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L’islamophobie et sa géographie Kawtar NAJIB

Chercheuse postdoctorante Marie-Curie, School of Geography, Politics and Sociology, Newcastle University, Introduction Les travaux scientifiques portant sur l’islamophobie se sont multipliés ces dernières années, mais peu se focalisent sur sa dimension géographique. En effet, l’islamophobie reste d’un point de vue général d’abord abordée par des sociologues, anthropologues ou politistes. Pourtant, l’espace, et notamment l’espace public, se trouve au centre des préoccupations suscitées par le phénomène de rejet antimusulman. Ainsi, la géographie apparaît comme un acteur privilégié dans l’étude des discriminations religieuses. Et c’est pourquoi je propose ici une analyse des espaces géographiques où se sont produits les actes antimusulmans visant soit des individus soit des institutions, en focalisant principalement sur la région parisienne. La question de la visibilité des populations musulmanes dans l’espace public a pris une grande ampleur dans les débats sociétaux contemporains. Ces débats ne sont effectivement pas nouveaux, ils datent d’une dizaine d’années et ont conduit à la mise en place de lois1 qui interdisent la visibilité des signes religieux dans l’espace public. Il est, bien évidemment, essentiel de pouvoir critiquer les pratiques religieuses et culturelles dans leur globalité, mais cette entreprise politique (Lorcerie, 2005) a entrainé des dérives importantes (stigmatisation des populations musulmanes, rejet antimusulman, actes de discrimination ou de violence…) qui ont un impact direct sur l’espace géographique. En effet, la discrimination antimusulmane décrit des organisations spatiales spécifiques que je tente de dégager en lien avec l’application appropriée ou non de ces lois et la mobilité des principales victimes.

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On retrouve la loi du 15 mars 2004 (impulsée par le hijab) interdisant le port de signes religieux ostensibles dans les établissements d’enseignements publics et la loi du 10 octobre 2010 (impulsée par le niqab) interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Ces lois ont été adoptées au nom du respect de la laïcité, de l’égalité des sexes et de l’émancipation des femmes. Pourtant, il ne s’agit pas de la seule et grande injustice faite aux femmes (très souvent, il ne s’agit pas du tout d’injustice) ; celles-ci étant confrontées à différentes formes d’inégalités. Quant à la laïcité, elle n’a jamais exclus aucune religion mais a, au contraire, toujours protégé les religions minoritaires (Baubérot, 2012).

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Rapport CCIF 2017  
Rapport CCIF 2017  
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