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la sérendipité Caroline Gery-Frioud Mémoire de 3eme Année ESAD Amiens, juin 2014


(ce mot que même un correcteur orthographique ne connait pas)

la sérendipité


Mémoire de 3e année, DNAP 2014 ESAD Amiens fond et forme : Caroline Gery-Frioud composé en Joos Pro (Laurent Bourcelier, 2009)


En 2010, un itinéraire mal préparé nous conduisit, mon ami et moi à tourner sans but dans un quartier inconnu de Paris. Au coin d’une rue, nous cherchons désespérément une boulangerie et tombons sur tout autre chose. Le laboratoire est un lieu de recherche expérimentale, un centre de création artistique et de design basé sur les sciences et l’innovation. Institution unique dans son format, nous découvrons ce jour là des bouteilles qui se mangent, des gens passionnés, ouverts et les performances incroyables du mycélium, sur lequel mon ami fera plus tard nombre de projet en design de produit. Bien que nous avions toujours faim, nous étions véritablement satisfaits de cette découverte inattendue, et surtout très instructive. Je peux aujourd’hui dire qu’il s’agissait d’une expérience de sérendipité. Il a donc fallu quatre ans pour découvrir ce terme, et être amené presque par hasard à l’étudier dans son ensemble, dans sa forme polymorphe comme dans ses enjeux conséquents. La tâche est grande, et je ne suis apparemment pas la seule à essayer d’en comprendre les nuances et les mécanismes. L’histoire montre que sa définition est multiple, son application complexe et son résultat normalement fort satisfaisant. C’est bien là une raison de lire ces quelques pages.

déambulation.


introduction

3

1 - état des lieux Qu’est-ce que la sérendipité  ? Histoire Antonyme  : Zemblanité Déduction, induction, abduction Une expérience empirique Différentes natures de la sérendipité

7 9 9 11 11 12 15

2 - en tant que processus créatif Protocole scientifique Zadigacité Méthodologie et Pédagogie En entreprise

17 19 20 20 21

3 - provoquer la sérendipité Des esprits préparés Des outils variés Illusion Offrir du hasard La chance Le point de vue du Graphisme

25 27 28 30 32 33 53

vers l’infini et l’au-delà notes de bas de page

34 41


1.

état des lieux


qu’est-ce que la sérendipité  ? La sérendipité est un terme anglophone, issu de « serendipity » dont les définitions évoluent selon les points de vue et les usages. L’une d’entre-elles, définit par Philippe Quéau1 en 1986, serait : « l’art de trouver ce que l’on ne cherchait pas en cherchant ce que l’on ne trouve pas. » Celle-ci résume le constat théorique d’une découverte issue de la sérendipité. Mais un autre aspect de cette notion abstraite est à prendre en compte, et elle est illustrée par la définition de Julius H. Comroe2 : « La sérendipité, c’est chercher une aiguille dans une botte de foin, et trouver la fille du fermier. » Ici, le médecin américain nous fait comprendre que l’intérêt de cette expérience est surtout de découvrir quelque chose, par le biais du hasard, ayant un potentiel plus intéressant encore que ce que l’on cherchait à la base. On pourrait croire à une pratique exceptionnelle mais nous avons, en fait, tous pratiqué la sérendipité au moins une fois dans notre vie, par le biais de « rencontres fortuites et de trajectoires de vie ». Le psychologue américain A. Bandura3 parle ici d’un événement, donnant lieu à un mariage, un déménagement, une mutation professionnelle... Changer d’itinéraire pour se rendre quelque part, et dénicher un lieu qui va mobiliser notre attention à défaut de la première destination. Se tromper dans les ingrédients et découvrir de nouvelles saveurs. S’asseoir dans le métro à côté d’une personne lisant un livre, lire quelques lignes par dessus son épaule qui vont attiser notre curiosité et notre intérêt, et aller acheter le livre aussitôt. Faire tomber de l’encre sur une feuille et

se rendre compte de la beauté de la forme créée. L’accident, l’erreur, la surprise, l’inattendu deviennent donc bénéfiques à la personne qui a su en reconnaître le potentiel.

histoire Le mot de sérendipité a été créé par Horace Walpole4, dans le but de décrire le talent de trois princes, héros du conte Voyages et aventures de trois Princes de Serendip (Serendip étant le nom donné au Sri Lanka à l’époque), dont on lui aurait raconté la version de Louis de Mailly5 étant petit. Il utilisa la première fois ce terme dans une lettre écrite à son ami Horace Mann6 en 1754, à propos d’un mystère d’armoiries inconnues résolu grâce au hasard de pages feuilletées d’un vieux livre. Le mot est ensuite oublié pendant plus d’un siècle, jusqu’à refaire surface dans les journaux anglais grâce à l’intervention du chimiste et bibliophile Edward Solly7 en 1880. En effet, les bibliophiles, antiquaires et collectionneurs de l’époque étaient confrontés à cette notion à chacune de leur expédition dans les couloirs d’une bibliothèque ou d’un brocanteur. Ainsi retenue par les institutions et les linguistes de l’époque, le terme est définitivement adopté t glisse alors progressivement de la sphère littéraire à la sphère scientifique. On retrouvera alors l’idée que Walpole défend à l’origine, celle que « la créativité et l’imagination en tant que forme de l’expérience humaine joue un rôle structurant dans l’invention » (S. Catellin8, 2012) On peut alors voir les premiers serendipishops apparaitrent dans le but de favoriser les rencontres et les trouvailles.


Les exemples de découvertes par sérendipité sont nombreux, diverses et aident certains théoriciens à définir les différentes natures de cette notion  : elle dégagerait alors trois nuances, celle d’une sérendipité relationnelle, une informationnelle et une innovationnelle, (comparée au terme de zadigacité9, rebondir sur l’inattendu et l’exploiter de façon créative) qui agiraient dans quatre situations : 1. Chercher quelque chose et trouver autre chose que ce que l’on cherchait 2. Chercher une solution à un problème et trouver une issue inattendue 3. Ne pas chercher quelque chose et trouver par hasard une application pour une innovation 4. Ne pas chercher quelque chose et trouver l’idée d’une innovation C’est donc ainsi que furent découverts la Pénicilline de Fleming10 en 1928, le Velcro par George de Mestral11 (1941), l’acier Inoxydable de Harry Brearley12 en 1913, le LSD par les chimistes Arthur Stoll & Albert Hoffman13 en 1938, la tarte Tatin des sœurs Tatin, vers la fin du XIXe siècle, ou encore le Slinky (ou Ondamania) par l’ingénieur Richard James14 dans les années 1940. Mais la sérendipité est également et inévitablement à la source des premières découvertes historiques, tels que les premiers outils développés par l’homo sapiens  : le feu, les armes, les peintures... Il y a fort à penser que le hasard est inhérent à notre évolution, tout comme à celle de notre planète,

du moins si l’on en croit la théorie du big bang. L’humanité tout entière ne serait alors issue que d’un concours de circonstances, et d’individus assez sagaces pour se développer au sein de toutes ses opportunités de croissance. C’est la thèse sur laquelle se sont basés Antoine Defoort et Halory Goerger15 pour leur spectacle Germinal. Pièce de théâtre où les quatre protagonistes reconstruisent un monde à partir du néant, ici la scène vide. Les voilà alors qui se confrontent à des problèmes aussi absurdes que fondamentaux, pour débloquer peu à peu toutes les technologies nécessaires pour passer de l’âge de pierre au lancement d’une fusée (les deux auteurs s’inspirent ici de jeux tel que Civilisation ou Age of Empire). La question est donc : Que trouve t’on lorsque l’on ne cherche rien ? Les acteurs découvrent alors la pensée grâce aux surtitres de la projection, et ensuite le langage, au hasard d’un micro déterré sous la scène. La pièce commence par un besoin de classification, qui

mènera à une organisation des savoirs. Puis viendra la notion de

communauté, de délégation, de leadership, de construction, d’ambition... Ellipse de l’évolution humaine pourtant volontairement jouer à l’échelle 1 de temps et dans l’espace, cette pièce met en avant que la création ne vient pas du néant, mais bel et bien de petites perturbations aléatoires de celui-ci, dont les hommes, curieux, agiles et perspicaces exploitent le potentiel. Et, ce, jusqu’à mettre en péril ce qu’ils viennent à peine d’aboutir, rappelant nos grandes préoccupations contemporaines.


antonyme : notion de zemblanité Cette notion est inventée par William Boyd16 dans son roman Armadillo (1999) pour désigner le sens contraire de la sérendipité. Inspiré de l’île de la Nouvelle Zemble, à l’exact opposé de l’île de Serendip (autant géographiquement qu’aux niveaux de ses caractéristiques, notamment climatiques et culturelles), ce néologisme décrit donc la faculté de faire exprès et systématiquement des découvertes attendues mais malheureuses, malchanceuses et n’apportant rien de nouveau. Le terme apparaît deux fois dans le roman, dont la première­dans Le Livre de la Transfiguration numéro 389 (chapitre 12). Le héros, Lorimer Black, appelle ainsi l’ensemble des textes de ses « pensées intimes, ses espoirs et ses désirs » :

déduction, induction, abduction

Une des conditions à la sérendipité est également la capacité de l’être en présence d’un événement fortuit à en tirer les meilleures conclusions (car la simple appréhension de la notion de hasard reviendrait à la pratique de la roulette russe). Et cette notion, la sagacité17 se rattache à un mode de raisonnement peu connu : l’abduction. Différente de l’induction, qui consiste à déduire de grands principes à partir d’une série d’observation, et de la déduction -démarche contraire- qui elle, se base sur une loi établie pour en tirer les conséquences  ; l’idée de l’abduction est d’élaborer des hypothèses à partir de faits surprenants. D’après Charles Peirce18, un des fondateurs du courant pragmatiste à la fin du XIXe siècle, « l’abduction est le processus de l’imagination, « 389, Sérendipité. De Serendip, un nom anun raisonnement qui permet de construire tique de Ceylan, aujourd’hui le Sri Lanka. Un des hypothèses éventuelles à partir d’un mot fabriqué par Horace Walpole qui l’inventa ensemble de données qui ne sont a priori sur la base d’un conte populaire dont les héros reliées en rien. C’est la seule opération logique ne cessaient de découvrir des choses qu’ils qui introduit une idée neuve quelconque : ne cherchaient pas. Ergo : sérendipité, le don parce-que l’induction détermine une valeur, de faire par hasard des découvertes heureuses. et la déduction dérive seulement sur Alors quel est donc l’opposé de Serendip, les conséquences inévitables d’une hypothèse une terre du sud, une terre d’épices et de pure. La déduction prouve que quelque chose chaleur, de verdure luxuriante et de colibris, doit être. L’induction montre que quelque baignée par la mer, arrosée de soleil ? Pensez chose marche de facto. L’abduction suggère à un autre monde, loin au nord, stérile, pris seulement que cela serait possible. »19 Il n’y dans les glaces, un monde de silex et de pierre. a que dans ce concept qu’existe un véritable Appelez-le Zembla. Ergo : zemblanité, dialogue entre raison et imagination. le contraire de sérendipité, le don de faire Un autre ouvrage traitant de la sérendipité à dessein des découvertes malheureuses, affirme également que « l’abduction est malchanceuses. Sérendipité et zemblanité : par excellence le mode de raisonnement du les deux pôles de l’axe autour duquel nous diagnostic médical et de l’enquête judiciaire », tournons. » leurs auteurs, Pek van Andel20 & Danièle


une expérience empirique Bourcier21 affirment que « quand un médecin cherche à diagnostiquer une maladie, il raisonne par abduction en interprétant les symptômes d’un patient. De même, un détective, un policer, un juge instruisent l’affaire dont ils sont saisis en faisant des inférences qui sont souvent des abductions. » Il s’agit alors d’un repérage et d’une lecture des indices (qui est donc déjà une action de sélection) pour (re)construire une histoire rétrospectivement, comme peuvent le faire Edgar Allan Poe ou Sherlock Holmes. Et ceci est d’autant plus le cas lorsqu’une affaire inédite fait office de jurisprudence, mais concerne également bien d’autres domaines, tels que l’intelligence économique, la veille informationnelle ou d’autres disciplines dont les deux auteurs précédemment nommés en ont fait le titre de leur ouvrage : De la sérendipité dans la sciences, la technique, l’art, la politique et le droit – Leçons de l’inattendu.22 C’est ainsi que ce sont développées des disciplines comme la paléontologie ou la sémiotique, dans le but de reconstituer un passé à partir de signes de celui-ci.

Si il y a bien une notion profondément liée à la sérendipité, c’est bien celle de l’empirisme. Dans une époque où tout tente d’être rationalisé et théorisé, le hasard (3) représente une véritable possibilité de réponse à notre besoin de liberté, de légèreté et d’ouverture au monde. Un appel à la déprogrammation, qui s’oppose en particulier à l’innéisme, nous rappelant que nous avons encore tant de chose à apprendre et à découvrir. Francis Bacon23 -le philosophe-, considéré comme le père de l’empirisme moderne, dans son essai Novum Organum déclare : « L’empirique, semblable à la fourmi, se contente d’amasser et de consommer ensuite ses provisions. Le dogmatique, telle l’araignée ourdit des toiles dont la matière est extraite de sa propre substance. L’abeille garde le milieu  ; elle tire la matière première des fleurs des champs, puis, par un art qui lui est propre, elle la travaille et la digère. (...) Notre plus grande ressource, celle dont nous devons tout espérer, c’est l’étroite alliance de ces deux facultés  : l’expérimentale et la rationnelle, union qui n’a point encore été formée. » (L’empirisme est alors aussi à mettre en corrélation avec l’associationnisme, thèse philosophique qui prétend expliquer par toutes les opérations intellectuelles, tout les principes de la raison par une association d’idée stimulante.)


Ainsi, la connaissance nous vient sous forme d’objets de la nature, mais auxquels nous imposons nos propres interprétations, qu’il nomme des « anticipations ». De même que la créativité a été pendant très longtemps considérée comme une puissance divine extérieure à l’homme. Les grecs et les romains avaient tous deux nommé la chose, les premiers appelaient ça les « démons », les seconds le « génie », mais les deux civilisations s’accordaient à dire que le talent créatif ne venait pas de l’homme, qu’il était un esprit bienveillant, guidant les contemporains « d’une source distance et impénétrable, pour des raisons distantes et impénétrables »24. Ce concept, en totale opposition avec l’innéisme25, a été remis en question à la Renaissance puis au siècle des lumières, lorsque l’humanisme a mis l’homme au centre de l’univers, « au dessus des dieux et des mystères », s’opposant alors aux superstitions telles que celle d’une créativité extérieure. L’homme serait alors entièrement responsable de son talent et des ses créations, mais aujourd’hui, beaucoup d’artistes, qu’ils soient poètes, auteurs, peintres, plasticiens ou encore musiciens, avouent pourtant avoir eu affaire à cette force étrangère émanant du divin dans leur processus de création. Un témoignage de la poétesse Ruth Stone26 nous conte que son inspiration viendrait du paysage, « tel le vent à travers la campagne » et après laquelle elle « courait comme une folle » afin que le poème la poursuive et finisse sur une page. Ces instants presque mystiques nous sont également décrits par Tom Waits27, comédien, chanteur, auteur

et compositeur américain, qui lui parle de pulsions créatrices incontrôlables venant le déranger à n’importe quel moment. Notre environnement influencerait donc ce que nous produisons, et de façon parfois inattendue. Ces interventions hasardeuses qui font partie de la notion de sérendipité, relèveraient donc d’une certaine spiritualité qui ne peux être rationalisée. Ces instabilités du monde, qui ne présagent aucun destin prévisible, le rendent d’autant plus intéressant. Antoine Defoort, le co-auteur de la pièce Germinal, déclare à ce sujet : « Un monde sans hasard serait totalement prévisible, et personne n’aurait plus rien à faire. » C’est notamment sur cette idée que le fameux commandant J.Y.Cousteau28 basait la plupart de ses expéditions. Porté par une insatiable curiosité, il aimait conjugué aventure et improvisation avec comme leitmotiv : « Si je savais ce que j’allais trouver, je n’irais pas. » Le commandant nous donne ici l’exemple que de nombreux individus à l’âme d’aventurier suivent lorsqu’ils décident, par exemple, de partir faire le tour du monde. Expérience unique et souvent indescriptible que de parcourir la planète à travers les différentes cultures qui la composent. L’expérience empirique nous amène donc ici à l’inédit, et nous laisse croire que même lorsqu’une idée semble venir de l’homme, un soupçon de sérendipité reste présent dans son dessein.


différentes natures de la sérendipité On commence à voir que la notion créée par Walpole est bien plus complexe que sa définition d’être le fait de découvrir quelque chose par hasard. Les nuances sont dans son but, dans son déroulement, mais aussi dans sa manière. Bertrand Duperrin29, consultant dans le management, s’est donc essayé à la classification de celles-ci et en a dégagé quatre qualités : Il y aurait dans un premier temps la sérendipité éditoriale, regroupant les magazines ou l’action des curators30, plus vieille forme du concept et dû aux croisement de lectures diverses mais ici l’information n’est malheureusement pas assez souvent confronter à la contradiction ; puis la sérendipité sociale qui a émerger avec les réseaux comme Twitter ou Facebook, résultant du constat que la plupart des contenus auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui provient de partage de notre réseau. L’inconvénient reste que ce contenu public forge notre image et notre réputation sur le web ; la sérendipité crowdsourcée qui elle fait le pont entre les deux premières formes énoncées, mais reposant essentiellement sur un critère de popularité auprès d’une communauté précise, représentant des sites comme reddit.com ou Digg ;

et enfin la sérendipité algorithmique, qui comme son nom l’indique se base sur des formules mathématiques tentant de reproduire l’idée. Il s’agit de la forme qui représente le plus d’espoir en terme d’innovation et joue sur le phénomène de l’hyper-personnification. On remarque alors que bon nombre de moyens sont à notre disposition pour faire l’expérience du hasard et de la sagacité, et c’est grâce à ces différents dispositifs que beaucoup tentent d’intégrer la sérendipité à leurs méthodes de travail ou état d’esprit.


Sylvie Catellin affirme donc que «  si l’on examine bien cette question de la sagacité et de la sérendipité, toute découverte serait sérendipitienne. Car on ne peut pas prévoir une découverte mais être mis sur la piste de celle-ci. »31 Ce concept heuristique semble donc omniprésent dans la plupart de nos démarches et de nos recherches.

2.

en tant que processus créatif


protocole scientifique Pendant longtemps, le but de la sciences fut de prouver que le hasard n’existait pas vraiment mais que chaque événement était dû à un enchainement de causes à effets. Mais depuis peu, le concept commence à s’intégrer en profondeur dans les démarches protocolaires (même si les scientistes purs -comme les déterministes32- restent septiques et tentent encore de tout expliquer). Et, c’est bien dans les sciences que nous pouvons trouver une des traces les plus visibles de la sérendipité en terme de protocole. Un des principes essentiels de la recherche fondamentale, (dont même Fleming disait qu’elle était impossible à programmer, au même titre que l’art et la littérature) consiste à vérifier que les lois que l’on utilise sont toujours valides. Le chercheur Richard Taillet33 nous illustre ce propos, lors d’une de ses conférences à l’Université de Savoie, en comparant le monde qui nous entoure à une boite avec de nombreux boutons, à la manière d’une table de mixage. Il explique alors que la démarche des chercheurs seraient de tourner ces boutons et de constater les conséquences de cette action, afin de mieux comprendre notre environnement. Détaillant la définition de la recherche scientifique, le conférencier précise qu’il s’agit là de voir si tout les effets sont compréhensibles, et s’ils étaient donc prévisibles, mais surtout de voir s’il y a des facteurs que l’on ne comprend pas. Car « Quand quelque chose ne marche pas dans une expérience scientifique, on est quasiment sur d’apprendre quelque chose d’intéressant ».

La sciences, et ses chercheurs, tentent donc de se mettre continuellement en situation où l’inattendu va pouvoir surgir en poussant les limites de l’expérimentation. De nombreux théorèmes ont ainsi été construits et relativisés autour de cette idée, ayant fait leur preuves dans la résolution de certains problèmes scientifiques. Cédrid Villani34 (mathématicien médaillé Fields en 2010), admettant que le hasard a une place privilégiée dans son travail, cite à ce propos, dans une interview sur la notion de hasard dans les sciences, la méthode d’exploration Monté Carlo Markov Chain35 (M.C.M.C) consistant à calculer une valeur numérique sur la base de procédés aléatoires, particulièrement efficaces lorsque les variables et les possibles sont en grand nombre. La sérendipité est alors maître-mot dans cette discipline, et bien avant qu’on en ai défini le concept, même si nombre de scientifiques se sont défendus du terme de « chercheur du hasard », éludant la notion de sagacité si propre à celle de la sérendipité, peu valorisant après leurs nombreuses années d’étude à tenter de comprendre l’incompréhensible.


zadigacité Ce sont donc des traces que l’on pourrait déterminer d’indices qu’il faudrait suivre afin de découvrir quelque chose de nouveau. On revient ici au principe d’abduction énoncé par ceux qui étudie la sérendipité, appliqué à la médecine ou aux enquêtes judiciaires. Sylvie Catellin, spécialiste en la matière et auteure du livre Sérendipité, du conte au concept (2014), fait notamment le lien entre cette notion et celle de la zadigacité. Inspiré du personnage de Zadig, imaginé par Voltaire36 dans le roman-conte de 1747, Zadig ou la Destinée, ce terme désigne plus spécifiquement l’élaboration d’une hypothèse, d’un raisonnement en interprétant des signes. Jean-Louis Swiners37, consultant en innovation et en sérendipité stratégique tente de dresser les différences qui opposent les deux concepts. Selon lui, la zadigacité serait plus propice à découvrir des idées d’innovation tandis que la sérendipité amènerait à trouver des réponses à des énigmes. Les causes serait pour le premier la malchance et la chance pour le second, tandis que la priorité serait la sagacité et le concours de circonstances dans le cas de la zadigacité et l’accident et le hasard dans le cas de la sérendipité. Les deux idées prennent ainsi en compte l’importance de l’observation et de la disponibilité à se laisser surprendre, mais seul le terme inspiré du personnage de Voltaire induit la notion de traces. Par traces, on entends ici indices permettant de remonter une suite d’évènements. C’est donc ici que nous pouvons introduire l’idée de l’archive en tant que preuve, pour suivre des pistes jusqu’à la découverte, au même titre que les détectives tentant de

remonter jusqu’à l’assassin. Une possible ouverture pour dire qu’il faut, dans une certaine mesure, se montrer parfois pragmatique pour pouvoir jouir de la sérendipité.

méthodologie et pédagogie L’expérience empirique de la sérendipité est ainsi considérée comme émanant d’un grand savoir d’abduction et de perspicacité, valeurs qu’il est bien-sûr bénéfique d’inculquer dès le plus jeune âge. Les possibilité d’un nouvel enseignement basé sur cette notion sont envisagées par de nombreux penseurs de toutes les époques, notamment par W. B. Cannon38, également professeur à la faculté de médecine d’Harvard dans les années 1940, qui énumère les conditions d’enseignement qui favoriseraient selon lui, l’intuition scientifique, et ainsi la capacité à porter une interprétation pertinente à un fait surprenant. Ces conditions sont celles-ci  : le profond désir de savoir, le stock de connaissance en mémoire relié au problème, le sentiment de liberté, l’aptitude à briser la routine, la discussion avec d’autres chercheurs et la lecture d’articles pertinents  ; tout en précisant qu’un cas de sérendipité «  implique autant le phénomène à observer que l’observateur adéquat  ». Nous pouvons ainsi retrouver des analogies entre ces conditions et certaines valeurs enseigner de nos jours aux plus jeunes dans la scolarité, comme le travail de groupe, l’importance de la culture générale et de la curiosité, mais nous pouvons aussi, et malheureusement, constater que d’autres conditions sont loin d’être réunies et d’être


en entreprise acceptées comme méthodes pédagogiques à part entière. En pensant en particulier à la disposition du sentiment de liberté et à celle de briser la routine, on s’aperçoit que du chemin reste à faire avant que ce genre de données soient réellement intégrées à la méthodologie scolaire, du moins pas avant les études supérieures. Louis Pasteur39, lors d’un discours en 1854 énoncé à Douai à l’occasion de l’installation solennelle de la faculté des lettres et de la faculté des sciences de Lille, considérait également que « la théorie est mère de la pratique, que sans elle la pratique n’est que la routine donnée par l’habitude, et que la théorie seule fait surgir et développe l’esprit d’invention ». Le célèbre scientifique annonçait ici la suite de son propos  : «  par hasard (en parlant de la découverte du télégraphe par Oersted40 en 1822), direz-vous peut-être, mais souvenez -vous que dans les champs de l’observation le hasard ne favorise que les esprits préparés ». Pasteur nous rappelle ainsi, tout comme W.B. Cannon, que la pratique ne va pas sans la théorie, et inversement.

L’école, l’université et la scolarité de manière générale semblent par conséquent être un endroit propice à former ces fameux « esprits préparés ». Pourtant on peut voir que l’enseignement se porte toujours sur des méthodes de recherches bien plus rigoureuses avec des étapes successives et donc une vision linéaire, comme on peut nous l’apprendre lors d’une recherche documentaire (évaluation du besoin d’information, élaboration d’une stratégie de recherche et estimation de la fiabilité des documents). C’est alors, ailleurs, que l’on observe de vraies démarches en faveur de cette ouverture : dans l’entreprise Google ou de manière plus générale aux Pays-Bas par exemple, du temps (rémunéré) est accordé aux employés et habitants pour développer des activités extra-professionnelles. De même que l’on pense que la pratique sportive est essentielle aux parcours de début de scolarité pour inculquer aux enfants des valeurs transposables dans la vie quotidienne, Google et les Pays-Bas permettent aux individus qui constituent ces deux entités de se développer autrement, à la faveur de leur rayonnement professionnel. Cette vision du management, encore considérée comme avant-gardiste, porte pourtant ces fruits, dans une agence et un pays où le niveau de compétence mais aussi de bien-être sont supérieurs à la moyenne. En effet c’est tout de même aujourd’hui que les entreprises se concentrent à essayer d’appliquer de la sérendipité au quotidien professionnel. En opposition et réaction à la normalisation dans la société salariale, qui,


selon M. Aglietta et A. Brender41 « sépare, définit des places, distribue des individus sur des fonctions, stratifit des groupes et assigne des rôle  » (1984), les grandes sociétés comme le CNRS (qui a comme nouveau slogan « Dépasser les frontières ») acceptent enfin pour la plupart la place de la chance dans leur réussite, et intègre la notion de Walpole dans leurs attitudes de recherche. Elles plaident également de plus en plus vers la figure du savant plutôt que vers celle des seuls spécialistes. Aujourd’hui l’équation est donc celle-ci  :

1. Essayer de les mettre en œuvre à l’intérieur de l’entreprise 2. Faire l’acquisition d’une structure pouvant le faire 3. Créer une entreprise en parallèle 4. Contracter une alliance 5. Monter une joint-venture 6. Vendre l’idée

Elles misent également sur l’amplification de leur réseaux pour favoriser les collaborations transversales et pour appuyer la veille collective. Ne surtout pas rester entre experts permet ainsi d’avoir des avis enrichissants et Innovation = rafraichissants. Mais on peut voir que, Sérendipité x Organisation x Action paradoxalement, les qualités demandées aux employés dans le but de favoriser la sérendipité Car si il est important de laisser sa place sont considérées comme presque déviantes, au hasard, les compagnies ont également mais sont surtout généralement bannies comprises qu’il s’agissait surtout d’agir. Dans des compagnies. Pek van Andel déclare son chapitre « The Vigourous pursuit of en effet que les personnes ouvertes et créatives serendipity », issu de l’ouvrage Liberation sont ainsi parfois considérées comme Management, Tom Peters42 nous précise que des esprits trop indépendants, et donc difficiles les entreprises développent de nouvelles à gérer (E.N.T.P. = Extraverti, iNtuitif, habilités à la flexibilité, essentielle pour prendre Logique, oPportuniste). des risques, malgré que beaucoup de facteurs Et en matière d’orientation existe une théorie comme l’économie actuelle n’y incite pas. appelée Trèfle chanceux énoncée en 1986 par Roger Bean & Russel Radford43, dans J.Limoges44, expert en carriériologie, consistant «Coping with serendipity» issu de à dire (comme on a pu le lire par la citation The Business of Innovation listent alors six de A. Bandura) qu’une personne en recherche possibilités de réaction alternatives à destination d’emploi ou même de vocation doit être en des firmes plutôt frileuses  : interaction constante avec son environnement (ici les quatre critères sont le Soi, le lieu, le contexte socio-politique et la méthode de recherche) pour dénicher le moindre signe ou la moindre opportunité qui lui permettra de trouver sa voie et de s’y épanouir.


Mais dans tout les cas et en marketing notamment, c’est surtout l’audace qui est mis en avant dans la quête de la serendip’attitude.45 C’est le risque qui va le plus souvent donné lieu à l’innovation, cet assemblage d’idées venant d’univers différents. Il faut donc avoir le courage d’entreprendre avec comme dicton  « Quoique tu rêve d’entreprendre, commence-le. L’audace à du génie, du pouvoir et de la magie. » J.W.G Steve Jobs46, quant à lui, prônait devant les étudiants de Stanford, à leur remise des diplôme, que l’important était bien de suivre son instinct même si cela nous entraine hors des sentiers battus  : «  Les différentes choses que l’on fait dans sa vie forment un ensemble de point que l’on ne peut relier les uns aux autres que a posteriori.  » L’important est de savoir prendre le temps et ensuite avoir assez de recul pour envisager les initiatives sur le long terme. (6)


Ce concept est, ainsi on l’a vu, source de découvertes qui ont marqué l’histoire et ont fait véritablement avancé la recherche dans bien des disciplines. Telle une émotion esthétique, il s’agit d’une expérience qui ne se contrôle pas, car dûe en grande partie au hasard. Mais si le terme est vieux, il n’a pourtant jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui. À l’heure du Big Data

mais surtout de l’Open Data (7), une quantité invraisemblable d’informations défile sous nos yeux à chaque instant. Il n’a jamais été aussi facile de faire des rencontres, de s’informer sur n’importe quels sujets et donc d’ouvrir des portes qui nous mènent on ne sait où. Beaucoup tentent donc de se mettre en situation pour favoriser la sérendipité.

Nous avons pu découvrir que c’est là le but perpétuel des chercheurs, mais que son enseignement est encore bien loin d’être au point. Malgré tout, il est aisé de lister tous les facteurs qui pourrait provoquer cette fameuse expérience.

3.

provoquer la sérendipité


des esprits préparés Ce principe est établi dans la définition même du concept de H. Walpole par le terme de sagacité. Les synonymes, les noms et les adjectifs sont nombreux pour désigner toutes les caractéristiques à rassembler afin d’être dans une situation optimale. Redonner de la valeur à l’esprit avec de l’agilité, de la curiosité, de la créativité, la perspicacité, la pugnacité... Comme décrit par W.B. Cannon et repris dans un des slogans de Mai 68 (« Explorons systématiquement le hasard ! ») et même repris par J.C.V.D47 avec son fameux « Be Aware », il s’agit avant tout d’être ouvert à toute possibilité, et d’avoir la volonté de découvrir quelque chose. Être disponible et à l’écoute de son environnement, sans minimiser aucune connaissance, ni aucune information permet d’élargir son champ de découverte  : «  Les esprits curieux ne méprisent rien  » (Marie-Anne Paveau48). Savoir perdre du temps et prendre des risques tout en acceptant l’imprévu, offrent, notamment en entreprise, des opportunités inattendues, tant que l’on élude la peur de l’erreur et de l’échec  (et que l’on ne crains pas les déambulation chronophages)  : « L’élan vital c’est l’action. Vous ne pouvez pas ressentir la chaleur si vous ne la créez pas, ne pouvez éprouver de grand plaisir avant de jouer, ne pouvez connaître la sérendipité avant de prendre des risques. » (Joan Erickson49) Dépasser la notion de logique, quitte à y revenir par la suite, met à disposition des possibilités jusque là in-envisageables. Et bien sur l’émerveillement, l’étonnement, la générosité et pourquoi pas la passion sont de mise. À ce propos, être capable de trouver de la beauté,

de l’intérêt et du potentiel en tout, c’est ce qui a permis de développer les courants artistiques à travers l’histoire. Les sujets de représentation et de création ont peu à peu évolué, partant de la peinture religieuse et académique jusqu’à nos artistes contemporains qui, eux, basent leurs œuvres sur des thèmes aussi nombreux que variés. Le Pop Art par exemple, nous a permis de découvrir ou de re-découvrir autrement des objets de notre quotidien. Cela exige que l’art, et donc des gens qui le font soient curieux et extravagants, flâneurs et fouineurs, intéressés et investigateurs pour re-transmettre comme il se doit les choses les plus anodines auxquelles ils pourraient y trouver intérêt, et nous donner envie de s’y pencher à notre tour. George Sand50 (a.k.a. Amantine Aurore Lucile Dupin (8), baronne Dudevant  ; romancière, auteure, journaliste et critique littéraire) disait à ce sujet  : « Je voudrais mourir par curiosité ». L’interdisciplinarité, et ainsi la capacité à voyager entre les activités et les centres d’intérêt, permet aussi de nourrir son propre domaine de compétence et d’être amené à faire des découvertes possiblement transposables dans notre spécialité. Certaines écoles, comme l’E.N.S.C.I. (École Nationale Supérieure de Création Industrielle, Paris) n’ont, par exemple, aucune exigence de formation pour leur concours d’entrée. Misant sur la motivation du candidat et d’un savoir minimum (également composé d’épreuves pratiques dans le but d’éprouver le travail d’équipe, la visualisation dans l’espace ou encore le développement d’une critique personnelle),


des outils variés cela permet de créer des groupes de travaux avec des personnalités riches et variées. C’est ainsi que les parcours scolaires le plus complets sont ceux qui s’appliquent à s’orienter vers des matières différentes, complémentaires ou non. La croisée des savoirs devrait alors être d’avantages mise en avant dans les démarches pédagogiques. Un nouveau paradigme de pensée avec ses nouveaux enjeux, ses nouvelles procédures et dispositifs qui amèneront aussi à reconsidérer le rôle du hasard. J-P. Lederach la nomme la serendip’attitude et se base sur un réel optimisme méthodologique visant à accorder de l’intérêt et à voir du potentiel dans chaque idée. Un position qualifiée de pro-active, propice à l’auto-développement et à l’agentivité51 pour tenter de maitriser son destin tout en faisant confiance au hasard. C’est d’ailleurs grâce à cette véritable volonté d’ouverture que l’on retrouve la notion de sérendipité dans des romans traitant du bonheur, comme l’ouvrage élogieux de la joie de A. Ancelin Schützenberger52, Le plaisir de vivre (2009). Et elle permet également de faire face à des événements bien plus graves, émergence d’une conscience nouvelle permettant de rebondir sur certains accidents ou catastrophes. Mais la capacité d’interprétation, celle de créer des liens dans une masse d’information quand aucun ne paraît évident, est loin d’être chose facile. « L’observation surprenante doit être suivie d’une explication pertinente » déclare P. Van Andel, et il est facile d’imaginer nombre de cas de sérendipité qui n’ont pas vu le jour faute de la présence du fameux « observateur adéquat » de W.B.Cannon. La culture paraît alors quelque peu essentielle pour favoriser la sérendipité.

La culture donc, mais il ne faut alors pas négliger les transmetteurs de ce savoir. Les objets et les techniques conçues pour permettre la production et la transmission de la mémoire s’appellent des hypomnématas53. Ce mot -imprononçable- désigne tous les supports de communication, depuis leur forme la plus archaïque jusqu’à la plus technologique. L’évolution de ceux-ci s’est faite sur le format mais le but reste le même : diffuser les connaissances. Cette évolution s’est marquée par des avancées techniques, comme l’invention de l’imprimerie en 1454, permettant pour la première fois de propager la culture à grande échelle. Puis il y a eu les bibliothèques, qui dès leur mise en libre service ont offert la possibilité de déambuler dans les rayons au hasard des étagères. Ensuite la radio, la télévision. Qui encore aujourd’hui, autorisent une promenade télé et audio-visuelle. De nos jours le nombre de chaine propose un contenu très varié, et qui, malgré sa qualité pas toujours au rendez-vous, reste un moyen de rencontrer la sérendipité à la rencontre d’un documentaire sur l’obsolescence programmée54. Mais c’est à l’heure d’internet, et des très hautes technologies, que beaucoup tentent maintenant d’instrumentaliser le concept. L’informatique et ses puissants algorithmes de calculs ont déjà de nombreuses fois essayer de rationaliser et de maitriser le hasard. Les probabilités, la théorie des jeux (9), les mathématiques tentent d’approcher l’accident, l’aléa, l’évènement fortuit, afin d’en comprendre les règles, probablement dans le but de les reproduire, mais surtout pour enfin


les comprendre parfaitement. Des fonctions telles que RANDOM (dans processing notamment) tentent le mimétisme de l’aléatoire calculé, bel euphémisme du hasard. Et certains exploitent d’autres facettes de l’informatique, notamment les technophiles qui pratiquent l’art du Glitch ou encore cet artiste américain, Jon Rafman55 qui collectionne depuis maintenant quelques années des images captées pour Google Street View, dont celles comportant un sérieux bug informatique. Cela rappelle le droping de Pollock56 en version 2.0, avec une espérance dans le hasard ancrée dans leur démarche artistique. Le studio Lust57 mise également sur le génératif avec son projet Poster Wall, mur interactif créant de façon automatique des affiches à partir d’éléments visuels récupérés aléatoirement sur le net. Mais sur internet agit une autre forme de sérendipité. La ramification de la toile permet une navigation infinie et intuitive. Nous sommes désormais capables de parcourir une gigantesque quantité d’informations à n’importe quel endroit et à n’importe quel moment. La veille informatique donne lieu à une extrapolation constante, ainsi qu’à la divagation et l’égarement. Mais lorsque ces explorations numériques ne sont pas que de la procrastination, nous pouvons admettre qu’internet, et un de ses plus forts représentants, Google, semblent être les plus grands moteurs à sérendipité du monde. Georges Lewis dit à ce sujet  : «  Le hasard est devenu intelligent. Avec une bonne pioche sur Google ou sur Facebook, on peut résoudre la plus grande difficulté ou retrouver l’introuvable.

Cette « nouvelle valeur générationnelle » c’est la sérendipité. Une désinvolture face à l’inconnu, un droit à l’expérience et par conséquent, à l’erreur.  » L’hyperinformation permet, par exemple, à chacun de pratiquer cette fameuse interdisciplinarité. Tous les savoirs du monde paraissent à disposition de tous, et une infinité de petits univers peuvent se dévoiler de façon inopinée. Wikipédia est l’outil le plus représentatif de cette recherche non-linéaire grâce à ses hyperliens et hypertextes. Les sujets se succèdent à une vitesse similaires à leur diversité, proposant même aux personnes les moins occupées du contenu à déguster au hasard. Le moteur de recherche encore expérimental Oamos58 tente lui aussi le coup de la densité, avec des résultats désordonnées dans leur format (image, texte et musique mélangés) et une mise à jour constante mettant la concentration à rude épreuve et forçant ainsi presque la recherche aléatoire. A contrario, on peut aussi soulever le constat que la précision des moteurs de recherche comme Google nous donne un accès tellement rapide à ce que l’on cherche que la justesse de la réponse ne nous invite pas spécialement à chercher plus loin. On peux également citer les «  curators » comme moyen de réduire la surprise, et comme emblématique de notre mode de consommation moderne. Terme anglo-saxons, du latin curare signifiant « prendre soin », le modèle des curators consiste en « quelqu’un qui continuellement trouve, regroupe, organise et partage


illusion le contenu en ligne le meilleur et le plus pertinent sur un sujet spécifique. » (définition de Rohit Bhargava) Certes les curators aident à faire le tri à l’heure d’un Twitter générant plus de 3000 tweets par seconde, et ramène un côté humain aux sélections 2.0 (contrairement à des initiatives comme TweetMeme ou Wikio qui jugent de la valeur d’une information sur sa popularité de l’instant), mais c’est surtout baliser un chemin pour aller droit au but sans se disperser. (La dispersion qui est considérer par certains psychosociologue comme « le mal du siècle ») Et c’est pourtant bien ce que l’on cherche quand on veut approcher la sérendipité. L’égarement, la déambulation, la découverte de niche ou de déviance, tout ceci est écarté de la zone de visibilité par ces site « filtres », de boutiques spécialisée qui sélectionnent ce qui leurs semblent être les meilleures références. L’heure est à l’efficacité et à la rentabilité.

Et à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’une illusion d’aléatoire, principalement dans le cas du géant d’internet Google. Son option « J’ai de la chance ! » qui propose de se rendre directement sur un site au hasard après avoir tapé quelque mots clés dans la barre de recherche s’est avéré n’être qu’un renvoi automatique vers la premier choix affiché lors d’une recherche classique. Google est alors un véritable exemple d’instrumentalisation d’un processus de fortuité biaisé avec des règles bien différentes de celles du hasard.


Nous sommes donc là confrontés à un paradoxe, où la valeur fondamentale de la sérendipité serait dupée par la technologie, les mathématiques et l’informatique. La pose de contraintes par les mots clés, les suggestions basée sur les historiques, le ciblage à partir d’informations personnelles récupérées ou divulguées, -sans compter sur le référencement monnayé et donc les raisons économiques pour lesquelles certains choix arrivent sur nos écrans- toutes ces données dont se sert la technologie ne servent qu’à produire un faux hasard, censé nous correspondre d’une manière ou d’une autre. Il s’agit là d’une confusion entre hasard et techniques marchande, dans le but de mener à un achat potenciel. C’est ce que dénonce Bertrand Duperrin dans un article annonçant la fin de la sérendipité. Nous apprenant que Google personnifie nos recherches en fonction de 57 facteurs (dont la marque de notre ordinateur, notre navigateur internet, notre localisation géographique...), le consultant appuie sur l’erreur de vouloir avoir un contenu sur mesure. En effet, cette « bulle de filtre » conçue avec tous les algorithmes nous créé un univers personnel restreint d’informations, dont nous ne maitrisons ni les entrées, ni les sorties. Car avant Internet et Google, c’était au final les éditeurs qui été les seuls à pouvoir faire des choix de publication ou de censure. Seulement maintenant le phénomène se joue à une toute autre échelle. Le conférencier interroge alors la notion de démocratie, lorsque l’on sait qu’il faut aux citoyens la possibilité d’accès à toutes sortes d’informations pour qu’ils puissent

se forger leurs propres opinions. L’inverse relèverait alors de la dictature. De plus le phénomène s’étend notamment avec les techniques d’optimisation pour les moteurs de recherches qui s’appliquent désormais même à l’édition. Nous avons été ainsi confrontés il y a peu à un magazine changeant brutalement sa Une la veille de la diffusion en fonction du flux d’actualité et des popularités des recherches sur internet. Peut-être pouvons-nous ainsi dire que la réelle sérendipité n’agit que dans le réel, la sérendipité circonstancielle qui avec des extrapolations et des explorations sans mémoire de forme, et surtout, sans arrière pensée, favorise de vraies rencontres et recherches impromptues.


offrir du hasard Heureusement, d’autres initiatives voient le jour. Certes toujours basées sur des algorithmes mathématiques visant à imiter le hasard, mais qui, dans leur principe, essaye sincèrement de se rapprocher de l’expérience de la sérendipité :

Today I learned, rubrique du site reddit.com donne la possibilité quant à lui de déposer un contenu libre sur une connaissance acquise dans la journée, offrant de côtoyer une foule d’informations improbables.

Lost In Paris, est une application visant à générer des itinéraires aléatoires dans la ville, afin de parcourir Paris autrement que par les grands axes touristiques. Même les parisiens se font avoir et redécouvrent leur quartier d’un œil nouveau. Un GPS a également vu le jour, proposant une errance totale. Ce concept artistique développé par Nogo Voyages attend de nous un abandon à la machine pour une balade en roue libre qui illustre à merveille le proverbe chinois « Ne demande jamais ton chemin, tu risquerais de ne pas t’égarer.  »

Et parmi toutes ces propositions, c’est finalement Twitter qui se rapproche le mieux de l’expérience de la sérendipité. Malgré que ce ne soit «  que  » l’actualité de nos followers qui nous parviennent sur nos interfaces (bien que nous puissions accéder à tout le contenu partagé par quasiment tout les twittos, seul un petit pourcentage d’entre eux étant verrouillé par des paramètres de confidentialité un peu trop restrictifs), le réseau au petit oiseau bleu permet véritablement d’avoir un aperçu très spontané de ce que veulent communiquer les usagers connectés. De manière générale donc, ce sont les réseaux Rando quant à elle, est un autre application sociaux qui garantissent un effet plus proche mobile pour partager des photos avec les de la sérendipité car ceux-ci intègrent autres usagers. Les clichés sont alors brassés le facteur humain, complètement élagué par et partagés aléatoirement avec les inconnus l’ordinateur. (Twitter est donc plus favorable également connectés. L’idée est de créer une encore par le format qu’il propose  : de courts banque d’images totalement anonyme, que messages de 140 caractères invitant à un les créateurs définissent comme « une délivrer des idées, des images ou des liens plate-forme d’échange de photo expérimentale ». de façon vraiment spontanée. Ceci permet Grâce à Rando, les usagers peuvent espérer notamment des effets assez inattendus, récupérer des photos venant de tous horizons, et impossibles dans le cadre d’échanges plus de toutes sensibilités et avec autant de sujets élaborés, comme des messages d’humeur qu’il y a de clichés. publiés sans réfléchir...) Del.icio.us est un logiciel permettant de sauvegarder, de partager et donc de découvrir les onglets et historiques de navigateurs internet des utilisateurs abonnés et connectés.

Dans un tout autre genre, bien loin de toute technologie, Lettre à un inconnu, PostCrossing, ou encore Gift a Stranger, nous propose de communiquer, d’échanger avec des inconnus


la chance n’importe où sur la planète, souvent de façon anonyme. L’occasion de découvrir des passions, des histoires, des intérêts d’individus qui en attendent tout autant de vous. Par de telles initiatives, nous sommes amenés à parcourir une lettre autobiographique d’un célèbre fabricant de chaussure italien, ou de se voir offrir un présent de l’autre bout du monde. Le mystère est quasiment total mais suscite notre curiosité et forge notre imagination. Et c’est également sur ce principe d’interactions entre les gens que se sont fondés pour la première fois en 2005 à San Francisco les espaces de coworking. L’idée est de regrouper dans un même lieu des professionnels aux activités diverses, favorisant les rencontres interdisciplinaires. Considérés comme de réels catalyseurs de sérendipité, ces espaces sont également à l’origine d’évènements tentant à leur tour de réunir des personnes d’horizons différents autour d’un intérêt commun. Ces hackatons sont l’occasion de se faire côtoyer différentes visions et sensibilités pour les confronter, les comparer, les fusionner. Chacun a, donc, notamment grâce au travail d’équipe, monnaie courante dans ce genre d’atelier, pu se nourrir des compétences et des savoirs des autres. Des croisements de trajectoires inopinés, « établi en toute sincérité avec des personnes partageant la conviction que de l’échange et la collaboration naitra la richesse. » - Eric Van der Broek, coworkeur à La Mutinerie, Paris.

Amalgame du hasard, la chance est tout de même considérée comme un élément déterminant de la réussite. Coluche disait « avoir de la chance, c’est avoir la capacité de gagner les concours de circonstances. » Il veut pas là nous dire que elle est bien différente de ce hasard si incontrôlable et peut apparemment se travailler. Philippe Gabillet, docteur en sciences de gestion, fit même un cours à ses élèves pour mettre en œuvre l’attitude pour créer un environnement favorable à la chance. Semblable à celle de la sérendipité, elle prend en compte une logique stratégique propre à la volonté d’aboutir à quelque chose. Ces conditions sont celle d’une posture de vigilance hors de la routine, la magie du réseau et de l’interaction (« le meilleur moyen de croiser des opportunités est d’en être une soi-même »), la conscience de l’échec et l’anticipation sur les projet dans le but d’avoir toujours un temps d’avance. Winston Churchill vient compléter ce propos lorsqu’il énonce que « la chance n’existe pas, ce que vous appelez comme ça, c’est l’attention au détail.  » Ainsi aucun hasard, mais plutôt des opportunités. On peut également rapprocher ces concepts de celui de l’angliscisme « happenstance », signifiant « au bon moment » et celui du synchronisme, « au bon endroit ». Ces deux idées interviennent énormément dans la pratique de la photographie par exemple, où c’est l’instant éphémère et unique qui doit être capté, et c’est cette rareté, même ce côté unique du moment capturé qui donne toute sa forme à cette discipline.


Les photographes déambulent alors, eux, dans la vie, à la recherches d’opportunités à coucher sur du papier brillant. « Avoir de la chance, c’est se mettre sur la trajectoire du hasard » - Henri Cartier-Bresson

le point de vue du graphisme La création artistique est de n’importe quel point de vue très bien placée pour exploiter la sérendipité. La liberté d’action que connait cette discipline lui permet l’expérimentation jusqu’aux extrêmes. Le graphisme plus précisément, est profondément lié à la notion de déambulation, et de connaissances exhaustives, découverte au hasard d’une rue, d’un livre, d’une rencontre. Car c’est un média de représentation du monde, et cette entité est justement faite d’aléas, d’accidents qui se doivent d’être retranscrits dans la production des designer. Notre discipline nous pousse à une curiosité sans limite vis-à-vis des choses dont nous aurons peut-être à un moment la responsabilité de la diffusion, de la communication. La sérendipité devient alors un processus à part entière et complètement légitime pour connaître, appréhender et se nourrir de cette richesse.


vers l’inconnu et l’au-delà


On sait désormais que l’évolution de la technologie atteint une vitesse ahurissante. Il y a donc fort à penser que la démarche sérendipitienne verra sa nature encore évoluer à travers les techniques et les supports. Pour l’instant, il semblerait que les utilisateurs tendent vers une volonté d’hyper personnification, dans le sentiment d’avoir un service sur-mesure, sans rien à jeter. Cela se ressent notamment dans des projets d’embryons choisis avant la naissance pour optimiser ses futures performances. On peut alors croire que le hasard tendra, non pas à être maitrisé, mais seulement remplacé par un contrôle forcé au quotidien, éliminant presque le facteur humain. Par exemple, par une réelle segmentation du web en fonction des profils utilisateurs. Heureusement, l’expérience a prouvée que l’extrême engendre des réactions d’oppositions, assez fortes pour que l’on puisse espérer d’autres belles initiatives fidèles à la sérendipité. Des sites de réflexion sur le futur comme SoonSoonSoon permettent d’envisager que les hommes réagiront à la surveillance et la régulation avec un aveu de spontanéité et une envie encore plus intense de pratiquer à nouveau l’expérience de l’aléatoire et du hasard.

Mais dès aujourd’hui, adopter une attitude ouverte mais aussi éthique et morale semble vitale pour pouvoir gérer la masse d’informations ainsi que l’inconnu et rester agile pour prendre le recul suffisant. Il serait ainsi bête de ne pas profiter comme il se doit de la richesse de notre civilisation, tant que l’accès au savoir est encore relativement libre de nos jours. La sérendipité doit ouvrir à l’improvisation, et l’improvisation à l’innovation, à la découverte et à l’évolution. Ceci n’est certainement pas une conclusion mais une porte ouverte sur le reste. Vanter de la sérendipité sans la pratiquer serait paradoxal, mais peut-être qu’avec tout ça je retrouverai mes clés de voiture.


notes de bas de page 1. Philippe Quéau (né en 1952) – Ingénieur diplomé de l’École Supérieure des Télécommunication 2. Julius H. Comroe (1911-1984) – Chirurgien, membre de l’Académie nationale des Sciences des États-Unis, chercheur en médecine, directeur de l’Institut de recherche Cardio-Vasculaire à San Francisco et conseillé au comité de recherche sur le tabac.

11. George de Mestral (biographie à développer pour la rédaction complète) 12. Harry Brearley (biographie à développer pour la rédaction complète) 13. Arthur Stoll et Albert Hoffman (biographies à développer pour la rédaction complète)

14. Richard James (biographie à développer 3. Albert Bandura (né en 1925) – Psychologue pour la rédaction complète) canadien, théorie de l’apprentissage social et concept d’auto-efficacité 15. Antoine Defoort et Halory Goerger (biographies à développer pour la rédaction 4. Horace Walpole (1717-1797) – Homme complète) politique, écrivain et esthète britannique 16. William Boyd (né en 1952) – Écrivain, 5. Louis de Mailly (biographie à développer scénariste et réalisateur britannique pour la rédaction complète) 17. Sagacité, n.f. Qualité intellectuelle 6. Horace Mann (biographie à développer pénétration, vivacité et finesse d’esprit, de pour la rédaction complète) perspicacité qui fait découvrir et comprendre les choses les plus difficiles, les plus cachées. 7. Edward Solly (1776-1844) – Marchand anglais spécialisé dans la peinture primitive 18. Charles Sanders Peirce (1839-1914) – Phiflammande losophe et sémiologue américain 8. Sylvie Catellin – Maitre de conférence en sciences de l’information. Sérendipité, du conte au concept (édition Seuil, 2014) 9. Terme développé dans le chapitre sur la sérendipité au cœur du processus créatif 10. Fleming (biographie à développer pour la rédaction complète)

19. Article de Jean-Louis Swiners dans le blog d’Automates Intelligents en 2005 20. Pek van Andel – Chercheur en sciences médicales au Pays-Bas 21. Danièle Bourcier – Juriste, linguiste et directrice de recherches en sciences sociales au CNRS


22. Édition l’Act Mem, 2009

organisateur des Quarts d’heure insolites

23. Francis Bacon (1561-1626) – Philosophe et scientifique anglais et Novum Organum, œuvre majeure parue en 1620

34. Cedric Villani (ne en 1973) – Mathématicien, directeur de l’institut Henri Poincaré et professeur à l’universite de Lyon

24. Conférence TED : Your elusive creative genius d’Elizabeht Gilbert (2009)

35. Méthode de Monté-Carlo (notion à développer pour la rédaction complète)

25. Innéisme (notion à développer pour la rédaction complète)

36. Voltaire (1694-1778) – Écrivain et philosophe français du siècle des lumières

26. Ruth Stone (biographie à développer pour 37. Jean-Louis Swiners (né en 1935) – Autrela rédaction complète) fois photographe, journaliste et publicitaire 27. Tom Waits (biographie à développer pour la rédaction complète) 28. Jean-Yves Cousteau (1910-1997) – Officier de la Marine Nationale puis explorateur océanographique 29. Bertrand Duperrin – Consultant en business social et management 30. Terme développer dans le chapitre « des outils variés » 31. « L’abduction : une pratique de la découverte scientifique et littéraire » dans Critique de la raison numérique, 2004 32. Déterminisme (notion à développer pour la rédaction complète) 33. Richard Taillet (né en 1971) – Enseignant-chercheur à l’université de Savoie et

38. Walter Bradford Cannon (1871-1945) – Physiologiste américain et professeur à la Harvad Medical school 39. Louis Pasteur (1822-1895) – Scientifique, chimiste et physicien français, pionner dans la Microbiologie 40. Hans Christian Oersted (1777-1851) – Physicien et chimiste danois 41. Michel Anglietta – Économiste français et Anton Brender – Membre du Cercle des Économistes 42. Tom Peters (né en 1972) - Écrivain américain sur les pratiques de la gestion d’entreprise 43. Roger Bean (né en 1962) & Russel Radford, co-auteurs d’ouvrage de conseils en management, ici édition Amacom, 2011


44. J. Limoges- Conseiller d’orientation, docteur et chercheur en éducation et professeur à l’université de Sherbrooke 45. Terme inventé par Jonh Paul Lederach – Professeur en consolidation de la paix internationale

55. Jon Rafman – Artiste contemporain canadien 56. Jackson Pollock (1912-1956) – Peintre américain de l’expressionnisme abstrait 57. Lust – Studio de graphisme et de design intéractif néerlandais

46. Steve Jobs (1955-2011) – Fondateur d’Apple, entrepreneur et inventeur américain 58. O.A.M.O.S. = Open Access Metadata Open Standard 47. Jean-Claude Van Damme (né en 1960) – Acteur belge 48. Marie-Anne Paveau – Professeur en sciences du langage, dans son livre Les prédiscours : Sens, mémoire, cogntion (2006) 49. Joan Erickson (1902-1997) – Psychologue américaine, dans son livre Activity (1951) 50. George Sand (1804-1876) – extrait du roman Leila (1835) 51. Agentivité (notion à développer pour la rédaction complète) 52. Anne Ancelin Schützenberger (né en 1919) – Psychologue française, psychothérapeute et professeur à l’université de Nice 53. Hypomnémata (notion à développer pour la rédaction complète) 54. Reportage ARTE Prêt à jeter, ou l’obsolescence programmée (2011)

La Sérendipité - Mémoire de 3e Année, ESAD Amiens  
La Sérendipité - Mémoire de 3e Année, ESAD Amiens  
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