Page 1


One Starry Night (One Last Starry Night)

ClĂŠment Paradis


One starry night‌ Pas mal comme titre hein ?


Je l’ai piqué à quelqu’un d’autre. Ne faites pas cette tête... Quelle importance de toute façon ? La priorité c’était d’accrocher le lecteur, si possible avec un petit côté poético-Romantique... Histoire de vous faire oublier vos vies misérables, le temps que vous ouvriez le livre et que je vous les serve encore, ici, dans mon intérieur. En cette belle période d’avant-guerre, ne comptez pas sur moi pour vous laisser le moindre répit Je ne vous aime pas. Je vous vois tous de ma fenêtre, je vous vois passer votre temps à bouffer, donner votre avis sur tout, vous comporter comme des animaux. La prochaine guerre sera à votre image... Moche. J’ai hâte.


J’ai Hâte d’être après-guerre, hâte de vous voir pleurnicher en disant que vous ne le referez plus. Vous faites tous le temps ça. Je vous connais trop bien !


J’espère que je vivrais au moins pour voir ça... Il n’y a que la fin des temps qui vous calmera. C’est pour ça que je rêve parfois à l’apocalypse... Ça me repose de vous.


C’est à la mode en ce moment la fin des temps. Je ne peux pas nier : j’adhère au concept. Ça me parle. Je le traduis pour vos cerveaux embués : la fin des temps c’est la combinaison de la fin des soldes et du début de rien. Il y a un marketing assez crédible autour de cette idée dans les “médias”. On nous a bien vendu l’idée de fin. C’est bête et hollywoodien, parfait pour vous. Maintenant... peut-on démoder la fin des temps ? Ce serait un tour de passe-passe cosmique impressionnant. Mais peu probable. C’est pour ça que c’est la fin pour vous. A la limite, ce qui risque de se produire, c’est l’inverse : je me demande si vous n’allez pas arriver à louper l’apocalypse. Ça vous pend au nez. Quelle ironie… depuis le temps qu’on attend ça ! Pas mal la fille, non ? Je la connais. Je l’ai croisée dans la rue de la page d’après.


Quel est le rapport ? A la limite, je n’ai pas à me justifier vu l’absurdité ambiante. C’est d’ailleurs ce dont vous allez mourir, très bientôt : les belles choses ont toujours besoin d’une explication pour vous. Vous ne savez plus les accepter pour ce qu’elles sont. Il n’y a que l’immonde que vous preniez pour argent comptant, qui vous apparaisse dans sa logique même. La guerre et la mort ne sont que la suite logique. Il n’y a pas si longtemps, j’ai rêvé que des sphères descendaient du ciel. Tout ça avait déjà un parfum de fin du monde. Les gens ne savaient pas quoi faire. Les sphères non plus d’ailleurs, elles ressemblaient à des boules de bain moussant géantes. Mais les gens se cachaient, prostrés. Tout cela ne pouvait être qu’abomination. Même dans mes rêves, vous vivez dans la peur.


Les images des bombes sur Bagdad sont vos nouvelles Mille et Une Nuits. Vous vivez cernés par des Sultans Shahryar à qui vous n’avez plus rien à raconter. La guerre sera votre nuit étoilée. Quand elle arrivera chez vous, d’où je serai, n’ayez crainte : je n’en manquerai pas une miette.


Le jour où il neigera de la cendre, où il pleuvra du métal en fusion.... Quel spectacle ! Pendant que vos poumons seront brûlés par le souffle des armes de guerre, j’essaierai de vous expliquer pourquoi c’est beau - le concept de tout ça, ce qu’a voulu vous dire l’auteur des bombardements.


J’attendrai bien sûr de vous en retour que vous me citiez les auteurs auxquels cette irruption du sublime fait référence les écrivains, peintres, photographes qui ont si bien dépeint la guerre, en ont fait une chose si belle, si enviable.


Oui, décidément, j’ai hâte. Je ne vais quand même pas passer ma vie à me plaindre comme un ado ? Il est temps. Avant que l’ennui ne me gagne... Avant que je sois définitivement las de vos visages cathodiques. Avant que même le dégoût ne me divertisse plus.


Quand vous aurez disparu... Nous ne serons plus qu’une poignée, j’imagine. Esthètes de la haine repentis, réunis en colloque dans de vieux appartements, à regarder tomber les dernières étincelles de votre passé...


Nous nous promènerons sur les lieux de mémoires d’animaux et de films imaginaires. Nous nous souviendrons de vous, sans nostalgie, comme vous vous souvenez de vos aïeux tyranniques, sans amertume... à la lumière de gouttes de métal encore en suspension, nous évoquerons une hypothétique prochaine aurore pétrochimique...


Et si par miracle cette guerre n’arrivait pas. Si vous veniez à retrouver vos couleurs, a construire cette société dont vous rêvez et qui est l’exact inverse de votre condition d’esclave... Si vous parveniez à faire de ce monde un «monde meilleur»... Je n’en voudrais toujours pas. Inutile de venir me proposer votre compagnie. Inutile de me déranger. Il est hors de question que je participe.


AchevÊ d’imprimer en mars 2012.


One Starry Night  

One starry night - a story about the end times...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you