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La revue

ISFA

Vie de l’association 03( Matinales

Une solution au financement de la perte d’autonomie : le contrat collectif

22( Promo

DOSSIER SPÉCIAL

LE MOUVEMENT ISFA DANS UN NOUVEL ÉLAN 07( Stratégie

gagnante pour l’école

Par Jean-Claude Augros

11( L’association,

nouvelle force motrice du mouvement isfa

Par Bernard Mathieu

13( Appel

° N°1

à la mobilisation des isfa

Six figures emblématiques nous interpellent

ISFA

2000

Dix ans après, clin d’œil

REGARDS DE PROFESSIONNELS 14( Réassureur

& entrepreneur

Par Lionel Périnel

16( Solvabilité 2 et modélisation :

L’avènement d’une nouvelle génération d’actuaires Par Pierre Miehé


EDITO > par

Laure Châtel

Le saviez-vous ? Alors que l’ISFA va célébrer ses 80 ans, toutes les composantes du mouvement ISFA - l’école, l’université, le laboratoire de recherche et l’association des actuaires diplômés de l’ISFA - fédèrent aujourd’hui leurs efforts afin d’enraciner durablement le bel arbre ISFA dans la réussite.

J’en céderai la présidence ces prochaines semaines pleine d’optimisme, d’enthousiasme et d’engagement dans le nouvel élan qu’initie le mouvement ISFA. Aussi, je suis fière et reconnaissante du travail accompli par le conseil depuis 2007 auquel j’adresse en votre nom mes plus chaleureux remerciements.

C’est dans le cadre de cette dynamique collective que le mouvement ISFA s’est doté, en créant la revue ISFA, d’un lieu de communication, d’échange et de représentation. Les professionnels, les chercheurs, les représentants de l’école « Un même souci d’excellence, de convivialité et de l’association vienet la farouche volonté de porter haut dront ensemble s’y exprinos couleurs. » mer avec en commun un même souci d’excellence, de convivialité et la farouche volonté de porter haut nos couleurs. Dans son premier numéro, notre revue trimestrielle consacre un dossier spécial à la stratégie de notre école et au soutien nécessaire que le mouvement ISFA doit (et va) s’employer à lui apporter.

La nouvelle énergie déployée au service de l’ISFA nous encourage tous à nous impliquer pour notre école et notre label.

L’association ISFA dont j’ai assumé la présidence pendant 3 ans prend la mesure de l’ancrage de l’Institut des Actuaires, de la formidable transformation de l’ISFA depuis 15 ans et des enjeux qui attendent cette vénérable institution. Elle se prépare à jouer un rôle moteur dans la mobilisation lancée depuis plusieurs mois.

LA REVUE ISFA — NUMÉRO 01 — AVRIL 2010

L’ISFA continuera, comme il l’a toujours fait, à prendre en main son destin et les faits sont têtus : il semble condamné à réussir avec nous.

Laure Châtel Présidente de l’association des actuaires diplômés de l’ISFA Responsable Économie Sociale au sein de SCOR Global Life

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SOMMAIRE VIE DE L’ASSOCIATION 03( Matinales

ISFA, Une solution au financement de la perte d’autonomie : le contrat collectif par Pierre Aurelly 03( Accueil de la Promo 2009, par Pierre Mancini et David Miseray

DOSSIER SPÉCIAL Le mouvement ISFA dans un nouvel élan

07( L’ISFA Stratégie gagnante pour l’école, par Jean-Claude Augros

11( L’Association

Il y a 80 ans La France remportait avec les Mousquetaires* la Coupe Davis, à Paris, face aux USA par 4 sets à 1. * Jean Borotra (1898-1994), Jacques Brugnon (18951978), Henri Cochet (1901-1987) et René Lacoste (19041990).Cette appellation fait référence au roman Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas.

LA REVUE ISFA — NUMÉRO 01 — AVRIL 2010

ISFA, nouvelle force motrice du mouvement ISFA par Bernard Mathieu 13( Appel à la mobilisation des ISFA Six figures emblématiques nous interpellent, par François Delavenne,

Jean-Michel Eyraud, Pierre Mancini, Pierre de Villeneuve, Yves Vlieghe, Alain Wicker

REGARDS DE PROFESSIONNELS 14( Réassureur

et entrepreneur Entretien avec Lionel Périnel 16( Solvabilité 2 et modélisation : l’avènement d’une nouvelle génération d’actuaires spécialisés en optimisation par Pierre Miehé 18( Les produits structurés, un outil d’allocation d’actifs par Sébastien Caron 20( Actuaire développeur par David Miseray

RECHERCHE SCIENTIFIQUE 21( Des

enjeux de la science actuarielle par Véronique Maume-Deschamps

CARNET 22( Promo

2000 : dix ans après, clin d’œil par Elsa Renouf et Guillaume Lacour —2


Vie de l’association Matinales ISFA

Une solution au financement de la perte d’autonomie : le contrat collectif

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Pierre Aurelly, ISFA 88, Directeur Technique Santé, Prévoyance et IARD du Groupe AG2R LA MONDIALE, membre de l’Institut des Actuaires.

À l’occasion du dernier petit-déjeuner ISFA organisé le 28 janvier 2010, Pierre AURELLY est venu nous parler de l’approche du Groupe AG2R-La Mondiale sur la dépendance. Le Groupe AG2R-La Mondiale, précurseur sur le risque de dépendance totale, a annoncé au cours d’une conférence de presse début janvier 2010 le lancement d’un nouveau produit. Il s’agit d’une formule de couverture du risque dépendance au travers de contrats collectifs obligatoires pour les entreprises de plus de 500 salariés. Sujet sociétal et d’actualité, le gouvernement prépare des textes afin de réformer et d’améliorer les différentes modalités de protection en vigueur. La dépendance totale, ou, plus précisément, la perte d’autonomie, qu’elle soit liée au grand âge ou au handicap, touche un nombre croissant de familles. Sur environ 7 millions de personnes de plus de 70 ans, plus de 80 000 ont perdu totalement ou partiellement leur autonomie. De plus, l’augmentation de la durée de vie des hommes et surtout des femmes expose de plus en plus de personnes à ce risque. Partant du constat que les 4 risques couverts par la Sécurité sociale : maladie, accidents du travail et maladies professionnelles, famille, vieillesse, ne sont pas suffisants pour couvrir la prise en charge de la dépendance totale, les pouvoirs publics ont décidé de réfléchir à la couverture de ce que l’on appelle désormais le cinquième risque.

LA REVUE ISFA — NUMÉRO 01 — AVRIL 2010

Leur objectif est large : il s’agit d’assurer la prise en charge des générations de plus en plus nombreuses touchées par la perte d’autonomie et de permettre également le maintien à domicile des personnes en situation de perte d’autonomie quel que soit leur âge. En outre, il est également prévu d’augmenter le nombre de place en établissements médicalisés et d’alléger le reste à charge pour les familles.

Mettre en place un véritable partenariat public privé avec les organismes de prévoyance individuelle et collective pour la prise en charge de la perte d’autonomie liée à l’âge. Le souhait des pouvoirs publics est aujourd’hui que les organismes de prévoyance s’investissent davantage dans la couverture du risque perte d’autonomie liée à l’âge dans le cadre collectif de l’entreprise comme dans le cadre individuel. Le risque de dépendance totale présente des caractéristiques qui le rendent assurable : • risque aléatoire notamment sur la probabilité de survie des personnes valides, sur l’incidence et sur le maintien en dépendance totale, • risque mutualisable soit par l’assureur, soit par le réassureur, • risque quantifiable si la garantie est plafonnée (généralement le cas en Europe).

Pour cela, il est nécessaire de mettre en œuvre un partenariat durable entre l’intervention publique et privée : cela implique de mener une réflexion notamment sur les référentiels communs (absence actuelle de définition légale unique), les mécanismes de reconnaissance de la dépendance et le droit à l’information des personnes en âge de s’assurer (par exemple lors de l’information sur le montant de retraite). De manière générale, sauf à rendre la garantie obligatoire pour tous, il paraît nécessaire de trouver des incitations fiscales et sociales à la souscription de contrats d’assurance dépendance afin de couvrir rapidement la population la plus large et pour un montant le plus adapté aux besoins. Pour les personnes sans ressources suffisantes, l’Allocation Personnalisée à l’Autonomie (APA) pourrait être l’expression de la solidarité nationale (aujourd’hui, cette prestation sociale bénéficie à toute la population dépendante en fonction de ses ressources et de ses besoins). Pour les autres personnes, le choix de s’assurer ou de prendre en charge personnellement ses dépenses sans solliciter la solidarité nationale pourrait être favorisé (mais cela en connaissance de cause sur les conséquences qui pourraient être un recours sur succession). Pour les foyers disposants de contrats d’assurance-vie, la conversion des sommes détenues en garanties d’assurances dépendance pourrait être favorisée.

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Vie de l’association Matinales ISFA

Une solution au financement de la perte d’autonomie : le contrat collectif

La dépendance, un enjeu sociétal et financier La dépendance totale peut être définie comme un « état dans lequel se trouvent des personnes qui, pour des raisons liées au manque ou à la perte d’autonomie physique, psychique ou intellectuelle, ont besoin d’une assistance et/ou d’aides importantes afin d’accomplir les actes courants de la vie quotidienne ». Le coût mensuel de la dépendance totale varie de 1 500 € à 2 900 € (parfois jusqu’à 5 000 € en maison médicalisée dans les grandes villes). Or, plus de la moitié des retraités touchent une pension inférieure à 1 000 €. Pour 70 % des Français, le coût mensuel de la dépendance excède le montant des revenus courants. En effet, le montant moyen des aides d’État, qui s’élève à environ 450 €, ne suffit pas à combler cet écart. Parmi les nombreuses approches possibles de la couverture du risque de perte d’autonomie, les assureurs se sont notamment intéressés, depuis le milieu des années 80, à aider au financement des dépenses au travers de contrats d’assurance individuels. Dans les années 90, sont apparus sur le marché les contrats collectifs d’entreprise à adhésion obligatoire. Aujourd’hui, ces solutions collectives peuvent se décliner principalement sous la forme de garanties annuelles pour les assurés (majoritairement proposées par des mutuelles) ou de garanties viagères. Ces dernières sont proposées de deux façons : • soit au travers de contrats à cotisations définies, permettant d’individualiser les droits,

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• soit au travers de contrats à prestations définies permettant de garantir pour un même niveau de rente tous les assurés de manière égale, quel que soit le niveau de rémunération du salarié. Ces approches présentent des similitudes par rapport à la couverture offerte par les contrats collectifs de retraite à la différence notamment de la date de versement de la prestation : lors du départ à la retraite dans un cas, lors de la dépendance totale dans l’autre cas. Notons que l’entrée en dépendance totale peut se situer avant ou après le départ en retraite même si, en moyenne, l’âge d’entrée en dépendance totale est de l’ordre de 80-85 ans. Eu égard au risque couvert, les garanties collectives peuvent être complétées par des garanties visant par exemple à « aider les aidants ». En effet, les aidants (souvent les membres de la famille) ont parfois besoin d’aide financière ponctuelle lors de la survenance de la dépendance totale mais surtout d’assistance pour organiser le nouvel environnement du dépendant total.

Sélection médicale Les contrats collectifs obligatoires concernant des démographies importantes peuvent généralement se dispenser de sélection médicale à condition de ne pas prendre en couverture les risques avérés. Cela permet de limiter l’antisélection et donc les tarifs. Ce risque d’antisélection peut être limité éven-

tuellement en prévoyant des délais de carence, par exemple consécutive à un état de démence ou à une maladie neurologique. Cela est a fortiori le cas si une profession se couvre dans le cadre d’une convention collective de branche, bénéficiant ainsi d’une mutualisation très large dès la souscription.

Un contrat collectif d’entreprise à prestations définies : l’approche du Groupe AG2R LA MONDIALE Afin de répondre aux attentes des entreprises qui manifestent un intérêt de plus en plus fort pour les garanties dépendance (68 % des Responsables des Ressources Humaines estiment que : « la dépendance doit trouver une réponse collective »), AG2R LA MONDIALE a conçu un contrat d’assurance dépendance qui pour la première fois sur le marché, offre des prestations qui restent acquises même lorsque le salarié est parti à la retraite. Il obtient alors un titre de garantie personnelle. Cette nouvelle offre accorde une garantie immédiate et sert une prestation de base identique pour l’ensemble des assurés. Cette garantie est prolongée de façon viagère après le départ à la retraite et sans financement supplémentaire.

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Une solution au financement de la perte d’autonomie : le contrat collectif

Ce contrat collectif d’assurance dépendance offre aussi la possibilité de souscrire à un contrat supplémentaire à titre individuel et sans sélection médicale dans un délai de 3 mois, soit à partir de la date d’affiliation, soit après le départ à la retraite. Cette solution bénéficie des avantages apportés par les contrats collectifs et permet de : • couvrir le risque de dépendance dans les conditions les plus favorables : avant la retraite, lorsque les revenus de l’assuré sont plus élevés et les conditions tarifaires plus accessibles (en raison notamment de la durée de cotisation), • partager les coûts entre l’entreprise et le salarié, • bénéficier des avantages à caractère salarial exonérés de charges sociales. Parmi les autres avantages de cette formule, citons : • Servir une prestation financière dont le montant est indépendant de la durée de cotisation, • Mettre le retraité à l’abri de la renonciation au contrat (inconvénient des contrats annuels sans garantie viagère), • Préfinancer le besoin jusqu’au départ à la retraite, • Éviter la création d’un passif social pour l’entreprise, • Favoriser la souscription de prestations additionnelles. En effet, le niveau de prise en charge par le régime d’entreprise ne sera en général pas suffisant pour couvrir les dépenses, problème qui peut se résoudre par une souscription additionnelle individuelle (ou collective à adhésion facultative), afin de compléter la garantie jusqu’au niveau souhaité par l’assuré.

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Cotisation

Revalorisation des rentes

Une modalité possible pour les cotisations est l’approche forfaitaire uniforme par salarié. Cette solution est transparente, simple à gérer et facilite la communication dans l’entreprise pour l’assureur ou pour les intermédiaires.

Les rentes garanties des assurés actifs sont revalorisées en fonction des résultats techniques du contrat collectif. Lors de la révision annuelle, il est aussi possible d’ajuster le niveau des garanties en tenant compte de l’évolution de la démographie et des résultats technico-financiers du contrat.

Le montant de la cotisation est calculé à partir du montant de la rente souhaitée et des données démographiques précises de l’entreprise. La tarification s’appuie sur un certain nombre d’éléments indispensables comme les données de contexte de l’entreprise : • l’âge moyen de départ à la retraite, • le taux de démission, • le taux de remplacement des départs à la retraite, • la liste des personnes en arrêt de travail, et la démographie assuré par assuré des salariés actifs avec : - l’identifiant, - la catégorie de personnel du salarié (par exemple : cadre, non-cadre, etc.), - le sexe, - la date de naissance, - le salaire annuel, - etc. La nature de ce risque nécessite un pilotage technique régulier, fréquent et rigoureux pour vérifier en permanence l’équilibre tarifaire et le bon niveau des provisions techniques.

Les rentes des assurés bénéficiant d’un certificat de garantie (donc les dépendants) sont revalorisées en fonction des résultats techniques des contrats individuels de même nature du portefeuille individuel de l’assureur.

Le déroulé des engagements Cette étape a pour but de s’assurer de la pérennité des calculs effectués (tarifs, provisions techniques). Il est réalisé une projection des flux, jusqu’à extinction de l’ensemble de la population couverte à un instant, en tenant compte des différentes lois liées à la dépendance et à la démographie. Contrairement à d’autres risques Santé ou Prévoyance, en raison notamment de la couverture viagère du risque, la dépendance doit s’analyser sur des bases prospectives.

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Vie de l’association

ACCUEIL DE LA PROMOTION ISFA 2009

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Une solution au financement de la perte d’autonomie : le contrat collectif

jeudi 21 janvier 2010 >p  ar

En forme de bienvenue à la nouvelle promotion, plusieurs générations d’ISFA viennent communiquer leur attachement à notre famille.

Sur ces bases, l’assureur procède à l’analyse du déroulé des engagements et valide la bonne adéquation entre engagements futurs probables de l’assureur et engagements futurs probables de l’assuré.

État actuel du projet gouvernemental D’abord prévu mi-2008 puis début 2009, le projet de loi en préparation concernant le cinquième risque devrait être rendu public en 2011, accompagné de ses décrets. L’année 2010 devrait être consacrée à l’étude d’un dispositif de couverture par deux groupes de travail sous l’égide du ministère du travail, de la solidarité et de la fonction publique, auxquels participeront notamment les représentants des professions de l’assurance et la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie). Essentiellement à cause de la crise économique, et les questions qu’elle fait peser sur le financement du nouveau dispositif, sa mise en place a été retardée et a été positionnée après la réforme de 2010 sur les régimes de retraite.

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Pierre Mancini et David Miseray

Il y a 80 ans Jean Mermoz traversait, avec son hydravion, l’Atlantique sud sans escale…

La tradition a été respectée une nouvelle fois : jeudi 21 janvier 2010, le Conseil d’Administration de l’Association ISFA a accueilli la promotion 2009 dans un restaurant proche de la place de l’Étoile (« L’Empire du 8e »). Tous les ans, cette rencontre permet aux nouvelles promotions d’établir un contact avec de nombreux ISFA des promotions précédentes, favorisant ainsi leur intégration dans le cadre associatif qui est un des éléments fondamentaux de « l’esprit et du label ISFA ». Cette année revêtant un caractère exceptionnel du fait du premier Congrès ISFA le 4 juin 2010 à Lyon à l’occasion de 80 ans de notre École, Fabrice SAUVIGNON, membre du Conseil, a pu attirer l’attention de tous les participants sur l’importance de cet événement majeur pour la famille ISFA et, au-delà, pour le mouvement actuariel français. Le Conseil tient à remercier très sincèrement Arnaud BRUN, membre du Conseil, et Émilie BONIN, correspondante de la promotion 2009, qui ont œuvré à la réussite de cette soirée.

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Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

STRATÉGIE GAGNANTE POUR L’école

>J  ean-Claude

Augros, Directeur de l’ISFA, retrace le parcours de transformation de l’ISFA de ces 15 dernières années et nous livre la stratégie de l’école pour l’avenir.

Au cours de sa déjà longue existence, l’ISFA a dû traverser un ensemble de crises et de réformes. La première loi d’orientation résultant des événements de 1968 a notamment créé un grave « Avec la poursuite prévisible de l’augmentation des effectifs et la création souhaitable d’une ou deux licences professionnelles dans le domaine de l’assurance, un objectif de 1 000 étudiants est tout à fait envisageable dans les toutes prochaines années. » problème juridique à l’ISFA, puisque c’est à ce moment-là que l’ISFA a perdu son statut initial pour être directement rattaché à la présidence de l’université Claude Bernard Lyon 1. Le vide juridique qui a suivi a duré 30 ans. La reconstruction a pu commencer au tout début des années 90. Il s’est alors agi de transformer progressivement ce qui n’était qu’une simple formation d’excellence en une grande école universitaire d’enseignement et de recherche. Cette mutation, nécessaire au développement de l’ISFA, s’est réalisée dans un contexte universitaire souvent difficile et a exigé une grande détermination de la part des acteurs peu nombreux qui ont eu la charge de réaliser les réformes successives qui s’imposaient.

Une révolution sur 20 ans Dès la fin des années 80, les acteurs présents étaient d’accord sur le diagnostic : l’enseignement devait être rénové ; le nombre d’élèves était insuffisant ; il manquait un laboratoire

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de recherche venant en appui de la formation ; il existait un fort déficit de formateurs universitaires dans le domaine de l’actuariat ; enfin, l’ISFA n’avait pas de statuts et son diplôme ne bénéficiait pas de la reconnaissance de l’État. La première étape a donc consisté à réunir, à partir de juin 1990, une assemblée réformatrice, −que l’on pourrait qualifier « d’états généraux » de l’ISFA −, qui a contribué à l’enrichissement des programmes de la formation d’actuaire de l’institut. La création du laboratoire de Sciences Actuarielle et Financière (SAF) a été la deuxième étape à franchir. Celui-ci est né en 1994 au sein d’une structure CNRS, pour acquérir, à partir de 1997, son indépendance et prendre la forme d’une équipe d’accueil (EA n° 2429) reconnue par le ministère. Il convient de rappeler que la recherche est le facteur structurant le plus souvent retenu au sein de l’université. Sans laboratoire d’appui, les formations ne peuvent avoir d’existence durable. C’est dire si la création du laboratoire SAF s’imposait pour assurer la pérennité de la formation d’actuaire de l’ISFA. Aujourd’hui la structure de recherche de l’ISFA a acquis une excellente renommée, grâce à une production scientifique de qualité. Son seul handicap serait sa trop petite taille qui, pour l’instant, l’empêche d’être labellisée par le CNRS.

La course à l’échelle Dans un pays comme la France où environ 200 actuaires seulement sont formés annuellement, il nous est apparu que la formation ne pouvait être trop dispersée et que les centres les plus puissants devaient être renforcés afin de produire un plus

650

inscriptions à l’ISFA en 2009-2010 pour l’ensemble de ses formations

grand nombre de diplômés. Encore fallait-il qu’il existe un corps suffisant de formateurs professionnels en sciences actuarielle et financière. D’où la création en septembre 1995, du Diplôme d’Études Approfondies (DEA) et de la formation doctorale en SAF. Cette formation allait combler un vide dans le système éducatif français puisqu’il n’existait pas, jusqu’alors, de DEA consacré à la fois à la recherche en finance et en actuariat. Plus tard, cette formation allait devenir un master recherche après le passage au système européen LMD, tout en restant unique en France. Cette formation a permis de former une quarantaine de jeunes docteurs en SAF dont certains ont pu être recrutés comme enseignants-chercheurs à l’ISFA.

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Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

STRATÉGIE GAGNANTE POUR L’école

Des statuts désormais pérennes, La bataille des statuts de l’ISFA a été la plus difficile à gagner. Elle a donné lieu à une forte résistance de la part des conseils de l’université Claude Bernard Lyon 1. Une étape intermédiaire, de 1996 à 1998, avec la création de l’UFR MAGE (Mathématiques

Appliquées, Gestion et Économie), s’est révélée nécessaire. Le statut d’école (article 33 ou désormais article L. 713-9 du code de l’éducation) a pu enfin être accordé à l’ISFA, le 4 décembre 1998, en même temps que l’UFR MAGE a été dissoute. Ce statut a donné une certaine souveraineté à l’ISFA et, aujourd’hui, tandis que de nombreuses composantes ont disparu au sein de

Les formations aujourd’hui proposées par l’ISFA Filière « droit, économie, gestion » ACTUAIRE

MASTER ÉCONOMIE ET MANAGEMENT

La formation d’actuaire reste la formation phare de l’ISFA. Elle comporte désormais 4 années après l’admission par concours ou sur titres : 3 années de scolarité et une 4 e année dite de « stage et de préparation du mémoire d’actuaire »

Parcours « gestion de la PME et économie des activités internationales »

LICENCE SCIENCES ÉCONOMIQUES ET DE GESTION Parcours « Audit et gestion opérationnelle des entreprises »

INGÉNIEUR DES RISQUES (MASTER SAFIR) – 3 spécialités Ingénierie Financière (IF)

Décision-Risk management (DRM)

Recherche « Gestion des Risques en Assurance et Finance (GRAF) »

Prépare aux métiers d’« ingénieurs financiers » en alliant la connaissance des marchés et des produits financiers à une double compétence en modélisation mathématique et informatique.

Donne une véritable connaissance des processus et des risques d’entreprises, de leur analyse et de leur couverture, en vue de former les étudiants à la fonction de Risk-Manager.

Organisée en commun avec l’École Centrale de Lyon, elle vise à donner aux élèves les compétences scientifiques et méthodologiques nécessaires pour poursuivre des études doctorales dans le champ de l’actuariat, des assurances et/ou de la finance. Elle joue un rôle très important dans la formation des futurs enseignants-chercheurs.

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« Désormais l’ISFA a vocation à préparer à différents métiers : bien sûr la formation d’actuaire ; mais à côté de cette formation hautement sélective, l’ISFA prépare aussi aux métiers de l’ingénierie financière, du risk management et de la sécurité des systèmes informatiques des entreprises financières et d’assurances. » Lyon 1, l’ISFA a, au contraire, gagné sa place de composante à part entière parmi les treize subsistantes en 2010. Il manquait encore à l’ISFA la reconnaissance de sa formation d’actuaire par la délivrance de diplômes nationaux ; en effet, sans de tels diplômes, les élèves de l’ISFA ne contribuaient pas au calcul de la dotation financière attribuée par l’État à l’université. Cette situation était reprochée à l’ISFA. Elle ne pouvait pas perdurer. Après plusieurs tentatives, cette reconnaissance a pu avoir lieu avec la délivrance, à partir de 1999, de la maîtrise de sciences et technique (MST SAF) pour la 1ère et 2ème année et du DESS SAF pour la 3ème année de la formation d’actuaire. La réforme LMD, intervenue en 2003, a nécessité la transformation de la 1ère année en une 3ème année de la licence de mathématiques (parcours SAF) et des 2èmes et 3ème années en un master pro portant la mention « sciences actuarielle et financière ». Toutefois, la licence de mathématiques étant rattachée officiellement à l’UFR de mathématiques, puis, depuis 2009, à la Faculté des Sciences et de Technologie (FST), l’unité administrative des diplômes gérés par l’ISFA a été rompue.

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Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

STRATÉGIE GAGNANTE POUR L’école

L’ISFA DANS LE MONDE

● ● ISFA Santiago du Chili (projet)

ISFA

ISFA

Lyon

Beyrouth

ISFA Hanoi

● Yaoundé ● ISFA (projet)

ISFA Ho Chi Minh Ville

● Centres de concours (hors métropole) : Fort de France, Bogota, Libreville, Abidjan

Dans le même temps, le master recherche en SAF de l’ISFA a été cohabilité avec l’École Centrale de Lyon et le Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées (DESS) d’ingénierie mathématique, précédemment rattaché à l’ISFA, est devenu une spécialité du master de mathématiques.

Un plan pour l’avenir, La préparation en 2009 du prochain contrat quadriennal 201114 a été l’occasion pour l’ISFA d’exprimer son désir de reconstituer l’unité administrative perdue lors du passage au LMD. Par un geste politique fort, exprimant sa volonté de jouer un rôle majeur dans le domaine des sciences actuarielle et financière,

LA REVUE ISFA — NUMÉRO 01 — AVRIL 2010

l’université a accepté le projet proposé par l’ISFA de créer une mention de licence en SAF pour sa première année de formation d’actuaire. L’originalité de cette mention de licence est d’être spécifique et de se démarquer des mentions habituelles référencées par le ministère. Par ailleurs, l’ISFA a déposé un projet de création d’un grand master SAFIR (Sciences Actuarielle et Financière, Ingénierie des Risques) regroupant à la fois la mention SAF et la spécialité ingénierie des risques (IR) du master de mathématiques. Cette nouvelle configuration, qui assure l’unité administrative de tous les diplômes gérés par l’ISFA, contribue à asseoir un peu plus la souveraineté de l’ISFA au sein de Lyon 1. Désormais l’ISFA a vocation à préparer à différents métiers : bien sûr la formation d’actuaire ; mais à côté de cette formation hautement sélective, l’ISFA prépare aussi aux métiers de l’ingénierie financière, du risk management et de la sécurité des systèmes informatiques des entreprises financières et d’assurances. Enfin, l’ISFA a, par sa formation doctorale, la lourde mission de former de futurs enseignants-chercheurs pour le secteur des sciences actuarielle et financière. Le déménagement de l’ISFA sur le campus de Gerland (Lyon 7e) a constitué une étape importante dans le développement de l’ISFA. Il a permis la croissance souhaitée des effectifs, notamment celle de la formation d’actuaires, puisque, depuis 2004, la taille des promotions a plus que doublé pour approcher la centaine d’élèves en 3e année. Cette croissance s’accompagne d’un développement significatif à l’international avec une implantation au Vietnam (Hanoi et Ho

Chi Minh Ville) au Liban (Beyrouth) et bientôt à Yaoundé, pour les 14 pays de la CIMA, et au Chili. D’ores et déjà, les surfaces disponibles dans le bâtiment actuel de Gerland s’avèrent insuffisantes. Un nouveau projet de construction a donc été déposé dans le cadre du plan campus, au sein du campus Charles Mérieux à Gerland. Ce projet a été

Il y a 80 ans Naissait l’acteur et réalisateur américain Clint Eastwood… —9


Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

STRATÉGIE GAGNANTE POUR L’école

rendu possible grâce à la constitution de la Maison de l’Assurance et de l’Actuariat (MAA) résultant de l’association entre l’ISFA et l’Institut des Assurances de Lyon (IAL : institut interne de la faculté de droit de Lyon 3). La structure de cette maison universitaire, dédiée à l’enseignement supérieur et à la recherche en assurance et actuariat, est celle d’une associa« Avec la création de la Maison de l’Assurance et de l’Actuariat, l’ISFA et l’IAL disposent d’un pouvoir de négociation accru en vue, notamment, d’améliorer les conditions d’accueil des étudiants et des enseignants-chercheurs. » tion soumise à la loi du 1er juillet 1901. Avec la création de la Maison de l’Assurance et de l’Actuariat, l’ISFA et l’IAL disposent d’un pouvoir de négociation accru en vue, notamment, d’améliorer les conditions d’accueil des étudiants et des enseignantschercheurs. Le projet de construction envisagé en commun a été accepté par les instances de Lyon 1 et du PRES -université de Lyon chargé de la mise en œuvre du plan campus sur Lyon. Dans sa prochaine configuration et dans des locaux plus spacieux, l’ISFA sera prochainement en situation de poursuivre efficacement sa croissance et répondre aux besoins des professions de la gestion des risques. Au cours de l’année universitaire 2009-10, l’ISFA a enregistré pour l’ensemble de ses formations, plus de 650 inscriptions, tous cycles confondus. Avec la poursuite prévisible de l’augmentation des effectifs et la création souhaitable d’une ou deux licences professionnelles

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dans le domaine de l’assurance, un objectif de 1000 étudiants est tout à fait envisageable dans les toutes prochaines années.

Continuer la success story Le développement de l’ISFA ne doit rien au hasard. Il est le fruit d’une stratégie de long terme, mise en œuvre il y a près de 20 ans, avec, pour objectif, de satisfaire la demande nationale et internationale de formation et de recherche dans le domaine de la gestion des risques. Naturellement, la formation phare de l’ISFA reste celle d’actuaires. Cependant, afin de compléter le dispositif de formation dans le champ disciplinaire de l’institut et créer des synergies, plusieurs autres diplômes ont été mis en place au fil du temps. L’une des particularités importantes de l’ISFA est d’entretenir, depuis sa création, des liens très étroits avec les milieux professionnels. Ceux-ci se manifestent tout d’abord par l’intervention de nombreux professionnels dans la pédagogie de l’institut. Ils se traduisent également par la collecte de ressources propres par la taxe d’apprentissage et la mise en place d’une structure de formation continue, par l’organisation de la 3e année de la formation d’actuaire au rythme de l’alternance sous la forme de l’apprentissage ou de contrats de professionnalisation, par l’organisation d’un forum, désormais, annuel dont le but est de mettre en contact les étudiants de l’ISFA avec leurs futurs employeurs, par l’accueil des manifestations professionnelles organisées par l’Institut des Actuaires et, enfin, par la diffusion de l’actuariat français à l’étranger avec l’assistance précieuse

de l’association DIAF et le soutien des entreprises du secteur de l’assurance et de la banque. Comme nul ne saurait être prophète « en son pays », le succès de l’ISFA est souvent passé inaperçu au sein même de son université de rattachement. En revanche, la reconnaissance est venue, le plus souvent, de l’extérieur par les différents signaux positifs envoyés par les universités étrangères, les employeurs, les organismes professionnels ou la presse. Il a, notamment, été très encourageant pour toute l’équipe de l’institut de constater l’arrivée de l’ISFA dans le « top ten » des grandes écoles scientifiques, comme l’a révélée le magazine l’Expansion dans son classement 2007 des grandes écoles d’ingénieurs. Cette performance est tout à fait exceptionnelle au regard des moyens mis à la disposition de l’ISFA en comparaison avec ceux des autres écoles figurant en tête de ce classement. Celui-ci révèle la qualité de la formation dispensée à l’ISFA et traduit l’excellente insertion professionnelle de ses diplômés. Il montre, également, que l’université de Lyon pourrait capitaliser davantage sur cette réputation en favorisant le développement de l’ISFA. Quant au personnel de l’ISFA, plutôt qu’une invitation à l’autosatisfaction, ce signal a constitué un formidable encouragement à poursuivre, avec la même détermination, l’action entamée il y a 20 ans.

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Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

L’Association ISFA, nouvelle force motrice du mouvement ISFA

>B  ernard

Mathieu, ISFA 1985, vice-président de notre association, président de CARITAT, nous présente au nom du Conseil une synthèse du nouveau projet de l’association.

L’association travaille avec énergie pour le renforcement d’un réseau ISFA au service de l’école et de son lien avec le monde professionnel.

Si la nécessité d’une association ISFA ne fait aucun doute, il est en revanche vital de redéfinir les objectifs qui doivent en constituer le ciment.

À quoi sert l’Association ISFA ?

Le constat d’un environnement triplement modifié s’impose :

Avouons-le, si cette question a été finalement peu formalisée ces dernières années, c’est sans doute parce que nous en redou« Le mouvement ISFA est le berceau de notre identité, un lieu privilégié de solidarité. » tions tous la réponse. Dans le même temps, une certaine confusion s’est peu à peu installée dans nos esprits quant à l’utilité de l’association et notamment son positionnement vis-à-vis de l’Institut des Actuaires. Ce doute s’est certainement traduit, de notre part à tous, par une moindre adhésion/implication au mouvement ISFA. Et pourtant, le besoin d’affirmer notre identité commune et de participer à une même famille ISFA est incontestable. Chacun d’entre nous manifeste dès qu’il le peut son attachement à notre famille. Car il s’agit bien là d’une affaire de famille : le mouvement ISFA - dans toutes ses composantes : l’école, le laboratoire, le corps professoral, les étudiants, les anciens - est le berceau de notre identité, un lieu privilégié de solidarité et un foyer naturel de convivialité pour chacun d’entre nous.

LA REVUE ISFA — NUMÉRO 01 — AVRIL 2010

• L’Institut des Actuaires a pris en charge l’organisation de la profession des Actuaires et la promotion de la marque y étant attachée. Le développement de l’Institut des Actuaires, depuis l’unification du mouvement actuariel français, a permis à la profession d’accéder au niveau de représentation et d’organisation qu’elle méritait. Notre association a perdu, au passage, l’essentiel de ses missions professionnelles. • L’ISFA a vécu des transformations exceptionnelles depuis 15 ans : – Il s’est doté d’un laboratoire de recherche en Science Actuarielle qui est le garant de l‘excellence de son corps professoral. – L’ISFA ne forme désormais plus exclusivement au métier d’Actuaire mais à ceux de la gestion des risques dans une dimension plus large, de l’ingénieur des risques jusqu’au docteur en sciences de gestion. – P remière conséquence directe, notre école accueille aujourd’hui 650 élèves et se prépare à en accueillir 1 000 d’ici quelques années !

• Et pourtant, le succès de l’ISFA ne doit pas nous faire oublier les défis qu’il doit relever malgré une reconnaissance large de son leadership dans les disciplines qu’il enseigne : • L’ISFA doit se préparer aux prochaines transformations du paysage universitaire (allocation des crédits du grand emprunt d’État). Il aura besoin d’un important soutien de sa famille s’il souhaite pérenniser son développement. • L’ISFA souffre d’un déficit de notoriété important. Si cette notoriété est précieuse pour les anciens élèves, elle l’est encore davantage pour l’école dans sa quête de reconnaissance auprès des autorités universitaires et des pouvoirs publics.

« L’école et le laboratoire devront faire appel au soutien de leurs anciens pour gagner les batailles qui les attendent. »

Le besoin d’une association forte n’a donc jamais paru aussi évident. L’école et le laboratoire devront faire appel au soutien des anciens pour gagner les batailles qui les attendent. L’ensemble de la famille ISFA a, dans le même temps, un intérêt objectif à capitaliser sur le formidable succès de l’école.

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Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

L’Association ISFA, nouvelle force motrice du mouvement ISFA

UNE FEUILLE DE ROUTE TRèS CLAIRE Notre feuille de route pour les douze prochains mois est désormais très claire. Notre association va donc recentrer son action autour de trois missions : 1/ Représenter et assurer le lien entre l’ISFA et le monde professionnel C’est probablement sur ce point qu’il nous faudra faire le plus preuve d’imagination. Une manifestation annuelle devrait en constituer le pilier. Le laboratoire de recherche devrait par ailleurs jouer un rôle central dans cette mission. 2/ Animer le réseau ISFA L’animation du réseau des ISFA doit se renouveler. La création de la revue ISFA témoigne de ce changement. Cette revue, dont la diffusion dépassera largement le mouvement ISFA devrait non seulement permettre une plus grande reconnaissance mutuelle des ISFA mais également contribuer au rayonnement du mouvement ISFA. Par ailleurs, si les rendez-vous actuels du calendrier événementiel ont vocation à être renouvelés (petits-déjeuners, gala, dîner d’accueil), ils s’enrichiront de réunions amicales plus qualitatives. Enfin, notre association doit accueillir toutes les filières de l’ISFA, actuaires et non actuaires.

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3/ S  outenir l’école dans ses projets et notamment dans son financement et la promotion de son label Le travail initié depuis plusieurs années en termes de soutien à l’école (soutien à la taxe professionnelle, aide à l’insertion des jeunes diplômés, participation au Forum ISFA) sera poursuivi. L’association a par ailleurs intensifié ses relations avec l’école, de sorte d’engager une coopération plus soutenue et lui apporter le plus grand soutien de ses membres.

Mobilisons-nous ! Ces missions n’ont rien d’original. Elles se retrouvent classiquement dans l’objet des associations des meilleures écoles et universités européennes. Leur classicisme ne leur confère néanmoins aucune facilité. « Notre association doit accueillir toutes les filières de l’ISFA, actuaires et non actuaires . » Pour réussir, l’association s’emploie donc à actionner avec énergie trois leviers : • pérenniser un niveau de ressource financière autorisant l’emploi d’une ressource humaine permanente, permettant ainsi la continuité de ses activités,

• renouveler son conseil d’administration afin d’enrichir sa direction, • et enfin obtenir une plus grande adhésion de ses membres afin de maximiser leur participation aux missions de notre association. C’est sur ce point que nous avons tous notre rôle à jouer. Il en va de notre destinée commune !

Il y a 80 ans Tintin se lançait dans une nouvelle aventure au Congo…

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Dossier Spécial Le mouvement isfa dans un nouvel élan

APPEL à MOBILISATION des ISFA « Participons massivement à l’assemblée de l’Association ISFA du 22 avril prochain pour soutenir son bureau dans ses projets » De formidables opportunités de développement se présentent pour notre École et nous souhaitons qu’elle les saisisse grâce au soutien de toutes les composantes du Mouvement ISFA et, en particulier, des anciens élèves, actuaires ou non. L’environnement économique et universitaire actuel est particulièrement favorable pour accroître sensiblement le nombre d’élèves de l’École ISFA et étendre son rayonnement international : • la crise a révélé d’énormes besoins en spécialistes de la gestion des risques, • de nouveaux risques environnementaux émergent, • autonomie et organisation en pôles, plan campus, grand emprunt bousculent les universités françaises, • les crédits budgétaires augmentent considérablement pour la recherche et l’enseignement supérieur, • l’université de Lyon est soumise à des restructurations majeures pour l’avenir de notre École, L’École ISFA dispose d’un potentiel considérable. L’équipe de Jean-Claude AUGROS est responsable d’évolutions importantes : • création d’un laboratoire de sciences actuarielle et financière, unique en France, • multiplication des formations à la gestion des risques y compris à l’étranger, • accroissement du nombre d’actuaires diplômés. Les atouts de notre École – formation doctorale + laboratoire de recherche + fidélité à ses valeurs humanistes ‑ sont éminents pour améliorer son classement européen de septième école scientifique française et de première école actuarielle en France.

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Le moment est bien choisi pour agir : 1. répondre à l’appel de notre école en nous rassemblant, 2. porter la renommée ISFA beaucoup plus haut et beaucoup plus loin, 3. v aloriser l’esprit humaniste qui lui est propre depuis sa fondation, 4. faire de l’École ISFA une « Actuarial School » de plus de 1 000 élèves, leader européen en gestion des risques, 5. témoigner de notre engagement avec une participation spectaculaire au Congrès ISFA du 4 juin à Lyon. Tout le Mouvement ISFA doit s’employer à promouvoir la marque ISFA dont la renommée profite à toutes ses composantes, à commencer par les anciens élèves dont la formation est valorisée. Le Conseil de l’Association ISFA donne un nouvel élan au réseau des ISFA en vue de rendre plus efficace la solidarité entre les promotions et pour faire valoir l’image ISFA : • e n resserrant les liens par des rencontres conviviales et professionnelles, • en assurant la représentation ISFA au sein du monde des entreprises et des organisations professionnelles, • en contribuant à la réalisation des objectifs de l’École ISFA. Les soussignés soutiennent activement le Mouvement ISFA, notamment, par leur participation au comité d’organisation du Congrès ISFA et leur concours à l’Association ISFA.

Six figures emblématiques nous interpellent

François DELAVENNE (ISFA 71)

Jean-Michel EYRAUD (ISFA 77)

Pierre MANCINI (ISFA 62)

Pierre de VILLENEUVE (ISFA 72)

Yves VLIEGHE (ISFA 73)

Alain WICKER (ISFA 67)

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Regards de Professionnels

RÉASSUREUR ET ENTREPRENEUR

>L  ionel

Périnel, ISFA 96, directeur de RGA France, nous livre avec conviction sa vision du métier de la réassurance de personnes.

Comment se porte le marché de la réassurance de personnes en 2010 en France ? Globalement, on peut noter une augmentation régulière des rétentions des compagnies, diminuant la demande auprès des réassureurs. Ceci étant, 2009 a vu une augmentation significative des primes cédées sur le marché français. Cette croissance était semble-t-il liée à la mise en place d’importantes quote-part correspondant à l’utilisation de la réassurance par les cédantes comme un outil d’amélioration de leur ratio de marge de solvabilité. Les motivations d’achat de réassurance sont très diverses. Si le transfert de risque et les services associés sont encore les principales, l’optimisation des besoins de marge a pris de l’ampleur. C’est à mon sens un des virages que va prendre le marché dans les prochaines années. Je m’attends à ce que la réassurance prenne une approche plus « bilancielle ».

Comment ce secteur aborde t-il l’échéance de solvabilité II ? Avant Solvabilité II, il y a toujours Solvabilité I et ce pour quelques années encore ! C’est dans ce cadre que sont mis en place les traités actuels. Plus généralement, tout le travail d’étude effectué autour de la détermination du capital requis génère un focus plus important sur l’optimisation de son utilisation. C’est une approche plus orientée sur le bilan que les réassureurs vont devoir proposer.

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Ce marché est-il appelé à se concentrer ? Un certain nombre de rachat et concentration ont déjà eu lieu. Mais somme toute, le nombre d’acteur est resté relativement stable en France grâce à l’arrivée de nouveaux acteurs étrangers très actifs.

Quelle est la valeur ajoutée des réassureurs pour le public ? Elle est forcément indirecte. Mais je citerai principalement l’expertise en sélection des risques comme le montre le fonctionnement de la convention AERAS.

Quelle est la valeur ajoutée des réassureurs pour les opérateurs d’assurance ? Service bien sûr mais aussi innovation grâce à leur exposition internationale. Le réassureur offre aussi un engagement sur le long (voire très long) terme qui permet de sécuriser la cédante ; c’est notamment le cas en Dépendance et Longévité.

Les réassureurs n’ont-ils pas eu tendance à s’endormir ces dernières années ? Jouent-ils correctement leur rôle de leader en terme d’innovation ? Nous sommes constamment mis au défi par nos cédantes pour leur apporter le meilleur service et le meilleur prix. Toute position, leader ou challenger nécessite de se battre. Donc, je ne pense pas que nous ayons le droit de nous endormir. Par ailleurs, sur un marché mature comme la France ou tous les acteurs ou presque ont développé les mêmes solutions de service, la différenciation se fait beaucoup sur l’innovation.

Vous avez été l’artisan de l’installation de RGA en France. Quels sont les défis que doit relever cette entreprise ? La France est un marché très concurrentiel, qui génère beaucoup de convoitise et où sont présents tous les acteurs mondiaux. Il faut donc exceller pour percer car le niveau d’attentes et de satisfaction que vous devez générer est forcément très élevé. Je suis convaincu que la clé du succès est de pouvoir agir comme un acteur local, proche du marché et de ses clients pour mieux répondre à leurs attentes tout en bénéficiant d’une infrastructure internationale.

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Regards de Professionnels

RÉASSUREUR ET ENTREPRENEUR

Quel accueil vous a réservé le marché des cédantes ? Très positif grâce au modèle que nous avons développé au sein de RGA International : définition de la stratégie, compétences et décisions locales. Et trois ans après nos débuts, les inquiétudes relatives à la pérennité d’un nouvel entrant (américain de surcroit !) sur le marché français se sont évanouies.

Réassureur depuis 12 ans. Peut-on en conclure que vous êtes passionné ? Je suis tombé dedans tout petit ! C’est un secteur passionnant, plein de défis et riche en rencontres.

Quelles sont les qualités caractérisant un bon réassureur ? Proximité, expertise, qualité de service, innovation, engagement sur le long terme.

14 ans dont 7 en qualité de dirigeant. L’ISFA vous avait-il suffisamment préparé à ce rôle ? Oui (enfin j’espère !) de part la diversité de la formation. Elle aiguise la curiosité et permet d’avoir une compréhension globale de l’activité.

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Réassureur for ever ? Who knows ? c’est long 30 ans…

Lionel Périnel 1972 - Naissance en Haute-Savoie 1996 - Obtient son diplôme d’actuaire de l’ISFA et rejoint l’UAP à Lausanne 1998 - Entame sa carrière chez GE Frankona Re 2003 - Devient Directeur France Vie de GE Frankona Re 2007 - Crée la succursale française de RGA et en prend la direction 2008 - Naissance de son troisième garçon, Étienne 2008 – Participe à l’opération d’acquisition par RGA de la succursale Française Vie, Accident et Santé de XL Re

Il y a 80 ans Naissait l’ISFA*, à Lyon, la première école française habilitée à délivrer le diplôme d’actuaire.

* Institut de Science Financière et d’Assurances, École interne de l’Université Claude-Bernard – Lyon1.

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Regards de Professionnels

Solvabilité 2 et modélisation :

l’avènement d’une nouvelle génération d’actuaires, spécialisés en optimisation >p  ar

Pierre Miehé, ISFA 2000, associé d’ACTUARIS.

La Directive Solvabilité II, dont l’application est prévue pour fin 2012 - début 2013, impose aux assureurs la mise en place d’une gestion efficiente des risques, adaptée aux profils et enjeux de chaque organisme. Un impact immédiat est à prévoir pour tous : la forte incitation à développer des modèles, qu’ils soient de simples business plans évolués pour de petites entités (dans le cadre de l’ORSA), ou des modèles internes complets pour les grands groupes. « L’actuaire devra se tourner vers les plateformes de modélisation spécialisées ou réaliser un développement interne informatique d’envergure. » Ainsi, tous les organismes assureurs doivent d’ores et déjà se préparer pour un nouveau défi de modélisation de leur activité et de l’ensemble des risques associés. Ces nouveaux enjeux impliqueront l’évaluation de milliers de scénarios, sur plusieurs dizaines d’années, et pour des modèles de risque complets. Or, pour satisfaire aux contraintes de l’ORSA, ces évaluations devront pouvoir s’exécuter suffisamment vite pour pouvoir réellement être intégrées aux processus de décision quotidiens. En effet, si l’évaluation de l’EEV d’une compagnie peut être réalisée de manière trimestrielle, semestrielle ou annuelle, un processus ORSA intégré devra pouvoir être exécuté en toute sécurité, et avec une traçabilité complète, à chaque prise de décision majeure…

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En route vers « SoLVabilité 2 » ? De manière simplifiée, un modèle ORSA de compagnie de taille « moyenne » prenant en compte l’ensemble des risques, peut avoir à évaluer environ 1 200 éléments techniques et comptables (par exemple, primes, paiements, provisions, frais de gestion, valeurs de marché, capitaux etc.), pour chaque simulation, et pour chaque pas de projection. Cela implique, pour 20 années de projection, et 10 000 simulations (qui constituent le minimum pour une évaluation robuste de la T-VaR à 99,5 %), 240 millions de calculs à réaliser, ce qui représente : • En mémoire : 2 Go de données, soit le maximum qu’un ordinateur puisse stocker en mémoire vive simultanément sur un microprocesseur 32 bits… et un important volume de données sur le disque dur, si l’on stocke l’ensemble des éléments calculés. • De quelques minutes à 6 heures (!) de calcul si l’on simule toutes les trajectoires, en fonction du logiciel utilisé (les logiciels marché pouvant réaliser de 5 000 à 10 millions d’évaluations actuarielles par seconde en moyenne). Si l’on passe à 20 000 simulations, à 40 pas de projection, ou que l’on double le nombre de branches à traiter, on multiplie bien évidemment par 2, 4, 8…, les chiffres ci-dessus. L’informatique avance vite, mais les nouvelles contraintes en repoussent déjà les limites…

L’actuaire modélisateur : un expert en simulations informatiques ? Les éléments ci-dessus parlent d’eux-mêmes : pour que les modèles internes ou ORSA puissent être intégrés au processus de décision, l’actuaire modélisateur se doit de bien appréhender les problématiques et contraintes informatiques, et développer le modèle en fonction. Pour atteindre l’objectif, il lui faudra donc être particulièrement vigilant : • Sur le choix de la plateforme de modélisation : le standard Excel étant clairement insuffisant, à la fois en terme de temps de traitement et de traçabilité et sécurité des calculs réalisés, l’actuaire devra se tourner vers les plateformes de modélisation spécialisées, ou réaliser un développement interne informatique d’envergure ; • Sur l’architecture du modèle : en fonction des temps de traitement, il lui faudra définir ce qu’il juge indispensable de conserver sur le disque dur, définir un nombre de calculs qui soit le meilleur compromis entre performance du modèle et précision des calculs réalisés, arbitrer entre modélisation tête par tête ou par model point, entre calculs sinistre par sinistre avec application détaillée de la réassurance et évaluations macro… Par ailleurs, de nombreuses recherches actuarielles et informatiques voient le jour, pour permettre de limiter les temps d’exécution, à robustesse de résultat sensiblement égale.

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Regards de Professionnels

SOLVABILITÉ II ET MODÉLISATION :

l’avènement d’une nouvelle génération d’actuaires, spécialisés en optimisation  

Il s’agit notamment des techniques de réduction de la variance (par exemple, échantillonnage pondéré, réduisant la variance de l’estimateur), et des techniques dites de « suppression de branches », inspirées des recherches réalisées sur les mécanismes d’intelligence artificielle (par exemple, ordinateurs d’échecs). Pour l’évaluation d’une T-VaR à 99,5 %, de manière simple, cela peut revenir à supprimer les branches en période p+1, p+2 etc. qui vraisemblablement ne conduiront pas aux 0,5 % pires résultats, et qui n’ont donc pas d’impact pour le calcul de la T-VaR. Une nouvelle littérature, mêlant les problématiques de modélisation actuarielles avec les optimisations de simulations informatiques, pourrait ainsi voir le jour… ainsi que de nouveaux profils d’actuaires, spécialisés en optimisation ?

Pierre Miehé Après une première expérience en conseil chez Ernst & Young, Pierre Miehé a rejoint ACTUARIS en tant qu’associé pour développer l’ensemble de la gamme progiciels, ainsi que le pôle assurance dommages. Responsable du développement d’ACTUARIS à l’international, Pierre dirige également la R&D effectuée par le Cabinet, notamment dans le cadre de l’application concrète du projet Solvabilité II.

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3 questions à l’expert Comment faire en sorte que l’hyper sophistication des modèles ne fasse pas concurrence au bon sens et au jugement critique des actuaires ? Il me semble en premier lieu primordial d’éviter les boites noires. Tout modèle, aussi sophistiqué soit-il, doit pouvoir être analysé « simplement » (par exemple, possibilité de passer à une projection déterministe, et d’analyser chacune des trajectoires) ; pour une simulation donnée, il faut être en mesure de visualiser instantanément les paramètres ayant conduit au résultat. L’actuaire pourra alors rapprocher ces paramètres aux réalités du marché, et les ajuster en fonction de sa connaissance métier. Quels sont, selon vous, les facteurs clés d’une compréhension la plus large possible des travaux actuariels ? L’actuaire Solvabilité II sera communiquant ou ne sera pas ! La vulgarisation des travaux réalisés, et la pédagogie dans l’explication des modèles et des

enjeux me paraissent la première clé. recommande aux assureurs de baser Loin de l’image du mathématicien solileur analyse de solvabilité sur la trataire opérant ses calculs savants dans jectoire « VaR 99,5 % », c’est-à-dire la un bureau isolé, l’acpire trajectoire sur tuaire devra s’ouvrir à « L’actuaire Solvabilité 2 200. Ainsi, la minimil’ensemble des métiers sera communiquant sation des risques liés de l’entreprise pour ou ne sera pas ! » à cette trajectoire appréhender l’ensemble conduit forcément à de s problématiqu e s prendre les meilleures ERM, et être en mesure de servir de « mesures préventives « anticrise », à lien » entre les différentes fonctions. condition de modéliser correctement les « corrélations de crise ». Ce niveau de sophistication aurait-il permis aux assureurs Cette évolution doit-elle consacrer les plus impactés d’éviter les écueils l’émergence plus formelle rencontrés pendant la crise d’une spécialisation en modélisation des deux dernières années ? actuarielle ? Bien évidemment, aucun modèle n’est Trè s cl aire m e nt  ! L’I n s titut d e s en mesure de prévoir quand arrivera actuaires a lancé une formation spéune crise financière ou une succession cialisée en ERM ; je suis également de catastrophes naturelles… Par contre, convaincu qu’une formation spécialiles modèles de risques « évaluent » ce sée en modélisation pourrait permettre qui se passerait en cas de catastrophe aux actuaires de disposer de meilleurs et de crise financière, et permettent outils pour comprendre, contrôler et clairement d’étudier la meilleure couintégrer les modèles dans les procesverture. C’est notamment l’objectif de sus décisionnels quotidiens. la Commission européenne, lorsqu’elle

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Regards de Professionnels

Les produits structurés, un outil d’allocation d’actifs

>S  ébastien

Caron, Exane Derivatives (ISFA 96) partage avec nous ses convictions sur les vertus des produits structurés.

Les produits structurés peuvent regrouper des notions très hétérogènes. Peut-on parler des produits structurés dans leur généralité ? Clairement non. Je vous propose aujourd’hui de traiter des produits sur actifs financiers liquides (produits sur actions ou devises par exemple) : ce sont les seuls que je connais bien. Les produits de titrisation (titre lié à un portefeuille de crédit immobiliers d’individus) présentent une liquidité très variable et potentiellement nulle (la crise financière de 2007-2009 l’a démontré) : laissons cet autre sujet de côté.

Quelle est l’utilité de cette classe d’actif pour les investisseurs ? Les produits structurés ou dérivés ne forment pas à proprement parler une classe d’actif. C’est plutôt un outil d’allocation d’actifs. Leur premier rôle est bien entendu la gestion du risque ou de la performance : réduction ou annulation du risque de baisse, transformation de la performance en coupons (par exemple transformation d’une performance positive en un coupon de 10 %, quelle que soit la performance pourvu qu’elle soit positive), gestion du risque de change (par exemple investir sur l’indice des actions japonaises sans exposition à une éventuelle baisse du Yen par rapport à l’Euro).

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Le second rôle des dérivés est la diversification : les produits structurés permettent un accès facilité à des classes d’actifs ou des stratégies qui ne sont autrement pas disponibles sous forme de valeurs mobilières (par exemple les matières premières, les taux de change, ou la performance relative entre deux actifs).

Un ouvrage à ne pas manquer

« Il y a un enjeu particulier à intégrer les dérivés dans le cours du processus d’allocation d’actifs, et pas seulement les limiter dans un usage tactique  »

Un troisième rôle des dérivés est l’accès à des « actifs cachés » (une autre forme de diversification) : par exemple les dividendes futurs des actions d’un indice, la volatilité d’un actif, la corrélation entre plusieurs actifs. Si on s’attèle à la construction d’un portefeuille d’actifs, l’utilité des dérivés comme outil d’allocation d’actifs au travers de ces trois rôles trouve naturellement sa place.

Ces produits constituent donc un outil de gestion du couple risque/rendement ; pouvez-vous nous donner des exemples ? Construire une allocation nécessite de se poser des questions sur les attentes en terme de performance, en terme de risque et en terme d’horizon d’investissement. Les deux classes d’ac-

Parution officielle le 4 juin 2010 —18


Regards de Professionnels

Les produits structurés, un outil d’allocation d’actifs

tifs traditionnelles - les obligations et les actions – sont la matière première de cette réflexion. Corrigé de l’inflation, la performance attendue des obligations est de 3 % par an pour une volatilité de 3 à 5 %, la performance attendue sur le long terme des actions est de 8 % par an pour une volatilité de 10 à 50 %. Or la volatilité n’est pas un simple chiffre théorique : elle donne la mesure de ce qu’un investisseur peut perdre en un an ! Les attentes de certains investisseurs sont de limiter les fortes baisse : on retrouve ce type d’attente aussi bien du côté de la gestion des actifs d’un assureur (risque de « provision pour dépréciation durable ») ou d’un particulier. Le rôle de gestion du risque des dérivés peut alors être déterminant, et proposer une solution plus efficiente que celle qui consiste à allouer 80 % en obligations (solution efficace pour le risque, mais radicale pour la performance !). De même, la diversification permet de réduire le risque à moyen terme. Si la crise récente a permis de constater une re-corrélation des classes d’actifs au pic de la crise (tous les actifs baissaient !), le bilan post-crise est bien différent. À titre d’exemple, les actions sont 30 % plus basses qu’en juin 2007, tandis que le groupe des devises des pays émergents face aux devises européennes et américaines est au même niveau qu’en juin 2007. On a bien une réduction du risque apporté par la diversification.

sur cette même classe d’actif (qui permet de s’exposer à la performance relative de deux paniers dynamiques de matières premières) affiche une performance de 30 % (par exemple via l’exposition à la performance relative des indices EMI Bull Commodities et EMI Bear Commodities).

Il en va de même pour la diversification via une stratégie non directionnelle (performance relative) qui peut s’avérer très efficace. Par exemple, si les matières premières sont en baisse de 25 % depuis juin 2007, une stratégie dynamique long / short

Compte tenu des trois missions citées plus haut, il y a un enjeu particulier à intégrer les dérivés dans le cours du processus d’allocation d’actifs, et pas seulement les limiter dans un usage tactique. D’autre part, même dans le cadre d’un simple usage

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tactique, si on veut éviter les écueils liés à une utilisation mal pensée, il est essentiel d’articuler l’utilisation des dérivés autour de rôles bien identifiés et bien définis – par exemples ceux proposés plus haut – afin de poser une base saine et durable à l’utilisation de ces produits.

Dernier exemple de l’intérêt des produits dérivés « Construire une allocation nécessite comme outil d’allocation de se poser des questions sur les attentes d’actif : un actif caché de en terme de performance, en terme de risque la classe d’actif action, et en terme d’horizon d’investissement. […] les dividendes de ces Le rôle de gestion du risque des dérivés peut actions, peut être accesalors être déterminant » sible v ia les produit s structurés. De nombreux stratégistes ont publié des analyses début 2009 pour exposer l’idée que ce support d’investissement était nettement moins risqué que les actions avec cependant un potentiel plus élevé. Cette stratégie a gagné 50 % en un an quand les actions se sont appréciées de seulement 15 %, avec une volatilité deux fois inférieure.

En synthèse, que doivent retenir les investisseurs ?

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Regards de Professionnels

ACTUAIRE ET DÉVELOPPEUR, DEUX MÉTIERS EN UN

> I nterview

- Récemment promu à de nouvelles fonctions au sein du groupe CNP Assurances, David Miseray (ISFA 94) nous éclaire sur les possibilités pour un actuaire d’une trajectoire professionnelle tournée vers le développement.

Vous venez de prendre de nouvelles fonctions au sein du groupe CNP. Quelles sont-elles ? Après avoir exercé différentes fonctions à CNP Assurances (actuariat, pilotage et contrôle de gestion, partenariats individuels France, manager de projets en fusions-acquisitions), je viens de prendre la responsabilité de la direction du Support Développement (croissance externe et organique) au sein de la Direction Internationale du Groupe CNP Assurances, spécialiste de l’assurance de personnes.

Est-il naturel de confier une importante fonction de développement à un actuaire ? Mon parcours permet d’illustrer le cheminent possible d’un actuaire vers la communauté des développeurs en assurancevie, ces professionnels dont l’objectif est de mettre en marché de nouveaux produits et de nouvelles garanties correspondant aux besoins et aux problématiques des clients face aux défis de toute une vie que sont la protection des siens, la préparation de sa retraite, le financement de la dépendance…

Mais qu’est ce qui peut bien amener un actuaire sur cette voie ? Tout d’abord, je dirais que le premier ingrédient est d’avoir la « vocation ». C’est-à-dire un goût prononcé pour les ques-

LA REVUE ISFA — NUMÉRO 01 — AVRIL 2010

tions de terrain, une volonté d’apporter des solutions concrètes, mais encore un souci permanent de faire croître l’activité et de consolider ainsi la légitimité et le business futur des entreprises d’assurances.

Quid de sa valeur ajoutée et de sa légitimité ? Un actuaire de par sa technicité sur la matière assurantielle est tout à fait bien placé pour comprendre et intégrer les spécifications souhaitées par les développeurs pour de nouveaux produits et de nouvelles garanties. Pour s’en convaincre totalement, il n’y a qu’à observer la proximité avec laquelle les actuaires dits « produits » travaillent au quotidien avec les gens du marketing et du développement, notamment sur les propositions de tarifs et de structure de garanties ; à tel point que dans l’organisation de nombreuses compagnies, les fonctions « actuariat produits » côtoient celles du développement et du marketing dans la même structure.

La présence des actuaires dans ces fonctions est elle tendancielle ?

passages obligés de plus en plus sophistiqués et exigeants – y compris bien sûr pour les projets de développement (lancement de garanties innovantes, mise en place de partenariats, acquisition de compagnies) – un actuaire ayant fait un parcours diversifié dans une direction technique ou financière dispose ainsi de connaissances et de réflexes fort utiles voire indispensables pour mener à bien de tels projets.

« Pour pouvoir évoluer dans le développement, le premier ingrédient est d’avoir la « vocation » : un goût prononcé pour les questions de terrain, une volonté d’apporter des solutions concrètes… »

Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes débutant leur carrière ? Comme je viens de l’illustrer en quelques mots, le champ d’intervention d’un actuaire n’est pas limité en assurance aux seuls domaines de la finance, de la technique et du contrôle des risques. Il peut aussi très bien s’éloigner de ses « fondamentaux » pour apporter le bénéfice de ceux-ci dans des fonctions de développement.

Il est évident pour tout le monde que l’environnement réglementaire et prudentiel (IFRS, Solvency II, Risk Management) est en train d’occuper une place de plus en plus prépondérante dans l’industrie de l’assurance. Dans ce contexte où l’analyse et la maîtrise des risques technico-financiers deviennent des

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Recherche Scientifique

Des enjeux de la science actuarielle

>p  ar Véronique

Maume-Deschamps Directrice du laboratoire de Sciences Actuarielle et Financière ISFA Université Lyon 1.

Le laboratoire SAF (1) de l’ISFA (2) est le seul laboratoire français dédié aux Sciences Actuarielle et Financière, malgré l’importance du secteur économique de l’assurance dans notre pays et les enjeux sociétaux qui y sont liés. Par essence pluridisciplinaires, les activités de ce laboratoire de recherche universitaire portent sur l’évaluation de contrats financiers et d’assurances, la modélisation et la mesure des risques en assurance et en finance, la gestion des intermédiaires financiers et des compagnies d’assurances. Nous proposons un focus sur une thématique du laboratoire (3) : l’optimisation mathématique dans le cadre des contraintes liées à Solvabilité 2 et dans une optique ERM (4). Les nouvell es règles prudentiell es imposent aux entreprises du secteur de l’assurance de mieux prendre en compte les risques de leurs différentes branches d’activité et les dépendances entre ces risques, ce qui rend souvent illusoire la recherche de formules exactes pour des indicateurs de risques. On recourt alors à des simulations et à des techniques d’estimation statistique. Les simulations étant potentiellement coûteuses en temps de calcul, il convient de les optimiser. D’une part, si l’on s’intéresse à l’insolvabilité temporaire d’une branche sachant qu’une condition de solvabilité globale est assurée, on peut envisager l’optimalité de l’allocation de la réserve globale d’une entreprise d’assurance en minimisant l’espérance mathématique de la somme des pénalités de chaque ligne d’activité, due à son insolvabilité temporaire. On cherche alors à appréhender l’ensemble des minima, par exemple au moyen d’algorithmes d’optimisation stochastiques (5), qui requièrent peu d’hypothèses de modèles et convergent assez rapidement. D’autre part, on peut évaluer le risque global d’un portefeuille d’assurance comme une fonction concave par morceaux d’un

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certain nombre de facteurs de risque. La détermination de la Value at Risk peut alors se faire en simulant un grand nombre de scénarii. Les temps de calcul importants imposent de déterminer des scénarii potentiellement plus risqués et qui contribueront à la VaR. Cette méthodologie a été développée et testée dans un cadre gaussien(6). Une approche non paramétrique permet de l’étendre à une grande variété de distributions non gaussiennes(7). Au-delà de ces exemples, les travaux du laboratoire SAF s’inscrivent dans les problématiques socio-économiques de mise en place de nouvelles règles prudentielles, de la prise en compte de nouveaux risques individuels et liés à l’allongement de la vie humaine, du développement d’une finance plus soucieuse de l’équilibre général de la société.

Une date

à ne pas manquer

(1) Sciences Actuarielle et Financière. (2) Institut de Science Financière et d’Assurances, école interne de l’université Lyon 1 qui fêtera ses 80 ans le 4 juin 2010 (http://isfa80ans.org/). (3) Ces travaux sont partiellement financés par le projet ANR AST&Risk, coordonné au sein du laboratoire SAF (http://isfa.univ-lyon1.fr/asterisk). (4) Enterprise Risk Management, dont l’objet est de donner une vision globale de tous les risques pesant sur l’entreprise. L’objectif est d’optimiser la gestion, l’allocation des ressources et la mesure de performance de l’entreprise. (5) Travaux de S. Loisel - Journal of Applied Probability, 42, 2, 379-392., travaux en cours de P. Cenac, V. Maume-Deschamps et C. Prieur, et de A. Faleh, F. Planchet, D. Rullière. (6) Travaux de L. Devineau et S. Loisel - Bulletin Francais d’Actuariat, No. 17, Vol. 10, 188-221. (7) D’une approche par copule à un cadre distribution-free : travaux en cours de L. Devineau, M. Chauvigneau, S. Loisel, V. Maume-Deschamps.

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Carnet

Promo 2000 : Dix ans après, clin d’œil

>E  lsa

Renouf et Guillaume Lacour reviennent avec humour et nostalgie sur le parcours de la promotion 2000 depuis son arrivée à l’ISFA

Alors que l’ISFA fête ses 80 ans, nous avons quitté les bancs de la Doua il y a dix ans... Nous avons suivi les derniers cours de Philippe Picard qui nous a enseigné les lettres de l’Actuariat au sens propre et les premiers cours de Jean-Paul Laurent à l’ISFA sur l’ALM... Christian Partrat nous a fait découvrir la théorie des Copules et la mise en œuvre du Bootstrap (qui n’est pas un pansement pour les pieds !)... Daniel Serant nous a appris que la crédibilité n’est pas qu’un concept qualitatif et que la survie n’est pas qu’un concept de téléréalité... Jean-Claude Augros et François Quittard-Pinon nous ont ouvert les voies de la Finance en nous apprenant à coter des puts et des calls alors même que Nicolas Leboisne travaillait encore sur sa thèse. Béatrice Rey et MarieOldile Carrère nous ont montré la frontière efficiente à ne pas dépasser... Les profs de droits étaient d’une éloquence telle que nous assistions assidument à leurs plaidoiries en faveur du Code des Assurances… Quant à la fiscalité, je ne sais pas si on espérait l’organisation d’un voyage d’étude aux Bermudes ou si l’on pensait que les recommandations d’Alain Giordano nous permettraient de ne pas payer d’impôts mais les cours du mercredi soir se terminaient souvent bien tard sur de nombreuses questions… Au-delà de ce que nous ont transmis nos illustres professeurs, nous avons bénéficié de l’enseignement de nos ainés des promos 1998 et 1999, qui nous ont notamment appris que le ridicule ne tue pas et qu’en début d’année à l’ISFA, il est de bon ton de se promener avec une passoire sur la tête, que la coinche est un sport sérieux et enfin que le foot est une institution... Nous avons essayé de transmettre au mieux ces valeurs aux promos 2001 et 2002 !

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C’est bien la richesse de cet enseignement qui nous a préparé à la diversité de nos métiers d’Actuaires d’aujourd’hui : de Bâle I et Solvency I à Bâle 2 et maintenant Solvency 2 et après avoir fait l’expérience de deux crises financières, la promo est présente dans la plupart des domaines de prédilection des Actuaires dans les directions techniques Vie/Non Vie, dans les directions financières et dans les salles de marché et plus récemment dans les métiers de l’ERM ! « Daniel Serant nous a appris que la crédibilité n’est pas qu’un concept qualitatif et que la survie n’est pas qu’un concept de téléréalité... »

Pour fêter les dix ans de la promo, nous vous donnons rendezvous le jeudi 22 avril 2010 après l’Assemblée Générale à Paris ainsi que le lendemain des 80 ans de l’ISFA le samedi 5 juin à Lyon ! Pour plus d’information : Elsa Renouf – elsa.renouf@transamerica.eu et Guillaume Lacour – glacour@adding.fr Groupe Facebook : Promo ISFA 2000 - 10 ans (déjà 14 membres !)

La promo 2000 s’exporte ! Venus des quatre coins de la France (dont les quatre du rang du fond de ClermontFerrand), du Cameroun et du Togo avec une pointe de Belgique ! Un tiers de la promo présente une expérience d’au moins un an à l’étranger et encore aujourd’hui un quart exerce à l’étranger. Nous avons identifié que la promo 2000 sévit (ou a sévit) notamment en Italie, au Royaume-Uni, en Suisse, en Suède, au Brésil, au Chili, à Hong Kong, au Japon, à Singapour, aux États-Unis et en Australie !

Tiphaine Honsel-Handjian et Serge Handjian

David Maneval

Tiphaine Honsel-Handjian : « 10 ans plus tard... Après Francfort, Paris et Tokyo, c’est à Singapour que l’actuariat nous a fait poser nos valises. Serge (ndr Serge Handjian, promo 2000) y crée un Hedge Fund d’arbitrage de volatilité après 10 ans de banque d’investissement. Je découvre la règlementation et la culture de travail locales. Ma qualification d’actuaire me permet une fois encore d’accéder rapidement au marché du travail et de créer des liens solides avec mes pairs des pays qui m’accueillent ». David Maneval : « Après un VIE à Singapour, ma carrière s’est poursuivie à Zurich, puis j’ai travaillé à Londres avant d’être muté à Sydney où je suis aujourd’hui responsable de l’actuariat et de l’ERM chez un courtier international ».

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La revue ISFA - N°1  

La revue de l’association des actuaires diplômés de l’ISFA

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