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Marennes Du côté de

Lou fil dou tan ...

®


Géographie Chapitre

III

Situation géographique n Surface : 1 244 hectares.

n Topographie

n Distances

En venant de Corbas, c’est d’un seul regard que nous admirons les deux profils très distincts : • la plaine du bassin de l’Ozon ; • les collines des Balmes Viennoises qui culminent à 366 m dont la ligne de crête délimite les départements de l’Isère et du Rhône. Admirées de loin, et permettant d’apprécier de beaux panoramas, elles sont découpées en quatre points par les combes (Louve, Endiennes, Noyon, Fausses).

• De Lyon : • De Vienne : • De Givors : • De Grenoble :

20 km 13 km 14 km 99 km

n Coordonnées • Latitude : distance qui nous sépare de l’équateur  : 45° 37’ 08’’ Nord, c’est-à-dire juste à égale distance du Pôle et de l’équateur; c’est la région tempérée. • Longitude : distance qui nous sépare du méridien 0 (Green­wich) 4° 54’ 40’’ Est. • Altitudes : de 182 m à 366 m.

Le point le plus bas.

1997. Panneaux de direction à la bascule, Camille Della Ventura installe celui de la foire !

B

V Juillet 1940, dans la plaine.

M « Le dénivelé » et l’explication des niveaux, et les points haut et bas, carte IGN, 2005. Le point le plus haut.

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n Axes routiers

Transport : • de gaz ; • de pétrole brut et de produits raffinés ; d’hydrocarbures liquides ; • d’éthylène ETEL ; • de chlorure de vinyle monomère ; • d’hydrogène. Réseau aérien : • lignes à haute tension. Au fil du temps et des phénomènes d’industrialisation et d’urbanisation, nous constatons qu’il est difficile voire impossible à l’échelon communal de maîtriser l’utilisation du sol et du sous-sol… Comme pour les découpages administratifs liés à la création des départements et des communes, nous devons vivre avec les décisions prises au niveau national ou européen. La marge de manœuvre des élus locaux est de plus en plus restreinte…

• D 150 Chaponnay / Chasse-sur-Rhône. • D 57 Marennes / Vénissieux. • D 152 Marennes / Mions. • D 149 Sérézin-du-Rhône / Saint-Pierre-de-Chandieu. • A 46 Givors / Anse. • Projet du Contournement ferroviaire de l’Agglomération lyonnaise dont le tracé est toujours à l’étude mais le passage en pointe nord-est de la commune semble de plus en plus évident. Nous vous renvoyons à la lecture de l’Association « Marennes contre les Nuisances  » pour mieux appréhender ce sujet si délicat. n Réseaux en souterrains Notre territoire est traversé par des réseaux de transport d’énergie et de matières dangereuses.

N 2009. Nous aimerions mieux voir ces routes loin de chez nous et cependant, comment vivre aujourd’hui sans elles ?

Et comment nos anciens auraient pu imaginer ce trafic ? Jean Rogemond en 1930.

B

n n n

Approche géologique Pour découvrir la structure des sols à Marennes, pour mieux connaître la terre de nos jardins et le plancher des vaches…, nous pouvons nous appuyer sur différentes études techniques qui ne manquent pas. Mais nous voulons rester concrets et proches de nos centres d’intérêts marennois.

loin­taines... et pourtant ! Elles ont laissé leur empreinte, leur signature, à des centaines de mètres en sous-sol mais aussi devant nos yeux, tous les jours. Tentons de les explorer à travers quelques souvenirs d’« un Voyage à 2000 m sous la terre ».  « La géographie ne sert pas seulement à faire de la géopolitique ; cela sert aussi, pour tout un chacun, à admirer davantage de beaux paysages, en comprenant mieux comment ils sont construits. » Yves Lacoste

Nous avons tous appris à l’école les ères géologiques déroulées sur plusieurs millions d’années. Elles nous paraissent peut-être encore énigmatiques ou trop

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Les nappes souterraines qui se renouvellent et les sources nombreuses sont une richesse exceptionnelle.

Structure des sols Deux types de formes de relief caractérisent la com­ mune :

Les galets déposés par le Rhône lors du retrait de la mer pliocène (-2 millions d’années) sont des matériaux de construction (Lieu-dit : La Gravière, à l’emplacement du giratoire de l’A 46).

n La plaine au nord Plateau recouvert d’alluvions récentes, (limon argileux tourbeux) en surface ou à faible profondeur, peu perméables, plus ou moins calcaires, résultant de la trituration des roches par les glaciers. Elles surmontent des matériaux fluvio-glaciaires très perméables (graviers) au voisinage d’une nappe souterraine (de 1 m à 15 m de profondeur). n Les collines du sud Puissantes formations de molasses (marnes, sables, calcaires coquilliers très riches en coquilles fossiles) recouvertes d’un placage de limons fins (lœss) assez décalcifiés (sols acides) et de colluvions (lœss et moraines : débris de roches entrainés par les glaciers). Ces molasses contiennent, comme la plaine, des réserves en eau. Quelques formations de sables calcaires ou micadés accompagnent les combes et découpent les balmes.

V Pierres grelots trouvées dans les combes… Glaise durcie emprisonnée à l’intérieur.

Le sable descend des collines lors des grosses pluies. Les Marennois le recueillaient dans le lit des rivières pour faire les semis et pour préparer le mortier. Les molasses sont utilisées également comme matériaux de construction : soubassement, linteaux et jam­bages, pierre d’angle (-10 millions d’années).

Ces deux types sont bien marqués et résultent de l’effondrement rhodanien lors de la formation des Alpes, et des glaciations ultérieures. Ils sont « assis sur le plancher », le socle des roches magmatiques, enfouies plus ou moins en profondeur. Ces roches n’affleurent pas sur le territoire de Marennes, mais elles sont très peu enfouies chez nos voisins, à Saint-Symphoriend’Ozon. Dans le passé, elles ont été exploitées ; nous en reparlerons dans le chapitre sur l’habitat parce que nous les voyons dans nos maisons.

Présence de houille dans la région comprise entre Saint-Etienne et Lyon (à l’ère du carbonifère : -400 millions d’années).

n Quelles sont les conséquences de cette

structure des sols ? La présence de limons (ère wurmienne, de -75 000 à -100 000 ans) crée la fertilité de la plaine : terre franche constituant de beaux terrains agricoles. Cette terre a permis, pendant des siècles, la construction des maisons en pisé (par simple séchage). Lorsque la composition est plus argileuse, elle a permis la fabrication des tuiles ou briques (avec cuisson). Nous avons encore le lieu-dit Tuilerie et Fausses.  LIEU-DIT Fromental Aiguebelle L’Ozon Eclergère et Lavaque Marais Gravier, Pillon Prairies Magdeleine

OBSERVATION Terre franche, légère Limono-argileux 30 % argile, humus Terre franche, peu d’argile Argileux, humide Terrain plus séchant Argile blanc, humide

V Encadrement en molasse. Maison Franck Jacquier.

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Géographie

n Des mines à Marennes

Sur la zone de Mions et Marennes, environs 1 000 ha, « l’épaisseur moyenne de charbon est de 3 mètres ce qui permet d’estimer 30 millions de tonnes, mais il faut réduire ce chiffre, car on ne peut exploiter des couches ayant moins de 0,60 mètre d’épaisseur. On arrive donc à une richesse de 15 à 20 millions de tonnes situés entre 400 et 600 m de profondeur ». Les sondages ont cessé en 1925 après le deuxième sondage de Chaponnay, arrêté dans le houiller à 1 001,50 mètres de profondeur. Ils furent très intéressants du point de vue de la connaissance des sols mais l’exploitation des gisements s’est révélée impossible car non rentable.

Combustible principal à partir du XIXe siècle, « le charbon de terre » a remplacé le bois et permis l’essor industriel de l’Europe.

«D

ans la gravière, on pouvait extraire jusqu’à 7 m de profondeur ensuite l’eau de la nappe arrivait, les joncs poussaient au fond. » « Pour boucher les trous dans les écuries ou dans la cour, on allait chercher dans les collines un mélange de terre et de graviers. Bien compacté, ce mélange devenait très dur en séchant… C’était avant le ciment ! » 

V Emplacement des sondages miniers : Terre-Dieu, Faisselle, Village (2), Marennes-Sud.

La proximité du bassin houiller de Saint-Étienne a constamment retenu l’attention des ingénieurs des mines et des compagnies minières. L’hypothèse que ce bassin affleurant entre la Loire et le Rhône jusqu’à Communay (Ternay et Communay sont les deux concessions houillères du département de l’Isère dans les années 1886) sur une longueur de 52 km environ, qui devait se poursuivre plus à l’est sous les morts-terrains* tertiaires ou secondaires du BasDauphiné, fut à l’origine de nombreuses prospections. Dans le but de découvrir des gisements importants, ces compagnies minières n’ont pas ménagé leurs efforts : 34 700 mètres ont été sondés pour un coût de 20 millions de francs-papier. Aujourd’hui, le coût de ces travaux s’élèverait à 65 millions d’euros ! Le périmètre des sondages incluait une douzaine de communes dont Marennes, Simandres, Chaponnay, Toussieu, Saint-Pierre-de-Chandieu, Mions… jusqu’à Genas, Décines… Les résultats sont conservés au Bureau des Recherches géologiques et minières. On peut distinguer plusieurs périodes de recherches qui se sont étalées sur 80 ans ! Elles ont été réalisées par des compagnies minières. En avril 1921 est instituée une concession en faveur de M. de Renéville qui sera cédée en 1922 à la Société des Mines de Marennes !

V Légende du schéma de la terre végétale. Litière : plantes, feuilles mortes, déchets et animaux vivants. Humus : terre riche en matières organiques. Sol : pauvre en humus, avec peu de trace de vie, gravier blanc et rouge, terre argileuse ou calcaire, terre à pisé, puis de moins en moins de terre, de plus en plus de cailloux. Sous-sol : bancs de graviers, puis roche mère (100 % minérale, sans air, sans vie). (Académie de Dijon, Ch. Genty.)

*Mort-terrain : terrain qui ne contient aucune matière utile et qui augmente l’épaisseur de la couche à percer.

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CLIMAT Le village bénéficie d’un climat tempéré semi-continental avec trois influences : • Océanique : précipitations qui peuvent être impor­ tantes. • Méditerranéenne : chaleur, vents forts et pluies ora­ geuses. • Continentale : fraîcheur ou froid apporté par le vent du Nord.

Nos instituteurs d’autrefois le qualifiaient de climat « rhodanien  ». Ses caractéristiques et celles des six autres climats qui se partagent le territoire français étaient bien appris des écoliers, en même temps que les départements et préfectures (autres climats : breton, girondin, méditerranéen, séquanien, vosgien et auvergnat).

n Les températures moyennes depuis 1921 : Lyon-Bron Année 1921 1931 1941 1951 1961 1971 1981 1991 2001 2008

Janvier 5,0 2,9 -0,9 4,2 3,4 0,3 1,0 3,5 6,3 6,0

Février 2,8 2,1 4,8 5,4 7,8 3,5 1,5 2,8 6,5 6,9

Mars 6,9 6,5 8,0 6,6 8,2 3,0 10,7 10,4 11,5 7,7

Avril 9,1 10,0 9,2 11,1 13,4 12,3 11,7 10,0 10,5 11,5

Mai 15,4 16,1 11,3 13,7 13,4 15,4 14,2 13,1 17,5 17,7

Juin 18,7 19,6 18,3 18,2 18,7 16,8 17,7 18,1 18,9 19,9

Juillet 23,2 19,1 21,3 20,3 19,7 21,6 19,1 23,0 22,4 21,3

Août 19,6 18,0 18,3 19,3 19,1 21,2 20,0 23,5 22,6 20,5

Septembre Octobre Novembre Décembre Moyenne 18,4 14,7 3,0 2,4 11,6 12,4 10,6 9,0 0,5 10,6 15,6 10,2 7,3 1,4 10,4 17,8 11,5 9,4 3,5 11,8 21,1 13,2 6,0 4,4 12,4 16,2 12,4 4,5 2,5 10,8 17,7 12,7 6,1 5,0 11,5 19,7 11,6 7,4 2,1 12,1 15,3 16,5 5,3 1,5 12,9 15,9 12,7 7,9 3,6 12,6

n Observation des Marennois La fin du printemps et le début de l’automne sont généralement pluvieux.

Tableau des températures de la fête de Noël pendant la dernière décennie.

n Vents Nous subissons principalement les vents du Sud et du Nord. La « bise » nous apporte sa fraîcheur même pendant l’été ; et le vent du Sud, très fréquent tout au long de l’année, mais surtout entre octobre et mars, nous apporte quelquefois la chaleur du Sahara  : en été, il peut être « brûlant ». n Brouillard

Tableau des précipitations sur trois années, dans le village, en mm. Mois

1988

1991

J

78

143

15

F

51

263

49

M

64

80

51

A

60

31

107

M

184

6

83

J

99

83

47

J

73

25

76

A

43

19

77

Souvent en octobre et novembre. En 1971, nous avons connu un record de durée : du 12 au 19 décembre sans interruption avec une visibilité réduite à 100 mètres et même à 30 mètres. Au niveau des anciens marais, il est présent en nappes alors que le soleil brille un peu plus loin dans la plaine, loin des rivières, ou sur les collines... tous les Marennois ne sont pas à égalité…

2000

S

52

92

73

O

162

84

181

N

17

35

106

D

47

15

103

Total

930

876

968

n Exposition La plaine profite de tous les rayons solaires tandis que la partie basse des collines est exposée au nord. En partie haute, les rayons viennent de l’est et de l’ouest, mais les combes et les bois réduisent l’en­ soleillement.

n La pluviosité annuelle moyenne est

de 825 mm (données mesurées à la station de Lyon-Bron). 50


Géographie En plus de l’utilisation quotidienne du baromètre, présent dans toutes les maisons, la prévision du temps est permise par l’observation de la nature… Voici quelques dictons marennois que nous avons recueillis. Ils pourront peut-être nous aider si les services météorologiques cessent de faire leur travail ! En observant les nuages : « Quand le Mont Pilat a son chapeau, trois jours après il y a l’eau. » « Brouillard dans la vallée, va à ta journée, brouillard sur le mont (Pilat), reste à la maison. » « Les gros nuages boursouflés, clairs et souvent bordés d’une frange orangée portent le ton­nerre. » Si on entendait les lointaines détonations des camps militaires de : « Chambaran (Isère) signe de vent, pluie avant demain. » Ou de « La Valbonne (Ain) signe de bise, beau temps pour longtemps. » V En observant les animaux : « Quand les hirondelles Avant l’ère des bulletins météo, volent bas, pluie. » le baromètre est consulté quotidiennement.

n Quelques calamités au fil dou tan

V

Rose des vents. Extrait du document de COPARLY (Comité pour le contrôle de la Pollution Atmosphérique dans le Rhône, commune de Vénissieux, 2006-2007, page 6).

•1  954 : Pluies torrentielles. •1  956 : L’année du grand froid : record de températures négatives tout le mois de février. Le sol est gelé sur 80 cm. Les dégâts sont importants dans les habitations et les cultures sont anéanties. •7  juillet 1960 : « L’eau a raviné les chemins et a « emmané » la luzerne, j’ai curé le fossé de l’étang pour ­sortir l’eau des peupliers. » • 1976 : Sécheresse, la plus grave depuis les relevés (1881) qui a entraîné l’impôt-sécheresse. • 1986 : Violents orages vers 18 heures. • 1988 : Routes inondées, sortie de la combe de Fausse, beaucoup de terre sur les routes. •1  994 : Orage de grêle, beaucoup de dégâts. •2  003  : Records de chaleur, ce fut la célèbre canicule  ; mais aussi véritable déluge en décembre. • 2007 : Eté « pourri », beaucoup de pluie et thermomètre plutôt timide. • 2011 : L’été le plus chaud depuis 1900. Tous les mois excepté juillet ont dépassé la moyenne de référence. •2  012  : Le mois de février a connu 27 jours de gel sur 29 !

Des périodes longues de froid ou de réchauffement ont été bien écrites, en particulier celle dite du petit âge glaciaire entre 1550 et 1850 et seraient intéressantes à connaître pour rentrer dans le débat du réchauffement climatique, mais ce n’est pas le propos de notre livre. Contentons-nous de rappeler quel­ques dates qui ont marqué la mémoire de Marennes. • 1802 : La plus grande partie des vignes a gelé. • 1853 : Aucune récolte de raisins. • 1857-1860  : Beaucoup de récoltes perdues  : raisins, betteraves, céréales. • 1921 : Sécheresse. • 1935  : Violents orages. 30 cm d’eau dans les rues du ­village ; beaucoup de chemins ont été très abîmés. Les pompiers de Marennes sont allés vider les caves à Saint-Symphorien-d’Ozon. • 1938 : Sécheresse. • 1940 : Beaucoup de neige. « Avec des pelles et des pioches, nous avons déblayé la route de Simandres ». • 28 août 1948 : Beaucoup de grêle, tornade dans les peupliers de l’étang. « Le lendemain, le jour de l’ouverture de la chasse, du coteau, on voyait encore de la grêle au quartier du moulin. »

N Camion de ramassage du lait bloqué dans la neige, années 1960.

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V Le poids de la neige a fait des dégâts dans les installations des maraîchers.


n Les chasseurs de grêlons

les nuages de grêle viennent toujours du Sud-Ouest, Vallée du Gier, pour aller au Nord-Est de Lyon. Nous sommes donc dans une zone sensible. Le risque est accentué par la proximité de l’autoroute qui produit un nuage thermique. Sur l’axe de progression des nuages de grêle, quatre postes de canton sont installés, distants chacun de deux kilomètres environ : Simandres, Marennes, Chaponnay, Chandieu, qui sont rejoints plus tard par Toussieu. À Marennes, une équipe de deux «  chasseurs  » est constituée : ce sont Gilbert Cartelier et Maurice Perret. Ils disposent d’un lanceur et de sept fusées. Jour et nuit, ils seront pendant trois mois astreints à consulter quotidiennement la station météorologique de LyonBron afin de se préparer à toute intervention. Alerte  ! Un cumulo-nimbus orageux approche… Son altitude se situe entre 3 000 m et 8 000 m. Il peut contenir 2 000 tonnes de glace ! L’équipe est opérationnelle sur le site en trois minutes. La rampe de lancement est positionnée sur le pas de tir. Une fusée est placée. Le lancement est déclenché à distance par une impulsion électrique transmise par un câble. À 400 m d’altitude, l’ogive de la fusée prend la direction du nuage parce que l’iodure d’argent est attiré par le froid. À 1  900 m, la fusée libère l’iodure d’argent, celle-ci est aspirée par le nuage, et en moins de 30 secondes, par congélation artificielle de l’eau, un grand nombre de cristaux de glace est formé et empêche l’apparition de gros grêlons. Le nuage devient inoffensif. En 2012, Maurice Perret continue son service de protection de notre village, discrètement mais sûrement.

Souvenez-vous du 14 juillet 1994, un nuage de grêle s’abat sur le canton. Bilan : 140 millions de francs de dégâts et malheureusement une victime. Suite à l’orage dévastateur de 1994, sous l’impulsion de Jacky Poulet, président du syndicat agricole de Chaponnay, une «  brigade de chasseurs de grêlons  » est créée pour l’ensemble du canton. Une étude confirme ce que les anciens de la région savent bien :

M Sur l’agenda d’un agriculteur, nous pouvons lire ses observations pendant ce mois mémorable de l’année 1956.

NM  aurice Perret et Gilbert Cartelier, d’astreinte.

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VChasseurs de grêlons. Démonstration par M. Poulet.


Les sources

L’

eau qui circule sous nos pas, ressort en surface en de nombreux endroits du territoire. Nos anciens ont recensé au moins 14 sources qui ont un nom et qui sont bien répertoriées. (Sans compter celles qui apparaissent épisodiquement à certaines périodes de fortes pluies quand le niveau de la nappe monte ou celles que l’on fait jaillir artificiellement par le système très ancien du forage artésien). Grâce à elles, la vie des Marennois a toujours été facilitée. « La première charité d’un village, c’est sa fontaine. » Aiguebelle et Fontaine Chatal sont sans doute les plus connues. Avant l’adduction d’eau, la municipalité comptait sur elles pour la défense contre les incendies.

L’eau Notre territoire a la chance de posséder de grandes quantités d’eau de surface et une masse souterraine fort intéressante en quantité et en qualité. La vie du village s’est organisée autour de ce patrimoine naturel, pour en profiter et irriguer la plaine, mais aussi, et c’est le revers de la médaille, en essayant de se protéger de la fureur de ses cours d’eau permanents ou temporaires. À travers ce chapitre, nous allons faire connaissance avec nos rivières et les travaux récurrents que les Marennois ont dû réaliser pour vivre en bonne intelligence avec elles. n Les rivières et les sources :

au fil de l’Ozon ou au fil de La Luynes ! En croisant « les sources », nous nous rendons compte que préciser le nom et l’origine de ces deux rivières qui traversent Marennes n’est pas aisé : curieusement leur nom change au fil de l’eau et de l’histoire (Ozon, ruisseau de l’Ozon, Vieil Ozon, Canal de l’Ozon, Ruisseau des Moulins, Luynes…) • D’où vient le nom d’Ozon ? Dans son Histoire du Dauphiné, Nicolas Chorier nous dit que cette rivière avait une fâcheuse réputation : « elle doit à des marais qui s’étendent jusqu’au Rhône, des eaux qui offensent la vue et l’odorat par leur couleur déplaisante et leur odeur importune… » Chez les grecs, « ozo » signifie exhaler une odeur. Mais rassurons-nous, ces marais ne concernaient que la partie ouest de notre village ! (52 ha en 1789 sur 2 126 ha de superficie totale). Il reste aujourd’hui le lieu-dit. C’est le cas aussi pour nos voisins de Saint-Symphorien : dans les années 1930-1940, pendant les mois d’hiver, les marais portaient bien leur nom ! • D’où vient le nom de Luynes ? Selon A. de Coston, dans Origine, étymologie et significations des noms propres et armoiries (1867), Luynes provient de l’ancien français « losne » ayant le sens de rivière, cours d’eau. Ou, autre origine possible, luy proviendrait du protobasque « lohi » qui signifie limon, boue.

VL’eau nous arrive généreusement : source qui donne toute l’année, à l’emplacement des anciens marais. Remarquez la sortie de l’eau, il est dommage que nous n’entendions pas son doux murmure…

Pour mémoire, on peut dire que l’Ozon est un petit cours d’eau qui prend sa source vers 350 m d’altitude sur la commune de Heyrieux dans un secteur alimenté par plusieurs sources (zone source). D’aucuns diront que c’est à Valencin ! Affluent du Rhône, il coule sur une vingtaine de kilomètres, d’Est en Ouest en limite Sud de la plaine fluvioglaciaire de l’Est lyonnais. Sa température moyenne est de 12° C à 14° C, évitant le gel en hiver. Son niveau le plus bas (niveau d’étiage) reste soutenu pendant l’été. Son débit est pour une part importante, tributaire des apports qu’il reçoit de la nappe phréatique grâce à de nombreuses sources.

N Avant l’arrivée de l’eau courante, la pompe à godets permet de constituer des réserves d’eau dans les « tonnes », souvent utilisées pour abreuver les animaux.

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Dans le territoire de Chaponnay, une seule rivière est mentionnée : l’Ozon, alimentée par le Putaret, le Vernatel, le ruisseau du Bief. Avant d’arriver à Marennes, l’Ozon se dédouble. Au niveau de l’ancien Moulin Fromental appelé ensuite Moulin Seriziat, vers le restaurant Les Platanes, le ruisseau de l’Ozon et la Luynes sont bien visibles. Ce dédoublement n’est pas naturel, mais le fait d’une dérivation, construite de main d’homme, servant à ali­menter le Moulin, irriguer la plaine et abreuver les animaux. Plusieurs ouvrages, des van­nes, attestent de cette utilisation. Dans les archives, en 1904, nous lisons qu’une retenue d’eau est permise pour arroser la propriété communale et celle ­d’André Coursat. Ces vannes étaient fabriquées par les ­for­ge­rons du village (Jean-Jacques Bullion, 1850). En 2012, au niveau de Chaponnay, l’Ozon est dérivé en totalité dans la Luynes, son cours est ainsi asséché sur plusieurs centaines de mètres. Le «  Ruisseau de l’Ozon  » est réalimenté par des résurgences tout au long de son parcours marennois. La Luynes concentre la majeure partie des écoulements, elle prend aussi le nom de « Ruisseau des Moulins » dès la sortie du territoire de Marennes à V l’est de Saint-Symphorien-d’Ozon sur Carte de Cassini. des cartes du début du XXe siècle. La levée et

VAbreuvoir et puits près de la maison.

la publication ont eu lieu entre 1758 et 1761 et nous ne voyons qu’une seule rivière : l’Ozon…

N … cependant dans les Archives du Rhône, Dossier du Chapitre de Saint-Jean, nous avons pu prendre connaissance d’un plan de 1733. La dérivation appelée « béal » pour alimenter le Moulin de Fromental (au lieu-dit actuel : Les Platanes) est tout à fait constatable.  Remarquons le schéma de la roue du moulin, les arbres et la beauté des couleurs. Ce schéma est vieux de 280 ans !

VDe dessus le pont de la Luynes-Ozon à son arrivée à Marennes, au lieu-dit Les Platanes.

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Géographie

N Support : Carte IGN de 2005. L’ancienne dérivation de l’Ozon, creusée de main d’homme, est partiellement bouchée avant l’arrivée sur Marennes : situation actuelle sur Chaponnay, vérifiée sur le terrain.

D

ès le Moyen Âge, la force hydraulique de l’Ozon permet l’implantation de cinq grands moulins à blé à Saint-Symphorien-d’Ozon. Il en existe aussi plusieurs de petite taille. Au XVIe siècle, l’artisanat se développe grâce à la qualité des eaux de l’Ozon et la proximité de Lyon. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la blanchisserie possédée par Louis de Mélat (allié à la famille Dulaurent, propriétaire à Marennes, aux lieux-dits Paccalon, PontHaut…) connait un essor remarquable : trente ouvriers et 9 000 pièces de toile et de lin, pour devenir ensuite une fabrique d’impression sur étoffes. Au début du XXe siècle, l’électricité entraîne la fermeture progressive des moulins. De nos jours, seul le Moulin de Novet reste en activité.

Principal affluent de « l’Ozon – La Luynes », l’Inverse les rejoint au lieu-dit sous Beyron. Pourquoi l’Inverse ? C’est le seul affluent de l’Ozon qui s’écoule d’est en ouest. Il prend sa source dans le secteur sud/sud-est de Communay, au Bois Cornavan, traverse le centre de la place de Simandres, contourne la colline, arrive à Marennes et se raccorde au vieil Ozon. La Luynes et le canal de l’Ozon se réunissent à SaintSymphorien-d’Ozon au niveau de la route de Simandres vers le lotissement les rives de l’Ozon. L’Ozon se jette dans le Rhône à la hauteur de Sérézindu-Rhône dans le canal de fuite de Pierre-Bénite. Le dénivelé jusqu’au Rhône est de 150 m, soit une pente moyenne de 0,7 %.

V

Une des vannes permettant de faire monter le niveau pour irriguer la plaine.

Débits de pointe (Étude DDE du Rhône, 1997)

Combe de Fausses Combe Noyon L’inverse au lieu-dit Les Marais Sérézin du Rhône

55

T : 10 ans

T : 100 ans

2,00 m3/s 2,60 m3/s 3,00 m3/s 25 m3/s

3,10 m3/s 3,90 m3/s 4,40 m3/s


Quoi qu’il en soit de ces différentes appellations qui ont fait couler beaucoup d’encre, retenons que l’Ozon a longtemps servi de limite territoriale : frontière sud pour le pays du Velin, séparation entre le diocèse de Vienne et celui de Lyon durant le Moyen Âge. Pendant de nombreux siècles, l’été, il était une rivière limpide qui serpentait au milieu des prés et des bois, permettant le lavage du linge et la pêche. Il est classé en 1re catégorie piscicole car les eaux fraîches alimentées par la nappe accueillent quelques truites mais surtout des vairons, chevesnes, loches franches, goujons et lamproies de planer.

• la partie nord, rive droite, est constituée d’une plaine très étendue aux sols relativement perméables. En conséquence, aucun ruisseau n’y coule et il n’y a donc pas d’affluent en rive droite. 70 % du bassin sont représentés par des zones boisées concentrées pour l’essentiel sur les coteaux sud et par des zones agricoles avec un caractère de grande culture. Les crues de « l’Ozon-La Luynes » et de leurs affluents ont pu être redoutables et la prévention des inondations de la plaine et des habitations a toujours nécessité une surveillance et constitué le principal souci des responsables.

Crues et inondations au fil du temps et du territoire.

N Juin 2007. La descente des Fontagnières arrivant sur la rue centrale.

V1997. Mme Moine a longtemps parcouru les rives de l’Ozon pour pêcher de belles truites. En plus des poissons très recherchés, la seule rivière (avec le Canal de Jonage) de toute la plaine est de Lyon, était utile pour abreuver les animaux. Lors des pénuries d’eau, les habitants un peu éloignés de son cours venaient faire des réserves et emplir des « tonnes ». Nos voisins de Mions, entre autres. Les agriculteurs marennois faisaient descendre leurs bêtes vers le pont au niveau du chemin des Sables. Enfin, le sable qu’il déposait sur ses rives était utile aux maçons pour les constructions et aux cultivateurs pour les semis. L’Ozon draine un bassin versant de 101,6 km² de forme très allongée et dissymétrique par rapport à son cours parce que ses affluents sont principalement situés en rive gauche : • la partie sud du versant est caractérisée par de nombreux vallons et combes orientés sud/nord qui alimentent l’Ozon et l’Inverse. Nous retrouvons les noms déjà cités dans le chapitre des lieux-dits : Fausses, Noyon, Louve, Endiennes, Vernatelle… On peut parler de différents écoulements d’un « chevelu » hydrographique superficiel très dense ;

N

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La Luynes, véritable torrent de boue… B


Géographie N 11 juin 2007. Après l’orage de 2 heures, la boue et les graviers ont envahi la cour de M. Oriol, rue Neuve.

VAprès l’orage entre 12 et 13h le 11 juillet 2007, J.P Perret enlève les grilles pour les déboucher.

N 2008. Arrivée de la combe de Noyon, pendant un jour de gros orage…

Histoires d’eaux Répertoriées dans les archives du village, voici quel­ ques dates des pluies torrentielles suivies d’inon­da­tions : 1851, 1891, 1896, 1907, 1935, 1955, 1976, 1983, 1986, 1988, 1993 (crue historique) 1994, 2003… Entre 1986 et 1993, 40 dossiers de catastrophe naturelle ont été déposés…

V N C urage de la Luynes en 1948. Travail de longue haleine car à la pelle et à la pioche, mais dans la bonne humeur !

57


Const ruct ions Chapitre

VI

Le village tel que nous le voyons aujourd’hui, s’est construit au fil du temps…

VFaute d’acheteur, la bâtisse sera démolie en 1938.

V

L’ancienne mairie place de l’Église, de 1842 à 1932.

n n n

La mairie n L’ancienne mairie

et avant Jacques Viallet, délibèrent sur le choix d’un emplacement pour le projet d’une mairie école. Les terrains Rigollier et Constantin (mairie actuelle) sont retenus à l’unanimité. • 19 janvier 1911, les promesses de vente ont été signées, pour M. Rigollier : 1458 m2 à 2,50 F le mètre, soit 3645 F et M. Constantin : 239 m2 à 4F le mètre, soit 956 F. • 20 mars 1913, le ministre de l’instruction publique approuve le projet mairie - école et alloue une subvention de 13995 F sur un total de dépenses de 58 046 F, la commune emprunte 44 651 F sur 30 années. Cette mairie-école est édifiée d’après les plans et devis de l’architecte lyonnais Louis Bagneux en 1914. Description : « Cet édifice construit sur un plan oblong avec une partie centrale en saillie et deux ailes latérales. Le bâtiment s’élève sur deux niveaux avec un rez- de chaussée surélevé. Les entrées de la mairie et des écoles sont distinctes. L’axe central vertical est ponctué d’un balcon d’honneur et d’un fronton curviligne sur­haussé.» Elle en impose, et de loin !

L’ancienne mairie sur la place de l’église, occupait un ­bâtiment où se trouve la salle des fêtes actuelle. Il a été acheté par la commune à Antoine Colin le 22 mars 1843, pour servir de mairie et d’école jusqu’en 1932. La salle de mairie et le logement de l’instituteur étaient au 1er étage, une location au 2e étage et les deux salles de classe au rez-de-chaussée. • 22/10/1843 : Ce bâtiment a été restauré par Pierre Jacquier fils, maître maçon à Marennes, sur adjudication. La réception des travaux eut lieu le 28 octobre 1844. n Entre 1910 et 1914 :

Début de la construction mairie-école • 20 février 1910 : M. Élie Bullion, Maire et les conseillers MM. Jean Bally, Jean-Louis Bizet, Pierre Cartellier, Pierre Jacquier, Étienne Jacob, Jean François Ollier, Jules Payaud, Denis Pommier, Claude Rey, Pierre Roux 88


N Projet de la nouvelle mairie, 1910.

M Dimanche 24 août 1913, adjudications des travaux pour la construction de la mairie-école.

n 1914 : la guerre interrompt les travaux jusqu’en 1930 L’adjudication est tranchée le 11 mai 1930 au profit de Pierre Magnaud, maçon à Toussieu, la réception des travaux a eu lieu le 23 avril 1932. « Les maçons ont déposé le bouquet sur le toit en juillet 1914 avant de partir pour la guerre. Les anciens plans n’ayant pas prévu l’eau courante dans les logements des instituteurs il fallut attendre 1950 pour la voir installée, à la demande du nouvel instituteur M.Barailler. Cette nouvelle mairie fut inaugurée le 7 août 1932, dans une journée de fête et d’allégresse. »

L

e bouquet final est une tradition des corporations du bâtiment, qui consiste à marquer l’achèvement du gros œuvre d’une construction par la pose d’un branchage, ou d’un arbre décoré de fleurs et de rubans, en haut de la structure, lors d’une cérémonie rituelle. La tradition est encore bien vivante en Europe du Nord et aux États-Unis, et tombée en désuétude dans d’autres pays.

N Festivités en l’honneur de cette nouvelle mairie, spectacle impasse de Pecaillat.

N La mairie 80 ans plus tard !

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La nouvelle mairie, 1932.

N

M Affiche des festivités de l’inauguration de la mairie-école. Réaménagement de l’accueil du secrétariat, novembre 1996.

B n L’école quitte le bâtiment en 1981 • 1981, 1982 : M. Eugène Moniot et son conseil municipal, décident d’aménager l’intérieur du bâtiment mairie en deux tranches. La construction du groupe scolaire libère les deux salles de classes, la commune pourra en disposer lorsqu’ils seront désaffectés par les services préfectoraux. • 1982 : 1ère tranche : Il est envisagé de revoir l’aménagement de l’ensemble du bâtiment : secrétariat, bureaux, salle de réunions… Ces travaux d’un montant de 508 000 F (subvention de Conseil Général : 240 000 F) commencent en septembre pour une durée de 2 mois, sans interruption des différents services. • 1983 : 2e tranche : Réalisation des travaux extérieurs, les façades et le toit de l’ancien préau. Les logements vacants et désaffectés des instituteurs au 1er étage sont rénovés et loués de nombreuses années aux secrétaires.

• 1996 : Mme Ferréol, maire et son conseil municipal : MM. Joseph Alonso, Joseph Bally, Jacques Barthès, Paul Chassigneux, Serge Fey, Jean Hehlen, Yves Linage, Jacky Rozier, Jean-Luc Sauze, Robert Thivard et Mmes Lucette Berttazon, Ginette Jacquier, Monique Monneret, Marie Rolland, décident d’un second programme de rénovation du bâtiment, il se fera sur deux années. • 1996 : Réaménagement de l’accueil et du secrétariat. • 1997 : Remise en état de la salle du conseil et des mariages, remplacement des fenêtres du rez-de-chaussée, tous ces travaux respecteront l’architecture d’ori­gine. • 1997 : Création d’un local d’archivage dans le sous-sol de la mairie. Ces travaux à prix coûtant des matériaux, sont exécutés par une équipe technique de réinsertion par le travail. • 2007 : La salle du conseil est rafraichie : peinture des murs et plafonds, installation d’un écran et d’un vidéoprojecteur. • 2012  : Réfection des façades, modification de l’entrée au nord et création d’une allée piétonne devant le parvis.

N Restauration extérieure du bâtiment, 2012.

M Inauguration du parvis de la mairie, 24 novembre 2012. Franck Jacquier, Major Chanel, Commandant adjoint brigade de Corbas, Capitaine Lyan, Commandant adjoint du centre de Bron, M. Badel, paysagiste et les élus : M. Béal, M. Fénech, Député du Rhône, Mme Ferréol, M. Rodriguez, M. Durand, Conseiller Général, M. Verdonne et M. Combès, l’architecte créateur du projet.

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Const ruct ions n n n

Les écoles… Les délibérations municipales nous racontent… n 1852-1932 : la vieille école ! Elle se trouvait dans le bâtiment de la mairie qui s’élevait à la place de la salle des fêtes d’aujourd’hui. «  Ce bâtiment est construit exclusivement avec des matériaux marennois : la terre de ses murs en pisé a été prise dans ses caves, ses poutres de châtaigner avaient été débitées à la scierie voisine et les tuiles creuses de son toit venaient de la tuilière, à côté de la route de Villette. » La cour de récréation n’était autre que la place de l’Église, appelée autrefois place de la Mairie. Cette école a été fermée en juillet 1932. • 1845  : D’après un mémoire d’état des lieux du presbytère ; existence d’une école pour l’instruction des filles, place de l’Église (maison Petit). • 20 décembre 1872 : Suite à la démission de Mme Berquet, institutrice, l’inspecteur d’académie ne nommera aucune remplaçante tant que l’école de filles ne sera pas agrandie. • 21 janvier 1873  : M. Jean-Jacques Debolo, maire et ses conseillers municipaux  : MM. Bœuf, Bullion, Bret, Bouthier, Chistophle, Colin, Eparvier, Louvier, Mon­tant, Nardin et Roux décident d’acheter la maison appartenant aux héritiers d’Ennemond Vernay, contiguë au bâtiment de la mairie, située vers le puits communal. Cet achat coûtera 1 850 francs. • 10 août 1873  : La préfecture n’autorise pas l’utilisation du terrain libéré de M. Vernay pour agrandir la place publique, il sera exclusivement consacré à l’école de filles. • 26 septembre 1875 : Le conseil mu­ nicipal, MM. Jean-Jacques Debolo, Claudius Bret, Joseph Bœuf, Pierre Bullion, Benoît Montant, Denis Nardin, Jean Colin, Pierre Roux, Henri Bouthier, Nivel, Pierre Verdat, vote la som­me de 1 400 francs pour la réfection de l’école des filles. M. Hugues Simon, entrepreneur à Saint-Symphorien-d’Ozon, sera retenu pour exécuter les travaux de réparations.

VLa cour de récréation place de l’église en 1910.

V

M Agrandissement de l’école de filles, à droite du bâtiment.

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L’ancien bâtiment du presbytère, écoles de filles à gauche, 1845.


n 20 février 1910 :

l’école neuve ! Projet du groupe scolaire sur l’emplacement des terrains Rigollier et Constantin. La guerre de 19141918 interrompt les travaux de construction jusqu’en 1930, les élèves intègreront l’école neuve le 1er octobre 1932. • 1938 : Démolition de la bâtisse mairie, école, située vers l’église.

M Récréation des petits dans l’école neuve, 1937.

Salle de classe de M. Barailler, 1954-1955, qui est aujourd’hui devenue le secrétariat.

B

VClasse des petits, actuellement salle du conseil. n 1956 : nouveau bâtiment école « l’annexe » ! Une étude est réalisée pour la construction d’une troisième classe et d’un logement d’instituteur près de l’é­glise sur l’emplacement de l’ancienne école (salle des fêtes aujourd’hui). Ce bâtiment bénéficiera de subventions liées à la loi Barangé  (345  800 francs). Cette école réservée pour les grandes sections sera utilisée de 1956 jusqu’en 1981. • 5 février 1969 : M. Moniot et son conseil municipal, MM. Bally, Chaîne, Clavel, Debolo, Guillon, Jacquier, Payet, Perret, Porcher, Reynaud, Rozier et Trillat,

N Marinette Laloy, institutrice et ses lauréats au certificat d’étude de juin 1961.

92


Les mét iers Chapitre

XI I

N

Les métiers d’antan

Nous vous invitons à faire connaissance avec quelques-uns d’entre eux : ils ont perpétué des techniques ou des habitudes multiséculaires en rendant service à toutes les familles dans les différents aspects de la vie quotidienne. Et si l’artisan n’était pas à Marennes, on le trouvait dans les villages voisins, ou bien il arrivait sur les routes avec son matériel et faisait halte chez nous le temps de satisfaire tous les clients. Les techniques de ces métiers artisanaux ne s’apprenaient pas au lycée technologique ou dans une école mais auprès d’un « maître » par un apprentissage dès l’âge de 12 ou 14 ans. Le père de famille était souvent ce maître qui transmettait son savoir-faire et ses outils à son fils. Nous avons dans le village des maîtres-maçons sur plus de six générations.

Poème appris à l’école de Marennes. Extrait de Le Français par les textes, cours Moyen, Certificat d’études, 1914. Jean Aigard

nS  ans le paysan, aurais-tu du pain ? C’est avec le blé qu’on fait la farine ; L’homme et les enfants, tous mourraient de faim, Si, dans la vallée et sur la colline, On ne labourait et soir et matin.

Ainsi les artisans perpétuaient et enrichissaient leur art par la pédagogie de l’exemple, l’unique diplôme pour exercer était celui de la bonne volonté.

n Sans le boulanger, qui ferait la miche ? Sans le bûcheron, - roi de la forêt,Sans poutres, comment est-ce qu’on ferait La maison du pauvre et celle du riche ? … Même notre chien n’aurait pas sa niche !

Quelques métiers en 1741, recensés par Louis Dufier, Pages d’histoire en Dauphiné, Éditions Bellier : tisserand (3), cabaretier (4), maréchal-ferrant (3), tonnelier, charron (2) procureur, maçoncharpentier (3), cordonnier (3) bourrelier, tailleur d’habits, marchand (4), consul, (ancêtre du maire), procureur, boulanger, boucher, tuilier.

n Où dormirais-tu, dis, sans le maçon ? C’est si bon d’avoir sa maison chaude Où l’on est à table, ensemble, en famille ! Qui cuirait la soupe, au feu qui pétille, Sans le charbonnier qui fit le charbon ? n Sans le tisserand, qui ferait la toile Et, sans le tailleur, qui coudrait l’habit ?

En 1895, sur le registre de monsieur Cattoz, nous connaissons les métiers des parents d’enfants scolarisés : 45 agriculteurs et 10 autres métiers (dont un seul travaille sur Chaponnay) : maréchal-ferrant, cantonnier, ouvrier-forgeron, cordonnier, maçon, presseur d’huile, épicier, charron, menuisier, tailleur.

n Aimez les métiers, le mien et les vôtres On voit des sots, pas un sot métier Et toute la terre est comme un chantier Où chaque métier sert à tous les autres, Et tout travailleur sert le monde entier.

188


Const ruct ions

constatant l’augmentation des effectifs scolaires décide d’installer un préfabriqué dans la cour de la mairie afin d’ouvrir une 4e classe. Il servira plus tard au club « La Renaissance Marennoise ». n 1976 : une maternelle… Un autre préfabriqué est nécessaire à l’ouverture d’une première classe de maternelle, il est installé sur le parking de l’église. n 1981 : la nouvelle école ! • 1979  : Devant cette montée des jeunes et cette dispersion des lieux, le conseil engage une étude pour regrouper toutes les classes, de là est né le projet de construction « d’un groupe scolaire ». • Juillet 1980 : les travaux débutent après main­ tes difficultés admi­nistratives. « Les 4 mois d’intempéries hivernales ont retardé la réalisation de l’étanchéité des toits terrasses, (imposés par l’administration), le projet initial comportait des toitures en tuiles, couverture traditionnelle de notre village qui peut être posée par presque tous les temps. » Ce bâtiment se veut résolument moderne avec des murs de béton colorés et un toit plat, mais surtout ce mur original orné d’une grande fresque. Sa cour goudronnée et clôturée, recouverte d’un ­préau sur une partie, n’a plus rien de comparable avec l’espace servant de cour qu’étaient la rue et la place de l’Église de l’ancienne école. Cette école se compose de deux parties : • deux classes de maternelle, sa pro­pre cour de récréation avec ses jeux ; • cinq classes de primaire et deux salles réservées aux travaux manuels et à la bibliothèque.

VLe préfabriqué dans la cour de la mairie, démoli en 2002.

Une nouveauté : deux grandes sal­les polyvalentes pour la gymnastique ou diverses animations. Un espace « cantine scolaire » pré­vu et attendu, il ne sera opérationnel qu’en septembre 1982. Le restaurant scolaire, servi par un trai­­teur, est géré par l’association de parents d’élèves, la commune ayant en charge le matériel et une partie des frais de fonctionnement. • Septembre 1981 : La rentrée s’effectue dans la nouvelle école. • Février 1989 : Réfection totale de l’étanchéité des toitures, la commune participe pour le tiers de la som­ me, soit 96 258 francs, on comprend que la municipalité ne souhaitait pas les toits terrasses imposés.

N Sortie des classes de Mme Aerni, 1974.

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Serrurier, VERNAY Jean, 1888.

Maréchal ferrant, DOUHARET, 1945

Maréchal ferrant, MESTRE- 1950-1970

Bourrelier, BUILLON Tony, REY

Maréchal ferrant, MALLET, 1900. Charron, NIQUAISE, 1887.

Menuisier, CARTELLIER Marchand chevaux, BICOT

Presseur d’huile, PIOT, 1840

Maréchal ferrant, BUILLON, BIZET, DECLEZ, 1930-1939, Garage, BONI, LOVY.

Tonnelier, maçon, VERNAY

Maçon, LAVERGNE

ARTISANS D’HIER

Tailleur, CREPIEUX, Couturière, BOVAGNET Cordonnier, RACLET

Chapelière, ROUSSET Modiste, ROGEMOND Adeline Menuisier, CONSTANTIN, RAT Gaston

Cordonnier VERNAY Enemond

Charron, batteuse, VACCALUT, 1887 Maçon, JACQUIER, 1800 Menuisier, TERRUT Pierre.

Tuilerie, LUCE Pierre, 1865

V

Carte des artisans …

           

La carte des artisans villageois dès 1870 qui nous permet de voir que les métiers sont à peu près semblables à la liste de 1741. Nous vous invitons à découvrir certains de ces métiers venus de la nuit des temps. Métiers qui se sont transformés ou se sont perdus avec la vie moderne.

A PRESSOIR  A  HUILE,   PIOT  C.(1840)   MAÇON,  LAVERGNE          TAILLEUR,  CREPIEUX,   COUTURIERE,  BOVAGNET  

 

      CCORDONNIER,RACLET   CORDONNIER,  RACLET   BATTEUSE,  CHARRON,   A   VACCALUT  G.  

       

COMMERCES    au  XX

siècle                                          N          

                                                                                                       

BOUCHERIE, BERY  (1913)  

           R    OGEMOND                                                                   CAFE,   ELIE  ,  BICOT                    

   

                                                                               1913                                                 N                                       BOULANGERIE

EPICERIE, CARTELIER   VERNAY    

BARBIER(1960)        CAFE,  TRILLAT  

                           

CAFE,  LAVERGNE,       VACCALUT  (1938-­‐1978)                                                               BOUCHERIE,  BERY               CONTRIBUTIONS     EPICERIE,  CONSTANTIN    JULES,                                                                                                            INDIRECTES,                                         CREPIEUX         CAFE,   R OUSSET                      EPICERIE,  PERRET  (1938)                                                                                                               CAFE,    PALERE  (1852)                CAFE,     CARTELIER,  GRATALOUP,                     TIXIER        TABAC,  PRESSE                                                                                                               PRESSE,  CHEVALLIER     BOULANGERIE,  EPICERIE     MARET,  PIRAT,  BATON,   LAITERIE     JACQUIER,  RABILLOUD   ROGEMOND  MARC  

                 

                       

t e x t e

     

e

V Carte des commerçants…

N Station-service Lovy, 1953.

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n n n

Les métiers avec atelier ou magasin

V Mme Pirat dans son épicerie/boulangerie, 1991.

V L’atelier de M.Georges Vaccalut, charron, menuisier.

Garage Lovy.

N

M La station-service de M. Lovy, 1984.

190 190


Les mét iers

Dans le local de M. Lovy, plaque Déclez (instruments agricoles, maréchalerie).

N

L’enclume de la forge Declez, 1899.

B

Le forgeron, le maréchal-ferrant Très anciens (on dit que les Gaulois étaient maîtres dans l’art de dompter le fer) et bien que distincts, ces deux métiers étaient souvent pratiqués par le même artisan. Son atelier, la forge, était le lieu de rencontres et d’échanges, de spectacle également. Ce que l’on peut noter avant toute chose, et c’est une caractéristique qui mérite notre admiration, c’est que le forgeron est l’artisan qui, avec le menuisier et peut-être d’autres, invente et met au point ses outils avant de commencer son travail. Le sur-mesure demande de la réflexion, de l’inventivité pour se procurer l’outil idéal qui facilitera la réalisation de l’objet commandé. « L’outil est le symbole de l’intelligence de la main. »

son ­attention était principalement tournée vers le sabot : ­ nettoyage et surveillance des infections ­possibles, ferrage adapté à chaque animal, le surmesure étant la règle d’or.

• Le forgeron : il fabriquait les outils agricoles et les réparait en redressant, regarnissant ou en soudant des pièces neuves sur le bâti… Il allumait la forge dès son arrivée dans l’atelier pour obtenir la température qui rougit le fer, environ 800° C. Heureusement, au fil du temps, les combustibles sont devenus plus maniables et plus efficaces ! Songeons aux quantités de fagots de bois et aux stères de bûches manipulés tout au long de l’activité professionnelle de l’artisan !

L’hiver, il fallait « ferrer à glace », en laissant dépasser les clous. Avec les pneus-neige, ou les crampons sous les chaussures de football, nous n’avons rien inventé. Nous associons le ferrage au seul cheval, mais les travaux des champs étaient souvent effectués par les bœufs ou les vaches. Ferrer les sabots de tous les compagnons des paysans était indispensable, c’est pourquoi le travail ne manquait pour le maréchal.

Exemple de travaux, tirés du livre de comptes de la forge de monsieur Vernay François, année 1910 : « J’ai arrangé deux crochets de collier, mis des roues à une galère, arrangé porte de char à bancs, arrangé couvercle de marmite et lessiveuse, fait une soudure à un baquet de zinc, aiguisé soc, rechargé contrebrabant et hache, fourni et posé un pilier de crèche, réparé un pistolet de taupes, fait une tringle pour portail... » La commune commande aussi des travaux. Tous les mois, les outils des cantonniers sont aiguisés, rechargés et réparés : « J’ai chargé une pioche des deux côtés, reforgé et trempé une massette… » • Le maréchal-ferrant : (qui vient de marhskalk : ­domestique qui soignait les chevaux) était dans le passé, le maréchal-soigneur, ancêtre du vétérinaire. On l’appelait même quelquefois la nuit pour des étouffements ou des indigestions ; mais

M La forge de M. Mestre. Les pinces et tenailles sont fabriquées par le forgeron lui-même.

191


En 1901, on comptait 108 chevaux, 1 mule, 2 ânes, 70 vaches de travail ; en 1943 on dénombrait encore 94 chevaux, 4 mulets et 34 vaches de travail qui v ­ enaient environ une fois par mois se faire ferrer ou parer, à raison de 20 minutes par pied pour les deux opérations. Par matinée, 3 animaux pouvaient ainsi prendre rendez-vous !

M. José Mestre (1915-1988), forgeron en Espagne et pourtant capitaine de l’armée française, établi comme coiffeur à Chaponnay, fut remarqué par M. Jules Debolo. Reconnaissant ses talents pour soigner les chevaux, il l’invita à venir s’installer à Marennes dans le quartier de la Croix de Pierre ; sa maison devint « la forge ». Sa renommée se fit rapidement et il « ferrait » près de 180 chevaux du canton, sans compter les portails, clôture, les tirants de l’église et autres objets d’art… Actuellement, ce ne sont plus les chevaux qui vont chez le maréchal-ferrant, ce métier s’est adapté au changement du monde rural en devenant un métier ambulant.

Fer à bœufs. V

Nous avons assisté au ferrage d’un cheval, ce printemps 2012 ; nous avons vu les différentes étapes pour vous les faire partager. C’est le ferrage à la française avec deux personnes (ou avec un « travail », système qui permet de maintenir l’animal et de soutenir la jambe qui est parée ou ferrée). Ce maréchal ambulant a encore ferré des vaches en 1968. Avant le ferrage, le soin donné après une observation attentive s’appelle le parage : il consiste à nettoyer soigneusement sous le pied, couper la corne avec un couteau très aiguisé et un marteau (cela fait penser au geste pour ciseler le bois) puis limer pour permettre une bonne position du sabot et ainsi corriger

V Marius Eymin et son fils Jean ainsi que José Mestre.

M Fer à cheval et âne.

V 192 192

MM. Mestre et Rozier.


Les mét iers

V

certains défauts du pied. Pendant ce temps, les fers choisis sont dans la forge qui atteint 800° C. Martelés sur l’enclume, ils vont prendre la forme du pied pour s’adapter parfaitement. (Chaque fer pèse 1 kg : cela représente 8 kg de charge sur le dos du cheval, mais pour un cheval de trait c’est négligeable.)

En 1910, le tarif était de 12 sous par pied ; un quintal de blé valait 36 sous. En 2012, à domicile, 17 euros par pied, le quintal de blé vaut 18,50 euros).

Ferrage d’un cheval de nos jours, à domicile.

Le charron Avec l’adaptation des roues à pneumatiques sur les tombereaux à cheval, on peut dire que ce fut la fin du métier de charron. L’évolution de la paysannerie et l’invention de l’automobile ont eu raison du charronnage traditionnel : le métal a remplacé le bois et le charron est devenu carrossier-tôlier. Jadis appartenant à la corporation des « entrepreneurs de carrosses, coches, chariots, brancards, calèches... », les charrons étaient nommés aussi « royers et embardeurs de roues ». Ils utilisaient beaucoup de chêne pour les brancards, de l’acacia pour les rayons, du sapin et de

l’orme pour le plancher et les bancs, du frêne et de l’érable… D’une saison à l’autre, ils fabriquaient des échelles, des mangeoires, des étais de mur, des râteliers… mais surtout des voitures de tous les gabarits, du tombereau de 2 m3 à la voiturette pour chien ! Les premières diligences à cheval avaient leur réparateur attitré au sein de l’entreprise de transport mais au long des trajets, le charron du village pouvait fort bien dépanner. Il fallait savoir travailler vite pour réparer une roue voilée (« guerlie » en patois) ou un limon cassé car les travaux des champs n’attendaient pas.

N Atelier Vaccalut : Ces charrons fabriquaient et réparaient toutes les roues des charrettes des Marennois…

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Marennes (Du côté de), Lou fil dou tan  

Monographie de la commune de Marennes (69) édité dans la collection "Mémoire de vies" des Editions Carré Blanc. 320 pages en couleur.

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