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Sommaire Editorial (Ariane HASSID) ............................................................................................................................................................................................................................................................................................................ 3 Un monde déserté de sens ? Autopsie par Raphaël Enthoven et Vincent Cespedes (Juliette BEGHIN) ..................................................................................................... 4 Facebook (Claude SEMAL – Frank WUYTS)............................................................................................................................................................................................................................................................. 8 Penser l’école? Interview de Bertrand OGILVIE (Cedric TOLLEY) ................................................................................................................................................................................................... 10 “L’égalité est une des promesses les plus inachevées de la modernité” (Alice WILLOX) ....................................................................................................................................... 13 Pour en finir avec la mondialisation néolibérale. De l’indignation à l’engagement (Sophie LÉONARD) .................................................................................................... 17 Deux urgences et deux espoirs pour l’avenir des Lumières. Entretien avec Susan Georges (Paola HIDALGO NOBOA) ........................................................ 20

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Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Bruxelles Laïque Echos est membre de l'Association des Revues Scientifiques et Culturelles - A.R.S.C. (http://www.arsc.be/) Bruxelles Laïque asbl Avenue de Stalingrad, 18-20 - 1000 Bruxelles Tél. : 02/289 69 00 • Fax : 02/502 98 73 E-mail : bruxelles.laique@laicite.be • http://www.bxllaique.be/

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Notre Régionale s’est particulièrement impliquée dans l’organisation de “La(ï)cité critique” le 22 septembre dernier. Il nous tenait à cœur de contribuer à ce grand rassemblement des libres penseurs et d’en faire, dans notre ville, un événement de qualité et d’envergure comme c’est le cas de notre Festival des Libertés qui a totalisé 24 000 entrées. Près de deux mille citoyennes et citoyens se sont réunis dans les spacieux locaux du Square, ancien Palais des Congrès, pour réfléchir au monde qui nous attend demain et auquel nous devons prendre une part active. Ils ont pu entendre et questionner une palette exceptionnelle de grands intellectuels, de femmes et d’hommes engagés dans des thématiques et des causes que le mouvement laïque travaille et défend depuis longtemps. Notre équipe a profité de leur présence pour les interroger sur les grands défis que notre société devra relever dans les décennies à venir si nous voulons que ce monde reste humain et respectueux des droits et des libertés de chacun, ainsi que sur les dangers à prévenir, sur les évolutions néfastes à éviter, sur les orientations à prendre, sur les stratégies à développer… Sans aucun souci d’exhaustivité, cette 79e édition du Bruxelles Laïque Echos. rend compte de quelques propos et débats qui nous ont paru pertinents. Ils proviennent des interviews ou des ateliers auxquels notre comité de rédaction a pris part. Le CAL prépare actuellement un compte-rendu plus détaillé de cette journée.

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En lisant les pages qui suivent, vous conviendrez avec nous que les défis sont immenses, nombreux, et pourraient inciter au pessimisme. Néanmoins, les idées et les propositions ne manquent pas et des énergies se déploient un peu partout pour refuser un avenir inhumain, inégal, invivable… Il nous reste à trouver les moyens de les articuler, les coordonner et les faire passer la rampe pour qu’elles se concrétisent si nous ne voulons pas que notre planète se dégrade et néglige la majorité de ses habitants. Que ces propos vous invitent à l’espoir et à la détermination dans le combat pour la libre-pensée et la laïcité tout au long de l’année 2013 que je vous souhaite d’ores et déjà très heureuse et fructueuse.

Ariane HASSID Présidente

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Par Juliette BEGHIN*

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Un monde déserté de sens ? Autopsie par Raphaël Enthoven et Vincent Cespedes

Dans un contexte de “polycrise” (Edgar Morin), de perte profonde des repères et de bouleversements planétaires, la question du “sens” est omniprésente et s’invite aux banquets de nos esprits tourmentés. Passée par l’autopsie philosophique de Raphaël Enthoven et Vincent Cespedes, la question du sens est d’emblée elle-même questionnée. Le questionnement ouvrant d’autres lucarnes et posant avec lucidité – et même divergences – certaines postures et défis qui se dessinent à l’horizon. *Bruxelles Laïque Echos

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Pour Raphaël Enthoven, en effet, “le propre de la philosophie c’est de remplacer la question de savoir quel est le sens de la vie par la question de savoir à quoi correspond le désir de trouver un sens à la vie ? De quelle pathologie le désir de sens est-il le symptôme ?”. En d’autres termes, “faire de la philosophie c’est moins chercher la réponse que s’interroger sur les attendus, les préjugés, les présupposés d’une question comme celle-là”. La perspective que Raphaël Enthoven nous propose, repose sur le sentiment – pour le dire en terme nietzschéen – que notre monde n’est pas là pour nous faire plaisir. A l’inverse de Descartes et son idée de la centralité de l’Homme (qui présuppose une maîtrise du monde et de son projet), il assume tel Nietzsche “le fait que le monde (glacial et inhumain) ne nous parle pas et qu’il lui est tout à fait indifférent que nous y mourrions”. Comment retrouve-t-on quelque chose qui est de l’ordre d’un projet de vie sur “le fond silencieux et blafard d’un monde qui n’a rien à nous dire  ? En assumant et en écoutant ce silence”?. En allant surtout dans la rencontre et le dialogue avec l’autre. Ainsi, “la quête d’un sens dans un monde silencieux repose plus à l’attachement de ce qui nous distingue qu’à ce qui fait que nous nous ressemblons”. En sortant de la perspective analogique cartésienne (connaître l’autre c’est reconnaître en lui ce que j’ai de commun avec lui, donc réduire l’autre à l’alter ego), on peut véritablement aller à la rencontre de l’autre, celui qu’on ne connait pas. Non pas en spéculant sur les dividendes attendues en retour du geste envers autrui, mais

en acceptant l’énigme que l’absence de sens peut également être une présence au monde. Au-delà des termes moraux – comme le bien et le mal –, “il s’agit d’éprouver dans son cœur ou dans sa chair les douleurs qui nous sont épargnées”. “Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort” C’est ainsi qu’on retrouve chez Nietzsche – si viscéralement hostile à la religion – une profonde réflexion sur le “dolorisme”. La douleur – non pas rédemptrice – mais comme “moyen d’apprentissage” : la première leçon de la souffrance, c’est le non sens de la souffrance. Prendre conscience ensuite que la douleur vient aussi du fait que nous n’assumons pas l’inhumanité du monde, cette ère glacière de la conscience. L’enjeu c’est de “toucher la joie comme affirmation de la douleur” au contraire du bonheur qui en serait sa suspension. Le sens se nicherait ainsi dans l’expérience de l’éternel retour qui consiste à aimer la vie au point d’en désirer le retour éternel. Il y a une cohérence à se plaindre du monde tel qu’il est mais cela implique de souffrir au carré. C’est une sagesse qui a pour effet d’accroître la souffrance. “En aimant la vie jusque dans ce qu’elle a de “mal aimable”, de désagréable, on dilue la douleur d’exister dans l’approbation qui nous tourne vers elle”. L’enjeu de l’éternel retour culmine dans l’idée qu’au sens de l’avenir, il faut substituer le sens du présent : “il est beaucoup plus difficile d’aimer le présent que d’aimer l’avenir puisque l’avenir n’existe pas. Et il est plus difficile d’aimer ce qui existe que ce qui n’existe pas. De la même manière qu’il est plus difficile de se saisir de ce

qu’on a sous la main que de chercher derrière les errances ce qui ne s’y trouve pas”. En résumé, “sois ami du présent qui passe, le futur et le passé te seront donnés par surcroît” (Clément Rosset). La radicalité du “pourquoi” de l’enfant C’est aussi par l’angle du questionnement, mais celui des enfants, que Vincent Cespedes entame son exposé : l’enfant avec ses “pourquoi” répétés est naturellement dans une quête du sens qui confronte les adultes sclérosés dans leurs évidences, dans leurs préjugés. Mais le désarçonnement de l’adulte par l’enfant insatiable provient surtout de la radicalité du questionnement qui ne se satisfait d’aucune réponse. C’est une radicalité du point d’interrogation, la plus grande invention de l’homme qui devient barbarie dès qu’il se transforme en point d’exclamation(Sony Labou Tansi, écrivain congolais). Raphaël Enthoven nuance cette radicalité du “pourquoi”, en distinguant le doute et le soupçon : “celui qui pose la question du pourquoi est bien souvent celui qui détient la réponse”. Il y a donc en arrière fond une certitude teintée de suspicion. Avec cette crainte : “ils vous poursuivront de pourquoi jusqu’à ce que vous répondiez par dieu, c’est-à-dire l’asile de l’ignorance”. Au-delà du débat sur les enjeux du questionnement, pour Vincent Cespedes, la plus grande radicalité de l’enfant, c’est qu’il nous survivra. Jusqu’à devenir un jour un mutant anthropologique prédictif d’une autre humanité ? Cette survivance implique une énorme responsabilité en termes d’éducation. Cette radicalité de l’enfance, à

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la fois du questionnement sans fin et de l’avenir qui s’ouvre, s’inscrit dans le “je(u)” de l’enfant avec ses multiples identités constamment remises en question. “Cette identité fluide est un grand paradigme pour l’avenir. Et c’est quand l’identité se greffe à notre corps comme un carcan, comme une cuirasse, que nous cessons d’être enfant”. Les débats d’idées : révolution ou danger à l’ère des nouvelles technologies ? En l’absence de cette fluidité, lorsque les identités figées n’arrivent plus à s’interroger sur elles-mêmes, jaillissent les intolérances et les incompréhensions, terreau des barbaries en cours et à venir. Ces attitudes de replis identitaires et de combats contre des identités jugées comme ennemies ne peuvent être décryptées par le concept du “choc des civilisations”. Par contre, le principe de la liberté d’expression doit être soutenu comme moyen privilégié pour éviter les pièges de ces obscurantismes. Un principe qui prend une acuité particulière à l’ère des nouvelles technologies qui induisent une révolution des débats. Un cyberactivisme qui permet des débats à la portée de tous (et non plus réservés aux experts) et qui confirme “un phénomène d’horizontalité de la parole”. Pour Vincent Cespedes, “plus il y a du monde qui pense, mieux on pense” et cette donnée permet l’émergence d’un nouveau paradigme primordial quant à la quête du sens : “le savoir devient une œuvre collaborative”. Cette cocréativité – démocratisée de surcroît – résonne comme un espoir car elle a toujours été à la base de l’apparition de nouvelles idées, d’innovations, de nouvelles idéologies.

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Cet optimisme n’est pas partagé par Raphaël Enthoven pour qui, sous l’alibi d’un débat d’idées qui se généralise, on assiste plutôt à un affaiblissement des idées. Il met aussi en garde contre l’illusion de liberté qu’offrent les réseaux sociaux en démocratie et qui correspondent surtout de façon objective à “un élément de servitude volontaire” : il ne faut plus fouiller chez les gens pour savoir ce qu’ils sont, il suffit de leur demander de le raconter (le rêve des services secrets). En s’exposant, s’exhibant, on cède à la tentation de “sanctifier” sa petite vie et son opinion. Or, “sanctifier son opinion est la meilleure façon de ne pas la convertir en argument. Il faut se méfier d’un débat qui n’est finalement plus que la juxtaposition d’opinions qui ne se répondent plus, plus que la juxtaposition d’un dialogue où chacun décline sa vision du monde et l’adapte à l’événement sur lequel on l’interroge”1. Le retour du sens par la sagesse du désert : à quelle altérité avons-nous accès ? Pour Vincent Cespedes, cette révolution des débats est un phénomène qui participe de la crise de sens d’aujourd’hui qui fait face à la perte de force d’attraction et de pouvoir des vieux logiciels (capitaliste, marxiste, …) : “il appartiendrait à la société civile et aux intellectuels de s’organiser pour créer de nouveaux logiciels qui puissent nous dessiner le monde de demain”. Une démarche qui nécessite de ne pas réduire le concept de tolérance aux idées et aux mœurs mais aussi aux identités qui sont à relativiser – non pas pour les dissoudre – mais pour les rendre perméables les

unes aux autres. Il est temps de s’inspirer de l’altérité, “celle de la sagesse du désert qui consiste à sortir de la logique du “donnant-donnant” (logique encore fort prégnante en Occident). Cet “accueil” sans attente de retour, part d’une règle de survie de base appliquée par ceux qui traversent l’immensité du désert : “je t’accueille, qui que tu sois. Je ne m’attends pas à ce que tu fasses un jour la même chose pour moi, mais je le fais pour toi en ayant l’idée qu’à ton tour, tu fasses cela un jour pour quelqu'un d’autre”. A l’ère du “chacun pour soi” et de la peur du voisin (pédophile, étranger, “l’autre”), la circulation de cet acte – que Vincent Cespedes qualifie d’onde de charme – permet de s’extraire de la chaîne de la réciprocité “enfermante” dans les nationalismes, dans les visions étriquées de l’habitat, de l’identité. Un charme qui fait que la bonté de quelqu'un puisse vous transformer et atteindre une forme de bonheur non réduite à nos velléités consuméristes qui s’atteignent souvent au détriment des autres. Raphaël Enthoven partage entièrement cette nécessité de sortir du paradigme de l’échange pour entrer dans le paradigme du don. Mais il décortique le concept d’altérité en opérant une distinction entre le privé et l’intime. En deçà du privé, régime fondamental de l’être humain, l’intime (terme inventé par Saint-Augustin et qui fait référence au mot interior) est la découverte que “ce que j’ai de plus propre à moi, qu’au plus profond de moi, c’est l’altérité. (…) Se familiariser avec cette dimension (non pas du moi) mais du soi, lui donner toute sa chance, toute son ouverture, est la condition première, indispensable à la tolérance”.

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De quelques combats prioritaires pour les décennies à venir De manière très concrète, Vincent Cespedes complète sa démonstration en citant d’autres combats politiques à mener lors des décennies à venir. D’une nouvelle éthique de l’entreprise, en passant par le combat féministe (et plus spécifiquement au verrou du couple et de la parentalité, à savoir : “qui s’occupe des enfants ?”), il s’agira de lutter contre le désœuvrement et le chômage structurel. Et de conclure par la nécessité de “recomposer un “vivre ensemble” “basé sur l’intensification de l’existence”. Notamment avec une jeunesse déboussolée et prometteuse mais contrainte d’évoluer dans des systèmes obsolètes dont l’école… à réformer de toute urgence. Un exemple : que les professeurs s’inspirent d’une transmission fondée sur “l’onde de charme” et que ce soient donc les étudiants les plus disposés à la pédagogie qui enseignent et non pas les meilleurs étudiants qui deviennent professeurs. 1

Cf. le texte de Claude Semal ci-après.

© La(ï)cité critique -22 septembre - photo Jérôme Baudet

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Paroles de Claude SEMAL sur une musique de Frank WUYTS

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Je reçois des cœurs, des clips, des roses Des “smile”, des “câlins”, des bisous Des “kiss”, des “cool”, de nobles “causes” Des photos de Tizi Ouzou Il y a dans ma messagerie Vingt Katherine, dix Malinka Des filles d’Abidjan, de Russie, Qui veulent toutes vivre avec moi Facebook Facebook J’ai plein d’habits Quand je suis sur Facebook Facebook Facebook Mais dans la vraie vie... J'ai pas le look Ma boîte aux lettres est une auberge Où mille vendeurs de Viagra Se battent pour m’agrandir la verge Et me vendre des produits gras Mais pourquoi s’allonger l’asperge Pour jouer de la vuvuzela Y a des petits pornos quand tu cherches

A monter la Maïzena Facebook Facebook Je suis très sexy Quand je suis sur Facebook Facebook Facebook Mais dans la vraie vie... Je lis tous mes mails les pubs les spams Je lis tous les quotidiens en ligne Les blogs des Indignés d’Espagne ? A chaque minute mon Mac fait bling ! Je clique d’un doigt mes commentaires J’aime ou j’aime pas : c’est mon avis J’ai rien à dire, comment me taire Ces petits riens, c’est toute ma vie Facebook Facebook J’ai plein d’avis Quand je suis sur Facebook Facebook Facebook Mais dans la vraie vie... Je suis qu’un plouc Fait comme une couque J’ai pas le look Je me dégoûte Je pue le bouc

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Interview de Bertrand OGILVIE*, propos recueillis par Cedric TOLLEY**

Penser l’école ? Selon nous, un enjeu pour l’école est de dépasser les logiques de performance, de rentabilité et d’adéquation entre l’éducation des élèves et les impératifs productivistes pour permettre aux enfants de devenir des citoyens responsables et critiques en mesure de s’affranchir de réalités oppressantes, de participer collectivement à l’organisation de la vie sociale, économique, politique et de déterminer de manière autonome les façons de remplir leurs vies d’adultes. Bertrand Ogilvie nous donne un point de vue acerbe sur la réalité scolaire française dont bien des aspects sont transposables en Belgique. Gageons que nous aurons ici de meilleures marges de manœuvre et plus d’initiative pour suivre les quelques conseils avisés qu’il nous transmet dans l’entretien qui suit.

“Penser l’école conduit à faire la même chose autrement” *philosophe **Bruxelles Laïque Echos

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Y a-t-il un problème avec l’école ? Je ne peux pas vous parler de l’école en général, je ne connais bien que l’école française. Et elle a une particularité. Alors que dans les autres pays d’Europe, la question de la fabrication de l’identité nationale, de l’identité des individus et pour commencer des enfants, se fait selon des voies différentes et hétérogènes, la famille, les médias, la vie sociale, les églises, en France, l’école assume seule cette tâche. La France est un des rares pays à avoir tenté de supprimer la suprématie religieuse ou sa domination. Donc il y a un phénomène particulier en France, c’est le fait que l’école supporte à elle seule le poids d’une tâche politique qui dans les autres pays est répartie sur d’autres institutions. Ce qui fait que l’école en France est très difficile à transformer car toute expérimentation, toute innovation, tout laisser-aller institutionnel ou pédagogique, met en jeu cette question de l’identité politique, met en jeu la paix sociale comme disait Nico Hirtt. Ce poids extrêmement lourd entretient le fait qu’il n’y a pas de relais à l’extérieur. Pour dire les choses simplement, si des enfants ne sont pas scolarisés jusqu’au bout, intégralement, ils tombent dans une zone grise, une zone floue qui produit les problèmes des banlieues, cette espèce de zone de non-droit où l’on rencontre des enfants, des adolescents et des jeunes gens qui n’ont pas du tout affaire à ce que signifie s’articuler avec une collectivité nationale, parce qu’ils n’ont pas pu le faire à l’école, parce qu’ils ont perçu qu’elle n’était pas pour eux, et qu’ils sont donc tombés en dehors d’elle, dans le néant institutionnel et social en proie à des intégrations

locales, des situations familiales délétères, des bandes. Donc, il y a ce problème qui est très spécifique et qui fait que la France n’est actuellement pas capable de réformer son école pour prendre en compte ces populations d’enfants et d’adolescents qui sont sur une autre planète, qui sont autres, qui sont dans un autre monde. Ils ont pourtant besoin qu’on trouve le moyen de s’adresser à eux, de leur offrir une vision du collectif qui leur parle. Et nous ne sommes pas capables de faire cela parce que l’unique modèle qui est celui de l’intégration républicaine n’est pas en mesure de sentir le désarroi, la détresse, les excès comportementaux dangereux pour sa propre cohésion. Ce hiatus s’aggrave et nous avons de plus en plus, dans la population, une césure entre les gens scolarisés tant bien que mal et les autres. C’est vrai que cette scolarité soi-disant égalitaire est profondément inégalitaire, ce sont les problèmes classiques qui se posent là, à l’école républicaine, mais le problème original est qu’en dehors de ce canal de socialisation et de régulation, il Église n’ait plus de rôle à jouer en la matière, absolument pas, mais je constate qu’il y a une espèce de vide qui devrait être pris en charge par le politique mais que le politique néglige ou abandonne. Quand vous dites “la France n’est pas capable”, en quelque sorte, vous réifiez la France. Qui, en France, devrait prendre en charge de réformer l’école et de combler le manque dont vous parlez ? Oui, réifier la France, en réalité la France est très facile à réifier dans ce domaine

(Rires). Parce qu’il y a une grande homogénéité au niveau des mentalités, il y a une sorte d’attachement passionnel de la France à son école, à sa méritocratie et à ses principes éducatifs. Néanmoins, il est intéressant de constater la structure profondément ambivalente de cette école, qui depuis Jules Ferry, organise la répartition des inégalités sociales, sous le couvert d’une transmission égalitaire des savoirs, deux aspects indissociables l’un de l’autre, cette école est pourtant effectivement une école qui enseigne, qui possède une capacité d’enseignement et d’instruction extrêmement forte. Les enseignants français ont donc en main un instrument profondément ambivalent et qui jouit d’une très grande autonomie, c’est la clé du système éducatif français. L’enseignant français est le maître à bord de manière absolue. Quand il a fermé la porte de sa classe, il peut faire ce qu’il veut. Il trouvera toujours des légitimations et des textes qui lui permettent de ne pas appliquer les consignes à la lettre, il peut les tordre. Matériellement, il peut le faire. Mais majoritairement les enseignants ne le font pas, par conformisme, parce qu’ils reproduisent les procédures auxquelles ils ont été eux-mêmes soumis, ils les imitent, ils les répètent. Et aussi par peur de la population à laquelle ils ont affaire. Il y a une violence latente, même si elle n’éclate pas, une violence, une atmosphère d’inquiétude, d’angoisse, une atmosphère agonistique très profonde qui entraîne une sorte de pathologie psychique autant chez les enseignants que chez les enfants. L’école est une sorte de grenade dégoupillée, même dans les classes où tout se passe bien. Et dans ce dispositif, les enseignants ont une très grande

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responsabilité, parce qu’il suffirait de pas grand chose pour que cette grenade n’explose pas, pour qu’elle soit désamorcée complètement. Il suffirait d’accomplir un certain nombre de gestes simples, comme par exemple déconnecter le jugement sur les personnes du jugement sur les choses. C’est un élément fondamental, le fait que les enseignants ne parviennent pas à sortir de ces rôles de juges moraux portant sur les personnalités alors qu’en fait ils n’ont à juger que des choses, des œuvres, des textes, des travaux qui n’impliquent pas que la personnalité de celui qui les produit soit identique à ce qu’il donne à voir. Il y a donc la déconnexion ontologique, entre la chose et l’être, mais il y a aussi la déconnection temporelle. En la matière, des gestes simples peuvent être accomplis, par exemple : des élèves rendent un travail, il est nul, et bien je leur rends en leur disant que je le reprendrai quand il sera parfait. Je ne vais pas me servir de la nullité de ce travail comme d’un instrument policier et figer l’élève éternellement. Ce sont de petits gestes quotidiens qui font le cours des journées et des années scolaires qu’il faut changer. Parce que ces gestes créent une situation d’humiliation, de violence, d’asservissement des enfants qui deviennent de plus en plus polarisés par cette idée qu’il faudrait qu’ils soient conformes à des règles dont en même temps ils sentent tacitement la profonde inanité. Toutes ces réalités seraient assez faciles à contourner, à transformer, mais les enseignants ne le font pas. Ils sont très fautifs dans cette affaire. Les structures le leur permettent, donc eux ont en main énormément de possibilités dont ils ne font rien. Pourquoi ? Je ne sais pas.

Que ferait un législateur ou un gouvernement intelligent à cet égard ? C’est toujours la question piège... Tout se joue au niveau de la formation des maîtres, mais personne en France ne sait par quel bout il faut la prendre. Soit on réfléchi à cette formation en termes sacrés : c’est la vocation, c’est le charisme, la personnalité exceptionnelle des personnes qui y viennent etc. Soit au contraire on technicise la chose et on développe des méthodologies, des pédagogies qui sont toutes plus bureaucratiques et plus administratives les unes que les autres et rendent le travail d’enseignant identique à celui d’un bureaucrate. Dans les deux cas, ça ne fonctionne pas. Le législateur, le pouvoir organisateur devraient tout simplement modifier, sans changer les textes et les structures, les accents sur lesquels portent ce qu’est le travail d’enseignement, modifier essentiellement la question de l’espace et du temps. Cesser de consacrer que le rassemblement spatial d’un certain nombre d’élèves dans une classe en train d’écouter un maître est un lieu dans lequel quelque chose de l’ordre de la transmission s’opérerait : c’est absolument faux. On sait très bien qu’il y a une déperdition énorme. Donc, casser cet espace-là et casser cette temporalité-là. Cesser de faire de la temporalité scolaire une espèce de parcours du combattant où à chaque instant les enfants sont arrêtés, jugés, stigmatisés, pour qu’ensuite ils traînent cette stigmatisation longtemps. C’est assez facile à faire. Ça suppose d’agir beaucoup plus sur les mentalités que sur les structures.

Ça ne se fait pas, ça ne se fera pas, car qui à intérêt a ce que l’école change ? Les enfants qui souffrent de cette situation, qui en sortent mutilés, sans vraiment s’en rendre compte. Mais sinon personne d’autre n’y a intérêt, parce que cette structure est actuellement, en France, la seule qui permette de reproduire, de façon invisible, une structure sociale inégalitaire, de produire une société de classes et ce sentiment que rien d’autre n’est possible, qu’il n’y a pas d’alternative. Voilà pourquoi il n’y a aucune volonté politique réelle de transformer l’école qui serait pourtant si facile à transformer.

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Changer la société pour transformer l’école plutôt que changer l’école pour transformer la société ? Spéculer agréablement sur une démocratie à l’école alors qu’il n’y en a pas dans notre société, ça n’a pas de sens. Parce que nous ne sommes pas dans une démocratie, ce n’est pas la peine de nous raconter des histoires, nous sommes dans une sorte de ploutocratie. L’école est à l’image de la société et non l’inverse. Le vieux fantasme selon lequel c’est à l’école que nous allons transformer les bases de la société est évidement une illusion totale. Les gens qui sont dedans n’arrivent pas à ne pas le croire... C’est pourtant absurde.

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Par Alice WILLOX*

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“L’égalité est une des promesses les plus inachevées de la modernité” Eleni Verikas

Ce 22 septembre 2012, à l’occasion de l’évènement “La(ï)cité critique”, Robert Castel et Alain Touraine étaient invités à discuter d’égalité en dialogue avec Nouria Ouali et le public venu nombreux.

*Bruxelles Laïque Echos

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© La(ï)cité critique -22 septembre - photo Jérôme Baudet

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L’égalité n’est pas l’enjeu Tous deux ont entamé leur intervention par ce même postulat : l’égalité n’est pas l’enjeu constitutif du tournant de société que nous vivons actuellement. Pour Robert Castel, “nous sommes dans une société différenciée, stratifiée, diversifiée et même hiérarchisée. Dans cette société, l’égalité ne peut pas être une stricte égalité des conditions sociales au sens où tous les individus seraient identiques et interchangeables”. Il voit par ailleurs une certaine régression dans l’idée d’éga-lité absolue, rappelant l’expérience des pays du socialisme réel dans le courant du XXe siècle, et relève le paradoxe qui constitue le point de départ de sa réflexion : “certaines inégalités sont compatibles et sont peut-être même nécessaires pour réaliser la structure d’une société moderne”. Alain Touraine partage cet avis, soulignant que les inégalités ne sont pas si catastrophiques eu égard à la situation économique de l’Europe occidentale, et que le démantèlement de l’Etat providence n’a pas lieu comme c’est le cas en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Loin d’un plaidoyer pour les inégalités, les deux intervenants insistent sur le caractère périphérique de l’idée d’égalité pour les enjeux futurs. Interdépendance et économie réelle Bien évidemment, la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Robert Castel incrimine un nouveau régime du capitalisme qui “impose une concurrence exacerbée sous l’hégémonie croissante du capitalisme financier international” et dont les conséquences sont désastreuses en termes de “ dégradation des rapports de travail, chô-

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mage de masse et développement de la précarité (...). Un nombre croissant de gens ne tirent plus de leur travail des ressources et des protections suffisantes pour assurer un minimum d’indépendance économique et sociale”. Ce constat amène Robert Castel à montrer que les disparités économiques entre citoyens posent les uns et les autres sur des réalités si différentes qu’ils ne font plus partie de la même société, ils ne sont plus sur la même “planète sociale”. Il n’y a, en effet, plus rien de commun entre le PDG d’une entreprise du CAC 40 et un ouvrier spécialisé. Ce dont nous manquerions, plus que d’égalité, c’est d’interdépendance, phénomène qui s’avère pourtant constitutif d’un corps social. Alain Touraine n’est pas loin de ce constat alors qu’il pointe plus précisément un capitalisme qui s’est “envolé en dehors du champ de l’économie”. En effet, “la très grande majorité des capitaux utilisés en circulation n’ont plus de fonction économique”, c’est-à-dire qu’ils ne servent plus à une économie réelle mais bien à une spéculation mondialisée. L’argent, dans sa globalité, sert majoritairement à faire de l’argent. “Nous sommes passés d’une société d’entreprise à une société de marché qui peut être une société de marché sans entreprise. De même que vous avez des entreprises sans marché, comme vous avez des gens sans travail”. Notre contexte sociétal post-moderne est marqué par l’incertitude et les notions de démocratie, d’éducation, de ville… ne font plus sens commun. Alain Touraine voit un lien direct entre cette perte de sens et la disparition des normes légales liées à la gestion des ressources : salaire, durée de travail, hiérarchie… “Le social n’a plus de sens à partir

du moment où la matière première, les ressources, sont utilisées hors société”. C’est donc bien sûr dans les normes légales et les droits qu’on peut situer le véritable enjeu des années à venir. Quelles pistes pour changer de paradigme ? Comment refaire société ? Quelles pistes pour consolider ou recréer nos interdépendances ? Comme explicité plus haut, Robert Castel préfère à l’idée d’un combat pour l’égalité celle d’une lutte contre la segmentation sociale. Il propose à cette fin deux idées à soumettre à réflexion. D’une part, il pourrait être pertinent d’instaurer un revenu maximal. Cela serait un premier pas pour une diminution d’“inégalités scandaleuses dans le traitement dont bénéficient les hyper privilégiés”. D’autre part, plus solide qu’une allocation minimum qui en définitive risquerait de n’assurer qu’un médiocre revenu de subsistance, Robert Castel lui préfère une sécurité sociale minimum garantie, “un peu à l’image du salaire minimal garanti pour le travail”. Ces deux mesures afin d’éviter les “sorties vers le haut ou vers le bas” de la société. Ces propositions s’inscrivent dans l’idée de la négociation d’un pacte keynésien1 modernisé. C’est-à-dire un nouveau compromis social, plus ancré dans une société mondialisée et les exigences de flexibilité et de mobilité qu’elle induit. Plus en amont, Alain Touraine pose la question de la mobilisation. Nous serions aujourd’hui dans un monde de spectateurs dont la scène est vide. Ce dont nous manquons aujourd’hui, c’est d’acteurs agissants. “Tant qu’il y aura déficit

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d’acteurs représentants les travailleurs, nous irons de manière accélérée vers la catastrophe. Il ne s’agit pas de redistribuer, ni d’augmenter les salaires. Tout ça ce sont des objectifs respectables. Mais c’est inatteignable, c’est du baratin si vous n’arrivez pas d’abord à recréer des acteurs”. La condition première pour lutter contre les inégalités se situe donc dans notre capacité à nous lever, à nous indigner, à retrouver notre capacité d’agir. Les deux intervenants appellent à une remobilisation et à un réinvestissement dans les syndicats. Où situer les limites de notre territoire démocratique ? On le voit bien à travers les questions du public, sur l’opportunité d’agir et les pistes d’actions, il s’agit également de comprendre sur quel niveau de pouvoir nous avons encore prise. Que reste-t-il de la souveraineté nationale ? Les contraintes budgétaires européennes et le poids de la finance internationale laissent à penser que les Etats nationaux sont bien peu à même de s’émanciper du modèle d’austérité dominant. Wendy Brown a analysé ce phénomène à travers plusieurs de ses ouvrages et l’identifie comme un facteur de dé-démocratisation : “(…) au cours du dernier demisiècle, le monopole [des] divers attributs des Etats nations a été sévèrement compromis par la croissance des flux internationaux de capitaux, de population, d’idées, de ressources, de marchandises, de violence et de fidélités politico-religieuses. Ces flux font éclater les frontières qu’ils traversent, et à l’intérieur, ils cristallisent pour former des forces : ainsi, la souveraineté des Etatsnations se trouve compromise à la fois sur leurs bords et au-dedans2”.

Pour Alain Touraine et Roberte Castel, il s’agit surtout de réinvestir ce lieu de pouvoir qu’est l’Etat national. Alain Touraine soutient que les problèmes proprement politiques, comme ceux de l’égalité, concernent à titre principal les Etats nations, et qu’il s’agit par ailleurs de les harmoniser au niveau européen. Robert Castel appelle de même à reconstruire des politiques, et écorche au passage les mouvements du type des Indignés, à qui il reproche le développement d’une “idéologie individualiste de la revendication avec la méfiance à l’égard des appareils, des collectifs, du politique et de l’Etat”. On pourrait leur opposer la vision rancièrienne3 qui définit la fonction de ces appareils comme la gestion du statu quo et situe la politique dans les interstices de ces champs de gestion. Mais tel n’est pas le postulat épistémologique des orateurs de cette rencontre. Les appareils d’Etat constituent un lieu privilégié de lutte et la question se pose plus du côté des acteurs que du côté des dispositifs. Qu’on se situe dans une lutte interne ou périphérique, il semble que se pose nécessairement la question des limites de notre territoire d’action, et le public n’a pas manqué d’interpeller à plusieurs reprises les deux sociologues à ce sujet, sans trouver consensus.

êtres humains, prenant pour exemple paradigmatique les Etats bolchéviques du XXe siècle. Au risque de ne répondre ici que par des banalités, on peut pourtant rappeler avec raison que le contraire de l’égalité est bien l’inégalité, et non la différence. Pourquoi, sur le thème de l’égalité, surgit inlassablement le spectre de l’uniformisation ? Certes, nos intervenants ont pris le temps dont ils disposaient pour expliciter leur point de vue en nuance. Néanmoins, il faut pointer, avec insistance, que l’argument ici présenté est celui-là même que nous assènent les défenseurs du capitalisme néolibéral. En effet, la critique antiégalitariste ne se lasse de prétendre que la garantie de l’égalité réelle ne peut passer que par l’instauration d’un système stéréotypal et liberticide. Alain Bihr, dans ses ouvrages, leur répond par le contredit : “pas plus que l’égalité n’implique l’identité (l’uniformité), l’inégalité ne garantit la différence. Bien au contraire : les inégalités de revenus génèrent des strates ou couches sociales au sein desquelles les individus sont prisonniers d’un mode de vie et d’un style de vie, qu’ils sont plus ou moins tenus de suivre4”. Ce qu’Alain Bihr défend dans son argument, c’est qu’au contraire, l’égalité réelle est garante de singularités individuelles puisqu’elle offre de plus larges perspectives d’existence.

L’égalité n’est pas l’enjeu… Vraiment ? Reprenons l’introduction commune aux deux intervenants : une certaine dose d’inégalité n’est pas scandaleuse, à la condition qu’elle maintienne par régulation l’intersolidarité nécessaire à la constitution de corps sociaux, et d’acteurs agissants. Robert Castel craint pour sa part l’égalité absolue en tant qu’indifférenciation des

Il réside certes, en partie, un débat simplement sémantique dans ces points de vue. Il va de soi que Robert Castel et Alain Touraine ne plaident pas pour une société inégalitaire et que leurs interventions donnent à réfléchir pour une société plus juste. Cependant, dans le contexte d’une mise en perspective des enjeux à venir pour notre société, on peut se demander quelle

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position stratégique occuper. Le prêt-àpenser néolibéral et sa prodigieuse faculté de récupération de concepts intellectuels forcent à poser la question de savoir s’il est stratégiquement raisonnable de lutter pour des inégalités régulées ? Peut-on vraiment, face à cette machine infernale qu’est le néolibéralisme mondialisé, défendre un compromis et transiger sur l’idéal de l’égalité réelle ? Ne risque-t-on pas d’abandonner l’espoir d’un changement structurel au profit d’un nouveau cycle de négociations sociales qui aboutiraient au statu quo ?

John Meynard Keynes est un économiste britannique (1885-1946) partisan du libre échange conditionnel, c’est-àdire d’un capitalisme encadré par des lois et des institutions de façon à ce qu’il soit compatible avec le plein emploi. 2 Wendy Brown, “Nous sommes tous démocrates à présent”, in Giorgio Agamben & Alain Badiou & Daniel Bensaïd & Wendy Brown & Jean-Luc Nancy & Jacques Rancière & Kristin Ross & Slavoj Zizek Démocratie, dans quel état ?, Paris, La fabrique éditions, 2009 ; cf. le livre examen de cet ouvrage par Alexis Martinet dans Bruxelles Laïque Echos, n°73, pp. 46-48. 3 Jacques Rancières est un philosophe français contemporain. Sa pensée politique se construit notamment autour d’une distinction entre la police (le maintient du statut quo) et la politique (un processus d’émancipation). 4 Alain Bihr, La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitaliste, Lausanne, Page Deux, 2007. 1

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Les questions de la définition de l’égalité et de la forme que celle-ci peut prendre dans une militance pour une société plus juste, ainsi que celle du territoire démocratique, restent donc ouvertes. Dans les deux cas, c’est la problématique de l’action et de la stratégie de lutte qui est pointée. Le mouvement laïque porte en son sein un engagement pour l’égalité des êtres humains qui l’invite à continuer la réflexion sur cette question, y compris sur les conditions de possibilités de mobilisation. Ces interrogations pourraient assurément être prolongées et nourries à l’occasion d’une rencontre à venir.

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Par Sophie LÉONARD*

Pour en finir avec la mondialisation néolibérale

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De l’indignation à l’engagement Ils font tous trois partie du Collectif Roosevelt qui appelle, en France, à une vaste mobilisation pour sortir de la crise globale sans précédent qui touche notre planète. Cynthia Fleury, Susan Georges et Stéphane Hessel étaient réunis à Bruxelles le 22 septembre dernier lors de la rencontre “La(ï)cité critique” pour un atelier sur les voies possibles d’une mondialité davantage porteuse de justice sociale et respectueuse de l’environnement. Un échange porteur d’espérance.

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“Chacun de nous peut changer le monde. Même s’il n’a aucun pouvoir, même s’il n’a pas la moindre importance, chacun de nous peut changer le monde” écrivait Václav Havel quelques semaines après la chute du Mur de Berlin. En 1989, ce sont des femmes et des hommes “sans la moindre importance” qui ont changé le cours de l’Histoire. Vingt ans plus tard, le système néolibéral s’effondre à son tour. C’est à nous, les citoyens, de dire dans quelle société nous voulons vivre. Société d’injustice et de chaos ou société d’équilibre et de convivialité ? A nous de choisir. A nous d’agir.” Collectif Roosevelt 20121

Lutter contre l’oligarchie financière Agir. Dépasser l’indignation pour passer à l’engagement. Une nécessité absolue selon l’auteur du désormais célèbre Indignez-vous !. Pour Stéphane Hessel, liberté et responsabilité vont en effet immanquablement de pair. “Si nous voulons essayer d’être libres, il faut nous dire responsables. Par conséquent, il ne faut pas laisser à d’autres le souci de changer ce qui est inacceptable dans le fonctionnement du monde aujourd’hui. (…) Il faut que nous interprétions la crise qui nous frappe comme la nécessité à nous préparer à un monde très différent de celui avec lequel nous vivons depuis maintenant une trentaine d’années : un monde de la compétition universelle, du “toujours plus”, de la cupidité des oligarques”. L’ennemi est clairement identifié pour ce résistant infatigable : une oligarchie financière qui profite pleinement de la situation actuelle et n’a aucune envie que cela change. Mais pour pouvoir les “déboulon-

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ner”, il faut d’abord “les reconnaître, savoir qui ils sont, comment ils sont organisés, pourquoi ils ont la force qu’ils ont !” Une prise de conscience qui doit encore s’élargir, notamment au niveau de l’influence des lobbies aujourd’hui sur le pouvoir politique. La crise actuelle est donc avant tout celle d’une mondialisation néolibérale où la finance domine désormais tout le reste : l’économie réelle, la société, l’environnement. Susan Georges souligne la nécessité d’inverser l’ordre de ces cercles de pouvoir en plaçant l’écologie, encore faiblement considérée par le pouvoir politique, au premier plan. Reconnaître les limites de la planète, les lois naturelles est un préalable indispensable. Le deuxième cercle de pouvoir devrait alors reposer sur une société organisée démocratiquement. A ce niveau, la fondatrice d’ATTAC s’inquiète de la progression d’une “anti démocratie” au sein des institutions européennes. “Il y a une crise démocratique gravissime, en particulier en Europe, où on

limite tous les jours un peu plus notre démocratie, à tel rythme que l’on n’arrive pas à être à jour sur les nouvelles atteintes contre nos libertés et nos capacités de gérer l’avenir”. Ensuite, dans les dernierscercles de pouvoir, arriverait alors l’économie réelle qui est “la vraie source de travail” et enfin, la finance qui ne doit, selon elle, n’être qu’“une servante de l’économie réelle”. “Il y a à faire” Alors que le sentiment d’impuissance prédomine largement sur les manières de sortir de cette crise structurelle aux multiples facettes : financière, économique, sociale, politique, culturelle, environnementale, alimentaire… il s’agit en effet avant tout de montrer qu’“il y a à faire”, souligne Stéphane Hessel. Défendre nos idées d’abord. Face à l’hégémonie culturelle d’une “pensée étriquée, égoïste, antisociale, antisolidaire, anti égalité” propagée par ceux que Susan

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Georges nomme les gramsciens de droite2, qui ont compris l’intérêt des idées et ont investi leurs lieux de production et de diffusion. “Nous ne défendons pas suffisamment nos idées, parce qu’il est évident pour nous qu’elles sont bonnes. Que c’est mieux d’être solidaire qu’égoïste. Mais tout le monde ne pense pas comme ça !”. Il s’agit aussi de favoriser la connaissance. “Qui dans cette salle peut expliquer les enjeux du T.S.C.G.3 ?” lance-t-elle à l’assemblée présente. Pour Cynthia Fleury, il nous faut renouer avec une conception révolutionnaire de la citoyenneté, non plus seulement considérée comme un dû, mais aussi comme un devoir et surtout une compétence. Comme Stéphane Hessel et Susan Georges, elle constate un fonctionnement insatisfaisant de nos démocraties représentatives dans lesquelles le vote est devenu “un système d’arbitrage du moins pire”. “Notre citoyenneté doit donner naissance à une expertise. Nous avons à penser une participation plus rigoureuse et davantage régulatrice des affaires publiques”. La philosophe française encourage le développement de “majorités qualifiées citoyennes” : collectifs, associations, manifestes qui dépassent le

déclaratif pour constituer des boîtes à idées et formuler des propositions concrètes. A l’instar des quinze mesures défendues par le Collectif Roosevelt, dont la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, la création d’une vraie taxe sur les transactions financières ou le développement d’une économie sociale et solidaire. Qu’elles concernent encore la taxation du CO2, l’annulation de la dette, la transition écologique et énergétique, la constitutionnalisation du droit à l’environnement, l’adoption d’une nouvelle Déclaration de Philadelphie sur l’harmonisation du droit du travail et de la protection sociale, l’élaboration de nouveaux indicateurs de richesse, le renforcement d’une gouvernance mondiale, sa matérialisation dans les Parlements nationaux, la présentation de listes issues de la société civile aux élections européennes… les propositions ne manquent pas. “On est loin d’un désert d’idées”, constate Cynthia Fleury. “Nous savons comment sortir de la crise, mais pour l’instant, nous ne le faisons pas. La société civile doit comprendre qu’elle a une obligation de pression, une obligation d’offensive – démocratique bien sûr ; elle doit avoir une efficacité plus forte”. Un

constat également partagé par Susan Georges soulignant que des quantités d’expérimentations sociales et économiques commencent à être aujourd’hui conséquentes. Se référant à Antonio Gramsci, elle souhaite allier optimisme de la volonté et pessimisme de l’esprit. “Nous avons les idées. Il faut être unis, faire jouer le nombre. Il faut leur faire peur, c’est la seule chose qu’ils comprennent”. L’important est de ne pas se décourager, insiste Stéphane Hessel. “Les forces qui essaient d’imposer à la mondialité leur façon de la concevoir ne sont pas plus puissantes que n’importe quelle autre force. Elles ont besoin que les hommes et les femmes considèrent qu’ils n’ont rien à faire pour que cela change. Ils ont tort. Ces forces-là ne résisteront pas à une volonté ferme, une volonté de réforme du fonctionnement du monde, substituant à ce qui a été un monde de cupidité, de concurrence souvent déloyale, de compétitivité à tout crin à un monde de compassion, de respect mutuel, de solidarité.” La figure tutélaire du mouvement des Indignés en est convaincu : “ce monde-là est possible. Il existera si nous sommes assez nombreux pour le vouloir”.

http://www.roosevelt2012.fr/ Lire “La pensée enchaînée. Comment les droites laïque et religieuse se sont emparées de l’Amérique”, Editions Fayard, 2007. 3 Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance. 1 2

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Propos recueillis par Paola HIDALGO NOBOA*

Entretien avec Susan Georges, sur les enjeux de la mondialisation

Deux urgences et deux espoirs

pour l’avenir des Lumières Nous avons demandé à Susan Georges de se prêter à un exercice de prédiction de l’avenir. Elle a bien voulu jouer avec nous, même si elle nous a avertis que, à ce jeu, on se trompait toujours ! Mais ne vous y méprenez pas ! Ce n’est pas au travers de la divination que nous avons approché la Laïcité critique, le 22 septembre passé. Il est plutôt question ici de craintes et d’espoirs concernant la mondialisation.

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usan Georges, héritière des Lumières, relève le pari ambitieux d’aborder les valeurs d’une des périodes les plus glorieuses de l’Europe dans le contexte tumultueux et trouble de ce début de millénaire, où les frontières éclatent et, surtout, où la légitimité des valeurs portées par les Lumières semble être questionnée, entre autres, par des défis qui n’ont pas encore pu être complètement intégrés dans des mouvements comme le nôtre.

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Première urgence : l’environnement Partons du plus fondamental : le monde que nous habitons. Les données scientifiques sont sans appel. La Terre se réchauffe. “S’il ne s’agissait que de la politique, de la société, on aurait le temps. Il faut beaucoup de patience, mais c’est possible. Avec le climat, on n’a pas le temps”. Malgré les voix de plus en plus nombreuses qui se lèvent pour dénoncer les effets dévastateurs qu’engendreraient ne fût-ce que quelques degrés de plus dans notre atmosphère et malgré les victimes des catastrophes climatiques, de plus en plus nombreuses d’année en année, les engagements lors des conférences des Nations unies sur l’environnement (à Cancún et Copenhague, pour citer les plus emblématiques) semblent demeurer bien en deçà de l’urgence que ce problème pose à l’espèce humaine. Susan Georges craint cette menace qui pèse directement sur les populations qui habitent dans les zones fragiles, comme

au Pakistan, qui compte plus de deux millions de déplacés, suite aux inondations en 2010. En effet, à l’heure où dans l’ensemble du Sud-ouest asiatique, on dénombre près de 42 millions de réfugiés du climat, la question des droits humains est plus que jamais indissociable des enjeux environnementaux. “On avait une fenêtre d’opportunité pendant les années 80. À ce momentlà, on aurait pu investir dans une transition énergétique. On ne l’a pas fait”. Les effets commencent à bouleverser le monde. Au cours des décennies précédentes, les droits de l’Homme étaient en général mis à mal par les régimes totalitaires. Actuellement les choses se sont complexifiées du point de vue des responsabilités : les politiques énergétiques et les modes de consommation des pays les plus industrialisés seraient tout aussi questionnables que les dictateurs pour ce qui est des menaces à l’encontre de l’émancipation, de la sécurité et du bien-être des personnes dans certaines zones du monde. Et indirectement ? “La réaction sera de fuir des endroits devenus inhabitables, tout simplement pour subvenir aux besoins pour l’agriculture, pour l'eau et les besoins de tous les jours. Il y aura de plus en plus de déplacements de population. Ce qui est dramatique, c’est que parallèlement aux exodes massifs qui s’annoncent, nous serons témoins de l’hostilité croissante de l'autre côté. Nous verrons ainsi surgir davantage d'Etats forteresses et de plus en plus de discriminations contre les migrants, contre les gens qui arrivent de l’autre côté de la frontière en cherchant simplement à sur-vivre”.

Dans un tel contexte, les mouvements qui visent à défendre des idéaux démocratiques, gagneraient à intégrer dans leur réflexion les données environnementales et technologiques récentes qui n’ont pas toujours été un facteur décisif, à l’époque du développement industriel exponentiel des XVIIIe, XIXe et surtout XXe siècles. A l’heure où certains scientifiques parlent de l’avènement d’une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène, pour attirer l’attention sur la magnitude de l’impact de notre modèle de développement sur la planète, nous devrions revisiter certaines notions qui nous sont chères, comme celle de “progrès”. Deuxième urgence : la démocratie Ce développement industriel sans précédent et le développement technologique qui l’accompagne crée des nouvelles conditions et, surtout, des nouveaux rythmes de fonctionnement dans les sphères de décision : “Nous sommes héritiers de ces Lumières qui ont inspiré à la fois la révolution américaine et la révolution française. Tous les mouvements émancipateurs que nous connaissons, découlent des idéaux laïques, égalitaires, pour la liberté… Ce sont des idéaux précieux. Actuellement, qu’est-ce qui menace ces valeurs ? D’une part, le capitalisme menace toutes les conquêtes pour plus d’égalité et plus de liberté à travers l’accumulation effrénée du “capital”. D’autre part, cela s’est accéléré par la vitesse de la finance. La démocratie est lente, la finance est rapide. En un clic, sont prises des décisions qui ont un impact sur des pans entiers de la population. Tant

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qu’on n’aura pas mis la finance sous tutelle, on est mal parti. Il faut lutter sur le plan européen et mondial…”. Depuis le XVIIIe siècle, le progrès scientifique a certainement permis de développer des conditions toujours plus abouties de bien-être (voire de confort) pour une partie de la population. Néanmoins, ce même progrès reste petit face à l’exigence en termes d’alternatives face à des grands défis de notre temps. À l’heure des frontières éclatées, des espaces réinventés par la technologie et les moyens de communication, les dérivés technologiques accélèrent la cadence de la prise des décisions, aux dépens d’un salutaire temps de réflexion, d’analyse et de réaction de la sphère politique et des mouvements sociaux. Nous ferions donc face à un autre défi : celui d’une accélération de la prise de décisions, poussée par l’organisation ultra-technologique inhérente au monde de la finance et son décalage par rapport aux structures de construction de la démocratie. “Vers la fin des années 1990, la prise de conscience a commencé à prendre de la place. Maintenant, cela sera de plus en plus une course de vitesse : la conscience ou le progrès de la finance et les capacités des élites pour l’étouffer. C’est une course inégale, mais pas tant que ça car les élites qui sont anti-libérales (au sens de la liberté politique) ont l’argent, mais pas le nombre. Nous, nous sommes nombreux, nous avons les idées, la technique, le savoir-faire pour certaines améliorations… Collectivement, nous avons des moyens, alors il ne faut pas

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être fataliste. La lutte est inégale en termes de communication et d’organisation, car les anti-lumières sont très organisés et n’ont qu’une seule idée. Nous par contre, nous sommes multiples. La démocratie, c’est la diversité, alors cela oblige à prendre du temps, à aller à un autre rythme”. Dans ce contexte-ci, “passer à la vitesse supérieure”, prend tout son sens. Comment mettre en place des processus décisionnels au niveau politique et de la société civile mondialisée qui puissent suivre le rythme effréné de la finance ? Est-ce que c’est possible autrement qu’en la mettant sous tutelle, comme le suggère Susan Georges ? La solidarité et la désobéissance comme seuls espoirs Dans la balance, ce qui pèse en faveur de ceux qui défendent les idéaux de liberté et d’égalité, c’est l’accès aux mêmes moyens technologiques que ces élites économiques et financières qui donnent le ton des rapports sociaux. Les conditions pour rattraper la tête du peloton de cette course inégale sont là. Néanmoins, il est plus urgent que jamais de les mettre au service de la solidarité. “Actuellement, s’il y a une grève en Suède ou en Finlande, les Belges ne se sentent pas concernés. De même, peu de Français se sentent concernés par ce qui se passe en Grèce. Or, la Grèce est un laboratoire où l’on veut tester combien de privations on est prêt à supporter. C’est une expérimentation indigne des gens civilisés ! Mais il ne s’agit pas de quelque chose de nouveau. Dans les années 1990, les

mêmes expériences de laboratoire se déroulaient dans les pays du Sud”. Il est difficile de se sentir concerné par un problème tant qu’on n’a pas encore souffert de privation au niveau de ses droits. Une question – toujours la même – surgit : comment développer la solidarité ? La solidarité envers nos semblables et, par la même occasion, le souci de ce qui nous porte tous : la planète que nous partageons. Pendant plusieurs décennies, la solidarité internationale était posée surtout comme une question de rééquilibrage entre les pays riches “au Nord” et les pays pauvres “au Sud”. Actuellement, ce découpage semble tomber en désuétude, mais pas la nécessité de penser les enjeux de manière globale car “les réponses locales sont importantes et nécessaires, mais rien ne pourra se résoudre, les valeurs qui sont aujourd’hui en danger ne pourront pas être défendues sans que les mouvements sociaux ne se mondialisent aussi à leur tour”. Les traités européens, dits “de stabilité, de coordination et de gouvernance” et les programmes d’ajustement structurel qui en découlent, ainsi que la sacro-sainte austérité, sont des mécanismes de recul social extrême, selon Susan Georges. Néanmoins, des exemples de désobéissance voient le jour. “Rien ne s’est passé là où on a refusé de payer une partie de la dette à la Banque Mondiale et où on a désobéi au Fonds Monétaire International. Il y a eu des audits de la dette, par exemple. C’est exactement ce que nous recommandons pour la Grèce. Il faut évaluer ce

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Ces pistes d’action, résolument tournées vers la solidarité internationale et intergénérationnelle (puisque prendre en charge les défis environnementaux permettrait de laisser une planète vivable pour les générations futures), ont pris corps lors de la grande mobilisation européenne du 14 novembre passé où, pour la première fois, un seul mot d’ordre a réussi à mobiliser les citoyens et citoyennes au Nord et au Sud de l’Europe : “non à l’austérité”. Nous sommes face au démarrage d’une nouvelle forme de solidarité au niveau européen.

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Par Mathieu BIETLOT*

Le droit à l’égale mobilité L’atelier de La(ï)cité critique dédié aux migrations, autour de Catherine de Wenden, Andrea Réa et Benoît Van der Meerschen, a souligné combien notre monde valorise la mobilité. Les efforts absurdes des Etats pour empêcher ou réfreiner certaines migrations – principalement celles des populations appauvries – sont donc sources de contradictions. Les intervenants ont suggéré de sortir de la logique du risque migratoire et du traitement principalement sécuritaire qui en est fait. S’il faut apporter d’autres réponses au phénomène migratoire, il importe aussi de relativiser sérieusement ce prétendu risque : tout le monde ne souhaite pas quitter son pays ni venir en Europe. Actuellement seuls 3% de la population mondiale migre et la majorité des déplacements se font du Sud vers le Sud. Rien ne permet de prédire qu’une politique de migration plus ouverte augmenterait de manière exponentielle les arrivées en Europe. Nous devons aussi prendre conscience que notre continent a besoin de migrations et que l’avenir est à la mobilité. L’État qui s’acharne à y résister sera perdant au final. Il ferait mieux d’accepter que les temps changent et qu’il doit se transformer. *Bruxelles Laïque Echos

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n conclusion, l’atelier invitait le mouvement laïque à plaider pour un droit à la migration pour tous. Pour y parvenir, nous devrons aussi changer notre perception des migrations. Parler de la liberté de circulation ou de droit à la mobilité – qui fait d’ailleurs partie des droits fondamentaux – plutôt que de migrations serait déjà un pas en ce sens. Au lendemain de ce 22 septembre est née l’idée de rédiger un argumentaire invitant à une prise de position du Centre d’Action Laïque en faveur de la liberté de circulation. En voici une esquisse.

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La question récurrente des sans-papiers, de leur mobilisation et de la nécessité de régularisations – de temps en temps entendue par le ministre en fonction – souligne que les politiques régulières de migration ne fonctionnent pas, ne sont pas adaptées au mouvement des migrants dans le monde d’aujourd’hui. Au lieu de régulariser toutes les x années des irrégularités massives, ne faudrait-il pas revoir la règle ? On peut faire la même analyse au sujet des débordements et crises régulières des structures d’accueil des demandeurs d’asile. Plus profondément, toutes les politiques de migrations et d’asile qui prétendent mettre en œuvre une maîtrise ferme et imparable de la mobilité des humains se révèlent un échec : Elles sont extrêmement coûteuses aussi bien au niveau des finances publiques qu’en termes de respect de la dignité, des droits et même de la vie humaine. Elles ne se perpétuent qu’au prix – financier et symbolique – de récurrentes condamnations de la Belgique par la Cour européenne des

droits de l’Homme, le Comité de Prévention de la Torture du Conseil de l’Europe, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, etc. Elles sont néfastes en ce qu’elles véhiculent une image négative de l’étranger, entretiennent les peurs et les fantasmes de la population, sapent les fondements de la démocratie et du vivre ensemble, nuisent à la présence des étrangers déjà sur le territoire et les installent dans une précarité qui se propage dangereusement de couches sociales en couches sociales. Elles creusent le fossé entre pays d’émigration et d’immigration, elles attisent les tensions mondiales et alimentent indirectement les actes de rébellion, de ressentiment ou de fanatisme de populations dominées depuis trop longtemps par l’arrogance occidentale1. Elles sont contreproductives dans la mesure où elles entretiennent le mythe de l’eldorado européen (s’il est si bien gardé, c’est qu’il s’agit vraiment d’un continent de cocagne), elles font le jeu des passeurs et autres réseaux malhonnêtes et elles installent durablement dans nos pays des migrants qui, s’ils pouvaient circuler librement, repartiraient peut-être après n’avoir pas trouvé ce qu’ils cherchaient. Elles sont hypocrites car elles ne parviennent absolument pas à maîtriser le phénomène migratoire et se limitent bien souvent à de la rhétorique, des effets d’annonce et quelques mesures ou dispositifs très visibles tels que les centres fermés destinés à terroriser les étrangers et rassurer une population nationale qu’on aura au préalable inquiétée. Elles en arri-

vent à tolérer pratiquement une majorité de clandestins sans les tolérer discursivement, à les précariser sans leur accorder de droits et à en expulser une minorité pour l’exemple. Cette inefficacité et ces contradictions résultent du fait que, fondamentalement, ces politiques sont irréalistes. La mobilité constitue un phénomène ancestral, propre à l’humanité et plus encore à l’histoire de notre civilisation récente (la Renaissance et la Modernité n’auraient pu advenir sans la découverte des Indes et des Amériques). Elles existeront toujours et rien ne les arrêtera. De nos jours, elles se sont trouvées considérablement aiguillonnées et accélérées par ce qu’on appelle la globalisation. Celle-ci démultiplie les motifs d’exils et facilite d’une manière inouïe les déplacements. Elle incite aux circulations infinies (des capitaux, des marchandises, des services, des informations, des travailleurs), valorise la liberté et célèbre la mobilité (spatiale, sociale, professionnelle, scolaire, affective…). Comment s’étonner, dans un tel environnement et enivrement, que les damnés de la terre se mettent à leur tour en route pour réclamer leur part de globalisation ? Toutes ces politiques posent au final beaucoup plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Irréalistes, inefficaces, contreproductives, génératrices d’effets pervers, pourvoyeuses de trafics criminels et mafieux, attentatoires aux libertés individuelles… Comme on le voit, ces politiques d’asile et de migration peuvent faire l’objet d’une critique similaire à la critique laïque des politiques de prohibition des drogues2.

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Parce que les laïques veulent être lucides et réalistes face au monde d’aujourd’hui et de demain, ils doivent promouvoir une politique qui accompagne, encadre, garantit les conditions dignes de cette mobilité qu’il est vain de vouloir prohiber. Parce que les laïques sont attachés aux droits humains et aux valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité, ils doivent promouvoir une politique de migration qui permette une égale mobilité de tous les êtres humains sans qu’elle fasse l’objet d’une quelconque exploitation (aujourd’hui certains sont encouragés à circuler toujours plus facilement en business class, tandis que d’autres voyagent dans les soutes des avions et les circuits clandestins de l’exploitation). On peut montrer que toutes les étapes actuelles d’un parcours de migration ou d’asile sont sources d’infractions aux traités de sauvegarde des droits humains et que pour respecter ceux-ci scrupuleusement, il faudrait remettre en question la plupart des lois et procédures relatives à l’asile et à la migration. Le seule politique de mobilité respectueuse des nos valeurs et conforme au mouvement du monde est la liberté de circulation pour tous3. Comme toutes les libertés publiques, la liberté de circulation doit, pour être effective, se trouver encadrée, régie et protégée par des garanties et des instances publiques capables de les faire respecter (il ne s’agit pas d’ouvrir du jour au lendemain toutes les frontières). La liberté de circuler doit être foncièrement assortie du principe d’égalité de droits, de traitement, de devoirs et de participation.

Il s’agit d’un objectif, d’un cap, à atteindre par étapes progressives. Celles-ci pourraient être la suppression des centres fermés et des retours contraints (avec une tolérance pour les quelques milliers de personnes qui ne respectent pas les ordres de quitter le territoire comme on le fait avec la fraude fiscale) ; ensuite la suppression des visas court séjour (comme c’est déjà le cas pour les Européens au sein de l’Espace Schengen) permettant à chacun d’entrer sur un territoire pour y entamer des procédures de séjour ; ensuite l’instauration d’un droit de séjour automatique d’une certaine durée permettant au migrant de chercher à mettre en œuvre son projet de vie dans le pays d’arrivée… La mise en œuvre progressive d’un tel objectif impliquera d’autres remises en question et réformes : du système social, de l’organisation du travail, de la fiscalité, du commerce international… Autant de domaines qui sont déjà en crise ou sources de crise et qui devront de toute façon être réformés, si nous ne voulons pas que le monde coure à sa perte. Les autres articles de ce numéro de Bruxelles Laïque Echos en témoignent. Notons toutefois qu’une partie de ces changements pourraient se développer d’eux-mêmes si l’on acceptait la présence des migrants au lieu de la tolérer en la niant officiellement. Lorsque la taille d’une population change, comme en cas de pic de natalité, ses structures productives et sociales se modifient presque spontanément. Il y a plus de monde à nourrir mais plus de forces vives pour produire la nourriture ; il y a plus de charges sociales et besoin de plus d’infrastructures mais plus de travailleurs qui cotisent et de consommateurs qui payent la TVA. De nombreuses

études révèlent l’impact positif des migrations légales sur toute une série d’indicateurs économiques4. On peut montrer aussi qu’une plus grande mobilité contribuerait modestement à réduire l’écart Nord Sud. Déjà aujourd’hui, les migrations financent davantage le développement des pays pauvres que tous les programmes de coopération occidentaux. Une telle évolution nécessitera également des changements de mentalités et beaucoup de pédagogie afin qu’elle ne crée pas trop de heurts, de tensions, de frustrations, en particulier dans le champ de l’interculturalité. Mais il fait partie des devoirs des gouvernements et de la société civile de préparer la population, d’accompagner et d’expliquer afin de rendre compréhensibles et légitimes, les évolutions dictées par l’intérêt général et le respect de nos principes fondamentaux5. Ici aussi, le mouvement laïque a un rôle décisif à jouer. 1 Voir Jean Ziegler, La haine de l’Occident, éd. Albin Michel, 2008. 2 Voir Bruxelles Laïque Echos, n°60 : “Avaler la pilule de la prohibition ?”, 1er trimestre 2008. 3 Il n’est pas vain de rappeler que la liberté d’aller et venir fait partie intégrante des droits fondamentaux consacrés par la plupart des conventions internationales. Certes ces textes garantissent le droit de circuler au sein d’un Etat et de quitter tout pays, y compris le sien, sans prévoir le droit d’entrer dans un autre Etat. Sur une planète entièrement compartimentée et saturée en Etats nationaux, cela pose un problème logique, soulevé par nombre de juristes, auquel il serait temps de remédier. 4 Pour ne citer que la moins suspicieuse, la Banque Mondiale estimait dans son rapport 2006 que la main d’œuvre immigrée dans l’ensemble des pays industrialisés “a dégagé un revenu supplémentaire de 160 milliards de dollars, soit davantage que les gains réalisés grâce à la libéralisation du commerce et des marchandises” (cité par Carine Fouteau, in Claire Rodier et Emmanuel Terray (éds.), Immigration : fantasmes et réalités, éd. La Découverte, Paris, 2008, pp. 3541). 5 Force est de reconnaître et de regretter qu’aujourd’hui nos gouvernements déploient cette action pédagogique pour accompagner les évolutions dictées par les magnats de la finance…

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Propos recueillis par Alice WILLOX*

Entretien avec Henri Peña-Ruiz

Un double défi

laïque et social Philosophe, écrivain, enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, militant de la gauche, Henri Peña-Ruiz a écrit de nombreux ouvrages – de renommée internationale – sur laïcité qui est pour lui indissociable de la liberté, de l’égalité et de la solidarité. Nous lui avons demandé comment il voyait se profiler les enjeux laïques dans le monde de demain qui sera, ou non, en rupture avec celui d’hier.

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De manière générale, face aux bouleversements et aux transformations du monde actuel, que devrions-nous abandonner du vieux monde ? Je suis embarrassé par cette opposition entre le nouveau monde et le vieux monde. Parce que, par exemple, si on considère le vieux monde comme celui des régulations sociales de l’économie, il ne faut certes pas l’abandonner. Et si on appelle nouveau monde cette extension sans limites du modèle ultralibéral d’un capitalisme décomplexé qui balaye les acquis sociaux et qui ne pense qu’au ratio des actions en bourse, je ne suis pas sûr qu’il faille aller à marche forcée vers ce nouveau monde. Je suis un peu reticent à opposer le nouveau monde et le vieux monde. Il y a dans ce qu’on appelle le vieux monde la sédimentation des acquis, des luttes politiques et des luttes sociales. De la Révolution française aux grandes luttes du monde ouvrier aux XIXe et XXe siècles, voilà un noyau de choses qu’il faut évidemment conserver. De plus, la figure ultralibérale du capitalisme est elle-même en train de se remettre en question. On voit maintenant sur quoi elle débouche : des désastres écologiques, des régressions sociales, de nouvelles figures de la misère qui côtoient l’opulence la plus insolente... Donc il faut surtout s’appuyer sur ce que Walter Benjamin appelait la “tradition des opprimés” et la “sédimentation des acquis sociaux liés aux luttes pour l’émancipation” pour humaniser le monde qui est en train de naître. Et pour dire que les “eaux glacées du calcul égoïste”, selon la formule de Marx à propos de la mondialisation capitaliste, doivent être limitées. Il faut essayer de faire en sorte que l’écono-

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mie ne soit plus à elle-même sa propre fin mais qu’elle soit au service de l’Homme. A contrario, que devrions-nous renforcer pour ce nouveau monde ? Ce qu’on devrait essayer de renforcer ce sont deux types de droits qui sont complémentaires. Il y a d’abord les droits juridiques et politiques. Avec la Révolution française, on proclamait l’égalité principielle de tous les êtres humains sans distinction de sexe, de classe sociale, etc. Mais ces droits risquent de demeurer lettre morte s’ils ne sont pas accompagnés d’une seconde génération de droits, les droits sociaux et économiques qui furent conquis par les luttes ouvrières aux XIXe et XXe siècles. Au compte de la première génération de droits juridiques et politiques, il y a évidemment la laïcité. C’està-dire le fait de traiter toutes les options spirituelles à égalité : les divers croyants d’une part, les athées d’autre part, les agnostiques ensuite. Reconnaître le principe de la liberté de conscience qui veut que la religion n’engage que les croyants et que l’athéisme n’engage que les athées. Croyants et athées ont à vivre ensemble dans un monde qui leur assure évidemment la liberté de conscience, mais aussi l’égalité de traitement. Or il n’y a pas égalité de traitement. Par exemple, lorsque l’on voit que la Commission européenne est en train de privilégier les religions, que le Vatican cherche à faire reconnaître un statut de droit public aux religions … Il y a donc nécessité de lutter pour l’égalité de traitement de toutes les convictions spirituelles. Liberté de conscience et égalité sont des valeurs de la laïcité. Pour cela, il ne faut pas que la

souffrance sociale et socioéconomique place des êtres dans des situations qui les poussent à chercher des compensations, notamment des compensations identitaires, qui les conduisent à des régressions vers des traditions souvent religieuses et parfaitement archaïques. On le voit par exemple à propos du statut de la femme dans les pays où une figure intégriste de l’Islam – que je distingue évidemment de la figure moderne et tolérante de l’Islam – assigne les femmes à résidence. Là, on a un combat à la fois laïque et social pour faire en sorte que la dérive de notre monde ne place pas les êtres humains en situation de régresser. Je voudrais encore citer Marx qui disait que souvent la religion fonctionne comme le “supplément d’âme d’un monde sans âme”. Or, si le monde du capitalisme ultralibéral produit le chômage, la souffrance, la misère et externalise les coûts sociaux pour pouvoir dégager des profits plus élevés, forcément, il va avoir pour accompagnement la régression vers des traditions religieuses rétrogrades. Il ne me paraît pas tout à fait anodin qu’il y ait un couplage dans notre monde entre la figure ultralibérale du capitalisme, destructrice des droits sociaux, et la résurgence des fanatismes religieux. Je crois que ces deux problèmes sont liés. Il y a une sorte de complémentarité de la question sociale et de la question laïque. Quelles sont vos plus grandes craintes pour les décennies à venir concernant la laïcité ? Mes craintes concernant la laïcité sont liées à l’analyse que je fais de la dérive de notre monde. Si cette figure ultralibérale

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du capitalisme continue à progresser et à imposer sa loi au monde entier, il est à craindre que le retour au fanatisme religieux accompagne dans l’avenir cette figure. On le voit aussi avec ce que j’appellerais le nouveau désordre international. Une grande puissance, les Etats-Unis d’Amérique, dicte sa loi. Elle prétend imposer un certain nombre de règles aux pays du Proche-Orient mais elle ne prend pas en charge la question palestinienne. Pourtant les Palestiniens sont victimes d’une très grave injustice : ils sont exilés dans leurs propres terres. L’Etat d’Israël n’est pas illégitime, mais la politique de l’Etat d’Israël avec la colonisation des terres palestiniennes, elle, est complètement scandaleuse et illégitime. Dans cet endroit, il faut sans doute une juxtaposition de deux Etats dans la plénitude de leurs attributions et non pas cet archipel que, par aumône, on veut bien donner aux Palestiniens. Je crois que là il y a un grand problème, c’est l’injustice du désordre – et non de l’ordre – international. Certaines interventions en faveur de la démocratie ont lieu de manière très contestable, on le voit à propos des prétendus printemps arabes. Sous prétexte de lutter contre des dictatures, on prépare d’autres dictatures théocratiques comme on le voit avec l’expansion du salafisme dans les pays qui auraient participé au printemps arabe. Je ne voudrais pas que le printemps arabe dérive en hiver islamiste. Là, il y a quelque chose d’extrêmement grave. Non seulement ce serait une régression de la laïcité dans le monde, alors qu’elle devrait progresser, mais ce serait une régression dramatique à la fois sur le plan social et sociétal. J’ai là de vraies inquiétudes.

Comment retrouver un engagement dans le monde incertain dans lequel nous vivons ? La réponse procède des réponses précédentes. Le sens réside dans une ré-humanisation de l’économie. Je crois qu’il faut essayer de stopper ce processus qui est tout à fait dramatique. Il faut aussi continuer à affirmer la valeur de la laïcité comme idéal d’émancipation. Car la laïcité unit les êtres humains par cela même qui les élève et non pas par ce qui les abaisse. Souvent les religions, en proclamant une soumission non critique à une puissance transcendante, unissent les hommes par cela même qui les abaisse dans la soumission, dans la peur et dans l’acceptation. Là où la laïcité, sans être antireligieuse, unit les êtres humains par cela même qui les élève : l’exigence de penser par soi-même. L’instruction publique laïque forme l’autonomie de jugement en chaque être humain, ce qui va lui donner la liberté. Unir les êtres humains par la liberté de conscience, par l’égalité de traitement, sans privilège public de la religion mais non plus sans privilège public de l’athéisme. Je crois qu’il y a un double défi pour faire advenir un monde plus juste : un défi laïque et un défi social. Quels sont vos plus grands espoirs en termes de laïcité ? En observant le monde, y a t-il des mouvements, des évènements, qui vous donnent espoir ? Oui. Je le constate dans les pays où islamistes et salafistes voudraient faire régresser le statut de la femme. Par exemple en Tunisie où on ne proclame plus l’égalité principielle des sexes. On y dit

que la femme est complémentaire de l’homme, ce qui est une ahurissante régression, pas à l’époque médiévale, mais presque. Or on constate que lorsque des personnes sont opprimées, passé le premier temps de stupeur parce qu’elles sont habituées à être dominées, elles prennent le chemin de la révolte et de l’émancipation. Il y a de plus en plus de femmes qui, dans les pays menacés par l’intégrisme religieux, revendiquent leur égalité. La résistance des personnes qui sont dominées, c’est pour moi un espoir. On voit aussi là où les ouvriers sont menacés par les fermetures d’usine, par ce qu’on appelle pudiquement en France les “plans sociaux”. Là, il y a résistance. C’est-à-dire un refus de fataliser le chômage dans le moment même où le chômage s’assortit de fortunes absolument délirantes chez certains. Je ne suis pas contre la richesse ou l’enrichissement mais je suis contre une richesse qui se paie d’un tel prix social. C’est ça qu’il faut dire au lieu de caricaturer les idéaux progressistes : la richesse n’est pas en soi un scandale mais elle le devient quand elle s’assortit d’une pauvreté dont elle est responsable. Il faut résister notamment en passant par l’éducation populaire. Il faut que les idées progressistes reconquièrent l’hégémonie. Je crois qu’il faut constater que ces dernières décennies, les idées de justice, de progrès et d’égalité, ont reflué. L’idéologie capitaliste ultralibérale, ayant la maîtrise de la plupart des moyens de l’information et de la déformation, a progressé au point d’avoir imposé son langage et ses problématiques. Face à cela, il y a un vrai défi intellectuel à relever. Prenez l’exemple de l’assistanat. En France, les droits sociaux sont appelés

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assistance. Mais qui assiste qui ? Quand on pense qu’au moment de la crise des subprimes ce sont les Etats qui ont été appelés à la rescousse pour recapitaliser les banques qui avaient joué au loto, qui a assisté qui ? C’est la puissance publique, honnie par l’idéologie libérale,

qui est venue à la rescousse des banques qui avaient spéculé. Et ce sont ces genslà qui vont nous dire que les droits sociaux, qui permettent d’humaniser la répartition des gains de productivité, sont une assistance et ne sont pas de vrais droits sociaux ? C’est là qu’il faut se

révolter. Une révolution à la fois éthique et intellectuelle.

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La grand réflex multi besq

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Portail La La(ï)cité critique a réuni de nombreux penseurs et intellectuels de grande qualité. Cet évènement organisé par le CAL a alimenté notre réflexion commune et éclairé les enjeux d’une laïcité ancrée dans les défis multiples de ce 21e siècle. Ces quelques liens (principalement youtubesques) nous invitent à prolonger les débats entamés le 22 septembre.

© La(ï)cité critique -22 septembre - photo Jérôme Baudet

thique et

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Réflexions suR la laïcité Dans le cadre de “La(ï)cité critique”, Stéphane Hessel, Cynthia Fleury, Alain Touraine, Claude Semal, Wassyla Tamzali, Paco Ibanez, Raphaël Enthoven et Henri Peña-Ruiz nous livrent quelques réflexions sur la laïcité. Merci le CLAV. http://www.youtube.com/watch?v=nlu V9kaeejM

lutte" en Edgar Morin. Ensemble ils expriment le danger d’une indignation sans réflexion. L'indignation n'est pas un signe de vérité, une indignation est vraie si elle est fondée sur une analyse. 15 minutes d’entretien pour vous convaincre. http://www.youtube.com/watch?v=09_ By7dqaWc

entRetien aVec alain Badiou Philosophe, écrivain, dramaturge, Alain Badiou initialement prévu à l’atelier sens et philo de “La(i)cité critique”, a malheureusement dû annuler sa participation. Jean Cornil atténue un peu notre tristesse grâce à ce riche entretien. Badiou nous parle ici de l'Amour, du sens de la philosophie, de sa perception de l'idée du communisme et de l'apport de Platon dans notre société. http://www.youtube.com/watch?v=eHx Q6e_lo3s

l’HoMMe expliQué aux feMMes Intervenant dans l’atelier sens et philo de notre “La(i)cité critique”, Vincent Cespedes illustre dans cette interview le contenu de son livre “L’homme expliqué aux femmes”. Il semblerait que les femmes ont eu raison de l'homme, qu'elles ont réussi à en faire un mollasson efféminé en lui volant diaboliquement ses gosses, en lui coupant méthodiquement les “couilles”. Hommes, où en sommesnous avec nous-mêmes ? Femmes, que comprenez-vous encore de nous ? Pourquoi avons-nous peur de nous engager dans une relation durable ? Vincent tente de nous répondre. http://www.youtube.com/watch?v=skz syoijeyo

stépHane Hessel et edgaRd MoRin : les papys font de la Résistance A près de 184 ans à eux deux, Stéphane Hessel et Edgar Morin marient leur ardeur juvénile et leurs réflexions autour du retour de l’espoir par l’indignation. Stéphane Hessel a toujours reconnu "un frère de

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le collectif RooseVelt “Nous souhaitons contribuer à la formation d’un puissant mouvement citoyen,

d’une insurrection des consciences qui puisse engendrer une politique à la hauteur des exigences”. Stéphane Hessel, Edgar Morin – Le chemin de l’espérance. Suzanne Georges, Stéphane Hessel, Cynthia Fleury, tous 3 intervenants de l’atelier mondialisation de “La(i)cité critique”, font partie du collectif Roosevelt qui réunit plus de soixante intellectuels. Ensemble, ils proposent 15 propositions de réformes afin de sortir de la crise. Bien qu’immergé dans la réalité socio politique française, ces mesures ont clairement une portée universelle. http://www.roosevelt2012.fr/

et la laïcité dans tout ça ? Incendie criminel, attaques contre des théâtres, interventions de la police, visées électorales… La laïcité est au cœur d'un champ de bataille essentiel de la société française. Ce documentaire plonge dans le vif des polémiques et des combats que déclenche la laïcité. Si vous avez raté ce reportage diffusé à des heures tardives sur France 2 en 2012, ce lien vous permettra de rattraper le coup… http://www.youtube.com/watch?v=yde hcyplt1w


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Conseil d’Administration

Direction Comité de rédaction

Carlo CALDARINI Anne DEGOUIS Jean-Antoine DE MUYLDER Isabelle EMMERY Bernadette FEIJT Ariane HASSID Monique LOUIS Christine MIRONCZYK Michel PETTIAUX Thierry PLASCH Johannes ROBYN Anne-Françoise TACK Cédric VANDERVORST Myriam VERMEULEN

Fabrice VAN REYMENANT

Juliette BÉGHIN Mathieu BIETLOT Mario FRISO Paola HIDALGO Sophie LEONARD Alexis MARTINET Ababacar N’DAW Cedric TOLLEY Alice WILLOX

gRapHisMe Cédric BENTZ & Jérôme BAUDET editeuR ResponsaBle Ariane HASSID 18-20 Av. de Stalingrad - 1000 Bruxelles aBonneMents La revue est envoyée gratuitement aux membres de Bruxelles Laïque. Bruxelles Laïque vous propose une formule d’abonnement de soutien pour un montant minimum de 7€ par an à verser au compte : 068-2258764-49. les articles signés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.

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Fragments de Futurs  

Comment retrouver du sens dans un monde en perte de repères ? Quels sont les défis les plus criants de la laïcité notamment face au nouveau...

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