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Camille Bisson

COMMENT ABORDER LA RESTAURATION D’UN MONUMENT HISTORIQUE ? L’EXEMPLE DE MALMAISON.

Mémoire de Master 2 professionnel « Patrimoine architectural et urbain du Moyen-âge à l’époque contemporaine

Septembre 2012


Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.


SOMMAIRE

Avant-propos

p 01

Introduction

p 05

I. Historique

p 09

A. Évolution du parc enclos B. Historique du château 1. Avant Joséphine 2. Sous Joséphine 3. Joséphine II. Analyse architecturale du château A. Phasage constructif chronologique B. États de référence du château III. Enjeux patrimoniaux A. Valeurs patrimoniales du château B. Enjeux de la restauration

p 09 p 27 p 27 p 29 p 32 p 41 p 41 p 49 p 57 p 57 p 61

Conclusion

p 71

Bibliographie

p 74

Sources

p 76

Annexes

p 83


Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.


AVANT-PROPOS

Aborder la restauration d’un bâtiment est une démarche complexe qui nécessite une connaissance approfondie du bâtiment et une analyse poussée des enjeux de la restauration du bâti en question. En tant qu’architecte Diplômée d’État en 2009 et souhaitant devenir architecte du patrimoine, cette démarche sera prochainement la base de mon travail. Cet objectif professionnel a motivé ma reprise d’étude et mon choix de formation. Ce mémoire a été réalisé dans le cadre d’un stage de quatre mois au sein de l’agence d’architecture Atelier Cairn, dirigée par M. Paul Barnoud, Architecte en Chef des Monuments Historiques, et Mme Isabelle Dumas-Barnoud, architecte. Au cour de ce stage, il m’a été donné de participer à de nombreuses études, notamment celle concernant le château de Malmaison et ses dépendances. En effet le musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau a commandé à M. Paul Barnoud, une « Étude diagnostic architectural du clos et du couvert des parties bâties du château de Malmaison et ses dépendances ». Cette étude est la première effectuée par l’agence sur le château. Il était donc indispensable de collecter les informations historiques et architecturales concernant ce château, essentielles à la mise en place d’un projet de restauration. Les archives de M. Hervé Baptiste, A.C.M.H., ont apporté de précieuses informations. J’ai d’ailleurs eu la charge de dépouiller, trier et classer les archives héritées de M. Hervé Baptiste. La réalisation de cette étude a été l’objet principal de mon stage. Le sujet de mon mémoire s’est donc naturellement orienté vers le château de Malmaison. Je me suis concentrée sur le château car, bien que ses dépendances soient également classées, les enjeux patrimoniaux le concernant sont plus importants. Et comme nous allons le voir ensuite, sa restauration nécessite une approche spécifique et rigoureuse.

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Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.


AVANT-PROPOS

REMERCIEMENTS Je tiens à remercier M. Paul Barnoud et Mme Isabelle Dumas-Barnoud pour m’avoir offert l’opportunité d’intégrer leur agence durant quatre mois. Je les remercie également de leurs précieux conseils et de de leur disponibilité malgré leurs charges professionnelles. Je remercie aussi ma maître de stage, Mme Céline Girard, pour la patience et l’écoute dont elle a fait preuve et pour toute l’aide qu’elle m’a apportée tout au long de mon stage. Je souhaite également remercier toute l’équipe de l’agence Atelier Cairn pour m’avoir soutenue. J’aimerais également adresser mes remerciements à M. le Conservateur du Musée national de Malmaison et Bois-Préau, M. Amaury Lefébure pour m’avoir ouvert les portes des archives du château et également à Mme Anne Bouin pour avoir mis à ma disposition de nombreux plans. Je remercie également ma directrice de stage, Mme Nathalie Mathian, pour sa patience et son aide lors de la rédaction du mémoire. Enfin je souhaite également remercier M. Bernard Chevallier, pour l’entretien qu’il m’a accordé et M. Rianaina Ratsimihah, pour son soutien indéfectible.

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Le château vue du ciel, cliché Didier Raux, http://www. blogarchiphoto.com/archives/2012/07/07/22446126.html juillet 2012.

Façade est du château de Malmaison(C.Bisson, juin 2012).


INTRODUCTION 5 Le château de Malmaison se situe à Rueil-Malmaison dans le département des Hauts‑de‑Seine (92) en région parisienne. Au cœur d’un parc arboré, il dépend du Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau. Celui-ci comprend de nombreuses parcelles de terrain dont celle du château de Malmaison et son parc enclos, celle du château de Bois‑Préau et son parc et celle du mausolée du Prince impérial. Aujourd’hui l’état du château s’étant dégradé, le musée souhaite effectuer une restauration de son « clos et couvert ». Cette étude, confiée à l’Atelier Cairn, s’inscrit donc dans le cadre de ce projet de restauration commandé par le musée à M. Paul Barnoud, A.C.M.H. Le domaine de Malmaison a connu de prestigieux propriétaires. La plus célèbre, Joséphine Bonaparte y a habité durant quinze ans, de 1799 jusqu’à sa mort en 1814. L’histoire connue et relatée du domaine remonte au XIIIème siècle à travers de nombreux témoignages écrits. Néanmoins il semblerait que sa dénomination remonte aux invasions normandes du IXème siècle et que la propriété s’appelait alors « mala domus ». Au XIVème siècle, le manoir, précédé d’un article, se nomme alors « la Malmaison ». Sous le Consulat et l’Empire, l’article disparut et le château devint « le Palais impérial de Malmaison ». L’influence qu’eut Joséphine sur le château de Malmaison, marqua de manière indéfectible l’architecture du château et l’aménagement de son parc. L’empreinte de Joséphine occulta les événements antérieurs à son installation et les interventions des propriétaires précédents. Les propriétaires suivants délaissèrent et embellirent alternativement le domaine. Le domaine, aménagé et agrandi par Joséphine durant les quinze années où elle habita Malmaison, fut peu à peu démembré. Entre 1814 et 1896 le domaine passa ainsi de 726ha à 6ha environ. Symbole impérial, il subit même deux invasions prussiennes : la première en 1815 après la défaite de Napoléon 1er à Waterloo et la seconde en 1870 suite à celle de Napoléon III à Sedan. En 1896, le domaine est en partie acheté par Daniel Iffla dit Osiris, financier et mécène. Durant huit ans, le château fut restauré et classé en 1900 au titre des Monuments Historiques. Osiris fera don du domaine à l’État en 1903 avec pour contrepartie contractuelle de faire du château un musée dédié à l’époque napoléonienne. L’État s’employa tout le long du XXème siècle à aménager et meubler le château selon les intentions d’Osiris. En 1927, le palais national devient musée national. Le domaine avec toutes les constructions qu’il contient, fut inscrit en 1942 puis classé en 1991. Aujourd’hui, le musée, dédié à sa plus célèbre propriétaire Joséphine Bonaparte ainsi qu’à ses enfants Eugène et Hortense de Beauharnais, offre une des plus belles collections de mobilier et décoration de style Empire.


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Façade ouest du château de Malmaison (C.Bisson, juin 2012).

Façade sud du château de Malmaison (C.Bisson, juin 2012).

Façade nord du château de Malmaison (C.Bisson, juin 2012).


INTRODUCTION 7 Le château est composé de plusieurs volumes qui nécessitent la définition d’un langage commun afin de les identifier clairement. Ainsi les différents volumes composant le château seront nommés selon le schéma suivant :

pavillon sud

aile « bibliothèque »

corps de logis

aile en retour sur cour sud

pavillon nord aile « salon de aile en musique » retour sur cour nord

Schéma d’après le plan de Malmaison de 1943 (archives de M. Hervé Baptiste, A.C.M.H.)

La présente étude expose la démarche de la mise en place d’un projet de restauration concernant le château de Malmaison. Comment aborder la restauration d’un monument tel que celui du château de Malmaison ? L’étude préliminaire à la conception d’un projet de restauration requiert tout d’abord une connaissance historique du bâtiment ainsi que du domaine qui l’entoure. Nous étudierons ensuite plus précisément la construction séquencée du château grâce à un phasage constructif et chronologique. A partir de l’analyse croisée des données historiques et du phasage constructif, il est alors possible de déterminer les états architecturaux de référence, qualifiés ainsi d’« historicistes1 ». Après avoir pris connaissance de ces éléments principalement historiques, il s’agira ensuite de déterminer quelles sont les valeurs patrimoniales que possède le monument et d’appréhender alors quelle importance leur accorder. Par cette analyse, il sera alors possible de définir les enjeux de la restauration d’un monument tel que le château de Malmaison. 1

Historiciste : qui adhère à l’ « historisme ». Historicisme : « L’historicisme est une doctrine philosophique qui affirme que les connaissances, les courants de pensée ou les valeurs d’une société sont liées à une situation historique contextuelle. Ses tenants privilégient l’étude du développement de ces connaissances, pensées ou valeurs, « plutôt que celle de leur nature propre » » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Historicisme).


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Plan fief de la Malmaison (Le château et le domaine de la Malmaison des origines à nos jours, Ciampini Véronique, Dida Lila et Mouterde Guillemette, École d’architecture de Versailles, 1993


HISTORIQUE 9

I. Historique Cet historique est la synthèse du travail effectué par M. Bernard Chevallier, publié sous le nom « Le domaine de Malmaison des origines à 1904 »1 . Il se concentre principalement sur l’évolution architecturale du château et des constructions qui l’entourent. Le château s’inscrit dans un domaine arboré qui, à l’instar du château, eut une alternance de période faste puis de déclin que nous décrirons. L’histoire du château commence bien avant l’installation de Joséphine Bonaparte en 1799 et remonte au XIIIème siècle. Construit par étapes, le château est vendu à Joséphine à la fin du XVIIIème siècle (1799). Elle s’est appropriée alors les lieux et les a transformés si fortement que le domaine de Malmaison évoque toujours aujourd’hui la « splendeur » affichée à l’époque impériale. La plupart de ses successeurs à la tête du domaine l’ont acquis en partie par admiration de ses anciens propriétaires impériaux.

A. Évolution du parc enclos L’étude de l’évolution du domaine porte sur le parc enclos. Afin de pouvoir saisir l’échelle du domaine, nous prendrons le parc actuel comme surface de référence. Grâce à la sélection des plans les plus significatifs, nous nous attacherons à mettre en évidence l’évolution du domaine enclos depuis le XVIIIème siècle jusqu’à nos jours. Il existe un plan antérieur2 au plan dressé par l’abbé de la Grive aux alentours de 1740. Ce plan datant du XVIIème siècle ne représente ni l’échelle métrique ni le château. Ainsi il est impossible d’intégrer avec précision la limite du domaine actuel sur le plan du fief de Malmaison. Afin de pouvoir comparer la superficie du domaine actuel avec celle des époques antérieures, chaque plan comportera la limite du parc enclos d’aujourd’hui, en rouge, et celle du parc enclos de l’époque, en bleu. 1

Chevallier Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1989, 485p, Notes et documents des musées de France.

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Plan du fief de Malmaison, XVIIème siècle, dans Le château et le domaine de la Malmaison des origines à nos jours, École d’architecture de Versailles, 1993, C.E.A.A « Jardins historiques et paysages », 3ème vol, p 40


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Domaine enclos vers 1740

Domaine enclos en 2012

Plan du domaine de la Malmaison, d’après la carte des environs de Paris établie par l’abbé de la Grive vers 1740, Musée de Malmaison, (C.Bisson, juin 2012).


HISTORIQUE 11 • Le parc enclos vers 1740 : Le parc enclos de l’époque présente déjà une fonction évidente de jardin d’agrément. Néanmoins, il semble encore conserver un usage lié à la production agricole dans sa partie sud. L’axe de symétrie central qui a dirigé la construction du château organise le développement du jardin d’agrément régulier : une allée centrale suivant cet axe traverse le domaine. En principe, les lignes droites régissent la composition du jardin bien que certains parterres présentent des allées aux lignes directrices courbes. Cette entorse au jardin à la française est peut-être due à la déclivité du terrain au sud du château.


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Domaine enclos en 1783

Domaine enclos en 2012

Plan général du fief de la Malmaison, 1783, Archives nationales, Série Cartes et Plans n°IV, Seine et Oise 35, (Guillotin, 1993).


HISTORIQUE 13 • Le parc enclos en 1783 : La surface du parc enclos reste inchangé depuis 1771. Les jardins d’agrément recouvrent la presque totalité du parc enclos à l’exception d’une parcelle à l’est de celui-ci. Celle-ci semble conserver une fonction agricole. Le jardin présente dorénavant une organisation mixte. Ces parterres, pour le plus grand nombre, sont architecturés et réguliers. Toutefois, un parterre implanté dans l’axe du château présente un jardin à l’anglaise. Sa composition se veut naturelle et organique. Une rivière y serpente en son centre.


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Domaine enclos en 1815

Domaine enclos en 2012

Plan des château et parcs de Malmaison et Bois Préau appartenant à sa royale Le Prince-Eugène, 1815, Musée de Malmaison, (C.Bisson, juin 2012).


HISTORIQUE 15 • Le parc enclos en 1815 : Le parc s’est considérablement agrandi vers le nord-est et s’étend dorénavant jusqu’au château de Bois-Préau. Les fonctions du jardin se répartissent entre production agricole, pâturages et jardins d’agrément. L’impératrice a fait construire entre 1799 et 1814 de nombreux bâtiments agricoles1. Un vaste réseau de routes et chemins découpent le parc. Le château divise la composition du jardin en deux. La partie ouest est organisée à l’anglaise et est traversée par une rivière sinueuse. L’eau y tient une place importante : la rivière anglaise, deux bassins et un étang agrémentent la partie ouest du parc. Ce jardin paysager semble se composer de nombreux bosquets arborés. À l’est, la seconde partie du parc est conçue selon les principes d’un jardin à la française et est donc structurée par de nombreux chemins tracés en ligne droite. La partie est, subdivisée en deux, regroupe au nord-ouest des parterres découverts et au sud-est des compartiments principalement arborés. Les parcelles grisées semblent avoir conservé une vocation agricole.

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Chevallier Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1989, Notes et documents des musées de France, p 103.


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Domaine enclos en 1878

Domaine enclos en 2012

Plan du domaine de la Malmaison, 1878, MusĂŠe de Malmaison, (C.Bisson, juin 2012).


HISTORIQUE 17 • Le parc enclos en 1878 : Ce plan représente probablement l’une des premières opérations de lotissement, effectuée au cours de l’année 1878. La propriété est divisée en six lots. Une grande part du parc a été vendue. Le parc de Bois-Préau ainsi que l’avant-parc ne font plus partie du domaine. Si l’on se fie au tracé sinueux des chemins et de la rivière, le parc a conservé sa structure irrégulière. La rivière anglaise a été conservée et agrémente encore le parc paysager. Une route, future limite du parc enclos actuel, a été percée au sud du château et de la rivière anglaise. Ce plan ne montre aucune indication sur l’aménagement du jardin, à l’exception de la présence persistante de la rivière anglaise.


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Domaine enclos entre 1878 et 1892

Domaine enclos en 2012

Plan du domaine de la Malmaison, entre 1878 et 1892, MusĂŠe de Malmaison, (C.Bisson, juin 2012).


HISTORIQUE 19 • Le parc enclos entre 1878 et 1892 : Le lotissement du parc se poursuit. Les grandes parcelles des premiers lotissements sont subdivisées en cent soixante seize lots. Un réseau routier est réalisé afin de desservir la totalité des lots. Il divise le domaine en onze îlots et semble avoir été apposé sur la rivière anglaise. Celle-ci sert de limite parcellaire à de nombreux lots. Bien que les différentes parcelles de terrain soient encore rattachées au domaine, les limites actuelles du parc enclos sont d’ors et déjà visibles.


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Domaine enclos entre 1882 et 1892

Domaine enclos en 2012

Plan du domaine de la Malmaison, entre 1882 et 1892 , MusĂŠe de Malmaison, (C.Bisson, juin 2012).


HISTORIQUE 21 • Le parc enclos entre 1882 et 1892 : Ce plan fait suite au précédent car certaines des parcelles ont été vendues et ensuite regroupées afin d’accroître la superficie de certains terrains acquis. Le lotissement du parc continue, mais seulement quarante cinq lots, regroupés en trente parcelles, semblent avoir été cédées sur les cents soixante seize proposés à la vente. Le réseau routier n’a pas évolué et la rivière participe toujours à la parcellisation de différents lots.


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Domaine enclos en 1896

Domaine enclos en 2012

Lotissement du château de la Malmaison, 1896 , Musée de Malmaison, (C.Bisson, juin 2012).


HISTORIQUE 23 • Le parc enclos en 1896: De nombreuses parcelles ont trouvé acquéreur. Du domaine de l’impératrice Joséphine il ne reste que 15ha divisés en trente cinq lots. La rivière serpente toujours à travers les parcelles, dont celle du château ; le réseau routier n’a pas évolué. Cette même année, Daniel Iffla acquiert les sept premiers lots. Il les restituera à l’État en 1903, après avoir restauré l’ensemble du parc et des constructions qu’il contient.


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Domaine enclos en 2012

Parcelles rattachées au Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau

Plan masse du château de Malmaison, www.cadastre.gouv.fr, Atelier Cairn 2012.

2012

,

d’après

le

cadastre,

Plan masse du château de Malmaison, 2012 , fourni par le Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.


HISTORIQUE 25 Le parc enclos aujourd’hui : Le parc enclos du château de Malmaison n’a pas évolué depuis le don du domaine par Osiris à l’État en 1903. Néanmoins l’État acquiert tout au long du XXème siècle différentes parcelles qu’il rattache peu à peu à la Conservation du Musée national du château de Malmaison. Le jardin actuel a conservé la dualité de sa composition élaborée au siècle précédent. Le château partage le jardin en deux : un jardin architecturé à l’est et un jardin à l’anglaise à l’ouest. Le jardin est abrite l’ensemble des dépendances actuelles du château. Il se divise en trois parties. Une première partie au nord se compose d’un jardin à caractère privatif ainsi que les communs du château et le Pavillon Osiris1.Implantée dans la continuité de l’axe du château, la deuxième partie a pour rôle d’accueillir et d’accompagner le visiteur jusqu’au château. Elle se compose des pavillons de garde et de l’allée d’entrée. Les trois allées menant au château mettent en scène le bâtiment. Chacune d’entre elles aborde le château sous un angle différent. La troisième partie, au sud, surplombe les allées d’entrée. Elle est structurée en jardin d’agrément et accueille un salon de verdure, une roseraie et le Pavillon de l’Empereur. La partie ouest du parc présente un style à l’anglaise. Elle est voulue naturelle et arborée. L’ancienne rivière serpente toujours à son travers. Son apparence « sauvage » est accentuée par la connotation défensive de la douve ceinturant le château. Un cheminement circulaire offre aux visiteurs la possibilité d’arpenter le parc.

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Ce pavillon construit vers 1912 expose les collections personnelles de Daniel Iffla dit Osiris.


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Extrait de la carte dite des chasses du roi, gravée par JeaBaptiste Bouclet, L. Doudan et Tardieu l’aîné, Musée national des château de Malmaison et Bois-Préau, (C.Bisson, juin 2012).

Lucarnes passantes à fronton curviligne du pavillon sud qui datent probablement du XVIIème siècle (C.Bisson juin 2012).


HISTORIQUE 27

B. Historique du château 1. Avant Joséphine Bonaparte La première évocation de la Malmaison remonte à 646 où elle était décrite comme une construction fortifiée. Il fallut attendre 1244 pour qu’apparaisse pour la première fois le nom de « mala domus » dans les textes. Elle était dépeinte alors comme une simple grange fortifiée. Le nom de la Malmaison ne réapparut ensuite dans les textes historiques1 qu’au XIVème siècle pour désigner une demeure seigneuriale : en 1330, la Malmaison était un hôtel seigneurial, résidence du seigneur Onfroy de Caripatrie. En 1390, la demeure fut vendue à Guillaume Goudet, marchand et sergent d’armes de Charles VI. Elle se transmit par héritage pendant près de quatre siècles. Les familles Goudet, Dubois, Dauvergne, Perrot et Barentin se succédèrent à la tête du domaine. La bâtisse se présentait sous la forme d’un manoir couvert de tuiles entouré d’un jardin enclos. Il semblerait que celle-ci se dressait approximativement à l’emplacement de l’aile « bibliothèque ». Aux environs de 1610, Christophe Perrot, descendant de Guillaume Goudet, entreprit de reconstruire le vieux manoir. Le pavillon sud et le corps de logis principal furent édifiés à cette époque. Les deux volumes sont coiffés de toitures différenciées. Le pavillon sud est recouvert d’ardoises et semble présenter les lucarnes à fronton curviligne en pierres de taille encore en place aujourd’hui. Malheureusement le château resta inachevé et il fallut attendre 1685 pour que Jacques-Honoré Barentin, marié à la petite-fille de Christophe Perrot et président du Grand Conseil, décide d’achever le château. Le symétrique du pavillon sud fut érigé au nord du corps de logis principal. À ce pavillon nord à haut comble fut accolée, dès 1685, une petite aile (« salon de musique »). En 1686, le Président Barentin commanda son symétrique au sud (l’aile « bibliothèque »). Les deux ailes se distinguaient du reste du bâti car elles étaient à la fois mansardées et plus petites. Les fossés, correspondant probablement à la douve actuelle, furent prolongés et acquièrent vraisemblablement leur disposition visible aujourd’hui. Tout comme les châteaux de son époque, le château de Malmaison fut organisé selon une distribution latérale grâce à deux grands escaliers situés dans les pavillons. Après quatre années de travaux, l’agrandissement fut achevé en 1689. En 1762 la famille Barentin se dessaisit du domaine. Celui-ci fut acheté en 1771 par 1

Chevallier Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Editions de la Réunion des musées nationaux, 1989, Notes et documents des musées de France, p 15 ; A.N. LL 1167 fol. 16 v° et 17 r°.


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Vue du château de Malmaison (façade sur le parc), Petit Pierre-Joseph, 1802-1807.


HISTORIQUE 29 Jean‑Jacques Le Coulteux, seigneur du Molay. Il entreprit de construire les ailes en retour sur cour entre 1783 et 1799. En effet, ces deux ailes n’apparaissaient pas sur le plan du fief de Malmaison de 1783 mais étaient citées dans le contrat de vente de 1799. Des dépendances agricoles ainsi qu’un bâtiment servant de pied à terre à la famille Le Coulteux étaient accolées au nord du château. Elles s’organisaient autour d’une cour centrale utilisée comme bassecour. Aux alentours de 1790, M. Le Coulteux fit réaliser par Cointeraux, architecte spécialiste de la terre crue, un petit bâtiment qui devint par la suite le pavillon d’été de l’Empereur. Cet édifice à pièce unique était, à l’époque, probablement réalisé en terre et proposait une forme hexagonale à l’extérieur et circulaire à l’intérieur. Ruinée par la Révolution, la famille Le Coulteux vendit le domaine à Joséphine et Napoléon Bonaparte en 1799.

2. Sous Joséphine Bonaparte En avril 1799, après une longue négociation qui a duré près d’une année, Joséphine et Napoléon Bonaparte acquirent donc le domaine. Napoléon 1er habita régulièrement Malmaison jusqu’en 1802. Lors de leur divorce en 1809, Napoléon céda ses droits à Joséphine. L’Impératrice y résida jusqu’à sa mort en 1814. Elle marqua fortement le domaine par de nombreux travaux d’embellissement du château. Elle participa également à l’agrandissement du domaine en acquérant de nombreuses terres tout autour du château. Lors de son achat l’ensemble des terres couvrait 60ha. Le domaine s’agrandit progressivement et, à la mort de Joséphine en 1814, il comptait 726ha. Au cour de ces quinze années, Joséphine fit appel successivement à cinq ateliers d’architectes : Percier et Fontaine, Lepère, Morel, Thibault et Vignon et enfin Berthault. Les premiers eurent la responsabilité des travaux du château entre 1800 et 1802. Ils proposèrent tout d’abord un projet pour la construction d’un nouveau pavillon et la restructuration du château de Malmaison. Malgré les efforts des architectes, le projet exigeait des délais importants et des ressources financières dont le consul Napoléon ne disposait pas. Le Consul et son épouse décidèrent alors de restaurer le château de Malmaison. Percier et Fontaine consacrèrent l’année 1800 à la restauration du bâtiment. Ils entreprirent des travaux qui modifièrent le petit château, lui inscrivant une marque pérenne. Ils furent les auteurs de l’installation des contreforts et de leurs décors ainsi que de la tente en bois au centre de la façade est. Ces contreforts consolidèrent la structure du château,


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Vue de la cour d’honneur du château de Malmaison, Nicolle Victor-Jean, vers 1810.

Château de Malmaison. Façade sur les jardins, angle sud‑ouest, Nicolle Victor-Jean, 1806-1807.


HISTORIQUE 31 ébranlée par de nombreux travaux intérieurs. D’inspiration militaire, la tente en bois peint, installée en 1801, marquait l’entrée du château. Pour permettre sa réalisation, la baie centrale du premier étage est bouchée et un léger ressaut est créé au centre de la façade afin d’accentuer l’effet de centralité de la tente. Celle-ci avait pour fonction d’espace de transition entre la cour et le vestibule. Il semble qu’elle prenait parfois le relais du vestibule lorsqu’il était transformé en salon de réception. Percier et Fontaine entreprirent également de nombreux aménagements et transformations intérieurs, pour le remettre à la mode de l’époque. Ils bouleversèrent les anciens appartements afin de répondre aux exigences de l’Impératrice. Ce furent eux qui, sous les directives de Joséphine, attribuèrent leur destination à la majorité des pièces. À l’exception de ce duo d’architectes, seul Berthault, le dernier architecte de l’Impératrice, semble avoir modifié l’espace intérieur du château. Percier et Fontaine aménagèrent également une partie du domaine en y construisant plusieurs bâtiments agricoles. Ils transformèrent les communs jouxtant le château1 et ils leur ajoutèrent un théâtre. En 1802, Lepère succéda à Percier et Fontaine comme architecte du domaine. Même si la nature des travaux qu’il a fait réaliser reste inconnue, ils furent probablement conséquents au vu des honoraires perçus2. En 1803, l’architecte céda sa place à son confrère Morel. Celui-ci intervint surtout dans le domaine et probablement pas sur le château. Il construisit un chalet suisse, vraisemblablement au sud du mausolée du prince Impérial , et une maison, près de l’étang de Saint-Cucufa. L’Impératrice, désireuse de développer ses connaissances botaniques3 fit ériger une serre chaude à l’ouest du château. En 1805, 1

Chevallier Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Éditions de la Réunion des Musées nationaux, 1989, Notes et documents des musées de France, p 77.

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Chevallier Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Éditions de la Réunion des Musées nationaux, 1989, Notes et documents des musées de France, p 109 : « Ces travaux durent être importants, car s’il ne toucha que 2.500 F d’honoraires an l’an X, on lui règle pour la fin de X et l’an XI 23.337,30 F correspondant à 5 % d’honoraires sur 466.746,30 F de travaux après réduction, soit une dépense primitive de 607.334,99 F. »

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Joséphine impératrice des français [attribué à Regnault-Warin], Mémoires et correspondances de l’impératrice Joséphine [en ligne], Plancher, Paris, 1820, p 214 : « Quant aux connaissances positives de madame Bonaparte, outre la musique, comme je l’ai dit, elles se bornaient à la botanique. Ce goût, qu’elle a poussé fort loin, lui a fait élever les magnifiques serres de Malmaison qui honorent sa mémoire presqu’autant que les pensions léguées aux indigens. Lorsque réveillée de ses songes magiques, un divorce, une abdication lui eurent montré le néant des grandeurs humaines, elle se consolait de leur perte à l’aspect de ces belles plantes exotiques qui, dans la terre de l’exil, retrouvaient sur leur tête un soleil indigène. »


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Douze vues du domaine de Malmaison : vue près du pont de pierre sur le lac, Garneray Auguste, 1812.

Vue du salon de musique de Joséphine, Garneray Auguste, vers 1812.


HISTORIQUE 33 les architectes Thibault et Vignon sont nommés simultanément architectes du domaine en remplacement de Morel. Il semble que l’Impératrice leur ait confié l’achèvement de la grande serre chaude ainsi que quelques travaux dans le parc enclos et la réalisation d’une bergerie. La même année, Berthault succéda à Thibault et Vignon. Il continua les travaux d’aménagement intérieur entamés par Percier et Fontaine. En 1807, il fit percer une troisième fenêtre au premier étage de l’aile « salon de musique ». Entre 1807 et 1808 il fit construire la grande galerie. Celle-ci s’implanta dans le prolongement du salon de musique le long de la cour d’entrée. Elle donnait directement sur le salon de musique, lui offrant ainsi une plus grande perspective. Il fut aussi l’auteur de l’aménagement du parc et de sa rivière anglaise encore visible en partie aujourd’hui. L’Impératrice n’habita que quinze années à Malmaison. Pourtant elle transforma le château si profondément, qu’aujourd’hui encore, il porte son empreinte. À sa mort en 1814, le château est agrandi et magnifié et le domaine démultiplié. Son fils, Eugène de Beauharnais, hérita de la totalité du domaine.

3. Après Joséphine : Eugène de Beauharnais reçut le domaine à la mort de sa mère en 1814. Il nomma immédiatement à la place de Berthault l’architecte Bataille comme architecte de Malmaison. Le château était à cette époque inhabité. Il fut partiellement pillé en juillet 1815 par les Prussiens arrivés jusqu’à Paris. Eugène lui-même contribuera à l’abandon progressif du château en le vidant progressivement de son mobilier jusqu’en 1822. À la mort de Bataille, aux environ de 1820, l’architecte fut remplacé par Berthault qui reprend ainsi ses fonctions. L’objectif des deux architectes furent d’entretenir le château et ainsi d’éviter une dégradation trop rapide du bâtiment. En 1823, Berthault décéda et son adjoint, Guillaume‑Jean Perrier, le remplaça dans ses attributions sur le domaine. Perrier eut probablement la charge de détruire la grande serre en 1827. Malgré la nomination d’un nouvel architecte, le domaine tombait en ruine. Ce qu’il restait du domaine fut vendu par l’épouse d’Eugène de Beauharnais à M. Hagerman en 1828. M. Hagerman, banquier suédois, fut le premier à morceler le domaine de Joséphine Bonaparte. L’avant-parc fut divisé en quatorze lots puis vendus. M. Hagerman n’est probablement que peu intervenu sur le château. Il fit tout de même déposer la fausse tente


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Château de Malmaison (façade), Chauvet Jules Adolphe, 1896, Sceaux, musée de l’Île‑de-France.


HISTORIQUE 35 militaire. Il fut de plus responsable de la destruction, vraisemblablement autour de 1837, des communs ainsi que de la grande galerie menacée d’effondrement. Néanmoins, autour de l’année 1830, il fit construire, au nord des pavillons d’entrée, des bâtiments à usage de bassecour. Ceux-ci étaient organisés autour de deux cours séparées par les écuries (aujourd’hui appelées « Pavillon des carrosses »). En 1842, le domaine fut vendu au duc de Riansares et à la reine Marie-Christine d’Espagne. Rapidement, la Reine fit rétablir la tente militaire à l’entrée du château. L’élément architectural diffère néanmoins de l’original car plus petit. Peu après l’achat en 1842, l’architecte Suréda fut nommé régisseur du château. Il conçut et fit réaliser la chapelle néo-gothique à l’emplacement probable de l’ancienne chapelle de l’Impératrice. L’édifice fut détruit en 1912. En 1861, le neveu de Napoléon Bonaparte, Napoléon III, acquit le domaine1. Deux architectes se sont succédés au château de 1861 à 1877 : Clerget puis Desbuissons. Ils eurent la charge des travaux d’entretien. Napoléon III fit également restaurer la chambre de l’Impératrice et son épouse Eugénie organisa, au sein même du château, une grande exposition rétrospective dédiée à Joséphine en 1867. Après la reddition de l’Empereur à Sedan face à Guillaume 1er de Prusse le 2 septembre 1870, et la déclaration de la République par Léon Gambetta le 4 septembre, le château revint au domaine de l’État par décret le 6 septembre suivant. En octobre de cette même année, les Prussiens investirent Malmaison et mettèrent à sac le château. Le 21 octobre et le 29 décembre 1870 ainsi que le 18 janvier 1871, Malmaison fut l’objet de bombardements effectués par l’artillerie française pour déloger les soldats prussiens stationnés au château. Après leur départ en mars 1871, le château de Malmaison était dévasté. La charpente et la couverture de l’édifice était endommagées, un pavillon avait deux de ses angles arrachés,

1

Irène Delage (propos recueillis par), « Rencontre avec Bernard Chevallier, Malmaison est son royaume... », juillet 2004, www.napoleon.org : « Napoléon III se souvenait de ses étés passés auprès de sa grand-mère, à tel point qu’il racheta Malmaison en 1861. » Chevallier Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Paris, 1989, p 209, citation de Napoléon III : « Je vois encore l’impératrice Joséphine dans son salon, au rez-de-chaussée, m’entourant de ses caresses et flattant déjà mon amour-propre par le soin avec lequel elle faisait valoir mes bons mots. Car ma grand-mère me gâtait dans la force du terme, tandis qu’au contraire, ma mère, dès ma plus tendre enfance, s’occupait à réprimer mes défauts, et à développer mes qualités. Je me souviens qu’arrivés à Malmaison, mon frère et moi nous étions maîtres de tout faire. L’Impératrice, qui aimait passionnément les plantes et les serres chaudes, nous permettait de couper les cannes à sucre pour les sucer, et toujours elle nous disait de demander tout ce que nous voudrions. »


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Chapelle du château de Malmaison, entre 1905 et 1912, Musée national des château de Malmaison et Bois-Préau.

Pavillon Osiris (C.Bisson juin 2012).


HISTORIQUE 37 certains jambages était également abîmés et de nombreux trous d’obus grêlaient la façade sud. Les dépendances semblaient aussi avoir souffert de ces affrontements. Les troupes françaises occupèrent Malmaison jusqu’à la vente du domaine en 1877. En 1877, Malmaison fut vendu à un particulier, M. Gautier, banquier parisien. Jusqu’en 1896, le domaine connut un lotissement intense. Les quatre propriétaires successifs du château morcelèrent et décimèrent ainsi le domaine. En 1895, le château était de nouveau en ruines : les toitures étaient ouvertes ; les fenêtres étaient disjointes et ne présentaient plus de vitres ; la végétation envahissaient les murs... Ce fut ce domaine partiellement ruiné qu’acquit Daniel Iffla dit Osiris, financier et mécène d’origine marocaine. En 1896, ce qu’il reste du domaine est vendu aux enchères par lots. Admirateur de Napoléon, Osiris acheta sept lots dont celui contenant le château dans le but de sauver ce qu’il restait de l’héritage napoléonien. Quatre-vingt ans après la mort de Joséphine, le domaine ne comptait désormais plus que 6ha environ, soit une superficie cent fois inférieure à celle du domaine possédé par Joséphine à sa mort en 1814. Osiris savait qu’il n’habiterait pas le château. En réalité, il l’avait acheté pour le restituer à l’État, après l’avoir restauré et transformé certaines pièces en salles d’exposition. Le château, dans un état de délabrement avancé, nécessita une restauration lourde. Osiris fit modifier le comble de l’aile « salon de musique » afin de devenir similaire à celui de l’aile « bibliothèque » et y ajouta une quatrième fenêtre. Il modifia également l’organisation du premier et du deuxième étage. En effet, les chambres en ruine de ces deux étages furent transformées en salles d’exposition. Elles perdirent ainsi leur caractère historique. Osiris fit également remplacer toutes les fenêtres à grands carreaux, à l’exception de celles de la bibliothèque et du salon de musique. Il fit aussi retirer les tomettes en terre cuite disposées dans les étages supérieurs et les fit remplacer par du parquet « Versailles ». Afin de redonner au château son décor d’autrefois, Osiris fit restaurer les décors « Empire » de nombreuses pièces. Néanmoins il semble que seul le rez-de-chaussée et la chambre de l’Impératrice bénéficièrent d’une restauration sérieuse effectuée à partir de représentations iconographiques diverses des différentes pièces. Le parc, à l’abandon depuis des années, bénéficia lui aussi d’une « restauration ». Le château fut classé au titre des Monuments Historiques en 1900. À la fin de ces importants travaux, Daniel Iffla restitua le domaine à l’État en 1903 avec pour contrepartie qu’il devienne un musée dédié à la mémoire de l’époque impériale. Le château devint ainsi Palais National. En 1908, lors d’une campagne de travaux, un pavillon dédié aux collections du mécène Osiris fut créé près de l’entrée du domaine,


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Chambre à coucher de l’Impératrice Joséphine à Malmaison, Viger H., 1869, Paris, Musée Marmottan.

Chambre de l’Impératrice Joséphine

à

Malmaison,

RMN (en ligne : 2012), Malmaison, Musée national des château de Malmaison et bois-Préau.


HISTORIQUE 39 contre la façade est des écuries de M. Hagerman. Celles ci furent transformées en salle de musée dédiée aux carrosses impériaux. En 1912, la chapelle néo-gothique de la Reine Marie-Christine d’Espagne, très abîmée, fut rasée. Le château devint Musée national en 1927. Le parc, comprenant toutes ses constructions et ses grilles d’entrée, fut inscrit au titre des Monuments Historiques en 1942 puis classé en 1991. Et depuis sa donation en 1903, les conservateurs successifs à la tête du château, n’eurent de cesse de redonner au domaine sa splendeur impériale. Aujourd’hui le musée est dédié à Joséphine et ses enfants. De nombreuses pièces offrent une présentation d’époque et certaines ont encore leur décoration « d’origine »1.

1

Ces décors muraux ne datent pas de l’époque de Joséphine mais ils ont néanmoins été restaurés selon les représentations iconographiques connues des différentes pièces du château.


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Plan du rez-de-chaussée, Walnert, 1943, archives M. Hervé Baptiste.

Réalisation effectuées à la date indiquée Silhouette simplifié du château

Réalisations de 1610 environ, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 41

II. Analyse architecturale du château Le château a connu une construction et un aménagement par étapes. Ceux-ci s’échelonnent sur près de trois siècles. Si la réalisation des volumes principaux est achevée en 1689, le château continue d’évoluer selon la volonté de ses propriétaires. Certaines de ces baies ont été bouchées puis rouvertes ou même percées après construction, au gré des exigences exprimées par les propriétaires successifs. La charpente de l’aile « salon de musique » a également été modifiée tardivement par Osiris. À partir de cette évolution historique du château, il est possible de déterminer et des états historiques architecturaux de référence. Il s’agit de définir les étapes importantes de la construction du bâtiment. Pour le château, elles sont au nombre de six.

A. Phasage constructif du château Le phasage a pour objectif de déterminer les étapes de la construction et les apports architecturaux à travers les siècles. Comme il a été dit précédemment, le château s’est construit étape par étape. Il en résulte une succession de réalisations et d’aménagements éffectués sur plus de trois siècles. Nous nous attacherons à mettre en évidence la construction séquencée du château tel que nous le connaissons. Nous appliquerons le postulat que, sauf indication contraire, l’implanation des baies, des lucarnes et des cheminées est inchangée depuis leur construction.

• 1610 environ : Le pavillon sud et le corps de logis furent construits à cette époque sur l’emprise du château précédent.


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Réalisation effectuées à la date indiquée Silhouette simplifié du château

Réalisation de 1689, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.

Réalisations entre 1783 et 1799, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 43 • 1689 : La deuxième phase de construction dura de 1685 à 1689. Le pavillon nord et les ailes « bibliothèque » et « salon de musique » furent ajoutés aux volumes initiaux.

• Entre 1783 et 1799 : Les deux ailes en retour sur cour furent construites accolées à la façade est et dans l’axe des pavillons nord et sud.


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Réalisation effectuées à la date indiquée Silhouette simplifié du château

Réalisations de 1800, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.

Réalisations de 1807 environ, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 45 • 1800 : Percier et Fontaine ordonnèrent l’implantation de contreforts sur les façades est, ouest et sud. Ces contreforts furent rapidement ornés de statues et vases.

• 1807 environ : La fenêtre cintrée du cabinet de toilette de l’Impératrice situé au premier étage de l’aile « salon de musique » fut percée très probablement sur l’ordre de Berthault. Elle s’insère entre les deux fenêtres déjà ouvertes au premier étage.


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Réalisation effectuées à la date indiquée Silhouette simplifié du château

Réalisations de 1800, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.

Réalisations de 1807 environ, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 47 • 1842 environ : Une fausse tente fut réalisée au centre de la façade est du corps de logis central. Elle prit modèle sur une première fausse tente installée en 1801 sur l’ordre de Percier et Fontaine. Cette première tente semble avoir été plus haute que celle que fit remonter, autour de 1842, la reine Marie-Christine d’Espagne. En effet, sur les représentations du château à l’époque de Joséphine, la baie centrale du premier étage de la façade est du corps de logis était bouchée. Un léger ressaut appuyait également, à l’époque, la position centrale de la tente. Cette première tente fut démontée aux alentours de 1828 par M. Hagerman. Il est important de développer le contexte de l’installation et du retrait de la première tente car celle‑ci avait motivé le rétablissement de la seconde tente d’entrée sensiblement identique à la première.

• 1897 à 1903 : Lors de la campagne de travaux dirigée par Osiris, le comble de l’aile « salon de musique » fut transformé pour être identique à celui de l’aile « bibliothèque ». Une quatrième fenêtre fut percée au deuxième étage de la façade nord de l’aile « salon  de musique ». Les fenêtres à grands carreaux furent déposées et remplacées par des menuiseries à petits carreaux, à l’exception de celles de la bibliothèque et de celles du salon de musique.

Ces différentes phases de construction associées à l’historique du château permettent de composer des états architecturaux de référence. Ces états contribuent à l’orientation et l’élaboration du projet de restauration du château.


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ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 49

B. États de référence du château Les différentes phases de construction ainsi que l’histoire du château nous permettent d’établir des états architecturaux de référence du château actuel. • Château primitif : Il semble ne rien rester de l’hôtel seigneurial qui a précédé le château actuel. Les seules traces qui semblent subsister sont les fondations mises au jour lors de travaux d’assainissement en 19821. Ces fondations primitives se trouvent sous la bibliothèque de l’Empereur. Elles ont certainement servi de support à celles du château reconstruit en 1610. • Manoir du XVIIème siècle : En 1689, la reconstruction du manoir seigneurial s’achève. Il se compose alors du corps de logis flanqué de deux pavillons à haut comble eux-mêmes bornés par deux ailes mansardées. Ces dernières sont légèrement plus petites que le reste du bâtiment. Le château se développe sur trois niveaux établis sur un niveau de sous-sol. Le château est ceinturé par une douve sur ses façades sud, ouest et nord. La construction s’organise selon un axe de symétrie transversal passant par le centre du corps de logis. Il semble que cette composition symétrique ait été définie dès la première phase de construction. Chacun des volumes possède une toiture indépendante. Le pavillon nord reprend un langage architectural identique au pavillon sud construit antérieurement : deux lucarnes passantes à fronton curviligne, identiques à celles du pavillon sud, ornent leurs façades ouest. Les ailes nouvellement crées présentent une toiture mansardée. L’aile nord dispose alors de deux fenêtres au premier étage et de trois au second. Entre 1783 et 1799, les ailes en retour sur cour sont construites dans la continuité des pavillons nord et sud2 . Elles ferment l’espace devant la façade est du corps de logis et créent ainsi une cour, espace de transition entre l’allée d’entrée et le bâtiment. Ces deux ailes symétriques s’élèvent sur trois niveaux. Leurs deuxièmes étages est à pans coupés

1

Étude préalable à l’assainissement du château, 1998, archive de M. Hervé Baptiste, A.C.M.H.

2

Les ailes en retour sur cour, bien qu’ajoutées tardivement, ne peuvent correspondre à l’état « Joséphine ». En effet, elles faisaient déjà partie du château lors de la vente du domaine à l’Impératrice.


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Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 51 et leurs façades ouest sont ornées de frontons triangulaires. Au centre de ceux-ci est percé un oculus et deux niches encadrent la baie centrale du premier étage. Ces éléments de décoration tranchent avec le reste du bâti qui reste très sobre, à l’exception de la tente d’entrée. Les toitures à pente très faible de ces ailes en retour contrastent avec les couvertures recouvertes d’ardoises des volumes initiaux. Elles montrent le goût du XVIIIème siècle pour les toitures terrasses qui tendent à les faire disparaître de la vison de l’homme qui les regarde depuis le sol. • Malmaison à la mort de Joséphine en 1814 : Les volumes originaux n’ont pas changé. Toutefois l’Impératrice a fait ajouter le long de l’aile en retour sur cour nord et accolé au salon de musique un bâtiment appelé « grande galerie ». Elle se dresse le long de l’allée d’entrée contre l’aile en retour sur cour nord. Chacun des volumes composant le château a conservé sa toiture et sa couverture. Les paratonnerres, les conduits métalliques des cheminées ainsi que les deux cheminées en briques et pierres des pavillons à haut comble animent les toitures. Les lucarnes passantes à fronton curviligne ornent toujours les façades ouest des pavillons à haut comble. Pour des raisons structurelles, des contreforts à entablement à ressauts ont été ajoutés sur les façades du corps de logis et des pavillons nord et sud ainsi que sur la façade sud de l’aile « bibliothèque ». Disposés de manière individuelle sur la totalité de la façade ouest, les architectes Percier et Fontaine les ont organisés par deux sur la façade est du corps de logis. Chacun d’eux est orné d’une statue ou d’un vase. L’accès au château se fait désormais par une fausse tente à l’aspect militaire installée au centre de la façade est. La baie centrale du premier étage a été bouchée afin de permettre la mise en place de la tente. Sur la gravure de C. Bourgeois et Amelie1, on perçoit la présence d’un ressaut central sur la façade est. Les baies de la façade ouest du corps de logis et des pavillons ainsi que des ailes «  bibliothèque » et « salon de musique » bénéficient de fenêtres à grands carreaux et de persiennes extérieures. La façade est a, quant à elle, conservée des menuiseries à petits carreaux. Un pont au centre de la façade ouest permet le franchissement de la douve et l’accès au château. Ce pont est orné de deux centaures en bronze et de deux obélisques en marbre. 1 Bourgeois C., dessinateur et Amelie, femme Corny, graveur, Vue du château de la Malmaison du côté de l’arrivée, Archives départementales des Hauts-de-Seine, 1 FI rue 16.


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Le château de Malmaison, axonométrie 1/500e C.Bisson, 2012.


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 53 • Le château de Malmaison de la reine Marie-Christine d’Espagne en 1861: Le château n’a que peu évolué. Il a été amputé dans les années 1830 de la grande galerie de l’impératrice. Toutefois, une tente militaire similaire à celle de Napoléon a été remontée à l’emplacement de la première, déposée par M. Hagerman vers 1830. La Reine Marie-Christine a également fait construire au nord du château une chapelle néo-gothique reliée directement au salon de musique. • Le château donné par Osiris à l’État en 1903 : Osiris fut l’instigateur de nombreux travaux de restauration entre 1896, date de l’achat de Malmaison par le mécène, et 1903, date du don à l’État du château. Le château a conservé tous ses volumes, la chapelle se dresse encore au nord du château. La toiture de l’aile « salon de musique » a été modifiée afin d’être identique à celle de l’aile « bibliothèque ». Une quatrième baie a été percée au second étage de cette même aile. Les menuiseries à grands carreaux ont été remplacées par des fenêtres à petits carreaux à l’exception de celles de la bibliothèque et du salon de musique. Les intérieurs ont retrouvé un style Empire1. La restauration des décors s’est basée sur des représentations fidèles des différentes pièces du château sous Joséphine. Néanmoins le peintre semble avoir pris quelques libertés sur certains éléments de décor : l’encadrement de la cheminée du salon doré, certaines figures du plafond du salon de musique… Les tomettes en terre cuite ont été remplacées par du parquet « Versailles ». L’organisation spatiale du premier étage a été modifiée : les chambres en ruine du corps de logis ont été transformées en salles d’exposition. Les cloisons et planchers des ailes en retour sur cour ont été déposées afin de créer un rez-de-chaussée toute hauteur. • État actuel : Depuis 1903, le château semble inchangé, toutefois la chapelle néo-gothique a été détruite en 1912. 1

Voir annexe 2.


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Vue de l’angle sud-ouest du château de Malmaison (C.Bisson, juin 2012)

Vue

de

la

douve

depuis

sud‑ouest (C.Bisson, juin 2012).

l’angle

Vue

de

l’obélisque

sud.

Deux

obélisques marquent la présence du pont franchissant la douve (C.Bisson, juin 2012).


ANALYSE ARCHITECTURALE DU CHÂTEAU 55 Le château s’organise sur un plan en « U » au centre duquel se trouve la cour centrale. Chacune de ses façades se décompose en travées régulières. Un simple bandeau ceinture chaque niveau du château à l’exception du premier étage de la façade est. Des lucarnes sculpt$ées en pierre ornent la façade sud de l’aile « bibliothèque ». Les lucarnes à fronton curviligne agrémentent toujours les façades ouest. Ce sont les seuls éléments qui brisent la ligne de corniche. L’ensemble des fenêtres du bâti présentent des menuiseries à petits carreaux. Le décor extérieur du château repose essentiellement sur les décors du XVIIIème siècle : les statues, les vases et contreforts . De discrètes couronnes de lauriers surmontent chaque baie de la façade est du corps de logis. Toutefois la fausse tente marque toujours l’entrée du château et anime par sa polychromie et ses formes la façade est du château. D’inspiration militaire, une série de fausses piques ornent la ligne d’arête du fronton triangulaire, lui même délimité par quatre lances. Deux fins bandeaux ainsi qu’une corniche moulurée règnent sur les façades et soulignent chaque niveau. Cependant le bandeau ceinturant le niveau de plancher du premier étage est interrompu sur la façade est du corps de logis. Des modillons sont visibles sur les corniches des pavillons et les ailes « bibliothèque » et « salon de musique ». Chaque volume présente toujours sa propre toiture : de hauts combles sur les pavillons, des toitures mansardées sur le corps de logis et les ailes « bibliothèque » et « salon de musique » et enfin une toiture à très faible pente sur les ailes en retour sur cour. Toutes sont recouvertes d’ardoises à l’exception des ailes en retour dont la couverture est réalisée en zinc. Les cheminées en briques et pierres ont été conservées néanmoins si l’on se fie aux représentations de l’époque de Joséphine, il semblerait qu’elles n’étaient construites qu’en briques. Les arêtiers en zinc et leurs hauts paratonnerres sont toujours visibles au sommet des pavillons. L’accès au château se fait encore aujourd’hui par la tente militaire. La distribution verticale intérieure est organisée par deux escaliers latéraux implantés dans les ailes en retour sur cour. La distribution horizontale s’effectue grâce à des galeries positionnées le long de la façade est. Toutefois, au rez-de chaussée, une galerie secondaire a été ouverte le long de la façade ouest. Il apparaît ainsi que le château est issu de plusieurs phases de construction. Les plus importantes sont celles réalisées par Joséphine et Osiris. La première impose un style à la totalité du château tandis que la seconde est en réalité la restauration de la première.


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Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.

Contreforts de la façade est (C.Bisson, juin 2012)

Fausse tente du château de Malmaison (C.Bisson, juin 2012)


ENJEUX PATRIMONIAUX 57

III Enjeux patrimoniaux Une fois l’évolution du château et celle de sa construction analysées, il est nécessaire de définir les valeurs patrimoniales qui guideront le projet de restauration, et élaborer les enjeux de cette restauration. Parallèlement à cette analyse théorique, l’état sanitaire du bâtiment doit être relevé1. L’objectif est de déterminer les éléments architecturaux à restaurer. N’ayant participé qu’aux travaux graphiques liés à la description de l’état sanitaire, nous nous intéresserons aux deux premières parties énoncées ci-dessus.

A. Valeurs patrimoniales du château La valeur patrimoniale du bâtiment se base principalement sur une valeur d’art et sur une valeur historique mais elle détient également une valeur d’usage. Du fait de sa destination muséale et de sa fonction éducative et touristique, la valeur utilitaire doit être obligatoirement prise en compte. Selon Alois Riegl2, la valeur d’art d’un monument est subjective. Pour cet historien, « la valeur d’art relative repose sur le fait que les œuvres des générations passées peuvent être appréciées, non seulement comme des témoignages d’une création humaine l’emportant sur la nature, mais aussi pour la spécificité de leur conception, de leur forme et de leur couleur »3. Le château possède une valeur d’art indéniable, moins par son architecture extérieure que par les décors et collections qu’il renferme. Le château ne présente pas en lui-même une architecture particulièrement remarquable à l’exception de la tente d’entrée. Elle est l’élément qui révèle le château et attire le regard. Elle est un point de repère extérieur essentiel et donne, en partie, son style Empire au château. D’un point de vue architectural,

1 Voir annexe 3. L’état sanitaire est un élément important afin de comprendre l’importance des interventions à effectuer sur le bâtiment. Nous n’aborderons pas en détail l’état sanitaire du château car l’identification des désordres et des travaux à effectuer ne sont pas sous notre responsabilité. Néanmoins nous avons mis en page les différents éléments ciblés et réalisé des « fiches menuiseries » qui analysent l’état sanitaire et la composition des différents types de menuiseries du château. 2

Riegl Alois, Le culte moderne des monuments, L’Harmattan, Paris, 2003, 123 p.

3

Riegl Alois, Le culte moderne des monuments, L’Harmattan, Paris, 2003, p 106.


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Bibliothèque

de

l’Empereur

(RMN, en ligne, août 2012)

Salle du conseil (RMN, en ligne, août 2012)


ENJEUX PATRIMONIAUX 59 le château reste un bâtiment relativement modeste par sa taille, sobre par son style architectural mais affichant un décor intérieur hiératique et chargé dans le plus pur style Empire. Les différents décors la volonté évidente à travers d’unifier le château composite sous un même style, le style Empire. Ce souhait de Joséphine de remettre au goût du jour le château a entraîné l’installation des contreforts1 et de leur décor ainsi que la tente précédemment décrite. La collection du musée constitue un exceptionnel témoignage de ce qu’est le style Empire. En effet, les décors somptueux ont été, pour beaucoup, restaurés essentiellement d’après peintures, et dessins afin de montrer le château tel qu’il était au temps de Joséphine. Ainsi il est possible d’imaginer Napoléon Bonaparte assis derrière son bureau dans la « bibliothèque » ou présidant un conseil, ou bien encore les artistes jouant pour Joséphine dans le salon de musique les compositions de sa fille Hortense2. En plus du mobilier personnel de l’Impératrice, le musée expose une partie de sa collection personnelle de tableaux, de vaisselle, quelques pièces de sa garde-robe et effets personnels et quelques peintures et objets picturaux représentant le château. Tous ces éléments composent une collection certainement unique réalisée autour de la personne de Joséphine, de son amour pour l’art et son attachement à Malmaison. Ainsi la valeur d’art relative, si l’on se fie à la définition de Riegl, se base plus sur les aménagements intérieurs du château plus que sur son architecture. Toutefois les deux restent étroitement liés. Comme nous l’avons évoqué précédemment, le château est entièrement lié à une époque particulière, ce qui nous permet maintenant de définir sa valeur historique. La valeur d’histoire se base sur le « fait qu’il [le monument] représente pour nous un moment déterminé de l’évolution dans un domaine quelconque de l’activité humaine »3. Sa remarquable collection de style Empire, dont de nombreuses pièces ont été commandées

1

Ces contreforts avaient également pour but de consolider la structure fragilisée du bâtiment. Les architectes Percier et Fontaine transformèrent ces éléments structurels en éléments décoratifs grâce à la continuité des bandeaux qui ceinturent le château et le choix d’orner ces contreforts de statues et vases.

2

www.musees-nationaux-napoleoniens.org, (consultation : juillet 2012) : « Lors des concerts, les artistes s’installaient dans le salon de musique, les invités dans la grande galerie. On aimait interpréter des romances accompagnées à la harpe ou à la guitare, les compositions d’Hortense ayant souvent la faveur des invités. »

3

Riegl Alois, Le culte moderne des monuments, L’Harmattan, Paris, 2003, p 81.


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Salon de musique (RMN, en ligne, août 2012)

Salon de musique (RMN, en ligne, août 2012)


ENJEUX PATRIMONIAUX 61 par Joséphine pour meubler Malmaison, soutient l’impression que l’évolution du château s’est arrêtée au Premier Empire. L’histoire du château nous explique comment ce petit bâtiment trapu a traversé près de quatre siècles pour arriver jusqu’à nous. Le bâtiment a vécu une suite de gloire et de déclin, ce qui le rend attachant, mais toutefois sa plus grande valeur historique réside dans le fait qu’il est été château impérial non seulement sous le Premier Empire mais également sous le Second. D’ailleurs le Premier prime de toute évidence sur le Second. En effet, le château reste encore aujourd’hui l’emblème de l’impératrice Joséphine. Il fut la demeure où elle accueillit ses petits-enfants1, où elle passa les dernières années de sa vie et où elle mourut. Joséphine, assistée de différents architectes, tenta de lui donner un style Empire non seulement intérieur mais également l’extérieur. En effet, la typologie des volumes initiaux ne se prêtait guère à la majesté du style empire inspiré de l’antiquité. Toutefois, l’Impératrice, à force de volonté et persévérance, réussit à imposer le style Empire au château. Le château de Malmaison est, aujourd’hui encore, connu pour être « le » château de Joséphine. Ainsi la valeur historique du monument repose principalement sur la personalité de Joséphine. En 1903, Riegl écrivait : « L’existence physique est la condition de toute existence psychique et en vérité la plus importante puisque si la première peut se développer sans que la seconde le soit, l’inverse n’est pas vrai »2. Ainsi l’usage du bâtiment est une valeur ajoutée au monument. Le château étant devenu un musée, il est important de prendre en compte sa destination et son usage actuel : accueil et éducation du public. Toute la muséographie du musée se focalise sur la personne de Joséphine et de ses enfants. D’ailleurs, il est évident, bien que le château soit décentré et peu facile d’accès, que ce thème historique attire un public important à Malmaison. Ainsi à Malmaison, les deux valeurs, historique et utilitaire, sont intimement liées et contribue à entretenir le souvenir de Joséphine.

B. Enjeux de la restauration à l’étude actuellement La restauration envisagée sur le château porte sur le clos et le couvert du bâtiment. Il faut néanmoins prendre en compte l’intérieur du château car la totalité (clos, couvert et intérieurs) constitue l’ensemble du musée. La restauration s’inscrit dans la durée : il est ainsi indispensable de prendre en compte la destination du bâtiment et tous les objets

1

supra p 35 note n°1, citation de Napoléon III.

2

Riegl Alois, le culte moderne des monuments, L’Harmattan, Paris, 2003, p 92.


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Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.


ENJEUX PATRIMONIAUX 63 mobiliers qu’il expose. Il s’agit maintenant de déterminer quels principes de restauration appliquer. • Principes de restauration : Comme écrit précédemment, la valeur historique régit l’ensemble du château. Elle guide l’orientation muséographique du château. Un rapport étroit existe entre le bâtiment et son ancienne propriétaire, Joséphine Bonaparte. Cette relation est néanmoins voulue par la politique du musée et, dans le cadre de Malmaison, en partie imposée : la destination du musée a été prescrite par Osiris lors de sa donation à l’État. Cette situation où l’identité de l’occupant prime sur l’identité architecturale n’est pas sans rappeler celle des maisons d’artistes tel que la Maison-musée de Salvador Dalí ou encore le Musée Stendhal à Grenoble. Les conservateurs de ces maisons cherchent alors à conserver l’état historique lié à la personne ciblée. Mais lorsque, comme dans le cas présent, la restauration s’appuie sur un état antérieur à celui actuel, on parle de restauration historiciste. L’architecte développe alors son projet de restauration grâce à des données historiques. Lors d’une restauration majeure touchant une part importante d’un bâtiment (fenêtres, enduits…) les personnes chargées de celle-ci cherchent à restituer un état historique donné et à retrouver l’apparence que ce bâtiment possédait à un instant donné. • État de référence : Dans le cadre de cette restauration historiciste quel est l’état de référence à restaurer ? Quel état est le plus emblématique à définir pour assurer au château ses fonctions mémorielles et muséales contemporaines ? Dans le cadre de Malmaison, il a été vu précédemment que le château possède plusieurs états de référence. L’état actuel du château ne présente pas une situation historique emblématique : il est le fruit de restaurations successives dont on ignore les principales motivations. Néanmoins deux états priment sur tous les autres : l’état « le château de Malmaison à la mort de Joséphine en 1814 » dit état « Joséphine » et l’état « le château donné par Osiris à l’État en 1903 » dit état « Osiris ». Les aménagements de Joséphine sont bien renseignés alors que le détail des travaux effectués par Osiris est méconnu.


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ENJEUX PATRIMONIAUX 65 C’est son histoire que le visiteur souhaite découvrir à Malmaison. Ainsi il paraît cohérent de prendre l’état « Joséphine » comme référence pour la restauration du bâtiment. • Éléments emblématiques : Quels éléments emblématiques sont donc à restaurer ? Quelles sont alors les limites de la restauration « Joséphine » ? Aujourd’hui il est évident que la composition château est hétérogène. Plusieurs époques sont lisibles : les pavillons à haut comble du XVIIème siècle, les ailes en retour sur cour du XVIIIème siècle et la fausse tente du début du XIXème siècle au style Empire, entre autres éléments remarquables. Néanmoins, les travaux réalisés sous Joséphine montrent sa volonté d’unifier le style architectural et décoratif du château. L’impératrice Joséphine souhaitait mettre au goût du jour le château. Le château est aujourd’hui encore décoré selon le style Empire. L’aménagement actuel du jardin semble être également celui dont bénéficiait Joséphine à son époque : une partie aménagée à l’anglaise à l’ouest et une autre structurée à la française à l’est. L’aménagement du jardin est ne semble pas avoir changé lui non plus : une partie surélevée comprenant le pavillon de l’Empereur au sud et des parterres réguliers, l’allée d’entrée et une troisième partie au delà du mur de clôture de l’allée d’entrée. • Incidences d’une restauration « Joséphine » : Une restauration à l’état « Joséphine » nécessiterait d’importants travaux. Les menuiseries à petits carreaux seraient remplacées par de nouvelles menuiseries à grands carreaux sur la façade ouest et les ailes « bibliothèque » et « salon de musique ». Ces menuiseries à petits carreaux sont une restitution d’un état antérieur à celui de Joséphine. En effet, de nombreux tableaux peints entre 1805 et 1826 représentent la façade ouest avec des fenêtres à grands carreaux1. L’évolution des techniques de menuiserie a permis à Malmaison de disposer de fenêtres à grands carreaux sur sa façade ouest et sur ses ailes « bibliothèque »

1

Parmi les travaux les plus remarquables, nous trouvons : Vue du château de Malmaison (façade sur le parc), Petit Pierre Joseph, 1805, Musée national de Malmaison. Le salon doré, Loeillot-Hartwih Charles Henri, 1826, Collection privée, photo C. Berger.


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Cheminée en briques et pierres du pavillon sud du château

de

Malmaison

(Atelier Cairn, mai 2012)

Conduit de cheminée métallique du château de Malmaison (Atelier Cairn, mai 2012)


ENJEUX PATRIMONIAUX 67 et « salon de musique » depuis le milieu du XVIIIème siècle1. Les conduits métalliques qui ornaient les toitures devraient être également restitués2. Ils apportaient une valeur ajoutée à l’apparence du château. Leur verticalité dynamisaient la silhouette du château en s’opposant à son horizontalité générale. L’enduit du château devrait, au vu des infiltrations subies, être également refait et repensé. En effet, l’enduit gris à faux joints présent aujourd’hui nuit à la lisibilité du bâtiment. Sous Joséphine, les enduits participaient au décor du château. Ils présentaient, à l’époque de Joséphine, des lignes de refends qui accentuaient l’aspect longitudinal du bâti et ceinturaient l’ensemble des volumes. Ces éléments participant au décor contribuaient à unifier l’aspect esthétique du château. Mais ne faudrait-il pas aussi retrouver le ressaut central de la façade est, une tente militaire plus haute et boucher la baie centrale du premier étage de la façade est ? Ou encore, ne faudrait-il pas, pour retrouver un état « Joséphine » proche de l’original, boucher la fenêtre percée par Osiris au deuxième étage de l’aile salon de musique ? • Limites de la restauration historiciste : L’enjeu de cette restauration historiciste est de définir ses limites pour ne pas réduire l’authenticité du lieu. Contrairement au projet de restitution des fenêtres à grands carreaux, des conduits de cheminées et des enduits, elles sont moins emblématiques de l’état Joséphine, donc moins nécessaires. En effet, même si le ressaut est visible sur certains tableaux3, l’élément le plus emblématique de la façade reste la fausse tente militaire. Le ressaut et la baie bouchée ne sont que des détails si nous les comparons à l’impact visuel produit par la fausse tente. Ces éléments ne présentent pas de caractéristiques historiques propres et ne participent pas à la cohérence globale du château. La tente, bien qu’elle ne soit pas d’origine, a été remontée sur ordre de la reine Marie-Christine et semble respecter son aspect d’autrefois. Moins haute, la fausse tente militaire actuelle présente encore toutes les caractéristiques que les architectes Percier et Fontaine avaient attribuées à

1

Claudes Landes a effectué une datation d’une porte croisée de l’aile salon de musique grâce à l’estampille de la fiche de cette porte. Après analyse de cette estampille et du contexte historique, il assure que la porte a été mise en place entre 1740 et 1750.

2

Un de ces conduits est visible sur la souche sud-est de l’aile « bibliothèque ».

3 Bourgeois C., dessinateur, et Amélie, femme Corny, graveur, vue du château de Malmaison du côté de l’arrivée, N.D.


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ENJEUX PATRIMONIAUX 69 la tente précédente en 1801 : un style Empire inspiré d’une tente militaire et les fonctions de point de repère visible de loin ainsi que d’espace de transition entre la cour et le vestibule. Ainsi, restituer la tente d’origine n’apporterait donc pas plus de valeur au bâtiment : elle réduirait au contraire certainement l’authenticité de la petite construction. Ces interventions pourraient être prises pour des pastiches de l’époque impériale d’autant plus qu’elles ne seraient en aucun cas motivées par un besoin sanitaire. La conservation de la tente actuelle et la non-restitution du ressaut et de la baie bouchée est la solution à retenir, bien qu’elle garde une discrète trace de l’histoire « post-Joséphine » du château. C’est peut-être là la limite d’une restitution d’un état précédent : déterminer les éléments emblématiques qui participent à la cohérence du site et à sa valeur utilitaire sans renier et galvauder son histoire. • Critères limitatifs : Ainsi il est possible de déterminer les critères limitatifs de jugement des différents éléments architecturaux et leur priorité. Dans le cas de Malmaison, les critères que je propose pour juger de la restauration ou de la conservation des éléments architecturaux, sont : la nécessité d’une restauration, l’appartenance à l’état historique « Joséphine », la participation à la cohérence visuelle du bâtiment, la connaissance précise de l’aspect et des dimensions des éléments en question et la préservation de la valeur historique du bâti. Chaque élément architectural peut alors être soumis et jugé selon ces critères. Ainsi, certains éléments ponctuels de « l’état Joséphine » dont les caractéristiques précises ne sont pas connues, peuvent ne pas être restitués. Au contraire des éléments n’appartenant pas à « l’état Joséphine » mais dont le remplacement entrainerai une réduction de la valeur historique peuvent être conservés. Ainsi, selon ces critères, la restitution des fenêtres à grands carreaux sur certaines façades, des conduits de cheminée et de l’enduit à refend peut être envisagé. La restauration du château est ainsi une question de nécessité, de valeurs, de priorités et de choix.


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Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.


CONCLUSION 71 Aborder la restauration d’un monument tel que le château de Malmaison comprend donc plusieurs étapes. La première consiste à connaître son histoire avec une préscision suffisante au niveau des interventions et opérations architecturales. Le château présente une histoire mouvementée : propriété privée pendant plus de trois siècles, ses occupants n’ont eu de cesse d’aménager le domaine selon leurs besoins et leurs désirs. Toutefois son histoire est fortement marquée par les quinze années durant lesquelles l’impératrice Joséphine lui imposa le style Empire. La deuxième étape détermine et analyse les étapes de sa construction. Il se dégage alors de l’analyse croisée de l’histoire du château et de sa construction plusieurs états architecturaux et historiques : « le manoir du XVIIème siècle », « le château à la mort de Joséphine en  1814 », « le château de la reine Marie-Christine d’Espagne en 1861 », « le château donné par Osiris à l’État en 1903 » et « l’état actuel ». Parallèlement à ces études, il est important également d’effectuer un état des lieux sanitaire du bâti afin de saisir l’ampleur de la restauration à effectuer. La troisième étape a pour objectif de déterminer les enjeux patrimoniaux du bâtiment dans le cadre de travaux de restauration éventuels. Cette analyse tente de définir les valeurs patrimoniales véhiculées par le bâtiment et l’orientation du projet de restauration. Dans le cadre du château de Malmaison nous nous trouvons devant un bâtiment dont la valeur historique prévaut à la fois sur sa valeur d’art et sur sa valeur utilitaire. Cette prépondérance de la valeur historique guide le projet de restauration vers une restauration historiciste. Il s’agit alors de déterminer quel est l’état le plus emblématique et le plus cohérent avec les différentes valeurs patrimoniales du bâti. À Malmaison, la politique muséale ainsi que la collection exposée s’imprègne de toute évidence de la personnalité de Joséphine : l’état de référence sur lequel doit s’appuyer la restauration est donc l’état « Joséphine ». Cet état est défini par des attributs architecturaux historiques tels que les fenêtres à grands carreaux sur certaines façades, les conduits de cheminée, l’enduit à refends... Il est nécessaire ensuite, de faire un choix dans la restitution partielle ou complète de ces attributs. Ce choix s’appuie principalement sur la valeur historique mais doit tenir compte de l’impact esthétique et utilitaire sur le bâti. La hiérarchisation des différents éléments guide le projet de restauration afin de ne pas transformer le château en simple pastiche.


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Le salon doré, Loeillot-Hartwig H-C, 1825-1826, collection privée.

Le salon doré, RMN, 2012, Musée national des châteaux de Malmaison et Bois‑Préau.


CONCLUSION 73 Malmaison est un monument d’Histoire qui nécessite une restauration historiciste basée sur son état architectural historique le plus emblématique : l’état « Joséphine ». Au cour de cette étude, les caractéristiques des décors et leurs significations ont été peu aborder. Pourtant, les valeurs d’art et d’histoire du bâtiment se fondent sur ces décors. Une analyse approfondie permettrait de déterminer précisément quels sont les éléments iconographiques appartenant au Premier Empire et ceux ajoutés au cours des siècles postérieurs. Cette étude poserait les bases d’un questionnement autour d’une restauration historiciste des décors du château.


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BIBLIOGRAPHIE

AJALBERT Jean, Dix années à Malmaison (1907-1917), Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, 2007, 191p. CHEVALLIER Bernard, Le domaine de Malmaison des origines à 1904, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1989, 485p, Notes et documents des musées de France. CHEVALLIER Bernard, Views of Malmaison – The château and the Park, Éditions Perrin, 2003, 118p. CIAMPINI Véronique, DIDA Lila, MOUTERDE Guillemette, Le château et le domaine de la Malmaison des origines à nos jours, Versailles : École d’architecture de Versailles, 1993, 5 vol, 9p, 6p, 23p, 98p, 74p, CEAA « Jardins historiques et paysages », Dir. : Christiany Janine. JOSÉPHINE Impératrice des français [attribué à Regnault-Warin],

Mémoires et

correspondances de l’impératrice Joséphine [en ligne], Plancher, Paris, 1820, 264p, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6149314d/f215.image HAUTECOEUR Louis, Histoire de l’architecture classique en France, tome V : Révolution et Empire, 1792-1815, A. et J. Picard, Paris, 1953, tome V, 426p. PÉROUSE DE MONTCLOS Jean-Marie, Architecture méthode et vocabulaire, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, Paris, 1ère édition 1972, 7ème édition 2009, 622p. PÉROUSE DE MONTCLOS Jean-Marie, Histoire de l’Architecture Française De la Renaissance à la révolution, Édition Mengès/Éditions du Patrimoine, Paris, 2003, 511p.


BIBLIOGRAPHIE 75 POULOT Dominique, Patrimoine et modernité [en ligne], L’Harmattan, Paris, 1998, 215p. http://books.google.fr/. RIEGL Aloïs, Le culte moderne des monuments, L’Harmattan, Paris, 2003, 123p. RUSKIN John, Les sept lampes de l’architecture, Denoël, Paris, 1987, 252p,


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MANUSCRITES

Archives nationales Série AF AF IV 424 (3169) : Minutes des décrets de l’Empereur. 28 floréal an XII-22 juin 1815. Série AP 469 AP 1 : Papiers de Jean-Baptiste Le Père, architecte du Premier consul (1761-1844) : Orient et Egypte, architecte du Premier consul à Malmaison, architecte de la Ville de Paris, architecte de Saint-Cloud et de Sèvres, architecte de Fontainebleau. Série LL LL 1192 : Inventaires des titres, XIVe-XVIIIe siècles, Tome IV, 1370-1459. LL 1194 : Inventaires des titres, XIVe-XVIIIe siècles, Tome VI, 1500-1544. LL 1195 : Inventaires des titres, XIVe-XVIIIe siècles, Tome VII, 1545-1587. LL 1196 : Inventaires des titres, XIVe-XVIIIe siècles, Tome VIII, 1588-1615. LL 1198 : Inventaires des titres, XIVe-XVIIIe siècles, Tome X, 1644-1659. LL 1199 : Inventaires des titres, XIVe-XVIIIe siècles, Tome IX, 1616-1643. Série S S 2341 : Cormeilles-en-Parisis. S 2346 : Rueil. S 2347 : Rueil. S 2348 : Rueil. S 2413 : Inventaires de titres des seigneuries. [627] 1550-XVIIIe s. S 2438 : Registre des fiefs, 1367-1647. S 2439 : Registre des fiefs, 1367-1647.


SOURCES 77 Archives des musées nationaux Série S S12 9 avril 1801 : Lettre de Chaptal à A. Lenoir.

Archives municipales Boîte II cote 121. Boîte III cote 234 : Aveu de Claude Dauvergne le 27 août 1534. Boîte III cote 2424-35. Boîte V cote 2721 : Don de Malmaison en 1330 par Onfroy de Caripatrie à Guy de Châtres, abbé de Saint-Denis. Série MM MM 40.47.2763 : Lettre signée Lapagerie-Bonaparte au citoyen Chanorier, Place Vendôme n°14, Paris, le 27 ventôse de l’an 7e de la Rép. Fr. MM 40.47.2764 : Lettre de Joséphine au citoyen Chanorier, Place Vendôme n°14, Paris, le 7 germinal de l’an 7e. MM.77.5.1 : Lettre signée Le Coulteux du Moley à la citoyenne Bonaparte à Paris, ce mercredy 28. MM.77.5.1 : Lettre signée Le Coulteux du Moley à la citoyenne Buonaparte rue Chantereine à Paris, ce jeudy 29.

Minutiers central ET LXVI 531, 4 mai 1761. ET LXXIII 598, 16 janvier 1706. ET LXXIII 848, 16 juin 1762. ET XVCIII 296, 18 avril 1686. ET XCVIII 294, 22 août 1685. ET XCVIII 590, 23 mars 1771.


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PUBLIÉES ET DATANT DE LA PÉRIODE CONCERNÉE

PERCIER

Charles,

FONTAINE

Pierre-François-Léonard,

Résidences

de

Souverains ; parallèle entre plusieurs résidences de souverains de France, d’Allemagne, de Suède, de Russie, d’Espagne et d’Italie [en ligne], les auteurs, Paris, 1833, 354p, http://books.google.fr/ FONTAINE Pierre-François-Léonard, Journal : 1799 à 1853 [en ligne], École nationale supérieure des Beaux-Arts et Institut Français d’Architecture, 2 vol, http://books.google.fr/ DUCREST Georgette, Mémoires sur l’Impératrice Joséphine, ses contemporains, la cour de Navarre et de la Malmaison [en ligne], Mercurede France, 468p, http://books.google.fr/

ICONOGRAPHIQUES Archives nationales Série N N IV Seine-et-Oise, 35 : Plan du fief de la Malmaison, 1783. N II Seine-et-Oise, 193 : Plan des bois du Domaine de la Malmaison situés sur l’inspection de Versailles, Premier Empire, échelle 1/500e, non daté.

Archives départementales des Hauts-de-Seine Série FI 1 FI rue 16 : BOURGEOIS C., dessinateur, et AMELIE, femme CORNY, graveur, Vue du château de la Malmaison du côté de l’arrivée, ND. 1 FI rue 17 : JOUANNE, Plan du parc de la Malmaison, 1808, extrait de LABORDE A.


SOURCES 79 FI rue 48 : CHEREAU J., Maréchal d’Estampes, Vue de la Male Maison sous le consulat, avant 1805.

Consultation en ligne Série P (cadastre napoléonien) P_NUM_RUE1 : Tableau d’assemblage, 1818-1819,1/10000 P_NUM_RUE10 : Section C dite de Rueil et du Village, 3ème f., [1819], 1/1250.

Réunion des Musées Nationaux (agence photographique) Consultation en ligne CHAUVET Jules Adolphe, Château de Malmaison (façade), lavis, plume, rehauts de gouache, 1896, Sceaux, musée de l’Île-de-France. GARNERAY Auguste, Douze vues du domaine de Malmaison : vue près du pont de pierre sur le lac, estampes en couleur, 1812, Paris, Bibliothèque nationale de France. GARNERAY Auguste, Vue du salon de musique de Joséphine, aquarelle, rehauts de gouache, vers 1812, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau. NICOLLE Victor-Jean, Château de Malmaison. Façade sur les jardins, angle nord‑ouest, aquarelle et mine de plomb, 1806-1807, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau. NICOLLE Victor-Jean, Château de Malmaison. Façade sur les jardins, angle sud‑ouest, aquarelle et mine de plomb, 1806-1807, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau. NICOLLE Victor-Jean, Vue de la cour d’honneur du château de Malmaison, aquarelle sur carton, vers 1810, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau. PETIT Pierre-Joseph, Vue du château de Malmaison (façade sur le parc), peinture sur bois, 1802-1807, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau.


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Comment aborder la restauration d’un monument historique ? L’exemple de Malmaison.

Chambre de l’Impératrice, photo, Réunion des Musées Nationaux, Reuil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau (août 2012). Biblioth!èque de l’Empereur, photo, Réunion des Musées Nationaux, Reuil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau (août 2012). Salon de musique, photo, Réunion des Musées Nationaux, Reuil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau (août 2012). Salon doré ou salon de compagnie, photo, Réunion des Musées Nationaux, ReuilMalmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau (août 2012). Salle aux frises mythologique, photo, Réunion des Musées Nationaux, Reuil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau (août 2012). Musée national des château de Malmaison et Bois-Préau Plan de Rueil avant 1740. Plan du domaine de la Malmaison, propriété de Monsieur Barentin, d’après la carte des environs de Paris établie par l’abbé de la Grive vers 1740. Carte dite des chasses du roi, gravée par Jean-Baptiste Bouclet, L. Doudan et Tardieu l’aîné, 1721-1804, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et BoisPréau, Plan des châteaux et parcs de la Malmaison et Bois-Préau appartenant à son Altesse Royale le Prince Eugène, 1815, Rueil-Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau. Chapelle du château de Malmaison, carte postales, entre 1905 et 1912, Musée national des château de Malmaison et Bois-Préau. CARR J. et MEDLAND T., Vue de Malmaison, gravure anglaise à l’aqualinthe, 1803, Rueil‑Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau. MONGIN Antoine-Pierre, Façade sur le parc, gravure, après 1801 - avant 1807, Rueil‑Malmaison, Musée national des château de Malmaison et Bois‑Préau.


SOURCES 81 Musée Marmottan VIGER H., Chambre à coucher de l’Impératrice Joséphine à Malmaison, dessin, 1869, Paris, musée Marmottan. Collection privée LOIELLOT-HARTWIG, Le salon doré, 1825-1826. Archives de M. Hervé Baptiste et M. Jean-Claude Daufresne, A.C.M.H

CONSULTATION EN LIGNE

Archives de France, le style Empire (août 2012) : http://www.archivesdefrance.culture.gouv. fr/action-culturelle/celebrations-nationales/recueil-2004/1804-l-empire/le-style-empire/ Archives nationales (août 2012) : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr Base de donnée Mérimée (août 2012) : http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/ patrimoine/Didier

Raux

(blog)

(août

2012) :

http://www.blogarchiphoto.com/

archives/2012/07/07/22446126.html Dossier en ligne de la Base de donnée Mérimée (août 2012) : http://www.culture.gouv.fr/ documentation/memoire/HTML/IVR11/IA00064615/index.htm Le château de Malmaison (août 2012) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Château_de_Malmaison La définition du style Empire sur artquid.com : http://fr.artquid.com/page/17/le-style-empire. html Site officiel du Musée national des château de Malmaison et Bois-Préau (août 2012) : http://www.chateau-malmaison.fr/

SOURCES ORALES Entretien avec Bernard Chevallier (juin 2012)


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ANNEXES


ANNEXE 1 :

Plan fief de la Mal Maison, XVIIème siècle CIAMPINI Véronique, DIDA Lila, MOUTERDE Guillemette , Le château et le domaine de la Malmaison des origines à nos jours, Versailles : École d’architecture de Versailles, 1993, 5 vol, 9p, 6p, 23p, 98p, 74p, CEAA « Jardins historiques et paysages », Dir. : Christiany Janine.


Matrice du Plan du fief de la Mal Maison, XVIIème siècle CIAMPINI Véronique, DIDA Lila, MOUTERDE Guillemette , Le château et le domaine de la Malmaison des origines à nos jours, Versailles : École d’architecture de Versailles, 1993, 5 vol, 9p, 6p, 23p, 98p, 74p, CEAA « Jardins historiques et paysages », Dir. : Christiany Janine.


ANNEXE 2 : Le style Empire

http://fr.artquid.com/page/17/le-style-empire.html

Le style Empire, qui survécut environ dix ou quinze années à la fin de la grande époque du Premier Empire (1804-1814), a très clairement, à l’instar du style Louis XVI, son prédécesseur, l’antique comme source d’inspiration. Seule différence, l’Empire en est la stricte application, alors que le Louis XVI n’en était que le reflet. L’Empire est simple, sévère, guère intime, ni cordial ou confortable. La qualité des bois utilisés dans l’ameublement revêt une importance capitale : pour qu’il soit beau, il doit être superbe. En effet, il apparaît massivement et avec peu d’ornements. Les bronzes de leur côté, isolés au sein de grands panneaux de bois, doivent être d’excellente composition, bien sculptés et ciselés. Percier et Fontaine peuvent être définis comme les créateurs du style Empire officiel ; Ils surent rendre dans leurs dessins cette époque marquée par la fierté nationale et l’enthousiasme guerrier. Le style de meubles qu’ils développèrent, caractérisé par de larges surfaces austères délimitées par des lignes droites, à motifs de palmes grecques dorées, de couronnes de laurier ou de victoires ailées aux drapés fluides, était particulièrement bien adapté au goût de la France impériale. Plus tard, en 1814, quand cette période exaltée laissa la place à la restauration des Bourbons – dépouillés de leur splendeur d’antan – et au règne de la bourgeoisie, le style perdit en quelque sorte sa raison d’être. Il continua cependant d’être en vigueur, sans pour autant convaincre. Les connaissances que l’on possédait de l’Antiquité à l’époque de l’Empire venaient principalement de l’étude de modèles classiques représentés sur des bas-reliefs, sur des vases et décorations murales. Par conséquent, Percier et Fontaine furent conscients qu’il était pratiquement impossible d’être en tous points fidèle à une Antiquité rigoureuse, étant donné qu’il était nécessaire d’adapter ce que l’on trouvait aux besoins de l’époque. Si le style Louis XVI avait déjà éliminé la plupart des éléments courbes, l’Empire signa leur éradication. Les supports précédemment circulaires furent ainsi souvent remplacés par des éléments de section carrée, comme les pilastres. On trouve encore des colonnes sur certaines pièces, mais elles sont généralement détachées de manière à clairement laissé voir les angles droits des meubles. Les colonnes sont lisses, cylindriques ou légèrement coniques, avec chapiteau et base en métal. L’usage des moulures, qui donne du relief au meuble le plus simple, fut presque entièrement abandonné. Le style se définit par une silhouette simple mais découpée de manière nette. Les angles sont pointus et précis ; toute tentative d’arrondir un élément est mal vue. L’usage de bases et de socles lourds accentue par ailleurs la monumentalité des pièces. Aucun autre style n’attache tant d’importance à la symétrie. L’ébéniste français sut reconnaître la nécessité de décorer les larges surfaces plates en acajou de montures de bronze doré représentant une série de créatures fantastiques. Partout ce n’est que sphinx ailés, lions et chimères de toutes sortes, ces dernières souvent à tête d’aigle, employées en tant que pieds de table ou support d’accotoir. On employa même des cygnes en tant que support d’accotoir ou comme accoudoir, leur corps formant piètement et leurs ailes l’accoudoir. Les bronzes sont remarquables par l’ingénieuse symétrie de leur composition, la clarté de leur lignes, par l’effet qu’ils produisent sur un fond sombre, mais surtout par leur ciselure et dorure, dont Thomire est l’un des maîtres incontestables. Pratiquement tous les motifs de bronzes sont empruntés au répertoire antique gréco-romain ou égyptien. Une multitude d’éléments sont rassemblés à partir d’autels, de tombes, des décorations murales de Pompéi et même d’orfèvreries romaines, ainsi les têtes antiques, les cornes d’abondance, la foudre de Jupiter, le trident de Neptune,


le caducée de Mercure, le thyrse de Bacchus, les casques, lampes, tripodes, cratères, amphores, torches ailées et instruments de musique. A ces motifs, il convient encore d’ajouter les emblèmes de la victoire, de la guerre et de l’Empire, ceux du monde animal ainsi que ceux du monde des fleurs, comme la marguerite, très appréciée. En matière de sièges, de nombreuses nouvelles combinaisons de lignes et de formes furent tentées ; la variété est donc grande. Les silhouettes sont systématiquement plus lourdes et rigides que celles en vigueur sous le Louis XVI. Les lignes sont larges et simples, mais guère toujours droites, comme on peut le constater dans le cas des dossier renversés dont le profil ressemble à un S allongé, des sièges en forme de gondole dont le dossier est constitué d’un demi-cylindre rejoignant les pieds antérieurs par une courbe concave, et des accoudoirs sans console qui se terminent par une large volute ouverte reposant directement sur le sommet des pieds carrés en gaine typiques du style Empire. Autre type apprécié, le siège de forme curule avec ses supports gracieusement courbes en X. La grande majorité des sièges produits sont en acajou. Certains spécimens particulièrement ambitieux sont enrichis de montures en bronze ; d’autres possèdent, en imitation du bronze, des éléments en bois doré. Sous l’Empire, les lits présentent de toutes nouvelles formes dérivées de l’antique. Souvent placés dans des alcôves richement drapées, ils sont censés être vus de côté. On les appelle lit en bateau. Chevet et pied du lit sont composés de dossiers de dimensions identiques, agrémentés d’une volute ou d’un enroulement, qui s’élargissent dans la partie basse. Les lits Empire sont généralement accompagnés d’un dais en forme de dôme fixé à la paroi. En matière de tables, que celles-ci soient de massives tables de salle à manger ou de petits guéridons, la grande majorité sont circulaires, très vraisemblablement à l’imitation des tables grecques et romaines. Les dessus sont, si possible, en marbre. Si les pieds ne sont pas en forme des colonnes à chapiteaux et bases en bronze, les dessus sont supportés par une constellation extraordinaire de figures étranges. Les consoles sont pratiquement toujours rectangulaires, le fond entre les montants souvent recouvert d’une glace. La table de toilette Empire possède un dessus rectangulaire, la plupart du temps en marbre, un tiroir en ceinture contenant les instruments nécessaires à la toilette, et des supports soit en forme de lyre soit en X. Deux légers montants droits, partant du dessus, munis de bras de lumière, accueillent un miroir pivotant. La toilette est généralement accompagnée d’un lavabo constitué d’un tripode imité de l’antique supportant une cuvette. Secrétaires à abattant, bureaux à cylindre, bonheur du jour, commodes, armoires et bibliothèques à hauteur d’appui, demeurèrent à la mode. Le salon Empire ne serait toutefois pas complet sans deux instruments de musique dont la vogue était considérable, à savoir la harpe, si typique de la période, et le pianoforte, une nouveauté rare et chère avec ses pédales souvent en forme de lyre. Le style Empire, qui embrassa toute l’Europe, est le dernier des grands styles classiques – connu comme la grande époque de la dynastie d’ébénistes des Jacob – et marqua la fin de l’âge d’or de l’ébénisterie française. Ajoutée à la disparition du système corporatif, l’introduction autour de 1814, même dans une modeste mesure, de la production industrielle contribua encore à faire baisser le niveau qualitatif de la production artisanale. Le XIXe siècle signa ainsi, conséquence de l’industrialisme, le début de la production de masse et initia le mouvement de redécouverte et d’imitation des styles anciens qui marquera si durablement l’art de l’ébénisterie.


ANNEXE 3 : DIAGNOSTIC SANITAIRE Exemple d’une « fiche menuiserie », Atelier Cairn, mai 2012.


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