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Une tenue allongée

Camille Touzé


J’allais en rester là. Une branche suspendue. Des champs à perte de vue. Un chemin, un retour. Et une petite faim au ventre qui sonnait des creux.


J’allais en rester là pour partir. Elle avait fait beaucoup trop de phrases. Elle s’était répétée. Quatre fois, même. Elle avait mis des coffres et fait des marches arrières. Puis elle trouva la fatigue. Elle trouva la fatigue pour s’allonger. Elle trouva la fatigue pour me laisser debout. Et laisser à la portée de mes mains, ses épaules sans tissu. J’allais en rester là pour les regarder. Construire un nouveau paysage.


Le chemin Êtait sec. Les biens pauvres derniers jours n’avaient rien humidifiÊ. Et je supposais.


Elle devait dormir encore. sous le poids de la branche. Les jambes frottĂŠes Les cheveux reposĂŠs.


Et sur le chemin, dans le retour, dans les fissures de boue sèche, je dÊposais en petites miettes toutes les siestes, toute sa peau mouvante, tous les repas de nuit, toutes les mains posÊes.


J’allais en rester là, malgré la sauterelle accrochée à mon bras nu, Elle se réveillerait surprise. Et pas complètement. Elle regarderait autour. Et pas complètement.


Ma marche devenait pleine. Les croisements réguliers. Je me raccrochais aux piquets de bois gris, tordus, plantés dans les bas-côtés. A eux tous, ils me suffisaient. A eux tous, ils me confirmaient cette route plus large, pas bien loin, pas si loin, pas trop, que j’étais entrain de retrouver.


Pour Ma Princesse d’Europe Merci à Sissi Solo qui me nourrit. touze.camille@gmail.com Avril 2013


Une tenue allongée