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Chapitre 3 : Julie. Quand j’étais petite, j’admirais ma sœur. Ma sœur jumelle, Ariane. Puis en grandissant j’ai commencé { l’envier. Elle était d’une insouciance hors du commun. Elle réussissait toujours dans tout, elle était plutôt intelligente sans avoir besoin d’étudier et était très bonne en sport. Elle a toujours eu beaucoup d’amis, nous les partagions, certes, mais elle était sans conteste la préférée, je n’étais que la jumelle qui trainait avec sa sœur. C’était ainsi, sa chaleur naturelle faisait d’elle un véritable aimant. Moi-même, il m’a fallu des années avant de réussir à me défaire de son emprise sur moi. Quand nous étions toute petites, on aurait pu croire que nous étions de véritables jumelles si ce n’est qu’elle était blonde et moi brune. Nos traits étaient semblables et nous étions véritablement reliées. Parfois, je pleurais sans savoir pourquoi et je me rendais compte qu’elle avait mal. Parfois, elle riait pour moi. Toujours nous terminions les phrases l’une de l’autre. Puis, nous avons grandi, elle surtout, elle a grandi plus vite que moi, et c’était elle qui recevait le plus de félicitations { la maison, moi j’étais un peu plus discrète et je restais dans son ombre. Nous partagions tout, absolument tout, mais c’était toujours elle la meilleure, la première, la préférée. Alors, j’ai commencé { l’envier. Au plus profond de moi, j’ai voulu devenir meilleure qu’elle, j’ai voulu la détrôner, et j’ai commencé { vouloir des affaires différentes, j’ai commencé { étudier sérieusement, puisque je savais qu’en sport je ne l’égalerais jamais, et surtout, j’ai commencé { regarder les gens qui n’étaient pas dans notre groupe ou notre entourage proche. Mais cela ne suffisait pas encore, elle restait la plus parfaite de nous deux. Je me souviens encore le dernier été avant notre entré au collège. Nous étions allongée dans l’herbe, la nuit commençait à tomber, nous étions dans un océan vert sombre formé par le tapis d’herbe, nous nous regardions l’une l’autre. Elle me souriait avec sa légendaire insouciance, moi, en bon reflet, je lui rendais son sourire. Elle me fixait sans se poser de questions, alors que moi, si je scrutais son regard, c’était pour y dénicher ce qui faisait d’elle un être si exceptionnel, si parfait, tellement meilleur que moi. Malgré tous mes efforts, je ne voyais en elle que mon reflet en un peu moins sérieux. Alors, j’ai décidé que nous devions définitivement cesser de nous ressembler. Durant tout le collège, j’ai donc commencé { me maquiller. Ma mère m’a aidé pour ça, elle était douée pour me coiffer et me mettre une petite touche de maquillage qui me rendait enfin plus belle que Ria. Grâce 1


à ça, je faisais tomber bon nombre de garçon sous mon charme. J’avais toujours quelqu’un sous mon emprise et je n’hésitais pas { les mettre sous le nez d’Ariane pour qu’elle voie { quel point je plaisais plus qu’elle à la gente masculine. J’avais beau exposer ma réussite, elle semblait juste heureuse pour moi et ne montrait aucun signe d’envie. C’est { cette période que j’ai commencé { la détester. J’avais beau être attirante pour les garçons, j’avais encore un corps trop enfantin alors que Ria commençait déj{ { avoir ses formes d’adultes. Puis sa bonne humeur et sa chaleur naturelle finissait toujours par avoir raison des gens, filles comme garçons. Les filles devenaient ses amies et les garçons en tombait amoureux. C’est ainsi qu’elle m’a toujours tout volé. Tous ceux vers qui j’allais, tous les garçons qui me plaisaient réellement, tous finissaient par ne regarder plus qu’elle et { me considérer comme ‘‘la sœur d’Ariane’’. Je n’en pouvais vraiment plus de cette situation. J’avais tout fait pour être différente, meilleure, plus belle, mais rien n’y faisait, c’était elle la perfection, je la détestais d’autant plus que je ne pouvais m’empêcher de l’aimer et de continuer à l’adorer en tant que ma jumelle qui faisait partie de moi. Alors, une solution radicale s’est imposée { moi. Puisqu’elle avait déj{ choisi sa voie, je n’avais plus qu’{ en choisir une qui serait à dix milles lieux de la sienne. Une voie qui me permettrait de quitter son ombre et de ne plus être simplement sa jumelle, ni sa sœur. C’est dans cette idée que j’ai traversé la dernière année du collège et qu’avec elle, nous avons décidé d’entrer dans deux lycées différents. Enfin, nous étions séparées et je pouvais commencer à respirer, à vivre sans me sentir inférieure { elle. Je l’aimais { nouveau et plus que jamais. Très vite, je me suis fait de nouvelles amies et plusieurs garçons se sont déclarés { moi, mais moi, j’en avais repéré un. Dès la première semaine de lycée, je l’avais remarqué déj{ par sa grande taille, mais aussi sa carrure, sa beauté, tout ce qu’il dégageait. Il ressemblait { un véritable mannequin. Il était si beau que j’en avais presque le souffle coupé. Armée de mon courage, j’avais fini par l’aborder et peu { peu j’avais tissé un fragile lien avec lui. Pour l’approcher, je lui avais parlé un peu de tout et de rien, mais je lui avais aussi parlé d’Ariane, ma sœur sportive, moins que lui, mais sportive tout de même. Comme le sujet avait semblé l’intéresser, je lui parlais souvent d’elle. Puis, je lui avais demandé de sortir avec moi. Il avait accepté, mais je pense que c’était surtout pour éloigner toutes les prétendantes qui lui tournaient sans cesse autour. Je ne sais pas vraiment pourquoi il m’avait choisie, mais il l’avait fait. Je le voyais assez peu, si ce n’est le temps du midi et un 2


peu après les cours. Il n’était pas très câlins ni démonstratifs avec moi, mais il était tellement beau que le contempler me suffisait amplement. Il était si beau que je voulais l’exhiber, alors, je lui ai proposé de faire une sortie. Il n’avait pas vraiment l’air emballé, alors, je ne sais pas trop pourquoi, je lui ai proposé de faire cette sortie avec Ria et son meilleur ami, François, dont il m’avait souvent parlé mais que je n’avais pas encore rencontré, et pour cause, il était dans le même lycée que Ria. Il m’avait fallu du temps et beaucoup de faux enthousiasme pour convaincre Ria de faire cette sortie. Mais elle avait finalement accepté. J’étais pressée de lui montrer que j’avais réussi { trouver le garçon parfait alors qu’elle était encore seule dans son nouveau lycée. A voir sa tête quand elle a rencontré Cyril, j’avais parfaitement réussi mon coup. Elle avait l’air plus qu’étonnée que je trouve un si beau garçon, encore mieux que dans les descriptions que je lui avais données. François, l’ami de Cyril n’était pas laid, mais il était loin d’égaler Cyril. Il avait l’air plus réservé aussi. Comme je me sentais coupable d’avoir détesté ma sœur et de me pavaner sous son nez avec un garçon aussi parfait, j’avais décidé de la caser avec ce second garçon. Pour ça, j’ai encouragé Cyril { proposer des activités avec Ria. Mais les choses ne s’étaient pas vraiment déroulées comme je l’avais souhaité, et au lieu de réussir { coller François dans les pattes d’Ariane, j’avais envoyé sans le vouloir Cyril avec lui. François était trop timide pour se lancer seul apparemment et les idées que je lançais plaisaient aussi à Cyril. Ils ont donc fini par passer du temps tous les trois. J’enrageais d’autant plus que chaque fois que nous étions { quatre, j’avais l’impression que Ria et Cyril s’amusaient ensemble en nous ignorant presque. Pourtant, Cyril restait avec moi, François nous observait tous beaucoup et Ariane n’avait de cesse de regarder ce dernier amoureusement et était encore très distante avec Cyril malgré le fait qu’elle riait { ses blagues. Puis, Ria est tombée malade. Ma mère ne pouvait pas rester à son chevet ce week-end-là, moi je devais voir Cyril, c’était un de ces rares jours où il avait accepté que nous soyons seuls tous les deux comme de véritables amoureux. Ne voulant pas perdre ça, je l’ai invité { venir chez moi pour que je puisse régulièrement m’occuper de Ria. A mon grand étonnement, il n’a pas trouvé d’excuse pour se défiler et a accepté. Mais les choses ne se déroulent jamais comme je le souhaite. Et ce jour-là, un des endroits où je m’étais proposée comme bénévole pour garder les enfants m’a appelé et j’ai décroché un entretien, à cause de mes horaires de cours, je n’avais pas d’autre choix que d’y foncer sur le champ. J’ai donc supplié Cyril de rester au chevet de ma jumelle le temps que je revienne et j’ai imposé 3


cela { Ria. Je n’ai jamais su ce qui s’était passé ce jour-là, toujours est-il qu’après ça, les choses avaient commencé à changer. Cyril s’éloignait de moi inexorablement et même quand nous étions { 4, je commençais { voir que François n’observait presque plus qu’elle. Encore une fois, elle me volait tout. Tout ce que je lui avais apporté, ce que j’avais décidé de partager avec elle alors que je comptais effacer la haine que j’avais eu { son égard. Je me réfugiais dans mes études et mon bénévolat. Je parlais de moins en moins à Ria. Je n’en avais de toute façon pas envi, je nourrissais une haine trop forte { son égard et je ne pouvais m’empêcher de m’en vouloir { ce sujet car, comme toujours, quand je la regardais, je ne voyais que mon autre moitié que j’aimais plus que tout. Plus le temps passait et plus je sentais que Cyril s’éloignait de moi, je voyais bien, je sentais bien et je savais parfaitement qu’il allait finir par tomber amoureux de Ria et elle, je ne savais pas vraiment ce qu’elle ressentait puisque je refusais de lui parler vraiment, mais tous les deux étaient trop naïfs, trop droits et trop honnête pour me blesser. D’autant plus que Cyril s’inquiétait beaucoup pour son ami François qui devait lui aussi aimer Ria. Puis, le jour arriva ou les choses changèrent vraiment. Les sentiments de tous furent mis à jour sans ménagement, et encore une fois, la cause en était Ria. Je ne savais pas vraiment comment, mais elle avait réussi à se blesser profondément la main. Suffisamment pour devoir aller aux urgences. A partir de ce jour, Cyril n’arrêta plus de me demander des nouvelles d’elle, de savoir comment elle allait, si elle allait guérir, il n’essayait même plus de me ménager et affichait clairement son inquiétude et son affection pour ma sœur. Ria était comme droguée par les cachets qu’on lui avait prescrits, si bien que quelques jours plus tard, à son retour au lycée, elle était bouleversée, elle avait fait quelque chose qu’elle n’arrivait pas à digérer. Je ne savais pas encore de quoi il en retournait et je l’avais réconfortée tant bien que mal. Dans sa folie passagère, elle avait ré-ouvert sa blessure au pouce et risquait de perdre la sensibilité de celui-ci. Entre ses pleurs, c’était la seule explication qu’elle voulait bien me donner { son état et { ses larmes, mais je savais bien qu’elle me cachait quelque chose. Au début, j’avais pensé qu’elle avait fait quelque chose avec mon petit ami, puis, je savais que si tel avait été le cas, l’un ou l’autre m’en auraient parlé et j’aurais était la dernière personne vers qui elle se serait tourné pour pleurer. Une semaine plus tard, j’ai eu ma réponse. J’avais prévu de diner avec Cyril après mes heures de gardes, mais, il m’avait envoyé un message pour annuler. Au même moment, une collègue m’avait signalé un beau grand jeune homme m’attendait { l’extérieur. Mon cœur avait sauté dans ma poitrine { l’idée 4


que Cyril me faisait une surprise, mais j’avais en fait découvert que c’était François qui m’attendait. Un François que je ne reconnaissais pas. Il était dans un sale état. Je me souviens avoir pensé qu’il avait pleuré avant d’arriver. Il avait sale mine et semblait aussi en colère. A peine arrivée à sa hauteur, il m’avait saisi par le bras et m’avait trainée plus loin, dans un coin discret du parking de l’école ou j’officiais. Puis il s’était énervé après moi. - « C’est quoi le putain de problème avec toi et ta frangine ? Qu’est-ce qui tourne pas rond chez vous ? - Pardon ? Je ne vois pas de quoi tu parles ? - Fais pas l’innocente, je suis sûre qu’elle t’a tout raconté et que vous vous moquez bien de moi maintenant ! - Mais t’es aussi malade qu’elle mon pauvre, regarde toi { m’agresser et me sortir des trucs de fou comme ça ! - Oh, je t’en prie me prend pas de haut comme ça, tu crois que j’ai pas remarqué ton petit manège à toi aussi ! - De quel manège tu parles ? - T’es toujours en train de pousser Cyril dans les bras d’Ariane et après tu essayes de jouer les entremetteuses entre elle et moi ! - Mais t’es complètement barré mon pauvre ! - C’est moi qui suis barré ? Ou c’est toi qui reste avec Cyril alors que tu l’as jamais aimé, ou peut-être ta pauvre folle de sœur qui se jette sur moi, qui s’offre pratiquement { moi et qui me jette comme une vieille merde juste après sans donner la moindre raison ? - Attend mais de quoi tu me parles là ? - Je te parle de ce qui s’est passé entre elle et moi la semaine dernière, mais tu sais déjà sûrement tout, vous êtes jumelles après tout, vous devez tout vous dire. » Je tombais des nues. En quelques secondes, il m’avait mis plusieurs claques, la première, en pensant que j’étais capable de volontairement l’avoir blessé en riant de lui avec ma sœur qui jouais avec ses sentiments, la seconde, en m’accusant de pousser Cyril dans les bras de Ria et la dernière, en m’apprenant ce qui avait tant bouleversé Ria finalement. Je l’avais alors calmé et nous avions discuté de Ria, de Cyril, de lui, de moi, de tout et de rien aussi en fait. C’était la première fois que nous n’étions que tous les deux, et bien que cela ait commencé par un énorme malentendu, les choses s’étaient

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finalement bien terminées et nous avions découvert que nous avions beaucoup de points communs. Par la suite, nous nous étions vus plusieurs fois dans le dos de Cyril et de Ria. Il savait que Cyril et moi n’étions pas très proches bien qu’officiellement en couple et n’avait donc pas l’impression de trahir sa confiance, et, comme Ria l’avait repoussé, je n’avais pas l’impression de la trahir elle. Mais je lui en voulais { mort d’avoir fait ces choses dégoutantes avec François. Et puis, il y eu la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Cyril dégota un stage { ma sœur, ils seraient partis ensembles presque tout l’été seuls avec d’autres jeunes et quelques adultes. Il ne m’en avait pas parlé avant, François non plus d’ailleurs. Au moment de l’annonce, je tombais autant des nues que Ria. J’étais abasourdie qu’il puisse aller aussi loin alors que nous étions encore ensemble officiellement. Je voulais lui faire payer, je voulais que Ria paye une bonne fois pour toutes. Elle avait volé ce que j’avais construit une fois de trop. Les choses étaient allées très vite dans ma tête, je lui avais dit d’accepter, puis, j’avais peu { peu mis mon plan { exécution. Je restais officiellement avec Cyril, mais ne le voyait plus. Par contre, je voyais toujours François, et nous avions dépassé le simple stade de l’amitié. Puis, leur départ arriva finalement. J’infligeais { ma sœur de surveiller Cyril, de s’assurer qu’il ne fasse pas de bêtises avec d’autre filles. Bien entendu, la seule que je voulais qu’elle surveille était elle-même. Puis, ils s’en allèrent. En avançant dans le mois de juillet François me répétait que c’en était assez de l’anonymat, que je n’aimais plus Cyril et que je devais rompre avec lui. Ce que je fis, j’appelais Cyril pour lui annoncer officiellement qu’il pouvait faire ce qu’il voulait avec ma sœur, j’étais maintenant indéniablement amoureuse de François et souhaitait être avec lui. Il ne broncha pas, il ne cria pas, ne m’insulta pas. Il s’excusa de m’avoir empêché d’être avec celui que j’aimais vraiment en restant égoïstement mon copain. Cela me mit en rage et ma rancœur remonta. Je décidais alors de ne rien dire { Ria et la laisser payer encore un peu. Je ne sais pas ce qui s’est passé cet été là, mais ce qui est sûr, c’est qu’après leur retour, ils étaient plus distants l’un de l’autre. J’avais pensé que peut-être finalement l’un des deux avait rejeté l’autre. J’avais préféré ne plus m’en mêler et continuer ma vie sans trop m’en inquiéter. Juste après la rentrée, j’avais tout de même fini par révéler { Ria que Cyril et moi avions rompu et que j’étais désormais avec François. Elle ne le savait pas encore et cela sembla la blesser pour je ne sais quelle raison. L’année s’avança et plus les jours 6


passaient, plus j’avais l’impression que Ria perdait de sa superbe. Elle qui avait toujours agis sur tout le monde comme un aimant, repoussait désormais tout le monde. Elle s’enfermait de plus en plus dans sa solitude. Au début, je pensais ‘‘bien fait pour elle, elle l’a bien mérité’’ puis, avec le temps je ne pouvais m’empêcher d’avoir mal pour elle. Je l’entendais pleurer tous les soirs, alors, mes larmes { moi aussi coulaient. J’essayais de trouver des mots dans ma tête, quelque chose à lui dire pour qu’elle aille mieux, quelque chose pour lui remonter le moral. Mais la vérité, c’était que je me sentais atrocement coupable. Je n’avais pas été honnête envers qui que ce soit pendant près d’un an. C’était d’une certaine manière grâce { elle que j’avais fini par retrouver la sincérité et l’amour auprès de François. Un jour, je la regardais observer tomber la pluie dehors au lieu de faire ses devoirs. Elle resta fixée ainsi pendant plus d’une heure. Cela me causa une douleur atroce. Et, comme quand nous étions petites, bien que la douleur soit dans mon cœur, ce sont ses larmes qui avaient fini par couler. Cela fut trop pour moi. J’attrapais mon téléphone et recherchais ce numéro que je n’avais plus appelé depuis longtemps, cette personne seule serait capable de la consoler. Je revenais dans la chambre et lui vidais mon sac : « Tu sais Ria, je te déteste vraiment. Je t’ai haïe pendant toute une année sans que tu m’en tiennes rigueur et ça a eu le don de me rendre encore plus furieuse. Je t’ai regardé faire la belle devant François et Cyril. Je t’ai regardé me prendre peu { peu ce que je voulais gagner. Toi tu n’as fait que rester insouciante et aveugle comme toujours ! Tu as pris mon temps avec Cyril et tu es devenue de plus en plus proche de lui alors que tu m’ignorais moi. Tu as charmé François en le regardant encore et encore avec cet espèce d’amour dégoutant. Tu l’as séduit et ensuite, tu l’as…. Tu as… fais cette chose répugnante ! Encore plus répugnant, tu l’as envoyé promener juste après ça sans la moindre explication. Le pauvre était totalement perdu et brisé à cause de toi. Mais tu as continué quand même à accaparer toute leur attention à lui et à Cyril, encore et encore et encore et ils n’avaient que ton prénom { la bouche, l’un comme l’autre. Je t’ai tellement détesté de me les voler tous les deux sans même te soucier de moi. Et en plus il a fallu que tu partes avec Cyril tout un été. Tu es partie avec MON petit ami sans me demander si ça ne me blessait pas. Tu es partie avec lui, et finalement, j’ai dû rompre avec lui.

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Je te déteste tellement mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher de t’aimer. Au plus profond de moi, j’ai toujours su que je t’aimais même si j’ai toujours envié certaines choses chez toi. Pour ça je t’en ai voulu. Beaucoup, et encore jusqu’{ il y a 5 minutes, je t’en voulais atrocement. Mais aujourd’hui, je pense que tu as assez payé mon égoïsme. Je m’en veux même un peu de ne pas avoir fait ça plus tôt. Après tout, je te suis reconnaissante, c’est grâce { toi que j’ai pu me rapprocher autant de François et qu’aujourd’hui nous sommes heureux tous les deux, sans que ton ombre ne plane audessus de nous, ni même entre nous. Je ne pense pas avoir de mot pour te demander pardon, alors –à ce moment, quelqu’un sonna à la porte- hmm, ça tombe bien ça, je vais laisser quelqu’un d’autre exprimer mes regrets { ma place. » Puis, elle se dirigea vers la porte. J’observais alors l’extérieur par la fenêtre. Il était en train de repartir, je savais qu’il aurait pu retourner la ville entière pour la retrouver. Mais elle ouvra, et il se retourna. Il était toujours aussi beau, mais sa beauté me laissait désormais de marbre, j’avais trouvé quelque chose d’infiniment plus beau que le simple physique. Une fois assurée qu’ils allaient parler ensemble, je refermais le rideau et fonçais pleurer dans mon lit. Je me sentais tellement ridicule d’avoir était jalouse et d’avoir fait souffrir ma moitié adorée. J’espérais de tout mon cœur qu’il aurait les mots que je n’aurais jamais pu trouver.

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Chapitre 4 : Après la pluie. Je hurle son nom sous la pluie. Je suis étonnée, je ne m’attendais pas à le voir, et surtout pas ici, aujourd’hui. Il se retourne et reste interdit à froncer les yeux dans ma direction. Les goutes s’écrasent contre son visage et imprègnent son sweet. Il n’a pas pris la peine de mettre un blouson malgré la pluie. Son torse se gonfle et s’affaisse à une vitesse folle, il semble à bout de souffle. Une vague de chaleur déferle en moi ainsi que mille et une questions. Que fait-il ici, pourquoi reste-t-il ainsi sous la pluie, pourquoi ne bouge-t-il pas, pourquoi ne dit-il rien, pourquoi semble-t-il encore plus beau qu’à l’ordinaire et surtout, pourquoi faut-il que je me sente si bien alors que quelques minutes plus tôt, ma jumelle déversait sur moi un flot d’informations blessantes. Puis, son bras remua, et il se mis en mouvement, doucement d’abord il avance vers moi et se met à courir pour venir m’attraper dans ses bras. Je décolle du sol alors qu’il me serre contre lui. Il me repose par terre et, comme il y a bien longtemps, prend mes mains entre ses deux énormes mains, comme par le passé et malgré la pluie, elles sont chaudes et m’apaisent. Son regard inquiet sonde le mien. Nous sommes maintenant sous le porche et la pluie à cesser de le tremper, des gouttes continuent pourtant de s’accrocher aux pointes de ses cheveux. La lumière provenant de l’intérieur se reflète dans ces gouttes, ajoutant encore à sa beauté. Puis, je me rappel pourquoi j’évite de le voir depuis des semaines, je me rappelle la douleur que j’ai déjà enduré pour réussir à maintenir cette distance et celle que je devrais encore endurer si je ne me libère pas de son étreinte de suite. C’est alors que ses lèvres s’ouvrent avant de former un sourire apaisé. - « Dieu merci, tu vas bien. - Pourquoi j’irais autrement ? Tout en prononçant ses mots, je trouve le courage de me libérer de ses mains et je recule d’un pas, ne pouvant cependant m’empêcher de le contempler. - Julie m’a appelé affolée… Elle disait que quelque chose de terrible t’étais arrivé qu’elle ne savait pas quoi faire que je devais venir tout de suite. - Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? - C’est ce que je te dis… Elle a raccroché presque aussitôt et j’ai foncé ici. - Bien, voila, tu peux voir qu’il ne m’est rien arrivé… Désolée que tu te sois dépêché de venir pour rien. Tu devrais rentrer chez toi. - Tu veux que je rentre chez moi ?

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Il a l’air interloqué et incrédule, je ne peux pas lui dire que chaque instant je lute pour ne pas fondre dans ses bras et l’embrasser de toutes mes forces. - Si tu restes comme ça tu vas attraper froid, et puis comme je vais bien… Ril passe sa main dans ses cheveux et fait mine de partir avant de se retourner vers moi le regard plus intense que jamais. - On ne s’est pas vu depuis des semaines, je viens de traverser la moitié de la ville en courant comme je n’ai jamais couru, j’ai laissé tomber ce que je faisais, je te dis que j’ai fait ça parce que j’avais peur pour toi et tu me dis de rentrer chez moi parce que je risque de prendre froid ? - Qu’est-ce que tu veux que je te dise, je ne sais pas ce qui est passé par la tête de Ju, ne t’énerve pas après moi ! - Si, si Ariane. Je ne comprends pas, je nous croyais amis. Je suis désolé d’avoir essayé de te prendre la main, je suis désolé d’avoir cru que je pouvais, mais je ne le ferais plus alors s’il te plait, reste mon amie. - Je… je voudrais pouvoir l’être encore, mais je ne peux pas supporter l’idée de te faire souffrir. - Je souffre d’avoir perdu une amie chère à mon cœur. Mon visage commence à être aussi mouillé que le sien, mais ce sont les larmes qui trempent le mien et non la pluie. - Ril… Tu me manques tellement, mais j’ai peur que tu penses à Julie chaque fois que tu me vois, j’ai peur que tu ais mal maintenant qu’elle t’a quitté. - Attend, c’est à cause d’elle que tu ne veux plus me voir ? Je baisse la tête, je me sens un peu idiote et soudain, je l’entends éclater de rire. Cette fois ci c’est à mon tour de le regarder incrédule. - Tu penses vraiment que c’est elle que je vois en toi Ria ? Je hoche la tête, incapable de parler pour le moment. - Tu es en train de me dire que quand je t’ai pris la main, quand tu m’as repoussé et que tu m’as dit que tu n’étais pas Julie, c’était seulement pour ça ? J’acquiesce une fois de plus, ne comprenant pas où il veut en venir. - Alors tu n’as pas non plus arrêté de me voir parce que tu n’avais plus à supporter le copain de ta sœur ? - Bien sûr que non… Je voulais pas que toi tu supportes la sœur de ton ex. - Ariane, il faut que je te dise quelque chose, je ne suis qu’un idiot, je n’ai jamais été honnête ni avec toi ni avec Julie. 10


- Comment-ça ? Je ne te suis pas vraiment. - Je n’ai jamais été amoureux de Julie. - Mais... vous… pendant des mois… pourquoi ? - Tu n’en as vraiment aucune idée ? Je secoue la tête en plaquant mes mains contre ma bouche essayant de retenir le faible cri qui essaye d’en sortir. Il s’approche de moi et entoure mes bras avec ses mains. Comme toujours la fermeté avec laquelle il me tient semble d’une douceur sans fin, pourtant, cette fois, j’ai peur. J’ai peur de ce qu’il pourrait dire, j’ai si peur qu’il se soit moqué de moi tout ce temps, si peur qu’il ait compris mon manège et qu’il se soit joué de moi. Il me regarde avec plus de profondeur encore et une certaine détermination que je reconnais bien, c’est celle qu’il a toujours lors d’un combat ou d’un match important. - C’est pour pouvoir te voir que j’étais avec elle. - Tu étais avec elle avant notre rencontre… - Oui, mais je souhaitais déjà te rencontrer. Ria, il faut que tu m’écoutes. Et il faut que tu me croies, tu es prête à me laisser quelques minutes pour t’expliquer tout ça ? Bien, alors si ça ne te dérange pas, installons-nous au chaud, je commence à me sentir un peu glacé. Abasourdie, je le laisse m’entrainer à l’intérieur. Ju regarde la télé et nous fait signe de l’ignorer sans nous lancer le moindre regard. Nous montons alors à la salle de bain. Je lui tends une serviette et me prépare à sortir alors qu’il la prend, mais il attrape mon bras au passage. - Restes. - D’accord… je t’écoute. - Bon… bien, alors d’abord il faut que tu saches… Il semble un peu gêné tout à coup et cela n’a aucun rapport avec le fait qu’il vient de jeter à terre ses vêtements trempés et qu’il tamponne son torse musclé avec la serviette que je lui ai tendu. C’est ce qu’il veut me dire qui le gêne. - Voila, en fait, j’ai un peu trop de succès auprès des filles et ça ne me plait pas vraiment. Il vient de dire ça d’une traite après avoir pris une grande inspiration, je le trouve encore plus mignon mais me sens en même temps un peu jalouse. - Voila pourquoi, l’an dernier, quand ta sœur est venue me draguer comme tant d’autre, j’ai commencé par l’ignorer. - Attend, tu veux dire que ce n’est pas toi qui a fait le premier pas vers elle ? - Euh, pas du tout. 11


- Oh… je croyais, elle ne va jamais vers les garçons d’habitude. - Ria, c’est pas le souci, écoute moi ! - Ok, vas-y. - Bien, donc au début, elle me parlait de choses et d’autres qui n’avaient aucun intérêt mais elle continuait encore et encore d’essayer de me parler. Puis, un jour, elle a commencé à me parler de sa sœur jumelle. De toi Ariane. Chaque fois qu’elle me parlait de toi, je me sentais… je sais pas, j’avais envie d’entendre d’autres histoires sur toi. Et puis j’en ai eu assez de tous les autres vautours, alors, quand elle m’a demandé si je voulais être son petit ami, j’ai accepté. Au début, elle me parlait juste de toi et ne me demandait pas grand-chose en échange. Elle me laissait respirer et ne réclamait pas trop de baisers ou de câlins, ça m’arrangeait bien. Puis elle a commencé à vouloir sortir. J’ai repoussé au maximum, et finalement, elle m’a proposé une sortie à 4 avec toi et François. Tu m’intriguais tellement, que j’ai accepté. Quand je t’ai vu arriver avec ta petite jupe et ton air timide, au début je me suis dit que tu n’avais rien à voir avec les histoires qu’elle me racontait. Tu es restée distante et froide avec moi. Mais, par moment, je voyais une lueur dans tes yeux, je sentais une chaleur s’échapper de toi et j’avais envie de pouvoir la toucher. Heureusement, j’ai eu très vite ma chance de briser la glace sous laquelle une jolie princesse été endormie. - Une princesse ? T’es sûr que t’as pas pris trop froid là ? Je suis tellement gênée que je n’arrive pas à réagir autrement que par cette pointe d’ironie que je sais pourtant déplacée. Il fait une mine un peu dépitée mais reprend vite. - Ouai, un super brin de femme caché sous une tonne de morve ! - Pff, c’est pas gentil de me rappeler ce moment aussi peu flatteur ! - N’empêche qu’après ce jour-là, tu es enfin devenue toi-même, cette fille dont m’avait parlé Julie, cette fille que je voulais connaitre. Peu après ce jour, j’ai songé à rompre avec Julie et à tout t’avouer. Mais, elle n’arrêtait pas de me rabâcher les oreilles avec François et toi. Et François avait lui aussi fini par craquer sur toi. Alors, j’ai patienté, et tu le regardais toujours comme si tu allais le dévorer alors je n’ai rien dit, je n’ai rien fait, je ne voulais pas risquer de te perdre et de ne plus pouvoir te revoir. J’étais jaloux de François et je voulais t’avoir juste pour moi, alors, je t’ai forcé la main pour que tu me masses chaque mercredi. Mais tu ne me parlais pas et tu me regardais à peine. Je m’en voulais d’être comme ça, mais je voulais te voir encore et toujours plus. - Je.. - Chut, laisse-moi finir. Je voulais tellement me rapprocher de toi, être avec toi, que ce jour-là, au kung-fu, je me suis collé à tes basques, je t’ai énervée et à cause de moi, tu as fini 12


par te blesser. Je m’en suis voulu à mort. Vraiment, à mort. J’ai passé une semaine atroce, je ne pouvais pas te voir et tu ne me répondais plus. Et là, François m’a annoncé en jubilant que vous étiez ensemble. Je suis devenu fou, tous les matins et tous les soirs j’attendais au coin de la rue. Si François s’était pointé, je te jure, je sais pas ce que j’aurais été capable de faire, même s’il est mon meilleur ami. Et tu m’as tout raconté. J’étais soulagé, tellement soulagé que je me suis retenu toute la journée de pas te serrer dans mes bras. Mais tu prenais tes distances chaque fois que j’essayais de me rapprocher. - Oh Ril.. Il pose son doigt sur mes lèvres en les caressant légèrement au passage et continue. - J’ai fait des pieds et des mains, puis je t’ai décroché ce stage avec moi. Je voulais pouvoir n’être qu’avec toi, faire des choses supers dans des endroits magnifiques. Et c’est arrivé. Julie a rompu, et j’en étais soulagé, j’avais juste un peu peur que tu t’éloignes après ça. Mais les jours suivants, rien n’a changé, alors, ce soir-là sur la plage, j’ai tenté ma chance, mais tu m’as dit que tu n’étais pas Julie. J’ai cru que tu voulais dire que tu ne voulais pas de moi. Puis, après, nous sommes rentré et depuis tu t’éloignes de moi, et moi je suis un con, je te laisse partir parce que j’arrive plus à me retenir. Quand je suis avec toi, je n’ai plus qu’une envie, c’est d’être avec toi, et plus juste comme avant. Voila, tu sais tout comme ça, tu sais que je suis un peureux et un idiot. Tu sais que je suis un menteur, un faible et que je me suis servi de ta sœur pour me rapprocher de toi. Tu peux me demander de partir maintenant, je comprendrais que tu veuilles plus jamais me voir. - Cyril, tu es un idiot. Le plus gros idiot que la Terre toute entière ai eu le malheur de porter. - Je sais, désolé Ariane, je te laisse tranquille, je te promets de plus intervenir dans ta vie ni celle de Julie. - Crétin, si tu sors de cette pièce, je hurle. - Tu sais que je te ferais rien, alors s’il te plait… - Cyril, si je regardais François comme ça c’est parce que je ne pouvais décemment pas te regarder toi alors je détournais mon regard sur lui, si je te repoussais c’était parce que tu étais avec Julie, si j’étais triste tout ce temps et que je m’éloignais, c’est parce que me rapprocher était impossible, car tu étais avec Julie, ma sœur, ma jumelle, la seule personne au monde après toi que je ne veux absolument pas blesser. Si tu avais été ne serais-ce qu’un peu intelligent, tu t’en serais aperçut tout de suite ! L’instant même où j’ai croisé ton regard je… je…

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C’est trop difficile de parler, je suffoque sous mes larmes à présent, son visage si parfait se trouble alors tant je sanglote comme une idiote. Si j’ai bien tout suivit, si j’ai bien tout compris, cet idiot à autant besoin de moi que j’ai besoin de lui, si j’ai bien compris, nous avons souffert et perdu du temps pour rien. Nous sommes juste deux énormes lâches pas fichu de dire les choses les plus importantes. Voila que cet idiot pose un genou à terre et prend mes mains dans les siennes - Ariane Beyles, veux-tu bien me pardonner de ne pas avoir pris mes responsabilités plus tôt ? - Je te pardonne. - Et, veux-tu bien accepter les sentiments que j’ai pour toi tout en restant mon amie ? - Non. Je ne veux plus être ton amie. - Oh… - Je te pardonne, uniquement si je deviens ta petite amie. - Ria, je t’aime. »

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Jumelle Ch.3 et 4