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O N I R O ALE T

SPECI

GAZZETT ´AL DENTE GAZZETTA

n°7

-

CONCENTRé

D’HUMEURS

ITALIENNES

autunno

2012

LA LEçON DE GOURMANDISE D’UN TURINOIS PAS COMME LES AUTRES GIANPAOLO PAGNI est illustrateur, dessinateur de presse, « peintre graphique », artiste avant tout, et gourmand pardessus tout ! Ses dessins sont publiés dans Libération, Le Monde, International Herald Tribune, The Guardian ou La Stampa. Il nous livre ici, pour notre petite Gazzett’Al Dente, sa « vision mentale » de Turin et de la cuisine italienne. Dans le monde idéal de Gianpaolo Pagni, on parlerait de cuisine comme on parle littérature, peinture, cinéma ou musique. Le problème, c’est que dès que l’on aborde le sujet «  bouffe  », on déborde. En d’autres mots, on tâte l’univers intime, et ça, c’est le genre d’exploration qui n’est pas trop de l’humeur de notre interlocuteur. Plutôt réservé, il préfère écouter que parler. S’il peint, dessine et fait des livres, il y a une raison : c’est sa façon de communiquer. Lorsqu’il fréquentait l’école primaire à Turin, tous les repas lui étaient servis en classe. Vous imaginez ça ? Quel luxe ! En effet, il n’y a pas si longtemps que ça, les petits écoliers de Turin recevaient leur déjeuner sur un plateau et le dégustaient en classe. Cinq minutes avant, ils avaient leur cahier de Math ouvert sur leur banc, et cinq minutes plus tard, un plat de Rigatoni all’ sugo. «  C’était étrangement appétissant ! » On veut bien le croire. On est même un peu jaloux de ne pas avoir pu en profiter. L’institutrice mangeait sur son bureau face aux élèves. Il n’y avait pas de cantine, la nourriture arrivait par camion tous les jours dans des barquettes alu. Chacun avait son plateau, primo piatto, secondo, frutta o dolce ! Et c’était bon et il fallait tout manger, la queue de la pomme mise à part… Gianpaolo Pagni, né à Turin en 1969, a toujours aimé le cours de dessin, autant qu’il appréciait ranger crayons et pinceaux pour sortir fourchettes et couteaux. C’est dire à quel point graphisme et nourriture du corps ont toujours fait la paire dans son univers.

C’est dire aussi que ses racines turinoises sont bien ancrées, même s’il habite Paris depuis l’âge de 16 ans. Son père travaillait chez Fiat à Turin, puis il a été muté à Paris. Gianpaolo aime la prodigalité de la cuisine de Turin, qui contraste avec le caractère austère et froid de la ville. Ce mélange de chaud et de froid, de plus retenu et de grande générosité, Gianpaolo l’a incontestablement dans les gènes. Ça devient transparent quand on l’interroge sur le foot. Très énervé, mais jamais en colère, il commence par nous expliquer qu’il lutte tous les jours contre le cliché qui veut que l’Italien en France soit considéré « comme un mangeur de macaroni regardant du foot en compagnie d’un mafioso », mais finit par nous dire qu’il voit les matchs, c’est sûr, juste un peu moins qu’avant, quand, petit, il collectionnait les figurines Panini... Le dernier match qu’il a vu, c’était la demi-finale Italie-Allemagne de l’Euro 2012 chez lui avec des amis; il avait préparé des toasts chauds, jam-

S’il est un domaine dans lequel l’artiste n’a nullement besoin de leçons, c’est en termes de gourmandise. C’est à nous de nous installer sur le banc des élèves et de l’écouter raconter que la gourmandise n’est pas une notion uniquement visuelle ; elle est aussi mentale. C’est à nous de découvrir ce qu’il nous donne à voir dans son livre LA PASTA (livre de recettes mises en images, à voir ici en page 8).

« Je n’ai pas besoin d’une photo de cannelloni alla ricotta pour me donner envie de les manger. Le simple fait de lire la recette ou de l’entendre peut m’en donner l’envie. » bon, mozzarella, rucola, tomates séchées, « parfois du brie », de la bière et du vin rouge. « Excellent et rapide pour ne rien rater du match »… C’est bien quand il se lâche un peu, Gianpaolo !

La peinture de Gianpaolo est extrêmement graphique, mais elle comporte aussi beaucoup de matière, comme cela existe à l’état naturel dans quasiment tous les plats de pâtes. Le meilleur exemple que

je peux vous donner, dit-il, c’est les linguine al nero di seppia, un plat véritablement étrange, dû à sa noirceur semblable à de la véritable encre de Chine. Si vous avez la chance d’en manger, je vous conseille de regarder votre assiette une fois le plat terminé. Un véritable chef d’œuvre, une accumulation de lignes noires sur du blanc. De quoi faire rêver l’ancien écolier de Turin et de quoi nous nourrir. Il n’y a rien à redire. Nous avons posé comme dernière question à Gianpaolo : Si vous deviez nous envoyer une carte postale d’Italie, ce serait laquelle  ? Ce qu’il nous a donné en guise de réponse, c’est cette merveilleuse carte peinte ci-dessus, tellement évocatrice de sa « gourmandise graphique » qu’elle illustre idéalement notre page et en fait profiter à titre exclusif tous nos lecteurs. Il nous avait prévenus, Gianpaolo  : «  Ne vous attendez pas à une vue de Sorrento avec deux mozzarelle de bufflonne suspendue aux bras d’Arlequin » !


TURIN, consacrée « World design capital » en 2008, est aussi une ville d’art moderne et contemporain.

TURIN, LA VILLE QUI MONTE « Turin n’a pas attendu la vogue du slow food pour cultiver un art de vivre teinté d’épicurisme », lit-on sur routard.com

Voici de quoi alimenter un parcours qui allie Histoire, Art, design, architecture, environnement, réaffectations réussies, expos, savoir-faire…

La GAM Galleria civica d’Arte Moderna e contemporanea Torino, un des plus importants musées d’Italie www.gamtorino.it

La Fondazione Sandretto Re Rebaudengo Dans un style néo-minimaliste www.fsrr.org

le Museo d’Arte Contempo­ ranea À Rivoli, dans l’ancienne résidence royale

Les experts s’interrogent, réalisent des études sur cet étonnant passage de ville usine à ville innovante. Ce n’est pas rien. C’est tout un élan, un ensemble de choses qui concourent à faire rayonner cette cité du Nord de la péninsule, gouvernée, disait-on encore il n’y a pas si longtemps que ça, non par l’Etat central italien, mais par les établissements Fiat…

Un exemple marquant est le « Quadrilatero Romano ». Cette ancienne partie antique, longtemps quartier malfamé de Turin, a joui il y a peu d’une transformation qui lui donne aujourd’hui, de l’avis de certains, des airs de Manhattan Lower East Side. C’est là qu’il faut traîner à l’heure de l’aperitivo. C’est branché de chez branché entre palais baroques, bars bondés et boutiques tendance.

« Les XX Jeux Olympiques d’hiver de Torino 2006 ont légué à la ville un héritage extraordinaire »

Turin a compris que la recette du succès était composée d’un peu de tout, que la qualité de vie était faite d’art, de culture et de gastronomie. Rares sont les villes qui peuvent se vanter d’avoir réussi à ce point là une reconversion qui propulse au rang de « ville trois étoiles Michelin ». C’est chose faite pour Turin, qui rejoint ainsi Florence, Venise et Rome !

Oui, on connaissait Turin bonne vivante et son activité favorite : l’aperitivo. Turin et les produits du terroir piémontais. Turin entre mer et montagne. Turin-Fiat. Turin-Juventus, et même Turin-slow food avec l’ouverture d’Eataly Turin en 2007 (voir notre gazzetta n°3 p.2). Aujourd’hui, Turin va plus loin, se lâche et se surpasse. Fini le complexe

e

— Torinoplus - site de la ville

www.castello dirivoli.org

la Pinacoteca Giovanni e Marella Agnelli Au Lingotto, ancienne usine Fiat, dans ce parallélépipède qui semble flotter au-dessus des bâtiments industriels réaffectés. www.pinacotecaagnelli.it

La Fondazione Merz Elle occupe les 32.000 m2 de l’ancienne centrale thermique des usines Lancia www.fondazione merz.org page 2 / Gazzett’al dente 

d’infériorité au regard de Milan. Turin est hyper-créative. Turin fascine. Capitale des jeux olympiques d’hiver en 2006, capitale du design en 2008, capitale européenne des jeunes en 2010.

Dans le prolongement, la ville a bénéficié d’une réhabilitation urbaine hors du commun. On parle même de révolution urbaine. Tout y est dorénavant plus attractif, plus vivable et mieux desservi.

Le monument qui caractérise la ville ? C’est sans doute la MOLE ANTONELLIANA Conçu par l’architecte qui lui a donné son nom, Alessandro Antonelli, il devait être une synagogue, mais d’importants soucis de construction et d’immenses problèmes dus aux phénomènes naturels en ont décidé autrement. On saute quelques longues pages d’Histoire (137 ans exactement), pour lesquelles on vous renvoie à Wikipédia, et on arrive en juillet 2000, après une spectaculaire rénovation de François Confino. Les lieux abritent désormais le Musée du cinéma dans un décor à organisation verticale sur 5

Image  : Quadrilatero Romano - Copyright : Fabrizio Zanelli / Torino Daily Photo.

étages, unique au monde, et le musée accueille le TFF (Festival international du Film de Turin), une sélection de premiers et seconds longsmétrages, des jeunes et nouveaux cinéastes, du nouveau cinéma. On peut y prendre l’ascenseur panoramique avec sa cabine aux parois transparentes, qui permet d’atteindre le sommet du dôme d’où l’on peut voir les Alpes par beau temps et une vue de la ville à 360°. Saviez-vous qu’une croyance des étudiants les empêche de se rendre sur la terrasse panoramique ? Cela pourrait, paraît-il, entraver leurs études. Allez savoir… Si vous avez une explication, chers lecteurs, dites-nous. Image  : Mole Antonelliana – Copyright : Sailko


AGNELLI, personnalité séduisante Pourquoi donc Agnelli avait cette étrange habitude vestimentaire de porter sa montre sur la manche de sa chemise ? Certains disent que c’était largement inspiré d’une vieille habitude des bergers piémontais, qui portaient leur « garde-temps » sur la manche pour éviter l’usure anticipée de leur unique chemise du dimanche… Même si Agnelli avait mille autres raisons de le faire (coquetterie, transpiration, etc.), nous on aime croire à celle-ci !

TORINO FAMIGLIA ou TURIN PEOPLE Les Turinois célèbres, nés à Turin, adoptés par Turin, suicidés à Turin, résidents ou tempéraments exceptionnels… Voici notre liste. Elle n’a d’exhaustif que sa subjectivité. C’est notre choix assorti de petites anecdotes ou citations en guise de clins d’œil :

Parce qu’il est devenu fou à Turin, y ayant vécu quelques mois de sa « vie errante » et s’effondrant devant le fameux cheval d’attelage battu, en 1889.

Antonio Nina Ricci CARLO Benedetto MOLLINO, Carpano personnalité C’est l’inventeur du Verpolyvalente mouth. Il est né à Turin en Carlo Mollino s’est fait construire une maison dans laquelle il n’a jamais dormi… C’est aujourd’hui le Museo Casa Mollino à Turin, via Giovanni Francesco Napione, 2. La magie de ces lieux est d’en dire beaucoup sur son auteur. On comprend que les pros du design lui vouent un culte. On y ressent toute la mesure de ce toucheà-tout de génie, son amour pour les polaroïds érotiques, coquillages papillons, chevaux, beaux objets… Le musée est le siège de la Fondation dirigée par Fulvio Ferrari. On peut le visiter sur rendez-vous : + 39 011 8129868 ou casamollino@ fastwebnet.it

TRATTORIA NELLE VIGNE La trattoria que nous recommande Gianpaolo Pagni dans la région de Turin. C’est comme suspendu entre terre et ciel, avec une vue époustouflante sur les vignes piémontaises. C’est à Diano d’Alba, à 77 km de Turin. C’est une cuisine comme on aime. Ça vaut le détour ! www.trattoria nellevigne.it

1764 et mort à Turin en 1815. C’est en 1786 qu’il jette les célèbres bases de l’aperitivo en ajoutant au vin blanc quelques dizaines d’épices et d’herbes. Son breuvage a ensuite été rendu célèbre, revisité et commercialisé par des marques comme Cinzano, Gancia, Martini & Rossi, Campari.

Victor-Emmanuel II d’Italie Est né à Turin le 14 mars 1820. Prince de Piémont, duc de Savoie, comte de Nice, roi de Sardaigne, et premier roi d’Italie le 17 mars 1861, après avoir fait aboutir (ou presque) le processus d’unification de l’Italie. Quelques mois plus tôt, Le 26 octobre 1860 à Teano, Garibaldi chevauchait en direction de Victor-Emmanuel, lui lançant : « Je salue le premier roi d’Italie ! »

Alexandre Dumas Parce qu’on l’a vu sirotant un « Bicerin  » en 1852 à Turin, et qu’il en a fait l’éloge en disant qu’il n’oublierait jamais…!

tro Regio : « Tout est permis tant que c’est fantastique »

Primo Levi Est né le 31 juillet 1919 à Turin. Il est arrêté le 13 décembre 1943 par la milice fasciste, envoyé avec 650 autres juifs italiens à Auschwitz. Il y survivra et mettra un temps fou à regagner Turin le 19 octobre 1945, après une véritable odyssée à travers la Biélorussie, la Roumanie… Primo Levi restera l’un des plus célèbres survivants de la Shoah, mort de façon énigmatique (suicide ?) le 11 avril 1987 à Turin, toujours : « L’Enfer, c’est là où il n’y a pas de pourquoi »

Gianni Agnelli Grand « people » parmi les people, «  l’Avvocato  », l’homme qui portait ses montres sur la manche de sa chemise, est né à Turin le 12 mars 1921 et mort à Turin le 24 janvier 2003, propriétaire et dirigeant de Fiat et de la Juve : « Je suis même ému lorsque je vois la lettre J dans un titre de journal »

Cesare Pavese Est née à Turin le 14 janvier 1883 : « Dans l’Air du temps, il existe plus qu’une simple combinaison de matières premières nobles. Il y a là un véritable miracle »

Carlo Mollino Ce sulfureux créateur est né à Turin le 6 mai 1905. Il est notamment l’auteur de la sublime renaissance du Tea-

Se suicide le 27 août 1950 dans une chambre d’hôtel à Turin : « Ces philosophes qui croient à l’absolue logique de la vérité n’ont jamais eu à discuter serré avec une femme »

Aldo Maccione Est né à Turin le 27 novembre 1935. On se souvient de lui dans L’Aventure c’est l’Aventure : Lino : Aldo, est-ce que

Le saviez-vous ?

je t’ai déjà traité en patron ? Aldo : Non patron.

Umberto Eco

Est diplômé en philosophie, en 1954, à l’université de Turin : « Il y a quatre types idéaux : le crétin, l’imbécile, le stupide et le fou. Le normal, c’est le mélange équilibré des quatre »

Umberto Tozzi Est né à Turin le 4 mars 1952. Sa voix a été rendue célèbre par ces titres : Ti amo - Tu - Gloria. Aujourd’hui, il est en plein come-back.

Alessandro Baricco Est né le 28 janvier 1958 à Turin : « Des choses arrivent qui sont comme des questions. Une minute se passe, ou bien des années, puis la vie répond »

Carla Bruni Est née le 23 décembre 1967 à Turin : « Il y a une chose pire que de ne pas être critiqué, c’est de ne pas s’exposer aux critiques »

Gianluigi Buffon

Le plan du Teatro Regio signé Carlo Mollino a été calqué sur la poitrine d’une femme. Il faut y aller pour s’en rendre compte, se plonger dans cet univers de rouge vermillon et de blanc, et profiter pleinement de la symbiose entre les racines baroques de l’ancien Théâtre, l’architecture moderne et audacieuse de Mollino et la technologie la plus avancée. www.teatroregio.torino.it

Friedrich Nietzsche

Image  : Teatro Regio - Copyright : Teatro Regio

Capitaine de la Squadra Azzurra, fierté nationale, il joue à Turin, à la Juve ! Il raconte à la presse qu’il s’est dit pour la première fois de sa vie : Pourquoi est-ce que je ne laisse pas tomber ? Je devrais trouver un boulot plus tranquille, comme ouvreur de cinéma  »… C’était lors du match Allemagne-Italie en demi-finale du Mondial 2006 à Dortmund. Ce jour-là, l’Italie gagnait 0-2, mais la Juventus était rétrogradée en série B par le procureur italien en charge des matchs truqués du Calcio.

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Nos régions d’italie PRODOTTI & VINI LOCALI

Friuli Venezia Giulia

Spécialité

Grissini

Trentino Alto Adige

Si nous vous reparlons ici des Grissini, c’est parce qu’ils sont incontestablement originaires de Turin. Ceux que nous vendons dans notre Negozio et que nous vous servons à l’heure de l’aperitivo dans notre Enoteca sont croustillants, croquants, fins, légers, aérés… On ne peut s’en passer !

Veneto

Lombardia

TORINO

Valle d’Aosta

Emilia Romagna Marche

Piemonte Liguria Toscana

Umbria

Lazio

Spécialité

« Testun al Barolo » Formaggi Occelli Ce fromage de chèvre a remporté le premier prix Slow Food en 1999 dans la catégorie « sous l’effet de l’alcool » ou « fromages affinés dans une boisson alcoolisée ». Il est effectivement mûri dans du marc de

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nebbiolo de Barolo par Beppino Occelli, selon une vieille recette rapportée par les gens de la montagne. Les notes fruitées du marc sont très présentes. C’est lisse, délicieux, enivrant comme un dessert.

Spécialité

Torrone Venchi Torrone signifie nougat. Le nougat fait partie des grands classiques de la gastronomie du Piémont. Personne au monde, dit-on, n’a plus de courage que celui qui est capable de s’arrêter après avoir mangé un nougat. Celui-ci, de la marque Venchi, est une gourmandise célèbre dans l’Italie entière.

Sardegna


Spécialité

Prosciutto Val Tanaro Tout le monde s’accorde pour dire que le porc italien est le meilleur qui soit. Et que dire de sa cuisse ! Le jambon est ici tiré d’une pièce

(avec os) de plus de 10kg. Un tel morceau nécessite des mois de maturation. En associant cette exigence de maturation de 15 à 16 mois à un travail

artisanal de terroir, on obtient la garantie d’un produit d’excellente qualité.

Spécialité

Giandujotti Venchi Et voilà, on ne s’en lasse pas, donc on en redemande. Que dire encore à propos de ce chocolat unique, fondant, dont on garde si longtemps le goût en bouche qu’on s’en souvient à la simple évocation de sa forme ?

Un lingot. Oui, un lingot élaboré à base de cacao, de sucre et de noisettes provenant d’une variété locale appelée « Ronde du Piémont » ou « Tonda gentile delle Langhe ».

Abruzzo Puglia Molise Basilicata Campania

Spécialité

Calabria

Riso Acquerello C’est un riz unique au monde, un riz carnaroli, prince des riz italiens, classé « extra ». Le carnaroli est « Le » riz du risotto et Acquerello, la « Rolls Royce » du riz, dit Ducasse. Les plus grands chefs l’utilisent. Son packaging est très beau, le riz est scellé sous vide dans des boîtes émaillées, uniques en

leur genre. C’est un riz issu d’une agriculture respectueuse de l’environnement, cultivé au domaine Colombara, choyé depuis des années par la famille Rondolino, quelque part entre Milan et Turin, dans la plaine du Pô (province de Vercelli).

Spécialité

Les cépages rouges piémontais 1° L e dolcetto : il donne des vins d’un rouge rubis intense avec un parfum agréable, des vins ayant du corps, alcoolisés et légèrement amers. On connaît mieux le Dolcetto d’Alba ou le Dolcetto di Dogliani.

2° L a barbera : ce cépage populaire du nord de l’Italie, spécialement du Piémont, offre au vin une couleur «  robe foncée  » avec du fruit, de la fraîcheur, pas trop tannique. On le connaît sous les noms Barbera d’Asti ou Barbera d’Alba.

3° L e nebbiolo : il entre dans la composition des plus grands vins du Piémont  : Barolo, Barbaresco. Sa robe plus claire apporte moins de fruit. Il donne des vins plus structurés, de longue garde, avec plus de tanin.

Sicilia

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L’ITALIE DES BRèVES DE COMPTOIR .. et des adresses qu’on se refile confidentiellement

LA FOLLE HISTOIRE DU « BICERIN » Entrer dans un café de Turin sans commander un Bicerin, ce serait comme aller à Venise et ne pas prendre de Bellini, titrait un article du New York Times.

Qu’est-ce donc, le « Bicerin » ? C’est une boisson reconnue comme produit piémontais traditionnel dans le bulletin officiel de la région du Piémont.

Mais encore ? C’est une boisson locale qui réchauffe les os, mais qui n’a pas vraiment fait son nid au-delà des murs de la ville de Turin.

Dites-en plus ? C’est, en version originale, du « caffè espresso appena fatto, cioccolata e fresca crema di latte ». C’est servi dans un verre, « Bicerin », signifiant petit verre. On le boit notamment au «  Caffè Confetteria al Bicerin » où on en sert jusqu’à trois cents par jour ! La recette semble accessible à tous tant les ingrédients sont simples, mais c’est un piège car tout est «  home-made  » et le dosage tenu secret, depuis la tasse d’expresso torréfiée, en passant par la couche de chocolat « maison », et la mousse délicate de crème de lait page 6 / Gazzett’al dente 

refroidie et posée en suspension. Ne pas mélanger! L’expérience n’est totale, explique-t-on, que si l’on passe de l’amertume du café à la volupté du chocolat pour terminer par la fraîcheur de la crème. On a lu que le Bicerin est ici servi à « un tel niveau de bonté », que de nombreux clients seraient prêts à affronter un barrage de mitraillettes pour se procurer Le calice ! Mais, au-delà du goût, il y a l’Histoire. S’il nous était donné de comprendre le langage des murs, il nous dirait le bonheur d’Alexandre Dumas sirotant un Bicerin au milieu du 19ème siècle, ici, sur la piazza della Consolata, ou, plus tard au même endroit, la délectation de Nietzsche devant le breuvage.

TRADITION BISCUITIERE PIEMONTAISE « Ils ont la forme d’un bâtonnet cannelé, coudé, et ce coude, très ouvert, leur donne un aspect légèrement serpentin, quelque chose comme l’allure d’un accent circonflexe allongé », lit-on sur un blog concerné. Ce sont les KRUMIRI Rossi, Specialita’ di Casalmonferrato, tout droit issus de la tradition biscuitière piémontaise. Ils sont présentés dans une belle boîte en fer aux contours rouges. Ils nous ont été recommandés par Gianpaolo Pagni (page 1), qui s’est contenté d’éveiller notre curiosité : il faudra en acheter une boîte, je ne vous en dis pas plus... à vous de goûter !

UNE TURINOISE NOUS PARLE DE SA VILLE QU’ELLE ADORE… Graziella Scebba travaille à Bruxelles, mais semble ne jamais avoir quitté sa ville natale, Turin. Quand on lui demande de nous dresser une liste de choses à faire et d’endroits où aller, elle nous livre d’abord un billet d’humeur qui nous enchante. Turin, ditelle, est sans doute la ville la moins italienne d’Italie, bien qu’elle ait donné la « direction  » à l’histoire de son pays. En revanche, elle est la plus européenne. C’est une ville discrète, qui est restée trop longtemps méconnue. D’époque romaine avec son plan carré, siège de la Maison de Savoie, première capitale d’Italie, ville industrielle (siège de Fiat), ville de culture, ville ésotérique, ville laboratoire d’idées, ville du Goût, ville de circuits œnologiques et gastronomiques… Il faut parcourir ses 18km de

« Portici » (arcades qui protégeaient les habitants du soleil et de la pluie) pour humer vraiment l’atmosphère de la ville. «  Un Turinois sans arcades est un homme mort  » disait-on au 19ème siècle. Mais, il faut aussi s’arrêter dans ses cafés : Caffè FIORIO Historique. Depuis 1845. Le décor et la gelato valent le détour ! Via Po, 8 Caffè Confetteria AL BICERIN C’est là qu’on y boit « The » fameux Bicerin (voir notre article plus haut). Piazza della Consolata, 5 Caffè San Carlo Qu’est ce que c’est beau ! On y vient pour le chocolat chaud. Piazza San Carlo, 156 Caffè Ristorante Torino

Caffè Elena L’aperitivo all’Elena est un must, le rendezvous stratégique des jeunes, le meilleur moyen de débuter une bonne soirée. Certains disent qu’il y a là, à l’extérieur, un petit air de Côte d’Azur, que c’était le repaire de Cesare Pavese et l’endroit préféré de Nietzsche durant son séjour à Turin. Piazza Vittorio Veneto, 5 Caffè Mulassano Un autre bijou parmi les plaisirs et rituels turinois. L’endroit, qui existe depuis 1879, est connu aujourd’hui pour ses « baristi », maîtres-café. Piazza Castello, 15

APRES TURIN, ROME ! C’était le 21 JUIN 2012, après la maison-mère de Turin, l’ouverture d’EATALY ROMA a fait grand bruit. C’est le monde à l’envers, mais nous, on aime bien l’idée que le premier Eataly était celui de Turin. Pour rappel, sans virer mégalo, il faut quand même dire que cette « antenne » de Rome se voit attribuer des qualificatifs du style : Beaubourg du goût, grand « hub » de la nourriture, nouveau genre de supermarché pour gastronomes, temple de la cuisine italienne, plus grand magasin au monde, « le troisième lieu le plus visité après le Colisée et les musées du Vatican»… En résumé, une méga-boutique sur 17000m2, 4 étages et plus de 20 restaurants dans un ancien terminal de trains pour l’aéroport. On dit que les plus grands chefs italiens s’y relaieront pour mettre en valeur la cuisine italienne. Faut y aller !

La boisson, très populaire jusqu’à la veille de 1914, a subi les tourments de l’inflation due à la première guerre mondiale, qui ont eu raison de son attrait. Ce n’est que depuis une dizaine d’années qu’elle est redevenue à la mode avec la mouvance « slow food » et son désir de retour à l’authentique.  Caffè Confetteria al Bicerin Piazza della Consolata, 5 Torino Image : Bicerin - Copyright : Caffè Al Bicerin

Sous les arcades marquées de l’enseigne lumineuse Martini. Ici, on fait dans le vieillot kitsch. En sortant, il faut, paraît-il, piétiner le taureau doré gravé dans le sol en guise de porte-bonheur. Piazza San Carlo, 204

Image : Eataly Roma - Copyright : Eataly Roma


NOTRE RESTO PREFERE à TURIN présente

un vin de la botte avec Eric Boschman Bianco del Drago 2010 Garganega/chardonnay Je suis désolé, mais il y a comme ça des noms qui éveillent en moi des envies de mauvais jeux de mots, enfin je veux dire encore un peu plus mauvais que d’habitude. Et pourtant le pinard est vachement bon, cela n’a rien à voir. C’est même un peu puéril. Pourtant, moi, Musela, à chaque fois dans ma caboche ça fait Mustela. Voilà, maintenant que c’est fait il est temps de passer aux choses sérieuses, avant que cette gazette ne vous tombe des mains. Un conseil, ne la laissez pas tomber à l’extérieur, avec l’humidité ambiante, le papier serait foutu pour le prochain BBQ. Bon, alors, par où commencer ? Garganega, Gargamel ? Je sors. Soit dit en passant avant de laisser la porte retomber sur mes pas, c’est un cépage qui a un côté romantique à fond les ballons pour moi. Oui, je sais, mais ça c’est pas fait exprès, j’ai parlé de ballon, mais cela n’avait nullement comme but de parler d’un quelconque sport qui se pratiquerait avec. D’ailleurs, la toromachie, par exemple, n’en utilise pas. Pour en revenir à mes bouchons, ce cépage couvre un peu plus de vingt mille hectares de la péninsule. On le trouve principalement dans le Véronese-Vénétie mais aussi de la Lombardie aux Pouilles en passant par la Sardaigne, c’est dire son côté adaptable à tous les sols et climats, même les plus brutaux. Associé ici au chardonnay, le quatre quatre des cépages, souvent aussi sexy qu’une lasnoise quadra++ (ce qui signifie de 55 ans +/-) en manque de botox party, mais parfois aussi génial que Madeleine Peyroux un soir de grande forme, il donne quelque chose de très nerveux en fait. Au départ il se présente l’air de rien, avec un petit besoin de respirer sous sa capsule à vis, puis, après quelques secondes, il développe nettement plus d’arômes. On va du cédrat au citron vert, en passant par de la groseille à maquereaux, du genêt et un peu de vétiver. Le nez est vraiment

étonnant car il ne cesse de se développer au fil du temps dans le verre. Une heure après, a l o r s q u ’ i l devrait être totalement éventé, i l

délivre encore des notes de poire très mûre et de ­ v iolette. En ouche, c’est ­ articulé sur la colonne acidulée avec une belle fin sur de l’amertume. Nerveux comme un coup de trique, aigu comme une lame de couteau japonais, c’est tranchant. La fin de bouche joue les prolongations autour de son amertume et c’est fort bien ainsi. Un conseil, ne le dégustez pas glacé. S’il est dans la glace, n’hésitez pas à le sortir, libérez-le, il le mérite vraiment, à la rigueur faite-le carafer. Sa fraîcheur naturelle suffira largement à notre bonheur !

Un des meilleurs restaurants où nous avons mangé en Italie. C’est tout slow food et vins naturels, c’est canon, et qu’est-ce que c’est bon ! Seul bémol, le kitsch de la déco, ça sent le Boléro de Ravel ou Les quatre saisons de Vivaldi en arrière-fond sonore, mais c’est tellement excellent qu’on ne s’arrête pas à ça. Les propriétaires sont deux, l’un

avec un accueil franchement convivial, l’autre de nature nettement plus austère, mais retenez que ce dernier se déride vite si vous le flattez en lui disant que ses vins sont géniaux… Et « géniaux », ils le sont ! Ristorante Consorzio Via Monte di Pietà, 23 Torino +39 011 2767661 www.ristorante consorzio.it

FAUT AIMER ça … La « Finanziera »  Il paraît que c’est un plat qui était apprécié des opérateurs de la Bourse et de la Haute Finance à Turin, d’où le nom. Dire s’ils travaillaient correctement après en avoir ingurgité une assiette sur le temps de midi, c’est autre chose. Allez, je vous dis ce que c’est… Des crêtes de coq accompagnées de champignons et de petits pois, auxquels on ajoute du barbaresco et de la cannelle. Pas pour moi, non merci !

Où LOGER à TURIN ? 1° à  petit budget, au ART HOTEL OLYMPIC. Moderne, design , propre, confortable et peu cher (entre 70 et 90 €), à 10 minutes du centre historique de la ville et à seulement 2km du tout nouveau « Stadio della Juventus » www.arthotelolympic.it

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2° plus centré, au ART HOTEL BOSTON Dans un ancien palais historique, au cœur d’un élégant quartier, les chambres portent le nom de « chambres de l’art » et sont dédiées entre autres, à Picasso, Yves Klein, Franco Fontana, ou Fausto Melotti… Elles sont au top avec leur beau parquet. Un peu plus cher. www.hotelbostontorino.it

ON PEUT AVOIR UNE GLACE?

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OUI, si vous avez été sages, chez PEPINO. C’est un bel établissement d’époque. Nos compères du Caffè Al Dente y ont goûté. Verdict : « c’est nickel ! »  GELATERIA PEPINO Piazza Carignano 8 Turin

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Art Hotel Olympic - Copyright : Art Hotel Olympic Images 2 et 4 :

Art Hotel Boston - Copyright : Art Hotel Boston Image 3 :

Une glace de chez Pepino - Copyright : Pepino

page 7 Gazzett’al dente  /


CAFFè AL DENTE e altre cose

autunno 2012

Une pâte fraîche, une tomate… que demande le peuple!

colophon Direction de la rédaction Antoinette Van Ham Coordination Hélène Wallemacq

Le bouquin de toutes les saisons … Et de toutes les saveurs ! LA PASTA Par Gianpaolo Pagni — Editions l’ampoule 2003 Format : 20 x 25,7 — 68 pages couleur — Relié — Prix : 22 € « A l’école élémentaire, je n’aimais que deux choses : les cours de dessin et l’heure du déjeuner. Moment magique où les plats nous étaient directement servis en salle de classe. On rangeait crayons et pinceaux, on sortait fourchettes et couteaux : manger, c’était du sérieux, une matière comme un autre. Ici, j’ai voulu réunir à nouveau cuisine et peinture à travers des authentiques recettes. » (Gianpaolo Pagni) Ce livre fait l’effet d’un « ovni », ni livre de cuisine, ni livre d’art, mais les deux à la fois. C’est un très beau bouquin intemporel à conserver chez soi, 6 mois par an sur la table du salon, les autres 6 mois sur le plan de travail de votre cuisine !

Gianpaolo Pagni, si discret sur le succès de son parcours de dessinateur « international » de presse, allant même jusqu’à prétendre que, si on lui commande des images, c’est parce qu’elles ne font qu’ «  évoquer  », mais ne racontent rien, attire par hasard notre attention sur le fait qu’il est l’auteur en images de la campagne de 5 affiches destinées à la

promotion du Cinéma Galeries à Bruxelles. Si vous êtes intéressés, ces images sont délinées en cartes postales, posters et T-shirts en vente au « ­GALERIES STORE ». GALERIES CINEMA (tous les jours) ET EXPO (du mardi au dimanche de 12h à 18h) 28 Galerie de la Reine 1000 Bruxelles www.galeries.be

Salone del Gusto e Terra Madre

Photographie Wine, Food & Cinema Production Caffè Al Dente Design graphique Codefrisko Illustrations Audrey Schayes

Rue du Doyenné 85, 87 1180 Bruxelles +32 (0)2 343 45 23 www.caffealdente.com

Le salon «Salone del Gusto e Terra Madre» 2012 se tiendra du 25 au 29 octobre au Lingotto Fiere à Turin. Le thème de cette année : Les aliments qui changent le monde. Le symbole de cette année : La pomme de Newton; utilisons notre tête dans nos choix alimentaires! www.lingottofiere.it

LE SAVIEZ-VOUS ? Un des joyaux de la filmographie de Dino Risi, Profumo di donna (Parfum de femme), sorti en 1974, a été tourné en partie à Turin. C’est à Turin précisément que Vittorio Gassman (alias Fausto Consolo, capitaine en retraite resté aveugle à la suite d’une explosion) vit seul avec sa vieille tante et c’est de Turin qu’il part en train pour Gênes, puis Rome et Naples. Un autre film (de six heures !), plus récent, La Meglio gioventu (Nos Meilleures Années), réalisé par Marco Tullio Giordana, sorti en juillet 2003, retrace le parcours de deux frères entre 1966 et 2000. Le parcours s’inscrit dans une série d’événements qui ont joué un rôle important dans l’Histoire d’Italie et de ses différentes grandes villes. Le tournage a duré 24 semaines dans 240 lieux différents, dont Turin.

NOTE

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Illustration de Gianpaolo Pagni

OUVERTURE PROCHAINE DE NOTRE PETIT COUSIN Sinem, qui a été notre chef entre 2007 et 2011, ouvre un concept aux influences franco-italiennes comme on en rêve tous, avec Elisabeth notre spécialiste Aperitivo ! Un bar à vins / cave à manger / petite restauration. Un mixte slow food, bistronomie, fooding. Un truc chaleureux comme elle, un lieu où l’on chérit la proximité entre la cuisine, le bar et les clients, un endroit à découvrir vite à la rentrée! UNICO 48 rue Longue Vie Ixelles

plus

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La Meglio Gioventu - Copyright : La Meglio Gioventu

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Autunno 2012  

Speciale Torino Gianpaolo Pagni

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