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UlnZalne littĂŠraire du 1er au 15 avril 1970

Un inĂŠdit de Marx en discussion


SOMMAIRE

a

LE LIVRE DE LA QUINZAINE

Jacques Rigaut

Ecrits

par J. M. G. Le Clézio

li 8

ROMANS PRANÇAIS

Jean Giono Marcel Brion Jean·Claude Hémery Georges Piroué

L'Iris de Suse L'ombre d'un arbre mort Â1UJJnorphoses Le réduit natio1UJ1

par par par par

HISTOIRE LITTERAIRE

André Karatson

Le Symbolisme en Hongrie

par Georges Kassaï

Rétif de la Bretonne

La vie de mon père

par Samuel S. de Sacy

Edoardo Sanguinetti

Le noble jeu de

J osé Maria Arguedas Leslie Fiedler Alfred Andersch

TOlU

sangs mêlés Le Chinois tr Amérique EJraïm

par Jacques Fressard par Dominique Desanti

René de Obaldia

1nnocentines

par Raymond Jean

Ervin Panofsky

Atlan l:Œuwe d'art et ses significations

par Jean Duvignaud par Françoise Choay

Jean-Marie Benoist

Marx est mort

par Annie Kriegel

Sur un inédit du Marx d'avant « le Capital»: les Grulldrisse

par E.J. Hobsbawm

Atlas historique: Provence, Comtat, Orange. Nice. Monaco

par G. L.

8 8 8 10

ROMANS ETRANGERS

11 11

ta

POESIE

18

ARTS

18

PHILOSOPHIE

20

DISCUSSION

22

Edouard Baratier. Georges Duby grnest Hilde!'heimer

roye

Anne Fabre-Luce Margaret S. Maurin Jean Gaugeard Maurice Chavardès

par Gennie Luccioni

par Peter Wiles

24

HISTOIRE

25

THEATRE

Orden

par Gilles Sandier

28

PEUILLETON

w

par Georges Perec

Publicité littéraire : 22, lue de Grenèlle, Paris·7e • Téléphone : 222·94-03.

Crédits photographiques

François Erval, Maurice- Nadeau.

Conseiller : Joseph Breitbach. Comité de rédaetion : Georges ,_ Balandier, Bernard Cazes, François Châtelet, Françoise Choay, Dominique Fernandez, Marc Ferro, Gilles Lapouge, Gilbert Walusinski.

La Quinzaine IIttérai..

Secrétariat de la rédaction Anne Sarraute. Courrier littéraire Adelaide Blasquez. Maquette de couverture Jacques Daniel Rédaction, administration : -4.3, rue duTemple, Paris·4e Téléphone: 887-48·58. Promotion.Diffusion Fabrication Promodifa 400 rue St-Honoré - Paris-ler

2

Publicité générale : au journal. Prix du n° au Canada: 75 cent'!. Abonnements : Un an : 58 F, vingt-trois numéros. Six mois : 34 F, douze numéros. Etudiants : réduction de 20 %. Etranger : Un an : 70 F. Six mois : 40 F. Pour tout changement d'adresse envoyer 3 timbres à 0,30 F. Règlement par mandat, chèque bancaire, chèque postal : C.C.P. Paris 15.551.53. Directeur de la publication François Emanuel. Imprimerie: Graphiques Gambas Impression S.LS.S. Printed in France

p. l Jean Demelier p. 3 Gallimard -éd. p. 5 Vasco p.

7

Bulloz

p. 9 Roger Viollet p. 11 p. 14 p. 16 p. 17 p.21 p.23 p. 24 p. 25

Sergio Larrain, Magnum Grasset éd. D.R. Gallimard éd. Jean Demelier René Dazy Armand Colin Bernand


LB LIVBB DII

Jusqu'au bout LA QUINZAIIfIl

1

Jacques Rigaut

Ecrits Gallimard, éd., 292 p. D'où vient la légende Rigaut? Comment un tel homme est-il devenu un héros? Car, après tout, rien de plus irritant que cet esprit acharné à tout détruire, y compris soi-même, à tout tourner en dérision. Rien de plus décevant en apparence que ce contempteurde toute vie, ce produit du nihilisme petit-bourgeois qui a suivi la crise de la première guerre mondiale.

On est tenté de le rejeter, plutôt, comme une erreur, comme un raté, comme un parasite sans importance. La facilité de son refus continuel, et surtout cet espèce d'apitoiement sur soi-même, cet égocentrisme, cette contemplation du nombril : choses ridicules, dirait-on, choses futiles, exhihitio!lnisme, vanité, stérilité. . Et pourtant, Jacques Rigaut n'a pas fini de troubler notre monde. La mort, loin de l'arracher au groupe et de le réintégrer à l'anonymat - cet anonymat qui résout d'ordinaire presque toutes les contradictions de la société - , sa mort l'a sanctifié. Elle lui a donné un rôle, une valeur, parmi les autres rôles et les autres valeurs. Jacques Rigaut hante toujours notre monde; il a pris place à côté des autres noms-symboles de la litté· rature moderne : Rimbaud, Lautréamont, Kafka, Maïakovski. Incroyable injustice que cette sanctification (1), qui fait rentrer J acques Rigaut dans ce qu'il avait combattu, qui l'assimile à ce qu'il avait le plus haï : la littérature. Le savait-il ? Se doutait-il que l'entreprise des mots le retrouverait un jour, lui et ses anathèmes, lui et ses malédictions, pour le ranger, dûment étiqueté, au milieu de~. a~tres produi~ ~e l'esprit, parmi les autres bocaux ? Il est p~obabl~ qu il 1 a ~~'. car c etaIt selon sa propre manière, l'aboutissement necessaIre de la d~rlSlon. Q~~t au phénomène de récupération, il n'est pas nouve~u, et ~ ne serVIrait à rien de le condanrner : on enfonce mal les portes a tourmquet. Un héros. Un anti-héros. De toute façon, un homme exceptionnel. Parce qu'il va jusqu'au bout. Un héros est un homme qui accomplit quelque chose, jusqu'au bout. Il y a des héros en mal comme en bien. Jacques Rigaut est un héros de la négation. Aller jusqu'au bout: de l'aventure, de l'amour, de l'humanisme, de la bravoure, de l'analyse. La société ne retient finalement que les exemples extrêmes. C'est qu'elle a besoin des extrémistes pour sentir les limites de l'accessible, pour reconnaître le danger. L'exemple qu'elle retient est ainsi, presque toujours, un exemple à ne pas suivre. Prométhée, Icare, <Edipe, voilà donc les frontières du domaine humain. Aventuriers qui succombent à leur passion, non pas pour inventer quelque liberté, mais éclaireurs envoyés en reconnaissance dans les lieux interdits. Jacques Rigaut est allé, lui aussi, jusqu'au bout de quelque chose. Que peut découvrir un homme qui s'est retranché des autres, qui a voulu, en vivant sur lui-même, refuser toute compromission avec le monde qui l'entoure? C'est là qu'on aperçoit le visage du héros. Jacques Rigaut est l'homme qui est allé jusqu'au bout de la conscience, jusqu'aux limites de l'individualisme. Cela a l'air simple ; {( conscience », on connaît bien le mot, on l'entend selon ce que l'on croit connaître des possibilités de l'intelligence et de l'analyse. Conscient, mais de quoi? Conscient de soimême. L'individualisme, on voudrait bien que ce fût une attitude, seulement une attitude. C'est-à-dire, dans un certain milieu (classe, éducation), un refus de coopérer. Un luxe, vraiment, une apparence et non pas une manière d'être. C'est ainsi que condamnent Rigaut ceux qui ne veulent voir en lui qu'un effet mécaniste, un {( cas ». Mais ils feraient aussi bien alors de condanrner d'autres cas, celui de Lautréamont, par exemple, ou celui de Freud. Tout cela n'est pas très convaincant: l'homme est ce qu'il est, malS tJ n'est pas le seul produit de son milieu; certaines cultures favorisent certains types d'aventures. Mais les possibilités, elles, sont indéfiniment présentes. Jacques Rigaut va jusqu'au bout de la conscience de soi. C'est-à-dire qu'ayant refusé tout rapport avec le monde extérieur, il ne conçoit plus d'autre existence que la sienne, plus d'autre vérité que la sienne, plus d'auLa Quinzaine littéraire, du 1·

GU

15 avril 1970

par

3. M. G. Le Cléuo

tre intérêt que pour ce qui résonne et remue au passage des autres. Il est, ainsi, le seul être vivant sur la terre, la seule réalité. Un tel refus des autres, sans exception, est exemplaire parce qu'il est logique. Il est l'aboutissement de la conscience qui n'est vraiment capable de travailler que sur elle-même. C'est. la constatation, l'évidence : nous vivons dans des corps autonomes, et ne pouvons connaître des autres que ce qu'ils laissent en nous. Pour échapper à cet enfer, nous n'avons qu'un moyen: l'induction (l'amour). Mais Rigaut refuse d'induire. Car c'est une rupture dans le mouvement de la connaissance. Passer de soi aux autres, c'est franchir un abîme, mille fois plus grand et plus effrayant que celui qui sépare deux planètes. Pour l'amour de la logique, par orgueil, par passion pour la vérité, Jacques Rigaut se refuse à ce bond vertigineux. Il est évident aussi qu'un tel refus des autres est l'aveu d'une faiblesse. Ce masque d'impassibilité dédaigneuse que revêt Jacques Rigaut doit lui servir à cacher son incapacité à être heureux comme les autres, sa peur devant le monde avide d'argent, de gloire et de plaisir. Révolte poussée, elle aussi, jusqu'à l'extrémité puisque Jacques Rigaut refuse la révolte. Se revolter~ c'ést encore accepter l'ordre du monde, c'est souhaiter en

~

Jacques Rigaut en voyage de noces à Paim Beach (U.s.A.) en 1928.

3


~

Jacques Rigaut

Le vrai moyen de traverser le miroir, d'aller au·delà de la conscience, ce ne peut être que la mort. Démarche fanatiquement logique de cet homme qui s'aperçoit très vite que, quelque soit la combinaison du jeu, quels que soient les éléments proposés, la solution est toujours la même, inévitable : LA MORT. L'ivrognerie, le coït, la drogue, la religion ou l'art restent, comme le sommeil, des moyens d'approcher la perte de conscience; mais ils ne sont que des approximations. Aucun d'eux ne sait déguiser la vérité, la terrible réalité : il n'y a qu'un remède vraiment logique. La. douleur de la conscience de soi, du miroir réfléchissant sans cesse, seule la mort peut l'anéantir.. Cette connaissance de la « solution finale », Jacques Rigaut l'a eue sans doute tout de suite. Le cheminement de l'in· dividualisme lui a permis ensuite d'approfondir cette réalité, de l'accepter comme elle est, sans romantisme et sans faiblesse. En effet, si. Jacques Rigaut n'avait pas essayé de s'arracher à cette fatalité intérieure, de rom· pre cette fascination, sa mort eût été sans conséquences. Des suicides romantiques, on en connaît beaucoup. Mais le romantisme est haïssable, il n'a l'Îen à apprendre. Il n'est qu'un geste d'auto.satisfaction, un geste qu'on fait pour braver les autres, pour leur arracher un petit cri d'admi· ration.

contradiction apparente qu'il a tellement attendu avant de se résoudre à cet acte définitif. Mais l'important, n'est·ce pas, c'était d'avoir pris la décision de mourir, et non que je mourusse. Cette décision logique, quand Rigaut l'aura prise, c'est qu'il sera par· venu à dépouiller le suicide de tout son aspect sentimental. Ce sera une opération chirurgicale, préméditée jusque dans ses moindres détails. C'est pour cela que le suicide de Rigaut est admirable, et c'est pour cela que la Société le refuse, parce qu'elle en connaît tout le danger. La société humaine peut se permettre des accidents, des suicides passionnels, des morts par folie ; leur caractère irréfléchi plaide en fait pour les vivants. Mais qu'un homme considère l'éventualité de sa mort avec tant de calme et de raison, qu'un homme se tue par logique, parce qu'il a connu qu'il n'y avait aucun autre. remède, voilà bien le comble du blasphème. Car cette mort condamne la société toute entière, lui révèle d'un seul coup sa faillite. Mais Rigaut est un homme vivant. Il y a quelque chose d'autre en lui, quelque chose de mystérieux, un charme, une grâce, qui font qu'il est beaucoup plus qu'un mathématicien de la mort. Une telle rigueur pessimiste, un tel refus, poussé jusqu'à la manie, une telle passion pour la conscience de soi, pour la lucidité, et surtout une telle négation du mensonge, de tous les mensonges: littéraires d'abord, mais aussi sentimentaux, idéalistes, philanthropiques; cela ne peut être le résultat d'un froid calcul. Rigaut, moins qu'aucun homme, n'est une machine à calculer. Qu'y a-t·il réellement derrière cette vie, qui la dirige et l'anime? Un frémissement caché, peut-être, un frisson contenu, contrarié, quelque chose de trouble, de confus, de contradictoire, qui a continuellement opposé Jacques Rigaut au monde : une PASSION. Ces sarcasmes, ce mépris, cet ennui aux dimensions presque métaphysiques, ce sont les symptômes de la souffrance qui vibre dans cet homme à chaque seconde de la vie, devant chaque agression, chaque laideur, chaque faux espoir. Une PASSION: une ivresse de la vérité, une ivresse de la beauté de la vérité. Il s'agit d'aller jusqu'au bout de cette vie, de savoir comment les choses se passent, sans jamais succomber à aucune complaisance, à aucun à peu près. Découvrant à chaque instant un nouveau mensonge, un nou· veau déguisement destiné à masquer le vide, Rigaut descend résolument tous les degrés de l'existence, et tous les degrés du langage. Il parvient exactement au même moment au degré zéro de la vie et au degré zéro du langage. Un oui dans une main, un non dans l'autre... C'est cette cohésion totale entre l'être et l'expression qui fait de Rigaut un héros, et non le fait qu'il se soit vraiment tué. Je veux dire que la question de savoir si Jacques Rigaut est ou non un écrivain est devenue tout à coup complètement futile. Arrivé à ce point du voyage, il n'est plus possible de bien ou mal écrire. Quand l'homme s'est pareillement rejoint, quand il est arrivé aussi près de lui-même, qu'il s;est désquamé, qu'il a ainsi quitté tous ses oripeaux et toutes ses peaux, ayant renoncé à tout ce qui l'encombrait, qui le nimbait, quand il s'est pour ainsi dire dévêtu jusqu'au squelette : le serai mon propre savon, il ne peut plus y avoir de style, ni de pensée, ni de propriétés quelles qu'elles soient, ni même de fonctions ou de noms. Il ne reste plus que ceci, la vérité, pure, insoutenable. Impossible alors de dissocier l'écriture des autres modes de la vie, de la respiration, par exemple, ou de l'activité des glandes endocrines. Et si un jour, après beaucoup d'hésitations, après avoir beaucoup lutté, l'on se tue réellement, c'est parce qu'on l'avait écrit. Splendeur de ma voix qui s'élève seule, seule, dédaigneuse de toute oreille, faite pour aucune - faite de ces mots qui sont les liens sûrs que cependant ils puissent discerner (2). le frémis au sommet du mot seul, sur une limite aussi pathétique que le tournoiement du derviche hurleur, ou du chancellement du boxeur avant qu'il s'écroule, ou de l'avion qui pique en flammes. I.M.G. Le Clézio

C'est vrai que le suicide en tant qu'acte de révolte, manque toujours son but. On ne nie pas le monde en voulant le punir par sa mort. Fuir l'affrontement, c'est cn quelque sorte se soumettre. La négation absolue que Rigaut oppose à la société humaine est incompatible avec une telle soQJnission. Rigau~ a été sensible à tout cela, et c'est à eause de cette

1. Injustice reconnue par Martin Kay : Rigaut qui professait un si solide mé-. pris de la littérature et de la critique aurait·il été sensihle à l'humour involon. taire qui marque notre entreprise?» (Préface).

en quelque sorte qu'il change, c'est vouloir plier le monde à ses exigences. Rigaut, lui, ne veut rien, n'accepte rien!

La révolte est une forme d'optimisme à peine moins répugnante que l'optimisme courant. ( ...) La révolte, considérée comme une fin, est elle aussi optimiste, c'est considérer le changement, le désordre comme quel. que chose de satisfaisant. le ne peux pas croire qu'il y ait quelque chose de satisfaisant. Extraordinaire lucidité, qui le force à admettre cette réalité. : ce n'est pas le monde qui est mauvais et mal fait pour lui, c'est lui qui n'est pail fait pour le monde. Il y a complète et irrémédiable incompatibilité entre lui et le monde, entre lui et la vie. D'où ces deux thèmes qui animent la vie de Rigaut: la vérité, et la mort; c'est à dire, matériellement, le miroir, et le suicide.

Le miroir, c'est la figuration obsessionnelle de cette conscience de soi qui est la grande barrière au bonheur. C'est la représentation rituelle de cette intelligence toute entière appliquée à sa propre observation, cette intelligence froide, lucide, e.ffrayante, qui empêche la perte de conscience et par conséquent l'amour, la vie: le n'ai jamais perdu connaissance.

La pensée ne peut alors avoir d'autre fin que de se penser, la pensée est implosion. ET MAINTENANT REFLECHISSEZ LES MIROIRS.

La réflexion est l'acte suprême, celui dont on ne s'échappe pas : il s'agit bien d'un rebondissement du regard sur lui·même, d'un déroule· ment de la personne. Le jeu de mots n'est ici même plus grimace. Seuls les miroirs donnent avec exactitude l'image, seuls les miroirs offrent vrai. ment le spectacle de la pensée. On est très loin du « narcissisme », car il n'y a aucune fascination, aucune soumission à ce spectacle. ·Ce serait plutôt une malédiction, la constatation définitive de l'impossibilité pour la pensée d'aboutir à autre chose qu'à elle·même ; l'impossibilité de voya· ger. Em.prisonnement de l'esprit dans son propre infini, selon le système du miroir à trois faces. Cette limite imposée par le miroir, ou par l'ana· lyse, Rigaut ne l'accepte jamais vraiment. L'intelligence ne tarde pas à y rejoindre le vertige de la folie, la clairvoyance y rencontre l'aveuglement. Pour en sortir, que faire? Briser le miroir, et passer de l'autre côté. Mais Rigaut sait tout de suitequ'un tel passage est irréalisable, et qu'il ne peut aboutir à autre chose qu'à, malédiction plus grande encore, la littérature.

li

2. Ceux qui veulent comprendre peu. vent lire : li sans que .cependant ils puissent se diseemer », quelque chose de ce genre.


ROMANS

Un grand conteur FRANÇAIS

Rares sont les auteurs dont le pouvoir de renouvellement se manifeste avec autant de vigueur que celui de Jean Giono, qui vient à nouveau nous en donner la preuve avec son dernier roman : l'Iris de Suse. Depuis près de cinquante ans, en effet, cet écrivain qu'on a pu classer dans « la génération de 1900" semble soutenir la gageure particulière qui est celle des créateurs: elle consiste à changer indéfiniment tout en demeurant soi-même.

1

Jean Giono L'Iris de Suse Gallimard éd., 243 p.

Depuis Colline (1925), Un de Baumugnes (1929), Giono occupe une place à part dans la littérature en tant que chantre des Hauts de Provence. Dans des récits d'une magnifique sensualité où s'allient le ciel et la terre, il s'est fait le créateur de mythes issus d'une in· timité transfigurée avec le monde. Ses personnages, sans épaisseur véritable sont en réalité des lieux de résonance pour le dialogue lyri. que que poursuivent le ciel avec la terre, les arbres avec les routes, les fleuves sinueux avec les grands paysages abandonnés aux étoiles. Dans ces admirables cantilènes lyriques que sont Que ma joie demeure (1935) ou Regain (1930), les mythes paraissent se répondre entre eux au sein d'une cosmogonie où vient basculer l'univers, tel un œil renversé vers son propre audelà. Au sortir des désillusions de la deuxième guerre mondiale, un nouveau Giono apparaît, comme par un rebondissement imprévu : le Hussard sur le Toit (1951), Jean le Bleu, Angelo inaugurent la phase stendhalienne et picaresque à la fois d'une vision du monde que l'on croyait vouée à la contemplation et à la gravitation poétique du cosmos. « L'aventure» pour un individu libre, dans lequel une disponibilité toute gidienne s'arme résolument pour combattre toutes les « pestes », s'inscrit maintenant dans le cadre épique de récits à la fois amers et violents. Il s'agit du jeu avec la vie; de passion, d'amour et d'humour dans une série d'affrontements où tout l'être participe. PourLa

Quinzain~

tant, quelque chose subsiste des premiers romans dans les personnages: c'est leur aspect fondamentalement marginal (qui se manifeste ici par la désinvolture). Ils dénoncent obstinément une sorte d'absence essentielle au monde que ce soit « sous la caresse des astres » en Provence, ou dans la batailleuse Italie de 1848. Cette absence se retrouve dans l'Iris de Suse. Elle gît au cœur du fugitif Tringlot, elle décide de la mort de la Baronne de Quelte et de son amant, elle se masque derrière les jeux d'osselets du naturaliste Casagrande, et elle culmine dans le personnage de la jeune femme qu'on appelle L'Absente. Dans ce roman, il semble que Giono ait tenté de rassembler toutes ses « pentes Il : celle de la contemplation, celle de l'aventure, et celle des âmes fortes et solitaires la dernière en date de ces (c âmes II était la très originale Ennemonde (Ennemonde et autres caractères, 1968), qui rappelait à la fois la Jambe-de-Laine farouche de Bernanos et la romantique, adamante Mathilde de la Môle. Elle réapparaît ici en châtelaine intraitable, amante coupable et meurtrière, avare de paroles, avec des gestes sans appel. Mais le livre est aussi le récit de la fuite et du refuge d'un voleur dans les hauts alpages du Jocond. D'où le contrepoint que l'auteur établit, non sans ruptures parfois maladroites, entre les souvenirs personnels de ce nouveau « Papillon», amateur de « caches » pleines d'or, son retour progressif aux sources, et l'aventure de cette femme qui accueille les inconnus le fouet à la main à la limite de ses terres! L'excès de matière romanesque nuit à l'unité du récit et à sa profondeur. La transparence particulière, si attachante dans les autres romans se trouve ici contrariée, brouillée par une trop grande richesse thématique. Giono est un écrivain qui peut se permettre le cc monolithisme». Seule, peut-être cc L'Absente », à laquelle le héros finira par associer son destin de fuite hors du monde se fait l'écho silencieux et vibrant de l'art essentiellement litotique de l'écrivain. L'appel de cette créature sans voix, qui n'est qu'un paysage pour l'âme de celui qui l'aime et le lieu d'un désir impossible, nous restitue soudain la véritable voix du romancier. A coup sûr, le grand talent du conteur, ou plutôt du poète en prose, que nous connaissons, éclate ça

littéraire, du 1- au 15 avrn 1970

et là, à la faveur d'un orage panique en montagne, ou de la vision d'un paysage. Il se manisfeste surtout dans les très sobres et pourtant très amoureuses descriptions des lieux que hantent ses personnages. Le rythme tellurique de la pulsation du monde s'orchestre alors dans un équilibre rarement atteint entre la richesse du vocabulaire et l'extrême simplicité des contenus de la vision. Pourtant le style ne paraît culminer que lorsque le récit se situe lui-même au niveau des grands espaces désolés qui dominent de loin les vallées. Là, dans « la tendre indifférence du monde» qui est toujours à dire, une harmonie secrète se réalise entre le silence bruissant de la nature et le « canto hondo» de la prose qui l'exprime. C'est peut-être la raison pour laquelle l'hum~ur avec lequel le

brigand Tringlot se (et nous) raconte les exploits passés de ses com· pères dans le bas-pays ne parvient pas à nous convaincre. En nous arrachant aux séductions d'une vision du monde qu'il a su seul maîtriser (avec Ramuz, peut-être), Giono semble nous refuser l'accès au domaine qu'il nous avait ouvert. Et, sans bien savoir pourquoi, nous nous prenons à lui demander de nous restituer, par la magie de son verbe, cet univers insolite et familier à la fois, dans lequel se nouent les alliances secrètes ou les orageux accouplements de la terre, du corps et du ciel. Là où l'homme découvre, dans une absence consentie au monde que nous connaissons, l'accomplissement mystérieux d'où jaillit la double fulgurance de son être et de son néant.

Anne Fabre-Luce 5


• Le reve romantique A

1

Marcel Brion L'Ombre d'un arbre mort Albin Michel, éd. 348 p.

« Partout, je n'ai cessé d'atte~ dre, au plus loin que je regarde en arrière. Attendre qui? Attendre quoi? ». Ces paroles de Te-

rence Fingal, le personnage central du nouveau roman de Marcel Brion, traduisent bien le climat poétique de cette œuvre émouvante. Car le sentiment de l'attente y sera en même temps comblé par une grande passion et avivé par l'impossibilité de l'assouvir. L'amour de Terence Fingal et Georgiana est celui de deux êtres qui se sentent destinés l'un à l'autre, et que séparent non seulement le mariage mais les déplacements du mari de Georgiana. Errant sur des routes lointaines qui s'entrecroisent brièvement en divers lieux de la terre, ils vivent un amour d'autant plus ardent que les moments lui sont comptés ; leurs rencontres ne se composent que d'instants fugitifs, précaires oasis dans les sables de l'absence. Ainsi passent quelques années, au cours desquelles l'unique préoccupation de Terence Fingal aura été de rejoindre Georgiana, jusqu'au moment où la mort soudaine de celle-ci arrive comme une dernière et décisive séparation. Cest la disparition de Georgiana qui constitue le point de départ du toman, car l'aventure se déroule retrospectivement. L'attente se mue alors en une quête au cours de laquelle Terence Fingal

Arthur Adamov «Aujourd'hui, A dam 0 v est peut-être un écrivain maudit -, écrivait Alain Clerval ici-même, à propos de l'Homme et l'enfant qui venait de paraître (1). Peuton croire qu'il existe encore à notre époque des « écrivains maudits - ? Admirateur de Kafka et de Strindberg, ami de Roger Gilbert-Lecomte et d'Antonin Artaud, Arthur Adamov a décrit les affres de sa névrose dès l'Aveu, en 1946, tenté d'exorciser dans l'Homme et l'enfant un irrépressible besoin d'auto-humiliation. S'il est abusif de penser que 6

s'enfonce peu à peu dans le labyrinthe du souvenir, des rêves et de la mort, où seule peut le guider la fidélité du cœur. « Il existe une infinité de chemins, dans le monde des morts, » affirme son ami, le marchese Ermete dei Marmi. « Parfois ils se croisent, parfois non... Aurez-vous le courage, vous aussi, d'aller chercher Georgiana chez Hadès? ». Cette quête prend ainsi la forme d'une descente aux enfers : c'est dire que L'Ombre d'un arbre mort possède la richesse et la complexité Sj mbolique qui caractérisent l'œuvre romanesque de Marcel Brion. Dans ce douloureux récit qui est en même temps l'histoire d'une initiation, l'intrigue se dessine en transparence sur une vaste toile de fond où mythes et légendes tracent leurs figures mystérieuses. Tandis que les fils du rêve et ceux des événements vécus s'entremêlent, de subtiles corres· pondances se manifestent entre les divers plans de l'existence - le monde de l'art, des songes, des rites antiques - et la suite des événements quotidiens. Pris dans un réseau de plus en plus serré, les amants se rapprochent insensiblement d'un destin dont les avertissements les accompagnent comme l'ombre même de leur amour. Auprès d'eux apparaissent des êtres qui, par moments, déposent leur masque humain : Hermès, harpie ou sirène, ce sont des messagers Ile l'au·delà, chargés de guider les âmes sur des voies inconnues. Ce n'est pas par hasard que

l'auteur - lui-même d'ascendance irlandaise - a conféré à son personnage le nom de Terence Fingal. Ne serait-il pas le double de ce héros celte, Finn ou Fingal, dont l'épouse se nommait Griana et qui, dit-on, repose encore, retenu par un charme, dans une grotte enchantée? Peut-être celle que Terence Fingal appelle « la cavalière des dunes » est-elle aussi sœur de saint Georges, le héroscavalier vainqueur du monde des ténèbres. Car dans le vaste contexte mythique auquel le roman renvoie sans cesse, la mort de Georgiana apparaît comme l'expression du « meurs et deviens » goethéen, qui a profondément marqué l'œuvre de Marcel Brion. Cette mort est en effet la première et nécessaire étape d'une ascèse au terme de laquelle Terence Fingal rejoindra Georgiana, pour franchir avec elle la frontière nébuleuse qui sépare le monde visible de l'invisible. Cette œuvre qui s'épanouit sans hâte selon le rythme intérieur du souvenir, est ainsi le récit d'une destinée, à la fois pressentie comme élection, et éprouvée dans sa douloureuse durée. En dehors des scènes finales, rêves et résonances mythiques sont savamment équilibrés par l'histoire d'amour, qu'un cadre pittoresque et divers, l'ardeur sensuelle et la souffrance enracinent dans le réel. Il serait temps qu'on accorde à Marcel Brion la place qui lui revient parmi les héritiers de l'âme et du rêve romantique. Margaret S. Maurin

son œuvre théâtrale procède de cette névrose, elle lui est, au moins dans une première période, évidemment accordée. Ce qui ne l'empêche d'être avec celle de Beckett et d'Ionesco représentative de ce nouveau théâtre né après la guerre et qui n'a pas tardé à prendre le nom dans les histoires Httéraires, de « théâtre de l'absurde -. Adamov avait cependant débordé la singularité de son cas, et l'exemple de Brecht, s'il n'obscurcit pas ceux de Strindberg ou de Kafka, ouvre à l'auteur de Ping Pong la voie de l'engagement. Ce n'est pas pour renier sa conception de la créa· tion littéraire, Geneviève Ser-

reau le rappelle dans son Histoire du Nouveau théâtre (2) : « Marxiste ou non marxiste, déclare Adamov, le seuJ problème est de savoir comment utiliser ses névroses -. Et, aurait-il pu ajouter, de savoir les dépasser. Les excès de toute sorte, la maladie, le délabrement physique, la recherche voluptueuse de l'échec et de la souffrance ont conduit Arthur Adamov à une mort prématurée. C'est maintenant que. nous allons prendre la vraie mesure du dramaturge et de l'écrivain. (1) La Oulnzalne IItt6ralre. n° 53, 1er juillet 1968. (2) Idées. Gallimard. 1966.

Jean-Claude Hémery Anamorphoses Les Lettres Nouvelles Denoël éd., 155 p.

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J'ai lu le nouveau volume de Jean-Claude Hémery alors même que se déroulait la merveilleuse exposition Klee dont les amateurs d'art parisiens viennent d'être gratifiés. Ainsi ai-je fait des rapprochements entre Klee et Hémery. Rapprochements que l'on va ilans doute trouver bien aventurés et d'ailleurs inutiles. Ils sont dûs pour une bonne part aux circonstances et je refuserais de soutenir un siège pour les défendre. Je constate seulement qu'ils se sont produits en moi, avant que d'avoir à les élucider. Si je ne veux pas les défendre, je ne veux pas non plus m'attarder longuement à les commenter. Et pour· tant, les « anamorphoses» de Jean·Claude Hémery, ses perspectives curieuses et réflexions déplacées, comme annonce la bande publicitaire de son volume, ont bien cet air de famille avec «l'entremonde» de Paul Klee, sa quête entêtée de ce qui pourrait être et ne sera jamais, sa bizarrerie corrosive mais exemplaire, cette étonnante libération, ce surgissement à partir d'un gauchissement initial. Enfin, une certaine forme d'éloquence, de pero suasion, voire de faconde, à plaider le dossier des chimères. D'autres parallèles, et plus importants, entre le grand peintre bâlois et le jeune écrivain pariConsidérons l'exposition sien. Klee dans son ensemble. Il est impossible de ne pas être frappé par l'évolution on pourrait presque dire par le renversement - de sa peinture. Elle va du figuratif fût-il fantastique ou teinté d'impressionnisme et de cubisme ,- à un non - figuratif proche de l'abstraction. Que l'oil se souvienne, comme exemples, du foisonnant Théâtre végétal et des grandes toiles raréfiées à l'extrême des deux dernières salles où quelques brèves et épaisses lignes noires se détachent d'un fond uni. On n'imagine pas un changement si radical sans rapport avec une évolution psychologique. Et l'on aperçoit les conclusions négatives que pourraient en tirer certains analystes, ceux


- • . Irolrs m.ouvants M de la tendance Minkowski en particulier, captivantes sans doute, justes peut-être mais qui, après tout, n'enlèvent rien à la valeur proprement esthétique des œuvre!! considérées. Or, les happy few, lecteurs de Curriculum Vitae savent que Jean-Claude Hémery aime agrémenter ses écrits de petits essais graphiques, modestes illustrations plus ou moins symboliques, mais sensibles où l'auteur tente, par cette autre voie, de s'approcher encore. Des dessins de Curriculum Vitae, j'avais déjà noté que, de la belle implexité du départ, ils finissaient par s'éclaircir, par s'évider. Est-ce une tendance irréversible? Les dessins d'Anamor- Le PaÙlÛ des Doges, par Canaletto. phoses achèvent cette évolution, la poussent à l'extrême. Ce ne sont plus que gros traits réduits à pitalier Kénome (ou, en grec, contingente, celle d'un être pleil'ellipse, à la spirale, à la torsion « Kenoma »), monde du vide et nement assumé et incarné. Aud'une plaque de métal, ou au car- du manque, que la Gnose oppose jourd'hui, l'auteur disparaît derrefour de routes. Il eût été abusif à la plénitude du Plérome. Inhos- rière une attitude, tend à s'absorde s'étendre de la sorte si les pitalier? Pour qui ? Pour le lec- ber en une situation-limite : l'aptextes d'Anamorphoses com- teur? L'auteur, quant à lui, en- proche, l'intuition du néant. ment s'en étonner - n'allaient, tonne, en faveur de ce Kenome, explicitement d'ailleurs, dans le . des louanges bien entendu négatiCela ne va d'ailleurs pas sans même sens. ves mais ferventes : Loué, loué de furtifs regrets. Dommage, en soit le Sempiternel, loués le un sens, pour la chaleur perdue, Ce texte, toujours le même, que brouillard qui nous noie, fim- pour fémoi. Pour la saveur. .Au j'écris, le seul que j'écrirai ja- mense trou grisonnant, f écho total, il croit y gagner plus qu'il mais... note Jean-Claude Hémery à la dernière page d'Anamorphoses. Voilà qui sonne comme un serment de fidélité, une profession de foi où l'on devine une qualité profonde d'écrivain. Et Ce texte, toujours le même, que pourtant je me demande si JeanClaude Hémery est conscient j'écris, le seul que j'éorirai jamais... d'une évolution qui, de proche en proche, pourrait s'avérer radicale et, qui sait, lui ménager des surprises. On pourrait déjà prétendre que Curriculum Vitae et Anamorphoses s'opposent, comme s'opposent souffrance et remède dans la pharmacopée allopathique. En bref : Curriculum était la nausée; Anamorphoses, le rien. Face à la difficulte d'être, au mal de vivre, à l'incertitude ontologique, aux pressions, aux agressions sociales, le patient s'offre la parade la plus usitée - et qui, elle aussi, tomberait sous le coup de l'analyse. Autant qu'il le peut, et par tous les moyens, il nie cet être, il nie ce monde et se réfugie dans les antres d'un néant relatif. Le lecteur pourra écrit JeanClaude Hémery, dans un prière d'insérer signé de ses initiales s'effrayer, à bon droit, de finhos-

muet! Loué son air absent, ses yeux crevés... Loué son pieux rictus, ses tics, spn silence obstiné, son ap1ulsie, ses bras ballants! Loué le Sans-Nom, f éternel disfA bsolument - inexistant, paru, rInagissant, faboulique et l'incon sis tan t ( ...). L'Omni-Absent qu'il soit loué! Loué fattardé, fimpuissant, f oublié. Certes, l'on peut aussi discerner dans ces propos un étrange exercice de théologie négative, la célébration intime - et, qui sait, douloureuse - de la mort de Dieu. En tout cas, de Curriculum à ce texte, l'évolution est patente. Dans le précédent volume se manifestait une situation encore très

La Quinzaine littéraire, du 1" au 15 avril 1970

n'y perd, ou plutôt, puisqu'il est censé tout perdre et ne rien gagner, y laisser nn plus grand nombre d'horreurs que de délices. Poursuivant l'aventure, cherchant à l'étendre, à la pousser dans les retranchements (ou plutôt dans les contradictions), il se met en quête du non-savoir : Rien encore, ou plus rien depuis longtemps, au bout de ces retranchements. Rien, les embranchements négligés, ou plus exactement inaperçus, rien, plus exactement les éparpillements, rien, plus exactement l-es gloses, les schémas estompés, les mots privés de sens, rien, les sons imprononçables, rien, plus exactement, presque ou pas encore inconnu, désinitié

de quelque austère agnose infor. mulée ou rien n'est plus, ou plus exactement ne serait, n'aurait été sans la mémoire ou plus exactement le souvenir latent d'oublis accumulés ou plus exactement de mémoires lacunaires ou prémonitions de rien ou plus exactement presque rien. Et son rapport, avec son propre langage se trouve bouleversé : Je ne lirai jamais le récit que j'écris, qui s'écrit en moi, illisible et jamais lu - et qui f écrirait, sinon moi, lecteur non lu, aveugle· et illettré lisant à en mourir ces textes imposés, raboteux, épelés à longueur de nuit, ces cloaques de mots charrian.t des cris rentrés, ce non-sens obsédant bredouillé, appris par cœur aussitôt qu'oublié, pâteuse pitance à grand-peine mâchée ingurgitée vomie déglutie vomie remâchée ruminée revomie.

La différence entre nausée et néant - entendus comme sentiments, comme tendances est celle du relatif à l'absolu, de l'éloquence au mutisme, de la sensibilité à l'indifférence. N'en soyons donc pas surpris : Curriculum Vitae offrait un registreplus varié, un individu plus présent, en veine de confidences; aux pages de désespoir succédaient des pages tendres, émerveillées encore ou livrées à l'humour. Et pourtant, qu'Anamorphoses soit à l'opposé de la sécheresse, malgré son thème dominant, voilà le miracle, celui d'Hémery, celui de la poésie. Je ne l'ai pas encore souligné, AnaJl'wrphoses est un recueil de neuf textes que rien (justement !) ne lie mais dont la parenté est profonde. C'est l'œuvre ouverte dont parle Umberto Eco. On y circule à sa guise, en toute liberté, semble-t-il, et pourtant on y demeure prisonnier, enserré par une invisible totalité aux secrètes articulations. Aux premiers textes, un peu beckettiens, fait suite, notamment, l'admirable Venise en feu d'un lyrisme fuligineux et qui est un chef·d'œuvre. Et c'est là encore œuvre ouverte accomplie par un système de numérotation des paragraphes et par le jeu typographique. Ce même texte, ce même thème, Jean-Claude Hémery le martèle si bien, en fournit un tel jeu optique que le rien se transforme en un mirage, en vertige de miroirs mouvants. Jean Gaugeard 7


Le Sym.bolisDte hongrois

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Georges Piroué Le réduit national, Denoël, éd., 184 p.

La Suisse n'est pas un pays comme les autres : sa célèbre neutralité qui, partout ailleurs, serait une gageure, ne lui a-t-elle pas permis, durant la dernière guerre mondiale, d'aider les combattants des deux bords sans s'attirer les foudres d'aucun d'eux? Du nord au sud des trains sillonnaient le territoire, trains allemands ou italiens allant, bourrés de munitions, de l'une à l'autre des deux puissances de l'Axe, cependant que le ciel était traversé en permanence, ou . presque, par les bombardiers américains. Au vu et au su de l'armée helvétique. Des soldats suisses étaient en effet mobilisés en 1943, époque à laquelle Georges Piroué situe l'action de son récit. Mobilisés contre qui ? Contre personne, Pour quoi ? Pour « l'intégrité d'un territoire » livré au trafic de l'Axe et pour « la défense d'un espace aérien ( ...) percé comme une écumoire ». D'où le sentiment d'inutilité et de supercherie des hommes maintenus sous les armes dans ces conditions... Si l'on ajoute à cela que certains d'entre eux, commis à la garde d'un pont dans les Alpes, se trouvaient isolés du' reste du monde entre les roulements des convois ferroviaires et le bourdonnement de l'aviation alliée, qu'une épidémie de rougeole entraîna une quarantaine les privant des rares contacts avec le bourg voisin, qu'un camarade hypnotiseur donnait, tous les soirs, un petit numéro d'illusionnisme, toutes les circonstances n'étaient-elles pas réunies pour que l'obsession, devenue démence, provoquât un drame ? Sans raison apparente, une sentinelle abattra un sergent, dans la nuit. Il paraît que le fait divers est vrai. Il nous importe davantage qu'il soit vraisemblable au niveau du récit. C'est le cas. Georges Piroué, par accumulation de touches d'atmosphère, a construit un uni. vers de l'absurde crédible. Il l'est dans le décor, dans les dialogues dont le terre-à-terre et même le scatologique laissent affleurer l'angoisse, dans les gestes peu à peu dégagés du quotidien et « contaminés » par les séquelles psychologiques de la claustration. Cet « état de siège » - aucfUel l'auteur a tenté de donner un contrepoint dans une seconde par8

André Karatson

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Le Symbolisme en Hongrie

Presses Universitaires de France éd., 498 p.

Dans son Traité de stylistique Charles Bally postule l'existence d'une « mentalité européenne» qui coifferait la diversité des langues européennes. Ce di. sant, il pensait déjà (en 1905 !) à l'Europe de l'Atlantique à l'Oural. « Le finlandais et le hongrois, écritil, n'ont (sous le rapport de la parenté proprement linguistique)

française

rien de commun avec l'anglais et l'italien... pourtant, ils rentrent dans le cercle des langues occidentales, car ils ont, pour les concepts de la mentalité européenne, des moyens d'expression sensiblement parallèles à ceux des autres idiomes de ce type. » Cet optimisme (Bally évoque par la suite le triomphe possible d'une « langue européenne»)) a été singulièrement démenti par l'évolution ultérieure des recher. ches linguistiques et, en particu. lier, par les découvertes de l'ethnolinguistiqüe. On entrevoit au· jourd'hui à quel point les proprié. tés de la langue maternelle sont déterminantes pour la pensée et la sensibilité individuelles et col· lectives. En même temps, la litté· rature comparée a mis en lumière les nombreux décalages observés dans les divers pays au cours de l'évolution de la sensibilité euro· péenne, les interprétations et les applications souvent surprenantes

tie extrêmement brève, mais dont la nécessité n'est pas absolument évidente - trouve sa sanction dans l'hypocrisie de l'appareil de l'armée qui étouffe l'affaire - de peur que l'on ne s'aperçoive de la vérité de la guerre, « vérité contenue dans tout ce qu'on a amassé pour,

au contraire, s'en protéger, et au tour de quoi l'on errait afin de vivre avec la mort, avec tant de morts de par le monde en état de familiarité et de profonde égalité. » Telle peut être la leçon d'un récit d'autant plus significatif qu'il est sobre et resserré autour de l'essentiel : ce n'est pas sans risque qu'on condamne les humains à ne se croire à l'abri de tout que clans les étroites limites d'un « réduit national ».

Maurice Chavardès

que certains courants littéraires ont reçues dans certains pays. La fortune du symbolisme français en Hongrie est particulièrement ins· tructive à cet égard. Fin lettré et chercheur scrupuleux, André Karatson restitue avec minutie les péripéties de cet. te rencontre. Dans sa thèse brillamment soutenue en Sorbon· ne - , il suit pas à pas les progrès de la pénétration du symbolisme en Hongrie et aussi, son exploitation à des fins extra·littéraires. En effet, dans ce pays polarisé à l'extrême, un manichéisme candi. de, mais malfaisant, régnait dans la deuxième moitié du XIXe siècle et le tableau historico· poétique brossé par Karatson dans les premiers chapitres de son ouvrage sont indispensables pour faiM re comprendre la véritable portée de l'influence du Symbolisme français, « décadent et destruc· teur» pour les partisans de la « Hongrie millénaire », « levain du renouveau» pour ceux du pro· grès qui, plus tard, devaient se grouper autour de la revue « Nyu. gat » (Occident). Au cours de sa carrière en Hongrie - et malgré les efforts d'un Dezso Kosztolanyi à qui Karatson consacre peut.être les meilleures pages de son livre - le Symbolisme d'inspiration française ne parviendra pas à rom· pre avec cet engagement politique et moral. Etait-ce, comme l'expli. quait récemment le poète hon· grois Gyula Illyés répondant à une enquête de la revue « Preuves », parce qu'en Europe centrale et orientale la fonction dn poète consistait pendant longtemps à remédier aux carences d'un pou· voir politique défaillant ? Un.e pléiade de très grands poè. tes, virtuoses d'une langue qu'ils contribuèrent à assouplir grâce à l'apport du symbolisme français, sont présentés par l'auteur : Ady, Kosztolanyi, Babits, T6th, Juhasz, Szép. Traduits - et quelquefois bien traduits - en français, ils sont pourtant à peu près inconnus en France. C'est dommage. Quant à leur propre et foisonnante activité de traduction poétique, elle fait l'objet, de la part de l'auteur, d'une série de commentaires du plus haut intérêt : ces traducteurs se comportent en « conquérants », il s'agit, pour eux, de « tirer le texte à soi », en « opérant la syn-

thèse entre le texte étranger et sa propre manière» (p. 404).

Le bilan de l'aventure symboliste est établi dans la conclusion de l'ouvrage (p. 435-447) : « le Symbolisme hongrois cherchait à concilier les exigences de l'art autonome et celles de l'art collectif » (p. 437), « l'influence de la poésie symboliste frarn;aise. pour s'exercer, dut renoncer à l'exclu-

sivité et laisser combiner son mes· sage avec des messages différents, souvent étrangers à son essence » (p. 438). Mais c'est dans la maniè. re de composer et de lire les poè. mes que cette influence devait se révéler déterminante. Dans les dernières pages de son livre, Karatson dégage avec bonheur le principal apport, à cet égard, du Symbolisme français : le langage métaphorique et la spontanéité impressionniste. Cet apport trou· va un terrain extrêmement favora. ble dans les données de la langue hongroise, d'où « prolongements et métamorphoses » aboutissant à la naissance d'une nouvelle sensi· bilité qui continue à nourrir la poésie hongroise contemporaine. Et c'est peut-être là - parado. xalement - une des raisons du décalage que nous constatons ac· tuellement entre les deux sensibi. lités poétiques. Le langage méta· phorique du Symbolisme n'a ja. mais fécondé la langue française, comme il a enrichi la langue hongroise. De plus, cette tendance fut assez rapidement abandonnée au profit d'un langage « métonymique », qui était, par exemple,. celui de Proust. Gérard Genette désigne sous le nom de « métaphore diégétique » un certain aspect de la sensibilité proustienne, en étroite relation avec le milieu am· biant qui la façonne et la modifie à son gré, alors que le langage qui exprime cette forme de sensibilité fait appel il la contiguïté, aux élé· ments « in praesentia », contraire. ment à la métaphore pure qui opère toujours par substitution, avec évocation d'éléments « in absentia ». Peut·être cette façon « métonymique » de voir a.t·elle si profon. dément imprégné la langue fran. çaise de nos jours que ses usagers, oublieux de l'aventure de la mé· taphore symboliste, poussée ensui· te à son extrême degré par les haro diesses des poètes hongrois, jugent incohérents les rapports quelque. fois fort lointains que la métaphore établit entre comparants et comparés.

Georgu Kassai


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Rétif et son pere à l'état naissant la vérité du culte des ancêtres; et c'est l'orientation particulière que l'individu Rétif imprime à ce culte.

A la précieuse Année balza· cienne, qui compte déjà dix ans d'âge, les Editions Garnier ajoutent une nouvelle annuelle, Dix·huitième siècle, publiée par la Société française d'Etude du XVIIIe siècle : du sérieux, du savant, du solide. Rien d'ailleurs, dans ce premier numéro de 480 grandes pages, sur Rétif de la Bretonne, que nous voyons d'autre part faire son entrée dans la collection des Classiques Garnier.

Rétif de la Bretonne La Vie de mon père Edition présentée, établie et annotée par Gilbert Rouger Garnier éd., ill., 384 p. Non, ce n'est pas, à mon goût, du meilleur Rétif. Il Y manque la plupart de ces fantasmes, de ces déli· res, de ces défoulements aberrants qui font d'un intarissable polygraphe et d'un abominable cacographe un révélateur singulièrement in· quiétant et attachant de l'élémentaire. En revanche, le petit ouvrage de 1778 - année où mourut Rousseau - est un des documents les plus vivants et les plus rares dont nous disposions sur les réalités de la vie rurale au XVIII" siècle. Il faut, à vrai dire, en lisant la Vie de mon père, relire le merveilleux début de Monsieur Nicolas (dont Jean.Jacques Pauvert nous a apporté en 1959 la première édition intégrale, malheureusement un peu brute). Rétif ne s'est jamais lassé de ruminer le souvenir de son village natal perdu dans les solitudes sauvages de la BasseBourgogne et les rêveries que nourrissait ce souvenir élaboré. M. Gil· bert Rouger, qui a l'art de déployer dans son édition une érudition profondément renouvelée s • n 8 néanmoins écraser les significations, donne à la suite du texte une antho· logie d'autres œuvres de Rétif pro·

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pre à en souligner l'intérêt folklorique et sociologique. C'est une exploration très exci· tante. Et troublante. Car Rétif, si prompt souvent à fabuler, sait aussi se montrer exact. Ainsi il reste possible (je l'ai fait) de repérer sur l'actuelle carte en couleurs au 1/50000, si séduisante pour les véritables amateurs, le vallon pré. cis où l'enfant, menant paître Ses bêtes, dut quelquefois les défendre contre le loup. Sommes-nous en droit de parler à la légère de ses « mensonges », quand il arrive chez lui que le faux s'ajuste au vrai avec une telle précision ? Nul ne peut se faire l'historien de son propre père. Il y a trop de choses que vous ne connaîtrez jamais. Les témoins se tairont devant vous; ou, s'il leur arrivait de par· 1er, vous ne les croiriez pas : leur expérience diffère de la vôtre essen· tiellement. Vous gardez au cœur soit de la haine, soit une vénéra· tion viscérale; pas d'objectivité possible. La seule historicité de La Vie de mon père est d'ordre géor. gique. Quant au reste, ce qui en fait le prix, c'est, pour nous, une occasion exceptionnelle d'observer

Dans son oahier 15. à paraitre le 20 avril. la reY1le Le Nouveau ComnaeNe publiera le Trai~ Tropes .u

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grammairien et eneFolopé.is\e DU MARSAIS.

La Quiuzaioe littéraire, du 1" ... 15 fI11ril 1970

Dire qu'il mente, non, on ne le peut pas. Seulement il recompose la réalité, ou plutôt ce qu'il a pu en connaître, ou plutôt le souvenir qui lui reste de sa réflexion sur ses souvenirs, suivant la pente de son esprit, suivant les formes organiques de son rêve. Il les transpose dans l'idéal d'une « structure paysanne », comme disait Alain, qui, chez lui, est à la fois patriarcale et paternaliste, et qui se recommande d'une prétendue expérience où en fait l'imaginaire tient infiniment plus de place que le vécu. Comme Rousseau, comme Bernardin de Saint.Pierre, comme tant d'autres du même temps, acculé à une situation insupportable, il cherche la sortie : il fuit dans l'utopie. C'est sa religion. C'est son maoïsme.

Samuel S. de Sacy

Le premier écrit politique clandestin soviétique

ANDREÏ AMALRIK

L"'Union.

Soviétique • s.urVlvra-· t-elle en 1984? COLLECTION "LE MONDE SANS FRONTIERES"

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Le mérite de François Châtelet est de situer "enseignement de la philosophie dans sa fonction sociale, comme idéologie de la classe dominante devant les menaces réactionnaires. JEANNETTE COLOMBEL La Quinzaine Littéraire L'attaque la plus féroce qui ait été écrite contre cette philosophie qui, progressivement, a fait place à l'idéologie bourgeoise. JEAN-MICHEL PALMIER Le Nouvel Observateur


ROMANS

Epeler le monde aTRANGERS Edoardo Sanguinetti l'a dé· claré dans une interview publiée dans « Tel Que 1 (n° 29) : inutile d'attendre de lui une œuvre; un auteur d'avant-garde ne peut donner qu'une anti-œuvre, parce que le langage est une « dislocation, c'est-à-dire une façon d'interpréter le réel -.

toutefois, pour dire quand même quelque chose. Il en est touchant. Il cogne donc contre les parois de sa bière, comme un qui ferait parler les esprits en cognant contre le bois d'une table et certainement sa femme saisit quelque peu ; nous aussi...

La momie pue Edoardo Sanguinetti Le noble jeu de oye Trad. de l'italien par Jean Thibaudeau Ed. du Seuil 158 p.

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Le monde apparaît dans un oertain ordre qu'il faut absolument fraoturer, sans savoir oe que l'on trouvera au bout de l'aventure.

Et certes, ce qui apparaît là, tout en vrac, c'est d'abord un tas d'images, de fragments « momifiés », hiéroglyphes ou inscriptions tronquées. L'auteur, quant à lui, se donne pour mort. Il est enfermé dans une bière de bois. Il voit de là ce qu'il peut, à travers une fissure qui peut devenir une petite fenêtre. Ce qu'il voit ressemble assez à un studio de cinéma où l'on tournerait simultanément plusieurs scènes. Tel fragment de décor est pharaonique; non loin les maisons d'un quartier de Saint-Pétersbourg se reflètent dans les canaux; ailleur8 c'est un bar; par-ci par-là passent des j~unes filles nues; une Wonder Woman; une Marilyn; une petite ballerine. Sont-ce des femmes ou des images de calendrier, ou des affiches publicitaires ou des oiseaux ? De couché, forcément, l'auteurécrivain voit les choses sens-dessus·dessous et s'il bouge, c'est le monde qui bouge. Dans ces conditions, c'est difficile de dire ce que l'on voit; mais ce n'est pas une raison pour raconter des histoires. Notre écrivain en tout cas s'y refuse. Il fait de grands efforts 10

Parfois il se sent transporté luimême sur une scène; il est momie; on lui arrache ses bande· lettes; il saigne, il suppure. On le dépouille en vain : la bande est interminable. Il a honte de ce qui reste de lui. Il essaie de se cacher le visage; mais alors il découvre son nombril et le reste. Mais qu'est donc devenue cette jolie image d'un demi-poids-lourd aux pectoraux gonflés comme des seins ? Lui - la momie - il pue. La femme qui est là ne tient pas le coup. Il doit la soutenir en même temps qu'il se porte lui, momie et sa bière. Sinon tout se casse; tout disparaît. D'un bon coup de pied il la réveille, en lui disant qu'elle aussi doit continuer à «regarder... en haut ». Quand il disparaît tout à fait au fond de son puits ou ailleur8, il est bien évident que les trois petits enfants sont orphelins et la femme, veuve. Pauvres petits ! ils sont sages comme des images; c'est le cas de le dire. Quant à la femme, elle souffre énormément de voir son mari si lointain. Elle presse la bière contre sa poitrine, enfonce ses ongles dans le bois ; mais ce n'est toujours que du bois qu'elle étreint. Un coït pourtant jette l'écrivain contre une femme et c'est l'extase en trois vagues. Espérons pour sa femme, 'que c'est encore elle qui est là ! Les trois vagues sont ponctuées ainsi : need me, want me ; love me. Mais ces mots étrangers se passent d'avoir un sens. C'est leur pouvoir de déflagration qui compte; ce sont les ondes sonores qu'ils libèrent; c'est leur bruit en somme. Les étudiants aussi se déchaînent dans un bar et le feu d'amour prend de la même façon. C'est l'auber· giste qui se trouve là en ce mo· ment, dont le seul hasard décide.

Après quoi on l'enferme dans une grande barrique et vogue la galère. Nous commençons à entrevoir, avec l'auteur, un port. Le voici qui va se mettre peut-être à vivre, après tant d'aventures pénibles ou drôles; juste au moment où la quille allait éclater sans doute, comme celle du «Bateau Ivre »... Mais alors, précisément, c'est la fin. La fin ~e l'histoire qui s'achève dans un commenceinent. L'auteur ressuscite; il s'est évadé de sa bière de bois et c'est lui maintenant qui fait tourner la barrique avec ses pieds, comme un saltimbanque. En se penchant sur la mer déchaînée, par cette nuit de tempête toute noire où il n'aperçoit plus aucun signe de rien; en se penchant, donc, il peut tout de même écrire le nom de cette barrique : c'est le titre de l'histoire : «Le délectable jeu de oye~. Il peut même écrire le mot fin. Il a gagné la partie. Telle est l'ironie du langage romanesque et de tout langage vrai.

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Une volonté de subversion

Pour les besoins de la critique, ou notre propre confort, nous avons essayé de tracer comme un fil qui ordonnerait tant soit peu cette série d'images. Mais c'est trahir d'autant l'auteur; tenter d'expliquer en retrouvant une histoire sous-jacente, c'est supposer que l'invention romanesque se réduit ici à un jeu de cubes dont les cubes auraient été mêlés au dé· part, pour permettre une reconstitution. Il s'agit ici exactement du contraire : le monde apparaît dans un certain ordre, ou certains ordres qu'il faut absolument fracturer, sans savoir ce que l'on trouvera au bout de l'aventure. Il ne s'agit pas non plus pour l'auteur de se complaire dans le spectacle décadent du désordre ou du mal; il ne s'agit pas de disposer esthétiquement un désordre. Sanguinetti témoigne d'une volonté de subversion et d'un désir de vérité tout entiers engagés .dans un moment historique. Si l'acte de l'écrivain porte, c'est la preuve qu'il est engagé dans la vérité his-

torique. Il faut « tenter de vivre» pourrait dire l'auteur, mais vivre c'est s'engager politiquement, avec tout le monde. Cette anti-œuvre donc ne se soutient que de son parti-pris politique. Si elle n'était pas engagée en effet, comme elle est par ailleurs la plus particulière et même la plus privée qui soit, elle n'aurait aucune audience. Le texte demeurerait ce qu'il est au départ : une mosaïque d'images dépourvues de sens, parce que l'auteur refuse toute référence commune établie. Ce n'est pas une langue que la sienne toutes les langues employées en flasches et l'italien lui-même (comme le français du traducteur) sont, à ce stade, des langues mortes tout au plus. Dans son travail de lecture du monde, l'auteur s'approprie des fragments de langues mortes et en fait un idiome, qui demeure toutefois mortné, sauf à rencontrer d'autres idiomes engagés dans la même aventure. Il épèle le monde qu'il voit avec des mots tout faits. TI nomme ce qu'il voit. Comme sous les noms d'emprunt, rien ne vit, les verbes employés par l'auteur se réduisent à «il y a »' et au verbe «être ». Il ne peut en dire plus. En outre pour lui, tout est également images : ce que nous appellerions, nous, images (les af-. fiches, les photographies etc.), et ce que nous n'appellerions pas images (nous.mêmes par exemple) . Pour Sanguinetti ce ne sont que « momies exposées ». Le seul traie tement actif qu'il fasse subir à la langue momifiée, c'est de la «casser» (le terme est de lui). «Un ange est musicien» dit-il par exemple, et ce bloc qui jusqu'ici aurait pu s'écrire «langemusicien » s'ouvre avec un effet d'une cocasserie irrésistible. Pourquoi donc ces images, ces couleurs, ces bruits dont il emplit son ouvrage, continuent-ils à nous hanter, même si nous n'avons pas tout compris (mais que signifie ici comprendre ?) Parce qu'ils sont plus vrais que la réalité quotidienne et même plus réels. La dernière chance du réalisme est donc peut-être bien, comme l'a dit Sanguinetti, dans cette violence destructive. Il a gagné son pari; il nous a fait 'enfourcher avec lui la barrique. Il se, peut que nous ar· :rivions avec lui quelque part.

Gennie Luccioni


Sous le bulldozer des teDlps Dlodernes José Maria Arguedas Tous sanss mêlés Trad. de l'espagnol par J .-F. Reille Coll. « Du monde entier » Gallimard éd., 494 p. « La littérature indigénlste ne peut nous offrir une vision ri· goureusement vériste de l'Indien. Elle est contrainte de l'idéaliser ou de le styliser. Elle ne peut pas non plus nous faire pénétrer dans son âme propre. Elle demeure en· core une littérature métisse -. Cette remarque de José Carlos Mariategui. en 1928. dans son livre fondamental Sept essais d'interprétation de la réalité péruvienne (1). reste applicable à bien des égards. quarante ans après. au roman de José Maria Arguedas. comme elle l'était pour le prototype du genre. Race de bronze. publié dès 1919 par son prédécesseur et homony· me bolivien Alcides Arguedas.

Devant cette sorte d'ouvrages, on ne peut s'empêcher de soupçonner la littérature et l'ethnologie de se porter mutuellement tort. Tout l'effort des nouveaux narrateurs hispano-américains consistera, justement, à éviter cette impasse. Soit en éludant le problème à la façon de Borges, qui récuse d'avance tout « exotisme » par une boutade (Il n 'y a pas de chameaux dans le Coran !); soit, comme Vargas Llosa, en faisant de l'Indien un thème parmi d'autres, un simple matériau de la fiction. Pour José Maria Arguedas, au contraire, le récit est au service, sinon d'une thèse, au moins d'une cause. L'Indien des hautes terres andines peut et doit être défendu par la plume du romancier, pour que lui soient enfin reconnus le droit de vivre et la dignité d'homme. Les éléments du drame cependant ne sont pas neufs, ils se pero pétuent depuis la conquête espa· gnole, à travers tous les régimes politiques et toutes les mutations soicales. Paysan libre, l'Indien se voit repoussé d'âge en âge avec sa communauté vers les terres les plus arides et les plus froides de la montagne: parvient.il à les mettre en valeur, à force de patience, que déjà elles sont l'objet de nouvelles convoitises et qu'il s'en trouve bien· .tôt dépossédé. Vient le moment où il ne lui reste plus d'autre issue

que d'accepter, comme ses frères de race, le servage au bénéfice d'un grand propriétaire ou, pis encore, une prolétarisation impitoyable dans les mines ou les zones indus· trielles de la côte. Telle était déjà la trame du meil· leur livre de Ciro Alegria, Vaste est le monde ( 1941 ) (2), largement répandu dans tous les pays d'Amérique latine et considéré comme le chef·d'œuvre du genre. Né en 1911, Arguedas appartient en fait à la même génération, mais il ne s'af· firme vraiment qu'à partir de 1958, avec les Fleuves profonds (3), roman autobiographique où il porte à la perfection son style personnel, marqué surtout par une subtile transposition en espagnol des métaphores et des tournures de la langue indienne, qui fut d'ailleurs sa langue maternelle. Recueilli par des Indiens, le jeune Ernesto, héros du livre, s'imprègne de leur conception du mon· de, et juge d'un regard neuf le sort qui leur est fait et la vie que son père lui impose ensuite dans un collège religieux. Cet essai d'in· digénisme intériorisé, que l'on re· trouve dans Tous sangs mêlés, n'évite pas l'abus du commentaire ethonologique introduit de force

La Quinzaine littéraire, du 1- au 15 .tlN 1970

dans l'action, qu'il ralentit de façon excessive, de même que les multiples chansons et complaintes qui parsèment le texte, et dont la saveur ne nous parvient que très altérée après la double traduction qui les mène du quéchua à l'espagnol et de l'espagnol au français. Dès qu'il s'abandonne sans autre souci à la narration, au contraire, Arguedas manifeste une sûreté de trait peu commune, et se montre probablement supérieur à tous ceux qui l'ont précédé dans la voie qu'il a choisie. Le récit, lisse et naturel, sans la moindre recherche techni· que, s'impose au lecteur avec une puissance digne des grands romanciers russes. Le début de Tous sangs mêlés, où l'on voit le vieux maître de la terre maudire publiquement ses deux fils, don Bruno et don Fermin, sur la place de l'église, fait songer à Dostoïevsky. Don Bruno, le luxurieux, qui fornique dans une écurie avec une serve bossue, va racheter ses fautes en abandonnant progressivement ses privilèges pour se mettre au ser· vice de la cause indienne; mais il se trompe sur le sens de l'avenir et croit encore possible une com· munion patriarcale de l'homme avec la nature, condamnée par

l'évolution du pays. Don Fermin, lui, plus lucide, dévoré d'ambition, croit à son propre triomphe et au progrès. Il jette les éperons aux orties au profit de la jeep et boit de la bière Pilsen glacée au réfrigérateur. L'un comme l'autre seront finalement vaincus par le consortium international de la Wisther.Bozart, qui s'approprie en toute légalité la fabuleuse mine d'argent découverte sur leur domaine. Ce Pérou-là n'est déjà plus tout à fait celui de Ciro Alegria, dominé par le conflit agraire ancestral. Un autre monde, plus dur encore peut. être, même si sa sauvagerie est moins apparente, commence à naî· tre. Les grands seigneurs de la terre cèdent désormais la place aux trusts yankees. Le paysan indien affranchi, changé en manœuvre, logé dans des baraques munies de juke-boxes, perd jusqu'à ses racines spirituelles et devient le sym· bole de la nation toute entière, en une vaste fresque où deux civilisations s'écroulent sous le bulldozer des temps modernes. Jacques Fressard 1. Ed. Maspero, 1969. « La Croix Sud », 1960. 3. Gallimard, ooll. « La Croix Sud », 1966.

2. Gallimard, ooll.

du du

Il


R'omans de la «différence » Lus à plusieurs semaines de distance. ces deux romans qU'e rien ne relie s'imbriquent dans ma mémoire; tout souvenir de l'un fait surgir l'autre. L'histoire, le lieu, les techniques, les auteurs : tout diffère. Alors, pourquoi? Leslie Fiedler Le Chinois d'Amérique Le Seuil éd., 224 p. Alfred Andersch Efraim Lt- Seuil éd., 304 p. Voyons les prière.. d'insérer; ces déclarations d'intentions des auteurs livrent souvent des clés. En apparence, rien. Le Chinois cl' Amérique se donne pour un « petit traité d'ethnographie sur les, diverses peuplades qui habitent le nouveau continent:t. D'Efraïm, on dit : « fœuvre ne tente de se dérober. à la littérature qu'afin de témoigner de quelle solitude se paie la liberté :t. Voilà peut-être un point, dès l'abord : les deux livres refusent ce nom ,de « roman ~ inscrit sur leurs couvertures, nient l'essence du roman : la littérature, le « fantasme ludique » des psychanalystes. Qu'apprennent les biographies des auteurs? Fils d'immigrants, Leslie Fiedler, né dans un fau· bourg de New York, est aujourd'hui professeur à l'université de I:Etat de New York; né et resté américain. Minoritaire? Quelle « peuplade » du nouveau continent ne l'est? Alfred Andersch offre une vietype d'intellectuel allemand de l'entre deux guerres: jeunesse!!· communistes, camp de Dachau, armée allemande en Italie, camp de prisonniers américain. Né et resté allemand. Minoritaire ? Efraim, son personnage-narrateur se rassure : e Je me sens en fait très à f aise dam ma peau d'Allemand naturalisé anglais et membre d'une minorité ». Fils d'Allemands israélites, dont le nazisme, brutalement, fait des Juifs, il est envoyé en Angleterre avant que ses parents soient gazés à Auschwitz. Naturalisé anglais dans l'armée, Efraim, devenu journaliste anglais, épouse une Lo~donienne de la eworkingclass nobility :t (l'arilltocratie ouvrière) et voyage en Asie. Le métier le ramène à Berlin, ville natale divisée par le Mur. Le pays natal est déchiqueté par la 12

mauvaise conscience, la quête de son identité, Efraïm commence un livre autobiographique; en allemand. La langue natale se hérisse d'obstacles. « Parmi les expressions qui, dans les dictionnaires des synonymes, suivent le mot de base, un tiers à peine reste utilisable », constate-t-il. (Marcuse dit que jamais, à l'étranger, il n'a entendu « mutiler » ralle" mand comme dans l'Allemagne d'aujourd'hui). Voilà donc Efraïm étranger dans sa langue, étranger dans sa ville. Il se répète les mots Allemand.; Juif; Allemand juif et Juif allemand et décide qu'il en a fini avec eux : plus de résonance. Mais à chaque pas, il lui semble que les autres, que l'Autre tentent de lui montrer qu'il « n'est pas dans le coup ». Sa femme, devant son manuscrit, s'insurge : après trente ans d'Angleterre suffit-il donc de quelques jours de Berlin pour lui faire commencer son premier livre... en allemand ?

« Ah, Georges, je comprends soudain que tu es un étranger ! ». Elle n'emploie pas « stranger :t (l'étranger-autre, différent), mais « foreigner », le hors-venu, le non-Britannique à jamais. « Le Chinois» d'Amérique est professeur d'université dans cet Ouest des belles chevauchées, terre élue de la « majorité silencieuse '>. Le citoyen de l'Ouest brandit sa qualité d'Américain comme une décoration, s'en gorge comme d'un tonique. Le professeur tâtonne dans la maison de son disciple, Georges, l'Indien, qui vient de mettre fin à ses jours : il rassemble les pots, pilules, flacons et plants de la drogue. Va-ton l'arrêter, lui, le maître, pour avoir dévoyé ses étudiants? C'est eux qui l'ont initié à la drogue. Mais lui, non content d'exposer Hobbes et Hegel, avait expliqué « à Georges et à ses camarades ce qu'ils cherchaient, au fond, dans ces drogues. Il avait fourni les mots pour exprimer leur mépris de la conscience bourgeoise ».

Il est Américain, mari d'une vraie Américaine: une W asp (White anglo-saxon protestant). Il fait l'amour avec la femme de Georges, une Japonaise qui refuse le souvenir d'Hiroshima et lui crie : « Je suis née à Los Angeles... Je suis vachement plus américaine que toi! ». Lui, à la fin de la guerre, étant spécialiste de

1 a ng u e s asiatiques, débarquait avec les Marines dans une île de la Chine où vivaient aussi des Japonais. Des gamines, à quai, criaient. Quoi ? Go home ? Assassins? Hiroshima ? Non : « Gary Cooper, comment va Gary Cooper ? ~. Et lui, le Marine trotskyste est seul à goûter cet humour. Le professeur est obsédé par son nom : Baro Schnockelstone. Dès l'école, les gosses chantonnaient I( Schnock le Chinetoque >l, et « Schnock duschnock, petit caillou (stone) '>. Mais ces petits Lipschitz ou Tannenbaum, ne pouvaient le vexer. Aucun minoritaire ne le peut, aucun jeune ; ne disent-ils pas : « tous nous haïssom f Amérique parce qu'elle nous hait» ? Georges l'Indien, la fuit dans le suicide, Rodney l'épiscopalien beatnik dans la drogue, Shizu la Japonaise dans la nymphomanie. A tous ces minoritaires, par origine ou par choix, Baro Schnockelstone Se!! sent fraternellement lié. L'ennemi, ce sont les puritains de l'Ouest, pleins de bonne volonté assurée, de bonne conscience hypocrite. Cette jeune femme qui reproche à Georges 1'1 n die n d'avoir voulu se faire « passer pour américain ». C'est alors que Baro Schnockelstone explose : « D'après vous, qu'y a-t-il de plus américain qu'un Indien ?' Vous ? Moi? John Wayne? Le gouverneur Wallace? ~. A travers les vingt-quatre heures et les deux cent vingt-deux pages du livre, Baro Schnockelstone cherche à se définir, comme Efraïm à travers les trois cents pages d'Andersch. Dans ce roman de toutes les sophistications : drogue, érotisme, subversion politique, éclate, unique, cette naïveté : « Qui étaitil? Sa propre identité était pour lui une énigme ». Face aux puri tains de l'Ouest, qui personnifient l'ennemi mais aussi l'air pur des grandes étendues, il tente de se cerner. S'affirmer minoritaire? Etre Juif, marxiste, contestataire ne suffit pas à résoudre « l'énigme de son identité ». La puritaine de l'Ouest le confond avec un autre Juif marxiste, qu'il hait comme un frère : Hilbert Shapiro, le stalinien. Ain s i, pour Schnockelstone, comme pour Efraim, s'affirmer Juif permet une première différenciation, une sorte de « mise en minorité » élémentaire. Mais ils

ne peuvent s'enfermer dans cette catégorie. Efraïm aussi se sert de ce concept contre les autres Allemands, les autres Anglais, sans parvenir à faire corps avec lui. S'il faut un ghetto se dit-il, qu'il soit personnel et privé. Il refuse le ghetto général pub 1i c Israël... et cependant, subitement, il se dit que si Israël était attaqué, il irait le défendre. Cependant, à la dernière page, Efraïm affirme sa foi dans le hasard : « au lieu d'être luif Allemand et Anglais, j'aurais aussi bien pu être Italien ou Nègre ou loup ou auto ». L'état minoritaire n'est pas lié aux origines, contrairement à ce qu'ils croyaient avoir nié d'abord, admis ensuite. Ils heurtent, l'un et l'autre, le déracinement existentiel, l'état d'individu « minori· taire » sans recours. Pour tous deux, vivre c'est tenter d'amenuiser la différence et, malgré soi, l'augmenter. S'assumer Juifs semble la manière la plus simple de rendre la différence ostensible, tangible. Mais sitôt confondu avec « les » Juifs ou même « un autre ~ Juif, ils se révoltent contre les co-minoritaires et continuent à chercher une altérité plus personnelle ; fondamentale. C'est par là que ces deux romans se rejoignent. Assez curieusement, après les arabesques et volutes des recherches formelles, voici qu'en Allemagne comme aux Etats-Unis les lecteurs se retrouvent dans ces problèmes restés ouverts depuis Camus. Deux intellectu~ls, minoritaires par leurs origines, mais tous deux se croyant détachés de ces origines contemplent leur pays. Celui où ils sont nés, celui dont ils ontbalbütié la langue. Pays contraires : un coin d'Europe labouré de guerres, et la vaste Amérique ouverte à tous vents, à tous courants, à toutes ethnies et en même temps repoussant les enfants qui « dépassent '> du moule. L'un contemple la renaissante Allemagne après, l'avoir, légalement et - croit-il - réellement quittée. L'autre ausculte le géant, le décompose en dizaines de Lilliput qui grouillent en lui, le composent et déromposent : un Américain peut s'éloigner de l'Amérique; il ne la quitte pas. Pour tous deux, la matrice demeure, hostile mais ineffaçable et il faut à toute force inscrire en elle le Moi qui fuit et, devant toute approche, se dérobe.

Dominique Desanti


DOI1lDQUIIUDIS

Innocentines

1

René de Obaldia 1nnocentines Grasset éd., 225 p.

On connaît le théâtre d'Obaldia. On connaît ses romans, le Centenaire ou Tamerlan des cœurs. On connaît· toutes les formes de son «humour secret -. On fera connaissance ici avec sa poésie. Une

poesie dont on· a perdu le goût en cette époque de grand respect des «écritureset dont la saveur acciduléerafraîchissante s t i m u 1e r a agréablement plus d'un palais.

fIIIIIMIBS 1970 P.C. RACAMIBB

Le ps,chanal,ste sans divan

La psychanalyse et les Institutions de soins psychia-

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Le langage

Bnf1n traduit, ce Une est l'une des sources de la Unguistique moderne.

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La tradition de Cros ou de Laforgue. Le côté ritournelle de l'Apollinairedu Bestiaire d'Orphée. Quelque chose de ce qui fit le suc· cès de Prévert dans les années 50. Quelque chose de mirlitonnesque à la Queneau, aussi. Avec cette dif· férence - et elle n'est pas minceque l'agressivité est totaleJbent absente du cœur d'Obaldia. Pas de ~rincements, pas de sarcasmes, pas d'anarchie, pas de révolte. Simplement des mots pour rire et pour dire. Le règne de l'innocence. Ce n'est pas pour rien que ces poèmes s'appellent Innocentines : l'innocence, faite comptine ou «enfan. tine», si ce mot peut désigner, après Valery Larbaud, une forme naïve de parler littéraire. De fait, Obaldia n'a pas peur d'écrire «.pour les enfants et quelques adultes ». Son propos est parfaitement clair sur ce point. Il commence par nous raconter en quatre pages de prose dansante et aérée l'histoire de la petite Eudoxie que l'on forçait à manger sa soupe et qui traversa un jour l'écran de télévision. Puis il passe sans transi· tion à ce merveilleux Chez moi où une autre petite fille (le côté Lewis Carroll d'Obaldia !) se mesure avec un petit garçon dans un chant al~ terné d'une helle tenue :

BIIiRI JEAIiIIAIBI

Chez moi, dit la petite fille On élève un éléphant. Le dimanche son œil brille Quand Papa le peint en blanc.

Histoire du culte de Bacchus. L'orgiasme dans l'antiquité et les temps modernes.

Chez moi, dit le petit garçon On élève une tortue. Elle chante des chansons En latin et en laitue.

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Paris S"

Chez moi, dit la petite fUle Notre vaisselle est en or, Quund on mange des lentilles On croit manger un trésor... Et ainsi de suite. On progresse: doucement, de « nonsense » en coqà.l'âne, en poussant les mots devant soi sans trop savoir où on les mène mais en acceptant d'aller où ils iront. Trois notes, deux rythmes boîteux, un tour de maniv~lle, ill n'en faut pas plus pour mettre 181 musique en marche. C'est l'art de' la comptine à l'état le plus pur. René de Obaldia g' y montre inégalable. Surtout quand il s'agit de

La Q11inzaine littéraire, du

r

au 15 avril 1970

LIS IIPITA.IOS la guerre civile grecque de 1943 à 1949

La figure légendaire des Kapetanlos,

chefs des partisans; incarnation .-e l'idéal grec de lIberté. L'hist~ire .d'line résistance héroïque et de la terrible répression qui suivit, étouf· fée depuis par une véritable conspiration du silence. A la veille du troisième anniversaire du régime des colonels, un livre indispensable pour qui veut comprendre la situation actuelle en Grèce.

FAYABD faire rebondir l'écho sur des noms propres. A cet égard, on atteint des sommets dans les deux textes inti· tulés Libertés et Dimanche, paran· gons du genre. Le premier, varia· tion géographique :

A Pan-Mun-/om Faut tailler des joncs. A Bitenos-Aires Faut un revolver. A Salonique FalLt s'armer de piques. A Berlin Faut pas s'tromper d'train. A Moscou Fala tenir le coup. A Belgrade T'en prends pour ton grade. A Yokohama Faltt se faire tout plat.

~

13


~

Obaldia

A MWid On 110US tient en bride.

par

A Pékin

plus d'un exégète de la chose littéraire. Et en même temps nous apportera le meilleur exemple de cette agilité « obaldienne » à donner aux mots les ailes de la dérision et l'innocence... Mots en liberté, mots absurdes, mots sans rides, comme di<;aÏent les surréalistes. Ils se rencontrent et jouent entre eux avec une aimable et féconde désinvolture. Ils prennent tout seuls et avec la plus « automatique » aisance l'initiative d'une parole qui ne cherche pas à avoir plus de poids que des bulles d'eau gazeuse. Ils montent, pétillent, foisonnent, se bousculent

Faut être pour Mâ-chin... le

second,

nale

J)

fantaisie

«prénomi

:

ChaTlotte Fait de. la compote. Bertrand suce des harengs.

Cunégonde Se teint en blonde. Epamüwndas Cire ses godasses... On le voit, rien de méchant dans tout cela. Rien de corrosif. C'est à peine si de temps en temps, perce la pointe arrondie d'une amicale irrévérence. Par exemple, quand il est question de l'oncle Onésim~ « diplo~ qu'il est... quasiment . ambassadeur, avant il était enfant de chœur : soutane rouge, blanches dentelles, dans· le dos des petites ailes, avec un air de croire ti vous fendre le cœur », ou de Vespasien, empereur romain, qui, chaque fois qu'il voyait un mur, s'lfrrêtait et « bruissait alors comme une source », ou du petit Gengis-Khan « qu'était pas du tout sot, qu'était plutôt précoce » et qui « à son berceau mangeait déjà énormément ».' TI arrive aussi que la drôlerie se nuance d'ombre et la cocasserie d'inquiétude et cela donne des poèmes où sous des mots légers passent d'étranges fantasmes comme la chanson de cette dame très très morte ou le douxamer dialogue du Courant d'air. Que, d'ailleurs, les rassasIes .d'innocenœ se :rassurent! Tout n'est pas aussi enfantin qu'il y pUait dans ce livre et le lecteur n'aura pas toujours à se faire « puer » pour s'y ébattre à l'aise. On y entend parfois des refrains d'idylle bucolique des plus

mut

allègres :

Antoinette et moi On va dans les bois. Où n'y a qu'des lapins. On connaît un coin Quand on sera grruul On s'ra des amants On s'embrassera

Comme Elise· et Nicolas. l~

Ba~oDd "ean

Mais il faut poUS}ler Pour bien s'emboîter Et pas avoir peur De perdre sa pudeur.

et éclatent les uns après les autres. Cela ne fait pas beaucoup de bruit, mais produit une très· piquante musique. Air de pipeau aigrelet ou refrain de piano mécanique. Avec de temps en temps quelque chose de parfaitement Il sans rime ni raison » mais qui reste en mémoire, comme ça, pour le plaisir, pour rien:

...Et pourtant comme je l'aime (A mes pieds tombe le drap) Amandine si hautaine Amandine au cœur de bois. Raymond lean

Qui est-ce?

On s'ra des amants Des bouches, des bras Des regards flambants Des et caetera... Et dans l'élogue intitulée Les cuisses de Colette - où il est quesiton d'une demoiselle qui n'était pas très jolie mais qui se laissait gentiment caresser les genoux à la messe - c'est à la plus réchauffante poésie qu'on prête l'orcille :

Dommage que Colette Soit pas très belle en haut. Mais qu'importe la tête Quand le bas donne chaud! Pour caresser

ses

cuisses

Je donnerais comme un nen Desserts et pain d'épice Et tous les paroissiens.

Entre ceS deux poissons Dont le sang est humain Je laisserai ma main Jusqu'au dimanche .prochain. De toute façon, la plus grande hardiesse de ces. 1nnocentines n'est pas là. Elle est plutôt sans doute dans un texte qui, nous présentant le plus beau vers de la langue française, nous offre un irremplaçable exemple de réflexion sur les ressOurces formelles de la langue poétique. Le vers dont il est question ici est le suivant : Le geai gélatineux geignait .dans le jasmin. Le commentaire que nous en propose Obaldia fera utilement réfléchir

L'entretien qui termine le jeu imaginé par Pierre Bourgeade avait pour héros le romancier et critique Jacques Borel, auteur de r·Adoration. prix Goncourt 1965. Identité difficile à percer, bien qu'un certain nombre de repères aient été placés par Pierre Bourgeade le long de l'entretien. Albert Bensoussan les a remarqués et les signale : Je pense que dans l'ultime • entretien secret _ votre interlocuteur est Jacques Borel, dont l'Adoration fut. en effet. un ouvrage • très lu durant une saison au moins -. et dont on attend avec Impatience le Retour. Les ombres de cet autre enfant chargé de chaînes qui défilent au long des 604 pages de son roman, ce sont : sa gl'8llCHnère - la mère? - c'eût été un indice trop clair - , les amis. cet ami qui l'éblouissait, Horace. qui lui récitait le Narcisse de Valéry (,.. férence littéraire) et qui. comble de séductiOn. avait quelque air de ressemblance avec Baudelaire (autre ,.. férence littéraire). les f . m mes. • l'inoubliable début d'un amour -. c'est GeneViève. le médecin Initiateur. cette maison d'enfance c'est

Mazenne. et ceS nombreuses cham-

bra. 1. c.pIwnIüm de 1·.xll où 1·.... f8nt cultlv. son jardin secret. D'eutres références littéraires aussi sont c1aires: La Comtesse de Ségur. dont il adora Un bon petit diable, Andromaque qu'i1 lisait à- voix haute. Baudelaire. dont les œuvres complètes lui furent offertes plU' sa mère en même temps que Proust, Nerval. enfin. dont . Il savait par .cœur des fragments de Sylvie. et d'Aurélia. Et cette phrase proustienne. nfdme clans cet entretien. indispensable référellce !_. Outre Albert Bensoussan (4' réponse juste), ont reconnu l'auteur de l'Adoration : Mme Maryse Bouvet, à Paris-13"; Mlle Claire Candau, à Courbevoie; J.-C. Douroux à Chalon-sur-Saône; M. Claude Féraud, à Montpellier; M. Claude Le Dantec, à Lozère-surYvette; J.-F. Marquet (5" réponse), à Tours; Isabelle Micha à Bruxelles; Mlle France-Léa Le ralle, à 'Paris-5"; Bruno Roy à Montpellier. Pour l'ensemble du jeu, aucun de. nos lecteurs n'a trouvé douze réponses justes. Nous serons cependant heureux d'offrir. la récompense pro-. mise à ceux d'entre eux qui ont fourni le plus de réponses exactes. Nous publierons leurs noms dans notre prochain numéro.


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m..


ARTS

Atlan Voici dix ans qu'est mort Atlan. De son extraordinaire personnalité, on a beaucoup parlé. Trop, peut-être, car ceux qui ne l'ont pas profondément connu se sont laissé prendre au piège des images multiples et fantaisistes qu'il proposait de lui-même ... Atlan se donnait, selon les jours, quatre-vingt, quatre-vingtdix ans de vie. Il aimait à dire que les peintres n'atteignent la plénitude de leur créativité que très tard, comme Rembrandt qui le fascinait, comme Monet. Il est mort à quarante-sept ans. Son œuvre, comme celle de Juan Gris ou de Nicolas De Staël, est apparemment inachevée, mais cet inachèvement même donne aujourd'hui un sens nouveau à la démarche d'A t 1 a n quand on suit le cheminement qui le conduit des -peintures-piège ., - paysages-piège • de 1945 à l'épuration rigoureuse des formes puis aux grandes compositions des dernières années, on y trouve l'exemple d'un art de peindre détaché de l'esthé· tisme pictural. C'est-à-dire d'un effort pour établir un c i r cui t direct entre les formes et la - logique du sens ". Sans doute les graphismes fortement dessinés et chargés de quelques traits colorés des années 50 ont-il été une étape importante. Mais elle n'était pas en elle-même (et malgré l'originalité du peintre) éloignée de certaines recherches de Klee, de Miro. Précisément, parce qu'il s'agissait de graphisme, c'est-à-dire d'une image ramassée dans un signe apparemment

linguistique ou idéo-dramatique. Ou d'une forme close sur ellemême ramassant à l'intérieur de la toile un paquet de significations. Parallèlement à cette orientation, lentement mais n'émergeant que plus tard, un autre cheminement conduit Atlan à la libération complète des formes vis-à-vis de notre propre conscience. Lors d'une rencontre à Royaumont qu'orientait Francis Ponge, un soir, Nicolas de Staël puis Atlan se mirent à parler, difficilement. Ils voulaient dire ce qu'ils ne feraient probablement jamais. Et ce - jamais ., cet inatteignable pourtant palpable, organisait toute la création. Atlan disait qu'il rivalisait avec la danse, qu'il prétendait que la couleur et la forme fussent mouvement et mouvement détaché de la représentation physique des danseurs (ce dont Degas ne s'était pas libéré). Cela procédait-il, comme il aimait à le dire, de ses origines berbères et juives de Constantine? Plus vraisemblablement, il faut admettre que l'artiste parisien, hautement cultivé, cherchait à retrouver dans l'art de peindre une sauvagerie comme Artaud, qu'il avait connu, et a i m é, voulait trouver une - cruauté • dans la représen" tation scénique. Cette sauvagerie manifeste dans certaines formes ou figures déchirées et sanglantes prenait l'allure d'une transe dansée, brutalement immobilisée. Il suggérait ainsi la découverte d'un langage non humain, c'est-à-dire qui ne se réduisît pas à une idée de la

peinture ou de la décoration. Il faudrait citer cette déclaration que le peintre faisait à Aimé Patri en 1948 et que Michel Ragon cite dans son livre sur Atlan : « Je crois que l'on pourrait dire que, dans le même esprit où Mallarmé recomman· dait au poète de céder l'initia· tive aux mots, le peintre non· figuratif sera celui qui aura accepté de céder l'initiative aux formes, aux couleurs, aux lu, mières, sans partir d'un sujet préétabli. Cette démarche étant acceptée, il importe assez peu que le résultat ressemble à quelque chose ou à rien de connu ... Elément d'une recherche très moderne et à laquelle la philosophie, la psychanalyse et parfois la linguistique ont donné une portée scientifique. Non certes comme une illustration réciproque, laquelle serait forcément batârde et idéologique. Mais comme deux vers tons d'un même mouvement plus vaste que ne le sont les aspects qu'il revêt. L'engendrement du sens à travers les formes sauvages . ou libres se fait chez Atlan à travers des structures en expansion qui débordent leur définition ou leur prétexte et qui, masquées au regard commun, établissent un lien direct entre une nature infinie et une raison. On dirait que s'efface ici enfin l'orgueilleuse conscience de soi gonflée du peintre, comme elle s'efface de la philosophie! Les grandes compositions qu'Atlan entreprend dans les cinq ou six dernières années de sa vie retrouvent le graphisme sévère de la période précédente, mais ce graphisme est emporté par un mouvement, une respiration plus forte. La nature s'ouvre comme une région inconnue mais accessible, une nature inachevée qui trouve à travers la représentation du peintre un achèvement momentané. Blanchot dit dans son Entre· tien infini que le livre survivra à la disparition du livre, c'est-àdire que la littérature constitue un secteur de l'expérience indéracinable. La peinture. au sens où la pratiquèrent Staël, Giaco· metti ou Atlan est, elle-aussi, une expérience indéracinable. Jean Duvignaud

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Ayant reçu la double formation de philosophe et d'historien d'art, Erwin Panofsky a contribué à renouveler notre approche de la Renaissance et a été un des initiateurs de la méthode structurale en histoire de l'art. Ses idées et ses travaux, qui ont marqué deux générations de chercheurs, ne furent longtemps accessibles au grand public français qu'à travers les ouvrages de Pierre Francastel et André Chastel. C'est seulement en 1967, quarante ans après la parution de ses premières œuvres majeures, que parurent simultanément en français, les Essais d'Iconologie (1) et l'Architecture gothi. que et la pensée scolasti· que (2).

Erwin Panofsky

L'Œuvre d'art et ses significations Trad. de l'anglais par M. et B. Teyssèdre Gallimard, éd., 328 p. Cette double traduction fut une des dernières satisfactions de Pa· nofsky qui disparut quelques mois plus tard. Il avait cependant assisté à la mise en chantier de

l'Œuvre d'art et ses significations. Bernard Teyssèdre, traducteur et présentateur de ce nouveau volume a, d'accord avec l'auteur, modifié la composition du recueil paru en 1957 aux Etats-Unis, sous le titre Meaning in the Visual

Arts (3). Les articles qui composent ce volume s'échelonnent des années 1920 aux années 1950, jalonnant la carrière de Panofsky, de l'Insti· tut Warburg à Hambourg «l'Ins· titute for Advanced Studies ~ de Princeton. Ouvrons au hasard l'un des essais qui composent l'Œuvre d'art et ses significations, soit Le feuillet initial du Libro de Vasari (1930). Pour le profane, le sujet est plutôt rebutant : il s'agit d'un feuillet d'esquisses conservé à la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux Arts de Paris, représentant de nombreuses petites figures isolées et groupées, attribuées à Cimabue. Et pourtant Panofsky va fai· re de cette feuille le support d'un suspense, construisant son exposé à la manière d'une énigme poli.


L'esprit de la Renaissance cière, l'articulant comme une nQUvelle, usant d'une langue limpide et installant les preuves érudites au bas des pages, en notes. Dès les premières lignes, l'énigme est posée, puis développée dans son épaisseur : tanalyse stylistique révèle que le feuillet at· tribué à Cimabue n'est pas de lui, mais d'un copiste de la fin du Trecento. Alors pourquoi cette at· tribution? A cause du pourtour du dessin : une architecture fein· te, dans le style ,gothique, et qui porte une inscription attribuant l'œuvre à Cimabue. Mais cette arA chitecture est l'œuvre de Vasari à qui appartenait la collection de dessins et qui, dans ses écrits, n'eut pas de mots assez méprisants pour condamner le gothique dont il disait : «Puisse Dieu préseT'IJer

tout pays de telles idées et de tel genre de travail ». Alors pour· quoi Vasari a·t·il composé de sa propre main cet encadrement gothique ? La réponse va être dévoi· lée progressivement, par flashbacks et feintes digressions pour n'être livrée que dans les lignes finales. Dans un premier temps, Panofsky va montrer que la production d'un dessin gothique par un humaniste italien était possible et compatible avec la mentalité de l'époque : à l'encontre des pays du nord où le détachement ré· flexif à l'égard du gothique ne se· ra pas concevable avant le XVIIIe siècle, d'emblée, en Italie, la dé· couverte de la perspective est contemporaine de la mise en perspective historique. L'hostilité des Italiens au gothique contribuant d'ailleurs à l'aperception de sa différence et à l'émergence de la notion de style, assortie du con· cept de convenienza ou confor-

mita. Dans un second temps, Panofsky s'attache à prouver que cet encadrement possible était, en fait, nécessaire, lié à l'alibi mental de Vasari, c'es~·à-dire triplement impliqué par sa conception de l'histoire de l'art. Puisqu'aussi bien celle-ci est téléologique et optimiste, qu'il réduit pour la pre· mière fois les arts visuels à un dénominateur commun et, pour la première fois aussi, définit le CODcept moderne, le «locus» stylistique. Ainsi, nous sommes conduits à la conclusion que si Vasari avait voulu exprimer exactement la position historique de Cimabue (4),

l'un des artistes qui contribuèrent à faire sortir la peinture du style gothique, pour accomplir un pre· mier pas en direction de la perfection classique reconquise, il ne pouvait se servir que d'une architecture ayant franchi cette même étape, et devait par conséquent faire appel à ArnoUo di Cambio. Or, précisément, les principaux éléments gothiques de l'encadre· ment sont empruntés à la cathé· draIe de Florence et à Santa Croce, attribués par Vasari à Ar· noUo. En filigrane du récit et de la démonstration policière, se déploient la définition structurelle et la démonstration culturelle : comA ment dans l'Italie du XVIe siècle naît une· approche de l'histoire de l'art qui marque à la fois la naissance de la conscience historique et l'émergence du concept de sciences de l'homme. En même temps, ce cas particulier illustre la méthode et la théorie de Panofsky et leur liaison « organique:t. Et d'abord le fait - encore souligné par la techni· que de l'exposé - que l'histoire de l'art, comme toute science hn· maine est une herméneutique, que la recherche du sens en est l'exigence première. Ensuite que cette élucidation du sens ne peut s'accomplir que dans la réminiscence, par l'exercice de cette mémoire qui est la condition d'existence des créations humaines et qu'on peut appeler histoire, mémoire qui sert à définir des lieux, Foucault dirait des configurations, dont la véracité et la pertinence ne peuvent être à la fois constituées et testées que par recréa-

tion. A l'exception du premier essai consacré à la méthode et qui est une réflexion épistémologique, l'ensemble des chapitres consti· tuent autant d'applications de la méthode et de la théorie panofskiennes. Par rapport aux Essais d'iconowgïe centrés sur l'explication de thèmes iconographiques qu'il s'agit de resituer dans leur contexte structural. l'œuvre d'art apparaît davantage comme une problématique et une investigation plus générale du sens par référence au double système spatiotemporel spécifique dans lequel s'inscrit toute œuvre humaine en général et toute œuvre d'art en particulier. Si la théorie des niveaux de déchiffrement de 1'1co· nologie évoquait les niveaux épis-

La Quinzaine littéraire, du 1- au 15 avril 1970

Le décloillonnement opéré par la Renaissance : «Il n'est pas exagéré d'affirmer que dans l'histoire de la science moderne, l'introduction de la perspective marqua le début d'une première période" (Léonard de Vinci).

témologiques de Bachelard, dans le nouveau volume, la théorie dcs sciences humaines comme le dévoilement des cosmos de culture qui se succèdent par ruptures successives appelle aujourd'hui un rapprochement avec l'œuvre de Foucault. Il n'est jusqu'à l'émer· gence d'une nouvelle figure du savoir qui est suggérée· dans Sa· vant, artiste, génie : mais sans doute la nouvelle ouverture et le nouveau «décloisonnement» pres· sentis par Panofsky ressortiraient pour lui d'un nouvel humanisme plutôt que d'une «mort de l'homme». En fait, c'est par ce type de problématique que l'Œuvre d'art et ses significations apparaîtra au public de 1970 peut-être plus actuelle que les Essais. Cette méditation sur le temps qui devrait une bonne fois régler son compte au mythe terroriste des commencement absolus, laisse néanmoins ouverte la question des grandes ruptures et de leur genèse. Mais le problème crucial reste celui posé par le rôle de la recréation dans le déchiffrement de l'œuvre d'art : moment de synthèse entre une nécessaire érudition relative aux « souvenirs témoins» que sont les créations humaines et une véritable Einfühlung qui leur re-

donne la vie; moment qui ne laisse pas toujours percevoir la différence qui sépare la percep' tion d'un souvenir témoin quel. conque de celle d'un objet d'art ; moment qui appelle une confron· tation avec les théories récentes du «scriptible» dans l'œuvre lit· téraire. En bonne logique, l'homme qui portait en son cœur l'idéal du décloisonnement renaissant, qui fit la théorie des niveaux de lecture et de la multiplicité référen· tielle du sens, s'adresse de la même plume égale au profane et à l'érudit, à l'artiste et au savant, et il n'est guère étonnant que son livre puisse être également lu (ou interprété) comme une étude de l'esprit de la Renaissance, une théorie de la mémoire dans les sciences de l'homme, une épistémologie de l'esthétique ou même une critique de la littérature sur l'art, de WoUflin à Worringer.

Françoise Choay 1. Editions Gallimard. 2. Editions de Minuit, traduit et présenté remarquablement par P. Bourdieu. 3. On peut regretter que ce titre n'ait pas été traduit dans sa littéralité. La qualité de la présentation et de la traduction est la même que celle des EssaU d'Iconologie, également dus à B. Teyssèdre. 4. Puisqu'il croyait à cette attribution erronée.

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PHILOSOPHIE

Marx Jean-Marie Benoist !ffarx est mort Coll. Idées, Gallimard. éd.

1

On meurt beaucoup ces temps-ci l'Homme, Dieu, Jésus-Christ, Marx sont tous « morts • cet hiver. Un vrai carnage. Pou r Jean-Marie Benoist, c'est Marx, le mort. En vérité, une belle mort. D'abord parce que c'est une mort bien-disante. Sans doute, le style néo-précieux de la génération qui a fréquenté assidûment Lacan, Althusser et Tel Quel risque-t-il d'agacer des lecteurs ou de les rebuter. Mais il faut admettre que le rococo et le chantourné sont aussi des cc signes » tracés dans un cc espace épistémologique ». Bien sûr. c'est surtout un signe de jeunesse - croire qu'on ne sera pas compris par cc les autres » pour

peu qu'on se serve des mots de la tribu : soupçon, lézarde, brêche. béance, dénotation, pertinence, discours, prélèvement, production ! Jean-Marie Benoist écrit donc comme tous ceux de son âge et de sa formation : l'éditeur a beau nous celer sa biographie, on ne peut guère douter qu'il ait été normalien, qu'il soit philosophe, et qu'il aille sur la trentaine. Mais JeanMarie Benoist écrit, et c'est un premier mérite. Il écrit et il écrit avec soin, avec goût, pas à la machine, on peut en jurer, ni au ma· gnétophone, il rature, il se relit, il s'écoute, il se surprend. C'est un premier livre. Un livre: pas un support vieillot qu'on emploie en attendant mieux, par exemple le support plus moderne de la radio ou de la télévision; pas U11 produit de série où le sujet est 1raité aux moindres frais pour l'auleur, l'éditeur et le lecteur. Mais ce déversoir baroque où tout y passe, de ce qu'on a lu, pensé, admiré. discuté, détesté, cru, ques-

tionné, jalousé et accaparé pendant ces dix années où, de lycéen, puis de disciple et de condisciple, il a fallu apprendre à devenir maître à son propre bord. Et c'est un deuxième sujet de contentement : en un temps oit l'on nous explique chaque jour au petit déjeuner comme l'Université fran~aise était devenue en 1968 le temple de l'impuissance mandarinale, il y a du réconfort à réviser de concert avec notre philosophe les auteurs des vieux programmes, admirant au passage l'étendue des lectures et, pourquoi ne pas employer ce mot avili, la culture racée, ordonnée, maîtrisée d'un jeune théoricien formé dans nos écoles et nos Universités. Oui, oui, je le veux bien, il suhsiste ici et là comme un reste de pédantisme khagneux dans cette manière de citer nonchalamment ses auteurs ainsi que leurs concepts de prédilection (formulés bien entendu dans la langue originelle latin, grec, anglais, allemand, c'est

le moins que nous sachions !) : cc La réponse, encore à demi silencieuse, qui vient à la rencontre de notre question quid juris qui ose inciser de sa pétition diagonale les textes de Marx et les textes cc marxistes » concernerait cette ossature métaphysique de tout le discours de Marx, la dette, masquée par une Verneinung subtile, que Marx et ses épigones n'en ont jamciis fini de payer à une métaphysique née avec Platon et Aristote, Parptéil.ide aussi peut-être, et qui les hante, venant obsessionnellement « chanter' dans leurs os », semblable à l'âme du frère aîné inju.stement mis à mort par son frère et qui chante sa plainte et sa revendication dans la flûte-tibia trouvée par le ménestrel de la cantate de Mahler, Das klagende

Lied... ». Mais, qu'on me pardonne, j'aimerais avoir plus souvent l'occasion de sourire amicalement de cette sorte-là d'exhibitionnisme, d'ailleurs pas tout à fait superflue.

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est-ll mort? Surtout quand ce n'est, comme c'est le cas ici, que l'expression d'une ultime retenue avant que se déploie une pensée autonome, subtile et courageuse. La démarche est régressive : « agacé )) au temps de mai 1968, J.-M. Benoist, comme le pascalisant s'arrêtant pour méditer à chacune des stations où le Christ a souffert, s'arrête, pour y trouver « la métaphysique abritée dans les plis du discours révolutionnaire », aux successives « configurations théoriques » que proposent, des plus côntemporains aux plus anciens, les sociologues de l'événement - entre tous, le groupe de Morin, Lefort et Coudray qui, avec Mai 1968 : la brèche, ont réussi à « donner une analyse pertinente et parfois belle )) - , puis Marcuse, Mao, Lénine et enfin Marx. Avant de retrouver l'idée, développée en conclusion, en fonction de laquelle tout le livre est orga· nisé, il faut dire d'abord l'intérêt considérable des analyses partielles. Intérêt à la fois négatif et positif. Négatif : la probité de l'exposé refuse tout camouflage qui donnerait à croire que Jean-Marie Benoist se meut dans un champ autre que strictement philosophique. L'auteur, faute d' « expérience vécue D, n'entre donc dans aucune discussion « concrète D qui serait par exemple de nature à ridiculiser le thème de la parenté oppressive entre la situation de Siniavski, fabriquant des caisses dans un camp sibérien, et la situation d'un ingénieur d'LB.M. « qui n'a pas le dr!Jit de I$ortir en dehors des heures, biologiques, de ses repas ou de ses repos )). Mais cette probité, Benoist la pousse vraiment très loin en tombant dans la rhétorique pure et simple, comme en témoigne d'ailleurs le goût qu'~ a pour la terminologie des figures classiques. Intérêt positif : Benoist a lu ses auteurs, non seulement il ne nous en, parle pas en bel esprit par ouï-dire, non seulement il ne nou., en parle pas avec désinvolture à l'aide de ces « allusions trompeuses D qui ne trompent personne quant au fait qu'il n'y a rien derrière l'allusion, mais il consent à faire devant nous et pour nous de patientes « leçons d'agrégation D. Et c'est passionnant : cette attention au texte, cette démarche méticuleuse qui, appuyée sur un énorme savoir contre lequel viennent buter, et s'éprouver, lâcher prise ou triompher les découvertes, vise à

r.

répertorier, classer, organiser l~ réA partir de là, le problème de seau des significations; à pénétrer Benoist est, les intentions d'Althusinnocemment dans les impasses ser désormais admises comme réfépour y constater que la voie est sans rence initiale, de vérifier les modaissue ; à tomber en arrêt sur la ligne lités concrètes de cette résurrection. suspecte qui révèle une suture illé- Autrement dit, Benoist ne se gitime entre deux analyses concep- contente pas d'enregistrer et de glotuelles de champ différent; à dé- ser sur la coupure épistémologique couvrir, ravi, le saut, le retourne- qu'Althusser souhaite introduire ment ou la torsion que ce pas assez entre « un jeune Marx idéologique malin de Marcuse ou cet excentri- et encore hégélien )) et un « Marx que de Unine avaient cru nous scientifique »), sur « la ligne de dérober... démarcation entre l'idéologique et De ces analyses partielles, pas le scientifique )) qu'il faut faire pasune qui soit indifférente, plat rem- ser « à l'intérieur du champ formé plissage ou pur exercice de style par les textes que l'on regroupe académique. Chacune d'elles se emembleso~las~naturedeMau saisit d'un problème-clef, occupe ou Marx-Engels)); Benoist se une position par rapport à laquelle donne pour tâche d'aller y voir en se dessine un remaniement général scrutllnt cette fameuse coupure de fonctionnant de proche en proche. façon à répondre à trois questions : Peut-être dirai-je ma préférence «, ce qu'est la coupure et si elle pour celles de ces analyses partiel- est )); « ce que refoule la coules qui traitent plutôt de « textes )) pure »), sur quoi décide la couque de situations historiques concrè- pure »). tes pour lesquelles l'auteur a .un Sur la première question, au outillage mental et des techniques terme d'une analyse serrée où la opératoires moins assurées : plutôt, finalité révolutionnaire est mon, si l'on veut, pour l'analyse du type trée comme impliquant une concepd'échec subi par Marcuse dans sa tion totalisante de l'histoire, lalecture « marxiste » de Freud ou quelle exige à son tour un concept de ce qu'il faut entendre par « Lé- de temps pur, la réponse de Benine philosophe ) que pour l'ana- noist est que l'idéologie - la métalyse de mai 1968 ou de la révolu- physique - persiste à contaminer tion culturelle chinoise. et envelopper ce qu'il peut y avoir de scientificité chez Marx : Mais il faut en venir au fond. J .-M.Benoist n'est pas de sa géné- « Le recours à ce supplément du ration seulement par sa langue et sujet tramceT!dantal, les masse.s ou sa démarche, ou par la configura- le prolétariat, universal scolastique tion de sa « bibliothèque imagi- travaillant so~ la bannière du prinnaire » - outre la lignée des phi. cipe logico-métaphysique de l'idenlosophes, Borges, Foucault, Derrida, tité, commarzde une conception uniProust, Barthes, Mallarmé, Bache- taire du t'emps, comme variance lard - , il est aussi de sa généra- de la présence en ses deux modes tion quant au point de départ de de diachronie et de synchronie, disson propre itinéraire : ce point de tinction qu'on a voulu mobiliser pour sauver la conception marxiste départ ne saurait se situer qu'après la purge althussérienne, purge qui de l'histoire qui demeure sinon unitaire, du moim unifiable, c'est« a purgé la lecture de Marx-Engels de tout le stalinisme cynique ou à-dire toujours logée chez Aristote honteux, de tout le gauchisme décé- et Platon et à travers eux chez rébré, de tout le christianisme Parménide ). teilhardo-marxiste », purge qui, De telle sorte qu'on a beau comsomme toute, a rendu possible une prendre en quel sens on peut parler « lecture libératrice ») de Marx. du passage d'un Marx idéologique, Le problème de Benoist n'est « encore soumis à l'attraction et à donc plus d'apprécier la légitimi~é la force de la gravitation hégéde l'entreprise althussérienne par lienne et feuerbachienne »), à un rapport aux entreprises antérieures . Marx « à prétention scientifique »), qui tantôt tiraient Marx du côté il reste que : d'un romantisme arbitraire néo- « Telle Eurydice [la coupure] se hégélien, tantôt le tiraient du côté dérobe si l'on tente de porter sur d'un scientisme mécaniste. L'ohjec- elle le regard. L'aveu que toute tif althussérien cardinal est en effet l'écriture de Marx est obligée de pour Benoist atteint : « Marx est faire malgré qu'elle en ait, de son un texte »). Bref, à cette étape, le appartenance à l'espace d'une mémarxisme est mort et Marx est res- taphysique-ontologie de la présuscité. 8ence, rature la coupure, biffe cet

Quinzaine littéraire, du 1- au 15 avril 1970

el$pacè vide que la sagacité dIt meilleur des exégètes de Marx avait su pratiq.uer ». De cette insertion de Marx dans la tradition métaphysique de la philosophie occidentale, Benoist fournit des preuves fort troublantes à partir de cette expression marxiste classique : « Ce sont les masses qui font l'histoire »), plus encore à propos de la « notion hautement métaphysique ) de comcience dans cette autre expressiQn marxiste classique de la « prise de couscience de classe », et surtout enfin quant au rapport du prolétariat à la notion de classe soci8le, « rapport dam lequel joue une relation métaphysique analogue à la relation substance/attribut et mode chez Spinoza, l'essence de la classe sociale se modalisant d'abord en classe bourgeoise, puis en « classe D prolétarienne, et, par la révolution, le rapport s'inversant, la substance sujet-substrat devenant support caché de ce qu'Aristote nomme ousia kata sumbebêkos, c'est-à-dire substance par accident, c'est-à-dire propre, sorte de metaxu, de métastable, d'entre-deux, pris entre la catégorie d'essence et celle d'accident, mais définie encore métaphysiquement »). En fin de compte, créditant définitivement Althusser d'avoir libéré Marx de tous les marxistes huma. niste, finaliste, subjectiviste, théologique, psychologique, Benoist se propose à son tour, Althusser ayant reculé devant l'horreur qui consiste à « reconnaître toute l'ossature métaphysique du vieux texte de Marx )), de prendre le relàis, et de ce Marx libéré, dire que, libre, il est aussi «mort» en ce sens que « la révolution épistémologiqUe dont Marx pouvait être dit l'auteur n'af· fectait qu'un moment révolu de l'histoire des sciences, que cette révolution ne produisait pl~ qu'une scientificité archaïque, un monument commémoratif obsolescent D. Ce n'est pas le lieu de se prononcer ici sur la validité de cette conclusion : le renfournement de Marx dans l'épistemé du XIXe siècle, pour employer la terminologie foucaldienne, ne se décrète pas, c'est, ce doit être encore un objet d'étude, d'une étude pour laquelle il faut attendre beaucoup de Jean. Marie Benoist : sa compétence faite de savoir, de vigueur et du sens des zones nodales nous permet de penser qu'un philosophe nous est né. Annie Kriegel

l'


DISCUSSION

Un inédit du Marx La publication d'un texte de jeunesse de Marx : Fonde· ments de la critique de l'économie politique (Anthropos) plus connu sous le titre de son diminutif allemand. Grun· drisse, a suscité, comme il fallait s'y attendre, un énorme intérêt et des prises de position variées. Nous avons demandé à deux spécialistes anglais de Marx - qui ne sont pas d'accord entre eux, et parce que la polémique a pris en An-

gleterre un tour assez aigu - de donner à nos lecteurs leur opinion à ce sujet. Peter Wiles est professeur à la London School of Economies et a publié The political Economy of Communisme. E.J. Hobsbawn est également professeur (à l'Université de Londres) et nous connaissons de lui, en français, Les Primitifs de la Révolte (Fayard) dont nous avons rendu compte icimême (voir la O.L. n° 13, du 1er octobre 1966).

Les Grundrisse sont la der nière œuvre importante de Marx à être publiée et elle a été mise à la disposition de ceux qui s'intéressent au marxisme environ un siècle après avoir éCrite.

1968) constitue jusqu'ici l'analyse la plus complète des Grundrisse. (1)

La curieuse histoire de la publication de cet ouvrage est aujourd'hui bien connue.. Rien n'en a été publié du vivant de Marx et d'Engels, si l'on en excepte les· premiers chapitres qui ont constitué la base de la Contribution à la criti· que de l'économie politique, publiée en 1859. Jusqu'en 1939, les seules parties de l'ouvrage qui ont été publiées sont les essais sur Bastiat et Carey et ce qu'on a appelé l'Introduction à la critique de l'économie politique, tous deux pub 1 i é s dans le Neue Zeit de Kautsky. Cette introduction, qui est en réalité . celle des Grundrisse et non pas celle de la Contribution à la critique de l'économie politique publiée en 1859, a été depuis longtemps reconnue comme un des exemples les plus brillants de la puissance a n al y t i que de Marx.

L'ensemble du manuscrit a été publié entre 1939 et 1941 à Moscou en deux volumes, édition qui èst presque immédiatement devenue introuvable à la suite de la guerre. A peine trois ou quatre volumes ont-ils pu atteindre le monde occidental et parvenir aux Etats-Unis à un ou deux chercheurs marxistes, comme feu R. Rosdolsky, dont le Zur Ents~ehungsgeschichte des Marxschen Ka pit a l (Francfort 20

L'ouvrage a été réédité à BerlinEst en 1953, ce qui a constitué en fait la première édition accessible. Cependant, même cette édition est restée pendant plusieurs années relativement inconnue ou du moine n'a pas eu l'écho qu'elle méritait. Jusqu'en 1960, les discussions marxistes n'en tiennent pas compte, et les traductions dans les autres langues sont lentes à se faire. (2) Cette négligence est étrange et difficile à expliquer. Car on ne peut douter de l'importance de ce manuscrit (le titre étant celui des éditeurs de Marx) dans le développement de la pensée de Marx. Il a été écrit lors d'une période d'intense travail, entre octobre 1857 et mars 1858, à un moment où Marx s'attendait à une reprise immédiate de la crise révolutionnaire européenne et qu'il essayait fiévreusement de rédiger une élaboration cohérente et systématiqut" de toute sa théorie économique, pendant qu'il avait encore le temps de le (aire. Cette œuvre représentait, comme il l'a écrit à Lassalle, « le résultat de 15 ans de recherches, c'est-à-dire les meilleures années de ma vie ». C'est donc à tous les points de vue l'ouvrage de la maturité de Marx, et il a essayé de le publier, mais seule une partie du matériel a vu le jour lors de la publication de la Contributwn à la critique de l'économie politique. En fait les Grundrisse constituent la première rédaction du Capital ou plutôt de ce vaste et complexe ensemble théorique dont Marx n'a pu achever que ce qui se trouve dans le premier tome du Capital.

Il est vrai qu'il ne concerne qu'une partie du plan initial de la grande œuvre de Marx, tel qu'il l'expose en 1857. Cependant les Grundrisse contiennent une masse de matériaux que Marx y a notés au fur et à mesure de sa réflexion et qui, ainsi que l'avait remarqué Engels, appartiennent davantage aux tomes ultérieurs. D'autre part, il est vrai que le plan du Capital a été substantiellement modifié entre 1857 et 1867. Marx, dont la pensée était continuellement en évolution, était rarement satisfait par des constructions schématiques et a même modifié la partie publiée du Capital d'une édition à l'autre, et aurait probablement continué de le faire. Toutefois, cela n'affecte en rien la situation unique des Grundrisse dans l'ensemble de son œuvre. C'est la première version du Capital, et une version plus complète que celle de la Contri· butwn à la critique de l'économie politique qui en a été tirée. Elle porte sur de nombreux domaines qui n'ont été traités spécifiquement ni dans le permier tome du Capital publié du vivant de Marx, ni dans ceux qui ont été publiés après sa mort. Il constitue pour nous un guide d'une valeur inestimable pour connaître les intentions de Marx et le cheminement de sa pensée. Par conséquent, les Grundrisse sont essentielles pour notre compréhension de Marx. En premier lieu, ils nous permettent de suivre l'évolution de sa pensée. Ils jettent une vive lumière sur la controverse touchant la prétendue opposition entre le « jeune Marx» et le Marx de la « maturité », entre

le Marx « hégélien

»)

autres allégations de ce genre. En fait, ils font considérablement douter de la valeur de telles discussions, car ils démontrent la continuité substantielle entre la pensée du « jeune ) Marx et du Marx de la « maturité »). Dans tous les cas, ils ne fournissent aucun argument à ceux qui tendent à trouver le déclin de l'influence hégélienne sur Marx. Grâce au magnifique travail réalisé par l'Edition Moscou-Berlin, les nombreuses références et allu· sions à Hegel et plus particulièrement l'interpénétration féconde de l'argumentation hégelienne et ricardienne, de la philosophie et de l'économie, peut être clairement identifiée, tout autant que l'absenec totale de références à Feuerbach. Désormais, nous sommes en mesure de saisir plus clairement les modifications profondes dans l'annlyse économique de Marx, telle qu'elle résulte de ses recherches dans les années 50 - le transfert du centre de gravité de son analyse du champ de l'échange capitaliste à celui de la production. Nous n'avons pas à entrer dans le débat au sujet de la date à laquelle l'économie politique marxienne devient véritablement marxiste, par exemple lorsque le terme de force de travail est substitué à celui de travail. Selon Engels, c'était certainement après 1849. Ce qui est clair, c'est que les Grundrisse représentent la première élaboration complète de cette économie politique marxiste au stade de maturité. Aucune discussion sur les pro-

M. ~

VOl. Daw lIOuscrit un abonnemeat

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et le Marx

« marxiste » et sur la prétendue « coupure épistémologique » et

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Capital "

Un texte essentiel par E.J. Bobsbawm blèmes généraux du développement - et par conséquent de la nature - de la pensée de Marx n'est plus possible si l'on néglige les Grundrisse. Non seulement ils mettent en lumière un certain nombre d'aspects spécifiques du marxisme, mais certaines parties du livre révèlent un Marx contemporain aussi étonnant qu'insoupçonné. Ils éclairent tout particulièrement le modèle marxien du développement historique de la société. Cet aspect nous est maintenant familier, étant donné que la sec-tion des Grundrisse traitant des formations économiques pré-capitalistes a été traduite séparément dans diverses langues, et a déjà fait l'objet de larges discussions depuis quelques années. Elles ont porté en particulier sur ce qu'on appelle le mode de production asiatique, et dont le manuscrit traite de façon plus systématique que tout autre écrit de Marx, mais l'intérêt que les Grundrisse présentent pour les historiens est encore plus considérable. En dehors des intuitions éclairantes notées par Marx au fur et à mesure, l'ouvrage contient quelques réflexions profondes sur la méthodologie historique de Marx. Il n'a pas, écrit-il, fait œuvre d'historien au sens strict du terme, mais il a exploré une méthode bien plus complexe consistant à combiner les analyses statique ct dynamique des formations sociales et permettant de reconstituer les pré-conditions d'une époque antérieure déjà dépassées (aufgehobene, pour utiliser un terme hégélien) à partir du modèle analytique du capitalisme actuel, et à déduire également le système futur à partir de la combinaison analytique du passé et du présent. La différence entre les écrits de Marx strictement :, historiques » (par exemple le Dix-huit Brumaire) et les aspects historiques de ses écrits théoriques plus généraux, ne peuvent pas être pleinement compris sans une connaissance des Grundrisse. Il en est de même pour certains concepts analytieohistoriques importants, tels que celui d'« accumulation primitive ». Cependant, en dehors des nombreux points sur lesquels les Grun-

drisse clarifient et approfondissent notre compréhension de la méthode marxienne, le manuscrit contient aussi certains passages où sont abordés des problèmes dont Marx: ne traitera nulle part ailleurs, dans ses ouvrages de maturité. Il est peut-être heureux que leur publication ait connu un tel retard, cal' il bien des égards le type d'économie qu'ils éclairent ne s'est réalisé pleinement qu'au cours des dernières décennies. N 0 u s comprenons heaucoup mieux maintenant lorsqu'il parle du capitalisme comme d'une société de consommation, que n'auraient pu le faire les générations précédentes. Les Grundrisse s'ouvrent sur la remarque que le procès de production, vu sous l'angle historique, ne crée pas seulement l'objet de consommation, mais aussi le besoin de consOmmation et le style de consommation, y compris, d,lIls le régime capitaliste, la consommation de masse des ouvriers. Nombreux seront les lecteurs qu'impressionneront profondément les prévisions de Marx (en 1857-8!) sur l'économie automatisée, produit de la révolution scientifique et technique que le capitalisme crée luimême: « Le travail ne se présente pas tellement comme une partie constitutive du procès de production~ L'homme se comporte bien plutôt comme un surveillant et un régulateur vis-à-vis du procès de production. Cela vaut non seulement pour la machinerie, mais encore pour la combinaison des activités humaines et le développement de la circulation entre les individus ». Le travailleur n'insère plu.~, comme intermédiaire entre le mutériau et lui, l'objet naturel transformé en outil, il insère à présent le procès naturel, qu'il transforme en un .procès industriel, comme intermédiaire, entre lui et toute la nature, dont il s'est rendu maître. Mais lui-même se trouve place à côté du procès de production, au lieu d'en être l'agent principal. « Avec ce bouleversement, ce n'est ni le temps de travail utilisé, ni le travail immédiat effectué par l'homme qui apparaissent comme

La Quinzaine littéraire, du 1- au 15 avril 1970

le fondement principal de la production de la richesse; c'est l'appropriation de sa force productive générale, son intelligence de la nature et sa faculté de la dominer, dès lors qu'il s'est constitué en un corps social; en un mot, le développement de l'individu social représente le fondement essentiel de la production et de la richesse. « Le vol du temps de travail d'autrui sur lequel repose la richesse actuelle apparaît comme une base misérable par rapport à la base nouvelle, créée et développée par la grande industrie ellemême » (3). On peut estimer que c'est seulement lorsque cette étape est atteinte qùe les contradictions fondamentales du capitalisme deviennent insurmontables et que la société bourgeoise aura fait mûrir en son sein les conditions matérielles rendant possible une solution globale de ces contradictions. On peut esti· mer que du moment que « l'humanité ne se fixe que des tâches qu'elle peut résoudre », les conditions pour mettre fin « à la période préhistorique de la société humaine », commencent seulement maintenant à se réaliser à l'échelle mondiale. Il ne fait pas de doute que la discussion de Marx sur la révolution technique se rattache directement à ses observations sur le travail et le loisir, qui constituent une de ses rares explorations de l'avenir socialiste. Ces passages (qui incidemment critiquent la conception de Fouriel', qui voit dans le travail un divertissement) sont une fois de plus d'un intérêt considérable. Les Grundrisse contiennent de nombreuses références au problème des besoins humains et de la nature du travail, bien que Marx éprouvât des diffi· cultés à' les intégrèr dans son. raisonnement. Il rejette la dichotomie simplè travail-loisir de la théorie et de la pratique bourgeoise bourgeoise - , mais aussi la naïve dissolution de cette dichotomie dans le. jeu-travail universel de Fourier. Il voit plutôt la transformation p0tentielle de l'homme par la réduction du temps consacré aux formes anciennes de travail, « l'effort de l'homme en tant que force na(Naturkraft) s'exerçant turelle d'une certaine façon ». Le temps libre, c'est à la fois celui des loi· sirs et celui consacré à des activités supérieures, ce qui permet à l'homme transformé de réintégrer le procès de production, - grâce à ces activités supérieures - d'une

Marx jeune.

nouvelle façon: il se développe en même temps par le sport et l'exercice (dans la mesure où il s'agit d'activités physiques) et par les activités créatrices et expérimentales, par la réalisation de la science, du savoir humain et du contrôle sur la nature. La distinction entre travail et loisir se trouve abolie, mais pour Marx cette Aufhebung implique une analyse et une exploration du procès de la créativité humaine, que les penseurs marxistes auraient intérêt à poursuivre. Il n'est pas possible dans le cadre de ce bref article d'indiquer, autrement que par quelques références non-systématiques, l'intérêt remarquable que présente ce manuscrit. C'est un texte difficile écrit par Marx dans la fièvre d'un intense effort intellectuel, « une course contre la montre », et dans lequel il voit parfois une sorte de sténographie intellectuelle destinée à la clarification de sa propre pen· sée. Néanmoins, rares sont ceux de ses écrits qui illustrent de façon plus vivante son mode de pensée, sa méthode, et son extraordinaire génie. Toute discussion sur le marxisme qui ne tiendrait pas compte de ce texte, ne pourrait désormais être prise sérieusement en considération. E.J. Hobsbawm 1. Voir également la contribution de R. Rosdolsky, La signification du Capitul dans la recherche marxüte contemporaine, in En portant du Capital, ouvrage collectif publié à l'occasion du centenaire du Capital, aux Editions Anthropos, Paris 1968, (N.D.L.R.). 2. La première édition en fl,'llIlÇ8Ïs a été publiée par les Editions Anthropos en 1967 (en deux volumes) sous le titre : Fondements de la critique de l'économie politique (traduction Roger Dangeville). N.D.L.R. 3. Karl Marx, Fondements de la critique de l'économie politiqlle, tome Il, chapitre du capital, p. 221, Edition.~ Anthropos, Paris. 21


les Grundrisse Un serpent de mer? par Peter Wiles

Si un éditeur s'avisait demain de publier mes notes de travail, j'en serais flatté. Mais je n'aimerais pas que l'on prît tout cela trop au sérieux et que l'on accordât à ces ébauches une valeur fondamentale et définitive. Le problème avec Marx; c'est que nous avons affaire avec lui à quelqu'un de très important, disons le mot, à un génie. et qu'il a beaucoup écrit mais fort peu publié. Au bout du compte. que savonsnous de lui si ce n'est ce que nous ont révélé les quelques lettres signées de sa main qui ont pu parvenir jusqu'à nous. ou encore la version quelque peu inexacte parce que trop respectueuse qu'Engels nous a laissée de ces manuscrits fort confus auxquels nous conférons aujourd'hui le titre de Capital Il et

III? Certes, voilà qui est mieux que rien - nous avons parfaitement le droit de connaître la pensée de Marx quand bien même il ne lui aurait jamais donné l'imprimatur. On pourrait cependant objecter qu'il est pour le J;tloins surprenant qu'une religion aussi puissante repose sur des bases littérales aussi fragiles. Mais si l'on souge à l'Ancien Testament, au Coran... Habent sua fata non-libelli. Considérons les Grundrisse, ensemble de textes écrits entre 1857 et 1858 et qui recoupent la plupart des thèmes traités dans le Capital (publié à partir de 1867). Il Y a là Hl21 pages réparties en deux volu· mes, à quoi il faut ajouter l'appareil de notes que nous devons à l'Institut Marx-Engels-Lénine de Moscou, qui fut le premier à éditer l'ouvrage (entre 1939 et 1941). Le texte dont nous disposons a été traduit d'après la réédition faite par les éditions Dietz de Berlin-Est

(1953). Elle n'a rien à envier en ce qui concerne la confusion aux tomes II et III du Capital : les rédites, les obscurités, les errata foi· sonnent. Ce n'est la faute de personne : telle est la version que nous a laissée Marx de ces cahiers qui ont été abondamment pillés et nul n'ignore que les érudits ne tien· nent guère à ce que leurs sources tombent dans le domaine public. Mais l'appareil critique aurait pu sans aucun doute, être amélioré : l'édition de l'Institut Marx-Engels est, sur ce point, fort insuffisante et les éditeurs français n'auraient pas dû s'en contenter. Je n'irai pas jusqu'à prétendre que j'ai lu l'ouvrage à fond. Je me suis contenté, et on ne saurait m'en faire grief, d'en extraire les options fondamentales, en quoi j'ai trouvé une aide précieuse dans l'antholo· gie de Rubel, condensée et remaniée sans doute, mais pourvue d'un appareil critique en tous points supérieur à celui des éditions existantes. Cette anthologie contient de nombreux passages des Grun· drisse que Maximilien Rubel croit avoir mieux compris que l'Institut soviétique. Et il pourrait avoir raison. (1). Marx devait bien savoir à quoi s'en tenir sur ces cahiers lorsqu'il rédigeait le premier volume du Capital et en supervisait, avec le soin que l'on sait, la première édi· tion. Il est fort significatif qu'Engels, de son côté, n'ait pas songé à en tirer parti, parmi d'autres inédits de Marx, lorsqu'il publia les deuxième et troisième tomes du Capital. En tout état de cause, l'édition « officielle» de Capital ne fait aucune illusion aux Grundrisse, et il y a là un fait qui minimise singulièrement leur importance si· non aux yeux d'un petit cercle de spé::ialistes (dont on peut s'étonner qu'ils ne les aient pas lus dans le texte). Mais qu'en reste-t-il de tout cela pour le commun des mortels?

Qu'y a-t·il ici de nouveau et d'intéressant? Si Engels avait utilisé ces textes, la version qu'il nous a donnée du Capital 1 et II en eûtelle été modifiée de façon substantielle ? Les soviétologues, votre serviteur par exemple, sont par force des marxologues solitaires. Pour ma part, j'ai abordé cet ouvrage com· me j'aurais fait du Talmud ou des Apocryphes. Par contre les ortho· doxes avec la piété qui les caractérise se sont empressés de présenter la publication simultanée de deux traductions des Grundrisse comme un événement culturel des plus importants. Je me suis donc mis à la recherche des idées nouvelles que le livre pouvait m'apporter dans le domaine de l'aliénation, de la plus. value, de la théorie des « produktionpreise», de la dialectique, du despotisme asiatique et de la société post-révolutionnaire. Sans doute est·ce là une liste quelque peu tendancieuse et fort arbitraire puisqu'elle se réfère à des concepts auxquels je m'inté· resse particulièrement et que j'étais sûr d'avance d' y trouver. Mais .le procédé était de bonne guerre : c'était, d'entrée de jeu, parier sur le sérieux de l'ouvrage et soumettre ce critère à l'épreuve du feu. Aliénation et plus-value : rien de nouveau et rien en tout cas qui ne soit mieux exposé dans le Ca· pital. On notera cependant, car la chose mérite d'être soulignée, que la notion hégélienne d'aliénation, sur laquelle avaient été fondées jusqu'ici les analyses économiques de Marx, s'efface devant la notion ricardienne de plus-value à laquelle l'auteur consacre de longs développements. Sans doute, certaines pages de l'ouvrage (de la page 22 à 231) se rapportent apparemment aux premières études de l'auteur sur la plus.value. Le lecteur sera peut.être curieux de savoir, bien que cela soit tout à fait hors de propos, ce que j'ai pu apprendre moimême sur ce sujet complexe en lisant cet ouvrage et les commentaires qui en ont été faits. Jusqu'aux Grundrisse, l'économie politique de Marx était une critique hégélienne du capitalisme : la monnaie, le marché, les moyens de production, la division du' tra· vail sont une mauvaise chose. Dam; ce système, le travailleur vend son travail sans en acquérir le produit ; étranger au travailleur, non seule· ment sur le plan psychologique mais aussi sur le plan légal, le produit du travail cesse d'être la propriété du travailleur pour devenir

une chose indépendante entre les mains des capitalistes et se transformer en capital qui l'exploite et s'approprie son existence. La séquence féodalité-capitalisme-socialisme est ainsi définie (1,95) : Les rapports de dépendance personnelle (d'abord tout à fait natureIs) sont les premières formes so· ciales dans lesquelles la productivité humaine se développe lentement et d'abord en des points iso· lés. L'indépendance personnelle fondée sur la dépendance à l'égard des choses est la deuxième grande étape : il s'y constitue pour la première fois un système général de métabolisme social, de rapports uni· versels, de besoins diversifiés et de capacités universelles. La troisième étape, c'est la libre individualité fondée sur le développement uni· versel des hommes et sur la maîtrise de leur productivité sociale et collective ainsi que de leurs capacités sociales. La seconde crée les conditions de la troisième. Les structures patriarcales et antiques (ainsi que féodales) tombent en décadence, lorsque se développent le commerce, le luxe, l'argent et la valeur d'échange, auxquels la société moderne a emprunté son ry· thme pour progresser. Et voilà Marx transformé, comme tant d'Anglais de gauche avant lui, en socialiste ricardien. Les problèmes du marché perdent de leur importance et les problèmes de la production passent au premier plan. Familiarisé depuis longtemps avec les théories de la valeur-tra· vail, il comprend maintenant ses implications socialistes et découvre la plus-value et l'exploitation : le capitaliste paie le travailleur de façon à lui assurer sa subsistance, mais vend sa productivité. Du reste cette théorie est de celles que l'on peut également exposer en termes historiques : plus la technique est avancée, plus grande est la productivité du travail et, du même coup, plus les biens de consommation baissent de prix en termes d'heures de travail, plus augmente le sur-travail. Il faut croire qu'il n'y a pas de place ici pour un troisième terme: la plus-value s'accu· mule continûment en fonction du progrès de la technique et ce procès n'introduit aucune différence entre la croissance capitaliste et la croissance socialiste. On conviendra que cet exposé d'ensemble de la théorie de la valeur-travail n'est guère suspect de dialectique. Il est vrai que les théo-


ries hégéliennes et ricardiennes (aliénation par le marché et exploitation par la production) n'ont rien d'incompatible, et l'étude du Capital, si on laisse de côté les Grundrisse, montre que Marx n'a jamais liquidé le passé. Marx analyse longuement les Produktionspreise dans le troisième volume du Capital au moment où il découvre que la théorie du travail est bel et bien fausse. Jusqu'au premier volume du Capital inclusivement, il affirme que la valeur-travail détermine le prix normal, concurrentiel de chaque marchandise, sans prévoir les arguties et échappatoires sans nombre que l'évidente fausseté de cette assertion allait un jour imposer à ses épigones. Nous accordons peut-être beaucoup trop d'importance à une notation qui figure dans le troisième volume du Capital à propos de l'influence qu'exerce également sur les prix le coût de l',argent, puisquc Marx aussi bien n'a jamais envisagé de publier cet ouvrage. Mais au bout du compte on ne saurait négliger le fait qu'il a positivement infirmé l'ensemhle de son œuvre antérieure et cela à plusieurs reprises dans les manuscrits de Capital III. De tout cela, on ne trouve pas la moindre trace dans les Grundrisse. Le niveau technique qui étaye l'argumentation est encore plus bas ici que dans le Capital : les erreurs arithmétiques abondent (cf. 11-303-4) et sa maladresse en ce domaine est patente (e.g. 11/ 200~ , On y trouve cependant une ana· lyse intéressante au terme de laquelle Marx fait observer que le travail cessera d'être la mesure de la valeur lorsque la technique sera arrivée à un très haut degré de complexité (11/222). Ce moment coïncide apparemment avec celui de la révolution. Malheureusement le mot révolution intervient fort rarement dans les Grundrisse. Quant aux concepts de révolution prolétarienne et de lutte de classe on n'en J:rouve pas la moindre trace. On n'y trouve guère non plus de référence à la dialectique (qui res~ te pour moi, philist!D, un mystère entier). La notion de dialectique s'applique seulement, comme c'est généralement le cas dans les œuvres économiques de Marx, aux grands mouvements de l'histoire el à cette misérable mystification qu'est la transformation du capital en argent.

Les Grundrisse demeurent cependant, de toutes les œuvres de Marx, la source la plus importante de la théorie du despotisme asiati· que et des modes de production pré-capitalistes (1, 435-481). Ce passage qui est décisif, a fait l'objet de nombreux commentaires et il n'est pas nécessaire d'y revenir ici. Quant à la société pré-révolutionnaire, je n'ai rien trouvé dans ce texte qui m'ait appris quoi que ce soit de nouveau. Il ne faut pas oublier que les assertions et conclusions de Marx en la matière influencent la politique des communistes, spécialement en U.R.S.S. (2). Aussi ne sera-t-on guère sur· pris d'apprendre que les autorités soviétiques, tout de même que la plupart d'entre nous, aient négligé les Grundrisse. Les deux spécialistes soviétiques que j'ai pu interroger à ce sujet n'en avaient jamais entendu parler. On comprendra aisément pourquoi les Français attachent une telle importance à cet ouvrage : il n'accroîtra guère leur connaissance du marxisme, si ce n'est en ce qui concerne le despotisme asiatique et les modes de production pré-capitalistes, mais il fournira une base d'attaque contre M. Althusser. Althusser, dit Jorge Semprun dans son article sur les Grundrisse, ne fait aucune « coupure» entre l;idéologie du jeune Marx et les théories scientifiques de sa maturité. Je n'irai pas aussi loin. Althusser a raison de prétendre que le jeune Marx est un pur idéologue : il n'y a rien de scientifique dans ses théories d'alors, pas plus du reste que dans celles d'aucun jeune hégélien, mais en tant que non marxiste je ne peux en aucun cas accepter que Marx soit jamais devenu un scientifique. L'idéologie et la science ont ensemble fleuri en lui comme ensemble elles survivent, si parva licet comonore magnis, chez Brejnev. Cette co-existence n'a jamais été aussi .bien illustrée que dans les Grundrisse. 1) Notamment celui de E. Hob· London 1964; et Karl Wittfogel, shawn dans son édition de Karl Marx, pré-capitalist formations, le Despotisme oriental, Paris 1964 ; ' cf. Rubel op. cit., 11-1654. Les marxistes ont toujours été des idéologues (quelle que soit l'acception que l'on donne à ce terme) en même temps que des scientifiques. L'idéologie mène en droite ligne au révisionnisme, à l'objec-

La Quinzaine littéraire, du r ou 15 avril 1970

Marx en 1863.

tivisme bourgeois : Bernstein, en offre un bel exemple. Ni Marx, ni Lénine, ni même Staline ne sont jamais allés jusque là. Un marxisme purement scientifique est une contradiction dans les termes puisque le marxisme est en grande partie entaché d'erreur. Certes, la' notion même de marxisme (ou si l'on veut de dupontisme) est en soi non scientifique. Cependant, avec le temps, Marx est devenu plus scientifique ainsi qu'en témoignent Capital III et la théorie des Produktionspreise. Ce n'est pas une petite affaire que de nier les fondements logiques de la théorie de la valeur-travail. C'est du révision· nisme caractérisé. Et dans ce ré· visionnisme Engels' est allé encore plus loin en publiant ce manuscrit. Il est même allé si loin qu'il a nié la nécessité de la révolution violente et qu'il a reconnu la fausseté de la doctrine de la paupérisation absolue. Il serait peu flatteur pour le niveau intellectuel d'un pays que la publication de la traduction des Grundrisse y fût considérée comme un événement important. En tout état de cause, ce n'est pas précisé.

ment là le type d'ouvrage qui fait partie du « bagage de l'honnête homme du XX· siècle ». L'intellectuel moyen qui s'efforce honnêtement de comprendre le monde a d;autres sujets de préoccupation aujourd'hui.

Les Russes racontent qu'à l'en· trée du cimetière de Highgate se trouve un petit musée où l'on mon· tre aux visiteurs deux, crânes pla. cés côte à côte : celui du vieux Marx et celui du jeune Marx. L'histoire ne parle pas d'un troi· sième crâne. Peter Wües traduit de l'anglais par Adélaïde Blasquez 1. M. Rubel (op. cit.) nous fournit un excellent index nominatif de tous les passages sur l'aliéuation dans le Capital en y incluant même les pages où le terme n'est pas expressément cité. 2. Cf. Politica1 Economy CoJ1uDunism, par Peter Wiles, Oxford 1969, ch, 1, et Karl Marx Theorie von den intemationalen Western, par G. Koh1mey, Berlin 1962. 3. in «L'Homme et la Société JO, janvier-mars 1968. 4. Cf. Karl Popper, the Open IOciety and its ennemies, London D/I46-9, 311, 321-6, 175-7.

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INFORMATIONS

L'histoire par la géographie Edouard Baratie" Georges Duhy Ernest Hildesheimer Atlas historique : Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco 326 cart~s Armand Colin éd., 240p.

Raconter l'histoire d'un pays par le moyen de sa géographie, voilà la gageure que tient l'Atlas historique dont le premier volume (Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco) paraît aujourd'hui. Trentesix volumes suivront p.our accomplir· un identique déchiffrement du passé des autres régions françaises. Une telle œuvre faisait défaut aux historiens qui la réclamaient depuis des dizaines d'années, les rares ouvrages de cette espèce déjà publiés étant démodés, insuffisants ou limités dans le temps. Auiour-

Une carte de l'Atlal

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hùtoriq~.

d'hui, à considérer les trois-centvingt-six cartes de la Provence, le sentiment s'impose qu'un travail décisif est en cours et que l'Atlas historique deviendra indispensable aux chercheurs, aux universitaires, aux bihliothèques mais aussi, pourquoi pas, à tout homme culti"é. L'histoire traditionnelle avait déjà recours aux cartes mais cellesci n'avaient d'autre fonction que d'illustrer ou de clarifier l'exposition des faits : emplacement des batailles ou des cités, mouvement des frontières, etc. L'Atlas historique procède d'un tout autre souci. Bien loin· de rechercher une équivalence graphique du texte historique, les planches composent ellesmêmes le texte original de la matière historique. L'Atlas fait bien entendu leur part aux événements mais cette part demeure secondaire. C'est à un niveau plus enfoui et plus diffus de l'enquête qu'il opère ses coupes

et ses relevés -celui de la démographie, de l'ethnologie, de la linguistique, de l'économie, de la culture. De sorte qu'à suivre la succession des planches ou leur chevauchement, à les éclairer les nnes par les autres, à en modifier les combinaisons, on ahoutit à sentir. d'une manière quasi.concrète, cette histoire silencieuse qui est celle des longues durées. La Provence s'étend devant nous comme un paysage disponihle sur lequel l'homme et les sociétés imposent peu à peu leurs marques.

Dans la collection « Présence et pensée -, d'Aubler·Montaigne. parais· sent simultanément deux essais sur Nietzsche par Pierre Boudot: Nietzsche et l'au-delà de la liberté, Nietzsche et les écrivains français contemporains (signalons d'autre part que, dans I~ collection «Médiations·Gonthier - est rééditée une des œuvres les plus lm· portantes du philosophe : le Crépuscule des idoles).

Chez Maspero, Paul Lldsky analyse. dans les Ecrivains contre la Commune, toute une littérature née après 1871, sur les thèmes de la famille, du travail et de la patrie.

Jetons un coup d'œil sur ce paysage de Provence, à travers le preChez Payot, dans la «Bibliothèque mier volume qui a été dirigé par scientifique -, nous est proposée la Edouard Baratier, Jacques Duhy et première traduction française de l'ouErnest Hildesheimer. Nous voici vrage éapital de celui qui est. avec témoins du peuplement de l'espace. Sapir, le pionnier de la linguistique Après les cartes géologiques, la pré. structurale américaine : le Langage, par Leonard Bloomfield. histoire allume ici et là ses feux. installe, dans le vide de la nature. Psychiatre et psychanalyste. P.-C. les premiers et rares établissements Racamier présente chez le même édihumains. Dès lors, c'est toule teur, avec la collaboration des Ors Lebovlci, Diatklne et Paumelle. un l'aventure du peuplement qui se dossier sur le rôle et les possibilités déroule de carte en carte. Il n'était de la psychanalyse en milieu Institupas suffisant de montrer la mul- tionnel : le Psychanalyste sans divan (collection «Science de "homme »). tiplication des hommes et des villes. Par une série de coupes dans le Signalons également, dans la collectemps et dans la matière démogra- tion «Connaissance de l'inconscient-, phique, c'est dans ses profondeurs de Gallimard. un nouvel ouvrage de L. Binswanger : Psychanalyse freuet ses nuances les plus suhtiles que dienne et psychanalyse existentielle, ce peuplement est présenté : cartes et, aux Presses Universitaires de France, Freud et le problème du chande pélerinages, les hôpitaux d'Aix gement. par Daniel Widlôcher (<< Biblioen 1300, le tourisme à la fin du thèque de psychanalyse») et la ConXVIIIe siècle, le tourisme en 1838. naissance de l'enfant par la psychanaen 1869, les villages disparus, puis lyse, par Serge Lebovici et Michel ressuscités, l'origine (prégauloise. Soulé. gallo-romaine) des noms, etc. • ••••••••••••••• Investigation identique et peulL'Atlas historique, si son pri." être plus fouillée dans le champ de l'économie. Une planche recense est assez élevé - 240 F - est préles lieux d'origine de la clientèle senté avec un soin extrême. Les de Jean Barral, drapier à Riez au cartes visent moins à la joliesse xV< siècle. Le péage de Valensole, qu'à la lisihilité. Le grand nombre au XIV< siècle, fait apparaître le de planches, donc la répartition très mouvement des personnes et des fine des informations, a permis aux marchandises comme d'autres car- auteurs de ne pas charger chaque tes enregistrent les circuits des planche. Un commentaire accom· troupeaux transhumants au XIV< pagne, sous la :forme d'un volume siècle ou l'itinéraire du sel en 1405, séparé, les relevés cartographiques. la répartition des foires grandes et Il s'y ajoute le répertoire des lieux, petites, le réseau de commerce que dans lequel le plus modeste village commande Marseille aux diffé- est traité avec la même vigilance rents stades de son expansion. Les que les villes, ainsi que les généarelevés de routes, de dr~illes, de logies des :familles princières ou chemins, de lignes de poste puis royales, la liste des notables, des des chemins de fer envahissent peu personnalités. On aura compris que à peu les sols, montrent comment ce travail n'a aucune relation avec une région s'est inventée, à mesure le folklore, ou même avec une en· qu'elle Inventait ses communica- quête régionaliste. Il s'agit bien tions. Ainsi sont explorées toutes d'une entreprise historique traitée les rubriques de ce que l'on appelle par des moyens originaux : rendre compte du temps par les images histoire non événementielle sphère religieuse judiciaire, cultu- de l'espace. G.L. relle, etc.


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Orden Bourgeade, Arrigo et Lavelli Orden Tréteaux d~ France

1 .

Les - commandos du ChristRoi -, qui vinrent naguère chahuter les représentations du Vicaire, sous prétexte de défen.dre le Pape - outragé -, auraient eu plus de' raison encore de s'en prender à Orden. C'est un réquisitoire impitoyable contre l'Eglise li catholique, phalangiste, apostolique, fasciste et r0maine -, et il est dommage' qu'on n'ait pas songé à organiser à l'occasion de ce spectacle une soirée de gala en l'honneur de M. Lopez Bravo, ministre des Affaires étrangères de Franco, cordialement reçu, l'autre jour, à Paris, par l'actuel gouvernement de la république française. Mais la dénonciation du fasdsme espagnol (et la leçon qu'elle comporte) ne serait pas aussi forte si le spectacle dans sa forme, n'était aussi exemplaire. Il fera date, sans nul doute, dans l'histoire des formes du théâtre contemporain, aussi bien dramatique que lyrique, puisque cette sorte d'opéra rend soudain anachronique la distinction entre Jes deux. Jamais les structures musicales (orchestrales et vocales) n'auront été à ce point intégrées aux structures scéniques, pour donner une œuvre d'une prodigieuse unité,' dont les auteurs, Pierre Bourgeade pour le livret, Girolamo Arrigo pour la musique, et Jorge Lavelli pour le travail scénique, semblent ne faire qu'un. Dix lignes de La Rose rose, de Bourgeade, sont à l'origine de l'œuvre : ~ Or, l'Espagne flamba. Des gueules olivâtres apparurent ~ la. première page de Paris-Soir. Franco, Mola, Sotelo. Des évêques surchargés d'émeraudes bénirent les mausers neufs.;. De lentes processions sortirent des églises..., hérissées de croix et de fusils. Les soldats mirent un genou en terre. Les evêques bénirent les fusilleurs. Le Christ-Roi étendit les bras vainqueurs d'un douze cent mille assassinés. La mort régna. Viva la Muerte ! -. .Ces phrases se sont faites images scéniques, mais des images si fortes que, d'emblée, nous saisissons que ce specta-

. La Quinzaine littéraire, du 1"

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cie ne dit pas seulement le déroulement historique de l'avénement du franquisme, mais qu'il donne à rèssentir dans notre chair <;e que signifiel pour nous autres contemporains, un certain ~ordre- qui tend à s'établir dans l'Europe. Il règne aussi (le texte nous le dit) à Athènes, à Prague, à Moscou, à lisbonne, à Budapest, à Paris. Le sens est clair, comme est clair le combat auquel nous incite ce spectacle militant qui a su trouver leur langage scénique simple, universel et physique. Simple, parce qu'à l'encontre d'une dramaturgie à la mode qui se plaît à'manipuler savamment le temps, l'espace et les différents modes du récit (voir Gatti), ce spectacle se fonde sur une ligne dramatique toute sim· pie qui suit, dans sa 'chronologie, l'instauration de l'ordre franquiste. Universel, ,parce que le texte, réduit à quelques indications, slogans, hymnes et cantiques, et discours du pape et des chefs phalangistes avec leur paraphrase, se dit successivement en français, espagnol, italien et.allemand, ce qui, en rendant ce spectacle lisible partout, impose en même temps sur la scène une sort~ de litanie : Illturgie envoûtante jusqu'à l'obsession. Langage physique surtout, car tout est dit, finalement, par les actions gestuélles que la musique, en les sublimant, porte à leur degré le plus haut d'intensité et de signification. Tous les créateurs quj se sont posé le problème du théâtre lyrique, que ce soit, en leur temps, Wagner, Debussy ou Alban Berg, ont tenté d'intégrer davantage la musique à l'action dramatique, mais ils restaient prisonniers de la dichotomie inhérente aux structures de l'opéra, avec, sur la scène, messieurs-dames cantatrices èt chanteurs faisant semblant d'être des comédiens et, dans la fosse, des instrumentistes habillés en pingouins. Ici, en dehors de la musique sur bande, qui constitue le lieu musical de l'action, la musique sur scène est intégrée' physiquement au jeu. Chanteurs et instrumentistes (trombones, violoncelles~ contrebasse, percussion, mandolines). au coude à coude avec les comédiens, et dans la

15 avrü 197(J"

même tenue qu'eux, -le battledress - , sont engagés avec eux dans toutes les actions scéniques. Ces comédiens eux-mêmes, jouant tour à. tour les fascistes et les républicains li tragique et anonyme absurdité de la guerre -, commentent les auteurs - , touchent desinstruments, psillmodient, vocalisent, jouant musicalement des sons et des bruits qu'ils émettent, cependant que le chef d'orchestre, lui aussi devenu acteur en battle-dress, conduit une action qui est, d'abord, musicale : «quatuor de trombones traduisant l'explosion de la guerre cl· vile, mandolinès désaccordées exprimant l'extermination d'un peuple -. Jorge Lavelli, dont on a pu dé· plorer les concessions à l'esthétisme parisien, a réglé cette action scénique- pluridimenslonnelle -, avec cette sorte degénie rigoureux qu'on avait admiré dans les mises en scènes de Gombrowicz. Admirable de dé· pouillement, refusant tout ce qui est maniérisme, accessoire ou baroque, ce spectacle tourne le dos aux gesticulations complaisantes et gratuites dans les· quelles on donne volontiers aujourd'hui, en invoquant un Ar· taud usurpé. Ici tout mouvement signifie, tout se lit immédiatement à travers une construction simple de mouvements fortement articulés. On n'Oubliera jamais la superposition visuelle et sonore du défilé phalangiste chantant son hymne et d'une procession re· traçant le - Venl Creator - cependant que les' deux cortèges se fondent lentement l'un dans l'autre, pas plus que cet unisson

obsessionnel naissant d'un bruit de culasses de fusils d'abord désordonné, et demandant au martèlement des bottes fascis~ tes de lui faire contrepoint. pas plus qu'on n'oubliera ces fusils distribués comme les hosties à la Communion, par une marionnette ecclésiastique dont le geste de plus en plus frénétique dans son automatisme, traduit dan.s un crescendo saisissant son plaisir hystérique à la pensée du massacre prochain. On oubliera encore moins les images finales, presque insoutenables, ce pape parcourant le charnier, vieil oripeau .atroce, corps racorni, accoutré d'un dessus de lit blanc et sale, marionnette que promènent et ma· nipulent deux phalangistes en la tenant par les fesses, et qui agonise sur la scène dans des convulsions d'ataxique, cepen· dant que des enfants de chœur à voix de femmes chantent en piaillant la gloire de Dieu :image d'une Eglise qui a tué son âme, à bénir et glorifier la victoire de l'horreur. Bref, voilà un spectacle qui indique la voie d'une dramatur· gie nouvelle, spectacle d'agltprop mobile et sanS luxe et lisible en tous pays, mais se haussant au rang d'admirable œuvre d'art, c'est-à-dire d'une œuvre capable de parler un langage Qui s'impose de façon souveraine à l'Esprit et aux sens, et de nature à mettre en branle notre univers imaginaire jusqu'à nous donner, en sortant de là, le désir d'agir, ce qui est peut-être, finalement, la raison d'être ta plus haute de l'œuvre d'art. Gilles Sandier 25


COLLECTIONS

Les Grandes vagues révolutionnaires Calmann-LéV)' Un petit garçon à qui on demandait ce que c'était qu'une révolution, répondait: « Une révolution, c'est quand il se passe quelque chose.• La collection des «Grandes vagues révolutionnaires. c'est, au fond, l'histoire des «temps forts. (et violents) de l'humanité, la crête des flots dominant la bonace de l'histoire «non-événementielle •. En quinze volumes, cette collection se propose de condenser le mouvement même de l'histoire, de saisir les minutes de vérité où les portes du destin des sociétés tournent sur leurs gonds. On retrouve dans les six premiers volumes parus les principes qui gouvernent l'organisation de l'ensemble. Les facilités contestables de la vulgarisation et les prétentions jargonnantes du pédantisme sont évitées avec soin. Le «découpage. domine toujours les frontières étroitement politiques: ainsi, Robert Mousnier embrasse dans Fureurs paysannes - Les paysans dans les révoltes du XVII' siècle (France, Russie, Chine) l'ensemble des révoltes agraires de ce siècle houleux, des Croquants et Nupieds de France aux insurgés de Bolotnikov'et de Stenza Razine en Russie et aux «bandits errants. de la Chine des Mings (voir le numéro 55 de la Quinzaine). De même, c'est dans une optique universelle que Robert Palmer analyse dans 1789 - les

Révolutions de la liberté et de 1'6g. lité, non seulement les causes profondes et immédiates du phénomène révolutionnaire français, mals aussi son impact en Europe et en Amérique et le pouvoir persistant de sa charge explosive en d'autres lieux et à d'autres époques. De son côté, l'historien allemand Ernst Nolte ne limite pas son histoire des Mouvements fascistes à celle de Mussolini et de Hitler, mals s'attache à nous faire revivre l'ensemble de contre-révolutions fascistes e n t r e 1919 et 1945 dans toute l'Europe. C'est dans le même esprit et la même perspective què Jean Sigmann, dans le dernier volume paru de la collection : 1848 - Les Révolutions romantiques et démocratiques de l'Europe, souligne l'extrême complexité' des idéologies auxquelles celles-ci se rattachent et s'efforce d'en expliquer .les contradictions. Cet «angle de prise de vue. de la collection se retrouvera dans les ouvrages en préparation, comme les Soldats du peuple au pouvoir, où Pierre Rondot étudie les révolutions militaires dans 'les .pays afro-asiatiques d'aujourd'hui, ou dans l'histoire des Colons révoltés où Pierre Chaunu ne limite pas artificiellement le phénomène de sécession de la métropole aux seuls colons d'Amérique du Nord mais dresse une fresque et approfondit une théorie aux dimensions même d'un continent, ou encore dans l'étude que Brian Manning consacre à la Révolution puritaine anglaise aux

XVI' et XVII' si6cles, la replaçant dans le contexte des révolutions européennes de l'époque. Ce refus délibéré et fructueux d'une histoire à corset et à frontières qui prétendrait enfermer les vagues dans les tiroirs, s'accompagne d'une extrême attention portée aux suites historiques des grands mouvements étudiés. Raconter et analyser comme le fait Paul Akamatu la révolution Meiji du Japon, c'est nous amener à voir vivre le Japon depuis l'ouverture de ses frontières, il y a un siècle, jusqu'à l'inauguration de l'Exposition d'Osaka aujourd'hui; c'est nous faire compren· dre, du même coup, les origines d'un développement économique sans précédent et les difficultés politiques actuelles d!J Japon contemporain. Lorsque Ch. P. Fitzgerald décrit révolution de la Chine des Mandchous à Mao Tse-Toung, c'est l'enchaînement nécessaire de toutes les révolutions chinoises du XX' siècle qu'il explique, c'est la spécificité même d'un phénomène révolutionnaire marqué par J'alliance fondamentale des lettrés et des paysans, ces « deux roues essentielles de la carriole chinoise'. qu'il analyse hier et aujourd'hui. Les auteurs de la collection démontrent que l'on peut être à la fois un historien spécialiste et un écrivain incisif et vivant; qu'un Américain, comme le professeur Palmer, de Prin· ceton, peut éclairer d'un jour nouveau la révolution française de 1789 et renouveler l'optique du lecteur français sur ce point, et qu'un Français, le pro-

fesseur Pierre Chaunu peut apporter, en revanche, des vues nouvelles sur la guerre d'indépendance américaine; qu'une telle entreprise peut à la fols intéresser tout homme cultivé et animer la réflexion des spécialistes. Notons que les éditions CalmannLévy viennent de signer un contrat avec l'éditeur américain Harpers and Row' .pour l'ensemble des volumes qui, 'aux Etats-Unis, seront publiés simultanément au format traditionnel et au format de poche. C'est là une réussite dont on ne peut que féliciter les promoteurs de la collection car elle répond à son principal objectif, prouvant qu'il est possible d'en finir' avec le fossé qui sépare la culture universitaire de celle de l'homme moyen, l'isolationnisme culturel de la France des grands courants d'idées internationaux. Ouvrages à paraître : Les Soldats du peuple au pouvoir • Les révolutions militaires dans les pays afro-asiatiques au XX· siècle, par Pierre Rondot. Ongles bleus, Jacques et Clompl • Les révolutions populaires en Europe aux XIV' et XV' siècles, par Michel Mollot et Philippe Wolff. Les Fantassins de l'Apocalypse - Les révolutions des opprimés au temps de la Réforme (XV· et XVI' siècles), par Hans J. Hillerbrand. La Révolution puritaine anglaise aux XVI' et XVII' siècles • Guerres de reli-

tionsdu cou-de-pied, du talon, de la plante) interdisent pratiquement à sa victime d'espérer obtenir un classement honorable dans les compétitions des jours suivants. Plus les vainqueurs sont fêtés, plus les vaincus sont punis, comme si le bonheur des uns était l'exact envers du malheur des autres. Dans les courses de routine - championnats de classepar Georges Perec ment, championnats locaux - les fêtes sont maigres et les châtiments presque inoffensifs: quelques lazzi, quelques huées, quelCes titres honorifiques supplémentaires sont bien davantage ques brimades sans importance à la limite des gages imposé,s aux que de simples marques de respect. La coutume veut en effet que perdants dans les jeux de société. Mais plus les compétitions divers privilèges soient attachés aux noms. Les Athlètes Classés deviennent importantes, plus l'enjeu prend de poids, pour les uns (c'est-à-dire ayant au moins un nom) ont le droit de se déplacer comme pour les autres : le triomphe réservé au vainqueur d'une librement dans le Stade Central. Ceux qui ont deux noms (par Olympiade, et plus particulièrement à celui qui aura gagné la exemple Amstel-Jojones. 3" aux 100 m de Nord-Ouest W, ex cham- course des courses, c'est-à-dire le 100 m, aura pour conséquence pion olympique du 100 m) ont droit à des douches supplémentaires. la mort de celui qui sera arrivé le dernier. C'est une conséquence Ceux qui ont trois noms (par exemple Moreau-Phister-Casanova à la fois imprévisible et inéluctable. Si les Dieux sont pour lui, si 12 cd du 400 m W, 3" du 400 m W-No'rd W, vainqueur nul dans le stade ne tend vers lui son poing au pouce baissé, il de l'Atlantiade) ont droit à un entraîneur particulier (que l'on aura sans doute la vie sauve et subira seulement les châtiments appelle l'Obertschrittmacher, c'est-à-dire l'Entraîneur Général, sans réservés aux autres vaincus; comme eux, il devra se mettre nu doute parce que le premier à avoir occupé ce poste était allemand). et courir entre deux haies de Juges armés de verges et de Ceux qui ont 4 noms ont droit à un survêtement neuf, etc. -cravaches; comme eux, il sera exposé au pilori. puis promené Les lois du sport sont des lois dures et la vie W les aggrave dans les villages un lourd carcan de bois clouté au cou. Mais si un encore. Aux privilèges accordés, dans tous les domaines; aux seul spectateur se lève et le désigne, appelant sur lui la punition vainqueurs, s'opposent, presque avec excès, les vexations, les réservée aux lâches, alors il sera mis à mort; la foule tout entière humiliations, les brimades imposées aux vaincus; elles vont par- le lapidera et son cadavre dépecé sera exposé pendant trois jours fois jusqu'aux sévices, telle cette coutume, en principe interdite, dans les villages. accroché aux crocs de bouchers qui pendent mais sur laquelle l'Administration ferme les yeux, car le public aux portiques principaux, sous les cinq anneaux entrelacés, sous des stades y est très attaché, qui consiste à faire accomplir au la fière devise de W - Fortius Altius Citius - avant d'être jeté dernier d'une série un tour de piste au pas de course avec ses aux chiens. De telles morts sont rares. Leur multiplication en rendrait l'effet chaussures mises à l'envers, exercice qui semble bénin au premier abord, rnais qui est en fait extrêmement douloureux et dont presque nul. Elles sont traditionnelles pour le 100 rn des Olympiales conséquences (meurtrissures des orteils, ampoyles, exulcéra- des, elles sont exceptionnelles pour toutes les autres disciplines 26


LETTRES

LES REVUES

gion en France - La révolution d'indépendance hollandaise, par Brian Manning. Les Colons révoltés - Les révolutions d'indépendance des Amériques aux XVIII' et XIX' siècles, par Pierre Chao.· nu. La Révolution mexicaine, par François Chevallier. Les Courants révolutionnaires en Eu· rope, de la Commune à 1903, par Miklos Molnar.

1940-1944 • Vichy - La dernière contrerévolution française, par Stanley Hoffmann. 1917·1921 • Les Soviets • Les révolutions bolchéviques de l'Europe en guerre, par François-Xavier Coquin.

Les Chemins de l'impossible Albin Miohel Une nouvelle collection vient d'être inaugurée sous ce titre chez Albin Michel. Consacrée à des essais et des études aux frontières du fantastique et de l'ésotérisme, elle s'efforcera de reconstituer en un tableau d'ensemble toutes ces théories et traditions secrètes qui, en tous temps et en tous pays, furent combattues et condamnées parce Qu'elles rompaient en vi· sière avec la science, la philosophie et la religion officielles.

Europe (N° 490491). - Alexandre Dumas est en vedette dans cette livraison: à côté de témoignages d'intérêts très divers, des études sérieuses comme celle de' M. Maurice Bouvier-Ajam sur les méthodes de travail de Dumas. Texte curieux de Jean Thibaudeau sur Les Trois' Mousquetaires, très riche et peut-être du point de vue .. tel quellien - un tout petit peu hérétique.

Les Temps Modernes (N° 283). - C'est le génocide du Biafra Qui forme l'ossature de ce numéro avec cette phrase cruelle de Richard Marienstras: • N'empêche qu'il ne faut pas prononcer le mot • génocide .. : il s'agit de cas individuels, c'est un regrettable accident qu'on va s'employer à réparer au mieux Coo) et puis, n'est-ce pas, personne n'a voulu cela. C'est vrai: on a seulement voulu réduire les Biafrais à ce qu'ils sont devenus. On a réussI. .. Pour suivre, un texte du Groupe du 22 mars sur ce Qu'on a appelé .. le complot anarchiste en Italie -. Enfin, une étude réjouissante sur le mensuel .. Lui -. (Mars 1970). - En matière de génocide, en 1970, on a l'embarras du choix: après le Biafra (dans ce numéro, le témoignage d'un médecin), l'extermination des Indiens d'Amérique latine. Un spécialiste des questions colombiennes, Michel Perdriel. témoione: c'est dans l'indifférence du

A LA QUINZ AIN E

.. monde civilisé» Que le massacre s'organise. Comme le dit en substan· ce M. ·Perdriel. après tout, Qu'est·ce qu'un Indien? Moins qu'un bébé phoque. Un lndien, on ne peut pas se le mettre sur le dos... D'autre part, les révisions du communisme dans divers pays sont étudiées d'assez près.

La Passerelle (N° 1). Nouvelle revue trimestrielle conçue, dirigée, écrite et publiée par Pierre Béarn.

Le Point d'être (N° 1). - Encore une jeune revue de poésie. Eclectique dans son esthétique, elle mêle poètes connus et débutants. On remarquera des textes de Jean Laude, Robert Marteau, Miodrag Pavlowitch (traduit· par Marteau), Georges Badin, Oleg .Ibrahimoff, Ber· nard. Noël et Jean-Louis Chrétien. J.W.

Les méfaits de la oensure Par arrêté du ministre de l'Intérieur, le 6 mars, le livre de Carlos Mari· ghela Pour la libération du Brésil, paru dans la collection .. Combats -, aux éditions du Seuil, a été interdit à la vente. Leader des guérilleros bré· siliens, Carlos Marighela a été abattu en novembre 1969.

Wyndham Lewis Je regrette de n'avoir pu prendre connaissance plus tôt du no 91 de la Quinzaine puisque M. Lafourcade a eu l'amablité d'y discuter mon petit article sur Wyndham Lewis. En 1909, Lewis a effectivement publié une nouvelle intitulée The Pole dans le numéro de mai de The English Review. mais ces data bibliographiques, bie", étudiés dans la revue dont je rendais compte n'étaient pas utiles dans· un article d'une colonne et demie. Si Kandinsky n'a pas collaboré à Blast, je déplore par contre mon erreur; je reprenais là une informàtion donnée dans Agenda, page 90. Quant aux livres en question, je les ai lus, pour le compte du même éditeur que M. Lafourcade, et nous divergeons sur leur sens comme au sujet de l'engouement passager de Lewis pour le fascisme; jé crois, ainsi que l'a rappelé Julian ISymons dans. le !-ondon Magazine, que cela .. avait commencé avec un livre sur Hitler en 1931 et continué jusqu'en 1937 avec Count your dead »; les dé· négations de The Jews Are They Human et de The Hitler Cult au moment où éclatait la guerre ne me semblent ni recevables ni dénuées d'équivoque, et je donne raison aux collaborateurs d'Agenda de n'avoir pas entrepris de les discuter. Une controverse serait vaine : nous accordant sur le génie de Lewis, M. Lafourcade a le droit d'être en désaccord avec le fond de mon article. Serge Fauchereau

et pour toutes les autres compétitions. Il peut arriver, certes, tous deux risquent autant, attendent avec le même espoir insensé que le public des stades, ayant mis taus ses espoirs dans un la victoire, ·avec la même terreur indicible la défaite. Athlète, soit ~articulièrement déçu par la médiocrité de sa perforLa mise en pratique de cette politique audacieuse a abouti à mance et e /vienne à l'assaillir, généralement en le bombardant à toute une série de mesures discriminatoires que l'on peut, grossiè· coup de illoux ou de projectiles divers, fragments de mâchefer, rement, classer en deux groupes principaux: les premières, que débris acier, culs de bouteilles, dont certains peuvent se révéler l'on pourrait appeler officielles, sont annoncées au début des ext~emement dangereux. Mais, la ~Iupart du temps, les Organisaréunions; elles consistent généralement en des handicaps, posi.téurs s'opposent à de telles voies de fé!it et interviennent pour tifs ou négatifs, qui sont imposés, soit ~ des Athlètes, soit à des protéger la vie des Athlètes menacés. équipes, soit même, parfois, à tout un village. Ainsi, par exemple, Mais l'inégalité des traitements réservés aux vainqueurs et aux lors d'une rencontre W contre Nord-Ouest W (c'est-à-dire une renvaincus n'est pas, loin de là, le seul exemple d'une injÜstice systé- contre de sélection), l'équipe du 400 m W (Hogarth, Moreau et matique dans la vie W: Ce qui fait toute l'originalité de W, ce qui Perkins) peut avoir à courir 420 m, alors que l'équipe Nord-Ouest W donne aux compétitions ce piment unique qui fait qu'elles ne res(Friedrich, Russell, De Souza) n'en aura que 380. Ou bien,. dans semblent à aucune autre, c'est que, précisément, l'impartialité des les Spartakiades par exemple, tous les concurrents d;Ouest-W résultats proclamés, dont les Juges, les Arbitres et les Chrono~ seront pénalisés de 5 points. Ou bien encore, le 3" lanceur de poids métreurs sont, dans l'ordre respec~if de leurs responsabilités, les de Nord-W (Shanzer) aura droit à un essai supplémentaire. . implacables garants, y est fondée sur une injustice organisée, Les secondes mesures sont imprévis!bles; elles sont laissées fondamentale, élémentaire, qui, dès le départ, instaure parmi les à la fantaisie des Organisateurs, et particulièrement des Direcparticipants d'une course ou d'un concours une discrimination qui teurs de Courses. Le public peut également, mais dans une bien moindre mesure, y participer. L'idée générale est d'introduire dans sera le plus souvent décisive. Cette disçrimination institutionnelle est l'expression d'une poli- une course ou dans un concours, des éléments perturbateurs qui, tique consciente et rigoureuse. Si l'impression dominante que l'on tantôt, minimiseront les effets des handicaps de départ et, tantôt, retire du spectacle d'une course est celle d'une totale injustice, les accentueront. C'est dans cet esprit que les haies des courses c'est que les Officiels ne sont pas opposés à l'injustice. Au contrai- d'obstacles sont parfois légèrement déplacées pour un des concurre, ils pensent qu'elle est le fermel1t le plus efficace de la lutte rents, ce qui lui interdit de les franchir dans la foulée et l'oblige et qu'un Athlète ulcéré, révolté par l'arbitraire des décisions, par à un piétement qui s'avère souvent désastreux pour sa perforl'iniquité des arbitrages, par les abus de pouvoir, les empiètements, mance. Ou bien, au plus fort d'une course, un arbitre fallacieux le favoritisme presque exagéré ·dont font preuve à tout instant les peut parfois crier STOP: les concurrents doivent alors s'immobi· juges, sera cent fois plus combattif qU'1J1 Athlète persuadé qu'il - liser, se figer en plein élan dans une posture généralement insupportable et c'est celui qui tiendra le plus longtemps qui sera proa mérité sa défaite. Il faut que même le meilleur ne soit pas sûr de gagner; il faut clamé vainqueur. que même le plus faible ne. soit pas sfr de perdre. Il faut que (à suivre) La Q';iw:a~ne littéraire, du 1" au 15 avril 1970

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• Livres publies du 20 .L'~ xeVrler au 5 Dlars _ _ _1IIIIIIII

aOMAIiS r&AliçAIS François Augléras Un voyage au Mont Athos Flammarion, 288 p.,

Robert Lebel L'olseeu caramel Soleil Noir, 180 p., 17,90 F Quinze nouvelles fantastiques.

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. Une sorte de « roman-feuilleton 1970 -, dont les personnages sont des • antl-héros - type de notre temps.

par L. Sauzay Stock, 296 p., 26 F Par l'auteur de • Sparkenbroke -, un roman-document paru en 1919 et interdit alors par l'Amirauté britannique.

• Loys Masson Des bouteilles Matho Voltolln dans les yeux L'arc-en-clel Par l'auteur du Précédé de • Esquisse suivi de • Vieillard et l'enfant• Vouk Voutcho d'un portrait de L'école des Mantes Les voleurs de feu (Minuit) et Loys Masson -, par 320 p., 20 F Julliard, Traduit du d' • Une adolescence Claude Roy Un roman qui a pour serbo-croate au temps du Laffont, 368 p., 20 F thème l'absurde de par V. Balvanovlc Maréchal - (Bourgols). Sept nouvelles la vie quotidienne et et J.-L. Faivre d'Arcier posthumes par la nostalgie. des Seuil, 240 p., 18 F Alain Bosquet l'écrivain récemment paradis perdus. Premier roman: la L'amour à disparu. chronique légendaire deux têtes . d'un petit village • F. Xenakis Grasset, 208 p., 16 F des Balkans au R. Minoret Elle lui dirait Le roman d'amour de XVIe siècle. D. Vezolles dans l'ile deux intellectuels que La fuite en Chine Laffont, 104 p., 12 F tout sépare hormis Ch. Bourgois, 160 p., Un court récit Thomas Wiseman une commune quête 15,40 F fortement marqué Le mort et le vif de la fraîcheur. Un roman-cigogne qui par l'actualité et qui Trad. de l'anglais tient de l'Idéogramme évoque un univers par Jean Autret Bernard Clavel et du jeu d'échecs. concentrationnaire Stock, 384 p., 28 F. Le tambour du bief à la mesure de notre Un roman qui a pour Laffont, 336 p., 18 F temps. cadre Vienne, des Philippe Niteroy Par le Prix Goncourt années 25 Naissances vénitiennes 1968 (voir le n° 62 à l'occupation nazie Julliard, 272 p., 20,40 F de la Quinzaine). et à la défaite. ROMAIiS. Premier roman: un • TRAIiGBRS homme et une femme Nablle Farès dans Venise, à la Vahla, pas de chance poursuite de leurs PO*SI. .Ferreira de Castro Seuil, 160 p., 16 F illusions. Mourir peut-être Le premier roman Trad. du portugais d'un jeune Algérien: Alain Bosquet M. Planchon par G. Tavarès-Bastos une éducation 100 notes pour Acajou Grasset, 312 p., 24 F sentimentale à Paris, une solitude Laffont, 304 p., 18 F Le récit d'une à la fols en marge Gallimard, 112 p., 19 F. Un roman qui a pour expédition ethnologique et dans la révolution cadr la forêt du au cœur de la algérienne. Sud-Camerounais. • selva - brésilienne. Jean-Pierre Gaxie Graffites Annette Ferrière Seuil, 160 p., 16 F. Jacques Robert P.J. Farmer Le squelette Vingt-cinq textes La dragée haute Ose de Kazan d'un jeune écrivain Julliard, 288 p., 20 F Trad. de l'américain Premier roman: sur l'enfance, les La fascination par P. Versins et l'entrée dans la vie souvenir, l'énigme de l'amour impossible. M, Renaud d'une jeune fille de notre présence Laffont, 224 p., 15 F de 20 ans, pendant au monde et des mots Un nouveau roman les années 50. Roger Rudigoz qui tentent de de science-fiction Armande ou le roman la cerner. dans la collection Julliard, 224 p., 15,40 F Anne Germain • Ailleurs et demain-. Pour écrire un roman, Un amour • Miodrag Pavlovitch un homme réunit des fantastique La voix sous la pierre amis dont il veut faire • William Gass Elisabeth Traduit du serbo-croate ses personnages mais Au cœur du cœur Marescot éd., et préfacé par ceux-ci se prennent de ce pays lithographie de • Robert Marteau au jeu ... Trad. de l'américain Léonor Fini Gallimard, 184 p., par Elisabeth Janvier 340 p., 24 F 14,75 F. Coll. • Pavillons Un roman Simone Salgas Laffont, 296 p., 20 F mi-fantastique, La toupie Un recueil de mi-policier qui sera Claude Pélleu Julliard, 256 p., 18,40 F nouvelles dans bier.ltôt adapté Ce que dit la bouche Le jeu des forces la tradition • pour l'écran. d'ombre dans le de vie et des forces de Faulkner. bronze.étolle de mort. d'une tête, Alain Guérin suivi de Dernière William Malliol Compléments Denys Viat minute électrifiée Un tueur en enfer au portrait Le cœur en Soleil Noir, 172 p., Trad. de l'anglais d'Anita G. bandoulière 14,90 F. par J. G. Chauffeteau Ch. Bourgols, 136 p., Gallimard, 144 p., Stock, 246 p., 28 F 15,40 F 11,75 F L'épopée dérisoire Par l'auteur du Une premier roman Jean Pérol d'un «Marine -, dans • Général Gris - et à travers lequel Ruptures l'enfer de la guerre de de «Un bon départ-. affleure la nostalgie Gallimard, 168 p., Corée. d'une nouvelle forme 21,25 F. W. Bradford Hule de romantisme. Les hommes du Klan Charles Morgan Julliard, 480 p., 25,50 F François Vigouroux Le carré • Vasko Popa Un roman-document La nuit, les miroirs Le ciel secondaire des Midships sur le Klu-Klux-Klan. Ch. Bourgols, 368 p., Trad. de l'anglais Adapté du serbo-croate 18

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et préfacé par A. Bosquet Gallimard, 140 p., 15,75

F.

Guillaume Apollinaire Les onze mille verges L'Or du Temps, 226 p., 24,50 F. Georges Bernanos La France contre les robots Plon, 320 p., 22,50 F. Nouvelle édition augmentée de nombreux Inédits. Pouchkine La Dame de Pique et autres nouvelles Traduction et notes de Jean Savant Introduction, chronologie, bibliographie par Gilbert Sigaux Garnier, 368 p. 9,95 F.

BIOGRA.HIES T. Quinn Curtiss Erich von Stroheim Préface de René Clair France-Empire, 300 p., 19,40 F Une biographie complète, par le critique dramatique de • L'International Herald Tribune -. L. Gabriel-Robinet Une vie de journaliste Grasset, 240 p., 22 F Souvenirs et réflexions par l'actuel directeur du • Figaro -. Marcel Jouhandeau Gallimard, 144 p., La Possession Journaliers XIV 11,75

F.

Phllllp Knlghtley Colin Simpson Les vies secrètes de Lawrence d'Arable Trad. de l'anglais par P. et R. Olcina 16 p. de photos Laffont, 416 p., 28 F Une biographie très complète, appuyée sur des d.ocuments inédits, et notamment sur les archives personnelles de Lawrence. Jules Moch Rencontres avec Léon Blum Plon, 384 p., 27,50 F A l'occasion du vlngt-einqulème anniversaire de la mort de Léon Blum. Jean de Pange Journal, tome III Grasset, 480 p., 32 F Souvenirs des années 1934, 1935 et 1936. Bertrand Russell Autobiographie III (1944-1967) Traduit de l'anglais par M. Berveiller Stock, 296 p., 27 F Voir les nO' 32 et 86 de la Quinzaine.

caITU.U. HISTOIR. LITT.RAIR. Roger Ayrault Genèse du romantisme allemand Àubier-Montaigne, 576 p., 49 F L'évolution de ce mouvement littéraire et philosophique sous l'égide de F. Schlegel, de Novalis, de Schleirmacher et de Schelling. Jacques Bergier Admirations Ch. Bourgois, 320 p., 20,40

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Alexandre Herzen Un essai critique sur Lettres inédites dix écrivains à sa fille Olga fantastiques, pour Introduction et notes la plupart totalement par A. Zviguilsky inconnus en France. Publié avec le concours du C.N.R.S. 12 pl. et 2 fac-simile • Jacques Brenner de lettres hors-texte Les critiques Librairie des dramatiques Cinq Continents, 91 p., Flammarion, 264 p., 19,60

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Une correspondance inédite, qui éclaire certains aspects du révolutionnaire méconnu russe.

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La petite histoire de la critique dramatique en France, depuis la querelle du Cid jusqu'à nos jours.


J.-J. Brochier Albert Camus, philosophe pour classes terminales A. Balland, 180 p., 15 F Albert Camus en question.

Seuil, 320 p., 25 F Un recueil d'essais sémiotiques par un professeur de "Ecole Pratique des Hautes Etudes dont les travaux en ce domaine font autorité.

• Alfred Willener l'image-actlon de la société ou la politisation culturelle Seuil, 352 p., 25 F Une étude étayée sur l'expérience de mai 68 et où l'auteur analyse l'impact des nouvelles forces culturelles sur le corps social

de la guerre libératrice au • règne " de Paoli et à son intégration progressive à la France.

résistance des Juifs en France, de 1939 à 1945.

• Alexandre Dubcek Du printemps à l'hiver de Prague Préface de M. Tatu Coll. • En toute Jean Matrat liberté" Claude Dervenn Olivier Cromwell Fayard. 236 p., 25 F Secrets et gloires Hachette, 256 p., 24,50 F 14 discours du Morbihan Les grandes luttes sur la réalité France-Empire, religieuses tchécoslovaque, Contes arabes 400 p., 21,95 F et politiques éclairés par un portrait du Maghreb Les grandes heures dont Cromwell de Dubcek Recueillis, traduits et les grands héros fut l'arbitre. dû à l'erivoyé spécial et annotés par de cette province BSSA.IS du • Monde " pendant J. Scelles-Mil lie - - - - : . . - - - - - - • Nefissa Zerdoumi mystique et aventurière. • L ' S· toute cette période. uClen tem berg Maisonneuve & Larose Enfants d'hier les Juifs contre Hitler éd., 336 p., 24 F Préface de Jean Descola La tradition orale, Fayard, 600 p., 35 F .Jean-Paul Courthéoux Maxime Rodinson • Roger Garaudy les grandes heures aujourd'hui menacée, Une étude d'ensemble Attitudes collectives Maspero, 304 p., 18,10 F Toute la vérité de l'Espagne d'une civilisation sur la résistance juive et croissance Une Algérienne nous Grasset 200 p., 12 F Librairie Académique pleine de sagesse dans toute l'Europe économique parle des problèmes Un ouvrage de réflexion Perrin, 354 p., 27,50 F et de psychologie. occupée. Préface d'André Piatier d'éducation en pays de sur la situation Un pélerlnage à Librairie M. Rivière, tradition musulmane. du communisme travers l'histoire 240 p., 20 F en France de l'Espagne. G. Zlnk, M. Gravier, Les réactions du corps et dans le monde POLITIQUB M. Grappin, H. Piard social face et sur les perspectives .CONOMIB SCIE.NCES et C. David aux problèmes François G. Dreyfus d'un • renouveau Littérature allemande d'information, Histoires profond " du P.C. de F. Mossé de planification des Allemagnes .Andrei Amalrik Atlas de biologie Aubier-Montaigne, et de répartition 15 figures l'Union Soviétique Ouvrage collectif .Bernard Granotier 1180 p., 57 F A. Colin, 496 p., 37 F survivra-t-elle en 1984 480 pl. et schémas les travailleurs Réédition entièrement Une étude historique Préface d'A. Besançon en couleurs immigrés en France remise à jour et très complète, Fayard, 128 p., 15 F Stock, 588 p., 33 F .Fernand Deligny Maspero, 276 p., 18,10 F augmentée d'un augmentée de Un pamphlet corrosif, Sous la forme d'un les vagabonds Une étude d'ensemble chapitre sur les grands documents en écrit par un Soviétique index de 8.000 mots, efficaces et autres à travers laquelle courants littéraires allemand. et parvenu en Europe un panorama complet récits l'auteur tente des dernières années. occidentale par des Maspero, 184 p., 14,80 F de l'organisation de de définir le sens voies clandestines. la vie. L'expérience d'un • Hubert Gerbeau de l'immigration au sein éducateur, '3pécialiste les esclaves noirs de la société capitaliste • Jean-Charles Payen de la rééducation Coll. • R " française. Samir Amin Konrad Lorenz Littérature française des jeunes délinquants. Balland, 164 p., 15 F C. Coquery-Yidrovitch Tous les chiens, le Moyen Age L'histoire de Histoire économique tous les chats Tome 1 Olivier Guichard l'esclavage, de ses du Congo - 1880-1968 Flammarion, 272 p., 18 F Des origines à 1300 l'éducation nouvelle révoltes absolues et Jean Dutourd 3 cartes Par l'auteur de 65 photos Plon, 124 p., 12,30 F l'école des jocrisses de ses répressions Anthropos, 210 p., • L'agression " et de Arthaud, 380 p., 38 F Le point de vue effroyables. Flammarion, 20,60 F • Il parlait avec Un nouveau volume du ministre 224 p., 16 F Les origines d'un les mammifères, de la collection de l'Education nationale. Un essai très personnel sous-développement les oiseaux • Nouvelle histoire W. D. Henderson sur ce que l'auteur dû en grande partie et les poissons " de la littérature la révolution appelle • la bêtise aux déséquilibres • Morvan Lebesque (voir le n°. 68 de française", dirigée Industrielle contemporaine ". structurels massifs Comment peut-on être la Quinzaine). par Claude Pichois. Coll. • Histoire hérités Breton? Essai sur illustrée de l'Europe" du passé colonial. la démocratie Flammarion, 215 p., Desmond Morris française Bernard Eliade 13,47 F le zoo humain Philippe Yen Tieghem Seuil, 240 p., 18.F l'école ouverte Les origines de Jean Barets Trad. de l'anglais Dictionnaire de Les nationalismes Seuil, 256 p., 18 F cette révolution, son la politique par J. Rosenthal Victor Hugo provinciaux et, Par un jeune déroulement et en révolution Grasset, 296 p., 22 F Nombr; illustrations de façon générale, professeur, un plan ses conséquences. Laffont, 224 p., 15 JE Larousse, 256 p., 9,70 F Par l'auteur du l'idée nationale d'action concret Par le président du Collection • Singe nu " pour un Français en faveur d'une mouvement (voir le n° 59 de • Dictionnaires de Jon Kimche d'aujourd'hui. éducation réellement c Technique et la Quinzaine). l'homme du 1939 populaire Démocratie ". xx· siècle". la bataille escamotée et permanente • Ricardo Ramirez les Allemands Alain Profit lettres du front (Comment Gilbert Caty Structure et guatémaltèque ont gagné la bataille l'Europe technologique technologie . Trad. de l'espagnol J.-C. Pichon de France avant de A. Colin/U 2 PBILOSOPBIB Maspero, 224 p., 9,50 F des ordinateurs Nostradamus la livrer) Etude des diverses LINGUISTIQUB A. Colin, 512 p., 58 F Par un vétéran en clair Fayard, 224 p., 16 F tentatives qui ont visé Laffont, 344 p., 18 F Introduction de la guérilla, Les coulisses de à élaborer une Coll. • Enigmes de un ensembJe de textes à l'informatique la politique anglaise politique sur la pratique l'Univers ". • Gérard Granel et française, fondée scientifique révolutionnaire l'équivoque ontologique moins sur l'ignorance européenne. en Amérique latine. de la pensée kantienne des forces en présence BISTOIRB Gallimard, 192 p., 22 F que sur l'irrésolution. Dominique Pire A. Teissier du Cros • Gérard Chaliand Une nouvelle lecture Vivre nu mourir J..J. Thiébault la résistance de la • Critique de ensemble le courage palestlenne • Anny latour la Raison pure", à la Paul Arrighi Choix réalisé, introduit de diriger Coll. c Combats • lumière de Heidegger la résistance la vie quotidienne et commenté par Coll. c Usine nouvelle " Seuil, 192 p., 15 F juive en France et des recherches en Corse au R. Yan der Elst Laffont, 344 p., 18 F Un document de de la métaphysique 18 illustrations XVIII" siècle Alsatia, 512 p., 39 F le premier d'une série première main Stick, 320· p., 28 F actuelle. Hachette, 288 p., Les écrits de dossiers qui seront sur l'enjeu Un document de 17,50 F et conférences consacrés et les modalités première main sur Un grand moment prononcées par le Prix au management du combat l'histoire du dB l'histoire Nobel de la Paix Julien Greimas français. des c fedayin ". mouvement de dft la Corse : entre 1958 et 1968. Du sens

La Quinzaine littéraire, du 1" au 15 avril 1970


Livres publiés du 20 février .u 5 mars 1970

• •LIGION Robert Capelle Dix-huIt ans auprès du roi Léopold Fayard, 416 p., 40 F Par l'ancien secrétaire du ·roi Léopold un document. qui éclalr9 bien des aspects de la neutralité belge et de la capitulation de la Belgique en mai 1940. Michel dei Castillo Les écrous de la haine Julliard, 320 p., 20,40 F Réflexion autour d'une enquête précise et détaillée sur l'affaire Ga~rlelle Russier. • Madeleine Chapsal Michèle Manceaux Les professeu~ pourquoi faire? Seuil, 192 p., 16 F Un bilan explosif de l'expérience Faure, à travers une enquête menée auprès d'un certain nombre de professeurs en vue.

Jacques Duquesne Dieu pour l'homme d'aujourd'hui Grasset, 312 p., 21 F Un panorama des croyances, des incroyances et des refus des hommes d'aujourd'hui. Bernard Fay L'église de Judas Plon, 192 p., 12,30 F Un pamphlet violent contre l'Eglise. Rene Laurentin Le Synode permanent Seuil, 256 p., 19,50 F, Le bilan du Synode extraordinaire d'octobre 1969. André Manaranche Franc parler pour notre temps Seuil, 176 p., 16 F Les réflexions d'un chrétien d'aujourd'hui sur la dévaluation actuelle de la pensée croyante.

un des grands théologiens de la lignée augustlenne.

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Denise Aimé-Azan La passion de Géricault 16 p. hors-texte Fayard, 384 p.• 40 F Une étude de l'homme et aussi de l'œuvre, replacée dans le climat de son époque et les divers courants de la peinture. Buffet Lithographies 1952-1966

Préface de G. Simenon Texte de Fernand Mourlot en coul. et 4 en noir 62 reproductions 11 Iitographies originales en couleur Trinckvel, 200 F. Denys Chevalier Maillol Flammarion, 96 p., 17,32 F

Alexei Leonov Piéton de l'espace Traduit du russe 18 illustrations Stock, 216 p., 25 F Les souvenirs du cosmonaute soviétique qui prit part au vol de • Voshod 2 -. • Gabrielle Russier · Lettres de prison, précédé de .Pour Gabrielle, par Raymond Jean Seuil, 160 p., 13 F 36 lettres qui constituent un document littéraire et humain bouleversant. Lawrence Schiller Les assassins de Sharon Tate Trad. de l'américain 20 Illustrations Stock, 140 p., 15 F La confession d'une des protagonistes de cette triste affaire qui défraya récemment la chronique. . Andrew Tully .Les super-espions Trad. de l'américain Stock, 256 p., 25 F L'hisJoire des services secrets américains ainsi qu'une analyse détaillée de leurs structures et de leur .fonctionnement. ·30

Pierre Plerrard . Juifs et catholiques français Fayard, 336 p., 30 F Une étude d'ensemble sur les relations' entre Juifs et catholiques français, de Drumont à nos jours.

L'art d'Aristide Maillol et sa place dans la statuaire contemporaine. Waldemar George Le monde Imaginaire de Marcel Delmotte 166 reproductions Trinckvel, 264 p., 200 F Une étude approfondie de l'œuvre du grand peintre belge.

Karl Riihner Herbert Vorgrimler Petit dictionnaire de théologie catholique • Roger Passeron Trad. de l'allemand L'œuvre gravé de par P. Démann et Michel Ciry M. Vidal 1955-1963 Préface d'A. Dunoyer Seuil, 512 p., 25 F Deux théologiens de Segonzac 130 gravures expliquent, analysent et situent les termes Bibliothèque des Arts, dans lesquels la foi tirage limité, 186 F. chrétienne s'est exprimée des origines Roger Passeron jusqu'à nos jours. La gravure française au siècle Robert Sailley 32 ili. en couleur, Shrï Aurobindo, 32 ill. en noir 40 portraits d'artistes philosophe du yoga intégral Bibliothèque des Arts, Maisonneuve et 180 p., 124 F Larose éd., 212 p., 28 F L'œuvre des grands Une monographie maîtres contemporains claire et très complète de l'estampe, de la doctrine de Renoir à Buffet, du célèbre yogi de en passant par Pondichéry. Lautrec, Roussel, Picasso, Segonzac, Lorjou, etc. Philippe Sellier Pascal et Saint Augustin Denis Rouard A. Colin, 656 p., 95 F Edouard Manet Thèse: Pascal 64 pl. en couleurs considéré comme' 500 ili. en noir

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• Classiques de l'art ~ Flammarion, 128 p., 22 F Le panorama complet de l'œuvre du peintre. E. Solms-Laubach Le cavalier dans l'art 84 pl. en noir et en couleurs Bibliothèque des Arts, 222 p., 124 F L'histoire du cheval et de l'homme depuis Jes temps préhistoriques jusqu'à nos jours, à travers les plus belles œuvres des musées et des collections européennes. Cyrille Zdanévltch Niko Plrosmanl Trad. du russe par L. Delft et V. Varzi Gallimard, 244 p., 19,50

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Par un peintre soviétique, une étude biographique sur ce peintre autodidacte dont il fut l'ami de 1912 à sa mort, en 1918.

Coll. • Monde et voyages 400 ili. en noir et en couleurs Larousse, 160 p., 32 F Une encyclopédie historique, culturelle et touristique. Raymond Oliver Cuisine Insolite III. de Mose Trlnckvel, 80 p., 90 F Un guide culinaire qui ne manque pas de sel.

Livres de poche LITT.aATua.

TB*ATBB CINBMA Calderon Le magicien prodigieux Introduction, traduction et notes par B. Sesé Edition bilingue Aubier-Montaigne, 288 p., 18 F. René Ehni Théâtre \1 : L'amie Rose' Théâtre III : Eugénie Kopronlme; Super-positions Ch. Bourgois, 2 voL, 160 p., 15 F Voir le n° 59 de la Oulnzal·ne.

Akinari Contes de pluie et de lune Préface de René Sieffert Livre de Poche

La Russie . Union des Républiques Socialistes Soviétiques

Michel Zevaco Les Pardaillan L'épopée d'amour La Fausta Fausta vaincue Pardaillan et Fausta Les amours de Chlco (6 volumes) Livre de Poche.

Eugène Ionesco Jeux de massacre Gallimard/Manteau d'Arlequin Une nouvelle pièce d'Ionesco, qui vient d'être créée en Allemagne. Jean Louvet A bientôt, M. Lang Monsieur Lang Seuil /Théâtre Une joyeuse mise à sac des compromissions de l'intellectuel de gauche intégré à la société qu'il conteste. Jean Thévenin

A.J. Cronin La tombe du Croisé Livre de Poche Elisabeth Goudge

La nll6e qui chMte Livre de t'oche.

Ernest Hemingway Les vertes collines d'Afrique Livre de Poche. J. de La Varende L'homme aux gants de toile Livre de Poche.

Henri.lsenbart E.M. Buhrer Le royaume du cheval Traduction française d'E. Servan·Schreiber 200 iII. en couleur 750 iII. en noi r et blanc Bibliothèque des Arts, 304 p., 142 F Un ouvrage exhaustif et somptueusement Illustré sur l'art équestre.

Tolstoï Récits Préface de Gaëtan Picon Livre de Poche.

Henry de Montherlant Fils de personne, suivi de Un Incompris Livre de Poche. Louis Pauwels Saint Quelqu'un Préface de Veraldl Livre de Poche. E.M. Remarque Les camarades Livre de Poche. M. de Saint-Pierre

Ce monde ancien Livre de Poche.

Octobre à Angoulime Gallimard/Manteau d'Arlequin Mi-poèrrie dramatique, mi-farce politique, une pièce qui a le ton des fabliaux.

Elie Faure Regards sur la terre promise Laffont/Libertés C. Wright Mills Les cols blancs Essai sur les classes moyennes américaines Seuil/POints Voir le n° 16 de la Quinzaine. Jeafl-Pierre Richard Littérature et sensation Stendhal • Flaubert Seuil/Points.

INÉDITS Viviane Alleton L'écriture chJnoIse Que sais-je?


Bilan de mars Louis Gernet André Boulanger Le génie grec dans la religion A. Michel/L'évolution de l'humanité De la religion de l'époque classique à l'épanouissement de la philosophie à l'époque hellénistique.

Jean·Marie Benoist Marx est mort Gallimard/Idées Une nouvelle lecture de Marx, basée sur une analyse de sa situation dans le champ du discours révolutionnaire contemporain. Claude Bruaire .$chelling Seghers/Philosophes de tous les temps, Un grand philosophe allemand (1775-1954), précurseur de Hegel et toujours actuel.

P.Grelot Le couple humain dans l'Ecriture Foi Vivante La sexualité humaine' selon la doctrine de la Bible. Alain Guillerm Le luxembourgisme aujourd'hui Spartacus éd. L'opposition entre Rosa Luxemburg et Lénine : une étude d'ensemble qui éclaire singulièrement le conflit actuel entre gauchistes et communistes.

J.-N. Chapulut J. Prébault J. Pellegrin Le marché des transports Seuil/Société Une étude d'ensemble. par trois jeunes ingénieurs des Ponts et Chaussées. Jean-Marle Cotteret Claude Emeri Les systèmes électoraux Que sais-je?

Pierre Guiraud La versification Que sais-je? Avram Hayll Newton Seghers/Savants du monde entier Une étude biographique et scientifique

Hélène Deutsch Problèmes de l'adolescence (La formation de groupes) Petite Bibliothèque Payot Les phénomènes ç1e groupes, enquête et réflexion d'une psychanalyste.

Karl Jaspers Essais philosophiques Petite Bibliothèque Payot Le célèbre philosophe face aux problèmes essentiels de notre temps.

Jacques Dournes Au plus près des plus loin Foi Vivante Le chrétien et la civilisation occidentale.

Bernard Lambert Les paysans dans la lutte des classes Préface de Michel Rocard Seuil/Politique Par le leader des paysans de l'Ouest

René .Dumont Cuba est·1I socialiste? Seuil/Politique Un document de première main sur la réalité cubaine; une sévère mais fraternelle critique.

Marc Oraison Une morale pour notre temps Seuil/Livre de Vie Les fondements de la morale 'chrétienne, à la lumière de la critique radicale qu'ont apporté en ce domaine, depuis Freud, les sciences humaines.

H. Duval, P.V. LeblancDechoisay et P. Mindu Référendum et plébisèite A. Colln/U2 Un dossier qui tend à démontrer l'Illusion du gouvernement direct.

Karl Rahner Herbert Vorgrlmler Petit dictionnaire

Marcel Févre

La chirurgie Infantile

Oue sais-je?

La Quinzaine littéraire, du

r

au 15 avril 1970

de théologie catholique Seuil/Livre de Vie. René Schérer Charles Fourier Seghers Philosophes de tous les temps. Une étude biographique et critique sur , le • père de la révolution culturelle" Christian Pons Richardson et Fielding A. Colin/U 2 Deux romans du XVIII' siècle anglais: • Pamela ", par' Richardson et .'Joseph Andrews", par Fielding.

L. Pougatch-Zalcman Les enfants de Vilna Casterman/E 3 La chronique ct'une expérience pédagogique menée, avant le nazisme, dans un jardin d'enfants pilote polonais. Etienne Souriau ,Clefs pour l'esthétique Seghers/Clefs Les idées·forces, les Çlrandes tendances et les problèmes de l'esthétique actuelle. Pierre Souyri Le marxisme après Marx Flammarion/ Ouestlons d'histoire Les différents courants de l'idéologie marxiste 'aujourd'hui, et leurs apports théoriques. Jean Stelnmann Job, témoin de la souffrance humaine Foi Vivante Une exégèse de l'un des plus admirables poèmes de toute la litérature, replacé dans la pensé,e religieuse d'Israël. Claude Thirriot Didier Bellet La magnétohydrodynamique Oue sais-je? Vasarely Plasticité Casterman/ Mutations-Orientations Un choix des écrits et des manifestes de Vasarely en faveur d'un art scientifique et social.

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Quinzaine littéraire n°92