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Sommaire Editorial (Ariane HASSID)............................................................................................................................................................................................................................................................................................................. 3 INTERVIEW : Lazarus un rationaliste proactif ! (Cedric TOLLEY) ........................................................................................................................................................................................................ 4 L'optique du pouvoir (Mathieu BIETLOT) .................................................................................................................................................................................................................................................................... 8 Action Critique Médias (Cedric TOLLEY).................................................................................................................................................................................................................................................................. 12 Les chiens de garde... de quoi ? (Pauline FORGES) ...................................................................................................................................................................................................................................... 15 Haro sur les grévistes, vive la charité ! (Irène KAUFFER) ......................................................................................................................................................................................................................... 19 En Communauté française, l'info gomme une femme sur deux (Laurence MUNDSCHAU) .................................................................................................................................. 22 En ligne directe. Une autre voix contre le (b)uzzinage des subjectivités (Jean BLAIRON et Jacqueline FASTRÈS) ..................................................................... 26 Luttes informationnelles en ligne : militer à l’ère d’Internet (Yana BREINDL) ...................................................................................................................................................................... 30 Révolte égyptienne, avec ou sans twitter (Navid HASSANPOUR) ................................................................................................................................................................................................... 34 Du macro au micro (Philippe DELCHAMBRE) ..................................................................................................................................................................................................................................................... 38 LIVRE EXAMEN : Un peu de littérature dans un monde d’abrutissement ((Mathieu BIETLOT) .......................................................................................................................... 41

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Sur les au tie, la tang Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Bruxelles Laïque Echos est membre de l'Association des Revues Scientifiques et Culturelles - A.R.S.C. (http://www.arsc.be/) Bruxelles Laïque asbl Avenue de Stalingrad, 18-20 - 1000 Bruxelles Tél. : 02/289 69 00 • Fax : 02/502 98 73 E-mail : bruxelles.laique@laicite.be • http://www.bxllaique.be/

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ans le sens le plus courant, média désigne les médias de masse. Etymologiquement, le terme renvoie à medium en latin, c’est-à-dire le médiateur, l’intermédiaire, le moyen de transmission. A priori, le moyen nous importe peu. Ce qui nous préoccupe, c’est “qui transmet quoi à qui ?”.

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Et force est de constater que, dans les médias de masse, le qui a tendance à se diluer. Il y a des choses qui se communiquent mais on ne sait plus qui parle. Il n’y a plus de différences significatives entre les grands journaux et les grandes chaînes de radio ou de télévision. Il n’y a plus de presse d’opinion revendiquée en tant que telle. Les grands médias semblent tous se positionner et baigner dans le même “milieu”, qui est un des sens originel de medium. Le quoi prétend être le reflet du monde. Notre monde est alors bien désolant, entre paillettes et paranoïa… Le à qui prend des proportions vertigineuses quand on mesure l’invasion des médias de masse dans notre quotidien, nos consommations, voire nos quotients intellectuels. Les à qui seraient-ils conquis ? Du coup, il n’est pas si négligeable de s’intéresser de près au moyen de transmission. Et l’on se rend vite compte que ce médium, ses conditions de fonctionnement et de financement, déterminent foncièrement ce qui est communiqué et ceux qui communiquent. L’ensemble des médias de masse fonctionne comme une impressionnante machine de conditionnement. Mais celui-ci n’est pas forcément intentionnel dès lors que ses protagonistes sont souvent eux-mêmes conditionnés et ne font que donner une ampleur infinie, une résonnance déraisonnée, un écho en boucle (un “larsen”) au conditionnement initial qui ne fera que se confirmer. Et, de la sorte, ils peuvent se faire médium, au sens de visionnaire prémonitoire et de diseur de bonne aventure… Face aux conditionnements de tous bords, nous opposons inlassablement la critique libre-exaministe et c’est bien entendu à elle que nous avons ouvert les pages de ce numéro. Promoteurs de débats, nous avons proposé un droit de réponse à l’un ou l’autre grand média mais nous n’avons pas réussi à obtenir des réponses. Il ne suffit pas de critiquer, encore faut-il agir. “Don’t hate the media, become the media”, disait le chanteur Jello Biafra. Indymedia en a fait son slogan et nous en avons, plus modestement, fait un débat du Festival des Libertés en 2010. Il n’existe, en effet, pas que les médias de masse. L’accessibilité des nouveaux moyens techniques, liés à l’Internet et aux caméras numériques, facilite grandement la création de médias autonomes. Ceux-ci suscitent énormément d’engouement mais doivent également être quelque peu relativisés par une approche libre-exaministe. Ces évolutions technologiques et sociologiques obligent, du reste, les médias de masse à se repositionner, à les intégrer, voire à les récupérer… Sur les autoroutes de l’information, comme sur toutes les autoroutes de conduite ou de pensée, nous vous invitons à prendre la sortie, la tangente, que vous aurez tracée par vous-même en connaissance de cause, d’itinéraire et de paysage. Bon voyage. Ariane HASSID Présidente

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Interview par Cedric TOLLEY*

Lazarus un rationaliste proactif ! Depuis quelques temps, Lazarus fait irruption sur Internet. Il apparait dans les réseaux sociaux, il interpelle les internautes, leur propose des expériences. Mais qui est ce type mystérieux qui nous parle de scepticisme et de zététique ?

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Lazarus, une courte biographie sur votre site commence par “Qu’importe qui je suis, nous sommes des millions” ; les Anonymous concluent leurs communiqués par “We are Anonymous. We are Legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us.”. Et, par ailleurs, vous portez un masque qui semble être le négatif du masque que portent les Anonymous qui, eux, font explicitement référence au film “V for Vendetta”. Comment vous inscrivez-vous par rapport aux Anonymous ? Y a-t-il un lien entre eux et vous ? L’iconographie que vous avez choisie doit-elle faire redouter une volonté révolutionnaire de votre action ? Une portée révolutionnaire, oui. Rassurezvous, il ne s’agit pas de barricades et de canons. Je suis convaincu qu’une révolution commence toujours par soi-même. Regarder le monde par le prisme du rationalisme est toujours révolutionnaire même si certains l’ont pratiqué il y a plusieurs siècles. Mon action consiste à proposer cet exercice avec son caractère jouissif. Je pense en effet que se libérer de dogmes, de stéréotypes peut avoir quelque chose de très plaisant. Il s’agit d’une libération. Dans mon cas, rationalisme s’articule avec humanisme, progrès social, justice, équité, pacifisme, féminisme, etc. Je ne propose évidemment aucun prêtà-penser, aucune vérité, seulement quelques outils, une grille d’analyse qui permet de regarder le monde, et soi-même, autrement qu’avec ce que propose la pensée dominante. C’est donc très politique et personnel à la fois.

J’ai évidemment beaucoup de sympathie pour les Anonymous dans leur lutte contre la scientologie, leur défense de la liberté d’expression, leur utopie de démocratie réelle. Je partage totalement leurs valeurs. Mon masque vient de la commedia dell’ arte. Si vous trouvez qu’il ressemble à celui de V, c’est qu’il y a peut-être une stylisation commune. Enfin, notre désir d’anonymat, notre idée de combat collectif (les 99%, nous sommes des millions, we are legion) ne sont pas des coïncidences. C’est notre époque qui nous indique ce chemin. Quelle est votre attente à l’égard des médias ? Avez-vous une même attente envers le service public et les chaînes privées ? J’aime votre question faussement naïve ! (rires) Je n’ai aucune attente en direction des médias. Faut-il rappeler que le but premier de la presse n’est pas d’informer mais d’être rentable pour payer des charges, des salaires et des investisseurs ? Surtout à une époque de grande concurrence comme aujourd’hui, le souci premier de tout patron de presse est de conserver ou de gagner des parts de marché et donc des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs. On peut penser que j’exagère ou que j’ai mauvais esprit. Prenons alors un grand média de service public et comptons combien de fois un télé-journal va s’ouvrir sur un fait divers ou un résultat sportif. Parfois pendant de longues minutes, alors que de nombreux sujets sociaux, politiques, internationaux n’ont pas droit de cité. Est-ce de l’information ? Pour les raisons que je viens

d’évoquer, la concurrence a gommé une grande partie de ce qui devait séparer les médias publics et privés. Mais passé le constat, il faut se demander pourquoi cela fonctionne de cette manière et pourquoi cela dure alors que le problème est très visible et que nous avons toute liberté de le dénoncer. On pourrait regarder du côté des patrons, propriétaires et responsables des titres en question. On pourrait penser qu’ils poussent leurs équipes à défendre des idées qui leur sont chères. Et c’est sans doute partiellement vrai, ne serait-ce qu’inconsciemment (parfois très consciemment). En ce qui me concerne, j’ai tendance à me méfier de ce type d’explication “complotiste” qui ne fonctionne qu’à la marge. Je préfère me dire qu’il y a un système très cohérent qui répond à une cohérence sociale. Les journalistes ne représentent pas toutes les classes sociales, ils forment un corps qui se “reproduit”, notamment dans les écoles de journalisme où la pensée critique est rarement au cœur des choses. Les idées évaluées comme marginales, les remises en question systémiques seront exclues d’un corpus de pensées majoritaires qui dominera jusqu’à exclure toute contestation sans jamais utiliser de méthode autoritaire. On pourrait dire que c’est le système qui se “défend”. Ajoutez à cela les amitiés et renvois d’ascenseurs prévisibles dans toute activité humaine et vous aurez un paysage assez clair de la situation. Pour reprendre une phrase célèbre, ce n’est donc pas le bruit des bottes mais celui assourdissant des pantoufles.

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Adressez-vous quelque reproche aux journalistes et aux autres acteurs du monde médiatique ? Si oui, lesquels ? Je n’ai pas de reproche à leur faire. Je ne suis pas un donneur de leçon. Chacun fait ce qu’il a à faire et il faut admettre, en tenant compte de ma réponse précédente, que la fonction fait l’homme (ou la femme). A votre avis, quelle serait une réponse adéquate de la part de ceux qui reçoivent les messages produits par les médias ? De nous tous, vous voulez dire ? Voilà une question beaucoup plus complexe… En effet, notre époque se caractérise, entre autres choses, par la mise à disposition d’une infinité d’informations pour chacun d’entre nous. Pensez qu’avant l’invention de l’imprimerie, les plus grands érudits n’avaient à leur disposition que des manuscrits dans de rares bibliothèques éloignées. Notre problème n’est donc plus d’obtenir de l’information mais de la trier. Or, pour ce faire, il y a bien des méthodes que vous connaissez et qui ont souvent trait à la critique des sources. Mais elles sont impuissantes face à une avalanche d’informations. Penser que chaque citoyen puisse analyser de façon sceptique toute information de son journal télévisé est une pure utopie. D’autre part, il est un devoir moral pour tout citoyen de se tenir informé selon ses ressources (financières, intellectuelles, etc.). Il faut accepter l’idée que cela prend du temps, de l’énergie. Il ne peut s’agir

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d’une activité passive. Néanmoins, la quantité d’information à traiter nous oblige à un minimum de confiance envers ceux qui nous informent. Il faut donc choisir nos canaux d’information avec soin. Et par conséquent en bannir certains. Le premier geste consiste à fermer les robinets d’eau trop polluée : l’information de télévision, celle de la plupart des radios, de la plupart des grands hebdomadaires. Puis douter des informations, dans le sens positif du terme, et tenter de les mettre en perspective via différentes origines (certains débats l’organisent pour nous). Préférer ainsi la parole d’un scientifique qui a passé trente ans de sa vie à étudier un phénomène à celle d’un journaliste dont le temps de travail est segmenté entre différentes tâches, pour le dire poliment. Et surtout, il existe un exercice auquel on ne pense que rarement : suspendre la raison. Nous ne sommes pas obligés d’avoir une opinion sur tout. On peut décider de ne pas décider. Ou de décider plus tard. Affirmer que l’on ne sait pas, que l’on a pas de données suffisantes pour trancher est bien plus honorable que d’affirmer une vérité à laquelle on a consacré quinze secondes. Vous désignez certains acteurs du monde social, notamment “les porteparole des luttes, les catégories populaires, les ouvriers, les employés et les chômeurs”. Quel conseil pourriez-vous leur donner afin que leurs réalités sociales, leurs intérêts et leurs revendications puissent être relayés médiatiquement ?

Ayez confiance en vous ! Vous portez aussi une expertise. Sur votre propre vie, sur vos conditions de travail, sur l’organisation sociale. Vous en savez souvent beaucoup plus que ceux qui parlent de vous. La différence réside dans le fait qu’ils possèdent souvent mieux que vous les codes pour s’exprimer médiatiquement. Donc apprenez ces codes et exprimez-vous, sans relâche, jusqu’à être entendus. Vous représentez une force dont vous n’avez souvent pas conscience. Dans vos écrits, vous présentez la démarche scientifique et la raison comme des moyens d’émancipation pour le peuple sinon en proie à l’obscurantisme et au fatalisme. Convenezvous qu’actuellement, même le discours scientifique est parfois utilisé à des fins dogmatiques ? Comment se prémunir contre cette sorte d’imposture lorsque nous n’avons pas les compétences pour analyser et contredire ce type de discours (tout le monde n’est pas formé aux méthodes scientifiques) ? Méthode scientifique et dogme sont en parfaite opposition. L’esprit même de la science interdit tout dogme. Il peut évidemment y avoir des utilisations malhonnêtes de ce qui pourrait ressembler à un discours scientifique. Vous connaissez “l’effet tablier” qui consiste à faire parler un comédien en tablier blanc dans une publicité pour lui donner l’air d’un médecin. C’est un peu le même principe quant un chercheur financé par une industrie tente

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de nous convaincre qu’il porte une parole scientifique. Le danger est donc grand quand la loi n’oblige pas suffisamment à la transparence en ce domaine. D’où l’importance de généraliser une culture scientifique et la pensée sceptique dans l’enseignement. Etre cultivé correspond normativement à un certain nombre de valeurs (musique, littérature, art) dont la science est malheureusement exclue. On ne trouve d’ailleurs pas de terme qui fasse le consensus pour parler d’analphabétisme en science. Un phénomène pourtant répandu parmi les intellectuels. D’autre part, il est possible de scinder certaines questions en différentes sous questions. Par exemple, en ce qui concerne les OGM ou le nucléaire. Nous ne sommes pas tous biologistes ou physiciens pour avoir une opinion sur des sujets aussi complexes. Mais, en revanche, il nous est peutêtre possible de bâtir un avis sur les questions sociales sous-tendues. Par exemple, si la physique nous démontre qu’il est possible de construire une centrale nucléaire, on peut croire les physiciens qui nous l’enseignent. Il n’en est pas moins vrai que, dans notre société, la construction, la gestion et l’entretien de cette même centrale seront peut-être confiés à des sociétés privées qui auront tendance à faire porter des économies sur la sécurité (emploi de soustraitants, etc.). D’où un véritable danger pour les populations car l’histoire récente nous enseigne qu’entre les financiers et les scientifiques, ce sont souvent les premiers qui ont la main… Est-ce que n’importe quel sujet peut être traité et débattu ? Y a-t-il des

réalités ou des vérités incontestables, universelles et dont la remise en question est dangereuse pour notre bienêtre en société (droits humains, Shoah, laïcité…) ? N’est-il pas nécessaire de verrouiller certains débats ou de les verrouiller momentanément, par crainte de quelque retour en arrière ?

Une vérité scientifique, par principe, n’est jamais considérée comme définitive même si dans certains cas, comme la Shoah ou la gravitation, il y peu de chances que l’on puisse les remettre en question… Il faut laisser le débat toujours ouvert, il sert de toute façon à faire de la pédagogie.

Je ne peux vous répondre que par deux questions.

Ceci dit, je comprends que celles et ceux qui ont perdu des proches n’aient aucune envie de s’entendre dire que leur souffrance n’est qu’une fable. C’est malheureusement l’audimat qui est à ce prix.

Tout d’abord, pouvez-vous me démontrer que le “verrouillage” d’une question empêche réellement toute régression sur un sujet donné ? Et, deuxièmement, s’il fallait interdire certains débats, qui déciderait de la liste de ceux-ci et de la durée de l’embargo ? Une position rationnelle, sceptique ne peut être que l’ouverture à tout débat. Prenons le plus clivant : la Shoah. Pensezvous vraiment que le débat soit clos ? Mais des historiens continuent de travailler tous les jours sur le sujet… Des thèses continuent à être publiées. C’est une matière toujours en recherche, en travail. Rien n’est clos. Evidemment, si vous pensez à ceux qui pensent que la Shoah n’a pas existé et n’est qu’un complot judéo-maçonnique… Je vous dirai que c’est un bien mauvais débat. Tout d’abord, on ne se met pas à théoriser à partir de quelques illuminés qui pensent que la terre est plate. Les hôpitaux psychiatriques en sont remplis. La question est plutôt de savoir pourquoi les médias leur ont parfois fait une telle place, on y revient…

Finalement, quel est l’objectif de Lazarus ? Un objectif bien modeste. Participer, telle une goutte d’eau, à vulgariser la pensée sceptique, le rationalisme, à une époque où croyances et manipulations tiennent toujours le haut du pavé. J’aimerais convaincre quelques citoyens du plaisir qu’ils ou elles peuvent prendre à ce jeu. Se libérer. Sans avoir peur…

Un site où sont relatées les expériences http://lazarus-mirages.net/ Un blog où elles sont interrogées et où la pensée critique est discutée http://lazarus.owni.fr/

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Par Mathieu BIETLOT*

On connaît la généralisation politique que Michel Foucault a proposée du Panoptique, ce dispositif de surveillance des prisons inventé par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham. Son principe repose avant tout sur l’architecture. Celle-ci se compose d’un anneau périphérique où se trouvent les cellules et d’une tour centrale d’où les gardiens peuvent voir sans être vus les faits et gestes de chacun des prisonniers. C’est là l’effet majeur du Panoptique : les détenus se sentent vus, surveillés en permanence, sans qu’il y ait forcément quelqu’un au poste de contrôle. N’étant jamais certain d’être à l’abri du regard, le prisonnier finit par se surveiller lui-même et adopter le comportement qu’on attend de lui.

*Bruxelles Laïque Echos

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oucault a vu dans ce dispositif le fonctionnement même du pouvoir moderne qu’il nomme pouvoir disciplinaire par opposition au pouvoir souverain de l’Ancien Régime. En tant que pratique consistant à surveiller discrètement, à recueillir des données sur les individus et à induire des conduites, la logique disciplinaire se retrouve à l’œuvre dans nombre d’institutions (école, caserne, monastère, asile, usine…) et de manière diffuse dans la vie sociale à l’air libre. Alors que ce nouveau pouvoir anonyme observe et individualise la population, le pouvoir souverain se personnalisait à outrance et s’affirmait par le spectacle de ses rituels et les fastes des cérémonies où tous n’avaient d’yeux que pour le prince. En bref, ce n’est plus le peuple qui regarde le pouvoir mais le pouvoir qui regarde le peuple1.

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Thomas Mathiesen, nettement moins connu, conteste cette caractérisation du passage à la modernité par l’inversion de la visibilité. Si la logique panoptique s’est bel et bien propagée de manière décisive au tournant du XIXe siècle, Foucault s’est trompé en pensant qu’elle allait mener à l’extinction progressive de toute manifestation spectaculaire du pouvoir et que les procédés disciplinaires allaient rendre le pouvoir toujours plus discret voire invisible. C’était sans compter sur les médias de masse qui se sont, eux aussi, développés de manière exponentielle avec la modernité. S’il est exact qu’à maints égards nous vivons dans une société où une minorité observe discrètement la majorité, il n’en est pas moins vrai que se sont diffusées des structures permettant à une majorité toujours plus élargie de

contempler une minorité d’élite. Pour dénommer ces structures, Mathiesen utilise la même étymologie grecque que Bentham. Optique désigne la vision, pan signifie “tout”, et syn, “avec”, “ensemble” ou “en même temps”. Dans le Panoptique, tous sont visibles (par une minorité) ; dans le Synoptique, la même chose est vue ensemble et en même temps (par une majorité)2. Panoptique et Synoptique se complètent, se renforcent et définissent notre société comme une “viewer society”, une société de voyeurs aussi bien dans un sens que dans l’autre3. Tous deux progressent grâce aux innovations technologiques propres à notre temps, de la vidéosurveillance aux bouquets de chaînes satellitaires. A l’instar du Panoptique, le Synoptique, autrement dit les médias de masses, constituent un dispositif de pouvoir, de contrôle des populations et d’inductions des attitudes attendues. Spectacle de la réalité Contrairement à ce que prévoyait Foucault, le pouvoir se donne encore en spectacle. Moins à travers les reportages couvrant les déboires de la famille royale ou la vie intime de Sarkozy et Carla que sous les nouveaux visages du pouvoir. Le pouvoir ne s’individualise plus dans la figure du prince, il ne se concentre plus dans les institutions de l’Etat mais il apparaît désormais autrement et de manière bien plus insidieuse. Toni Negri et Michael Hardt affirment que la fin de la souveraineté étatique ne signifie nullement la fin de toute souveraineté politique, au contraire, elle cède la place à une souveraineté impériale peu aisée à identifier

en ce qu’elle n’a plus de lieu4. Le non-lieu ou lieu virtuel du pouvoir postmoderne se situe, selon ces auteurs, principalement dans le spectacle, tel que l’a théorisé Guy Debord dans son célèbre manifeste situationniste. La société du spectacle décrit une phase de l’histoire où l’aliénation et la domination sont à ce point répandues et assimilées que le pouvoir et les rapports sociaux sont devenus images et que l’on vit dans une fiction5. L’omniprésence et l’omnipotence des médias en sont une flagrante manifestation. Mathiesen souligne le pouvoir considérable des journalistes, présentateurs, animateurs et autres vedettes du petit écran : ils filtrent, mettent en place, formatent l’information et fixent l’agenda de l’actualité. Ils deviennent par là de véritables leaders d’opinion, dépassant souvent dans les sondages de popularité les grandes personnalités politiques. Evidemment, derrière eux, trône toute une industrie de la fabrication de l’information. Une production qui répond davantage à des finalités de rentabilité et de divertissement qu’à une recherche de la vérité. Même les chercheurs, les scientifiques, les analystes politiques, les historiens doivent se soumettre aux critères du spectacle s’ils veulent être entendus. Pour contribuer à la production du savoir et à la diffusion de la connaissance, ils se voient contraints d’en passer par des doses toujours plus imposantes de médiatisation télévisuelle, cinématographique ou littéraire. D’ailleurs, la dernière tendance hollywoodienne semble prétendre que les films, tout en restant des fictions, disent la “vraie” réalité des faits. Création et documentation, fictions et faits réels se mêlent

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de plus en plus pour former ce qu’Antony Beevor et Pierangelo Di Vittorio nomment des factions et qu’illustre parfaitement le reality show, littéralement le “spectacle de la réalité”. Outre fiction et réalité, s’accouplent ici vie ordinaire et existence spectaculaire, banalité et éclat médiatique, quotidienneté morose et évasion onirique, populisme et popularité. “Le reality show serait-il la condition technique générale de la vérité aujourd’hui ? La vérité se réduirait-elle au charisme de la réalité, au “charme” de la proximité, de la banalité, de la médiocrité, de la normalité ?”6 Cette dimension hybride de la téléréalité, créatrice de “stars” à partir d’anonymes, nuance ou complète l’analyse de Mathiesen qui, à la suite de nombreuses études, rappelait que seule une certaine élite – riche, masculine, blanche, occupant certaines fonctions – reçoit la parole dans les médias de masse. Certes, l’accès à la célébrité, même pour les candidats à “question pour un champion”, “qui veut gagner des millions” ou “the voice”, est tellement balisé et façonné que le propos général sur le spectacle du pouvoir ne s’en voit pas déforcé. Selon un processus de boule de neige, plus ces personnalités sont diffusées par les médias plus elles deviennent célèbres et acquièrent du pouvoir et plus elles sont célèbres et puissantes, plus on les médiatise… Zygmunt Bauman les désignent comme les “mondiaux” que la majorité contemple coincée dans sa localité. L’autorité des mondiaux provient avant tout de leur éloignement d’avec les “locaux”, de leur appartenance à un autre monde inaccessible même s’ils sont issus du bas-monde.

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Contrôle des désirs Les dispositifs synoptiques ne se contentent pas d’imposer le spectacle et de définir la vérité, ils exercent un pouvoir de surveillance et de commandement des populations. Ils s’immiscent dans les profondeurs intimes des individus là où le pouvoir disciplinaire n’induisait que des conduites extérieures. Se sachant toujours plus surveillé, un militant d’extrême gauche, par exemple, adaptera ses comportements pour ne pas s’attirer les foudres de la répression mais n’en gardera pas moins ses convictions. Les dispositifs synoptiques relaient et épaulent alors leurs collègues panoptiques en se chargeant du contrôle des attitudes ou des intériorités des individus. Tout comme les disciplines avaient “machinisé” les corps, les médias “industrialisent” la conscience, c’est-à-dire l’investissent et la façonnent de telle sorte qu’elle rentre parfaitement dans le moule des sociétés industrielles avancées. Gilles Deleuze – qui a, lui aussi, prolongé l’analyse foucaldienne des sociétés de discipline à travers les sociétés de contrôle – soulignait la fonction télévisuelle de surveillance : par le petit écran les nouveaux pouvoirs de contrôle deviennent directs et immédiats7. Dans le champ littéraire, c’est moins d’Orwell que de William Burroughs que s’inspire Deleuze pour conceptualiser le contrôle : “Le prolongement logique de la recherche encéphalographique est le biocontrôle, c’est-à-dire la domination des mouvements physiques, des processus mentaux, des réactions émotionnelles et des impressions sensorielles apparentes au moyen de signaux bioélectriques diffusés dans le système nerveux du sujet”8.

Plutôt que des changements précis d’attitude ou de comportement, le pouvoir synoptique provoque une véritable acculturation de ses spectateurs en leur inculquant tout un sens commun et une vision du monde, en attisant des désirs de consommation et de conformisme. Sans devoir recourir à la moindre coercition, le Synoptique conditionne les consciences et modifie les attitudes par la seule séduction. Le monde qu’il donne à voir se résume plus ou moins au mode de vie des célébrités qui n’ont d’ailleurs, en général, pas d’autre message à communiquer que leur célébrité, leur mondanité et leur “mondialité” : “Quelle que soit leur origine, les célébrités ont pour rôle de manifester leur univers, dont le caractère essentiel consiste précisément à être regardé, à être regardé par beaucoup de gens, partout dans le monde : les célébrités sont “mondiales” dans la mesure même où elles sont regardées. Quel que soit le sujet dont elles parlent, elles transmettent un message, celui d’une certaine façon de vivre. Leur vie, leur mode de vie.”9 Le paradigme, la vision du monde transmise par le Synoptique (ses célébrités, ses actualités, ses jeux, ses feuilletons, ses réclames…) insiste avant tout sur le divertissement individuel (par le rire ou le frisson, le rêve ou le voyeurisme) qui permet aux spectateurs de s’évader de leur quotidien et de la misère du monde ou de leur vie. Satisfaction d’un besoin réel d’évasion qui explique en grande partie l’efficacité de ce dispositif. Ce sont les individus qu’il contrôle qui le réclament, en redemandent toujours plus et développent une réelle accoutumance. En cela, le

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Synoptique s’apparente à la religion, pourvoyeuse d’illusions à bas prix pour rendre supportable la misère terrestre. Cela fait longtemps que les critiques ont décelé dans la télévision un nouvel “opium du peuple” et Debord n’a pas manqué de souligner les vertus hypnotiques du spectacle. Avec le Synoptique, les gens, les “locaux”, peuvent rêver des “mondiaux”, voyager virtuellement ou par procuration et les rejoindre au cours d’émissions quotidiennes retransmises depuis le paradis. Leur mode de vie et leurs aspirations s’en trouvent considérablement conditionnés. Le spectacle et l’image du monde qu’il impose finissent par se substituer au monde réel, à recouvrir son bruit et sa fureur, à appauvrir jusqu’à nier la vraie vie, à remplacer les rapports sociaux. Comme le dit Deleuze, ce n’est plus le cinéma qui imite le monde, c’est le monde qui s’est mis à faire du cinéma et, citant Serge Daney, “il n’arrive plus rien aux humains, c’est à l’image que tout arrive”. Debord, encore une fois, confirme : “Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images” (thèse n°4). Un “fait hallucinatoire social” organise systématiquement la défaillance de la faculté de rencontre. Car le Synoptique constitue également un dispositif d’atomisation sociale. Quelle meilleure garantie contre l’émergence d’une conscience collective et d’une organisation de la contestation qu’un poste de télévision dans chaque foyer et le confort de la consommation livrée à domicile ? “Le système économique fondé sur l'isolement est une production circulaire de l'isolement. L'isolement fonde la technique, et le

processus technique isole en retour. De l'automobile à la télévision, tous les biens sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi ses armes pour le renforcement constant des conditions d'isolement des “foules solitaires”. Le spectacle retrouve toujours plus concrètement ses propres présuppositions.” (thèse 28) Enfin, la dernière fonction sociale et politique du Synoptique n’est autre que de servir de couverture aux dispositifs panoptiques. Les crimes, cambriolages ou évasions font partie des nouvelles les plus prisées par les médias de masse. En exhibant de la sorte ces faits divers, les plus violents et les plus exceptionnels, qui gravitent autour des vieilles institutions panoptiques que sont les prisons, le Synoptique répand une terreur sur la ville qui, soit détourne l’attention des nouvelles mesures de surveillance, soit les justifie et les légitime. Tout en reposant apparemment sur le désir et le plaisir, le fonctionnement du spectacle recèle un puissant mécanisme de communication de la peur ou, plus précisément, de création de formes de désir et de plaisir intimement liés à la peur. Et l’on sait, depuis Hobbes, que la peur est le meilleur instrument de contrôle et de domination des populations.

Michel Foucault, Surveiller et punir, éd. Gallimard, 1975. Mathiesen Thomas, “The viewer society : Michel Foucault’s Panopticon revisited”, Theoretical Criminology, mai 1997, vol 1, n°2, pp. 215-234. 3 La figure fictive de cette fusion entre Panoptique et Synoptique se trouve dans 1984 d’Orwell lorsque, par le même écran de télévision trônant dans la salle de séjour de tous les foyers, les citoyens peuvent (doivent) contempler et écouter Big Brother et celui-ci peut surveiller ceux-là. Fautil préciser que nous n’en sommes plus très loin (webcam, smartphone, tablette, GPS)... 4 Michael Hardt et Antonio Negri, Empire, trad. de l’américain par D.-A. Canal, Exils, 2000. 5 Guy Debord, La société du spectacle, Gallimard (“folio”), 1992 (1967). 6 Pierangelo Di Vittorio, “Charismes du réel. L’œuvre d’art à l’époque du marketing et du spectacle” à paraître dans la revue Multitudes, n°48, printemps 2012. 7 Gilles Deleuze, Pourparlers, éd. de Minuit, 1990. pp. 106108 8 William Burroughs, Le festin nu, trad. de l’anglais par E. Kahane, Gallimard (“L’imaginaire”), 1964 (1959), p.176. 9 Zygmunt Bauman, Le coût humain de la mondialisation, Hachette Littérature, 1999 (1998), p.85. 1 2

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Par Cedric TOLLEY*

Action Critique Médias “La critique des médias, pour être juste et efficace, est nécessairement une critique radicale (parce qu’elle prend les choses à la racine…) et intransigeante (parce qu’elle ne se laisse pas intimider).”

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ction-Critique-Médias (Acrimed) est née en 1996 suite au constat du traitement médiatique biaisé et tendancieux des événements liés au mouvement social de novembre et décembre 1995 en France. Des journalistes, des militants, des chercheurs universitaires et des usagers des médias se sont donc réunis dans l’idée de fonder un observatoire critique des médias. Leur objectif étant de donner à chacun les outils critiques pour décrypter l’information médiatique et pour lire cette information à l’aune du contexte sociopolitique de sa production.

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Ainsi, Acrimed met en question la marchandisation de l’information, de la culture et du divertissement médiatique. Il s’agit, pour l’observatoire, de dénoncer la sujétion du journalisme aux pouvoirs politique et financier. “C’est dans cet esprit que nous essayons de soumettre à notre critique et notre vigilance l’ensemble des médias, mais aussi les conditions d’exercice des métiers du journalisme, les pratiques les plus contestables au sein de cette profession, les dérives multiples de sa “couverture” de l’actualité dans tous les domaines.” (Acrimed) L’un des symptômes les plus criants, selon Acrimed, est le fait que les médias, assujettis de la sorte, livrent une vision unique et une grille d’analyse unique des questions d’actualité. Cette vision est celle de la société libérale de marché.

L’action d’Acrimed est multiple. L’association prend l’initiative ou soutient des interpellations publiques pour défendre la restauration d’un service public des médias et de l’audiovisuel, affranchi de l’emprise des sociétés privées et de la publicité. Dans ce sens, elle a notamment soutenu les employés de France Culture et a vertement critiqué l’entrée en bourse du journal Le Monde. Acrimed voudrait également fonder un réseau entre les protagonistes de l’action démocratique pour promouvoir une action en vue d’obtenir l’exercice d’une démocratie pluraliste et égalitaire, affranchie de la tutelle des pouvoirs et des discours dominants. Pour cela, des actions sont menées en direction des pouvoirs publics et médiatiques, au moyen de la mobilisation des citoyens dont les droits, notamment en matière médiatique, sont bafoués. Une action aussi au sein même du monde médiatique afin de promouvoir une information démocratique. Une action enfin en direction des professionnels pour renforcer la portée démocratique de leur action syndicale. Dans cette optique, Acrimed en appelle à une réflexion qui prend appui non seulement sur l’expérience scientifique mais aussi sur celle des professionnels et de la contestation citoyenne. Une façon de décloisonner les secteurs et de sortir des espaces réservés et élitistes. Son action se fonde sur une recherche approfondie destinée à saisir comment fonctionnent les médias en lien avec les pouvoirs. Cette réflexion devrait, selon Acrimed, permettre de critiquer les effets des médias sur

l’exercice de la démocratie pour la raviver et, du même geste, opérer une critique démocratique des médias afin de les rendre plus démocratiques. Autrement dit, remettre les médias au service du plus grand nombre et d’une gestion démocratique de notre société. Pour ce faire, Acrimed utilise plusieurs médias dont un site Internet, une liste de diffusion, des documents publiés sur fonds propres et, désormais, un trimestriel Médiacritique(s). Peu de temps après sa création, Acrimed a édité un “petit manuel de l’observateur critique des médias” : Informer sur l’information. A travers ce manuel, il entendait transmettre des outils méthodologiques afin que toute personne puisse s’approprier le travail effectif de critique des médias. Le détail de la méthode préconisée va de la description de l’outillage à celle de l’exercice intellectuel de la critique. Il s’agit, pour le critique, de se livrer à un exercice d’observation attentive d’un média, une observation par laquelle il pourra déceler les symptômes (“rendre visible ce qui est… visible”) d’un travail journalistique aux ordres d’un pouvoir ou parcellaire ou tendancieux, etc. Pour cela, Acrimed invite, dans un premier temps, à se forger une bonne connaissance du monde journalistique. Et, notamment, à étudier les filiations économiques entre les journalistes, les patrons de presse, les sociétés de presse, les sociétés audiovisuelles et les mondes de la finance, de la politique et de l’entreprise privée. Ensuite, à se livrer

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à une observation organisée, par média, par sujet, par éditeur, par présentateur, par journaliste… De cette manière, des récurrences peuvent apparaître qui sont souvent significatives. B.A.-ba du travail journalistique, Acrimed réhabilite aussi le recoupement des données afin que le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur attentif puisse, par luimême, vérifier l’information et la mettre en perspective.

Ensuite, outre une lecture critique de quelques régularités médiatiques dans la façon de présenter les informations, Acrimed propose une méthode systématique qui relève presque de l’interactionnisme symbolique dans la manière d’observer les faits médiatiques. Relever la tournure des propos, la forme des questions posées aux personnes interrogées (experts, témoins, artistes…), relever aussi jusqu’aux échanges de regards, aux silences… Relever enfin les sujets qui ne sont pas traités et qui pourraient, par contre, représenter un intérêt particulier

pour le bien commun. Ces éléments strictement annotés feront émerger des tendances, des “angles de vue” dont le manuel propose un échantillon issu du travail d’Acrimed : la domination, la dépolitisation, la dépossession, les amnésies…

Par Pau

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Plusieurs exemples d’éléments d’analyses critiques des médias sont proposés par Pauline Forges dans l’article qui suit…

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Par Pauline FORGES*

Les chiens de garde...

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d’analyses posés par suit…

Les rapports entre médias et mouvements sociaux ont toujours été ambigus. D’un côté, les médias représentent une chance de faire passer un message, des revendications. De l’autre, ils représentent le risque que ce message soit dénaturé, récupéré, étouffé. Dans les faits, lorsqu’ils parlent des mouvements sociaux, la voix des grands médias est facilement reconnaissable : c’est celle du patronat.

*militante, observatrice critique des médias

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heures du matin, l’heure de se préparer pour le boulot. De la salle de bain, la radio laisse entendre la voix d’une journaliste. Sur un ton confidentiel, comme s’il s’agissait d’un scoop, celle-ci présente le patron d’une entreprise et annonce qu’il trouve que “la grève n’est pas opportune”. Il développe : il peut comprendre ce que peuvent ressentir les travailleurs, mais ce n’est pas le moment, il faut se montrer responsable ! C’est véritablement un scoop : il existerait donc des “moments” pour faire des grèves “opportunes”, qui ne dérangeraient pas les patrons ?

constat ne s’arrête pas là : c’est la même chose pour les manifestations ou autres actions... Mais pour pouvoir analyser la manière dont les médias traitent les mouvements sociaux, il faut déjà qu’ils daignent en parler. En effet, ils se limitent généralement à leurs aspects “spectaculaires” (les “prises d’otages”, par exemple), estimant que seuls ceux-ci intéressent la population et donc attirent l’audience. Ainsi, on ne peut parler des sans-papiers tous les jours, sous peine de “lasser les téléspectateurs”. Il faut donc des événements spectaculaires tels qu’un suicide ou des grèves de la faim pour qu’on en parle...

A l’approche de la grève générale du 30 janvier dernier, les attaques se multiplient à la télé, à la radio ou dans la presse. Le message est clair : “la crise institutionnelle a mis le pays au bord de la mort, et qui sait ce qu'il en serait alors advenu du dialogue social. Certes, les mesures sont lourdes, structurelles, mais elles répondent au besoin de réforme de notre modèle social et certaines sont amendables via le dialogue social en cours. Après la grève, les enjeux ne changeront pas et il faudra y travailler ensemble”, peut-on ainsi lire dans l’édito du journal Le Soir. La situation est dramatique, nous n’avons donc pas le choix. “There is no alternative”. Tous les moyens sont bons pour décourager les travailleurs de faire grève : les sondages (“Un Belge sur deux est opposé à la grève”), les menaces des patrons, les témoignages d’usagers mécontents, la promesse que cela ne servira à rien...

La place réservée aux mouvements sociaux dans les médias est souvent indiquée par leur position dans ceux-ci : à la Une ou en deuxième, troisième page, voire dans les pages suivantes. En 2008, une grève était ainsi traitée en sixième page de la Libre Belgique et en dixième page du Soir. Ce qui faisait la Une des deux principaux quotidiens ? Les problèmes de Fortis. Dans les deux cas, il n’y avait pas de lien clairement établi entre la crise économique et financière et la grève pour le pouvoir d’achat, ce qui dénote un manque d’analyse (volontaire ?). Dans les deux cas aussi, de gros titres reflétaient la pensée patronale : “On ne peut pas se le permettre” dans La Libre1, “La grève n’apportera rien” dans Le Soir2. Dans ce dernier exemple, un semblant d’objectivité était observé en opposant à la citation d’Alain, chef d’entreprise, celle de Gilberte, nettoyeuse : “Une laitue à 1,20 euros, c’est cher”. Mais donner la moitié de l’espace à une “technicienne de surface”3 et l’autre moitié au dirigeant d’une grande surface, sans doute

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Cette approche médiatique de la grève est malheureusement monnaie courante. Et le

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universitaire, masque le fait qu’ils ne s’expriment pas dans le même langage et ne disposent pas des mêmes ressources pour argumenter. C’est ce déséquilibre qui engendre une cassure entre les médias et le peuple. Des grévistes ont ainsi déclaré des médias, en 1995 : “C'est fini, ils sont comme les hommes politiques, loin de nous ; et leur journal, c'est pas la réalité. Nous, on ne se fait jamais entendre à la télé. Si, ce sera trente secondes, un des nôtres qui n'a pas l'habitude de parler devant une caméra”4. D'une part, les journalistes distribuent souvent le temps de parole de manière inégale et, d'autre part, les représentants du mouvement social ne sont pas habitués à prendre la parole comme les experts qui sont généralement en face d'eux. On est clairement en face de “dominants” et de “dominés”, et de ce que Bourdieu appelle une “violence symbolique”5. La langue légitime, qui rend crédible à la télévision, est reconnue de tous mais seule la classe dominante, bénéficiant d'un capital socioculturel élevé, la maîtrise. D'où une inégalité criante lors de ces émissions censées donner la parole à tous. Le sociologue, face à cette problématique, livre une ébauche de solution : “Pour rétablir un tout petit peu d'égalité, il faudrait que le présentateur soit inégal, c'est-à-dire qu'il assiste les plus dému-nis relativement. Quand on veut que quelqu'un qui n'est pas un professionnel de la parole parvienne à dire des choses (et souvent il dit alors des choses tout à fait extraordinaires que les gens qui ont la parole à longueur de temps ne sauraient même pas penser), il faut faire un travail d'assistance à la parole.”6

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Outre la place des mouvements sociaux dans les médias, il faut aussi observer le vocabulaire qui leur est souvent réservé : combien de fois ne parle-t-on pas de la “grogne” des travailleurs, ou encore des mesures qui les “cabrent”, les comparant de cette manière à des chiens ou à d’autres bêtes ? Dans la presse aussi, la main-d’œuvre est donc considérée comme du bétail. Le paternalisme est aussi très présent lorsque les médias abordent la grève. On compare par exemple le travailleur à un conducteur en excès de vitesse (il serait donc responsable de ce qui lui arrive ?) : “C’est un peu comme quand on se fait flasher sur l’autoroute. On râle sur l’instant, puis on oublie. Mais quand vient la facture, l’irritation est à son comble. C’est exactement ce qui se passe avec la réforme des pensions”7, pouvait-on lire récemment dans un article du Soir. La grève, quant à elle, a déjà été comparée au “coup de gueule d’une personne colérique”8 (“On râle un peu quand elle éclate, mais on sait que la soupe au lait se raplatira le lendemain”) ou encore à une maladie (“Cette grève est l'infection de deux blessures négligées” ; il y a un “danger de contamination”). Comment expliquer le fossé qui sépare la vision du “peuple” et celle des médias ? Alors qu'un étudiant américain demandait à Chomsky comment l'élite contrôlait les médias, il lui répondit : “Comment contrôle-t-elle General Motors ? La question ne se pose pas. L'élite n'a pas à contrôler General Motors. Ca lui appartient.”9 Pour

Henri Maler, l'un des fondateurs et principaux représentants de l’observatoire de médias Acrimed, c’est la convergence de divers facteurs – dont une logique de rentabilité, ainsi que l'origine, la formation et la position sociale des journalistes – qui oriente le discours médiatique. Il rejoint ainsi l'analyse de Bourdieu10, qui explique que “le fait que les journalistes qui, au demeurant, ont beaucoup de propriétés communes, de condition, mais aussi d'origine et de formation, se lisent les uns les autres, se voient les uns les autres, se rencontrent constamment les uns les autres dans des débats où l'on revoit toujours les mêmes, a des effets de fermeture et, il ne faut pas hésiter à le dire, de censure aussi efficaces – plus efficaces, même parce que le principe en est plus invisible – que ceux d'une bureaucratie centrale, d'une intervention politique expresse.”11

d’une part, des groupes politiques tenants du journalisme d’opinion, d’autre part, des animateurs de publications qui privilégient un type d’exploitation commerciale12. Le “jeu de la bascule” voit son apogée à la naissance du Soir, en 1887, qui est gratuit pendant une dizaine d’années puis très bon marché. Son rédacteur en chef (d’Arsac) explique alors son fonctionnement : il s’agit de “faire payer la gratuité de l’abonnement par les annonces”. Rossel, créateur du Soir, avait auparavant créé un quotidien appelé le... “PasseTemps”, ainsi qu’une agence publicitaire à son nom. Dès le départ, le Soir se veut proche du peuple et “neutre” du point de vue politique. Cette attitude énerve certains, qui estiment qu’elle démontre surtout la primauté accordée aux annonces et aux réclames au détriment de la publicité des idées, dont l’expression partisane restreint le lectorat potentiel, et donc le nombre d’annonceurs et... l’argent.

En a-t-il toujours été ainsi ? Historiquement, quels liens existent-ils entre médias et mouvements sociaux ? Les médias se sont véritablement développés au XIXe siècle, avec l’industrialisation et les débuts de la démocratie libérale. Leur premier but est la “propagation des idées”. Le discours libéral distingue la publicité d’opinions et la publicité commerciale. Au départ, c’est la première qui est au centre des médias. Puis on voit apparaître un nouveau phénomène : “le jeu de la bascule”. Il consiste à offrir des abonnements à bas prix, contre une exploitation maximale de la publicité commerciale. En Belgique, vers 1860, les deux tendances coexistent :

Aujourd’hui, les quotidiens de gauche comme Le Peuple, Le Matin ou La Wallonie ont disparu. La ligne éditoriale du Soir est restée fidèle à ses origines : sa charte actuelle revendique un journal “populaire”, qui ne soit “ni de gauche, ni de droite”. Malgré des sensibilités qui les distinguent, les grands médias actuels ont rejoint cette conception du Soir, nouvelle à l’époque : une “neutralité objective”, qui s’explique par la volonté de dissuader le moins grand nombre possible de ceux qui se présentent sur le marché. Un alignement dû à une concurrence féroce : pour une même population, le nombre de médias a fortement augmenté ces 20-30 dernières années. Pour s’en sortir et

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augmenter les profits, les médias s’efforcent de réduire leurs coûts... et donc leur rédaction. Ce qui entraîne une concentration des médias, et une perte de leurs spécificités. Quant aux conditions de travail des journalistes, elles sont déplorables : beaucoup sont pigistes et très mal payés. Difficile de faire un travail correct dans ces conditions précaires... Que faire ? Première chose : lorsqu’on est au cœur d’un mouvement social, il faut se méfier des médias et ne pas tomber dans le piège en organisant des actions purement médiatiques et souvent vides de sens. D’autre part, une série de revendications peuvent être avancées pour changer les choses. Acrimed propose, par exemple,

de revendiquer un secteur public libéré de toute publicité, qui serait financé par une taxe sur l’impôt indirect constitué par la publicité commerciale ; la redéfinition de l’aide à la presse ; le renforcement des sociétés de rédacteurs indépendantes et, plus généralement, du contrôle de tous les salariés des médias sur leur entreprise ; le libre accès des journalistes, professionnels ou non, au cœur du système d’exploitation (ouverture des livres de comptes, fin du secret bancaire...) ; une stricte séparation des pouvoirs économique, politique et médiatique (telle que la revendiquait déjà le Conseil National de la Résistance au sortir de la guerre) ; ou encore l’autogestion des entreprises publiques médiatiques par des conseils mixtes regroupant producteurs et usagers responsables.

En attendant, il pourrait paraître vain d’analyser mot à mot les articles consacrés aux luttes sociales. Il n’en est pourtant rien : les médias dominants ont une puissance qu’il ne faut pas sous-estimer. Ils forgent l’opinion publique à coups de mots, en employant ceux de la classe dirigeante. Face à ce travail de désinformation, il nous incombe de nous battre en employant la même arme : il s’agit de se réapproprier les mots du peuple, les mots des travailleurs, et de produire tant que possible une autre information, qui reflète notre réalité. L’étape suivante est de se faire entendre, ce qui n’est guère facile face aux grands médias. Mais pas impossible pour autant...

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/450581/on-ne-peut-pas-se-le-permettre.html http://www.lesoir.be/actualite/belgique/alain-chef-d-entreprise-la-2008-10-06-646186.shtml 3 Terme politiquement correct qui remplace “nettoyeuse” ou “femme de ménage”, que l’on peut rattacher à ce qu’Éric Hazan nomme la “LQR”, pour Lingua Quintae Republicae : “une arme postmoderne, bien adaptée aux conditions “démocratiques” où il ne s’agit plus de l’emporter dans la guerre civile mais d’escamoter le conflit, de le rendre invisible et inaudible” (Eric Hazan, LQR, La propagande du quotidien, Ed. Raisons d’agir, 2006, p.11 et 27). 4 Un gréviste de la RATP, cité par Dominique Leguilledoux, “Paroles de grévistes”, Le Monde, 5 déc. 1995, in http://www.acrimed.org/article339.html 5 Pierre Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, éd. du Seuil, Paris, 2001, p.161. 6 Pierre Bourdieu, Sur la télévision, éd. Raisons d'agir, Paris, 1996. 7 in Le Soir du mardi 20 décembre 2011. 8 http://www.lesoir.be/forum/editos/une-apathie-longue-comme-un-2008-05-19-599198.shtml 9 Citation in Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.51. 10 Pierre Bourdieu, Sur la télévision, éd. Raisons d'agir, Paris, 1996, p.18, 20 et 23. 11 Idem, p.26. 12 in S. Jaumain et K. Bertrams (dir.), Patrons, gens d’affaire et banquiers, Le livre Timperman, 2004. 1 2

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Par Irène KAUFFER*

Haro sur les grévistes,

vive la charité !

Impitoyables avec les grévistes, les grands médias n'ont rien trouvé à redire à la grande opération de charité “Hiver

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2012” de la RTBF. Et surtout, ils ont évité de faire le moindre rapprochement entre ces deux actualités...

*Journaliste, féministe et syndicaliste

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quelques jours d'intervalle, la Belgique a vécu une grève générale et une offensive du grand froid. Dans le premier cas, les médias n'ont pas eu de mots assez durs pour condamner ces irresponsables de grévistes, incapables de comprendre la nécessité des “sacrifices” qui vont pourtant précariser et appauvrir ceux et (surtout) celles qui sont déjà au bord du gouffre. Les mêmes que, à peine quelques jours plus tard, les médias ont exposés, à grands coups de reportages lacrymogènes, pour appeler la population à les aider à remplir (partiellement) une cuve à mazout, trouver un toit (temporaire) ou simplement se nourrir (momentanément)...

A

“Bande d'énergumènes” L'offensive contre la grève du 30 janvier a été lancée bien à l'avance. Complaisamment étalés, des sondages annonçaient qu'une large majorité de Belges avaient un avis négatif sur la grève1. Surtout... les indépendants et les non syndiqués, précisait l'article. Personne n'a trouvé utile d'interroger plus particulièrement les travailleurs, avec ou sans emploi, ou de demander à l'ensemble de la population si elle avait “un avis négatif” sur les mesures gouvernementales. Côté flamand, l'offensive était encore plus radicale, avec la bénédiction du sp.a dont le Président, Bruno Tobback, dénonçait l'utilisation de la “bombe atomique de la grève générale”, sans que les journalistes ne pointent ne serait-ce qu'un soupçon d’exagération. Le syndicat ABVV (FGTB) avait eu l'idée de lancer sur Twitter le fil

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“#30J, je fais la grève” ; il a été rapidement submergé de messages hostiles qui ont permis aux médias néerlandophones, VRT en tête, de conclure que les Flamands, et notamment les jeunes, étaient farouchement opposés aux actions à venir. Média alternatif, le site DeWereldMorgen2 a eu la curiosité de sonder l'identité sociale de ces “anti-grèves” pour conclure ironiquement : “Si la Flandre est majoritairement peuplée de managers, de personnes travaillant dans le secteur des nouvelles technologies, d'entrepreneurs et des faiseurs d'opinion, alors oui, les Twitteurs de #30J forment un échantillon représentatif de la population...” Pourtant, le matin du 30 janvier, La Libre Belgique était bien obligée de titrer : “La Belgique à l'arrêt”. “La Belgique bloquée par la grève générale”, confirmait Le Soir. Ce même jour, le quotidien De Standaard titrait sur l'arrêt de la production dans de nombreuses entreprises anversoises (le fief de Bart De Wever !) et gantoises. “La vie publique est déréglée”, semblait s'étonner De Morgen. Il fallait trouver une explication à cette apparente contradiction entre l'hostilité supposée des Belges aux arrêts de travail et la paralysie du pays : les méchants piquets de grève et autres blocages sur les routes furent donc pointés du doigt (alors même que ce jourlà, il y a eu bien moins d'embouteillages qu'un lundi normal). Dans un éditorial particulièrement violent, Francis Van de Woestijne écrivait le lendemain : “Il a donc fallu supporter les communiqués triomphants des organisations syndicales se félicitant d’avoir paralysé le pays – chacun place sa gloire où il peut –

pendant 24 heures”, dénonçant dans la foulée les “bandes d'énergumènes” qui ont “obligé les braves indépendants à baisser leurs volets”3.

s'aggrave mentales, lesquelles 30 janvier

Mais la palme revient peut-être à ce journaliste de la RTBF déclarant4 : “On est nombreux à avoir souffert, à cause de la neige ou des grévistes” avant d'interroger ceux qui “sont bien placés pour juger de la réussite de la grève... l'Union wallonne des Entreprises”. Autant interroger les dindes sur les réjouissances de Noël.

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Le site critique des médias Acrimed avait déjà dénoncé la même délégitimation pour la grève du 22 décembre 20115. De la protection sociale à la charité Mais voilà que, ce même 30 janvier, comme l'a si finement remarqué le journaliste “souffrant” de la RTBF, après un début d'hiver particulièrement doux, les premières neiges annoncent une vague de froid qui va frapper la Belgique durant deux semaines. Et que ces mêmes médias découvrent soudain (ou font mine de découvrir) qu'en Belgique, il y a des gens qui n'ont pas les moyens de se chauffer ou même de se nourrir correctement. Pas seulement les demandeurs d'asile, pas seulement les sans-abris : c'est toute une misère cachée que le froid semble révéler. Pourtant, cela fait longtemps que les Restos du Coeur débordent et que les CPAS alertent sur l'augmentation des demandes d'aide... Dans quel monde vivent donc les journalistes pour s'en étonner ? Où est leur capacité d'analyse pour ne pas voir que cette précarité, cette pauvreté galopantes ne peuvent que

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Lorsque la RTBF lance son opération “Hiver 2012” – un numéro d'appel même pas gratuit, destiné à centraliser l'offre et la demande d'aide – ces commentateurs si sévères pour la solidarité, quand il s'agit de grève, oublient toute fonction critique. Sinon à la marge, pour déplorer une “belle idée un brin gâchée”6, pas pour l'opération elle-même, mais pour le misérabilisme de certains reportages. Plus sévère, la Carte blanche d’Anne Herscovici dans Le Soir7 s'insurge contre une hypocrisie qui consiste à s'apitoyer sur les pauvres tout en refusant de mon-trer les mécanismes qui fabriquent cette pauvreté. Mais globalement, guère d'ana-lyses sur cette façon pourtant saisissante dont la protection sociale glisse vers la charité.

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“Adhésion à l'ordre social” Reste à savoir d'où vient cet aveuglement. Complot ? Même pas. Tous pourris ? Non : tous, ou la grande majorité, sont tout simplement imbibés jusqu'à la moëlle d'une idéologie libérale inébranlable, selon laquelle il n'y a qu'un seul monde, une seule vérité, un seul chemin possible. Ou comme l'exprimait Geoffrey Geuens, chargé de cours en communication à l'Université de Liège : “Les professionnels de la presse, les grands noms, les éditorialistes, ceux qui insufflent les lignes sont des gens, sans pour autant remettre en cause leur éthique personnelle, qui sont disposés à tenir sur le monde un discours qui globalement va dans le sens de la reproduction du système. Ils ont donné des gages de leur adhésion, même inconsciente, à l’ordre social ou économique (...) Ces derniers temps, le discours médiatique sur l’austérité ou sur les grèves vont dans ce sens. La presse se présente

comme un contre-pouvoir, mais elle joue plutôt le rôle d’attaché de communication du gouvernement en cette période de crise. Ce n’est pas un complot, c’est une proximité idéologique”8. Ajoutons que les journalistes eux-mêmes, devant la menace de la suppression d'un complément de pension, sont soudain beaucoup moins enclins à ces sacrifices si vivement recommandés aux autres travailleurs. Et devant leurs protestations, l'inflexible ministre Van Quickenborne promet un nouveau système aussi avantageux que le précédent9. Il y a des professions qu'il vaut mieux avoir avec soi que contre soi...

La Libre Belgique, 25/1/2012 : “Plus de 50 % de Belges ont un avis négatif sur la grève”. Voir www.dewereldmorgen.be La Libre Belgique, 31/1/2012. 4 30/1/2012, La Une, Journal Télévisé de 19h. 5 Acrimed , 3/1/2012 : “Haro sur les grévistes et les syndicats” et 8/2/2012 : “Nouveau tir à vue éditorial contre les grévistes en Belgique”. 6 La Libre Belgique, 9/2/2012, l'Humeur de J.C. Matgen. 7 Le Soir, 16/2/2012, “Une couverture sociale c'est mieux qu'une couverture en laine”. 8 Le Soir, 18/02/2012, dans sa série sur les “tabous”. Où l'on retrouve des platitudes comme “les chômeurs sont des profiteurs” ou “les syndicats freinent le progrès” mais pas “les patrons sont des rapaces” ou “les actionnaires sont des parasites”, pour rester dans le ton. 9 La Libre Belgique, 18/2/2012. 1 2 3

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Par Laurence MUNDSCHAU*

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Seulement 28% des personnes vues ou interrog ées dans les médias de la Communauté française sont des femmes. C’est moitié trop peu, affirment des analystes des médias belges francophones qui, pour la première fois, participent à l’enquê te internationale GMMP (Global Media Monitor ing Project).

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iss Israël est une Barbie de combat”, “La policière est aussi l’épouse du chef d’enquête”, le journaliste qui rencontre Mélanie Laurent “a de la chance de rencontrer une femme si belle”. Ces quelques phrases sortent tout droit des quotidiens, journaux parlés et télévisés belges francophones datés du 10 novembre 2009. Ce jour-là a, en effet, servi de “témoin” pour une recherche scientifique internationale soucieuse de déterminer la place et les rôles qu’occupent les hommes et les femmes dans les médias d’information.

M

Baptisée Global Media Monitoring Project (GMMP)1, la recherche conclut à un important déficit mondial dans la représentation des femmes dans les quotidiens, les journaux parlés et télévisés, tant quantitativement que qualitativement. Ainsi, seulement 24% des personnes qui figurent dans l’actualité mondiale sont des femmes. Or, la proportion des femmes dans la société dépasse les 50%. Le monde tel que le reflètent les médias est donc un monde où une femme sur deux est gommée. Cette faible présence féminine ne se constate pas seulement en moyenne dans les 108 pays participants à la recherche. Elle apparaît également en Communauté française de Belgique, comme on le lira ci-après.

d’information. Jusqu’en 2005, la Belgique était présente, mais pour la seule partie néerlandophone du pays. Cette année, pour la première fois en Communauté française, une équipe de douze spécialistes des médias (universitaires, union professionnelle de journalistes, association féministe d’éducation permanente, etc.) a décidé de participer au projet, avec le soutien de la Direction de l’égalité des chances du Ministère de la Communauté française de Belgique. De façon générale, les médias de la Communauté française de Belgique sous-représentent les femmes : 28% des personnes qui y sont interrogées, vues ou lues sont des femmes, avec une petite pointe à 34% en télévision. C’est trop peu, même si c’est 5% de plus que la moyenne néerlandophone, 4% de plus que la moyenne mondiale 2010, et 11% de plus que la moyenne mondiale de 1995. La plupart des constats belges francophones s’inscrivent dans les tendances observées mondialement : Dans les médias analysés en Com-

munauté française, les thématiques phares (les hard news que sont la politique ou l’économie) sont celles où l’on donne le moins à voir les femmes (politique : 26% de femmes médiatisées ; économie : 20%). La visibilité des femmes est surtout importante dans les thématiques sociales (42%), les affaires criminelles (38%) et la santé (38%). Ainsi, même dans les matières où les femmes sont pourtant largement plus actives que les hommes (social, santé, famille), leur médiatisation est toujours inférieure à la parité. En Belgique francophone, comme dans le monde, les femmes figurent rarement dans l’actualité en tant que “personne faisant autorité en la matière”. On les cantonne dans le rôle de la vox populi (de 57 à 70%), là où les hommes sont porteparole (82%) ou experts (73%). Dans les médias étudiés en Communauté française de Belgique, les femmes ont deux fois plus de “chance” que les hommes d’être identifiées en fonction de leur situation familiale. En effet, 19 % de femmes présentes dans les informations sont décrites en tant qu’épouse, fille, mère. Cette pratique n’a cours que pour 8% des hommes.

Une première ! L’enquête GMMP existe depuis 1995. Tous les cinq ans, elle dresse un tableau mondial assez fouillé de la représentation des hommes et des femmes dans les médias Pourcentage de femmes médiatisées dans l’actualité (par région, par année et par support)

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Parmi les 83 items du corpus belge francophone où des femmes apparaissent comme principales protagonistes de l’actualité, seuls 15 articles et/ou billets leur donnent une place véritablement centrale. Cela ne fait même pas un item sur cinq (18%), ce qui est à peine mieux que la moyenne mondiale (13%). Sans compter que le choix de ces “rôles principaux féminins” n’est pas anodin : people, victimes ou responsables de l’éducation d’enfants. Pourtant, le 10 novembre 2009, jour du codage, était la veille de la Journée nationale des femmes en Belgique. Cet événement aurait pu renforcer le contenu féminin de l’actualité, il n’en a rien été.

profession de journaliste en Belgique pourrait être une des principales explications3.

sont la principale source d’information, pour 25% de reportages signés par des hommes.

Enfin, l’on se demande fréquemment si les femmes journalistes ont tendance à interroger davantage des femmes que des hommes. L’enquête GMMP apporte un début de réponse.

Les femmes journalistes de Belgique francophone recherchent donc moins activement une source féminine que ne le font leurs consœurs du monde.

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Trop peu de femmes journalistes Les médias belges francophones sont largement en deçà de leurs confrères du monde dans la proportion d’informations transmises par les femmes journalistes. Le 10 novembre 2009, la moyenne belge (29%) des signatures de journalistes et présentatrices se situe en deçà de la moyenne mondiale 2010 (37%). En Communauté française de Belgique, les articles et billets rédigés et/ou présentés par des femmes ne dépassent pas 35%. C’est surtout vrai en presse écrite (26%) et en radio (29%) ; et si l’on gagne peu à peu la parité de “signatures” en télévision (43%), c’est surtout dû au fait qu’il y a majoritairement des femmes présentatrices de JT (57%). La situation est pire encore en Belgique néerlandophone où seulement 23% de nouvelles sont présentées ou rédigées par des journalistes féminines. Pourquoi un si faible taux de signature féminine ? En toute hypothèse, le faible niveau de féminisation de la

hommes dans les n

Au niveau mondial, le GMMP souligne qu’il y a davantage de femmes “sources principales de l’information” dans les articles, billets et reportages des femmes journalistes que dans les documents produits par des hommes journalistes. Le rapport mondial fait en effet état de 28% de reportages signés par des femmes journalistes où les femmes sont la principale source d’information, pour seulement 22% de reportages signés par des hommes.

Ce relatif “détachement” des journalistes belges francophones pour les sources et sujets féminins s’observe également dans les articles et billets où les femmes jouent un rôle important, notamment en tant que principale protagoniste de l’actualité. Dans ce cas, seuls 28% des 83 items du corpus belge francophone sont rédigés par des journalistes féminines.

Ce constat n’est pas valable pour la Communauté française de Belgique. Les femmes médiatisées comme sources d’information le sont même un tout petit peu moins par les journalistes féminines que par les journalistes masculins. En effet, le rapport belge francophone fait état de 24% de reportages signés par des femmes journalistes où les femmes

Situer proportionnellement la place des hommes et des femmes dans les médias ne dit cependant rien sur la manière dont sont traités ces protagonistes de l’information. L’analyse quantitative a donc été complétée d’une courte analyse qualitative, afin de donner de la chair aux chiffres. Ce parcours interprétatif détermine non pas combien, mais comment les

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hommes et les femmes sont représentés dans les nouvelles. L’analyse qualitative a été menée sur 25 articles et billets de médias belges francophones sélectionnés parce qu’étant les plus typés du corpus : soit qu’ils renforçaient, soit qu’ils dénonçaient les stéréotypes sexués.

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De l’analyse de ces cas exemplaires, il ressort que deux hypothèses méritent d’être creusées à travers un corpus plus étendu et donc forcément moins “typé”. L’analyse qualitative recommande d’être particulièrement attentif au traitement stéréotypé de l’information dans deux thématiques : le fait divers (surtout criminel) et la culture people. L’analyse qualitative montre qu’il est pertinent de se poser la question de l’impact du sexe du journaliste sur le discours médiatique. En Communauté française de Belgique, les journalistes féminines observent une distance prudente par

rapport aux sujets féminins. Mais ce constat ne vaut ni en Flandre, ni dans le monde. Il mériterait donc d’être creusé. Par ailleurs, il serait tout aussi intéressant de travailler en aval sur la réception des contenus médiatiques auprès des lecteurs et lectrices. A ce niveau, l’analyse qualitative invite à s’interroger sur la mise en exergue de femmes ou d’hommes d’exception, sortant du rôle auquel les stéréotypes les assignent traditionnellement. Cette exposition médiatique peut en effet avoir un effet positif sur les récepteurs et réceptrices, par identification. Mais l’exposition médiatique peut également avoir pour effet contreproductif de renforcer les stéréotypes sexués, par effet de miroir. “Quel genre d’infos ?” L’enquête GMMP n’est pas une fin en soi. Ce qui importe, ce ne sont pas tellement les résultats, mais bien les réflexions et les actions qu’ils vont susciter chez les journa-

listes, les communicateurs (porte-parole, attaché-e-s de presse), les enseignant-e-s qui les forment et les instances politiques et de régulation des médias. Une terrible réponse au déséquilibre constaté serait de considérer que “la société est comme ça” – inégalitaire –, que le média en est le “simple” miroir, et que donner plus de place aux femmes dans l’information serait tronquer la réalité. Certes, tout journaliste a un devoir de vérité. Inutile d’interviewer à tout prix un homme ou une femme là où il n’y en a pas. Mais tout journaliste est également acteur, actrice d’évolution sociale. Pourquoi dès lors ne pas être attentif à l’égalité entre hommes et femmes ? Cette question touche à la fois à la qualité de l’information et à l’amélioration du fonctionnement de la société… C’est à cette sensibilisation que veut répondre le projet “Quel genre d’infos ?” mené par l’Association des journalistes professionnels.

Entretien avec Laurence Mundschau (Propos recueillis par Paola HIDALGO, Bruxelles Laïque Echos) Deux ans après cette photographie des médias francophones belges sous le prisme de la place des femmes dans les médias, d’autres initiatives de ce genre ont été menées au sein d’organismes comme le Conseil supérieur de l’Audiovisuel ou l’Association des journalistes professionnels (pour la presse) et on arrive souvent au même constat : “sans qu’il y ait une volonté consciente d’occultation des femmes et de renforcement des stéréotypes, par habitude, par manque de temps ou de moyens on va au plus vite, c’est-à-dire l’homme blanc de trente-cinq ans qui travaille”. “En général, dans les médias nationaux, la tendance à reproduire les stéréotypes est encore bien présente : on interrogera une femme voilée exclusivement sur des sujets relatifs à l’immigration, tandis qu’on interrogera un homme blanc sur des sujets plus généraux, comme la mobilité.” Cette tendance au renforcement des stéréotypes est moins présente dans les médias locaux, lorsque les journalistes sont plus proches du terrain. Le “filtre de la diversité” est moins omniprésent au niveau local et ce type de bonnes pratiques gagnerait à être divulgué. Néanmoins, on peut affirmer que tous les médias sont désormais sensibilisés par rapport à l’égalité et à la diversité grâce à ces initiatives. www.whomakesthenews.org Le corpus sélectionné et analysé était composé de : 3 supports : presse écrite, radio, télévision ; 9 médias (Le Soir, La Dernière Heure, Vers l’Avenir Namur, La Première, Bel RTL, Fun Radio, La Une, RTL-TVi, Télésambre) ; 148 articles ou billets audiovisuels (59 en TV, 43 en radio, 46 en PE) ramenés à 142 items dans la base de données ; 331 personnes évoquées ou interviewées (94 femmes et 237 hommes) par 195 journalistes et présentateurs ou présentatrices (70 femmes et 125 hommes). 3 En 2010, sur les 5175 journalistes professionnels agréés et journalistes stagiaires actifs en Belgique, on compte 1577 femmes, soit 30% (chiffres de l’Association des journalistes professionnels, arrêtés au 30/03/2010) ; ce qui constitue un sérieux différentiel avec la moyenne européenne (qui s’élève à 47 % de femmes dans la profession). 1 2

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Par Jean BLAIRON* et Jacqueline FASTRÈS** (Article initialement paru dans Intermag, mars 2011)

En ligne directe Une autre voix contre le (b)uzzinage* des subjectivités Le 3 mars 2011, le Délégué Général aux Droits de l'Enfant, en association avec RTA asbl (Réalisation Téléformation Animation), lance “En ligne directe”, une banque d'images, de sons et de textes sur l'enfance et la jeunesse en Communauté française, disponible sur l'Internet, à destination des professionnels des différents secteurs et des institutions qui se préoccupent des jeunes, mais aussi à destination des médias. L'objectif est, dit Bernard De Vos, de faire entendre “une autre voix dans le débat citoyen et politique à propos des enfants et de la jeunesse” : la voix des jeunes eux-mêmes, mais aussi de tous les services concernés par ces bénéficiaires.

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“Une réelle urgence” Il y a une “réelle urgence”, dit Bernard De Vos, “à porter sur ces acteurs un regard plus profond et plus complexe que l'image superficielle souvent colportée par les médias”. Ainsi, les orientations des secteurs qui s'occupent des jeunes sont méconnues (par manque de visibilité des actions, souvent très discrètes, qui les rendent possibles) ou incomprises, notamment à cause de la difficulté des médias à en rendre compte de manière appropriée. On pointe notamment la tendance à privilégier le sensationnalisme et la victimisation, qui conduit de plus en plus souvent à prendre l'exception pour la règle : le décès d'un enfant qui affecte un service de l'aide à la jeunesse, une décision de justice protectionnelle prise à l'égard d'un mineur peuvent considérablement biaiser la perception de la légitimité d'actions de fond quotidiennement mises en œuvre avec succès. Nous savons évidemment que la tendance à privilégier l'information à court terme et l'émotion plutôt que la compréhension de fond n'est pas nécessairement imputable aux journalistes et qu'il faut la considérer comme l'effet de contraintes propres au champ médiatique. Il reste que ce fonctionnement n'est pas sans effets : stigmatisation de la jeunesse ou de groupes précarisés, production d'une vision de la société peu solidaire, demande irraisonnée d'une “sécurité” totale, dont on oublie qu'elle ne peut qu'être la conséquence d'une sécurité d'existence pour tous, etc.

Plus profondément encore, il faut pointer deux manques complémentaires : – un manque d'accessibilité et de participation de certains publics à l'espace médiatique : il conviendrait ici de retrouver, mutatis mutandis, l'esprit des “radios libres” luttant pour la démocratie culturelle ; – un manque de documents (produits de manière participative, dans le respect du rythme et des positions des groupes concernés) rendant raison des orientations évoquées dans toute leur complexité. Des enjeux et des défis oubliés, voire reniés, par trop de médias Félix Guattari a nommé “révolution moléculaire” le surgissement d'une “multiplicité de désirs et d'actions sécrétant leurs propres systèmes de repérage et de régulation”1. C’est bien de ce cadre que se réclame “En ligne directe”. En s’associant étroitement à ce projet, RTA reste dans la droite ligne de ses missions. RTA a en effet été créée en 1973 par les mouvements ouvriers namurois, la FGTB et le MOC, avec la visée de permettre au public populaire de développer ses propres ressources culturelles et de lui donner l’occasion de les faire connaître. Soit une visée de démocratie culturelle, si compromise aujourd’hui, dans le cadre d’un mouvement moléculaire (“les radios libres”) et d’une logique collective (les TV qui se voulaient communautaires). Il est intéressant de se reconnecter à cette histoire et de rappeler ses deux défis,

dans la mesure où ils permettent de mettre en perspective le projet “En ligne directe”. Le premier défi consistait à se faire une place dans un paysage médiatique surcontrôlé : le mouvement des radios libres, par exemple, contestait à la fois le monopole des médias publics, accusés d’être “la voix de l’Etat” (avec une composante de censure et de répression) et la dérive des médias commerciaux, accusés de diffuser une culture de masse qui manipulait les besoins et formatait les désirs. “Se faire une place” a consisté à l’époque à diffuser illégalement, à prendre le risque de poursuites judiciaires, à bricoler des solutions techniques. Le deuxième défi consistait à se distinguer des productions qui étaient critiquées. Ce défi comportait une dimension de contenu et une dimension de forme étroitement connectées. Il s’agissait en effet de manière indissociable de faire exister la réalité de nouveaux possibles dans une société corsetée et de rendre tangibles de nouvelles manières de médiatiser la réa lité. L’expérience de Radio Vert racontée par Guattari est emblématique de cette attitude : “Ce qui importe dans les radios libres, ce qui est efficace, c’est que la première fois que les gens captent une radio libre, et entendent beaucoup de bruit, une pagaille incroyable, le microphone qui tombe, tout le monde qui parle en même temps, les gens se disent : “Ah ! Alors la radio ça peut être ça...” Et c’est ça qui soudain ouvre ce que je nomme un univers de possibles totalement différent.”2

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Qu’en est-il de cette visée et de ses deux défis aujourd’hui ? Le constat est qu’ils restent à la fois terriblement d’actualité et qu’ils doivent être entièrement revus, compte tenu des évolutions de l’environnement. Se faire une place, où et comment ? Le groupe populaire a été éclaté du fait des stratégies développées par le management moderniste. Les stratégies d’individualisation de la réalisation salariale au nom d’une soi-disant reconnaissance du mérite, la perte des droits inconditionnels et individualisés, la précarisation produite par un mouvement permanent, sans sens et sans fin, ont permis de rendre acceptables la concurrence entre les dominés, d’une part, et l’abandon à son sort d’une part importante de la société (rendue responsable de sa situation par les sophismes de l’Etat social actif). Dans ce contexte, la jeunesse est de plus en plus présentée comme une classe dangereuse, ce qui permet de justifier l’injustifiable : le fait que la part la moins favorisée de celleci soit promise à un destin de “surnuméraire”, d’“inutile au monde”, que l’on s’efforcera de stigmatiser pour faire oublier la domination dont elle est victime. Quant à la marchandisation culturelle et au développement des industries du même nom, nous assistons de fait à son extension : nous en sommes arrivés à la marchandisation de l’émotion voluptueuse, surtout quand elle est tueuse : le décès accidentel d’enfants constituant probablement le fonds de commerce le plus prometteur.

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Le premier défi est donc d’offrir un canal permettant de lutter contre l’image négative et contre la marchandisation culturelle. Dans une analyse antérieure3, nous avons pointé l’importance du rôle des médias dans ce que W.C. Mills désigne comme l’établissement d’une question publique, à savoir le cheminement par étapes de ce qui est au départ une épreuve personnelle de milieu vers une mise à l’agenda politique, qui transforme l’épreuve personnelle en priorisant pour toute la société la substance qu’elle porte. Pour que ce cheminement puisse se faire, il est indispensable qu’à un moment donné, une “traduction” s’opère, soit une montée en généralité, une analyse, un recul critique, une reformulation des enjeux dépouillés de l’excès d’émotion suscité par l’épreuve elle-même. Ce travail de traduction se fait notamment par les associations, et les médias devraient permettre une chambre d’amplification en se faisant les intermédiaires des divers points de vue, permettant en cela une structuration et une indispensable visibilité du débat. Le rôle qui leur incombe par essence est celui d’intermédiaire, au sens où l’entendent les sociologues de l’innovation Callon et consorts : eux qui sont “entre”, qui permettent le lien, la connexion, entre des éléments peu connectés. Il est évident cependant que les médias tiennent une place de plus en plus essentielle dans la traduction elle-même, qu’ils orientent plus qu’ils ne la structurent, et contribuent ainsi à entretenir la déconnexion. Mais, de plus, si nous sommes apparemment bien loin d’une situation où les médias constituaient la “Voix de

l’Etat”, nous avons plutôt affaire aujourd’hui à une conquête, par les médias, des prérogatives régaliennes de l’Etat : les médias, particulièrement télévisés, s’arrogent de plus en plus des fonctions de justice, voire de maintien de l’ordre. Le titre de nombreuses émissions revient à auto-proclamer un rôle de justicier (Com plément d’enquête, Enquêtes, Affaires non classées, Devoir d’enquête, À vous de juger, Au nom de la loi...), qui conduit trop souvent les agents médiatiques à devenir des juges statuant sans procès. Les médias ont donc tendance à courtcircuiter les deux extrémités de la chaîne dans la constitution des questions publiques qui concernent les jeunes (entre autres), en précipitant la traduction et en statuant sur la teneur de la mise à l’agenda politique en lieu et place des acteurs légitimes pour ce faire. Dans ce contexte, il est essentiel d’agir pour la jeunesse, pour la défense de ses droits culturels et sociaux ; il importe de le faire avec les médias qui souhaitent résister à l’alignement que leur impose une concurrence exacerbée ; il importe aussi de le faire en travaillant sur les effets de cet alignement, notamment en exerçant une critique des dérives médiatiques les plus inacceptables ; on se souvient à ce sujet que Pierre Bourdieu en appelait à activer l’arme du ridicule.4 Se distinguer de ce que l’on critique implique aussi aller à contre-courant de ce qui se produit dans le champ médiatique, c’est-à-dire l’accélération de la vitesse. Paul Virilio met en garde contre ce phénomène. “Dans l’accélération de

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ces NTIC justement, à qui il faut redonner un rôle d’intermédiaire au lieu de se contenter de les fustiger. En prenant ce temps au service de l’intermédiation, “En ligne Directe” peut permettre aux médias qui le souhaitent de récupérer le temps non pas perdu, mais jamais trouvé.

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l’information, il y a une perte. Quand on vous dit : “En deux minutes, dites-moi”, à la télé ou ailleurs, ou “En 90 secondes, dites-moi, racontez-moi” ce que vous avez écrit pendant 20 ans, c’est une crise de la liberté d’expres sion, non pas formelle mais temporelle. C’est-à-dire que vous n’avez pas le temps de le dire. C’est pareil pour la crise des journaux papier par rapport à la télé ou par rapport à Internet. Là encore, le temps réel est une tyrannie. L’immédiateté, l’ubiquité, l’instantanéité, c’est une tyrannie. On est

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* Le mot valise proposé par les auteurs combine “usinage” (un thème de Guattari), “buzz” (un thème de Virilio) et «“buziness” (un thème de Bourdieu). Il désigne la perte d’autonomie et le façonnage des subjectivités par l’esprit commercial et par les excitations médiatiques artificielles. . 1 Felix Guattari, La révolution moléculaire, Paris, U.G.E., 1977, p. 41. 2 Felix Guattari et Suely Rolnik, Micropolitiques, Paris, Seuil, 2007, p. 372. 3 Voir Jacqueline Fastrès, Le rôle des médias dans la question publique : l’oeuf ou la poule, in Intermag. 4 Voir dans Intermag les analyses produite dans la section “champ médiatique”. 5 Voir l’interview de Paul Virilio sur France Culture, le 9 janvier 2009, http://www.fabriquedesens.net/D-autres-regards-sur-la-crise-avec,211.

renvoyé de la réflexion au réflexe, c’est-àdire à une perte de la liberté de communiquer, liée simplement au temps, au tempo.”5 Le champ médiatique est marqué par cette tyrannie du temps, parce qu’il faut aller plus vite que les concurrents. Le tempo s’accélère avec les NTIC. C’est pourquoi il importe de reprendre le temps de donner la parole aux acteurs à qui on ne la donne que trop peu et de manière trop sommaire. Et il importe de le faire via

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Par Yana BREINDL*

Luttes informationnelles en ligne :

militer à l’ère d’Internet Critiquant les médias traditionnels comme trop favorables aux pouvoirs établis, les mouvements sociaux ont de tout temps cherché à créer des supports médiatiques alternatifs. Les militants se sentent souvent ignorés ou considèrent que leur message est déformé par les journalistes. Il n’est donc pas étonnant qu'ils aient un besoin vital d'établir des canaux de communication propres et indépendants. L’objectif est de contester le pouvoir en place – nous pensons notamment à la presse révolutionnaire – ou de produire l’information sur des bases démocratiques. Le mouvement des médias communautaires des années 1960-70 cherchait ainsi à donner la parole aux exclus et marginalisés en créant des radios ou télévisions qui appartiendraient à la communauté, qu’elle soit géographique ou d’intérêts partagés.1

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nternet est prisé pour donner accès à d'énormes quantités d'informations, suscitant l'espoir d'une société plus informée et plus participative. L'interactivité du “réseau des réseaux” rendrait superflus les intermédiaires, que ce soit l’État ou les médias de masse, et permettrait aux citoyens d'être davantage informés sur la politique à moindre coût et de manière plus efficace. En outre, la rapidité de diffusion et la facilité d'utilisation d'internet permettraient à des acteurs marginalisés dans le processus politique de diffuser leurs propres messages à une audience potentiellement globale.

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Reste à définir la notion d'information. L'information est souvent présentée comme une donnée factuelle et objective dont découlerait en toute logique la meilleure prise de décision possible. En réalité, l'information est toujours “en formation”,2 c'est-à-dire qu'elle est modifiée et altérée, formatée au service des stratégies de persuasion des acteurs politiques qui s'en servent. Il en est de même sur Internet. La bataille des brevets logiciels Prenons un exemple : le cas de la campagne pan-européenne contre l'introduction de brevets logiciels en Europe qui s'est déroulée de 1998 à 2005. Malgré son impact potentiellement énorme sur l'économie et la société, l’extension de la brevetabilité aux programmes informatiques a été débattue, au sein d'institutions critiquées pour leur manque de légitimité démocratique, sans réelle couverture médiatique. En l'absence de débat public sur la question, la Commission européenne consulta

les acteurs concernés pour finalement décider d'ignorer la majorité des réponses à la consultation et de ne retenir que les avis exprimés par des grandes entreprises informatiques. En 2002, elle propose une directive qui est ensuite discutée au Parlement européen et au Conseil de l’Union européenne. Sensibilisés par les effets néfastes des brevets sur les logiciels pour les petites et moyennes entreprises informatiques aux Etats-Unis, des informaticiens européens, pour beaucoup affiliés au mouvement des logiciels libres et open source, organisent la résistance en ligne. En tirant profit de leurs compétences techniques, ils créent des wikis, listes de discussion, pages Web et affiches pour sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de la directive. Rapidement, le site de l’Association pour une infrastructure informationnelle libre (FFII) devient la ressource principale pour les opposants aux brevets logiciels, attirant petit à petit un intérêt médiatique d’une certaine envergure. Toutefois, les médias ne sont que les témoins d'un débat qui les dépasse déjà depuis longtemps. La bataille est gagnée dans les institutions quand le Parlement européen rejette la directive en juillet 2005, une décision historique à l’échelle européenne. Sans Internet, la campagne n’aurait jamais connu une telle ampleur. L'exemple n'est pas isolé. Une foule d'autres mouvements emploient internet pour faire entendre leurs revendications. L'utilisation d'Internet par les Zapatistas du Mexique pour attirer des soutiens et sympathies mondiales à leur lutte d'indépendance est bien documentée. Le mouvement altermondialiste est également un habitué du réseau, coordonnant en ligne ses manifestations contre l’ordre

établi de par le monde. La campagne contre les brevets logiciels est exemplaire car elle nous renseigne sur trois aspects importants des luttes informationnelles contemporaines : la veille informationnelle, la réappropriation de l'information et la diffusion d'un contre-message. Veille informationnelle Si l'accès à des informations diversifiées était réservé à une élite au début de l'essor industriel, nous nous trouvons désormais dans ce qui est fréquemment appelé la “société de l'information” ou “société du savoir”. L'information est devenue la commodité clef du capitalisme avancé.3 A présent, c'est l'abondance d'informations dans nos sociétés hyper-médiatisées qui est devenu un enjeu aussi bien pour les citoyens que pour les politiques. Ceux qui savent sélectionner, recadrer et présenter l’information de manière convaincante gagnent en pouvoir. Les technologies de l'information et de la communication offrent une panoplie d'outils pour chercher, collecter et reproduire n'importe quel contenu numérique. Dans le cas de la bataille des brevets logiciels, on assista à une véritable veille collective. Les opposants cherchaient, collectionnaient et organisaient sur le wiki du FFII toutes les informations disponibles sur les brevets logiciels, appliquant une interprétation littérale de la transparence en ligne. Leurs efforts profitaient de la transformation profonde de l’accès à l’information politique. Au niveau européen, les documents officiels étaient encore vendus par des lobbyistes au début des années 1990,

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une pratique qui a disparu avec l'introduction de la plateforme Europa qui centralise toutes les informations produites par les institutions européennes et les met à disposition de tous les internautes, généralement traduites dans les langues officielles de l’UE. La navigation entre ces pages Web n'est pas nécessairement facile pour ceux qui ignorent le fonctionnement des institutions européennes. Toutefois, il suffit d'une personne pour extraire les documents et les reproduire ailleurs pour que d’autres puissent s’en servir. L'accès à l'information devint un enjeu dès 2001 quand des activistes des logiciels libres se plaignaient de la lenteur des institutions européennes pour mettre à jour leur site Web. Toutes les informations ne sont pas disponibles immédiatement sur Internet. De plus en plus, on assiste également aux “fuites” de documents internes, voire secrets, tels que proposés par le site Wikileaks entre autres. Ces documents sont des ressources primordiales pour des activistes déterminés à se faire entendre. Pour intervenir efficacement, il faut d’abord savoir ce qui se dit dans les discussions politiques. Réappropriation de l'information L’étape suivante pour les activistes consistait à se réapproprier ces informations souvent techniques, écrites pour un public de juristes et de politiciens, afin de les rendre intelligibles, sinon au commun des mortels du moins aux personnes intéressées par ces enjeux. Il s'agissait donc de recadrer le débat pour un public d'informaticiens pour la plupart non politisés. Les groupes de travail du FFII se

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chargeaient de rédiger les analyses contre les brevets logiciels. L'objectif était de déconstruire l'argumentaire des supporteurs de la directive, clamant qu'il s'agissait non pas d'étendre le domaine des brevets aux programmes informatiques mais plutôt à des “inventions mises en œuvre par ordinateur”. La distinction entre les deux fut au centre de tous les débats. Les informations étaient débattues, analysées et réappropriées par des bénévoles dans un processus de collaboration ouvert. Ce procédé est similaire à ce qui a été observé dans d'autres “communautés virtuelles” dont le but est la production d’un bien public. C'est le cas de l'encyclopédie en ligne Wikipedia ou des sites de production de logiciels libres et open source, voire de plateformes propriétaires tels que des sites de partage de photos ou de vidéos connus. La participation est ouverte à tous, publique et décentralisée. Un individu peut choisir de s'engager de manière multiple et autonome. Le paradoxe d'Olson, qui consiste en la tendance de membres d'un groupe à ne pas contribuer ou à contribuer le moins possible à une action collective tout en voulant bénéficier du bien produit par l'ensemble des participants, n'est plus forcément un problème pour les communautés en ligne. Celles-ci peuvent efficacement agréer de petites contributions en bénéficiant de la coopération entre des personnes qui ne se connaissent pas ou peu, tout en capitalisant sur les effets d'activation d'une communication personnalisée et directe, comme ce fut le cas au sein des groupes de travail de la FFII. De petits groupes locaux ou des groupes de travail en ligne se chargèrent de décon-

struire de petits bouts d'argumentaires, de créer des tracts ou affiches en bénéficiant des informations collectées en ligne pour finalement mettre à disposition à leur tour le résultat de leur travail afin qu'il puisse être utilisé, traduit et diffusé par d'autres. Diffusion d'un contre-message L'Internet est le média alternatif par excellence. Au moins depuis l’apparition d’applications Web faciles à créer et à éditer tels les blogs ou les wikis au début des années 2000, même des utilisateurs aux connaissances techniques limitées peuvent se lancer dans la publication en ligne. De plus, la “vieille” technologie de l’e-mail reste un canal de diffusion de choix qui permet de cibler une ou plusieurs milliers de personnes en fonction de l’objectif poursuivi. Le rythme de transmission est également accéléré avec les possibilités de diffusion quasi instantanée offertes par des sites de micro-messages tels que Twitter ou identi.ca. Tout mouvement politique qui se respecte est présent sur Internet pour communiquer directement avec ses supporteurs. Quand il s'agit de convaincre les décideurs politiques, la diffusion en ligne reste insuffisante. Dans le cas de la bataille des logiciels libres, la production collaborative servait de base à des démarches de lobbying et de protestation ciblant les décideurs politiques européens et nationaux. Le but était d'augmenter la pression publique sur les décideurs politiques en attirant l'attention sur les enjeux du processus politique. Pour ce faire, les opposants mobilisaient citoyens et entreprises pour témoigner de leur opposition

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aux députés. Les appels téléphoniques et courriels de citoyens ou d'entrepreneurs inquiets, les manifestations dans la rue ainsi que la présence d'activistes au sein du Parlement européen donnaient une crédibilité à la campagne dans une institution peu habituée aux interventions directes des citoyens. Grâce à des soutiens internes à l'institution, les opposants organisaient des conférences et séminaires pour transmettre leur message et distribuer leurs analyses aux députés. La presse nationale de qualité, lue par les décideurs politiques, était une cible de choix pour les opposants mais difficile à pénétrer. Il était plus aisé de trouver un écho dans des médias spécialisés en ligne, consacrés à l'informatique. Les médias traditionnels restent omniprésents sur internet et attirent le plus de lecteurs4, et les mécanismes de sélection de l'information des grands médias perdurent. En conséquence, les militants organisaient des évènements visuels, tels des manifes-

tations en uniforme de prison, ou recadraient des débats déjà abordés dans les médias pour obtenir une certaine visibilité. En parallèle, les opposants distribuaient leurs communiqués de presse directement aux députés afin de garantir une réception de leur message sans déformation. Le combat des citoyens et des petites et moyennes entreprises contre des géants de l’informatique, souvent américains, présentait une allure de David contre Goliath auxquels les médias et députés étaient également sensibles. Une fois la directive rejetée, le mouvement s’essouffla rapidement notamment par le déclin de sa principale structure organisationnelle, la FFII. Toutefois, les ressources générées pendant la campagne sont toujours présentes en ligne, telle une archive du passé qui peut être redéployée pour d’autres missions. Un petit nombre de militants se sont tournés vers d'autres combats avec de nouveaux alliés,

amenant avec eux l'héritage et l'expérience de cette campagne. Beaucoup d’entre eux sont aujourd'hui en première ligne quand il s'agit de dénoncer d'autres enjeux de nos sociétés de l'information tels le traité ACTA, la rétention de données privées ou la défense de la liberté d'expression, notamment en condamnant toutes les formes de filtrage d'Internet. La campagne des brevets logiciels est exceptionnelle dans sa portée et le succès qu’elle remporta. La plupart des campagnes en ligne n’y parviennent pas. Internet n’est pas un outil miracle qui permettrait de gagner toutes les batailles. Le “réseau des réseaux” comporte de nombreuses potentialités mais tout dépend de l’utilisation qui en est faite et du contexte. Pour les activistes, c’est une ressource utile tant que sa structure reste ouverte et dénuée de contrôle étatique ou commercial. C’est loin d’être le cas à l’heure actuelle.

Dominique Cardon & Fabien Granjon, Médiactivistes, Paris, Contester, Presses de Sciences Po, 2010, vol. 9. Nicholas Gane & David Beer, New Media: The Key Concepts, Oxford, Berg Publishers, 2008. 3 Jean-Francois Lyotard, La Condition postmoderne : rapport sur le savoir, Paris, Critique, Editions de Minuit, 1979. 4 Matthew Hindman, The Myth of Digital Democracy, Princeton University Press, 2008. 1 2

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Par Navid HASSANPOUR

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u matin du 28 janvier 2011, les autorités du pays décident l’interruption totale des communications Internet et des réseaux de téléphonie mobile. C’est à partir de ce moment précis que la mobilisation populaire décolle véritablement. La place Tahrir demeure noire de monde, mais d’autres villes, comme Alexandrie et Suez, connaissent à leur tour une intensification des manifestations. Au Caire, notre analyse des lieux de rassemblement distincts durant les dixhuit jours du soulèvement met en évidence un accroissement prononcé et soudain de leur dispersion spatiale2 : d’un lieu unique, les 25, 26 et 27 janvier 2011 (la place Tahrir), on passe à huit le 28 janvier. A la tombée de la nuit, ce jour-là, la multiplication des foyers de protestation rend la tâche des forces de l’ordre plus difficile3. Vers 19 heures, l’armée est appelée en renfort, mais elle refuse d’intervenir. Quelques jours plus tard, le régime de M. Moubarak, vieux de trente ans, s’effondre.

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L’argument selon lequel les réseaux sociaux jouent un rôle d’incitation à la rébellion repose en général sur un présupposé : les mobilisations dépendent de la disponibilité d’informations révélant une vérité jusque-là dissimulée. Les médias en ligne participeraient donc à une prise de conscience de la population. Dans le cas égyptien, ils auraient mis au jour l’étendue de l’oppression, amenant des personnes nouvellement informées à passer à l’action. Toutefois, les communications véritablement séditieuses demeurent le plus souvent invisibles. Lorsque ce n’est pas le cas, l’élite au pouvoir les repère et

les interdit en général immédiatement. Par ailleurs, l’information « révolutionnaire » n’est pas toujours fiable. Ce sont par exemple de fausses rumeurs quant à la mort brutale d’un étudiant de 19 ans qui ont mis le feu aux poudres lors de la “révolution de velours” à Prague4. De la même façon, la chute du mur de Berlin est due – du moins en partie – à une déclaration trompeuse lors d’une conférence de presse qui, diffusée sur les ondes de la télévision est-allemande, incita la population à passer vers Berlin-Ouest5. En période d’agitation, l’exagération et le manque d’information peuvent donc s’avérer plus efficaces que le compte rendu minutieux des exactions du pouvoir. Si les médias sociaux favorisent la mobilisation politique, ce n’est donc pas parce qu’ils participent à l’émergence de la vérité. La propagande centralisée d’Etat est parfois considérée comme un “opium du peuple”. Plus subtilement, les nouveaux médias sociaux peuvent également décourager la prise de risque collective. La visibilité du contrôle et de la surveillance que le pouvoir exerce sur les individus participe au maintien de l’ordre. Ainsi, le statu quo ne découle pas nécessairement d’une coercition effective, mais de la certitude qu’elle a lieu. Lorsque ce savoir commun disparaît, la population est en mesure de se forger une conception du risque indépendante de l’Etat. A l’intérieur d’un groupe composé d’une majorité opposée à la prise de risque et d’une minorité radicale, un plus grand échange d’informations – même non censurées – au sein de la majorité n’intensifie donc pas nécessairement la mobilisation.

En revanche, l’interruption des moyens de communication habituels fissure l’unité des groupes de citoyens opposés à la prise de risque. De nouveaux liens se forment, qui donnent plus de poids aux radicaux, leur offrant de nouvelles possibilités d’organiser les personnes mobilisées et de décentraliser les manifestations, ce qui complique le travail des forces de l’ordre. Ce 28 janvier, au Caire, le blocage des moyens de communication par le régime a forcé les Egyptiens à trouver de nouvelles façons de propager, de recueillir et peutêtre même de produire l’information. Un exemple : les personnes qui s’inquiétaient au sujet de leurs proches n’eurent d’autre choix que de sortir pour tenter d’obtenir des nouvelles. Ce faisant, elles grossissaient les rangs de la foule dans les rues. Lors des affrontements qui firent rage dans la ville, de nombreux centres locaux – places publiques, immeubles stratégiques, mosquées – se transformèrent en autant de points de rencontre. Le 28 janvier 2011, le blog The Lede, hébergé par le site du quotidien américain The New York Times, rapportait : “Il est clair que le déploiement policier en Egypte n’est plus en mesure de contrôler ces foules. “Il y a trop de manifestations à trop d’endroits différents”, dit Peter Bouckaert, le directeur des urgences de Human Rights Watch, qui observait la bataille dans les rues d’Alexandrie ce vendredi.” Les jours suivants, malgré l’affaiblissement du régime et l’accroissement de la foule sur la place Tahrir, le rétablissement des réseaux de communication ne conduisit pas à une nouvelle extension des manifestations. On peut donc estimer

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que leur interruption participe à l’explication de ce phénomène : le gouvernement égyptien s’était privé d’un moyen d’intimidation efficace, la possibilité de suggérer qu’une répression musclée répondrait à la mobilisation. Les informations concernant la possibilité d’une telle répression ne pouvaient pas proliférer sur les réseaux sociaux et dissuader les manifestants. La perturbation des communications Internet et de la téléphonie mobile le 28 janvier aurait donc exacerbé l’agitation populaire de trois façons distinctes. Elle aurait permis la mobilisation de citoyens qui, jusque-là, ne suivaient pas particulièrement les événements ou ne s’en souciaient pas outre mesure. Elle aurait renforcé les contacts “en chair et en os”, à

la faveur de l’investissement de l’espace public. Enfin, elle aurait conduit à la décentralisation des lieux de rébellion, par le biais de tactiques communicationnelles hybrides, produisant une situation bien plus difficile à contrôler que ne l’était le seul rassemblement de la place Tahrir. Un processus semblable semble avoir été à l’œuvre à Damas le 3 juin 2011. Après plusieurs semaines de répression violente, le gouvernement syrien a décidé d’utiliser la même tactique que le régime de M. Moubarak. Le vendredi 3 juin, Internet a été coupé dans tout le pays pendant vingt-quatre heures, dans le but d’empêcher une mobilisation de masse. “Les manifestations de vendredi semblent être les plus importantes des dix semaines du

soulèvement, notait un correspondant de l’agence Associated Press (qui se trouvait à Beyrouth, au Liban). Des gens se regroupent en grand nombre dans des villes et des villages qui auparavant n’avaient pas connu une telle participation. Des manifestants se sont aussi rassemblés dans plusieurs banlieues de Damas en plus du quartier central du Midan6, où des manifestations se sont tenues ces dernières semaines7.” Prolifération des rassemblements et hausse de leur dispersion spatiale : le même scénario que dans le cas égyptien. Faut-il en conclure que la censure de Twitter serait plus révolutionnaire que Twitter ?

Interview sur CNN, 11 février 2011. “Media disruption exacerbates revolutionary unrest : Evidence from Mubarak’s natural experiment” présenté lors de la rencontre de l’Association américaine de science politique (APSA), en 2011. 3 The Lede, 11 février 2011. 4 The New York Times, 18 novembre 2009. 5 The Washington Post, 1er novembre 2009. 6 Midan signifie “place” en arabe. 7 “Syria troops kill 34 during massive protest”, Associated Press, 3 juin 2011. 1

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Réservez dès aujourd'hui

l'Atlas Depuis une décennie, nous assistons à l’émergence de nouveaux centres de production, de nouveaux lieux de pouvoir, de nouvelles routes de communication. C’est toute la géographie politique, économique et culturelle de la planète qui bascule sous nos yeux, parfois sans que nous le remarquions. Qui aurait pu imaginer que l’ordre capitaliste serait ébranlé par la plus grave crise depuis les années 1930 ? Qui pourrait penser que, d’ici quelques années, les compagnies aériennes du Golfe seront les premières du monde ? Que de nouvelles voies maritimes s’ouvriront à travers le Grand Nord ? Comme les précédentes versions, cette édition de L’Atlas du Monde diplomatique vise à mettre en lumière les transformations en cours, à dégager les grandes lignes de force derrière les évolutions stratégiques, à montrer que le bouillonnement actuel n’est aléatoire qu’en apparence. Il s’appuie sur une vision “longue durée” historique, en revenant sur d’autres périodes similaires, quand les centres de pouvoir migraient de l’Orient vers l’Occident, au début du XIXe siècle, ou au sein même de l’Occident, avec l’affirmation des Etats-Unis durant le XXe siècle. L’Atlas du Monde diplomatique articule le passé, le présent et l’avenir, tout en gardant le côté pédagogique qui a fait le succès des précédentes éditions.

196 pages, 230 x 300 mm, livraison à partir du 26 mars 2012

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Par Philippe DELCHAMBRE*

Du macro au micro Le modèle IP (Internet Protocol) conditionne l’essor de deux télévisions dominantes à l’échelle mondiale. Pour conserver leurs parts de marché, les télévisions historiques innovent sur le modèle de la télévision connectée. Du macro au micro, quelle sera la place des médias de proximité et par exemple celle de Télé Bruxelles ?

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our qui cherche une information, la recoupe, l’écoute ou visionne un programme en baladodiffusion, la conclusion s’impose : Internet est incontournable. Les tablettes, les smartphones et demain les téléviseurs hybrides permettent à la fois de regarder une chaîne de télévision et de surfer sur Internet. Ces nouveaux équipements modifient nos habitudes de consommation et l’usage que nous avons des médias.

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Dans cette imposante révolution virtuelle, Apple TV et Google TV ont anticipé les changements et les spéculations vont bon train : beaucoup pensent que ces deux télévisions se positionnent désormais comme le modèle dominant, au faîte d’une magistrale pyramide virtuelle. Elles bénéficient de moyens financiers largement supérieurs à ceux des grandes télévisions historiques avec un marché publicitaire qu’elles peuvent désormais capter. Apple TV et Google TV proposeront à la demande des quantités gigantesques de programmes, selon un principe proche de la vidéo à la demande – VOD –. De là à anticiper, il n’y a qu’un pas pour avancer qu’elles diffuseront prioritairement des événements majeurs de la planète. Le centre de gravité du marché publicitaire s’est déplacé et les conditions d’accès à ce marché pour les “petites” télévisions deviennent précaires. Une illustration locale, voire piquante ? Certains tarifs publicitaires de la RTBF rivalisent désormais avec ceux des télévisions locales. Quelque part entre le faîte et la base de l’immense pyramide, les télévisions

régionales comme les trois chaînes de la RTBF ou les grandes télévisions historiques françaises, allemandes… ou anglaises pérenniseront vraisemblablement leurs missions de service public aux côtés des opérateurs commerciaux. Désormais, c’est toute l’industrie de la télévision qui est ébranlée. Quelque part sur la base de l’immense pyramide virtuelle se trouvent les 12 télévisions locales de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elles affrontent des évolutions technologiques sans cesse plus coûteuses. Si le législateur a accordé une attention particulière en réformant leur financement, il appelle à une réflexion sur l’avenir du paysage audiovisuel public qui entre en débat sur les bancs de l’Assemblée parlementaire WallonieBruxelles. Les télévisions historiques ont développé un modèle traditionnellement linéaire, c’est-à-dire un enchaînement continu de leurs émissions. Depuis quelques années, les télévisions rendent leurs programmes accessibles à la demande et augmentent ainsi leur attractivité en développant une seconde fenêtre virtuelle sur leur site Internet. Désormais, plus besoin d’être à l’heure pile pour regarder le JT de sa région ou suivre sa rediffusion à chaque heure dans la grille des programmes, on peut d��sormais le suivre sur une tablette, un ordinateur, un téléphone portable ou une télévision hybride. A Télé Bruxelles, ces nouveaux modes de consommation des émissions sont pris en considération, raison pour laquelle aucun moyen technique n’est écarté pour diffuser ses propres programmes et donner une

seconde vie aux émissions-maison : câble, télévision numérique terrestre (TNT, voir encadré), vision différée ou en direct depuis le site Internet. Télé-Bruxelles, 26 ans de proximité déjà Télé Bruxelles est une chaîne qui relève du service public. Le cœur de la mission de Télé Bruxelles réside dans la couverture de l’information régionale bruxelloise, et c’est à ce titre qu’elle reçoit son financement de la COCOF sur base des missions qui lui sont assignées dans un contrat de gestion. La couverture de l’information signifie que Télé Bruxelles ne fait pas beaucoup de concessions aux modes et aux humeurs, mais qu’elle s’applique à centrer son activité sur la couverture de l’actualité régionale, avec le souci – non de plaire au public à tout prix – de donner les clés de l’information, de lui permettre de comprendre les enjeux avec sérieux et rigueur. C’est un programme ambitieux, et bien souvent à contre-courant. Car Télé Bruxelles, que d’aucuns dépeignent comme une chaîne institutionnelle, est en réalité une chaîne alternative, complémentaire, régionale. Télé Bruxelles se voit également imposer un pourcentage de production propre. Le temps cumulé des deux éditions quotidiennes du journal télévisé en semaine, des émissions de débat et les magazines arrivent à respecter ce quota. Chaque soirée du dimanche est, par exemple, occupée par un programme – sur les docs – qui aborde une thématique de société à travers une sélection de films

lé Bruxelles

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documentaires du Centre Vidéo de Bruxelles et des ateliers de production et écoles de cinéma... Il paraît dès lors difficile en l’état de proposer une fenêtre à des web TV telles Zin TV ou Corsaire TV qui sont réalisées en Région bruxelloise par un public jeune. Les initiatives du monde de l’éducation permanente devraient pourtant trouver des passerelles naturelles avec la télévision de service public de leur région, à tout le moins, il conviendrait de garantir l’adéquation des émergences vidéographiques du monde de l’éducation per-

manente avec le milieu des professionnels de la télévision. Un autre élément explique en partie le peu de moyens dont dispose Télé Bruxelles pour sortir des studios. Hormis une camionnette qui permet en certains points de Bruxelles d’établir une liaison en direct, les captations en extérieur impliquent généralement de louer du matériel dont Télé Bruxelles ne dispose pas : caméras, structures portantes, éclairages, régie mobile… Les télévisions wallonnes disposent – pour les plus importantes d’entre elles – d’un, voire de deux, cars de capta-

tion et du matériel approprié. L’on croit souvent que Télé Bruxelles est mieux dotée que celles-ci, mais c’est ignorer que les chaînes wallonnes ont bénéficié d’une importante contribution financière imposée par décret aux câblodistributeurs wallons. En région de Bruxelles-Capitale, la gestion du câble relève de la compétence fédérale, avec pour effet de priver Télé Bruxelles d’une manne financière estimée à quelque 900.000€, une panacée qui aurait pu stimuler la présence de TéléBruxelles dans son voisinage et soulager l'effort financier de la COCOF.

Par Mat

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Chloé Dela

Le modèle IP (Internet Protocol) établit une liaison de point à point par le support du câble ou de la ligne téléphonique. Elle identifie l’internaute avec son adresse IP. C’est le modèle de la câblodistribution, contre paiement d’un abonnement. Le modèle broadcast définit une liaison d’un point d’émission vers de multiples points de réception anonymes. En région bruxelloise, on capte gratuitement via la télévision numérique terrestre – TNT – deux programmes de la VRT, trois programmes de la RTBF, Euronews et Télé Bruxelles. Une antenne intérieure posée contre une fenêtre suffit. C’est également le principe de la réception de programmes télévisés par satellite, par exemple Arte-TV, TV5, gratuits eux aussi.

Une gestion du temps qui fait la part belle au nomadisme Certains lecteurs se souviendront peut-être du programme de la radio scolaire qui démarrait à une heure précise. Gare à celui ou celle qui le matin arrivait en retard à l’école car l’émission n’était souvent pas rediffusée et les enregistreurs étaient encore coûteux. C’est une image qui relève de l’archéologie médiatique : celle d’avant les magnétoscopes ou même les magnétophones à bande ou à cassettes.

Télé-Bruxelles Nombre d’employés équivalent temps plein : 53 Pourcentage imposé de production propre : 50% du temps d’antenne en première diffusion Dotation COCOF : 2.500.000 euros par an Télé Bruxelles asbl, 32 rue Gabrielle Petit 1080 Bruxelles (Belgique) Tél : 02/421.21.21 Fax : 02/421.21.22. contact@telebruxelles.be www.telebruxelles.be

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Par Mathieu BIETLOT*

Un peu de littérature

dans un monde d’abrutissement

Chloé Delaume, J’habite dans la télévision, Gallimard, 2006 (réédité en format poche “J’ai lu”, 2008)

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n peu d’autofiction dans un corps qui ne se destinait à rien. Ainsi nait Chloé Delaume, personnage imaginaire qui décide de s’écrire lui-même : “Fille d'un nénuphar blanc en autel magie noire, avoir foi dans le Verbe est un bon commencement”. Chloé Delaume, c’est un cri déconcertant et une écriture déchirée, une plume trentenaire et boulimique, révélée notamment par Michel Surya, en 2001, dans le numéro de Lignes qu’il consacra aux nouvelles “littératures de la cruauté”. Le titre de Surya faisait référence au “théâtre de la cruauté” d’Antonin Artaud, tout comme le pseudonyme Delaume renvoie à L’Arve et l’Aume du même auteur. Le prénom Chloé est, quant à lui, issu de L’écume des jours de Boris Vian, l’autre père de substitution de l’adolescente orpheline.

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A se plonger au cœur de J’habite dans la télévision, on découvre une littérature incisive et créative tout en pénétrant dans les

abîmes du fonctionnement de cette télévision qui envahit nos vies et colonise nos envies. Pour écrire cet ouvrage, Chloé Delaume a décidé de s’enfermer et de se confronter jour et nuit, vingt-deux mois durant, au petit écran afin d’observer, de décrypter, de comprendre comment se fabrique la mise à disposition du “temps de cerveau” revendiquée par Patrick Le Lay1. Et d’étudier les effets multiples, éphémères ou irréversibles, de cette expérience sur le cobaye, voire la Versuchsperson (sujet d’essai selon les termes du docteur Mengele à Auschwitz), qu’elle s’astreint à être, au risque de n’en pas revenir. Le texte relève alors – mais ce n’est pas si simple – du traité scientifique, entre psychologie, physiologie et éthologie, voire de l’étude entomologique et botanique d’un devenir larve et légume. Et ce n’est pas gâcher le suspens que d’annoncer que Chloé finira par disparaître, par se faire absorber, avaler, assimiler à

l’intérieur de la télévision. “Je reste errante de chaîne en chaîne, maillon fébrile gorgé de rouille. Je ne manque de rien, bien sûr, de rien. J’espère diluer mon tétanos. J’avais un nom, avant. Un corps et un amour. J’ai dit car ça je m’en souviens : ainsi je serai la Sentinelle. La préparation des cerveaux, je m’en ferai l’observatrice. Je ne pouvais accéder à leur laboratoire qu’en jouant à la souris, mais je n’en voulais pas tant. Ça fait longtemps maintenant que le chat me digère.” (p. 152) L’auteur n’est pas seulement objet d’étude, animal de laboratoire, elle est aussi savant fou poursuivant des recherches approfondies sur les données de l’expérience et agent secret menant l’enquête sur les traces de cette disparition. Le récit est truffé de comptesrendus détaillés d’un travail minutieux de documentation sur les moyennes journalières de temps passé devant les productions d’Endemol France (“leader français des producteurs de flux”), sur les

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Par Mar avancées des neurosciences et du neuromarketing, sur les suicides subséquents à la participation à une émission de téléréalité, sur les ramifications du groupe Hachette ou de la multinationale SCA Hygiene Products, fer de lance du féminisme grâce à ses serviettes vendues aux quatre coins du monde sous des noms différents, sur l’origine des chips qu’on ingurgite en même temps que les programmes télévisuels et qui nous remplissent pareillement de vide… La narration se trouve, en outre, étayée par des analyses linguistiques et étymologiques du langage de la communication, par des références philosophiques bien à propos, d’Aristote à Baudrillard. Ce que Chloé Delaume nous dit de la télévision n’est pas des plus inédits. Au fil de cette exploration, nous croisons nombre de sujets sur lesquels on a déjà beaucoup glosé : le temps de cerveau disponible, la Star Academy, la violence et la pornographie… Mais tout cela est mis en phrases et en scène d’une manière inouïe, grinçante et stimulante, effroyable et drôle, poétique et cynique. Ici, comme dans l’ensemble de son œuvre déjà vaste (une vingtaine de livres en une douzaine d’années), Chloé Delaume triture le texte et malaxe la syntaxe sous les pulsions de ses tortures mentales et sursauts d’existence. Elle met la langue comme le sens et les sensations à l’épreuve. Elle trafique et bricole l’ouvrage comme son vécu. Elle écrit pour changer la règle du je, pour révolutionner les subjectivités et déconstruire les fables qui saturent le réel, qu’elles soient familiales, sociales, politiques ou médiatiques. “Je veux n’être que laïque, je renonce aux grands livres des

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fictions collectives, je refuse d’être écrite je ne crois pas aux fantômes ni aux buissons ardents ni aux chevaux qui volent.” (p. 88) J’habite dans la télévision appartient à un genre hybride, c’est une hydre à plusieurs têtes, à plusieurs corps du texte. Entre le journal de bord et le recueil poétique. Ni roman ni essai, ni récit intime ni pamphlet politique, ni fictif ni autobiographique. Ou tout cela entrelacé ludiquement et lubriquement, magnifiquement et monstrueusement. Nous ne sommes pas obligés de savoir si Chloé Delaume s’est réellement installée devant ou dans la télévision, si elle s’est vraiment faite souris, si toutes ses sources sont véridiques, si elle s’est finalement enfouie dans le poste. La forme épousant son objet sans fond, il s’agit peut-être d’une fiction-réalité. D’aucuns diront que cela ne ressemble à rien. On peut l’entendre positivement. On peut aussi ouïr bruire les nombreuses références et savourer les révérences plus ou moins implicites qui parsèment les inventions de cette femme avec personne dedans (titre de son dernier opus). Du miroir de Madame Bovary au portrait de Dorian Gray, de l’actualisation télévisuelle de l’apocalypse de Saint-Jean à cette lettre adressée à Gilles Deleuze, les résonnances font rhizome. Et puis Duras et Resnais : “Qui ne fut pas au VideodromeTM ne peut susurrer j’ai tout vu, car ici est Hiroshima” (p. 153). D’aucuns diront que l’on s’y perd. Et telle est bien la conclusion de l’enquête, le chef d’inculpation de la télévision, le délit de

fuite qu’elle nous impose. “Je fus la sentinelle. J’ai derrière moi un corps laissé à un état tel qu’il souhaitait le trouver en entrant. Je ne consigne plus, je suis l’infiltration. J’habite dans l’aquarium des hypnoses cathartiques, dans les viscères couleuvres de la grande narration. Je loge dans un organe malade, l’ovaire de la Marie Vision. L’Ogre, comme tout proxénète, redoute les coups à l’estomac et a très peur des dictionnaires. Je vous aurai prévenus, tentez de vous en souvenir. Ça peut vous être utile pour prendre la tangente sur certaines autoroutes.” (p. 156) Sur tous les plans de coupe, ce livre hachuré est une expérience. 1 On se souviendra qu’en 2004 Patrick Le Lay, à l’époque président-directeur général de TF1, avait affirmé : “pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.”

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Par Mario FRISO*

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PORTAIL “La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas.” Le Canard Enchaîné. D’une confusion entre journalisme et médias, nous vient cette façon de supposer qu’a priori, seuls les organes de presse écrite, radiodiffusée ou télévisuelle sont pourvoyeurs d’une information valide que l’on peut consulter avec une certaine confiance. Et ce, quel que soit le média qui lui sert de véhicule. Ainsi, par exemple, des organes de presse connus et reconnus s’emparent du média Internet et tirent de leur estampille une crédibilité particulière. Celle que revendiquent les journalistes, corps de métier pourvu d’une éthique, de pratiques et d’une légitimité particulière. Le journalisme, c’est une activité humaine qui consiste (ou qui devrait consister) à collecter, vérifier, relater et commenter des faits d’actualité. Nous voyons, ça et là, dans le présent numéro de Bruxelles Laïque Echos, que cette façon de voir les choses reste à nuancer. Ici quelques liens qui proposent des alternatives médiatiques ou un regard critique sur les médias d’information. *Bruxelles Laïque Echos

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http://www.indymedia.org/ Le Centre de Médias Indépendant (indymedia) voit le jour à l’occasion de la protestation de la World Trade Organization à Seattle en 1999. Il s’agit de couvrir l’événement de manière indépendante des médias qui sont entre les mains des Etats et des entreprises privées critiquées à l’occasion de cette protestation. Indymedia est un réseau organisé de journalistes qui travaille à relayer fidèlement la vérité. Ce réseau a été créé pour inspirer ceux qui œuvrent à un monde meilleur, malgré la désinformation des médias classiques et pour couvrir médiatiquement les efforts pour libérer l’humanité. http://www.bellaciao.org “Bellaciao”, pour indiquer la volonté de s’inspirer en pratique des valeurs de la résistance : l’antifascisme, la démocratie directe, le droit à l’indépendance des peuples dans le respect de l’égalité entre ethnies, religions ou cultures diverses. Bellaciao se situe sur le terrain de l’expérimentation politique et se dote d’un outil de diffusion de son regard critique de l’actualité : www.bellaciao.org http://www.radioairlibre.be/ Radio air libre fût créée en 1980, à l’époque ou la bande FM était strictement réservée à la radio d’Etat. Elle a été une des chevilles ouvrière de la lutte pour la libération des ondes qui a abouti, après de nombreuses années, à une réglementation de l’utilisation des ondes. Comme souvent, des pionniers ouvrent la voie dans une perspective d’affranchissement et d’autonomisation populaire, et les commerciaux s’engouffrent en masse dans la brèche pour occuper le terrain. Ainsi, Radio air libre demeure à Bruxelles, une des trois dernières radios

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associatives locales qui bataillent pour préserver un morceau de la bande FM des réseaux commerciaux et des régies publicitaires. Depuis quelques années, elle fréquente aussi la toile sur laquelle des informations dissidentes sont réunies (http://www.radioairlibre.be/infos.html) et sur laquelle ses émissions sont écoutables aux quatre coins du monde. http://www.lejim.info Le Journal Indépendant et Militant est un webjournal dont l’objectif est de proposer une lecture engagée et rigoureuse de l’actualité. C’est un journal à vocation populaire dont les écrits sont l’œuvre de journalistes non professionnels ou de témoins de l’actualité, notamment sociale et politique. http://www.cqfd-journal.org/ CQFD (ce qu’il faut dire, détruire, développer) est un mensuel critique et d’expérimentation sociale. Ce mensuel aborde des sujets liés à la pauvreté, aux mouvements sociaux et à la critique du capitalisme et des médias. Originaire de Marseille, composé d’un comité de rédaction hétéroclite et non professionnel, CQFD fait maintenant partie intégrante du paysage français de la presse indépendante. http://www.quelgenredinfos.be/ (voir l’article à ce propos) L’info gomme une femme sur deux ! Le Global Media Monitoring Project est une importante initiative internationale de recherche sur la représentation des hommes et des femmes dans les médias, plus particulièrement dans l’information. Cette recherche relève de ce que l’on appelle les “études de genre” (ou Gender studies). Le mot “genre” est apparu dans les années 1980 aux États-Unis et dans les

années 1990 en Europe. Il se définit comme “le genre est ce qui différencie les hommes et les femmes dans leurs relations sociales”. On parle de “sexe social” ou de "rapports sociaux de sexe". Objectifs, rapport, synthèses, discussions, propositions… tout est sur le site. Cette initiative est aussi relayée par l’association des journalistes professionnels : www.ajp.be/diversite Sur des sujets connexes, le site du CSA regroupe de nombreuses informations : http://www.csa.be/diversite http://www.aljazeera.com/ Une autre manière de regarder l’information différemment est de s’intéresser, non seulement à des médias indépendants, mais aussi à des médias inféodés par des pouvoirs qui ne sont pas les nôtres. Ainsi, il est utile et intéressant de confronter l’information que nous recevons par les grandes chaines nationales ou internationales qui nous sont habituelles à celle diffusée par des chaînes qui nous sont étrangères. Par exemple, la chaîne qatarie internationale Al Jazeera, qui tient la dragée haute à France 24 avec ses quarante millions de téléspectateurs quotidiens, est considérée comme la voix de l’Islam par ses détracteurs occidentaux, mais elle se présente comme la chaîne internationale qui veut donner accès aux médias à toutes les sensibilités arabes. Ses détracteurs orientaux, au contraire, la considèrent parfois comme une chaine proaméricaine. Le fait est que les informations ne sont ni traitées ni sourcées de la même façon sur Al Jazeera que sur les chaînes qui nous sont habituelles. Un bel exercice critique est de s’intéresser aux deux.

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Développer des pratiques de communication non violente Contexte et intention Le conflit fait partie de la vie, il ne passe pas obligatoirement par la violence. Le fait d'aborder le conflit comme naturel, quotidien, présent dans tous les instants de notre pensée, dans nos relations aux autres nous permet de relativiser et d'avoir une vision plus constructive et épanouie de celui-ci. Les conflits résultent de la confrontation des besoins, des intérêts et des valeurs des uns des autres, celles-ci évoluent et font l'objet d'ajustements constants et de négociations. Un conflit est utile lorsqu'il permet de créer des coopérations plus efficaces, de développer une culture du consensus et de la négociation. Il n'est pas question ici de supprimer un phénomène, mais de tenter de le comprendre et de le transformer en vécu positif comme vecteur de changement. Dans ce sens, il est une source d'évolution des êtres, des organisations, des sociétés. La recherche de comportement non violent dépend de notre capacité à satisfaire nos propres besoins, notre autonomie. Savoir écouter, partager ses sentiments, entendre l'autre, apprendre à négocier, sont des capacités que chacun peut acquérir. Cette formation à la communication non violente ou consciente propose une manière de communiquer simple et concrète qui favorise la qualité de la relation.

Objectifs Repérer ce qui, dans notre manière de penser et de communiquer, bloque et génère la violence ou, au contraire, facilite la communication et désamorce les conflits. Développer nos capacités à clarifier ce que nous vivons et à exprimer des demandes claires. Apprendre à "décoder" l'agressivité de manière à rétablir ou instaurer un dialogue où chacun se sent reconnu.

Méthode Interactive. Les participants découvriront les bases théoriques de la communication non violente par le biais d'exercices concrets, de mises en situation, de partages et d'échanges d'expériences personnelles et professionnelles. Public Ouvert à tous

Renseignements pratiques Dates : 24.03.2012 et 28.04.2012 Groupe : 15 personnes Durée : 2 journées de 9h30 à 16h30 Lieu : 18-20 avenue de Stalingrad 1000 Bruxelles Prix : 50 € lunch compris - gratuit pour les membres - N° de compte : 068 - 226 94 86 - 04 Pour toute information, prendre contact avec Bruxelles Laïque asbl 18-20 avenue de Stalingrad - 1000 Bruxelles Tél.: 02/289 69 00 • Email : bruxelles.laique@laicite.be Avec le soutien de la Fédération Wallonie - Bruxelles.

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Conseil d’Administration

Direction Comité de rédaction

Carlo CALDARINI Anne DEGOUIS Jean-Antoine DE MUYLDER Isabelle EMMERY Bernadette FEIJT Ariane HASSID Monique LOUIS Christine MIRONCZYK Michel PETTIAUX Thierry PLASCH Johannes ROBYN Anne-Françoise TACK Cédric VANDERVORST Myriam VERMEULEN

Fabrice VAN REYMENANT

Juliette BÉGHIN Mathieu BIETLOT Mario FRISO Paola HIDALGO Sophie LEONARD Alexis MARTINET Ababacar N’DAW Cedric TOLLEY

GRAPHISME Cédric BENTZ & Jérôme BAUDET EDITEUR RESPONSABLE Ariane HASSID 18-20 Av. de Stalingrad - 1000 Bruxelles ABONNEMENTS La revue est envoyée gratuitement aux membres de Bruxelles Laïque. Bruxelles Laïque vous propose une formule d’abonnement de soutien pour un montant minimum de 7€ par an à verser au compte : 068-2258764-49. Les articles signés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.

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