte comme une victime passive de la société patriarcale, jouait un rôle souvent primordial dans chaque foyer. C’est elle qui prenait toutes les décisions relatives à la bonne marche de la maison, de l’éducation des enfants à la gestion du budget. L’histoire de Chine ne manque pas d’exemples de femmes qui ont exercé un véritable pouvoir politique, parfois terrible : les impératrices Wu Zitian, Yang Guifei et Ci Xi, Jiang Qing l’épouse de Mao et plus récemment Wu Yi, ancien vice-premier ministre. Cependant, se-

中国女性 有关中国妇女被动、顺从、木然的说法总是让我觉 得可笑。直到青少年时代我都生活在亚洲,然后又在中 国度过了25年,我向你们保证:事实完全是另外一种样 子。与大多成见相反的是,经常被描绘成父权制社会被 动牺牲品的中国传统女性往往在每个家庭中发挥着极 其重要的作用。一切关于家庭运转、子女教育和预算管 理的决定都是由她们做出的。 中国历史上并不缺乏大权在握的女性代表:武则 天、杨贵妃、慈禧、毛泽东的妻子江青,还有最近的吴 仪。然而按照儒家的道德准则,她们首先应该服从父 亲,然后要服从丈夫,寡居后要服从儿子,还要传宗接 代。毛泽东曾经说过:妇女能顶半边天,男女平等。对 于我的其中一位女性朋友的母亲而言,最大的变化在于 女性得到了重视,因此她永远感激共产党。对于这位朋 友,与她的前辈不同的是,当代女性拥有了选择和决定 的自由:学习,结婚,生子,离婚……妇女们悄然解放了自 己。然而在农村,她们的命运还没有那么值得羡慕。 她们随父姓,有时随母姓,但不再随夫姓。她们有 胆识,有思想,在商界、金融界、工业界、传媒界等领 域取得了极大的成功。她们无所不谈,简单直白,毫无 顾忌。互联网和博客对她们来说一点都不陌生。她们学 会了适应全球化时代和持续变化的环境。在所有这些 方面,她们都不同于先于她们的几代人。 在法国多维尔成功举办过三届的“世界 女性论 坛”将于今年5月在上海举行首届“亚洲女性论坛”。作 为这次活动的前奏,我们决定以中国女性为题做一期 专刊。非常感谢为本期撰写文章和进行细致分析,以及 向我们提供关于她们的生活和工作环境的新鲜信息的

所有女性朋友们。

中国法国工商会会长:甘安懿

lon les principes confucéens, elle devait d’abord obéir à son père, puis à son mari et à son fils en cas de veuvage, et perpétuer la lignée. Mao Zedong affirma que la femme soutenait la moitié du ciel et était l’égale de l’homme. Pour la mère d’une de mes amies, ce qui changea le plus c’est d’avoir gagné en considération, pour cela elle en fut éternellement reconnaissante au parti communiste. Pour cette amie, la différence avec ses aînées, c’est que la femme contemporaine a acquis la liberté de choisir et de décider : faire des études, se marier, avoir un enfant, divorcer… Elles se sont émancipées sans trop de bruit. Dans les campagnes toutefois, leur sort est moins enviable. Elles portent le nom de leur père quelquefois celui de leur mère, mais plus celui de leur mari. Elles ont de l’audace, des idées et réussissent à merveille dans les affaires, les finances, l’industrie, et les médias... Elles parlent de tout sans complexe et sans tabou. L’ internet et les blogs n’ont plus de secrets pour elles. Elles ont su s’adapter, à l’ère de la globalisation, à un environnement en constante mutation. En tout cela, elles se différencient des générations qui les ont précédées. En mai aura lieu pour la première fois à Shanghai, le Women’s Forum Asia, après le succès des trois premières éditions internationales à Deauville. Dans cette perspective, nous avons décidé de consacrer un dossier aux femmes chinoises. Un grand merci à toutes pour nous avoir livré des articles et des analyses fouillés et des informations inédites sur leurs vies et leurs réseaux...

Connexions / mars-avril 2008 


联 结

协助委员会 COMITÉ DE PATRONAGE

Connexions

Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine 中国法国工商会双月刊

Directrice de la publication Juliette Yanitch Responsable de la publication Sophie Lavergne Rédactrice en chef Anne Garrigue Relecture de la traduction chinoise Ruan Zheng Graphiste Xie Bin Conseiller à la direction artistique Charlie Buffet Ont collaboré à ce numéro : Véronique d’Antras, Laurent Ballouhey, Matthieu Bonnici, Philippe Charles, Antonia Cimini, Julie Desné, Camille Foucard, Sylvie Gentil, Perrine Lhuillier, Ghislain de Mareuil, Pierre Mongrué, Blandine Pons, Renaud de Spens, Serena Rovai, Nicolas Sridi, Marie Stéphane. Photographie de couverture Gilles Sabrié Publicité Pékin : Ruan Zheng Tél. : (010) 6512 1740 # 14 Shanghai : Séverine Clément Tél. : (021) 6132 7100 # 114 Guangzhou : Hervé Lambelin Tél. : (020) 8121 6818 # 801 Imprimé par Versatra Graphics

Toute reproduction même partielle des textes et documents parus dans ce numéro est soumise à l’autorisation préalable de la rédaction. La CCIFC décline toute responsabilité quant aux documents qui lui auraient été fournis, ou aux erreurs qui auraient pu échapper à son attention. Les propos tenus dans les articles n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.

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© Pierre BESSARD

Connexions

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rendez-vous A la une des médias Le dessous des chiffres L’état des lois

8 12 14

l’actualité Entretien avec le politologue Lu Xiaobo Le paradoxe de Taiwan Vie des entreprises Premier Women’s Forum en Asie L’association Friends of Nature

16 20 22 24 28

dossier  Deux pas en avant, un pas en arrière Li Yinhe : « Les femmes manquent de pouvoir » Yan Lan : « Je crois à la vertu des role-models » Caroline Puel : « Une révolution féministe ? »  Douze femmes, douze superlatifs travail De la dame de fer à la femme d’affaires  Quatre businesswomen  Trois entreprises et leurs salariées : Cisco, PricewaterhouseCoopers et Lenovo  Motivées à l’école Luxe, les femmes en tête  Grande distribution : une consommatrice avertie 

32 38 40 42 44 46 50 54 57 58 60

campagnes  Micro-crédit au Ningxia et au Sichuan Toutes en classes !  famille He Yanping : « Les urbaines ne veulent plus sacrifier leur vie de famille »  Enfants unique : le syndrôme 4-2-1 Trois générations, trois voix s’exprimer Femmes de Chine, unissez-vous!  L’autre moitié du ciel vous tombe sur la tête...  Le bastion de la littérature  Ning Ying, un regard sans tabou

63 64 66 69 70 72 75 76 78

régions jumelles  Le Jiansgu nouvelle destination des investisseurs  80 Cartolux : L’emballage à portée de main  82 Lacmé Dafeng : Une mécanique bien rôdée  83 Parallels Translation : Traduire à Suzhou  84 Paysages d’eau et jardins de lettrés  84 culture Gros plan sur la nouvelle photographie chinoise avec les fondateurs de deux galeries pékinoises  L’oeil éclairé de Gilles Sabrié  Livres : les choix de Laurent Ballouhey 

90 94 96


Connexions 联 magazine de La

dossier

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CommerCe

et d’industrie

Française

en

Chine

no44 mars-avriL

Femmes chinoises deux pas en avant un pas en arrière 在徘徊中前进的中国女性

2008

中 国 法 国 工 商 会 双 月 刊

结 Le rôle de •l’Etat vu par

le politologue Lu Xiaobo Economie, le dessous des chiffres Gros plan sur le Jiangsu

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Numéro 44 mars-avril 2008 Rencontre avec le photographe Gilles Sabrié : lire page 94

Vu d’ici « Réception » par le photographe Gilles Sabrié 《接待处》 摄影者:吉乐

Vu d’ici Pour son huitième anniversaire, Connexions fait peau neuve. En cette année où vous entendrez beaucoup parler du chiffre 8 et de ses effets bénéfiques, l’équipe a conçu cette maquette rénovée pour mieux servir nos objectifs : vous offrir, tous les deux mois, une information d’abord économique, mais aussi sociale et culturelle sur ce pays en mutation accélérée. Et bien

sûr, promouvoir la présence des entreprises françaises en Chine. Vous trouverez donc un Connexions plus clair, plus cohérent, plus rythmé, pour votre confort et votre plaisir de lecture – mais aussi plus accessible à nos lecteurs chinois grâce à une identité bilingue renforcée. Avides de saisir le vrai visage de la Chine contemporaine, nous sommes particulièrement sensibles au travail des photographes. Qu’ils soient chinois ou non, leur regard aiguisé nous en dit souvent plus qu’un long rapport. C’est pourquoi nous avons choisi d’aller à leur rencontre. Nous leur donnerons la parole dans une rubrique Culture étoffée et leur offrirons, tous les deux mois en couverture, un espace qui sera notre fenêtre ouverte sur la Chine d’aujourd’hui. Juliette Yanitch, directrice de la CCIFC

吕晓波先生专访

为了庆祝会刊的8周岁生日,

17 从控制到监管:国家必经的改革 

《联结》杂志全新改版了。在听到很多人提

公司简讯

到幸运数字“8”的2008年里, 

23 法国美发在上海 23 上海世博会法国馆寻找合作企业 25 女性时代  专栏 31 100位中国女性  36 中国妇女:在徘徊中前进  39 李银河:“女性缺乏政治代表权”  52 商业女性  55 思科关注女性员工的发展  55 普华永道培养女性人才 56 在联想,男女待遇平等 59 奢侈品:女性占主导

会刊编辑部门设计了全新的版式以使会刊 更好地为我们的宗旨服务:每两个月一期, 为您提供处于加速变革中的中国的经济、社 会及文化信息。 当然,还要促进法国企业在华的发展。 因此,您将会看到内容更鲜明、结构更严 密、设计更紧凑的《联结》杂志,使您能更 舒服,更愉快地阅读。同时,由于增加了会 刊的中文数量,使中国读者更能读懂会刊。 我们热切希望展现当今中国的真实面貌,所 以特别重视摄影师的工作。 无论他们是中国人还是外国人,他们独到的 眼光比长篇报道要告诉我们的东西更多。

61 超市里内行的女性消费者

所以我们让摄影师们在内容充实的

姊妹省份

上为他们提供一块空间,

86 勃艮第大区

这将是我们向当代中国开放的窗口。

88 勃艮第大区使用信息

“文化”栏目里畅所欲言,并将在每期封面

中国法国工商会总经理:颜玉


头条新闻 A la une des médias

Par Renaud de Spens*

Le retour de Tchang Kai-chek

D

e nombreux livres sur le rival malheureux art de vie, raffinement, policement des moeurs, voire de Mao sont aujourd’hui disponibles dans « authenticité » ! les librairies du continent, des chercheurs en On peut trouver un parfait exemple de cette ambivue appellent à sa réhabilitation, et le magazine Phé- valence vénéneuse dans le film Petite fleur (1979), de nix pose en « une » la question du rapatriement de ses Zhang Zheng, immense succès que pratiquement tous cendres en Chine continentale. les Chinois de l’époque ont vu. Le personnage du généContraint à l’exil vers Formose en 1949, Tchang ral du Kuomintang modelé sur Tchang Kai-chek, y est Kai-chek a eu pendant longtemps très mauvaise presse bien sûr « méchant et cruel ». Mais chez lui, on écoute sur le continent. Qualifié « d’ende la musique plaisante sur un nemi du peuple », il a constitué gramophone, alors que la Chine l’un de ces archi-ennemis publics sortait tout juste d’une époque qui a contribué à cimenter par où seuls les six opéras créés par opposition l’identité de la RépuJiang Qing, l’épouse de Mao, les blique Populaire de Chine. Sa chants révolutionnaires et L’Inmort en 1975, un an avant celle ternationale pouvaient être joués. de Mao, et la politique d’ouverChez lui, les femmes sont désirature initiée par Deng Xiaoping bles et joliment habillées, alors à partir de 1978-79 ont permis que leurs consœurs communistes l’assouplissement progressif de sont toutes emballées d’un « sac l’historiographie chinoise à son de pomme de terre » uniforme et sujet, en parallèle avec son retour asexué, comme dit Jung Chang Tchang Kai-chek à la une de Phénix. en grâce dans l’opinion publidans Wild Swans (1991). que. Certaines valeurs qu’il incarnait ont été remises Il s’est ainsi d’abord opéré un retour en grâce des à l’honneur dans la société. valeur associées à tort ou à raison au régime du KuoEn effet, la mémoire en creux de Tchang Kai-chek mintang, notamment par la culture et l’esthétisme. avait singulièrement survécu en Chine communiste. En outre, pour contourner l’obstacle politique que Comme l’illustrent les mots mêmes de certains dis- constituait le généralissime Tchang Kai-chek, ce sidents de 1989, la critique contre les « méchants » mouvement de fond révisionniste s’est notamment du Kuomintang, telle qu’on pouvait la voir dans les attaché à sa femme, Song Meiling. Elle avait l’avanfilms et les feuilletons de guerre, était à double tran- tage d’être la belle-sœur de l’illustre Sun Yat-sen, chant. Ce qui pouvait être interprété comme une mis sur un piédestal comme père fondateur dénonciation de l’ancien régime, vie « dégénérée », luxe, langue précieuse pouvait aussi être vu comme * service de presse de l’ambassade de France

•••



Connexions / mars-avril 2008 


头条新闻 A la une des médias

••• de la Chine moderne des deux côtés du détroit

de Taiwan. Elégante, cultivée, éduquée aux Etats-Unis, elle représentait un idéal dans lequel pouvait se retrouver une grande partie des élites de la génération de la « contre-révolution » de Deng Xiaoping, qui avait lui-même un petit-fils élevé en Amérique. On trouve aujourd’hui pas moins de 34 ouvrages sur Song Meiling dans les librairies de Chine Populaire. L’un d’eux, collection de photographies sur sa vie, est même mis en avant sur le très officiel « Site du Peuple », par un compte rendu qui ne la décrit que par des termes élogieux : « personnage politique majeur », « intelligente, belle, adroite », « aimant le peuple chinois », « s’occupant des soldats et des orphelins », « curieuse de tout »... Ce traitement hagiographique de la charmante Meiling n’a pu que bénéficier au type en uniforme qui se tient à côté d’elle sur tant de photographies. Singulier retournement de l’historiographie, à qui il fallait naguère de l’audace pour parler de l’influence des femmes derrière les grands hommes de l’histoire avec un grand « H »... aujourd’hui, si Tchang Kai-chek revient en partie dans le coeur des Chinois, c’est dans les bagages de son épouse Song Meiling (ainsi, en mai 2007, le Zhongguo Xinwen Wang titre romantiquement « Le nid d’amour de Tchang et Song rénové à Shanghai ») . C’est donc tout naturellement que l’édition 2008 du Grand dictionnaire de Shanghai fait entrer dans ses pages la photographie colorisée du mariage du couple à Shanghai le 12 janvier 1927. Et c’est l’agence officielle Chine nouvellle qui rapporte ce détail... L’éditeur se fait même une fierté de le revendiquer devant les journalistes : « Le mariage entre Tchang et Song est un événement important de l’histoire contemporaine de Shanghai, c’est aussi un événement important de l’histoire politique chinoise, qui doit être présenté aux

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gens, étudié. L’insertion de ce cliché dans le Grand dictionnaire de Shanghai montre que cet ouvrage usuel devient encore plus objectif, juste, historique ». Sur les étalages des librairies, Mao garde encore l’avantage de la masse, avec 337 biographies disponibles actuellement. Tchang n’en est qu’à 102. Cependant, sur les tables des best-sellers et des nouveautés, on trouve généralement 3 ouvrages sur Mao et 3 ouvrages sur Tchang. Egalité ? Un examen plus attentif infléchit le résultat. On doit en effet rajouter 2-3 livres sur Song Meiling (dont le glamoureux Comment vivre jusqu’ à 106 ans comme Song Meiling) et un ou deux sur l’histoire du Kuomintang. La dynamique de victoire est donc du côté de l’ex-ennemi du peuple. Cette nouvelle popularité de Tchang se traduit aussi par les chiffres de fréquentation de son lieu de naissance (Xikou), à peine inférieurs à ceux des touristes de Shaoshan, village d’origine de Mao. Tchang Kai-chek va-t-il bientôt complètement faire son retour sur le continent ? Le 23 décembre 2007, Fang Zhiyi, la veuve de Jiang Xiaoyong, son petit-fils, a souhaité relancer publiquement la question du transfert des restes de son père et de son grand-père sur leurs terres d’origine, conformément à leurs volontés. Le contexte taiwanais est en effet pressant. Sous la houlette du président indépendantiste Chen Shuibian, le gouvernement a lancé un mouvement de « désinisation » et de, reprenons notre souffle, « détchangkaichekisation » de l’île. Lieux-dits et administrations sont renommés et même le mémorial Tchang Kai-chek à Taipeh serait menacé. Si les indépendantistes taiwanais rejettent Tchang, ou pourrait-il aller, sinon sur le continent? Les autorités locales de Xikou, sondées par le magazine Phénix, répondent spontanément : « huanying hui jia ! » (bienvenue à la maison !)


数字背后 Le dessous des chiffres

Par Pierre Mongrué*

Devant l’Allemagne ou devant le Maroc ?

24 660 milliards de Rmb C’est le montant du Produit intérieur brut (PIB) chinois en 2007, qui a enregistré une croissance réelle de 11,4 % par rapport à l’année précédente (le taux le plus élevé depuis 1994). La conversion en dollars américains permet d’effectuer des comparaisons internationales : le PIB chinois en 2007 équivaut à environ 3 250 milliards USD. Après avoir dépassé la France et le Royaume-Uni en 2005, la Chine se trouve donc aujourd’hui au coude à coude avec l’Allemagne. Si la vigueur de l’euro a vraisemblablement permis à cette dernière de conserver une très courte avance en 2007, une chose est certaine : le PIB chinois dépassera le PIB allemand dès 2008, la Chine devenant ainsi la troisième puissance économique mondiale. Il lui faudra cependant plus de temps pour gravir les marches suivantes : en supposant que la tendance actuelle se prolonge — hypothèse évidemment forte —, le PIB chinois ne dépasserait pas le PIB japonais (4 350 milliards USD en 2007) avant 2015, ni celui des Etats-Unis (13  800 milliards USD) avant 2040. La rapidité du décollage économique de la Chine est néanmoins exceptionnelle : 10e puissance mondiale en 1990, elle affichait un PIB trois fois inférieur à celui de la France ; elle a enregistré au cours des 17 années suivantes un taux de croissance annuel moyen de 10,3 %. Mais la croissance ne fait pas tout. Rapporter le PIB à la taille de la population donne la mesure du défi auquel les autorités chinoises sont aujourd’hui confrontées en matière de développement : avec un PIB par habitant estimé à 2 460 USD en 2007, la Chine ne se classe en effet qu’au 105e rang mondial, c’est-à-dire juste devant

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Connexions / mars-avril 2008 

le Maroc mais derrière des pays tels que le Guatemala, l’Albanie, les îles Fidji ou encore la Jamaïque. La faiblesse du revenu moyen des Chinois reflète avant tout de profondes disparités géographiques. A l’une des extrémités de l’échelle des revenus, les grandes métropoles chinoises, dont le niveau de revenu par habitant progresse rapidement et rejoint celui des autres grandes capitales mondiales. A Pékin, Shanghaï, Tianjin et Canton, le PIB par habitant est aujourd’hui comparable à celui prévalant dans de grands pays émergents tels que la Russie, le Brésil ou le Mexique. A l’autre extrémité de l’échelle, les régions les plus reculées sont encore confrontées à la pauvreté de masse. La province la plus pauvre de Chine, le Guizhou, qui compte 37 millions d’habitants, affichait un PIB par tête de seulement 762 USD en 2006, chiffre comparable à celui du Nigéria ou du Sénégal. La Banque mondiale estime par ailleurs qu’en 2007, 7 % de la population chinoise — soit plus de 90 millions d’individus — ne disposait toujours pas des ressources suffisantes pour répondre à ses besoins de base. Ce même taux s’élevant cependant à 64 % en 1981, l’institution souligne que les progrès réalisés par la Chine en un quart de siècle en font la championne du monde de la réduction de la pauvreté. Reste que les inégalités, qui se creusent d’année en année, font redouter une accentuation des tensions sociales, ce qui explique que la construction d’une «  société harmonieuse » soit désormais le thème central de la politique économique de Pékin.

* Conseiller financier. Adjoint au chef de la Mission économique


法制天地

Par Ghislain de Mareuil* et Matthieu Bonicci*

L’état des lois

Réorganiser la détention de ses filiales en Chine

A

près des années d’investissement massif en Chine, un nombre croissant de groupes étrangers souhaite rationaliser son portefeuille de participations chinoises. Dans ce contexte, une question particulière est celle du regroupement de la détention de ces participations en Chine sous une seule et même entité. Deux options sont envisageables : choisir comme holding de détention une entité établie en Chine ou hors de Chine. L’option majoritairement choisie jusqu’à présent est de regrouper les filiales chinoises sous une entité étrangère. Cette solution présente en effet les avantages suivants : elle permet d’échapper aux conditions, parfois difficiles à satisfaire, d’établissement d’une holding de détention en Chine, elle permet de faire jouer les accords fiscaux entre la Chine et certains pays, elle facilite la cession ultérieure de l’ensemble du portefeuille d’investissements chinois puisque la cession de la holding ne sera pas soumise aux contraintes du droit chinois, et enfin elle est relativement aisée à mettre en œuvre puisque le transfert d’une filiale chinoise entre deux sociétés étrangères ne pose pas de difficulté juridique particulière. Par contraste, choisir comme holding de détention une entité chinoise est moins répandu. Mais les termes du débat pourraient évoluer en faveur de cette option. En effet, alors que seules étaient disponibles les holdings, sociétés dont l’établissement est soumis à des conditions très exigeantes (capital social de 30M USD minimum, total des actifs, « nouveaux investissements  » à effectuer…), l’apparition des regional headquarters, aux conditions d’établissement moins

14

Connexions / mars-avril 2008 

strictes (notamment, capital social de « seulement » 2M USD), a déjà substantiellement réduit le « ticket d’entrée ». Holdings et, dans une moindre mesure, regional headquarters disposent de prérogatives de plus en plus étendues en termes de services pouvant être rendus aux filiales chinoises. Par ailleurs, monter ce type de société constitue un acte d’engagement fort d’un groupe envers la Chine. Cette dimension stratégique est essentielle dans toute réflexion sur ce sujet, et a d’ailleurs été déterminante pour les groupes ayant choisi d’établir une holding ou un regional headquarter. Sur le plan fiscal, la Circulaire 207 permettait auparavant de réaliser les cessions intra-groupes de filiales à une valeur égale au capital social augmenté des profits non distribués, c’està-dire sans plus-value ou presque, que le cessionnaire soit une entité chinoise ou une entité étrangère. Depuis l’entrée en vigueur le 1er janvier 2008 de la nouvelle loi sur l’impôt des sociétés, il est attendu une nouvelle circulaire remplaçant la Circulaire 207. Selon les informations qui ont filtré sur cette nouvelle circulaire, les profits non distribués à compter de 2008 pourraient être exclus de la valeur de cession intra-groupe et — point essentiel à notre débat — le régime préférentiel des cessions intra-groupes serait éventuellement restreint aux seules cessions faites à une entité chinoise… En outre, à plus long terme, il est probable que les holdings et les regional headquarters seront parmi les premières entités chinoises autorisées, le jour venu, à pratiquer la consolidation fiscale.

* Ghislain de Mareuil, avocat associé, et Matthieu Bonicci, avocat, cabinet DLA Piper


专访 L’entretien

Spécialiste des relations entre le pouvoir politique et les entreprises, Lu Xiaobo, actuellement professeur invité à l’université Qinghua à Pékin, est notamment l’auteur d’un ouvrage sur la corruption politique en Chine.

Lu Xiaobo « L’Etat chinois doit se transformer réellement en Etat-arbitre » 吕晓波“政府应变成真正的国家裁判员”

Lu Xiaobo professeur à l’Université de Columbia (New York), spécialiste du système politique chinois

Du contrôle à la régulation, la réforme nécessaire de l’Etat chinois C o nn ex i o ns : Q u e l r e g ar d p o r t ez - vous

Petit à petit, le gouvernement se retire du

cés de poursuivre cette transformation,

sur la transition politique et écono-

jeu en tant que joueur et se transforme

mais la dynamique est complexe, longue

mique que connaît la Chine actuelle -

en arbitre. Or, quand on est arbitre, on

et encore très récente en Chine. Le phé-

ment ?

doit être juste : ne pas participer au jeu ni

nomène n’est pas nouveau, il s’est produit

Lu Xiaobo : Avant les réformes en Chine,

y mêler ses propres intérêts. Voilà l’idée

dans les pays d’Europe comme la France

l’Etat, le gouvernement et la société ne fai-

générale. Je crois que le début de ce chan-

où l’Etat avait une part très active dans

saient qu’un. Pour prendre une métaphore

gement remonte à 1998. Les réformes de

l’économie et où il a dû mettre en oeuvre

sportive, l’Etat était à la fois le joueur,

cette période ont été radicales : il s’agit de

la privatisation de certaines industries

l’entraîneur, celui qui décide des règles

la privatisation des entreprises d’État et

appartenant jusque-là au secteur public.

du jeu et l’arbitre. Le jeu était comme tru-

surtout de la réforme globale de l’admi-

Pour devenir une véritable force régula-

qué. Je suis en train d’écrire un livre sur

nistration chinoise. Le nombre de postes

trice, l’Etat doit modifier sa manière de

le changement du rôle du gouvernement

officiels a été réduit, neuf ministères ont

réglementer. Il doit d’un côté déréguler,

en Chine, intitulé Du joueur à l’arbitre, et

été supprimés. Ce n’était pas la première

se retirer des secteurs où le privé est plus

je m’intéresse particulièrement à la ma-

fois que le gouvernement se réformait,

performant que lui et, de l’autre, il doit

nière dont le gouvernement chinois régule

mais c’était la première fois qu’un chan-

s’investir dans les secteurs à fort besoin

l’économie et la société. Grâce à la libé-

gement de cette nature, touchant au rôle

législatif : l’environnement ou la sécurité

ralisation de l’économie et à l’ouverture

du gouvernement, avait lieu. Depuis, les

alimentaire. La Chine est en train de cher-

au secteur privé, le jeu devient plus clair.

différents dirigeants chinois se sont effor-

cher son équilibre. Le pouvoir doit laisser à

16 Connexions / mars-avril 2008 


吕晓波先生专访

从控制到监管:国家必经的改革 《联结》:您对目前中国政治经济体

权,在私有化更能发挥作用的领域退

制的过渡有何看法?

出;另一方面它应该在非常需要立法

吕晓波:在改革前的中国,国家和社

的领域,如环境或食品安全方面加

会是合为一体的。拿体育作比喻,那

大参与力度。中国政府正在寻找它的

时的国家既是运动员,又是教练员,

平衡点,政府机构应该把曾经管理的

更是裁判员,它既能决定比赛规则,

领域交给别人,更积极更谨慎地制定

也是比赛的裁判。也可以说这种体育

法规和监管市场,做一个真正的公正

不是真正的比赛了。

的、有效的裁判员。但是这个角色的

我正在写一本关于中国政府角色转变

转变远没有完成。

© DR

的书,《从运动员到裁判员》,我对

吕晓波, 毕业于加州大学伯克利分 校,获政治学博士学位。 他目前担任美国纽约哥伦比 亚大学教授及清华大学客座 教授,主要教中国的政治制 度以及东亚国家的比较政治 学和政治经济学。 他专门研究政治权力与企业 之间的关系,发表过许多与 有关中国政治经济的著述和 文章。他向我们介绍了关于 中国政治权力变革的最新研 究和思考。

中国政府调节经济和社会的方式特别

《联结》:政府面临哪些巨大挑战?

感兴趣。由于经济自由化和私有领域

吕晓波:政府的主要困难在于如何更

的开放,经济活动变得更加明朗。政

好地行使行政规制的权力,变成真正

府作为运动员渐渐退出了比赛而变成

的国家裁判员。在经历20年的改革

裁判员。然而,做裁判就要保持公

后,这变得越来越困难,因为错综复

正:既不能参加比赛,也不能掺入自

杂的利益集团不断增加,有私有领域

身的利益。这就是基本概念。

的,也有官僚部门的。我觉得3月份

我认为这一改变的开始可以追溯到

刚开完的人大是政府机构改革困难程

1998年,那时的改革是大刀阔斧的,

度的很好体现。政府新组建了5大部,

包括国有企业的私有化和国家机构的

改变了名称,但它们能实现真正重组

全面改革。政府机构的数量被精简,

吗?比如新的交通运输部包括了民

9个部被撤消。这不是中国政府进行的

航,公路和水路运输,但不包括铁路

第一次改革,但这种触及政府职能本

运输。重组的过程非常缓慢,中国政

身的改革却是第一次。从那时起,各

府面临着权力分散的问题 ,许多政府

届中国领导人努力地继续这场改革。

机构重叠,但每个机构又在寻求保留

但过程是复杂的、漫长的、刚刚开始

自己的权力。例如在食品行业,有8、

的。很有意思的是,描述这一过程的

9个不同的国家机构同时监管:卫生

表达方式是“政府机构改革”或“政

部、农业部、国家质量监督检验检疫

府职能转变”,意味着政府试图把自

总局……幸运的是也有一些进步,比如

己定义为一个裁判员,一个应该保证

最近刚刚组建的环境保护部,是由原

比赛正常进行及公平的人。

来的环保总局提升上来的部。但我认

这并不是新现象,在欧洲一些国家比

为会有强烈的官僚抵制,因此还有许

如法国都出现过,那里的政府在经济

多事情要做。

中���到了积极的作用,积极地推进一 些属于公有领域的工业实行私有化。

《联结》:您认为腐败是否构成政府

为了成为真正的监管力量,国家应该

机构改革的障碍 ?

改变制定法规的方式,一方面要放

吕晓波:我想不会,因为政府机构 Connexions / mars-avril 2008  17


专访 L’entretien Quand elle s’exerce à très haut niveau, les

tout en étant plus actif et plus vigilant en

gens se disent qu’il faut attraper « le gros

matière de réglementation.

tigre ». Ce n’est pas pareil.

C. : Quels sont les défis majeurs auxquels le pouvoir

C. : Qu’est ce qui d’après vous fonde un état dé-

doit faire face ?

mocratique ?

L. X. : La principale difficulté pour l’Etat

L. X. : Un pilier qu’on ignore trop souvent :

est de mieux exercer ce pouvoir régulateur,

l’impôt. Il n’est pas seulement économi-

de se transformer réellement en « Etat-

que, il a beaucoup à voir avec la politique

arbitre ». Après 20 ans de réformes, cela

parce qu’il est un lien fondamental entre

devient de plus en plus difficile parce que

individu et gouvernement. Jusqu’en 2003,

les groupes d’intérêts divergeants se sont

en Chine, les paysans payaient un impôt

multipliés, ceux du secteur privé, comme

agricole représentant à peu près 3% de

ceux de la bureaucratie. La dernière ses-

leur revenu, ce qui était très faible. Mais

sion de l’Assemblée Nationale Populaire

ils étaient soumis à des taxes informelles

en mars est pour moi un bon indicateur

lourdes, ce qui était d’autant plus injuste

du degré de difficulté qu’il y a à réformer

qu’ils n’avaient pas accès aux services

l’Etat. Cinq « super-ministères » (da bu

publics. Ces taxes allaient aux gouverne-

zhi) ont été créés, ils ont changé d’appel-

ments locaux. Ajouter à cela la corruption,

lation. Seront-ils réellement réorganisés ?

et vous avez les révoltes rurales des années

© DR

d’autres la place qu’il occupait jusqu’alors

Le nouveau ministère des Transports, par exemple, regroupera l’aviation civile, le trafic routier et fluvial, mais n’incorporera pas les chemins de fer. Les restructurations sont très lentes. L’administration chinoise souffre de fragmentation, beaucoup d’agences d’Etat sont chargées du même secteur, mais chacune cherche à conserver son propre

1990 à 2003. Ces taxes informelles ont

« Je suis partisan d’une imposition transparente et de finances publiques avec un responsable du budget » Lu Xiaobo

alors été supprimées, tant mieux. Mais ce qui m’inquiète, c’est qu’en ne payant plus l’impôt, les paysans n’ont plus d’existence reconnue en tant que citoyen. L’impôt est le fondement même de la citoyenneté. La révolution anglaise avait un slogan célèbre « No taxation, no representation ». Je suis partisan d’une imposition trans-

pouvoir. Dans le secteur de l’alimentation

parente et de finances publiques avec un

par exemple, il y a huit ou neuf agences

responsable du budget. C’est pourquoi

d’Etat différentes concernées. Il y a aussi,

Rongji en 1998 a pris trois mois, mais il a

quand on parle de démocratie en Chine, je

heureusement, des avancées, comme la

passé du temps à convaincre les ministres

m’interroge moins sur le processus de vote,

toute récente creation d’un ministère de

d’alors. A chaque fois qu’il y a une grande

le suffrage, que sur les impôts. Le sens de

l’Environnement, l’Agence de l’environ-

réforme, il y a un lobbying intense, mais

la participation démocratique trouve son

nement (SEPA) étant élevée au rang de

ce n’est pas nécessairement illégal. Pour

origine dans la participation financière de

ministère. Mais je crois qu’il y a une résis-

moi, la corruption joue un rôle différent.

chaque individu. L’équation démocratique

tance bureaucratique forte, il reste encore

Je crois que le gouvernement fait de vérita-

est alors rationnelle et repose sur des ba-

beaucoup à faire.

bles efforts dans sa lutte : des officiels sont

ses solides. Le processus électoral seul est

régulièrement et sévèrement condamnés

pour moi une illusion. Il doit reposer sur

C. : Pensez-vous que la corruption constitue un frein

et, en septembre 2007, un Bureau Na-

un fondement, un lien entre l’Etat et les

à la restructuration de l’Etat ?

tional de Prévention de la Corruption

individus, impliquant chaque citoyen. Le

L. X. : Non je ne crois pas, parce que les

a vu le jour. Mais c’est la corruption au

gouvernement est censé être financé par

réformes de l’Etat se jouent à un très haut

niveau local qui est redoutable. C’est elle

chaque habitant du pays. Le citoyen est

niveau. Il y a sans doute du lobbying et

qui affecte la vie des gens, les mentalités

celui qui a des devoirs, des obligations et

des groupes de pressions. Le travail pré-

et la culture. Si monsieur tout le monde

des droits puisque c’est son argent.

paratoire aux réformes menées par Zhu

est corrompu, alors ça devient la norme.

18 Connexions / mars-avril 2008 

Propos recueillis par Sophie Lavergne


改革是在很高层次上进行的。毫无疑

《联结》:您认为怎样才能建立起一

它是公民资格的基石。英国资产阶级

问会有来自利益集团和压力集团的阻

个民主国家 ?

革命有一句著名的口号,就是“没有

挠。1998年由朱

基领导的政府机构

吕晓波:我们最容易忽视的问题就是

代表权,就不缴税”。

改革仅准备工作就进行了3个月,他

税收。这不仅是经济的问题,也和政

我支持透明税收及预算负责制的公

在说服各部的部长上就花了大量的时

治有很大关联,因为它是个人和政府

共财政。所以当人们提到中国民主的

间。每当有重大的改革时,就会有很

之间的本质联系。

时候,我很少关注投票、选举的程

强的压力集团,但这并不是非法的。

直到2003年,中国农民上缴的农业

序,而是关注税收问题。参与民主的

我认为腐败在这里扮演着不同的角

税差不多占他们收入的3%左右,非

意识最初体现在每一个个人的财政参

色。我相信政府在反腐败的过程中确

常少。但他们还要上缴一些不合理的

与。只有这样,民主的方程式才是合

实做了很大的努力,经常看到一些官

沉重赋税,因为他们没有办法和行政

理的,才是建立在坚实的基础上的。

员受到了很严厉的惩罚。2007年9月,

部门沟通,这对他们来说是很不公

单单的选举过程对我来说是虚幻的,

国家预防腐败局成立。但地方一级的

平的。这些税收流进了地方政府的

它应该建立在国家与个人联系的基础

腐败情况很严重,它对人民的生活,

腰包,再加上地方官员的贪污,从

上,这里包括每个公民的参与。政府

思想及文化危害很大。如果所有人都

1 9 9 0 年 到2003年发生过多次农民的

应该得到每个公民的财政支持。每个

腐败,那么这就变成正常现象了。如

抗议。于是这些不合理的赋税被取消

公民都有义务、责任和权利,因为是

果腐败只涉及很高层的领导,那么只

了,非常好。但我担心的是,如果不

他们的钱在支持政府。

要抓住“大老虎”就成了。这是不一

交税,农民们就更不能作为公民行使

样的。

权利和义务。税收使国民成为公民,

Connexions / mars-avril 2008  19


要闻 l’actualité Taiwan : après les élections présidentielles, les défis de Ma Ying-Jeou

L

es élections présidentielles ont

de conforter l’identité taïwanaise. Une

porté au pouvoir Ma Jing-Jeou

stratégie qui a réussi puisqu’aujourd’hui

avec 58,45 % des voix. Cette

80% des Taïwanais sont attachés au statu

nette victoire du KMT (Kuomintang)

quo : ni indépendance, ni réunification.

s’inscrit dans la droite ligne de ses excel-

L’arrivée de Ma Ying-Jeou ne devrait pas

lents résultats lors des élections législatives

bouleverser cette tendance. Tous les obser-

du 13 janvier 2008 : 81 sièges sur 113. Le

vateurs s’accordent pour dire que la dépen-

Kuomintang, écarté du pouvoir pendant

dance accrue de l’île vis-à-vis du Conti-

huit ans après 51 ans de règne, a profité

nent s’accompagne d’une consolidation

de la réforme électorale et du discrédit de

de l’identité taïwanaise. « Seulement 1 à

Chen Shui Bian, accusé d’être corrompu

2  % de la population déclare souhaiter la

et d’avoir sacrifié l’efficacité économique à

réunification, explique Jean-Claude Poim-

l’idéologie. L’objectif de Chen Shui-Bian,

boeuf, directeur de l’Institut français de

lors de son deuxième mandat après une

Taiwan. Les deux partis veulent préserver

réélection serrée en 2004 fut, en effet,

le choix démocratique de Taiwan tout

© DR

Entre interdépendance économique et affirmation identitaire, Ma YingJeou doit jouer serré pour pacifier les relations avec son voisin géant.

Taipeh, une métropole métisse de 2,6 millions d’habitants 台北市有常住人口两百六十万

en favorisant un rapprochement avec la Chine. » Sur le plan économique, Ma Ying-Jeou devrait donner des gages aux milieux d’affaires taïwanais en faveur d’un rap-

Taipei

Une île très dense et de peuplement chinois relativement récent

Rétablissement des vols directs, suppriTaizhong

20 Connexions / mars-avril 2008 

més depuis 1949, suppression des restrictions à l’investissement taïwanais en

Tainan

Taiwan est une île d’une superficie comparable à celle des Pays-Bas, qui abrite 23 millions d’habitants. Les zones montagneuses occupent les deux tiers de sa superficie ce qui génère une densité très forte (640 habitants au km2). La capitale Taipeh avec 2,6 millions d’habitants est le centre politique économique et financier de l’île. La deuxième ville Kaohsiung compte 1,5 millions d’habitants. Hormis la minorité austronésienne (2%), la population est essentiellement constituée de Chinois qui se répartissent en « benshengren », Taïwanais de souche arrivés sur l’île depuis deux ou

prochement économique avec la Chine.

Gaoxiong

Chine (plafonnés à 40% des actifs), levée des limitations imposées par Taiwan aux exportations chinoises, accès de Taiwan aux accords de libre échange. Les mesures attendues, réelles et symboliques, sont

trois siècles (85% de la population dont 65% de Minnan originaires du Fujian et 20% de Hakka) et « waishengren    », Chinois d’origine continentale arrivés pour la plupart en 1949 et qui représentent 13% de la population. La population est jeune : les 15-50 ans ont un poids prédominant. Mais le taux de fécondité, en baisse depuis 1985, a atteint 1,05 en 2006 et la part des 65 ans devrait passer de 8,6% en 2000 à 19,2% en 2030.

multiples. Mais c’est surtout sur le plan psychologique que le retour du KMT au pouvoir devrait dynamiser l’économie. Actuellement la croissance taïwanaise (+ 5,7%), est surtout tirée par le commerce extérieur (qui représentait plus de 3 points de progression du PIB). En 2008, alors que le ralentissement de la demande mondiale devrait peser sur les exportations taïwanaises, la demande intérieure soutenue par l’investissement devrait servir de relai et booster l’économie. Sur le plan des relations politiques avec


le Continent, l’arrivée de Ma Ying-Jeou relance les négociations bilatérales, bloquées

Une économie très liée à celle de la Chine

sous Chen Shui-Bian. Mais la position de Ma Ying-Jeou est délicate. Partisan d’une attitude conciliatrice avec la Chine, le numéro 1 du Kuomintang dont les deux parents sont du Continent, ne souhaite pourtant pas la réunification. Son ambition sur la durée du prochain mandat présidentiel est la politique des trois non : ni indépendance, ni réunification, ni recours à la force. Or si le Président Hu Jintao a proposé en octobre dernier la négociation d’un traité de paix, cette proposition fait suite à la loi anti-sécession en 2005, qui, selon Benoit Vernander, directeur de l’institut Ricci, a deux aspects antinomiques : « un aspect menaçant qui oblige la Chine à intervenir s’il y a une déclaration d’indépendance ou un report sine die de la réunification en cas de troubles à Taiwan ; un aspect positif qui donne un contenu à ce que pourrait être “un pays-deux systèmes” pour Taiwan qui

Taiwan est le premier investisseur en Chine où vivent 1 à 2 millions de Taïwanais. Les IDE taïwanais en Chine représentent une valeur de 57 milliards USD selon les autorités taïwanaises, 125 à 200 milliards USD selon les estimations de la Mission Economique de Taipeh*. Ces investissements sont concentrés dans les provinces du Jiangsu, Shanghai, Zhejiang, Fujian et Guangdong, les secteurs en expansion étant l’électronique et les services. Les 70 000 à 100 000 entreprises taïwanaises assurent 20 à 25 % des exportations chinoises. Elles représentent 30 % des 200 premières entreprises exporta-

trices taiwanaises et emploient 23 millions de personnes. Le chiffre d’affaires des 1 000 premières entreprises taïwanaises en Chine s’élève à 181 milliards USD (2006). La stratégie actuelle des Taïwanais est une délocalisation en Chine pour des activités à faible valeur ajoutée et un maintien à Taïwan des activités de siège, de R&D, de technologie sensible. L’enjeu de la libéralisation des relations avec la Chine est une gestion facilitée des activités entre l’île et le continent, un retour à Taïwan de certaines activités, un repositionnement de Taïwan en tant qu’ « économie de l’intelligence ». *Source : mission économique de Taipei

garderait sa monnaie, son armée, ses consulats ; donc une autonomie économique et partiellement politique. » Le nouveau président doit tenir compte du fait que la grande majorité de Taïwanais, conscients de leur filiation culturelle avec la Chine, ne se reconnaissent pas comme partie intégrante de la République Populaire. Paradoxalement la multiplication des Taïwanais en Chine, a plutôt creusé l’écart, leur faisant prendre conscience de la distance culturelle entre les deux rives. Taiwan a su développer au cours des dernières décennies une forme de métissage culturel réussi alliant origine chinoise, influences japonaise et américaine. Le modèle social taïwanais est basé sur l’ouverture, la démocratie, l’équilibre social, le développement de politiques éducatives et sociales. Cette réalité sociale et culturelle s’impose au KMT et influence sa marge de négociation avec Pékin.

Anne Garrigue Connexions / mars-avril 2008  21


公司简讯 L’actualité / entreprises Expo 2010 : pavillon français cherche entrepreneurs La France veut planter son drapeau sur les rives du Huangpu, à Shanghai, à l’occasion de l’Exposition Universelle de 2010. « Le président Sarkozy est très attaché à ce que nous ayons un pavillon qui ne soit pas démonté après l’Expo », a ainsi expliqué José Frèches, directeur de la COFRES, de passage à Shanghai fin février. Pour la première fois, le pavillon français, dont le budget est estimé à 50 millions d’euros, sera financé pour moitié par l’Etat et pour moitié par des groupes français © DR

privés, qui se verront proposer une copropriété du bâtiment à Shanghai en échange

Le pavillon français de 6 000 m2, créé par l’agence Jacques-Ferrier, comprendra notamment un jardin à la française.

de financements. José Frèches a promis un bâtiment technologique, plein d’innovations pour porter haut les couleurs hexagonales en 2010. Les plus petites entreprises qui n’ont pas les moyens de se payer

由雅克·费里耶设计的占地 6000平方米的上海世博会

un bout de pavillon se verront proposer

法国馆将有一座

d’autres formes de partenariats.

法式花园坐落其中

Coiffure française à Shanghai Après son lancement à Pékin l’été dernier,

un nouveau concept de salon l’an dernier

dans les grandes villes. Une aubaine pour

Franck Provost s’apprête à ouvrir un nou-

baptisé Salon 88, qui vise à « apporter un

les spécialistes du secteur, qui pourront

veau salon sur Shaanxi lu, au cœur de la

savoir-faire international à des prix abor-

profiter d’une croissance de 15 % sur les

concession française à Shanghai. « Nous

dables, dans des endroits bien situés »,

ventes de produits de soin du cheveu. Ce

avons très envie de développer ce marché.

explique le site internet. Le Français est

n’est d’ailleurs pas un hasard si Eric Paris

Notre salon de Pékin attire déjà beaucoup

notamment présent dans les galeries com-

a ouvert le premier Institut Kerastase en

de monde », confie Grégoire Grandchamp

merciales des magasins Carrefour. Grâce

Chine, au Hilton de Pékin.

des Raux, directeur de Franck Provost en

à un produit d’appel à 88 Rmb, le Français

Chine, qui compte totaliser quatre salons à

espère attirer la classe moyenne chinoise

la fin de l’année. « Je ne veux pas non plus

dans ses 21 salons, présents aujourd’hui

Nouveaux projets pour Lafarge

me précipiter pour avoir le temps de bien

à Pékin et Shanghai mais aussi à Suzhou,

Le cimentier français a fait appel au

asseoir mes structures à la fois à Pékin et à

Wuxi et Shenyang.

chinois CBMI, avec qui il travaille depuis

Shanghai », explique le responsable.

A l’image d’autres pays asiatiques, com-

neuf ans, pour construire six cimenteries

Franck Provost n’est pas le seul à pro-

me la Corée du Sud ou le Japon, la Chine

d’ici 2010. L’investissement pour ce pro-

mouvoir des coupes à la française. Eric

peut faire figure de paradis capillaire. Les

jet s’élève à 600 millions d’euros. Cela

Costantino est un des ambassadeurs de la

femmes chinoises portent les cheveux

fait partie du plan de développement de

coiffure hexagonale depuis 1996, date à

longs, de 50 centimètres en moyenne et

Lafarge qui prévoit d’accroître sa capacité

laquelle il s’est installé en Chine. Le fon-

pas moins de 1,8 millions de salons de

de production de 45 millions de tonnes de

dateur de la marque « Eric Paris » a lancé

coiffure leur permettent d’en prendre soin

ciment entre 2006 et 2010.

22 Connexions / mars-avril 2008 


Exorientis scanne le web en chinois Installé depuis janvier 2007 à Pékin, Exorientis est une compagnie sœur de la CEIS (Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique) basée à Paris. « Notre corps de métier se concentre sur la maîtrise de l’information et la gestion de l’information », explique Eva Ruiz, directrice du bureau de Pékin. Audit de sécurité, recherche de partenaires, études de marché, l’éventail des services d’Exorientis est large. Un des outils-clé de l’entreprise est son logiciel Watch qui permet de surveiller la toile,

法国美发在上海 继去年夏天在北京开设美发沙龙之后,Franck

的价格为顾客提供国际专业的美发服务,”网

P rovost准备在上海原法租界中心的陕西路

上解释说。沙龙88主要开设在家乐福超市的商

新开一家美发沙龙。 “我们非常想开发中国市

业中心里。通过定价为88元的产品,沙龙88希

场,我们在北京的美发沙龙已经吸引了很多顾

望把中国的中产阶级吸引到它座落在北京、上

客”,Franck Provost的经理顾乐透露道,他预

海、苏州 、无锡以及沈阳的21家连锁店中。

计到今年年底共开设4家美发店。他还说: “我

像亚洲其他国家如韩国、日本一样,中国

不想太匆忙,以便有时间在北京和上海同时建

也是美发师的乐园。中国女性大多都留平均

立我的连锁店”。

50公分长的头发,在大城市里,不少于180万的

Franck

Provost并不是唯一在中国发展

美发店能为她们打理头发。对于美发专家来说

美发业务的法国公司,艾力克是1996年来到中

这是个意外收获,他们可以在销售头发护理产

国的法国美发大使之一。这位爱丽克公司的创

品方面获得15%的增长,因此,爱丽克在北京希

始人在去年开创了新的沙龙概念,命名为沙龙

尔顿开设的第一个卡诗护理空间并不是偶然

88,主要是“在交通便利的地方,以面向大众

的现象。

上海世博会法国馆

分,该集团预计将其水泥生产能力在20 06—

en créant des alertes à partir de mots-clés. Nouveauté d’Exorientis : la possibilité de passer les sites chinois au crible avec la reconnaissance des sinogrammes. Les trois

2010年间增加4500万吨。

personnes du bureau de Pékin, qui devrait

寻找合作企业

rapidement grandir, s’attèlent à mettre en

法国想在2010年上海世博会期间将国旗悬挂

place des outils de veille à mettre au ser-

在黄浦江畔。 “

vice des veilleurs.

并且在世博会后不被拆除特别关注”。上海

萨科齐总统对我们的法国馆

世博会法国参展局总裁约瑟.福莱士(José

Les architectes français continuent de faire des affaires en Chine

Frèches)2月底到上海时表示。这是第一次法

L’architecte urbaniste Antoine Grumbach

有权。为了2010年高挂法国国旗,约瑟.福莱士

vient d’emporter un projet de rénovation

承诺建造一个技术性的、充满创新的建筑。

d’un quartier de la vieille ville chinoise à

没有出资能力的较小企业可以寻找其他的合作

Shanghai. Il s’agit de travailler sur deux

方式。

国展馆的预算达到5千万欧元,一半由法国政 府出资,另一半由法国私人集团出资,作为出资 的回报,这些私人集团将拥有该会馆的联合所

易捷灵欧扫描中文网站 2007年1月易捷灵欧公司在北京设立代表处, 它是总部在巴黎的欧洲战略智能公司的姊妹公 司, “我们的主要工作是掌握和管理信息”,北 京办事处经理艾薇解释道。安全审计,寻找合 作伙伴,市场调研,易捷灵欧公司的服务范围 很广。公司的关键工具之一是它的Watch软件, 它可以监控网络,并根据关键词发出警告。易 捷灵欧公司的新产品是:运用对汉字的认知, 实现对中国网站筛选的可能。目前只有3名员工 的易捷灵欧北京办事处将会很快扩大,他们将 安装供监控人员使用的监控工具。

îlots de 60 000 m 2 non loin du célèbre jardin Yu, afin de redonner à cet ancien

法国建筑师继续在中国从事 建筑事业

quartier, largement décimé par les pelleteuses, un visage plus présentable lors de

城 市 建 筑 师安东 尼 . 格兰巴克(A n t o i n e Gr u mbach)刚刚获得一项上海老城区的改

partie des bâtiments seront reconstruits à

造工程。该工程是改造 距豫园不远的6万平

l’identique tandis que nous y ajouterons

方米的2个街区,主要是使这个大面积拆迁的

des éléments contemporains en verre et en

老城区在2010年世博会之前以崭新的面貌出

métal. Je ne connais pas d’équivalent de

现。 “一部分建筑将按原貌重建,同时我们要

reconstruction de ville de cette ampleur,

© DR

l’Exposition universelle de 2010. « Une

用玻璃和金属加入现代化的元素。除了战后华

la guerre », estime Antoine Grumbach, qui

拉法基扩大与中材建筑有限 公司的合作

doit finaliser son projet d’ici cinq mois,

与中材建筑有限公司合作9年的法国水泥生

他要在5个月内完成规划,以便让市政府下属的

pour permettre au promoteur Shanghai

产商拉法基集团向该中国公司招标,希望在

上海城市土地集团(Shanghai Cityland)尽快

Cityland, détenu par la municipalité, de

2010年以前建立6家水泥厂。这一项目的投资高

开始工程建设。虽然该集团不愿意透露投资的

commencer les travaux rapidement.

达6亿欧元,是拉法基集团发展计划的组成部

总额,但估计涉及几亿欧元。

hormis celui de Varsovie au lendemain de

沙的重建,我不知道还有什么建设可以和这样 规模的城市改造相比。”安东尼.格兰巴克说。

Connexions / mars-avril 2008  23


公司要闻 actualité l’entreprise Rencontre avec Aude de Thuin créatrice du Women’s Forum for the Economy and Society (WEFCOS). Une première version asiatique, Women’s Forum Asia, aura lieu du 15 au 17 mai à Shanghai

Le temps des femmes Connexions : Pourquoi avoir créé le WEFCOS ? Aude de Thuin : Je ne comprenais pas pourquoi on entendait si peu la voix des femmes dans les grands forums internationaux. Comme j’ai une grande expérience d’entrepreneur, j’ai décidé de me consacrer à renforcer cette voix après avoir cédé ma dernière entreprise. Une façon comme une autre de faire de la politique sans être pour autant dans la sphère politique. J’ai travaillé pendant presque deux ans pour trouver le business-model. Je sentais bien que les entreprises souhaitaient avoir plus de femmes dans leurs sphères de direction. Et puis au début des années 2000, des femmes, grandes figures politi-

WEFCOS : un des 5 forums les plus influents au monde (Financial Times)《世界女性经济社会论 坛》被“金融时报”评为最具影响力的五大国际论坛之一。

ques ou chefs d’entreprises étaient en train d’émerger. Pour moi, c’était donc une occasion formidable de créer une nouvelle entreprise

en Asie mais sera dès le départ un forum

tion de cet évènement avec une équipe

international avec des speakers émanant

permanente à Shanghai. Nous avons en-

du monde entier.

suite réussi à obtenir les autorisations de

avec un vrai sens et une vraie portée éco-

J’ai bien sûr hésité avant de créer ce

la All-China Women’s Federation, dont la

nomique et sociétale. J’ai travaillé sur le

Women’s forum Asia. En effet, la Chine

Directrice internationale, Long Jiangwen,

concept avec l’aide de personnalités telles

est un pays bien grand pour la PME que

a fait partie de la délégation chinoise venue

que Patricia Barbizet, Dominique Hériard

je dirige ! Mais mes amies chinoises ont

au Forum de Deauville en octobre 2007.

Dubreuil, Anne Lauvergeon, et Laurence

insisté. Parmi elles, Yan Lan, Associée de

Le Women’s Forum Asia a vocation à

Parisot. Après validation du business-plan,

Gide Loyrette Nouel à Pékin, est venue

perdurer. Dans notre métier, un « one

je me suis lancée.

dès la première année au forum de Deau-

shot » ne peut qu’être significatif d’un

ville en 2005 et m’a dit tout de suite qu’elle

mauvais concept ou d’un échec. Dans ce

C. : Pourquoi transporter le forum de Deauville en

pensait qu’un tel forum aurait un sens en

but, nous avons mis en place un Advisory

Chine ? Est-ce une initiative destinée à perdurer ?

Chine. Je me suis alors rendue souvent à

Committee en Chine qui accompagne la

A. de T. : Le Women’s Forum Asia ne rem-

Pékin et Shanghai pour rencontrer des

pérennité de ce projet.

place en aucun cas le Forum de Deauville,

femmes, de tous les univers. Ces rencon-

il s’agit d’une nouvelle étape de dévelop-

tres ont été organisées par Yan Lan et Ca-

C. : Quels seront les points forts de cette manifes-

pement. Et le Forum de Deauville reste

roline Puel, journaliste correspondante du

tation ?

l’épicentre et devient « l’Annual Global

Point à Pékin. Accompagnées par Chris-

A. de T. : Les points forts sont bien sûr liés

Women’s Forum ». « Le Women’s Fo-

tine Ockrent, membre du board fondateur

au programme. Le thème « Growth and

rum Asia » se positionne sur un marché

du Forum, nous avons mieux compris le

Sustainability : how women are making a

immense, avec des problématiques spéci-

rôle que veulent jouer les femmes chinoi-

difference » donne le ton de cette 1re édi-

fiques qui justifient sa création et sa pé-

ses dans l’économie et la société de leur

tion. Et pendant les 3 jours du Forum, du

rennité dans le temps. Le Forum abordera

pays. Après avoir validé la faisabilité d’un

15 au 17 mai, des sujets essentiels seront

des sujets en phase avec le rôle des femmes

tel projet, j’ai lancé en 2007 l’organisa-

discutés. Je pense notamment à des enjeux

24 Connexions / mars-avril 2008 


专访欧德天——世界女性经济与社会论坛的创始人。

女性时代 色的主题,但它自始都是一个拥有自来全世

与社会 论 坛?请您为我们描述一下创业

界的演讲者的国际论坛。当然,在创建亚洲

的大致过程?

女性论坛之前我曾经犹豫过,因为对于我

欧 德 天 :原因很简单:我认为“女性的时

所经营的中小规模企业来说中国是一个很

代”到来了。我不明白为什么在那些思索未

大的国家!但是我的中国女性朋友都像我一

来世界的大型国际论坛上很少听到女性的

样执著并坚持。在她们中有阎兰,北京基德

声音和观点。因为我有丰富的创业经验,在

律师事务所合伙人,2005年她来多维尔参

这种意识和需要的驱使下,我在转让了自己

加了第一次论坛,并马上向我表示她认为这

最后一家企业后决定致力于该项目。用一

样的论坛在中国将具有真正的意义。于是我

种不在政界却要从政的方式。在说“好,开

经常去北京和上海,会见来自各行各业的女

始干吧”之前,我花了近两年的时间寻找这

性:商界的,政界的,学术界的,大学里的和

一新企业的商业模式,因为事情做起来并

艺术领域的。这些会晤都是由阎兰和驻北京

不容易。我觉得企业需要并希望能有更多的

的通讯记者蒲皓琳安排的。在论坛董事会成

女性出现在它们的管理层里。21世纪之初,

员克丽斯蒂娜·奥克朗(Christine Ockrent)

一些颇具影响力的女性政要和女企业家开

的陪同下,我们谈论、更好地了解和看到了

始在世界各地出现。对我来说,这是创建

中国女性在本国经济和社会中扮演、尤其是

一家新型企业的绝佳机会,与我的前两家

希望扮演的角色。在确认有大型企业愿意赞

公司不同,这家新企业具有真正的意义和

助这一项目后,2007年,我开始与常驻上海

tels que « Women and the economic de-

经济社会价值。围绕这一理念,在法国和

的工作团队一起组织这次活动。接下来我们

velopment process : a new dimension » ou

布鲁塞尔的创始人工作小组的帮助下我开

得到了必不可少的中华全国妇女联合会的首

« China and the World : what do people

始积极筹备。在工作小组里,一些知名人士

肯;妇联国际部主任龙江文曾在2007年10月

expect from China and what does China

© DR

《联结》:您为什么要创建世界女性经济

像帕特里夏.巴尔比泽(Patricia Barbizet),

作为中国代表团成员出席了多维尔论坛。

expect from the world » ou encore « Bewa-

多米尼克.海里亚尔.迪布雷伊(Dominique

亚洲女性论坛的使命是要持续发展。在我

re of the wealth divide ».

Hériard  Dubreuil),安妮.洛韦容(Anne

们的职业中, “短暂的一击”只是意味着

Nous avons beaucoup interrogé nos

Lauvergeon)和罗朗斯.帕瑞索(Laurence

糟糕的理念或失败。为此,我们在中国成

amies chinoises et notamment les 50 qui

Parisot),都曾给予过她们的建议和积极的

立了一个顾问委员会,它会 伴随这一项目

ont constitué la délégation présente à

支持。然后,我分析了世界上现有的组织,

持续发展。

Deauville en 2007. Leurs demandes sont

在商业计划得到批准后,我的创业才能、公

différentes de celles de nos groupes de tra-

司的积极意义、勇气和些许狂热完成了剩余

《联结》:这次活动的亮点是什么?上海

的工作。

的论坛与多维尔的论坛有何不同?

vail en Europe. Elles souhaitent à la fois un programme fort, innovant et surtout différent des autres grands forums qui

欧 德 天 :亮点肯定与议程有关。此次论坛 《 联 结 》:为 什 么 要 把 法 国 多 维 尔

以“增长与持续发展:发挥女性力量”为主

(Deauville)的世界女性经济与社会论坛

题。在5月15 — 17日的三天时间里,我们会

搬到中国来?这会是一个长久之举吗?

探讨一些基本议题。在此我不能全部提到,

欧 德 天 :首先,亚洲论坛在任何情况下都

但是我特别记得一些重要的,例如“女性与

不会取代多维尔论坛,它只是公司业务在地

经济发展进程的新思维”, “中国与世界:人

mes « plus glamour ». Ainsi par exemple,

区和国际发展的新阶段。多维尔论坛是“震

们对中国的期待以及中国对世界的期待”,

dans la partie « Discovery Programm » qui

中”,是全球女性论坛的年会。亚洲女性论

还有“关注贫富不均”。我们多次向中国女性

a vocation à proposer des sessions plus in-

坛定位在一个广阔的市场内,目前这里存在

朋友询问,尤其是2007年出席多维尔论坛的

timistes et culturelles, nous avons décidé

的特殊问题可以说明它建立和持久存在的

代表团的50名成员。她们的要求不同于我们

de créer un corner « femme française »

理由。论坛会着手准备一些关于亚洲女性角

在欧洲的工作小组的要求。她们不仅希望论

se tiennent en Chine. Elles nous demandent aussi d’y ajouter un côté un peu plus « girly », un peu « star system ». Nous allons donc faire appel à de grands speakers internationaux mais aussi inviter des fem-

Connexions / mars-avril 2008  25


公司要闻 actualité l’entreprise et un autre sur « les traditions chinoises » ainsi qu’un espace d’art contemporain. C. : Une forte délégation de femmes chinoises s’est déjà rendue à Deauville l’année dernière. Quelles furent leurs contributions particulières ? Leurs problématiques rejoignent-elles celles des femmes leaders occidentales ? A. de T. : C’est en effet la Chine qui a inauguré le cycle des délégations officielles venant de grands pays. Elle sera suivie en 2008 à Deauville par la venue d’une délégation de femmes indiennes. Les cinquante femmes chinoises de la délégation ont participé bien sûr en preForum mais elles se sont aussi beaucoup exprimées dans des workshops parallè-

© DR

mier lieu aux programmes officiels du Aude de Thuin

欧德天

Des intervenants du WEFCOS

世界女性论坛的发言者

les, notamment lors d’une rencontre privée avec Laurence Parisot, Présidente du

forum de Deauville comprennent que les

grâce au Forum, il avait doublé le nombre

MEDEF, qui a abordé, avec beaucoup de

femmes en Chine occupent des postes

de femmes dans son board : 2 au lieu d’1.

transparence, les relations franco-chinoi-

à responsabilités en plus grand nombre

Je l’ai félicité et lui ai dit que s’il doublait

ses, et les difficultés que rencontrent les

qu’en Europe ou même aux USA. C’est

encore ce chiffre, ce serait réellement bien.

entreprises étrangères à s’installer en

sans doute une des raisons pour laquelle

Ce qui est important c’est que les entrepri-

Chine. Lors d’une autre discussion sur

des entreprises françaises et internatio-

ses comprennent et sachent qu’avec plus

la création de marques internationales,

nales ont souhaité « sponsoriser » cette

de femmes, leurs résultats n’en seront que

Hung Huang, CEO de China Interac-

délégation de femmes chinoises, car elles

meilleurs. Nous avons mené une étude

tive Media Group, a fait appel à ses ho-

souhaitent aujourd’hui de plus en plus re-

récente avec McKinsey & Company qui

mologues français pour partager leurs

cruter des femmes au plus haut niveau.

montre qu’à tous égards les entreprises qui

expériences dans ce domaine. Puis Liao

Le Président Asie d’une des plus grosses

ont une forte représentation de femmes

Sheri Xiaoyi, Président de Global Village

entreprises françaises installées en Chine

dans leurs équipes de management sont

à Pékin, a souligné que la croissance du

me disait récemment que son rêve serait

aussi les plus performantes. On en est

PNB n’était pas la clé de tout. Enfin, la

d’avoir un Board composé à 100 % de

encore loin. Alors que 55% des femmes

journaliste chinoise Wu Qing a lancé un

femmes. Cela signifie tellement de cho-

en Europe sont diplômées des universités,

appel vibrant pour soutenir l’éducation

ses.

11% seulement d’entre elles sont dans les

des filles en Chine et je ne peux malheu-

Cette volonté des femmes chinoises de

instances dirigeantes de sociétés cotées.

reusement pas ici rapporter tous ces té-

participer autrement au développement de

Aujourd’hui, c’est une véritable urgence

moignages passionnants.

l’économie et de la société, sur une base de

de mieux exploiter les compétences fémi-

S’agissant des problématiques spécifi-

confiance, de respect mutuel, de bonnes

nines sous-utilisées. L’intégration de plus

ques aux femmes chinoises, il ressort en

pratiques, en résumé de valeurs, m’a pous-

de femmes dans les organes de décision

tout premier lieu une différence sur la

sée à créer Women’s Forum Asia.

des entreprises me parait d’autant plus

structure familiale chinoise puisque les

essentielle que ce sont elles qui pèsent

femmes chinoises ont la chance d’être

C. : Le Forum existe déjà depuis trois ans. Avez-vous

aujourd’hui majoritairement dans les dé-

proches des grands-parents qui prennent

pu mesurer concrètement son impact?

cisions d’achat des foyers.

une part active à la vie de l’enfant et à leur

A. de T. : Je vais tout d’abord vous répondre

Enfin la mixité est bénéfique partout où

éducation. Sur le plan économique, il est

par une anecdote. Récemment, un grand

elle existe pour l’image de l’entreprise en-

essentiel que les entreprises présentes au

patron français du CAC 40 me disait que

tre ses employés, ses actionnaires.

26 Connexions / mars-avril 2008 


坛的议程鲜明创新,而且与其它在中国举行

论坛的原因;中国女性参与经济和社会发展

的大型论坛有所不同。她们还要求我们加入

的意愿,即在相互信任、相互尊重、积极实

更“女性”、更“明星”一点的元素。于是我

践的基础上,一言以蔽之,在共同的价值观

们除了邀请一些著名国际演讲人,还邀请了

基础上。

一些“具有明星魅力”的女性。例如,在“发 现”议程部分将开展一些更亲切更文化的

《联结》:世界女性经济与社会论坛已经

活动,我们决定开辟一个“法国女性”角,

存在了3年,您能具体地评价一下它的影

一个“中国传统”角,以及一个当代艺术

响吗 ?

空间。

欧德天:我先用一件趣事来回答你的问题。 法国40大上市公司的一位大老板告诉我,由 于我的论坛,他将董事会里女性成员的人数

年出席了多维尔论 坛。她们有哪些特殊

增加了一倍

贡献?她们提出的问题与西方高层女性

示祝贺并对他说如果能够将这个数字翻倍

的问题一致吗?在哪些方面有所不同?

就更好了:由两位变成四位!重要的是,企

欧德天: 事实上是中国为大国派官方代表团

业理解并知道如果有更多女性的加入,他们

出席论坛揭开了序幕。在2008年多维尔论

的经营成果只会更好。我们与麦肯锡公司做

坛上,将有印度妇女代表团紧随其后。中国

了一项最新的调查,调查显示,无论从哪方

代表团的50位女性首先参加了论坛的正式

面看,管理层中女性数量众多的企业业绩也

Le Forum aujourd’hui est installé com-

议程,同时在小范围的工作会议上畅所欲

是最好的。但是这还远远不够。55%的欧洲

me un rendez-vous nécessaire, un lieu de

言,尤其是在与法国企业运动组织主席罗朗

女性拥有大学文凭,然而其中只有11%的人

débats essentiel, mais il est aussi vécu une

斯.帕瑞索(Laurence  Parisot)的私下会晤

能够进入所在公司的领导层。今天,真正的

« force de propositions  ». Nous allons

中,她们以非常透明的方式探讨了法中关系

当务之急,即竞争的迫切需要就是更好地

d’ailleurs en 2008 sortir du Forum avec

和外国企业进入中国时所遇到的困难。在一

开发女性尚未得到充分利用的能力。其次,

des recommandations à la fois pour les

个关于创立国际品牌的讨论中,中国互动媒

由于大多数女性在家庭购买中起决定作用,

entreprises mais aussi pour les gouverne-

体集团首席执行官洪晃向她的法国同行发问

因此更多的女性进入企业的决策机构就显

ments. Je parle ici bien sûr du forum de

以分享她们在这一领域的经验。北京地球村

得尤为重要。最后,男女搭配在其存在的任

Deauville. En Chine, nous allons d’abord

主任廖晓义强调国民生产总值不是解决所

何地方都是有利的,无论是对企业自身形

installer cette 1re édition. Nous n’avons ni

有问题的关键。最后,女记者吴青大声疾呼

象,还是作为员工与股东甚至是与客户协作

支持中国女孩子的教育。很遗憾我不能在此

的因素。今天的论坛是以一个必要的约定、

提及所有激动人心的经历。关于中国女性的

一个讨论的基本场所而存在着,同时也是一

特殊问题,首先要谈到中国家庭结构的不同

种“建议的力量”。我们将会在2008年论坛

之处,这种结构在孩子身上产生了直接的影

对企业和政府提出有力建议,在这里我说的

响。中国女性也因此幸运地与孩子的祖父母

是多维尔论坛。在中国,我们将首先举行第

保持很近的关系,而老人也积极地承担起小

一次论坛。我们既没有使命也没有意图要给

孩的生活和教育责任。在经济方面,非常有

别人“上课”。我们将会与合作伙伴和参加

意思、同时很重要的是,参加多维尔论坛的

者深入分析提出的问题。我们会精心设计理

un forum comme le nôtre ne devrait pas

女性,更全面地讲,参加论坛的企业都知道

念,因为只有经验和“现场”才能使我们更

exister. Mais ce monde n’est pas idéal.

在中国担任要职的女性人数要高于欧洲甚至

好地调整和改进2009年的第二届论坛。我

Notre rôle est d’essayer de faire bouger

美国。这也许是一些法国企业和国际企业愿

经常说,在一个理想的世界里,像我们这样

les lignes, de contribuer à faire changer

意“赞助”这支中国妇女代表团的原因,因

的论坛是不应该存在的。然而这个世界不是

les mentalités, d’éclairer et de réfléchir

为这些企业现在越来越希望招聘层次更高

理想的。我们的作用就是要力图改变方向,

autrement à l’avenir. Si le Women’s Fo-

的女性。一家驻华法国大型企业的亚洲总裁

改变观念,启发以另一种方式思考未来,目

rum pouvait aider à changer les choses, je

最近告诉我,他的理想是拥有一个百分之百

的是给我们的孩子一个更公平公正的世界。

considèrerai avoir réussi ma vie.

由女性组成的董事会。这可太有意义了。这

如果世界女性论坛能够为改变事物出一点绵

就是从根本上促使我创建第一届亚洲妇女

薄之力,我认为我这一生就成功了。

© DR

《联结》:一支庞大的中国妇女代表团去

la vocation ni l’envie d’être « donneur de leçons ». Nous analyserons en profondeur avec nos partenaires et avec les participants ce qui en ressort. Nous aurons certainement à affiner le concept, car seule l’expérience et le « terrain » nous permettront d’adapter mieux encore la seconde édition de 2009. Je dis toujours que dans un monde idéal,

:由一位变成了两位。我向他表

Connexions / mars-avril 2008  27


协会简讯 actualité association Friends of Nature, pionnier de l’écologie en Chine

© Imagine China

Première ONG à vocation environnementale reconnue par le gouvernement chinois, Friends Of Nature (FON) se bat pour sensibiliser l’opinion aux problèmes environnementaux du pays.

La rivière Nu dans le Yunnan. FON a stoppé la construction de 6 barrages

L

orsqu’en 1994, Liang Congjie dépose officiellement les statuts de FON, il sort d’une année de discussions difficiles à convaincre le gouvernement de l’utilité d’une ONG verte chinoise. Bien que membre du Congrès Consultatif National, il s’est vu refuser la tutelle de l’administration nationale pour la protection de l’environnement et il a dû accepter le rattachement de FON au ministère de la Culture — la loi chinoise exige en effet que toute ONG soit affiliée à un ministère pour exister. 14 ans après, FON est toujours présente et peut s’enorgueillir de plusieurs succès médiatiques. Ils ont les premiers alerté le public chinois sur les risques encourus par l’antilope du Tibet, aujourd’hui l’une des mascottes des JO, et sur les problèmes liés à la construction de barrages sur la rivière Nu dans le Yunnan. « Les antilopes sont beaucoup mieux protégées aujourd’hui, la chasse illégale davantage réprimée et 7 barrages ont été construits au lieu des 13 28 Connexions / mars-avril 2008 

云南境内的怒江。自然之友环保组织阻止6座大坝的建设

prévus. C’est insuffisant mais il s’agit de résultats tangibles » explique Hu Huize, responsable de projets. Avec le soutien de près de 2000 membres, FON se concentre désormais sur l’éducation et la prévention, en particulier dans les zones rurales, en envoyant des formateurs dans les écoles primaires pour sensibiliser les jeunes à l’écologie. L’association mène aussi des actions de reboisement et collabore avec d’autres ONG à des grands projets comme la campagne « 26° » pour limiter l’utilisation de la climatisation en été, une température devenue une obligation légale pour tous les lieux publics. Grâce à son aura de plus ancienne association écologique, FON soutient également la création d’ONG au niveau local et participe à leur mise en réseau. Coté financement, FON opère avec un budget annuel moyen d’environs 2 millions de Rmb (200 000 euros) dont plus de 80% sont affectés aux divers projets. Etonnamment, les plus

gros contributeurs sont des fondations étrangères, essentiellement allemandes et taiwanaises, qui fournissent près de 60% du budget. L’apport des entreprises représente 25% de la trésorerie et les dons et souscriptions des membres constituent à peine 15% des fonds, une situation dûe à l’interdiction pour les ONG implantées en Chine d’effectuer des campagnes d’appel aux dons. Mais FON dispose d’autres atouts avec plus de 100 volontaires formés chaque année et une équipe de14 jeunes, de 20 à 35 ans, très motivée par les enjeux environnementaux. « J’ai abandonné le marketing publicitaire pour l’environnement par convictions personnelles. Mes parents ne comprennent toujours pas pourquoi je m’occupe d’écologie car ils pensent que c’est au gouvernement de gérer ce problème. C’est pour cela que nous visons en priorité les jeunes générations, plus ouvertes, et qui sont aussi les premières concernées ! » conclut Hu Huize. Nicolas Sridi


dossier 专 栏 30

Connexions / mars-avril 2008 

Les 100 visages des Le nouveau millénaire s’est ouvert sous des auspices plutôt positifs pour les Chinoises. En ville, et quelquefois dans les campagnes, les femmes engrangent des réussites remarquables. Pourtant l’égalité des sexes est loin d’être installée et on peut même se demander si l’enrichissement du pays ne contribue pas à faire renaître certains comportements machistes. Connexions ouvre le dossier en examinant successivement la place des femmes dans l’entreprise et à l’école (p.46), dans les campagnes


FEMMES CHINOISES

femmes chinoises

(p. 62) et dans la famille (p. 66), sans oublier leurs nouvelles formes d’expression (p. 72). De la dame de fer à la femme d’affaire (p. 46 ), de la consommatrice urbaine (p. 58) à la paysanne entrepreneuse (p. 62), nous sommes allées à la rencontre de Chinoises de toutes générations (p. 70) en nous efforçant de les comprendre aussi dans leurs questionnements intimes (p. 66) et leurs expressions littéraires (p. 76 ) ou cinématographiques (p. 78).

中国女性

100位中国女性 新千年为中国女性揭开了欣欣向荣的篇章。 城市里,也有在农村里的中国女性正在创造 着巨大的成功。然而,男女平等还远没有实 现,甚至随着人民生活的富裕,一些大男子 主义的行为又重新出现。 《联结》会刊的专 栏探讨了女性在企业和学校(第46页),以 及在农村(第62页)和家庭里(第66页)的 地位,从她们的问卷调查(第66页)以及从 她们的文学(第76页)或电影(第78页)的 表达中,努力去理解她们。 Connexions / mars-avril 2008 31


DOSSIER

专栏

Deux pas en avant, un pas en arrière

© Pierre BESSARD

Par Anne Garrigue

Les rurales viennent massivement travailler en ville…

La situation des femmes en Chine oscille entre nettes avancées et retour en arrière. Les progrès restent bloqués par un important goulot d’étranglement politique Les Communistes avaient fait de l’amélioration du statut des femmes un phare de leur révolution. Avant 1949, les femmes dépendantes financièrement, n’avaient le droit ni de posséder, ni d’hériter de biens familiaux. Elles n’avaient aucune ressource propre. Elles étaient privées d’instruction, victimes de polygamie et 32

Connexions / mars-avril 2008 

大量的农村妇女进城打工

de prostitution… Mao a voulu les libérer du foyer où elles avaient été enfermées depuis des siècles. Il les a intégrées à l’armée des ouvriers et des paysans au service du développement du pays. Il leur a surtout accordé le droit de choisir leur mari et de demander le divorce, droit plus tard battu en brèche par la réduction globale de leurs libertés.La réforme agraire qui leur a distribué des terres en propre, la lutte contre l’analphabétisme qui touchait 90% des femmes en 1949, l’abolition du système matrimonial féodal et la prohibition de la prostitution ont été autant d’étapes témoignant d’un désir réel d’améliorer leur sort.

Une forte participation professionnelle Cette révolution octroyée d’en haut a porté certains fruits. Les Chinoises sont souvent mieux éduquées ou travaillent plus systématiquement qu’ailleurs en Asie. En 2005, 46,8 % des écoliers, 33 % des collégiens, 46,4% des lycéens et 45,7% des étudiants étaient des filles. Et l’écart de scolarisation entre fillettes et garçons en zone rurale va diminuant. Sur le plan professionnel, les femmes représentent plus de 46% de la population active et leur salaire moyen équivaut à environ 70% du salaire moyen des hommes


FEMMES CHINOISES

Plafonds de verre et retour en arrière Pourtant on est encore loin de l’égalité et dans certains domaines, on assiste plutôt à un retour en arrière, depuis l’arrivée des réformes. La montée du chômage, qui touche en priorité les femmes, provoque l’accroissement du nombre de femmes au foyer (taux d’emploi des femmes de 18 à 49 ans en recul de 16 points depuis 19902) et surtout la multiplication des concubines et de la prostitution. Dans le domaine économique, les femmes se heurtent à des plafonds de verre, notamment dans les entreprises d’Etat où elles sont surtout présentes dans les tranches de revenus basses. Un exemple significatif : leur faiblesse à la tête des institu-

En minorité au Parti

© DR

Même si Mao voyaient en elles l’autre « moitié du ciel », le nombre des femmes au parti communiste reste très minoritaire. Au moment du 17e congrès, le Parti s’est enorgueillit du fait que 31,9% des nouvelles recrues (par rapport à 2002) étaient des femmes. Mais en juin 2007, celles-ci ne représentaient toujours que 23,7% des 73,36 millions de membres du Parti (contre 16,6% des 66,36 millions en 2002). Et dans les plus hautes instantes, les femmes continuaient Wu Yi 吴仪 d’être absentes. La seule femme du Bureau politique est aujourd’hui une proche de Hu Jintao, Liu Yandong, après le départ à la retraite de la dame de fer, Wu Yi.

Le suicide des femmes rurales Les femmes représentent plus de la moitié des 290 000 suicides annuels en Chine. Parmi les femmes chinoises de moins de 40 ans, le taux est même de 67 pour 100 000, un taux exceptionnellement élevé. Selon le journal médical britannique The Lancet, 157 000 femmes chinoises principalement d’origine rurale se tuent chaque année. Un taux qui s’explique à la fois par la dureté de leurs conditions de vie et l’absence de tabou religieux sur le suicide.

Confucius contre les femmes Maître Kongzi, nom chinois de Confucius, qui vécut il y a 2500 ans, semble porter une lourde responsabilité dans l’aliénation historique des Chinoises. Postulant que la femme est absolument et inconditionnellement inférieure à l’homme, il lui a assigné le rôle de servante de son père, de son mari et de ses beaux-parents, Confucius (Kongzi) 孔子 puis de son fils aîné. Génitrice de beaux enfants mâles, la femme devait faire preuve en toutes circonstances d’une chasteté irréprochable, condition d’une vie familiale bien réglée, fondée sur une complète séparation des sexes. Exclues des affaires publiques, les femmes demeuraient dans la majorité des cas sans instruction. L’apprentissage des arts, poésie, chant ou danse, étaient l’apanage des « courtisanes », convoitées autant pour leur érudition que pour les plaisirs de la chair. © DR

employés (un écart qui a pourtant tendance à se creuser : moins 7 points en dix ans1). Par ailleurs, leur participation dans la vie active se diversifie, avec l’arrivée d’une génération de femmes de moins de 35 ans, bien éduquée, à l’esprit libre et ambitieux, investissant sans complexe le monde du travail et s’y taillant des places enviables. De plus, contrairement à d’autres pays d’Asie, les femmes Chinoises entrées massivement dans le monde du travail salarié depuis plusieurs dizaines d’années, se heurtent à moins de tabou en matière de choix professionnel. Des Chinoises conduisent des tracteurs et des pelleteuses depuis au moins deux générations et elles sont très présentes dans de nombreux secteurs, industries agricoles et manufacturières, commerce, éducation, culture ou media. Et même parmi les mingong, sous-prolétariat de la Chine atelier du monde, elles sont majoritaires dans les usines du sud du pays.

中国女性

Connexions / mars-avril 2008 33


tions de recherche scientifiques. Selon un rapport datant de 2005 et publié par la CASS (l’Académie des sciences sociales chinoises), 93,8% des scientifiques interrogées estimaient subir des discriminations au travail. Et les femmes ne représentaient que 4,6% des directeurs de recherche dans le cadre du Programme 973 financé par le gouvernement et 3,9% des professeurs d’élite dit « Cheung Kong », employés par le ministère de l’Education. Autre exemple : celui de la justice où 22% des juges, 21% des procureurs et 25% des avocats sont des femmes mais seulement 3% des partenaires des cabinets d’avocats. Plus encore, un immense fossé se creuse entre les performances exceptionnelles de quelques femmes d’affaires audacieuses qui ont réussi à se frayer un chemin parmi les toutes premières fortunes du pays3 et l’immense majorité des femmes rurales qui continuent à trimer, le dos courbé, et souvent isolées sur les terres qu’elles cultivent pendant que leurs fils, leurs époux et leurs filles vont gagner de l’argent en vendant leurs bras dans les provinces côtières. Ce sont aussi ces rurales d’âge moyen qui, tant bien que mal, élèvent l’enfant qu’ont dû laisser derrière eux les jeunes couples mingong. La persistance des préjugés Un des goulots d’étranglement de la promotion des femmes se trouve dans les sphères de pouvoir, notamment politiques, où elles sont très minoritaires malgré une politique des quotas réintroduite par le Parti en 1995 lors du vote de la loi sur le développement des femmes chinoises. Elles ne représentent que 21% des membres de l’Assemblée Nationale Populaire. Cette rareté s’explique par le poids des tra34

Connexions / mars-avril 2008 

© Pierre BESSARD

DOSSIER

专栏

Les jeunes lycéennes en ville 城里的学生

ditions qui favorisent les hommes. Le monde des affaires et le monde politique fonctionnent en effet autour du système des « guanxi », ces relations privilégiées nouées lors de banquets, ou de soirées arrosées au karaoke ou dans des établissements de bains. Difficile pour les femmes d’y faire leur place, sans compter que, si un membre local du parti choisit une femme, il risque fort d’être accusé d’avoir eu avec elle « des relations spéciales ». Dans les mentalités de la Chine profonde, les préjugés contre les femmes restent bien ancrés. Pour preuve, le déséquilibre persistant entre le nombre de naissances de filles et de garçons. La politique de l’enfant unique en vigueur depuis 1979 autorise un seul enfant par famille dans les zones urbaines, et deux enfants au maximum dans les zones rurales, une deuxième tentative étant autorisée si et seulement si le premier est une fille. Résultat : il nait actuellement 100 filles pour 117 garçon en moyenne en Chine, ce qui pourrait avoir à terme de graves conséquences pour l’équilibre du pays.

Heureusement, dans les villes les préjugés semblent s’atténuer. En route vers l’autonomie En zone urbaine, dans la sphère privée, l’évolution des mentalités paraît assez rapide. Elle prend même, dans le domaine des relations sexuelles, le visage d’une véritable révolution puisqu’en 20 ans, la virginité au mariage autrefois indispensable ne concerne plus qu’un petit tiers des femmes. Dès fin 2000, une étude de la Fédération nationale des femmes de Chine 4 dans tout le pays, observait que les femmes avaient de plus en plus la possibilité de prendre des décisions sur les affaires familiales importantes, et de faire preuve d’autonomie dans leurs affaires personnelles. Elles étaient 88,7% à déclarer « pouvoir complètement » ou « pouvoir dans la plupart des cas » décider elles-mêmes de « s’offrir des articles personnels haut de gamme ». Dans le même temps cette étude constatait le retour de notions traditionnelles : 50,4% des femmes se déclaraient en faveur du mode tradi-


FEMMES CHINOISES

Chiffres de la Fédération des femmes Chiffres de la Fédération des femmes Parmi les 500 personnalités recensées par le rapport Hurun, 7 % sont des femmes. A l’échelle du pays, 20 % des entrepreneurs sont des femmes, selon l’officielle Association des femmes entrepreneurs de Chine 4 étude auprès d’hommes et de femmes ayant 18 à 64 ans, répartis dans 30 provinces, régions autonomes et villes 5 Sina.com 2006 auprès de 9000 femmes célibataires 1 2 3

Les Chinoises se libèrent sexuellement Une enquête réalisée fin 2004 auprès de femmes urbaines et éduquées*, sur la base du volontariat, montre que le sexe longtemps considéré comme un sujet tabou devient plus libre en ville chez les jeunes femmes. 90,6 % des personnes enquêtées dont 55 % étaient mariées souhaitent exprimer ou suggérer leur désir. 47,3 % ont déjà osé refuser une relation sexuelle non désirée, 87 % ont connu l’orgasme, 93,8 % considèrent la vie sexuelle comme très importante dans le mariage, 74,1 % ont déjà eu recours à la masturbation. Parmi les célibataires interrogées, 75,5 % ont déjà eu un partenaire sexuel. 8,3 % des femmes mariées ont souvent des affaires extra-maritales, et 32,4 % occasionnellement. * Enquête organisée conjointement par l’Association chinoise de sexologie et la Société médicale de Chine, effectuée par Internet sur Sina. com Le questionnaire a été rempli par 31 482 femmes, Plus de 90 % des femmes enquêtées sont âgées de 21 à 49 ans, 80 % sont titulaires d’un diplôme universitaire et habitent dans de grandes villes comme Beijing, Shanghai et Chongqing. 55% sont des femmes mariées.

Le martyre des pieds bandés La pratique des pieds bandés, qui a fortement contribué à handicaper les Chinoises, a prévalu pendant plus de mille ans. Son interdiction, esquissée par l’impératrice douairière Ci Xi en 1902, a été généralisée après la révolution de 1911. Initiée à la fin de la dynastie Tang chez les courtisanes qui se devaient d’avoir des pieds en « boutons de lotus », elle s’est progressivement étendue, à partir de la deuxième moitié de la période Ming, à la quasi totalité de la population. Dans les années trente, il n’était pas rare de voir encore des pieds bandés déformés dès l’âge de quatre ans pour obtenir des appendices minuscules : entre 7,5 et 15 centimètres. © DR

tionnel de division de travail entre les deux sexes selon lequel « l’homme s’occupe des affaires publiques et la femme des affaires familiales » et 37,3% des jeunes femmes acceptaient l’idée selon laquelle « il vaudrait mieux épouser un homme idéal plutôt que de travailler d’arrache-pied ». Cette évolution rapide des mentalités aboutit à un changement des modes de vie contrasté en fonction des générations, des lieux de résidences et des niveaux de revenus. L’âge du premier mariage est repoussé, le divorce et le taux de remariage progressent rapidement. En 2006, dans la capitale, l’âge moyen du premier mariage était de 28,2 ans pour les hommes, de 26,1 ans pour les femmes, (à Shanghai : 31,1 ans et 28,4 ans). Les Chinois divorcent presque cinq fois plus aujourd’hui qu’il y a trente ans (1,4 million en 2007 contre 341 000 en 1980). Une évolution qui s’explique par l’indépendance croissante des femmes et la facilité des formalités malgré la persistance des préjugés contre le divorce. Sans compter qu’aujourd’hui de plus en plus de jeunes femmes choisissent le célibat. Un sondage5 datant de mars 2006 révélait que 50 % d’entre elles possèdent un appartement et qu’environ 20 % avait leur propre voiture. Interrogée sur les raisons de leur célibat, plus de 60 % répondaient qu’elles n’avaient pas encore rencontré l’homme idéal, et 20 % estimaient que le fait de rester célibataires leur donnerait une meilleure qualité de la vie. A. G.

中国女性

Les filles manquent à l’appel 51, 5% d’hommes et seulement 48,5 % de femmes. Où sont passées les dizaines de millions de Chinoises manquantes ? Avec 1,31 milliard, la population chinoise — un être humain sur cinq —, souffre d’un déséquilibre des sexes croissant et inégalement réparti. Le dernier recensement de 2005 montre que ce déséquilibre augmente dans les zones rurales et diminue dans les zones urbaines*. En 2005 dans les campagnes, il est né en moyenne 119 garçons pour 100 filles avec une tendance plus prononcée dans le Jiangxi, le Guangdong, l’Anhui, ou le Henan, où le ratio est monté à 130/100. Le plus préoccupant est que ce déséquilibre globalement ne faiblit pas. En 2000, le ratio-sexe était en moyenne de 117 (contre 103 en moyenne dans le monde). Plus encore que la politique de l’enfant unique, c’est la conjonction de la pauvreté rurale et de l’absence de soutien aux personnes âgées qui explique la persistance de la préférence pour les garçons censés s’occuper de leur parents à la retraite. *

Chiffres du Youth and children research center de l’université de Pékin Renmin, cité par China Daily décembre 2007 .

Connexions / mars-avril 2008 35


DOSSIER

专栏

中国妇女:在徘徊中前进 中国妇女的地位明显提高, 但仍有一些倒退, 薄弱环���在政治方面。 中国共产党以提高妇女地位为革命的方向。 1949年以前,妇女们经济不独立,没有权利 拥有和继承家里的财产。她们没有任何收 入。她们被剥夺了受教育的权利,成为一夫 多妻制和卖淫的受害者……毛泽东把几个世 纪以来关在家中的妇女解放出来,让她们参 加工农红军,为中国的解放做贡献。他给予 她们选择丈夫和要求离婚的权利,这种权 利后来因为自由的减弱而被打破。但是,土 地改革给她们分配了自己的土地,1949年, 90%的妇女参加了扫盲运动,取缔封建婚姻 制度和卖淫嫖娼表达了中国改善妇女命运的

© Imagine China

真正愿望。 积极参加工作 很快,这场革命取得了成果,中国的经 济发展和改革开放使中国妇女大步前进。

Pas de professions fermées aux femmes

妇女从事各种职业

结果是:比起亚洲其它国家,中国妇女经 常受到更好的教育或更能一贯地工作。到

中,大多数在中国南方城市里打工的也都是

中,只有22%的法官、21%的检察官和25%的

20 05年,46.8%的小学生,  33%的初中生,

妇女。

律师是女性,律师事务所里只有3%的女合伙

46.4%的高中生以及45.7%

人。甚至,在少数大胆创业并取得成功的商

的大学生都是

女孩。农村地区男女生比例的差距也越来 越小。在职业方面中,妇女就业人口超过了

无形的“瓶颈”和倒退 然而在某些领域里还没有实现平等,而

业女性和绝大多数累弯了腰,在其子女、丈 夫到沿海城市靠卖苦力赚钱而独自在田间劳

46%,而她们的平均工资是男性平均工资的

且还出现了倒退,像全职主妇的增加

作的农村妇女之间产生了巨大的鸿沟。这些

70%左右。 (差别逐渐缩小,10年内缩小了

(1990年以来18-49岁的职业女性减少了

中年农村妇女还要抚养进城打工的民工夫

7个百分点。)另外,随着小于35岁、受过良好

16个百分点),特别是情妇和卖淫者的增

妇留下的孩子。

教育、精神自由和有抱负的新一代妇女的到

加。在企业 里 ,女 性的晋升会 遇 到无 形

来,她们更积极的工作并拥有令人羡慕的职

的“瓶颈”,特别是在国有企业里,女职

位,职业女性的队伍不断壮大和多元化。与

工总是在最低层工作。举一个很能说明问

在权力方面,尤其是政治权力方面,女

亚洲其他国家相反,几十年前中国妇女就大

题的例子:科研机构的女负责人就很少。

性的提拔还是薄弱环节,女干部的人数总体

量地参加工作,她们在职业选择上很少有忌

根据2005年中国科学院发布的一项报告,

还很少。人大委员中只有20%是女性,在中

讳。至少两代的中国妇女开过拖拉机和翻斗

93.8%被调查的女科研人员在工作中受到

央委员会中只有8%是女性。女干部数量少

车,她们活跃在各行各业:工农业、制造业、

过歧视。在由政府资助的973计划中,只有

是受传统上重男轻女的影响。另外,商界和

商业、教育业、文化业或传媒业。即使在“世

4.6%的女科研负责人,被教育部录用的女

政界其实是通过“关系”来运行的,这些关

界工厂”中国的无产阶级最底层— —民工

教授只有3.9%。再举一个例子:在司法领域

系是靠请客吃饭、唱卡拉OK或在洗浴中心

36

Connexions / mars-avril 2008 

持续的偏见


FEMMES CHINOISES

中国女性

里建立起来的。这些事情很难让女性去做, 而且,如果共产党的地方官员选出一个女干

儒家学说对妇女的压迫

部,他很可能被认为与其有“不正当关系”。

孔子生活在大约2500年前,他对中国妇女的历史束缚负有重大责任。他宣扬,男尊女

在中国传统观念中,对女性的偏见是根深蒂

卑,要求女子未嫁从父,既嫁从夫,夫死从子。女人是传宗接代的工具,要在任何情

固的,我们可以看到中国出生人口的男女比

况下保持自己的贞洁。贞洁建立在男女有别的基础上,是家庭生活规范的条件。大多

例不平衡还在继续。1979年开始实行的独

数妇女没有受过教育,完全被排除在政治之外。学画,吟诗,唱歌跳舞是女子博学多才

生子女政策只允许城市里每个家庭生一个

的表现,也是为了肉体的快乐。于是,今天又出现了包“二奶”或在按摩店里嫖娼……

孩子,农村每家最多可以生两个孩子,前提 是第一胎是女孩。结果是:中国目前出生的

缠足的痛苦

男女比例平均是117:100,这将给国家的平

缠足曾在中国风行了一千年,让中国妇女饱受痛苦。缠足禁令由慈禧太后1902年颁

衡造成严重的后果。幸运的是,城市里重男

布,1911年辛亥革命后才广泛执行。缠足始于南唐时期,嫔妃们用帛缠足,使双脚像

轻女的偏见没那么严重。

莲花一样。这种风气渐渐在民间传播开,至明朝后半期,几乎所有妇女都缠足。上世 纪30年代,还能看到女童从四岁起开始缠足,以便有7.5—15厘米的三寸金莲。

踏上自主的道路 在城市里,在个人隐私方面,观念变得

女孩数量不足

相当快,尤其是性观念发生了真正的变革,

中国人口51.5%为男性48.5%为女性?缺少的几千万中国女性呢?13亿中国人口——每

20年内曾经结婚时必须保持的贞洁只有三分

五个男子中就有一个会受到男女比例失调的影响。2002年的人口统计显示,性别

之一的女性能做到。从2000年底起,中华全

比例失调在农村有所增加,在城市有所下降。2005年农村出生人口的男女比例为

国妇女联合会在全国范围内做了一项调查,

119:100,在江西、广东、安徽和河南省的男性出生比例更高,达到130:100。更让人

发现女性越来越能决定家庭里的重要事务

担忧的是,这种比例失调没有减弱。2000年的平均性别比还是117(而世界的平均性

并在她们的个人事务中保持自主。她们之中

别比是103)。性别比例失调还受到独生子女政策的影响,它是农村贫穷和缺少对老

88.7%的人宣称有“全部权力”或“大部分

年人扶助的共同结果,为养儿防老才会更想要男孩。

情况下有权利”决定给自己购买高档商品。 同时,这份调查证实了传统观念的回归: 50.4%的女性赞同采取“男主外,女主内”的 传统家庭分工方式,也有37.3%的年轻女性 接受“干的好不如嫁的好”的观点。 这种思想观念的快速变化导致了两代 人之间、住房地点和收入水平等方面的生活 方式的明显变化。首次结婚的年龄推迟,离 婚和再婚率迅速提高。2006年北京男女首 次结婚的平均年龄分别是28.2岁和26.1岁, (上海男女是31.1岁和28.4岁)。中国人的离 婚率比30年前增加了5倍, (2007年有140万 人离婚,1980年仅为34万人)。这个变化是

中国共产党内的少数女性 虽然毛泽东说过: “妇女能顶半边天”,但是在中国共产党内的女性人数却很少。 在十七大召开时,中国共产党十分自豪地宣布新入党的党员中有31.9%是女性。但 在2007年6月,7336万名党员中女性只占23.7%(2002年,6636万名党员中女性占 16.6%)。另外,在党的最高权力机构里还没有女性。在铁娘子吴仪退休后,目前中共 中央政治局里的唯一女性是刘延东。

农村女性的自杀问题 中国每年有29万起自杀,女性占了大半。在小于40岁的中国女性里, 10万名自杀者里 有67名女性。根据英国医学杂志《The Lancet》的统计,每年有15.7万名中国女性自 杀,主要来自农村。农村女性的自杀率高居不下是因为她们生活条件艰难,以及缺少 有关自杀的宗教禁忌。

因为女性自主的增加以及离婚手续的便利,

中国年轻女性的性解放

尽管人们对离婚一直存有偏见。而且,越来

2004年对城市受过高等教育的女性的调查显示,曾长期被认为是禁忌话题的性在城

越多的年轻女性都选择单身。2006年3月的

市女性中变得更开放了。90.6%的被调查女性希望表达或提出她们的性要求,47.3%

调查显示,她们之中有50%的人拥有一套住

在不愿发生性关系时敢于拒绝,87%有过性高潮,93.8%认为性生活在婚姻里非常重

房,20%的人拥有一辆属于自己的车。被问到

要,74.1%曾经自慰过。在单身女性中(占45%的答卷),75.5%已有过性伴侣。8.3%

选择单身的理由,60%的人称她们还没有遇

的已婚女性经常有性伴侣,32.4%偶尔有。这个调查明显反映了几代人观念的巨大差

到理想的男人,20%的人觉得单身会让她们

异以及城乡之间的重要区别。

的生活质量更好。

Connexions / mars-avril 2008 37


DOSSIER

专栏

Li Yinhe, sociologue à la CASS, spécialiste des « gender’s studies »

© DR

« Les femmes manquent de pouvoir politique »

Li Yinhe

李银河

Connexions : Comment qualifieriez-vous la situation des femmes en Chine ? Li Yinhe : Dans les villes, elle est bien meilleure qu’il y a cinquante ans. Par contre, dans les campagnes, la situation est bien pire. Le suicide des femmes est supérieur dans les campagnes chinoises à celui des hommes, ce qui est un phénomène rare à l’échelle mondiale. Par ailleurs, j’observe un certain retour en arrière, même dans les villes. Si l’écrasante majorité des femmes veut encore travailler, 10 à 20% préfèrent désormais rester au foyer alors qu’il y a 20 ans, tous les foyers engrangeaient deux salaires. D’autre part, dans les unités de travail, les femmes partent à la retraite plus jeune, parfois dès 45-50 ans et les femmes représentent 60% de ceux qui ont perdu leur travail. Enfin, trouver du travail est plus difficile quand on est une femme. Reste que l’intégralité des Chinoises ont eu une expérience professionnelle dans leur vie. 38

Connexions / mars-avril 2008 

C. : Comment les Chinoises parviennent-elles à concilier aujourd’hui travail et famille ? L. Y. : En Chine, la vie active d’une femme ne subit pas de modification notable au moment de la maternité. Légalement, les femmes ont droit à environ trois mois de congé parental. A la maison, dans 60% des foyers, c’est la femme qui prend en charge les tâches ménagères, dans 40%, le partage est à peu près égal et dans une très petite minorité de cas les hommes s’y collent. Il n’y a pas de problème de garde d’enfant car le prix d’une baby-sitter reste très bas. Le pouvoir dans la famille est partagé quand le salaire vient aussi des femmes, réservé aux hommes quand l’argent ne vient que d’eux. Concernant la violence domestique, 22% des foyers ont des problèmes, graves dans 1% des cas. A noter que les hommes restent très attachés vers la famille. Bien sûr, certains vont voir des prostituées lors de voyages d’affaires. Mais ils le font individuellement. Et j’entends dire à la campagne que les femmes portent la culotte. A vérifier…. C. : Où en est la libération des mœurs? L. Y. : Tout a changé très vite. Il y a vingt ans, la virginité était très importante au mariage. Aujourd’hui, 60 à 70% des Chinoises ont eu des expériences sexuelles avant le mariage, même si les jeunes habitent de façon très majoritai-

21% de femmes siègeaient au 17e Congrès de l’Assemblée

re avec leurs parents. Comme les deux parents travaillent, il est relativement facile d’avoir des rapports sexuels sous le toit familial. C’est un changement révolutionnaire. C. : Quel est la revendication numéro 1 des féministes ? L. Y. : Une meilleure représentation politique. En effet, s’il existe une relative égalité sur le marché du travail et dans l’éducation malgré le handicap des fillettes rurales, sur le plan politique, il n’y a quasiment pas de numéro 1 femme, ni sur le plan national ni sur le plan local. Au Bureau politique, il n’y a pas de femme. Il y a très peu de femmes chefs de village ou secrétaires du parti dans


FEMMES CHINOISES

中国女性

专访社会学家李银河

女性缺乏政治代表权 《联结》:您如何评价中国女性现状?

事。我还听说农村的妇女穿衬裤,这有待核

李 银河:中国城市女性的现状要比50年前

实……

强,但农村女性就差多了。中国农村妇女的 自杀率比男性高,这种现象很少见。另外,我

《联结》:性观念解放到什么程度了?

发现在城市里也有一定的倒退。虽然绝大多

李银河:一切变化得很快。20年前,贞操在

数的女性希望出去工作,但仍有10%-20%的

婚姻里还很重要。现在,60%-70%的中国女

女性更愿意做全职主妇。然而在20年前,所

性在婚前有性经历,即使绝大多数女孩与她

有家庭都有两份收入。另一方面,妇女在工

们的父母生活在一起。因为父母都有工作,

作单位里退休的年龄提前,有时45—50岁就

所以在自己家里发生性关系就容易多了。这

退休了,失业者里女性占了60%。还有,女性

是个巨大的变化。

更难找到工作。不管怎么说,所有中国女性 在她们的一生中都会有工作经验。

《联 结》:女 权 主 义者的第一要求是 什

© DR

么?

Nationale Populaire

第十七次全国代表大会女性占21%的席位

les petites communautés. La Fédération des femmes chinoises a comme objectif d’avoir au moins un haut cadre femme dans les instances dirigeantes de chaque province. Aujourd’hui l’objectif est atteint mais les proportions sont très faibles. Les femmes sont très minoritaires au parti communiste car on est membre du PC pour obtenir des positions de pouvoir. Or les femmes recherchent moins ce statut et elles ont moins confiance dans leurs qualités de leadership. En ce sens, les traditions restent très fortes. Les gens continuent à penser que les femmes doivent rester « soft », aider les hommes, les assister. Propos recueillis par Anne Garrigue

《联 结》:现在的中国女 性 是如 何兼 顾

李银河:更好的政治代表权。事实上,如果

工作和家庭的?

在就业市场或教育上男女还能相对平等,农

李银河:在中国,妇女就业在怀孕时不会受

村女孩除外,那么在政治上,无论在全国还

到太大影响。法律规定,女职工有3个月的

是在各地,都还没有女性的第一把手。中央

产假。在60%的家庭里,女性承担家务,在

政治局里没有女性,在小乡镇里没有女村长

40%的家庭里,男女双方分担家务,只有在

或党支书。中华全国妇女联合会的目标就是

个别家庭里,男性承担家务。照顾孩子没有

每个省的领导班子里要有一个女的省级干

问题,因为看孩子阿姨的价格很便宜。妇女

部。现在目标已经实现,但女性干部的比例

如果也有工资,那么她们在家里也有权力,

仍很低。在共产党内的女性很少,因为只有

如果只是男人挣钱,那么家里的事情就由

成为党员才有可能获得实权职位。然而,女

他们做主。关于家庭暴力,22%的家庭有这

性却很少要求入党,因为她们对自己的领导

样的问题,其中1%的家庭里问题非常严重。

才能不太自信。在这方面,传统的影响力还

要注意到中国男人很顾家。当然,有的男人

很大。人们继续认为女人应该温柔,帮助男

在出差时会找妓女。但他们会单独做这件

人,辅助男人。

La place des femmes dans quatre pays

四个国家的妇女地位对比

Education

性别差异指数

Participation économique et opportunités

Chine 中国

73

60

91

USA 美国

31

14

76

France 法国

51

61

1

Japon 日本

91

97

69

Global Gender Gap index*

教育

就业与机遇

* Cet indice classe les performances des pays en fonction de la place qu’ils accordent aux femmes dans la sphère économique, politique et en matière d’éducation. (Source : World Economic Forum 2007).

Connexions / mars-avril 2008 39


DOSSIER

专栏

Yan Lan, avocate associée, co-dirige le bureau de Pékin du cabinet Gide Loyrette Nouel

« Je crois à la vertu des role-models »

Connexions : Pourquoi avez-vous jugé utile de vous engager en faveur des femmes ? Yan Lan : Quand j’ai rencontré Aude de Thuin, il y a quatre ans, j’ai immédiatement adhéré à son projet. Réunir des femmes d’influences du monde entier — et quelques hommes aussi  !— avec comme perspective le partage d’expériences, la création de synergies et

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« Certains clients chinois ne veulent tout simplement pas être défendus par une femme » Yan Lan

Yan Lan avocate, associée chez GLN, experte en conseil auprès du CIETAC (China International Economic and Trade Arbritation Commission) et de la Banque Mondiale, vice-présidente du Women’s Forum Asia. 阎兰律师,基德律师事务所合伙人,现任中国国际经济贸易仲裁委员会及世界 银行顾问及亚洲女性论坛副主席

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Connexions / mars-avril 2008 

la mise en place d’un réseau de solidarité et d’entraide pour les femmes, m’a tout de suite paru une excellente idée. J’ai participé à la première édition du WEFCOS à Deauville en 2005 avec d’autres femmes chinoises dont Hung Huang, patronne de groupe de presse, et Zhang Xin qui est à la tête de la société immobilière SohoChina et j’ai vraiment apprécié la sincérité, la franchise de nos échanges tout autant que notre pragmatisme. Avec la délégation chinoise composée de 50 femmes à Deauville en 2007, nous mettons entre autres en place des programmes de microfinance pour que les plus démunis puissent prendre en main leur avenir. En Chine par exemple, dans la province du


FEMMES CHINOISES

Guizhou, les femmes ont un savoir-faire et une culture de la broderie. Le projet de micro-crédit leur permettra de perpétuer la tradition dans leur village et d’en vivre, au lieu de partir en ville. Nous, nous sommes concrètes! C : L’égalité des droits entre hommes et femmes est inscritre dans la Constitution chinoise, mais qu’en est-il dans les faits ? Les femmes souffrent-elles de discrimination dans le monde du travail  ? Leurs droits sont-ils protégés ? Y. L. : Le statut d’égalité entre homme et femme est assuré par la Constitution, la loi sur le travail prévoit des droits spécifiques pour les femmes et des pénalités pour les employeurs qui enfreignent ces lois, mais les disparités sont nombreuses entre le secteur public et le secteur privé, entre les villes et les campagnes. Le préjugé selon lequel l’homme est supérieur à la femme est encore vivace en Chine. Dans les universités de droit, on compte entre 40 et 45% d’étudiantes, un taux qui atteint 47,5% à Pékin. Mais seules 20 à 25% d’entre elles deviennent avocates et moins de 4% parviennent au statut d’associée. Certains clients chinois ne veulent tout simplement pas être défendus par une femme, en particulier dans l’ouest du pays, moins développé. Pour promouvoir leur statut social, défendre leurs droits et protéger leurs intérêts, les avocates se sont donc regroupées en association. La Women’s Lawyer Association a pour objectif principal de mettre en place les conditions du bon exercice de la profesison d’avocate en ayant une représentante dans chaque province et en constituant un réseau efficace. Les avocates y réfléchissent à l’instauration de quotas, à la mise en place d’un système de prise en charge des congés de maternité et des retraites, à tout ce qui peut favoriser

l’accès des femmes au barreau. Les femmes sont encore sous-représentées dans l’ensemble du corps judiciaire chinois, comme dans le milieu politique: il n’y a que 22% de femmes juges et 21% de femmes procureurs. C’est dans le secteur économique qu’en Chine leur participation et leurs opportunités de réussite sont les plus grandes. C : Qu’en est-il de la place des femmes dans la sphère privée de la famille et de la vie de couple ? Y. L. : Mao Zedong a promulgué l’égalité des sexes dans le mariage et la famille et il a interdit la polygamie, mais certaines traditions issues du confucianisme persistent. Dans la mentalité de beaucoup d’hommes chinois, il n’est pas acceptable que leur épouse ait un statut social ou professionnel supérieur au

中国女性

leur. Leur femme ne doit pas leur faire d’ombre. En Chine, les femmes qui font des études supérieures comme le doctorat ont d’ailleurs plus de mal que les autres à trouver un mari. On assiste aujourd’hui à un double mouvement à la fois d’émancipation et de réapparition de certaines traditions, comme le phénomène de retour au foyer chez des femmes très éduquées. Mais c’est surtout dans les campagnes que les filles sont encore victimes de mépris. Leur droit à l’éducation notamment n’est pas assuré… De mon côté, je crois beaucoup à la vertu des « role-models » pour faire évoluer les mentalités. C’est en donnant des exemples de réussites au féminin que les jeunes générations changeront. Propos recueillis par Sophie Lavergne

Connexions / mars-avril 2008 41


DOSSIER

专栏

Caroline Puel écrivain et correspondante permanente du Point à Pékin

Connexions : Qu’est-ce qui vous a poussée à vous intéresser à la question des femmes chinoises? Caroline Puel : Je souhaitais aider les femmes qui en avaient besoin et que je croisais dans ma vie. Par hasard, j’ai été contactée en 2006 par Christine Ockrent et Aude de Thuin qui voulaient réaliser un voyage d’observation en Chine. C’est à l’occasion de ces préparations et de nos rencontres avec des Chinoises que j’ai pris conscience qu’il se passait aujourd’hui quelque chose de très spécifique et de très intéressant en Chine autour de la question des femmes. C. : Qu’est-ce qui distingue les femmes chinoises des femmes asiatiques et occidentales ? C. P. : Les femmes que nous avons rencontrées, issues de tous les milieux sociaux, ont des aspirations semblables à celles des Occidentales : la volonté de trouver un équilibre entre leur réussite familiale et professionnelle, et favoriser le bonheur de leurs enfants et de leur mari. Comme beaucoup de femmes, les Chinoises pensent en dernier à elles mais aspirent malgré tout à un développement physique, intellectuel et professionnel. Elles sont cependant différentes des autres femmes asiatiques, principalement des Japonaises et des Coréennes, malgré l’influence commune du confucianisme. C. : Quel rôle a joué le communisme dans l’émancipation des femmes ? 42

Connexions / mars-avril 2008 

© DR

« Mao Zedong a dicté une sorte de révolution féministe »

Caroline Puel

蒲皓琳

C. P. : Mao Zedong a imposé de fait l’égalité entre les sexes qui s’est faite dans la douleur. Le pouvoir a dicté une sorte de révolution féministe qui n’a pas été menée par les femmes mais qui a joué un rôle d’accélérateur de l’histoire. Aujourd’hui, les Chinoises bénéficient d’acquis pour lesquels les Occidentales ont dû se battre, comme l’indépendance financière ou le droit au divorce. Le seul plan sur lequel elles peuvent encore lutter, c’est la représentation politique. C. : Comment définiriez-vous aujourd’hui les femmes chinoises ? C. P. : Depuis les années 1990, nous sommes entrés dans une troisième phase de l’histoire qui se caractérise par la coexistence de trois types de femmes totalement différents. C’est cette coexistence de contraires qui, selon

moi, définit le mieux aujourd’hui les femmes chinoises. On trouve d’abord les « success women », nées dans les années 1960, et très ambitieuses. Ces femmes vivent à 95% dans les villes et ont réussi professionnellement. D’après la Fédération des femmes chefs d’entreprises publiques, 20% des entreprises publiques chinoises sont dirigées par des femmes, ce qui est beaucoup plus que dans le monde occidental. Même minoritaires, elles jouent un rôle moteur car elles sont très exposées dans les médias et constituent un modèle pour les jeunes diplômées. A l’autre bout de l’échelle, on trouve les femmes des campagnes. Or dans les campagnes chinoises, être une fille est un vrai handicap. Beaucoup de femmes se font avorter quand elles savent qu’elles attendent une fille. Une fois nées, encore faut-il que leur famille les garde, les orphelinats de campagne étant peuplés à 95% de petites filles. Enfin, il faut qu’elles aient accès à l’éducation, souvent réservée au garçon. Arrivées à l’adolescence, ces filles sont poussées à l’exode rural. Très vulnérables, elles courent le risque de rentrer dans des réseaux de prostitution, voire de se faire violer. Pour les plus âgées restées au village, la vie n’est guère meilleure. Avant 20 ans, elles doivent être mariées et engendrer un fils. Toutes ces pressions expliquent en grande partie qu’en Chine, le taux de suicide des femmes à


中国女性

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FEMMES CHINOISES

Mei Baojiu, fils de Mei Lanfang, dans la Concubine ivre 梅兰芳的儿子梅葆玖在演出《贵妃醉酒》剧目

la campagne soit le plus élevé au monde. Entre ces deux extrêmes, on trouve heureusement une grande majorité de filles qui décroche un emploi en ville ou qui réussit l’examen du Gaokao (baccalauréat). C. : La situation des femmes chinoises s’amélioret-elle malgré tout ? C. P. : Leur éducation semble s’améliorer globalement, y compris dans les campagnes. En 2006, les autorités ont réimposé la gratuite de la scolarité. Dans la pratique, les écoles sont souvent éloignées des villages ce qui engendre des frais difficilement surmontables pour les familles les plus pauvres. Mais on assiste aussi depuis le début des années 1990 au retour d’une pratique ancestrale très humiliante pour les femmes : le concubinage. Aucun chiffre n’a été publié sur ce phénomène, il touche-

rait plus d’un tiers des hommes selon certaines estimations et le sujet est très présent dans les conversations. Le phénomène est suffisamment sérieux pour qu’en avril 2001, les députés aient modifié la loi sur le mariage et aient instauré un dispositif légal pour tenter de freiner cette pratique. Ainsi, dans les divorces pour « existence d’une concubine », la majorité des biens du couple revient à la femme. Interdit pendant la période communiste mais maintenu à Hong Kong et Taïwan, le concubinage touche beaucoup de femmes, y compris celles qui ont réussi. Agées en général de moins de 28 ans, parfois diplômées, certaines femmes acceptent par intérêt matériel de devenir pendant quelques années la concubine d’un homme plus âgé. Le phénomène se répand d’autant plus que les milieux masculins ont tendance à considérer la

concubine comme un signe de réussite sociale. C. : Pour défendre leurs intérêts face à ces pratiques inacceptables, les femmes se regroupentelles en réseaux ? C. P. : Il existe plusieurs réseaux de femmes, dont la Fédération des femmes de Chine qui a été créée dans les années 1950. Affiliée au parti communiste, elle est très puissante et possède des représentantes dans beaucoup de villages. Elle concentre son action sur l’éducation et la prévention sanitaire. Il existe aussi des réseaux professionnels, dans le privé et dans le public, ainsi qu’une association des femmes maires. Mais ces associations n’ont pas de revendications réellement féministes comme c’est le cas des associations en Occident. Propos recueilis par Philippe Charles

Connexions / mars-avril 2008 43


DOSSIER

专栏

Faye Wong Wu Yi 吴仪

Deng Yaping

王菲

Ma Wen

马文

Gong Li

邓亚萍

巩俐

SUPERLATIVES. Elles sont les « meilleures » dans leur domaine. Portraits express. Namu

Wu Yi, la plus influente Née en 1938 à Wuhan (Hubei) et membre du PCC depuis 1962, elle a été la seule femme parmi les 4 vice-premiers ministres de Wen Jiabao. Classée par Forbes en 2007 comme la « 2e femme la plus puissante du monde », après Angela Merkel, elle a démarré sa carrière dans l’industrie pétrolière avant de devenir ministre des Affaires étrangères et de la coopération économique en 1993. Elle est un des principaux artisans de l’entrée de la Chine dans l’OMC. A 70 ans, elle vient de prendre sa retraite. Gong Li, la plus connue Incontestablement la star chinoise la plus célèbre dans le monde. En 1988, le réalisateur Zhang Yimou la repère lors d’une audition et lui offre son premier rôle dans le Sorgho rouge, Ours d’or à Berlin. Sous la 44

Connexions / mars-avril 2008 

direction des plus grands réalisateurs chinois, elle enchaîne ensuite les succès : Qiu Jiu une femme chinoise en 1992, Epouses et concubines Palme d’Or à Cannes en 1993 et plus récemment Les Mémoires d’une Geisha. Margaret Chan, la plus « globale » Présidente de l’OMS, le Dr Margaret Chang a fait ses études de médecine au Canada avant de rejoindre son île natale, Hong Kong, pour entrer au département de la santé publique en 1978. Nommée directrice de la santé en 1994 à Hong Kong elle y a combattu la grippe aviaire et l’épidémie de SRAS. Zhang Zilin, la plus miss A Hainan l’an dernier, c’est une chinoise qui a été élue Miss Monde 2007. La jeune femme de 23 ans mesurant 1,82 m a remporté le

concours devant les 106 plus belles femmes du monde. Née dans la ville de Shijiazhuang (nord), elle est diplômee en gestion commerciale a Pekin. Namu, la plus sulfureuse La fameuse chanteuse et mannequin issue d’une minorité des contreforts de l’Himalaya et débarquée à Shanghai en 1983, s’est fait remarquer par sa sensualité sans complexe et ses déclarations tapageuses à la télé et dans la presse. Dernière provocation : en décembre, elle a demandé au Président Sarkozy de l’épouser. Outragée, une partie de l’opinion pour qui la vie privée des hommes d’Etat est taboue demande que sa nationalité chinoise lui soit retirée. Li Yifei, la plus “branchée” Directrice générale de MTV Chine et de MTV Networks

Asie, Li Yifei est une des entrepreneuses les plus en vue. Co-investisseur dans la “China Team”, l’ancienne championne de Wu Shu a fait ses études de sciences politiques au Texas et a travaillé dix ans aux Etats-Unis avant de revenir en Chine en 1995. L’ardente apotre des échanges culturels qui fait entrer les modes occidentales dans les foyers chinois incarne la génération des “tortues de mer” rentrées réussir au pays. Faye Wong, la plus “diva” Celle que l’on nomme la “diva chinoise” a passé son enfance à Pékin, son adolescence à Hong-Kong avant de partir aux USA pour perfectionner son chant. A son retour en Chine un an plus tard, elle sort le premier d’une longue série d’albums, mêlant ses compositions à des reprises pop

娜姆


FEMMES CHINOISES

Li Yifei

李亦非

Zhang Zilin

张梓琳

Margaret Chan Sun Yafang

(Teresa Teng ou Cocteau Twins). Star reconnue dans toute l’Asie, c’est en 1999, grâce au générique du jeu vidéo Final Fantasy VIII qu’elle accède à une notoriété mondiale. Produite par EMI puis Sony Music, Faye Wong est la première artiste chinoise à s’être produite au mythique Nippon Budokan de Tokyo. Ma Wen, la plus intransigeante Née en 1959 dans le comté de Wuqiao (Hebei) et diplômée d’histoire de l’université de Nakai à Tianjin, l’actuelle ministre de la Supervision — une des deux seules femmes que compte le gouvernement de Wen Jiabao — a été nommée directrice du Bureau national de la prévention de la Corruption. Crée en septembre 2007, cette nouvelle instance entend bien s’attaquer aux racines

陈冯富珍

孙亚芳

du mal et n’épargner ni les officiels du régime, ni les entrepreneurs publics ou privés. Yang Hulyan, la plus riche A la tête de 16 milliards de dollars à 26 ans, Yang Hulyan a été désignée comme « la personne la plus riche de Chine » par le magazine américain Forbes. Avec cette fortune, la fille du cofondateur de la Country Garden Holdings Company Limited Yeung Kwok Keung se retrouve à la première place des riches femmes d’Asie — son père lui avait transmis ses parts dans la compagnie en 2005. Le palmarès établi par Forbes en 2007 compte 40 milliardaires chinois pour seulement 15 l’année précédente. Sun Yafang, la plus conquérante Surnommée la “market killer” par ses concurrents,

中国女性

Zhang Lan

cet ancien membre du gouvernement chinois a rejoint Huawei Technologies en 1992 pour en prendre la tête en 1998 et en faire la plus importante entreprise chinoise de telecomnetwork. Sun Yafang mène une stratégie internationale ambitieuse : les contrats à l’étranger on presque doublé en 2006 et ils représentent actuellement 65% des revenus de l’entreprise. Zhang Lan, la plus brillante En quelques années, la fondatrice et présidente du groupe South Beauty s’est fait un nom dans l’univers du luxe international. En passant d’une petite chaîne de restauration à celle de restaurants haut de gamme, le groupe qui affichait un chiffre d’affaire de 100 millions d’euros en 2006 doit faire son entrée en bourse cette année à Hong-Kong. Le succès du Lan Club

张兰

de Pékin au design signé Philippe Starck devrait se renouveler prochainement à Shanghai et des négociations sont en cours à New York. Deng Yaping, la plus médaillée Un palmarès inégalé : 4 médailles d’or olympiques et 18 titres de championne du monde. Entre 1989 et 1996, la joueuse de ping-pong a battu tous les records. Consacrée “sportive du siècle” par ses compatriotes en 2003, elle est depuis sa retraite en 1997, membre du CIO. Elle a pris un part active à la candidature de Pékin aux JO ainsi qu’à l’organisation des prochains jeux. Mariée à un pongiste chinois qui joue dans un club de banlieue parisenne, c’est en France qu’elle a donné naissance à son premier enfant. S. L.

Connexions / mars-avril 2008 45


DOSSIER

专栏

travail

工 作

Les femmes très présentes dans le monde des affaires se sentent encore l’objet de discrimination 踊跃在商业领域的女性 仍感到性别歧视

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Connexions / mars-avril 2008 

Des employées de l‘usine Rittal de Shanghai accueillent les visiteurs

威图上海生产厂的女员工正在迎接来访者

De la dame de fer à la femme

I

l y a dix ans, à peine, toute femme occupant un poste d’encadrement était considérée comme une « dame de fer ». A cette époque, une enquête menée par la Guanghua School of Management rapportait que 29 % des femmes managers interrogées jugaient cette expression péjorative parce qu’elle connotait un manque de féminité. Mais aujourd’hui, les femmes d’affaires à succès sont devenues des modèles aussi bien pour les hommes que pour

les femmes : Li Yan vice-présidente de Sony Ericson, Li Yifei présidente de MTV China, ou encore Yang Mianmian, présidente de Haier appliance Manufacturer — une des femmes les plus puissantes du monde en 2007, selon le magazine Forbes — ont conquis l’opinion publique et se présentent volontiers comme des Chinoises traditionnelles, même si leur vie privée et professionnelle ouvre une nouvelle voie aux femmes dans la société chinoise.


© Imagine China

FEMMES CHINOISES

d’affaires

L’évolution de la société chinoise, la réussite académique des femmes et leur accession à des postes de responsabilité ne doivent toutefois pas masquer le fait que la Chine reste à la traîne en termes d’égalité des sexes et de politiques de diversité à l’intérieur des entreprises chinoises, en particulier dans les entreprises d’Etat. La situation est bien meilleure dans les entreprises multinationales et dans le secteur privé chinois. C’est ainsi

qu’aujourd’hui plus de la moitié des employés de Motorola sont des femmes. Certes, une petite minorité occupe des postes de direction et 17% seulement occupent un poste d’encadrement. Mais Motorola pratique activement une politique en faveur des femmes dite « gender inclusion » en développant toute une série de mesures visant à favoriser la diversité au sein de l’entreprise. Même politique active chez Ericson Chine, où l’on compte 7

中国女性

femmes sur les 26 postes de direction. Et les résultats commencent à être au rendez-vous. D’autant plus que, outre les politiques et pratiques spécifiques et une culture d’entreprise fondée sur la performance, les femmes managers sont en mesure aujourd’hui de récolter les fruits de leur patience et de leurs compétences en matière de relations humaines et de communication, supérieures à celles de leurs collègues masculins. Elles savent aussi faire preuve d’une grande loyauté à l’entreprise, un atout précieux dans le contexte chinois, où le taux de renouvellement du personnel est fort. Au sein des entreprises chinoises, la réussite des femmes passe par différents canaux et l’absence de politique formelle de diversité n’empêche pas certaines performances en matière d’intégration des femmes. Lenovo est indiscutablement un exemple positif de la réussite des femmes au plus haut niveau. Celles-ci sont présentes aussi bien aux postes d’encadrement qu’au conseil d’administration, malgré l’absence d’une politique officielle de diversité en leur faveur. Elles profitent d’une idéologie dominante en Chine qui veut que hommes et femmes puissent faire le même travail. Si elles doivent relever de sérieux défis, elles peuvent aussi compter sur de belles récompenses au sein d’une des entreprises chinoises les plus admirées, à condition de montrer qu’elles sont davantage préoccupées par l’intérêt de l’entreprise que par leur propre carrière. Mais si les femmes sont de plus en plus impliquées dans les conseils d’administration, force est de reconnaître qu’attitudes et contexte de travail paternalistes continuent à sévir dans de nombreuses entreprises. Aux yeux de Connexions / mars-avril 2008 47


DOSSIER

beaucoup d’hommes d’affaires chinois, les femmes sont encore considérées comme des chefs d’entreprise « faibles ». Et s’il leur est relativement facile de devenir un bon cadre supérieur, il leur est bien plus difficile de devenir chef d’entreprise car on leur reproche souvent de manquer de vision et de stratégie. « C’est simple de gravir les échelons, mais moins d’atteindre le sommet. C’est là que les problèmes apparaissent pour les femmes » remarque le dirigeant d’une multinationale chinoise du secteur de la grande distribution. Les femmes entrepreneurs qui réussissent en Chine sont la preuve vivante de l’inverse. Confiantes en elles-mêmes et décidées à réussir à tout prix, ces femmes ont rompu avec le passé et incarnent la nouvelle attitude des femmes d’affaires chinoises. Observant, malgré l’égalité théorique entre hommes et femmes dans la société chinoise, un climat dans les entreprises encore trop souvent imprégné de paternalisme et d’attitudes machistes, elles ont choisi de devenir entrepreneurs pour mieux évoluer dans leur carrière et ne pas subir de les conséquences de préjugés négatifs. Leur succès montre qu’aujourd’hui, les Chinoises sont de plus en plus performantes dans l’univers économique et que, malgré des codes de conduite dans les entreprises souvent défavorables, malgré la survivance d’anciens préjugés destinés à les rendre dépendantes et soumises, elles sont de mieux en mieux préparées à relever les défis d’un environnement globalisé. par Serena Rovai Grenoble Ecole de Management en Chine

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Connexions / mars-avril 2008 

Entreprises : une parité encore bancale Les femmes, très présentes dans le monde des affaires, se sentent toujours l’objet de discrimination. Selon une étude menée par le ministère du Travail et de la Sécurité Sociale, 67 % des entreprises chinoises expriment des préférences de sexe dans leurs critères de recrutement. Quand elles ne précisent pas qu’elles ne veulent que des hommes, certaines sociétés demandent à ce que les employés n’aient pas d’enfants les cinq premières années de leur collaboration. Cette tendance ne se limite pas au monde de l’entreprise comme le notait Yilisuya, représentante de la minorité ouïgoure au Congrès national du Peuple. « L’égalité des sexes est une politique nationale en Chine mais elle est en fait difficile à appliquer », déclarait-elle en mars, à l’occasion de la tenue de l’Assemblée consultative politique du Peuple à Pékin. « Nous ne sommes pas satisfaits des ratios hommes-femmes dans les hauts postes, nous avons adressé des remarques sur ce sujet et nous continuerons à le faire ». Pour les entreprises étrangères, les pratiques sont un peu différentes, sans doute en raison de la grande difficulté des sociétés internationales à recruter. « Nous n’avons pas mené d’enquête particulière sur le sujet, mais de nos observations, nous n’avons pas noté de grandes différences de traitement entre hommes et femmes », explique Lucille Wu, directrice de l’agence de recrutement Manpower à Pékin. « Il y a certaines

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专栏

industries qui naturellement attirent plus d’éléments féminins, comme la mode », précise la responsable. Interrogé par un institut britannique, un panel chinois estimait quand même à 80 % pour les femmes et 70 % pour les hommes, que les opportunités de carrière et les chances de promotion n’étaient pas identiques pour les hommes et pour les femmes. L’Université du Sud Ouest a également publié une enquête montrant que 70 % des filles interrogées jugeaient faire l’objet de discrimination. La très officielle All China Women’s Federation a d’ailleurs mis en place une batterie de mesures pour soutenir les initiatives entrepreneuriales des femmes et aider les anciennes employées de sociétés d’Etat à se former à de nouveaux métiers. Comme le note l’association, il y a égalité des salaires sur le papier mais, de fait, les femmes travaillent dans des industries où les payes sont moins élevées et donc gagnent moins que leurs comparses masculins. Julie Desné


DOSSIER

专栏

Hu Xiaolian la gardienne du Trésor

et les informations sur elle

Hu Xiaolian dirige la très puissante State Administration of Foreign Exchange (SAFE) depuis août 2005. Elle est une des rares femmes à apparaître dans les réunions officielles de la République populaire et sur la scène financière internationale. Dans un contexte de tensions croissantes avec les partenaires commerciaux de la Chine sur l’épineuse question de la réévaluation du Rmb, Mme Hu est devenue l’un des personnages-clé du régime. Elle est même considérée comme une des « femmes les plus courtisées de la planète » selon le magazine L’Express. Pur produit de la période des réformes économiques, elle incarne l’archétype du cadre de l’administration chinoise

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© Imagine China

BUSINESSWOMEN. Dans l’industrie, l’immobilier ou les finances elles incarnent la réussite et le

le magazine américain

sont distillées au compte-

Xie Qihua la dame d’acier

gouttes. Dès l’obtention

Née à Shanghai mais formée

la plus influente du monde

de son diplôme de l’Ecole supérieure de la Banque populaire en 1984, elle a rejoint la puissante SAFE, où elle a fini de maîtriser toutes les subtilités des régimes de change. Elle y a notamment occupé le poste de directeur général en charge des Réserves. Depuis l’an dernier, Hu Xiaolian s’est engagée à réduire le gigantesque excédent commercial chinois (dû en grande partie au faible niveau de sa monnaie), comme l’y appellaient le Fonds monétaire international et les pays membres du G7. A 50 ans, elle est également vice-gouverneur de la Banque populaire de Chine aux côtés de l’autre cerveau féminin des finances chinoises, Mme Wu Xiaoling.

au génie civil à Qinghua à Pékin, Xie Qihua revient dans sa ville natale en 1978, pour intégrer la nouvelle aciérie du district de Baoshan dont le gouvernement veut faire un fleuron de l’industrie chinoise. Baosteel était né et seize ans après sa création, Mme Xie, ingénieur au caractère trempé, avait gravi les échelons et devenait la première femme à diriger la compagnie. Alors qu’elle a fait ses armes en tant que technicienne dans une petite aciérie du Shaanxi pendant la Révolution culturelle, Xie Qihua mne Baosteel vers la mondialisation à la fin des années 1990. Dans un univers industriel encore largement dominé par les hommes, elle acquiert rapidement le surnom de « Dame de fer » et en 2005

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Connexions / mars-avril 2008 

Forbes la classe 14e femme — depuis elle est sortie du classement. Sous son règne, l’entreprise devient le n°1 chinois et se hisse au 6e rang mondial. Baosteel été le premier en Chine à produire plus de 20 millions de tonnes d’acier par an — et prévoit d’atteindre la barre des 30 millions de tonnes en 2012. Xie Qihua a eu du mal à lâcher les rênes, avant de se résigner à prendre sa retraite à 63 ans au lieu des 60 requis dans les sociétés d’Etat. Elle ne s’est pas pour autant retirée dans une retraite tranquille. Après avoir été nommée en 2002 au Comité central du Parti, plus haute instance politique chinoise, elle vient d’intégrer le comité de direction de la britannique Standard Chartered Bank en Chine, où elle officie en tant que conseillère.


FEMMES CHINOISES

中国女性

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pouvoir. Portraits de quatre décideuses qui occupent le devant de la scène internationale.

Zhang Xin bâtisseure d’empire

bâtiments pékinois. Zhang Xin a confirmé son statut

Zhang Yin entrepreneur de choc

Les couvertures des magazines et les articles sur

de prêtresse du design

Zhang Yin a construit son

en obtenant un prix à la

empire sur du papier. En

Biennale de Venise — fait

recyclant des déchets de

exceptionnel pour un non-

papier venus des Etats-

architecte — pour une des

Unis, l’entrepreneur du

maisons du projet Commune

Guangdong est devenue

by the Great Wall.

la reine de l’emballage. Le

Sensible au style, Mme

magazine Forbes l’a classée

Zhang a surtout un grand

11e fortune de Chine. Petite

sens des affaires acquis au

et énergique, cette fille

cours des années passées

d’officier militaire de l’Armée

à Goldman Sachs ou à

nationale populaire n’hésite

ING Barings à New York.

pas à porter des tailleurs

Diplômée de Cambridge,

Chanel. Son parcours

elle est aujourd’hui, avec son

est emblématique des

mari, à la tête d’une fortune

mutations de l’économie

de 3,8 milliards de dollars. A

chinoise des vingt dernières

42 ans, elle aime pourtant

années. Ainée d’une famille

volontiers se montrer sous

de huit, elle passe l’essentiel

son jour de mère aimante,

de son enfance dans le

attentive à l’éducation

Heilongjiang. La famille n’est

de ses deux enfants et

pas épargnée par le tumulte

rappelle souvent que son

de la Révolution culturelle,

adolescence passée à Hong

son général de père est

Kong dans des ateliers semi-

emprisonné avant d’être

clandestins lui a permis de

réhabilité en 1976. A la faveur

garder du recul par rapport à

de l‘ouverture économique,

ses succès.

elle reprend la route de son

Zhang Xin ne se comptent plus. Promoteur immobilier, la quadragénaire semble au sommet de sa gloire avec l’introduction de son groupe Soho à la bourse de Hong Kong l’an dernier. Contrairement à beaucoup de riches chinois, Mme Zhang ne fuit pas les médias et s’est imposée en dix ans comme une figure majeure de la Chine branchée. Son mari, Pan Shiyi la laisse trancher quand il s’agit de design et de style. La marque de fabrique de Soho — pour « Small office, home office » — a fait sa réputation avec des appartements lumineux équipés de murs blancs de grandes fenêtres et de bois clair, qui tranchaient à la fin des années 1990 avec le style plus austère des

sud natal où elle fait ses armes comme comptable d’une joint-venture spécialisée dans le papier. Elle débarque quelques années plus tard à Hong Kong avec 3 500 dollars en poche et lance sa propre affaire d’import-export de papier en 1985. Dix ans plus tard, consciente de l’énorme potentiel du marché, elle fonde Nine Dragons avec son mari et son frère, pour produire des emballages à partir de déchets de papier. Gonflée par l’introduction en bourse à Hong Kong de la compagnie, dont 72% appartient à la famille fondatrice, la fortune de Mme Zhang s’élève à environ 3,4 milliards de dollars. Rien n’arrête l’ambition de la quinquagénaire, qui emploie 5 300 personnes et veut faire de son empire le n°1 mondial de l’emballage papier.

Julie Desné

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DOSSIER

专栏

© lmagine China

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在工业、房地产或金融界,女性演绎着成功与权力。 下面介绍4位站在国际舞台前沿的中国女性决策者。

胡晓炼,国库的女卫士

谢企华:钢铁界的“铁娘子”

张欣,房地产帝国的女建造者

张茵,富有创业激情的女企业家

胡晓炼是出现在中国官方会议

谢企华出生于上海,毕业于清

关于张欣的杂志封面和文章已

张茵建起了她的纸业帝国。从美

及国际金融舞台上的极少数女

华大学土木建筑系,1978年回

无法计数。作为房地产开发商,

国的废纸回收贸易开始,这位

性之一。2005年8月起,开始担

到出生地上海,进入宝山钢铁

这位四十多岁的女人通过去年

广东女企业家又成为包装纸大

任国家外汇管理局局长,她是外

厂——中国政府希望将其打造

Soho中国在香港的上市到达了

王。被列为美国《福布斯》杂志

汇体系的重要人物之一。在中国

成中国工业的龙头企业。宝钢诞

成功的巅峰。与许多中国富翁不

中国富豪榜第11位,她是中国的

的贸易伙伴对人民币升值问题

生的16年后,几经磨练的工程

同,她并不躲避媒体并让自己在

第二大女首富。个子矮小却干劲

给予更大压力的情况下,她被法

师谢企华成为宝钢集团的第一

十年间成为时尚中国的重要人

十足,军人家庭出身的张茵毫不

国《快报》称为是“世界上最受

位女性领导者。

物。在设计和风格上,她的丈夫

犹豫地着香奈尔时装。她的创

追捧的女性”。

谢企华文革期间在陕西钢厂从

潘石屹欣然让她来做决定。

业经历是二十年来中国经济变

作为经济改革时代的产物,胡晓

做一名技术员开始,90年代末

为“小型办公,居家办公”设计

革的象征。

炼很好地代表了中国行政管理

带领宝钢走向全球化。在由男

的Soho房地产品牌以其光线明

生于8个孩子的家庭,张茵排行

者的形象,关于她的信息少之又

性主宰的工业界里,她很快得

亮,设施齐备,白墙大窗和浅

老大,她的童年主要在北方的黑

少。1984年毕业于中国人民银行

到了“铁娘子”的称号,并入选

色木地板的办公室而闻名,在

龙江度过。她的家庭没有躲过

的研究生部,然后进入国家外汇

美国《福布斯》杂志2005年全

90年代末与北京楼房的严肃风

文化大革命的浩劫,她的将军父

管理局工作,在那里她最终掌握

球最具影响力的前100名女性之

格并驾齐驱。张欣的设计师地

亲文革期间被关押至1976年才

了外汇体系的所有运作机制。她

一,名列第14位,这之后,她没

位得到肯定是因为张—潘夫妇

获得平反。借改革开放的契机,

尤其担任过储备管理司司长。

有上过榜。在她的领导下,宝钢

在长城脚下兴建的“长城脚下

她重新回到南方出生地,在一家

自去年起,胡晓炼开始着力减少

成为了中国第一世界第六大钢铁

的公社”项目,她以非建筑师的

中外合资的造纸厂做会计。几

中国巨大的贸易顺差(很大原因

企业。宝钢是中国第一个钢铁年

身份获得了威尼斯双年展颁发

年后,她带着3500美元只身到香

在于人民币的低汇率),正如国

产量达2000万吨的企业,并预

的大奖。

港闯荡,并于1985年开始了纸张

际货币基金组织和七国集团要

计在2012年达到年产量3000万

除了对设计风格十分敏感,张欣

进出口生意。

求的那样。

吨大关。

还有着极强的生意感,这源于

10年后,张茵意识到原料自给市

年届50岁的胡晓炼,还与另一

国有企业的退休年龄一般是

她多年在高盛和霸菱这些投资

场的巨大潜力,与丈夫和弟弟共

位中国金融界的重量级女性吴

60岁,难以卸任的谢企华到63岁

银行供职的结果。毕业于剑桥大

同建立了玖龙纸业,用回收的废

晓灵,同为中国人民银行的副

才退休。然而她并不满足于安享

学,她与丈夫目前拥有38亿美元

纸制造包装纸。由其家庭拥有

行长。

晚年,2002年被中共中央提名为

的资产。42岁的她却更愿意作为

72%股份的公司在香港上市后,

候补委员后,她进入英国渣打银

深情的母亲,关心两个孩子的教

募集资金34亿美元。没有什么能

行的中国董事会,居顾问一职。

育,并时常回忆起自己青少年时

够阻挡这个拥有5300多名员工

期在香港做流水线“童工”的经

的五十多岁女人的打拼决心,她

历,这让她能够淡然面对所取得

打算把公司做成世界第一大包

的成功。

装纸生产商。

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Connexions / mars-avril 2008 


DOSSIER

专栏

TROIS ENTREPRISES EXEMPLAIRES

Cisco chouchoute ses salariées

© Pierre BESSARD

S

ur la carte de visite de Maggie Liu, cadre dirigeante chez Cisco, figurent les titres de chef de projet pour la « citoyenneté en entreprise » et la « diversité et l’intégration ». Ce dont la petite dame aux fines lunettes n’est pas peu fière. Engagée de longue date dans la promotion des femmes dans l’entreprise, elle a été nominée par le magazine Global EXEC Women pour recevoir un prix récompensant les femmes d’affaires les plus influentes. Un honneur qu’elle doit en partie à la culture d’entreprise de Cisco, le leader des solutions réseaux pour Internet. « Cisco encourage fortement la présence des femmes, souligne Maggie Liu. Aujourd’hui, nous n’avons que 23% de salariées, mais nous voulons faire changer les choses pour favoriser la diversité, source d’innovation. » Etant donné que les jeunes Chinoi-

23% des salariés de Cisco sont des femmes 思科23%的员工为女性

ses se dirigent moins vers des études d’ingénieur (30% des diplômés) que de commerce (50% des diplômés), Cisco a lancé en septembre un programme « Girls in technology ». Objectif : attirer les diplômées de premier cycle univer-

sitaire vers les filières technologiques, en leur présentant les opportunités de carrière qui s’offrent à elles chez Cisco. « C’est essentiel si nous voulons faire évoluer les mentalités », souligne Maggie Liu, coordinatrice du programme.

PricewaterhouseCoopers cultive les talents

F

orte de 63% de femmes sur un total de 9 000 salariés, la branche chinoise du cabinet d’audit PwC fait figure de bon élève, en termes de diversité, au sein du groupe. « J’aimerais que le rapport hommesfemmes soit plus équilibré, remarque Dave McCann, associé chez PwC, mais notre entreprise ne fait que refléter la réalité de la population des jeunes diplômés chinois ». Ce sont les filles qui frappent le plus souvent aux portes de l’entreprise. Ainsi, près de deux tiers des candidats, la plupart fraîchement diplô-

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Connexions / mars-avril 2008 

més en comptabilité, finances et commerce, sont des femmes. « L’essentiel est de recruter les meilleurs », poursuit l’associé. En Chine, PwC fait donc figure de modèle avec 50% de cadres de sexe féminin. « Les femmes sont bien représentées dans le middle management, et 42% des collaborateurs promus associés cette année sont des femmes, contre 36% l’an dernier et 24% en moyenne au niveau du groupe ». La raison de cette réussite, selon Dave McCann ? Les conditions privilégiées

dont bénéficient les femmes chinoises. « Grâce au soutien familial, mais aussi à la présence des ayi (ndlr : nourrices), il est beaucoup plus facile pour les Chinoises de concilier vie privée et vie professionnelle. » Certes, reconnaît l’associé, des progrès restent à réaliser. Ainsi, le conseil d’administration ne compte que deux femmes sur 13 membres. « Il n’y avait pas autant de femmes associées il y a quelques années et la composition de l’équipe dirigeante est le reflet de cet état de fait. Il faut du temps pour qu’elles apparaissent au


中国女性

FEMMES CHINOISES

Une fois entrées chez Cisco, les femmes ne sont pas pour autant livrées à elles-mêmes. Pour répondre aux préoccupations des salariées, le programme « Women Action Network » leur propose des séminaires et séances de coaching pour faciliter leur évolution de carrière. Autre initiative maison : quand arrive leur anniversaire, les employées ont la possibilité de discuter avec leurs supérieures au cours de « birthday chat ». Tous les thèmes peuvent être abordés librement. « Chez nous, la hiérarchie n’est pas très pesante, observe Maggie Liu. Les femmes peuvent discuter de problèmes personnels avec les plus hauts responsables. » Optimiste pour l’avenir, elle siège, en tant que responsable de la diversité, au comité chargé de l’avancement du personnel. « Je veille au respect de nos valeurs, ce qui ne veut pas dire que je promeus toutes les femmes au rang de cadres », précise-t-elle en souriant. Ph. C.

féminins

sein de l’équipe dirigeante ». Quoi qu’il en soit, PwC met en place divers programmes pour aider les femmes à se développer dans l’entreprise. En 2006, une équipe de travail chargée de réfléchir sur les bonnes pratiques à l’échelle du groupe, le « Gender Advisory Council », a été créée. « Nous souhaitons montrer que les femmes peuvent progresser grâce à l’entreprise, souligne Dave McCann, mais nous avons aussi beaucoup de choses à apprendre. » Philippe Charles

思科关注女性员工的发展 在思科管理者刘念宁的名片上,写 着企业公民暨多元文化项目总监的头

学科。 “这对改变人们的观念是非常重 要的”,项目负责人刘女士强调。

衔。这位戴眼镜的精巧的女人对此很自

一旦进入思科,女性再也不用单靠

豪。由于长期致力于企业内部女性的提

自己了。为了更好地解决女员工关心的

拔,她曾获得《环球女经理人》杂志国

问题, “妇女行动网络”项目为女员工组

际妇女影响奖的提名。她把这一荣誉部

织研讨会和模拟训练以促进她们的职

分归功于思科的企业文化,该公司是提

业发展。

供网络解决方案的佼佼者。 “思科非常

其他的创意还有:比如在过生日时

鼓励女性的加入,”刘女士强调, “现

候,她们有机会与上司在“生日交谈”中

在,我们只有23%的员工是女性,但我们

开展各种讨论。大家可以自由地谈论所

想改变事物以促进多元化,这是创新的

有话题。 “在我们这里,级别观念没有

源泉。”

那么重,”刘女士提到, “女性可以与最

由于学习工程师专业(30%的毕业

高层的领导谈论个人问题。”这位对未

生)的年轻女性比学习贸易专业(50%的

来充满乐观的多元文化主管,也是员工

毕业生)的女性少,思科在去年九月开

发展委员会的一员。 “我要确保尊重企

发了名为“科技女孩”的项目。目标是通

业的价值观,但这并不意味着我要把所

过向工程师第一阶段毕业的女孩介绍思

有的女性员工都提拔到管理层”,她笑

科提供的职业机会,吸引她们学习科技

着说。

普华永道培养女性人才 普华永道会计师事务所中国分公司

这一成功的取得是因为中国女性享有的

拥有9000名员工,女性占63%,它是集

特殊待遇。 “有家庭的支持,也有阿姨的

团内部多元性发展的好榜样。 “我希望

帮忙,中国女性更容易协调好家庭生活

男女比例能够更加平衡,”普华永道的

和职业生活。”当然,这位合伙人也承认

合伙人麦达伟(Dave McCann)说, “但

还有很多有待改进的地方。目前董事会

我们公司招聘的人员只是反映了中国

的13个成员里只有2位是女性。 “几年前

年轻毕业生的现状。”中国女性会自己

还没有这么多女性合伙人,领导团队的

找到公司。约三分之二的候选人都是

组成正是这一状态的反映。女性出现在

女性,大多数刚从会计、金融和贸易专

领导层里还需要一定的时间”。

业毕业。 “最重要的是招聘最优秀的人 才”,这位合伙人接着说。

无论如何,普华永 道开展了许多 项目以帮助 女 性在公司内的发 展 。

在中国,普华永道是一家模范企

20 06年,负责思考整个集团良好行为

业,也许是因为该公司50%的管理人员

的工作团队— —性别顾问委员会成立

都是女性。 “女性主要集中在中级管理

了。 “我们希望通过这一平台表明女性

阶层,今年42%被提拔的合伙人都是女

可以通过企业得到自身的发展,” 麦达

性,而去年只有36%,整个集团平均只有

伟(Dave McCann)强调, “但我们也有

24%”。在麦达伟(DaveMcCann)看来,

很多东西要学习。”

Connexions / mars-avril 2008 55


DOSSIER

专栏

© Pierre BESSARD

Lenovo : « Sur un pied d’égalité »

« Les salariées sont fières d’appartenir à l’entreprise »

E

ntreprise phare de la micro-informatique, symbole de la Chine à l’international, Lenovo est connue pour la place qu’elle réserve à ses salariées. Si, contrairement à IBM, dont elle a racheté en 2005 la division PC, Lenovo ne pratique pas la discrimination positive, sa politique informelle de soutien aux femmes est bien ancrée dans la mentalité des salariés. C’est du moins l’opinion de Serena Rovai. « A partir du moment où elles réussissent à rentrer chez Lenovo, les femmes sont considérées sur un pied d’égalité avec les hommes. La seule différence est qu’elles sont plus représentées chez les commerciaux que chez les ingénieurs. » Un constat qui a conduit la direction de Lenovo à s’engager dans le recrutement de femmes ingénieurs, en sponsorisant l’an dernier le « Global Marathon For, By and About Women in Engineering ». L’événement, étalé sur 24h, avait pour but de mettre en contact sur Internet le public avec des femmes ingénieurs du monde entier afin d’encourager les filles à poursuivre des carrières d’ingénieur. 56

Connexions / mars-avril 2008 

联想女员工有非常自豪的企业归属感

« En sensibilisant très tôt les étudiants, nous pouvons les aider à surmonter les subtils obstacles sociaux qui détournent souvent des professions techniques les jeunes filles en âge d’aller à l’école », explique Frances O’Sullivan, vice-présidente de Lenovo Product Group.

Malgré tout, l’équipe dirigeante de Lenovo reste encore dominée par les hommes. « En Chine, le plafond de verre empêche toujours les femmes d’avoir accès aux plus hautes responsabilités », souligne Serena Rovai. Par ailleurs, les salariées de Lenovo ont une grande fierté d’appartenance à leur entreprise et se préoccupent moins de leur carrière que les hommes. « Les femmes viennent travailler chez Lenovo pour le prestige, souligne-t-elle. Elles auront moins tendance à quitter leur poste pour accélérer leur carrière. » Ce qui ne veut pas dire que leurs perspectives d’évolution sont bloquées, bien au contraire. « Dans le contexte chinois, où la culture d’entreprise est encore emprunte de paternalisme, Lenovo présente l’avantage d’offrir de belles perspectives à ses salariées. » Ph. C.

在联想,男女待遇平等 作为信息行业的标志企业,中国在世界

业。 “早一些引起学生的职业感,我们可

上的象征,联想还以给予女员工的地位

以吸引她们从事技术工作”,联想产品

而著名。与2005年被它收购全球个人电

集团副总裁弗兰克斯·奥沙立文(Frances

脑业务的IBM公司相反,联想不采取性

O’Sullivan)说。

别歧视政策,它支持女性的非正式政策

然而,联想的领导层还是以男性为主

早已深入员工的思想。这至少是格勒诺

导。 “在中国,女性要获得最高权力总要

布尔高等商学院塞雷娜·洛凡(Serena

受到无形的阻碍”,塞雷娜·洛凡(Serena

Rovai)教授的观点。 “从成功进入联想

Rovai)强调说。另一方面,联想的女员工

的那一刻起,女性就享有与男性同等的

以作为公司的一员而自豪,与男员工相比

待遇。唯一的区别是从事销售的女性多

对自己的职业生涯关心也较少。 “女性

于做工程师的女性。”

来联想工作是因为公司的声誉,”她指

联想决策层通过去年《工程领域女性

出, “她们很少会为了职业发展而轻易

的全球马拉松》的赞助项目,开始招收

离职。”这并不意味着她们的职业发展

女性工程师。这次长达24小时的活动目

被阻碍,事实正相反。 “在中国,公司的

的在于通过网络与全球的女工程师直

文化仍然借鉴家长式管理,联想进一步

接联系,以鼓励女孩们从事工程师职

为女员工提供更好的发展前景。”


FEMMES CHINOISES

中国女性

Motivées

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A l’école, le filles accumulent les bonnes notes

Remise de diplôme à l’université Qinghua 清华大学的毕业典礼

A

ssises dans les tous premiers rangs, des étudiantes de maîtrise prennent des notes avec attention. Leurs homologues masculins, eux, sont dispersés à l’arrière de la salle, silencieux. Une situation familière pour Serena Rovai qui enseigne à Pékin. « Je suis parfois gênée par l’énorme différence d’attitude et de performance entre les filles et les garçons, confie-telle. Les filles sont plus pro-actives, plus motivées, alors que les garçons, eux, attendent que le cours se termine. » Un écart qui, selon l’experte en RH, révèle une évolution de la place de la femme dans la société. « Les jeunes chinoises

prennent de plus en plus conscience qu’elles ont un rôle déterminant à jouer et que toutes les voies leurs sont désormais ouvertes ». Pour cela, les études supérieures sont indispensables : aujourd’hui, la réussite passe par l’obtention du précieux sésame du Gaokao, l’examen d’entrée à l’université. De fait, entre 1995 et 2004, la proportion de filles chez les étudiants a augmenté considérablement, puisqu’elle est passée de 35.4% à 45.7% dans l’enseignement général et de 15.5% à 31.4 % au niveau du doctorat, selon les chiffres du ministère de l’Education. Les statistiques montrent même que depuis deux ans, les filles réussissent mieux à l’examen du Gaokao que les garçons dans les grandes villes comme Pékin ou Shanghai. Ce qui ne va pas sans provoquer certaines dérives. « Les médecins mettent en garde contre la pression que subissent les filles au moment du concours, souligne Martine Raibaud, professeur à l’Université de La Rochelle et sinologue, en particulier contre la prise inconsidérée de pilules contraceptives pour repousser la période menstruelle afin qu’elle ne tombe pas pendant le concours.» Meilleur équilibre Dans les petites classes, les chiffres parlent aussi en faveur du gouvernement. La scolarité de 9 ans obligatoire a été étendue à plus de 95 % du territoire en 2005. « L’écart entre les garçons et les filles pour le taux de scolarisation du primaire s’est resserré, poursuit Martine

Raibaud. En 2005, il n’était plus que de 0.02%. En 2005, la proportion des filles était de 46.82 % dans l’enseignement primaire, de 33 % au collège et de 46.43% au lycée.» Pourtant, des disparités régionales subsistent. La raison de ces succès tient d’abord aux efforts de l’Etat chinois, qui, pour combler l’écart entre sexes, a lancé une vaste campagne de scolarisation des filles en 1995. L’autre facteur de succès est le fort soutien financier des parents. « Les familles s’enrichissent et dépensent plus pour l’éducation de leurs enfants », observe Sandy Zhu, de la Fédération des Femmes de Chine. Mais la médaille a son revers. Aujourd’hui encore, les parents orientent fortement le choix d’études de leurs progénitures. « Les filles se dirigent vers des études qui, selon l’avis de leur parents, leur permettront de décrocher un emploi bien rémunéré », poursuit Sandy Zhu. De même, « les jeunes filles sont encore victimes des préjugés des enseignants qui pensent qu’une femme est inapte à étudier les sciences. » Résultat, l’évolution de la représentation des femmes dans les études scientifiques et techniques est relativement lente, comme l’explique Guo Xiaoping, du bureau de l’Unicef à Pékin. « Les filles représentent encore 70% des étudiantes en langues étrangères. Heureusement, elles ne sont plus considérées comme des intruses dans les facs de sciences. » Un progrès qui ne fait sans doute que commencer. Philippe Charles

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DOSSIER

专栏

La consommation du luxe repose de plus en plus sur les achats féminins

奢侈品的消费越来越以女性购买力为主导

Plus indépendantes, plus riches, les nouvelles chinoises sont devenues le véritable moteur de la consommation du pays pour les achats quotidiens, comme pour leurs dépenses personnelles

Luxe, les femmes en tête

O

n dit que les femmes chinoises tiennent souvent les cordons de la bourse… et à Shanghai sans doute plus qu’ailleurs. Il suffit de flâner sur Nanjing lu ou Shaanxi lu en plein centre de Shanghai pour voir que le shopping du week-end intéresse un public essentiellement féminin. Leur pouvoir d’achat a considérablement augmenté ces dernières années. Selon la banque d’affaires Crédit Suisse, les revenus des citadins âgés entre 20 et 29 ont bondi de 34 % en 2006, alors que leur progression n’était que de 18 % en moyenne dans les villes. Cette évolution crée autant d’opportunités pour les filles diplômées de gagner plus et consommer plus. D’autant que beaucoup d’entre elles ne sont prêtes pas à abandonner leur travail et leur

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source de revenus personnel. 88 % des citadines, selon la presse chinoise, préfèrent continuer à travailler même si leur mari peut assumer financièrement de nourrir toute la famille. Les femmes célibataires ou sans enfants pourraient dépenser, d’ici 2015, 260 milliards de dollars, contre 180 milliards en 2005, selon les calculs d’Ernst & Young. Elles ont envie de s’acheter des vêtements, de se maquiller, de voyager, de visiter des expositions, mais elles se constituent aussi un pécule pour demain, en mettant de côté 40 % de leurs revenus chaque mois. Courtisées par toutes les enseignes, elles ont appris à consommer en, à peine, quinze ans. Alors que dans les années 1980, peu d’entre elles se maquillaient, le marché des cosmétiques

en Chine enregistre depuis dix ans des progressions à deux chiffres et pèse aujourd’hui 4 % du marché mondial. Le français L’Oréal s’est d’ailleurs taillé la part du lion, en s’imposant comme un des leaders du marché, présent sur tous les segments — de l’entrée de gamme au luxe — et y enregistre des progressions de 30 % de ses ventes. Les récents changements de la société chinoise ont permis aux femmes de se faire une place plus importante dans le paysage consumériste des grands centres urbains. Elles décident pour la famille mais elles dépensent aussi pour elles. Signe des temps : la consommation de produits de luxe, qui était encore soutenue par les hommes aux deux tiers en 2001, repose de plus en plus sur les achats féminins. Une enquête


中国女性

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menée par MasterCard et HSBC sur la classe moyenne chinoise montrait, en décembre dernier, que les femmes avaient un appétit de consommation plus élevé que la moyenne et 85 % d’entre elles achetaient des produits de luxe. Elles apprécient tout particulièrement des marques telles que Christian Dior, Louis Vuitton, Valentino ou Swatch et c’est en partie grâce à elles que la Chine est devenue le troisième marché du luxe de la planète et l’un de ceux qui croît le plus vite. L’attention particulière des entreprises a donné naissance au “She market”, marché constitué par les femmes, qui poussent les marques à innover. Hôtels réservés aux femmes, cartes de crédit parfumées, téléphones portables aux couleurs féminines… toutes les idées sont bonnes pour séduire ce segment de nouvelles acheteuses qui pourraient peut-être un jour faire sensiblement grimper la part de la consommation dans l’économie chinoise. Julie Desné

奢侈品:女性占主导 人们 都 说中国女 性掌管着 钱包 ,在

很少有人化妆,中国的化妆品市场十年来增

上海更 是如此 。根据安永华明会 计师事

长了两位数,如今占世界市场的4%。法国欧

务所最 近的一项调查显示,7 8 % 的女 性

莱雅得到了最大的市场份额,成为中国市场

掌握家庭 财政大权:这是 对把目标锁定

的几大领军企业之一,从低端产品到奢侈

在这 些人 群的企业的赏赐。只要在上海

品一应俱全,其销售量以30%的速度增长。

市中心的南京路和陕西路上闲逛 就可以

中国社会近些年的变化使女性在大城

看 到 周 末 购 物 的人 群 大 多都 是 女 性 。

市的消费领域里占有更重要的地位。她们

近些年来她们的购买力大大提高。根

除了决定家庭的各项开支外,同时也为自

据瑞士信贷银行提供的数据,2 0 0 6年,

己消费。这是时代的标志:2001年由2/3的

20-29岁城市居民的收入增长了34%,而城

男性支撑的奢侈品消费逐渐被女性购买力

市居民的平均收入只增长了18%。这一变化

所取代。根据万事达和汇丰去年12月对中

使得拥有高学历女性挣得更多、消费得也

国中产阶级的调查表明,女性有很强的消

更多。她们中的很多人,根据中国媒体统计

费欲,她们之中的85%购买过奢侈品。她

有88%的女市民,即使她们的丈夫在经济上

们特别喜欢迪奥,路易威登,瓦伦蒂诺或

足够养活全家,她们之中的许多人也不打算

斯沃琪,正是因为她们,中国成为全球第

放弃她们的工作和个人收入来源。安永华

三大奢侈品市场,也是增长最快的一个。

明会计师事务所的数据表明,一些单身或

企业的特 别关注使“ 女 性市场 ”诞

没有小孩的女性2005年只消费了1800亿美

生 ,她 们 能 促 使 这 些 品 牌 不 断 创 新 。

元,到2015年将达到2600亿美元。她们在

比 如 专 为 女 性 建 造 的 酒 店 、香 水 信 用

服装、化妆品、旅游和参观展览上花钱,但

卡 、女 性 颜 色 的 手 机 . . . . . . 所 有 这 些

也为今后攒钱,她们每月会存40%的收入。

想 法 足 以 吸 引 新 的 女 性 购 买 者 ,也 许

受到各种品牌的吸引,她们刚满15岁

有一 天 她们能 使中国 经 济 的 消费额

就学会了如何消费。然而在80年代,她们中

大大攀升。

Connexions / mars-avril 2008 59


DOSSIER

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专栏

En ville, 47% des femmes mariées gèrent leur revenu en toute indépendance 在城市里,47%的已婚女性能独立地支配自己的收入

Grande distribution, une consommatrice avertie

D

es femmes, des femmes, encore des femmes, naviguant avec leur caddie dans les rayons d’un supermarché de la capitale, un univers déconcertant pour un Occidental qui se demande bien où sont passés ses congénères. « 70% de notre clientèle est féminine et cette proportion est encore plus élevée en zone urbaine » confirme un responsable de Carrefour Chine, « les Chinoises sont décisionnaires pour la plupart des achats de la vie courante et laissent souvent à leur compagnon le soin des achats plus techniques ». En ville, dans les couples, 47% des femmes mariées gèrent leurs revenus en toute indépendance et seulement 2% d’entre elles laissent aux mains des hommes l’ensemble des revenus du 60

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ménage. 6 femmes sur 10 en Chine se reconnaissent dans le principe « l’argent de mon partenaire est mon argent et mon argent, c’est mon argent ! ». Avec 65% des consommatrices dépensant 60% ou plus de leur salaire, le marché de la distribution chinois est en pleine expansion et prévoit une croissance anticipée de 15% par an jusqu’en 2010 où il représentera près de 1,3 trillions d’euros. Les distributeurs doivent donc apprendre à connaître et à amadouer ces nouvelles consommatrices : « Les Chinoises sont plus opportunistes que nos clientes européennes, elles n’hésitent pas à faire plusieurs magasins pour comparer. Elles sont friandes de discounts immédiats et sont plus fidè-

les à une marque qu’à un distributeur. Ce sont aussi des clientes curieuses qui aiment les nouveaux concepts et l’innovation » explique-t-on chez Carrefour. Il faut aussi savoir s’adapter aux usages locaux, comme pour l’achat des produits de la mer par exemple. Pour les Chinoises, le meilleur gage de fraîcheur est que l’animal soit vivant ! C’est pour cette raison que l’on passe forcément devant des aquariums remplis de poissons, de crevettes et autres tortues en accédant à la zone alimentation d’un hypermarché de la chaîne française. Si aujourd’hui la consommation est tirée par les villes, l’avenir de la distribution passe par les zones rurales où l’amélioration du niveau de vie et du pouvoir d’achat laissent présager de belles opportunités. Et là encore, ce sont les femmes qu’il faudra séduire pour pouvoir profiter de la soif de consommation d’une population longtemps contrainte à dépenser peu. Nicolas Sridi


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Heureuses ? Selon un sondage réalisé par l’institut Huakun Women’s Life fin 2007, 77% des 2200 citadines interrogées dans 20 grandes villes se disent satisfaites de l’augmentation de leur qualité de vie : meilleur salaire, meilleur logement, moyens de communication et de transport de meilleure qualité. Par contre, elles se plaignent qu’en matière de santé et d’éducation, leur situation s’est détériorée. Les deux tiers des femmes interrogées ont réalisé des investissements en 2007, dont la moitié a tiré profit. Un grand nombre utilisent désormais des cartes de crédit. Près de 30% en ont au moins trois en poche. Les JO, le tourisme et la beauté sont leurs principaux postes de dépenses. 79% ont des plans de voyage touristique.

超市里内行的女性消费者 大型零售业巨头家乐福认为,现代中

的钱!”

国女性成为了中国真正的消费动力。无论

由于65%的女性消费者花60%或以上

是单身还是已婚妇女,她们管理着自己或

的收入,中国的零售市场蓬勃发展并将以

家庭的钱包,在日常消费上拥有绝对的权

15%的比例增长直到2010年,总计130亿

力。

亿欧元。 女人,女人,还是女人,在北京一家

因此,零售企业们必须学习了解并吸

大超市里推着购物车游走于货架之间 ,

引这些新女性消费者。 “中国女性比起欧

让一个西方男人十分困惑地想知道自己的

洲女性而言更投机,她们会毫不犹豫地

同类去哪儿了。 “一般而言,70%的顾客是

跑好几家商场做比较。她们喜欢打折商

女性,这个比例在城区尤其高”,家乐福

品,对品牌比对零售商忠实。她们也是一

中国的负责人说道, “中国女性在大多数

群好奇的顾客,喜欢新的理念和创新”,

日用品购买上都有决定权,并经常让她们

家乐福负责人解释道。

的伴侣购买更技术的物品”。

零售商们还需要适应当地的习惯,比

在城市里,大多数的中国女性都自

如说购买海鲜产品。对于中国女性而言,

食其力,88%的女性即使她们的伴侣能

新鲜的最佳保证就是看见东西是活的!因

养活她们也仍然自己挣钱。独生子女一

此在该法国超市的食品区里,我们经常能

代的“小女皇”们习惯于做“月光族”,因

在装满了鱼、虾、龟的玻璃缸前经过。

为她们可以依靠长辈的支持。物质上的

如果今天的消费主要在城市,那么零

独立也反映在夫妻中。47%的已婚女性独

售业的未来则在农村。农村生活水平和购

立管理她们的收入,只有2%的女性把家

买力的提高预示着美好的前景。同样,需

庭的所有收入都交给丈夫管理。根据一

要说服和吸引的也是女性,以便能从一个

个近期的调查,中国女性10个里有6个认

长久以来花费较少而渴望消费的的群体中

为“伴侣的钱是我的钱,而我的钱还是我

获益。

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DOSSIER

专栏

A l’école comme à la ferme, les femmes commencent à sortir de l’exclusion 无论在学校 还是在农场, 妇女们 不再受排挤

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Femme et son enfant à Zhongdian, dans le Yunnan.

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campagnes

农 村

Xie Bing

谢冰(音译)

« Prêtez à un homme, il gaspillera cet argent dans l’alcool et le jeu, prêtez à une femme et vous la faites rentrer dans le cercle jusquelà purement masculin des décisions qui touchent les finances du foyer et donc son avenir ! »


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云南中甸的妇女和她的孩子

Du Ningxia au Sichuan, deux expériences de micro-crédit

D

ans un monde peu à peu dépouillé de ses nouvelles générations parties à la ville et traversé par une tendance de concentration et de capitalisation de l’agriculture, il n’est pas simple pour une femme de s’imposer comme un acteur économique à part entière. La première source de revenu pour la plupart des familles en milieu rural est évidemment l’agriculture, activité sou-

vent complètement gérée par les hommes du village tandis que les femmes se retrouvent cantonnées aux tâches domestiques traditionnelles. C’est bien dans l’idée de lutter contre cet état de fait, que la petite ONG chinoise CEPA (Center for Environment and Poverty Alleviation) a décidé de lancer des programmes de microcrédit dans la Région Autonome Hui du Ningxia. CEPA travaille depuis une

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dizaine d’années à la mise en place de programmes dits de « microcrédit pour femmes en zones rurales » prêtant des sommes allant de 1000 à 3000 Rmb. Le raisonnement est pragmatique et efficace : « Prêtez à un homme, il gaspillera cet argent dans l’alcool et le jeu, prêtez à une femme et vous la faites rentrer dans le cercle jusque-là purement masculin des décisions qui touchent les finances du foyer et donc son avenir ! ». Qiao Fengxiang vit dans le village de Jiezhuquan où CEPA a lancé l’un de ses premiers programmes de microcrédit. Fengxiang raconte que lorsqu’elle s’est jetée à l’eau et a reçu son premier prêt de 1000 Rmb son mari ne lui faisait aucune confiance. Il pensait qu’elle serait incapable d’utiliser l’argent à bon escient et que le montant était de toute façon insuffisant pour être un levier financier assez puissant. Aujourd’hui, parce qu’elle a prouvé un historique de remboursement irréprochable, Fengxiang peut emprunter jusqu’à 3000 Rmb. Désormais, Fengxiang travaille avec son mari à l’élevage de leur troupeau de moutons. Ils décident ensemble des investissements les plus importants, Fengxiang participe aux réunions du village et prend des cours de lecture et d’ écriture. A l’autre bout de la Chine, dans la province du Sichuan une autre femme chinoise raconte son histoire. Xie Bing a grandi en périphérie de la ville de Nanchong où elle a travaillé comme coiffeuse pendant quelques années avant de se marier. Elle avoue avec Connexions / mars-avril 2008 63


beaucoup de clairvoyance et un brin de malice que la situation économique de son promis, déjà à la tête d’un poulailler, n’a pas été pour rien dans la décision de l’épouser. « Il m’a proposé de quitter mon travail de coiffeuse et de travailler à ses côtés » explique-telle. Aujourd’hui le couple est à la tête d’une ferme spécialisée dans l’élevage de poules, et dirige une petite équipe de cinq employés. Il y a quelques mois, Xie Bing est devenue cliente chez MicroCred, une institution de microcrédit nouvellement implantée dans la ville de Nanchong. À part les coopératives de crédit rural et les usuriers traditionnels, les sources de financement pour ce genre de micro-entrepreneurs ne sont pas nombreuses. Xie Bing qui a emprunté 10 000 Rmb sur 6 mois, parle avec la précision d’une directrice financière de PME : « Nos revenus nous permettent de couvrir nos coûts, de générer un profit suffisant pour vivre à peu près correctement et de pouvoir même espérer payer l’éducation de la petite, mais nous n’avons pas le fonds de roulement nécessaire pour des investissements indispensables mais ponctuels et coûteux ». Xie Bing et son époux ont utilisé l’argent de leur prêt pour refaire à neuf les fondations de leur poulailler et comptent bien réemprunter par la suite une plus grosse somme pour carrément construire un nouveau local. « A 18 ans quand j’ai fini l’école, je n’avais pas de projets, j’ai cherché du travail là ou je pouvais, aujourd’hui ma fille a 17 ans et je la vois se projeter dans l’avenir. Elle a devant elle un champ des possibles que je ne concevais même pas à son âge ». Blandine Pons

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专栏

Bai Xue avec une camarade de classe

白雪(音译)与她的同学在一起

Toutes en classe ! A la campagne plus qu’en ville, les filles ont longtemps été les exclues du système scolaire. Depuis 2005, l’école est obligatoire et gratuite, une loi qui a permis aux fillettes de s’asseoir massivement aux côtés des garçons sur les bancs d’école, en primaire tout au moins.

P

enchée sur l’un des rares livres disponibles au village de Liumiao (Ningxia), Bai Xue parcourt les caractères à une vitesse impressionnante. A 8 ans, elle n’est pas certaine du métier qu’elle veut exercer — policière, ou peut-être institutrice — mais elle est sûre de vouloir poursuivre ses études. Depuis la mise en œuvre de la politique de gratuité des neuf années d’études obligatoires, ce rêve n’est plus aussi inaccessible qu’auparavant pour

les écolières des régions rurales. Les neuf premières années de scolarité sont obligatoires en Chine depuis 1986, et le gouvernement s’attache à les rendre gratuites depuis 2005. Ces mesures ont permis la progression des taux de scolarisation, et de ceux des filles particulièrement. Au Ningxia, la gratuité a en effet été assortie de l’obligation, pour les écoles rurales qui ont pu en bénéficier, d’atteindre des taux de scolarisation de 100%. Les pourcentages étant déjà élevés pour les garçons, ce sont sur les filles que les efforts institutionnels se sont concentrés : les slogans rappelant l’importance de l’éducation des filles se sont multipliés sur les murs, et le directeur d’un collège de la région relate avec humour les expéditions des professeurs se rendant à moto dans les villages les plus reculés pour faire reprendre aux élèves le chemin de l’école. Ces efforts ont été couronnés de succès au niveau du primaire. Lorsque le directeur de l’école de la ville de Yuwang


FEMMES CHINOISES

déclare que les taux de scolarisation des filles ont augmenté rapidement au cours des dernières années pour atteindre 100%, il exagère à peine. A de rares exceptions près, les filles sont aujourd’hui des élèves assidues en primaire. Au collège cependant, les résultats sont moins probants, car la gratuité annoncée est en fait toute relative. Ainsi, même si les frais d’inscription ont été abolis, il faut au collège de Yuwang s’acquitter de 300 Rmb par semestre pour les frais d’internat, les cahiers d’exercice et la nourriture. Pour certaines familles dont le revenu annuel ne dépasse pas 1 200 Rmb, c’est une dépense considérable, voire impossible à financer lorsqu’une famille compte plusieurs enfants scolarisés. La qualité de l’éducation, mais surtout son adéquation avec leur vie quotidienne, influencent aussi la propension des filles à demeurer ou non en classe. Les livres d’anglais utilisés comprennent des mots tels que « garage » ou « salle à manger », qui sont abstraits pour des élèves dont la maison se résume souvent à une ou deux pièces communes. Les manuels d’éducation cantonnent enfin les filles à des rôles traditionnels. Dès lors que des difficultés financières apparaissent, les filles sont donc encore souvent les premières à quitter un système éducatif peu ancré dans leur réalité journalière. Le fossé entre les genres s’élargit après le collège : selon le rapport 2007 d’Amnesty International sur la Chine, 43% des filles issues de milieux ruraux accèdent à un niveau d’éducation supérieur au lycée, contre 61% des garçons. Les aides financières, si elles sont indispensables, ne pourront à elles seules résoudre cette difficile équation. Perrine Lhuillier

中国女性

Le paradoxe des femmes rurales A la campagne, plus de la moitié des femmes a dépassé l’âge de 50 ans.

P

arler de la condition des femmes en milieu rural c’est parler de 450 millions d’individus ! Il y a celles qui ont été mariées très jeunes à un berger et qui sont parties car les steppes désertiques du Gansu ou de la Mongolie-Intérieure si pauvres, forcent les familles à aller faire paître leur bétail très loin. Il y a celles qui s’obstinent à monter une coopérative de couture dans le Ningxia car elles sont trop pauvres pour émigrer dans une province à l’habitat plus clément. Il y a les femmes résignées dont les maris sont partis à la ville « dagong », c’està-dire travailler, la plupart du temps comme ouvriers sur des chantiers de construction, qui ne reviendront qu’une fois l’an, s’ils reviennent. Les femmes Miaos en costume traditionnel et les Sichuanaises devenues ouvrières à Shenzhen, le temps d’une saison. Il y a les femmes trompées, et les femmes battues, les opportunistes et les exploitées, les entrepreneuses et les ignorées, celles qui se font avorter et celles qui sont convaincues que leur fille atteindra un niveau d’études supérieures ! La palette des profils et des portraits de ces femmes est aussi complexe qu’elle est infinie. La population rurale doit faire face à deux défis majeurs. L’exode rural de ses populations jeunes qui vient accélérer la marche de l’industrialisation et de la tertiairisation de l’économie chinoise, d’une part, et la profession-

nalisation de l’économie rurale et la réalisation d’économies d’échelles de l’agriculture, d’autre part. Ces deux tendances nécessitent la production de main-d’œuvre toujours plus qualifiée, capable de répondre aux nouvelles exigences du marché urbain et l’éducation des plus jeunes devient à ce titre un thème central. Le système éducatif chinois, qui forme 20% des étudiants du globe, est le plus étendu du monde. Malgré certaines améliorations cependant, ce formidable ascenseur social reste relativement fermé aux filles issues des campagnes. Tout processus de développement a aussi ses laissés-pour-compte. Selon un expert de la Société Financière Internationale, institution du Groupe de la Banque mondiale, la majorité des personnes qui vivent en milieu rural en Chine sont des femmes, dont la moitié ont plus de 50 ans. Ces dernières ne pourront ni acquérir les compétences nécessaires pour répondre à la professionnalisation croissante du monde agricole, ni partir à la ville trouver du travail. Dans ces circonstances, l’accès aux capitaux par le micro-crédit par exemple permet à ces femmes de démarrer une petite activité économique pour améliorer le sort de leur famille. Blandine Pons experte en microfinance chez PlaNet Finance Chine et Perrine Lhuillier coordinatrice des programmes Chine de l’association Enfants du Ningxia

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DOSSIER

专栏

Emportées par le bouleversement des valeurs, les nouvelles Chinoises s’interrogent sur leur choix de vie 随着价值观的转变, 中国新女性 正在重新审视 她们的生活选择

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L’expertise de He Yanping de Psychologies Magazine © DR

famille

家 庭 《心理月刊》资深法语编辑何岩萍

« Les urbaines ne veulent plus sacrifier leur vie de famille » Connexions : La nouvelle femme chinoise est-elle bien dans sa peau ? He Yanping : Pour vous répondre, j’ai envie d’évoquer les cas d’une amie — appelons-la madame Wang. Cadre supérieure dans une société de communication réputée, elle a décidé, à son corps défendant, de démissionner car elle travaille à Pékin alors que son mari et sa fille vivent à Shanghai avec sa belle-famille. Réussissant très bien dans son travail, aimée et appréciée de tous, gagnant mieux sa vie que son époux, elle doit pourtant sacrifier un travail qui lui plait. Son mari, bel homme de quarante ans, est ce qu’on appelle en

Chine un « shuai shou zhang gui » (un commerçant qui ne met pas la main à la pâte au magasin), bref il n’aide en rien aux tâches du foyer. Ce sont ses beaux-parents qui doivent tout prendre en charge et ils vieillissent. Résultat : elle n’a d’autre choix que de se sacrifier au risque de la dépression. Vous me direz que ce que nous vivons en Chine est une variante de l’ éternel dilemme de la femme contemporaine : comment concilier travail et vie de famille. Mais il y a quelques caractéristiques spécifiques. Autour de moi, les filles, qui réussissent aussi bien sinon mieux que les garçons à l’école, sont bien mal préparées à af-


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FEMMES CHINOISES

Une des grandes préoccupations des jeunes chinoises est de trouver un mari adéquat 中国年轻女性关心的重要问题之一就是找一个合适的伴侣

fronter leur vie de femme. Une fois diplômée, il est finalement plus difficile de réussir sa vie de femme que sa vie professionnelle. C’est particulièrement vrai pour ma génération — les femmes de quarante ans — qui a vécu la fin de la Révolution culturelle. A l’époque, les filles travaillaient dur aux champs et à l’usine, sans se soucier de leur féminité. Quand la société a changé, il a fallu revenir au rôle  d’harmonisation des relations familiales. On est directement passé d’une époque où la priorité était aux grandes causes, où il était mal vu de penser à soi, égoïste de se soucier de ses enfants, courant pour un cou-

ple de vivre séparé par 1000 kms, à une époque où on privilégie à tout crin le bonheur individuel. Aujourd’hui d’un côté très peu de femmes acceptent de sacrifier leur vie de famille pour le travail. De l’autre, je vois de plus en plus de filles de 30-35 ans qui décident d’arrêter de travailler pour s’occuper de leur enfant. C’était impensable pour ma génération. En un sens, ces professionnelles qui renoncent à leur travail sont des pionnières. Elles prennent un risque même si elles s’appuient sur des maris qui gagnent bien leur vie. Une de mes collègues a pris cette décision pour que son petit ne soit pas élevé par

une « ayi » ou ses beaux-parents. Mais je l’ai sentie assez démunie. Les femmes chinoises ne sont pas habituées à réfléchir à ce que signifie une bonne éducation moderne. C. : Dans votre magazine, quelle image de la femme cherchez-vous à promouvoir ? H. Y. : La démarche « psychologique » propose de choisir entre plusieurs modèles de réussite. Sans être obsédé par la course au pouvoir et à l’argent, en privilégiant aussi le développement personnel, le bonheur pour soi et son entourage. Le mot qui m’inspire le plus est celui de « linghuo » — souplesse. Connexions / mars-avril 2008 67


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DOSSIER

专栏

Dans les jeunes couples, il y a plus d’entraide

年轻夫妇之间的互助越来越多

Avoir une réponse qui convienne selon la situation. Mais il faut, pour cela, avoir confiance en soi et dans la vie. C’est un discours assez sophistiqué. Nous voulons aussi dire aux femmes mal dans leur peau qu’elles peuvent faire appel à des professionnels. Et pour les « psy » chinois, le message important est qu’on peut toujours trouver une solution.

elles craignent de perdre leur emploi. D’autre part, le coût de la vie est élevé, comme celui de l’éducation d’un enfant. Les jeunes générations ne veulent pas se sacrifier. Elles préfèrent s’offrir beaucoup de choses plutôt que donner beaucoup de choses. Résultat : les jeunes femmes prennent leur temps, veulent d’abord réussir leur vie professionnelle. Et c’est quand une femme arrive à un poste plus élevé, donc plus stable, qu’elle commence à envisager de faire un enfant. Autre thème : le divorce. Nous sommes dans une période de changement. Le nombre de divorce augmente et de moins en moins d’hommes et de femmes croient en l’amour éternel. Mais le divorce reste mal accepté. Autour de moi, les femmes cachent qu’elles sont divorcées, même si l’opinion publique prend volontiers faits et cause pour la femme abandonnée. Le développement économique de la Chine a donné un avantage aux hommes. Leur réussite a augmenté leur pouvoir de séduction. Quand une femme a un mari qui réussit, elle a deux options :

C. : Quelles sont les préoccupations majeures de votre lectorat? H. Y. : D’abord trouver le mari adéquat. C’est le sujet qui passionne nos lectrices. Un des problèmes est qu’aujourd’hui les jeunes femmes accèdent sur le « marché du mariage » à des hommes dont les salaires varient de 1 à 100. Elles espèrent toujours trouver mieux et ont du mal à se décider. Quand on se marie, on épouse un statut social. Toutes les jeunes filles rêvent de l’homme élégant, riche… La deuxième préoccupation : avoir ou non un enfant. De moins en moins de Chinois bénéficient d’un emploi garanti. Les jeunes femmes ont peur de s’absenter pour faire un enfant car 68

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soit elle est prête à tout pour garder son rôle de première épouse, soit elle divorce mais parfois au prix d’une grande souffrance. Il n’y a qu’à voir le cas de Hu Zi Wei venue déballer en pleine émission de télévision ses déboires conjugaux. Le déséquilibre hommes/femmes en matière d’infidélité en Chine se creuse. Les hommes sortent avec des hôtesses, et, s’ils sont riches, entretiennent des concubines. Mais les femmes n’ont pas connu de véritable révolution sexuelle. Même dans notre rédaction, les questions sexuelles restent un peu taboues. Enfin, les femmes qui réussissent dans les affaires en Chine doivent adopter souvent des conduites un peu masculines et ont alors du mal à trouver un partenaire qui acceptent de les soutenir. Les hommes chinois n’aiment pas que leurs femmes réussissent trop bien. Et ils ne sont pas galants. C. : Et les jeunes générations ? H. Y. : Les 18-20 ans — c’est l’âge de mon fils — ont plus de chance. Ils vivent dans la paix et l’abondance matérielle et culturelle. Ils ne sont pas dans un rapport de force filles-garçons. Ils sont copains. Et les jeunes filles sont plus féminines que les femmes de ma génération. Elles se soignent bien, protègent leur peau… Dans les jeunes couples, il y a plus d’entraide. Je les crois beaucoup mieux construits. Ils sont protégés depuis l’enfance. A ma génération, les parents ne savaient pas comment élever les enfants. L’amour, l’affection étaient des valeurs bourgeoises. Mais les jeunes aujourd’hui recherchent sans complexe un véritable confort de vie. Le monde chinois s’est beaucoup humanisé ces derniers temps. Propos recueillis par Anne Garrigue


FEMMES CHINOISES

中国女性

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Enfants uniques : le syndrome 4-2-1

Il est né le divin enfant…

宝贝女儿出生了

Le contrôle des naissances a des répercussions sur la psychologie des nouvelles générations et sur la structure familiale.

S

ong Y… a 22 ans. Etudiante dans la publicité, elle vient de terminer ses études et cherche un emploi. Son statut d’enfant unique ? Elle le revendique avec un brin de provocation. Non, elle ne s’est jamais sentie seule. Oui, elle a toujours compté sur Internet pour se faire des amis. Oui, elle a été élevée en partie par sa grand-mère car ses deux parents travaillaient. Oui, ses parents se privaient de TV le soir pour la laisser étudier dans leur petit deuxpièces. Non, personne n’a vraiment compté dans son enfance. Peut- être ses parents, mais, précise-t-elle, « j’ai une mauvaise relation avec ma mère, trop exigeante. Et si j’aime bien mon père, nous ne parlons pas de choses intimes. » Song Y… aimerait avoir deux

enfants. « Ce serait amusant pour moi. Je n’ai jamais vu deux enfants dans une même famille ». Tous ses amis sont « enfants uniques ». Se trouvet-elle égocentrique (zisi) comme disent les Chinois, principal reproche que l’on adresse à cette génération ? Peut être… « Je reconnais que quand je me fais des amis, je pense d’abord à ce qu’ils peuvent m’apporter, pas à ce que je dois sacrifier pour eux. Et à la maison, s’il y a du chocolat au frigo, je pense toujours que c’est pour moi… » Song Y… est une enfant unique parmi des millions d’autres, fruit d’une politique esquissée au début des années 70 et systématisée à partir de 1979. Cette politique a permis de faire chuter le taux de natalité de 33 à 18 pour mille mais a attaqué de plein fouet la conception traditionnelle de la famille, qui de tout temps a structuré la société et l’individu en Chine. Est donc apparue, surtout en ville, une génération dont la famille ré-

pond à une nouvelle norme  : « 4-2-1 ». Quatre grands-parents, deux parents et un petit enfant et pour les enfants uniques les seuls parents reliés par les liens du sang sont les ascendants dont ils sont censés s’occuper plus tard. Une des conséquences tragiques de cette politique est la bombe à retardement que recèle le grave déséquilibre entre les bébés filles et garçons. Entre aujourd’hui et 2030, 25 à 30 millions de femmes vont manquer à l’appel sur le marché du mariage. Pourtant le gouvernement chinois ne semble pas remettre en cause cette politique destinée au départ à contrôler l’essor démographique pour mieux maîtriser le développement économique, malgré les sondages qui montrent que, dans les villes tout au moins, la plupart des jeunes femmes hésitent plutôt entre faire ou ne pas faire d’enfant*. Certes certains assouplissements ont vu le jour : la possibilité d’avoir deux enfants pour un couple d’enfants uniques, ou si le premier est une fille dans les zones rurales, voire trois enfants si on est membre d’une minorité. Mais la campagne contre les riches et célèbres qui enfreignent la loi bat son plein et de nombreuses femmes actives des classes moyennes doivent choisir entre un deuxième enfant et leur emploi dans une société d’Etat. Sans compter les amendes qui peuvent se monter à plusieurs années de salaire (jusqu’à 130 000 dollars). A. G.

Selon une enquête de l’Institut d’Administration de Pékin auprès de 1100 personnes de 20 à 34 ans, citée par AFP du 6 novembre 2007, plus de la moitié des Pékinois ayant été des enfants uniques ne souhaitent pas eux-mêmes avoir plus d’un enfant, même si la loi les y autorise. Plus d’un quart des personnes interrogées disent même préférer ne pas avoir du tout d’enfant, privilégiant leur niveau de vie. Et seulement un peu moins d’un quart des sondés ont exprimé le désir d’avoir deux enfants. *

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DOSSIER

专栏

Trois générations, trois voix En l’espace de quelques décennies la place et l’image de la femme ont connu des changements remarquables.

L

es bouleversements historiques du siècle dernier se lisent clairement dans les yeux des femmes chinoises, dont la position dans la société confucéenne puis sous le régime communiste n’a cessé d’évoluer. « Quand je regarde ma nièce, j’ai l’impression que nous ne sommes pas de la même planète » raconte Mme Yang, une dame de 66 ans, née au siècle dernier, à l’époque de la guerre contre le Japon. Cette femme au caractère fort n’aura pas été épargnée par l’Histoire : elle sera passée de l’élan de libertés du début du siècle au communisme et son idéal égalitaire, pour arriver aujourd’hui à l’ouverture et la course à l’enrichissement.  Etre et se sentir femme à travers ces différentes époques n’a pas été facile pour Mme Yang. « Je n’ai jamais pensé à moi comme à une femme — raconte-t-elle aujourd’hui — j’ai toujours été différente par rapport à mes frères et aux hommes de la maison, mais cela paraissait normal, ça se passait comme ça partout sans que quiconque ne trouve rien à redire ». Les études étaient à l’époque le seul moyen pour une jeune fille d’accomplir sa vie en dehors du cadre social traditionnel qui exigeait du sexe faible une entière soumission à l’homme. « Avant pour les filles qui n’avaient pas la chance d’être envoyées à l’école ou à l’étranger, il ne restait que le passage de la famille d’origine à celle du mari, et 70

Connexions / mars-avril 2008 

elle devait s’occuper de la maison et des enfants ». Mao qu’aujourd’hui Mme Yang chérit encore, a été le premier à accorder aux femmes un statut et un rôle nouveaux : « l’autre moitié du ciel  », les appelait-il, se rappelle Mme Yang. « Quand on m’a envoyée dans une usine travailler à la chaine, côte à côte avec les camarades masculins, j’étais très fière. Ce que nous étions en train de vivre était nouveau : nos mères avaient les pieds bandés, nous, les filles nous fabriquions de l’acier, quel progrès! ». Pourtant les générations qui ont suivi celle de Mme Yang ne montrent pas tout à fait le même enthousiasme pour cette « égalité » offerte aux femmes révolutionnaires. Elles préfèrent viser une position dans la hiérarchie sociale tout en retournant à des valeurs plus

traditionnelles. A bientôt quarante ans, Tong Lan est une femme brillante, elle a pris conscience du rôle spécifique de la femme à travers une vie qui l’a menée au succès familial et professionnel. « Personne ne m’a jamais appris que l’homme et la femme étaient égaux, mais en même temps personne ne m’a pas appris non plus qu’ils ne l’étaient pas — explique-t-elle. Dans mon éducation c’est un problème qui n’a jamais été envisagé, et pourtant je ne me suis jamais sentie triste ou non accomplie dans mon rôle de femme. Je n’ai commencé à me poser des questions sur mon comportement et mon rôle face aux hommes que ces dernières années, lorsque j’ai atteint une position importante dans mon travail et l’indépendance dans ma vie privée et familiale. »

Le mariage chinois en chiffres L’âge minimum légal pour se marier est 20 ans pour les femmes et 22 ans pour les hommes. Le taux de nuptialité diminue régulièrement — il était en 2002 de 12,2 pour 1000. L’âge moyen du mariage pour les Chinoises est en hausse passant de 22, 9 ans en 1995 à 24,1 en 2001. L’institution même du mariage a beaucoup évolué. Un symptôme significatif, le nombre de mariages arrangés pour les femmes est passé entre 1990 et 2000 de 20,1% à 6,8% dans les villes et de 36,5% à 16,1% dans les campagnes. Dans la Chine pré-communiste, le mariage se faisait entre deux familles ;

sous le régime de Mao, la danwei (unité de travail), avait remplacé le rôle de la famille et des intermédiaires pour imposer le choix d’un partenaire. Après 1979, des libertés personnelles ont commencé à émerger. Une nouvelle loi sur le mariage votée en 1980 a reconnu l’importance des liens émotionnels au sein du couple mais a aussi facilité la rupture des liens du mariage. En 2003, la loi est allée encore plus loin puisqu’elle a rendu très aisé le divorce par consentement mutuel. Une des conséquences de cette libéralisation est l’explosion des divorces : 341 000 couples en 1980,


© Pierre BESSARD

FEMMES CHINOISES

Mère, grand-mère, petite fille solidaires mais différentes

La réponse pour cette génération entre 30 et 50 ans est la redécouverte des valeurs traditionnelles dans un contexte de développement et de modernisation rapide. Pour Tong Lan : « les hommes savent apprécier les capacités des fem-

800 000 en 1990, 1, 2 millions en 2000, et 1,4 millions en 2007. Dans le couple, ce sont surtout les femmes qui portent la responsabilité du contrôle des naissances. L’avortement reste un moyen privilégié pour atteindre l’objectif de l’enfant unique. En effet, le nombre d’avortements a fortement augmenté en 30 ans, passant de 4,7 millions en 1976 à 6,81 millions en 2002, avec un pic de 13,49 millions en 1990. Mais, a contrario, toutes les autres formes de contraception ont diminué  : la pose de stérilets est passée de 11,3 millions à 6,54 millions, la stérilisation temporaire des hommes de 1,50 million à 210 000 cas et la stérilisation per-

祖母 、母亲与女儿——不同的祖孙三代

mes dans la vie active et familiale, ils les traitent mieux qu’avant même si elles doivent se comporter différemment en public et en privé ». Dans la vie publique, la femme doit protéger l’homme en lui donnant de « la face ». « Par exemple

manente des femmes de 2,71 à 1,37 millions (chiffres officiels). Peu d’évolution, par contre, pour le partage des tâches, les femmes consacrent deux heures de plus que les hommes en moyenne aux tâches du ménage, et en dix ans (1990 2000) la différence ne s’est réduite que de 6 minutes. En conséquence, les femmes passent un peu moins de temps devant la TV. 1 heure 53 par jour pour les femmes contre 2h06 pour les hommes. Et elles ont moins de temps libre: les femmes avaient 1 heure 17 de libre par jour contre 1 heure 35 pour les hommes. Anne Garrigue

中国女性

pendant une réunion de travail, il faut savoir comment poser ses questions ou faire ses remarques de manière à ce que l’homme puisse les prendre en considération sans perdre la face devant l’intrusion d’une femme. Il faut être stratégique » rappelle Tong Lan. « Les femmes doivent respecter les codes sociaux actuels si elles veulent que l’homme change son regard sur la femme ». Cette attitude vaut pour la génération de Tong Lan, mais ne viendrait jamais à l’esprit de quelqu’un comme Hu Yan, jeune interprète de 25 ans, née dans la fameuse période de rupture des années 80. « On ne pense pas à la question homme-femme » dit-elle en expliquant quand même qu’elle rêve de trouver un copain pas trop macho. « Aujourd’hui le problème est inversé : la pression sociale est très forte sur l’homme. S’il n’a pas un bon salaire, une maison et une voiture, il aura du mal à trouver une femme. Ma mère me le dit toujours, heureusement que tu es une fille, sinon j’aurais du travailler le double pour t’acheter une maison ! » Elle se rappelle ses cours de politique à l’école quand on apprenait à ses camarades masculins à tenir la porte à une dame, la politique du « lady first ». « C’est dans ce cours que nous avons commencé à nous dire qu’il y avait une différence, et puis ensuite les garçons ont toujours été assignés aux tâches les plus nobles dans la vie de l’école ». Mais elle jure que d’être une fille c’est le bonheur, puisque aujourd’hui elles sont libres de se dédier à la maison si elle le veulent ou de ne pas faire d’enfants et se lancer plutôt dans une carrière, « ce qui n’était pas envisageable à l’époque de ma mère ». Pour ces jeunes, trouver leur place de femme sera très différent de leurs aînées. Antonia Cimini

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DOSSIER

专栏

s’exprimer

表 达

Un programme de formation à la Fédération des Femmes chinoises à Qianxi

Réseaux, cinéma, internet, livres, les Chinoises prennent la parole pour présenter leur version des faits 中国女性在社会组织、 电影、网络和文学中积极 表达她们的看法

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在迁西妇联举办的培训

Femmes de Chine

L

a proclamation de l’égalité entre hommes et femmes dès 1949, en opposition avec la tradition chinoise, n’a pas toujours engendré une égalité dans les faits. En l’absence d’un vaste mouvement féministe spontané issu de la base, les Chinoises encadrées par le régime, se sont tout de même organisées dans tous les domaines pour faire entendre leur voix. Défense et protection de leurs droits et de leurs


Pour faire valoir leurs droits, les femmes se regroupent de plus en

unissez-vous! intérêts, échanges d’expériences, les réseaux associatifs féminins se multiplient dans tous les aspects de la vie sociale. Imposée par le pouvoir central à l’époque de la construction de l’Etat communiste, la Fédération nationale des Femmes chinoises (FNFC), première association du genre, est aussi la plus puissante. Rassemblant des femmes de tous les milieux et de toutes les ethnies et organisée selon une structure pyra-

plus en associations et réseaux de solidarité.

midale, elle couvre tous les niveaux administratifs de représentation de l’Etat, de l’échelon national aux comités de quartier ou de village. Ses représentantes ont un statut officiel dans chaque province et chaque municipalité. Cet organisme sert en fait d’intermédiaire entre les femmes, le Parti communiste chinois et le gouvernement. La plupart de ses membres sont également membres du PCC ou du gouvernement, ainsi

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FEMMES CHINOISES

中国女性

Gu Xiulan la présidente de la FNFC occupe-t-elle aussi le poste de vice-présidente de l’Assemblée nationale populaire. Les principales missions de la FNFC sont la mobilisation des femmes pour accroitre leur participation à la vie économique et au développement social du pays, la représentation et la sauvegarde de leurs intérêts. En marge de cette institution, les femmes se sont investies dans la création de réseaux associatifs dans tous les corps de métiers. C’est le cas notamment de l’Association des Femmes entrepreneurs, fondée en 1985 aux débuts de l’ouverture et de la modernisation. « Quand les entreprises ont commençé à s’internationaliser, nous avons éprouvé le besoin d’une plate-forme d’échanges pour les femmes qui voulaient travailler dans ce secteur » explique Shi Qingqi, secrétaire générale de l’association. A cette époque les membres étaient majoritairement issues du secteur public, le privé n’étant encore qu’embryonnaire, une situation aujourd’hui totalement inversée. Pourtant, « A la tête des entreprises, on ne compte que 20% de femmes en Chine » souligne Mme Shi. Un pourcentage qu’elle juge encore faible à cause des fortes pressions sociales auxquelles les femmes chinoises sont encore soumises : discrimination au niveau des études, obligation de former une famille et de faire des enfants, vocation à se donner à la vie familiale. De plus pour celles qui tentent une carrière en entreprise les difficultés se multiplient : « de l’accès aux fonds, aux relations avec leurs collègues masculins, en passant par les connaissances techniques, les femmes qui veulent diriger une entreprise doivent faire face à des problèmes multiples » précise Shi QinConnexions / mars-avril 2008 73


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DOSSIER

专栏

A Qianxi, une réunion pour discuter des questions féministes 迁西县讨论妇女问题的会议

gqing. « Elles ont pourtant souvent un meilleur niveau que les hommes, elles connaissent mieux la culture chinoise et peuvent la diffuser plus efficacement dans leur travail et même à l’étranger par le biais de leurs affaires. » Alors l’association organise régulièrement des cours de formation sur des sujets divers, des rencontres-débats et des conférences variées où elles peuvent apprendre, se renseigner et échanger. « Pour ces femmes entrepreneurs, notre association est devenue un véritable second foyer. On compte actuellement 500 membres et pas moins de 51 organisations locales », explique la secrétaire générale. « Il serait important d’avoir aussi une association de femmes en politique, puisque c’est l’un des milieux où l’accès et les perspectives de carrières sont parmi les plus difficiles pour les femmes qui ne profitent pas d’une protection en haut lieu » explique Mme Wu Qing, ancienne députée à l’Assemblée Populaire de Pékin, 74

Connexions / mars-avril 2008 

aujourd’hui déléguée au parlement de Haidian. Selon cette militante, la formation d’une union des députées et des femmes engagées dans la vie politique pourrait aider à l’élaboration de politiques plus équitables et plus utiles pour les femmes. En attendant, les associations féminines se multiplient. L’association des femmes médecins a été créée en 1954. Elle compte aujourd’hui plusieurs sousbranches représentant les différentes spécialistés médicales comme l’association des femmes chirurgiennes... En 1994, au moment même où a été for-

mulée la réglementation générale sur les professions juridiques, a été fondée l’association des femmes procureurs suivie par l’association des femmes juges. Les artistes ont elles aussi leur réseau : l’association des femmes photographes, écrivains et ainsi de suite. Sans oublier les nouveaux métiers comme les joueuses de basket et de tennis ainsi que les promoteurs immobiliers; qui toutes cherchent à se rassembler pour mettre en oeuvre une nouvelle solidarité entre femmes. Antonia Cimini

La Fédération nationale des femmes chinoises en bref Fondée le 3 avril 1949 ONG en faveur des femmes la plus importante de Chine Regroupe 60 000 organisations de femmes chinoises Compte plus de 980 000 représentantes Son Congrès National se réunit tous les 5 ans pour élire son Comité Exécutif qui élit à son tour sa présidente et les membres du Secrétariat site : www.women.org.cn


FEMMES CHINOISES

中国女性

Quand l’autre moitié du ciel vous tombe sur la tête ! De plus en plus de femmes choisissent les médias et les lieux publics pour manifester leur frustration à l’égard des hommes qui les ont trahies.

© DR

S

i la société chinoise est toujours dominée par l’homme, l’autre moitié du ciel ne se prive pas d’utiliser toutes sortes de moyens « modernes » pour élever la voix. C’est ainsi que de nombreuses femmes n’hésitent plus à divulguer largement les histoires de trahisons et autres scandales des hommes qu’elles ont aimés. L’engouement du public pour ce genre d’histoires a fait gagner à ces femmes une notoriété soudaine, les propulsant au statut de véritables stars. Ces dernières années, Internet et les plateaux de télévision sont devenus de véritables espaces de règlement de compte où les femmes viennent laver leur linge sale avec la gent masculine et où la « face » qu’on est censé donner en Chine à un homme ne pèse plus très lourd. Tout a commencé en 2003 avec le blog d’une jeune fille de 25 ans, à l’époque totalement inconnue et aujourd’hui star de la toile, Mu Zimei. Elle y décrivait ses nuits d’amour cantonnaises avec des partenaires plus ou moins célèbres, comme le musicien Wang Lei. Son carnet et ses commentaires ont fait des ravages sur le web chinois, dans la presse et à la télé, au

Zhang Bin 张斌

point d’être interdit assez rapidement par la censure. Si d’un coté Mu Zimei racontait sa vie privée et revendiquait le droit de la jeunesse chinoise à vivre sa propre vie sexuelle sans interdiction, cet esprit libertaire a surtout eu l’effet d’une douche écossaise sur les hommes dont l’hégémonie a été soudainement menacée. Autre exemple : Hong Huang, ancienne femme du réalisateur Chang Kaige, a plusieurs fois attaqué ce dernier sur le net et l’a ridiculisé indirectement en jouant le rôle d’une femme trompée dans un film sorti l’année dernière, Wu qiong dong. Les critiques se sont souvent délectées du personnage du mari infidèle, fier de soi et insouciant dans lequel elles ont facilement reconnu un portrait au vitriol du fameux cinéaste. Mais le scandale qui a le plus marqué le public est intervenu il y a quelques mois à la télévision nationale sur fond d’ode aux JO de Pékin qui, pour une fois, sont passés au deuxième plan. La très populaire cérémonie de pré-

sentation de la nouvelle chaîne Olympique venait de débuter sur CCTV5 en direct total — une chose assez rare sur le petit écran chinois — et le présentateur sportif vedette Zhang Bin semblait comme un poisson dans l’eau. Soudainement sa femme est montée sur le plateau et lui a arraché le microphone des mains pour annoncer à tout le pays ce qu’elle même venait de découvrir. « Aujourd’hui c’est un jour spécial pour la chaîne Olympique mais aussi pour moi et M. Zhang, puisque j’ai appris il y a deux heures que ce dernier entretient une relation intime avec une autre femme » a expliqué, impassible, Hu Ziwei avant d’être fermement raccompagnée par la sécurité. C’est ainsi que ce qui aurait du être un instant de gloire olympique s’est transformé en sujet de débat dans la presse, entre gossip et réflexion « féministe », le temps pour la censure d’organiser le retour à une société harmonieuse. Jusqu’au prochain scandale... Antonia Cimini

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DOSSIER

专栏

Peut-être plus que partout ailleurs, les femmes ont longtemps été absentes de la scène littéraire chinoise. Pas de Dit du Genji*, ici, il suffit de feuilleter une histoire de la littérature pour découvrir qu’elles y brillent surtout par leur silence !

A

u cours des siècles un nom, un seul, émerge, celui de la grande poétesse Li Qingzhao (époque Song). Et il faut s’écarter des sentiers battus pour s’apercevoir que sous les Tang (c’est-à-dire à une époque où la société était plus libre et plus permissive) nombreuses ont été les concubines célèbres — et célébrées — tant pour leur beauté que pour leur talent poétique. Mais pendant les dynasties qui ont suivi les mœurs se sont rigidifiées, l’univers social chinois est devenu celui d’une plus grande ségrégation sexuelle, et à l’époque où en Europe les femmes du grand monde commençaient à tenir des salons et à exercer une influence déterminante, les Chinoises, elles ne versifiaient plus qu’au gynécée. Aucune Madame de la Fayette, ni même de

Comtesse de Ségur, et encore moins de George Sand, bien sûr. Il faut attendre 1919 et ce qu’on a appelé la « révolution littéraire » — passage à l’écrit en langue dite « vulgaire » par opposition à la langue ancienne jusqu’ici en vigueur, comme si au début du XXe siècle on eut encore en Europe rédigé en latin… — et l’irruption d’influences occidentales « libératrices » pour qu’enfin elles fassent une timide apparition. Bien sûr, la gent masculine tient toujours le haut du pavé, mais certains noms sont entrés dans l’histoire : Bing Xin (1900-1999), chantre de la nature et l’amour maternel ; l’ardente féministe Ding Ling (1904-1986), plus engagée ; et à un moindre degré Xiao Hong (1911-1942), hélas morte trop tôt. Toutes trois femmes libres et indépendantes, elles ont toutes trois — enfin — fait entendre une parole féminine chinoise qu’Eileen Chang (1920-1995) continuera de propager plus tard, des Etats-Unis. Puis la révolution triomphe. La libéralisation des femmes est à l’ordre du jour. Mais, dans la jeune république populaire, cette libération passe par l’adoption du modèle masculin : le socialisme curant par définition tous les maux, il ne saurait y avoir de spécificité du problème féminin. Par ailleurs, Mao

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Le bastion de la littérature

L’écrivaine Guo Xiaolu

郭小橹

se méfie des intellectuels, la parole est muselée, et si elles sont officiellement les égales de leurs collègues masculins, c’est pour tomber comme eux victimes des premières purges. Ainsi Yang Jiang (1911), critiquée dès 1951, qui se penchera plus tard avec délicatesse sur les avanies subies par les intellectuels pendant la Révolution culturelle. Le silence s’installe. Tout au plus peut-on citer Zong Pu, qui commence à écrire en 1948… La Révolution culturelle n’arrange bien sûr rien, et Ding Ling par exemple passera dix ans en prison. Il faut attendre la chute de la Bande des Quatre pour que de nouveaux talents féminins émergent, mais

Quelques pistes de lecture Yang Jiang : Le Bain ,

nuages (et bien d’autres chez Actes

Wang Anyi : Le chant des regrets

Picquier).

Six récits de l’Ecole des cadres

Sud).

éternels (Philippe Picquier).

Dai Lai : L’insecte sur la toile (Bleu

(les deux aux éditions Christian

Fang Fang : Soleil du crépuscule

Can Xue : Dialogues en paradis

de Chine).

Bourgois).

(Stock) ; Une vue splendide

(Gallimard).

Guo Xiaolu : La ville de pierre

Zhang Kangkang : L’impitoyable

(Philippe Picquier).

Mian Mian : Les Bonbons chinois

(Philippe Picquier).

(Bleu de Chine).

Liu Suola : La grande île des

(éditions de l’Olivier)

Tian Yuan : La forêt zèbre (éditions

Chi Li : Triste vie, Trouée dans les

tortues-cochons (Seuil).

Weihui : Shanghai Baby (Philippe

de l’Olivier).

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Connexions / mars-avril 2008 


FEMMES CHINOISES

cette fois ils sont pléthore et font entendre leur voix aussi haut et fort que les hommes. Et chance, nombre de ces dames ont été traduites en français. Citons d’abord Zhang Jie (1937), qui se livre dès 1981 à une critique sans complaisance de la bureaucratie. Mais Zhang Kangkang (1950), Chi Li (1957), Wang Anyi (1954), Can Xue (1953), Liu Suola (1955) ou Fang Fang (1955) sont toutes issues du grand mouvement libérateur de la parole que furent les années quatre-vingt. Et certes, cette période peut être considérée comme un âge d’or pour les écrivain(e)s : en dépit de l’influence grandissante de la télévision, l’industrie du divertissement est encore balbutiante en Chine, alors on lit, énormément, être publié c’est être célèbre et respecté. L’accélération de la politique de réforme et d’ouverture, à partir de 1992, va

modifier cette donne. De l’intellectuel, la préoccupation passe au matériel. La société chinoise est trop occupée à gagner de l’argent pour s’intéresser à la littérature, on vit de moins en moins de sa plume. Résultat ? Comme partout ailleurs dans le monde, la profession se féminise — même si, comme partout ailleurs dans le monde, ce sont toujours des hommes qui occupent le « dessus du panier ». Comme partout ailleurs aussi, le marketing prend de plus en plus de place, ainsi qu’en témoigne le phénomène dit des « belles femmes écrivains ». Principales représentantes : Mian Mian et Wei Hui, toutes deux jeunes et libérées, des femmes qui appellent un chat un chat et n’hésitent pas à aborder le sujet tabou de la sexualité. Elles sont les porte-paroles d’une nouvelle génération citadine, occidentalisée et de mœurs libres. En s’affichant sans

中国女性

complexe dans les médias elles font voler en éclat l’image traditionnelle de l’intellectuelle austère et peu coquette. Oui, on peut être femme, écrivain et se maquiller ! Leurs livres — jugés « impudiques » — sont interdits, ce qui ne fait bien sûr que décupler leur renom. Mais elles ont ouvert la voie, et derrière elles se profilent toute une génération de femmes jeunes qui choisissent la littérature comme voie d’expression : Dai Lai, Guo Xiaolu, Zhu Wenying, Anni Baobei ou Tian Yuan. Là encore, elles ont généralement été traduites en français. Même si elle s’intéresse encore peu à la condition féminine — seule Xinran, de Grande-Bretagne, s’est vraiment penchée sur la question— pour le meilleur et pour le pire, la parole féminine est désormais libérée en Chine. Sylvie Gentil

*

Roman japonais écrit par Murasaki-Shikibu datant de plus de 1000 ans.

Le langage perdu

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I

l y a plusieurs siècles, les Chinoises du comté de Jiangyong, dans la province du Hunan, ont inventé une langue, le « nüshu ». Littéralement « nü » signifie « femme » et « shu », « écrire ». Comme son nom l’indique le nüshu est un système d’écriture créé par et pour les femmes. Se transmettant de mère en fille, il s’est développé, en secret, loin des hommes, de la dynastie Qing au début du XXIe siècle. Malmenées par leur mari et leur belle-famille, condamnées à l’isolement social, ces épouses aux pieds bandés exprimaient leurs pensées les plus intimes et leurs souffrances quotidiennes dans des écrits poétiques souvent chantés et calligraphiés sur des éventails, ou encore brodés sur des mouchoirs, des tabliers ou des écharpes. Une jolie revanche sur ceux qui leur interdisaient l’accès au savoir et un bel acte de résistance contre une société opprimante. Le nüshu a disparu en 2004 après le décès de sa dernière locutrice Yang Huanyi.

L’écriture Nüshu se lit de haut en bas et de droite à gauche 《女书》从上至下从右至左阅读

Son existence a été révélée au grand public en 1995, quand Yang Huanyi a été invitée à participer à une conférence de l’ONU sur les femmes, qui se tenait à Pékin. Inscrit sur la liste des langues à préserver par le conservatoire de l’héritage culturel chinois, le nüshu a alors éveillé la curiosité de plusieurs chercheurs. En 2003, Zhou Shuoyi s’est lancé dans la rédaction d’un dictionnaire. Il est probablement le seul homme à ce jour à avoir décrypté les secrets de ce dialecte féminin… Camille Foucard

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DOSSIER

专栏

Ning Ying, un regard sans tabou

Connexions : Votre regard de cinéaste est-il avant tout féminin ? Ning Ying : Je ne me positionne pas en tant que femme cinéaste. Mon moteur, c’est la curiosité pour mes contemporains. C’est dans cet esprit que j’ai réalisé la trilogie de Pékin. Les personnages principaux y sont des hommes, simplement parce que je voulais pénétrer des milieux au cœur de la vie sociale. Avant Perpetual Motion, je n’ai jamais été contactée par les festivals de films féminins, on m’a même dit : « Nous ne sélectionnons pas vos films puisque vos personnages sont des hommes   ». Pour moi, les femmes flottent à distance dans une société structurée par les hommes. Ce recul les rend plus à même de discerner l’absurde et le dérisoire. Dans ce décryptage distancié, mon regard est féminin, mais je ne suis pas toujours perçue ainsi. Comme mes films sont exempts de sentimentalisme, 78

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© Imagine China

Née en 59 à Pékin, diplômée de l’Académie du cinéma, Ning Ying fait partie avec Chen Kaige et Zhang Yimou de la prestigieuse promotion 82. Elle tourne dans les années 90 sa « trilogie de Pékin » qui lui vaut une reconnaissance internationale. En 2005, elle signe avec Perpetual Motion un huis clos de femmes affranchies qui balaie tous les clichés machistes enracinés dans les mentalités. Ce film sera même qualifié de « premier film féministe chinois ».

Ning Ying à l’Académie du cinéma de Pékin face aux étudiants 宁瀛在电影学院与学生们在一起

on croit souvent que je suis un homme. Inconsciemment, un réalisateur profond, réfléchi, ne peut être qu’un homme. Les femmes ne sauraient que faire pleurer… Plus d’un critique de cinéma a été décontenancé en me rencontrant ! C. : Qu’est ce qui vous a amené à vous pencher sur un univers strictement féminin avec Perpetual Motion ? N. Y. : Je m’interrogeais sur le nouveau visage de la Chine urbaine. Le dévelop-

pement des villes a été phénoménal dans les années 2000. Le style de vie des élites s’est raffiné et internationalisé. Mais le plus remarquable c’est que nul ne se penche sur son passé, la société ne fait pas face à sa propre histoire. Le gouvernement n’a pas du tout envie que les gens se posent des questions sur le passé proche, la Révolution culturelle par exemple. Alors il impose insidieusement aux citoyens chinois de regarder vers l’avant, de se concentrer sur l’argent. Un voile simplificateur est jeté


FEMMES CHINOISES

中国女性

C. : Alors pourquoi des femmes ? N. Y. : J’ai beaucoup séjourné à l’étranger et côtoyé des femmes de tous horizons. Les Chinoises sont les plus impressionnantes ! Elles ont vécu en quelques décennies ce que les Occidentales ont traversé en plusieurs siècles ! Nos mères sont les premières révolutionnaires de Chine dans les années 30 : une avancée féministe radicale dans la société féodale. Les femmes de Chine ont subi une oppression continuelle, jusque dans leur chair. Vous imaginez les pieds bandés ? Ces femmes mutilées devaient néanmoins travailler, faire des enfants, les éduquer, servir leur homme : seules les plus fortes pouvaient survivre. Ce n’est peut-être pas très rationnel, mais je ressens profondément qu’il y a eu une sélection naturelle. Les femmes de mon film ont été élevées par ces premières révolutionnaires dans le dénuement des années Mao et sans contact avec l’étranger. Ensuite tout a changé très rapidement, elles ont pu étudier en Occident et revenir saisir les opportunités économiques : vous imaginez les changements en une seule vie ? Pour les hommes, ce n’est pas comparable, parce que l’homme chinois a de tout temps été le maître. Les femmes, elles, sont passées de la société féodale, la révolution, le communisme pour se retrouver aujourd’hui dans un cadre très libéral. L’accès soudain aux richesses a aussi libéré une force inouïe. Regardez

© Imagine China

sur une situation psycho-sociale complexe : c’est malsain. Personne n’ose affronter toutes ces blessures enfouies, des blessures d’une vie.. J’ai voulu gratter le vernis de la réussite des pionniers de cette société et pénétrer dans leur intimité.

Extrait de Perpetual Motion

电影《无穷动》剧照

tous ces travailleurs migrants, ils mettent une énergie folle dans le travail. Les femmes de Chine sont encore plus terribles que les hommes en haut des grues ! J’ai voulu décrire des femmes avec un vécu, qui ont fait des choix de vie et réussi brillamment. Les jeunes filles sans personnalité réfléchissent toujours à ce qui plait aux hommes, jamais elles n’auraient eu cette audace. Il me fallait cette maturité de femmes dans leur quarantaine pour recueillir cette liberté, ce naturel de femmes entre elles, aux antipodes de la vision proprette imposée partout. C. : Comment les femmes chinoises ont-elles réagi ? N. Y. : Le débat a été tout de suite enflammé, même entre les femmes. On a beaucoup dit que je haïssais les femmes pour les mettre ainsi à nu. Les femmes fortes, indépendantes, même âgées de 20 ans ont aimé mon film et se sont retrouvées avec beaucoup de bonheur dans ces portraits. Mais les filles effacées n’aiment pas, certaines m’ont dit : « Comment oses-tu montrer des femmes ridées ? ». Pour mon premier film, personne ne m’a demandé comment j’osais filmer des vieilles têtes

de mec, mais pour les femmes on crie au scandale. C. : Et les hommes ? N. Y. : Mon film a été qualifié de « premier film féministe chinois ». En réalité, la liberté sexuelle de ces femmes a terrorisé les hommes, j’ai même entendu  : « Si tu veux épouser une femme, surtout ne regarde pas ce film ! tu deviendrais impuissant ! ». Dans Beijing taxi, les chauffeurs se retrouvent à boire entre eux et parlent crûment de sexe… Cela ne choque personne. Alors pourquoi quelques femmes sèment-elles la panique en suçant des pattes de poulet ? À la sortie du film, j’ai pris la mesure du conservatisme de notre société. Le communisme était égalitaire, on trouvait des femmes dans toutes les professions mais la vision traditionnelle a survécu. Maintenant, la société de consommation doit absolument différencier les sexes pour vendre et elle véhicule une image rétrograde de chinoise douce, jeune et jolie. En plus, la course au rendement conduit les employeurs à préférer les hommes parce qu’ils ne prendront jamais de congés maternité ! Bizarrement, avec la modernité, nous avons régressé. Propos recueillis par Marie Stéphane

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姊妹省份RÉGIONS JUMELLES

Le Jiangsu, nouvelle destination des investisseurs étrangers Sa proximité immédiate avec Shanghai et sa position stratégique dans le bassin du Yangze font du Jiangsu un carrefour logistique particulièrement dynamique. Troisième province chinoise en terme de poids économique après le Guangdong et le Shandong, le Jiangsu bénéficie de nombreux atouts : parcs industriels, maind’oeuvre qualifiée, nombreuses infrastructures. Avec une croissance économique de 13,5%, le Jiangsu représente aujourd’hui pour beaucoup d’investisseurs une alternative de choix à moindre coût. Par la Mission économique de Shanghai

Une puissance industrielle tirée par la proximité de Shanghai Avec 6% de la population chinoise, 10% du PIB national et un PIB par habitant de 2870 € en 2006 (le 5e au rang national), le Jiangsu est la troisième province chinoise en termes économiques. Son développement remarquable est lié notamment à la proximité de Shanghai, le nord de la province restant moins performant. Les performances économiques du Jiangsu sont liées à sa position de carrefour logistique et à son effort massif d’investissement en infrastructures. Les villes de Nankin, la capitale provinciale, et Xuzhou sont des nœuds ferroviaires, notamment entre Shanghai et Pékin, des lignes qui devraient bénéficier des investissements prévus dans la grande vitesse. Le réseau routier (autoroutes, voies rapides, routes nationales) représente plus de 1700 kms. L’axe entre Shanghai et Nankin est cependant souvent saturé, mais 80

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des liaisons directes avec le Zhejiang ont été ouvertes en 2002 et une autoroute entre Shanghai et Changzhou a vu le jour en août 2004. Le pont suspendu de Sutong, reliant Shanghai à Nantong, constitue le plus grand projet de ce type au monde. La province compte

Pékin

Shanghai

Le Jiangsu en chiffres Population : 75 millions d’habitants en 2006 (6% de la population chinoise) Superficie : 102 600 km2 Densité : 730 hab./km2 PIB : 215,5 Milliards € en 2006 PIB par habitant : 2870 € en 2006

sept aéroports et huit ports principaux dont Lianyungang, Nantong, Nankin, Zhangjiagang et Zhenjiang. Les grands projets d’infrastructure dans la région de Shanghai sont une soixantaine et représentent environ 50 milliards d’euros selon la ME. Grenier à blé et parc industriel de premier plan Surnommé « le pays du riz et du poisson », le Jiangsu regorge de plaines fertiles et de réserves en eau douce grâce à un réseau de rivières et de lacs parmi les plus grands du pays. Lieu de prédilection pour l’industrie agroalimentaire, la production de céréales, de vers à soie, de plantes aquatiques et de volailles y est la plus importante de Chine. La production industrielle de la province représente un dixième de la production totale chinoise. Le volume de la valeur ajoutée de l’ensemble industriel a atteint, en 2006, 100 milliards d’euros


江苏

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LE JIANGSU

Le Jiangsu, un des berceaux de l’industrie mécanique chinoise. 江苏省,中国机械制造业的摇篮之一

en augmentation de 21,4%. Les marchés de matières premières y sont développés, sept marchés de gros ayant été mis en place en 1995 dont celui notoire du riz à Wuxi, aujourd’hui le premier de Chine. L’industrie électronique (semi-conducteurs, ordinateurs portables, écrans plats…) et les entreprises de logiciels connaissent également un fort développement. Le Jiangsu rivalise avec Shanghai pour attirer les IDE Les industriels étrangers sont de plus en plus nombreux à sortir du périmètre de Shanghai. Suzhou, qui a dépassé Shanghai en 2006 pour les IDE reçus (plus de 10 000 entreprises étrangères attirées), est une destination privilégiée. Mais des villes de moindre importance voient aussi affluer les capitaux étrangers. Ainsi Wuxi qui, au bord du lac Taihu, est en pleine expansion ou Zhenjiang qui est un pôle de référence pour

les industries du papier, de la chimie, des machines outils et de l’électronique. Le Jiangsu est la seconde province chinoise en terme d’IDE après le Guangdong. A la fin 2006, le stock contractuel s’élevait à 221 milliards d’euros (le montant réalisé atteignant quant à lui 97,5 milliards d’euros). En 2006, un flux de 31 milliards d’euros d’IDE a été enregistré, avec le montant réalisé de 13,9 milliards d’euros. Le Jiangsu recense près de 34 000 entreprises étrangères ou à capitaux sino-étrangers, les premiers investisseurs de la province étant asiatiques. La province qui compte sept zones à statut spécial bénéficie de modalités et de coûts d’implantation avantageux. Le commerce extérieur n’est pas en reste, il a connu une augmentation de 24 % en 2006 par rapport à 2005, atteignant un montant total de 227 milliards d’euros. Les entreprises du Jiangsu se sont rapidement internationalisées.

Si le groupe d’éléctronique Panda, certainement le plus important de la province, n’a pas encore investi en France, Chun-lan (électroménager) est implanté à Paris, Sanmao (textile) y a ouvert une boutique de luxe et Shinco (électronique) dispose d’un réseau de détail dans l’hexagone. Une présence française encore modeste, malgré quelques succès En 2005, la valeur du volume des échanges commerciaux entre la province du Jiangsu et la France a atteint un montant total de 2,05 milliard d’euros, en hausse de 16% par rapport à 2004. Ce commerce bilatéral est largement excédentaire pour le Jiangsu : 1,55 milliard d’euros provenant d’exportations et 497 millions d’euros provenant d’importations. 443 projets français ont été approuvés pour un stock contractuel de 1,42 milliard d’euros et un montant réalisé Connexions / mars-avril 2008 81


de 920 millions d’euros, ce qui place la France au 13e rang des pays investisseurs étrangers. Néanmoins, les entreprises françaises sont de plus en plus nombreuses à choisir le Jiangsu pour leur implantation. La province représente leur second choix après Shanghai dans le delta du Yangze, avec environ 100 implantations industrielles et bureaux de représentation (6,5 % des implantations françaises en Chine), sans compter les nombreux investissements effectués par la diaspora chinoise installée en France originaire de la Province. En 2005, le flux des investissements français a atteint un montant de 236 millions d’euros au travers de 62 projets. Les investissements français sont plutot concentrés dans le Sud de la province, à proximité de Shanghai. Les entreprises françaises ont compris combien la province constituait, à proximité de Shanghai, une alternative de choix et à coût réduit. Elles entendent profiter de la qualité et des avantages des parcs industriels mis en place et de la main-d’œuvre qualifiée. L’université de Nankin est un pôle d’excellence national et l’enseignement technique est particulièrement développé, notamment à Changzhou réputé pour ses formations en chimie et en mécanique. Par ailleurs, les entreprises françaises participent activement au développement urbain et à l’amélioration de l’environnement des grandes municipalités. La première ligne de métro de Nankin a été attribuée en avril 2002 à Alstom et les architectes français sont bien placés. Arep a participé au design de la nouvelle gare de Nanjing, le cabinet Rolland a remporté le concours du stade de Suzhou et dispose de références en tours de bureaux à Nanjing, enfin Architecture Studio a remporté un projet de logements ouvriers à Nantong. Des exemples de réussite qui pourraient se multiplier rapidement.

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姊妹省份RÉGIONS JUMELLES

Travail en salle blanche pour l’ultra-propreté 在超清洁净化间内工作

Cartolux L’emballage à portée de main

O

uver t u re du site Ca r tolu xSuzhou : le 8 août 2006. Superstition ? Plus que la date, la localisation était déterminante pour l’entreprise familiale spécialisée dans l’emballage médical. Ainsi s’est-elle installée dans une zone industrielle de 400 km2 du Jiangsu, aux côtés de L’Oréal, Alcan et Philips notamment. La proximité de ces grands groupes français, clients potentiels, et la qualité des infrastructures confortaient la PME dans son choix. François Berry, dont le grand-père avait créé CartoluxThiers en 1927, est Président de Cartolux-Suzhou dont le chiffre d’affaires atteind aujourd’hui 300 000 euros. Il envisage l’avenir avec optimisme : « la zone était un no man’s land quand on est arrivé, aujourd’hui il n’y a plus de place ! Et beaucoup de sociétés du secteur médical se sont installées ». La PME cherchait l’emplacement idéal pour sa première implantation à l’étranger. L’entrepreneur français s’est associé à un médecin chinois rencontré en France pour exporter sa haute technicité en plasturgie et son savoir-faire en matière d’ultra-propreté. Après avoir prospecté

dans plus de 10 provinces, pour servir un marché chinois qui bénéficie d’une croissance annuelle de 30 %, Suzhou est apparu comme le meilleur choix. « Sa situation fut déterminante. La ville est située à 80 km de Shanghai. Une autoroute la relie à la capitale économique chinoise, d’où il est aisé de rejoindre Paris. Le terrain était deux fois moins cher que ceux de Shanghai ou de Pékin. Et avec 6 millions d’habitants, la ville peut néanmoins offrir une main-d’œuvre qualifiée », explique l’entrepreneur français. Séduites par les technologies de pointe en matière de santé, les autorités locales avaient promis à l’entreprise des exonérations de taxes sur l’importation de matériel. Mais il en a été autrement : « Les autorités douanières ont finalement refusé de reconnaître le caractère technologique de nos produits. Si bien que nous n’avons jamais bénéficié des abattements que la région nous avait promis, et le coût d’installation s’est avéré supérieur au budget prévu », raconte François Berry. C’est son seul regret. Camille Foucard


LE JIANGSU

江苏

Lacmé Dafeng Une mécanique bien rodée

L

acmé, spécialiste dans la manufacture de compresseurs d’air, est installé à Dafeng. Située à 250 Km au nord de Shanghai, cette implantation ne doit rien au hasard… Cette ville moyenne du Jiangsu est un des berceaux de la mécanique chinoise ! Dès 1994, l’entreprise met le pied en Chine grâce à une joint-venture dans laquelle elle reste cependant minoritaire. En 2000, elle devient plus offensive en créant sa propre usine dont elle détient aujourd’hui 90% des parts. Cette filiale n’a pas pour but de servir un marché chinois où la concurrence locale est vive. Lacmé Dafeng fabrique en Chine les pièces de ses compresseurs qui sont ensuite envoyées en France pour être assemblées sur le site sarthois. Le marché français

est la première cible de Lacmé, mais l’entreprise qui affiche un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros a également des clients au Canada et aux Etats-Unis, en Amérique du sud et en Nouvelle-Zélande... Dafeng a convaincu la PME par sa culture mécanique, ses sources d’approvisionnements (composants et matières premières) et le niveau de compétences de ses techniciens et ingénieurs. Ce choix n’était pourtant pas évident. Selon Marc Bouilloud, le président directeur général : il est souvent plus facile pour les entrepreneurs étrangers de choisir une grande ville, plus cosmopolite et accessible. Mais, il ne regrette pas : « Nos employés partent beaucoup moins facilement que ceux des grandes villes, puisque l’offre reste limitée à Dafeng

où il y a bien moins d’entreprises. On a donc un turn-over très faible, ce qui permet de prendre le temps de former notre personnel, même s’il existe déjà à Dafeng une main-d’œuvre qualifiée dans le domaine mécanique. » Pour lui, si cette implantation a été possible c’est avant tout grâce à la formule du VIE (Volontariat International en Entreprise). « Une PME n’a pas toujours les moyens, au départ, d’envoyer de France un expatrié. Ce système de VIE nous a permis de lancer sans trop de frais notre filiale chinoise. » Celleci emploie aujourd’hui soixante-quinze personnes dont un expatrié et toujours un VIE ! C. F.

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姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES Parallels Translation Traduire à Suzhou n 2004, Pascal Medeville créé sa société de service de traduction Parallels pour répondre aux exigences de qualité des entreprises internationales. Il a choisi celle surnommée « la Venise de l’Orient » parce qu’il y fait bon vivre ! Certes, les coûts y sont moins élevés qu’à Shanghai, mais avec des traducteurs aux quatre coins de la Chine et de l’Asie, le choix du lieu n’avait que peu d’importance… Lui-même traducteur indépendant, il découvre la Chine en 1989. Aujourd’hui, il emploie cinq personnes dans ses bureaux de Suzhou — du personnel administratif et une relectrice pour le chinois —, et travaille avec un réseau de professionnels free-lance qualifiés qui traduisent dans leur langue maternelle. En Chine bien sûr — jusqu’en Mandchourie —, mais aussi en Thaïlande, au Japon et partout en Asie puisqu’il propose toutes les combinaisons de traduction : du français, ou de l’anglais, vers n’importe quelle langue asiatique. A l’heure d’Internet, ce sinophile a choisi la ville qu’il affectionnait. Loyers et salaires à prix raisonnables ont conforté sa décision. Enfin, « La ville est très agréable, et les gens de Suzhou sont, à mon avis, plus sympathiques que ceux de Shanghai ! » dit-il. Pour Pascal Medeville, « il existe une concurrence locale chinoise qui propose des prix bien moins élevés ». Mais membre de la Ligue européenne des Traducteurs, et agence certifiée ISO-9001-2000, Parallels apporte aux entreprises travaillant avec la Chine et l’Asie un service de traduction d’un niveau de qualité conforme aux exigences internationales. 80% de ses clients sont d’ailleurs hors de Chine. C. F.

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Jardin de l’Humble Administrateur Suzhou

苏州拙政园

Paysages d’eau et jardins de lettrés Air, eau, terrain humide et plat, le Jiangsu est la terre idéale pour cultiver son jardin

A

ucune province de Chine ne possède autant de rivières, de canaux, de lacs d’eaux douces que la province du Jiangsu, située dans le delta du fleuve Yangtze. Traversée par le Grand Canal qui a relié définitivement au XVIe siècle les plaines fertiles de la région avec les anciennes capitales du Nord, Luoyang et Changan (Xian aujourd’hui), le Jiangsu a toujours été un état prospère et comme « terre du riz et du poisson », a nourri toute la population chinoise. Aujourd’hui, la province est devenue l’une des plus riches de

Chine, avec une industrialisation poussée de produits manufacturés, de textiles (la soie) et de produits électroniques. Le Jiangsu a joué un rôle très important au niveau politique comme économique dans l’histoire de la Chine. Sa capitale Nankin a servi plusieurs fois comme capitale du pays, depuis l’époque des Trois Royaumes (229-265) sous les Wu jusqu’à la période du Kuomingdang, avant la Chine communiste. La province fut aussi le cadre des moments les plus humiliants pour le pays, comme la signature du premier des traités inégaux (suivant la première guerre de l’Opium), la révolte des Taiping et l’occupation japonaise avec « le viol de Nankin » en 1937. En dépit de ses troubles politiques, le Jiangsu a maintenu


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LE JIANGSU - TOURISME

Jardin du Maitre des Filets Suzhou

苏州网师园

sa longue réputation d’être un Etat riche et raffiné où sont venus s’installer mandarins, riches marchands, poètes et artistes en quête de paysages naturels et d’espaces verts. Terre privilégiée des jardins de lettrés, la région possède l’air, l’eau, le terrain humide et plat qui se prêtent à merveille à la création des jardins paysagés chinois. Ceux-ci sont tout à la fois un lieu de vie et de divertissement dans lequel on se plaît à flâner et un lieu « magique   », un cosmos miniature dans lequel on cherche à recréer l’image d’une nature idéale pour célébrer l’harmonie entre le Ciel et l’Homme, propre aux philosophies confucéenne et taoïste. Produits d’un véritable « usinage », les jardins du Jiangsu sont composés de montagnes, sous forme de rocailles venues du lac de Taihu, de canaux creusés à trois mètres de profondeur tellement le sous-sol est gorgé d’eau, de fleurs, d‘arbres d’espèces variées, de bambous, de

ponts et pavillons, respectant les parfaits principes du Feng shui. Qui ne connaît pas les superbes jardins de Suzhou, la « Venise de l’Orient », révélée par Marco Polo qui vantait la qualité de sa soie ? Les lettrés fatigués par les agitations politiques des capitales du Nord venaient se réfugier et méditer dans les petits jardins clos, tandis que les riches marchands affichaient leur réussite sociale en créant de vastes parcs somptueux. Aux XVIe-XVIIIe siècles, période d’or du paysagisme, la ville comptait 200 jardins privés. Inscrits sur la liste du Patrimoine mondiale de l’Unesco, les jardins du « Maitre des Filets » (Wangshiyuan), de la « Politique des Simples ou de « l’Humble Administrateur » (Zhuozhengyuan), de « l’Attardez-vous » (Liuyuan) et de « la villa de la Montagne étreinte de Beauté » (Huan Xiu Shan Zhuang) sont les plus visités par les touristes. Evitez d’y aller le matin. Prenez

江苏旅游

le temps de découvrir à travers les petites ruelles, les jardins moins connus de « l’Harmonie » (Yiyuan), du « Pavillon des Vagues » (Cang Lang Ting) ou du « Bosquet du Lion » (Shizilinyuan). Un jardin se découvre lentement ; à chaque pas, on change de paysage, on regarde un tableau. Il n’y a pas un angle mort. Pour éviter l’impression de monotonie et de répétition, le maitre jardinier a érigé des parois percées de fenêtres sculptées, qui divisent le jardin en plusieurs unités sans pour autant obstruer la vue. Le succès touristique de Suzhou ne doit pas éclipser cependant les autres villes du Jiangsu qui possèdent des jardins fabuleux, encore intacts pleins de naturel et de poésie. A Wuxi, le jardin Ming du « Contentement Pressenti » (Jichangyuan) est trop souvent oublié des circuits touristiques ; à Yangzhou, ancien centre économique du Bas Yangzi, chargé de 2 480 ans d’histoire, les jardins Shouxihu Gongyuan, Geyuan et Heyuan sont intéressants, organisés dans le style classique de l’époque Tang. Sur la rive nord de Changjiang, dans quelques villes moins connues, comme Changzhou et Taizhou, on peut voir quelques jardins restés en état (mal entretenus mais charmants) ou récemment restaurés. A découvrir aussi Zhouzhuang et Tongli, villes d’eau très anciennes qui regroupaient quelques familles entourées de leur clan. Les maisons traditionnelles ont été très bien conservées et les nombreux jardins clos sont absolument charmants. Le jardin de Tuisiyuan de Tongli vaut vraiment le détour. Comme les habitants de ces bourgades, prenez une barque et sillonnez à travers les multiples canaux et paysages d’eau. Dans le Jiangsu, l’eau rythme le cours de la vie. Véronique d’Antras

Connexions / mars-avril 2008 85


© S. Sauvignier

聚焦法国 RÉGIONS JUMELLES

勃艮第运河

Canal de Bourgogne

勃艮第大区 勃艮第是一个让人的精神和感官都能得到满足的地方。在精神方面,它是历史上多 次重要宗教改革的策源地,只要到韦泽莱(Vézelay)、克吕尼(Cluny)和帕赖勒莫尼亚 (Paray-le-Monial)等地看一看就可以清楚地了解这一点。在感官满足方面,则需到科 多尔地区去走一遭,那里可以提供包括名酒在内的多种享受。

在这块自诩为西方世界脊梁的土地上,来访者会有众多美妙的发现。它的北部7条山谷呈扇形分布,并一直 延伸到Morvan的深处,山谷被茂密的林木覆盖,呈现一派神秘的色彩。它的南部,透过一系列壁立的山峰、 大片的葡萄园和索恩河谷的迷雾, 可以看到汝拉山脉和欧洲的最高峰——勃朗峰。立足于高地上,不用移 动脚步就可以放眼观望全法国不同地域各具特色的风景。― Henri Vincenot, Par monts et par lettres 本版文章版权专有。未经米其林事先书面许可,任何个人或企业不得以复制、转载(包括网上转载)或其他任何方式使用其中的任何内容(包 括文字和图片)。米其林保留对任何未经授权的使用追究法律责任的权利。如需转载或发现文章中有不妥之处或有任何意见和建议,请发 电子邮件至: jennifer.kong@michelin.com.cn

86

Connexions / mars-avril 2008 

本专栏内容由米其林旅游出版公司提供


BOURGOGNE 大区首府第戎(Dijon) 尽管勃艮第大公们在这里生活的时间并

勃艮第大区

世界上最优质的葡萄园之一。站到科多尔 以南的Sène山上,

地区简介:

着大片优质葡萄园的

不长,可是第戎还是从他们那里承袭了相

景色尽收眼底。葡萄都长在东向的山坡

当的尊贵气质。今天的第戎在完好地保持

上,科多尔的名字Côte d’Or 就来自于法

着传统魅力的同时,也获得了新的发展,

语的“东坡”(Côte d’Orient)。 Côte de

吸引着越来越多的家庭和高校学生到这

BOURGOGNE

Nuits公路从这一系列山丘之间穿过,将

座城市来学习和居住,欣赏它美丽的市

Chenôve、Gevrey-Chambertin等诸多葡

容,享受它舒适的生活。在公爵宫附近分

萄种植重镇连接在一起,让人很容易想到

布着铁匠铺街(rue des Forges)等多条热

在那里一定能吃到美味佳肴。

闹的步行街,木筋墙民居和石头建造的豪 华旅馆在其间比肩而立。 公爵宫 公爵宫是第戎市遗产的标志,虽然年代久 远却始终保持着它的特色。现今它是一座 美术馆,位列法国最大的美术馆之一,因 此参观这座宫殿具有历史和文化的双重 意义。此宫的卫士厅(salle des Gardes)最 为著名。该厅原是Charles le Téméraire大

面积:31 582 km2 人口:约170万 包括四个省: 科多尔(Côte d’Or)、 涅夫勒(Nièvre)、 索恩—卢瓦尔(Saône et Loire)、 约讷(Yonne)。 旅游局网址: www.tourismebourgogne.com (所有信息均已译成汉语)

雕刻着一组身着丧服的人物,刻工精细, 风格写实。

宗教的圣地

不仅仅是靠它的葡萄闻名于世,它的艺术 也享有广泛声誉。博讷的老城里建有8座 坚固的碉楼,还围有长达两公里的城墙, 保护着城市本身和城里大量的酒窖不受 战事的干扰。老城区里有一座被称为“克 吕���的女儿”的圣母院。这是一座罗马教 堂,里面藏有一个宝贝,是一幅名为《圣 本城的艺术从中世纪风格向文艺复兴风

的墓地,Philippe le Hardi、Jean sans Peur 陈放棺木的石台上嵌有一块大理石,上面

虽然被环保在大片的葡萄园之中,博讷可

母的生命》的挂毯,它的织造工艺反映了

公大排筵宴的地方,后来被改作其继承人 和Marguerite de Bavière都葬在这里。在

博讷(Beaune)

格的演变。不过要看到这件宝物,得转到 德莱娜大教堂(basilique  Ste-Marie-

主祭坛的后面才行。

Madeleine),它原是一座修道院,也是勃 艮第罗马建筑的典范,大门上的装饰表现

勃艮第的烹调

的是耶稣在升天之前嘱托使徒们广传福

在第戎国际博览会上名声大噪的法国烹

音的情景。

调,始终坚持既要有好菜也要有好酒的传 统。勃艮第的烹调更是历史悠久,在罗马

克吕尼(Cluny) 克吕尼在很长时间里曾拥有最大的基督教

丰特奈(Fontenay)

高卢时期就已经形成,在大公时期达到了

教会,在中世纪时对西方的宗教、文化、

丰特奈位于一条植被葱茏宁静安谧的山

顶峰。

政治和艺术都具有重要影响。遗憾的是

谷之中,是一处典型的12世纪西都会修道

法国大革命中断了这一辉煌,今天人们只

院,在高大的围墙之内,一切都那么平衡

菜品

能靠发挥自己的想象来重温克吕尼修道院

和谐,让人神静心宁。修道院被称为“克

在勃艮第人的餐桌上,蜗牛是必不可少的

(abbaye de Cluny)18世纪的盛况。

莱尔沃修道院的次女”(克莱尔沃修道院

佳肴。烹制方法是将拌上大蒜和黄油之后

是圣贝尔纳创建的西读会修道院),受到

的蜗牛肉重新填回蜗牛壳里,再放进锅

韦泽莱(Vézelay)

很好的保护和维修,充分体现了圣贝尔纳

里文火慢炖。在肉类方面,勃艮第有享有

韦泽莱位于Morvan附近一座植被繁茂的

所追寻的修道院式的简单与朴素。有句谚

盛誉的夏尔罗(charolais)牛肉和布雷斯

小丘上,也是朝圣地之一。它的宗教氛围

语说得好: “丰特奈修道院的院子,人越

(Bresse)家禽。

是如此厚重,人们一走到这座“永恒的

多越空。”

想要给菜调味吗?第戎的芥末是绝好的调 料。用第戎芥末烹制的兔肉就是证明。再

山丘”附近,就觉得能感受的圣灵的气 息。12世纪圣贝尔纳就是在这里发表了

勃艮第的葡萄园

有就是用葡萄酒调配的各种调味汁,尤以

震撼人心的第二次十字军东征宣言;今天

科多尔

红酒沙司为最。这些芳香扑鼻口感细腻的

这里还依然屹立着宏伟的圣玛利亚—马

科多尔的葡萄园从第戎向周边扩展,是

沙司尤其可以增加鱼类和蛋类菜肴

•••

Connexions / mars-avril 2008 87


聚焦法国 RÉGIONS JUMELLES

永恒之丘上的韦泽莱 Vezelay

老修道院的前廊 Narthex de l’ancienne Abbaye

•••的口味。以白葡萄酒为主料调配的

酸辣沙司,则最适合烹制煎带骨火腿。用

面粉仓库内 Salle haute du Farinier

三个旅游热点

沙布利的白葡萄酒烹制的火腿因风味别 具,以“沙布利火腿”为名享誉法国。还有 其他许多勃艮第名菜比如红酒焖公鸡和 勃艮第炖牛肉等都是因为有了葡萄酒才如

L’Hôtel-Dieu L’Hôtel-Dieu是博讷众多福利院中的一座,一直运行到1971年。这是一座漂

此美味。尤其要说的是勃艮第炖牛肉,它

亮的中世纪建筑,它的迎宾院更是精美,既豪华又隐秘。院内所有的屋顶都

是将牛肉、猪油和洋葱一起入锅加红酒

铺着彩色琉璃瓦,座座小塔点缀其间,整体气氛令人愉悦。院内的大堂叫做

用小火慢炖,出锅的牛肉香气扑鼻入口即

chambre  des  pôvres,里面红色帷幔下面是一张连着一张的床,还有一尊高

化,是家庭餐桌上最受欢迎的菜品。

达1.76米的耶稣坐像。一想到当年仁爱修会的女修士们在耶稣的注视下忙

勃艮第地区还盛产气味芳香的蘑菇,这

碌着为被收容的人员服务,不由人不心生感动。在多折画屏厅里陈列着范·德

里的牛肝菌、羊肚菌和鸡油菌的品质都很

尔·魏登(Rogier  Van  der  Weyden)于15世纪画就的弗拉芒艺术杰作《最

好, 可是因为有勃艮第块菰的存在,它们的

后的审判》。画中的人物表情细腻真实,各种细节描绘精准,令人印象深刻。

名气都被淹没了。勃艮第的块菰口味及其

约 讷 省的 首府 欧 塞 尔(Au xer re)的足球队相当著名,队名叫欧 塞 尔青

独特,它有一种浓重的胡桃香,与任何菜

年足协队( A ssociation  Jeunesse  Auxerroise) ,曾多次夺 得 全法冠军。

品搭配都会锦上添花。 干酪

Guédelon

好酒呼唤 美味的奶酪。在勃艮 第产的

要在21世纪建造一座封建时代风格的城堡,这想法真可谓独出心裁。尽管大

奶酪中,山羊奶酪bouton-de-culotte和

家都觉得不可思议,可这座城堡却确确实实地在一天天长高!  Guédelon的

trappiste是其中的佼佼者。Cîteaux和

这项中世纪工程将于2025年完成。在中世纪研究专家的指导之下,工程的“实

saint-florentin则是欧塞尔地区的名品。当

践者”们使用的是13世纪的工具,并且严格按照那时的方法进行建设。他

地出产的soumaintrain和époisses两种软

们自己打铁造工具、搓麻绳、砍伐树木再加工成材……  到那里参观的人都有

皮奶酪在葡萄榨渣中浸洗过,口感浓重。

同样感觉:这既是一间巨大的露天实验室,又是一架被倒拨的时间机器。

甜点 香料蜜饯面包(pain d’épice)是勃艮第很

活跃的宗教中心

有名的甜点,它散发的蜜香和茴香的气味

勃 艮 第 地 面 上 有多 个 始 终 很 活 跃 并 有 所 创 新 的 宗 教 中 心 如 :泰 泽

决不会让你失望。香料蜜饯面包有两种形

(Tai zé)、帕赖勒莫 尼 亚 还有东正教的 Uch o n等。1 9 7 4 年 佛 教 徒也 在

状:一种是硬的,又叫“健康方块”,吃的

La  Boulaye建起了他们的庙宇,这是欧洲最大的佛教活动中心,有11位喇嘛和

时候在上面抹上黄油或果酱;另一种则圆

30余位居士。

而软。香料蜜饯面包经常用果酱作夹心,上 面涂肉冻或蜜饯。由于以前这种甜点是由 88

Connexions / mars-avril 2008 


© S. Sauvignier

BOURGOGNE

勃艮第大区

实用信息

Hôtel Victor Hugo

第戎(DIJON)

地址:23 r. des Fleurs

价格:31/77€

旅游局:

电话:03 80 43 63 45

高雅的当代风格装潢,

地址:34 r. des Forges

电子邮箱:hotel.victor.

菜品富有创新,供选的

电话:03 80 44 11 44

hugo@wanadoo.fr

酒也不错。

网址:www.dijon-

房间:23间

tourisme.com

价格:30.50/50€

住宿

电话:03 80 24 79 41

这是家传统小酒店,房

Grillon

餐饮

间简单安静,服务人员

地址:21 r. Seurre

老圣日尔曼修道院和约讷河河滨

Le Bistrot des Halles

很周到。

电话:03 80 22 44 25

Ancienne abbaye St-Germain et quai de l’Yonne

地址:10 r. Bannelier

修道院的修女做的,所以又叫“小修女”。 第戎 人用黑 茶

子 制 作 糖 果 ,叫

cassissine。在讷韦尔(Nevers),人们常吃 奶油夹心糕点nougatine;而在弗拉维尼 (Flavigny),茴香糖是当地人的最爱。尼

电话:03 80 49 94 15

Hôtel Wilson

wanadoo.fr

价格:16/20€

地址:Pl. Wilson

房间:18 间

这家1900年代装潢的

电话:03 80 66 82 50

价格:52/65€

小饭馆烹制当地特色的

电子邮箱:hotelwilson@

这家娇艳的旅馆把自己

菜肴,也有自创的一些

wanadoo.fr

的房间打扮得像春天一

菜色。

房间:27间

样的明丽,有些家具是

价格:70/88€

用从古董店淘来的。

韦奈的当地甜点的明星要数crapiau,这是 一种以苹果作馅的厚煎饼。 葡萄酒 勃艮第开胃酒中的“代言人”要数基尔酒 (kir),这种酒是用白葡萄酒和黑茶 子酒

电子邮箱:joel.grillon@

Les Deux Fontaines

这个老式“驿站”有优

地址:16 pl. de la

雅的房梁和宜人的光

Hôtel du Parc

République

线,温馨亲切。

地址:13 r. du Golf – 21200 Levernois

地址:03 80 60 86 45 价格:25/30€

博讷(BEAUNE)

电话:03 80 24 63 00

这里的菜品汲取传统

旅游局:

电子邮箱:hotel.

混合配制出来的。皇家基尔酒(kir royal)

烹饪的精华,并通过调

地址:Hôtel-Dieu街1号

le.parc@wanadoo.fr

由普通基尔酒变化而来,是用一种起泡葡

味料的选用和世界其

电话:03 80 26 21 30

这家漂亮的旅馆的外墙

萄酒跟勃艮第微沫香槟或香槟混合而成。

他美食风味的融合加以

网址:www.ot-beaune.fr

被爬山虎布满。老式家

像Chablis、Meursault、Pouilly-Fuissé这

改进。

些干白葡萄酒适合稍微冰镇后饮用,配 吃味道 细腻的海鲜最理想。吃海鲜时 选用带烤榛子味和鲜杏仁味的Puligny-

具、彩色墙纸、怀旧的 餐饮

灯光营造出一种热情温

La Dame d’Aquitaine

Le P’tit Paradis

暖的气氛,

地址:23 pl. Bossuet

地址:25 r. Paradis

电话:03 80 30 45 65

电话:03 80 24 91 00

Hôtel Le Cep

Montrachet也很棒。

价格:18/40€

价格:18/28€

地址:27 r. Maufoux

吃禽 雷等白肉 和 清 淡 的 菜 肴 时,

用餐环境颇有古风。供

制作时下风味的菜肴,

地址:03 80 22 35 48

Chambolle-Musigny、Côtes-de-Beaune、

应地区风味的菜肴,主

带地方特色。供应的酒

电子邮箱:resa@hotel-

要借鉴勃艮第大区和加

产自当地的小酒庄。

cep-beaune.com

Mercurey是最佳的佐餐酒。 然而,食用红肉、野味、牛肝菌、奶酪时配 吃常温下的Chambertin、Côtes-de-Nuits、 Pommard等红葡萄酒, 可谓绝配。

房间:49间

斯科涅地区的特色。 Le Caveau des Arches

价格:125/240€

住宿

地址:10 bd Perpreuil

这是一个别有风格的

Jacquemart

电话:03 80 22 10 37

住所,房间布置充满个

传统的奶油酥饼gougère是品尝上等葡萄

地址:32 r. de la

价格:20/32€

性,几个豪华套房用科

酒的理想佐品。这种以格鲁耶尔干酪为原

Verrerie

供应传统风味菜肴,值

多尔当地的名酒来命

料的鸡蛋松软面团制作的甜点在温热的

电话:03 80 60 09 60

得赞赏。用餐环境是

名。

时候吃味道最佳。

电子邮箱:hotel@hotel-

一个拱顶的石砌地窖,

lejacquemart.fr

精选的法国红酒非常

房间:31间

地道。

在勃艮第,丰盛的宴席通常以marc酒为终 曲。Marc是一种琥珀色、口感浓重的葡萄 酒,是用葡萄榨渣(皮和核)蒸馏、在橡 木桶中陈化而成。

价格:27/59€ 17世纪的建筑,客房有

Jardin des Remparts

小资情调。

地址:10 r. Hôtel-Dieu Connexions / mars-avril 2008 89


文化 CULTURE

Gros plan sur la nouvelle photographie chinoise Le point de vue de deux galeries-clé de Pékin, Three Shadows et Paris-Beijing, sur une discipline artistique en ébullition

D

epuis 2005, les expositions

une photographe japonaise, il fondé et

consacrées à la photographie

inauguré, en juin dernier, le « Three Sha-

contemporaine chinoise se

dows Photograhy Art Center » premier

multiplient à Londres, Paris, Tokyo ou

centre de Chine, entièrement consacré à

New York. L’été dernier, les Rencontres

la photographie et à la video. Située dans

d’Arles lui faisait la part belle avec, no-

le quartier de Caochangdi, la structure

tamment, l’exposition d’œuvres des Frères

en briques grises, signée Ai Weiwei, com-

Gao. En ce moment, c’est le Musée des

prend une grande galerie destinée aux ex-

Beaux-Arts de Houston qui lui rend hom-

positions, une bibliothèque (qui recense

mage. De plus en plus souvent, les noms

le plus grand fonds photographique de

de photographes chinois s’inscrivent aux

Chine), deux bâtiments multimédia et des

catalogues de Sotheby’s, Chritie’s ou Art-

chambres pour accueillir des jeunes pho-

curial, aux côtés de ceux des peintres et

tographes chinois et ceux qui, étrangers,

des sculpteurs. Regards croisés de deux

souhaitent travailler en Chine.

galeristes pékinois sur ce nouvel engouement.

Rong-Rong a voulu créer un espace de travail accessible aux jeunes artistes, une

A quarante ans, Rong-Rong est consi-

revanche sur ses débuts quand il ne lui

déré comme un des pères fondateurs de

était pas possible d’exposer ses œuvres, ni

la nouvelle photographie chinoise, il en

même de payer ses tirages.

est aussi un des réprésentant les plus re-

Pour voir aboutir son projet, le couple

connus à l’étranger. Avec sa femme Inri,

a réuni des fonds privés et investi son ar-

90

Connexions / mars-avril 2008 


摄影

Water City, série « Third Front » de Chen Jiagang. Une des villes du centre de la Chine, où le complexe militaro-industriel a été délocalisé dans les années 60, puis laissé à l’abandon dans les années 80. 陈家刚的作品 《三线·水城》

© DR

© Chen Jiagang

PHOTOGRAPHIE

Three Shadows Photography Art Center 三影堂摄影艺术中心

Connexions / mars-avril 2008 91


© Rong Rong

文化 CULTURE

Rong Rong, 1997 n°3 荣荣,1997年3号

gent personnel. Pour eux, c’est « le bon

le milieu des années 80 pour voir apparaî-

en 1992, il a emménagé dans un quartier

moment » d’ouvrir un tel lieu en Chine et

tre toute une génération de photographes

insalubre « à cause des faibles loyers », et

c’est aussi un devoir d’aîné envers les jeu-

indépendants et la production d’œuvres

s’est retrouvé plongé au cœur de la com-

nes : « Nous sommes à une époque char-

personnelles fortes, en dehors des circuits

munauté artistique avant-gardiste de l’épo-

nière, les collectionneurs privés chinois

et des médias officiels. Le travail quasi-

que. Connue depuis sous le nom « d’East

commencent à s’intéresser à la photo, et

ethnologique de Wu Jialin sur le Yunnan

Village » (Dong cun), photographes et

tout va très vite. Il y a encore six ou sept

fut ainsi le premier à passer les frontières,

performers y vivaient dans une atmosphère

ans, la photo n’était pas considérée comme

grâce notamment à Marc Riboud. Ce cou-

expérimentale extravagante, des scènes qui

un art ici, elle a longtemps souffert d’être

rant de reporters-photographes a donné

sont devenues le sujet même des photos de

un instrument du pouvoir. ».

naissance à des œuvres d’une grande puis-

Rong-Rong et qui ont fait sa réputation à

En tant qu’approche artistique person-

sance, parmi lesquelles les portraits des

l’étranger (séries « East Village » et« Ruin

nelle et moyen de comprendre l’humain,

mineurs du Shandong de Song Chao ou

Pictures »).

la photographie n’a pas une longue tradi-

encore les clichés pris dans les trains par

Il y a six mois, cette « avant-garde »

tion en Chine. De Mao jusqu’au milieu

Wang Fuchung. Les couleurs de ce mouve-

s’exposait pour la première fois à Pékin.

des années 80, elle n’était considérée que

ment sont portées depuis 2003 par la « 798

Rong-Rong qui est à l’initiative de l’évé-

comme un moyen de propagande au ser-

Art Gallery », la première ouverte à Das-

nement raconte avec émotion : «  C’était

vice du pouvoir. Les photographes étaient

hanzi — le quartier artistique de Pékin.

la première fois que nos œuvres pouvaient

« officiels ». Gestuelle, expression et angle

Ce n’est qu’à partir de 1993, que la photo

rencontrer le public chinois ». Intitulée

standardisés ne laissaient aucune place à

a été pensée en tant qu’art à part entière,

« New Photo/Ten Years » — du nom de

l’expression libre, tout projet artistique

au même titre que la peinture.

la revue expérimentale fondée par Rong-

individuel était proscrit. Il a fallu attendre 92

Connexions / mars-avril 2008 

Quand Rong-Rong est arrivé à Pékin

Rong et le perfomer Liu Zheng en 1996


摄影

© Rong Rong

PHOTOGRAPHIE

Rong Rong, 1997 n°5 荣荣,1997年3号

— cette exposition a réuni certaines de ses

zi. 95% des acheteurs de Paris-Beijing sont

d’écoles d’arts visuels très dynamiques sont

propres œuvres et celles d’amis de l’épo-

de gros collectionneurs internationaux ve-

ouvertes sur la création, les professeurs qui

que. La série de portraits en noir et blanc

nus « faire leur marché », mais aussi des

y enseignent sont d’ailleurs souvent eux-

de Gao Bo où les visages portent tous des

expatriés — les prix pour une première ex-

mêmes des photographes ».

masques stériles cotoyait les photos en

position étant encore abordables à Pékin.

Selon eux, la photo plasticienne chinoise

couleurs de Zheng Guogu prises à Yang

Pour les deux Français, passionnés de

est particulièrement originale et on peut

Jiang, montrant des adolescents en tenue

photo et de Chine, l’effervescence créatri-

parler d’une nouvelle école de photographie

militaire mimant des arrestations avec des

ce, elle, est là et toute une nouvelle géné-

chinoise. « La généralisation de la retouche

armes en plastiques.

ration d’artistes émerge. Depuis 2006, ils

sur ordinateur est une des principales ca-

Du point de vu financier, Three Shadows

se vouent à la découverte et à la promotion

ractéristiques de ce courant et bouleverse

est entièrement indépendant et espère pou-

de nouveaux talents et ils considèrent que

le travail photographique qui s’apparente

voir compter sur le soutien d’institutions

le courant créatif que connaît aujourd’hui

du coup davantage à la peinture  » explique

ou d’entreprises internationales. Le succès

la photo en Chine est à l’image du dyna-

Romain. L’ «’instant photographique » n’a

auprès du public chinois en est encore à ses

misme du pays et de ses changements. Sur

plus tout à fait la même valeur, les scènes et

balbutiements.

les dix expositions qu’ils ont organisées de-

les décors sont posés avant, et une grande

« Nous commençons à voir des clients

puis l’ouverture de leur galerie, neuf ont

partie du travail se fait après .

chinois acquérir les travaux de leurs com-

présenté le travail de nouveaux artistes. Ils

La série « Uprooted » de Ying Yi que l’on

patriotes, mais c’est encore rare. », confir-

sont frappés par le nombre de jeunes pho-

peut voir actuellement à la Paris-Beijing

ment Flore Sassigneux et Roman Degoul,

tographes aujourd’hui en Chine et par la

est très représentative de cette tendance.

les deux jeunes fondateur de de la galerie

qualité des projets qu’ils voient défiler. « Il

Ses villages engloutis dont les rares ha-

« Paris-Beijing Photo Gallery », à Dashan-

y a une émulation très forte ici. Beaucoup

bitants portent des masques et des tubas Connexions / mars-avril 2008 93


文化 CULTURE sont des photos de lieux ayant réellement existé avant le barrage des Trois Gorges,

L’Oeil éclairé de Gilles Sabrié

retravaillées ensuite sur ordinateur pour donner l’impression de monde « sous-

Rencontre avec un photographe français qui a posé ses bagages à

marin ».

Pékin. Découverte de son travail et de « sa Chine ».

A l’autre bout de la chaine, les collec-

mieux » dit Romain Degoul en souriant.

P

Il évoque le cas, encore assez exceptionnel,

grande tradition des photoreporters. Son

Trois Gorges intitulée «175 m » — la hau-

travail documentaire sur la Chine s’expose

teur indiquée par les panneaux annonçant

régulièrement dans les pages de la presse

dans les villages le niveau qu’atteindrait

internationale ou dans les livres, mais c’est

l’eau une fois le barrage en fonctionne-

sur son site et sur son blog, « Un Oeil sur

ment — à celle sur les paysans-ouvriers

la Chine », que l’on peut suivre au plus

de Chengdu partis chercher du travail en

près son oeuvre. Ses photos ont la grâce et

ville, ses photos rendent compte des trans-

la sensibilité de ceux qui inlassablement,

formations en marche et de vies bouscu-

traquent l’Humain.

lées. Souvent, un détail attire particulière-

pel : « Le marché de la photo chinoise se porte plutôt bien et s’exporte de mieux en

de la vente pour 100 000 dollars chez Sotheby’s de Commercial War de Wan Qingsong, une photo représentant des hommes et des femmes collant frénétiquement des affiches publicitaires sur un mur gigantesque. Récemment encore, un grand format de Chen Jiagang a été vendu aux enchères à New York pour 37 000 dollars. Sa stupéfiante série « Third Line », photos de villes industrielles triomphantes dans les années 60, depuis désertées, oubliées et devenues fantômatiques, a été présentée à la ParisBeijing. « C’est un des artistes dont la côte grimpe beaucoup » disent-ils en cœur. Flore et Romain ont de nouveaux projets. Ils inaugureront le 26 avril prochain et en présence de Marc Riboud un nouvel espace de 400m 2 , toujours à Dashanzi, qui sera plus spécifiquement consacré aux photographes confirmés. Ils veulent aussi s’engager plus ardemment dans la promotion des photographes chinois à l’étranger et les présenter dans des foires internationales. La découverte de nouveaux talents, l’intérêt croissant des étrangers et l’émergence d’un marché local laissent présager que la photo chinoise a de beaux jours devant

elle.

Sophie Lavergne www.threeshadows.cn support@threeshadows.cn www.parisbeijingphotogallery.com

94

Connexions / mars-avril 2008 

hotographe indépendant installé

ter en direct à l’Histoire, d’être un témoin

à Pékin depuis plusieurs années,

extérieur de l’Histoire en train de se faire ».

Gilles Sabrié s’inscrit dans la

De sa série d’instantanés sur le barrage des

Son premier voyage en Chine, c’était

ment l’attention et interroge le spectateur.

en 1995 : « J’avais décidé de rallier Paris à

Sur une photo d’une rue en démolition de

Bangkok par tous les moyens

la série « Shanghai transit »,

de locomotion, sauf l’avion.

l’oeil va d’abord droit vers

La Chine était sur ma route,

la lumière, sur les maisons

j’y suis resté deux mois et

encore debout au milieu des

demi, de la Mongolie inté-

gravats et des briques, puis,

rieure à la frontière vietna-

sur la droite, vers la vieille

mienne.» Il dit cela un peu

dame sur le pas de sa porte.

comme si c’était le hasard

Elle regarde intensément ce

ou la nécessité de son périple

qui fut la maison de son voi© DR

tionneurs internationaux répondent à l’ap-

qui l’avaient conduit là. Il n’a pas pris beaucoup de photos

Gilles Sabrié 吉乐

sin, elle a une bassine et une éponge à la main. Vient-elle

pendant ce séjour, mais il est revenu, ré-

de finir sa vaisselle ? Elle habite donc enco-

gulièrement, à Pékin et ailleurs, pour des

re là. Refuse-t-elle de quitter sa maison ou

amis : « Mon désir de photographier la

continue-t-elle à faire comme d’habitude

Chine s’est construit petit à petit, je venais

pour conjurer le mauvais sort ? A travers la

de plus en plus souvent et finalement j’ai

petite histoire et les vies minuscules, c’est

décidé de m’arrêter ici et d’y travailler. »

la grande Histoire qui se raconte.

Gilles Sabrié a d’abord été conseil en

Gilles Sabrié rapporte que, quand il tra-

stratégie pour les chaînes de télévision du

vaille, il est fréquemment interpellé par

monde entier avant de se consacrer entiè-

des passants qui l’interrogent sur le sens de

rement à sa passion. Aujourd’hui il définit

ses photos et qui réagissent avec crainte sur

son travail en Chine comme du « pho-

l’image qu’il va donner de leur pays. Il in-

tojournalisme » et du « photodocumen-

voque alors ses propres goûts : « Moi j’aime

taire ». Il s’explique : « Ici tout est comme

les lumières entre chien et loup, les zones

condensé, les bouleversements socio-éco-

de frontières, de passage, de transition et

nomiques sont d’une telle rapidité et d’une

de transgression, ce n’est pas particulier à

telle ampleur qu’on a le sentiment d’assis-

la Chine ». Nomades, hommes et femmes


摄影

© Gilles SABRIÉ

PHOTOGRAPHIE

Partie de billard entre moines, à Litang, en pays Kham (ex-Tibet oriental). 康区,原西藏东部,现包括西藏昌都、四川甘孜、青海玉树和云南迪庆的藏族地 区的丽唐(音译),僧侣们在打台球

en transit, arrachés à leur terre, moments

nous flattons pas d’assimiler les mœurs,

beauté troublante et presque hallucinée,

intermédiaires, avant et après, sont des su-

les races, les nations, les autres ; mais au

où la magnificence des maquillages et des

jets récurrents dans son oeuvre, de l’Ohio

contraire réjouissons-nous de ne le pouvoir

costumes, en contraste avec la dureté en-

à Tokyo, en passant par l’Anhui.

jamais ; nous réservant ainsi la perdurabi-

vironnante, ressort tantôt sublimée, tantôt

lité de sentir le Divers ».

dérisoire.

Quand on lui demande ce qu’il trouve ici qu’il ne trouverait pas ailleurs, il ré-

Qu’il travaille à la commande ou qu’il

Son blog, conçu comme un journal pho-

pond : « En Chine, j’ai toujours un peu

s’impose des sujets à lui-même, il considère

tographique de Chine est tenu à jour régu-

l’impression d’être un Terrien sur Mars

son appareil photo « comme une excuse,

lièrement. Souvent des textes (Gilles Sabrié

ou un Martien sur Terre. Plus qu’ailleurs,

un prétexte » qu’il utilise pour se mettre

écrit aussi) viennent apporter aux photos

j’éprouve le sentiment que j’aime beaucoup

dans des situations uniques, faire des

une information complémentaire ou un

d’être perdu ». Il sillonne la Chine, ses

rencontres que sans cela il n’aurait jamais

éclairage particulier. Au fil des semaines,

villes, ses campagnes, photographie une

faites et qui lui donnent l’illusion de vivre

au gré de l’actualité, des déplacements,

cours de recréation dans le Guanxi, une

plusieurs vies. Il se met en immersion com-

des envies ou des humeurs de l’auteur, les

partie de billard chez les nomades Khams

plète dans ses sujets pour mieux capter les

splendeurs et les misères du quotidien ap-

des contreforts de l’Himalaya, ou des vi-

instants et les details qui font sens. Quand

paraissent tour à tour. Les archives sont

sages dans le métro de Pékin.

en 2006 il a suivi une troupe d’opéra iti-

classées par date dans un calendrier et il

Mais le pittoresque ne l’intéresse pas.

nérant à travers les villages du Shaanxi, il

suffit d’un « clic » pour remonter le temps.

Sa quête c’est l’Autre, son projet le don-

se souvient qu’ « en sept jours, pas une fois

Tout démarre à Hong-Kong, le 22 mars

ner à voir comme tel. En page d’accueil

[ils] n’[ont] mangé assis. Toujours accrou-

2006, allez-voir…

de son blog, une citation de Victor Sega-

pis dans la rue ou au bord des routes.» Il

www.gsabrie.com

len signale clairement ses intentions « Ne

en a rapporté une série de clichés d’une

• Sophie Lavergne

Connexions / mars-avril 2008 95


读书

Lire

Par Laurent Ballouhey

ROMANS

de ce film. C’est le roman original qui parait aujourd’hui

English. Par Wang Gang, traduit du chinois par Pascale

en français.

Wei-Guinot et Emmanuelle Péchenart. Editions Philippe Picquier 2008, 22 €, 463 pages

Pour qui te prends-tu ? Par Chi Li, traduit du chinois par

L’histoire de ce roman, dont le sous-

Hervé Denès. Editions Actes Sud 2007, 6,50 €, 160 pages

titre pourrait être « le dictionnaire

Lu Wuqiao est l’aîné de trois en-

d’anglais », se déroule à Urumqi,

fants. Divorcé, en situation pré-

capitale régionale du Xinjiang, à

caire, il trouve un emploi dans un

l’ouest du pays, dans le cadre d’une

restaurant. Son frère gagne sa vie en

école dont la particularité est qu’on

escroquant les joueurs invétérés. Les

continue à y enseigner l’anglais,

parents ont du mal à se situer dans le

banni du système d’enseignement

monde chinois moderne qui change

dans les années 60-70 de la révolution culturelle. Le

trop vite autour d’eux. Ils vivent

nouveau professeur d’anglais, à l’accent d’Oxford, arrive

dans la nostalgie du régime communiste précédent qui

de Shanghai, et subjugue élèves et collègues en leur ap-

ne bougeait pas mais les rassurait. Un conseil de famille

prenant la prononciation anglaise parfaite, et non son

les réunit tous pour aborder le cas de la sœur abandonnée

équivalent approximatif en phonétique pinyin.

par son mari.

Mais bien vite, le séduisant professeur va se trouver entraîné dans un imbroglio d’intrigues, de calomnies, d’es-

1986. Par Yu Hua, traduit du chinois par Jacqueline

pionnage de la vie privée, mêlant les élèves des deux sexes,

Guyvallet. Editions Actes Sud 2006, 12 €, 89 pages

leurs parents, la direction de l’école, les membres du Parti

1966, la Révolution culturelle éclate en

et de l’Armée. On l’accuse de « mauvaises mœurs »… et

Chine. Un professeur d’histoire tombe

cette accusation coûte cher en Chine.

aux mains des gardes rouges et disparaît. Vingt ans plus tard, la paix est re-

Les triades de Shanghai. Par Bi Feiyu, traduit du chinois

venue et la prospérité occupe les esprits.

par Claude Payen. Editions Philippe Picquier 2007, 19 €,

L’épouse du professeur, remariée, mène

272 pages

une nouvelle vie avec sa fille jusqu’au Avec ce roman, le plus accessible et

moment où l’ombre de son mari revient

le plus séduisant de sa riche palette

planer sur la ville. Un fou, ou un homme jugé comme tel,

romanesque, Bi Feiyu nous fait pas-

se livre au milieu de la foule à des simulacres d’exécution

ser de la campagne profonde durant

capitale et de supplices imaginaires.

la Révolution culturelle ou du Pékin

Le retour du refoulé, la difficulté et le devoir de mémoire,

des années 1980, au Shanghai des

mais aussi la marque indélébile laissée par le mal : tels

années trente et de ses concessions

sont les thèmes abordés dans ce récit poétique et terri-

internationales, ville alors de tous

fiant, bien dans la lignée de l’œuvre de Yu Hua, l’un des

les trafics organisés par les mafias locales que sont les

meilleurs écrivains chinois actuels. Réécriture vision-

« triades ». C’est ce même roman qui avait été adapté au

naire de la Révolution culturelle, exorcisme du mal et

cinéma et porté à l’écran par Zhang Yimou sous le titre

de l’horreur toujours présente dans l’histoire humaine

de Shanghai Triad avec l’actrice Gong Li dans le rôle de

et qui hante la création artistique depuis son origine, ce

Bijou , dite « Mademoiselle » l’héroïne principale. L’édi-

petit roman devrait trouver sa place parmi les classiques

teur Flammarion avait alors publié en 1995 le scénario

de la littérature chinoise.

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Connexions / mars-avril 2008 


图书精选 Coup de cœur Par Anne Garrigue

Baguettes chinoises. Par Xinran. Traduit du chinois par Prune Cornet. Editions Philippe Picquier 2008, 19 € Xinran vit à Londres depuis dix ans. Son ARTS DECORATIFS

premier livre intitulé Chinoises, publié en

Rouge de Chine. Par Jing Sheng, Sheng Huiliu. Editions

français chez Philippe Picquier, racontait

ICI interface–Paris-Shenyang 2007

avec une grande force des destins très durs

Cette étude présente une analyse

de femmes chinoises, dont elle avait pris

historique et culturelle de la cou-

connaissance à travers son émission de

leur rouge en Chine, une couleur

radio « mots sur la brise nocturne » qui,

chargée de symboles positifs de-

pour la première fois en Chine ouvrait librement le micro aux

puis l’antiquité et toujours ac-

auditrices. D’une étudiante à une chiffonnière, d’une fille de

tuelle dans la société chinoise. Ce

général à une femme à la mode, Xinran donnait la parole à

phénomène est retracé à partir de son origine identifiée

ces femmes, usant d’un style précis, imagé, chaleureux pour

sur des sites préhistoriques, que l’on retrouve dans les

rendre compte de vies à la dureté implacable.

tendances les plus modernes du design contemporain.

Dans Baguettes chinoises, Xinran s’attache à trois personnages

Elle était et elle reste pour l’essentiel une expression du

inspirés de rencontres personnelles. Trois sœurs quittent

bonheur dans l’architecture impériale, dans les costumes

leur petit village de l’Anhui au centre-est de la Chine pour

populaires, les papiers découpés ou les lanternes des fêtes

tenter leur chance à Nankin. Xinran retrace avec vivacité

traditionnelles.

l’histoire de ces « baguettes », comme les surnomme leur père désespéré de ne pas avoir de garçons, censés être les

HISTOIRE

« poutres » soutenant la maisonnée. Elle montre comment

La vie quotidienne en Chine à la veille de l’invasion

Trois, Cinq et Six, qui ne sont que des numéros dans leur

mongole (1250-1276). Par Jacques Gernet. Editions Phi-

village, débarquent en ville, y trouvent du travail et y font

lippe Picquier 2008, poche 296, 9,50€, 456 pages

leurs preuves. La première arrange avec talent les légumes

Quand à la f in du XIII siècle,

du jour dans une gargote, la seconde surveille la température

Marco Polo découvre Hangzhou,

de l’eau dans un énorme institut de bains, la troisième, plus

il la décrit avec émerveillement

instruite, reçoit les clients dans une maison de thé pour

comme « la plus grande ville qui

lettrés. Cette fois, le ton de Xinran est plus optimiste au

soit au monde et la plus noble ». Le

risque de tomber dans l’eau de rose. Certes, tout n’est pas

recours à une importante documen-

parfait dans le meilleur des mondes socialistes, mais les «

tation chinoise inédite a permis à

baguettes » parviennent à s’affirmer, rapportant à la fois

l’éminent historien et sinologue,

reconnaissance et argent à leur père qui les estime enfin à

professeur au Collège de France, de reconstituer la vie de

leur juste valeur et surtout à leur mère, à qui elles rendent

cette métropole, capitale des Song du sud. A travers la vie

hommage.

de ses habitants, c’est une étude détaillée et passionnante

La Chine, en s’urbanisant améliore le destin des femmes

de l’évolution de la Chine à la veille de l’invasion mon-

rurales, veut montrer Xinran. Ce faisant, le poids des

gole que nous livre l’auteur. La concentration urbaine et

préjugés reste grand et les petites mains de la révolution

le grand essor économique du pays sous les Song auront

industrielle ne voient pas leur citrouille transformée en

des conséquences profondes et durables sur la société, les

carrosse. La lecture de Baguettes chinoises est recommandée

mœurs, les arts , les lettres et les idées. Mais surtout, loin

à qui veut éprouver, quasi physiquement, la ville de Nankin

du cliché encore trop répandu d’une Chine immuable,

vue à travers le regard naïf et entreprenant de ces jeunes

ce qu’on découvre, avertit l’introduction, ce n’est pas la

paysannes. On glane en chemin mille et une informations sur

continuité, l’immobilisme, mais une suite de violentes

la culture traditionnelle, sur la vie des paysannes et l’on sent

secousses, de bouleversements, de ruptures.

à travers les cinq sens se mêler les deux faces — citadine et

e

rurale — de la Chine d’aujourd’hui. Connexions / mars-avril 2008 97  


读书

Lire

L’armée de l’empereur - Violences et crimes du Japon

Les mots de trop, encore inédite en français, ici minutieu-

en guerre 1937-1945. Par Jean-Louis Margolin. Editions

sement traduite par Wang Xiaoling et commentée par

Armand Colin 2006, 480 pages

Alain Roux.

Ce terrifiant volet de la Seconde

Une grande ambiguïté a toujours entouré le destin de ce

Guerre mondiale en Asie qui dura

grand intellectuel moderne qui présentait lui-même sa

huit ans et toucha 400 millions

vie comme « un malentendu fondamental, celui d’un

d’hommes n’avait jamais fait l’objet

lettré engagé par erreur dans les combats politiques ».

d’une étude approfondie et globale.

Considéré comme un martyr par Pékin, comme « un

Les explications de ce déchaîne-

communiste au cœur tendre » à Taiwan, un traître par

ment de violences par la culture ou

les gardes rouges qui profanèrent sa tombe, enfin réhabi-

le contexte ne tiennent pas. C’est

lité par Deng Xiaoping dans les années 80, cet ouvrage

la conquête d’une armée par l’ultranationalisme, puis la

tente de restituer ce personnage attachant dans sa réalité

conquête intérieure d’un pays par son armée qui sont

contradictoire.

en cause. Au-delà, c’est l’ère du fascisme, du militarisme et le

VOYAGES

triomphe de la brutalité qui trouva au Japon un formi-

Les voyageurs français en Chine aux XVIIe et XVIIIe

dable point d’appui. Ces horreurs des années 1940 restent

siècles. Par Bai Zhimin. Editions L’Harmattan 2007, Re-

encore présentes au cœur des mémoires des années 2000.

cherches asiatiques, 33 €, 415 pages

Pour comprendre les événements du passé et éclairer les

La première rencontre de la France

mentalités d’aujourd’hui, il était indispensable de mettre

avec la Chine est plus ancienne

en lumière ces violences massives et méconnues, ce que

qu’on ne le croyait. Dès 1685, Louis

nous propose ici l’auteur de nombreux ouvrages et spé-

XIV envoie en Chine six mission-

cialiste reconnu de l’Asie du XXe siècle.

naires jésuites parés du titre glorieux mais honorifique de « Mathémati-

Qu Qiubai (1899-1935) « Des mots de trop » (Duoyu

ciens du Roy ». Ceux-ci réussissent

de hua) Autobiographie d’un intellectuel chinois en-

à accéder à la Cour impériale et

gagé. Par Alain Roux et Wang Xiaoling. Editions Peeters

s’initient à la langue et à la culture chinoises. Ils de-

Centre d’Etudes chinoises Louvain 2005, 32 €, 218 pages

viendront les premiers « passeurs » entre Versailles et

Le 18 juin 1935, un homme de 36

le Palais Impérial en transmettant les techniques et le

ans, Qu Qiubai, qui a été un im-

savoir de part et d’autre. Certes, leur prosélytisme reli-

portant dirigeant du parti commu-

gieux sous couvert d’échanges scientifiques n’aura pas

niste chinois et même son secrétaire

les effets espérés, mais il n’empêche que ces Pères jésui-

général de 1927 à 1928, théoricien

tes seront les premiers « médiateurs culturels » entre la

marxiste et écrivain prometteur

France et la Chine, à l’origine même d’une mode et d’un

admiré par Lu Xun, est arrêté par

engouement réciproques. Ces connaissances sur l’Em-

le parti nationaliste au pouvoir et

pire céleste accumulées au fil des ans et transmises en

fusillé dans un village du Fujian. Il meurt dignement

France par le biais d’objets d’art ou de correspondance

après avoir bu un verre d’alcool de riz et chanté l’Interna-

auront une inf luence directe au Siècle des Lumières

tionale qu’il avait lui-même traduite en chinois. Quelques

sur Montesquieu, Voltaire et Leibniz en particulier.

jours avant son exécution, il achevait son autobiographie,

L. B.

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Connexions / mars-avril 2008 



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