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l’armÊe noire collection printemps de merde


NOUS SO MME S DÉ MESUR ÉMEN T MOY ENS Le 11/02/2010 à 11:03:47 l’armée noire pense qu’aujourd’hui la poésie de l’avant garde en France est vue, revue, et donc pensée p a r les u n iv e rsitaires, les so ciologues, les p hilologues, les p é d a g o g u e s , l es p oliciers de la culture, les flics .

Aujourd’hui, pour le poème, il faut des littérateurs en Fr a n c e , a l o r s q u’aujo ur d’hui, dans tout poème , il faudrait t r o u v e r t o u t ce q ui entretien le rapport à la base d u texte, t o u t c e q u i f a it poème et qui est la base d e la vie et de la p a r o le . A u j o u rd’hui, t o u t c e q u i e s t a u - d e s s u s d e m o i , e t t o u t c e q u i s e c r o i t a u - d e s s u s de mon poème, est m o n e n n e m i . L e s g é n é r a u x , les politiques, les journalistes, l e s p é d a g o g u e s , l e s é d u c a t e u r s , l e s c r i t i q u e s i n s tallés et les artistes en place sont nos ennemis, car ils ne permettront jamais à l’homme de se relever et de se r é v é l e r , m a i s continueront à l’enfoncer dans sa hon te, s a h o n t e t o u t e p r e m i è r e e t q u ’ o n p r e n d s o i n d e c u l t i v e r, l a h o n t e q u i f a b riq ue des identités et façonne d es individus. N ou s n ’ a v o n s p lus besoin d’individus à forte identité, nous a v o n s b e s o i n d ’ouvrir tout à l’exp losif. Tout ce qui fai t des g r o u p e s , d e s formati ons, des m ouvements, d es écoles, des a r r a n g e m e n t s, les cor po ratis mes de toute sort e où l'on se croit arrivé, avec plein de gens qui se planquent dedans, des savants de savoirs autres, des autres qui se mettent d a n s d e s p a r o les qui ne s ont pas les leurs et q ui fab riquent ainsi des entités indiscutables, qui finissent de cette m a n i è r e par nous maintenir à notre propre honte, alors qu'il faudrait voir la honte froidement comme un mon olithe devant soi, et se décoller de cette masse graisseuse, ce


b l o c s a n s e n v ie en face et pas ser outre.

Tout ce qui est au-dessus du type de base est mon ennemi

tous les gens de l’éducation, du savoir, les intellectuels en place forte, tous ceux qui nous font encore croire qu’on peut vivre en l’humanité de la sorte.

Ils ne le font pas croire dans ce qu’ils disent, dans leurs analyses poussées, il nous le font croire en ne poussant pas leurs analyses poussées, c’est-à-dire il nous font croire qu’il suffit d’aligner des mots, avoir des phrases pour montrer que tout est bien compris, bien vu, analysé, alors que rien n’est vu dans leur programme. Rien n’a été vu car tout est déjà mort, tout est déjà programmé dans leur langue morte. Tout est discours, blabla, que vaut le b l a b l a d e t e l théoricien pa r rapport aux gens de télés et d e magazines ? rien. Du vent. Toute parole est du vent si elle ne se donne pas comme but de rendre vie, de donner la vie, de p r o v o q u e r un soulèvement.

Aujourd’hui il n’y a aucun soulèvement possible, aucune possibilité car aucune vie dans aucun écrit. Il faudrait, a v a n t d ’ e n t a mer chaq ue p hrase, avoir des envies de tuer, il f a u d r a i t p o u v oi r voir des étripements possibles. Ma is rien d a n s l’ é t r ip e ment, tout est bad trip dans l’écrit en ce moment, car tout n’est que remplissage de certaines instances c o n t r e c e rt a i nes autres instanc es.

On dit dénoncer, on dit détourner, on dit biaiser, on dit qu’on biaise mais on biaise rien.

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On dit tenter, opérer, fragmenter, s a b o t e r l e d i s c o u r s m a i s t o u t ç a e st g e ntil et tout le mond e s’en ta p e. Aujourd’hui la poésie tout le monde s’en tape.

Et c’est normal. Il est tout à fait juste de se taper pas mal de la poésie car elle n’emmerde personne. Soyez en conscient : notre poésie toute confondue n’emmerde pas un seul homme sur terre. Et ne l’aidera donc pas à vivre et surtout à se soulever. Le soulèvement non pas des masses, mais le soulèvement de chacun pour lui-même, pour se soulever déjà contre lui-même n’est pas près de s’opérer. Il n’y a pas de danger : les instituteurs, les profs de la poésie veillent. Tous les gardiens de la bonne marche de la transgression opérante sont là pour vous rappeler que les poètes n’ont pas à s’intéresser aux gens, c’est-à-dire à leur c r a c h e r d a n s la g ueule.

Il faut juste des bons pédagogues qui transgressent un brin pour expliquer à l’élève la transgression du brin d’herbe.

E t l’ é lè v e d e s’ennuyer à son tour . E t l e p r o f e n s u i t e de retourner avec ses collègues. Les profs restent entre collègues, e t l ’ é lè v e r e t ourne dans sa c ra sse. L a crasse de l’élève ne t r a n s g r e s s e rien. La crasse de l’élève ne lui dit pas que tout ce qui est au-dessus d’elle, au- dessu s de sa crasse même , est à f o u t r e en l’air. Tout ce q ui est au-de ssus de l’élève est ton e nn e m i . Voilà aujourd’hui ce que toute la crasse des poètes devrait dire.



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