Page 1

La lettre d’information du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de Loire-Atlantique 1

Edito Le paysage, ou plutôt les paysages, associent depuis toujours étroitement le territoire géographique et l’activité humaine dans une convergence d’évolution et de développement. Ils livrent à notre vision des images qui sont le « reflet » ou le « contour » sans cesse changeants de nos sociétés. Adulés ou rejetés, les paysages demeurent en tout état de cause l’expression de la culture des générations d’acteurs qui les ont façonnés au fil du temps.

Des plaines bocagères au littoral en passant par les zones humides, le Vignoble Nantais et le Val de Loire, les paysages nous rappellent sans cesse que les espaces ruraux et urbains de notre département sont vivants, dynamiques mais aussi fragiles. Respecter le paysage c’est savoir identifier ses composantes comme autant d’éléments de patrimoine à préserver mais c’est aussi le considérer globalement comme un outil de sensibilisation et de dialogue favorisant l’émergence de projets adaptés. Parce qu’il s’impose à notre quotidien, parce qu’il fait partie intégrante de notre cadre de vie, le paysage s’affirme chaque jour davantage comme le vecteur essentiel d’une culture moderne de la gestion et de l’aménagement de nos territoires communaux et intercommunaux.

Cette lettre d’information n°4 du CAUE essentiellement consacrée à ces questions nous incitera, je l’espère, à rester attentifs, curieux et vigilants à propos de l’évolution qualitative des paysages de Loire-Atlantique. Je profite également de l’occasion pour vous souhaiter d’excellentes fêtes de fin d’année et mes meilleurs vœux pour 2004.

4

d écembre 2003

Édito ................................. p. 1 DOSSIER : Dimension(s) paysagère(s)

Les notions du paysage............. p. Profession paysagiste ............... p. Paysage et aménagement du territoire ............................. p. Initiative ............................ p.

Point de vue

2 3 4 5

Paysages en évolution .............. p. 6

Pierre BRASSELET Président du CAUE

Regard ................................ p.7 Actualité du CAUE La documentation / Agenda .. p.8

Sommaire

° n

La Loire-Atlantique peut d’ailleurs s’enorgueillir d’une riche diversité en la matière.


DOSSIER

DIMENSION(S) PAYSAGÈRE(S)

DIMENSION (S) PAYSAGÈRE (S) Le paysage n’est pas un décor, c’est la vérité d’un territoire. (Marc Verdier) Définir en quelques pages la notion de paysage ou les implications de sa prise en compte dans les choix d’aménagement est une tâche impossible. Non que l’idée de paysage soit une notion approximative, mais le terme paysage recouvre, selon le contexte dans lequel il est utilisé et, surtout, selon celui qui l’énonce, des réalités physiques, intellectuelles, professionnelles et émotionnelles très diverses. Les paysages sont l’expression des sociétés, la mémoire de leur passé et le cadre de leur développement. En tant que tels, ils sont le lieu de rencontre et de superposition de toutes les logiques, de toutes les contradictions, de tous les désirs.

L e s n o t i o n s d u paysage Depuis une vingtaine d’années, la notion de paysage a considérablement évolué. C’est désormais une réalité reconnue par tous, utilisateurs comme aménageurs de l’espace. Cette notion, habituellement attachée aux sites de qualité exceptionnelle, concerne aujourd’hui également notre environnement immédiat, quotidien. Les paysages urbains ou ruraux doivent favoriser notre qualité de vie, et se retrouvent au centre de toutes les préoccupations. Mais qu’est ce que le paysage ? Que recouvre cette notion parfois ambiguë et souvent composite ?

2

Ce qui est associé au paysage est généralement et spontanément attribué à l’ordre de la nature et du hasard. Le mot relève étymologiquement du pays, c’est-àdire d’un certain espace, dont il se propose d’offrir une vue d’ensemble. En effet, le « pays », à travers son relief, son climat, la configuration de son sol, semble davantage appartenir à l’ordre de la nature, même si l’habitant est censé en partie le modeler à son usage. Le passage étymologique de pays à paysage fut historiquement très lent. Le vieux terme de païs (du latin pagensis) s’est à partir du Xe siècle peu à peu francisé, en prenant le sens d’habitant d’un bourg, d’une contrée. Le dérivé « paysage » est un terme moderne, qui n’apparaît qu’au XVIe siècle avec la Renaissance, en même temps d’ailleurs que la notion de projet de paysage. Tout pays n’avait, ou n’aurait donc pas, la capacité d’être spontanément perçu comme un paysage. Le « pays », qui désigne l’espace habité (l’écoumène), entretient des liens avec quatre autres termes caractéristiques : l’environnement, le site, le territoire et le lieu, termes auxquels il manque effectivement une dimension pour rendre compte du paysage. L’utilisation du terme paysage indique un changement de conception. On passe du simple espace à sa nécessaire perception synthétique, qui vise une vue d’ensemble. Le paysage est alors soit de l’ordre de l’image picturale (tableau, représentation et interprétation d’un lieu), soit de l’ordre de l’image panoramique (contemplation d’un lieu). Le paysage renvoie également à une notion de nature élaborée, transformée, faisant référence au projet par opposition à la nature « vierge » qui constitue le cadre d’existence. Une autre notion liée au concept de paysage est celle du « vide », qui est seul susceptible de procurer une vue d’ensemble. L’idée de paysage est ici associée à celle

Bernard Renoux, Photographe

DÉFINIR LE PAYSAGE ?

d’horizon. C’est peut-être la raison qui fait réserver spontanément le terme de paysage à l’espace rural habité, de préférence à l’espace urbain. Il faut enfin ajouter un autre élément, esthétique, pour caractériser le concept de paysage. Tout paysage implique une perception évocatrice de beauté, de sensibilité, selon des canons et une culture capables d’éveiller une émotion esthétique. On parle d’ailleurs, à propos du travail du paysagiste, de mise en valeur du site. Un paysage serait donc un pays, un territoire, un lieu qui offre une image à percevoir, image qui est celle d’un espace habité ou habitable, qui présente une vue d’ensemble, et qui offre un caractère esthétique. Mais le paysage n’est pas que cela. Il évoque également une construction sociale et culturelle inscrite dans le temps. Un lieu observé aujourd’hui résulte de l’évolution ou de la métamorphose de lieux antérieurs. Le paysage peut donc être évoqué en termes historiques ou patrimoniaux. La toponymie, la mémoire du temps, la mémoire collective plus ou moins

consciente, laissent à penser qu’il y a dans la notion de paysage comme une fusion de la géographie et de l’histoire. En guise d’exemple, et a contrario, les espaces anonymes que la « modernité » laisse proliférer (échangeurs d’autoroute, zones en déshérence, zones de transit, parkings…), évoquent le non-lieu (par opposition au lieu-dit) et font difficilement « paysage ». Ils sont, d’ailleurs, le plus souvent qualifiés de paysages dégradés. Il est difficilement concevable aujourd’hui, pour notre civilisation, que ce concept complexe qu’est le paysage n’ait pas toujours existé. Il serait à ce titre sûrement perturbant de savoir comment un Indien d’Amazonie perçoit son environnement, et sans doute encore plus troublant de connaître sa représentation du nôtre, sans notre notion de paysage. Hier, Poussin, ou d’autres peintres des 17 et 18es siècles, ont su inventer et révèler des paysages. Notre perception est éduquée aujourd’hui par l’art contemporain, à l’instar du Land Art qui, comme avec Cristo Javacheff, nous apprend à regarder différemment un site.


Bernard Renoux, Photographe

LIRE LE PAYSAGE ? La notion de paysage ou l’image d’un pays est donc tout d’abord liée au phénomène de la perception. C’est le regard qui donne existence au paysage. Mais le paysage est plus que cette simple perception. Il pose des questions sur ses origines, sa formation, son évolution, son usage. Ces différentes nuances du concept de paysage peuvent êtres abordées, comme le propose le géographe Alain Chauvet, à travers les trois thèmes de la perception, de l’interprétation et de l’évaluation : LA PERCEPTION DONNE « ACCÈS » À UN PAYSAGE À LA FOIS OBJET, IMAGE ET SIGNE Paysage objet C’est un ensemble, de lignes et de formes, de surfaces et de volumes. Naturel ou artificiel, minéral ou végétal, neutre ou coloré, il est considéré comme un objet mesurable et quantifiable. Perçu comme une réalité physique, écologique, géographique ou géologique, c’est le paysage du naturaliste, du scientifique. Paysage image C’est une image construite et déformée par sa connaissance, sa sensibilité, son appartenance sociale. Les yeux, comme un filtre, procurent une vision particulière d’un même paysage pour chaque individu. Retranscrite graphiquement, c’est le paysage que l’artiste donne à voir. Paysage signe C’est la mémoire « stratifiée », l’écriture des actions superposées et successives de l’occupation et de l’organisation des sociétés. Le paysage de Clisson, par exemple, raconte l’histoire de sa vallée creusée par la Sèvre, des seigneurs

qui ont construit la cité médiévale, des architectes et des artistes qui ont introduit l’italianité, des industriels qui ont aménagé la rivière… L’INTERPRÉTATION DONNE DU SENS À CE QUE L’ON VOIT Paysage œuvre vivante Il est le résultat de l’action des sociétés humaines qui ont modifié et adapté le milieu « naturel » initial. Il fait référence à des systèmes élaborés au cours des siècles. La topographie, le relief, la nécessaire maîtrise de l’écoulement des eaux et l’exploitation de la terre fondent le système de parcellement agraire qui constitue la trame du paysage rural. Cet ordre géométrique simple et rigoureux, né de la pratique du site, constitue le « canevas », dans lequel tous les éléments s’inscrivent au sol. Ce sont les fossés, remblais, talus, haies, clôtures diverses, chemins, alignements de plantations, de bâtiments… Le paysage est un système structuré organisé, possédant sa propre logique, en continuelle évolution et distinct d’un pays à un autre. Le paysage « état » et fonctionnel L’interprétation s’attache à reconnaître la finalité et le fonctionnement du système paysager présent, et les conditions de sa mise en valeur économique, agricole ou récréative. Le paysage est la résultante d’une réalité économique à un moment donné. Le paysage expérience, pratique Un paysage donné n’aura pas la même signification pour tous. Le paysan aura de sa terre une image utilitaire, et celle d’une lutte continuelle contre une nature rebelle à domestiquer, alors que le paysagiste en aura une image esthétique, et le citadin ou le néo-rural une image récréative et bucolique. Un paysage de montagne devient

une paroi rocheuse pour l’alpiniste, une piste de ski pour les adeptes des sports de glisse, un parc naturel pour l’écologiste… L’ÉVALUATION DONNE UNE VALEUR AU PAYSAGE Le paysage modèle Ces paysages particulièrement appréciés deviennent des modèles que l’on aime retrouver ailleurs ou même reproduire. La valeur esthétique, reconnue par le plus grand nombre à un moment donné, prend une valeur symbolique sur le plan culturel et social. Qu’est ce qu’un beau paysage ? Le paysage symbole Le paysage symbole correspond à une valeur idéologique. L’image des prairies et vergers de Normandie symbolise la qualité des produits du terroir, du « naturel ». À l’inverse, la charge symbolique et l’histoire d’un lieu peuvent empêcher de voir le paysage. Le paysage instrument Le paysage possède une valeur marchande, en tant qu’outil de promotion touristique d’une région. Le concept de paysage représente le point de rencontre entre deux réalités totalement différentes : d’un côté notre vision du monde, filtrée par notre imaginaire, notre psychologie, nos expériences, notre esthétique… ; de l’autre une réalité physique, objective, tridimensionnelle. Entre la subjectivité totale et l’objectivité absolue, existe un paysage vécu, perçu, observable par tout un chacun. L’être humain se retrouve au centre du concept de paysage, concept propre à une civilisation. Le paysage existe et est en quelque sorte créé par l’opération qui consiste à le voir. Denis PORTIER

Pro f e s s i o n p a y s a giste La liste des divers acteurs, intervenants directs et indirects qui participent à la modification, au remodelage et à la construction du paysage, et des processus qui les relient au maître d’ouvrage donneurs d’ordres, peut être longue : géomètre expert, paysagiste, architecte, urbaniste, géographe aménageur, bureau d’études techniques, entreprise de travaux, entreprise d’espaces verts, pépiniéristes, entreprises d’entretien. Elle peut être courte : entreprise chargée de l’aménagement et de l’entretien. La question centrale est alors, selon les exigences d’aménagement d’un espace, de savoir qui fait quoi et à quel moment. Et, enfin, quelles sont les responsabilités et compétences respectives de chacun dans l’obtention d’un résultat de qualité ?

Aujourd’hui, les collectivités locales et territoriales sollicitent régulièrement les paysagistes pour des projets d’aménagement ou des études relevant à la fois de questions esthétiques, fonctionnelles et environnementales, et probablement de la question de l’identité des espaces. Les paysagistes interviennent donc en maîtres

d’œuvre ou au titre de conseillers pour des projets de parcs, de places, de routes, de voies ferrées, pour des plans de paysage ou des chartes paysagères... Ces commandes, de plus en plus diversifiées, témoignent d’une prise en compte du paysage dans son ensemble. C’est en tout cas la première revendication des

paysagistes et le cadre même de leur démarche : envisager le paysage dans sa globalité. Comment, en effet, penser l’aménagement d’une route, d’un chemin de randonnée, d’un parc ou d’une place, sans se préoccuper de leur environnement géographique, culturel et social ? Sous l’impulsion de quelques grandes figures (Jacques Sgard, Michel

3


DOSSIER

DIMENSION(S) PAYSAGÈRE(S)

Corajoud, Jacques Simon, Bernard Lassus, Alexandre Chemetoff, Jacques Coulon…) les paysagistes ont fini par se forger leurs outils intellectuels et pratiques, pour faire face à des commandes de plus en plus larges et complexes. Leurs références sont multiples, profondément marquées par une connaissance approfondie des lieux d’intervention. Une science du milieu, en quelque sorte, qui mobilise notamment des connaissances historiques et géographiques propres à ce milieu, enrichies de références artistiques, architecturales, techniques.

Le discours des paysagistes s’est construit à l’articulation de deux cultures revendiquées, celle de l’urbain (les parcs, les jardins, les promenades plantées...) et celle du rural (des références à l’agriculture, à l’horticulture, à l’exploitation forestière). La connaissance du site est l’idée fondatrice du projet de paysage, le point de départ vers l’invention de nouveaux paysages, adaptés aux usages et aux désirs du monde contemporain. Denis PORTIER

«(...) Un paysagiste c’est quelqu’un qui transforme un projet d’aménagement en projet de paysage...», c’est-à-dire un professionnel qui considère le site sur lequel il intervient dans sa globalité : j’arrive dans un endroit, comment je fais pour mettre en scène cette histoire et faire que mon intervention fabrique de l’histoire à l’avenir ? (...) L’idée c’est de constituer un patrimoine en devenir, de laisser une mémoire sur laquelle la société pourra s’appuyer... « ( Jacques Coulon, paysagiste )

Paysage et aménagement du territoire La prise en compte de la dimension du paysage est pour les collectivités locales une préoccupation de plus en plus importante, qui leur demande aujourd’hui de ne plus limiter leur réflexion aux strictes frontières administratives, ou au simple respect d’une logique de zonage devenue insuffisante à rendre compte des réalités complexes des territoires. Le paysage, en tant que tel, peut même être à la base de projets de développement.

SOUS-UNITÉ PAYSAGÈRE DES MARCHES DU PAYS DE RETZ

4

Croquis extrait de l’ « Étude paysagère des territoires de Grandlieu » par l’agence «Vu d’ici» pour la DDE de Loire-Atlantique, octobre 2002.

DE LA PROTECTION DES SITES AU DÉVELOPPEMENT DURABLE La prise en compte du paysage dans les politiques d’aménagement et de développement des territoires est un processus qui prend tout d’abord ses fondements dans un cadre juridique très protecteur et conservateur. En effet, la Loi de 1930 a institué la protection des sites naturels, confinant ainsi longtemps le paysage dans une sorte d’exception physique et culturelle qui ne prenait en considération que les espaces remarquables classés par l’État. Il faut attendre la période d’après guerre pour que l’activité débordante des « trente glorieuses » ne fasse apparaître un besoin urgent de réflexion sur l’évolution du cadre de vie en général et des paysages en particulier. Le législateur décide alors de mettre progressivement en place un certain nombre de lois visant à mieux prendre en considération l’aménagement et le développement raisonné de certaines entités du territoire français (1967 : création des Parcs Naturel Régionaux, 1985 et 1986 Loi montagne et Loi littoral). Il faut ensuite aller au début des années 90 pour mettre véritablement le paysage au cœur des débats sur l’aménagement du territoire au sens large. La loi de 1993 dite « Loi paysage » tiendra compte à cet effet de trois grands principes, qui sont désormais inscrits dans le code rural et le code de l’urbanisme : - tout d’abord le renouveau de l’intérêt porté au paysage en tant qu’ « expression d’un projet de société », - ensuite la prise de conscience du fait que le paysage « quotidien » est non seulement un capital culturel mais aussi un capital économique, - enfin l’affirmation que le paysage appartient à tous et qu’il est l’expression de la relation entre un territoire physique et une population

qui y est rattachée, qui l’apprécie et le fait évoluer. Les lois Barnier de 1995 et d’orientation agricole de 1999 conforteront également cette tendance qui consiste à prendre en considération l’environnement et le paysage sur l’ensemble des espaces ruraux et urbains, qu’ils soient remarquables ou ordinaires. Le paysage est donc devenu, en moins d’un siècle, le point de départ incontournable des questions relatives au développement durable des territoires. LE PAYSAGE COMME PROJET DE DÉVELOPPEMENT DES TERRITOIRES L’évolution de ce statut de représentation statique vers un outil de référence dynamique implique en revanche que les acteurs locaux s’approprient bien la question des paysages, dans une démarche réfléchie et concertée donnant naissance à un projet partagé. Ce dernier permet de préciser bien souvent les enjeux du développement des territoires à partir de trois approches essentielles : - le diagnostic des composantes géomorphologiques du territoire et des activités humaines, - l’appréciation au plus près de la capacité d’évolution des espaces naturels et urbains, avec la définition d’un programme d’actions intégrant la gestion à court, moyen et long terme du territoire, - l’adhésion de tous les acteurs locaux, et en particulier de la population, à une démarche intégrant au mieux la prise en compte du point de vue de chacun. Certaines collectivités ont même ressenti le besoin de créer des structures ayant pour vocation d’accompagner techniquement et de promouvoir culturellement un territoire élargi, à partir d’une entité de paysage clairement identifiée. Ainsi est né par exemple

le Conservatoire régional des Rives de la Loire, mis en place en 1991 par la Région des Pays de la Loire. De leur côté, les communes et leurs groupements ont été invités depuis une dizaine d’années à intégrer la question des paysages dans leurs politiques d’aménagement et de développement. Le niveau intercommunal, lieu d’échange et de décision élargi, s’est avéré bien souvent la bonne échelle territoriale pour mettre en place une charte, un plan ou un projet de paysage (charte de paysage du Parc Naturel Régional de Brière, plan de paysage de la vallée de la Sèvre nantaise, plan de paysage des territoires de GrandLieu, étude paysagère en cours du Pays d’Ancenis…). Néanmoins, toutes les échelles sont à prendre en considération dans le domaine du paysage, y compris pour les opérations communales d’urbanisation (lotissements, ZAC, zones d’activités…) qui ont des incidences fortes sur la lecture et l‘identité des bourgs ruraux. À cet égard, le contenu des documents d’urbanisme doit pouvoir préparer l’intégration harmonieuse des projets communaux. Le contenu des Plans d’occupation des sols des années 80 et 90 ayant fait quelque peu l’impasse (sans généraliser bien sûr) sur la question des paysages, en privilégiant bien souvent la planification à travers son « zonage », il sera important de vérifier si la nouvelle génération des documents d’urbanisme (SCOT, PLU) issue de la récente loi SRU saura éviter cet écueil. Les PADD figurant obligatoirement dans leur contenu s’avéreront-t-ils efficaces pour favoriser une vraie prise en compte des enjeux paysagers dans l’aménagement et le développement qualitatif du cadre de vie ? Ce sont autant d’interrogations que les décideurs locaux vont avoir à appréhender dans les années qui viennent.


paysagères et environnementales, est donc plus que jamais au cœur des débats entre les différents acteurs de l’aménagement. Vincent DEGROTTE

EN QUELQUES DATES... 1930 loi du 2 mai relative à la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque. 1960 loi du 22 juillet relative à la création des parcs nationaux. 1967 loi du 1er mars instituant les parcs naturels régionaux. 1985 loi du 9 janvier relative au développement et à la protection de la montagne. 1986 loi du 3 janvier relative à l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral. 1993 loi du 8 janvier relative à la protection et la mise en valeur des paysages. •Obligation de prendre en compte le paysage dans les outils de planification urbaine et rurale, •Institution de commissions départementales et nationale des sites, perspectives et paysages, •Mise en place du volet paysager du permis de construire, •Rajout du P (paysage) dans la mise en place de Zones de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP).

PROJET DE PAYSAGE OU PROJET DE TERRITOIRE ? « Le développement des territoires se traduit par une grande uniformisation des façons de penser le développement local, en contradiction avec la diversité des situations. Le projet de territoire prend à son compte des temporalités courtes du moment présent, de l’immédiateté et de la discontinuité, le projet de paysage en ce qui le concerne s’intéresse aux temporalités plus longues, celles de l’héritage et de l’anticipation, celles d’une certaine forme de continuité. » « Projet et paysage se révèlent être deux termes connotés de façon positive ; si le projet renvoie à une recherche d’idéalité, le paysage s’inscrit dans un souci de trouver beau et agréable un site à habiter. On ne s’étonnera donc pas de constater que le projet de paysage va travailler à une meilleure habitabilité du site, du lieu, une habitabilité marquée non plus par la fonctionnalité propre au territoire mais par une recherche de l’esthétique du lieu. Avec le développement des aménagements paysagers nous sommes donc en présence d’un réenchantement artificialisé de la nature. La question est de savoir si ce réenchantement s’étend aux rapports sociaux et aux acteurs qui les mettent en scène ; ces rapports et ces acteurs sont-ils susceptibles d’être mieux régulés par la méthode de l’activité contemplative issue d’un projet de paysage que par la méthode de l’activité accumulative propre à un projet territorial ? Toujours est-il que dans l’aménagement de l’espace, nous nous trouvons avec ces deux variantes contrastées du projet de paysage et du projet de territoire face à deux modèles de gestion de l’espace, dont le premier relève davantage de l’ordre de l’artiste et le second de l’ordre du géomètre. L’artiste privilégie dans son art sa sensibilité imaginative pendant que le géomètre accorde toute son importance à la métrique de l’espace. Or il est intéressant de constater, (…) le glissement (…) d’une forme de développement spatial à une autre, en l’occurrence du développement dit local vers le développement devenu territorial. À la lumière (…) des parentés entre lieu et paysage, compte tenu des singularités et de la charge symbolique portées par l’un et l’autre, on peut comprendre que le projet de paysage puisse se greffer sans trop de difficultés sur le développement local. Mais qu’en est-il de la greffe sur le développement territorial ? Comment faire cohabiter l’artiste et le géomètre ? Entre projet territorial et projet de paysage (…), les raisons de tensions et de conflits sont plus nombreuses que les occasions de complémentarité. D’où la question (…) : à quelles conditions le projet de paysage peut-il s’articuler aujourd’hui avec le projet de territoire pour constituer un outil au service d’un modèle de développement effectivement émancipateur ? » Jean-Pierre Boutinet, universitaire, in « À propos du projet de paysage, repères anthropologiques » (Les carnets du paysage, n°7 - automne 2001, éd. Actes Sud - ENSP)

BIBLIOGRAPHIE OUVRAGES DISPONIBLES AU CENTRE DE DOCUMENTATION DU CAUE DE LOIREATLANTIQUE : CAUQUELIN Anne. L’invention du paysage. PUF, 2000. 181 p. Coll. Quadrige. CHEVALIER Raymond. Lecture du temps dans l’espace : topographie archéologique et historique. Picard, 2000. 229 p. JOUSSEAUME Valérie, CROIX Nicole, MERCIER Denis. La Chapelle-Basse-Mer, commune ligérienne : guide de géographie locale. PUR, 2003. 95 p. LE DANTEC Jean-Pierre. Le sauvage et le régulier : art des jardins et paysagisme en France au XXe siècle. Le Moniteur, 2002. 263 p. MOUGENOT Catherine. Prendre soin de la nature ordinaire. Ed. de la Maison

des sciences de l’homme ; INRA, 2003. 230 p. Paysages ordinaires : de la protection au projet. Ed. Pierre Mardaga, 2003. 93 p. PITTE Jean-Robert. Histoire du paysage français : de la préhistoire à nos jours. Ed. Tallandier, 2001. 444 p. REVUES DISPONIBLES AU CENTRE DE DOCUMENTATION DU CAUE DE LOIREATLANTIQUE : Les Carnets du paysage. Actes Sud ; ENSP. Pages paysage. Association paysage et diffusion. AUTRES RÉFÉRENCES : BERQUE Augustin. Les raisons du paysage, de la Chine antique aux environnements de synthèse. Hazan, 1995. FORTIER-KRIEGEL Anne. Les paysages de France. PUF, 1996. ROGER Alain. Court traité du paysage. Gallimard, 1997.

LA GÉOGRAPHIE À L’ÉCHELLE COMMUNALE Le territoire de La Chapelle-Basse-Mer a été étudié pendant 2 ans par les étudiants de l’Institut de Géographie et d’Aménagement Régional de l’Université de Nantes (IGARUN). Un important travail d’investigation et de recensement a permis, grâce aux concepts et aux outils de la géographie, de mettre en évidence les caractéristiques et les évolutions des paysages de la commune. Avec le soutien de la municipalité, une exposition et un film ont été réalisés, pour aider les habitants à comprendre la nature de leur territoire et son imbrication dans des ensembles plus larges. Un ouvrage rassemble aujourd’hui la matière de l’étude. Au-delà du cas de La Chapelle-Basse-Mer, cet ouvrage se présente comme un « Guide de géographie locale » au service des élus et de leurs administrés, avec pour objectif de mieux faire comprendre les différentes logiques à l’œuvre sur le territoire. Il s’agit ici de donner à la géographie, et à sa méthodologie, tout leur rôle dans la connaissance des territoires, mais aussi dans leur capacité à sensibiliser élus et citoyens, et à fournir des outils d’aide à la décision. Les auteurs soulignent le cadre de la réflexion engagée : « La géographie locale impose une approche globale du système territorial et l’intégration de résultats spécialisés (en géographie physique, sociale, économique, …) ou produits par les autres sciences (histoire, sociologie, droit, économie, géologie, …) ». La géographie locale, comme le territoire communal, ne peuvent donc se comprendre sans leur mise en relation avec des logiques territoriales et intellectuelles plus larges. Dans ce cadre, cet ouvrage propose une méthodologie exemplaire, évidemment applicable ailleurs. Christophe BOUCHER

« La Chapelle-Basse-Mer, commune ligérienne. Guide de géographie locale » par Valérie Jousseaume, Nicole Croix et Denis Mercier. Aux éditions des Presses Universitaires de Rennes, 2003, 17 euros.

I n i t i a ti ve

En Loire-Atlantique, cinq Schémas de COhérence Territoriale et une centaine de révisions de PLU sont actuellement à l’étude. La formalisation des projets de territoire, à partir des problématiques

5


POINT DE VUE Paysages en évolution Le Conservatoire régional des rives de la Loire et de ses affluents a été créé en 1991 sur l’initiative du Conseil régional des Pays de la Loire, avec pour mission la préservation et la valorisation des espaces ligériens, l’information et la sensibilisation. Nicole Le Nevez, Secrétaire générale du Conservatoire, nous donne ici son point de vue et ses interrogations sur l’évolution des paysages et sur celle de leur perception.

À l’idée de paysage culturel, vous préférez celle de paysage en évolution, expression d’une société et de son économie.

6

Nicole Le Nevez Dans l’esprit des gens, le beau paysage est celui du passé, d’un passé « immuable ». Un paysage transmis est nécessairement beau, puisque créé par les anciens. À partir de là, tout ce qui peut toucher à ce paysage est perçu comme une dégradation. On a l’exemple du bocage, considéré comme un patrimoine, un paysage un peu emblématique. Dans certains secteurs de la vallée de la Loire, une carte de 1850 montre qu’il y avait beaucoup moins de bocage qu’actuellement, et une carte de 1750 en révèle une absence quasi totale. Le paysage n’a donc pas toujours été celui que l’on connaît. Il obéit à des règles qui sont essentiellement économiques. On a cultivé du lin dans la vallée quand il y avait pour cette plante un débouché économique, et non pour des raisons esthétiques. Le cas du bocage est un peu plus compliqué, parce qu’en plus de l’économie du bois on avait des préoccupations liées aux inondations, qui ont entraîné une réglementation de la plantation d’arbres dans la vallée. Y a-t-il eu à certaines époques des « projets » de paysage ? N.L.N. Tels qu’on en parle aujourd’hui, à ma connaissance, non. Il y en a actuellement, avec beaucoup de difficulté et d’ambiguïté. Il peut être intellectuellement satisfaisant de faire un projet de paysage. Mais ensuite, qui va le construire ? S’il s’agit de l’aménagement d’une place publique, c’est possible. Mais si par exemple je souhaite qu’on remette du lin dans la vallée, parce que le lin en fleur est très beau, mon projet se réalisera peut-être sur une parcelle, mais au-delà je pense que non, s’il n’y a aucun débouché économique : au XVIIIe siècle, les agriculteurs ne cultivaient pas le lin pour faire un « beau paysage ». Le Conservatoire est un lieu de recherche, mais aussi un lieu d’actions sur le paysage. Peut-il avoir une action globale sur son territoire ? N.L.N. On essaie effectivement d’avoir une réflexion et une action globales. La vallée de la Loire est un territoire pour plus de sa moitié en espace rural, dont 50 % de prairies. Il n’était pas question d’acquérir et de gérer près de 22 000 hectares (sans compter l’estuaire) mais de s’interroger sur un avenir économique qui, moyennant quelques efforts et adaptations, puisse permettre de maintenir l’essentiel de la structure de la vallée, c’est-à-dire les prairies. Des études ont montré qu’il y avait sur ce territoire des agriculteurs, et des agriculteurs jeunes. On a aussi mis en avant le rôle fonctionnel de ces espaces en tant que champs d’expansion des crues, et leur rôle biologique lié aux inondations. Tous ces aspects cumulés s’expriment par un paysage qui est organisé d’une façon spécifique. Ce paysage peut être préservé parce qu’il a une fonctionnalité, plus que pour des raisons uniquement esthétiques. On pourrait imaginer

une autre organisation, avec un paysage sans arbres ni haies, une vallée complètement mise à plat, esthétiquement satisfaisante pour certains, mais je ne suis pas sûre que cela aurait un intérêt. Ce qui m’intéresse, c’est le fonctionnement d’un territoire, et ce qu’il exprime à travers les paysages. Dans le cas des prairies, on est en présence d’une économie agricole qui est celle qui souffre le moins des inondations (sans que ce soit idéal), et qui peut donc se joindre à des préoccupations de sécurité. On reste sur une fonctionnalité et son expression. Et je pense que cette expression forge aussi une identité, un type de paysage spécifique, différent de celui des coteaux, par exemple. Une identité fortement partagée par les habitants de la vallée. Mais, dans la vallée de la Loire, le paysage n’était pas seulement construit par les locaux. Les agriculteurs répondaient à l’économie du moment, en choisissant ce qu’il était possible de faire dans le contexte d’inondations. Or il ne faut pas oublier qu’il existait aussi un système économique lié à la navigation, qui a fortement marqué le paysage de la vallée, par un certain nombre d’éléments que l’on connaît bien, comme les levées ou les quais. On a moins à l’esprit l’influence de l’entretien par le balisage ou pour le halage, avec la limitation à une certaine hauteur et recul de la végétation, qui changent un espace. On sait peu, également, qu’on a rectifié beaucoup de rives, par des plans de plantations qui ont été codifiés, cartographiés, de façon à essayer de créer un chenal de navigation. Il y a une influence des décisions qui se prennent en dehors du territoire local, pour des raisons d’intérêt général. Les Plans de Prévention des Risques d’inondations, par exemple, vont avoir une influence sur la constitution des paysages. Quand il n’y a pas de possibilité de réaffecter des bâtiments situés dans le lit du fleuve, on sait qu’ils sont condamnés. Faut-il être contre ? Je ne sais pas. Ce qui me gêne davantage est le « chaos » de certaines interventions, lié me semble-t-il à une indifférence aux spécificités de territoire. Peut-on penser que le paysage d’aujourd’hui serait le reflet d’une société devenue chaotique et désorganisée ? Et que dire de la demande sociale, en matière de paysage ? N.L.N. Je crois qu’effectivement le paysage est une expression de société. Mais il me semble que la demande est plutôt de l’ordre de l’identité d’un territoire. Il y a,

sous-tendu, et face à un monde très accéléré et très banalisant, ce besoin d’avoir des filiations, d’avoir une histoire dans laquelle entrer, d’être la poursuite de cette histoire. Et le paysage exprime bien cela. La demande est très contradictoire, de la part de gens qui sont souvent les premiers à ne pas chercher à sortir de la banalité répétitive qu’on leur propose. Les effets de modes ont toujours existé, mais l’échelle a changé. Il y a un décalage entre le discours et la réalité ? N.L.N. Oui. Il y a un manque de culture. Un enfant sort du système scolaire sans les acquis nécessaires pour regarder, et pour interpréter. On peut avoir des incompréhensions fortes, par exemple, dans les attentes entre des professionnels du paysage et des élus. Et c’est peut-être une des raisons pour laquelle on a tant d’études paysagères qui restent dans les tiroirs. Dans un autre registre, on parle beaucoup des textes sur le paysage, de directives paysagères, de territoires et de paysages, etc. Sur un secteur donné, on s’est interrogé sur les textes réglementaires qui utilisent le mot paysage, qui ont pour objectif le paysage. On a regardé ce qui se passait concrètement et qui avait un effet sur la construction du paysage. C’est édifiant. Les textes sur le paysage sont, avec le temps, de plus en plus nombreux, mais ils ne sont pas utilisés. Il faudrait se demander pourquoi. Et il se passe beaucoup de choses dans le paysage, mais par des actions qui relèvent de l’agriculture, de l’équipement, de l’acte individuel. La pression sociale est-elle devenue beaucoup plus banalisante et beaucoup plus forte ? Peut-être est-ce une question que l’on pose mal, peut-être faut-il se résoudre à cette idée que le paysage est l’expression d’une société, et s’interroger davantage sur ce que cela veut dire aujourd’hui ? Pour revenir au début de cet entretien, on est effectivement loin du paysage qui se construit pour des raisons esthétiques. N.L.N. Je préfère le discours d’Augustin Berque sur le paysage qui doit avoir un sens. La notion de paysage culturel me paraît un discours propre à des gens extérieurs, qui ont une certaine culture, qui ont des envies de création, mais un paysage, me semble-t-il, doit avoir un sens pour ceux qui le vivent, pour ceux qui le font, et pour ceux qui le visitent. Propos recueillis


REGARD L’observation de l’évolution des paysages, bâtis ou non, montre que les éléments qui les composent se situent dans des échelles de temps variables. Le relief se situe à l’échelle géologique, le tracé des routes, l’implantation des villages ou l’orientation du parcellaire se situent à l’échelle historique. D’autres composantes, comme la division du parcellaire, la trame des haies ou l’urbanisation pavillonnaire, obéissent à des rythmes plus rapides, parfois éphémères si l’on considère par exemple la rotation des cultures. L’altération du paysage sera d’autant plus perceptible et traumatisante qu’elle s’attaquera à des structures à longue durée de vie. Illustrations en Loire-Atlantique avec quelques paysages, dont l’état actuel peut être comparé avec des dessins anciens ou des cartes postales du début du XXe siècle. Il est à noter que les deux dessins (réunis dans la collection Gaignières à la fin du XVIIe siècle) présentent des vues relativement réalistes des sites, mais qui sont reconstituées à partir d’un point de vue fictif (à la fois proche et élevé).

Le site d’Oudon, sur le dessin ancien, est dominé par la hauteur (exagérée) de son donjon médiéval. On lit bien la forte présence du coteau cultivé, interrompu par la vallée du Hâvre, et le resserrement de l’habitat autour du château et de l’église. Les toits sont figurés en ardoise et en tuile. Au confluent, les bateaux sont amarrés dans un creux de la rive du fleuve. Aujourd’hui, une image du même site, prise depuis le pont, montre le développement des constructions et du boisement sur le coteau. Un rideau d’arbres et, surtout, la voie de chemin de fer créée au XIXe siècle, isolent le bourg du fleuve, dont la rive est devenue rectiligne. Seuls émergent le donjon et le clocher de l’église reconstruite au XIXe siècle (avec une orientation différente).

Le dessin ancien montre la ville d’Ancenis enfermée à l’intérieur de ses remparts. Au-dessus des toits, on distingue le logis du château, et les clochers des Cordeliers et de l’église paroissiale. En arrière-plan, les coteaux sont cultivés, comme les terrains peu bâtis situés entre la ville et la rive irrégulière du fleuve. Le site d’Ancenis est aujourd’hui dominé par le pont suspendu (reconstruit en 1953 à l’emplacement de celui de 1839). Côté amont, la ville a conservé sa limite ancienne, et des portions de rempart subsistent. La rive du fleuve présente un aménagement régulier de perrés et de cales. Le lit de la Loire a lui-même subi des aménagements, pour retenir le sable entre des « épis noyés » et créer un chenal que l’on voulait navigable.

La carte postale ancienne de la Haie-Fouassière montre la carrière de la Rairie en exploitation, occupant l’espace entre la rive de la Sèvre et le coteau. Deux embarcadères permettent de charger directement sur des bateaux la pierre ext Depuis le pont, le site présente aujourd’hui un aspect très différent. Les traces de la carrière, aujourd’hui fermée, sont masquées par le boisement de la rive de la Sèvre, dont la vallée s’est visuellement refermée. Le coteau lui-même est fortement boisé.

Au début du XXe siècle, l’arrivée à Vieillevigne par le Nord du bourg se fait par un chemin bordé de murs de pierre. Sur la droite, un pin signale la présence d’un parc. Au fond, la masse imposante de l’église (consacrée en 1879) surplombe le bourg dont les premières maisons sont bâties à l’alignement du chemin. Une centaine d’années plus tard, le pin est toujours là, et son houppier s’est élevé dans le ciel. Le clocher de l’église a été rehaussé. Des maisons ont été construites à l’emplacement des anciens champs, en retrait de la

La vue ancienne de Vieillevigne montre le chevet de l’église, édifice qui n’est alors terminé que depuis une vingtaine d’années. Une maison bourgeoise, elle aussi relativement récente à l’époque, e ouvre sa faç siècle. Aujourd’hui, la structure du bourg ancien est toujours présente. L’ancienne prairie a été urbanisée. Les arbres du jardin de la grande maison masquent sa façade. Le mur de pierre et le presbytère (devenu


A ctua l i té d u C . A . U . E .

P R I X D É P A RT E M E N TA L D’ARCHITECTURE ET D’AMÉNAGEMENT 2004

JOURNÉE D U P AT R I M O I N E D E P A Y S

Lancé en 2002 par le CAUE et le Conseil Général de Loire-Atlantique, ce prix concerne les projets publics ou privés exprimant toutes les facettes de la création contemporaine, dont les concepteurs sont architectes, paysagistes, urbanistes, et qui ont été réalisés au cours des années 2002 et 2003 en Loire-Atlantique.

Comme les années précédentes, le CAUE assure la communication de cette journée à l’échelon départemental. Toutes les informations relatives aux actions locales (organisées par les collectivités, les associations, les particuliers) sont à communiquer au CAUE avant le 31 Janvier 2004.

Renseignements et dossier de participation : CAUE de Loire-Atlantique 25 rue Paul Bellamy - 44000 Nantes 02 40 35 45 10 – contact@caue44.com

EXPOSITION « Bois, architecture et développement durable » Mars 2004

La documentation

À l’initiative de la délégation régionale d’Atlanbois et de l’Union régionale des CAUE des Pays de la Loire, le recensement d’une quarantaine de projets d’architecture faisant appel au matériau bois dans la région va donner naissance à une exposition itinérante, qui sera présentée dans les locaux du CAUE de Loire-Atlantique lors de la Semaine de l’Architecture 2004, et à un ouvrage présentant les qualités architecturales et techniques de la construction bois, et l’intérêt de l’utilisation de ce matériau dans la prise en compte du développement durable.

Fiche de participation à demander au CAUE au 02 40 35 45 10

S E M AI N E DE L’ A RCHI TECT URE La 8 e édition dans l’ensemble de l’Académie de Nantes du 22 au 26 Mars 2004 L’opération est réalisée en partenariat par le Centre Régional de Documentation Pédagogique et le CAUE, avec le soutien des architectes, de l’Inspection pédagogique régionale et de la DRAC. Elle donne l’occasion à des élèves de collèges et de lycées de découvrir des réalisations architecturales contemporaines et d’engager un dialogue avec leurs concepteurs et leurs utilisateurs. Une douzaine de réalisations ont été sélectionnées sur le département.

Guide à l’usage des agriculteurs. Les éléments de réflexion proposés dans ce document visent à aider tous les acteurs de l’espace rural, dans leurs domaines respectifs, à inventer de véritables projets architecturaux et paysagers, adaptés aux productions et aux territoires de Loire-Atlantique, pour que l’on puisse un jour remplacer l’expression « bâtiments agricoles » par celle « d’architecture agricole », et pour que l’on puisse percevoir les paysages façonnés par l’agriculture d’aujourd’hui comme on admire les témoignages de l’agriculture des siècles passés. Disponible au CAUE au 02 40 35 45 10

Les anciens numéros de la Lettre d’Information du CAUE sont téléchargeables sur www.caue44.com/journaux/archives.asp N° 1 - Dossier « Aménager/développer sa commune avec la loi SRU » N° 2 - Dossier « L’espace est un patrimoine » N° 3 - Dossier « Architecture contemporaine »

LES DERNIÈRES ACQUISITIONS DU CENTRE DE DOCUMENTATION

PAYSAGE LE DANTEC Jean-Pierre. Le sauvage et le régulier : art des jardins et paysagisme en France au XXe siècle. Le Moniteur, 2002. 288 p.

GAUZIN-MULLER Dominique. Construire avec le bois. Le Moniteur, 1999. 311 p. Coll. Techniques de conception.

GAUTHIEZ Bernard. Espace urbain : vocabulaire et morphologie. Monum, Ed. du patrimoine, 2003. 496 p.

LOS Sergio. Carlo Scarpa. Taschen, 2002. 169 p.

MASBOUNGI Ariella, GRAVELAINE (de) Frédérique, Mc CLURE Bert. Nantes : la Loire dessine le projet. Projets urbains, 2003, n°26. 191 p.

RACINE Michel. Créateurs de jardins et de paysages. Tomes 1 et 2. Actes Sud ENSP, 2001 / 2002. 284 p. / 419 p.

LUCAN J., COOK P., KIEREN M. Dominique Perrault. Arc-en-rêve Centre d’architecture, 1994. 112 p.

SCHRODER Thies. Changement de décor : le paysage contemporain en Europe. Le Moniteur, 2002. 183 p.

RENAUD Henri. Construction de maisons individuelles : gros œuvre et second œuvre. Eyrolles, 2001. 348 p.

ARCHITECTURE ET HABITAT

RENAUD Henri. Du choix du terrain aux plans d’exécution. Eyrolles, 2003. 156 p.

Christian de Portzamparc. Arc-en-rêve Centre d’architecture, 1996. 167 p.

RENAUD Henri. Réussir Eyrolles, 2002. 149 p.

DESMOULINS Christine. 25 maisons individuelles. Le Moniteur, 2002. 159 p. GAUZIN-MULLER Dominique. L’architecture écologique : 29 exemples européens. Le Moniteur, 2001. 286 p. GAUZIN-MULLER Dominique. 25 maisons en bois. Le Moniteur, 2003. 159 p.

Agenda

« Pierre brute, pierre taillée » 20 Juin 2004

P U B L I C AT I O N « Bâtiments agricoles et paysages, du projet agricole au projet architectural et de paysage en Loire-Atlantique ».

ses

plans.

URBANISME Archives municipales de Nantes. Le vert nantais : histoire du mobilier urbain (Nantes : XVIe-XXIe siècle). Ville de Nantes, 2002. 127 p.

Expositions

fenêtres », par Henri Bressler, architecte historien.

Du 5 au 19 Avril 2004 Varades « Arbres Remarquables en LoireAtlantique »

- Avril 2004 : Visite « La maison d’un marchand irlandais », par Christian Landon, Ingénieur.

Du 6 au 28 Mars 2004 St-Philbert-de-Grandlieu, salle du Marais « Chroniques terrestres » Dernière présentation de cette exposition produite par la MCLA.

Conférences et visites Nantes Renaissance - Janvier 2004 : Circuit « Paroisse SaintVincent du XVe siècle à l’après guerre », par Marion Briand, assistante animateur du patrimoine. - Février 2004 : Cycle de découverte « Couëron, ville d’estuaire – mémoire ouvrière, mémoire culturelle ». - Mars 2004 : Conférence « Histoire de

- Mai 2004 : Visite « Le couvent des Oblates à Nantes ». - Juin 2004 : Voyage « Dans les environs de Malville ». Renseignements auprès de Renaissance au 02 40 48 23 87

Nantes

École d’Architecture 7 Janvier 2004 : « Relations photographie/architecture », par Jacqueline Salmon, photographe. 14 Janvier 2004 l’architecture », par cinéaste.

: « Filmer Stan Neuman,

SENSIBILISATION CONSIDÈRE Sylvie, GRISELIN Madeleine, SAVOYE Françoise. La classe paysage : découverte de l’environnement proche en milieux urbain et rural. Du CP au CM2. Armand Colin, 1996. 142 p. GRELLIER Yves. Jeunes, artisans de la ville et de l’architecture. CAUE du Rhône ; CRDP de Lyon, 2002. 108 p. SICARD Mireille. Comprendre l’architecture. CRDP de l’Académie de Grenoble, 2001. 239 p.

ARDEPA et ARTABAN Cycle de visites contemporaine :

d’architecture

- 24 Janvier 2004 : le Théâtre Quartier Libre, Ancenis, 2002. Architecte : JeanClaude Pondevie. - 6 Mars 2004 : Logements et crèche, rue Rieux à Nantes, 2001. Architectes : DLW (Dussaux-Lepoutre-Wattier). - 24 Avril 2004 (sous réserve) : Société d’experts-comptables à La Roche-surYon, 2003. Architectes : Patrick Joly et Hybris associés. - 15 Mai 2004 : Pôle d’animation de la Roche-Ballue à Bouguenais, 2001. Architectes : BLR (Biron-LegrosRousseau). Inscriptions auprès au 02 40 35 66 67

de

À 18h30 à l’École d’Architecture de Nantes , rue Massenet, Amphi1. Inscriptions au 02 40 16 01 35

n°4 - décembre 2003 - Publication du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de Loire-Atlantique 25 rue Paul Bellamy - 44000 NANTES - Tél. 02 40 35 45 10 - E-mail : contact@caue44.com Directeur de publication : Vincent DEGROTTE Rédacteur en chef : Christophe BOUCHER - Comité de rédaction : Nadine BIZEUL, Emmanuelle BOMMÉ, Gaëlle FÉAT, Denis PORTIER Conception graphique : Dany CARTRON Crédit photo : CAUE 44 (sauf mention contraire) Dépôt légal : Juin 2002 - Imprimerie : La Contemporaine à NANTES - Papier recyclé - N° ISSN : 1637-4452

Marlène

Lettre d’information du CAUE44 N°4. Dimension(s) paysagère(s)  
Lettre d’information du CAUE44 N°4. Dimension(s) paysagère(s)  

Dimension(s) paysagère(s)

Advertisement