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L’appui

Camille Touzé


Il me tient. Il me tient, et j’ai un peu peur. Pourtant, il me tient. Le vent pourrait suffire. Nos pauvres sourires pourraient suffire. Il me tient quand même.


Je me demande qui va bien pouvoir croire à cette photographie. L’autre là-bas qui la prend. L’autre là-bas qui la regarde.


Qui va bien pouvoir croire à ce minuscule désert au fond ? A ce cactus malade devant ? Et il me tient le torse. Plus qu’il ne faut, je crois. Plus que je ne devrais l’accepter. Il le tient, comme si je n’arrivais pas à me tenir debout pour la photographie.


Il le touche, ce torse. Il le touche en le tenant. Il le touche pour me toucher. Et j’ose ce sourire.


Je me souviens aussi du vent. Un vent qui nous faisait face, en continu, Pas une seconde d’arrêt, depuis que nous étions sortis de la voiture. Ce jour-là, j’exprimais une chaleur fatigante. Ce jour là, je ne tenais pas à ce qu’il me tienne. Et j’ai osé avoir ce sourire.


Je n’aurai pas pu lui dire non. Il n’entendait pas si bien que ça. Un sifflement m’avait-il dit. Un sifflement dans ses oreilles dégagées. Et si c’était ce sifflement qui lui donnait envie de me tenir ?


Après la photographie, il remit ses mains dans les poches de son pantalon. Et je me suis passé les miennes dans les cheveux. Je savais très bien que ce geste ne servirait à rien. Mes cheveux étaient dérangés.


Avril 2013. Merci Ă Sissi Solo qui me nourrit.

L'appui  

Un texte, une photographie