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Il y a fort longtemps, dans le pays de Canaan, dans les régions chaudes que l’on pourrait situer à l’ouest du Jourdain, un peuple qui n’existe plus à présent prospérait paisiblement. La région était chaude et les terres peu fertiles suite à plusieurs années de sécheresse consécutives, heureusement le fleuve proche offrait quelques ressources au peuple et lui permettait d’élever ses nombreux troupeaux de chèvres et de moutons en attendant des jours plus cléments pour leurs cultures. Ce peuple, comme ceux de son époque, avait des mœurs et une structure dépendant essentiellement de deux choses, ses dieux et son roi ; deux factions rythmaient donc la vie de ce peuple : les protecteurs et forces du roi sous la forme de militaires et les religieux qui priaient et portaient les offrandes aux dieux sous la formes de prêtresses. Les premiers étaient tous des hommes, fiers et forts et les seconds n’étaient que des femmes, toutes plus jeunes et belles les unes que les autres. Ces deux bras du royaume se rencontraient souvent au sein du palais, mais les interactions leur étaient interdites, ou du moins, n’était pas vue d’un bon œil. En effet les prêtresses devaient entièrement s’offrir à leurs dieux et donc, à aucun homme. Les soldats quand à eux étaient des exemples de la société, modèles pour les plus jeunes et espoir des jeunes femmes du peuple pour fonder des familles dont les enfants seraient à leur tour forts et fiers, ainsi ils devaient donc montrer l’exemple et ne pas briser les vœux des prêtresses, même si elles étaient jeunes, belles et elles aussi respectées. Il était parfois impossible pour ces deux factions complémentaires de ne pas se retrouver, du moins pour ceux ayant des titres ou des rangs élevés. La Grande Prêtresse et le Général des armés en particulier devaient ainsi se retrouver plusieurs fois par mois, voir par semaine autour du roi et des autres bureaucrates pour gérer le royaume. Ces deux figures là étaient amis d’enfance et semblaient toujours avancer d’un même pas, avec un unique regard, d’une seule force, sans jamais vaciller. Même si plusieurs mètres les séparaient, on aurait pu croire qu’ils se tenaient la main, même s’ils étaient silencieux, ils étaient si coordonnés qu’on aurait pu croire qu’ils se parlaient. Une telle harmonie avaient bien entendu fait naitre de nombreuses rumeurs au sein du royaume lorsque ces deux la avaient pris les plus hautes fonctions de leurs factions respectives. Pourtant ils avaient toujours gardé la tête haute et ne répondaient jamais aux accusations et autres sarcasmes. Rien dans leur attitude lorsqu’ils étaient en société ne confirmait une quelconque relation autre qu’amicale, lorsqu’ils étaient ensemble, ils ne se regardaient pas, ne se touchaient pas, ne se parlaient pas non plus, seul les fantasmes des gens face à ce qu’ils dégageaient quand ils étaient dans une même pièce semblaient exister. Les bonnes femmes rêvaient toutes de ressembler à la prêtresse, elle était d’une beauté sans égale. Elle n’était pas la plus belle des femmes en considérant le seul physique, mais elle dégageait quelque chose de si intense que personne ne pouvait lui résister. Sa bonté et sa douceur étaient telles que cela sublimait ses traits déjà parmi les mieux dessinés. Les hommes quant à eux n’avaient de cesse de se mesurer au chef des armées, en vain car il était de loin supérieur à n’importe qui, même si ces


subalternes s’y mettaient à plusieurs. Les petits duels étaient de monnaie courante dans cette petite armée et lorsque les conditions s’y prêtaient, le général ne refusait jamais un duel, se posant encore et toujours comme le modèle à suivre autant par les jeunes que par les plus vieux. En plus du reste, le royaume semblait ne jamais être à cours de terre cultivable grâce aux bons soins des prêtresses qui n’avaient de cesse de prier pour les récoltes. A chaque bonne récolte elles en offraient une partie à leurs dieux en remerciement ce qui semblait de nouveau apporter les bonnes grâces du ciel. Aucun brigand ne semblait jamais non plus en troubler la prospérité grâce à la finesse d’esprit et la force de l’armée qui frappait toujours avant les attaques des hors la loi et des pilleurs. Grâce à cela, le peuple avait pu peu à peu abandonner définitivement les tentes en peaux pour construire des maisons de pierres, car désormais ils n’avaient plus de raison de rester des nomades et les derniers récalcitrants avaient fini par s’avouer vaincus et avaient préféré la sécurité d’un toit plutôt que la possibilité de pouvoir déplacer sa tente. Pour ces raisons le peuples entier rendait grâce à la Grande Prêtresse et au Chef des armées. Leur réussite, leur beauté, leur dévouement au peuple, leur apparente perfection, pour tout cela, le peuple les remerciait encore et encore car cela n’avait pas toujours était ainsi, à peine 10 ans plus tôt, le peuple encore fragile était souvent en proie à la famine et à la guerre et c’est l’arrivée des deux jeunes qui avait brusquement changé la donne. Si bien que les tribus voisines voulaient soit rejoindre celui-ci pour y vivre en paix, ou au contraire, souhaitait rallier à leur cause les deux prodiges. Depuis leurs nominations, les complots et les approches des diplomates étrangers n’avaient eu de cesses, mais rien n’avait ébranlé les deux héros du peuple. De nombreux guet-apens leurs avaient été tendu, mais tous avaient été déjoués. Ces deux- là ne semblaient pas vraiment être disposé à ce genre de bassesse. Mais les choses sont-elles toujours ce qu’elles paraissent être ? Car en un soir, tout avait basculé. Personne n’aurait jamais cru une telle chose possible. D’aucuns accusaient le coup que le sort ait frappé d’un coup leurs deux miracles en même temps, d’autres plus mauvaise langue conclurent qu’il n’aurait pu en être autrement et que les plus belles choses avaient toujours une fin tragique. L’enquête et les rumeurs telles qu’elles ont étaient répandues et gardées en mémoire par les peuples fait état de ceci : une violente dispute aurait éclaté entre les deux prodiges suite à une réunion privée, des éclats de voix auraient été perçu dans tout le palais, le militaire aurait menacé la jeune femme, puis au petit matin, la Grande Prêtresse aurait été retrouvée morte sur un autel, assassinée, transpercée par un glaive. Le glaive était encore sur place et il s’agissait de celui du Chef des armées. Ce dernier était recroquevillé dans la couche de la prêtresse et semblait comme éteint, couvert de sang, il avoua sans rechigner son crime, fut placé aux arrêts et fini ses jours en prison, sans jamais plus parler à qui que ce soit. Tous ceux l’ayant rencontré après cet événement racontent qu’il était comme une écorce vide, un arbre mort qui attendrait sa dernière chute pour quitter la face du monde. Tel est resté en mémoire l’histoire de Phaalia


et Euphebios, les héros mystérieux et de leur peuple qui connu son apogée avec leur passage et fut décimer après leur fin tragique.

***

Personne n’avait jamais eu vent de la vérité sur ce meurtre millénaire, et pourtant, c’est dans ces lignes que va être révélé la véritable histoire des tourtereaux. En effet, des tourtereaux, car ils étaient bien amoureux, et encore ce mot et bien faible, ils étaient, au sens propre du terme, des âmes sœurs. Ils ne formaient qu’un seul être à eux deux, ils étaient deux morceaux d’un tout, indissociable l’un de l’autre, ils auraient souhaité vivre ainsi toute leur vie, en ayant simplement l’autre dans les parages, avec la certitude qu’il y serait pour toujours. Ces révélations doivent paraitre étranges au vue des événements précédemment contés, mais c’est une réalité qui ne fanera jamais. Phaalia et Euphebios se sont rencontrés à l’enfance, ils étaient du même peuple mais tandis que Phaalia vivait près du palais, Euphebios lui était enfant de marchand et passait le plus clair de son temps avec les caravanes sur les routes commerçantes, revenant rarement à la ville et encore moins au palais. Le palais n’était pas ce que l’on pourrait s’imaginer comme un immense château entouré de terrain immenses et de fortifications, il s’agissait simplement d’une grande demeure à laquelle s’attachait une aile habitable pour le roi -sorte de seigneur un peu plus riche et sage que les autres, descendant de la ligné des patriarches de ce peupleet sa famille ainsi qu’une aile destinée aux affaires de cette tribu. Autour du palais s’étendaient des jardins essentiellement composés d’arbres et de ruisseau, ils n’étaient pas très grands mais offrait pour ceux qui le souhaitait un moment de repos et de quoi se cacher des regards indiscrets. Un jour qu’il était de retour, Euphebios eu subitement envi d’aller se promener dans les jardins près du palais. De son côté Phaalia eu la même sensation qu’elle devait se rendre à cet endroit. A l’époque, ses talents de prophétesse avaient déjà été repéré et quand elle annonça qu’elle quittait le temple car elle devait se rendre quelque part, personne ne songea à l’arrêter. Ils arrivèrent aux jardins en même temps, chacun par un côté différent, mais ils savaient tous deux où se rendre, ils marchèrent droit l’un vers l’autre et, une fois face à face, quelque chose se passa, quelque chose qu’aucun mot ne peu décrire. Le temps s’arrêta. C’est comme si tous les dieux étaient descendu sur terre en même temps pour les bénir au moment précis ou ils tendirent leur mains devant eux pour entrelacer leurs doigts. Sans un mot, sur leur visage, un réconfort intense était palpable, puis passé ce réconfort, c’est une joie sans fin qui les illumina. Ni l’un ni l’autre n’avait encore prononcé le moindre mot. Cette rencontre ressemblait plus à des retrouvailles qu’à une première fois, les deux enfants n’avaient pas besoin de plus que de se voir là, l’un face à l’autre pour savoir que toutes leurs vies, et toutes les vies précédentes, ils s’étaient attendus, ils s’étaient cherchés et


aujourd’hui, ils étaient simplement là, face à face, les bras tendus, les doigts entremêlés, se souriant. Ils dialoguaient pourtant, leurs âmes étaient entrées en résonance, l’être unique qu’ils formaient se recomposait peu à peu, Phaalia fut la première à parler. -

« Je ne t’imaginais pas si beau, dit-elle en souriant de plus belle.

-

Je n’aurais pas même pu t’imaginer en rêve, tu es au-delà de toutes les plus belles femmes que j’ai pu voir sur les marchés du monde.

-

Je ne suis encore qu’une enfant, je n’ai pas passé mon dixième été.

-

Je viens de passer le miens, ils me semblent tous si loin maintenant.

-

Sais-tu les épreuves devant nous à présent ?

-

Oui. C’est étrange, je peux ressentir ce que tu penses en ce moment.

-

De même pour moi. Cela nous aidera dans l’avenir, nous ne pourrons jamais montrer ce que nous sommes, ce sera notre secret, à ce moment Phaalia plaça son doigt sur ses lèvres.

-

Je vais devenir si fort ? Je suis vraiment étonné, dit Euphebios en fronçant un peu les sourcils, répondant à des images que Phaalia lui montrait de l’avenir qu’elle lui voyait.

-

Nous serons bien plus encore, reviens ici demain à la même heure, je t’offrirais un talisman pour que nous soyons toujours ensemble même quand tu seras loin. Au fait, mon nom est …

-

…Phaalia. Je sais déjà tout de toi ! C’est impressionnant. Je t’apporterais quelque chose aussi comme cela nous ne serons qu’un. » C’est ainsi que se termina leur première rencontre, détachant leur doigts avec peine, ils se

quittèrent pour retourner à leurs obligations. Le lendemain, ils se retrouvèrent, chacun avait un présent pour l’autre. Phaalia offrit un talisman de lapis-lazulis gravé d’or à Euphebios, aussi doré et résistant que la peau de ce dernier et en retour celui-ci lui offrit un magnifique bracelet orné des emblèmes du dieu des dieux du peuple, celui-là même sur lequel Phaalia concentrait ses prières. Leurs rencontres se firent de plus en plus régulières, chaque fois qu’Euphebios était dans les environs, les deux enfants se retrouvaient pour jouer en apparence, mais avant tout pour être ensemble et s’apaiser mutuellement. Puis Euphebios atteint les 13 ans, il était assez fort pour son âge, et il entra dans l’armée comme nouvelle recrue. Pendant ce temps, Phaalia se vit confier des responsabilités de prêtresse. Elle était régulièrement consultée par le peuple pour ses visions ou ses prières. Ce fut une difficile période à traverser car leurs rencontres étaient rares bien qu’ils n’étaient séparés que de quelques centaines de mètres. Mais leurs forces couplées étaient sans faille. Les visions de Phaalia aidèrent Euphebios à rapidement se faire remarquer des officiers et le calme et la patience d’Euphebios aidèrent Phaalia à surmonter les visions les plus amères qui traversaient son cœur, lui permettant d’offrir au peuple et à ses consœurs un soutient sans faille, ce qui l’aida à monter plus vite encore aux sommets du temple. A 17 ans, Euphebios était déjà capitaine et menait les troupes à la charge des assassins et des bandits.


Phaalia quand à elle était pressentie pour succéder à la Grande Prêtresse qui était mourante. Elle fût la première à accéder à ses fonctions. Elle avait alors 19 ans et, grâce à ses potions, avait permis à son prédécesseurs de vivre deux années de plus. Elle obtint donc sa petite place au sein du conseil royal et en fit bien vite un siège important. Si bien que quand Euphebios fut mentionné pour ses faits d’armes, elle plaça habillement sa recommandation à un poste de général ou de Chef des armés, l’idée ne mis pas longtemps à faire son chemin, moins d’un an après il était général et quelques mois suffirent encore à ce qu’il soit chef des armés et qu’un siège lui soit à son tour libéré au conseil royal. C’est à cette période que le duo commença à faire parler de lui au sein du peuple, ils n’avaient que 21 ans mais étaient déjà haut placé et brillaient par leurs beautés et leurs forces respectives, bien que ceci fût en réalité unique. De nombreux riches marchands, ou riches fermiers essayaient de marier leur fille à Euphebios, mais ce dernier, afin d’être tranquille avait érigé un système avec sa complice de toujours. Lors d’un banquet ou une riche bourgeoise lui demanda de prendre sa main, il ferma les yeux et se concentra sur Phaalia, puis d’un seul souffles, ils se mirent à sourire. Alors il ouvra les yeux et leva sa coupe, sorti son poignard et fit tinter le verre. Puis annonça, d’un ton très solennel : « Mes très chers amis, j’ai une déclaration à vous faire ici et maintenant, la femme se mit à rougir et à minauder de plus belle, mais il l’ignora et continua, j’annonce que la femme que j’épouserai sera unique, elle sera la personne qui me sera destinée et aucune autre. Afin de m’assurer qu’elle l’est, toutes mes prétendantes devront être présentée à notre très chère et aimée Grande Prêtresse Phaalia afin qu’elle me dise si elle est la bonne personne. Si celle-ci ne se présente pas, je resterais célibataire et tant pis pour moi » Il partit alors d’un rire tonitruant et la foule commença à rire à son tour, la vieille bourgeoise en profita pour s’éclipser, vexée et humiliée. Le lendemain de très nombreuses jeunes filles s’étaient présentées à Phaalia. Cette dernière avait annoncé qu’une liste devrait être tenue et que seul trois prétendantes seraient examinées par semaine, pour permettre à Phaalia de ne pas faire d’erreur et de ne pas rater la promise du Général tant espéré. Personne n’eut à redire et cela entraina une liste interminable qui s’étira sur des années grâce au frein qu’avait imposé la prêtresse. Bien sûr, on jasa beaucoup, car aucune des prétendantes ne trouvait grâce aux yeux de Phaalia, et pour cause, elle savait être cette personne idéale pour Euphebios. Les femmes étaient toutes très déçues car elles ne pouvaient même pas rencontrer le chef des armées. Les rencontres entre les deux amants furent régulière à cette période, non seulement, ils se voyaient au palais lors des conseils du royaume, mais en plus Euphebios se rendait au temple pour prier et consulter la prêtresse et Phaalia de son côté se rendait aux campements pour bénir les soldats et parfois, lorsque c’était nécessaire, pour soigner les blessures que recevait Euphebios au combat. La plupart des rencontres n’étaient que des prétextes et dès que possible, ils en profitaient pour simplement s’enlacer l’un l’autre et rester ainsi des heures durant. Parfois il arrivait que leurs lèvres se


frôlent, mais compte tenu de l’époque et des mœurs, rien de plus sérieux ne se passa entre eux, cela ne les dérangeait pas, se fondre dans les bras l’un de l’autre leur suffisait amplement. Leur bonheur était sans fin et aucune ombre ne semblait jamais vouloir gâcher le tableau. Pourtant, ils étaient tous deux convoités par leur propre peuple mais aussi par leurs voisins, si bien qu’après un certain temps, leurs obligations commencèrent à se mettre entre eux, empêchant leurs rencontres. Tous deux en souffraient et un mauvais pressentiment les avait gagnés. Quelque chose que n’avait pas vue Phaalia dans ses visions, quelque chose qui n’aurait pas du être était en marche. Un jour qu’Euphebios patrouillait, ce qui était devenu assez rare ces derniers temps, il rencontra un vieil homme seul sur un chemin. Celui-ci demanda l’asile dans sa cité car il était un sans patrie et qu’il sentait l’âge le rattraper. Bien que très méfiant, Euphebios accepta, heureux car ce vieil homme serait une parfaite occasion de rencontrer Phaalia afin de décider avec elle s’il pouvait rester parmi leur peuple. Il l’escorta donc jusqu’au temple afin de le présenter à la Grande prêtresse. C’est à la tombée de la nuit que Phaalia arriva au temple, Euphebios allait le quitter au même moment leurs regards se croisèrent et un malaise intense s’installa sur le parvis du temple, une certaine gène s’insinua parmi les personnes présentes, la prêtresse venait de sentir un danger imminent pour elle et sa moitié. Pinçant les lèvres le militaire se posta à l’entrer du palais et proposa son escorte, mais la jeune femme la refusa, lui demandant d’attendre ici et de se tenir en alerte. Elle se rendit dans la petite pièce ou attendait le vieil homme, à nouveau elle se crispa, inquiète de la tournure que prenaient ses visions. L’avenir s’était troublé, tout était devenu incertain, sans se présenter ni prendre de pincette, la prêtresse demanda de but en blanc au vieillard de se présenter. Ce qu’il fit avec un large sourire sur le visage. -

« Vous me connaissez déjà voyons ma chère, nous nous sommes déjà croisé parmi les songes.

-

Que voulez-vous ? cracha la jeune femme en s’éloignant le plus possible.

-

Allons allons, je ne te veux aucun mal mon enfant, au contraire, je viens t’offrir mon savoir de mage avant de m’éteindre. Pas la peine de répondre maintenant. Je resterais en ville.

-

Soit. Je vous ferais surveiller cependant. »

***

Les jours passèrent et bientôt une nouvelle mission diplomatique appelait Euphebios. Encore une fois, il laissait derrière lui son amour, mais cette fois, il ne partait pas serein, une certaine crainte c’était installée, d’abord parce que l’avenir était devenu flou et incertain dans les visions de Phaalia, mais


aussi car Pénélope était encore en ville. La mission promettait d’être longue, plusieurs jours de voyages séparaient le palais de la ville à visiter et de grandes fêtes étaient prévues là-bas, le détachement serait prié d’y participer. Durant ce temps, la curiosité de Phaalia ne tarda pas à la mener à Pénélope, et au fil des rencontres, une certaine confiance s’installa, comme promis, il apprit de nombreuses choses à la prêtresse, des choses sur le monde, des choses sur ce qui était visible et ce qui ne l’était pas et surtout, des choses sur l’âme. Le vieux mage, au bout de trois semaines, sous le regard inquisiteur de la jeune femme finit par rire et lui expliquer le but réel de sa visite. Il tint alors un long monologue que voici : « Je vois qu’il est temps que je te révèle certaines choses. Pour commencer, je te remercie de ne jamais rien me demander sur mes origines ni la raison de mon nom, mais il est temps que je te raconte mon histoire. Comme je te l’ai déjà dit, nos âmes existent à travers les âges et les réincarnations, nous pouvons parfois être femme et parfois être homme. Avant cette vie, j’avais toujours été une femme, mais lors de ma dernière vie, j’ai joué avec des magies trop puissantes et trop sombres, quelque chose c’est mélangé avec mon âme. Quelque chose de sombre et quelque chose de triste, vraiment triste. Ces choses ont perturbé mon cycle de réincarnation, et je me suis retrouvé dans un corps d’homme. Pénélope, le nom sous lequel je me suis présenté est le nom de mon âme, l’âme d’une femme mais qui avait été modifié. J’ai gardé toute cette vie ces choses qui ne devaient pas être attachée à moi et maintenant, j’ai réussi a retrouver ma propre essence. Après toute une vie, j’ai réussi à séparer ces choses de moi. J’ai réussi aussi à la stabiliser et à en faire… un symbiote. Dans mes compétences actuelles, je ne suis pas capable d’en faire un être à part entière, il lui faut, un support, une âme sur laquelle se greffer. Je cherche cette âme depuis des années, et finalement j’ai fini par te rencontrer en songe, tu es le support idéal, j’ai fais en sorte que ce symbiote soit parfait pour toi. -Il reprit un peu son souffle et but un peu d’hydromel.Ton âme est coincée ma belle, tu n’as pas de possibilité d’évoluer, tu ne pourras pas aller sur des plans plus élevés, ni devenir aussi puissante que tes dieux, tu as déjà atteint le sommet de ton évolution, toi et ton autre toi. C’est aussi grâce à lui que je t’ai choisi, car pour accueillir ce symbiote, il sera nécessaire qu’il intervienne. Il faut que tu saches mon enfant que ce que je vous offre, à toi et lui, c’est un avenir pour vos âmes, un avenir pour dans mille et mille ans, mais les épreuves que vous devrez traverser seront si terribles que même moi je ne peux les imaginer. Je vous propose de vous maudire pour changer votre essence même, pour vous transformer, de commettre un horrible crime pour un jour atteindre les endroits les plus magnifiques. Ce sont les enfers que je vous propose avant de rejoindre vos dieux et devenir l’un d’eux. Il vous faudra vous déchirer, car vous n’êtes qu’un pour devenir deux choses différentes. Vous porterez tous les deux les stigmates et les malédictions durant de nombreuses vies, vous ne pourrez probablement jamais plus avoir ce que vous avez à présent, mais, un jour, vous aurez


surement mieux. Le pari est risqué, mais je pense que tu as déjà saisi tout l’enjeu. Et je pense aussi que tu veux rencontrer ce symbiote, après tout, il est venu au monde pour toi. Je pense que tu le sais aussi, en l’était actuel de vos âmes, vous ne pourrez jamais donner naissance toi et ta moitié, avec ce procédé, je vous donne cette possibilité. Voici ma prophétie. Lorsque vous finirez par vous retrouver, lorsque vos âmes seront au même niveau et qu’elles se reconnaitrons comme Phaalia et Euphebios, elles se mélangeront à nouveau et cette fois, c’est à une nouvelle âme qu’elle donneront naissance, une âme qui réunira une part de vous à jamais, mais qui sera plus belle et plus aimée que n’importe quelle autre âme, dans chacune de ses vies, elle sera un guide et un soutient incontesté pour son peuple. Je prédis aussi que cette enfant saura vous aimer à tout jamais et qu’elle sera bénie des plus hautes divinités. Elle sera une reine parmi les reines, une étoile parmi les plus brillantes que le ciel ait jamais comptées. Sa naissance marquera votre ultime incarnation dans ce monde à vous deux, par la suite vous partirez parmi les divinités d’où vous pourrez la surveiller. Telle est mon histoire, ainsi soit ma prophétie. Je te raconterais les détails du rituel nécessaire une autre fois mon enfant. De toute façon, Euphebios devra être présent, nous attendrons son retour. Je sais que vous allez avoir besoin d’un peu de temps pour vous faire vos adieux, pour préparer votre suite pour ce pauvre peuple qui va vous perdre. Allons ne fais pas cette tête, tu t’imagines bien qu’il faudra sacrifier d’autres vies, la malédiction ne se créera pas toute seule ! Allé je te laisse, ne pleure pas trop, je n’aime pas voir ce visage abimé par les larmes, à bientôt, mon enfant. » Le monologue terminé, Pénélope laissa une Phaalia abattue et en larme. Elle avait de toute façon déjà décidé qu’elle accueillerait le symbiote, elle le désirait déjà plus que tout, le besoin de sentir une vie en elle était trop fort, elle était née pour être une mère, mais la vie telle qu’elle s’était présentée l’en avait empêché et ne lui en présenterais pas l’opportunité, si les dire du mage étaient avérés, elle n’en aurait surement jamais l’occasion d’ailleurs.

***

C’est avec la plus grande impatience que la jeune prêtresse attendit le retour de son amant. Elle était pressée de la revoir, presser de passer du temps avec lui, pressée de se perdre dans ses bras une dernière fois avant de changer, d’évoluer et de devoir lui faire ses derniers adieux. Aucune peur ne pouvait être décelée en elle, juste de l’excitation et de l’impatience, le climat semblait être à l’euphorie. Durant ces quelques jours, Phaalia eu cependant des comportements anormaux, tout d’abord, elle prit soin de rencontrer et de conseiller chacune de ses subordonnées, mais aussi de donner des conseils et


astuces à sa seconde, pour le jour où celle–ci viendrait à prendre sa place. La rumeur se propagea rapidement soulevant les craintes du peuple, mais Phaalia sut les calmer en prédisant simplement à sa seconde un grand avenir au sein d’un temple et la nécessité donc pour cette dernière de connaitre tous les pièges et les astuces du monde politique. En aucune façon elle n’avoua que ceci était pour préparer sa relève, elle préféra laisser penser à l’autre jeune femme qu’elle serait bientôt transférée vers un autre temple avec une plus haute responsabilité. Notre haute prêtresse commença aussi à préparer de grandes réserves d’antidote, onguent et autres potions de soins, bien plus que d’ordinaire. Quand on le lui fit remarquer, elle précisa simplement que l’hiver risquait d’être rude et qu’elle préférait prévoir en mettant le nécessaire de côté dès à présent. Puis elle se rendit chez diverses personnes pour leur annoncer ses visions. Des gens ordinaires a priori qui n’avaient guère demandé de prédictions et ne s’attendaient pas à une visite de personne de si haute importance, d’autant plus qu’il y avait longtemps que la grande prêtresse ne se déplacer pas en personne pour ce genre d’affaires. La réalité était belle et bien là pourtant, Phaalia préparait sa disparition et donnait à son peuple la meilleure main pour dépasser cela et continuer de prospérer malgré la malédiction à venir. Tout en faisant cela elle se gardait bien de taire les réelles raisons, d’une part pour ne pas faire jubiler Pénélope, d’une autre pour ne pas alerter son peuple mais surtout, pour ne pas laisser le bruit parvenir jusqu’à Euphebios et ne pas l’inquiéter lui, il aurait déjà bien à subir à son retour et dans le futur pour lui offrir encore un peu de répit. Quoique l’on fasse pour l’étirer, le temps n’a de cesse de s’égrainer et bientôt, Euphebios rentra, épuisé de sa mission. A son arrivée, il eu vent des rumeurs concernant sa douce et très vite, l’inquiétude que la fatigue avait écrasée repris le dessus. Il s’empressa de filer au temple, prétextant un besoin de prier pour remercier les dieux de la bonne réussite de sa visite. Une fois au temple, il se rua dans le bureau de Phaalia où elle l’attendait impatiemment. A peine avait-il franchit le seuil qu’elle se jeta dans ses bras et qu’elle écrasa ses lèvres sur les siennes. Jamais elle ne faisait cela en temps normal, mais cette fois, elle devait dire adieu à son amour pour des vies et des vies. Il ne rechigna pas, emplit du bonheur de la retrouver il se laissa cajoler et embrasser. Elle caressa chaque parcelle de la peau de son amant, redessinant chacun de ses muscles, chacune de ses cicatrices, le moindre pli de son visage, de sa nuque. Une vague de chaleur les submergea rapidement, les entrainant dans une tornade d’oubli et d’abandon. Enlacé, serré l’un contre l’autre, une dernière fois ils oublièrent tout et se laissèrent disparaitre dans l’autre. Puis, vint ce moment tant redouté où les mots devaient être dit et Phaalia raconta fidèlement l’histoire de Pénélope. Tous deux étaient en larmes, mais sans réellement connaitre le rituel, Euphebios fini par accepter d’aider Phaalia à recevoir le symbiote et à évoluer. Il le faisait a contre cœur, mais lui aussi avait saisi l’enjeu, bien qu’il reste en dehors de sa compréhension réelle ainsi que de celle de sa compagne. Ce soir là, ils trouvèrent une ruse pour dormir ensemble.


Le lendemain, Pénélope fut appelé au temple. Il n’était pas en très bon état, son âge commençait à le ronger, à moins que ce ne soit son âme qui ne tenait plus dans ce corps. La rencontre eu lieu avec les deux âmes sœurs, elle était tant attendue que redoutée. Sans y aller par quatre chemin, Pénélope expliqua le rituel. Tout d’abord, il aurait lieu sur l’autel principal du temple, en second, il nécessiterait le sacrifice de Phaalia, car il était nécessaire de libérer son âme de ce plan mortel afin qu’elle puisse se lier au symbiote. Le vieux mage serait présent pour servir de vaisseau entre l’âme et son parasite. Euphebios quand à lui devrait être un acteur majeur. Son rôle serait funeste et terrible. Il serait celui qui, par sa lame, celle-là même qu’il avait fait orner du Lapis-lazulis offert par Phaalia, devrait transpercer le cœur et l’âme de sa bien aimée, détruisant ainsi une part de lui et maudissant son existence même, et par la même, celle de Phaalia dont l’âme était étroitement liée. D’après le vieux fou, seul Euphebios et seule cette lame serait capable d’arracher l’âme de Phaalia de manière suffisamment puissante pour qu’elle soit propulser jusqu’à sa destination et que la graine qui l’attendait pourrait prendre en elle. Euphebios, pris de rage envoya valser tous les papyrus, vases et autres bibelots trainant dans le bureau de Phaalia où se déroulait la rencontre. Il était hors de lui, une fois la pièce retournée, il s’en prit au vieillard et l’envoya valser quelques mètres plus loin avant d’ouvrir la porte à la volée et de partir furibond martelant les sols marbrés du temple. Phaalia lui colla aux talons, elle fini par le rattraper près d’une colonne dans la grande salle où les prêtresses passaient en permanence. C’est là que l’interaction décrite dans le rapport de l’enquête eu lieu. Phaalia attrapa Euphebios par le bras, celui-ci se retourna brusquement, lui attrapant les épaules et la plaquant contre la colonne. Ses lèvres tremblaient, tout son corps était bandé comme s’il aller la briser entre ses mains ici et maintenant. En apparence, les quelques jeunes filles qui virent la scène eurent l’impression qu’il allait massacrer leur guide à toutes. Et pourtant, la réalité encore une fois n’était pas telle qu’elle paraissait. Au moment même où Phaalia heurtait la colonne, une peine immense avait envahi le jeune homme, c’est avec une détresse sans fin qu’il scruta les yeux de la jeune femme, mais il n’y trouva que détermination et supplication. Elle désirait plus que tout la fusion, quoi qu’il eût dû en couter. Il entama d’une voix rauque et sourde : -

« Si tu fais ça tu vas le regretter, pense à ton peuple !

-

Ma décision est déjà prise tu ne pourras pas m’en empêcher !

-

Je suis contre ! éclata la voix d’Euphebios, se répercutant en écho dans le temple.

-

Je t’en prie lâche-moi, je dois préparer l’autel pour ce soir.

-

Tu le regretteras, sache que tu le regretteras ! » Puis il enfonça son point dans la colonne avant de tourner les talons et de partir en martelant le

sol de plus belle. Phaalia lança de regard se voulant rassurant à ses brebis et les empressa de reprendre leurs tâches. Ne sachant pas de quoi il était question, et après les faits qui ont eu lieu, on peu aisément


comprendre pourquoi l’enquête a fini par aboutir à un meurtre de la part d’Euphebios rien qu’avec ce discours qui a été répété, amplifié et déformé par les jeunes prêtresses. A la tombée de la nuit, Phaalia et Pénélope s’étaient préparé devant l’autel. Le vieillard avait entamé ses formules dans lesquelles ils disaient livrer la puissante, pure et encore intacte prêtresse à sa création imparfaite. Le rituel était déjà bien avancé, et toujours aucune trace de celui qui donnerait le coup final. Le vieil homme ne se démonta pas et continua ses psalmodies. Phaalia était en train de s’installer sur l’autel quand Euphebios arriva enfin, l’air abattu. Phaalia lui offrit alors le plus magique de tous les sourires qu’elle avait jamais pu lui montrer, il s’approcha d’elle, l’enlaça tendrement, celle-ci remua les lèvres silencieusement « je t’aime » disait-elle, il écrasa alors ses lèvres sur celle de sa bien aimée, un hurlement sorti alors des entrailles de Pénélope et une lumière éblouissante se dégagea de lui, des larmes roulèrent sur les joues d’Euphebios, et doucement, il décolla ses lèvres de celle de son unique raison de vivre, tout en se dégageant se de baiser, les lèvres de Phaalia glissèrent le long de son menton, puis de son cou, et enfin sa tête vint reposer sur la poitrine d’Euphebios. Celui-ci lâcha alors enfin la garde de son arme pour enlacer le cadavre désormais vide de Phaalia. L’épée resta dans son corps, transperçant son cœur encore chaud. Il la sera en pleurant ses derniers espoirs, mais quelque chose était bel et bien définitivement déchiré en lui. Le sang se répandait sur sa tunique, sur son corps, sur l’autel et bientôt sur le sol du temple. Le vieillard s’était effondré, le jeune homme n’aurait pas su dire à quel moment le hurlement avait cessé ni à quel moment le vieil homme avait fini face contre terre, il regardait désormais avec des yeux vides et le temps n’avait plus de signification pour lui. Il essayait en vint de retrouver le souvenir de sa plénitude, le souvenir de ses jours heureux, mais rien ne venait, la malédiction était ainsi, la solitude ne pouvait elle-même pas décrire le chaos dans lequel ce pauvre Euphebios était désormais plongé. Il existait toujours, mais il n’était qu’une âme errante, maudite et accablée. Il fut capturé, mais incapable de parler, il ne raconta pas son histoire. Pénélope avait disparut. Les cinq années suivantes, la maladie et la famine s’abattirent sur le peuple des jeunes gens. Affaiblis par cela, les brigands et les ennemis d’antan assaillirent le pays et bientôt, leur peuple, où ce qu’il en restait fut réduit en esclavage, les pauvres bougres durent subir sur plusieurs générations la malédiction qui avait été jetée ce jour là, car eux aussi avaient payé un prix au transfert. Phaalia, quand à elle réussit à rejoindre le cocon où l’attendait le symbiote et peu à peu, durant ce qui s’apparenterait à des centaines d’années si le temps avait compté dans cette dimension, toutes deux se domptèrent, s’apprivoisant lentement, se liant, se mêlant peu à peu. Phaalia fut profondément changée, son âme se transforma de manière telle qu’en se rappelant parfois sa vie d’avant, la nouvelle âme pleurait parfois, déchirée d’avoir perdue sa moitié et de se savoir désormais incapable de jamais la récupérer. Quand la transformation fut terminée, la nouvelle et pourtant si ancienne existence qui avait été créée était d’une puissance sans limite. Elle était telle un puits sans fond, tout ce qu’on lui envoyait,


que ce soit en bien ou en mal était absorbé, digéré, appris et pouvait être reproduit. L’être ainsi créé serait un jour capable de donner la vie, mais pour cela, il lui faudrait d’abord apprendre comment créer.


La Pretresse