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décomposées, de la blonde abeille, du noir corbeau. Ce qui se voit, ce qui se cache. Et même les odeurs sont comme autant d’éléments permettant un retour sur des paysages d’automne, sur le linge propre séché au vent. Il se les approprie en pensant sans forfanterie qu’il pourra : « peindre un état d’âme et non pas une réalité pour introduire l’idéal dans l’art », comme l’écrivait Pearl Buck. En cette fin de mois de novembre 2007, le Jardin botanique de Montréal où nous nous promenons, Carson et moi, est peu fréquenté à cette heure du jour. Dehors, c’est la grisaille humide et mordante du début de l’hiver. Dans la grande serre, il s’est attardé d’abord aux effluves de l’air moite : « On se croirait sous les tropiques. On est dans un autre monde. » Il est ravi de ce dépaysement inattendu. Le corps tout à coup se détend, ne se défend pas. La respiration se fait calme, plus profonde. Il avance précautionneusement sur le petit sentier, s’incline ou lève la tête à tout moment devant la majesté de certains arbres, la beauté des fleurs : « On dirait que c’est peint à la main », observe-t-il sans cacher son étonnement en prenant délicatement un pétale entre ses doigts. « Pour moi, venir ici, retrouver un contact intime avec une nature luxuriante, c’est comme visiter un musée ou m’aventurer dans la jungle. Dans les deux cas, on doit y faire son chemin dans le silence. »

« Le rôle de la couleur dans la nature, ces pigments de vie et de mort, tous ces pièges tendus, cette séduction. Peut-on croire être vraiment capable d’en reproduire toutes les nuances? C’est impossible! » Au cours de notre promenade cet après-midi-là dans le Jardin aux mille merveilles en plein cœur de la ville, il a fait preuve d’une bonne humeur débordante. D’un certain bonheur de vacances. L’ambiance chaude et douce des serres le réconfortait. Brutalement, le bananier, caché au milieu d’autres arbres et plantes exotiques, a imposé sa présence par ses feuilles énormes : « Je sais faire les bananes frites, tu sais », s’est-il exclamé, gourmand. Et il a poursuivi : « La première fois que j’ai vu un bananier, j’ai été impressionné qu’un arbre apparemment sans force puisse supporter, sous ses longues feuilles, le poids de tous ces fruits regroupés. » Les réminiscences gustatives et visuelles ont cédé la place au lyrisme. « Le rôle de la couleur dans la nature, ces pigments de vie et de mort, tous ces pièges tendus, cette séduction. Peuton croire être vraiment capable d’en reproduire toutes les nuances? C’est impossible!» Il se revoit au cœur de la forêt tropicale, la vraie qu’il a bien connue. Tout lui est souvenir. Il ne tarde pas à me faire remarquer un pélican sous la forme d’une fleur; un sexe féminin sous la forme d’une autre. Il ne tarit pas d’éloges L’éclosion de l’oiseau en fleur, 14 x 11 po, acrylique sur toile, carsonisme Collection privée

Profile for Charles Carson

L'Art De Vivre - Charles Carson sa vie son oeuvre  

Anne Richer nous révèle un être surprenant et attachant. Un peintre sans frontière, né au Québec, qui a vécu 10 ans en Amérique du Sud et qu...

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