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MON PÈRE

Mon père était de Sainte-Croix. C’est vers 1300 qu’on y trouve les premiers Junod, une des plus vieilles familles vaudoises avec les Jaccard. Mais cette antériorité est relative car les archives de la commune n’ont jamais brûlé, au contraire de nombreuses autres communes qui ont perdu les registres de leurs habitants. La famille serait venue du Piémont et son éthymologie remonterait à jeûnot ou giono.Une famille rude à la tâche, dont la devise est nil sine labore – rien sans le travail -. Elle a dû sonner comme un mot d’ordre chez mes aïeux car la famille Junod a toujours exercé des métiers de la terre, dont l’âpreté exige à la fois une volonté inébranlable et une acceptation obstinée de la pénibilité de la tâche. Malgré ces conditions difficiles, bien des paysans du Jura vaudois et neuchâtelois ont développé un talent et un savoir-faire inestimables pour survivre à la saison d’hiver. Je ne sais pas à quel degré mes aïeux furent imprégnés par la formidable aventure pionnière des Paysans-horlogers, mais il semble bien que mon père se soit approprié un peu de la dextérité de ces infatigables artisans-créateurs qui ont constitué et pérennisé le prestigieux patrimoine de Haute horlogerie et Haute pendulerie que l’on sait. Il savait tout faire, ses doigts étaient d’or. Il avait fait un apprentissage de menuisier charpentier – payant à l’époque -, et s’était tourné vers la marquetterie qui occupait également son temps libre. La plus belle était de la période Louis XV, et il maîtrisait parfaitement les techniques d’ébénisterie de ces petits meubles aux formes exubérantes. Ses créations étaient réalisées dans des bois très nobles, et particulièrement le bois de rose, très épais. Pendant son service militaire, il avait sculpté une dizaines de cannes que nous nous sommes partagé dans la famille. Des serpents s’enroulaient autour du bâton, tandis que leurs têtes formaient un pommeau ouvragé sur lequel les doigts prenaient appui. Sur d’autres, des glands de chêne finement ciselés étaient accrochés à leurs feuilles. L’une de mes préférées était en cerisier. Une tête d’Indien y figurait fièrement, et sans en connaître la provenance ni la culture, j’étais déjà fasciné par ce regard qui exprimait une noblesse mystérieuse et farouche. Puis il avait été engagé chez Reuge qui fabriquait des boîtes à musique exposées au musée Baud à l’Auberson.

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Quand il a connu ma mère, John Piaget l’a embauché à la manufacture Mon père était de Sainte-Croix. C’est vers 1300 qu’on y trouve les premiers Junod, une des plus vieilles familles vaudoises avec les Jaccard. Mais cette antériorité est relative car les archives de la commune n’ont jamais brûlé, au contraire de nombreuses autres communes qui ont perdu les registres de leurs habitants. La famille serait venue du Piémont et son éthymologie remonterait à jeûnot ou giono.Une famille rude à la tâche, dont la devise est nil sine labore – rien sans le travail -. Elle a dû sonner comme un mot d’ordre chez mes aïeux car la famille Junod a toujours exercé des métiers de la terre, dont l’âpreté exige à la fois une volonté inébranlable et une acceptation obstinée de la pénibilité de la tâche. Malgré ces conditions difficiles, bien des paysans du Jura vaudois et neuchâtelois ont développé un talent et un savoir-faire inestimables pour survivre à la saison d’hiver. Je ne sais pas à quel degré mes aïeux furent imprégnés par la formidable aventure pionnière des Paysans-horlogers, mais il semble bien que mon père se soit approprié un peu de la dextérité de ces infatigables artisans-créateurs qui ont constitué et pérennisé le prestigieux patrimoine de Haute horlogerie et Haute pendulerie que l’on sait. Il savait tout faire, ses doigts étaient d’or. Il avait fait un apprentissage de menuisier charpentier – payant à l’époque -, et s’était tourné vers la marquetterie qui occupait également son temps libre. La plus belle était de la période Louis XV, et il maîtrisait parfaitement les techniques d’ébénisterie de ces petits meubles aux formes exubérantes. Ses créations étaient réalisées dans des bois très nobles, et particulièrement le bois de rose, très épais. Pendant son service militaire, il avait sculpté une dizaines de cannes que nous nous sommes partagé dans la famille. Des serpents s’enroulaient autour du bâton, tandis que leurs têtes formaient un pommeau ouvragé sur lequel les doigts prenaient appui. Sur d’autres, des glands de chêne finement ciselés étaient accrochés à leurs feuilles. L’une de mes préférées était en cerisier. Une tête d’Indien y figurait fièrement, et sans en connaître la provenance ni la culture, j’étais déjà fasciné par ce regard qui exprimait une noblesse mystérieuse et farouche. Puis il avait été engagé chez Reuge qui fabriquait des boîtes à musique


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exposées au musée Baud à l’Auberson. Quand il a connu ma mère, John Piaget l’a embauché à la manufacture et il était devenu horloger. Encore une fois, cette famille veillait à ce que mes parents aient du travail dans une période troublée. Mon père n’était jamais à court d’idée. Ses formations de menuisier-charpenter-horloger ajoutées à son inventivité lui ouvraient le monde. Comme on le dit encore dans la famille, il aurait été capable de faire une bagnole avec un tas de cheni! Plus concrètement, avant ma naissance il avait construit un planeur. Avec des skis parce que c’était l’hiver. Au premier essai, l’engin, lancé sur une piste soigneusement damée et très pentue, s’était encastré dans un sapin, brisant d’un seul coup sa carrière d’aviateur. Il continuait pourtant à rêver d’une vie plus vaste, et le lac symbolisait ce besoin d’espace qui lui emplissait la tête. Il n’était pas né au bon endroit, n’était pas fait pour la montagne. Alors il s’était mis à construire des voiliers dans les pâturages, derrière chez nous. Le premier s’appelait Pourquoi pas. Je crois que ce nom exprimait parfaitement la nature anticonformiste de mon père et son ouverture d’esprit. Un bateau dans les prés de la Côte aux Fées: et alors? Le village ne savait pas au juste que penser de cet homme épris d’un ailleurs indéfinissable, et dont l’imagination et le culot débordaient la vallée. On riait avec respect et peut-être une pointe d’envie. Tout de suite après était sorti des pissenlits le Chasseron, car mon père avait le respect des monts emblématiques de la région: le Suchet, les Aiguilles de Baume et le Chasseron. Le nom du 3ème bateau, une grande maquette en fait, était d’une autre dimension: le Tahiti. Ce nom portait en lui les effluves lointaines des fleurs de tiaré, la nonchalence chaloupée des vahinées, les eaux turquoises, poissoneuses à foison. Son Tahiti à lui c’était le lac de Neuchâtel, Yverdon son Papeete. Jeune homme, il y descendait à pied pour aller pêcher et remontait le soir, le coeur empli d’allégresse. A pied.

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La vie ne lui avait pas permis de voyager plus loin que le pied du Jura, et ce n’est que bien plus tard, vers la fin de sa vie, qu’il ferait les voyages de ses rêves exotiques (tropicaux - polynésiens). Si ses deux fils sont devenus pêcheurs, c’est grâce à lui, à ses chants de marin qu’on entonne encore aujourd’hui, grâce à son rêve, à sa folie de la mer qu’il n’avait jamais vue qu’en photo. C’est de là que tout est parti, il nous emmenait sur le Pourquoi pas qu’il avait amarré à Grandson. Le lac était en nous, envoûtant, mon frère et moi étions subjugués par cette atmosphère, par ce rêve paternel qui nous ensorcelait. Le lac nous tirait, il s’appropriait peu à peu notre âme. Mais il fallait bien remonter à la Côte aux Fées. Pour nous les enfants, le village gardait cet attrait de coin de paradis préservé, de vie en symbiose avec la nature sauvage. Ma mère y était chez elle, nous y avions une vie familiale et sociale riche et sécurisante. Ma soeur Marlyse était une petite fille modèle, calme et ordonnée. Elle ne faisait jamais rien qui puisse énerver mes parents, aidait ma mère au ménage et à la cuisine. Elle était l’aînée mais je l’appelais ma grande petite soeur, à cause de sa petite stature et de son côté petit lutin. C’est par elle que j’ai vécu les années 60, sa chambre était un sanctuaire posterisé des idoles yéyé de l’époque. Jeune fille, les garçons étaient charmés, tout en elle exprimait la mignonnerie. Aujourd’hui encore, on ne peut parler d’elle qu’en terme de douceur. Mon frère et moi en revanche étions des polissons, toujours en quête de quelque farce, plus ou moins délicate. Un jour, nous avions volé une trottinette à un homme handicapé qui allait de maison en maison proposer des retouches de peinture. Il se servait d’acide muriatique qu’on employait autrefois pour décaper les volets. Ce gaz caustique nous intriguait dans sa petite bouteille, alors nous nous étions tranquillement installés à l’abri des regard pour en admirer les effets sur les cailloux qui se mettaient à mousser en faisant des bulles ! A 4 et 5 ans, le concept de vol manque encore un peu de consistance morale dans l’esprit d’un enfant, et la notion du danger est une abstraction lointaine. Pendant que nous nous amusions follement, le village en émoi s’était


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rassemblé pour nous retrouver avant que nous n’ingurgitions le breuvage mortel, et pour nous flanquer une belle raclée dans la foulée ! Une autre fois, j’avais caché une poule voisine dans la boîte aux lettres de ses propriétaires. Ils avaient mis une bonne journée pour la retrouver ! J’aimais aussi les embêter, leur courir après. C’était sans méchanceté, aucune n’a été durablement traumatisée à ce qu’il me semble. Mais après ces épisodes, c’est comme si j’étais devenu le garçon à surveiller : on se méfiait de moi. Les portes des poulaillers se fermaient à mon passage, on m’observait discrètement derrière les fenêtres. Mon grand-père Junod m’a laissé moins de souvenirs que le grandpère Barthes. Pourtant c’est peut-être de lui qu’est né le rêve d’évasion de mon père. Il avait fait les deux guerres et beaucoup voyagé en France. Puis il avait été engagé à la gare de St-Croix comme chef de gare. Il ne restait jamais longtemps à un poste, changeait dès qu’une lassitude le gagnait. Il collectionnait les timbres, peut-être était-ce une manière de transfigurer la banalité du quotidien et d’accompagner les trains jusqu’aux confins de son imagination? Sa femme, ma grand-mère, était d’une pingrerie notoire, je n’ai aucun souvenir d’avoir fait un bon repas chez eux. Elle tenait les comptes de sa maison d’une main de fer, et le velours de son gant était bien râpeux. Sa sensibilité s’épanouissait sur le moindre bout de tissu qu’elle transformait en roses qui proliféraient sur toutes ses robes et colonisaient même le canapé qui croulait sous les coussins fleuris. La vaisselle et les armoires y avaient droit aussi, Phrase ou citation de Denis, on buvait le thé dans des tasses finement cor asimint, que nonestori- ornementées de roses d’antan. bus in ne veligenis dolupta quodiae consequ odistrum On l’appelait la reine mère à cause de ses elenimo dissunt fuga. IdiEt tenues extravagantes et chic qu’elle exhialitias eictur sum, sent ali- bait dans le village médusé. tintum sendae nonsequo es Les franges de son tapis étaient peignées ut et vit placit fuga. Puda chaque jour avec une application sourcilpliscie ndandae. Ehenti- leuse, nos visites chez elles relevaient du bus inim ute mod et repudit domaine de l’impossible: un courant d’air aquodiam ut aut volores aurait pu transporter une poussière! Elle sinctate ne que eumquatin nous faisait peur sans être méchante. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatin

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Cette fille d’agriculteurs ne supportait pas les animaux, elle était allergique à leurs poils. Ma mère, finaude, lui avait dit un jour: «comment t’as fait pour supporter les poils de ton homme!». «Long plaignant long vivant», elle est morte à 92 ans, après une vie de labeur austère et économe. L’enfance se déroulait ainsi, à Noël nous recevions une orange, ou une banane, de temps à autre un chocolat. C’était magique. Ce monde enchanteur m’émerveillait et me rapprochait des fées. Avec mon père, nous allions beaucoup aux champignons, et il n’était pas rare qu’il succombe à l’attrait de la braconne: quelques lièvres ont passé à la casserole chez nous, mon père les dépeçait et ma mère les apprêtait, accompagnés d’une de ses fameuses sauces*. Nous connaissions la région par coeur et j’apprenais à me mouvoir sans bruit dans les bois pour observer la vie sauvage. C’est à cette période que j’ai développé cette passion pour les peuples primitifs.Toute ma vie est imprégnée de cette affinité profonde avec nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, je me sens en symbiose profonde avec la nature dans tous ses états. A la Côte aux Fées, le petit garçon que j’étais a appris intuitivement l’essence de la vie, son origine et sa force. J’étais lié à elle par le chant des oiseaux, par les nuées de papillons que je levais dans les champs, par la rivière qui me plongeait dans un état contemplatif. Je repérais les traces d’animaux dans la neige, pistais les chevreuils, les blaireaux, me cachais dans les souches pour observer. J’allais aussi chez Mlle Valland, qui habitait la maison où je suis né. Elle avait une fascinante collection de fossiles qui enflammaient mon imagination. Elle me laissait les toucher, me racontait leur histoire et leur longue route jusqu’à nous. Enfant, on ne sait pas à quel point certaines rencontres influenceront nos choix de vie et façonneront notre personnalité. Quand on a eu la chance de vivre cela, c’est comme si un état de grâce vous accompagnait pour la vie, quelles que puissent être les difficultés d’une existence. La Côte aux Fées m’appartient, à moi et à tous ceux qui ont été fécondés par la générosité de sa terre. Mes aïeux ont facilité son accès par des tunnels qui existent toujours à côté de la route cantonale, comme des témoins inébranlables de la rudesse de la vie d’antan, quand les chevaux assuraient les échanges commerciaux entre le Haut et le Bas.


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A Buttes, mon arrière grand-père Abrahm Junod était mort en faisant sauter une charge pour ouvrir la paroi rocheuse. Malgré ce formidable sentiment d’appartenance à la région, mon père nourrissait toujours ce rêve d’une vie plus proche du lac. C’était son crédo, mais il y avait autre chose: on nous appelait les Junod-deux-bouts - à l’origine va me chercher deux bouts de bois – , sobriquet hérité de mon grand-père et rapidement réduit à sa plus simple expression. Ce surnom familier nous distinguait de tous les autres Junod, qui eux aussi traînaient un appendice nominal plus ou moins avantageux, mettant en relief une particularité physique ou morale. Il y avait par exemple les Junod - 40%, les Junod - grenaillons. En ce qui nous concerne, les deux-bouts prêtaient à une interprétation graveleuse, et le village ne se privait pas d’en rire. Comme enfants nous ne nous rendions compte de rien, mais je crois que mon père en souffrait et souhaitait échapper à cette sorte de déterminisme linguistique qui l’emprisonnait dans une catégorie péjorative de son ascendance. Il souhaitait partir, et en attendant, nous passions nos vacances à Yvonnand, un endroit encore sauvage où je me baladais dans les roseaux à journée faite et pêchais des écrevisses dans les ruisseaux. Ma mère ne se faisait pas trop de souci, c’était un village tranquille qui ne connaissait pas encore l’affluence touristique des années à venir. Les deux mondes se côtoyaient, la montagne chère à ma mère, et le lac, dont l’appel impérieux finit par l’emporter.

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consequ odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatint essimet que porpores niminum im aligenis perum quodion pari sinctur epeliquid quibus venimincim si ditatureped eossedi ctaepel ipici rehenduci omniae- Phrase ou citation de Denis cum il ilique nem autatia sitibus. cor asimint, que nonestoriUt ea sam, il invel inciisquam illuptatius bus in ne veligenis dolupta maximenda que resti nobis nis dem fugitas quodiae consequ odistrum nam hitate vellori a que nem quid molestiunt elenimo dissunt fuga. IdiEt arion con peria nonsediam quos accus eum alitias eictur sum, sent alique parchitas alicia consequia exerci sequat. tintum sendae nonsequo es Ximi, solorit es es modigenecum hiliquunto ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores Exemple annotation ou astérisque sinctate ne que eumquatin


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vende voluptae adion pre ant explabora doluptat eum lautem ad eum hicia saeptas imagnit quo veleserum ipitia nistem rerchitior reperibus eiur, quiasperum aborporeptat facere aut ma nust, tem essimusam, voluptio officip ientus evel iuntur alia volorum as ad ernamendae nis quia dolo ipsapicab il ipicto mollorero torit aut res sendunt magnis rest quis as esto et fugit et lis parumenda volore, sit utecest odit ut harum experepuda conesti dolorunt fugiae. Ignatur? Caboresequae num, que molupti busape solupta quis essunto tatesti andam, tem facepeles eossimusam accatia dundit, offictor aut officia ndenemporem faces ilibea volupta tiatiam haruptatem aspisintius nos est fugit ipit arumquo quis re landusandam eos dolore, ipicimi llupti as niene prepro qui officiist, optatust officia dolupta solorro rporion sequod quibuscit, vel illitatesent eum quia volorum aperrum eossundae doluptas et quibusciam, antota commolu ptatem exerro eictorem harum nos quaecab ipit, ventem elluptame quaspe exceped magnia cus re ne corundi genture ommos dis re omnimus ulparum quaerferum verciliquas inus moloreprae cum rem ium ad ma preped et, teserumet aut quiatem que mo qui ut ommodis ma venditi odemp oressum et reptis porestoribus ipis alit estem qui ea doluptatem. enessin ctinvel estrum. eum quam erovidus. Hilique num volori sinvel ius dolesequisto everupt atiora nuscil incit fugite lita intur apis desequam etur? Sanda sectecae nullupt aquaere prente nimaior erferum hit maionsectum re nihit vero moditi dolorro que plataes eostrume doluptatumet a nem quodit ut offici cor asimint, que nonestoribus in ne veligenis dolupta quodiae consequ odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatint essimet que porpores niminum im aligenis perum quodion pari sinctur epeliquid quibus venimincim si ditatureped eossedi ctaepel ipici rehenduci omniaecum il ilique nem autatia sitibus. Ut ea sam, il invel inciisquam illuptatius maximenda que resti nobis nis dem

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NOUVEAU CHAPÎTRE

Il souhaitait partir, et en attendant, nous passions nos vacances à Yvonnand, un endroit encore sauvage où je me baladais dans les roseaux à journée faite et pêchais des écrevisses dans les ruisseaux. Ma mère ne se faisait pas trop de souci, c’était un village tranquille qui ne connaissait pas encore l’affluence touristique des années à venir. Les deux mondes se côtoyaient, la montagne chère à ma mère, et le lac, dont l’appel impérieux finit par l’emporter. consequ odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatint essimet que porpores niminum im aligenis perum quodion pari sinctur epeliquid quibus venimincim si ditatureped eossedi ctaepel ipici rehenduci omniaecum il ilique nem autatia sitibus. Ut ea sam, il invel inciisquam illuptatius maximenda que resti nobis nis dem fugitas nam hitate vellori a que nem quid molestiunt arion con peria nonsediam quos accus eum que parchitas alicia consequia exerci sequat. Ximi, solorit es es modigenecum hiliquunto vende voluptae adion pre ant explabora doluptat eum lautem ad eum hicia saeptas imagnit quo veleserum ipitia nistem rerchitior reperibus eiur, quiasperum aborporeptat facere aut ma nust, tem essimusam, voluptio officip ientus evel iuntur alia volorum as ad ernamendae nis quia dolo ipsapicab il ipicto mollorero torit aut res sendunt magnis rest quis as esto et fugit et lis parumenda volore, sit utecest odit ut harum experepuda conesti dolorunt fugiae. Ignatur? Caboresequae num, que molupti busape solupta quis essunto tatesti andam, tem facepeles eossimusam accatia dundit, offictor aut officia ndenemporem faces ilibea volupta tiatiam haruptatem aspisintius nos est fugit ipit arumquo quis re landusandam eos dolore, ipicimi llupti as niene prepro qui officiist, optatust officia dolupta solorro rporion sequod quibuscit, vel illitatesent eum quia volorum aperrum eossundae doluptas et quibusciam, antota commolu ptatem exerro eictorem harum nos quaecab ipit, ventem elluptame quaspe exceped magnia cus re ne corundi genture ommos dis re omnimus ulparum quaerferum verciliquas inus moloreprae cum rem ium ad ma preped et, teserumet aut quiatem que mo qui ut ommodis ma venditi odemp oressum et reptis porestoribus ipis alit estem qui ea doluptatem. en-


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MON PÈRE

essin ctinvel estrum. eum quam erovidus. Hilique num volori sinvel ius dolesequisto everupt atiora nuscil incit. Sanda sectecae nullupt aquaere prente nimaior erferum hit maionsectum re nihit vero moditi dolorro que plataes eostrume doluptatumet a nem quodit ut offici cor asimint, que nonestoribus in ne veligenis dolupta quodiae consequ odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatint essimet que porpores niminum im aligenis perum quodion pari sinctur epeliquid quibus venimincim si ditatureped eossedi ctaepel ipici rehenduci omniaecum il ilique nem autatia sitibus. Ut ea sam, il invel inciisquam illuptatius maximenda que resti nobis nis dem

NOUVEAU CHAPÎTRE

Il souhaitait partir, et en attendant, nous passions nos vacances à Yvonnand, un endroit encore sauvage où je me baladais dans les roseaux à journée faite et pêchais des écrevisses dans les ruisseaux. Ma mère ne se faisait pas trop de souci, c’était un village tranquille qui ne connaissait pas encore l’affluence touristique des années à venir. Les deux mondes se côtoyaient, la montagne chère à ma mère, et le lac, dont l’appel impérieux finit par l’emporter. Les deux mondes se côtoyaient, la montagne chère à ma mère, et le lac, dont l’appel impérieux finit par l’emporter. consequ odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatint essimet que porpores niminum im aligenis perum quodion pari sinctur epeliquid quibus venimincim si ditatureped eossedi ctaepel ipici rehenduci omniaecum il ilique nem autatia sitibus. Ut ea sam, il invel inciisquam illuptatius maximenda que resti nobis nis dem fugitas nam hitate vellori a que nem quid molestiunt arion con peria nonsediam quos accus eum que parchitas alicia consequia exerci sequat.

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III Serrières


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SERRIÈRES

Serrières, c’était moins beau, son salaire suffisait juste à nourrir la famille et à payer les factures, mais l’essentiel était là ! Nous avions une barque dans le petit port, mon frère et moi y courions après l’école. J’aimais son odeur de bois, on l’entendait craquer et se plaindre sous la houle, c’était notre chalutier, notre navire de plaisance, notre eldorado lacustre, je somnolais à l’avant en écoutant le clapotis de l’eau, on pêchait à trois, la vie était magique à nouveau. J’avais aussi retrouvé une enseignante de St-Aubin qui était venue enseigner à Serrières, Mlle Suzanne Descoeudres – ce nom viendrait de coudrier > les noisetiers -. Nous avions habité le même immeuble à St-Aubin, elle était l’institutrice de ma soeur qui la trouvait très sévère. Moi je la voyais d’un autre oeil, elle avait un petit jardin en bas de chez nous, et nous nous y retrouvions souvent pour parler botanique. Je l’aimais beaucoup, son jardin était féérique. La retrouver à Serrières m’a rassuré, moi le timide élève. Mon esprit farceur reprenait le dessus après la douloureuse parenthèse de Peseux : des souris avaient terrorisé les passagers d’un bus que je venais d’emprunter! Le pasteur était comme Jésus, son petit doigt lui disait tout. Il avait menacé de m’exclure de la Communion, puis s’était ravisé. Mes parents n’ont jamais su que j’étais passé si près de l’exclusion chrétienne. Une question me titillait depuis un bout de temps, c’était mon ignorance totale des choses de l’amour. Chez nous on ne parlait pas de ça, encore moins de sexualité. Je me souviens avoir vu, gamin, deux chiens apondus et m’en être étonné auprès de ma mère qui m’avait répondu c’est rien du tout ! Les libellules tête bêche, les parades amoureuses chez les oiseaux du lac, les feulements des chats au mois de février m’intriguaient, mais personne ne m’expliquait le grand mystère de la reproduction. Un jour, j’avais dans les 12 ans, j’avais trouvé sur la berge des préservatifs que je remplissais d’eau. Je soufflais aussi dedans pour en faire des ballons. Je les promenais en toute décontraction autour du bateau quand mon frère m’apostropha violemment : quelle horreur ! Lâche ça espèce de cochon, c’est pour mettre au zizi! tem essimusam, voluptio officip ientus evel iuntur alia volorum as ad ernamendae nis quia dolo ip-

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sapicab il ipicto mollorero torit aut res sendunt magnis rest quis as esto et fugit Serrières, c’était moins beau, son salaire suffisait juste à nourrir la famille et à payer les factures, mais l’essentiel était là ! Nous avions une barque dans le petit port, mon frère et moi y courions après l’école. J’aimais son odeur de bois, on l’entendait craquer et se plaindre sous la houle, c’était notre chalutier, notre navire de plaisance, notre eldorado lacustre, je somnolais à l’avant en écoutant le clapotis de l’eau, on pêchait à trois, la vie était magique à nouveau. J’avais aussi retrouvé une enseignante de St-Aubin qui était venue enseigner à Serrières, Mlle Suzanne Descoeudres – ce nom viendrait de coudrier > les noisetiers -. Nous avions habité le même immeuble à St-Aubin, elle était l’institutrice de ma soeur qui la trouvait très sévère. Moi je la voyais d’un autre oeil, elle avait un petit jardin en bas de chez nous, et nous nous y retrouvions souvent pour parler botanique. Je l’aimais beaucoup, son jardin était féérique. La retrouver à Serrières m’a rassuré, moi le timide élève. Mon esprit farceur reprenait le dessus après la douloureuse parenthèse de Peseux : des souris avaient terrorisé les passagers d’un bus que je venais d’emprunter! Le pasteur était comme Jésus, son petit doigt lui disait tout. Il avait menacé de m’exclure de la Communion, puis s’était ravisé. Mes parents n’ont jamais su que j’étais passé si près de l’exclusion chrétienne. Phrase ou citation de Denis asimint, que nonestoriUne question me titillait depuis un bout bus in ne veligenis dolupta de temps, c’était mon ignorance totale des quodiae consequ odistrum choses de l’amour. elenimo dissunt fuga. IdiEt Chez nous on ne parlait pas de ça, encore alitias eictur sum, sent alimoins de sexualité. tintum sendae nonsequo es Je me souviens avoir vu, gamin, deux chiens ut et vit placit fuga. Puda apondus et m’en être étonné auprès de ma pliscie ndandae. Ehentimère qui m’avait répondu c’est rien du tout ! bus inim ute mod et repudit Les libellules tête bêche, les parades amou- aquodiam ut aut volores reuses chez les oiseaux du lac, les feulements sinctate ne que eumquatin des chats au mois de février m’intriguaient, odistrum elenimo dissunt mais personne ne m’expliquait le grand mys- fuga. IdiEt alitias eictur tère de la reproduction. sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit Un jour, j’avais dans les 12 ans, j’avais trouvé fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatin


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sur la berge des préservatifs que je remplissais d’eau. Je soufflais aussi dedans pour en faire des ballons. Je les promenais en toute décontraction autour du bateau quand mon frère m’apostropha violemment : quelle horreur ! Lâche ça espèce de cochon, c’est pour mettre au zizi! tem essimusam, voluptio officip ientus evel iuntur alia volorum as ad ernamendae nis quia dolo ipsapicab il ipicto mollorero torit aut res sendunt magnis rest quis as esto et fugit et lis parumenda volore, sit utecest odit ut harum experepuda conesti dolorunt fugiae. Ignatur? L’idée de mettre des fourres en plastique autour du zizi me parut des plus saugrenues. Je débarquais à peine des choux et des cigognes, moi qui, comme la plupart des enfants, n’imaginais même pas que mes parents puissent avoir un sexe. Puis ce fut l’école secondaire, et avec la pré-adolescence surgirent des intérêts qui s’accordaient à mon tempérament fougueux. Je tombai amoureux, et cette fois ce n’était plus avec l’innocence du petit garçon qui chérit sa maîtresse d’école. Ce n’était pas encore l’explosion atomique que produisent les hormones de l’adolescence sur un jeune corps ardent, mais tout de même, ce premier amour – non déclaré – enflamma mon imaginaire de représentations qui ressemblaient au paradis. Plus humblement, il me permit de faire un beau voyage à travers la Suisse. Mon coeur battait pour une camarade de classe, Denise Prétôt, très bonne élève, dont j’espérais attirer l’attention, sinon l’admiration. L’ingénieux moyen que je trouvai fut de travailler à hauteur de ses compétences scolaires, ce qui nous amena, elle et moi, à gagner le prix Ruté – un des directeurs de Suchard – décerné aux deux meilleurs élèves de Serrières. J’avoue que mon mérite était quelque peu relatif car ma copine Denise avait le coude généreux, il se levait à chaque question épineuse ! Nous fîmes donc ce beau voyage en car pendant lequel j’espérais bien lui déclarer ma flamme, mais l’occasion ne se présenta pas, en tout cas je ne sus pas la saisir. Croyant surpasser ma timidité, je laissai un jour ma photo devant chez elle. Elle ne la trouva pas, ou alors ne m’en dit rien. Puis, vers 15 ans, je tombai amoureux de ma professeure de français. Belle, fine et élégante, Jacqueline Rossier me transportait dans

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un monde de fantasme adolescent qui revêtait une dimension de conquête. Mon esprit incandescent abolissait notre différence d’âge, je pensais au film Mourir d’aimer qui venait de sortir, et je me persuadais que l’âge est un critère dans l’espace de la vie mais ne l’est pas dans l’amour. Une femme de quarante ans atteint dans sa maturité un charme inégalable qui ne passe pas inaperçu chez un élève de quinze ans. Là encore, ma timidité m’interdit de m’empêtrer dans une déclaration qui se serait révélée bien embarrassante. J’aimais donc en silence, et c’est avec joie que je m’inscrivis à un camp de peinture que Jacqueline et son amie Anne-Charlotte Sahli organisèrent au Mont de Buttes. Cette dernière était une artiste accomplie formée aux Beaux-arts, c’était une enseignante exceptionnelle, et plus encore pour moi dont la puberté expansive s’épanouissait aussi dans une sensibilité artistique prolifique. Dans le petit chalet où nous logions, nous dessinions, mangions de bons plats tout simples avant de courir la campagne à la recherche de thèmes inspirants. Mon copain Marc Mouton s’en rappelle encore comme l’un des moments les plus joyeux de son adolescence. Mes talents artistiques n’étaient pas étourdissants, mais les deux enseignantes nous encourageaient sans relâche, les bonnes notes qu’elles m’attribuaient reflétaient leur optimisme quant à mes capacités de progression. Même si je n’étais pas le plus doué, je ne me suis jamais senti exclu ou stigmatisé. Anne-Charlotte Sahli me disait : « ce n’est pas très important si tu ne dessines pas aussi bien que les autres, retiens bien ceci : l’art est à tous les étages, l’important c’est que là où tu es, tu exprimes ce que tu ressens, ce qui t’inspire. L’important n’est pas d’être le meilleur, l’art appartient à tout le monde. Je suis là pour t’enseigner la technique. Ton imagination fera le reste ». Mes dessins se rapprochaient de l’art brut, primitif, j’étais déjà attiré par les cultures Maya et Inca dont le mode de vie deviendrait pour moi une vraie philosophie existentielle. Elles nous montraient la face cachée de la laideur  : une araignée par exemple, pouvait être belle malgré son aspect repoussant, il fallait prendre le temps de regarder jusqu’à ce qu’une certaine beauté se dégage.


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Quand on dessine, nos erreurs ne sont jamais superflues ni totalement laides. Il y a toujours dans ces tâtonnements quelque chose de prometteur, un détail réussi qui reste ancré et qui pourra être développé dans les productions suivantes. Leur bienveillance soutenait ma motivation, je me donnais à fond, leur confiance me donnait des ailes ! Effet Pygmalion réussi, par la suite j’ai fait trois expositions, vendu quelques tableaux, et cela m’a rendu heureux  ! Aux vacances d’été, avant d’entrer dans le monde des études qu’on m’encourageait à poursuivre, mon frère et moi décidâmes de passer deux semaines sur le lac, sans autre équipement que nos shorts de bain et des peaux de chèvre pour nous prémunir du froid. Notre cousin André Juvet nous accompagnait, ainsi qu’Henri Maeder, un bon copain épris comme nous de vie sauvage. Dans les roselières de Gletterens, à bord d’une petite barque appartenant à mon frère, nous vivions de braconne – des lièvres et des faisans – , de pêche et de maraude dans les champs cultivés. Un brochet volé dans une nasse nous régala. Très modestement, nous nous prenions pour des Robinson de la Tène. Henri était à peine plus âgé que nous, mais cette petite différence lui conférait une assurance et une audace que nous rêvions d’acquérir au plus vite. Il courait les baigneuses sur la plage de Gletterens avec un culot qui nous enthousiasmait. Je ne me rappelle pas si l’odeur de peau de chèvre ajoutait une note sauvage à son charme, toujours est-il qu’il menait le bal tous les soirs. Nous observions sa tactique, enchantés. Un jour, nous partîmes en expédition jusqu’au camp de nudistes, tout à côté des roselières. Pour faire vrai, nous promenâmes notre nudité dans l’eau jusqu’à mi-cuisses, en espérant bien pouvoir reluquer tranquillement des femmes à poil. C’est la vérité, aussi crue soit-elle. Je ne sais pas si ce fut notre jeune âge qui parut incongru, ou si la lubricité dans nos regards insistants dévoilait l’échauffement de nos sens, le fait est que la suspicion gagna rapidement la communauté naturiste. Nous fûmes foutus dehors sans ménagement de ce paradis perdu. Un autre jour, mon frère voulut voler du miel. A cette époque, beaucoup d’abeilles sauvages construisaient leur nid dans les tiges de ro-

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seaux au diamètre suffisamment épais et creux pour y accueillir leurs larves. Les zones de gravier et de sable qui bordent le sud du lac, ainsi que les prairies fleuries, offraient une variété et une qualité de nourriture propices à la conservation de quelques unes des 600 espèces d’abeilles sauvages en Suisse. Plus prosaïquement, nous volâmes un ou deux rayons dans des ruches d’abeilles domestiques. Quand il ressortit de ce traquenard, mon frère avait des lèvres boursouflées comme des figues trop mûres par une trentaine de piqûres d’insectes en furie. Les trois autres avions pris de l’avance dans une fuite éperdue et gesticulante. L’aventure robinsonnienne prit fin d’une manière pour le moins tempétueuse, tant sur le plan météorologique que paternel. Nous nous trouvions près de La Sauge, et mon frère, toujours lui, voulait pêcher aux torchons*. Une fois que tout fut en place, l’orage commença à gronder. Nous trois voulions rentrer, mais mon frère tenait à surveiller ses torchons. Nous sommes arrivés au bord de justesse dans un bateau plein d’eau, que nous avons abandonné sur le sable. Il y avait là un autre bateau bâché qui offrait un espace exigu pour une personne, à l’abri de la tempête. Mon frère s’y glissa, nous laissant nous débrouiller ailleurs. Entretemps, des gens qui étaient venus contrôler leurs amarres nous aperçurent et nous invitèrent à nous réchauffer dans leur bungalow. Nous acceptâmes avec gratitude, laissant mon frère sous sa bâche en compagnie de son égoïsme. Phrase ou citation de Denis La générosité de ces gens était sans limite, cor asimint, que nonestoriils nous offrirent le souper, le gîte et les pe- bus in ne veligenis dolupta tits pains au chocolat sur la table du petit dé- quodiae consequ odistrum jeuner. elenimo dissunt fuga. IdiEt Le lendemain matin, tout en savourant notre alitias eictur sum, sent alidéjeuner sur la terrasse du bungalow, nous tintum sendae nonsequo es vîment mon frère qui nous cherchait, après ut et vit placit fuga. Puda avoir laissé sa barque entre deux eaux tout pliscie ndandae. Ehentiprès de la berge. bus inim ute mod et repudit Des gens qui venaient constater les dégâts aquodiam ut aut volores de la tempête prirent peur en voyant cette sinctate ne que eumquatin barque détachée avec un couteau planté sur odistrum elenimo dissunt le bord-franc, et appelèrent la police. fuga. IdiEt alitias eictur Deux policiers arrivèrent, relevèrent le nusum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit.


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méro du bateau et appelèrent mon père, tout en suggérant qu’un malheur s’était peut-être produit à cause du couteau, une bagarre sans doute. Dans l’affolement, mon père comprit que c’est à Sauges-St-Aubin que le drame avait eu lieu, et s’y précipita en voiture avec mon oncle. N’y trouvant ni bateau ni policiers, il comprit son erreur et le coeur plein de détresse à l’idée d’avoir perdu ses deux fils, son neveu et leur copain, il roula à tombeau ouvert jusqu’à La Sauge, où il finit par nous retrouver en train de finir notre petit déjeuner, après avoir arpenté les rives des heures durant. La déferclée que nous reçûmes fut à la mesure de sa colère et de son soulagement ! Au vu de mes bons résultats scolaires à l’école secondaire, j’intégrai le gymnase scientifique, mais les maths me rebutaient. Mon raisonnement pratique butait sur l’abstraction mathématique. La logique des opérations sur les nombres relatifs - en particulier -2 x -2 = +4 - m’échappait, on ne nous expliquait pas le processus cognitif pour en arriver là. Ramené à mes préoccupations bassement matérielles, -2 Frs x -2 Frs ne donnaient pas +4 Frs ! J’ai donc changé pour la section pédagogique, mais là encore je n’étais intéressé que par les sciences naturelles. Je passais mes loisirs sur le lac ou à chercher des fossiles - réminiscence de mes visites chez Mlle Valland - et j’avais une bonne connaissance des plantes et des fleurs, tant les médicinales que les oubliées, celles qu’on encensait au Moyen-Age. Il y avait aussi ma belle Indienne, qui subjuguait tous les garçons par son allure altière et son regard pétillant. Jamais je n’aurais osé lui déclarer mon amour, je pressentais qu’elle ne m’était pas destinée. Mais ce surprenant destin, justement, nous réservait une surprise d’un autre ordre que l’amour. Quelques années plus tard, j’ai eu une chatte que j’ai tout naturellement appelée de son prénom, en souvenir de cet amour impossible. C’était ma façon de la tenir dans mes bras, de la garder dans mes rêves. Et un jour, bien des années plus tard, mon fils me présente sa future femme, une très belle jeune fille... qui n’est autre que la propre fille de cet amour fantasmé ! Nous étions donc faits pour avoir une partie de vie ensemble, sous une forme bien différente de celle dont je rêvais à 17 ans.

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Les deux années passées au gymnase m’ont ouvert les yeux sur la culture et sur l’aspect didactique des choses, c’est une source de réflexion quotidienne. J’ai découvert la poésie et les auteurs classiques, ils ont été pour moi une forme de modèle du monde. La lecture m’a plongé dans l’univers de la conscience et d’une certaine façon, m’a permis de transformer mon interprétation de la réalité. Je dois beaucoup à la littérature. Quand j’ai quitté le gymnase, je suis parti faire un stage chez Jules Chouet, un pêcheur passionné de St-Aubin. On allait à la pêche à la lève, qui consiste à placer les filets dérivants le soir et à observer où le courant va les emporter pendant la nuit. C’est une pêche magique qui demande de l’intuition pour anticiper les mouvements de l’eau. Le lendemain matin, on part à la recherche des filets, et quand on relève, c’est comme une portée musicale, on voit apparaître une palée, puis une autre, et ensuite une belle truite... Le coeur en tremble, Jules sentait l’émotion monter en lui comme une pieuvre, elle lui enserrait la poitrine et le cou, il sortait en vitesse de sa poche ses pilules pour le coeur. Cette formidable émotion qui menaçait sa vie me gagnait moi aussi, j’en frémissais depuis les pieds jusqu’au ventre. Elle ne m’a plus jamais quitté. Par chance, je ne suis pas cardiaque ! Quand nous rentrions, sa femme avait préparé le petit-déjeuner et pendant que nous mangions, elle taillait le poisson. Une vie simple et rude, où chacun fait sa part. Il en allait de même chez les autres pêcheurs, c’est une vie où le soutien d’une femme courageuse et travailleuse est indispensable à la survie du métier. A côté de Jules Chouet vivait la famille Arm, une des plus vieilles familles de pêcheurs toujours en activité de père en fils. Ils sont originaires du canton de Berne, et que ce soit Sami ou Pierrot, ils ont une connaissance incroyable de tous les aspects de la pêche. Ils savent remailler totalement leurs filets, et à cette époque, ils passaient l’hiver à remailler au quart de maille et à coudre des tacons. Maintenant on ne fait plus autant de rapiéçage manuel, les filets sont moins chers et ils se font à la machine.


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IV Mon frère


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MON FRÈRE

Mon frère avait une petite cabane de pêcheurs à Chez-le-Bart, c’est chez lui que je suis allé après mon stage chez Jules. Une casquette bleue de marin et le cigare au coin de la bouche, il inspirait la sympathie aux autres pêcheurs par sa nature joviale et apparemment solide. C’était un bon pêcheur, respecté de tous. Il avait épousé une femme très jolie, une Marseillaise à la poitrine avantageuse qui en énervait plus d’un, et jusqu’au garde-pêche. Avant eux, c’est Hervé Rougemont et sa femme qui vivaient dans cette cabane. Ces deux-là entretenaient une relation expressive, les assiettes volaient haut dans le verger, et ponctuellement, on voyait arriver le camion des Armourins pour reconstituer le stock de vaisselle. Ca nous faisait rire. A l’époque où j’ai rejoint Philippe, il allait bien, sa femme et lui s’entendaient très bien et on formait une redoutable équipe avec mon père. C’étaient des temps heureux, avant le grand tourment qui allait s’abattre sur toute la famille. Puis il s’est divorcé, et sa vie a commencé à s’effilocher. Ce grand frère que j’avais toujours considéré comme mon guide était plus fragile que je ne le pensais. Depuis petit, j’avais eu l’impression que mes parents le favorisaient dans maintes petites choses, lui accordaient plus d’attention. Bien plus tard, ma mère m’a dit que c’était bien involontaire de leur part, et que cette attention était le fait d’un souci obscur et encore inintelligible, par rapport à moi qui me débrouillais tout seul. Seul, mon frère s’est étiolé, il s’est dirigé vers ce qui lui paraissait le plus facile, sans se rendre compte qu’il ne maîtrisait pas les conséquences de ses choix. Les copains ont meublé sa solitude, il s’est mis à la fumette, se levait plus tard, et son activité de pêcheur s’en est trouvée déséquilibrée. On savait à l’époque qu’il y avait des choses qu’il ne fallait pas toucher. Au gymnase, quelques copains consommaient de la Marie-Jeanne, c’était l’époque hippie, on faisait des soirées, rien de bien grave, et beaucoup s’en étaient sortis sans dommage. Mon frère, lui, n’a pas pu s’arrêter. On était loin d’imaginer que ça tournerait comme ça, la vie nous flanque des retours de manivelle qu’on n’aurait jamais imaginés. J’observais que la lune agissait sur sa forme, on voyait aussi que c’était périodique. L’arrivée du cirque Knie marquait toujours le début d’une

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Mon frère avait une petite cabane de pêcheurs à Chez-le-Bart, c’est chez lui que je suis allé après mon stage chez Jules. Une casquette bleue de marin et le cigare au coin de la bouche, il inspirait la sympathie aux autres pêcheurs par sa nature joviale et apparemment solide. C’était un bon pêcheur, respecté de tous. Il avait épousé une femme très jolie, une Marseillaise à la poitrine avantageuse qui en énervait plus d’un, et jusqu’au garde-pêche. Avant eux, c’est Hervé Rougemont et sa femme qui vivaient dans cette cabane. Ces deux-là entretenaient une relation expressive, les assiettes volaient haut dans le verger, et ponctuellement, on voyait arriver le camion des Armourins pour reconstituer le stock de vaisselle. Ca nous faisait rire. A l’époque où j’ai rejoint Philippe, il allait bien, sa femme et lui s’entendaient très bien et on formait une redoutable équipe avec mon père. C’étaient des temps heureux, avant le grand tourment qui allait s’abattre sur toute la famille. Puis il s’est divorcé, et sa vie a commencé à s’effilocher. Ce grand frère que j’avais toujours considéré comme mon guide était plus fragile que je ne le pensais. Depuis petit, j’avais eu l’impression que mes parents le favorisaient dans maintes petites choses, lui accordaient plus d’attention. Bien plus tard, ma mère m’a dit que c’était bien involontaire de leur part, et que cette attention était le fait d’un souci obscur et encore inintelligible, par rapport à moi qui me débrouillais tout seul. Seul, mon frère s’est étiolé, il s’est dirigé vers ce qui lui paraissait le plus facile, sans se rendre compte qu’il ne maîtrisait pas les conséquences de ses choix. Les copains ont meublé sa solitude, il s’est mis à la fumette, se levait plus tard, et son activité de pêcheur s’en est trouvée déséquilibrée. On savait à l’époque qu’il y avait des choses qu’il ne fallait pas toucher. Au gymnase, quelques copains consommaient de la Marie-Jeanne, c’était l’époque hippie, on faisait des soirées, rien de bien grave, et beaucoup s’en étaient sortis sans dommage. Mon frère, lui, n’a pas pu s’arrêter. On était loin d’imaginer que ça tournerait comme ça, la vie nous flanque des retours de manivelle qu’on n’aurait jamais imaginés. J’observais que la lune agissait sur sa forme, on voyait aussi que c’était

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périodique. L’arrivée du cirque Knie marquait toujours le début d’une crise. A l’automne il allait mieux, mais c’était cyclique, on croyait que ça s’arrangerait, et puis non, ça repartait dans de nouveaux accès de délire. J’étais plus attentif que mes parents, ou plus intuitif, je voyais arriver les choses. lI suivait un traitement médical, on lui faisait des injections qui agissaient pendant un mois, il fallait le surveiller attentivement. Et puis peu à peu sa vie lui a échappé. Il avait des crises d’hallucinations, il croyait que la lune était tombée pendant la nuit, voyait les objets bouger tout seuls. Je me méfiais de sa personnalité, entretemps je m’étais marié, les enfants étaient arrivés, j’avais peur pour eux. Un jour j’ai dû les cacher parce qu’il était sorti avec un fusil et tirait en l’air. On lui cachait son arme et tout ce qui pouvait être dangereux, il avait voulu tuer un homme avec un couteau. Au début il continuait à pêcher seul, sous notre surveillance discrète. Mon père et moi contrôlions la grandeur de ses mailles et prenions garde à ce qu’il n’oublie pas ses filets. Il ne comprenait pas que ça aille bien pour moi alors que chez lui tout se délitait, il avait la haine, j’étais tout le temps sur mes gardes. Il me menaçait, je veux te faire la peau, c’est comme si sa souffrance venait de moi. On a pu le garder avec nous jusqu’au bout, mes parents l’ont entièrement soutenu financièrement, il n’a jamais dépendu de l’aide sociale. Ils n’ont jamais baissé les bras, ne l’ont jamais abandonné. J’ai une immense admiration pour eux, ce qu’ils ont fait est une victoire de l’amour, plus étincelante que n’importe quoi d’autre. Quand on dit qu’on aime nos enfants de manière inconditionnelle, ce qui nous est arrivé en est la preuve. Mon frère a été le plus vieux drogué du canton de Neuchâtel. Selon le Dr. Porchet du Drop-in, c’est ce soutien indéfectible qui lui a permis de vivre si longtemps. Souvent, je voyais mon père soucieux, je lui reprochais de soutenir mon frère d’une manière infantilisante. Je supportais mal ce paternalisme mais c’était plus fort que lui. Un jour il m’a raconté : Une femme avait un fils qui lui avait fait pire que pendre, il lui prenait

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tout son argent, elle n’avait plus rien. Le fils, fou de rage, prend un sabre et lui coupe la tête. La tête roule sur le pavé en pente. Il s’en va, en prenant les derniers sous qui sont sur la table. Il trébuche alors sur le pavé glissant et la tête de sa mère qui roule lui dit : t’es-tu fait mal mon fils, t’es-tu fait mal mon fils.... Mes parents ont gardé la force malgré toutes les souffrances, ils sont pour moi l’exemple de l’amour absolu. Mon frère est mort à 46 ans, en 1998. J’ai pleuré comme je n’avais jamais pleuré auparavant. J’ai pleuré pour cette vie gâchée, et pour toutes ces années de souffrance. J’ai pleuré aussi sur notre jeunesse, sur notre complicité, nos rires, nos sorties sur le lac, dans la nature, et même sur les derniers temps qui ont été tragiquement durs et cependant magnifiques. Il était gentil et doux avec les enfants malgré ses dérives, il leur disait faites attention, ne faites pas les mêmes conneries que moi.

Phrase ou citation de Denis cor asimint, que nonestoribus in ne veligenis dolupta quodiae consequ odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit aquodiam ut aut volores sinctate ne que eumquatin odistrum elenimo dissunt fuga. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit. IdiEt alitias eictur sum, sent alitintum sendae nonsequo es ut et vit placit fuga. Puda pliscie ndandae. Ehentibus inim ute mod et repudit.


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V Et puis un jour... un petit bikini bleu


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ET PUIS UN JOUR... UN PETIT BIKINI BLEU

Elle était sur la rive, en compagnie de sa soeur et de son beau-frère. C’est son petit bikini bleu qui attira mon attention. Je les saluai, de loin, en rentrant au port. Mon père connaissait son beau-frère, ils pêchaient ensemble à l’occasion. Elle s’appelait Gemma, habitait Vendlincourt. Infirmière en psychiatrie à Bellelay, j’appris qu’elle cherchait à s’engager à Landeyeux, à cause de la beauté de notre région. Nous nous croisâmes, à plusieurs reprises, mais on n’aborde pas une jeune fille qu’on ne connaît pas ! Une timidité inattendue. Je lui tournais autour, à distance, déployant mes talents de causeur invétéré. Elle n’était pas impressionnée. Indifférente, à la manière d’une paonne. A peine un regard appuyé de temps à autre, en compagnie d’autres personnes. Rien d’autre, pas un mot. 39

Un matin que je pêchais dans la baie de l’Evole, je fus frappé par la foudre. Elle était sur le bateau de mon père... A mon meilleur ami qui pêchait avec moi, je dis :

« tu vois cette fille, c’est la femme de ma vie ».

En rigolant, il répondit :

« si c’était la femme de ta vie, elle ne serait pas sur le bateau de ton père mais sur le tien... ».

C’est un chien, un Setter anglais tricolore qui dénoua le noeud de mes inhibitions. Elle aussi, un peu. Je l’avais reçu pour la chasse à la bécasse, il était doué, mais se pétrifiait de terreur au premier coup de fusil, puis retournait ventre à terre à la voiture. Came – c’était son nom – fut rebaptisé Camelote et je demandai à mon père de lui chercher un foyer plus adapté. L’information parvint à Gemma qui trouva une place au château de Pleujouse, en Ajoie. Quelque chose, enfin, allait se produire, quelques mots, un baiser, un refus, quelque chose...


Elle était sur la rive, en compagnie de sa soeur et de son beau-frère. C’est son petit bikini bleu qui attira mon attention. Je les saluai, de loin, en rentrant au port. Mon père connaissait son beau-frère, ils pêchaient ensemble à l’occasion. Elle s’appelait Gemma, habitait Vendlincourt. Infirmière en psychiatrie à Bellelay, j’appris qu’elle cherchait à s’engager à Landeyeux, à cause de la beauté de notre région. Nous nous croisâmes, à plusieurs reprises, mais on n’aborde pas une jeune fille qu’on ne connaît pas ! Une timidité inattendue. Je lui tournais autour, à distance, déployant mes talents de causeur invétéré. Elle n’était pas impressionnée. Indifférente, à la manière d’une paonne. A peine un regard appuyé de temps à autre, en compagnie d’autres personnes. Rien d’autre, pas un mot. Un matin que je pêchais dans la baie de l’Evole, je fus frappé par la foudre. Elle était sur le bateau de mon père... A mon meilleur ami qui pêchait avec moi, je dis :

« tu vois cette fille, c’est la femme de ma vie ».

En rigolant, il répondit :

« si c’était la femme de ta vie, elle ne serait pas sur le bateau de ton père mais sur le tien... ».

C’est un chien, un Setter anglais tricolore qui dénoua le noeud de mes inhibitions. Elle aussi, un peu. Je l’avais reçu pour la chasse à la bécasse, il était doué, mais se pétrifiait de terreur au premier coup de fusil, puis retournait ventre à terre à la voiture. Came – c’était son nom – fut rebaptisé Camelote et je demandai à mon père de lui chercher un foyer plus adapté. L’information parvint à Gemma qui trouva une place au château de Pleujouse, en Ajoie. Quelque chose, enfin, allait se produire, quelques mots, un baiser, un refus, quelque chose... C’était une bonne place pour le chien, en remontant en voiture elle m’a proposé de me montrer Porrentruy. Dans l’escalier à vis de la tour du château, mes lèvres s’enfiévraient, elles


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ET PUIS UN JOUR... UN PETIT BIKINI BLEU

se déroulaient, à chaque tour plus près de la dame de mes pensées. Je n’osai pas, et bien m’en prit. Plus tard, Gemma me dit « il aurait pas fallu » ! J’étais un enragé de la chasse au sanglier. Un jour que je m’étais fâché avec un copain au Mont Racine, je redescendis à pied jusqu’à l’hôpital de Landeyeux, ouvris mon fusil dans la cour, le déposai à la réception et partis chercher ma future femme dans les étages. Nous sommes montés au Pré Louiset, sous prétexte d’aller voir un chevreuil que je surveillais depuis quelque temps. Tout près d’une petite maison (cabanon) de villégiature en bois se trouve une stèle sur laquelle on peut lire cette inscription: Mathilde et Edmond de Pury ont vécu ici leurs plus beaux jours. Il y a deux mondes : celui de la noblesse et celui des gens comme nous, les pêcheurs. Pourtant, nous avons le même regard. Toute personne qui vient ici un soir au soleil couchant découvre un lieu magique, presque un paradis. Je lui ai pris la main, elle s’est laissé faire. On était sur la bonne voie. On s’est tenu la main pendant un moment. Et puis je l’ai embrassée. Deux chouettes hulottes ont passé. Le chant de la forêt, et nous, enveloppés dans notre amour. La pénombre s’est posée, silencieuse et douce dans l’air tremblotant de chaleur. Depuis, le Pré-Louiset est un lieu mythique pour nous. Nous avons consommé notre amour très vite. Un mois après notre rencontre, Gemma était enceinte. J’étais protestant, Gemma catholique. Entre nous, un beau-père très pratiquant, pour qui l’idée de donner sa fille à un protestant était insupportable. Enceinte de surcroît. Pour ne pas  m’obliger à un engagement à vie, il voulait reprendre sa fille et élever l’enfant. Apprenant la nouvelle, ma grand-mère, Emilie Junod, se mit en colère : qu’est-ce que c’était que ces simagrées, chez les Junod c’était une tradition, l’important n’était-il pas de les élever ?

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Gemma et moi nous sentions forts, elle avait 24 ans, moi 28. Nous voulions cet enfant, mariés ou non. Nous nous sommes mariés un 1er mai, par une journée de tempête de bise glaciale. Nous sommes allés à la fête en sachant que nos filets étaient encombrés de branches tortueuses prises dans les toiles, et de petites pives d’aulne très difficiles à extraire. Cela ne nous a pas empêchés de passer une journée merveilleuse, sur un bateau de la navigation, entourés de tous ceux que nous aimons. Puis il a fallu une semaine pour remettre les filets en ordre.

Phrase ou citation de Denis asimint, que nonestoribus in ne veligenis dolupta.


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ET PUIS UN JOUR... UN PETIT BIKINI BLEU


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Denis Junod - mep  

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