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dans un petit appartement de trois pièces, après avoir été dépossédé de tout. On le harcelait de toutes parts pour mille raisons obscures et, quoi qu’il fît, rien ne parvenait à satisfaire l’appétit des vautours, ni calmer les esprits survoltés. Il tentait du mieux qu’il pouvait de colmater les brèches, mais le navire prenait l’eau et finalement il a sombré. Il s’en est fallu de peu pour qu’il sombre avec lui. « Je n’ai jamais vécu avec l’argent des autres, c’est ce qui m’a protégé de la faillite », reconnaît-il, sibyllin, avec un fond de philosophie qui n’appartient qu’à lui. « Toute ma vie est partie en lambeaux. » Dans cette conjoncture de drames ininterrompus, certains écueils ont quand même pu être évités. Depuis, heureusement, il a repris le gouvernail.

Le vertige du revolver sur la tempe

était devenu obsédant

Mais, à ramer dans la tempête, il a fini par s’épuiser et croire que la vie ne valait pas la peine d’être vécue. Qu’il pouvait peut-être jeter les rames à l’eau et se laisser porter par le courant. Sa résistance avait atteint une limite critique; le vertige du revolver sur la tempe était devenu obsédant. Peut-être qu’une fuite ultime serait la réponse à ces douleurs omniprésentes? C’est là où une fois encore son ami Daniel Provost a vu juste : selon lui, c’est son humilité qui l’a sauvé. «Il n’a pas craint de se montrer faillible, n’a pas hésité à demander de l’aide. » La vie, la belle vie, les couleurs de ses tableaux, la rivière qui coule, le sourire d’une femme, la tendresse des amis, voilà ce qui a constitué le ressort. Charles se souvient avec émotion que c’est aussi grâce au cœur et à l’oreille secourables de son ami et voisin de l’époque, Daniel Provost, qu’il a refait surface. « Il est probable que sans lui je ne serais pas là aujourd’hui. » Seul Daniel qui vivait toutes les situations au jour le jour, pour la bonne raison qu’il habitait à deux pas de chez lui, savait à quel point le risque était grand! « Je me rendais compte que sa vie matrimoniale, sa vie tout court étaient en train de couler », se rappelle-t-il. Comment ramener à une certaine raison quelqu’un qui souffre à ce point? Ce n’est pas qu’il ne voulait rien entendre. Il ne pouvait pas. Daniel Provost s’étonne de l’influence qu’il a pu avoir, dans le vif de la tempête  : « Pourtant, il me semble que je n’ai pas été tellement tendre avec lui. Je l’ai pas mal brassé, raconte-t-il en riant de bon cœur, puisque le danger est définitivement passé. Il l’a « brassé » de cette manière affectueuse et virile qu’on retrouve entre deux grands copains, en ne mâchant pas ses mots, mais sans rejet, sans jugement. Daniel Provost a lancé une bouée au naufragé. Il a permis que l’écume se dépose à la surface et que Charles profite de ce répit pour faire sa valise. Le meilleur choix dans les circonstances. Partir en

Profile for Charles Carson

L'Art De Vivre - Charles Carson sa vie son oeuvre  

Anne Richer nous révèle un être surprenant et attachant. Un peintre sans frontière, né au Québec, qui a vécu 10 ans en Amérique du Sud et qu...

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