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SOMMAIRE

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SOMMAIRE

Introduction A. Le sujet ....................................................................................................................... 3 B. Le contexte ................................................................................................................. 6 C. intérêts et enjeux ....................................................................................................... 7 I. La culture post – moderne, concurrente des cultures traditionnelles A. La generation X, heritage émietté de la culture post – moderne …........................ 8 B. Le village planétaire ou l'unification des pratiques culturelles …........................... 13 C. Une culture du changement ..................................................................................... 18 II. Les medias de masse ou l'illusion de la culture participative A. De la libre antenne... a) Retrospective ............................................................................................................. 21 b) Chiffres ...................................................................................................................... 25 c) Revaloriser la radio ................................................................................................... 27 B. … A la tele réalité ....................................................................................................... 33 C. Le Web 2.0 ou l'apogee de l'individualisme a) Généralités, remarques. ............................................................................................ 40 b) La jeunesse, consommatrice et victime. ................................................................. 43 III.

La crise culturelle en France

A. De l'industrie du disque. ......................................................................................... 45 B. … A la presse écrite ................................................................................................... 51 C. Une flagrante crise d'identité culturelle. ................................................................ 55

Conclusion ................................................................................................................... 60 Interview ...................................................................................................................... 63 Bibliographie.............................................................................................................. 66

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INTRODUCTION

A. Le sujet. 1) Qu'est – ce que la Culture ? Après différentes études quantitatives au sujet de ce que caractérise la Culture chez les jeunes de 18 à 26 ans, les réponses les plus fréquentes s'apparentent à des bribes de définitions sociologiques et fondamentales telles que « le caractère essentiel de la création », « tous les champs et les disciplines de l'art », « l'accès à l'imaginaire, à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique ». De là nous pouvons partir sur une définition actuelle et accessible de la Culture - dans son sens le plus large - comme étant l'ensemble des valeurs créatives, intellectuelles, spirituelles et affectives qui caractérisent une société. Cette définition sous - entend donc deux autres dimensions que sont la culture individuelle et la culture collective : La culture individuelle regroupe les connaissances acquises, le savoir, l'instruction et l'éducation d'une personne, soit la construction personnelle donnant la culture générale. La culture collective représente l'identité culturelle à laquelle appartient un peuple, elle est un repère de valeurs relié à une histoire commune, un patrimoine culturel. Il est intéressant de différencier ces deux acceptions qui seront les lignes conductrices de ce mémoire. La culture collective peut en effet s'opposer à la culture individuelle dans le sens ou elle résulte d'un mouvement commun, basé sur les principes de la collectivité. Elle peut donc également s'imposer face au développement de la culture individuelle et écarter la notion de construction personnelle. Mais en tout état de cause, ces deux concepts se rejoignent par leurs composantes majeures que sont les valeurs, les normes et les institutions. 3


Les valeurs sont les idées qui guident la culture collective, comme la religion. Les normes sont le fer de lance de la civilité, formellement imposées par les lois. D'une manière générale, les institutions sont les structures qui transmettent les valeurs et les normes dans une société. Traditionnellement, en France, la culture est étroitement liée aux institutions publiques : musées, bibliothèques, salles de concerts, théâtres... Par conséquent la culture est indissociable du patrimoine artistique, elle est un rattachement aux valeurs traditionnelles, et donc identitaires. 2) Pourquoi ce thème ? C'est à travers l'analyse de mes différents stages et donc de mes centres d'intérêts que m'est venu le thème de ce mémoire. Succinctement, j'ai pu découvrir le monde des médias dans un contexte culturel, à commencer par Radio France International, puis la presse écrite avec la co-création d'un magazine culturel gratuit, Keith ; la musique ensuite chez le label Harmonia Mundi et enfin Galaxie Presse, agence de presse spécialisée dans le reportage grand public comme Envoyé Spécial ou TF1 Reportages. Les missions que j'ai eu au sein de ces entreprises m'ont poussé à m'intéresser de près aux domaines culturels relayés par ces médias, tant d'un point de vue journalistique et critique que sociologique et analytique. Comprendre ce que les gens aiment et pourquoi, savoir leur en parler, mais aussi comprendre ce qu'il y à eu avant et cerner le contexte culturel dans lequel évoluent leur gouts : c'est l'objet de tout journaliste, essentiellement au coeur de Keith Magazine. L'idée de créer un magazine culturel gratuit est venue d'une volonté de rendre la culture accessible à chacun dans un contexte où la Star Academy, les productions d'Universal ou les nouveaux Prix Goncourt auraient remplacé les Truffaut, Gainsbourg ou autres Romain Gary... et ainsi proposer une alternative à la manière dont notre génération aborde la culture. La ligne éditoriale de Keith est axée sur le concept de « contre - culture », une manière subjective - légitimée par sa gratuité - d'aborder les grands thèmes de l'actualité culturelle, en réaction à la crise de la presse écrite et à l'expansion de la culture de masse en France. 4


Ainsi, une question s'est posée au coeur de mes démarches, devenant le sujet de ce mémoire : en quoi l'évolution du paysage culturel a – t - elle influencé le comportement des jeunes Français depuis la fin du XXe siècle ?

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B. Le contexte. L'année 1981 en France se révèle être un point de départ propice à l'explication d'un changement culturel collectif majeur. En pleine Guerre Froide, la France dévoile une facette politique jusqu'alors inconnue : l'élection de François Mitterand à la Présidence, la « vague rose ». C'est la première fois que la Cinquième République connait un Etat entièrement socialiste, un « Etat de grâce » qui donnera naissance à une restructuration culturelle majeure dans ses réformes. Succinctement, le Gouvernement Mauroy engage l'augmentation du SMIC, les congés payés, la retraite à 60 ans, l'abolition définitive de la peine de mort, l'ISF, la décentralisation et les larges nationalisations... Mais 1981, c'est aussi la mort de Brassens, la Loi Lang, imposant un prix unique sur les livres ; la première fête de la musique, la manifestation des ciné-clubs emmenée par Truffaut, Chabrol, Resnais, Rohmer et Tavernier ; les débuts de la presse sur Internet, la réforme des médias et l'émergence des radios libres, qui entrent de plain-pied dans une logique commerciale concurrentielle. Une culture du changement. Cinq ans après, le philosophe Alain Finkielkraut écrira « La Défaite de la pensée », un essai remettant en cause la politique du « tout culturel » de Jack Lang, alors Ministre de la Culture. C'est plus précisément sur l'extension de la culture traditionnelle vers cette nouvelle forme de culture populaire que nous nous pencherons, notamment à l'aide des remarques d'Alain Finkielkraut, afin d'observer en quoi la génération en place s'est vue native d'une culture de masse relayée par les nouvelles évolutions médiatiques. Nous nous demanderons pourquoi, malgré la taille sans précédent qu'ont atteinte les réseaux mondiaux de distribution de livres, d'émissions télévisées, de disques... le public n'a de plus en plus accès qu'à quelques voix hégémoniques, s'y contraignant avec docilité.

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C. Intérêts et enjeux. Le but de ce mémoire est donc de cerner le contexte culturel dans lequel notre société évolue globalement depuis 1981, en essayant de répondre aux questions suscitées par les critiques relativement négatives de l'intelligentsia. La portée de cette étude sera essentiellement sociologique, puisqu'appuyée sur de nombreux ouvrages analysant des faits de société historiques, médiatiques, politiques et artistiques ; par conséquent culturels. La mesure de l'influence médiatique et de son impact permettra de comprendre le changement face auquel toute une génération s'est inclinée concernant son nouvel accès à la culture. Ma rencontre avec Damien Le Guay, éditorialiste au Figaro Magazine, chroniqueur littéraire et essayiste, auteur de « L'empire de la télé-réalité » ; m'a conforté dans l'idée qu'un mémoire sur la culture dite « post-moderne » ne pourrait que m'aider à approfondir mon parcours au sein d'une filiale intitulée « Image et Médias », abordant ainsi les grands thèmes étudiés lors de nos quatre années a l'EFAP. Les stages déjà effectués – directement ou indirectement- dans les grands médias me permettront d'être plus précis et plus sûr dans le traitement des informations. Ce mémoire permettra également de passer en revue les points - clefs d'une société moderne que sont la mondialisation, l'avancée technologique et la communication de masse, autrement dit la démocratisation de la culture.

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I.

La culture post-moderne, concurrente des cultures traditionnelles.

A. La Génération X, héritage émietté de la culture post-moderne.

Le terme Génération X est né au début des années 1990 sous la plume du canadien Douglas Coupland, qui l'a popularisé dans son roman éponyme : > Generation X, Tales for an Accelerated Culture. ( « Génération X , Contes pour une Culture Accélérée » ). Pour situer la Génération X, il nous faut donc faire un bond dans l'Histoire et nous concentrer sur la période 1960 – 1981 . On qualifie cette Génération de jeunesse en mal d'identité. Elle est issue de la Révolution tranquille, période fatidique du mouvement de libéralisation des moeurs au Canada, comparable au courant de « contre - culture » américain ou à mai 68 en France. Ayant grandi dans la promesse d'un avenir meilleur, cette jeunesse s'est confortée à elle – même, caractérisée par un mode de vie sans illusions, désorientée mais sans angoisse, hédoniste en ce que sa seule quête était celle du bonheur au quotidien, ponctuant son angélisme et son je m'enfoutisme par une impuissance devant la réalité. Le mot « Génération X » décrit symboliquement une génération qui n'a pas su trouver ses repères, en opposition à celle de ses parents qui sortait directement de la Seconde Guerre Mondiale. Symboliquement aussi car cette appellation se réfère aux noirs analphabètes qui signaient leur nom d'une croix ; le X renvoie donc parallèlement à cette jeunesse sans identité, décrite par les médias comme une « génération sacrifiée », apolitique et égocentrique. Génération sacrifiée car elle est aussi celle des « latchkey kids », celle des enfants qui rentraient chez eux avant leur parents qui travaillaient.

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C'est une génération qui a aussi été confrontée à des prix immobiliers démesurés, et qui, faisant face à la crise de l'emploi des années 1980, a gagné moins d'argent que la génération précédente, renversant de ce fait une tendance historique. Cette génération voit son expérience politique modelée par le déclin de l'empire colonial, la chute du Mur de Berlin et la fin de la Guerre Froide. Un contexte qui lui fait particulièrement dénigrer les institutions politiques. X veut un gouvernement pro- actif qui, entre autre, agirait pour renverser le déséquilibre qui fait de sa génération la première dont les standards et le niveau de vie ne sont pas plus évolués que leur parents. Elle est marquée par la volonté de sortir de la roue statutargent-ascension sociale qui caractérise l'existence moderne. Le battage médiatique, la politique du scandale et les cassures familiale lui font également déserter toute notion de civisme. Plus pragmatique qu'idéaliste, c'est une génération beaucoup plus flexible aux niveaux des idéaux, se concentrant sur des buts atteignables. Génération délaissée et désabusée, elle est la première à avoir connu le divorce et à voir ses parents au chômage, d'où, encore une fois, sa désaffection dans la civilité, la gouvernance, et un manque d'intérêt dans le leadership. Elle est influencée par l'augmentation du nombre de femmes en poste sur le marché du travail, l'augmentation des divorces, l'arrêt de la croissance de la population et la disponibilité de la pilule contraceptive, l'éducation divergente, la désacralisation de la bienséance par la libéralisation des moeurs, l'apparition du Sida... Maintenue dans une spirale de dépendance, on la baptise aussi génération « Tanguy ». Le taux de jeunes demeurant chez leur parents a augmenté de manière constante entre 1981 et 1998, passant de 11, 4 % à 19 % ; soit 75 % des jeunes de 20 ans. Ceci est lié au fait que le travail a entrainé un taux de décrochage élevé, les mettant face à des difficultés de s'insérer dans ce marché de façon établie. En effet, au moment de la retraite des premiers boomers – soit quelques années plus tard - la génération X s'est vue dépassée, malgré une chance d'avancement, par les enfants des baby boomers qui, plus jeunes, ont grandi dans la connaissance de l'informatique, technologie croissante et déjà indispensable. 9


Culturellement, c'est la génération qui a vu naitre Internet, MTV et les mangas japonnais ; étirant ses repères dans les sombres et froids recoins des mouvements punk, grunge ou new wave. Emmené par les Cure, Nirvana, New Order ou Daho, l'inconscient collectif est très marqué par la Guerre Froide et le manque de repères de sa génération. Etienne Daho sous - entend d'ailleurs ce malaise social dans sa chanson Tombé pour la France (qui se retrouve - sans grand hasard - quasiment en tête du top 50 français en 1985 ), exprimant l'absence identitaire de cette jeunesse par une métaphore justifiée dans ses paroles : « Be-bop, pieds nus sous la lune, Sans foi ni toit ni fortune Je passe mon temps à faire n'importe quoi Sur les pistes, noires de préférence, Quand le démon de la danse Me prend le corps, je fais n'importe quoi, J'en sais rien... » Une référence inévitable au Be-bop, courant révolutionnaire des années 1950 - dérivé du Jazz - qui déclencha une controverse mouvementée en France. La volonté de renouer avec un passé trop vite oublié associée au vide exprimé par l'infortune, le hasard et la perte de temps. Nous sommes en 1985, la jeunesse a déserté sa joie de vivre et sombre dans l'incompréhension, dans l'incapacité de s'affirmer réellement. « Be-bop, pieds nus sous la lune » ou la culture dans l'ombre : la vérité mise à nue. Une ode à la Génération X différente de celle décrétée par Kurt Cobain et son groupe Nirvana dans la chanson « Smells like Teen Spirit », mais qui passe pour l'affirmation d'une non – ambition résumant la philosophie d'une jeunesse insouciante, fer de lance des élites néo libérales et pourtant chainon manquant entre l'esprit hippie des sixties et le réalisme désenchanté des années 1990.

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Cette génération a été sévèrement jugée. Beaucoup l’ont considérée comme une génération de jeunes désabusés, portés à jeter un regard méprisant sur leurs aînés. Ces jeunes ont été taxés d’opportunistes, d’américanisés, de corporatistes, conservateurs, etc. Ceux de la génération X ont lancé, à leur tour, une campagne de dénigrement contre les jeunes de la génération suivante, la génération Z, les taxant d’aphasiques, d’illettrés, d’incultes sans idéaux et dépourvus d’ambition... Malgré tout, la Génération X est la preuve probante de ce que son manque de repères aura fait d'elle une génération identifiable à part entière. Désabusée, certes, mais assumée et par conséquent marquante dans les traces qu'elle aura laissée. Cette jeunesse n'aura pas tenté de se référer à des états d'esprits passés, et ce malgré son manque d'identité culturelle. Elle a pris et accepté ce qu'on lui a servi, elle a connu ses leaders, porte drapeaux des derniers vrais mouvements culturels du XXe Siècle. La naissance des courants artistiques musicaux comme le post punk ou la new wave n'a été due qu'à la volonté de ces artistes de sortir la tête de l'eau et de renvoyer la balle à leur génération ainée qui, ayant maitrisé avec un art consommé toutes les phases de la contestation dans les années 1960 / 70, ne semblait pas disposée à leur laisser la place aux commandes de la société. Ces courants sont certes nés du regain de créativité du rock des années 1970, mais leur essence se trouve dans l'exacte opposition d'une musique commerciale et populaire, bercée par la Guerre Froide et motivée par son indépendance vis à vis de l'industrie musicale. La France a ainsi vu naitre la Coldwave, une musique à forte personnalité qui désigne la variante sombre, robotique et glaciale de la New Wave, au son angoissant voire oppressant qui traduit tout le malaise de cette génération. On pense essentiellement à des groupes comme Guerre Froide, Trisomie 21

ou Frustration, qui inscrivent

directement leur nom et leur attitude dans la difficulté d'exister au sein d'une société en plein bouleversement.

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Ces mouvements sont une marque de fabrique symbolique, une signature. Ils sont reconnaissables et datable à la première écoute, au même titre que la typographie des logos d'entreprises ou encore la mode, dont les couleurs et les coupes de vêtements résultaient de la simplicité même, sans grande tenue, sans réelle recherche d'identité propre à sa génération. Mais l'identité X, qui s'est donc principalement construite en opposition à la génération précédente, va se dissoudre à mesure que les disparités vont s'amenuiser, s'émiettant dans les moeurs de la génération suivante, comme l'héritage insidieux d'une nouvelle forme de culture : la culture post-moderne. Comme disait le médiologue Régis Aubray dans son Cours de médiologie générale, la culture post-moderne est marquée par « le passage de la graphosphère à la vidéosphère ». C'est en effet le passage d'une civilisation fondée sur l'écrit au passage d'une civilisation fondée sur l'image qui caractérise essentiellement l'évolution médiatique propre à la culture post-moderne. Un grand nombre de livres ont paru ces dix dernières années pour dénoncer les périls que court la Culture. On se souvient particulièrement de L'âme désarmée d'Alan Bloom et de La défaite de la pensée d'Alain Finkielkraut. Tous, globalement, explorent le manque d'intérêt de la jeunesse scolaire et étudiante pour ce qui a été l'objet d'une identité culturelle occidentale forte, comme les grandes créations artistiques, littéraires et scientifiques, en un mot la culture générale. Marc Fumaroli, dans L'Etat culturel, stigmatise pour sa part les tentatives étatiques de promouvoir une culture à la fois snob et populaire à grands renforts (efforts) de moyens financiers, à son avis bien mal employés. Alain Finkielkraut définit la culture post-moderne comme celle qui est entrain d'étouffer les précédentes. C'est une culture qui a aussi, comme les autres, sa langue, sa cuisine, son art, sa religion, sa conception du monde. Mais loin d'avoir horreur du changement, elle est sans cesse en quête de ce qui est nouveau, et « concurrence impitoyablement les autres formes de culture ». 12


Il s'agit donc d'une culture populaire qui s'étend à toutes les classes de la société, qui ne demande aucune formation particulière ; chacun la respire avec l'air ambiant. Elle est le fruit d'une évolution sociétale « comme une multitude innombrable d'hommes tous égaux et semblables qui s'efforcent sans relâche de se procurer des plaisirs mesquins et dérisoires dont ils surchargent leur existence » sous la tutelle du « pouvoir occulte et anonyme du grand commerce international ». B. Le « village planétaire » ou l'unification des pratiques culturelles. En la considérant d'abord comme un contenu plus que comme un support, la culture post-moderne résulterai donc de la rentabilité des marchands, de la mondialisation « et non du génie des peuples ». Culture cosmopolite, elle se caractérise par les faits suivants : –

l'anglais américanisé dans le langage courant

l'agriculture industrielle

la production standardisée des objets utiles, révélateurs d'un désir d'appartenance sociale

le développement des Institutions démocratiques avec une priorité à l'économie de marché.

la cuisine standard ( coca, frites, hamburger )

le mélange d'athéisme et la prolifération de sectes

le partage de l'art entre création modernes ésotériques et productions de masse

le développement du secteur pornographique incité par les facilités du web 2

l'accès au savoir très étendu, mais fragmentaire et élitiste

Les émissions de variété, la télé réalité

le mélange des genres musicaux

la publicité de masse

le merchandising ...

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De même qu’elle produit à la fois plus de richesse et plus de pauvreté, la mondialisation produit de l’uniformisation et de la diversité, conduisant cependant à un « marché de la culture » qui s'appuie aujourd’hui sur les moyens de production et de diffusion sans cesse améliorés sur le plan de la performance et de la technologie, afin d'assurer leur développement économique. Le jeu concurrentiel, sur tous les plans, est un développement privilégié pour l'expansion de cette culture de masse, qui globalise l'ensemble des pratiques culturelles de notre génération. Afin de résumer en quelques mots ces caractéristiques et en accord avec le concept de classification rapide qu'est le Tag, en voici une illustration pondérée et actuelle, toujours en lien avec cette notion d'uniformisation dans les pratiques :

Ces caractéristiques sont propres aux modes de vie de la culture post - moderne. Elles sont reliées entre elles, ici par ordre de couleurs, dans une sphère principalement relayée par les médias et l'essor de la culture de masse, sous la tutelle de la globalisation. Internet n'est plus un événement pour cette génération de l'instantané qui maitrise l'ensemble des nouvelles technologies de communication avec une aisance propre à son temps.

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L'engagement citoyen, comme la sensibilisation à l'écologie en entreprise et au développement durable, marque le changement avec une époque subissant la triste réalité d'un monde dans lequel les ressources ne sont plus inépuisables. Génération responsable ? Génération responsabilisée, en tous cas. Aujourd’hui, de grandes sociétés comme le groupe de compagnie d'assurance GENERALI alimentent leur politique de sensibilisation au développement durable envers les jeunes, proposant ainsi des garanties innovantes dans leurs contrats Domicile comme « habitation et développement durable », encourageant ses clients à utiliser des technologies respectueuses de l'environnement.

La dernière campagne de communication de GENERALI, axée sur le slogan « On a tout à gagner à agir pour notre avenir », est intéressante à analyser quant au rapport du support à l'égérie. Fort de l'utilisation de grands encarts publicitaires, des supports numériques et d'Internet, l'égérie de cette campagne est le footballeur Zinedine Zidane, star mondiale et fierté nationale ; l'homme qui a (re)donné à la jeunesse de France un sentiment d'appartenance. Comment mieux sensibiliser cette jeunesse que par l'utilisation d'une figure aussi populaire qu'est Zidane ? La question est rhétorique, mais soulève celle de la transition d'une culture fondée sur des idéaux ( principalement intellectuels ) à une culture populaire et globale : l'idée que nous nous faisons d'un exemple à suivre doit être influencée par une série de codes sociaux qui s'éloignent des cultures traditionnelles. Elle marque ainsi la fiabilité nouvelle d'une figure créée et imposée par les médias. La logique consiste ensuite à ce que cette même figure soit relayée par les mêmes médias, bouclant la boucle d'une logique de masse plus tournée vers un effort marketing que culturel, à proprement parler. 15


L'évolution qui a marqué la communication et les médias dans cette culture postmoderne s'inscrit également dans la terminologie des nouvelles technologies, effaçant toutes frontières physiques entre les continents, les Etats et les régions. C'est un phénomène propre à la notion de « village planétaire » : la capacité, pour une personne, à récupérer des informations très rapidement et en n’importe quel point de la planète, qui donne l’impression d’être dans le même endroit virtuel, dans le même village. Un des exemples les plus récents est le phénomène du microblogging via Twitter, site et application qui permet à n'importe qui de suivre, à la minute près, le déroulement de diverses manifestations, comme ce fut le cas pour les dernières élections Iraniennes ou la mort de Michael Jackson. Ces avancées nourrissent l’idée d’une communauté globale et unifiée, et, en raison de l’amélioration de la vitesse de communication en ligne et la capacité de notre génération à lire, à diffuser et à réagir à des nouvelles très rapidement ; ceci nous oblige à nous impliquer davantage dans les affaires de nos voisins et d’être ainsi plus conscients de nos responsabilités à l’échelle mondiale.

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Ci-dessus, la symbolique d'un nouveau monde de médias autour duquel gravitent les nouveaux moyens de communication tels que Twitter, Facebook, Friend Finder … comme autant de ponts reliant les innombrables canaux de l'information à l'océan vaste de la communication. Un seul et même village pour une approche commune de la culture. Une manière d'illustrer la culture post-moderne comme la condition du savoir à l’âge de la technologie de l’information.

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C. Une culture du changement Au grand scandale des héritiers de la tradition classique, la culture post-moderne détournerai les jeunes de la lecture, de l'éducation. Comment exiger encore un effort patient et solitaire quand partout la facilité s'offre avec un maximum d'efficacité publicitaire ? Le torrent des distractions nouvelles ( multiples programmes télévisés, reality shows, streaming … ) noie en effet les tentatives de quiconque essaye d'intéresser – en majorité – cette jeunesse à la lecture classique ( ou au courant Classique ), substrat pourtant incontournable de la culture générale. Loin des rêves traditionnels, cette jeunesse marche plus volontiers dans les pas des stars people, guidée par un désir de gloire éphémère et influencée par des plaisirs médiatiquement programmés... la facilité et l'irrésistible penchant de l'homme à y céder. Cette illustration particulièrement frappante de la substitution des moyens à la fin caractérise notre génération : la sollicitation incessante du désir est le moyen, la fin étant la relance continuelle de la consommation, donc du profit. L'ère dans laquelle nous sommes entrés, « le siècle des objets » justifie essentiellement le concept de substitution des moyens à la fin : elle nous rappelle que la consommation marque profondément la culture. Les objets racontent une histoire plus sensible, plus proche de l'expérience quotidienne. L'intérêt de notre génération pour les objets s'inscrit d'une part dans leur fonctionnalité et leur efficacité technique, d'une autre dans leur inscription culturelle. Le besoin de changement, créé par les multiples diffusions de messages de consommation, amène naturellement la multiplication d'objets qui modifient sensiblement la vie quotidienne.

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Majoritairement, les évènements marquants de notre siècle ont été vécus en spectateur, alors que la consommation donne le sentiment d'être acteur sur le déroulement du quotidien. D'un coté, les objets sont patrimonialisés ( 33 tours, vêtements, livres...) comme une mise en scène des identités sociales. De l'autre, ils marquent la mutation de la substitution des rituels religieux ( culte de l'objet ) aux rituels de la vie quotidienne. Les objets sont aujourd’hui sacralisés en ce qu'ils prolongent la personne et la collectivité. Ce sont des symboles sociaux qui, en plus de mettre en jeu les caractéristiques de leur possesseur, affirment de manière emblématique les qualités de leur groupe de référence. Cependant, l'obsession prodiguée à la voiture ( illustration probante d'une appartenance sociale ) tout comme son acharnement à la détruire traduisent contradictoirement sa sacralisation : les usages des objets et les discours qui y sont associés expriment des déférences et des défiances à l'égard de la société. En effet, la production automobile est au coeur de l'évolution technologique, suscitant sans cesse les besoins des consommateurs. Nombreuses sont les publicités et les campagnes de communication autour de ce secteur, tant en matière de vente que de prévention. Il en est de même pour la téléphonie mobile, en perpétuelle évolution bien que médicalement avertie. Ces objets du quotidien donnent la possibilité de célébrer des groupements sociaux, principalement citadins, ou les qualités des personnes. Ils affichent des identités, comme le montre l'exemple des clubs de football et de leur supporters ( PSG ), prolongeant les émotions, faisant exister un sentiment d'appartenance, mettant en scène un groupement social. L'objet fonctionne ainsi comme un marqueur culturel, permettant à la fois d'affirmer et de jouer des identités sociales. La jeunesse existe aujourd'hui par la consommation, exprimant sa volonté d'exister par la survalorisation de son apparence. C'est un besoin constant de changement, affiché et exacerbé par la mouvance des tendances, qui pousse cette jeunesse a détenir l'objet qui permettra d'affirmer son statut et ses liens sociaux.

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La sensibilité de cette génération aux objets et aux nouvelles pratiques s'explique également par son souhait d'expérimenter des identités. Les adolescents, de par leurs identités encore incertaine, sont influencés par la recherche de personnalités qui leur serviront de modèle dans leur consommation d'objets fortement identitaires. Ainsi, le port des vêtements de marques bien identifiées, les objets à l'effigie des stars etc. traduisent à leur manière le rôle des objets dans les stratégies d'affirmation et de mise en scène de l'identité. La consommation des ces objets fait exister des liens sociaux, une généalogie et une identité, révèle un itinéraire social et permet de marquer une appartenance. Alors que nous faisons face à une offre aux consommateurs qui n'a jamais été aussi importante et accessible, la mondialisation homogénéise les marchés et standardise les objets. Même uniformisés, les objets gagnent en importance dans notre vie quotidienne. Leur histoire traduit une quête de sens. C’est le lot commun : je me distingue, je porte MA marque, celle du troupeau dont je prétends ne pas faire partie : c’est ma flétrissure, elle est un peu la fleur de lys dont on marquait les prostituées ; ou serait-ce une narcisse, la fleur de mon ego ? Je suis l’enfant d’une mauvaise troupe, celle des fils de pub. Je porte la casaque des nouveaux grands féodaux, les multinationales. Mais sachez-le, je ne suis pas le seul : société de consommation se traduit par « consommateurs associés ».

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II. Les Médias de masse ou l'illusion de la culture participative A. De la libre antenne … a) Rétrospective. « Ce qu'il y à de chiant dans la radio libre... c'est la radio » ( Font et Val ). La grande vague de 1981 ( date clé de la libéralisation des ondes en France ) s'est en quelques sortes formée en dehors de toute légalité, s'imposant contre le gouvernement de gauche qui tenais alors à préserver son « état de grâce ». S'il n'était pas fondamentalement de gauche – au sens institutionnel du terme - , le mouvement initial des radios libres était néanmoins largement contestataire. L'euphorie des deux premières années de grâce, 1981 et 1982, reflète bien le climat de subversion douce qui régnait alors. La radio libre apparaissait comme une voix « sans maître» qui pouvait changer le monde. « Allons, messieurs du gouvernement, rassurez-vous ! Vous n'avez rien à craindre de tous ces jeunes qui frappent à la porte du media . Laissez venir à nous les nouveaux talents. Laissez passez les petits canards ! » . Le Monde, 1981. Ainsi, à l'époque, la majorité des projets laissait s'exprimer la convivialité d'un langage nouveau, expérimental : le retour à une expression jusque là occultée, bafouée, censurée. Le monde social, culturel et associatif prenait la parole ; du moins avec leurs propres moyens ( compte – tenu du contexte historique ). Très rapidement, les grandes compagnies et les spéculateurs comprennent l'enjeu que constitue ce nouvel espace d'expression, et le profit conséquent qu'ils peuvent en tirer. Les tenants du système médiatique officiel, voyant leur clientèle s'orienter vers la nouvelle tendance, investissent la bande FM en s'adaptant à ses nouvelles exigences.

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La radio prend alors une expression dominante, conformiste et standardisante. Le commerce, le pouvoir, la combine ... reprennent la parole. La loi du 29 juillet 1982, qui autorise les radios libres à émettre, brise définitivement le monopole de l'Etat. Elles changent alors de nom et deviennent des radios locales privées. Après avoir proclamé que la radio libre resterait le lieu privilégié de l'expression sans but lucratif, le gouvernement socialiste autorisait l'usage de la publicité quelques temps plus tard, le 1er décembre 1984 . Les radios locales privées peuvent désormais choisir entre deux statuts : garder une structure associative, sans recours à la publicité ; ou devenir commerciale. Les radios ayant conservé leur statut associatif reçoivent une subvention d'Etat prélevée sur les recettes publicitaires. L'ouverture de ce nouveau terrain commercial transformera peu à peu le paysage radiophonique, à qui l'aspect « économiquement viable » sera donné en priorité : la possibilité de transformer les auditeurs en consommateurs attire, autant que les radios cherchent à plaire aux annonceurs, plus qu'au public. Evidemment, les radios locales privées n'échappent pas à la logique commerciale concurrentielle. A la régulation par le gouvernement succède la régulation par le marché. Certaines des stations FM indépendantes historiques disparaissent ( auto - sabordage de Carbone 14, station parisienne des premières heures ), refusant pour la plupart de se doter d'un agencement de programmes structurés. Le public change, sa demande se tourne vers plus de régularité, plus de professionnalisme dans l'animation. Ainsi, des radios comme NRJ adaptent le concept de franchise ( le même que celui de la grande distribution ) au monde de la FM. La loi Léotard, en 1986, autorise la constitution de réseaux commerciaux qui, en 1994, auront le droit de couvrir près de 150 millions d'auditeurs potentiels avec leur différentes stations. L'offre radiophonique publique évolue aussi : France Info nait en 1987. Le groupe Radio France crée de nombreuses radios locales, unifiées en 2000 dans le réseau France Bleu, et se spécialise en parallèle avec Le Mouv', afin de viser un public plus jeune. 22


Aujourd'hui, quatre grands groupes privés ( RTL, NRJ, Lagardère Active et Next TV) se partagent, avec Radio France, les bénéfices de la FM. Il en reste à peu près 25% aux radios associatives. Médiamétrie, l'institut français de mesure d'audiences, regroupe les stations en quatre groupes : généraliste, musicale, thématique et locale. –

Généraliste : Elles consistent à rassembler une audience large. Des radios comme

Europe 1, RTL ou France Inter, bien que légèrement variées, sont globalement tous public. –

Musicale : Etant donné qu'il existe plus d'une cinquantaine de formats musicaux

différents, de la musique classique au jazz, du rock au rap ; les stations ne sont pas spécialisées à proprement parler, se limitant à quelques exemples très généraux et déclinant les styles dans une catégorie globale. –

Thématique : On regroupe dans cette catégorie les stations non musicales ou

communautaires qui proposent un format non généraliste, comme les radios d'informations ou de débats. –

Locale : Bien que taxées de « micro – généraliste », elles sont utiles en ce qu'elles

créent un sentiment d'appartenance. On y retrouve beaucoup de traits des stations généralistes, mais appliquées à un territoire restreint. On pourrait également ajouter à ces catégories les radios communautaires, bien qu'elles ne soient pas vraiment à l'honneur dans les sondages d'audience français : –

Les radios religieuses ( Radio Notre Dame … )

Les radios de communauté géographique ( Radio Orient... )

Les radios de communauté sociétale ( homosexuels, écologistes … )

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Afin que les autorisations d'émettre ne soient pas distribuées arbitrairement et pour garantir l'éclectisme de l'offre radiophonique, des conditions ont été posées et chaque demande d'autorisation doit être accompagnée qu'un cahier des charges qui décrit le type de programmes qui seront émis. Cela revient à se demander quelle est la place qui doit revenir à l'État dans les domaines où l'intérêt général est en cause. En effet, le devenir des radios, et pas seulement publiques, est un peu alarmant. Les ondes sont multiples, mais bien souvent uniformes. La diversité des attentes auxquelles elles devraient répondre sont, malheureusement, fréquemment façonnées et évaluées en terme d'audience commerciale.

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b) chiffres La place de la publicité à la radio ( privée ), par rapport au contenu propre, est importante et omniprésente. Avec une progression à 2,6 milliards d'euros en 2003, soit une part de marché de 16,1% sur l'investissement brut de la publicité en médias, la radio est en troisième position des médias les plus investis :

Selon une synthèse des résultats des derniers baromètres ( UDA, IPSOS, Yacast ) sur les investissements publicitaires quadrimédia, le marché publicitaire français a connu une progression de 6,2% en 2009, avec un total d'investissement brut élevé à 15 milliards d'euros, et ce malgré la crise. Concernant le secteur de la radio, le chiffre d'affaire publicitaire brut est en progression sur l'ensemble des 4 trimestres de 2009. Il est intéressant de noter que ce résultat est conforté tant en volume ( + 6,5 % ) qu'en durée ( + 5,6 % ) avec une progression record ( + 16, 7 % ) des investissements publicitaires au dernier semestre.

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Les stations généralistes terminent l'année avec un bilan positif, ayant connu une évolution d'environ 15% de leur chiffre d'affaires brut. Elles représentent 41 % du marche publicitaire total de la radio. Cela est évidemment dû à l'augmentation de la durée publicitaire diffusée ( + 9.3 % ), soit plus de de 3000 heures en une année. Les stations musicales ont également connu une progression de 6.7 % de leurs investissements publicitaires, représentant 59% du marche publicitaire radio, et ayant diffusé près de 6000 heures de spots publicitaires en 2009. Bien entendu, tous ces chiffres remettent en question l'indépendance radiophonique et la qualité de son contenu. Par le simple fait d'être un media, la radio est à la fois relais d'informations et acteur promotionnel, devenant un maillon de la grande chaine du commerce. Elle doit, pour subsister, pouvoir gérer son audience en fonction de ses annonceurs, et donc moduler ses programmes d'une manière qui s'écarte- par essence de son rôle premier. La dernière technologie en matière de publicité à la radio vient d'être pensée et crée par Google, le géant du web. Avec le nouveau système Google AdSense Audio, la firme américaine propose un programme capable de générer et de changer dynamiquement le contenu commercial selon la démographie et l'actualité des zones géographiques des stations de radio. Google AdSense Audio pourrait également permettre à des personnes ayant un petit budget de pouvoir se mettre à la publicité radiophonique, de mettre en place des campagnes publicitaires ciblées et zonées via la radio, plus efficace et viable pour les petites affaires. Il sera intéressant de voir si l'arrivée de Google dans la publicité par médias traditionnels sera un succès, surtout si le programme permet de créer une meilleure offre pour les radios. De cette manière, les auditeurs pourront être sollicités par une plus grande variété de publicités, elles - même mieux ciblées et plus utiles. Cela permettra aussi aux radios de revoir leur stratégies commerciales, et de rester concentrées sur leur contenu de souche via leur public.

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c) Revaloriser la radio Le temps d'un trajet en voiture, de la cuisson d'un plat ou le temps d'une douche, la radio est le passe - temps « passe partout » qui ne nécessite pas la concentration que demandent les médias comme la télévision, la presse ou le cinéma. En plus du faible niveau intellectuel – c'est un euphémisme - de la majorité des stations, la publicité apparaît à intervalles trop régulier, ne fidélisant pas l'auditeur comme un film attire et concentre un spectateur. C'est un media qui se consomme partiellement, plus présent comme un objet que comme un contenu. Le 20 mars 2009, les quatre grands groupes français de radio privées ont annoncé la création du Bureau de la Radio, présidé par Michel Cacouault, afin de promouvoir la puissance du média et mener des actions de lobbying auprès des pouvoirs publics. L'objectif premier du Bureau est de relever le seuil anti -concentration, actuellement fixé à 150 millions d'habitants pour un même groupe (loi Léotard). Jean-Paul Beaudecroux, PDG de NRJ Group, a ainsi adressé un courrier au Premier Ministre, proposant que ce seuil soit relevé à 200 millions d'habitants, afin d'assurer le développement des stations et d'attirer le regard des pouvoirs publics sur la radio. Le Bureau de la Radio rassemble donc Jean-Paul Baudecroux, PDG de NRJ Group, Alexandre Bompard, PDG d'Europe 1, Alain Weill, PDG de Next Radio TV ; puis Axel Duroux, président du directoire de RTL et Michel Cacouault, ancien directeur général de IP france, qu'il quitta en 2007. Ce Bureau représente 12 stations nationales généralistes et musicales privées, soit 90 % de l'audience des radios privées nationales. Le Bureau revendique les qualités premières de la radio que sont la liberté d'accès et la gratuité, à la différence d'Internet qui nécessite un abonnement. La radio est le média de la convergence, de la mobilité et de l'interactivité ; qui donne la parole aux français. Selon le président Michel Cacouault, « la radio est un media adapté à la crise, et son modèle économique est solide ».

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Le but est de montrer la radio comme un média mature, capable de se fédérer, méritant d'être valorisé et ouvert à de nombreuses opportunités de développement. Son rapprochement avec Internet, qui favorise l'arrivée de nouveaux auditeurs, permet une restructuration des programmes, comme de nouveaux prime - time en journée. Le Bureau à lancé en mars dernier une campagne de communication à long terme sur les 12 stations membres ( RTL, NRJ, Europe 1, Nostalgie, Fun Radio, RMC, Virgin Radio, RTL 2, RFM, Chérie FM, Rire & Chansons et BFM Radio ), baptisée « J'aime la radio ». Le but est évidemment de sensibiliser un maximum d'auditeurs, à la radio FM comme à la radio numérique. Les réseaux nationaux couvrent actuellement 75 % environ de la population française en FM. La couverture numérique pourrait à terme porter sur 85 % de la population, selon Alain Weill.

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d) Radio Nova, poche de résistance culturelle. La pérennité aura eu du mal à trouver sa place dans le paysage radiophonique, en terme de qualité, tout au moins. Oui, la publicité pollue les contenus, mais elle est nécessaire. Comment se dire que malgré sa place importante, certaines stations FM manient l'art de gérer leur contenu indépendamment de leurs spots publicitaires ? Radio Nova en est un exemple remarquable, s'il n'est pas le seul. Parce que son créateur s'appelait Jean – François Bizot, et que l'idée de créer une radio dont le nom fait hommage au livre Nova Express de William Burroughs, cette pérennité est assurée dès les premières heures. Parce que, aussi, la volonté d'ouvrir son antenne sur le monde dès les premiers titres diffusés façonnent l'image d'une radio différente, pointue, et connaisseuse. A cela s'ajoute bien - sur le professionnalisme d'une équipe d'antenne emmenée par les grands d'Actuel, Jean – Pierre Lentin, Elizabeth D... porte drapeaux de l'océan culturel des années 1970. A son rythme, Radio Nova s'exporte au niveau national, atteignant aujourd'hui le nombre de 17 fréquences à travers la France. Parce que la lassitude des auditeurs - éprouvée par la monotonie et le fond un peu creux des radios « main stream » - a poussé l'audience à se diversifier et à se tourner vers du solide, Nova conserve sa liberté de ton et la sincérité de ses valeurs, ouverte à tous. Bien que musicale, Nova est en quelques sortes la BNF des radios... Elle dispose d'une discothèque historique et plus que variée qui s'étend dans absolument tous les domaines musicaux. Forte de posséder la discographie complète de chaque artiste, la musique qu'elle diffuse parle à chacun, de John Coltrane à Miles Davis, des Rolling Stones aux Clash, brassant avec aisance et bon goût les trésors culturels traversés par de nombreuses générations. Radio Nova, c'est aussi le témoignage de personnalités propulsées par le rôle qu'elles y ont joué : Ariel Wizman, Edouard Baer, Jamel Debbouze, Rémy Kolpa Kopoul ou autres Lafesse … 29


Diversifiée, Nova chronique autant la musique que le cinema, le théâtre, la littérature, les faits de société ou autres évènements culturels comme les expositions, les salons... Avec toujours cette touche originale, personnelle et décalée qui lui permet de surclasser la concurrence. Écouter Radio Nova, c'est aussi avoir un aperçu avant - gardiste des prochains succès musicaux, hors de la vague commerciale dans laquelle s'entache la concurrence. La station est présente sur le web, tenant un journal régulier de toutes les informations éventuellement manquées par les auditeurs. Une sorte de blog attractif proposant un espace personnel, la possibilité de créer ses propres playlists, de poster ses trouvailles ou de partager un événement. C'est ce qui en fait une radio de partage, peu avare de ses trouvailles ; cassant ainsi toute image élitiste ou snob qu'on saurait trop facilement lui attribuer. En terme de communication, Nova fait très fort. La radio sait entretenir l'audience et fidéliser ses consommateurs. Deux fois par ans, les programmateurs éditent une compilation qui propose les tubes à venir, très souvent d'une qualité unanime. C'est cette fibre musicale d'une irréprochable authenticité qui fait de ces compilations un objet de collection, labellisées « Nova Tunes » ; à l'image d'une série dont on ne pourrait se permettre de manquer un épisode. Ceci pousse naturellement l'auditeur à agiter sa curiosité et à (re)découvrir de nombreux artistes dans leurs oeuvres complètes. Les coffrets collectors sont également une des spécialités de la radio, qui profite des périodes de fêtes pour marquer une fraction de l'Histoire en musique ( Mai 68, Chute du mur de Berlin...) ou en images ( Rééditions de Nova Magazine ). Il y à aussi l'organisation des « nuits zébrées », soirées à thèmes dont le lieu reste secret mais dont les indices se récoltent dans des endroits incongrus comme des disquaires, des musées, des évènements annoncés par la radio. Une manière de fidéliser l'auditeur de façon ludique et intelligente, puisque suivant toujours cette logique de découverte culturelle. 30


L'histoire de la radio est telle que ses correspondants, ses chroniqueurs et ses contacts font d'elle une station très impliquée dans les domaines qu'elle explore, garante d'une qualité unique et encore une fois unanime. La station fait partie du groupe Nova Press, qui éditait le mensuel Nova Magazine jusqu'en 2004. Elle exploite également le label de disque Nova Records et la station TSF Jazz. Dans le dernier éditorial de Nova Magazine, J.F Bizot expliquait : « Nous, soutiers de la presse et fiers de l'être, avons vécu le grignotage de la souris. Ben oui, gratuit sur le Net, gratuit dans le métro, gratuit à la radio... et qui vous en voudra de sauter au-dessus du cadavre de Gutenberg ? ». Bizot est mort 3 ans après, le 8 septembre 2007. Radio Nova continue de courir, au delà de toute notion commerciale, par amour de la radio. Par passion de la culture.

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La radio est devenue, au cours de sa grande (r)évolution, un des premiers médias participatifs, ayant par conséquent ouvert la brèche de l'interactivité. Les radios libres ont donné le ton d'une culture toujours plus nouvelle, qui offre à chacun la possibilité d'y participer et d'être reconnu. Ici se pose alors la question de savoir où est passé la fonction journalistique au milieu de ce « tout participatif ». Une culture communautaire, certes, mais l'essence même de la radio n'est – elle pas d'instruire, d'informer et de divertir les auditeurs via les journalistes ? Sur la majorité des stations FM, le public est à ce point encensé, ses réactions à ce point sollicitées ; que le journaliste est en quelques sortes relégué au rôle de secrétaire de rédaction : il en est réduit à canaliser, mettre en pages / en ondes le flux des « contributions citoyennes ». La parole de l'auditeur joue à présent un rôle primordial au sein des émissions de radio, renversant l'intérêt de l'audience à ne se concentrer plus que sur sa propre conciergerie. C'est d'une certaine manière le relais qu'auront pris les émissions de télé – réalité, qui plébiscitent le quotidien de participants lambda centrés sur eux -mêmes, et qui n'ont rien d'autre à raconter qu'eux – mêmes.

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B. … À la téléréalité. « Nous rétablissons la communication coupée entre les personnes, entre les couples, c’est le nouvel âge de la télévision. ». Jacques Pradel. « C'est de l'exhibition de chair fraîche et de pulsions qui offre un spectacle pitoyable. » Gérard Miller. La formule participative adoptée par la radio aura donc été la meilleure recette commerciale à laquelle un média puisse s'adapter. Reprise par Jacques Pradel, journaliste radio et animateur de télévision aux initiatives controversées, l'idée du « tout participatif » posera les bases de la téléréalité. C'est vers la fin des années 1990 qu'émergent en France les premières émissions de téléréalité comme Perdu de vue, dans laquelle une équipe recherchent des personnes disparues ; ou Témoin n° 1 qui tente de réconcilier des couples. Leur succès engrange la création – par la télévision publique - de l'émission culte La Nuit des héros, qui reconstitue des scènes d'accident dans lesquelles intervient un héros, sorte de « Monsieur tout le monde » qui rassemble près de six millions de téléspectateurs En 1999, Endemol produit l'émission Big Brother, archétype du genre, qui bouleverse le paysage audiovisuel mondial. Le concept se rapproche de manière déterminante de ce que seront les futurs Loft Story et consorts, se présentant sous la forme d'un jeu dans lequel 12 participants sont enfermés pendant plusieurs semaines sous surveillance continue. Forte de son succès, l'émission s'exporte dans plus de 70 pays, inspirant par la suite les nouveaux programmes devant lesquels l'audimat tombera en béatitude. Les raisons de ce succès sont doubles, et évidement économiques : –

les scores d'audimat sont très élevés, le bouche à oreille créé un véritable phénomène

de société ; –

La rentabilité due au faible cout de production ( pas de scenario, pas d'acteurs

rémunérés, mise en scène minimaliste ). 33


Le concept est finalisé par M6 avec Loft Story, montré du doigt par TF1 dès les premières diffusions. Mais après le succès phénoménal de la première saison, la chaine vilipendante lance à son tour les programmes Star Academy et Nice People. D'ici nous pouvons distinguer les notions de reality show et de téléréalité : –

le reality show est un format d'émission dans laquelle des individus ordinaires vivent

des situations qui sortent de cet ordinaire ( La Nuit des héros... ) –

la téléréalité est un format d'émission dans laquelle des individus ordinaires vivent

des situations artificielles, ou plus ou moins ordinaires ( Loft Story, Secret Story, L'ile de la tentation, Nice People, Koh Lanta, Star Academy etc...) . Ainsi, c'est bien de la télé réalité que s'empare le paysage audiovisuel français depuis les années 2000. Ces émissions sont déclinées en plusieurs catégories, bien que le concept reste globalement le même . Le concept des jeux à éliminations consiste donc à isoler des candidats pendant une période propice à l'habitude et à l'observation ( en général de deux à trois mois ). Un candidat est éliminé après avoir échoué à une épreuve, désigné comme perdant par ses pairs et par les téléspectateurs, via des sms. Afin de parfaire le choix des téléspectateurs mais aussi pour éviter que l'engouement ne s'essouffle, de nouveaux types d'émissions sont créés, comme le mode « Télé crochet » ou « Séduction ».

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Généralement, ces émissions reposent sur cinq éléments clés : –

Les candidats sont présélectionnés selon leur profils psychologiques et leur

personnalité. –

Les candidats sont cloîtrés dans un environnement denude qui ne leur laisse pas le

choix de la confrontation avec les autres participants. –

Un système d'élimination est mis en place afin que les téléspectateurs puissent voter

pour ou contre le candidat sortant, ce qui permet à la fois de gagner de l'argent et d'impliquer les téléspectateurs de manière interactive, afin d'assurer leur fidélité. –

Les organisateurs du « jeu » maintiennent une activité télégénique en imposant des

règles et des taches forçant les candidats à interagir. –

La mise en place d'un confessionnal dans lequel les participants viennent se livrer

afin de « briser l'écran » créant ainsi une proximité humaine, voir amicale, avec le public. Ces éléments sont la marque de fabrique de la téléréalité et comptent parmi ses aspects les plus décriés. Le principe des émissions « Télé crochet » est de mettre plusieurs candidats en compétition afin de propulser les vainqueurs sur la scène musicale. Cela leur permet ainsi d'enregistrer un album et d'assurer les mois qui suivent leur sortie du jeu. Les émissions phares ne sont autres que la Star Academy, Popstars, Nouvelle Star, X factor, L'Ecole des Stars ou encore Pop Job. Les émissions de Séduction ont pour principe de favoriser les relation amoureuses, de tester la fidélité des candidats ou de former un couple. Les principales émissions françaises sont Opération séduction aux Caraïbes, L'ile de la Tentation ou encore Greg le millionnaire. Souvent interdites aux moins de 16 ans, ces émissions sont crées dans le seul but d'attiser la perversion des téléspectateurs, facteur non négligeable pour assurer la fidélité de l'audimat.

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Il va de soi que l'étiquette « réalité » accolée à ces séries est très discutable, contrairement à la puissance de l'image qu'elles mettent en relief et l'immense attrait qu'exerce la télévision sur le public. Les barrières de l'intimité qu'elles reculent constamment cassent peu à peu le « naturel » voulu par le concept de base, et les téléspectateurs continuent d'être dupes d'une fiction qu'ils tiennent pour réelle. La réalité fuit devant la camera. Place au mensonge ? On peut sans doute affirmer que le mensonge vient du mélange anticipé de la fiction et du réel, alors que ces séries plébiscitent la réalité. On promet cette vérité aux spectateurs, mais la seule réalité tient de la mise en scène officieuse qui construit ces émissions. Les participants deviennent acteurs par le simple fait de recevoir une formation, aussi minimale soit-elle, pour jouer devant la camera. Intuitivement, le téléspectateur regarde différemment la fiction d'un fait qu'il croit être vrai. Il s'apparente à la fiction et en enrichit son imaginaire, alors qu'il se recherche et s'identifie à la réalité. Dans la logique des choses, accepter de rendre publique son intimité relève du fait social. Personne n'agit réellement dans l'intimité devant la camera, donc présenter un fait social comme privé est, en quelque sorte, un leurre, voire un mensonge Le mot est peut - être fort pour l'utiliser dans ce contexte, surtout lorsqu'il s'agit d'un divertissement, mais ce mensonge remet en cause l'évolution de notre culture sous la doctrine capitaliste. La fin justifie bien les moyens dans le monde de la téléréalité, déjà par la subtilité de faire croire aux gens que chacun peut avoir son quart d'heure de gloire, que chacun est apte à passer à la télévision et devenir célèbre. C'est du moins ce qui ressort de l'inconscient collectif : exister, c'est passer à la télé. Il suffit simplement de se demander ce que deviennent ces « stars » après leur sortie du jeu, si ce n'est le réconfort voire le contentement d'une gloire éphémère et locale.

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Le schéma « télé(réalité) < - > public » est intéressant à analyser en ce qu'il illustre parfaitement l'influence de cette nouvelle culture sur le comportement des français. L'image a pris une telle importance qu'elle donne une identité au public. Elle instaure un rapport à la réalité qui lui fait croire en une proximité enfin établie avec la télévision, lui garantissant une célébrité potentielle. D'où le désir de tant de personnes d'offrir leur image à la télévision, quitte à y exposer son intimité. C'est l'interactivité qui pousse le public à se projeter dans ces désirs : ces émissions permettent quelque part d'assouvir des besoins sociaux qui sont de moins en moins pris en charge par l'arrivée continuelle des nouveaux divertissements, substituant peu à peu le collectif à la solitude et à l'individualisme. Ces émissions manipulent avec habilité des concepts bien réels, comme l'aspect communautaire ou la séduction, dans lesquels les téléspectateurs pensent reconnaître leurs propres désirs et préoccupations. On leur laisse aussi le choix de décider du sort des participants par droit de vote, sorte de pouvoir préfabriqué qui les impliquent d'autant plus dans le quotidien des émissions et les incitent à ne pas en décoller. L'incitation est d'autant plus grande et vicieuse qu'elle manipule le désir des téléspectateurs à pénétrer dans l'intimité des participants, d'entrer dans leurs secrets. Car les candidats sont approchables, ils sont comme nous. Le stéréotype est bien choisi car il crée la proximité entre le jeu et le spectateur et se veut donc rassurant. Face à des gens qui n'ont rien d'autre à raconter qu'eux – mêmes, le public s'investit facilement et s'empare d'un sentiment d'égalité qui le réconforte sur le plan culturel, car seul subsiste un élément d'affirmation de soi. Un appauvrissement culturel ? Sans doute, car la téléréalité remplace bien volontiers une fiction – au sens classique et premier du terme – qui, en quelques heures, peut condenser toute l'essence du drame humain. Ces émissions sont le théâtre de la banalité, empiétant sur l'effort d'un accomplissement personnel et intellectuel ; elles incitent à « un relâchement arrogant, à un catéchisme cathodique ». Cette réalité est – elle censée nous montrer ce que sont les rapports interpersonnels ? 37


Le fait est que la créativité des médias de l'audiovisuel se concentre essentiellement sur le phénomène marquant afin d'assurer l'audimat. Ainsi, le facteur premier de la réussite réside dans leur tentatives de reculer les limites de toutes les barrières sociales, flirtant pour ainsi dire avec le voyeurisme. La prolongation des émissions de téléréalité sur Internet est un atout majeur qui permet d'une part de tenir le public en éveil, et d'autre part de lui permettre de suivre en temps réel les activités des candidats, de leur réveil jusqu'à la douche en passant même par les toilettes. Le groupe France Télévision vient de tenter, par une mise en abyme tout à fait marquante, de critiquer la télé réalité à travers Le Jeu de la Mort, un film reprenant l'expérience de Milgram ( Expérience datant des années 1960 qui cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité, l'intéressé subissant des décharges électriques en fonction des réponses données. ), qui met face à face la télévision et la science. Ecrit et produit par le documentariste Christophe Nick ( Chroniques de la violence ordinaire, Mise à mort du travail … ), ce programme reproduit donc l'expérience scientifique de Milgram. Tout s'y déroule comme dans un jeu télévisé : Un décor à la Qui veux gagner des millions, une animatrice drastique aux faux airs de Laurence Boccolini ; des candidats ahuris qui ne sont au courant de rien et qui découvrent les règles de ce programme baptisé La Zone Xtreme, un nom américanisé et passe partout. Les règles consistent à envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes, parfois jusqu'à la mort, à un autre candidat ; un comédien. Le but est ainsi de vérifier si des anonymes acceptent de se soumettre à des règles « inhumaines » sous l'influence de l'animatrice et du public. Le résultat est sans appel : 80% d'entre eux obéissent. Les statistiques sont encore plus importantes que celles de l'expérience de Milgram. Les cobayes, qui pensent contribuer au pilote non diffusable d'un nouveau jeu télévisé, sont ensuite psychologiquement pris en charge.

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Tout cela, donc, pour montrer du doigt le dogme télévisuel : critiquer la téléréalité en réutilisant sa propre métaphore, jusqu'à exhiber son livre de recettes. Ce film pose - t – il les limites de la télévision, exhibant l'ultime barrière que la téléréalité ne saura jamais faire reculer ? Aller chercher dans les tréfonds de l'âme des candidats pour voir s'ils ont les ressources qui leur permettent de résister à un ordre immoral, exposer aux yeux des téléspectateurs leurs faiblesses en tant que sujet, leur naïveté et leur aptitude à infliger la douleur à autrui... prouve – t - il la volonté des gens à assouvir leur désir de reconnaissance que comble la télévision, comme une fin en soi, une quête de sens ? Mais les candidats sont-ils justement candides au point d'y croire ? Peut – être que le film d'Eric Gandini, Videocracy, sur la société qu'a créé Berlusconi à travers son empire médiatique apporte une réflexion plus approfondie que ce que nous propose Le Jeu de la Mort. Car avec le documentaire de Christophe Nick, nous ne sommes plus dans l'idée du faux pour interpréter le vrai, mais dans la réalité concrète de l'influence qu'ont les médias sur la société française, à savoir la manipulation et la volonté d'étayer une thèse dans les règles de la concurrence. En réalité, cette mise en abyme n'est que la représentation figée du rouage médiatique, comme deux miroirs face à face. La morale consiste à ne pas exister...

En cela, nous n'avons vu qu'un spectacle de plus.

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C. Le Web 2.0 ou l'apogée de l'individualisme. a) Généralités, remarques. « La nouveauté, c'est la disparition de la concentration du savoir » Michel Serres. Il fallait bien qu'à un moment ou un autre, le paysage médiatique grand public se retrouve face au support qui assurera sa relève. Plus qu'une relève, le concept du Web 2.0 s'est répandu comme une traînée de poudre, d'abord dans les milieux du web, puis dans les médias, et dans tous les esprits. Le Web 2.0 est devenu une mode, s'imposant comme un des phénomènes les plus sérieux de notre évolution sociétale, peut – être aussi comme le concept le plus difficile à cerner. Nous pouvons décrire le Web 2.0 comme l'ensemble des avancées techniques importantes, qui permettent globalement aux internautes de devenir auteur et acteur sur le réseau. Le Web 2.0 résulte en quelques sortes de la démocratisation d'Internet. La nuance veut que ce phénomène soit un pas de plus, une évolution ; et non une nouveauté puisque le premier Web est né de la volonté de faire disparaître les frontières physiques entre les personnes, afin que chacun puisse communiquer. On caractérise essentiellement le Web 2.0 par l'explosion de la blogosphère, au-delà de la création des nouveaux protocoles Internet et de nouveaux langages ; l'aspect technique en somme. Internet est son Web 2.0 sont aujourd'hui devenu l'outil indispensable à la communication, un univers sans lequel rien n'existerai vraiment, une tendance qui vogue entre la mode, le marketing, le pluralisme amateur et la réalité technique. De manière imagée, on peut comparer le Web comme les « Cent mille milliards de poèmes » imaginés par Raymond Queneau au début des années 1960, dont chaque passage est coupé ligne à ligne, chacun pouvant choisir de composer son propre poème. C'est dans le même esprit que le web 2.0 à démultiplié ses possibilités, à la nuance près qu'il offre la possibilité à l'internaute d'être à la fois acteur et auteur de l'immense réseau.

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Les possibilités nouvelles démocratisent l'accès direct à la toile das le sens ou l'internaute n'a plus à maitriser les normes HTML ( substrat des techniques permettant jadis l'accès à la création de contenu ) et favorisent l'esthétique des pages web dans leur sens de la communication et dans leur ergonomie. Car aujourd'hui, des outils simples permettent à des néophytes de mettre en oeuvre leur propres sites. L'accès aux blogs est gratuit, ludique, chacun peut y administrer ses publications, se créer son propre réseau d'informations. Les flux RSS s'intègrent dans la même évolution, permettant à l'internaute de choisir et d'agréer ses fils d'informations tout en les recevant dans son lecteur ( Itunes, Windows Media player ...) . Les sites proposent même de personnaliser ces flux, en les générant à partir d'une requête de l'internaute basée sur une série de mots-clés, facilitant ainsi une démarche de veille. Il est certain que le centre de gravité du réseau se déplace perceptiblement vers l'internaute, à condition qu'il décide d'en être l'acteur et pas le spectateur. Ainsi, le site doyoubuzz.com permet sur simple inscription gratuite de pouvoir créer son CV en ligne, mais un CV ergonomique, attractif, construit selon l'arborescence d'un site web. Il offre des possibilités multiples, comme la création d'un onglet « Portfolio », dans lequel on peut poster ses réalisations ( créations musicales, vidéos, reportages … ). La mise en page est moderne, attractive, traduisible en plusieurs langues et il est possible de télécharger le document entier sous format PDF ou PowerPoint. Il est intéressant de noter que tout est déjà prêt à l'avance, l'utilisateur n'a plus qu'à remplir les pages comme un formulaire et faire suivre le lien dans le cas d'un entretien. Si l'ouverture du Web permet à chacun de communiquer, si elle permet une mise en commun des savoirs, il n'est surement pas douteux que celle – ci risque aussi de se retrouver noyée sous les non-savoirs. Le partage de photos, par exemple, est souvent d'une qualité ou d'un intérêt limité, quand bien même ce partage tient du libre droit. L'outil se transforme en galerie permettant à quiconque de se donner l'impression d'être valorisé, car présent sur le net, à l'image de la téléréalité. Vu sous cet angle, le Web 2.0 suit bien les phénomènes de société. 41


Alors, aujourd'hui, toute personne qui « sait » quelque chose a la liberté de publier sur le net ( blogs, libres commentaires sous les articles de quotidiens...), ou de participer à une encyclopédie contributive, comme Wikipedia. La web – encyclopédie a d'ailleurs subi quelques remontrances pour informations erronées concernant des articles de médecine. Une preuve que rien ne permet réellement de garantir le professionnalisme des acteurs intervenant sur le net. Ce qui pourrait poser problème réside dans la puissance de la diffusion qui maintient la multiplication des auteurs, noyant les sources fiables, ou qui sont le reflet d'opinions communes et non de réalités sous contrôle de professionnels. Le Courrier International du 31 aout 2006 fait part d'un article du philosophe Allemand Norbert Bolz, spécialisé dans les médias, expliquant la substitution de la vraie connaissance, celle relative à la culture traditionnelle et intellectuelle, à la doxa, l'opinion commune. Cela représente entre autre un danger pour la profession journalistique, qui peine à affirmer sa place sur un support qu'elle a été contrainte d'utiliser pour maintenir son existence. Le Web 2.0 est le reflet de notre société. On y voit souvent le même schéma que dans les médias classiques : le jeu du règne de l'opinion dans lequel on prend à partie l'avis de tel sportif sur le conflit libanais ou sur la TVA des restaurateurs, sans passer par l'avis d'experts... L'approche individuelle du Web 2.0 en fait une immense plateforme, une collection d'approches personnelles qui donnent l'illusion d'une nouvelle culture communautaire. La clé du succès des réseaux sociaux comme Myspace ou Facebook ne réside que dans le partage d'informations propres à soi, sans réel but éducatif si ce n'est divertissant. C'est ce « je » mis en avant qui donne l'illusion du partage collectif, l'opinion commune étant la nouvelle éthique de cette communauté virtuelle. Le web 2.0 tend à devenir un outil technique d'autant plus vulnérable qu'il est puissant et universel, devenant autant le lieu des vérités minoritaires que celui de la contre-information. Cela pousse à faire la part des choses entre le reflet des opinions et la vraie connaissance. 42


b) La jeunesse, consommatrice et victime Un accès aussi libre attise forcement les convoitises libertaires de l'industrie pornographique, qui n'a jamais été aussi présente que sur Internet. Moralement « condamné », ce secteur voit ses contenus se diffuser plus largement encore grâce au développement du Web 2.0, ce qui modifie profondément la structure de son marché et en favorise la consommation privée. Autrement dit, l'évolution d'Internet a fait exploser le marché de la pornographie. En effet, la diffusion de multimédia y est plus facile - favorisée par le streaming - et touche un public très large, banalisant totalement le « commerce du sexe ». Mais le « plus » apporté par le Web 2.0 est bien ce phénomène de démocratisation qui favorise largement le développement de films amateurs. Notons que le cadre juridique de la diffusion de contenus pornographique n'est strictement pas adapté au support. Les « cookies », publicités surgissantes, sont omniprésents sur les sites de streaming ou les plateformes de téléchargement, attirant forcement l'attention des jeunes utilisateurs. De plus en plus, les sites pornos proposent une multitude de vidéos amateurs, via lesquelles n'importe qui peut se sentir concerné. La sollicitation est incessante, soit par le biais de mails envoyés aux internautes et ce, contre leur gré, promotionnant des produits comme le viagra ou autres accessoires érotiques ; soit d'autres publicités porno-chic desquelles se dégagent le règne de l'image sur l'imaginaire des adolescents. Tout n'est plus désormais qu'à portée de clic de souris, la seule vraie barrière étant le contrôle parental, l'officielle étant l'obligation donnée aux sites de vérifier l'âge des utilisateurs avant de les laisser entrer. Quel adolescent est dupe de donner sa vraie date de naissance alors que sa démarche est entièrement préméditée ? L'accès se banalise donc fortement ; le CSA à même indiqué que d'après une de ses récentes études, près d'un tiers des 9 – 15 ans ont déjà visionné « au moins une minute de film X (…) sur Internet, via leurs ordinateurs ou leur téléphones portables ». Il paraît déjà étonnant que cette tranche d'âge soit en possession d'appareils portables, cet aspect de leur utilisation n'en est que plus dérangeante. 43


L'autre tendance veut qu'entre 14 et 15 ans, huit garçons sur dix voient au moins un film porno par an, et un garçon sur trois en visionne plus de dix chaque année ; toujours via Internet dont le contrôle est quasi inexistant. Le principal problème est que la constitution de la sexualité ne se fait pas par l'imaginaire. Ces représentations très crues du rapport sexuel sont une illusion, certes, mais l'impact peut s'avérer très lourd sur des jeunes sans expérience, auxquels on impose ces images comme une réalité. Le risque est déjà couru, notre génération ainsi que la suivante fait face à de grosses difficultés quant à la construction d'une sexualité stable, pleine et riche. Lorsque les sociologues parlent d'une culture éducative qui se substitue à l'individualisme engrené par l'irresponsabilité des médias - entre autre - c'est aussi à cette éducation sexuelle qui n'existe plus nulle part qu'ils font référence. L'école s'en dédouane ou aborde le sujet biologiquement, la famille est souvent hermétique, et les discussions de groupes s'en remettent à des blagues vaseuses que reprennent bien volontiers certains comiques actuels. Cela créée forcement des complexes, une addiction, voire des fantasmes malsains et de la violence chez les jeunes. Pire encore, le téléspectateur d'un film porno s'identifie à des interprètes qui n'en sont plus vraiment, puisqu'à présent un simple téléphone mobile suffit à se mettre en scène. Rien n'est plus vraiment dans la norme, tant dans l'acte que dans ses pratiques, et cela génère une dévalorisation de l'autre comme de soi. Les dérives comportementales liées à la propagation courante de la pornographie sont telles qu'elles réduisent l'image de la femme à un objet, pouvant être livrées par « les tournantes », les viols collectifs ; ou par la simple banalisation de l'acte, symbole d'un sexe consommé pour être immédiatement jeté, à l'image d'un chewing gum sans autre intérêt que le plaisir qu'il procure dans l'instant. « On asservit mieux les hommes avec la pornographie qu’avec des miradors » Alexandre Soljénitsine. 44


III.

La crise culturelle en France

A. De l'industrie du disque... En six ans, le marché du disque français a perdu plus de 50% de sa valeur, pour tomber aux alentours de 605 millions d'euros en 2009. C'est plus que la moitié en moins par rapport à 2002, année ou l'ADSL a décollé en France, considérée comme une référence par les maisons de disques. A l'ère d'Internet, de la téléphonie mobile et de la musique numérisée, le marche du disque déjà sinistré continue donc d'accuser le coup. Toute crise permet des remises en question. Ainsi, il est nécessaire de se demander si tout est bien de la faute d'Internet ? En effet, la conséquence la plus visible de la baisse des couts de reproduction et de distribution de la musique est le développement des réseaux peer – to – peer. Le principe est connu, il consiste à ce que les internautes échangent massivement des fichiers gratuitement. On stigmatise le téléchargement comme étant du piratage, car il menace l'équilibre économique de l'industrie du disque. Les différents facteurs de cette crise croissante se caractérisent par l'évolution des prix, la baisse de qualité et la diversité de la musique enregistrée, les substituts et les formats d'enregistrements. Depuis le début des années 1990, le prix moyen d'un CD est resté quasiment constant, en termes réels. Majoritairement, dans l'industrie du disque, un petit nombre de titres réalise une grande partie des ventes d'albums, d'où la conclusion qu'un titre sur dix est rentable. Une hausse des prix des titres à fort potentiel, en faible nombre, pourrait donc affecter les ventes sans avoir un effet particulièrement significatif sur le prix moyen d'un CD même si, en pratique, on observe que les prix des albums sont très variables. La stabilité du prix moyen d'un CD cache donc des évolutions disparates entre différentes catégories de prix.

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Les décisions de consommation concernant la musique enregistrée dépendent donc du prix de vente, mais aussi de la qualité du produit. Il y à donc classiquement deux dimensions de qualités, horizontale et verticale. La qualité verticale, sur laquelle s'accordent tous les consommateurs, comporte des critères tels que la qualité de l'enregistrement, la qualité sonore du support, la portabilité et la durabilité. Vu que la qualité de la musique c'est globalement améliorée dans chacun de ces critères, ceci aurait dû contribuer à une augmentation des ventes de musique. La dimension horizontale de la qualité correspond à l'adéquation des goûts des consommateurs avec les genres de musiques proposées. Les ventes de disques sont naturellement plus élevées lorsque cette adéquation est meilleure. Mais depuis quelques années, la musique proposée ne suscite plus autant l'intérêt du public. La baisse d'intérêt et donc de la consommation pourrait être liée en partie à la transformation de la consommation culturelle en unique divertissement. Sur Internet, l'écoute musicale se décline autrement que sous forme de téléchargement : radios en ligne, clips en streaming, plateformes d'écoute comme Deezer et Youtube, podcasts... et fait face au culte du streaming, via des plateformes grâce auxquelles toutes les séries, les films récents sont accessibles à tout moment. Le développement de ces nouveaux loisirs peut donc se faire au détriment de la consommation musicale. Les évolutions du support de la musique enregistrée ont généralement eu un impact fort sur l'industrie du disque et en particulier sur le volume des ventes. Un nouveau format d'enregistrement stimule les ventes car il crée une nouvelle tendance, et de nouveaux moyens d'écoute. Ainsi, l'arrivée des lecteurs mp3 et la vague Ipod a naturellement poussé les audiophiles à se tourner vers le support numérique, offrant au prealable la possibilité de se constituer gratuitement une bibliothèque musicale via le peer – to - peer. L'observation des ventes d'albums par format d'enregistrement suggère donc une interprétation de la crise actuelle de l'industrie du disque par le cycle de vie des technologies, puis par l'apparition des technologies dominantes. La cassette s'est substituée au vinyle, le CD à la cassette puis le mp3 au CD. 46


Culturellement, l'arrivée du mp3 rompt le charme de l'écoute musicale traditionnelle et froisse le respect dû aux artistes. En effet, partant du principe qu'un album est enregistré de manière logique, uniforme et chronologique, racontant ainsi une histoire relative au titre qu'il porte ; l'écoute « sur commande » d'un titre et l'augmentation du phénomène « compilation » revient à imager cette nouvelle pratique d'écoute comme quelqu'un portant son intérêt sur une seule page d'un livre, l'isolant de son contexte. L'industrie du disque à réagi de deux manières au développement du mp3 et des réseaux P2P. D'une part, elle s'est engagée dans une lute technique et juridique contre les échanges sur les réseaux P2P et la musique au format mp3 et, d'autre part, elle a favorisé peu à peu le développement de plateformes de vente de musique numérique via les sites Internet des grands points de ventes ( Fnac.com, Virgin.fr …) et le lecteur Itunes, dont l'option Itunes Store permet de trouver instantanément un titre dont le prix de vente s'élève en général à 0,99 euros. Le projet de loi « Création et Internet », ou « loi Hadopi », a été adoptée le 12 mai 2009 pour être ensuite censurée par le Conseil Constitutionnel le 10 juin suivant. Trois mois après, Hadopi 2 est à son tour adoptée : « Riposte graduée » et « Haute autorité » en sont le fer de lance. Ce projet de loi tire son nom de la Haute autorité pour la diffusion des oeuvre et la protection des droits sur Internet qu'il instaurera. Hadopi contrôlera donc les Internautes qui se livrent au téléchargement illégal et les punira, le cas échéant. En accord avec le patronat de l'industrie du disque, la loi vise à enrayer le téléchargement illégal de musique et de films. Le texte institue donc un mécanisme de riposte graduée : lorsqu'un internaute téléchargera illégalement une oeuvre musicale, il sera rappelé à l'ordre, d'abord par l'envoi de mails d'avertissements, puis, en cas de récidive, d'une lettre recommandée, et enfin par la suspension de son abonnement Internet. Selon le ministère de la Culture, le transfert des responsabilités de filtrage et de sanction à l'Hadopi permettra un repérage plus rapide des internautes en infraction. 47


Le fait de recevoir des rappels à l'ordre permettrait d'arrêter les comportements de piratage occasionnel, selon le constat rapporté par la même application aux Etats – Unis et en Grande Bretagne. Les opposants à Hadopi sont nombreux, allant d'associations d'internautes aux députés européens ou français. Ils jugent la mesure de suspension de l'accès à Internet disproportionnée puisqu'elle impliquerait une « mort sociale électronique » de l'internaute appréhendé. Le problème majeur qui tend à réduire Hadopi à l'utopie, est que les fournisseurs d'accès à Internet, les FAI, ne sont toujours pas en mesure de filtrer l'ensemble de leur réseau. C'est pourtant auprès des FAI qu'Hadopi est censée récupérer les coordonnées des pirates. Il existe un alignement général sur l'idée que, quand même, les gens doivent acheter la musique. Pour cela, les maisons de disque croient en la répression du piratage. Mais quelle musique les gens doivent – ils acheter ? Quel respect les amoureux de la musique doivent – ils aux majors, dont les productions des dernières décennies sont plus que médiocres, voire douteuses ? Il y à indéniablement le problème du mp3, d'un coté. Il est en partie responsable de la chute des ventes. Mais est – ce réellement la seule question sur laquelle les médias doivent se pencher ? Ou peut – être cette question est elle la seule qui soit politiquement correcte, comme un voile derrière lequel on ne peut se permettre de regarder ? La réponse qui convient à expliquer la baisse des ventes d'une industrie, peu importe laquelle, se trouve essentiellement dans la qualité de l'offre, nous en conviendrons. La clientèle peut fuir les rayons disques de la Fnac parce qu'elle se trouve en possession d'une connexion Internet lui permettant d'avoir sa musique gratuitement, certes, mais est – elle forcée d'acheter ce que les présentoirs affichent comme nouveautés ? Les labels produisent et distribuent. Leurs distributions couvrent majoritairement la scène commerciale étrangère, qui marche de manière éphémère puisque sans cesse renouvelée par de nouveaux artistes. 48


Ces distributions sont forcement moins fructueuses puisqu'elles ne leur reviennent pas dans la totalité des ventes, d'autant que leur qualité est discutable. Les productions des majors français, quant à elles, sont préalablement médiatisées. Elles sortent – en général - tout droit des émissions de téléréalité, dont le but est, en deux temps, de gagner de l'argent en faisant d'un candidat de la Star Academy ou de la Nouvelle Star une de ces présupposées « star » dont le contrat à été négocié à l'avance entre la chaine et la major. Qu'est – ce qui est accrocheur dans ces productions ? Le fait d'avoir vu un candidat « élu » par la télévision se retrouver dans les bacs, ou la sensibilité musicale censée se dégager de son oeuvre ? Ni vraiment l'un, ni vraiment l'autre. Fondamentalement, la démarche artistique est inexistante. Les paroles sont souvent déjà écrites, les compositions sont déjà arrangées, et l'« artiste » n'a plus qu'à poser sa voix, comme un timbre qu'on colle sur une enveloppe. L'essence artistique manque donc à l'oeuvre, ce qui lui assure implicitement une durée de vie éphémère et un intérêt limité. Retournons dans les rayons de la Fnac. Sur les présentoirs, donc, un étalage de nouveautés. Les distributions, les productions. Dans les autres rayons, du classique, du jazz, l'histoire de la musique. Mais on ne médiatise plus les Rolling Stones, encore moins John Coltrane ou Miles Davis, sauf peut – être les Beatles, que l'on honore d'une discographie entièrement remastérisée, ou Michael Jackson, dont on s'use à (re)compiler les fonds de tiroirs. Le reste est dépassé, on veut de l'actuel, du reconnu. Mais les nouveautés sont chères, et il est finalement dur de décider si mettre un tel prix (entre 15 et 20 euros ) dans un disque, support de plus en plus obsolète, en vaut vraiment le coup. Alors on reviendra plus tard, car les prix baissent toujours ; en attendant on peut télécharger l'album ou l'écouter en ligne. Lorsqu'on revient plus tard, il est toujours trop tard. Ce n'est plus à la mode, ca n'a finalement pas marqué les gens plus de trois semaines, et on est passé à autre chose de toute façon. 49


La première erreur des maisons de disques est donc d'avoir considéré la musique comme un produit, se détachant de la réelle recherche de créativité artistique au profit de la vente massive, du buzz, de l'éphémère. La profession commence d'ailleurs à amorcer une autocritique sur la valorisation du produit musical. Au dernier MIDEM, par exemple, se dessinait une prise de conscience sur les incohérences des politiques commerciales des maisons de disques. Car tout le monde peut désormais créer sa propre musique, chacun y est encouragé par les médias, par Internet, puisqu'ainsi le montrent les majors. Mais c'est un leurre. Le contexte dans lequel émergent toutes ces stars préfabriquées et ces groupes de rock adolescent - Tokyo Hotel - n'est que le reflet d'une société prête à tendre toutes les perches afin d'enfler son chiffre d'affaire ; pas pour marquer l'histoire comme beaucoup de groupes l'ont fait durant les années 1960, 1970. Comment se fait – il qu'un chanteur comme Mika ( Universal ) soit passé de disque de diamant à « totalement oublié » en à peine trois ans, après un succès commercial des plus prolifiques ? Peut être parce qu'il n'y a pas de constance dans l'industrie musicale, on privilégie la nouveauté car elle assure des rentrées directes. Manipuler le changement, c'est créer le besoin. Tout se perd peu à peu, on refoule l'objectivisme d'une intelligentsia qui survit grâce à sa collection de vinyles, car il est trop tard à présent pour penser qu'un groupe de musique peu médiatisé à certainement plus de valeur artistique qu'un des derniers hits à la mode sur NRJ.

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B. … À la presse écrite. « De la qualité de l'information dépend celle du débat citoyen » Ignacio Ramonet. L'intelligence de l'information a toujours reposé sur le savoir - faire de la presse. Entre tous les médias, la presse écrite est le moyen d'expression le plus sincère, puisque possédant cette vertu de trouver la bonne distance à l'égard des évènements, lui permettant de se départir de leur charge émotionnelle. La presse considère, elle ne juge pas. Elle est en relation rigoureuse avec l'évènement ; elle l'analyse et le commente. La presse quotidienne, principalement, possède cette vertu historique de support de l'expression démocratique , du pluralisme des idées et des opinions. On ne peut lui enlever cela. Aujourd'hui, de grands défis lui sont lancés. Dans l'espace public, d'autres médias fournissent un lieu d'expression libre. Internet a ouvert la brèche d'une concurrence déloyale par la création des blogs, de sites les plus divers, de moteurs de recherches et même de fournisseurs d'accès qui alimentent la chronique de l'information. La presse écrite, comme au moment de l'apparition des médias audiovisuels, s'adapte. Rapidement, elle s'est imaginée en ligne, mais elle se confronte à une concurrence si forte que la question de sa survie sur support papier est obligée de se poser. Face au contexte actuel, la presse écrite quotidienne nationale voit son aspect marchand l'emporter sur l'aspect de la libre circulation des opinions. Une nouvelle forme de presse est née. Le défi que les gratuits lancent aux payants consiste à accentuer encore plus la façade marchande de l'information, contrariant le choix conscient d'acheter un journal porteur d'analyses parfois complexes mais nécessaires. Les gratuits comptent un large lectorat, qui appartient souvent aux jeunes générations. Attiré par une information brève, simple et factuelle, ce lectorat la considère comme suffisante à la formation de son opinion. Souvent aussi, l'image précède la lettre. Elle l'introduit, créant ainsi une nouvelle typographie qui associe le visuel au conceptuel, ceci expliquant le succès de certaines publications. 51


La presse payante se trouve donc plus que jamais dans l'obligation de rehausser la qualité de son contenu, de mieux prendre en considération l'attente et la demande de ses lecteurs, de redéfinir ses points de vente et sa distribution, de cultiver sa différence et sa propre identité. Ainsi, à l'initiative du ministère de la Culture et de la Communication, et à l'occasion des Etats Généraux de la presse écrite ; quotidiens nationaux, régionaux et magazines se sont associés afin d'interroger leurs lecteurs et faire le bilan des usages, des fonctions et des valeurs de la presse écrite française dans le cadre de différentes études. En ressort globalement ce qui suit * : –

les lecteurs ne lisent ni par habitude, ni pour être surpris, mais pour une information

de bonne qualité sur les sujets qui les intéressent. –

Le premier usage de la presse, c'est se tenir informé sur l'actualité. Les titres qui

oublient trop cette fonction, pensant que l'actualité du ressort quasi exclusif du web, sont sans doute ceux dont les diffusions souffrent le plus, même si les besoins en terme d'actualité semblent évoluer sous l'influence des nouveaux médias. –

Pour les lecteurs, les médias ne s'opposent pas. Ils savent les utiliser en bonne

complémentarité, selon les thèmes. Il s'agit d'utiliser le bon outil au bon moment et selon les bons thèmes. Le temps passé sur Internet l'est aux dépends de tous les médias, radio et télévision comprises. –

Les lecteurs ont été interrogés sur le jugement portée par rapport à la presse

étrangère : est – elle meilleure, moins bonne ? Quand ils lisent la presse étrangère, ils le font parce qu'elle leur parle d'un autre pays ou quand elle n'a pas d'équivalent français, mais ils ne la jugent pas supérieure à la presse française. –

Le lectorat semble dire que la presse écrite souffre d'avantage d'une image de marque

abîmée que d'un risque de marginalisation. A leur yeux, la presse est plus proche, plus agréable, plus riche ; mais ils expriment paradoxalement des doutes sur les journalistes, objectivité et indépendance en tête. 52


Un aspect revient souvent en force : la presse participe au bon fonctionnement de la

démocratie, parce que ses analyses et la diversité des opinions qui s'y exprime permettent de se forger sa propre opinion. –

Le prix est un frein à l'achat des journaux et des magazines, surtout chez les plus

jeunes, mais plus en raison du mauvais équilibre de certains rapports qualité / prix qu'en raison du prix en tant que tel. Nombreux sont ceux qui se disent prêt à payer plus cher pour des titres qui le valent vraiment. –

Pas de solution miracle pour aider la presse : un peu plus d'aides de l'Etat, un peu

plus de publicités, un peu plus d'investissements de grands groupes industriels. Les lecteurs sont pragmatiques, ils ne croient pas au miracle, ils sont conscients des risques que peuvent apporter ces solutions en tant que perte d'autonomie, d'indépendance ou de liberté : aux éditeurs d'assumer leurs responsabilités. La solution qui leur semble la plus probable réside dans la concentration ( moins de titres, dissolution des conglomérats). Ils ne sont pas du tout favorables à une aide sélective de la presse. –

Les lecteurs savent que si la presse cherche trop à plaire, elle risque de se laisser aller

à la facilité, au racolage : ils ont vu la télévision et la radio à l'oeuvre. –

Une solution les séduit par dessus tout : que la presse écoute plus et mieux ses

lecteurs... *(synthèse d'une enquête réalisée sur 32 panels de lecteurs) Certains de ces points soulèvent très justement les causes de la crise, notamment les causes internes qui tiennent – principalement – à la perte de crédibilité de la presse écrite. En effet, celle – ci appartient de plus en plus à des groupes industriels qui contrôlent le pouvoir économique et sont en connivence avec le pouvoir politique. Aussi parce que le parti pris, le manque d'objectivité et les mensonges ne cessent d'augmenter. Peut – être n'y a - t – il jamais réellement eu d'age d'or de l'information, mais ces dérives atteignent maintenant des quotidiens de qualité. 53


Toujours est – il que le secteur de la presse quotidienne d'information générale et politique, qu'elle soit nationale, régionale ou locale doit retrouver sa place, essentielle par sa contribution à la formation de l'opinion publique dans une démocratie. La perte d'intérêt pour la presse quotidienne n'est cependant pas uniforme, elle varie selon les diverses catégories de quotidiens. La presse sportive n'est pas affectée - le journal L'Équipe étant le premier quotidien français - et, à une moindre mesure, la presse régionale non plus. A la question de la perte d'intérêt s'ajoute aussi celle de la confiance accordée par le lectorat. Parce que plus de 50% des lecteurs ne croient pas que les faits relatés par la presse sont exacts, il est visiblement temps de rétablir un contrat de confiance entre eux. Surement doit - on préconiser une loi d'orientation sur la presse, une loi susceptible de mieux coordonner les différentes instances qui contribuent au fonctionnement actuel de la presse quotidienne ; une loi qui puisse donner l'impulsion nécessaire à sa pérennité. Au même titre, il serait sans doute nécessaire de mettre en place une instance de régulation de la presse, à l'image d'Hadopi. Une Haute autorité indépendante, composée de membres désignés par l'Assemblée Nationale, et qui aurait pour mission de veiller au maintien du pluralisme de la presse à l'occasion de toute opération de rachat d'un organe de presse ; qui soutiendrait la promotion de nouveaux titres, qui veillerait aussi au développement et à la modernisation de la distribution sans laquelle la liberté de la presse ne pourrait s'incarner. Cette autorité fixerait les critères d'éligibilité des entreprises de presse au système de solidarité et contrôlerait leur mise en oeuvre ; elle permettrai ainsi de mieux connaître et de faire connaître les besoins, les attentes et la satisfaction des lecteurs par des études régulières. Un grand projet, unifiant les efforts des éditeurs, par dessus les impératifs de la concurrence, redéfinissant le rôle de la presse dans ce contexte inédit, reste à énoncer. 54


C. Une flagrante crise d'identité culturelle. « Les Français voient leur pays littéralement condamné par l'Histoire » Marcel Gauchet. Par bien des aspects, le XXe siècle apparaît comme un siècle de ruptures, de dislocations, de fuite en avant sous le signe de la déstabilisation. La première vague de fracture, artistique, avec les avant – gardistes qui s'étaient donné pour but la déconstruction de tous les codes traditionnels d'expression. Une deuxième vague ensuite, sous les pavés de mai 68, avec un libéralisme culturel triomphant, un ébranlement des moeurs et de la vie familiale, de la sexualité. La troisième, enfin, qui porte le monde d'aujourd'hui, qui est venue avec la dérégulation économique des années 1980 : la dernière crise financière n'en était que la forme extrême. D'où l'aspect quelque peu réducteur d'une analyse hâtive qui aurait tendance à ramener la crise actuelle aux seuls excès des systèmes économique et financier. La déstabilisation, aussi mentale soit elle, est globale. Elle s'inscrit dans l'avènement d'une « culture monde » qui s'est structurée autour de cinq critères poussés à l'extrême : le néolibéralisme, le consumérisme, la technologie, l'individualisme, l'ordre médiatique. Tout cela constitue la tendance d'un monde hyperbolique. Nous ne sommes plus dans la grande culture d'un petit monde, mais dans une culture devenue monde, celle du capitalisme, des industries culturelles, du consumérisme total(itaire), des médias et des réseaux numériques. La crise d'identité ou « crise de la civilisation » que nous vivons est le résultat de la croissance forcée de ces phénomènes et de leur imbrication. On assiste alors à une dérégulation généralisée qui touche à tous les aspects de la vie humaine et laisse l'homme sans repères fixes, seuls face à une grande désorientation. Pour autant, aucune des structures de fond du monde global ne va s'effondrer, que ce soit le capitalisme, l'individualisme ou le consumérisme. Bien au contraire, elles tendent à se développer encore et toujours, et se planétarisent. L'emprise des médias ne cesse de restructurer le monde par le biais illusoire de leur indispensabilité. Le fait est que nous sommes victimes de la modernité. 55


On voit bien que, face à la passion consumériste passive, est plus que jamais nécessaire à une politique des passions actives le fait d'entreprendre, de se dépasser, d'innover et de créer. La culture n'est plus à concevoir comme instrument d'élévation de l'âme, même si cette dimension est moins que jamais obsolète dans un monde insidieusement dominé par la superficialité, le spectaculaire et le consommable. Ouvrir l'existence à des dimensions plus diverses et plus riches afin de promouvoir l'estime de soi par des activités invitant les hommes à se « surpasser », à être acteurs de leur vie, est la nouvelle dimension culturelle : vivre pour autre chose qu'amasser et consommer. Officieusement, cette crise d'identité se traduit par des débats résultant de faits de société mouvementés : le « non » massif des français au projet de Constitution européenne lancé par Valérie Giscard d'Estaing en 2005, sur fond de rejet du gouvernement Raffarin et d'inquiétude sociale ; la crise des banlieues ensuite, sur fond de révolte brutale et sans revendications précises, mais suffisamment médiatisée pour faire apparaître au grand jour ce que beaucoup voulaient ignorer, à savoir la flagrante diversité du pays et ses inégalités sociales. Puis, comme une boule de neige maladroitement tassée, les issues par voix démocratique, peut – être plus houleuses qu'elles n'auraient dû l'être, traduites par une loi de combat contre le port des signes ostentatoires des signes religieux à l'école ; par le débat sur la discrimination positive censée « prendre le relais d'un égalitarisme à bout de souffle », la remise en question, ensuite, du modèle social par Nicolas Sarkozy qu'il considère comme une « fabrique à chômeurs ». La « grande crise » économique, épée de Damocles, tombe soudainement, comme pour achever les souffrances infligées par ce malaise social, et fait augmenter le taux de suicides en entreprises ( France Telecom). S'en suit le débat d'Eric Besson sur l'identité nationale, dénouement faussement salvateur d'une question qui ne fait que ressortir ce malaise que l'on tentait d'enterrer, et qui par 56


ses apparences académiques tourne au règlement de compte anti-musulman, à la grande faveur du Front – National qui réitère ses exploits au premier tour des dernières élections régionales ( 11, 7 % des voix ). Tout ce malaise, ces débats, ces appels au secours se rapportent donc à l'identité française, à l'identité sociale. Mais qu'en est – il de l'identité à proprement parler culturelle ? Qu'est – ce qui, mis à part les évolutions technologiques et médiatiques désigne avec force et caractère notre génération ? La jeunesse s'identifie à ses propres codes, à ce qui lui est transmis indépendamment de l'idée reçue d'une identité propre à ses racines. Le fait est que cette jeunesse manque de repères stables, car la mode est au changement. La mode, donc, comme état d'esprit premier. On l'a vu, le XXe siècle à marqué ses générations par la substitution des tendances culturelles aux évènements historiques. Depuis le début des années 2000, la tendance est au « revival », on se tourne vers des états d'esprit passés dont on réadapte les codes, de la tenue vestimentaire aux goûts musicaux. La vague rock (re)surgissante à plongé la jeunesse à vivre selon les codes des années 1960 – 1970, recréant une tendance selon laquelle chacun s'est mis à porter des pantalons slims, des chaussures pointues, des vestes en cuir ; à fumer des cigarettes en buvant du whisky sec sur les terrasses de cafés poussiéreux, lunettes de soleil rééditées « vintage » plantées sur le front et foulard noué autour du cou. On imite les Rolling Stones et l'aversion pour qui ne soutient pas la nouvelle scène musicale à guitares bruyantes est grandissante. On se met à rêver « Union Jack », les symboles britanniques sont le berceau de la nouvelle tendance, on sacralise Londres et on regrette d'être français, par complexe, parce que ce à quoi on identifie intrinsèquement la France en terme de musique rock c'est Johnny Halliday... Les majors prennent le relais, les médias aussi. L'industrie du disque pullule de nouveaux groupes de musiques qui jouent de la guitare électrique selon le modèle de leurs ainés et dont ils ébauchent leur connaissance par simple désir de reconnaissance, parce que le phénomène de groupe montre cette direction et qu'il s'agit surement de la bonne. Et de toutes façon, on ne savait pas tellement ou aller d'autre. 57


Mais les temps changent, il le faut bien, car la jeunesse s'ennuie. La logique veut que les tendances évoluent chronologiquement : à l'aube de la fin des années 1970, les années 1980. L'inconscient collectif s'exprime par un désir d'imitation qui se veut rassurant : le fait de s'identifier à une époque définie, révolue et culturellement riche permet de s'encrer de pieds fermes dans sa propre génération , car cela donne un sentiment d'appartenance. Le fait de revisiter ce qui a déjà été créé donne à cet inconscient collectif le sentiment de ne pas être égaré, d'avoir des repères et d'être bordé par une culture valide et cautionnée par les générations aînées. Ainsi, la tendance actuelle est au retour vers les années 80/90, essentiellement dans le domaine de la mode vestimentaire et de la musique. Les labels savent qu'ils ne prennent pas de risque en signant des groupes réutilisant les synthétiseurs d'époque, donnant à leur musique la même texture Disco/ Hi NRG que les tubes du milieu des années 80. La communication mise en place autour de ces groupes repose sur les mêmes utilisations typographiques, futuristes et aux couleurs très vives, préconisant les même codes vestimentaires afin de parfaire l'ambiance de vente. La littérature dominante s'appuie sur le même contexte, avec l'arrivée de jeunes écrivains comme Boris Bergmann ou Frederic Beigbeder qui s'évertuent à reprendre le style d'écrivains comme Bret Easton Ellis ( American Psycho) ou Michel Houellebecq ( Les particules élémentaires ), dans l'utilisation du « je » et l'apologie de la décadence, prétendues critiques de la société actuelle mais dans laquelle la jeunesse aime rêvasser. Le succès des écrivains comme Marc Levy ou Anna Gavalda, qui ont beau ne s'inscrire dans aucun courant littéraire (re)connu, marque franchement le désintérêt de la jeunesse envers la critique saine. Le fait que les jeunes apprécient cette littérature est une chose, leur acculturation en est une autre. A quoi bon leur donner des cours depuis le Collège et favoriser les sections littéraires au Lycée s'ils sont orientés vers une littérature de gare dans laquelle l'imaginaire se restreint à jouer si facilement avec l'instabilité de leur sentiments ? Que devient l'éducation et la Culture lorsqu'on incite cette jeunesse à penser Marc Levy = Malraux ? Personne ne prends vraiment le risque de répondre, au risque d'être bafoué. 58


La scission est ainsi éternelle : d'un coté la jeunesse influencée, paresseuse, qui ne fait preuve de bonne volonté culturelle que pour avoir son bac, et d'un autre la jeunesse curieuse, qui reconnaît la qualité de la Nouvelle Vague et qui avoue aimer Flaubert. En réalité, notre identité se conjugue toujours au pluriel. Des lors que nous la concevons comme étant faite d'appartenance multiple, souvent – comme dit ci- dessus – liées à notre histoire passée, d'autres à notre présent et d'autres en construction ; notre rapport aux autres et à nous – même se trouve profondément modifié. Face à cette crise d'identité culturelle nationale, la démocratie a préféré laisser croitre les différents marchés individuels ou collectifs de la culture, en repoussant à demain les examens de conscience, les raisons pour lesquelles des millions de personnes, au delà de toutes leurs différences, ont ce sentiment d'appartenance collective. Aujourd'hui, ni la culture mondiale de la musique, du cinema ou d'Internet n'apportent de réponses à cette question complexe. Dans cette communication culturelle de masse, de la communauté à l'identité régionale (pour le coup très marquée en France), des réseaux à la culture mondiale, la place pour l'identité culturelle est problématique. De là à dire que, demain, l'identité culturelle décrochera de l'échelle nationale, il n'y a qu'un pas, que beaucoup ont franchis.

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Conclusion

Analyser le comportement des français face à l'évolution du paysage culturel, face à la mondialisation, à la communication de masse ; nous oblige à comprendre les profondes mutations qui affectent l'identité, la culture et la communication depuis la fin du XXe siècle. L'idée générale est que ces changement mêlent constamment des évolutions socioculturelles et des enjeux économiques, si bien que l'on ne sait plus très bien si ce sont des valeurs ou des intérêts qui dominent la valorisation de l'identité, de la culture et de la communication. Il est apparu, au long de cette étude, que l'identité, la culture et la communication sont devenues des industries florissantes, trouvant dans l'évolution technologique et médiatique des systèmes permettant d'exploiter une économie mondiale. Si le monde est techniquement devenu un village global, il n'est pas pour autant devenu respectueux des cultures traditionnelles, dans le sens où une seule partie de la culture y circule, au seul profit d'une logique capitaliste, au profit des mêmes acteurs. Sauver la culture, c'est desserrer l'étau de la technique et de l'économie en favorisant une réflexion politique globale et intellectuelle. C'est un moyen de conserver la dimension humaniste et idéaliste de la culture par rapport aux risques de dérives techniques et économiques. L'absence d'ambition sur le sens que l'on donne à l'identité culturelle française est un défaut. Nous manquons de confiance dans le patrimoine culturel français, dans la vision du rôle que peut jouer la culture française en Europe et dans le monde.

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Plus nous entendons parler d'une « société de l'information », plus nous devrions être à même de défendre les valeurs qui entourent l'identité, la culture et les connaissances, afin que celles-ci ne soient pas seulement des industries. Le problème réside autant dans l'emprise de l'économie et de la technique que dans l'absence de grands projets, autres que la simple adaptation technique et économique. L'évolution des techniques et des marchés devraient avoir leur place dans l'inconscient collectif à la seule condition qu'en matière de culture, les valeurs fondamentales comme l'humanisme et la démocratie puisse dominer. Dans les trente dernières années, rien n'a permis – si ce n'est les tentatives des essayistes ou autres portes paroles de l'intelligentsia – de voir se dessiner de grands projets afin de défendre ces idéaux. En refermant cette étude, le tableau de la situation des français face à l'évolution du paysage culturel semble sans doute plus sombre que ce que laissent paraître les claquantes incitations à la consommation qui inondent le paysage visuel. Le secteur de la communication et des médias reste particulièrement dynamique, mais surtout générateur de fortes valeurs ajoutées, mélangeant l'indispensable au gadget, capable de servir d'instrument d'harmonisation au développement mondial et pouvant s'immiscer dans tous les instants de la vie quotidienne... Mais il a déjà produit son lot de scandales, mettant en évidence de nombreuses crises par le simple fait de se rendre indispensable. Ainsi, de nombreuses initiatives pourraient être mises en oeuvre : Faire travailler la jeunesse sur son environnement médiatique pour l'aider à formuler des choix critiques et élucider les enjeux positifs et négatifs de leur culture ; former leurs goûts artistiques et les sensibiliser à la diversité des esthétiques. Favoriser l'expression personnelle et l'accès aux outils de production (films, montages, écritures de scenario ), donner une formation aux droits de la communication ( la protection de l'enfance, le droit à l'image, le droit d'auteur...), développer des programmes d'échanges européens... 61


En soi, il s'agit de redonner à la jeunesse le goût de la pertinence, de la critique et du discernement ; qu'elle sache ne pas avaler tout rond ce qu'on lui sert sous prétexte que l'effort n'est pas à faire.

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INTERVIEW Rencontre avec Damien Le Guay, éditorialiste au Figaro Magazine, chroniqueur littéraire et essayiste. Il est l'auteur de " L'empire de la téléréalité", ouvrage sur lequel je développerai une des parties de ce mémoire. 1/ Qu'est-ce que la téléréalité, quels en sont les critères ? La téléréalité est une variante de la télévision qui se caractérise par plusieurs éléments. Le premier est d'enfermer des individus dans un même endroit pendant un laps de temps assez long. Le deuxième est de les filmer 24h sur 24, soit par la télévision, soit par internet, ce qui d'une manière ou d'une autre permet de relayer ce que la télévision passe. Le troisième principe est celui de l'auto-elimination, jusqu'à ce qu'un d'entre eux "gagne". Nous pouvons rajouter à cela le fait que ces individus ne sont pas particulièrement connus, célèbres ni talentueux, pris - nous dit- on- par hasard, et apportent leur banalité. 2/ Pourquoi la télévision a pris une telle importance ? Il me semble qu'elle a pris cette importance par défaut. Les modes de socialisation comme l'école, la famille... ont progressivement disparu, laissant l'individu face a lui même et la consommation cathodique en face n'a fait que croître et s'embellir d'année en année, telle une manière d'apprendre les comportements, les moeurs, comme une deuxième école. 3/ En quoi la téléréalité serait un danger pour l'individu ? C'est la ou il faut distinguer ce qui concerne les individus, leur capacité a prendre du recul. Effectivement, ces émissions font l'apologie de ce que l'on doit voir, du voyeurisme, on croit que cet individu vous ressemble alors qu'il déballe sa vie, son existence, ses petits sentiments. Il n'a pas d'autres choses a dire que lui même. La télé -réalité ne flatte pas un talent. Il y a donc une certaine exaltation du nombrilisme, et du conflit. Nous ne sommes pas face a une recherche de conciliation, ni de compréhension de l'autre, simplement dans la recherche de l'événement conflictuel. 63


4/ Y a-t-il tout de même un message quand a la manière dont on doit se comporter, une sorte de nouvelle morale? Il faut le dire de deux manières différentes. La première, c'est que nous sommes bien dans du pédagogique. On nous dit des choses sur notre façon de se comporter mais par défaut, substituant ceci a ce que nous disait l'école, les parents.. Nous sommes donc plus sensibles a ce genre de messages. Deuxièmement, il faut comprendre que cet accès a la célébrité sur ces chaînes médiatique a un pouvoir de fascination extraordinaire. Il y a un centre de gravite autour duquel chacun se rapproche de plus en plus, et chacun regarde cette télévision en voulant y passer, tel un accomplissement personnel. Il y a donc un élément de morale: Voici les règles pour accéder a la gloire. C'est tout de même une rupture brutale de l'accomplissement personnel classique, ou les gens rêvaient de devenir acteurs, ils rêvaient d' Hollywood ; maintenant les gens veulent devenir des stars. C'est l'accomplissement cathodique qui prime. Le message précise qu'il importe de se comporter comme on se comporte a la télévision. Tout incite a un relâchement arrogant, a un catéchisme cathodique. 5/ Qu'y a-il de réel finalement dans la téléréalité, a part son nom ?! Effectivement, le label de ces émissions est une manière induite de dire " on vous a montré de la fiction, des choses fausses, maintenant nous allons vous montrer du vrai". Mais lorsqu'on creuse un peu, on se rend bien compte que les candidats choisis sont typés, normés ; et plus ils sont en conflit les uns avec les autres, plus ils seront choisis. Ce sont donc des émissions pleines de stéréotypes : le banlieusard agressif, la bimbo blonde et bête, la "Marie couches- toi la" etc ... Ils ont été choisi pour leur qualités d'exhibitionnisme. On peut dire que la réalité devient une illusion, une réalité construite. "Il n'y a plus de faits, il n'y a que des interprétations" dit Nietzsche. Ayant donc des jeunes gens en face de nous qui n'ont rien d'autre a dire qu'eux- mêmes, qui sont en auto-affirmation d' eux- mêmes au détriment des autres, on peut dire qu'il y a un réel déconstruit qui ne cherche rien d'autre qu'a montrer qu'il existe, qu'il s'est relâché et n'est plus tenu par la politesse ou le récit.

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6/ La dynamique individualiste que vous dénoncez dans votre livre génère-t-elle une nouvelle conception de l'homme ? Une nouvelle anthropologie ? peut-être... il y a en tout cas un premier basculement, qui est la continuité de l'égalité. Il y a une crise manifeste de tout ce qui concerne la reproduction culturelle, car la culture est considérée par certains comme inégalitaire, il faut donc la contester. Lorsqu'on a des individus qui n'ont rien d'autre a dire qu'eux mêmes, il n'y a plus d'inégalité, chacun peut d'une manière ou d'une autre parler de son nombril. Il n'y a plus d'éléments de culture, seulement un élément d'affirmation de soi. Notre nouveau sacre est devenu un miroir, nous sommes devenus notre propre icône.

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BIBLIOGRAPHIE

" Le vrai visage de la télé-réalité ", Véronique Bouzou. " L'empire de la télé-réalité " Damien Le Guay. " Sociologie de la Télévision" Que Sais-je? " Libre antenne . La reception de la radio par les adolescents." Hervé Glevarec, Armand Colin. " Sociologie de la Radio" Que Sais-je ? " Culture et Communication", Jean Caure. " La Culture ? Quelle culture? " J. Orgogozo " La culture de masse en France " Dominique Kalifa " Culture de masse ou culture populaire ? " Christopher Lasch. " Le marché des étoiles. Culture populaire et mondialisation" Peter S. Grant , Chris Wood. “ La crise de la culture “ Hannah Arendt “ Generation X “ Douglas Coupland.

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MEMOIRE CHARLES DE BOISSEGUIN  

En quoi l'évolution du paysage culturel a-t-elle influencé le comportement des jeunes français depuis la fin du XXe Siècle ?

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