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01. Jusqu’alors façonné par l’érosion du vent pendant des milliers d’années, ce territoire colonisé se partage et s’exploite tel un butin. Le désert se parcellise. 02. La brutale occupation par le Maroc en 1975 a expulsé la majeure partie de la population sahraouie hors de son territoire, vers des camps de réfugiés dans le désert algérien. Les sahraouis restés sur le territoire occupé sont minoritaires et subissent la répression et la discrimination dans l’accès au travail ou à la propriété. Pour eux ce désert est une prison à ciel ouvert. 03. Le nomadisme étant interdit, la ville impose un cadre socio-politique qui permet une assimilation forcée et un contrôle des résistances sahraouies. 04. Malgré un environnement hostile (ensablement, ressources d’eau limitées), la ville connait une croissance spectaculaire. Le droit international interdit à la Puissance occupante de procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa population civile dans le territoire occupé par elle. Cependant les investissements colossaux du Maroc sur le territoire lui permettent de légitimer l’accaparement et le transfert illégal de sa population ici. 05. Rare terrain non constructible en plein centre-ville de Dakhla. À gauche, la ville historique construite par les espagnols. À droite les nouveaux quartiers marocains. Ce terrain vague se transforme régulièrement en champ de bataille entre Sahraouis et « Dakhilis » (colons Marocains). 06. Dakhla, « km 25 ». Tentative ratée d’installation de pelouse sur du sable pour l’ouverture d’un golf. Le kilomètre 25 de cette péninsule est le seul espace bénéficiant d’un développement touristique stratégique visant à normaliser l’annexion marocaine. Devenue un spot de kitsurf incontournable à l’international, cette vitrine touristique est un instrument de «soft power» très efficace pour légitimer l’annexion. 3 ou 4 checkpoints veillent et limitent si nécessaire la curiosité des touristes.

07. Quelques membres de la tribu Reguibat habitent en bordure de la rivière Sakia El Hamra, dans la région d’Haouza. Bien que sédentaires, leur économie dépend de l’élevage de dromadaires, et leur mode de vie en dehors de la ville constitue une forme de résistance à l’occupation marocaine. Des éleveurs marocains viennent de Béni Mellal (à 1000km au Nord) pour faire paître ici leurs moutons pendant les mois d’hiver. L’herbe étant intensivement exploitée sur une courte période, les sahraouis se retrouvent vite sans pâturages pour leurs bétails le reste de l’année. En réponse les sahraouis installent des bornes de pierres pour délimiter leur espace vitale de pâturage, mais ces délimitations ne sont pas respectées. Cette occupation intermittente génère des conflits entre Sahraouis et Marocains. 08. Visuellement, la frontière entre le Sahara occidental et le Maroc a été gommé. À la place du poste frontière espagnol de Tah, des affiches célèbrent la famille royale et la Marche Verte de 1975.


09. Dans la zone d’Imlili, cet ancien mur de défense rappelle la progression marocaine sur ce territoire entre 1982 et 1987. Aujourd’hui en arrière position, cette partie du mur est abandonnée, remplacée par le mur de séparation de 2780 kilomètres qui coupe le territoire en deux et matérialise la limite de l’occupation territoriale. Obstacle désormais infranchissable, le mur a un impact psychologique violent car il isole et contrôle les sahraouis sous occupation, des sahraouis réfugiés de l’autre côté du mur. 10. Cette signalétique permet aux militaires marocains de se repérer dans ce désert, qui compte environ 7 millions de mines. 11. Poste d’observation militaire, proche de la frontière Mauritanienne. Le renforcement militaire marocain dans la zone de Guerguerat fait suite aux tensions que suscitent l’occupation des troupes du Polisario du « Kandahar », le No Man’s Land de 4 km entre les deux postes frontières. Cette intervention du Polisario d’août 2016 à avril 2017 vient stopper la construction d’une route goudronnée par le Maroc au-delà de son mur de défense afin de faciliter son commerce transfrontalier. 12. Ornée de drapeaux, cette nouvelle route bétonnée presque du jour au lendemain en plein désert mène au futur site photovoltaïque « Noor Boujdour ». L’ambition du roi Mohamed VI est de lancer le plus grand complexe énergétique solaire d’Afrique, avec 2 centrales dans le Sahara Occidental. Les accords signés à la COP22 laissant la société saoudienne ACWA Power exploiter ces centrales pendant 20 ans contribuent à légitimer l’annexion marocaine et prolonger le conflit. Puisque le Sahara Occidental a un «statut séparé et distinct» du Maroc, aucun accord commercial ne peut être appliqué sans le consentement explicite du peuple sahraoui. Ces accords sont donc en violation du droit international. 13. Ces dernières années les exportations routières vers l’Afrique de l’Ouest se sont intensifiées. La nationale reliant Tanger à Dakar étant sur le passage des dunes, des systèmes de palissades tentent de fixer le sable pour empêcher le blocage de la route et l’impact négatif sur ce commerce illégal.

14.15.16. Le long de la côté, une dizaine de bidonvilles se déploie autour des nouveaux villages pour pêcheurs, en partie financés par l’Union Européenne. De 2014 à 2018, dans le cadre de l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc, l’UE aura accordé au Maroc une aide de 56 millions d’euros pour le développement de son secteur pêche, dépensé à plus de 66% pour développer les infrastructures dédiées à la pêche au Sahara Occidental - avec l’approbation explicite de l’UE pour chacun des projets. En vertu du droit international, «tous les États sont tenus de ne pas reconnaître une situation illégale résultant d’une annexion. Ils sont en outre dans l’obligation de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation illégale.» Le soutien de l’UE pour la pêche aura grandement participé à renforcer l’industrie halieutique marocaine, en développant une dizaine de ports et de villages pour pêcheurs au Sahara Occidental. En offrant ainsi des possibilités de travail aux marocains, une migration massive s’est mise en place et colonise le littoral.


12. Le village de Chtoukane a été construit au début des années 2000 pour accueillir le retour des «ralliés», les réfugiés Sahraouis qui reconnaissent la marocanité de ce territoire. Habitats individuels, commerces, école, mosquée, air de jeux - tout y est, sauf ses habitants. Paysages absurdes que ces villes fantomatiques en plein désert, érodées par le vent en attendant de bénéficier d’un nouveau plan de développement. 13. Située à 80 km du poste frontière, Bir Gandouz bénéficie du « nouveau modèle de développement des provinces du sud » initié en 2015 pour célébrer les 40 ans de la Marche Verte. Le lancement du projet de port dans le village voisin de Lamhiriz, a impulsé la création d’une dynamique économique à Bir Gandouz. L’ambition affiché étant d’en faire un hub économique vers l’Afrique subsaharienne. Ce village initialement conçu pour les «ralliés» et jusqu’alors désert, est en plein boom. Converti en chef lieu provincial, l’extension urbaine s’est faite dans un temps record, et des campagnes de peuplement très avantageuses ont attirées des familles, commerçants, et petits investisseurs. La demande en logement dépasse désormais l’offre. Un groupe de migrants marocains tient ici un sit-in pour réclamer à son tour des maisons ou terrains. 14. Un chargement de peinture destiné aux nouvelles constructions de Bir Gandouz s’est déversé en plein désert. Cette trace exprime visuellement la violence impalpable qu’engendre cette occupation civile. Ce conflit se déroule sans coups de feu. La fureur des bulldozers, et l’occupation civile marocaine sont les principales armes.

Légendes Identités en chantier  
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