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Denis Samyn Glaciologue à l’Universitéde e Technologiqupo n Ja a, ok ga Na

A la découverte du R wenzori

terons dans le pays, avec plusieurs incursions « fortuites » en RDC, durant un mois environ.

« Allez, on se lance » Des pics enneigés d’où s’écoulent des glaciers au-dessus des nuages, ça n’est certainement pas la première image qui nous vient à l’esprit à l’idée de l’Afrique, le continent le plus chaud de la planète. C’est pourtant en pleine zone équatoriale que mon collègue, microbiologiste, Jun-san, du « National Institute for Polar Research » à Tokyo, et moi-même avions décidé de consacrer notre prochaine expédition glaciologique. Cela faisait un moment déjà que nous étions à la recherche de possibilités d’un projet commun, mêlant, d’une part, intérêt scientifique et échange de connaissances avec les populations locales et, d’autre part, passion de la montagne et sens de l’aventure. Le Rwenzori, énorme massif montagneux d’environ 3 000 km² situé à la frontière entre la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda, semblait répondre à toutes nos attentes. Nous n’avions que très peu de moyens comparés aux expéditions privées ou scientifiques que nous avions déjà connues, mais cela n’allait pas avoir d’incidence majeure ni sur notre volonté d’y arriver, ni sur la réussite de notre voyage.

Le Rwenzori a toujours revêtu un caractère à la fois mystérieux et sacré pour les « Bakonzo », les natifs du massif, ainsi que pour les voyageurs et explorateurs de passage. Ceci est probablement dû en partie au nom que lui donna le géographe antique Ptolémée : les « Montagnes de la Lune », en référence à sa couverture neigeuse visible au loin lorsque l’épaisse couche nuageuse se retire (c’està-dire pratiquement jamais). Cette imposante masse nuageuse est tellement caractéristique des hauteurs du massif que même Henri Stanley, le célèbre explorateur anglais, en serait venu à douter de la présence de ces fameux névés et glaciers, avant de finalement les immortaliser sur ses cartes vers la fin du 19e siècle. Un autre éminent cartographe anglais, John Speke, à la recherche des sources du Nil une vingtaine d’années avant l’arrivée de Stanley, contribuera à démontrer, et par là à donner raison à l’hypothèse de Ptolémée dans ses « Lunæs Montes », que le complexe réseau hydrographique du Rwenzori constitue la plus haute, et l’une des plus importantes, sources du Nil Blanc. Quelques décennies plus tard, en 1906, Louis-Amédée de Savoie, Duc des Abruzzes et passionné de montagne (il avait déjà participé à une expédition au Pôle Nord en 1900 et fera de même au K2 en 1909), finira d’explorer et cartographier les divers sommets lors d’une expédition qui fera date dans l’histoire de l’exploration scientifique du massif. A l’époque coloniale, les explorateurs et géographes ne faisaient pas dans le détail quant au démarquage des frontières. Une ligne droite sur quelques dizaines de kilomètres vers le Nord, une autre vers le Nord-Ouest, c’est en résumé ce à quoi ressemble la limite, dressée à la grande louche en plein milieu du massif, entre la RDC et l’Ouganda. Le massif se situe juste au niveau de l’Equateur, entre le Lac Edward au N-NW et le Lac Albert au S-SW, et fait dès lors partie intégrante du grand rift est-africain. De l’autre côté de la frontière, dans la partie congolaise du massif, s’étend le non moins fameux « Parc National des Virungas », premier parc national d’Afrique (établi en 1925) et également inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1979.

En territoire Bakonzo Les Montagnes de la Lune Après avoir laborieusement obtenu auprès de l’Uganda Wildlife Authority tous les permis nécessaires à notre entrée et à nos travaux dans le « Rwenzori Mountains National Park » (désigné Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1994), nous arrivons à Kampala, capitale ougandaise, au début du mois de février 2013. Nous res-

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Après nos préparations dans la capitale, nous mettons le cap plein Ouest vers Fort Portal, puis vers Kasese, la dernière bourgade avant d’entrer dans le Parc à une vingtaine de kilomètres de la frontière congolaise. Nous traverserons au passage de magnifiques réserves naturelles, dont celle de Kibale, avec des vues splendides sur la savane et ses magnifiques grands mammifères.

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Ardennes & Alpes n°177  

revue du Club Alpin Belge - 3ème trimestre 2013

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