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Ça roule à Moscou

Chroniques d’une blogueuse entrée par la petite porte en Russie


Avant-propos Un an a Moscou, de septembre 2007 a aout 2008, je profite de ce blog pour ajouter de l’eau au moulin de Custine (1839) : “L’orgueil du noble moscovite donne parfaitement l’idee de la singuliere combinaison dont est sortie la societe russe actuelle : ce compose monstrueux des minuties de Byzance et de la ferocite de la horde, cette lutte de l’etiquette du Bas-Empire et des vertus sauvages de l’Asie a produit le prodigieux Etat que l’Europe voit aujourd’hui debout, et dont elle ressentira peut-etre demain l’influence sans pouvoir en comprendre les ressorts.[…] Ma pensee est comme un tresor ou chacun se croit le droit de puiser a son profit; aussi, je sens mes pauvres idees se brouiller, et a la fin de la journee je doute moi-meme de mon opinion : c’est ce qui plait aux Russes ; quand nous ne savons plus que dire, ni que penser d’eux et de leur pays, ils triomphent”. Lettres de Russie, Marquis de Custine, 1839


Premier jour à Moscou La légendaire solidarité du peuple russe, cause ou conséquence de l’établissement du communisme, débat en cours, est surprenante pour un parisien, moins pour un napolitain. Généralement un arrêt de metro à Moscou a deux sorties. Généralement, ces deux sorties sont éloignées d’au moins un kilomètre l’une de l’autre, ce kilomètre étant constitué de boulevards à trois bandes, d’ilôts pour les piétons où la durée de survie est inférieure à 8 minutes, et de feux interminables. C’est en tous cas le cas de ma station de métro. La loi de Murphy étant infaillible, je me trompe de sortie mon premier jour. (pourtant je m’étais concentrée). Il est 23h30, je suis sur un de ces boulevards animés le jour, lugubres la nuit, peuplé d’individus vidant leur vodka au goulot et semblant attendre leur prochaine victime. Je m’éloigne de la station de métro et tombe, après avoir traversé l’équivalent d’une autoroute (une rue, ici) sur une pharmacie de nuit. En sort un jeune type, propre sur lui, regard doux des slaves (ou slave des doux d’ailleurs). Je l’interpelle en lui demandant où se trouve ma rue. Il ne sait pas. Demande à son chauffeur, qui ne sait pas non plus. C’est là que la scène devient étonnante, et devient Russe : le type se dirige vers le boulevard, appelle un taxi, lui donne 1000 roubles (au moins 10 fois le prix de la course) et lui demande de me conduire chez moi. Ce chez moi qui est situé à 500 mètres…. Le taximan s’est marré pendant tout le trajet. Vive la solidarité capitaliste.


Petits avantages de mon plan hébergement Quand je demande où se trouve la librairie française, on me donne le nom, l’adresse, le plan détaillé (vous sortez du métro, vous prenez à droite. quand vous arrivez devant la pharmacie, vous prenez la première à gauche. Là vous passez devant une pizzeria, un magasin de chaussure, une banque et un immeuble. Et vous y êtes. Il sera marqué « librairie française ». Vous poussez la porte et vous vous dirigez dans les rayons. Ça ira ? ». euh… jpense. On me donne aussi le nom et le numéro de portable de la responsable de la librairie qu’on a prévenue de mon arrivée. Quand je demande une assiette et un couvert pour mon studio, je me retrouve à manger des pâtes russes au concentré de tomate dans des assiettes en porcelaine de Limoge aux armes de la République avec des couverts en argent, aux armes aussi. Idem pour les tasses. Quand je rentre chez moi, un gendarme m’interpelle « hep hep hep ma ptite dame, où estce qu’on va comme ça ? » (l’utilisation de la troisième personne du singulier est de rigueur. Ça doit être l’influence de la grammaire russe. Ou pas.) Pas vraiment un avantage, mais on se sent protégée. Le style néo-russe de ce palais de brique rouge est étouffant de corniches et colonnes a l’exterieur. Heureusement quand je rentre je retrouve avec joie le classissisme à la francaise et les tapisseries des gobelins. ouf ! cela avait failli me manquer. Quand je réponds à la question « où habites-tu », j’ai généralement le droit à « Ah oui ! (silence). Pas mal ! »


Il y a toujours de la lumière et une caméra dans la cour. Au cas où une bande de tchétchènes assoiffés de sang, drogués et le poignard aux dents voulait voler mon sac. C’est un peu l’image qu’on se fait des tchetchenes en lisant les journaux russes. Si je demande un supermarché pour aller acheter de quoi me faire un ptit dej digne de mon argenterie, on m’indique un magasin suisse ou l’on trouve exclusivement des denrées importées. Impossible de trouver un miel ou une confiture normaux : tout vient d’Europe, tout est “fait a la main”. Honteuse de ressortir sans rien acheter, je repars avec un bout de pain a 2 euros. Baignoire, eau chaude, chauffage, téléphone, internet, café, thé et jus de pomme. Tout ça à volonté ! Luxe ! Hélaaas, trois fois hélas (ce qui nous fait 4 hélas, plus celui-ci, 5), cela s’achève ce week end. Direction le dortoir russe, à 1h12 du centre de Moscou. Joie ! enfin des aventures !

Billie  

on continue

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