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A rs

sur Formans

Un e grande histoire !


A r s - s u r - F o r m a n s - Une grande histoire !

Chapitre

III

Un patrimoine vivant Difficile d’évoquer le patrimoine du village en quelques pages synthétiques… D’autres ouvrages plus spécialisés l’ont déjà fort bien réalisé, et analysé en profondeur les aspects artistiques de la basilique.

CC

ette partie survole l’ensemble que représente le patrimoine civil et religieux à partir de quel­ ques dates, ou en référence à des hommes, des arti­ sans, des artistes, des cartes postales anciennes, ou quelques coups d’œil, comme celui, par exem­ ple, de la pose du premier moellon de la crypte souterraine !

Ars-sur-Formans. 1 300 habitants, 525 000 visiteurs en 2010. Tout le monde savait confusément que le saint curé attirait les foules. Bénis soient Ain Tourisme et son éco-compteur. La multitude est désormais quantifiée. Avec plus d’un demi-million de passages enregistrés, la basilique d’Ars devient officiellement le premier site touristique de l’Ain. (Extrait d’un article du « Progrès » publié le 17 avril 2011).

LES ÉDIFICES RELIGIEUX

S a i n t -S i x t e ,

son histoire

L’ancienne et modeste église d’Ars se rattachait au type des églises romanes de l’Ain. L’église d’Amareins, près de Montmerle, nous donne un aperçu de sa construction primitive. De l’église du XIIe siècle, il ne subsiste que la travée du chœur. Ses murs latéraux étaient construits en galets et moellons de calcaire. L’édifice en pierre était restreint, « d’une largeur de 17 pieds côté évangile et 34 côté épître, éclairé par deux hautes fenêtres en face à face ». Un clocher carré, bas, s’élevait au-dessus d’une voûte hémisphérique, soutenue par quatre arcs en pierres blanches des bords de Saône.

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L’église d’Amareins.

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 essin illustré de la basilique d’Ars D (réalisé par M. Defrance).

Reconstitution de l’église primitive d’Ars.

B

Une donation en guise d’acte de naissance Ars faisait partie des neufs archiprêtrés de Lyon. Vers 980, Saint-Sixte apparaît dans un acte qui fait état d’une église avec un curtil (verger), une vigne, une verchère (champ à l’arrière), livrée à l’abbaye de Saint-Martin d’Ainay, existant depuis 859.

Saint Sixte : un pape Arrêté en 258, Sixte II fut enfermé dans les geôles de Mamertine, à Rome, où s’étaient trouvés Vercingétorix, saint Paul, saint Pierre... La tradition nous dit qu’il fit jaillir une source pour baptiser ses compagnons d’infortune en prison.

M Bannière de Saint-Sixte.

La paroisse, convoitée par l’abbé de Cluny… La paroisse, grâce à ses terres fer­ tiles, devenait florissante. Les moines du chapitre de Saint-Étienne (appelé ensuite Saint-Paul) détenaient de nom­ breuses parcelles, cultivées par les pay­sans. L’abbé de Cluny venait de fonder le prieuré Montbertoud, à Savigneux, et souhaitait y annexer Saint-Sixte. Il s’était adressé à Pascal II, le pape de l’époque, afin d’appuyer sa volonté. Mais Hugues Ier, l’archevêque de Lyon, n’a jamais souhaité se défaire d’Ars. En 1184, grâce au soutien de Frédéric Barberousse, les chanoines prirent un titre comtal.

N Ruines de l’arche du cloître de Saint Étienne / Lyon 5e.

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L’implantation des chanoines en Dombes et à Ars

abandonnée au profit d’une autre possession, appe­ lée « la grange Paul », située au nord au quartier du Trève. Agrandie, elle fut transformée en une grosse bâtisse fortifiée. Il en restait quelques vestiges avant l’élargissement de la route 904.

Ils étendirent leurs possessions jusqu’à 52 vil­ lages en Dombes, organisèrent 32 mansions pour gérer l’ensemble de leurs biens. L’une d’elles était établie à Ars, à proximité de l’église. Dans cette structure, se tenait un chanoine obédiencier, un pro­ cureur fiscal, un capitaine châtelain, un juge, un greffier. La mansion était un organe de gestion des extensions du domaine d’un chapitre. Celle qu’Ars avait en responsabilité se situait du bief du Morbier jusqu’à la Saône. Cette première maison curiale fut

La dîmerie Les paysans locaux l’appelaient « la Dîmerie », lieu où ils reversaient aux chanoines le dixième de leur production, en nature ou en journées c­ orvéables. C’est ce nom qui est resté dans les mémoires.

Afin de nous faire partager sa vision de l’époque, le père Nodet n’hésitait pas à se transformer en un remarquable conteur.

V L’abbé Nodet.

En voici un extrait : « […] Avant l’An 1000, le vénérable chapitre de Saint-Étienne à Lyon choisissait chaque année avec soin, l’un de ses chanoines, pour se rendre en “province” […]. C’est ainsi qu’un beau matin […] le bâton à la main, la sacoche pleine de parchemins à l’épaule, la prière aux lèvres, l’un d’eux a pris les chemins pour les terres des Sireries de Baugé, de Villars, vassaux des Comtes de Savoie et de l’Empire, avec Saint-Sixte et Ars sur sa route. En quittant Lyon, il remonte un bon chemin passant a sinistra le long de la douce et large “Sagonna”. Au bout de huit lieux et trois belles courbes, il parvient à “Trévoos”, dominé par une colline ­sauvage. En le dépassant, il repère un petit cours d’eau le “Folmoda”, oblique et le suit à contre courant pendant une bonne heure, pour découvrir après un “pont renversé” les ruines abandonnées d’une vieille forteresse burgonde. Plus loin encore, sur une légère élévation du côté de bise, un petit hameau composé de deux ou trois granges de propriétaires, de trois ou quatre fermes de serfs, dominés par un monticule appelé “Moncho” sur lequel s’élèvent une minuscule église et une m ­ aison curiale en pierre […]. »

Deux communautés distinctes En 1094, un nouveau concile se tint à Autun. Les communautés religieuses durent abandonner les charges paroissiales à un chapelain qu’ils devaient nommer comme desservant indépendant. Un pres­ bytère, un pâturage, deux verchères attenantes lui étaient réservés.

Un tiers des revenus de la dîmerie devaient lui être reversés, outre les cens et fermages provenant de biens ecclésiastiques. Rien ne se fit… Un nouveau chapelain, Jean d’Ars, s’adressa alors aux moines de l’abbaye de l’Ile-Barbe : il leur légua les propriétés de l’église Saint-Sixte d’Ars. Les chanoines comtes effectuèrent une contre-proposition pour garder Saint-Sixte dans le chapitre. À la même époque, un autre chapelain d’Ars décida de faire hommage de ses terres paroissiales au sire de Beaujeu, qui s’ins­ talla en Dombes et au château d’Ars.

En 1215, la situation du chapelain d’Ars était c­ atastrophique et il s’en confia à Renaud de Forez, qui rendit jugement : les deux tiers de la dîme reste­ raient aux chanoines obédienciers, mais ils seraient responsables des gros travaux d’entretien de l’église.

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Un patrimoine vivant

N Cathédrale St Jean à Lyon : vitrail de Renaud de Forez, archevêque-comte de Lyon.

V Ancienne partie de l’église datant du XIe siècle.

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Chapitre

VI

U ne vie spir ituelle in tens e

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est au travers des chapelains, des chanoines ayant vécu au village que nous est parvenue une partie de l’histoire du village et de ses habitants. Par un rude matin d’hiver 1818, il est arrivé à Ars… Par son influence bienfaisante, il l’a métamorphosé, donnant à ce petit village dombiste une notoriété internationale. Son nom : Jean-Marie Baptiste Vianney. Des religieux ont rejoint le village, amené avec eux l’histoire de leur communauté. Ars est devenu un haut lieu de spiritualité où de nombreux pèlerins, venant de tous horizons, sont accueillis.

V Les deux mains jointes du curé d’Ars.

Depuis très longtemps, les moines se sont établis en Dombes. Auparavant installés à proximité de l’église, ils avaient rejoint d’autres bâtiments leur appartenant, au nord du village, que l’on appelait « les granges Paul » ou « dîmerie », dans le quartier du Trève. La paroisse était aussi nommée « succur­ sale », terme dérivé du latin « succursus », ayant le sens d’« aide », de « support », de « secours », mais aussi de « suppléance du service ». Jusqu’à la Révo­ lution, la paroisse de Saint-Sixte fut jalonnée d’exac­ tions, de pillages, l’un des principaux enjeux étant la destruction du clocher.

N 80

Des pèlerins du 4 août 2011.


N Tabernacle torsadé réalisé à la même époque que l’autel torsadé.

V

Le presbytère.

UNE LONGUE LIGNÉE DE DESSERVANTS Du Moyen Âge au XIX e siècle En 980, un prêtre nommé Wilbert donna à l’église Saint-Étienne de Lyon – Abbaye d’Ainay - une par­ celle de terrain, un verger nommé « curtil », une vi­ gne, une église. Plusieurs des chapelains s’étaient appelés « Jean d’Ars », créant une confusion avec les châtelains portant le même nom. Avec des revenus insuffisants, la paroisse sombrait dans la misère. L’un d’eux s’en plaignit en haut lieu et les chanoines furent sommés de rétrocéder une partie de la dîme perçue, pour l’entretien de l’église ! Jean Suffra fut assassiné en 1401, et son meur­ trier jugé et pendu devant tous les habitants d’Ars (cf. chapitre « Histoire du patrimoine d’Ars »). Claude Ray, en 1614, réaménagea la cure et bâtit un nouvel autel, qui déplut fortement à ses pa­rois­ siens…

Claude Auguste Garnier : ancien chanoine de Trévoux, il édifia un autel marial torsadé de style baroque et fit l’achat du tableau de l’Annonciation, béni le 7 août 1752. En 1762, les chanoines du cha­ pitre St-Paul reconstruisirent un nouveau clocher en pierres, avec la contribution du châtelain d’Ars, qui fit ériger une tribune privée décorée au fond de la nef, comblant la trace des fonts baptismaux arra­ chés. Il donna en échange un terrain pour faire un cimetière en dehors du village. Étienne Saunier, en 1788, fut le dernier chapelain nommé par les chanoines. Il rallia en 1791 les idées de la Révolution et le député Albitte imposa aux prêtres du département de signer une déclaration d’apostasie ; Étienne Saunier livra ainsi ses lettres de

Jean Gratien Barbier, au XVIIe siècle, était connu pour avoir amplifié la fête locale de Saint-Sixte, en ajoutant la notion de « Royaume de Saint Sixte » : chaque année, deux habitants d’Ars portaient les titres de roi et de reine, avec la mission de fournir l’église en cire pour les cierges. François Hescalle : sa première action, en 1730, fut de remettre une cloche qui pesait plus de 390 kg ! Elle fut suspendue à des poutres, au-dessus du chœur, faute de clocher. En 1734, La Fête-Dieu correspondait à la SaintJean. Le chapelain avait organisé avec ses paroissiens un pèlerinage, à Fourvière, les 23 et 25 juin. Ils embar­ quèrent à Trévoux pour rejoindre Lyon par la Saône. Plusieurs confréries étaient établies dans le ­vil­lage : celle du Saint Sacrement, du Rosaire, du Scapulaire. Le desservant Hescalle avait aussi orga­ nisé l’Adoration perpétuelle.

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Vue du diorama.


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prêtrise. Un décret du 26 janvier 1794 donna l’auto­ risation à Albitte d’abattre près de 800 clochers et d’emporter plus de 1 600 cloches en fonderie, et, une nouvelle fois, celle d’Ars ne fut pas épargnée… Cette même année, tous les registres paroissiaux ­furent remis dans les mains du maire Sève. Les habitants rachetèrent tous les objets sacrés de leur église pour les protéger. Saunier devint marchand et resta à Ars. Puis Saint-Sixte servit un temps de « temple à la déesse Raison », un ancien huissier et son acolyte, un perruquier localement célèbre ré­ pondant au nom de « Bouclet », y firent des céré­ monies civiles.

Le desservant Geoffray fut en même temps insti­ tuteur et chapelain dans le village vers 1797. Mais il avait modifié la liturgie, la communion devenant un banquet hebdomadaire. Plus aucun acte ne fut enre­ gistré pendant plusieurs années. La majorité de la communauté religieuse réfrac­ taire avait émigré à Turin. Clandestinement, des missionnaires étaient envoyés dans la région. À Ars, des messes étaient célébrées la nuit dans des fermes isolées, comme celle de l’Époux, chez les Dutang, ou au château, où la population discrètement infor­ mée se retrouvait.

Au début du XIX e siècle En 1801, un concordat avec le pape reconnut le catholicisme comme religion majoritaire. Frère Lecour, en 1801, chartreux et missionnaire, s’était établi dans le presbytère délabré d’Ars, avec deux autres locataires. Avec l’aide de la famille Des Garets, le frère réparait les dommages les plus im­ portants, en réutilisant les matériaux détruits, restés sur place… Une sorte de clocheton en bois fut éle­ vée avec une cloche qui sonnait terriblement faux, qui fut appelée « le grelot ». En 1803, des orne­ ments liturgiques furent achetés par le conseil muni­ cipal, rangés dans deux cassettes à la sacristie. L’autel était branlant, le grand tableau de la Sainte Vierge endommagé, les bancs cassés, le confession­ nal, en vieilles planches, installé à côté du petit porche. Il fallait restaurer, et tous les propriétaires aidèrent la mairie à prendre en charge les frais. En 1805, la paroisse d’Ars se retrouva sans des­ servant car frère Lecour avait rejoint Mizérieux.

C’est Mademoiselle d’Ars qui effectua quelques jours plus tard le déplacement vers le diocèse de Lyon pour demander à ce qu’un nouveau desser­ vant fût envoyé à Ars.

Le desservant Jean-Marie Vianney (1818-1859)

Un an plus tard, le chapelain Berger s’installa à Saint-Sixte. Mais, en 1807, la paroisse d’Ars perdit son statut de succursale et toute aide financière. En 1809, nouvelle réunion des habitants et du conseil : une contribution fut votée pour maintenir le chape­ lain Berger dans la paroisse d’Ars. Le chapelain et 85 habitants du village se sont rendus à Trévoux pour recevoir la confirmation des mains du cardinal Devie, qui fit le déplacement. En 1817, le chapelain quitta le village.

V Portrait authentique du Bienheureux Jean-Marie Vianney. L’histoire nous dit qu’il serait arrivé au village, un 9 février 1818, un curé bâtisseur : Jean-Marie Vianney. Saint-Sixte et le village d’Ars en furent complètement transformés. Quel être singulier se trouvait en ce curé ? Quelles traces en reste-t-il dans la mémoire collective ? Qu’ont dit ses contempo­ rains, mais aussi ceux qui ont repensé à son par­ cours ? On a dit de lui qu’il était aussi un homme « social »…

Le chapelain Deplace le remplaça en décembre 1817. Âgé de 27 ans, ancien grognard de Napoléon, il décéda le 21 janvier 1818. Accident ? Maladie ? Nul ne sait…

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Une vie spirituelle intense

Le saviez-vous ?

Polémique autour d’une date de naissance… Le 13 avril 1849, frère Athanase écrivait à son supérieur : « M. le Curé est né en 1786, le 3 mai, selon lui-même ». Mais Mme Ricotier affirme qu’il est né le 5 mai 1786. « Selon le frère de M. Vianet (sic), ce dernier est né le 8 mai 1787. » Dans un autre document adressé au siège épiscopal de Belley, on trouve : « Jour et an de naissance : le 8 mai 1788 »… Les actes paroissiaux de Dardilly indiquent que « naquit à Dardilly, Jean-Baptiste Marie Vianney en date du 8 mai 1786 », comme Catherine Lassagne, née le 8 mai 1806 !

N Le saint curé vieillissant.

Portrait

« Était-il un grand homme ? », s’interrogeait le père Druguet

• Taille : 1,60 m. • Cheveux et sourcils noirs. • Front rond et couvert. • Yeux roux (sic). On dit que le saint curé avait les yeux bleus, mais les archives militaires ont inscrit la couleur « roux »… • Bouche grande. • Menton petit à fossette. • Visage rond et coloré.

Assurément non, « car rien n’en est plus éloigné ». Mgr Trochu nous avait bros­ sé son portrait : « Un front haut, large et clair ; des arcades sourcilières proé­mi­nen­ tes : deux yeux bleus d’une vi­ vacité étrange, surnaturelle et d’où jaillissaient des regards candides mais profonds, intenses et scrutateurs. » « Jean-Marie Vianney fait figure de démuni », nous di­ sait encore le père Druguet.

laisse entrevoir le jeune homme qu’il fut, alors qu’aujourd’hui il ne nous reste que des représenta­ tions d’un vieillard amaigri et malade. En 1846, un libraire s’apprêtait à publier ses ­sermons, d’autres tentaient de lui soutirer ses textes. L’évêque de Belley protégea Jean-Marie Vianney. Il dissuada tout le monde, évoquant « trop d’erreurs, de fautes de français… ».

Originaire de Dardilly, il était peu instruit à cause du manque de maître dans le village de 1789 à 1803… Il n’apprendra à lire qu’à plus de 17 ans… Même l’orthographe de son nom de famille n’est pas fixée : Vianey, Vianet, Vianney…

« Un simple d’esprit ? Assurément non… » Au-delà de l’écrit, lorsqu’il fallait imaginer, effec­ tuer des transactions, communiquer avec les hom­ mes de son temps, financer ses projets, Jean-Marie Vianney était très éclairé.

Jean-Marie Vianney appartenait à une famille de souche paysanne. Son père, Mathieu, s’était marié à Marie Béluse le 11 février 1778, à l’âge de 27 ans, ils eurent six enfants, Jean-Marie était le qua­trième. Marie Béluse animait de sa piété toute la maison­ née. Son père aurait eu un caractère plus rude, mais de solides habitudes chrétiennes.

« Un homme doté d’humour ! » - « Mon bon curé, vous me permettrez bien de célé­ brer la messe dans votre église ? », lui demanda l’évêque de Belley, en visite à Ars. - « Monseigneur, je regrette que ce ne soit pas Noël pour que vous en disiez trois », répondit-il aima­ble­ ment

Aujourd’hui, on dirait peut-être que Jean-Marie Vianney souffrait de dyslexie… Il s’aidait cons­ tamment de sermonnaires pour puiser une matière écrite correcte. En 1806, Jean-Marie Vianney avait 20 ans. Le signalement de la conscription nous

Pendant les inondations du mois de mai 1856, le curé, trempé, se mit au confessionnal. Plus tard, quand il revêtit les ornements sacrés, on le pressa de se changer : « Laissez, laissez donc ! Cela prouve que je ne suis pas de sucre ! », répondit-il.

V

Le père Druguet.

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A r s - s u r - F o r m a n s - Une grande histoire !

Chapitre

VII

Ensemble en association

P P

artager des projets fait partie de l’histoire d’Ars. Voici longtemps que les habitants ont pris l’habitude de s’associer pour : • se rencontrer à la veillée, « casser des noix et faire de l’huile », bâtir des infrastructures communes, du temps du curé d’Ars, • aller danser sur le plâtre au XIXe siècle, • fêter la Légion d’honneur de l’un de ses maires, à la maison des frères, vers 1860, • se rejoindre lors des réunions de confréries, du temps de François Hescalle, au XVIIIe siècle, • rencontrer les amis du jumelage en Allemagne, connaître d’autres habitudes, • faire du sport, • fêter ses conscrits…

« DES PROJETS ENSEMBLE » Quatre fêtes rassemblaient les villageois d’Ars tout au long de l’année : la Saint-Sixte (6 août), la Saint-Blaise (3 février), Mardi gras, le « Mai ». Au XIXe siècle, des vogues se sont développées, et ces moments festifs étaient courant avant 1870. À l’initiative des cabaretiers, les habitants organisaient régulièrement, à la belle ­saison, des bals « sur le plâtre », à l’arrière de l’église. Ils louaient les services de violoneux itinérants.

L’habitude était de faire le tour des maisons du ­village, en fin de journée, de ramener les villageois jusqu’au plâtre et de danser une partie de la nuit. À l’initiative de l’abbé Convert, des activités ­diverses avaient été mises en place, dont l’organisation d’aprèsmidi récréatifs et d’activités théâtrales depuis les années 1900, réunissant les jeunes du ­village. Plusieurs familles ont retrouvé des photos qui retracent ces animations d’autrefois à Ars.

N

V

La troupe de théâtre des jeunes filles d’Ars. Années 1920.

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Théâtre, années 1920. V

Des

ac t i v i t é s

f e s t i v e s e t r é c r é at i v e s

Le village participait également à des corsos inter-villages, comme la présentation du char de l’apothéose du blé, dans les années 1940.

Plus tard, dans les années 1950, M. Hyvrard, M. Rongeon, l’abbé Chanel… relancèrent les acti­vités théâtrales, et la troupe constituée des jeunes du village eut beaucoup de succès. Elle donnait des spectacles à Ars mais aussi dans les ­villages environnants.

V Pièce jouée en 1930 sous la direction du Vicaire Lestievant.

VPromenade à vélo. 111


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L e s AA

à

L’antenne des Alcooliques Anonymes fut créée à Ars le 23 septembre 1991. Elle regroupe des hommes et des femmes qui partagent leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leurs difficultés communes. Vous pouvez vous procurer leur planning en mairie. « Par tradition, les Alcooliques Anonymes n’acceptent ni ne sollicitent aucun appui financier de sources extérieures, et les membres protègent leur anonymat personnel dans la presse écrite ou parlée ainsi que dans toute autre apparition publique. »

Ars Le saviez-vous ?

Le premier groupe AA est né aux USA, en 1935, de la rencontre de deux alcooliques que leurs médecins considéraient comme condamnés : Bob et Bill. Ces derniers étaient persuadés qu’en partageant leur expérience ils pourraient acquérir plus de force pour se rétablir dans l’abstinence d’alcool. Le nombre de ­ groupes AA se monte aujourd’hui à plus de 166 000 !

L’ a s s o c i at i o n

de chasse

régulation de l’équilibre entre faune dévastatrice (sanglier), nuisibles (corbeau, ragondin...) et faune habituelle du biotope communal et de prélèvements bien gérés. « Mieux faire connaitre la vocation contemporaine d’une société chasse au-delà des clichés dépassés, assurer chacun du désir de tout chasseur de s’inscrire dans une démarche responsable sur le terrain, et tout autant amoureux de la nature que peut l’être le randonneur ou le promeneur ».

Créée en 1944, l’association souhaitait mettre un cadre et un règlement au fonctionnement d’une société de chasse. Présidents successifs : Jean-Claude Cinier, Antoine Mandy, Jean Cinier, Olivier Des Garets et Raymond Lagrange. Monsieur Roger Gillet, garde-chasse, soutient l’acti­ vité de l’association Celle-ci appartient à la GIC, groupement effectuant le comptage du gibier, les quotas de prélèvements annuels. Nous souhaitons développer la faune des souches sauvages locales, protéger leur environnement, reboiser les haies pour favoriser le repeuplement de la faune. Nous voulons transmettre les valeurs de la société de chasse à de jeunes adhérents, celle d’une

V Tir au pigeon d’argile en 1992.

N

Remise des coupes : l’association de chasse organise un concours de pétanque en avril 2011.

114


Le

s o u d e l ’ é c o l e p u b l i qu e

Association créée le 2 mars 2009. 16 personnes se sont très vite retrouvées au conseil d’administration autour de Biersel Wiewiora. De nouveaux parents, à chaque création de classe, se sont investis. La présidente actuelle est Géraldine Chavrondier. Les manifestations : fêtes de Halloween, de Noël, Mardi gras, tombola annuelle, fête de l’école en juin… et organisation de manifestations externes (concert d’accordéons, week-end théâtral, classe de découverte…). « Notre association est active et partenaire du bien-être des enfants au sein de l’école. Nous essayons de contribuer au mieux-être à l’école, au plaisir d’apprendre dans de bonnes conditions. »

L e G ro u p e m e n t

des

La

ca n t i n e d ’A r s

Créée le 22 décembre 1993, notre association gère la cantine des deux écoles d’Ars. Plusieurs personnes ont marqué l’association : Nelly Lagoutte et Claire Vandecrème, Philippe Cinier. Actuellement, le président est Fabien Allois. « Nous employons six personnes afin de permettre aux enfants, chaque jour, de manger dans les meilleures conditions possibles. »

A rt i s a n s C o m m e r ç a n t s

En décembre 2006, des artisans soucieux de pouvoir réunir les différents métiers de la commune ont décidé de créer le Groupement des Artisans Commerçants (GAC), la précédente union commerciale n’étant plus active depuis des années. Dès sa création, la très grande majorité des artisans, commerçants, agriculteurs de la commune ont rejoint le GAC, et forment aujourd’hui une grande équipe. Le Forum des métiers en est la manifestation principale, en présentant les métiers exercés sur la commune ainsi que des métiers parfois disparus ou inconnus du public. Grâce au Forum des métiers, le GAC a été à plusieurs reprises primé par la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ain, lors du Challenge départemental des unions commerciales. « La vocation de l’association est de donner la possibilité aux jeunes du village d’aller à la rencontre des artisans, commerçants, agriculteurs, de découvrir leur métier en situation, d’établir des échanges conviviaux de proximité. Cette année, nous avons présenté des métiers d’autrefois, exercés à Ars. » Les présidents successifs : Vincent Morel, Éric Parpillon.

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V Le forum en 2011.


A r s - s u r - F o r m a n s - Une grande histoire !

Chapitre

X

Album des familles d’Ars

CC

es photographies anciennes nous montrent toute une époque, des habitudes d’autrefois, la vie quotidienne de nos aïeux. Outre ceux des membres de nos familles dispa­ rus, ce sont d’autres visages qui apparaissent, ceux des voisins, des amis, avec une maison, une rue à l’arrière, un commerce, la basilique, une voiture…

Les photos de mariage permettent de découvrir toute une époque de relations entre les habitants, des familles sur plusieurs générations, de se faire aussi une idée de leur façon de s’habiller, de se coiffer… Pour retrouver la mémoire du passé du village, ses aînés se sont rencontrés, ont livré leurs souvenirs. Ceci nous a permis de retrouver l’atmosphère des époques passées…

V Un après-midi pour se souvenir !

Grâce à de nombreux témoi­ gnages et aux ­ photos des collec­ tions privées, il s’est ouvert une lu­ carne sur Ars et son passé. Des rencontres ont été organi­ sées à Ars – ici chez «Nénette» (Antoi­nette Sandron) – afin de par­ tager et recueil­lir des informations sur la vie quotidienne d’autrefois. La ferme natale de Catherine Lassagne (Aujourd’hui Mai­ son Guichard). D’autres rencontres ont eut lieu au café, en cheminant dans les rues, autour des archives du villa­ ge, en feuilletant des albums chez les parti­ culiers, dans la campa­ gne… Ce chapitre s’est nourri de ces échanges.

V 162

L’invitation à se souvenir.


M La ferme natale de Catherine Lassagne, aujourd’hui maison Guichard.

LA VIE QUOTIDIENNE AUTREFOIS

« À

l a f e r m e , e n fa m i l l e  » À cette époque, la situation la plus fréquente était celle où toute la famille était engagée, chacun de ses membres à la mesure de ses forces et de ses compé­ tences, dans les diverses tâches. Durant la première partie du XXe siècle, les enfants d’Ars étaient scolarisés, mais les filles quittaient l’école plus vite, mal­gré les compétences qu’elles au­ raient pu dé­velopper.

« On ne concevait pas autrefois qu’une ferme ne soit pas portée par un couple. Un accident, une maladie, un décès créaient un déséquilibre ; c’était à ce moment-là que jouait la solidarité du village et des autres familles agricultrices. On vivait ensemble. » (Paul Cinier) « Il existait une trentaine de fermes à Ars au ­début des années 1950 et dans l’immédiat après-guerre. » Au village, la vie de la ferme était rela­ti­vement sem­ blable à ce qu’elle était à la fin du XIXe siècle.

Travaux à la ferme en 1935 – Entraide des agriculteurs pour les travaux de battage. « Chacun y avait son rôle, des plus anciens aux plus jeunes. » (Raymonde Cinier, septembre 2011).

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V Famille Jean-François Cinier avant 1914.

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VArs au début du XXe siècle. À droite la lessive de l’un des hôtels.

Plusieurs générations pouvaient vivre sous le même toit, ou bien les anciens n’étaient jamais bien éloignés. Encore fondée sur des valeurs séculaires, les familles rurales des années 1940, 1950 et 1960 témoignaient d’un grand res­ pect pour les anciens, qui étaient accompagnés jusqu’à la fin de leurs jours : « Même diminués ou malades, ils gardaient leur place à la ferme. » Les aînés étaient la représen­ tation même de l’attachement familial à la terre. La famille Briel. M

M. Jean-Claude Dupont, agriculteur et maire.

N



Aux

champs

Remembrement des terres

« Pour délimiter les propriétés, les anciens les marquaient avec des fossés, des talus, des haies, souvent les trois en même temps ! » C’était d’abord pour des considérations d’ordre pratique. Par exemple, la haie donnait du bois de chauffage et du bois d’œuvre. Aux bêtes, elle fournissait de l’ombre en été, des abris durant les pluies, un peu de nourriture en cas de pénurie. Dans les haies, les a­ nciens avaient greffé des pommiers sauvages, des aubépines, des merisiers. « Ils ont planté aussi des arbres fruitiers dans les angles mal taillés de ­certaines parcelles ! ».

« C’est notre génération, née avant-guerre, qui a vu les changements les plus lourds de conséquences pour l’avenir. » « Jusqu’en 1960, on travaillait sur des propriétés assez morcelées, bien moins d’un hectare… Au fil des héritages, les parcelles ont été partagées entre les enfants. » « On voyait aussi comment les mariages, les échanges entre voisins, tendaient aussi à reconstituer des parcelles un peu plus grandes. » (octobre 2011).

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Album des familles d’Ars

Les animaux, force motrice agricole Anecdote

« M. Perrier remontait régulièrement le chemin du Tonneau avec son chargement de foin pour rejoindre sa ferme en haut du village. » « Dans les années 1950, il y avait encore beaucoup de chevaux et ils procuraient encore l’essentiel de la force motrice à Ars… »

N Une faneuse dans la cour de la ferme Sainte Anne.

N Antoine Mandy et Pierrot Drevet avec «Bijou».

V Benoît Rozier et sa charrette à foin.

« Les garçons de ferme se retrouvaient tous au café à Ars » Ils habitaient à demeure dans les fermes d’Ars, et faisaient partie de la maison, même si les différences sociales étaient bien marquées. Les gens des fermes d’Ars pouvaient offrir un refuge à cer­ taines personnes que la société actuelle n’accueillerait pas ainsi. C’était le cas des soldats mutilés qui revenaient de la guerre, des « simples d’esprit », des handicapés légers, des orphelins, des émigrés polonais... Ou­tre le lien social ou familial qui était ainsi maintenu, ces personnes trouvaient un toit et des tâches simples à accomplir, un rôle à jouer, un moyen d’insertion… « Ars vivait au son des pas des chevaux qui tiraient les tombereaux jusqu’aux fermes du haut du village. » « Les vaches traversaient tranquillement le village, c’était normal ! »

Élevage et cultures V Joseph Cinier sortant de sa ferme face à l’église. Charrette et brabant tirés par ses bœufs.

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Ars-sur-Formans, Une grande histoire !  

176 pages en couleur, plus de 800 photos et documents fournis par les habitants, cet ouvrage de la collection "Mémoire de Vies" retrace l'hi...

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