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A tous ceux qui pensent que la culture doit rester libre et indépendante.

Des Montreuillois engagés dans le Collectif Indépendant des Spectateurs du Méliès (C-ISM) glissent des tracts pour la défense du cinéma dans le programme officiel du Méliès.

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Avant-propos à la seconde édition

La première édition du Mélièsez-vous a connu un succès que jamais nous n’aurions osé imaginer. Vendue à plus de 500 exemplaires, diffusée à flux tendu, nous avons parfois dû en réimprimer au cœur de la nuit pour répondre à l’engouement général. Certains nous ont confié en garder toujours un exemplaire sur eux « au cas où il nous manquerait un argument quand nous en discutons autour de nous ». Le livret est allé jusqu’au bureau de la Ministre de la Culture, Madame Aurélie Filippetti, qui nous a récemment confirmé en avoir pris connaissance. Des journalistes réputés nous ont contactés pour en obtenir un exemplaire. Il faut s’en réjouir car cela signifie que les informations sur la crise du cinéma Méliès ont été largement diffusées, et c’était précisément l’objectif du Mélièsez-vous. A ce titre, je voudrais vous raconter ce qui a été pour moi un des moments les plus émouvants dans la lutte pour la défense du cinéma Méliès : un dimanche matin, pendant le marché de la Croix de Chavaux, je vendais le livret sur une table devant le Bar du Marché. Trois personnes discutaient avec moi du Méliès. Un jeune homme est soudainement arrivé en criant « Ce livret est une honte, vous n’y faites que mentir ! ». Serein, je lui ai demandé de ne me citer ne serait-ce qu’un seul mensonge. Il a répondu : « Le trésor public a trouvé un détournement de fonds! ». Je m’apprêtais à lui expliquer qu’il se trompait et que ceci est pure invention de la Mairie, quand quelqu’un d’autre qui passait par là s’est arrêté et a répondu avant moi : « Pas du tout, vous confondez les différents types d’enquête », puis lui explique 2


pédagogiquement son erreur. Le jeune homme tente un autre angle d’attaque, mais cette fois-ci ce sont deux parents poussant un landau qui, attirés par la conversation, répondent. Puis petit à petit, au fil des tentatives du jeune homme, ce sont plus de 30 personnes qui se sont réunies autour de ma petite table pliante. J’observais la scène, épaté. Les citoyens défendaient eux-mêmes le cinéma, armés des arguments précis et factuels contenus dans le Mélièsez-vous. Ils l’avaient lu et ils s’en servaient pour se battre contre le mensonge et l’opacité. L’objectif était atteint. Cette seconde édition complète le texte de la première et raconte la suite de la lutte depuis février 2013 : fin de la grève, portée médiatique, occupation du cinéma, etc. Les aventures sont nombreuses. Afin d’éviter au lecteur de la première heure d’avoir à relire la première partie, nous avons mis une petite lune (☾) dans la marge pour indiquer qu’un complément a été introduit à cet endroit. La nouvelle partie commence à partir de la page 50. En écrivant cet ouvrage et en menant sur le terrain une lutte quasi-quotidienne, nous avons eu la chance et le plaisir de rencontrer de nombreuses personnes attachées à Montreuil et au cinéma : réalisateurs, acteurs, cameramen et autres professionnels du cinéma, mais aussi associations, historiens, juristes, journalistes, etc. qui tous ont quelque chose à raconter sur Montreuil et le cinéma. Nous tenons d’ailleurs à remercier toutes les personnes qui ont contribué à la parution de cet ouvrage, que ce soit dans les témoignages, dans la relecture, les conseils ou tout simplement pour leur soutien.

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« Montreuil et le cinéma » serait en effet un livre passionnant à écrire tant la ville est intimement liée à cet art. Et au printemps prochain, l’inauguration par une nouvelle équipe municipale du tant attendu cinéma Méliès, six salles au Cœur de Ville serait une excellente occasion pour une telle publication. Lors de cette inauguration, Stéphane Goudet ferait le discours introductif en tant que directeur artistique, avec son équipe au complet à ses côtés, de nouveau. Mais avant de fêter la victoire, il faut mener le combat.

Axel Norbelly, avec l’équipe culture de Ma Ville J’y Crois !

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Préface

Comme je l'ai dit le 16 février 2013 lors de la conférence de presse, j’éprouve une grande tristesse. Une grande tristesse qui génère une grande colère. La crise que traverse aujourd’hui le Méliès est insupportable. Ce cinéma municipal est un véritable trésor culturel comme on n’en voit de plus en plus rarement en France. C’est un trésor pour les spectateurs qui peuvent venir voir des films que le marché, la publicité et le pouvoir de l’argent ne nous imposent pas. C’est un trésor pour les réalisateurs et cinéastes qui peuvent venir à la rencontre d’un public cinéphile d’une très grande qualité lors de débats ou avant-premières. C’est un trésor pour les enfants qui profitent qu’un lieu d’une telle richesse leur soit facilement accessible. Ce cinéma rayonne à Montreuil et bien au-delà car en son cœur travaille une équipe de pédagogues, d’éducateurs, de passeurs de culture. Rire, pleurer, réfléchir, interroger le monde dans lequel nous vivons. Voilà ce qu’est le Méliès. Aujourd’hui ce bonheur est en train de disparaître. Alors qu’elle devrait porter ce lieu avec fierté, la municipalité a décidé de le détruire. Les premières tentatives de ces dernières années ont avorté. Mais cette fois-ci les coups sont d’une telle violence qu’on pourrait craindre que le lieu tombe par KO : licenciement du directeur artistique, réaffectation sous la contrainte à d’autres postes de deux régisseuses, non renouvellement de contrats… Pire, on essaye de nous faire croire que cette équipe est une bande de voleurs, d’escrocs. 5


Ceci, je ne le crois pas. C’est même impossible à croire. J’ai eu l’occasion à de très nombreuses reprises de travailler avec ces personnes, et ceci depuis très longtemps. Je connais leurs valeurs et je les partage. La véritable raison de cette casse organisée, c’est qu’ils ont vu arriver la fin de toute politique culturelle à Montreuil et qu’ils s’y sont opposés. Ils incarnent désormais un combat juste, un combat nécessaire pour notre République. La République ne peut exister que par la connaissance des questionnements du monde dans lequel nous vivons, connaissances qui sont partagées grâce à l’éducation et à la culture. Accepter que le monde marchand remette cela en cause, c’est accepter le repli, la régression, la division. Qu’une Mairie qui se prétend de gauche participe à un tel désastre ne fait que renforcer ma tristesse et ma colère. La lutte est importante. Pour la mener il faut que chacun en comprenne les enjeux. Contre le mensonge, il faut s’armer d’informations factuelles et précises. C’est précisément ce que contient Mélièsez-vous. En le lisant vous comprendrez facilement ce que certains ont voulu rendre inintelligible. Vous verrez clairement ce que certains ont présenté comme opaque. Vous sentirez l’urgence du combat et la beauté des valeurs qu’il défend.

Robert Guédiguian 1er Mai 2013

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« La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera » Victor Hugo

Il y a des moments dans la vie d’un homme, d’une femme ou d’une ville où le combat est nécessaire. Ces moments sont difficiles car ils remettent en cause chaque pensée, chaque acte. Le doute peut s’immiscer. Les forces peuvent se perdre. Arrive un temps où l’on n’est plus sûr de savoir sur quel chemin l’on marche. Mais une chose nous fait tenir. Notre certitude que ce combat est juste. Et plus la lutte s’intensifie, plus le point d’horizon brille. La voie s’éclaire davantage à chaque pas conquis, le doute est chassé. Notre détermination n’a d’égale que notre volonté de voir se lever, enfin, la vérité. C’est dans cette démarche que nous publions ce livret sur l’affaire du Cinéma Méliès qui agite la ville de Montreuil et bien audelà depuis plusieurs mois. De nombreux documents ont circulé : tracts, éditos et contre-éditos, articles de presse, blogs etc. Véritable saga à rebondissement, ces événements pourraient être lus comme un mauvais polar. Mais aujourd’hui des personnes sont dans une situation de grave souffrance, les montreuillois sont privés de leur cinéma et la grande fable est devenue insoutenable. Cela doit cesser.

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CE LIVRET A POUR OBJECTIF DE RASSEMBLER EN UN SEUL DOCUMENT :   

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Toutes les informations sur les multiples accusations de la municipalité en place contre le cinéma Méliès Les éléments concrets qui permettent de comprendre pourquoi ces accusations sont fausses L’inquiétude des Montreuillois et des professionnels du cinéma concernant l’avenir du cinéma Méliès et la mise en danger de la politique culturelle défendant un cinéma accessible à tous avec une programmation de qualité Les explications qui clarifient la stratégie utilisée par la Maire pour donner de l’autorité à ses positions: la réalité de l’« enquête » administrative etc. Les actions populaires et syndicales qui ont été menées jusqu’ici Les sources qui pourront être utiles au lecteur qui souhaite approfondir ou suivre ce combat… et même y participer ! Bonne lecture. Ceci n’est pas une fiction… Axel Norbelly avec l’équipe Culture de Ma Ville J’y Crois !

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LE CINEMA MELIES Bref historique Pour sortir d’une crise, il est souvent utile de connaître et de comprendre le cadre dans lequel elle apparaît. Voici quelques éléments :

Les origines Après une première carrière de prestidigitateur, Georges Méliès s’installe en 1895 à Montreuil et crée avec très peu de moyens le premier studio de cinéma du monde dans le jardin de la maison qu'il occupe. On l’appelle désormais « le mage de Montreuil ». 1

Son premier film, tourné en 1899 : « L’Affaire Dreyfus »… ! Au siècle suivant, des ciné-clubs prospèrent à Montreuil. Deux marquent l'histoire de la ville après la guerre : l'Etincelle, liée à l'Eglise catholique et le Méliès, animés notamment par un conseiller municipal, Lucien Karpel. Ces deux ciné-clubs survivent jusqu'à la fin des années 60.

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Pour ceux d’entre vous qui aimeraient (re)découvrir Georges Méliès, nous vous conseillons vivement son autobiographie peu connue, publiée aux éditions du Sonneur sous le titre La Vie et L’œuvre d’un pionnier du cinéma.

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☾La Maison Populaire C'est dans les années 70 que réapparaît une activité cinéma à l’initiative de la Maison Populaire et sous l’impulsion de la municipalité et de son service culturel créé après les élections municipales de 1965. Francis Gendron, directeur jusqu’en 1985, lance une programmation art et essai hebdomadaire dans la salle de spectacle de la Maison Populaire, puis plus tard au Théâtre Berthelot, les samedis. Des 35mm sont projetés dans des conditions de confort très éloignées de ce que l’on connaît aujourd’hui dans les cinémas. Et pourtant le succès est au rendez-vous. Lorsqu’Annie Agopian reprend la direction de la Maison Populaire, des cycles thématiques sont organisés (sur l’histoire du cinéma français, sur les films indiens etc.). Au début des années 80, ce sont 30 000 spectateurs qui fréquentent annuellement le cinéma. Parallèlement s’ouvrent trois salles UGC avec la création du centre commercial de la Croix de Chavaux en 1971.

Croix de Chavaux C'est dans les années 80 qu'UGC, considérant que ses salles ne sont pas rentables, décide de les fermer et de les vendre. La municipalité propose de les racheter en 1987 pour y transférer et élargir les activités qui se déroulaient à Berthelot. Après un débat houleux au sein du conseil municipal, il est décidé de racheter les salles et de les dédier exclusivement au cinéma art et essai.

☾ Il est alors

demandé à la Maison Populaire de restreindre son activité cinématographique pour la concentrer au Méliès. En revanche des ateliers et événements coproduits seront toujours organisés, comme 10


les Ecrans Philo, en partenariat avec le Collège International de Philosophie, qui fêteront bientôt leurs 10 ans.

L’association Afin de garantir l'autonomie de l'activité du cinéma au même titre que ce que la municipalité avait décidé pour la gestion de la Maison Populaire, une association est créée à laquelle les cinémas sont confiés. L'activité se développe et Le Méliès commence à être reconnu comme un lieu unique et de très grande qualité. De nombreux festivals et rencontres sont régulièrement organisés. L’association arrive à attirer aussi bien les cinéphiles exigeants que les spectateurs amateurs.

☾Dans

une interview du 18 novembre 2000 pour Libération,

Geneviève Houssaye, directrice du Cinéma, déclare : « Nous avons quasiment doublé la fréquentation en trois ans, avec 120 000 entrées. Petit à petit les Montreuillois ont repris goût à venir à pied au cinéma, ce qui est rare en banlieue ».

La municipalisation La fréquentation augmente fortement, tant et si bien que le cinéma tombe sous le coup de la législation régissant les activités de spectacle qui interdisait une gestion associative quand les recettes dépassaient un certain seuil. Ne pas appliquer la législation se serait traduit par l'interdiction préfectorale de verser la subvention d'équilibre que chaque année le conseil municipal votait dans son budget pour le fonctionnement du cinéma. Cela aurait entraîné l'arrêt du lieu dès le 1er janvier 2002. 11


Cette décision, conséquence de la mise en œuvre obligatoire de la législation, provoque alors beaucoup d'incompréhension et de colère, certains y voyant une volonté de la municipalité de s'ingérer dans la programmation. Pour rassurer les Montreuillois et pour s’assurer que le travail fait au cinéma restera d’excellence, il est proposé à la directrice des salles de l'époque de devenir agent municipal responsable du cinéma. Elle décline l’offre et c'est ainsi qu’est lancé un appel à candidatures.

☾Le Conseil du Cinéma Un Conseil du Cinéma local est également créé pour garantir l’indépendance du Méliès. Cette assemblée consultative réunit quatre collèges : élus et direction du cinéma, réalisateurs, enseignants et usagers. Se réunissant normalement 3 fois par an, le Conseil était l’occasion de parler des festivals en cours de préparation et de différents projets. C’est dans ce cadre privilégié que le projet du nouveau cinéma municipal de 6 salles voit le jour, courant 2006. Fortement appuyé par les réalisateurs et les autres collèges, le sujet est débattu avec passion pendant plusieurs mois.

☾Renc’Art au Méliès Au printemps 2002, afin que les usagers soient représentés au Conseil du Cinéma, Claire Pessin-Garic, à cette époque élue à la culture, propose la création d’une association qui siègera au Conseil du Cinéma. Sept personnes s’emparent de l’idée. C’est la naissance, en septembre 2002, de Renc’Art au Méliès. Le succès est immédiat, et en 12


quelques années le nombre d’adhérents atteint des records dans la ville avec jusqu’à 400 adhérents. L’objet de l’association est de défendre un cinéma municipal art et essai, accessible à tous. L’association, dans le cadre d’une convention signée en 2007 avec la Mairie, organise des séances spéciales au cinéma, reçoit officiellement des invitations pour ses adhérents ainsi qu’une subvention de 4000€ annuels (ramenés à 500€ lorsque Dominique Voynet arrive au pouvoir, puis à 1000€ devant le fort mécontentement ainsi provoqué).

L’arrivée de Stéphane Goudet Près de 80 postulants à la direction du Méliès se déclarent. Parmi eux, Stéphane Goudet. A son embauche, le Maire, Jean-Pierre Brard, prend en personne l'engagement de ne jamais faire d’ingérence dans la programmation. Quelques mois plus tard Stéphane Goudet est nommé directeur artistique lorsqu’il devient Maître de conférences à la Sorbonne. Le Méliès connaît un nouvel essor grâce au travail du nouveau directeur et de son équipe. La qualité de la programmation est reconnue nationalement, de multiples initiatives sont organisées pour attirer les publics peu habitués à aller au cinéma. Les débats avec les réalisateurs et les comédiens se multiplient et de très nombreuses avant-premières sont organisées. A Montreuil, c’est le festival de Cannes toute l’année.

Le Cœur de Ville et le nouveau Méliès Dans ce contexte, les élus et l’équipe du cinéma imaginent un nouveau lieu, plus grand et plus ambitieux, au cœur du nouveau 13


centre-ville en pleine élaboration. Le projet : passer de trois salles à six de manière à donner leur chance à plus de films refusés par les majors de la distribution, tout en gardant les films plus longtemps à l’affiche. Le projet comprend aussi une salle dédiée à l'enseignement du cinéma avec l'objectif de faire ouvrir une filière spécialisée au lycée Jean Jaurès comme cela avait été déjà obtenu pour le théâtre.

L’attaque d’UGC et MK2 A la surprise générale, UGC et MK2 déposent des recours pour concurrence déloyale contre la décision de la commission d'urbanisme commercial qui avait validé le projet. Sous l’impulsion de la municipalité d’union et du maire JeanPierre Brard, les amoureux du cinéma, les cinéastes, les écoles et l'ensemble de la population se mobilisent en masse pour défendre leur cinéma face aux deux majors. Les initiatives publiques sont multiples : articles de presse, manifestations devant des salles UGC et MK2. L’association Renc’Art au Méliès lance une pétition qui réunira plus de 20 000 signatures. Même le gouvernement prend la défense du Méliès à l’Assemblée Nationale. Le PDG des MK2, Marin Karmitz, se distingue en accablant le Maire sous les plaintes et en le poursuivant devant les tribunaux pour faire plier la ville et la faire renoncer à son projet de réalisation du nouveau Méliès.

Une vision de la culture Cette bataille d'une ampleur exceptionnelle pour une vision de la culture ouverte à tous sans la barrière de l'argent et contre les 14


intérêts mercantiles privés d'exploitants est interrompue par la nouvelle municipalité dès qu’elle est élue, en mars 2008.

Départ Croix de Chavaux de la manifestation organisée par la CGT le 19/01/13

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« Cela me déplaît. Pourquoi ? Parce que cela me dépasse ». Nietzsche

Le projet du nouveau Méliès stoppé net Une nouvelle équipe municipale arrive au pouvoir en 2008 avec à sa tête Dominique Voynet. Après avoir combattu violemment le projet de cœur de ville, la nouvelle Maire stoppe immédiatement les travaux et remet en cause l’ensemble du projet, y compris le cinéma et ses six salles. Comme plusieurs autres projets et associations populaires, le nouveau Méliès est victime de la volonté de Mme Voynet de remettre en cause tout ce qui a pu être initié par l’équipe précédente. Dans la presse elle déclare que le projet est « trop cher », « élitiste », et dans Le Monde du 07 juin 2012 que c’est un projet « bobo Montreuillois ». Le nouveau Méliès, elle n’en veut pas et n’en a jamais voulu, c’est officiel. Mais un cinéma d’art & essai avec trois labels et dont le rayonnement est national, ça ne s’escamote pas facilement. Mme Voynet engage alors une guerre acharnée contre le cinéma des Montreuillois. Les éléments qui suivent peuvent surprendre le lecteur et ils peuvent provoquer une réaction saine et naturelle : le refus de croire 16


que de telles pratiques sont possibles. Malheureusement, c’est pourtant vrai. Pour ne pas en appeler à la croyance du lecteur et pour rester uniquement dans le champ des arguments et des faits, nous étayerons par une source ou par une preuve chaque argument avancé dans ce livret. Nous en appelons donc à la raison et à la démonstration. De plus, nous sommes prêts à détailler chaque point et à répondre à chaque question que le lecteur voudra nous poser. Nos contacts complets se trouvent à la fin de ce livret. Reprenons le cours des événements.

Les accords secrets avec MK2 et UGC La nouvelle municipalité affiche donc publiquement son mépris pour le cinéma Méliès. Fort heureusement, ce dernier n’est plus associatif, car la simple coupe des subventions aurait pu suffire pour assécher les ressources du cinéma. Pour s’en débarrasser, il faut donc d’abord l’affaiblir. L’occasion se présente rapidement : le conflit avec MK2 et UGC. Madame Voynet décide alors de rencontrer les PDGs des deux entreprises seule et sans témoin. L’élu à la culture, à cette époque Daniel Chaize (qui depuis est devenu un opposant à Mme Voynet) est écarté du rendez-vous, tout comme la directrice des affaires culturelles. C’est un fait unique en son genre pour une négociation d’une telle importance. Un accord met fin à deux années de combats judiciaires très durs et extrêmement médiatisés. Quelles ont été les concessions et contreparties offertes par Mme Voynet à MK2 et UGC? Nul ne le sait, mais on peut penser qu’il ne s’agissait pas d’un simple sourire. Très 17


peu de temps après, des changements importants surviennent au cinéma. En voici trois:  

Les tarifs augmentent jusqu’à +30%, notamment sur les tickets jeune public ☾L’ingérence dans la programmation commence : la Mairie demande que tel film soit diffusé plutôt que tel autre: par exemple, on donne l'ordre de reprogrammer le documentaire Tous Coupables, de Jean-Paul Jaud, dans lequel plusieurs élus Europe Ecologie les Verts prêchent la bonne parole. ☾Il est évoqué une possible baisse de 50% du nombre d’entrées jeune public pour les centres aérés de la ville.

Seul problème : l’équipe du cinéma se montre très réticente à cette nouvelle politique qui remet en cause des années d’un travail inestimable auprès des Montreuillois, défendant un cinéma ouvert et accessible à tous, avec une programmation de qualité. Un désaccord prend peu à peu forme. Le directeur artistique, Stéphane Goudet, fait son possible pour protéger le Méliès tout en restant en dialogue avec la municipalité. Dominique Voynet semble croire qu’il est la pierre angulaire de la résistance au Méliès : s’il tombe, les autres tomberont aussi. Il devient donc l’homme à abattre. Les attaques ciblées contre lui commencent.

Maltraitance et souffrance au travail Début 2012, la Mairie lance une « enquête » administrative (nous aurons l’occasion de revenir sur ce que signifie réellement ce type d’enquête, très différente des vraies enquêtes judiciaires). La 18


cible : Stéphane Goudet. Le motif : il fait souffrir le personnel du cinéma. Le Monde du 07 juin 2012 revient sur cet épisode : « « Cette décision s'est imposée suite à l'alerte donnée par la médecine du travail, qui faisait état de la souffrance de quelques agents », nuance Dominique Voynet. Entre janvier et mars, dix-neuf agents du Méliès et de la mairie ont été auditionnés au terme d'une enquête administrative. Celui qui s'était plaint a été déplacé dans un autre service. (…) Goudet, un méchant ? Sur les quinze agents du Méliès, quatorze lui ont exprimé officiellement leur soutien. (…) Les partisans de Goudet, en particulier les cinéastes montreuillois qui suivent de près le dossier, livrent une autre version : ces derniers mois, la mairie a joué un jeu trouble et a tout fait pour décourager le patron du Méliès. » 2

Tout est dit : on accuse quelqu’un de maltraiter une équipe mais celle-ci réagit en affirmant haut et fort qu’il n’en est rien. L’équipe va même jusqu’à déposer un préavis de grève le 15 juin 2012 en soutien à Stéphane Goudet. La CGT Territoriale publie alors un tract : « Nous n’avons aujourd’hui pas d’autre choix que de signifier ainsi notre mal-être au travail pour que vous preniez enfin la mesure de notre parole. » Finalement, les résultats de l’ « enquête » administrative ne fournissent aucune preuve tangible. Il faut donc en inventer. C’est ainsi que Dominique Voynet, lors d’une réunion publique (le conseil du cinéma), fait la lecture d'un faux « rapport d'expertise » de la médecine du travail qu'elle fait passer pour les conclusions de l' « enquête » administrative ! Peu après, le médecin du travail décide de quitter ses fonctions en août 2012, déplorant dans son courrier des conflits indépassables. C’était le dernier médecin du travail à 2

Vous trouverez tous les articles mentionnés dans ce livret sur les blogs de l’équipe du Méliès et sur celui de Renc’Art. Les adresses se trouvent en fin d’ouvrage

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Montreuil. Depuis l’arrivée de la municipalité, les quatre médecins sont partis. La souffrance au travail ne saurait exister si elle ne peut être constatée : pas de médecins du travail, pas de souffrance. Malin. Mais nous voudrions tout de suite rassurer les Montreuillois. Depuis un nouveau médecin a été recruté. Un simple détail troublant : candidat lors des élections cantonales de 2011, il avait officiellement et publiquement soutenu Catherine Pilon, première adjointe de la Maire, lors du deuxième tour. Un regard indépendant ? Il est permis d’en douter. Mais revenons au Méliès et à son équipe en souffrance. Les charges sont abandonnées et le harcèlement n’est plus mentionné. Le contrat de Stéphane Goudet est renouvelé. Tout ça pour ça.

Les travaux du nouveau cinéma arrêtés Après avoir essayé de stopper définitivement le projet de cœur de ville, la municipalité a dû se rendre à l’évidence : le projet qu’elle combattait était nécessaire pour la ville et il était trop avancé pour revenir en arrière : cela aurait coûté très cher, et la Mairie n’avait rien à proposer à la place. Voilà le nouveau Méliès sauvé ? Pas vraiment ! On peut lire en effet, plus loin dans l’article du Monde mentionné plus haut : « Pendant ce temps, le projet culturel du futur Méliès est au point mort : en 2013, il sera en effet transféré au cœur du centre-ville, et agrandi : avec ses six salles et plus de 1 100 fauteuils, il deviendra le plus grand cinéma art et essai de France. Pour l'instant, c'est un cube transparent en construction, un glaçon qui donne la température de la relation entre la mairie et son cinéma : niveau zéro. »

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En effet : le conflit permet de dissimuler le gel total du chantier. Un an plus tard, force est de constater que le chantier en est encore au même point. Contrairement aux affirmations de la majorité, qui disent sur leur blog que les travaux ont repris depuis janvier, les salles ne sont toujours pas en construction. Encore un an de perdu, s’ajoutant aux deux ans d’arrêt total du chantier. Probablement des millions d’euros partis en fumée.

Feu sur Stéphane Goudet ! L’attaque ayant échoué, il faut trouver un autre angle de tir : l’emploi de Stéphane Goudet. La Mairie tente de le mettre au placard en lançant en mai 2012 l’embauche par petites annonces d’un nouveau directeur. Enorme tollé. Le monde du cinéma jusqu’au Festival de Cannes se mobilise et crie au scandale. Quelles sont donc ces étranges méthodes ? 150 exploitants de salles déclarent publiquement qu’ils ne postuleront jamais à ce poste grotesque. Pourtant une personne postule : Nathalie Hocquard. Mais la Mairie se voit obligée de modifier l’intitulé du poste pour faire bonne figure devant les médias et le monde du cinéma : il ne s’agit plus que de gestion purement administrative et financière. La candidate devra donc attendre quelques mois. Après avoir postulé pour être directrice, elle accepte de rester quelque temps directrice administrative, technique et financière… Et on affiche partout le projet d’une « direction bicéphale », en rappelant que Stéphane Goudet, par ailleurs universitaire, n’a toujours été que « directeur artistique au titre d’une activité accessoire » et ne s’est jamais mêlé des finances ni de l’administration. Nous pourrions revenir sur les autres tentatives de déstabilisation de l’équipe du cinéma, notamment sur un prétendu favoritisme lors du choix des prestataires pour l’installation du 21


numérique dans les salles en 2012. Mais ce serait se répéter sur la forme: la Mairie attaque, l’enquête (courte cette fois) se fait, les résultats n’amènent pas de preuves suffisantes et tout est abandonné. Seuls effets : une souffrance aggravée pour les employés du cinéma qui doivent faire face de nouveau à un acharnement sans retenue, et un préjudice financier pour le cinéma. En effet : à cause de cette accusation et suite à la procédure déclenchée, l’installation a pris du retard et deux salles de projection sont bloquées pendant trois semaines sans pouvoir accueillir de spectateurs. C’est donc autant de tickets d’entrées en moins dans les caisses. Voilà un vrai préjudice pour la ville ! Malgré tous les reproches dont la Mairie l’accable, le contrat de Stéphane Goudet est renouvelé en novembre 2012. Dominique Voynet et ses élus reviennent souvent sur cet élément : c’est donc bien qu’elle ne voulait pas sa destitution ! Pourtant, nul besoin d’avoir lu Sun Tzu et Carl Von Clausewitz pour comprendre qu’il s’agit d’une pure stratégie : la municipalité est décrédibilisée par ses attaques à répétition toujours démenties par les faits. La mobilisation du public et des médias ayant créé un rapport de force sans précédent, se défaire aussi simplement de lui aurait provoqué un raz-de-marée contestataire. La Maire ne prend pas ce risque. Tout le monde pense que le conflit est enfin terminé, c’est l’été.

Le mystère de la « caisse noire » Version officielle : 15 novembre 2012, le ciel est couvert, il fait moins de 3°C, cette année l’hiver frappe tôt. Dans la journée, Claire Germain, directrice générale des services de la ville, reçoit un message de la toute nouvelle chef de service du cinéma Nathalie Hocquard, l’informant (nous citons la synthèse du rapport 22


d’ « enquête » administrative) « de la découverte d’un dysfonctionnement important au cinéma Méliès ». Convoquée le lendemain, elle explique qu’elle a découvert une double billetterie « à la comptabilité inexistante » et, pire « une caisse noire » avec « des sachets d’argent liquide trouvés dans une armoire ». Bref : Montreuil Vice City, les prostituées et la drogue en moins. Mais que le lecteur ne soit pas déçu, la drogue ne tardera pas à faire son apparition dans le récit. Qui pourrait mettre en doute la parole de la nouvelle recrue ? Après tout, elle n’était pas encore là lorsque la situation s’est dégradée. Il y aurait peut-être, certes, la perspective de diriger seule, y compris dans le champ artistique, le futur Méliès, destiné à devenir le plus grand cinéma d’Art & Essai de France. Mais nous ne remettons pas en cause la sincérité de ses propos ce jour-là. Nous allons démontrer, explications à l’appui, qu’elle a fait une erreur, mais nous prions le lecteur de bien vouloir lui accorder ceci : elle était alors sûrement de bonne foi. En revanche, il est étonnant et regrettable qu’elle n’ait jamais précisé que cette « double billetterie » qu’elle venait de « découvrir », elle en avait elle-même fait usage quelques jours plus tôt, le mercredi 07 novembre, pour le film « Nuit#1 ». Mais passons. Suite à cette déclaration, Claire Germain lui demande un rapport plus étoffé sur la base duquel la ville lance une « enquête » administrative et fait un signalement à la Procureure. La plainte contre X a pour motif : « Dysfonctionnements importants ». Mais Dominique Voynet déclare à la presse le 6 décembre avoir porté plainte pour « Détournement de fonds publics » et parle lors d’une réunion publique (remise des médailles aux agents de la ville) d’« enrichissement personnel ». Légère différence. A cela vient s’ajouter l’enquête indépendante de la Direction Départementale des Finances Publiques, ou DDFIP (ou « Trésor Public ») ainsi que celle du Centre National du Cinéma (CNC). L’ « enquête » commence. 23


Mais quelle enquête ? Il faut revenir un moment sur une distinction essentielle à faire. Il est en réalité question de quatre enquêtes différentes :  

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L’enquête judiciaire, menée par la Procureure de la République, sous l’autorité de la Ministre de la Justice L’enquête comptable de la Direction Départementale des Finances Publiques (DDFIP), indépendante de la Mairie, menée par la trésorière municipale de Montreuil et sous la tutelle du Ministère de l’Economie et des Finances, L’enquête du CNC, L’ « enquête » administrative, organisée par la Mairie ellemême, menée par des agents sous l’autorité de Dominique Voynet.

Quand on entend « l’enquête montre que », il faut donc tout de suite demander de quelle enquête on parle. Et pour cause : 

☾L’enquête judiciaire a commencé courant mars 2013 dans le secret de l’instruction. La justice ne s’est donc pas du tout prononcée sur le dossier. Cela peut prendre de nombreux mois. Il ne s’agit donc jamais de cette enquête. L’enquête de la DDFIP cherche à savoir si les écritures comptables du cinéma (les entrées et sorties d’argent) se sont faites dans les règles. Elle ne répond pas à la question de l’utilisation de l’argent. Il n’y est jamais question de « détournement de fonds » ou « d’enrichissement personnel » dans cette enquête. L’enquête du CNC donne un avis sur la façon dont sont organisées les caisses dans le cinéma. Comme la DDFIP, elle ne parle jamais de « détournement de fonds » ou autre. 24


L’ « enquête » administrative… Là, la méthode pose problème pour une raison simple : l’indépendance des enquêteurs. Voyons en détail pourquoi :

Qui sont-ils ? Ils sont quatre, dont Olivier Berthelot-Eiffel (DGA Ressources Humaines) et Gilles Hayoun (DGA, Education et Culture) qui ont tous les deux dirigé le Méliès pendant l’année 2012, et jusqu’à 8 mois en ce qui concerne le second. Si les accusations « contre X » portent sur le fonctionnement du cinéma, il est étrange que des personnes potentiellement visées par la plainte soient également enquêteurs. Juges et parties. Qui ne connaît pas cette méthode qui permet d’orienter comme on le souhaite chaque étape d’un processus ? C’est toute la limite de l’ « enquête » administrative, toujours contestable. C’est l’avis de Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts et avocat de profession. Cela ne s’invente pas. Dans un article de Médiapart daté du 10 février 2013 et au sujet de l’affaire Cahuzac, il déclare que les enquêtes administratives sont : « le signe d’une démocratie bancale qui tolère, voire entretient, les conflits d’intérêts. (…) Parce que la justice est indépendante et qu’elle est, comme l’a expliqué Montesquieu, l’un des piliers de la démocratie. Il faut donc la laisser faire son travail. En aucune manière l’administration ne devrait s’en mêler. Voilà pour le principe. Par ailleurs, à la différence de la justice, l’administration instruit dans le plus grand secret, sans avoir à respecter le principe du contradictoire. Ce principe est pourtant une autre des garanties majeures d’une démocratie qui fonctionne sereinement ».

Et c’est exactement ce qu’il va se passer à Montreuil. Des interrogatoires épuisants durant plusieurs heures, sans pause, pendant lesquels de multiples techniques d’intimidation seront employées. Pire : la présence syndicale leur est refusée. Pas de témoin svp ! Un certain nombre d’autres vices de procédure (absence de convocation, 25


absence de PV, etc.) vont conduire l’équipe à rédiger un recours contre l’enquête et à contester devant le tribunal administatif les trois suspensions arbitraires qui lui sont associées. De manière plus générale, les très nombreuses déclarations de Dominique Voynet, dont certaines publiques et enregistrées (comme au Conseil Municipal du 20 décembre 2012) transgressent allègrement la confidentialité d’une enquête, dont elle est supposée ne rien savoir avant son terme et piétinent la présomption d’innocence. Patrick Petitjean, un de ses élus, publie même sur son blog les résultats de l’enquête (« Détournement de fonds au Méliès »), alors que… celle-ci n’a même pas été menée ! Pour s’en défendre, la Maire déclarera que « la présomption d’innocence n’existe pas dans les enquêtes administratives ». C’est peu dire du droit à la dignité qu’elle accorde aux agents de la ville. Mais elle semble également oublier qu’elle a porté plainte auprès de la Procureure et qu’il y a également une enquête judiciaire. Et là, le respect de la présomption d’innocence ne dépend pas du bon vouloir de la Maire, mais du Code de Procédure Pénale dans sa modification du 15 juin 2000. En somme, la seule et vraie justice n’est pas respectée.. En jouant sur les mots et syntaxes de phrase, les élus de la majorité font croire aux moins avertis que les conclusions et rapports de l’ « enquête » administrative sont celles de l’enquête judiciaire. Mais maintenant, le lecteur de ce livret saura déjouer ce piège.

Les agents du cinéma suspendus, les soutiens se multiplient Reprenons le cours des événements : vendredi 30 novembre 2012 au soir une réunion d’urgence est organisée pour le lundi suivant, 3 décembre, 9h30 précises. Sujet : la communauté d’agglomération. Une des régisseuses, arrivée à 9h00, profite de la petite demie heure pour continuer à avancer dans les tâches de comptabilité pour les séances scolaires. A 9h30 elle range provisoirement l’argent dans une 26


armoire qu’elle ferme à clé et quitte le bureau qu’elle ferme aussi à clé pour rejoindre la réunion. Elle pense pouvoir revenir dans peu de temps. Elle ignore alors que la réunion est un prétexte pour les rassembler et les amener immédiatement en Mairie. Une fois là-bas, elle et sa collègue se voient notifier leur suspension immédiate, avec interdiction de retourner sur leur lieu de travail. Deux jours plus tard, Stéphane Goudet subira le même traitement. Désormais ils devront se défendre sans même pouvoir accéder aux dossiers qui contiennent les réponses à certaines questions qu’on leur pose. Presque tout doit être fait de mémoire. La ville décide une fouille des armoires du cinéma. Deux personnes non habilitées à manier des fonds affirment y avoir trouvé « des sommes en espèces et en chèques », qu’elles comptent. Si l’équipe du Méliès était composée de voleurs, ils ne seraient pas dignes de la grande tradition française d’Arsène Lupin : laisser ainsi trainer le butin… C’est l’attaque de trop. L’incompréhension règne. Dominique Voynet se saisit de tous les outils médiatiques possibles pour monopoliser l’espace et imposer son histoire. Mais Montreuil est une ville forte, une ville de résistance, une ville qui ne se laisse pas impressionner si vite. Les soutiens commencent à se multiplier. L’association Renc’Art au Méliès, qui fête alors ses 10 ans de promotion du cinéma et de défense des spectateurs entre en résistance et publie une pétition en ligne dans laquelle elle dénonce cette nouvelle manipulation : « On attaque un homme, une équipe, un projet ». En quelques jours plus de 1 000 personnes la signent. A ce jour elle en compte plus de 3 600. La présidente de l’association avait tout tenté au fil des mois pour établir un dialogue sain avec la Mairie. Mais le double discours de Dominique Voynet empêche un climat de confiance de se créer et rapidement de très nombreux adhérents de l’association appellent spontanément à une prise de position plus forte 27


en soutien au cinéma. Renc’Art au Méliès demande alors un temps de parole au conseil municipal. L’objectif est simple : poser publiquement des questions précises à la municipalité. La parole leur est accordée le 20 décembre 2012, pour ce tristement célèbre conseil municipal pendant lequel deux élus de la majorité agressèrent verbalement puis physiquement un élu de l’opposition sous les yeux de la Maire qui refuse de condamner l’agression. Extraits de l’intervention de Renc’Art au Méliès : « Si nous avons demandé à intervenir ce soir, c’est parce que nous voulons affirmer des principes et poser des questions qui touchent bien évidemment au présent et à l’avenir du Méliès. Nous appelons la ville à attendre le résultat de l’enquête pour rendre publiques ses accusations. Nous maintenons, jusqu’à preuve du contraire, notre soutien plein et entier à Stéphane Goudet et à l’équipe du Méliès. »

Ensuite, la parole est donnée à chaque groupe et élus de l’opposition qui souhaite s’exprimer. Chose rare à Montreuil où la politique est une rude affaire, tous les élus de l’opposition sans exception apportent leur soutien au Méliès et expliquent pourquoi. Non pas qu’ils cautionneraient des pratiques illégales. Au contraire : ils voient là une nouvelle tentative de la Maire de mettre à bas le cinéma. Tous condamnent fermement « les méthodes insupportables de la Mairie ». La majorité ne répondra concrètement à aucune question de Renc’Art au Méliès, et ne fera que répéter aux élus de l’opposition la même fable mal apprise par cœur : les chiffres varient selon les prises de parole.

Pourquoi a-t-on retrouvé de l’argent dans une armoire ? Venons-en au cœur de l’affaire. La soi-disant « caisse noire ». L’explication est simple, mais encore fallait-il le savoir : lorsqu’un film 28


est distribué en salle, il reçoit du Centre National du Cinéma (CNC) un numéro d’identification appelé « visa d’exploitation ». Dans un cinéma, lorsqu’un caissier vend un billet, il utilise un logiciel spécial permettant de relier chaque vente de ticket au film que le spectateur va voir et ceci grâce à ce visa d’exploitation. Ce système permet de calculer facilement les taxes qui devront être reversées au CNC. Une de ces taxes (Taxe Spéciale Additionnelle) sert par exemple à aider le financement du cinéma français. Le caissier est tenu de passer par cette procédure pour vendre des tickets. Mais tous les films ne relèvent pas du système de distribution en salle. C’est le cas par exemple de certains premiers films, quand les réalisateurs ne sont pas encore reconnus et n’ont pas trouvé de distributeurs. Ou alors pour certains documentaires ou films expérimentaux. Ces films n’ont pas de visa d’exploitation. Quand ils sont projetés, on parle de « séance non-commerciale », que cette séance soit gratuite ou payante. Ces séances sont rares : au Méliès, on en propose entre 15 et 20 par an, sur un total d’environ 4 000 séances. Mais comment faire pour vendre des tickets pour de tels films ? Quand un spectateur donne son argent, comment le faire entrer dans la comptabilité s’il n’y a pas de visa d’exploitation afférent ? Le CNC s’est posé le problème qu’il qualifiait lui-même de zone de non-droit, en créant des visas provisoires qu’il peine parfois à accorder. Chaque salle trouve une façon de faire. Certaines salles sont équipées d’un logiciel plus moderne que celui du Méliès qui permet d’intégrer ces séances, sans entrer un numéro de visa ou une salle virtuelle. D’autres utilisent une billetterie « spectacle vivant ». D’autres enfin délivrent, et c’est légal, des billets non-commerciaux. Au Méliès, depuis des décennies, les recettes de ces quelques séances servent à financer au nom de la ville certaines des invitations délivrées aux associations. Ceci mérite une explication. 29


Prenons un exemple : Claire va au cinéma voir « Au bout du rouleau », un documentaire inédit sur la souffrance au travail. Ce film n’est pas pourvu d’un visa d’exploitation car il n’est pas distribué. A la caisse, on lui demande de payer son ticket 5€. Claire donne un billet et va à sa séance. Le caissier ne peut pas mettre ce billet dans la caisse car son logiciel refuse toute entrée d’argent s’il n’y a pas de numéro de visa. Mais ce n’est pas un problème, la ville a tout prévu, vous allez voir comment. En fin de journée, le caissier établit pour cette séance une feuille de recettes à part pour que la régisseuse puisse contrôler la recette ; les 5 euros de Claire sont placés dans la caisse noncommerciale, elle-même rangée dans le coffre. Le lendemain, c’est la sortie nationale d’un autre documentaire sur l’urbanisme débridé dans certaines villes de banlieue. Ce film est bien pourvu d’un visa d’exploitation. Avec l’accord de la ville, puisque le partenariat figure dans le programme du Méliès validé par Bon à Tirer par la direction générale et le cabinet de la maire, le cinéma offre quelques invitations à son association-partenaire. Le billet de Claire n’a disparu dans aucune poche. Il est utilisé pour réguler le nombre d'exonérations des partenaires, payer les distributeurs et les ayantdroit, et rejoint la comptabilité « commerciale ». Les impôts et les diverses taxes pourront être prélevés normalement. C’est par ce processus simple que toutes les recettes issues des séances non commerciales étaient reversées à la comptabilité commerciale au Méliès depuis plus de 15 ans. Cette méthode qui remonte au temps où Le Méliès était géré par une association a-t-elle été remise en cause par le Directeur de l’Action Culturelle qui a mis en place les procédures budgétaires lors de la municipalisation en 2002 ? 30


Absolument pas. S’il avait voulu la remettre en cause, il aurait créé une ligne budgétaire dédiée aux recettes des séances non commerciales, ce qui aurait permis de les déclarer séparément au Trésor Public. Ça n’a jamais été fait, car tout le monde pensait le mécanisme ancien à la fois juste, sensé et parfaitement légal, vu le statut flottant des séances non-commerciales. Il était possible de régler ce problème technico-juridique en quelques réunions. Mais l’objectif n’est pas d’améliorer les choses et de faire grandir et prospérer le cinéma. L’objectif, c’est d’écarter toute personne faisant obstacle à la volonté de la Maire. Et toute opportunité est bonne à prendre.

Que disent les enquêtes dont les rapports sont accessibles?  

☾L’enquête judiciaire : rien, elle est en cours. Il faut attendre et respecter le droit français, qui inclut la présomption d’innocence. L’enquête DDFIP (comptable) : Les reproches qui sont faits n’évoquent à aucun moment un « détournement de fonds publics » ou un « enrichissement personnel ». Entrons dans le détail :

Il s’agit de remarques concernant ce système de reversement expliqué plus haut qui est, tout le monde en convient, améliorable. Le rapport joint même en annexe deux tableaux qui prouvent à tout lecteur attentif qu’il y a donc bien une trace des recettes. D’ailleurs, lorsque les deux régisseuses expliquent tous les différents documents sur lesquels elles écrivent leur ligne comptable pour ces fameuses séances, l’enquêtrice fait part de son étonnement concernant la multitude de ces vérifications : c’est beaucoup, mais c’est normal : les locaux administratifs sont séparés des locaux d’activité du cinéma. Il faut donc souvent tout écrire deux fois ou plus. 31


Globalement, le rapport montre que la DDFIP n’est pas satisfaite de la manière dont les écritures comptables sont passées. La méthode de reversement des recettes non commerciales ne correspond pas vraiment aux choses bien cadrées qu’on a l’habitude de trouver dans les finances publiques. Mais qui a mis en place ce fonctionnement au Méliès ? Les deux régisseuses ne cessent de dire qu’elles ont hérité de cette méthode. Bien évidemment, le rôle de la DDFIP n’est pas de refaire l’historique des pratiques du cinéma. L’instance enquête et commente les pratiques actuelles, dont la responsabilité incombe à la Directrice Générale des services et à l’adjoint en charge du budget. Mais il ne s’agit pas de mettre le doigt sur un problème d’écriture comptable. Il s’agit de casser une équipe en remettant ouvertement en question l’honnêteté des personnes : « enrichissement personnel », a d’abord dit la Maire... S’il s’agit d’un simple problème comptable, pourquoi ne pas avoir simplement redéfini les procédures de manière à ce que tout s’améliore, et ceci dans la sérénité ? Pourquoi fallait-il absolument du sang sur les murs ? Si une direction ne réussit pas à dialoguer avec son service qu’à travers une « enquête » administrative, n’y a-t-il pas un grave problème de ressources humaines à la Mairie de Montreuil ?

☾Une autre information éclaire la réponse à cette question : à l’heure de la rédaction de la première édition de ce livret, quatre services de la ville sont en grève, et la CGT a fait un appel à la grève générale à partir de lundi 25 février. Le Méliès est une affaire kafkaïenne où des souffrances graves et traumatisantes sont infligées aux employés. Mais ils ne sont malheureusement pas les seuls. Plusieurs cas récents ont mené au congé maladie et même à l’hospitalisation. Les syndicats avaient envoyé une série d’alertes en 2011 sur la gestion calamiteuse du personnel communal, générant une 32


grande souffrance au travail. Visiblement, les choses n’ont guère évolué et le climat de violence se généralise. Un système mis en place par l’adjoint de Dominique Voynet Mais revenons au système de billetterie utilisé comme prétexte à la casse du Méliès. A quand remonte-t-il ? Qui l’a institué ? A ses réseaux auxquels elle écrit le 19 décembre une lettre de 3 pages où elle répète 5 fois qu’elle n’a pas le droit de parler pour mieux s’autoriser à le faire, Dominique Voynet indique que ce mécanisme existe depuis 2002 « sans comptabilité ». Mais au quotidien Libération, elle indique que c’est sans doute un héritage des pratiques de l’association, comme l’affirme toute l’équipe. Problème : la date « 2002 » expose le Directeur de l’Action Culturelle de l’époque. Cette personne, c’est Emmanuel Cuffini. Vous le connaissez peut-être : le Maire précédent lui demande de quitter les services de la ville en 2005 compte-tenu de l'inadéquation du niveau de ses compétences avec le niveau de l'ambition culturelle de la municipalité pour Montreuil. A l'évidence, la situation actuelle confirme cette appréciation négative Depuis, M. Cuffini a rejoint l’équipe de Dominique Voynet en tant que Maire Adjoint délégué à la culture et rapporteur du budget, titre et fonction qu’il occupe toujours actuellement. Cet homme connaissait l’existence de ce système puisque c’est lui qui l’a pérennisé lors de la municipalisation. Pour autant, il n’a jamais déclaré que la gestion de cette billetterie non commerciale était peut-être améliorable. Il n’a jamais interrogé non plus le fait qu’elle n’apparaisse pas dans le budget qu’il faisait voter au conseil municipal chaque année. Non. Il observe ses collègues tomber un par un sur le champ de bataille. Interpellé à ce sujet par Jean-Pierre Brard lors du Conseil Municipal du 20 décembre 2012, Emmanuel Cuffini ne conteste pas. A ce même Conseil, pour protéger son élu, Dominique Voynet décide de changer de version et de reprendre à son compte la version de M. Cuffini et de la régisseuse de l’époque, qui ont tous les deux mis 33


en place la transition du cinéma associatif vers le cinéma municipal. L’ancienne régisseuse admet que le mécanisme de reversement des entrées non-commerciales dans la billetterie commerciale existait avant son départ, nous apprend la synthèse de « l’enquête » administrative. Mais, dit Dominique Voynet, il faisait l’objet d’une comptabilité très précise. Le délit d’aujourd’hui n’a donc pu commencer qu’après le départ de M. Cuffini et de l’ancienne régisseuse, « vers 2004-2005 », donc autrement dit à l’arrivée d’une nouvelle régisseuse. Hélas, il semble que tous les témoignages n’aient pas le même poids... Et lorsqu’on demande à voir la vertueuse comptabilité entre 2002 et 2004, la réponse est digne d’un Alexandre Dumas : celle-ci a été « perdue ». Regrettable. Et tous, « enquêteurs » compris, cautionnent désormais la version de la comptabilité disparue… Un problème demeure : si cette comptabilité avait existé ne serait-ce qu’un seul jour, on en trouverait la trace dans le budget annexe du cinéma. Hélas ! Hélas ! Où sont passées les comptabilités d’antan ? Les preuves qui disparaissent « malencontreusement » mais bien opportunément pour accuser des innocents : un grand classique dans les machinations !

Les pratiques contestées continuent D’ailleurs, une question n’est jamais posée : qu’auraient dû faire les régisseuses accusées ? Et bien la question se pose le soir du 21 décembre 2012. Une soirée spéciale « Fin du Monde » est organisée au Méliès. Plusieurs films sont au programme toute la nuit dans plusieurs salles. Des Pass d’entrée illustrés et destinés à servir de souvenir sont proposés aux spectateurs, avec leurs tickets normaux. Seulement voilà : selon la procédure de vente décrite dans un email par le tout 34


nouvellement recruté responsable administratif et financier, il faut : donner le Pass illustré aux spectateurs qui achètent en prévente, « mettre dans une enveloppe séparée l’argent avec les talons souches vendus », puis en fin de journée « réaffecter l’argent des Pass, vendus dans la caisse (le solde de caisse sera exact car les Pass ont été transformés en tickets) ». Cela vous rappelle quelque chose ? Et oui, cela fait partie de la même procédure qui est incriminée. On est en pleine « enquête » administrative, des employés sont suspendus pour « caisse noire et détournements de fonds publics », car ils suivent une procédure qui ne conviendrait pas, et au cœur de cette tempête un responsable financier remet la machine en route. A croire que la vertu se perd bien vite à Montreuil. Ou bien tout simplement que les accusations extrêmement graves de Dominique Voynet contre les employés du Méliès n’ont en réalité qu’un but : profiter de cette opportunité pour liquider les obstacles.

Des accusations graves et sans fondement Dans l’argumentation de la Mairie, c’est le moment où tout bascule. Un enchaînement de propos contradictoires et insensés vont sortir du cabinet de la Maire. La communication de crise de la municipalité, gérée par des prestataires consultants grassement payés avec l’argent des Montreuillois s’en mêle, la machine s’emballe. On va même jusqu’à la pure et simple diffamation : Dominique Voynet déclare à une journaliste de Télérama que l’équipe du cinéma a acheté de la cocaïne à des réalisateurs. Nous voici repartis dans Montreuil Vice City. Evidemment, quitte à décevoir le lecteur, il convient de préciser immédiatement qu’aucun rapport d’enquête, même pas l’administrative ne revient sur ces propos. Si la Maire a des preuves de ce qu’elle avance, son laisser-faire est impardonnable. Si elle dit cela pour salir l’équipe face à une journaliste d’un hebdomadaire national, c’est d’une extrême gravité. ☾Bien entendu, les personnes concernées ont porté plainte pour faux témoignage en avril. 35


Puis il y a aussi les reproches incongrus comme celui-ci : en 2009 est votée une hausse des tarifs du cinéma, sous la pression des circuits. Tous les tarifs sont réajustés, mais les élus oublient de voter le tarif « 0€ », qui par définition, n’augmente pas. La bonne idée du jour est donc de déclarer toutes les invitations éditées par le cinéma depuis 2009 comme étant un préjudice à la ville, et que la totalité de ces invitations (58 000 €) doit être remboursée sur les fonds propres des employés. Remboursez nos invitations ! On entre plus profondément dans les cercles du ridicule.

La Maire supprime certaines séances qui lui déplaisent Pendant ce temps au Méliès la programmation continue. Tant bien que mal… Plusieurs cinéastes invités à des débats refusent de les mener tant que Stéphane Goudet et ses collègues ne sont pas réintégrés à l’équipe. Un soir, à la fin d’une projection normalement suivie d’un débat, la salle entière se lève à la fin du film, quitte le cinéma et rejoint Stéphane Goudet dans un café proche pour mener le débat avec lui. De mémoire de Montreuillois, on n’avait jamais vu ça. Parfois c’est plus affligeant. Le 18 décembre 2012, la municipalité décide d’annuler le jour même la projection en avantpremière d’Aujourd’hui, un film d’Alain Gomis ainsi que le débat prévu avec lui. Raison officielle ? Un problème technique. Seulement les employés du Méliès refusent de mentir aux habitants et préfèrent ne pas répondre lorsqu’on leur demande pourquoi la séance est annulée. La véritable raison, c’est que l’Association Renc’Art au Méliès, qui a pris la défense du cinéma, avait co-organisé la soirée-débat avec le réalisateur. Par ordre de la Maire, l’anniversaire de Renc’Art, puis le débat, puis la projection elle-même sont supprimés le jour même. Dire qu’en 2002 les Verts criaient au scandale car la municipalisation du cinéma allait entraîner l’ingérence du Maire dans la programmation ! En 2012 Dominique Voynet décide, elle, de supprimer une séance et 36


un débat ! Les spectateurs trouvent portes closes. Scandalisés, ils se rassemblent devant le cinéma. Une des membres du Conseil d’Administration de Renc’Art au Méliès monte sur un grand bac à arbre et prend la parole au nom de l’association : la situation n’est plus tenable. Il faut lancer un appel massif à la mobilisation. Quelqu’un dit alors « avec un tel scandale, on pourra mobiliser des centaines de Montreuillois, c’est certain ! ». L’avenir lui donnera raison. Puis soudain, la synthèse du rapport d’ « enquête » administrative tombe et un chiffre apparaît : 143 000€. Le préjudice s’élèverait à 143 000€ !! Des élus de la majorité et notamment Fabienne Vansteenkiste et Patrick Petitjean s’en émeuvent sur les blogs de la majorité. Triste spectacle, car soit ils ne savent pas lire, soit ils ne savent pas compter, soit ils n’ont ni lu ni compté et répètent naïvement ce que leur dit de dire Madame la Maire. Ou bien ils sont d’une malhonnêteté et d’un cynisme sans limite. Mais qui pourrait le croire ? La réalité : ce chiffre résulte d’une addition faite uniquement par la municipalité. Il n’est repris que dans son seul rapport de synthèse. C’est l’avantage des « enquêtes » administratives. Cela n’empêche pas le blog Europe Ecologie les Verts du Citron Vert, d’affirmer que l’estimation est commune avec le Trésor Public. Vous ne pouvez le croire ? Et bien voilà la citation : « Alors que les enquêtes du Trésor Public et des services administratifs de la ville estiment les sommes en cause à 143 000€ sur dix ans (…) »

Nous avons gardé une copie d’écran. On n’est jamais trop prudent face au mensonge. Qu’en est-il en réalité ? Dans son tract daté du 19 février 2013, la CGT explique de manière parfaitement claire et limpide à quoi 37


correspond ce chiffre monté de toute pièces par la Mairie. Nous allons essayer de refaire le même exercice ici :

La folle addition

Les 143 000€ sont composés de :

1) 8 000€ d’abonnement en cours de paiement. Il s’agit de retards de paiement sur les abonnements scolaires de l’année. C’est donc de l’argent qui est petit à petit envoyé au cinéma quand les enseignants rassemblent la somme nécessaire. Le rapport intermédiaire de l’enquête de la DDFIP constatait un manque d’environ 12 000€. Pourquoi est-on passé à 8 000€ ? Tout simplement parce qu’entre temps, des enseignants ont envoyé les paiements. D’ici quelques semaines, ce sera 0€. Conclusion : 0€ de « préjudice pour le contribuable », contrairement à ce qu’affirme le rapport de l’ « enquête ».

2) 77 000€ de recettes imaginées sur des séances commerciales. C’est probablement le chiffre le plus flagrant du cynisme de la Mairie qui suit un principe simple : plus un mensonge est gros, 38


plus il est difficile d’en douter. Il s’agit ici d’un calcul purement hypothétique de la Mairie sur les recettes faites lors des séances non commerciales (films sans visa CNC, cf. plus haut). Faisons nous-mêmes, et sous l’œil attentif du lecteur, le calcul : a. Tarif de la place : 4.5€ (invariable et officiel) b. Nombre de personnes par séances. C’est le chiffre le plus polémique. Les spectateurs réguliers savent que pour de tels films le public ne se déplace pas en masse. Estimons en fourchette haute à : 40 personnes (l’équipe, elle, l’estime à 30 payants, plus les invités) c. Nombre moyen de séances non commerciales par an : 15 (facilement vérifiable sur les programmes) d. Période sur laquelle porterait le préjudice. Disons depuis 2004, puisqu’avant la comptabilité était soi-disant parfaite : 8 ans

Donc : a x b x c x d = 21 600€ Mince, il manque plus de 55 000€ pour arriver au chiffre de la Mairie… Alors disons qu’il n’y avait pas 40 personnes en moyenne, mais 80. Après tout… Total : 43 200€. Encore raté. Bref, il faut une moyenne de 140 spectateurs pour ces séances non commerciales pour atteindre les 77 000€ annoncés par la Mairie. Or ces séances avaient lieu dans les salles 2 et 3 qui comptent respectivement 143 et 99 places… C’est dans ces moments que l’on remarque que soit la Maire et ses élus ne viennent jamais à ces séances et ne voient donc pas la réalité du terrain, soit qu’ils sont d’une malhonnêteté sans borne. A charge au lecteur d’oser un « peutêtre les deux ». 39


Et quand bien même ce chiffre serait de 77 000€, ou même 77 millions, peu importe : l’intégralité de cet argent est reversé dans la caisse commerciale de la manière expliquée plus haut (avec Claire), ce que tous les accusateurs savent, comme expliqué aussi plus haut. Conclusion : 0€ de préjudice.

3) 58 000€ d’invitations. Le lecteur se souvient sûrement de cet oubli du Conseil Municipal en 2009 concernant le tarif « 0€ ». Non seulement cet oubli devient un prétexte d’accusation contre des employés communaux, mais en plus il transforme des invitations délivrées obligatoirement pour certaines personnes en action illégale. Le ridicule ne tue pas. Et parfois on le regrette. Qui sont ces personnes à qui on délivre des invitations ? La CGT les énumère : « Equipes de films, cartes professionnelles pour le CNC, cartes vertes pour les critiques de cinéma, carte CICAE pour les exploitants, invitations annoncées dans le programme du cinéma validé par la ville pour l’association de spectateurs Renc’Art au Méliès, mais aussi, il est vrai, accompagnateurs des centres de loisirs et des écoles, enseignants désireux de voir un film avant d’emmener leur classe le découvrir ».

Le lecteur qui se reconnaîtrait dans cette liste doit savoir que l’invitation dont il ou elle a joui serait un préjudice pour la ville, et qu’il ou elle participe, de par sa visite, au massacre d’une équipe de cinéma. Nous vous souhaitons une conscience tranquille, surtout si vous êtes élus de la majorité municipale et que vos places gratuites sont facturées à l’équipe… 40


Si ce n’est pas le cas, rassurez-vous, c’est normal : l’association Cinéma 93 qui coordonne et accompagne un certain nombre de rendez-vous et d'événements dans les salles de cinéma départementales a déclaré publiquement que le Méliès était le cinéma de Seine-Saint-Denis qui délivrait le moins d’invitations. Conclusion : 0€ de préjudice.

Conclusion générale sur le préjudice : Reprenons donc le chiffre qui fait blêmir sur leur blog Patrick Petitjean et Fabienne Vansteenkiste (élus de la majorité) :

0 + 0 + 0 = 0€.

Félicitations. Mais restons encore dans l’arithmétique. Regardons de l’autre côté du miroir pour tenter de voir combien a coûté à la ville la déplorable gestion du dossier du Méliès : 

  

Multiplication des arrêts maladie au sein de l’équipe du cinéma suite à la grande souffrance au travail quotidiennement subie Remplacement du personnel du cinéma en grève (on y reviendra) Le coût de l’ « enquête » administrative Les missions de conseil en communication de crise achetée à une agence 41


 

Le manque à gagner lors de la fermeture des salles pendant l’installation stoppée du numérique Le manque à gagner pour la ville de 36 jours de grève causée par la municipalité

Puis à ça s’ajoute des montants hautement plus conséquents, par exemple : 

  

Le blocage du projet de nouveau centre-ville pendant deux ans (environ deux millions d’euros de frais financiers et divers surcoûts) La perte d’une grande partie de la subvention du Conseil Général comme conséquence du retard Le retard des travaux du cinéma et les erreurs « techniques » (comptez des centaines de milliers d’euros) La perte de recettes depuis plus d’un mois suite au conflit social aigu du fait de la municipalité (comptez en dizaines de milliers d’euros).

Une chose peut être ajoutée dans cette addition bien triste : trop occupée à détruire la dignité et le moral des employés communaux du cinéma, la municipalité aurait oublié, nous souffle une ville voisine, de remplir à temps les dossiers pour faire prendre en charge une partie importante de son équipement numérique par les distributeurs de films, comme c’est prévu par la loi pour tous les cinémas en France. Résultat : 

La perte d’une subvention qui aurait représenté plus de 50% du coût global de cet équipement. Si cette information s’avérait exacte, c’est une somme colossale que les contribuables montreuillois et d’Est Ensemble, la communauté d’agglomération, devront payer! Voilà un 42


préjudice qui ne manquera pas de faire crier le lecteur de rage devant tant d’incompétence. Pour résumer, les atermoiements de Dominique Voynet et sa vindicte contre l’équipe du Méliès créent un vrai préjudice à la ville. Quant à sa tentative de passer pour une grande défenseuse de la légalité, une grande combattante du droit et de la justice, il suffit de regarder les autres dossiers municipaux pour se rendre compte immédiatement que même Laurel se faisant passer pour Hardy serait plus crédible. Notamment en urbanisme, les procès perdus par la municipalité pour non-respect de la loi sont légions.

J’accuse ! Même si ce livret se veut complet, il ne saurait être exhaustif. Laissons là les dizaines d’autres aberrations totales qui composent ce dossier. En conséquence Est Ensemble, qui est amenée à gérer le cinéma et que les enquêteurs prétendent gravement lésée, a refusé de se joindre à la plainte, après étude du dossier. Difficile d’oublier que la Maire a fait croire au Conseil Municipal du 20 décembre 2012 que la plainte avait été déposée conjointement avec Est Ensemble. Restons logiques et égaux en droit. Si la prétendue « caisse noire » est le prétexte à la mise en cause :  

des deux régisseuses qui faisaient fonctionner le seul système mis en place avant elle et qui était utilisé depuis plus de 15 ans d’un directeur artistique, dont il a été démontré l’année précédente par les élus et la direction générale que les fonctions étaient uniquement artistiques et en aucune façon de gestion 43


Alors logiquement :  

toute personne ayant eu la responsabilité des finances du cinéma entre 2002 et aujourd’hui devrait être soupçonnée toute personne ayant eu des responsabilités artistiques devrait aussi être soupçonnée, bien que cela paraisse évidemment absurde.

Tentons l’exercice : Nous comptons ainsi plus de 30 personnes depuis 2002. Aujourd’hui seules 3 sont visées publiquement par les accusations, et parmi les 30 plus de 7 personnes participent activement à l’élaboration de cette grande fable dégradante dont notamment:     

Emmanuel Cuffini, maire adjoint à la culture et rapporteur du budget Gilles Hayoun, DGA Education et Culture Olivier Berthelot-Eiffel, DGA Ressources Humaines Stéphanie Perrier, conseillère municipale en charge du cinéma et… Madame la Maire Dominique Voynet en personne, puisqu’elle est titulaire de l’autorisation d’exercice des 3 salles et a voté 4 années consécutives le budget du cinéma, exonérations soi-disant illégales incluses.

Pourquoi ces personnes ne sont pas entendues par les enquêteurs ? Ah… Mais bien sûr, c’est vrai. Les enquêteurs, ce sont eux. En tant que maire honoraire de la ville, Jean-Pierre Brard devrait être lui aussi sur le banc des soupçonnés. Comme il l’a annoncé publiquement le 10 février 2013, il a fait parvenir une lettre à Madame la Maire pour la prier de bien vouloir lancer une enquête, celle de son 44


choix, à son encontre. En attendant il monte de lui-même sur le banc des soupçonnés pour montrer l’absurdité dans laquelle est en train de se noyer la municipalité entraînant avec elle la ville.

Manifestations, grève… et licenciement Devant le refus total de dialogue de la part de la Maire, et devant le constat terrible que seul un rapport de force conséquent pourra peut-être renverser la situation, une manifestation est organisée le 19 janvier 2013 par la CGT Territoriaux à Montreuil. Le quotidien Le Parisien annonce plus de 500 personnes. Pour l’équipe et pour les premiers soutiens du Méliès c’est un soulagement : le mouvement prend de l’ampleur. La grande campagne de désinformation de la Mairie n’a pas réussi à corrompre le cœur des Montreuilloises et des Montreuillois, profondément attachés à leur cinéma. Mais cela ne suffit pas. L’équipe se met en grève le 19 janvier, le cinéma ferme. Un choix difficile en cette période de crise économique. Mais un symbole puissant pour Montreuil : NON, l’équipe ne se laissera pas briser. Au total la grève durera 46 jours. Du jamais vu dans l’histoire du cinéma français. Parce que l’équipe du cinéma est très proche des Montreuillois et que même en temps de grève il n’y a aucune raison que cela change, tous les week-ends une rencontre est organisée avec tous les sympathisants et défenseurs du cinéma. La première date est épique. Après une longue et difficile organisation dans des conditions extrêmement difficiles, le lieu qui avait à l’origine proposé d’accueillir l’équipe gréviste et leurs sympathisants annule quelques heures avant. N’auraient-ils pas subi des pressions de la Mairie ?

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Mais malgré l’annulation, plus de 260 personnes comptées une à une sont présentes à la mi-journée et 350 personnes passent sur le lieu aux horaires prévues des concerts annulés. La fois suivante, accueillis à la Parole Errante, un lieu beaucoup plus spacieux, ils sont encore plus, et chaque fois cela ne cesse de croître. Pendant ces rendez-vous des films sont projetés, des débats sont menés. La culture en résistance. Samedi 16 février, c’est plus de 500 personnes qui sont au rendez-vous. Des cinéastes de renom, comme Solveig Anspach, Dominique Cabrera, Robert Guédiguian prennent la parole et rappellent leur soutien plein et entier à l’équipe et au cinéma. Dans la salle, tout le monde se lève, et un tonnerre d’applaudissements et de cris se fait entendre à l’autre bout de la rue. Dans les médias on dénombre désormais pas moins d’un article par jour sur le sujet. Les plus grands titres s’y attèlent : Le Monde, Libération, L’Humanité, Médiapart, Le Parisien, Télérama, France Culture, Le Figaro, Politis, Regards… Nous incitons le lecteur à les parcourir. Il s’apercevra alors que tout ceci est vrai. Les accusations de la ville s’effondrent, la machination se dévoile De son côté, Dominique Voynet s’enferme dans son acharnement. Elle ira jusqu’au bout. Le vendredi 22 février, Stéphane Goudet reçoit sa lettre de licenciement pour faute grave, donc sans préavis ni indemnité. Les motifs ? 

Non dénonciation d'une irrégularité comptable

Non-respect du devoir de réserve

Quelle surprise ! Où sont les détournements de fonds massifs ? Où est l’enrichissement personnel ? Rien. Une simple « non dénonciation » d’un mécanisme mis en place des années avant lui et utilisé par ses propres accusateurs au sein même du Méliès. Et quand 46


Stéphane Goudet se défend de ces attaques, quand il est traîné dans la boue publiquement pendant plus de deux ans et qu’il ose rester debout, on ne fait pas que le blâmer, on en fait le motif de son exécution. Ainsi lui reproche-t-on d’avoir « menacé » sur Facebook de parler de « politique culturelle » et de « cinéma public ». Dur ! Pourquoi ? Pourquoi trois fois pourquoi ?

De nouveaux éléments qui confirment nos craintes Inutile de rappeler que Dominique Voynet suit un objectif simple : se débarrasser d’une manière ou d’une autre du cinéma, même si ce n’est qu’à moyen terme. Bien évidemment, elle et ses élus s’en défendent. Leur seul argument ? Les 15 millions mis dans le projet du nouveau Méliès. Ils oublient de préciser, que, non seulement ce projet était validé et voté avant leur arrivée au pouvoir, mais surtout qu’ils l’ont revu fortement à la baisse, supprimant une salle de pédagogie et de montage devant accueillir des scolaires et des associations (« un caprice du directeur », avait commenté l’élu à la culture au conseil municipal), remettant en cause l’espace d’exposition qui devait permettre un dialogue entre les arts (peinture, vidéo, musique, etc.), et allant même jusqu’à mettre en péril la qualité de l’insonorisation des salles pour faire quelques économies. Réponse de la Maire quand l’équipe au complet lui fait remarquer que c’est tout de même dommage de construire un nouveau cinéma à 15 millions d’euros et de ne pas l’insonoriser correctement : « A Paris aussi, on entend le métro dans certains cinémas »… Sans commentaire. Pour le lecteur désormais informé par ces pages, il est donc tout à fait permis de sourire en penchant un peu la tête la prochaine fois qu’il ou elle entendra ce seul et pauvre argument des élus de la majorité quand il s’agit de défendre le cinéma municipal. La Maire ne 47


veut pas du cinéma, elle l’a déclaré publiquement et dans la presse à son arrivée. Ce n’est pas d’avis qu’elle a changé, mais de stratégie. Pour les lecteurs les plus sceptiques, nous ajouterons une information qui finira de les convaincre: Nathalie Hocquard, la nouvelle directrice administrative et chef de service du cinéma, celle qui découvre la prétendue « caisse noire », travaillait avant dans un cinéma à Champigny-sur-Marne : le Cinéma Studio 66. Le lecteur ne connaît probablement pas ce lieu, mais nous avons fait quelques recherches qui se sont avérées fortes instructives. Il y a plusieurs années, ce cinéma appartenait au groupe Pathé, puis à Club 5. Mais il n’était plus assez rentable et risquait de fermer. La Mairie décide donc, pour le sauver, de le municipaliser. Ça vous rappelle bien évidemment l’histoire du Méliès. Et vous avez raison. Mais c’est la suite qui nous en apprend le plus : courant 2009, le cinéma est finalement racheté par une société privée, Mégarama, qui gère également un cinéma à Nogent-sur-Marne. La ville reste propriétaire des murs. Lors de ce passage du public au privé, qu’est-il advenu de l’équipe ? « C’est très simple » nous explique la Direction des Politiques Culturelles de la ville de Champigny : la personne en charge de la programmation générale a été affectée à des missions de programmation annexe, comme un ciné-club le jeudi soir. La programmation principale est passée sous le contrôle de la société privée. Les autres agents municipaux ont été affectés à d’autres services de la ville. Les agents d’accueil sont, eux, restés employés dans le cinéma. Lorsque nous nous inquiétons de ce qu’est devenu le poste de la chargée de programmation générale, qui du jour au lendemain s’est retrouvée à faire « des programmations annexes », on nous répond « Elle a depuis quitté le cinéma pour un poste à Montreuil, au Méliès »… Que cherchons-nous donc à dire en vous racontant l’histoire du Cinéma Studio 66 de Champigny ? Certainement pas à jeter le discrédit 48


sur la nouvelle directrice administrative et chef du service cinéma. Nous l’avons dit et nous le répétons : nous voulons croire à sa bonne foi. En revanche, une chose est certaine : Dominique Voynet, qui s’est impliquée personnellement dans son recrutement, ne pouvait pas ignorer ce que nous venons de vous apprendre. Ce profil est la candidate idéale pour une transformation de la politique culturelle du cinéma à Montreuil. Elle a déjà traversé une histoire similaire : rachat par un groupe privé d’un cinéma municipal, réorganisation des équipes et abandon de la programmation générale. Son expérience est précieuse. Il est donc pour nous évident que le recrutement s’est fait avec toujours le même objectif : commercialiser un jour ou l’autre le cinéma. Et très probablement à l’insu de l’heureuse élue. Après tout, personne ne sait vraiment pourquoi un employeur vous choisit vous plutôt qu’un autre. Mais il s’agit d’un soupçon. Pour convaincre une bonne fois pour toute il faut des preuves. Qu’à cela ne tienne. La voici : Jean Henochsberg, gérant du complexe Etoile Cinéma de la porte des Lilas, a confirmé avoir été approché par la Mairie de Montreuil pour une cession de gestion, aussitôt que Dominique Voynet s’est vue confirmer qu’il était trop tard pour arrêter le projet de développement du Méliès. Cela aura probablement ébranlé les plus sceptiques de nos lecteurs. Mais quand la vérité veut surgir et qu’on l’en empêche par tous les moyens, elle finit par jaillir violemment par toutes les fissures trop fragiles pour la retenir. Et peu à peu, brique après brique, c’est le mur fortifié tout entier qui s’effondre.

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☾Début de la partie rédigée lors de la 2ème édition

Non, la révolte ne s’épuisera pas Un Titanic dans la planète océan L’espoir de Dominique Voynet, c’est que le mouvement s’épuise. Cela fait déjà presque 6 mois que la lutte est quasiquotidienne. Les vacances scolaires de février auront bien raison de ces agités, semblent penser les élus de la majorité. Mais surprise, le mouvement continue et s’amplifie. Chaque jour de plus en plus de personnes rejoignent le combat, choquées que de telles méthodes de destruction organisée d’un service public culturel de qualité puissent exister. De grands noms du cinéma réagissent, comme le cinéaste JeanLouis Comolli qui écrit en février 2013 : « (…) Dominique Voynet a recours à des méthodes qu'au cinéma on qualifierait volontiers de "gangster". Je n'irai pas jusque-là. Mais la mauvaise foi est patente, et avec elle le désir manifeste de nous prendre pour des imbéciles qui ne sauraient pas comment marche le cinéma dans toutes les communes de France. Hélas, Mme Voynet, nous en savons plus que vous. 50


Nous connaissons le monde dans lequel nous agissons. Ce qui est irresponsable, selon moi, et digne d'une condamnation exemplaire, c'est votre volonté de salir, de souiller une "équipe" que nous connaissons et dont nous savons bien non seulement qu'elle est honnête, mais qu'elle est compétente et passionnée. Je crains, Madame le Maire, que vous ne supportiez pas la passion dans l'art. Il est vrai que la politique appartient à la classe des passions tristes, alors que la cinéphilie s'obstine à être gaie et joyeuse. Vous n'avez pas le pouvoir : vous êtes le pouvoir, et en tant que telle exposée à la critique, à la contestation, à la protestation. Une place vous est réservée aux portes de l'Enfer de Dante : celle des tricheurs. »

En interne aussi, l’affaire est loin de s’étouffer. Fin mars 2013, la Commission Administrative Paritaire (CAP), composée en nombre égal de représentants de l’administration et de représentants du personnel, se prononce à l’unanimité contre la récente réaffectation forcée de la régisseuse et de la programmatrice « jeune public ». Le coup est dur pour la Mairie ainsi désavouée, mais les décisions de la CAP n'ont qu'un caractère consultatif et la Mairie, autorité employeur, continue dans son obstination. Lors d’un récent conseil municipal, Dominique Voynet lance « Vous savez, je suis une femme de gauche ». Immédiatement, dans la salle où une centaine de personnes s’était réunie pour venir soutenir notamment le Méliès, ce sont des huées spontanées qui retentissent. Le reste de son intervention est dès lors inaudible. Cette politique n’est en effet en aucun cas digne de la gauche, toutes tendances confondues. D’ailleurs, le 4 février 2013, Dominique Voynet avait rendezvous avec la gauche : une soirée privée était organisée au cinéma Méliès avec la projection du film de Yann Arthus-Bertrand Planète 51


océan, et en présence du réalisateur. Cette séance n’était pas annoncée dans le programme, et l’entrée se faisait uniquement sur invitation. Les réseaux parisiens d’EELV avaient été arrosés de mailsinvitation du Cabinet de la Maire. Une véritable opération de communication politique interne, aux frais des Montreuillois. Jamais le cinéma n’avait été ainsi privatisé, il fallait que cela fut le fait d’une personne dont on soupçonne fortement qu’elle veuille privatiser l’ensemble de l’équipement. Etrange hasard. Ou excellente intuition. Mais que s’est-il passé ce soir-là ? Plus d’une heure et demie avant la séance, des personnes sont déjà devant le cinéma pour protester contre cette aberration: en pleine crise, alors qu’une équipe est en grève, on fait venir d’autres employés pour casser la grève et rendre possible une soirée mondaine et politique ? « C’est indécent. Je n’aurai jamais cru cela possible à Montreuil » dira un vieux Montreuillois présent. De Planète Océan au Titanic, il ne faut qu’un bateau qui coule. Pour éviter de faire sombrer sa réputation politique auprès de ses camarades politiques, la Maire fait immédiatement annuler la soirée. Devant le cinéma, des cris de victoire surgissent. Le rapport de force a basculé, la lutte s’incarne dans la ville et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Le combat se déplace : fin de la grève et prise de relai des citoyens Voyant que les conditions avaient été réunies dans la ville pour que désormais le combat ne soit pas mené uniquement par elle mais aussi par ses nombreux soutiens, l’équipe en grève depuis 46 jours décide de reprendre le travail le 8 mars 2013. Ces 46 longs jours représentent un triste record : du jamais vu dans l’histoire des cinémas 52


en France. Mais c’est aussi une équipe démoralisée et fatiguée qui reprend. Le directeur artistique est, comme on l'a vu plus haut, licencié sans préavis ni indemnités et les deux régisseuses sont affectées contre leur gré dans un autre service. Le contrat d’une des programmatrices n’est pas renouvelé « à cause de la précarité » lui dit-on cyniquement. La Maire se félicite tout sourire de la réouverture du cinéma, raconte à qui veut l’entendre que la crise est réglée, le conflit terminé. Erreur. Les combattants ont simplement changé. Jusqu’à maintenant, Dominique Voynet se battait contre l’équipe du cinéma. Désormais, elle se bat contre la ville, contre les habitants, contre ses électeurs. Le 8 mars, premier jour de réouverture du cinéma, pour célébrer « la reprise à la normale », plusieurs élus et membres du Cabinet de la Maire se rendent le soir à la projection-débat du film Artemisia d’Agnès Merlet, organisée à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Mais ce sont près de 250 citoyens qui les attendent devant le cinéma. Les banderoles annoncent un cinéma à vendre et dénoncent la Maire comme à l’origine d’un véritable « massacre à la tronçonneuse ». Sans pour autant leur empêcher l’accès aux salles, les Montreuillois interpellent ces élus et organisateurs de la casse sociale et culturelle. Profil bas, ces derniers entrent le plus rapidement possible dans le cinéma. A leur coupable silence, la foule répond par des chants et des slogans cinéphiles. Une demi-heure plus tard, le petit groupe de la Mairie est obligé de ressortir : la séance est annulée. Officiellement car leur sécurité aurait été mise en danger par les manifestants, alors même que ceux-ci n’étaient pas entrés dans l’enceinte du cinéma. La véritable raison : Agnès Merlet, la réalisatrice qui devait venir débattre, informée de la 53


situation et signataire de la pétition en soutien à l’équipe refuse catégoriquement de mener le débat. En ressortant du cinéma, Stéphanie Perrier, conseillère municipale en charge du cinéma, attrape une pancarte, l’arrache et la déchire. La foule hue et siffle, elle s’enfuit. Quelques minutes plus tard c’est Mireille Alphonse, ancienne tête de liste du Modem qui a finalement rejoint EELV et qui est présente dans le petit groupe de la mairie qui fait de même. Mais elle jette la pancarte déchirée sur la foule depuis un balcon à 5m de hauteur. Heureusement tous les manifestants ont le temps de s’écarter et personne n’est blessé. L’acte reste choquant. La violence semble être une réponse normale. Les Montreuillois sont scandalisés. Paradoxalement certains ressortent rassurés de cette soirée : « Quand on en arrive à ce point-là, c’est qu’on sait qu’on a tort et qu’on est en train de perdre la guerre », glisse une des manifestantes.

C’est quand les gens partent qu’on prend pleinement conscience de leur valeur Les premières semaines après la réouverture du cinéma sont douloureuses. Et surtout l’équipe est complètement désorganisée. La nouvelle directrice soit disant administrative, Nathalie Hocquard, devient directrice générale, trahissant ainsi la promesse de Dominique Voynet faite en 2012. A partir de cette date, des disfonctionnements importants au sein du cinéma apparaissent. Les horaires de projection sont souvent erronées, le programme du Méliès n’est pas imprimé à temps etc. Et puis vient l'erreur ultime: le 5 avril 2013, après un entretien avec le CNC, il est annoncé à Nathalie Hocquard qu'elle doit cesser toute séance non commerciale. Le système qu'elle a mis en 54


place n'est pas conforme! Ainsi donc même la nouvelle directrice trébuche sur cette comptabilité spécifique, celle qui a valu à l'ancien directeur artistique son licenciement pour faute grave et à deux autres agents leur mutation. Cependant, avec la Mairie, deux poids faisant souvent deux mesures fort différentes, seuls Stéphane Goudet et son équipe auront droit à l'exécution. Avec un bain de boue public avant gracieusement inclus. C’est la pagaille, et au sein de l'équipe, la déprime. Pire, la programmation baisse immédiatement en qualité. Au lieu des nombreux débats et rencontres hebdomadaires, le nouveau programme n’en propose qu’un avec la réalisatrice d’un documentaire sur l’éducation. Lors de ce débat sur lequel nous reviendrons plus tard, la réalisatrice explique qu’elle est une amie de très longue date de la nouvelle directrice Nathalie Hocquard. Un seul débat, une réalisatrice, une amie. La seconde invitée, c'est Catherine Pilon, première adjointe de Dominique Voynet. Dans la salle, un spectateur demande si tous les débats se feront désormais avec des élus... Bienvenue dans le nouveau Méliès. Alors que le Méliès s’appauvrit de jour en jour et que sa fréquentation s'effondre (-1000 entrées sur la seule première semaine d'avril par rapport à 2012), les rendez-vous collectifs « Méliès Ephémères » continuent à rassembler toujours plus de monde. De nouveaux lieux proposent spontanément d’accueillir ces moments de citoyenneté et de lutte. La troisième et la quatrième édition se font hors de Montreuil : en mars à l’espace 1789 à Saint-Ouen, et en avril à l’Arlequin à Paris. Malgré la distance, les Montreuillois sont nombreux et les spectateurs se comptent en centaines. C’est à chaque fois un succès et souvent de grands moments d’émotion. Lors de la troisième 55


édition le 3 avril à l’espace 1789, le film La Saga des Conti de Jérôme Palteau est projeté. Le film raconte la fermeture de l’usine de pneumatiques "Continental" de Clairoix et le parcours des 1120 salariés qui se battent jusqu’au bout pour sauver leur emploi, leur reconnaissance et leur honneur. Le débat qui s’en suit, notamment en présence du réalisateur et de l’acteur principal Xavier Mathieu est tellement émouvant que plusieurs personnes fondent en larmes, parmi les intervenants comme dans la salle. Dans la lutte des ouvriers de Continental que le film raconte, comme dans la lutte de l’équipe du cinéma Méliès, une question terrible se pose : à quel moment des hommes et des femmes de pouvoir s’attribuent-ils le droit d’abattre celles et ceux qui les entourent pour arriver à leurs fins, même s’il faut pour cela utiliser des méthodes immorales, à abimer des femmes et des hommes et à détruire une quantité phénoménale de valeur ? Affreux, sales et méchants : le calendrier parodique… et subliminal ! Lorsqu’on atteint de tels bas-fonds, l’humour est une arme et un bouclier à la fois. Un éclat de rire comme réponse à l’ignoble. C’est tout l’objet du calendrier qui paraît début avril 2013, publié par l’équipe. Revenons sur cette parenthèse de bonheur inespéré dans une lutte harassante. Pendant toute la durée de la grève record de 46 jours, l’équipe a été accueillie dans les locaux de la CGT Territoriaux à la bourse du travail de Montreuil. Présents tous les jours de 9h à 18h, les grévistes s’y retrouvent pour décider de la suite de leurs actions et pour les organiser. Caroline Carré, chargée de développement des publics pour le cinéma et gréviste raconte : « Si nous n’avions pas eu ce lieu de

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rassemblement quotidien, jamais nous n’aurions pu faire tout ce que nous avons fait. Nous devons beaucoup à leur accueil ».

Assez rapidement vient l’idée de faire une action qui soit mémorable, qui remotive et qui, il ne faut pas l’oublier, ramène un peu d’argent dans la caisse. L’idée de vendre un calendrier naît ainsi. Il est d’abord question de parodier le célèbre calendrier des Dieux du Stade dans lequel des rugbymen sont photographiés nus dans des poses lascives. Mais la proposition est rapidement abandonnée, très certainement à la grande déception de toutes les Montreuilloises et Montreuillois qui auraient adoré accrocher un tel objet dans leur salon, à côté de la photo de famille. Une alternative est trouvée : parodier des affiches de films (en excluant ceux de Larry Clark et de Virginie Despentes). La photographe Véronique Guillien propose tout de suite de mettre son professionnalisme et sa créativité à l’œuvre. Le premier shooting est une vraie expérience et se déroule dans les locaux de la bourse du travail, sans autre moyen que l’imagination et le talent. Trois affiches en sortent dont celle parodiant Psychose (mois d’Août) qui est faite dans les toilettes des locaux de la CGT. La ressemblance est frappante et provoque… le rire. LE RIRE ! Enfin l’équipe rigole, se détend, pense à quelque chose de joyeux. Après ce premier essai, tous veulent être sur le calendrier.

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Trois autres shootings sont faits, les grévistes viennent avec des sacs d’accessoires et de déguisements. Certains objets, comme l’arc dans l’affiche de Rebelle (mois de septembre), sont fabriqués et apportés par d’autres services de la ville qui entendent parler de l’expérience. C’est la résistance générale par le biais de l’humour et de la parodie. Caroline Carré en parle encore en riant « Quel bonheur on s’est apporté ! C’était un des moments les plus jubilatoires de la lutte. Ce calendrier est le reflet de ce qu’on a ressenti à ce moment ». La qualité du travail produit est impressionnante. Pour ne prendre comme exemple que l’affiche de Lost in Translation, incarné par Stéphane Goudet, en plus de l’éclat de rire, c’est un véritable discours 58


subliminal (oui !) qui semble être tenu: ce film raconte l’histoire d’un acteur américain qui arrive à Tokyo et subit de plein fouet un choc culturel qui l’amène jusqu’à l’isolement.

Affiche réelle et parodique du film Lost In Translation

Sur l’affiche parodique, la tour Franklin de Montreuil remplace les gratte-ciel japonais. C’est le choc culturel entre une vision du cinéma de qualité accessible à tous dans le cadre d’un service public assumé, et entre une vision mercantile et politicienne qui cherche le 59


profit. L’isolement ici se manifeste par le licenciement du directeur artistique, le non renouvellement d’un poste et par la mise à l’écart des deux régisseuses. Aujourd’hui, le cinéma Méliès oscille entre deux identités, comme ce lit en arrière-plan des deux affiches : un lit intime dont la couette non repassée donne le sentiment d’être chez soi (comme un cinéma municipal à la programmation non lissée où l’on se sent bien) ; et un lit d’hôtel impersonnel et bien bordé (comme un multiplexe privé et commercial). Qui a vu le film sait qu’il s’agit bien d’un hôtel, et qui a suivi l’affaire Méliès à Montreuil sait désormais qu’il s’agit bien de faire du cinéma municipal un multiplexe privé et commercial. Les calendriers, tirés à 500 exemplaires et vendus 10€, se vendent comme des petits pains. Nous encourageons vivement le lecteur à s’en procurer un pour lui et pour chaque membre de sa famille. Soutenir la lutte c’est aussi acheter des calendriers humoristiques pour décrisper belle-maman. Vous pourrez même lui faire remarquer que le calendrier se termine en mars 2014, lors des prochaines élections municipales… Fin de calendrier, fin de crise, fin d’une municipalité assassine ? En voilà un beau message subliminal !

Le C-ISM, ou le tremblement de... Maire Naissance et premiers pas du Collectif Indépendant des Spectateurs du Méliès : C-ISM Comme on l’a vu, les Méliès Ephémères sont l’occasion d’alimenter le combat en nouvelles réflexions et d’élargir à chaque fois 60


la base du mouvement. L’un de ces rassemblements va d’ailleurs provoquer un choc sismique dont les déflagrations répétées vont se faire ressentir jusque dans les hautes sphères de la Mairie. Le 24 février 2013, à l’occasion du Méliès Ephémère #2, quelqu’un dans la grande assemblée lance une idée: « Pourquoi ne pas créer un collectif qui représenterait les citoyens qui veulent se battre pour la défense du Méliès ? » En effet, jusqu’à ce jour, on comptait comme force identifiée : 

 

Les syndicats, notamment à travers la CGT Territoriaux qui suit, soutient et organise depuis le début la lutte au plus près de l’équipe. L’associatif, avec Renc’Art au Méliès, forte de ses 450 adhérents Les politiques, avec les prises de parole des élus de l’opposition, des communiqués réguliers et avec les actions de terrain du CCM / Ma Ville J’y Crois (dont ce livret est un bon exemple). Mais les « simples citoyens » n’ont pas encore été clairement identifiés dans le rapport de force avec la Mairie, alors qu’ils représentent une force considérable dans la mobilisation. Au micro, Stéphane Goudet répond à cette remarque que ce serait en effet une bonne idée et qu’il faudrait l’organiser: la grève ne peut pas durer indéfiniment et l'équipe aura bientôt besoin du relais des spectateurs. Une femme au premier rang lui lance « Faisons le tout de suite ! ». Tous ceux qui veulent organiser ce collectif indépendant se lèvent et se retrouvent pour échanger leurs contacts. Le Collectif Indépendant des Spectateurs du Méliès, le C-ISM, vient de naître.

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Ce collectif a en effet pour objet d’organiser des actions concrètes qui jalonnent la lutte contre la municipalité et d’établir avec cette dernière un rapport de force tel que les élus de la majorité soient contraints d’accepter les conditions d’un retour au calme : 

Le retour de l’équipe du cinéma au complet (le directeur artistique licencié et les deux régisseuses mutées ainsi que le retour de la programmatrice dont le contrat n’a pas été renouvelé)  La publication du futur projet culturel concernant le nouveau Méliès, afin de savoir quelle politique culturelle la Mairie compte mener dans notre ville Dans le cas où ces deux conditions seraient réunies, le C-ISM se dissoudrait immédiatement. Sa force émane des éléments qui le composent : des citoyens libres et décidés à le rester, des Montreuilloises et Montreuillois prêts à défendre jusqu’au bout leur cinéma, des hommes et des femmes qui ont compris que s’ils ne résistaient pas, la chute du Méliès ne serait que le premier domino d’une longue enfilade jusqu’à la remise en cause de toute politique culturelle indépendante. Son hétérogénéité fait sa force, sa structure agile et mouvante l’empêche de rentrer dans des cases. Véritable OLNI (Objet Luttant Non Identifié), il échappe à tout contrôle de la Mairie. Son mouvement est perpétuel car c’est ce qui le constitue. Le C-ISM est une onde de choc. La première réunion du collectif se tient le 27 février au bar du Mange Disc, rue de Romainville à Montreuil. Les idées d’action fusent. Le mouvement se met en place. Dès lors, ce sont des rendez-vous 62


hebdomadaires qui vont être tenus, afin d’organiser toutes les actions et de créer des supports de communications spécifiques comme des tracts, affiches, badges etc. Les citoyens-militants se relaient pour coller et distribuer. Une pétition est lancée ainsi qu’un blog régulièrement mis à jour. La première action du C-ISM est de rédiger un tract faisant le point sur la situation au Méliès, le refus de dialogue de la part de la mairie et surtout le cynisme de celle-ci face à la souffrance au travail engendrée par cette crise. Le tract lance un appel au rassemblement devant le cinéma pour le jour de sa réouverture le 8 mars, avec le succès qu'on a vu plus haut. Sur place, le C-ISM en profite pour demander à être rencontré par Stéphanie Perrier, conseillère municipale en charge du cinéma. Nous répétons à chaque fois sa fonction car bien que le Méliès soit un sujet évoqué à chaque conseil municipal, on n’entend jamais cette élue. Il semble plus prudent de rappeler à chaque fois sa fonction, ou plutôt, devant sa faible implication et son travail transparent, son « titre honorifique ». Un rendez-vous est fixé au 15 mars matin. La veille au soir elle annule par SMS. Face à ce refus de dialogue, le C-ISM décide d’organiser une action mémorable : l’occupation du cinéma.

Pyjama-Méliès pour le Printemps du Cinéma Le samedi 16 mars 2013, la veille du Printemps du Cinéma, le plus grand des hasards réunit près de 80 personnes à la séance de 20h30, dans la grande salle 1. C’est aussi par le plus grand des hasards que 63


tous sont chargés de gros sacs à dos comme s’ils avaient prévu de passer la nuit sur place. Tiens, et pourquoi pas ? A la fin du film, personne ne bouge. A la fin du générique non plus. Les lumières se rallument. Personne ne semble décidé à partir. Un vote est organisé : l’occupation hic et nunc du cinéma est votée à l’unanimité. L’ambiance est festive mais déterminée. Quelqu’un a apporté des enceintes, on joue des musiques de film, on discute de son engagement, des suites de l’action, de la politique générale de la ville à l’image de la crise du cinéma. Le réalisateur Jean-Pierre Thorn fait un mémorable discours sur les cinémas indépendants en France sur lequel nous aurons l’occasion de revenir plus loin. Puis vers 23h, la police nationale arrive. Le Chef de la police entre dans la salle et demande « Qui est le représentant de votre mouvement ? ». La salle répond spontanément « Personne et tout le monde! ». C’est la force du C-ISM. Aucun leader, donc impossible à manipuler. Plusieurs personnes expliquent à la police que cette occupation est pacifique mais qu’il n’est pas pour autant question d’abandonner devant le premier képi. Arrive alors le Directeur Général Adjoint de la Mairie, Gilles Hayoun, en charge des exécutions. Stupéfait par l'action, il refuse d'écouter les revendications du C-ISM. Peu avant minuit, le Chef de la police revient annoncer aux spectateurs que la Maire de Montreuil Dominique Voynet a sollicité le préfet de Seine-Saint-Denis pour qu’il fasse évacuer manu militari la salle. A ce moment surgit Nathalie Hocquard, escortée de 6 policiers. Elle traverse la salle sous les huées et va ouvrir de l’intérieur les portes de secours à la police. Si, en février, on pouvait encore lui accorder le bénéfice du doute sur sa position dans cette affaire, aujourd’hui les 64


choses sont claires. Véritable femme de main de Dominique Voynet, elle participe activement à la casse du cinéma et de l’équipe qu’elle dirige désormais. Il suffit de voir comment, même devant les spectateurs, celle-ci s’adresse aux employés anciens grévistes : par le mépris et l’agressivité. Plutôt que de se mettre à l’écart dans un conflit entre la Maire et les Montreuillois, la nouvelle directrice du Méliès décide de jouer le jeu de l’escalade de la violence et la radicalisation du conflit. Une fois les issues de secours ouvertes par ses soins, ce sont plus de 40 policiers qui encerclent les manifestants au nombre de 74 à ce moment-là. Comme dans les contes, les douze coups de minuit sonnent et c’est à ce moment que la police commence l’évacuation. Malgré quelques incidents (le réalisateur Jean-Pierre Thorn fut trainé sur 50 mètres), l’évacuation se fait globalement dans le calme. Un par un les manifestants sont saisis, ceinturés, portés jusqu’à la sortie. Pendant ce temps les autres chantent, réunis au centre et accrochés les uns aux autres, solidaires. Il faudra près d’une heure pour évacuer tous les manifestants. Les expulsés restent à l’entrée du cinéma et entonnent des chants de soutien pour leurs confrères de lutte encore à l’intérieur. Emmanuel Cuffini, élu délégué à la culture dont nous avons déjà parlé, regarde le début de l’évacuation au loin, alors qu’il sait, comme nous tous désormais, la part de responsabilité qu’il a dans cette affaire. Bilan de la soirée : 2h de discussions et d’échange entre Montreuillois, 1h de chants, le privilège d’être porté par 3 policiers nationaux et surtout de nombreux articles et communiqués le lendemain. Les médias commencent en effet à couvrir de plus en plus 65


souvent les événements et les actions menées par les défenseurs du Méliès.

Dignes de l’échelle de Richter Fort de ce succès, le C-ISM organise d’autres actions : le 20 mars le collectif investit le conseil de quartier Centre-Ville qui se tient ce jour-là en présence de la Maire. Des questions lui sont posées, mais, agressive, elle refuse de répondre et de recevoir une délégation. En parallèle, les réunions hebdomadaires continuent. A l’une d’entre elles il est décidé de profiter du prochain conseil municipal pour rappeler que la lutte continue. Des masques de personnages, acteurs et réalisateurs célèbres de film sont fabriqués. Le jour-J, un grand groupe de personnes arrive à la Mairie. Mais la Maire a prévu un comité d’accueil impressionnant: pas moins de 14 policiers et agents de sécurité fouillent chaque personne. La plupart des masques sont interceptés, et 3 Montreuillois sont refusés d’accès au conseil. Dans la salle, les défenseurs du Méliès ont une surprise : ils ne sont pas les seuls protestataires. D’autres personnes sont là pour dénoncer un projet d’aménagement urbain précaire et illégal imposé par la Mairie, d’autre pour la mauvaise gestion du dossier de l’hôpital par la Maire etc. Il y a aussi une trentaine de sans-abris que la Mairie a refusé d’héberger, alors même qu’en pleine période de vacances scolaires, des gymnases peuvent être ouverts provisoirement surtout quand des personnes dorment dehors dans la neige. Les sujets de mécontentement sont nombreux. La ville gronde. Au bout de deux heures, quand il est question du cinéma, les défenseurs du Méliès se lèvent et ceux qui ont réussi à dissimuler leur 66


masque l’ajustent : des Alfred Hitchcock, Marylin Monroe, Batman, Jean-Luc Godard apparaissent dans la salle. A chaque mensonge proféré par la Maire, le public siffle. Peu de phrases restent ininterrompues… Cette action symbolique a eu pour effet de montrer que le collectif indépendant était capable de rassembler de nombreuses personnes, même sur le long terme et d’organiser des actions efficaces. La Mairie en prend bonne note et se résigne à rencontrer le C-ISM, alors même que l’association Renc’Art au Méliès, qui demande aussi à être reçue, n’a pas de réponse de la Mairie depuis des mois et que le Conseil du Cinéma n’a toujours pas été convoqué malgré les multiples demandes. C’est désormais clair : pour rencontrer les élus de cette ville, il faut être une menace. Seul le rapport de force est compris et entendu par Dominique Voynet qui semble mépriser toutes les instances de démocratie locale. Un petit groupe représentatif du C-ISM de 6 personnes se constitue. Ils se réunissent en amont pour bien connaître le dossier et font leurs propres recherches, indépendants jusqu’au bout. La rencontre se fait à la Mairie le 2 avril à 18h, en présence du directeur de Cabinet Sébastien Maire, de son adjoint Christophe Leikine et de Stéphanie Perrier, conseillère municipale en charge du cinéma. L’échange est long (3h30) mais malheureusement pauvre. Persuadés qu’ils pourraient facilement faire changer d’avis ces simples Montreuillois, les élus se retrouvent face à des personnes averties. Il arrive même à deux reprises que ce soit au C-ISM d’expliquer des points importants du dossier. Toutes les questions sont posées, mais peu de réponses franches et directes sont données. On leur répond qu’un second rendez-vous sera nécessaire pour les leur apporter. 67


Quand le C-ISM relance la Mairie pour fixer une date, on leur répond que le Collectif n’est pas à l’écoute. Ou pas assez soumis… Le Collectif Indépendant des Spectateurs du Méliès organise aussi des actions qui visent à réinvestir le lieu même du cinéma. Si certains annoncent publiquement qu’ils refusent d’y aller, aucun appel au boycott n’est fait. Après tout, ce cinéma est celui des Montreuillois, et le meilleur moyen qu’il le reste est de l’investir. C’est dans ce sens que le mardi 16 avril 2013, le C-ISM appelle les Montreuillois à participer au seul débat programmé à la suite d’une projection. Ce débat, animé par Nathalie Hocquard, se fait en présence également de la 1er adjointe de Dominique Voynet, Catherine Pilon, élue déléguée à l’éducation et à l’enfance et également de Stéphanie Perrier, conseillère municipale déléguée au cinéma. Le débat sur le film commence avec une question de Nathalie Hocquard à la réalisatrice : « Avez-vous filmé toute l’année dans l’école ? ». Or le documentaire qu’elle vient pourtant de voir (et qu’elle dit en introduction avoir vu trois fois) se déroule sur l’ensemble de l’année scolaire, de la rentrée au printemps, et le défilement des mois est affiché à chaque fois. La question, en plus d’être peu intéressante, n’est pas pertinente et la salle éclate de rire. Le niveau des débats n’est vraiment plus le même depuis le départ de Stéphane Goudet et Bénédicte Hazé. Venus, une fois de plus, nombreux à l’appel du C-ISM, des Montreuillois posent des questions avisées sur la politique culturelle à Montreuil. Plusieurs enseignants interpellent Catherine Pilon sur la nette dégradation des accompagnements pédagogiques et des modules d’éducation à l’image, sur la disparition des présentations de films pour les séances scolaires, sur les 14 minutes de publicité qui précédent désormais les séances. Le ton monte rapidement quand elle 68


s’étonne de « tant de violence ». Un spectateur fait remarquer que la violence ne vient certainement pas des Montreuillois mais de la Mairie qui s’acharne contre sa ville et ses habitants. La ville souffre et le cinéma en est l’un des exemples les plus flagrants, les plus visibles. Le C-ISM, de concert avec l’association Renc’Art au Méliès, continue à mobiliser très largement. Le surlendemain de cette action, c'est l'association Renc’Art au Méliès qui prend le relais. À l'issu de la projection Le Temps de l'aventure de Jérôme Bonnell, un débat non programmé et non officiel se fait dans la salle avec le chef opérateur du film, Pascal Lagriffoul, et Stéphane Goudet. La salle est pleine. Le C-ISM a d'ores et déjà donné un autre rendez-vous au Méliès le 14 mai au soir à l'issu de la projection du film Entrée du personnel de Manuela Frésil. Ce soir là, suite à un problème technique le film est diffusé avec plus de 2h30 de retard. En attendant, un débat animé se fait spontanément entre les spectateurs, le C-ISM et la réalisatrice. On parle de souffrance au travail à Montreuil et de la casse du cinéma. Est également invité à s’exprimer Jean-Pierre Brard, ancien Député Maire de Montreuil et candidat contre la Maire sortante pour les élections de 2014. Il propose alors en cas d’élection de garantir l’indépendance de la programmation du cinéma face à la Mairie par l’intermédiaire du Conseil du Cinéma de Montreuil qu’il avait créé quelques années auparavant. Cet acte fort et validé en Conseil Municipal et à la Préfecture permettra d’éviter que de telles crises d’ingérence du politique dans le culturel se produisent de nouveau. Intervient également le nouveau député, Razzy Hammadi (PS). Lors du Méliès Ephémère du 24 février, il avait déjà qualifié de 69


« totalitaires » les méthodes de Dominique Voynet (mais dans le journal municipal Tous Montreuil du 29 janvier 2013 avait dit « aller au combat » avec elle…). Une des membres du C-ISM lui demande d’interpeler le gouvernement à ce sujet lors de la séance des questions sans débat à l’Assemblée Nationale. Razzy Hammadi propose plutôt de poser une question écrite au gouvernement. Bien que la seconde solution soit moins visible et moins engageante, l’important est là : le Méliès devient une affaire nationale. Pendant ce temps, Emmanuel Cuffini, élu délégué à la culture dont nous avons déjà parlé, fume dehors. Des Montreuillois l’interpellent et lui demande de venir débattre avec la salle. Sa réponse : « Je déciderai moi-même de quand sera mené le débat. De toutes les façons le Méliès, tout ça, c’est derrière moi ». Attention au choc pour qui avance à reculons… La prochaine grosse journée officielle d’action aura lieu le 8 juin 2013 à l'initiative conjointe du C-ISM et de Renc’Art au Méliès. Plusieurs événements seront organisés. Le lecteur pourra se tenir informé sur les blogs mentionnés en fin d’ouvrage ou auprès de nous.

Renc’art au Méliès, l’asso gardienne du trésor Pourquoi une association prend-elle part à ce combat ? Résolument indépendante, affranchie de toute couleur politique ou syndicale, Renc’Art au Méliès aurait pu attendre sagement que le conflit prenne fin pour ne pas se retrouver entre deux feux. Jacqueline Jalladeau, la précédente présidente avait tout fait pour établir un dialogue avec la Mairie, et ceci dès la première crise en 2012 (sur le mauvais traitement au travail). Echec. La Mairie n’entend rien d’autre 70


que son propre discours. Pourquoi a-t-il donc fallu que la position de Renc’art au Méliès se radicalise jusqu’à prendre officiellement la défense du cinéma ? Marie-Madeleine Cornières, nouvelle présidente de l’association explique : « Tout simplement parce que c’est écrit dans nos statuts, et que c’est l’objet même de notre association créée en 2002. Nous avons pour mission de défendre un cinéma municipal d’art et essai. Aujourd’hui le caractère municipal est potentiellement remis en cause, et les labels art et essai seront perdus si la programmation continue sur le modèle de celle qu’on voit depuis la réouverture du cinéma après la grève ». En prenant part à la lutte, Renc’Art au Méliès ne fait que respecter sa raison d’être et la volonté de ses quelques 350 adhérents, ce qui en fait une des associations les plus importantes de la ville. Dominique Voynet, qui espère affaiblir cette association avant de porter le coup de grâce au cinéma, répète publiquement à plusieurs reprises que l’association est pilotée par un groupuscule de surexcités, hyper-politisés, et qui manipulent tous les adhérents. Rien de moins. Qu’en est-il en réalité ? Une bonne manière de la savoir est d’observer ce qu’il s’est passé lors de la dernière Assemblée Générale de Renc’Art au Méliès, le 28 février. Réunis au théâtre Berthelot dans une salle bien remplie, les adhérents ont du élire un nouveau Conseil d’Administration. 21 candidats pour 20 places. Chaque candidat a pu exprimer les raisons pour lesquelles il souhaitait entrer au CA. Tous sont allés dans le sens du combat qui avait été mené jusqu’à présent pour le Méliès, tous sauf une personne : Jacqueline Jalladeau, l’ancienne présidente qui avait démissionné en décembre 2012 quand les adhérents avaient demandé une prise de position plus claire contre la Mairie. Les résultats du vote sont sans appel : seule Jacqueline Jalladeau n’est pas réélue. Les adhérents veulent que leur association 71


défende le cinéma. S’il faut lutter, que cela soit fait ! On ne peut plus faire croire qu’une minorité pilote le navire. Fin de la discussion. Pour autant, Renc’Art au Méliès a des objectifs et des missions qui ne sont pas celles du C-ISM. Une association ne peut pas se permettre de faire certaines choses qu’un collectif comme le C-ISM peut faire. Les deux forces se partagent le travail. Certaines actions sont faites en commun (comme la journée du 8 juin 2013), d’autres non (comme l’occupation du cinéma du 16 mars). De nombreux adhérents de Renc’Art au Méliès font aussi parti du collectif, mais à titre personnel. La diversité et la détermination sont sans nul doute les deux plus grands atouts des défenseurs du cinéma. Fin avril, Dominique Voynet tente une énième fois d’asphyxier l’association Renc’Art au Méliès. Elle aurait en effet poussé à la création d’une nouvelle association concurrente avec laquelle la Mairie passerait une convention, tentant ainsi de rendre caduque Renc’Art au Méliès. Affaire à suivre.

Miroir, mon beau miroir… Plan com’ et éléments de langage Au conseil municipal du 31 janvier 2013, Dominique Voynet déclare : « Je ne cherche pas à convaincre, je cherche à faire voter ». Joli résumé de la démocratie à Montreuil. Mais rapidement, le cabinet de la Maire va donner l’alerte. La popularité de la Maire est en chute et les sondages-tests à un an des élections municipales ne sont pas favorables. Il faut revoir tout le plan com’. Pourtant Dominique Voynet, ancienne Ministre très controversée, est habituée à la presse et à soigner son image. Dans ce grand cirque, il devient de plus en plus 72


difficile pour les chargés de communication de la Maire de faire tourner toutes les assiettes en équilibre en même temps : de plus en plus basculent et se brisent au sol. La mairie fait donc appel à une agence de communication. Pour une somme estimée à 200 000€, payée par le contribuable, l’agence doit « consolider le positionnement de Montreuil ville écologique et sociale ». Tâche difficile dans une ville où on coupe des arbres centenaires, bétonne des parcs et refuse l’hospitalité à des gens dormant dans la neige. Un des effets visibles de ce nouveau plan com' est une petite présentation animée sur Internet. Essayant de justifier les actions de la Mairie, le document n'hésite pas à distordre la réalité notamment en brouillant les pistes entre la nature des enquêtes. Quand les élus de la majorité évoquent cette présentation en réunion publique ou en commentaire dans les blogs, ils se réjouissent que "des cinéphiles" osent enfin prendre la parole haut et fort. Des cinéphiles? Étrange... et mensonger. Tout internaute attentif pourra facilement remarquer que la première fois qu'il est question de cette présentation, c'est dans un tweet de Corinne Rufet, vice présidente EELV de la région Île-deFrance. Et la seconde fois... par Laurent Payet, toujours sur Twitter. Qui est cet homme? Titulaire d'une maîtrise en communication obtenue à l'université Paris XIII, il aurait été le conseiller de Jean-Pierre Chevènement, Ségolène Royal et, semble-t-il, Jean-Vincent Placé. Un spin-doctor, venu réveiller l'anesthésiste qu'est Dominique Voynet? Voilà donc les "cinéphiles" de Montreuil! Les actions des véritables cinéphiles qui défendent l'équipe sont en revanche occultées. Le journal municipal Tous Montreuil (plus connu sous le nom Les Nouvelles de Pyongyang) ne fait pas une seule mention, même succincte, de la longue crise du cinéma. Pourtant il 73


suffirait d'enlever une des 12 photos de la Maire dans un récent numéro pour avoir la place de le faire. Plus troublant, sur le site internet de la ville, la vidéo du conseil municipal du 28 mars 2013 est bloquée au ciblage pendant les 11 premières minutes. On ne peut pas passer directement à un passage précis, ni revenir en arrière. Qu'essaye-t-on de dissimuler? À 8min30 du début, Jean-Pierre Brard et Cheikh Mamadou, deux élus du CCM /Ma Ville J'y Crois, distribuent le petit livret Mélièsez-vous à tous les élus présents. Pendant tout le conseil les petites couvertures jaunes (première édition) se voient cependant sur les tables à l'écran. Pour tout lecteur qui aurait du mal à penser que cela a été fait en connaissance de cause, il convient de rappeler que pendant le seul mois de décembre 2012, les blogs Le Cri du Peuple et Montreuil Autrement ont été censurés sur les serveurs de la Mairie, tout comme une émission de la radio locale Michto Ma Radio (93100FM) pendant laquelle il était question du triste conseil municipal où un élu de l'opposition a été agressé par un autre de la majorité.

La presse en parle La situation à Montreuil est tellement délétère que malgré le nouveau plan de com’, de plus en plus de médias commencent à publier des articles, suppléments spéciaux, enquêtes, etc. sur l’ « incompétence » des élus de la majorité à Montreuil. Médiapart ouvre le bal des enquêtes de fond en titrant le 24 février 2013 : « Tout va très bien à Voynetgrad ». Le journaliste détaille par le menu tous les graves dysfonctionnements dans la ville et revient sans complaisance sur l’affaire Méliès et le « harcèlement systématique » de la mairie. Puis de semaines en semaines paraissent de plus en plus d’articles 74


dans la presse régionale et nationale sur l’état lamentable de la ville à tout niveau : social, santé, propreté, emploi, souffrance au travail à la Mairie, urbanisme, logement… A chaque fois, l’affaire Méliès sert de porte d’entrée dans les cuisines d’une politique municipale terrifiante. Le dernier en date, c’est L’Express qui en fait sa une le 24 avril 2013 : « Montreuil : Voynet est-elle à la hauteur ? ». Huit pages d’enquête édifiantes. Une des buralistes confie : « C’est notre meilleure vente depuis des années. Les gens disent qu’ils n’en peuvent plus d’elle, qu’elle a tout saccagé dans la ville et qu’ils sont heureux que ce soit enfin dit haut et fort ». Notre lecteur, très certainement curieux de lire in extenso quelques-uns de ces articles pourra les retrouver sur l’un des trois blogs mentionnés en fin d’ouvrage. Mais nous ne résistons cependant pas à la tentation d’insérer dans ce livret l’article du Canard Enchaîné, 13 mars 2013. Tout commentaire serait superflu. Cet article déclenche au Cabinet de la Maire une tornade, ce que l’on peut facilement comprendre. Une longue réponse de Dominique Voynet est adressée au journal, tentant vainement de justifier l’injustifiable. Le Canard Enchaîné accorde de nouveau le 17 avril 2013 une petite colonne au Méliès, expliquant : « Dominique Voynet n’a pas aimé l’article consacré à son conflit avec la direction du cinéma Méliès ». La colonne se termine ainsi : « Voynet (…) a utilisé cette histoire comme une machine de guerre ». Les Montreuillois se sentent enfin entendus.

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Article du Canard Enchaîné, 13 mars 2013 76


Montreuil, symbole d’une lutte nationale Notre-Dame-du-Méliès De nombreux cinéastes continuent à apporter leur plein et entier soutien à l’équipe du Méliès. Bertrand Tavernier profitera d’une interview de lui sur France Info le 12 avril pour déclarer : « Je soutiens le combat du Méliès à Montreuil contre la décision imbécile, détestable de Dominique Voynet ». Une pétition est lancée par Solveig Anspach, Dominique Cabrera, Robert Guédiguian et Dominik Moll. Les mêmes signent un texte fort intéressant publié sur Médiapart le 16 avril dans lequel ils reviennent sur la crise du cinéma indépendant en France. Extrait : « Ce qui vient de se passer à Montreuil doit être replacé dans un contexte national : comment ne pas voir combien les salles indépendantes les seules diffusant la diversité du cinéma – sont menacées par la concentration de l’exploitation distribution qui construit sans cesse à leurs portes des « multiplexes », leur faisant une concurrence impitoyable et leur retirant les films Art & Essai « porteurs » qui jusqu’ici leur assuraient une gestion équilibrée et leur permettaient de programmer à côté les 400 autres films aux sorties plus modestes: citons les menaces contre les Studios de Tours (salle historique fêtant récemment ses 50 ans) soutenus par une pétition de 12 000 spectateurs ; le Sémaphore de Nîmes... comme jadis le CNP Odéon, joyau de « l’Art & Essai » lyonnais, vendu en 2009 à un fonds de pension américain par un « patron voyou » qui déménagea sièges et projecteurs durant la fermeture d’août et licencia son directeur pour « manquement au devoir de réserve » !... Sans omettre le combat du public qui soutint en 2008 l’extension du Méliès de Grenoble auquel la « commission d’aide sélective à la rénovation de salles » refusa son soutien parce que ce projet passant de 96 à 524 places risquait

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sans doute de faire «concurrence déloyale» à Europalace totalisant 82% des entrées grenobloises?! »

La suite de l’article, que nous recommandons vivement au lecteur, donne les clés pour comprendre comment les petits cinémas comme le Méliès se font un à un dévorer. Le cas du Méliès est très spécifique à Montreuil mais on comprend soudain l’actuelle tendance de fond. Vendre le Méliès serait dans l’air du temps, il faut donc redoubler de vigilance, surtout quand à la tête de la ville se trouve une Maire qui saute un peu trop vite de modes en modes. Un exemple ? Jacques Auxiette, le président PS du conseil régional des Pays de la Loire a récemment rappelé qu’ « avant de manifester publiquement contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Dominique Voynet, lorsqu’elle était ministre de l’Environnement, avait confirmé l'utilité et l'importance de cette plate-forme aéroportuaire ». Après vérification, elle avait en effet déclaré le 30 octobre 2000 à l'Assemblée nationale :

« La desserte aérienne des métropoles régionales est bien trop tributaire du passage par Paris. [...] Il s'agit là d'un élément clé pour l'avenir de ces métropoles, qui apparaît d'autant plus indispensable que monte en puissance la perspective de la saturation des aéroports parisiens [...] ». Visiblement la cohérence politique n’est pas l’attribut de tout le monde.

Un cinéma prêt à être vendu Dès que l’attention sera détournée, ou, pire, si les défenseurs du Méliès baissent les bras, le cinéma peut être vendu par la Mairie. 78


Nous l’avons déjà évoqué plusieurs fois dans ce livret. Pourquoi avonsnous raison de nous inquiéter ? Voilà quelques éléments de réflexion : le cinéma actuel est géré par une équipe de 14 personnes. Mais il est prévu que le nouveau cinéma, avec le double de salles (six), soit géré par le même nombre de personnes. Techniquement c’est impossible : il manquerait au moins un assistant de caisse et des ouvreurs pour fonctionner correctement. A moins que… une partie de l’accueil soit automatisée, par exemple avec des bornes d’achat de billet. Cette possibilité est proposée spontanément par Nathalie Hocquard, la nouvelle directrice, lors d’une réunion de travail en novembre 2012. A part le fait que ces bornes déshumaniseraient un lieu culturel municipal où il faisait encore bon aller il y a quelques années, c’est un signe supplémentaire de la vision à plus long terme que Dominique Voynet a pour ce cinéma : un lieu rentable sans subvention d’équilibre, bien situé géographiquement, avec peu de personnel et dont l’équipement est déjà optimisé pour être tenu avec un minimum d’employés. Une personne qui travaille au siège d’une des grandes chaînes françaises de cinéma nous confie, après avoir regardé les perspectives commerciales sur ce territoire, que ce serait en effet une excellente affaire. Quant à la programmation… il suffit de voir la différence abyssale entre celle avant la crise et celle d’aujourd’hui pour se convaincre que le danger est bien réel.

Quand on veut tuer son cinéma, on l’accuse d’avoir la rage Bien évidemment, jamais Dominique Voynet ne pourrait proposer la privatisation du cinéma de manière aussi frontale. Nous le disions en début d’ouvrage : pour justifier sa vente, il faut organiser les conditions de son échec. Quand les six salles seront ouvertes, si la 79


programmation n’est pas excellente, si l’animation et les événements n’y sont pas exemplaires, si les avant-premières ne sont pas nombreuses, si la mairie n’appuie pas de tout son poids pour soutenir le projet et le pérenniser, évidemment que ce plus grand cinéma municipal d’art et d’essai sera un fiasco et deviendra un cinéma de banlieue banal dans un corps de géant. Ce sera alors le bon moment pour dire que c’est un puits sans fond dans les finances de la ville, que ce n’est pas le rôle de la collectivité, qu’on devrait peut-être s’en séparer. Il n’y aura alors plus personne dans la ville pour défendre un échec, même s’il avait été programmé. Pour Dominique Voynet, même une salle art et essai devrait rester du domaine privé. L’exemple à imiter, ce sont les cinémas Utopia, réseau français de cinémas indépendants dont la co-fondatrice Anne-Marie Faucon est politiquement très engagée auprès des Verts (elle se présente aux législatives de 2012 comme suppléante d’Alain Refalo (EELV) sur la 6e circonscription en Haute-Garonne). Supprimer la subvention d’équilibre du cinéma, comme il en a été plusieurs fois question au cours des dernières années, c’est faire le premier pas vers la privatisation. Déjà en 2000, Geneviève Houssaye, la directrice du cinéma quand c’était encore une association, déclarait à Libération dans une interview du 18 novembre : « L’alternative à cette subvention d’équilibre consisterait à faire plus d’entrées et donc à perdre notre vocation à défendre des cinématographies peu diffusées ». Il n’est pas question ici de questionner la qualité de la programmation des Utopia, mais de s’interroger sur le sens du service public et de l’intérêt général, celui que défend l’équipe du Méliès et de très nombreux Montreuillois.

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Vers un épilogue ? « Terribles sont les passions des rois, obéissant peu, commandant toujours, il leur est difficile de déposer leurs colères. » Médée, Euripide. Fin janvier, lors d’une réunion à laquelle assistaient des habitants et des élus de la majorité, Dominique Voynet a dit, en parlant du tableau de Paul Signac accroché à la Mairie et abîmé par un acte de vandalisme lors d’une récente réception à la Mairie : « J’ai commencé à aimer ce tableau quand il a été abîmé ». Faut-il en arriver là avec le Méliès ? Faut-il qu’il soit saccagé pour que, sur ses ruines encore fumantes, la Mairie comprenne qu’elle vient de sacrifier un de ses enfants les plus prometteurs ? Nous ne pouvons pas être les témoins de ce massacre. L’actuelle Maire de Montreuil a installé un tel climat de défiance et de violence qu’une sortie de crise sage et raisonnée semble être de plus en plus difficilement envisageable. La défense du cinéma Méliès passera nécessairement par le changement de municipalité lors des élections municipales de l’année prochaine, les 9 et 16 mars 2014.

Rejoignez le combat !

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1 : Un des 500 manifestants dans le cortège du 19/01/13 2 : Action symbolique au Conseil Municipal du 31/01/13 3 : Conférence de presse à la Parole Errante (16/02/2013)

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Ressources utiles pour suivre la lutte et y prendre part : 

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Blog de l’équipe du Méliès : soutienaumelies.wordpress.com Blog de l’association Renc’Art : rencartaumelies.blogspot.fr Blog du C-ISM : lemeliesenlutte.canalblog.com Pétition de Renc’Art : http://bit.ly/ProtegeonsLeMelies * *

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Ma ville, j’y crois ! a soutenu l’équipe du Méliès dès la première heure du conflit. Présents aux côtés de l’équipe, tout en étant extrêmement attentif, notre soutien s’est concrétisé par de nombreuses prises de parole, communiqués et actions de terrain visibles, ainsi que par la distribution de plus de 30 000 tracts dans les rues de la ville et aux points de grande affluence. Nous essayons à chaque fois de sensibiliser l’ensemble des Montreuilloises et des Montreuillois, persuadés que cette crise n’est pas uniquement celle d’un lieu culturel inestimable mais que c’est aussi la crise de toute une ville. Notre troisième tract pour appeler à la manifestation du 19/01/13

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Annexe Article paru dans Le Monde du 10/08/2011 Cet article déclenche une colère noire chez Dominique Voynet qui reproche à Stéphane Goudet de ne pas l'avoir citée une seule fois. Il y a de fortes raisons de penser que c'est depuis la parution de cet article que la Maire a déclenché hostilités contre le directeur artistique. Nous publions cet article également car il rappelle, et c'est important, à quel point le Méliès est (était ?) un lieu atypique et précieux.

Des séances a l’inventivité sans cesse renouvelée au Méliès de Montreuil Projetez une comédie musicale en version sous-titrée, invitez le public à en chanter les chansons, et vous obtiendrez un ciné-karaoké. L’idée est simple, mais il fallait y penser. A Montreuil, au rez-dechaussée du centre commercial de la Croix-de-Chavaux, elle contribue depuis des années au succès du Méliès, cinéma municipal où se pressent près de 200 000 spectateurs chaque année. Attirés par la qualité et l’éclectisme de la programmation (classée « Art et essai », « Recherche et découverte », « Jeune public » et « Répertoire et patrimoine »), par la chaleur de l’accueil, par une inventivité sans cesse renouvelée dans la manière d’animer les séances, ils sont représentatifs, assure Stéphane Goudet, le directeur de la salle, de la diversité sociale de la ville de Montreuil. « Le Méliès, dit-il, est un creuset utopique de mixité sociale. » Créé en 1971 par le distributeur UGC, racheté par la municipalité à la fin de la décennie, puis confié à une association jusqu’en 2001, le cinéma Le Méliès est sous la responsabilité de Stéphane Goudet depuis 2002. Inscrivant sa programmation dans la continuité de celle, très sociale et politique, de ses prédécesseurs, ce critique de cinéma, maître de conférences à l’université Paris-I 84


(Panthéon-Sor- bonne) en a largement ouvert le spectre, en multipliant les manières d’aborder les films. La liste des cinéastes qui viennent présenter leurs œuvres en avant-première sur place (Apichatpong Weerasethakul, Monte Hellman, Ken Loach, Stephen Frears…) est impressionnante. Mais le programmateur ne se contente pas de les faire venir. Il provoque des rencontres inattendues, entre Hong Sang-soo et Claire Denis par exemple, entre Wes Anderson et Peter Bogdanovich, entre les frères Dardenne et Armand Gatti… « Il y a de l’imagination autour des films, note la réalisatrice Solveig Anspach, Montreuilloise depuis dix-sept ans. Stéphane Goudet comprend les spectateurs, comprend les cinéphiles, comprend les cinéastes. C’est ce qui fait que l’on a tant de plaisir à venir dans sa salle. » Au Méliès, le cinéma est envisagé dans son rapport au monde, aux autres disciplines aussi. Lors des Ecrans philosophiques, organisés au Méliès en coopération avec le Collège international de philosophie et la Maison populaire de Montreuil, auxquels devrait bientôt se rallier le Kingston College de Londres, les films sont décryptés par des philosophes. L’une des trois salles du cinéma a aussi récemment accueilli une lecture dans le noir d’Insomnie, un texte de Jon Fosse. La critique prend aussi ici des formes inédites. Celle de « battles » par exemple, joutes verbales organisées entre étudiants de cinéma après la projection d’un film. Sur le plan social et politique, le programmateur n’est pas en reste. Il a mis en place, après les émeutes des banlieues en 2005, les « actualités démocratiques » : « L’idée était d’inciter les spectateurs à filmer leurs propres actualités. On a créé un atelier de montage et on diffusait les films comme les actualités Pathé d’antan. C’était ma réaction à la couverture médiatique des événements de l’époque, que j’avais trouvée ignoble. » Stéphane Goudet veut plus d’espace pour montrer les films plus longtemps. Jonglant avec ses casquettes, le 85


programmateur fait feu de tout bois. Comme le dit le cinéaste Dominik Moll, membre du conseil du cinéma de Montreuil : « Son enthousiasme est démultiplié par un carnet d’adresses, qu’il a bien fourni.» Cet activisme festif qu’il partage avec son équipe se traduit par une fréquentation soutenue, un public renouvelé, beaucoup plus jeune surtout, à en croire le directeur, que la moyenne des cinémas d’art et essai en France. Pour le sien, l’ambition de Stéphane Goudet semble de fait sans limite. Toujours à la recherche de nouveau spectateurs, il multiplie les programmations hors les murs, les coopérations, navigue sur tout le spectre de l’art et essai, voire au-delà : « Les gens qui viennent voir Omar m’a tuer découvrent la bande-annonce d’Une séparation, et potentiellement reviennent pour le voir. » Il veut plus d’espace aussi, pour montrer les films plus longtemps, résister à la tendance à l’accélération de la rotation. Pour favoriser la convivialité aussi. C’est le sens du combat qu’il a mené pendant des années pour convaincre deux équipes municipales successives de lui confier la gestion d’un nouveau multiplexe créé dans le cadre du projet de rénovation du centre-ville de Montreuil, et pour contrer dans le même temps l’attaque en concurrence déloyale très médiatisée qu’ont menée de concert, contre son projet, UGC et MK2. Avec succès. Fin 2012, le cinéma devrait sortir de terre. En face de la mairie, dans un beau bâtiment comprenant six salles (une capacité totale de 1 200 spectateurs), un café, un lieu d’exposition, une terrasse. Comme le scandaient en 2009 les manifestants qui piétinaient devant le MK2 Bibliothèque pour obtenir de MK2 et d’UGC qu’ils retirent leur plainte : « La banlieue aussi a droit à l’excellence. » Isabelle Regnier

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Ce livret a été rédigé, édité et publié par l’équipe Culture de « Ma Ville J’y Crois !». Il s’adresse aux adhérents de l’association du Comité des Citoyens Montreuillois et à leurs sympathisants.

Première édition : février 2013 Deuxième édition (présente) : mai 2013

L’équipe du CCM et de Ma Ville J’y Crois !

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Ma Ville J’y Crois ! est un rassemblement de montreuillois-e-s passionné-e-s par leur ville, qu’ils-elles y habitent ou y travaillent. Notre collectif est composé de plusieurs groupes d’intérêt, comme l’urbanisme, les arts, la culture, le logement, l’emploi, la santé, l’éducation etc. Des visites, débats et rencontres sont régulièrement organisés. Notre objectif? Participer au développement de la ville et remonter la hauteur de l’horizon. Twitter : @mavillejycrois / Facebook : Ma Ville J’y Crois ! Vous souhaitez participer aux aventures? Contactez-nous: contact@mavillejycrois.fr

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Mélièsez vous  
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