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L’ETHIOPIE images


De l'Ethiopie, je connaissais la Terre Promise des Rastafari, le Negusa Nagast, Roi des Rois : l'Empereur Haile Sélassie dernier des rois de la tribu de Salomon dont ils disent qu’il est la réincarnation du Christ Je connaissais l'Abyssinie et ses hauts plateaux comme terres des plus grands marathoniens mais aussi comme pays d'épiques explorations à la recherche des sources du Nil J'imaginais à l'est, au pied des contreforts abyssiniens, des villes comptoirs Harar où Arthur Rimbaud séjourna J'avais entendu parler de l'Ethiopie comme arrière garde du Judéo-christianisme et de l'Islam et encore d'Harar comme cité sacrée de l'Islam Je savais que ces terres avaient accueilli des civilisations anciennes, puissances commerciales aux confins du monde connu J'avais été subjugué par les maquillages et les scarifications des peuples de la vallée de l'Omo, par leurs rites et par leurs danses Mais de l'Ethiopie actuelle je ne savais rien


L’ETHIOPIE PREMIERS MOTS De paris, nous sommes arrivés à Addis Ababa de nuit après une courte halte au Caire, nous traversons la capitale dans ses heures les plus calmes à peine troublées par les moteurs haletants des taxis hors d'âges, des Lada héritées de l'époque communiste: le Derg. Dans une nuit presque noire nous roulons parfois au pas tant les ornière sont profondes, ce qui nous laisse assez de temps pour observer les rares personnes que nous croisons, certains errent, d'autres dorment sur des sortes de paillasses faites de pierres. Un homme aux airs de somali, accroupi, se réchauffe auprès d'un feu - cette image fugace est pionnière dans mon expérience éthiopienne je suis bien loin de l'Europe, et suis ici, sur les hautes terres africaines, pour plus de deux mois.

Très rapidement, notre expérience de l’Ethiopie s’avère en grande partie humaine; subjugués par la beauté, la gentillesse et l’hospitalité des peuples qui l’habitent, nous nous sentons, dès nos premiers pas dans la capitale et d’avantage encore en rase campagne, dans un pays à part. Farengis - étrangers - nous ne nous sentons jamais intrus. Peu à peu nous nous acclimatons à cette manière de vivre différente de la notre, l’occidentale, considérée comme modèle à suivre; et c’est dans ce contexte particulier que nous avons eu l’expérience du travail en agence, au sein d’une agence d’architecture : ABBA architects.


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Pays de hautes terres, l'Ethiopie semble s'organiser autour du massif abyssinien, berceau de l'humanité et de nos civilisations judéo-chrétiennes et mahométanes. Pays mythique, l'Ethiopie se trouve à la convergence des cultures du sud longtemps ignorées et redoutées, des cultures marchandes des déserts du nord-est et du golfe d'Aden ouvert sur les contrées éloignées de l'Est. A la fois carrefour et épicentre, l'Ethiopie à toujours fasciné or aujourd'hui elle semble se perdre dans l'ombre du continent noir et porte l'image d'une terre pauvre aux populations affamées et aux guerres territoriales. La réalité est autre et bien plus complexe. Evidemment. Nombre d'éthiopiens rencontrés étaient avides de savoir qu'elle était l'image de leur pays en occident, craignant par dessus tout cette image de souffrances.


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L’ETHIOPIE Géographie

A l'instar de la diversité des peuples qui l'habitent, L'Ethiopie est multiple par ses reliefs, ces paysages et ses climats, en voici les principales lignes.

Le massif abyssinien avec ses hauts sommets s'élevants à plus de 4000 mètres d'altitude semble être à la fois le toit de l'Ethiopie mais aussi celui du continent; véritable château d'eau, le massif est sculpté par de puissants cours d'eau aux allures d'immenses torrents. Au sud, au delà des gorges du Nil bleu, moins élevé mais tout de même à plus de 2000 mètres d'altitude, s'étend le plateau du Choa qui accueille en son sein la capitale: Addis Ababa. Dans sa partie centrale le plateau est fait de vastes terres agricoles où l'on cultive un mil unique à l'Ethiopie - ingrédient de l'injera, sorte de galette fermentée base de tout repas éthiopien: le tef - le plateau du Choa est lui aussi marqué par de profonds canyons dont les flancs ubacs accueillent des paysages agricoles d'une beauté rare. Au sud-ouest, jouxtant le plateau du Choa et le massif abyssinien, un haut pays s'éleve entre 1000 et 2000 mètres d'altitude s'étendant des gorges du Nil bleu à la frontière kenyane. Pays fait de régions isolées, il accueille les collines Kaffa qui ont, il y a longtemps maintenant, données leur nom au café que les éthiopiens nomment buna, il accueille aussi dans ses retranchements des peuples éloignés de nos civilisations modernes.

A l'ouest et nord-ouest du plateau abyssinien s'échelonnent des basses terres, entre 500 et 1000 mètres d'altitudes, chaudes et humides plus on s'éloigne vers l'ouest. Terres planes marécageuses cultivées, la malaria est endémique à cette région bien éloignée de la capitale. Dans sa partie est, le climat devient aride et seule une vie nomade s'adapte à l'environnement. Fractionnant l'Ethiopie du Nord au Sud, la vallée du Rift - effondrement monumental causé par une élévation brutale de la masse arabo-éthiopienne il y a 35 millions d'années (Oligocène) - est une cicatrice de près de 6000 kilomètres s'ouvrant en Syrie pour se refermer quelque part au Mozambique. Au Nord, très large, la dépression du Rift accueille les terres parmi les plus chaudes de la planète où seules persistent les formes de vie les plus spécialisées. A Djibouti, ancien comptoir français ouvert sur le golfe d'Aden, les chaleurs ont fait souffrir même les plus téméraires des légionnaires, quant à la dépression du Danakil, monde minéral à 120 mètres sous le niveau de la mer elle mène le voyageur dans des mondes lunaires. Vers le Sud, la dépression devient vallée, et domestique; cette vallée au Sud d'Addis Ababa nous l’avons arpentée. Faite de savanes et d'immenses lacs salés,elle se resserre encore d'avantage pour devenir fertile et jardinée, ponctuée de majestueux ficus, liens entre terre et ciel pour les populations oromiques qui l'habite.

Le Sud-Est du pays est fait de hautes terres, plateaux élevés, les plateaux des plus grands marathoniens et de hauts sommets volcaniques aux crêtes déchiquetées. Ces hautes terres surplombent des basses terres s'abaissant graduellement vers l'océan indien, ce sont les plaines arides et difficiles d'accès des Somali à peine marquée par de timides reliefs détritiques et petits vallons au cours d'eau asséché. Désert sur la carte c'est une région de tensions rebelles déconseillées au voyageur, pays des nomades Somali elles transpirent l'aventure. Pour finir, le plateau du Hararagué au Nord des basses terres, s'extirpe de la vallée du Rift pour s'élever à plus de 2000 mètres d'altitude, il accueille la célèbre Harar, haut lieu des aventures africaines de Rimbaud.


L’ETHIOPIE terres mythiques Nation la plus ancienne de l'empire chrétien, terre de civilisations bien plus anciennes, longtemps considérée comme bout du monde et même au delà, l'Ethiopie a su garder sa souveraineté à l'époque des colonies ce qui en fait une exception sur le continent africain. Sur un territoire deux fois plus étendu que la France vivent 70 millions d'habitants répartis en une centaine d'ethnies dont nombreuses sont celles qui ont su garder l'essence d'un mode de vie ancestral. Son drapeau vert, jaune, rouge symbolise la fertilité, l'espoir et le sacrifice, couleurs emblèmes du panafricanisme elles furent reprises par la plupart des pays africains accédant à l'indépendance. Autre symbole. Le lion vainqueur de la tribu de Juda, protégeant la plus vieille dynastie d'Ethiopie, la dynastie Salamonide, dont Haile Selassie fut le dernier représentant. Symbole siégeant fièrement devant le théâtre national. Symbole aussi du rastafarisme, mouvement religieux né de l'exil du peuple africain et prônant un retour aux racines dont les plus profondes se trouvent en Ethiopie. Donc l'Ethiopie terre promise. Aussi terre mystique. L'Ethiopie a accueilli bien des épisodes fondateurs des mythes antiques et égyptiens. Elle a aussi accueilli les premiers pas des religions monothéistes naissantes puis par la suite croisades et guerres. Au petit matin, l'ancien Aman Magaa récite ses psaumes coraniques devant l'une des huttes de la demeure familiale à Arsi Negele, dans la vallée du Rift. La plupart des Oromos ont été convertis à l'Islam cependant tous ont gardé un rapport à leur dieu Waka qui est peut être le Dieu de la plus ancienne religion monothéiste au monde.


DECOUVERTE le tef Eragrostis tef

Céréale endémique à la campagne des hauts plateaux abyssins, le tef est l’ingrédient de l’aliment de base de la cuisine éthiopienne: l’injera consommée à chaque repas. Nous n’aurons pas eu la chance de voir les champs d’un vert intense mais la terre nue plus ou moins fertile, l’ensilage de la paille sous forme de huttes protégées du bétail par des barrières faites de branches d’acacia. Très résistant aux variations climatiques, le tef résiste où les autres céréales succombent ce qui est une aubaine pour des régions aux climats instables. Ses graines fines comme des têtes d’épingles ont une valeur nutritive supérieure autres céréales éthiopiennes.

Le tef est semé au début des fortes pluies estivales, le bétail, dont le piétinement écrase les mottes et recouvre les semences, est amené dans les champs cultivés. Pour le désherbage et pour la récolte, ce sont les familles entières qui participent aux travaux des champs, Décembre donne alors à la campagne des allures de fourmilière.

Ci-contrePaysan rencontré au sommet du mont Zuqualla,ce volcan domine la campagne oromique de la vallée du Rift avec ses 3000 mètres d'altitude, sur les derniers mètres de son versant Nord des paysans profitent d'une terre volcanique profonde et légèrement rougie par le fer. En fond, l’une des marches du plateau abyssinien descendant graduellement sur les gorges du Nil. Les habitations sont concentrées sur les reliefs afin de n’avoir aucune emprise sur les terres les plus fertiles. Légèrement incurvés, ces plateaux aux faux airs de vallées accueillent, dans leur partie basse, des zones plus humides où le cheptel pâture.


DECOUVERTE le café Il est difficile d’aborder l’Ethiopie sans s’intéresser au café. Reconnu mondialement, il est présent quotidiennement dans la vie locale que ce soit dans les villes ou les campagnes. Nous avons eu l’honneur de partager des cafés avec leur producteur, préparés par les femmes selon une cérémonie ancestrale à laquelle les éthiopiens semblent tant tenir.

De nos pérégrinations dans les campagnes, de nos rencontres avec les gens qui les peuplent, le café est le symbole de l’hospitalité des éthiopiens. Connu dans chaque familles sous le nom de buna, préparé selon une cérémonie héritée de temps immémoriaux, le café nous a été offert dans la pénombre des foyers paysans. Savoir détenu par les femmes, le café est préparé puis offert en trois étapes symboliques: abul, reja et baraka. Le café vert vendu dans les petites échoppes ou cultivé sur les terres familiales au côté de la papaye ou du khât, à l’ombre de l’acacia ou se faisant lui même ombrage, est lavé avant d’être torréfié lentement au dessus d’un foyer. L’odeur suave de l’encens laisse alors s’initier celle du café grillé, le son métallique de la cuillère sur la gamelle remplace le souffle prolongé des femmes attisant le feu. Torréfié, le café est ensuite pillé selon une rythmique propre à région d’Ethiopie, peut être à chaque famille si ce n’est à chaque femme. Le café est ensuite infusé dans une carafe en terre cuite avant d’être servi dans de petites tasses posées sur un plateau, que chaque famille possède, plus ou moins riche et décoré. C’est un café à la turque, toujours sucré, doux et peu excitant - pour ce qu’on en a goûté jusqu’à présent - qui peut être agrémenté le soir avant de se coucher d’un peu de lait. Le caféier arabica pousse à des altitudes comprises entre 1500 et 2400 mètre d’altitude, il est associé à d’autres cultures ou exploité dans des forêts caféières dont la canopée est fournie par des Acacias, Podocarpus ou Ficus. Le café éthiopien est mondialement renommé et est l’un des piliers du commerce extérieur du pays. Le plus reconnu étant certainement le Moka Harar.

Cérémonie du Buna dans un hameau des gorges de la rivière Jima qui creusent le plateau du Choa au Nord d'Addis Ababa. La famille Sherere Erenet est autosuffisante, le café pousse dans de petites oasis profitants de résurgences en milieu de coteau. Surprenant, ici le café pousse en plein soleil, se faisant de l'ombre lui même.


ADDIS ABABA le merkato Le merkato grouille. Dans son immensité, regroupe ses marchands en quartiers et s’il doit avoir un coeur se serait bien celui des marchands d’épices et de légumes. Le pouls est donné par une foule pressée. Nous entrons au merkato par le quartier des vendeurs de bidons, derrière leurs étroites échoppes aux toits bas couverts de cette légère marchandise, j'aperçois une montagne de ces mêmes bidons, montagne cachant difficilement une décharge à ciel ouvert s'étalant autour d'un cours d'eau. Nous descendons du taxi bus au niveau des vendeurs d'épices, sur la rue principale aux échoppes propres tenues par des jeunes femmes. Derrière, s'enfoncent d'étroites sentes, parfois couvertes, faites de l'amas incroyable d'échoppes dont les marchandises débordent en tous sens. Epices et céréales forment de petits cônes sur le dessus des sacs de jute et je prend un plaisir fous à y enfoncer mes doits. Le café côtoie l'encens, j'apprend à reconnaître un bon grain. Toute une foule de petits marchands propose des petits produits, des femmes vendent accroupis par terre des légumes, des jeunes garçons vendent des balayettes, du papier toilette. Les plus installés de ces petits vendeurs sont des femmes, vieilles pour la plupart, installées les unes à coté des autres, accroupies par dessus un amas de marchandise d'où s’élevent les senteurs multiples des encens et de différents bois. Parfois une échoppe plus importante que les autres par sa taille vend du grain dans des sacs de jute sur lesquels se reposent les jeunes transporteurs la joue gonflée par la boule de khât et écoutants à travers de petites radios au son grésillant un match de la Premier Ligue anglaise. Ces jeunes transporteurs, nous en croiserons beaucoup, portant sur leur dos des piles de cartons les faisant zigzaguer parmi la foule compacte sous des sacs dont le poids leur courbe le dos et fait trembler leurs jambes fines. Les épiciers reconnaissables à leur blouse taillée à leur mesure - ou bien à celle de leur prédécesseur - attendent tranquillement le client et saluent, sourire au lèvre, le farengis qui passe.


Le merkato s'est aussi, sur ses côtés, des quartiers bas et crasseux où s'entasse une population pauvre régulièrement proie à des épidémies tel que le typhus. Il est possible d'arpenter les quartiers les plus déshérités sans crainte. Les habitations, derrière leurs façades de tôle ondulée ou de torchis, créent de petits amas organisés sur une cour plus étroite qu'un couloir où l'on peut voir, accroupies, des femmes cuisiner. La densité est incroyable, les familles s'entassent sur quelques mètres carrés et se réfugient durant le jour au dehors faisant de la rue un espace de vie où l'on peut rencontrer, à l'ombre d'une façade, des écoliers réviser leurs devoirs, des vieux discuter et beaucoup mâcher du khât en grandes quantités. Le coin des ferronniers, probablement l'endroit le plus extraordinaire d'Addis Ababa, est un recoin du merkato aux allures médiévales. Les jeunes forgerons travaillent à même la rue, chacun y va de son coup de burin ou de marteau participant à une cacophonie incroyable d'où s'extirpe difficilement les cris des ferrailleurs et des

marchands. Bas fond du merkato, encore plus crasseux que les quartiers qui le jouxtent, le coin des forgerons, s'il ne recèle pas de trésors, transporte le voyageur hors du temps. Les sentes, peut être encore plus étroites que d'ordinaire, sont barrées par le métal qui traîne en tous sens. Sorte de limite du quartier, un ruisseau à la couleur verte des égouts se perd dans une mer de déchets dans laquelle des enfants couverts de guenilles multicolores ternies par la crasse cherchent quelque objet pouvant être recyclé ou bien quelque nourriture. D'autres de ces enfants déshérites arpentent le merkato à la recherche de produits tombés des échoppes et de ferrailles. Au milieu de la cacophonie des ferrailleurs, le brouhaha d'un petit monde de femmes du sud, des gouraguées, nous attire. Ces très bonnes commerçantes parfois un peu pingres paraît-il, vendent des objets artisanaux dont de nombreuses cafetières et une pâte blanchâtre à l'odeur de fromage, dense et légèrement fibreuse: le kojo, base du fameux kidfo. Cette pâte qu'elles recoupent ensuite

de nombreuses fois au couteau afin de la délier, est faite à partir du faux bananier, l'enset, selon une préparation longue et fastidieuse. A leur coté, dans une rue plus large et boueuse où attendent, l'oeil éteint, quelques ânes, nous croisons les vendeurs de poulets qu'ils entassent dans de belles cages circulaires faites d'un treillage grossier. D'autres vendeurs, eux ambulants, partent d'ici avec sur chaque épaule, pendus la tête vers le bas, une bonne dizaine de poulets amorphes qu'ils vendront aux quatre coins de la ville. Le poulet est en Ethiopie la viande la plus chère.


ADDIS ABABA nouveaux models urbains

Lors de nos pérégrinations hors d'Addis Ababa nous empruntions toujours deux routes: celle vers le nord, grimpant sur les collines d'Entoto oubliant très rapidement la ville et puis celle vers le sud, descendant lentement sur la vallée du Rift, abandonnant difficilement la capitale avec ses successions de faubourgs commerçants puis ses usines éparses dans un paysage agricole. C'est en allant sur le site Hope university que nous avons découvert un autre visage d'Addis Ababa, celui d'une capitale en métamorphose se jetant à corps perdu sur les modèles du lotissement et de la cité.

De larges avenues ponctuées de ronds points traversent ces nouveaux quartiers pas toujours finis et rarement habités, entrecoupés de friches qui accueilleront fort probablement les mêmes villas protégées par ces mêmes hauts murs surmontés de fils barbelés. Sur fond de rêve américain, la classe sociale enrichie récemment vient s'installer dans ces nouveaux quartiers construits par des entreprises chinoises. Ces quartiers illustrent parfaitement l'accentuation du fossé entre riches et pauvres et les fils barbelés sont les premiers signes d'une société qui tend à se désolidariser. Plus loin, de vastes quartiers HLM, programmes lancés par la municipalité pour accueillir les populations des quartiers de tôle ondulée, émergent de la friche par blocs identiques disposés en tous sens. Ici, le modèle du ghetto dans toute son horreur, ce programme urbain a été édifié avec l'aide d'ingénieurs allemands, les mêmes qui avaient travaillé sur les cités de l'ex Allemagne de l'est.

Les ghettos américains et européens, ceux là même qui posent aujourd'hui tant de problèmes d'un point de vue social, politique et paysager sont reproduits sous leur pire forme. Néanmoins, il est fort probable que le mode de vie éthiopien, notamment l'omniprésence du commerce et des échanges, mènera à une occupation de ces espaces urbains différente pouvant désenclaver ces ghettos planifiés. Toutefois, de par la médiocrité des matériaux utilisés, la question se pose sur une échelle de temps plus longue quand ces quartiers abandonnés accueilleront peut être des populations démunies de surcroît éloignées du centre ville.


Addis Ababa


ARSIchez NEGELE Abduro L'autobus tera d'Addis Ababa, point névralgique du pays. Les peuples s'y mêlent dans un brouhaha d'où seuls les appels rauques des rabatteurs s'extirpent. Je m'amuse à deviner les destinations aux gens qui attendent devant les box. Shashemene box 7. 48 birrs par personne. Nous sentons sur nous le regard des gens, des regards à la fois surpris et amusés de notre présence en ce lieu. Dans l'enceinte de l'autobus tera, dans l'attente d'avoir accès aux quais, deux foules glissent l'une contre l'autre. L'une immobile et silencieuse attend le cri rauque du rabatteur qui lui indiquera le quai d'où partira le bus, l'autre foule n'est faite que de mouvements, d'un chahut continuel presque chaotique; pourtant parmi cette foule aveugle chacun est à la poursuite d'un but. Nous attendons. Nous avons maintenant le temps de nous imprégner du lieu, de nous arrêter sur un visage, échanger un regard. Raph sort son carnet, accroupis les gens nous entourent et regardent au dessus de nos épaules lui dessinant, moi écrivant. Devant le box 7, des familles dont je dirais qu'elles sont pour la plupart musulmanes attendent. Des hommes seuls sont accroupis un bâton à la main sur lequel ils se reposent légèrement. les femmes portent différents voiles qu'elles portent de diverses manières. Impassible, un homme d'une cinquantaine d'année nous observe. Elancé il a un regard d'un noir profond à la fois sûr et calme, perçant l'ombre qui baigne de petits yeux légèrement en retrait d'un visage aux traits fins et finement ridé par le soleil. Je ne sens plus que ce regard sur mes épaules, plus qu'un regard parmi tant d'autres il en est Nous entrons dans l'enceinte de la gare baignée par la fumée bleue des gaz d'échappement et les cris aigus des Klaxons hurlants. Les bus sortent de la gare en convoi tandis que le notre n'apparaît toujours pas, nous nous sentons immobiles dans la danse embrumée, souple et brusque à la fois des autobus cachants péniblement leur vieillesse derrière une dernière couche de peinture déjà ternie par une poussière tenace.

J'observe le chargement des vieux bus Iveco. Je suis impressionné par un groupe d'hommes jeunes qui hissent un paquet de toile volumineux et lourd, deux d'entre eux, du toit assurent et déchargent par deux cordes tendues un troisième homme, qui, le dos courbé sous le paquet débordant de tout son poids, peine à gravir chacun des barreaux de l'échelle. Nous sortons de la gare routière dans la cohue automobile, celle des taxis-bus bleus. L'effet de saturation est accentué par la largeur de l'artère baignée par un flot dense des taxibus bleus. De la fenêtre ouverte, j'observe la succession des échoppes à peine interrompue par des rues gorgées d'une foule multicolore. Nous mettons beaucoup de temps à quitter la capitale. Les faubourgs laissent place à de nouveaux faubourgs par delà lesquels on entrevoit un envers de décor aux airs de campagne. Nous coupons l'ancienne ligne de chemin de fer sur laquelle se sont agglomérés d'autres faubourgs. Addis Ababa nous montre un visage timidement industriel où le ciment grossier se couvre d'une dense enveloppe d'échafaudages d'eucalyptus. En faction devant les usines et les hangars en construction, des gardes armés de vieilles kalashnikov héritées du Derg paressent à l'ombre d'un acacia ou d'une guérite de tôle ondulée. Depuis combien de temps déjà ces hangars sont en construction, et pour combien de temps encore. L'un des gardes d'un entrepôt assiégé par l'herbe haute fait paître quelques vaches dans l'amas des blocs de béton et des tas de ferrailles, le seuil de sa cabane de tôle ondulée est baigné par l'ombre légère d'un acacia sous lequel est posé un petit banc et quelques outils. La descente d'Addis Ababa à la vallée du Rift que j'imaginais vertigineuse sur la carte est en fait peu perceptible. La vallée du Rift est marquée par de lointains massifs discontinus aux crêtes déchiquetées et par des volcans dont l'imposant Zuqualla qui marque en quelque sorte notre virage sur la large vallée. Engagés dans la vallée, ces masses accompagnent notre regard pendant ce qui semble être des heures avant de laisser place à d'autres qui laisseront à leur tour d'autres massifs bercer notre regard. Place aux images


MT ZUQUALLA le volcan


DEPUIS LE NORD Bahir Dar


DEPUIS LE NORDet du Choa La route de l’Abyssinie


DEPUIS LEWendosen NORD Arrêt chez


ZIWAY Robinsons chez les Coptes


WACHACHA DANS LES NUAGES


ZIWAY ou la vie douce


Voyage vers Harar sur la route


Voyage vers Harar Dire Dawa


Voyage vers Harar Harar ou la citĂŠ aux 100 mosquĂŠes


images d'ethiopie  

Quelques photos

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