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« Cuisine (n.f) : pièce dans laquelle on prépare et fait cuire des aliments pour le repas (Dic.Nouveau Petit Le Robert) »

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mais cette CUISINE là : « collectif dans lequel on prépare et fait mijoter des oeuvres en vu d'exposer ». L'idée est saine, la méthode savoureuse : les artistes de La Cuisine sortent de leur isolement fonctionnel pour nourrir leur création, se fédérer autour d'un projet commun, se contraindre autour d'un thème pour mieux s'exprimer et s'imposer au monde. Après avoir mûrement réfléchi, « le langage » est le sujet complexe auquel la Cuisine a choisi de se confronter pour exposer galerie 5, au sein de la Bibliothèque universitaire d'Angers. Le menu est équilibré et complet : sculptures, performances, dessins, vidéo, installations, chaque artiste a travaillé depuis plusieurs mois afin de proposer une oeuvre témoin de la diversité des travaux et des parcours de chacun. Le potentiel de créativité de ce singulier collectif est probablement sans fin, ces artistes pour la plupart issus de l'École des Beaux-Arts, il y a trente ans ou plus récemment, l'ont bien compris. Parions que LA CUISINE se montrera inventive et saura mettre en appétit dans chaque lieu où elle passera. LP


Dix moi, dis moi... /


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Suspendue à un fil, une intention, une fulgurance, en continuité contrastée ; j'explore la couleur, les rencontres, les émotions, je me perds et reviens sur le sentiment.

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AA

La couleur est la clé du travail d'Anne Auguste. Aplat percutant, pigment séduisant, mélange et subtil mariage des teintes, chaque morceau du puzzle créé par l'artiste offre une richesse infinie. Constituée de centaines de micro-pièces, l'oeuvre finale est d'une densité remarquable, comme si chacune d'entre elles était un rêve éveillé permettant la lecture de l'inconscient de l'artiste. Ici, le doute est toujours levier, moteur de recherche dans la composition et l'harmonie. Les couleurs sont la réponse, l'assemblage précaire, la respiration. Anne Auguste travaille dans la passion, la dévotion absolue. Elle cherche, elle colle, encolle, construit, enterre, oublie puis redonne sens. Ses créations pourraient relever parfois de l'art brut, surgissant de cet élan primitif qui apprivoise la vie. Elle joue avec sérieux mais travaille avec plaisir et souffrance. Son monde à elle est couleur, sa peinture son anti-douleur. LP


Traces /

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La joie des sons vient du fait qu’ils vont dans tous les sens en créant une musique nomade qui sort de nous, une résonance sympathique. ET elle se joue sur les cordes des choses sans que l’on puisse être sûr de ce qu’elles veulent dire. Alors, on les écoute.

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TB

Tony Baker est un musicien parmi les plasticiens pour mieux mélanger les saveurs, décloisonner les disciplines. Il nous offre un expérience musicale dont l'origine se trouve sur les plages : des grains de sable transformés en grains de son. Son travail sur le langage est cette recherche sans fin sur le vocabulaire des sons. Aujourd'hui, il part de la cuisine pour créer des sonorités brutes et les amplifier, les déformer, les transcender. Les dix séquences qu'il propose sont alors autant de respirations qui suspendent le temps, juste le temps de découvrir les oeuvres livrées par ce singulier collectif La Cuisine.


Voir sans voir /

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Structures aléatoires figées dans la réalité de l'instant, opposition suggérée du désordre et de l'harmonie, il joue avec le relief de son âme et le miroir de nos émotions.

•••••• Yvon Carrer

Guy Camut vit l'art comme il vit la vie, avec le regard sensible et curieux d'un homme attentif mais discret, énigmatique penseront certains. Depuis toujours il crée. À ses début des décors de théâtre, puis des maquettes, des scénographies, des muséographies mais le point commun à tous ses travaux et sa production personnelle : un rapport fort à la matière, carton, bois autrefois, clous, plumes aujourd'hui. Pour nous il a accepté de devenir ce démiurge, ce créateur qui réinvente sans cesse, détournant les objets les plus anodins, transformant avec habileté ses souvenirs intimes, rendant ainsi visible l'invisible. La pièce confectionnée pour l'exposition Et à propos est de ce ressort « indicible ». Une pièce imposante, d'un noir intriguant et curieusement plein de vie. Un hommage très graphique et artistique à ceux qui n'ont plus la vue en cette année du bicentenaire de Louis Braille.

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« C'est un art de voir, il est aussi un art de voir sans voir » dit cette œuvre au travers de Bruno Meter... LP


Une bulle d'air en ĂŠquilibre /

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C'est l'histoire d'un être qui marche, qui mange, qui boit, qui rêve, qui découvre, qui chute, qui ose, qui aime, qui se bat, qui voyage... c'est sur le chemin que tout se passe, entre l'origine et la lumière, le chemin des histoires, celui des petites choses plongées dans l'humour, qui questionnent.

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PC

Ce jeune plasticien aguerri à toute forme classique d'expression et plein d'imagination a choisi depuis plus d'un an de dessiner à même les murs avec un médium peu coutumier : le fil électrique. Sa collection de « dessins » est aujourd'hui bien fournie, et pour la galerie 5 il propose quelques saynètes où l'on découvre des personnages en équilibre précaire. Influencé par les surréalistes, son univers est poétique et rêveur mais touche à des sujets graves: le langage du corps, l'harmonie entre le réel et l'imaginaire, la quête éternelle du bonheur, la crudité de la vie. Son travail est à mi-chemin entre le dessin et l'installation, et reste ingénieusement toujours lumineux. L' ampoule placée au bout de cette ligne narratrice, verte, jaune, rouge, ou violette, nous éclaire sur le sens de l'oeuvre et l'engagement de son auteur. LP


Tablettes numĂŠriques /


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Je propose un voyage dans le temps où passé, présent et futur s'entremêlent. Je me pose des questions sur l'éphémère de nos objets et de nos vies.

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MG

Michel Gourichon est un sculpteur-chercheur, il sait dispenser dans la rigueur académique des cours de sculpture et de modelage, mais s'emploie avec une exigence personnelle à la recherche de formes et de sens. Les pièces présentées pour l'exposition Et à propos sont le fruit de ce travail. Comment l'homme a-t-il pu passer de la tablette cunéiforme à la tablette graphique ? Comment le roseau a-t-il pu laisser place au stylet ? Comment la terre cuite a-t-elle pu se voir supplanter par le ciment ? Le scribe devenir artiste? A l'instar du paléontologue, Michel Gourichon met en lumière les trésors de notre langage d'aujourd'hui, bientôt dépassé par sa propre dimension numérique. Les codes ont changé, l'ère d'aujourd'hui est déjà obsolète, les nouvelles technologies sont les fossiles de demain. Le sculpteur-chercheur se fait ici témoin d'une société de communication en mal d'humanité. LP


Douleur exquise « ceci est mon corps… » /


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Le corps informe, le corps exprime. Je travaille le langage parlé, plus précisément la phonation. Le travail physique, dynamique de flux et de reflux, du souffle dans la cage thoracique, la parole inhalée, exhalée créant, recréant l'équilibre tendu en limite.

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AG

Lorsque l'idée de travailler sur le langage s'est dessinée, Agnès Guidon a cherché à sortir du médium papier qui est son support de prédilection (pliage, livre animé...) et a conceptualisé un sujet qui la fascine depuis toujours, le corps humain. Elle est alors parvenue à construire d'étranges cages thoraciques, suggérant ainsi l'origine de la parole, du langage et du souffle, et pointant du doigt toute la fragilité de l'être humain. S'affranchissant de l'exigence méticuleuse de l'art du papier, ses oeuvres n'en sont pas moins habilement construites. Ces installations se découvrent en trois temps et peuvent se lire comme les grandes étapes de la vie : la naissance, la maturité et la mort. Dans ces pièces monumentales, on peut observer tous les points de tension et de rupture que met en scène l'artiste, comme pour mieux parler d'un sujet sensible : l'équilibre fragile de l'homme depuis son origine. LP


Gilgamesh /

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Entre image, graphisme et mouvement, je provoque, transforme, coupe, redessine les codes sociaux. Pour créer des nouveaux langages : intimes, universels, provocateurs, parfois dérangeants.

•••••• AG

Alex Guillet n'a de cesse d'explorer le champs des possibles. Il dessine comme il respire mais n'hésite pas à sacrifier son corps au bénéfice de performances, met en scène la nudité, avec violence ou sensualité, parfois à la manière provocante des actionnistes viennois. Illustrations, happening, installations, théâtralisation de ses oeuvres, toutes ses productions ont ce leitmotiv : la recherche des limites, du sens et du supportable. Pour cela, il s'oriente vers les sujets de la pornographie, de l'amour ou de la douleur. La pièce qu'il présente pour l'exposition Et à propos participe de cette interrogation. Un corps embryonnaire, blanc, hybride, à bras multiples, évoquant un langage pourtant sensuel, une caresse troublante et impossible. Plus qu'une sculpture, l'artiste nous offre un corps mis en scène et vivant au rythme d'images animées et de sons. Intriguant. LP


Livres-Masques /

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Paradoxalement si le masque cache, il rend plus prégnant le regard et révèle une part du lecteur : en invitant le spectateur à essayer lui-même le masque livre qui lui sied, je lui donne ainsi le choix de la littérature derrière laquelle il voudrait se cacher.

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AH

L'univers d'Agnès Hardy est théâtral, il est fait de couture, de robes, d'accessoires, de féminité et de quantité d'objets détournés qui questionnent sur le sens et la fonctionnalité. Les « livres masques » présentés habillent le regard, parlent en tant que contenant et contenu, interrogent sur leur destin. Si le regardeur fait l'oeuvre comme disait Marcel Duchamp, le livre regardé fait sens dans le miroir. Jeu de double et de dupe, de la robe au masque loup, Agnès Hardy aime créer l'ambiguïté. Fidèle à son univers fantasmatique, l'artiste nous livre une nouvelle réponse à l'absurde. Le livre mis au pilon retrouve alors une nouvelle vie. LP


Le mur /

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«(...) Le contenu des œuvres de Katarina Kudelova s’inscrit dans une réflexion sur la violence du monde actuel, où sont mises à l’épreuve la fragilité et l’innocence d’êtres en confrontation avec un tissu social menaçant ou menacé, notamment par les agressions politiques et idéologiques. »

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Réjean-Bernard Cormier

Katarina Kudelova aime jouer avec le feu et dépasser les frontières classiques des genres : elle navigue entre vidéo, sculpture et installation. Ses performances sont un hommage à la création et à la destruction, à la fragilité des moments. Ses oeuvres ne sont jamais statiques, ici un souffle de vent, une tête en suspension, la mémoire du temps et du mouvement. Curieusement depuis quelques années, son médium de prédilection est devenu le pétard, vecteur incongru mais terriblement efficace pour rendre compte du côté éphémère des choses, effrayant dans sa sonorité, indélébile dans ses traces de brûlure. Cette artiste, d'origine slovaque, use de matériaux violents pour mieux approcher des sujets sensibles comme la douleur, la mort, la métamorphose. Dans son travail, elle travestit des scènes de chasse, joue avec les corps, montre le côté sombre et lumineux de l'être. LP


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La particule au milieu de multiples particules, formant des touts, formant un tout. Vers l'infini de l'en-vie, de l'être. Affirmation de pensées, réflexions, actes, gestes : gentils, doux, calmes, libres, paisibles, amicaux, d'amour, non-violents, non-manipulateurs, compréhensifs, agréables, plaisants, réfléchis, continus.

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GLB

Gwenaël Le Berre est une jeune artiste qui ne quitte jamais son appareil photo, sans doute pour mieux saisir tous ces petits riens qui font le sel de la vie, mais peut-être aussi, paradoxalement, pour mieux rester à distance avec ce qui serait trop laid ou trop difficile à supporter. Ses photos et montages photos en sont la preuve : ils se lisent telles des éclaboussures d'images, des échantillons de bonheur, des impacts choisis de souvenirs heureux. Le monde dont elle rêve est celui-là : celui de la candeur et de la fraîcheur. Oui, elle revendique le droit à la naïveté. Dans ses vidéos, elle n'hésite pourtant pas à mettre en scène sa propre fragilité, et c'est là toute sa maturité. L'artiste joue avec le difficile exercice de l'être et du paraître, de la parole et de l'émotion, elle révèle ainsi toute la force de son intégrité. LP


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« LA CUISINE » COLLECTIF D'ARTISTES Anne Auguste, Tony Baker, Guy Camut, Pierre Cyprien, Agnès Guidon, Alex Guillet, Michel Gourichon, Agnès Hardy, Katarina Kudelova, Gwénaël le Berre

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« ET A PROPOS » CATALOGUE Conception : NoSoda Textes : Lucie Plessis Crédits photographiques : Eric Jabol

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LA CUISINE remercie tout particulièrement Daniel Habasque, Eric Jabol, Lucie Plessis, Olivier Tacheau, Marie-Françoise, Alain, Yvon, Agnès, Caroline, François, Daniel, Pascal pour leur aide et leur soutien dans cette aventure.

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Catalogue imprimé avec le concours de la Bibliothèque Universitaire d'Angers, sur les presses de SETIG Palussière, septembre 2009.


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La Cuisine - Collectif