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Jumelles


Chapitre 1 : Ariane Il y a { peine 3 mois, ma sœur et moi fêtions nos 15 ans. C’était la fin de l’été et cette année, notre anniversaire fut fêté encore plus dignement que d’habitude. Ma mère avait vu les choses en grand et avait invité quasiment tous les camarades que nous avions eus toutes les deux depuis la maternelle. C’était sa façon { elle de montrer à la fois sa fierté mais aussi sa peine { l’idée que dans quelques jours, lors de la rentrée, lors notre arrivée au lycée, nous serions séparées, évoluant toutes deux dans des cercles très différents, dans des formations différentes et surtout dans des lycées différents. C’est certes peu courant pour des jumelles de se séparer aussi tôt et pourtant, nous étions toutes les deux d’accord. Bien que n’ayant que 15 ans, nous savions où nous voulions amener nos vies. Elle souhaite travailler avec les enfants, les tout petits, et elle est réellement faite pour ça. De mon côté, j’ai toujours admirée une de nos tantes qui est kinésithérapeute et je souhaite suivre ses traces. Il y a une autre chose que j’aime : le sport. C’est pourquoi j’espère pouvoir devenir la kiné officiel d’une équipe de sportif, ou quelque chose dans ce goût-là. Notre mère a plus de mal que nous à encaisser la nouvelle de cette séparation scolaire. Mon père quant à lui reste assez en retrait sur ce sujet. Il est fier mais ne l’exprime pas. Mes parents sont divorcés depuis près de 10 ans. Rien de dramatique, c’est simplement que leur amour c’était fini comme ça, au fil des jours, la flamme s’était éteinte. Nous ne nous souvenons pas vraiment de la vie avant le divorce ni même du divorce avec ma jumelle, nous étions encore trop petite. Maintenant nous vivons avec notre mère. Elle nous ramène parfois ses aventures mais celles-ci de durent jamais plus d’un an. Quant { notre père il s’était remarié 3 ans plus tôt et depuis nous le voyons encore moins bien qu’il n’habite qu’a quelques pâtés de maisons. Je souffre un peu de cette éloignement car j’aime beaucoup mon père. Pour en finir avec les présentations, ma jumelle porte le nom de Julie, quant { moi, celui d’Ariane. C’était les prénoms de nos deux grands mère. Elles étaient toutes deux mortes bien avant notre naissance et nos parents avaient décidé de leur rendre hommage à travers nous. Nous aimons assez cette idée, mais un peu moins ces prénoms vieillots, de fait, nous utilisons plutôt nos surnoms, Ju et Ria. Nous nous aimons toutes les deux profondément. Quand nous étions petites, si l’une se blessait, l’autre pleurait; quand on racontait une blague { l’une, l’autre se mettait


à rire. Nous savions tout l’une de l’autre. Notre relation plus que fusionnelle a souvent été enviée, pourtant, c’était quelque chose qui nous gênait parfois. Nous avions besoin de faire la majorité des choses ensemble et d’être d’accord sur tout même si la nature avait voulu que nous ayons des goûts opposés. D’ailleurs, ce n’était pas la seule chose qui nous différenciait. Nous n’étions pas de vraie jumelle, bien que ne visage très ressemblant, elle était brune et belle, un peu plus élancée que moi, pour ma part j’étais blonde et j’avais déjà des formes plus féminines qu’elle depuis un bon moment. Nous étions toutes les deux intelligentes, mais de manière différente. Elle avait besoin d’avoir le nez toujours fourré dans ses cours tandis que moi j’étais comme un buvard et tout s’imprégnait en moi pendant les cours, je préférais courir et me défouler dès que j’en avais l’occasion plutôt que réviser. Nos caractères aussi nous éloignaient parfois. Elle était très calme et réfléchie alors que j’avais en moi un grondement permanent qui ne demandait qu’{ s’exprimer, ainsi je ne pouvais tenir en place et était très impulsive. Avec nos amis, j’étais le boute-en-train, celle qui n’avait pas la langue dans sa poche et qui partait au quart de tour lorsque quelqu’un menaçait le groupe. Ju elle était plutôt la force tranquille { qui on demandait conseil et aide, elle parlait un peu moins que moi. C’était d’ailleurs amusant, car quand nous étions toutes les deux, c’était elle qui parlait le plus et moi qui devenait plus calme et { l’écoute. Nous ne nous disputions quasiment jamais. Même pour les garçons, elle et moi avions des goûts totalement opposé et nos amourettes respectives ne plaisaient pas à l’autre. Ju a eu plus de prétendants que moi, je ne peux pas le nier, c’est elle la plus jolie. Outre cela, je dirais même qu’elle est jolie tout court. Même si nos traits se ressemblant, { côté d’elle qui est si jolie, je suis banale, mais j’ai quelque chose qu’elle ne possède pas: du charme. Si sa beauté frappe aux yeux des inconnus, mon charme à moi opère au fil du temps. Et bien souvent, alors qu’elle pêchait ses petits-copains dans des groupes que nous ne connaissions pas forcément, moi je finissais par céder aux garçons de notre groupe après qu’ils aient fini par se déclarer. Tout ça n’a plus d’importance aujourd’hui. Nous sommes toutes les deux dans des lycées différents. Moi je suis un cursus assez classique, l’année prochaine j’entrerai en section scientifique pour préparer mon avenir, quand à Ju, elle a s’est engagée dans une section moins classique plus orientée vers le social et la petite enfance. Ce sont nos souhaits. Tout se passe d’ailleurs plutôt bien. Elle se plait l{-bas, même si elle s’ennuie pas mal en cours car son niveau et nettement plus élevé que celui des autres, elle aurait


facilement pu entrer dans la même section que moi. De mon côté, j’adore mon nouveau lycée et j’y ai déj{ des tonnes d’amis. En plus de ça, j’ai pas mal d’activités sportives qui me permettent de revoir d’anciens amis dont je suis aussi séparée. Comme entretenir ma force physique m’est nécessaire pour devenir kiné, j’ai pas mal d’heures d’entrainement ente les sports et la musculation, Ju s’en plaignait au début, mais plus depuis ces dernières semaines. Elle s’est en effet amourachée d’un garçon de son lycée. Il est plus vieux d’un an, mais je ne l’ai jamais vu. Elle reste assez secrète sur son compte. Tout ce qu’elle m’a dit c’est qu’il est je cite “super beau, super grand et super bien foutu, on dirait un mannequin”. J’en ai conclus, que, comme toujours, elle s’est dégoté un écervelé qui n’avait rien derrière son physique et qu’encore une fois elle finirait par déchanter en s’apercevant qu’il ne s’intéressait { elle que pour son physique. Malgré mes maugréements, elle m’a imposé de le rencontrer d’ici le week-end prochain. Elle nous a d’ailleurs { moi et à lui obligé à annuler nos séances de sport du mercredi après-midi pour qu’on puisse sortir { quatre : Elle, son chéri, le meilleur ami de son chéri qui disaitelle était “parfait pour moi, surtout qu’il était dans mon lycée” et bien sûr, moi-même. C’est en trainant les pieds que je rentre { la maison. Ju fini 30 minutes après moi et me rejoindra après. Je n’ai pas très envi d’aller { ce rendez-vous tout { l’heure et je flâne autant que possible sur le chemin du retour, ratant exprès le premier bus et montant { contrecœur dans le suivant. Finalement arrivé { la maison, je me fais hurler dessus par Ju qui était dans le bus que j’ai volontairement raté. Elle m’avait vu marcher au ralentit et laisser partir le bus alors que j’aurais facilement pu l’avoir. Et la voilà qui change déj{ d’humeur et qui me traine vers notre garde-robe. Elle a décidé que je dois être belle car ce serait vraiment chouette de sortir avec ce mec. Et accessoirement qu’elle ne veut pas que je lui fasse honte devant son nouveau petit copain. Finalement obligée de porter une jupe, j’ai tout de même réussi { négocier les collants en laine et les bottes pour ne pas mourir de froid, après tout, nous étions tout de même déjà en décembre. La rencontre devait avoir lieu en ville, entre nos deux lycées, devant un centre commercial. Nos lycées ne sont séparés que d’un kilomètre, deux tout au plus et à peu près au milieu des deux se dresse un immense centre commercial comprenant entre autre dans sa galerie un cinéma et une patinoire. Pour cette fois, c’est le cinéma qui est au programme. En arrivant, j’ai tout de suite remarqué deux jeunes garçons près de l’entrée. Ils sont tous les deux grands et flanqués comme des armoires à glace. Inconsciemment, je ne peux pas m’empêcher de me dire que nous aurions l’air


minuscule si ces deux là sont notre rendez-vous. Bien sûr, c’est inévitable, il suffit d’y penser pour que les choses se réalisent, et déjà Ju me les montre de sa petite main gantée. Rien qu’{ l’idée sa main me semble même rapetissée { vue d’œil. Mais quand il faut y aller, il faut y aller. En nous approchant, mon regard se fixe sur l’un des deux et je ne peux retenir un léger sourire, Ju saute dans les bras de ce garçon. A mon grand étonnement, il ne la contemple pas avec la même avidité que tous ses exs. Il ne la dévore pas non plus quand il l’embrasse. Au contraire, il me donne l’impression d’être sur sa réserve et après quelques baisers, il se racle la gorge et se tourne vers moi. Il me fait signe de son épaisse main et me lance un “salut” accompagné d’un superbe sourire et d’un signe de main. Etonnée, je sors alors de ma torpeur et sursaute un peu, sans m’en rendre compte je lui serre la main et lui répond en le saluant sur le même ton. C’est alors qu’il se met { rire. Je sens mes joues s’enflammer en réalisant que sa main n’était pas tendue vers moi pour que je la serre mais pour faire signe son copain à côté. Plutôt que de me laisser déboussoler plus longtemps, je décide de le suivre et de rire à mon tour sous le regard éberlué de Ju et de l’autre inconnu. Celui-ci s’avance alors vers moi, me faisant la bise en déclarant s’appeler François. Je me souviens l’avoir déj{ croisé deux ou trois fois au lycée, il est dans le cours d’anglais précédent le mien le jeudi matin et parfois nos classes se croisent inévitablement. Il reproduit le même scénario avec ma sœur, c’est aussi leur première rencontre { tous les deux. Puis, mon “beau-frère” m’attrape { la taille et me tire vers lui pour me faire à son tour la bise. Ses doigts sont fermes mais pas rustres. Bien qu’il m’ait tiré vers lui, cela s’est fait avec une douceur inattendue. De même lorsque ses joues s’abattent sur les miennes, on sent la fermeté et la force de sa mâchoire, pourtant, c’est avec délicatesse qu’il me frôle. Puis une fois cela fait, il se recul et plonge ses yeux dans les miens. Ses magnifiques yeux d’un vert sombre et envoutants. - « Au fait, je ne sais pas si Julie t’as dit, mais moi c’est Cyril, content d’enfin rencontrer la Ria dont elle ne cesse de me parler. - Euh, et bien, contente de rencontrer le mystérieux top model que Ju préfère garder dans ses rêves plutôt que pour nos discussions! - Riaaaa, fit la voix mi- suppliante, mi- irritée de Julie” Encore une fois, Cyril et moi nous n’avons pas pu nous empêcher de rire, cette fois, Ju nous a rejoints suivie de près par François. A peine les présentations faites, voilà que Julie attrape le bras de Cyril et le traine vers le cinéma nous lançant que si on


continuait comme ça on gèlerait dehors et qu’on raterait le film. Un peu gênée je regarde alors François. Bien entendu, il n’a d’yeux que pour Ju. C’est toujours comme ça au début quand on rencontre des garçons. Je hausse les épaules et commence à leur emboiter le pas, c’est alors que Cyril se retourne avec un air malicieux, me regardant, puis regardant son ami { tour de rôle, finalement, il me lance un clin d’œil et se retourne { nouveau, embrassant les cheveux de ma sœur au passage. A cet instant précis, je peux dire que j’ai compris ce que signifie l’expression sentir le sol se dérober sous ses pieds. Car c’est bien ce que je ressens. Je viens de me faire foudroyer sur place. Je suis glacée, je marche mais j’ai l’impression qu’{ chaque pas je dois douloureusement et difficilement chercher le sol pour ne pas m’effondrer. Ma poitrine me fait horriblement mal et ma vision et trouble. J’ai l’impression que le monde autour de moi s’efface petit { petit, comme si quelqu’un en gommait les contours pour ne plus laisser apparaitre que Cyril devant mes yeux. Je n’ai jamais ressenti cela avant. Une chose est sûre, cet après-midi serait le pire de ma vie. Nous ne sommes même pas encore dans le cinéma que je cherche déj{ un moyen de m’enfuir pour rentrer. François me parle. Je crois, je ne l’entends pas vraiment, il me dit des banalités et je réponds machinalement, mais je ne sais pas plus ce que je dis que ce qu’il dit lui. Mon cerveau et mon cœur sont { 100 { l’heure. Plus j’imagine de scénario pour rentrer, plus je me rends compte que je n’y arriverai pas. Plus je me dis que c’est mal, plus j’ai envie de faire connaissance avec Cyril. Rien n’y fait, je ne peux pas étouffer ce que je ressens. C’est Lui. Indéniablement, c’est celui que j’aimerais toute ma vie, je le sens au fond de moi-même si je l’ai { peine aperçut. La peur m’envahis, je marche désormais vers quelque chose qui se révélera forcément atroce pour moi et ma sœur adorée. Julie est si enthousiaste que c’est elle qui décide du film. Bien entendu, elle ne peut pas s’empêcher de trouver une histoire d’amour { l’eau de rose barbante { souhait, elle a derrière la tête l’idée de profiter plus des baisers de Cyril que du film ennuyeux { mourir que nous allons voir. Encore une fois dans la salle, c’est elle qui prend les choses en main. Trop désorientée pour me défendre, je la laisse me placer tout au fond de la salle { côté de François. De l’autre côté de François se trouve Cyril et enfin, Ju. Ce n’est pas plus mal finalement, au moins je n’aurais pas { sentir leurs bécotages juste { côté de moi. François servirait de zone tampon. Il me sourit un peu fébrilement d’ailleurs, mais je suis incapable de lui rendre un sourire. D’ailleurs je dois faire une sale tête, du moins j’en ai l’impression. Comme prévu le film est ultra ennuyeux. Je me plonge dedans pour


éviter d’avoir { trop penser ou même { parler avec mon voisin. Celui-ci ne semble pas non plus très { l’aise. Cyril n’arrête pas de lui lancer des vannes sur le film et les personnages et je peux sentir que l’atmosphère se détend peu { peu. Moi j’en suis toujours incapable. Je m’empêche de rire { chacune de ses blagues et j’évite soigneusement de le regarder. A tel point que je dois paraître malpolie ou asociale d’ailleurs. Le navet que nous venons de voir s’est achevé par un long baiser langoureux des deux amants, forcément, je me suis ratatinée au fond de mon siège pour éviter tout contact avec mon voisin. Je ne peux m’enlever de la tête l’idée qu’{ quelques centimètres de moi ma jumelle adorée embrasse fougueusement l’élu de mon cœur. Je sens les larmes me monter doucement aux yeux mais voilà que soudain je l’entends dire « et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tellement qu’ils durent en vendre quelquesuns pour élever les autres correctement – Aïeuh ! ». Julie grogne à la remarque de Cyril, François pouffe de rire et moi, cette fois, je pouffe à mon tour ne pouvant retenir mes gloussements. J’entends des bruitages d’indignation venu d’un peu plus bas dans la salle. Le générique a débuté, nous en profitons pour filer en riant. Il est plus que temps d’aller manger maintenant, nous avons engloutis à peine un casse-croûte avant de ressortir. Nous avions à la base prévu, enfin, Julie avait prévu, de manger avant la séance de cinéma mais les horaires des films n’étaient pas en notre faveur, soit nous aurions dû attendre un bon moment avant la séance suivante, soit il fallait manger après. Elle a opté pour nous laisser mourir de faim devant un film médiocre. Sacrée Julie. Toujours est-il que le débat à commencer pour savoir où nous irons manger. Nous décidons enfin au bout de 10 minutes de débats de voter tous ensemble à 3. - « 1, … 2, … 3 ! Pizza ! Décrète Julie - Pizza, ajoute fébrilement François - CHINOIS ! Lançons-nous { l’unisson avec Cyril. - Hm bon ok, puisque les deux personnes que j’aime le plus sur terre veulent du chinois, je m’incline. » Cette fois ci je ne peux retenir un regard vers Cyril. Je me sens un peu comme un petit animal pris au piège. Lui il me renvoi un large sourire. Il est vraiment beau très beau, bien plus que ce que m’a dit Ju. A croire qu’un ange lui a fait don de ses traits. Sa mâchoire est carrée, bien dessinée, son sourire est large et chaque fois qu’il étire ses lèvres, une fossette creuse sa joue et une étincelle magique allume le vert profond de ses


yeux. Même son nez est parfaitement dessiné, un peu comme ceux de ces statues grecques : { la fois fin et imposant, enfin, j’ai jamais été douée pour décrire les nez ou même les gens. Je préfère laisser mon corps me guider que de continuer à penser à ce que je fais. Et me voil{ m’agrippant au bras de ma sœur et lui claquant un baiser sur la joue pour la remercier. Je ris d’un rire que je ne reconnais pas vraiment. Forcément, Ju profite de l’occasion pour réclamer un baiser de Cyril aussi. Il s’exécute en m’imitant : lui collant un baisser sur la joue et lui attrapant l’autre bras. Puis je lance un sourire vers François et lui tend mon bras libre. « Aller viens par ici, toi aussi tu as le droit à un bisou, ce sera en guise de réconfort ! ». Pour la première fois de l’après-midi il me semble un peu moins grognon et le sourire avec lequel il m’a répondu me parait sincère. Pour atténuer un peu la douleur dans mes entrailles, je vais me concentrer un peu plus sur lui et lui faire la conversation, au moins je réussirai peut-être { le mettre { l’aise. A force de papoter et de faire connaissance, nous nous sommes découvert de plus en plus de point communs. Comme je savais déj{ Cyril est très sportif, mais c’est aussi le cas de François. Ils ont d’ailleurs prévu de s’inscrire au cours de kung-fu que je fréquente le jeudi soir. Cyril participait déjà au cours de judo qui occupait la salle juste après celui de kung-fu et attendait la fin des fêtes de noël pour s’y inscrire, le temps de bien prendre le rythme avec ses cours et ce genre de choses. Forcément Ju trouve ça génial que je partage le même cours de sport que François, apparemment j’ai suffisamment bien caché mon jeu et elle ne se doute de rien. Je ne sais plus trop quoi penser, avec ça, je suis partagée, mon cœur est partagé entre la douleur et la joie de pouvoir le voir régulièrement. J’aurais encore un peu de répit, le temps de blinder mon cœur et d’apprendre { contrôler mes réactions d’ici le retour des vacances de noël. Depuis ma rencontre avec les deux géants il y a deux mois, une routine s’est installée. Chaque fois que je croise François dans les couloirs on se fait la bise et on échange quelques banalités, rien n’a vraiment changé avec lui, il me demande souvent des nouvelles de Ju. Le jeudi Cyril passe à mon lycée pour nous récupérer, François et moi et nous faisons le chemin jusqu’au kung-fu ensemble. Nous ne nous sommes pas rapprochés depuis le temps, enfin, disons que je le tiens à distance autant que possible. Je cache mon visage dans mon écharpe durant le trajet jusqu’au Dojo et j’essaye de rester au plus avec les filles de mon gabarit pendant le cours, ainsi j’évite de trop parler avec les garçons. Parfois nous sortons encore { 4 avec Ju, mais c’est assez rare. Ju me demande régulièrement comment avancent les choses avec François, j’ai beau lui


répéter encore et encore que c’est juste un pote, elle fait la sourde oreille et continue de vouloir nous caser ensemble. Tant qu’elle pense que c’est François qui m’intéresse après tout, ça me permet de continuer à observer Cyril discrètement. Parfois elle est un peu boudeuse avec moi et me grommèle dessus, elle est un peu jalouse du temps que je passe avec Cyril malgré tout, mais elle préfère faire ses devoirs et se chercher un stage plutôt que de nous accompagner le jeudi soir. Avec l’arrivée des vacances, il est prévu que les tourtereaux passent un peu de temps ensemble chez moi. Bien sûr je devrais leur laisser de l’intimité et les laisser tranquilles dans notre chambre { Ju et moi. Je ne suis pas vraiment enchantée { cette idée, mais je pourrais au moins l’apercevoir un peu. C’est déj{ la seconde fois que Cyril vient nous rendre visite depuis que les vacances ont débuté. Mais aujourd’hui, j’ai attrapé la crève et j’ai gagné le droit de rester dans mon lit. Ma mère n’est pas l{ ce week-end et mon père n’est pas disponible, Ju doit donc veiller sur moi de temps { autre, comme si j’étais encore une gamine incapable de se soigner seule. Quoiqu’il en soit, en une heure, malgré mes protestations, elle est passée toutes les 15 minutes se gâchant des bouts de films. Je l’entends qui grimpe encore les marches d’ailleurs, et tient la porte qui s’ouvre { la volée. - « Ria ma chérie, je suis désolée, une des garderies où j’ai postulé vient de m’appeler, j’y vais tout de suite pour un entretient, mais Cyril veut bien rester pour veiller sur toi. - Ju ! Lançais-je avec dégoût, je suis plus un bébé, je n’ai pas besoin de garde malade ! - Tt tt ttt, pas de discussion, je m’en voudrais de te laisser seule avec de la fièvre. - Pff, allé file et courage ! T’es la meilleure tu vas le décrocher ton stage ! - Je t’adore, { ce soir ! » La voil{ disparue { nouveau. Je sens que la fièvre vient de monter d’un cran, et cette fois ci, pas à cause de ma crève, mais à la simple idée que je vais me retrouver seule dans la maison avec Cyril. Il n’y a pas 10 minutes que Ju est partie, et j’entends les marches grincer, puis quelqu’un tape { la porte. Chaque coup sur la porte provoque un cognement de mon cœur dans ma poitrine. Ma respiration se fait un peu courte et je n’arrive pas { lancer plus qu’un fébrile gargouillement. Cyril a ouvert la porte et passe la tête, il a sur le visage un air inquiet qui ne lui va pas vraiment. - Tout va bien ? Tu as l’air un peu { bout de souffle.


Dit-il en s’approchant sans me laisser répondre et en me collant sa grosse main chaude sur le front. - Ça va, ne t’inquiète pas. - Ta fièvre n’a pas l’air de tomber, tu veux que je t’amène { manger ou { boire ? - J’ai tout ce qu’il faut, mais merci quand même. - Euh, je te dérange… désolé, je voulais pas t’ennuyer, je reviendrais plus tard. - Attend ! Tu ne me déranges pas, { vrai dire je commence même { m’ennuyer un peu à ne rien faire. - Ahah je veux bien te croire, toi qui a toujours tellement d’énergie d’habitude. - Euh, dis-je en bredouillant, de nouveau les joues rosies, bah désolée que tu me vois comme ça, c’était pas vraiment prévu. - Pas de soucis Ria, dit-il en effleurant ma joue avec son pouce. - C’est… la première fois que tu m’appelles comme ça, d’habitude tu dis toujours Ariane. - Oh, désolé, ça m’a échappé, je voulais pas… - T’excuses pas comme ça, ça te ressemble vraiment pas, et puis, c’est plutôt pas trop tôt à vrai dire, depuis le temps, on est tout de même un peu amis non ? Un blanc vient de s’installer et il a plongé ses magnifiques yeux verts dans les miens. J’ai l’impression qu’il me sonde, je sens que ma respiration se raccourci { nouveau. - Ria, je peux te parler franchement ? - Bien sûr, tant que ce n’est pas pour me dire que j’ai de la morve qui coule de mon nez. Nous rions un peu mécaniquement, mais ses traits se détendent, j’aime mieux ça. - Non, encore que ça devrait pas tarder pour la morve. Mais plus sérieusement, j’ai l’impression que tu ne m’aimes pas beaucoup. - Si, bien sûr que si, tu es le copain de ma sœur adorée et en plus on partage un peu de temps ensemble. - C’est juste, parfois tu me donnes l’impression de ne pas être vraiment avec nous alors qu’{ la minute d’avant, tu blaguais et tu riais de bon cœur { mes blagues. - Je… je suis désolée, c’est juste que, je t’aime beaucoup, mais tu vois, tu restes le copain de Ju et je pensais que tu trainais avec moi juste pour cette raison alors parfois, je me sens pas vraiment à ma place entre François et toi.


- Tss, comme tu l’as dit, si je t’appréciais pas, je trainerais pas avec toi non plus. Tu es drôle et agréable, rien à voir avec Julie. - Bon alors puisqu’on est ami et que tu m’appelles déj{ Ria, je peux t’appeler Ril ? - Hmmm, Ria et Ril, mouai, ça marche, tope là ! Je sentais mes forces revenir un peu et me redressais en lui topant la main. - Marché conclus Ria ! Hmm, je peux te poser une autre question ? Julie n’a jamais vraiment répondu. - Tu profites que je sois au lit pour me soutirer des informations ? Ah ben bravo ! - Excuse-moi, je te laisse si tu veux… - Pff, je rigolais, vient t’assoir près de moi au lieu de rester debout comme ça, je me sens vraiment toute petite. - Ok, dit-il en s’asseyant sur le bord du lit tout contre moi. Alors, je me demandais, pourquoi toi et Julie n’êtes pas dans le même lycée ? - Ah ça… On n’a pas trouvé de lycée qui faisait à la fois sa formation et le bac S. - Ah, et tu fais S pourquoi? - Ju ne t’a pas dit ? J’étais un peu étonnée de savoir qu’elle avait tus ce passage. Eh bien, je veux être kiné, et pour ça, c’est mieux la S. - Kiné ? Sérieux ? - Oui, kiné pour les sportifs de haut niveau en fait, si possible. - Pourquoi tu m’en as pas parlé avant ? Tu sais que tu peux t’entrainer sur moi ? - T’essaye de gagner des massages gratuits toi on dirait, dis-je en minant un air suspicieux. - Arg, je suis démasqué ! Encore une fois, nous rions ensemble, ce qui ne manque pas de m’étouffer et de me causer une quinte de toux. De nouveau l’air inquiet accroché au visage, il me relève et me tapote doucement le dos. J’aurais presque envie de continuer { m’étouffer pour que ce moment dure. Mais, c’est mal, alors, difficilement et le plus doucement possible, je le repousse. - Ca va aller, t’inquiète pas, faut juste que je boive un peu d’eau. Je commence { tendre me bras vers la bouteille et me penche pour l’attraper, mais, je sens ma poitrine s’écraser contre sa jambe posée sur le bord du lit. Mon visage s’enflammant une fois de plus je me relève. - Désolée, désolée, désolée, j’ai pas fait exprès… »


Il me regarde l’air un peu interdit et attrape lui-même la bouteille pour me la passer. - Hm, tu divagues Ria, bois un coup va ! » Le reste de l’après-midi nous le passons à papoter, chaque fois que je vacille légèrement ou que je tousse un peu, ses grands bras m’enlacent et me soutiennent. Je suis au paradis, je ne pourrais rêver plus beaux moments. Le meilleures choses ont pourtant une fin et déjà Ju arrive d’ici 5 minutes. Ril vient de descendre pour préparer un goûter sensé « me remettre sur pieds » mais aussi pour féliciter ou réconforter ma sœur, selon ce qu’elle nous annoncera. A peine arrivée, je l’entends courir dans toute la maison. Elle débarque dans ma chambre en trainant Ril et en lançant des cris hystériques. - Je l’ai ! Je l’ai eu ! Je suis officiellement stagiaire bénévole pour la garderie près du lycée. - Félicitation Ju ! T’es la meilleures ! Comme prévu ! - Bravo Julie, se contente de dire Cyril. - Alors tenez-vous bien, j’y serais tous les mercredis et samedis après-midi, plus un soir et un midi par semaine pour commencer, c’est génial ! - Mais tu vas réviser quand Ju ? - Pff tu sais bien que c’est du gâteau pour moi les cours et que j’ai { peine besoin de relire et puis de toute façon, j’ai proposé le jeudi pour le soir de boulot, de toute façon vous êtes tous les deux pas là les mercredis, jeudis et des fois le samedi, alors ça m’arrange ! - Ouai, ça changera pas tellement pour nous deux », dit Cyril en passant son bras autour des épaules de ma sœur. Le retour à la réalité est comme une douche froide que je viens de recevoir en pleine face. Après les bons moments que nous avons passé ensemble cet après-midi j’avais presque oublié que ce garçon si parfait appartient déjà { ma sœur. Durant la suite des vacances, il est venu un peu plus et nous avons toujours passé une ou deux heures tous les trois ensemble à papoter et à rire, le plus souvent en prenant le goûter ou en regardant un film. Le dernier jour des vacances, Julie a eu la fantastique idée d’inviter aussi François, je suis bien sûre beaucoup moins enthousiaste qu’elle, mais chaque fois que je suis prise d’un regard tendre ou d’un moment d’émerveillement, je m’arrange pour me tourner vers François, ainsi, personne ne se rend compte que ces moments de


faiblesse sont destinés { Ril. Ce n’est pas vraiment évident mais je m’applique pour être la plus discrète possible ou pour feindre que mon intérêt se porte vers François. Lui n’a toujours d’yeux que pour Julie bien sûr. Ce n’est d’ailleurs pas discret, il nous le prouve encore alors qu’elle sort un dvd de son boîtier, elle réussit je ne sais comment { se couper. Moi et Cyril sommes morts de rire tandis que François n’a pas pu s’empêcher de courir vers notre salle de bain lui chercher du désinfectant et un pansement. Julie, toujours aussi aveugle et imperméable aux sentiments de ce pauvre François m’a lancé un clin d’œil en ajoutant que ce garçon était prévenant { souhait et qu’il serait vraiment un très bon parti pour moi. J’aimerais tant pouvoir lui ouvrir mon cœur sur ce sujet, lui ouvrir mon cœur { nouveau d’ailleurs. Tous ces changements nous séparent chaque jour un peu plus, je lui cache la plupart de mes pensées et des choses que je ressens. Je ne suis pas vraiment sûre, mais je pense qu’elle fait de même, chaque fois que j’essaye d’aborder le sujet de son couple ou de comment elle va, elle finit toujours par détourner le sujet et finit par me demander si j’avance un peu avec François. Son nouveau stage ne va sûrement faire que creuser d’avantage le fossé qui nous sépare. Je me battrais, il est hors de question que je la perde. Le temps file depuis la rentrée, de nouveau rituels se sont mis en place, avec le retour des beaux jours, je cours régulièrement le matin ou le soir avec Ril. Rien que tous les deux, on parle de tout et de rien, on rit beaucoup, mais cela reste essentiellement du jogging. Depuis que nos relations se sont améliorées en apparence, je passe aussi plus de temps à papoter avec lui et François. Maintenant, Cyril passe manger avec nous les midis ou Ju est de garderie. Mes amies ne manquent pas de me rappeler que j’abuse { garder ces deux beaux gosses rien que pour moi sans jamais leur présenter. J’ai beau leur répéter que l’un des deux et { ma sœur et que l’autre est son meilleur ami, elles ne démordent pas. Après tout je les comprends, je les abandonne toujours lorsqu’ils sont l{ et parfois même je passe un peu de temps avec François. Cela mis de côté une autre habitude n’allait pas tarder { s’installer { son tour. C’est le troisième mercredi de mars et je prévois de passer l’après-midi en étude avec mes camarades pour boucler un exposé plutôt important que nous devons présenter la semaine suivante. Un peu après midi, je reçois un sms de Ril, en soit, ce n’est pas vraiment une grande première, on se balance des vannes par sms { longueur de journée, mais dans ce message il m’annonce qu’il a besoin que je lui rendre service et qu’il a vraiment besoin de moi tout de suite. Il me


demande de le rejoindre au dojo vers 14h30. Après m’être confondue en excuse 1000 fois auprès de mes camarades et en leur promettant de travailler ma partie de l’exposée toute seule et de la mettre au point pour la répétition de samedi, elles m’ont laissé filer. Arrivée au Dojo, j’aperçois Ril assis sur les marches qui y mènent. Je cours jusqu’{ lui, inquiète par l’étrange expression sur son visage. Il me lance un espèce de petit « yo » gêné avant de se relever difficilement. Il a l’air assez mal en point en fait mais il me dit de le suivre { l’intérieur. Je m’exécute, de plus en plus inquiète, puis il finit par m’amener dans une petite salle de massage. - « Hmm, je voulais pas te dire ce que je voulais par message, je savais que tu aurais refusé sinon… - Ril !! Me dit pas que tu m’as tendu un piège pour que je te masse ? - C’est pas un piège je te jure, c’est juste que j’ai fait un faux mouvement ce matin au cours de tennis et j’ai atrocement mal, le kiné du dojo n’est pas l{ aujourd’hui alors… tu comprends. - Pff, tu me mets dans une drôle de situation quand même, imagine ce que Ju dirait… - N’y pense pas et n’en parle pas s’il te plait, Julie n’a pas besoin de savoir, personne n’a besoin de savoir d’ailleurs. Allé ne fais pas cette tête, tu m’aides ou pas ? - Rah, présenté comme ça bien sûr que je vais t’aider, mais s’il te plait, ne dis rien, sauf si je te fais mal, j’ai besoin de me concentrer. - Ok, chouette, il n’attend pas ni ne se retourne, il enleve d’un coup son pull et son t-shirt pour les jeter au sol. - Tu tu tu.. Tu pourrais au moins avoir un peu de pudeur quand tu te dessapes ! Bon sang ! - Oh, pardon. - Tu fais chier, sérieusement ! Allé, allonges-toi et dis-moi exactement où tu souffres. » C’est ainsi que je prodigue mes premières manipulations sur Ril. Je lui interdis de me parler pendant cet instant, c’est déj{ assez dur pour moi de ne pas me poser mille questions à propos de lui et Ju, mais de toucher son corps si chaud, si musclé, si parfait, je dois me concentrer pour ne pas craquer. Finalement, en me familiarisant avec le dos face { moi, tant qu’il la boucle, j’arrive { faire obstruction du fait que ce soit lui sur la table de massage et j’arrive { plutôt bien me débrouiller avec ce muscle un peu trop


étiré. Voilà comment le rituel du mercredi après-midi est né. Par la suite, nous nous sommes tacitement mis d’accord sur ce rendez-vous privilégié et secret. Nous ne nous parlons pas pendant cette séance et n’en parlons pas en dehors non plus. Mais je suis vraiment honteuse vis-à-vis de ma sœur. Malgré tous cette nouvelle routine, mon cœur bat toujours la chamade chaque fois que je croise son regard, chaque fois qu’il me fait la bise, chaque fois que nos doigts se frôlent ou que nous nous touchons. Je n’arrive toujours pas { contrôler ces vagues de désirs et de douleurs qui m’envahissent. Je ne peux pas non plus cesser de penser à lui. Inconsciemment, je suis de plus en plus distante avec Ju, et je sens qu’elle ne va pas très bien, mais je n’arrive pas { la réconforter, je n’arrive pas { aller vers elle, j’essaye mais la vérité c’est que je lui en veux, je lui en veux tellement de m’avoir devancé pour ce garçon qui compte tant pour moi. Je souffre énormément de tout ce qui se passe, mais je n’ose me confier { personne, je me sens comme une traitresse et j’ai terriblement honte de moi.


Jumelles part.1  

Deux jeunes ados, jumelles, choississent de prendre des chemins de vie différent.

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