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« Il faut d’abord comprendre les gens pour qu’ils comprennent une œuvre. Comprendre qu’ils n’ont peut-être pas eu l’éducation scolaire, la culture familiale ou des contacts répétés avec l’art pour comparer les artistes, analyser les cheminements, les techniques différentes. » Il ne tient pas à ce que son travail reste en vase clos, n’appartienne qu’à une élite. « Je veux donner une ouverture à l’œuvre. L’ouverture nécessaire à la bonne compréhension du public.» La conscience des êtres en général tient à sa personnalité profonde, mais est aussi le résultat d’une vie en dents de scie, en déboires qui le porte à les comprendre sans effort. C’est à la fois une force et une faiblesse, peut-on penser lorsqu’on le connaît mieux. Il croit qu’il doit partager son talent et son savoir-faire avec tous ceux qui y sont sensibles. Son travail de peintre, c’est une chose, mais, lorsqu’il ne peint pas, qu’il redevient un homme « ordinaire », il écoute toutes les histoires, tous les chagrins, se laisse séduire par les larmes, fond devant la misère, pleure avec le pleureur. Est-il nécessaire de préciser qu’il a eu son lot d’entourloupes et de hâbleurs? Il tente aujourd’hui de mieux se protéger, mais la carapace est toujours douce et tendre au toucher. Au moment où il crée, un artiste participe à la beauté de l’univers. C’est un acte de communion entre les êtres humains.

meilleurs

« ...L’art doit nous rendre

Un don de rédemption. Le peintre Rouault avait une vision douloureuse de son art : « La peinture n’est pour moi qu’un moyen d’oublier la vie. Un cri dans la nuit. Un sanglot raté. Un rire qui s’étrangle.» Carson va dans la direction opposée. Il y a des moments, bien sûr, où le sens de la vie nous échappe, où la vue se brouille, où l’espoir s’effiloche. Il faut résister aux assauts du négativisme, rester vivant coûte que coûte.

Il a la tête pleine de choses à dire et n’a pas encore livré tous ses mots, comme s’il s’agissait d’une richesse inépuisable. Au début de la cinquantaine, il se sent d’attaque, régénéré par la mise au rancart des tristesses de sa vie. Il a fait ce choix, il y a relativement peu de temps, de travailler sur le bonheur, sur son bonheur, de rester lové dans une bulle rose et douce. Le diable emporte la notion que les artistes ne peuvent créer que dans la souffrance, ou dans l’orgueil même, tout concentrés sur le paraître! Il jette un sort aux défaitistes. Et tant pis s’il n’est pas compris au premier regard. Il prend sa revanche avec ceux qui tressaillent devant un tableau et qui rendent grâce à l’artiste, à leur manière, en choisissant de l’emporter chez eux, dans leur intimité. Alors, il peint. La nuit de préférence. Il n’a pas besoin de paysages, de modèles vivants, ni de cartes postales. La lumière

Transparence aquatique, 40 x 12 po, acrylique sur toile, mosaïque

« Je veux apaiser avec ma peinture. J’aimerais consoler celui qui est triste, lui redonner le goût de vivre. L’art doit nous rendre meilleurs, avec toute la passion de la vie, toute l’énergie du possible. »

Profile for Charles Carson

L'Art De Vivre - Charles Carson sa vie son oeuvre  

Anne Richer nous révèle un être surprenant et attachant. Un peintre sans frontière, né au Québec, qui a vécu 10 ans en Amérique du Sud et qu...

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