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JEAN PIERRE

RAYNAUD

PEINTURE


L’ESPRIT PLUTÔT QUE LA LETTRE PAR JEAN- Jacques aIllagon Jean Pierre Raynaud est, dit-on, sculpteur. N’a-t-il pas exposé, dès 1964, au salon de la jeune sculpture et n’a-t-il pas été distingué, en 1983, par le Grand Prix national de la sculpture ? Ses œuvres ne s’apparentent-elles pas, souvent, à ce qu’il est convenu d’appeler des sculptures, œuvres en trois dimensions, comme son « Pot doré » migrateur, passé, en 1998, de la Fondation Cartier au parvis du Centre Pompidou, puis de ce parvis jusqu’à une terrasse du bâtiment de Piano et Rogers. Et pourtant, si l’on y regarde de plus près, Jean Pierre Raynaud, a toujours manifesté un intérêt très vif pour la peinture dont le principal ingrédient, la couleur, est omniprésente dans son œuvre jusqu’à en devenir, avec le rouge de ses pots, l’une de ses signatures. Cet intérêt pour la peinture s’est de plus en plus affirmé dans l’œuvre de l’artiste. Son inépuisable variation sur les drapeaux est, en quelque sorte, l’un des symptômes de cette attirance. Elle se traduit également par la construction progressive d’une relation intense et, a priori, imprévisible, avec Henri Matisse. C’est le nom du maître né au Cateau-Cambrésis et mort à Nice, qu’il donne comme prénom à son fils qui voit le jour en 2002. C’est à celui qui achevait, en 1954, sa longue et féconde carrière par le feu d’artifice des papiers découpés, que Jean Pierre Raynaud consacre son attention, jusqu’à lui rendre, en 1995, hommage, à travers l’exposition « Thresholds » à la National Gallery of Art de New Dehli. Jean Pierre Raynaud est également, de façon qui ne surprendra que l’observateur superficiel, l’auteur d’une préface à la parution de la longue lettre écrite par Henri Matisse à Georgette Agutte, l’épouse de Marcel Sembat, le 14 mars 1912, au cours de son voyage au Maroc et qui constitue une véritable « leçon de peinture ». Ces leçons, Matisse ne cessera de se les administrer à lui-même, jusqu’à la fin de sa vie quand il se met à peindre sans pinceaux, avec des ciseaux, réduisant l’acte de peindre à la convocation de la seule surface de la peinture, cherchant ainsi, une fois encore, à faire plus avec moins. C’est cette rigoureuse logique qu’épouse Jean Pierre Raynaud quand il affirme, dans un texte manifeste rédigé pour la galerie Trigano, « La méthode Raynaud, c’est prendre le risque de se trouver avec moins que moins », rejoignant ainsi quelques-unes des expériences les plus fondatrices de la modernité, celle d’Adolf Loos, auteur de « Ornement et crime » ou de Mies Van Der Rohe et de son fameux « Less is more ». C’est ce Jean Pierre Raynaud-là, que j’ai le bonheur de connaître depuis de nombreuses années. A de maintes reprises, ma vie a croisé la sienne, ma vie professionnelle, sa vie artistique.


Comme directeur des affaires culturelles de la Ville de Paris, il m’aura été donné, en 1987, de promouvoir la commande qui lui avait été faite d’une œuvre pour la place de Paris, à Québec. Tout au long de la décennie suivante, je suivais les activités de Jean Pierre Raynaud, avec passion, en étant régulièrement et amicalement informé par Denyse Durand-Ruel ; l’aventure de sa maison, construite, déconstruite, fragmentée puis exposée au CAPC de Bordeaux ; l’aventure, aussi, de ses drapeaux, suscitant souvent de disproportionnées réticences et réserves ; l’aventure du « Container zéro », scellé dans les entrailles même du Musée national d’art moderne, et où, au fil des jours, Jean Pierre Raynaud, se fait un devoir d’introduire quelque écho de la vie qui passe. C’est ainsi que, quand mourût Dominique Bozo, Jean Pierre Raynaud ne déposa, dans ce container, que quelques fleurs qui, de la même façon que la vie, « fanent comme l’herbe des champs » ; l’aventure aussi, du « Pot Doré », quand il s’installa face au Centre, radieux, sur son socle blanc, si soigneusement calepiné ou l’aventure, si belle, du Pavillon Français à la biennale de Venise en 1993. C’est à tous ces souvenirs et à beaucoup d’autres que je pensais, il y a quelques semaines, quand, à son invitation, je me rendis rue Guynemer dans ce nouveau lieu qu’a investi Jean Pierre Raynaud. Face au jardin du Luxembourg, qui semble tellement proche à celui qui le contemple par les fenêtres, l’artiste a rassemblé là un choix d’oeuvres qui permet de parcourir toute son histoire artistique jusqu’à ce jour, d’un bout à l’autre. Là, en quelques secondes, on peut admirer à la fois la continuité et donc l’unité de cette œuvre, mais aussi, et dans le même temps, sa prodigieuse capacité à sans cesse se renouveler, à sans cesse se réinventer. Souvent, on y pense, à de grands prédécesseurs de l’artiste. Ici, à Piet Mondrian, là, à Jackson Pollock, mais toujours, on y pense à Henri Matisse. Ce n’est pas pour rien qu’au milieu de l’accrochage on se surprend à admirer, encadrée, la une consacrée par Paris Match, à l’auteur de « La Danse », quelques jours après sa disparition. Matisse y porte une improbable robe de chambre, comme une bure, un peu comme le grand manteau de Balzac sculpté par Rodin, il est là, avec ses ciseaux, vieux et souriant, comme s’il avait défié le temps, l’espace, les conventions, les habitudes et les usages. C’est ce maître-là que ne cesse de regarder Jean Pierre Raynaud. C’est à lui qu’il confesse une dette. C’est lui qui nous donne de la compréhension de son œuvre, la clé la plus parfaite. Présenté par Caroline Smulders Ilovemyjob Paris csmulders@free.fr www.ilovemyjob.eu

Publié à l’occasion de l’exposition Peinture de Jean Pierre Raynaud à Art Genève du 29 janvier au 2 février 2014


Peinture, 2007, pièce unique. signée, datée. peinture, métal, plexiglas. 45x12x14.5 cm


Peinture, 2007, pièce unique. signée, datée. peinture, métal, plexiglas. 45x34.5x14.5 cm


Peinture, 2007, pièce unique. signée, datée. peinture, métal, plexiglas. 45.5x34.5x14.5 cm


Peinture, 2007, pièce unique. signée, datée. peinture, métal, plexiglas. 56.5x67x15 cm


Peinture, 2007, chacune : pièce unique. signée, datée. peinture, métal, pinceau, plexiglas, bois. 94.5x45x45 cm

Imprimé par Graphica en France à 500 ex. Graphisme : celine.woua@gmail.com Crédits photos : Jean-Louis Bellurget, Charles Duprat

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