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BO UTO GR APHIES2 015

L­ ES MEMBRES ­ DU JURY 2015 C h r is t i a n L u t z Président du Jury, Photographe, Genève E me r i c G l a ys e Chargé de développement du Prix du Photojournalisme, Fondation Carmignac, Paris A n d r é F r è re André Frère éditions, Marseille Yo h a n n e L a mo u l è re Photographe, collectif Transit, Marseille Delphine Burtin Photographe, Lausanne (Boutographies 2013 et 2014) C h r is t i a n Ma c c o t t a Directeur artistique des Boutographies, Montpellier


Pour l ’équipe de s Boutog ra phies, C h r ist i an M ACC OTTA , d ire cte ur artistique

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LE S BOUTOGR A PHIE S CH A NGENT DE LIEU TOUS LE S SEP T A NS,­ ça leur porte bonheur ! De 2001 à 2007, c’était le quartier Boutonnet des origines, de 2008 à 2014, l’installation au Pavillon Populaire. Et de 2015 à … 2021, La Panacée ? C’est en tout cas dans ce magnifique endroit que nous sommes accueillis cette année, et nous en sommes très heureux pour le public et pour les photographes exposés. Centre de culture contemporaine, le lieu nous semble adéquat pour recevoir ce que nous avons à proposer : les formes les plus actuelles de la photographie de création en Europe, à la croisée des questions qui agitent les diverses formes de représentation en image. C’est notamment le cas avec Christian Lutz, photographe suisse déjà repéré par les Boutographies en 2009, dont la série Trilogie sur les pouvoirs politiques, économiques et religieux sera présentée pour la première fois en France dans ses trois volets. Le livre In Jesus’ Name qui en est l’un des aboutissements a été partiellement censuré suite à l’action d’une Église évangélique, et fait l’objet d’un débat important sous ses aspects artistiques et juridiques. De nos voisins helvètes il sera encore question avec quatre auteurs représentatifs de la vitalité de la photographie contemporaine en Suisse. Romain Mader et Nadja Kilchhofer nous emmènent dans leurs mises en scène loufoques, avec une imagerie qui serait une déclinaison actuelle des codes propagandistes des années quarante. Laurence Rasti, très jeune photographe issue de l’ECAL de Lausanne, aborde la question de l’homosexualité en Iran avec des images novatrices, assumant une part fictionnelle pour mieux approcher les vécus personnels. Olivier Lovey nous présente également un personnage bien réel, mais dont l’univers nous transporte dans un ailleurs de science-fiction. On peut rapprocher sa série de celle de l’allemand Mario Brand dans la mesure où, dans les deux cas, des images d’une rigueur toute scientifique ouvrent des voies vers des dimensions imaginaires de grande ampleur. Cet appel très fort à un au-delà du visible nous est également adressé par Cyril Costilhes, avec une histoire personnelle dont les images résonnent à l’échelle de l’île-continent de Madagascar. Des formes photographiques plus proches du document sont proposées avec l’Irlande des gens du voyage de Birte Kaufmann, l’Andalousie d’Alvaro Deprit et la Russie d’André Lützen, trois situations en marge d’une certaine histoire européenne. La photographie apportera encore sa capacité particulière à témoigner à la fois des êtres et des communautés qui les relient. C’est souvent au moment de l’adolescence que ce rapport de l’individu au social montre ses aspects les plus complexes. Emanuele Brutti et ses boxeurs adolescents, Heiko Tiemann et ses jeunes gens en fragilité psychique donnent des visages à cet âge marqué par une extrême perméabilité affective et une intense vie intérieure. Enfin, nous verrons le retour à Montpellier de Michel Le Belhomme, photographe en perpétuelle recherche, à l’œuvre inclassable, désormais exposée dans le monde entier. Après une première sélection aux Boutographies dès 2011, c’est avec un grand plaisir que nous accueillerons sa nouvelle série Les deux labyrinthes, magnifique réflexion sur les pouvoirs d’illusion et d’enchantement de l’image. Comme c’est désormais une habitude avec les Boutographies, la sélection officielle accrochée sera accompagnée des projections du jury, de nombreuses expositions hors les murs dans les galeries partenaires, de temps de rencontre avec les professionnels du monde de la photo et d’actions en direction des publics scolaires. C’est donc une période prometteuse qui s’ouvre ce 4 avril et pour trois semaines, avec la photographie pour prétexte et pour objet de nos envies d’art, de culture et de rencontres.


SE V EN IS SAID TO BE A LUCK Y NUMBER, WHICH IS JUST AS WELL ,

O n beha lf o f the Boutog ra phie s te a m, Christ i an MACC OTTA , A r tistic Director

as the Boutographies change location every seven years! From 2001 to 2007, it was in the Boutonnet district of its origins, from 2008 to 2014 came the occupation of the Pavillon Populaire, and now, in 2015 it is the Panacée until, who knows, 2021? Whatever the future, it is in this magnificent space that we have been welcomed for this new edition, and we are extremely happy, both for the public and for the photographers who will exhibit there. A Centre for Contemporary Culture seems a fitting venue for what we propose: the most current forms of European photographic creation, at the leading edge of the questions which agitate the various forms of visual representation, between the functions of art and information. This is notably the case with Christian Lutz, a Swiss photographer who has already taken part in the Boutographies of 2009, and whose series Trilogy, on political, economic and religious power, is presented for the first time here in France in its three sections. The resulting book of In Jesus’ Name was partially censured following legal action taken by an Evangelical church, and will form the subject of an important debate on its artistic and legal aspects. Our Swiss neighbours reserve further pleasures for us with four more young artists representing the vitality of that country’s implication in contemporary photography. Romain Mader and Nadja Kilchhoffer lead us into a series of absurd stagings, up-dating the codes of propaganda photography of the 1940’s. Laurence Rasti, a young photographer recently graduated from the ECAL in Lausanne, takes on the subject of homosexuality in Iran, assuming a certain fictionalisation to better understand the reality. Olivier Lovey also presents us with the reality of a person, but whose world is perched on the borderline of science fiction. This work has affinities with that of German photographer Mario Brand in the sense that, in both cases, images of a scientific rigour lead us towards a powerful imaginary dimension. This approach of looking beyond the immediately visible is equally the domain of Cyril Costilhes, in his very personal history, where the images plunge us into a Madagascar unimagined. A photographic style closer to social documentary is proposed by Birte Kaufmann, with a series on Irish Travellers, by the Andalusia of Alvaro Deprit and the Russia of André Lützen. Three situations on the periphery of a certain history of Europe. Photography has a particular ability to authenticate both the people and the communities that link them. It is often at the time of adolescence that these relations between the individual and the society exhibit their most complex aspects. Emanuele Brutti with his young boxers and Heiko Tiemann with his psychologically fragile teenagers show the facets of this moment in life, marked by an extreme receptivity to affection and an intense inner privacy. Finally, we see the return to Montpellier of Michel Le Belhomme, a photographer in perpetual search, with an unclassifiable body of work, nowadays exhibiting world-wide. After a first participation in the Boutographies in 2011, it is with a great pleasure that we welcome his new series, The Two Labyrinths, a magnificent reflexion on the powers and enchantment of images. As has become a habit with the Boutographies, the official selection on the walls is accompanied by the Jury projection, numerous exhibitions hors-lesmurs in participating galleries, rendezvous with professionals from within the world of photography and involvement with local schools. It is therefore a period of promise that opens on the 4th of April for three weeks, with photography as the pretext and the object of our desire for art, culture and encounters.


HORS DE S SENTIERS BAT TUS, LIBRE S DE TOUTE TENDA NCE , les Boutographies s’intéressent au statut de l’image et promeuvent la photographie émergente. Elles défendent des auteurs, c’est-à-dire des individus qui signent leur point de vue. Cette année encore, ce sont eux qui sont mis en avant. Le jury s’est moins attaché aux sujets abordés qu’à porter à la lumière des artistes qui affirment leur regard sur le monde. En les accompagnant, les Boutographies se placent résolument du côté de l’avenir et de la transmission. Elles invitent aussi chacun de nous — j'en fais le vœu — à dialoguer avec les propositions des auteurs. À l’heure des conflits en tous genres, des peurs et des guerres, des crises sociales et politiques, il s’agit d’ouvrir : ouvrir des couloirs à la pensée et au débat ; célébrer la liberté de conscience et la liberté d’expression. Les cas de censure se démultiplient, tout près de nous, chez nous même, là où on ne l'attend pas. Celle-ci produit un phénomène plus sournois encore, plus inquiétant : l’autocensure. À la panique morale qui se répand, répondons par l’éducation : apprenons à regarder, à analyser, à poser des mots sur les images et sur nos émotions, à formuler nos idées. Et dans cette démarche, l’art est un allié fervent. C h r is t i a n L U T Z Président du Jury

FA R FROM A N Y BE ATEN PATH, A ND FREE FROM A LL TENDENCIE S, the Boutographies are attentive to the status of the image and the promotion of an emerging photography. They defend authors, that is to say individuals who sign their point of view. This year, once again, it is these creators who are encouraged. The jury was less concerned by the subjects treated than by giving a visibility to those artists who affirm their particular viewpoint. In accompanying them, the Boutographies resolutely position themselves on the side of the future and for a transmission. In so doing, they invite each one of us to form an opinion when confronted with a proposal and ­– I sincerely hope ­– to enter into a dialogue with it. At a time of conflicts of every kind, of fears and of wars, of social and political crises, we need to respond: to open channels of thought and debate; to celebrate the freedom of conscience and the freedom of expression. The cases of censorship increasingly multiply all around us, amongst us even, there where we expect them the least. This produces a phenomenen even more under-hand, even more worrying: self-censorship. Faced with a spreading moral panic, we need to educate: to learn to see, to analyse, to put words to images and to our emotions, to formulate our ideas. And in this process, art is a fervent ally.

C h r is t i a n L U T Z President of the Jury

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LES RENCONTRES EUROPÉENNES DE LA PHOTOGRAPHIE DE MONTPELLIER franchissent cette année un nouveau cap. Né dans le quartier Boutonnet à l’initiative d’une poignée de passionnés, le festival des Boutographies consacré aux nouveaux talents de la photographie européenne, n’a eu de cesse de se professionnaliser depuis ses débuts, en 2001. Après 7 ans d’accueil au sein du Pavillon Populaire, le voilà qui se déploie au centre de culture contemporaine de la Ville de Montpellier, « La Panacée ». Moment d’échange entre « l’œil photographique » et les passionnés ou amateurs d’images, les Boutographies nous emmènent aussi à la découverte des enjeux de la photographie d’aujourd’hui et de ses multiples facettes, présentées chaque année dans la sélection exigeante du jury. Ce festival est notamment reconnu pour sa découverte de talents émergents, comme en témoigne la carrière de nombreux photographes primés ces dernières années à Montpellier. Être sélectionné pour participer aux Boutographies, c’est accéder à un tremplin, c’est s’exposer au regard des professionnels et du grand public. Un moment essentiel, pour un photographe en devenir, qui permet de structurer son travail, de participer à une publication, de rencontrer d’autres créateurs, et de bénéficier de « leurs regards ». Pour cette qualité d’approche et de réflexion éclairée sur le monde de l’image, la ville de Montpellier se félicite d’accompagner les jeunes artistes, la création contemporaine, et de soutenir cette manifestation depuis son origine. Année après année, nous assistons à son ancrage sur le plan national et européen. Prenez du plaisir à travers les Boutographies à La Panacée ! Philippe SAUREL Maire de la Ville de Montpellier Président de Montpellier Méditerranée Métropole

THE EUROPE A N PHOTOGR A PHIC ENCOUNTERS OF MONTPELLIER H AV E AT TAINED a new level this year. Conceived in the Boutonnet district by a handful of enthusiasts, the Boutographies festival, dedicated to new European photographic talents, has never ceased to increase in professionalism since its inauguration in 2001. After 7 years of being welcomed in the Pavillon Populaire, it is about to spread its wings to the Centre for Contemporary Culture for the City of Montpellier – The Panacée. Offering a moment of exchange between the "photographic eye" and those with a simple passion for the image, the Boutographies also lead us towards a discovery of the concerns of today’s photography and its multiple facets, present each year among the demanding jury selection. This festival is notably recognised for revealing emerging talents, as the careers of numerous photographers who have been awarded prizes these last years in Montpellier can testify. To be selected to participate in the Boutographies is to gain access to a springboard, to expose one’s self to the regard of professionals and the public at large. It is an essential moment for an up-and-coming photographer, which allows him to structure his work, to participate in a publication, to meet other creators and to benefit from their point of view. For this quality of implication and for this informed reflection on the world of photography, the city of Montpellier can be proud of having accompanied young artists and contemporary creation, and of having supported the festival since its origins. Year after year, we assist at its increasing establishment on a national and European level. Enjoy the Boutographies at The Panacée!

Philippe SAUREL Mayor of the City of Montpellier President of Montpellier Méditerranée Métropole


Allemagne. 1973. Vit à Bielefeld

MARIO BRAND

STORYTELLER Les images de Mario Brand nous regardent, myriade

d’yeux médusés, et ne voient rien. Nous les regardons nous-mêmes, et voyons l’éclipse, le trou noir, l’absence. De l’infiniment lointain cosmique au tout proche — pupille et iris — ce qu’il montre est le miroir aveugle de cet immense désir d’image, de cette pulsion scopique qui nous aimante. Cinéma et photographie sont deux lieux où cette pulsion se satisfait, où on lui donne à manger sur un plateau. Les traces et rayures qui constellent ces platines sont finalement les seules preuves tangibles du passage des images à cet endroit, car une double « évaporation » s’est produite : celle des films argentiques qui ne circulent plus sur ces surfaces, et celle de tout le processus traditionnel de projection cinématographique. À leur place, des images numériques qui ne sont plus l’indice physico-chimique d’une présence de la lumière, qui ne sont plus la continuité du monde sensible sous d’autres formes, mais le produit de machines à calculer sophistiquées. Mario Brand affiche ici ce qui peut apparaître comme une répétition du même, mais qui est de fait, à mieux regarder, l’addition des petites différences — et c’est une façon de nous remettre sous les yeux les beautés de l'imperfection.

storyteller Mario Brand’s images look towards us, like a myriad

of startled eyes, but see nothing. We look at them and see an eclipse, a black hole, a void. From the infinitely distant cosmos to the immediate close up – pupils and iris – what he shows us is the unseeing mirror of our immense desire for the image, this optical urge that draws us. Cinema and photography are the two disciplines where this urge is satisfied, where everything is laid out for us. The marks and scratches which criss-cross these film bobbins are effectively the only tangible proof that images were once present here, as a double loss has taken place: that of traditional film, which no longer turns on these surfaces, and that of the whole traditional process of cinema projection. In their place we have digital images which are no longer the physical and chemical presence of light, nor the continuity of the visual world by other means, but the product of sophisticated calculating machines. Mario Brand puts together here what at first glance might look like a repetition of the same, but at closer inspection reveals the addition of tiny differences, which is one way which is one way of reminding us of the beauty of imperfection.

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Italie.1984. Vit à Vérone

EMANUELE BRUTTI

JUST ANOTHER BOXER Il n’y a pas d’image de combat dans la

série Just another boxer, mais seulement les temps d’avant et d’après. Ce pour quoi ces jeunes hommes se préparent, s’aguerrissent et luttent contre leur propre peur, ce dont ils reviennent corps et visage marqués, est invisible. Épreuve initiatique sous le regard surmoïque de l’entraineur ou implorant de la mère, le combat luimême dans sa violence et sa fulgurance reste une image manquante. Entre désir de bien figurer et peur de ne pas être à la hauteur, énergie vitale et fragilité à fleur de peau, Just another boxer est la métaphore d’un « état d’adolescence » maintenu sous tension, aux frontières de son dénouement. Dans les portraits se mêlent les signes de la détermination, de l’épuisement, de la sidération. D’un lieu à l’autre, de la victoire à la défaite, tous ont déjà appris que la distance est courte, et qu’elle sera parcourue dans les deux sens. Les gestes incantatoires et les chorégraphies rituelles tentent de conjurer le sort, eucharistie précédant la répétition d’un sacrifice, l’expiation d’une faute originelle. Les mains, objet de toutes les attentions, sont bandées, ou apposées sur un torse, ou encore jointes comme pour une prière, instruments tout à la fois du labeur, du désir et de la pénitence. Les jeunes gladiateurs sont prêts pour entrer en scène…

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BOUTOGRAPHIES2015 EMANUELE BRUTTI


just another boxer There are no scenes of combat in the

series Just another boxer, only the before and after. What these young men are preparing for by hardening themselves and defying their own fear, and what they come back from, face and body marked, remains unseen. Of this initiation, under the paternal scrutiny of the trainer and the imploring regard of the mother, the combat itself, in its violence and rapidity, is the absent image. Between the desire to make a good impression and the fear of deceiving; of a vital energy and a thin-skinned fragility, Just another boxer is a metaphor for an adolescent state under continual tension, at the point of breaking out. The portraits show a mix of determination, of prostration and of stupefaction. The young men have already realised that the distance is short from one state to the other, from victory to defeat, and that the passage is two-way. The ritual choreographies and gestures attempt to ward off the worst, like an offering preceding a sacrifice, the expiation of an original sin. The hands, objects of all the attention, are bandaged, or posed on a torso, or joined as in an act of prayer; instruments both of labour, of desire and of penitence. The young gladiators are ready to enter the arena.


France. 1977. Vit à Saint-Raphaël

CYRIL COSTILHES

GRAND CIRCLE DIEGO Si l’on peut être absent de la scène que

Tirages réalisés avec le soutien d’Atelier Voies Off - Arles.

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l’on peint ou que l’on raconte, la photographie implique le corps, ne peut exister hors de sa présence dans l’espace photographié. De cette nécessité, certains photographes ont choisi de faire une situation cathartique où leur propre corps est engagé et confronté à celui de l’autre. Nan Goldin, Araki, Antoine D’Agata, et Cyril Costilhes sont de ceux-là. Les processus de narration, les cohérences propres au récit sont alors désarticulées par l’irruption des passions. Démons, aliénations, désirs, peurs, aveux des monstruosités qui nous habitent : la façon dont la photographie s’ouvre à ces profondeurs intimes fait sens d’une manière particulière : aucune parole n’est là pour la raisonner. La brutalité et la puissance de ce qui échappe à la pensée sont intactes. L’usage du flash dans l’obscurité totale produit des surgissements d’images dont l’existence reste suspendue à un doute, éblouissements arrachés à la sombre épaisseur du monde, trouées blanches et spectrales. Malaise, inconfort : on ne regarde pas ces images pour en être gratifié, mais pour se confronter à ce qui nous habite et nous échappe sans cesse.


grand circle diego If one can be absent from the scene

that one paints or relates, this is not the case for photography, where the trace of the photographer is necessarily present by the immediacy of the medium. From this necessity, certain photographers have chosen to create a cathartic situation, in which their own presence is engaged and confronted with that of another. Nan Goldin, Araki, Antoine D’Agata and Cyril Costilhes are amongst these. The process of narration, the coherences of a recital are thus broken up by the eruption of passions. The way in which the photographer lays out his most profound intimacies; demons, alienations, desires, fears, the avowal of the monstrosities which inhabit within us, makes sense in a particular manner: no words exist to explain it. The brutality and the power of what is beyond words stay intact. The use of flash in total darkness produces an upsurge of images whose actual existence seems in doubt: blinding images torn from a world of sombre depths, white and spectral perforations. Ill at ease, uncomfortable: one doesn’t look at these images for gratification, but to be confronted by what possesses us and yet cannot be identified.

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Espagne. 1977. Vit à Rome

ALVARO DEPRIT PRIX ECHANGE F OT OLE GG E NDO / BOUT OG R A P H I ES 2 0 1 5

AL-ÁNDALUS Entre les images de la tradition et celles de la post-moder-

Commissaire d'exposition Annalisa D'Angelo.

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nité, nous percevons ici l’appréhension d’un grand vide, d’une discontinuité. Où est passée la modernité ? Il semble qu’Al-Ándalus en ait fait l’économie, oubliée d’un xixe siècle rationnaliste et industrieux. Le goût pour le mystique en est sauvegardé, la raison n’y est pas un carcan, et les esthétiques du quotidien oscillent entre le grandiose et la caricature, le magnifique et la pacotille. Cette recherche d’un point d’équilibre impossible se traduit par une succession d’images qui versent alternativement du côté du trop-plein — de nostalgie, de traditions, de références — et du côté de l’absence de sens. Aux croyances exacerbées qui fusionnaient les corps et les esprits en communautés incandescentes, qui emplissaient l’espace laissé vide par la raison démocratique absente, semblent succèder les croyances faibles et mélancoliques. L’Andalousie d’Alvaro Deprit est l’un de ces lieux où le rapport au monde ancien hésite entre dévotion et irrévérence, soumission et dérision, où s’expérimentent de nouvelles façons d’être au présent qui n’oublieraient pas d’où l’on vient.


al-ándalus Between images of tradition and those of a post-

modernity, there is the foreboding of a great emptiness and discontinuity. What happened to modernity? It would seem that Al-Ándalus has been by-passed by the rationality and industriousness of the 19th century. A taste for the mystic has been retained, and reason is not a constraint, with the everyday mannerisms oscillating between the grandiose and the caricature, the magnificent and the trashy. This search for an impossible balancing-point is expressed by a succession of images that tilt alternately between the too rich – nostalgia, tradition, references – and an absence of meaning. The exacerbated beliefs that had fused mind and body into ardent communities, filling the void left by an absence of democratic reason, seem to have been succeeded by a collection of weak and melancholic opinions. Alvaro Deprit’s Andalusia is one of those places where the relationship with the old world hesitates between devotion and irreverence, submission and derision, and where are tested new ways of being in the present without forgetting where we come from.

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Allemagne. 1981. Vit à Cologne et Berlin (Allemagne)

BIRTE KAUFMANN

THE TRAVELLERS

Birte Kaufmann est représentée par l'agence INSTITUTE.

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Beaucoup d’images ont été consacrées aux gens du voyage. On se rappelle entre autre du travail inaugural du jeune Josef Koudelka dans les années soixante ou de celui de Mary Ellen Mark au début des années quatre-vingt-dix. Quelques décennies plus tard, la série de Birte Kaufmann témoigne avec une acuité particulière des tensions à l’œuvre entre le traveller irlandais et le monde qui l’entoure. De ces gens appelés à parcourir inlassablement les vastes espaces, les chemins et les bords de mer, sans autre obligation que celle de leur inspiration, nous voyons aussi la situation d’enfermement. La clôture spatiale est marquée par la répétition de scènes confinées, en regard de paysages qui sont eux-mêmes le plus souvent barrés, ou réduits à une étroite échappée par la fenêtre d’une caravane. Les animaux eux-mêmes — chevaux, chiens — sont cantonnés à des espaces humanisés à l’extrême, ou bien vus au travers de fenêtres qui les surcadrent et les immobilisent, tels les icônes d’un passé révolu. Aux visages graves, aux instants sur lesquels pèse la vacuité des jours, à cette approche « non-romantique » revendiquée par la photographe viennent pourtant s’opposer quelques perspectives profondes, espaces encore ouverts à la possibilité d’un rapport mystérieux et fantastique au paysage, à des enchantements inaccessibles aux très vieux sédentaires que nous sommes.


the travellers

Many images of the vagabond life exist. One thinks of the earliest work of a young Josef Koudelka in the sixties or of that of Mary Ellen Mark in the early nineties. A few decades later Birte Kaufmann’s series demonstrates the tensions that exist between the Irish travellers and the world surrounding them. Faced with these people impelled to wander the open spaces, the bye roads and coastal strips, we are also made aware of a state of confinement. The spatial boundary is marked by a repetition of restricted views, in landscapes which themselves are often obstructed or reduced to a glimpse through the window of a caravan. Even the animals – horses, dogs – are subject to the same confines as the humans themselves, or seen through windows which frame and immobilise them, like icons of a past long gone. To the "nonromantic" approach asserted by the photographer, of grave faces and the weight of empty days, are however opposed more profound promises of spaces still open to a mysterious and fantastical relationship with the land, of enchantments inaccessible to the sedentary beings that we now are.

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BOUTOGRAPHIES2015 BIRTE KAUFMANN


Suisse. 1988. Vivent à Berne (Suisse)

NADJA KILCHHOFER ROMAIN MADER

What's happier than a three legged cow? A four legged cow.

ALIONA L’idée d’un ailleurs — dans tous les sens du terme — à coloniser ne

Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation Suisse pour la Culture.

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date pas d’hier ; pour ce travail, elle trouve sa source dans des campagnes de propagande réelles parues pendant l’effort de guerre des première et seconde guerres mondiales, quand, par des affiches et des petits journaux, le pouvoir tente de réquisitionner la population pour la faire travailler dans des usines flambantneuves, prêtes à produire armes et autres machines qui assureront la victoire de la nation. Entre les mains des deux photographes plasticiens, cette fiction permet de jouer avec les représentations : archives fictionnelles, vidéos, fanzines, grands tirages et sculptures monumentales directement importées de la planète qui n’existe pas. Avec Aliona, Romain Mader et Nadja Kilchhofer poursuivent une réflexion sur la notion de perfection, de monde sans faille, mais aussi sur les questions de la recherche du bonheur et de la célébrité, thématiques déjà à l’œuvre dans leur série précédente Valéryia, consacrée à de jeunes filles russes aspirant à devenir top model.


Building our history


Our best girls during the daily training

aliona The idea of a "beyond", in every sense of the term, doesn’t

date from yesterday. For this work it takes its inspiration from the propaganda campaigns of the first and second World Wars, where by use of posters and newspaper adverts, the powers in place sought to requisition the civil populations for the War Effort, to ensure Victory for the Nation. The two artists/photographers have chosen to express this fiction via imagined archives, videos, propaganda fanzines, posters, and monumental sculptures imported from a planet that doesn’t exist. With Aliona, Romain Mader and Nadja Kilchhofer pursue their study of the notion of perfection, of a world without fault, but also of the question of happiness and celebrity, a theme already treated in their previous series, Valéryia, dedicated to young Russian girls hoping to become top models.

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BOUTOGRAPHIES2015 NADJA KILCHHOFER / ROMAIN MADER


France. 1973. Vit à La Chapelle des Fougeretz (France)

MICHEL LE BELHOMME

LES DEUX LABYRINTHES Le passage de trois à deux dimensions

Tirages réalisés avec le soutien d’Atelier Voies Off - Arles.

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est constitutif de l'acte photographique. Nous acceptons que l’espace photographié garde une vraisemblance en dépit du fait qu’il ait perdu toute profondeur, toute matérialité autre que celle de son support. Certes, cette tentation de réalité ne va jamais jusqu’à la confusion entre réel et représentation, mais nous faisons « comme si » nous avions affaire à ce paysage, à cet espace, et non à son image. Michel Le Belhomme nous invite à faire un constat plus paradoxal : il montre comment une représentation gagne en pouvoir d’évocation au fur et à mesure qu’elle creuse l’écart avec son référent supposé. Ici, une image peut être constituée de paysages réalistes qui sont en fait des images re-photographiées, alors que les « vrais » reliefs photographiés sont en réalité des images froissées, travaillées dans leur volume. Ailleurs, nous croyons avoir affaire à une image de synthèse numérique alors qu’il s’agit de l'image d'un volume réel, construit avec du papier. Voilà quels sont les labyrinthes dans lesquels Michel Le Belhomme nous entraîne : ceux de l'image — puissante non pas à cause mais en dépit de sa fidélité au réel — et ceux de l'espace réel — qui est lui-même un lieu perpétuel de représentations. Dans cette série, les images résonnent d’échos successifs, devenant tour à tour images de l’objet, images de l’image, et finalement images tout court, revenues de leur périple dans l’espace avec un nouveau pouvoir d’enchantement. Leur force principale n’est pas critique : elle ne vient pas de la déception qu’elles infligeraient à la naïveté d’une croyance faible et vite démentie, mais au contraire de leur capacité à créer un battement subtil et ininterrompu entre sensation et connaissance. Michel Le Belhomme est un serviteur discret et efficace des pouvoirs de la photographie…


les deux labyrinthes The change from three to two

dimensions is a constitutive part of the photographic act. We accept that a photograph maintains a resemblance, despite the fact that it has lost all depth, all materiality except that of its support. Obviously this temptation of reality never leads to confusion between the real and the representation, but we react "as if" we are faced with this landscape, this space, and not with its image. Michel Le Belhomme invites us to consider more equivocal possibilities. He shows us how a representation becomes more evocative the further it departs from its supposed reference. Here, an image might be created from real landscapes, which are in fact images re-photographed, and the "real" contours are no more than creases and folds that create a volume. Elsewhere, we think we are looking at a computer-generated image when in fact it is a photo of a real volume, constructed in paper. These then are the labyrinths into which Michel Le Belhomme draws us: that of the image – powerful not because of, but despite its adherence to reality – and that of the real space – which is itself a space of continuous representation. In this series the images resonate with successive echoes, becoming by turn images of an object, images of an image, and finally just images, returning from their spatial peregrinations with a newfound power to enchant. Their principal force is not critical: it doesn’t come from the deception they are capable of inflicting on a naive and loosely-held belief, but on the contrary from their capacity to create a subtle and uninterrupted vibration between sensation and knowledge. Michel Le Belhomme is a discreet and efficient servant of the powers of photography.

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BOUTOGRAPHIES2015 MICHEL LE BELHOMME


Suisse. 1981. Vit à Martigny (Suisse)

OLIVIER LOVEY

PUISSANCE FOUDRE Jacques Emery, l’homme photographié par Tirages réalisés avec le soutien d’Atelier Voies Off  - Arles. Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation Suisse pour la Culture.

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Olivier Lovey, est un accumulateur. D’électricité, d’objets étranges, et aussi de fantasmagories. La figure julesvernienne du savant fou trouve ici son incarnation. Dans son laboratoire fantastique s’entassent, dans un agencement rigoureux, des objets qui n’ont aucune espèce de fonction identifiable pour le novice, et qui de ce fait sont dotés d’une grande puissance poétique. Des œuvres d’art, en somme. Pourtant, ce cabinet de curiosités électriques a une fonction bien précise, une raison d’être tout aussi déterminée qu’elle est improbable : recréer la foudre dans un garage. Olivier Lovey nous entraîne dans ce projet épique en préservant tous les aspects de l’aventure, à la fois technologique et ésotérique, esthétique et vaguement inquiétante, comme à chaque fois que l’homme se risque sur le territoire des forces supranaturelles et des dieux tout-puissants.


puissance foudre Jacques Emery, the subject of Olivier Lovey’s series, is an accumulator: of electricity, of strange objects, and of phantasmagoria. The figure of the Mad Professor, as Jules Verne might have imagined him, is here incarnated. Within his fantastic laboratory are stacked, in a strict order, objects which to the uninitiated have absolutely no identifiable utility, and therefore are imbued with a poetic force: works of art, in a word. Nevertheless, this electric cabinet of curiosities has a very precise function, a reason for existing as determined as it is improbable: to recreate lightning in a garage. Lovey leads us through this epic project in preserving all the elements of an adventure, both technological and esoteric, aesthetic and vaguely apprehensive, as is the case each time mankind trespasses in the realms of the supernatural and the all-powerful gods.

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BOUTOGRAPHIES2015 OLIVIER LOVEY


Allemagne. 1963. Vit à Hambourg

ANDRÉ LÜTZEN

ZHILY BYLI La série Zhili Byli (Il était une fois) rassemble, à travers une

série de portraits, des images qui montrent les conditions de vie et de logement des résidents de la ville d’Arkhangelsk. Cette ville du Nord-Ouest de la Russie est soumise à des températures glaciales huit mois par an, atteignant parfois 40 degrés en dessous de zéro. Le climat produit des contrastes extrêmes entre le « dedans » et le « dehors ». A l’intérieur des immeubles préfabriqués ou des maisons de bois, les habitants se sont aménagé des havres d’intimité et de confort, où ils se réfugient presque toute l’année, alors que le monde extérieur semble oublié. La série d’André Lützen est une sorte de contrepoint à celle qu’Elena Chernyshova nous présentait l’année dernière, à propos de sa Sibérie originaire. Autant la jeune photographe russe nous ouvrait les espaces extérieurs, nous montrait des habitants qui ne renonçaient pas à investir un dehors particulièrement hostile, autant le photographe allemand met l’accent sur le repli, la volonté d’occulter l’extérieur. Le temps et les formes sont alors comme figés dans une attente impuissante, qui serait à la fois celle de la fin de l’hiver et celle d’une perspective d’avenir.

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BOUTOGRAPHIES2015


zhily byli As a sequence Zhili Byli (Once upon a time...) combines

images of contemporary living and housing conditions with a series of portraits of residents from the city of Arkhangelsk. The city in northwest Russia is plunged into freezing temperatures for eight months a year, sometimes as low as 40 degrees below zero. The climate makes for an extreme contrast between indoor and outdoor life. Inside pre-fab buildings or wooden houses residents have created cave-like havens of intimacy and comfort where they spend most of the year, while the world on the outside seems strangely neglected. André Lützen’s series is a sort of counterpoint to that which Elena Chernyshova presented to us last year, about her native Siberia. While the young Russian photographer concentrated on the exterior, showing how the inhabitants refused to give up on the open spaces, however hostile, the German photographer puts the emphasis on the withdrawal, the determination to block out the exterior. Time and space seem suspended in an impotent moment of waiting, both for the end of winter and in expectations of a future.

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BOUTOGRAPHIES2015 ANDRÉ LÜTZEN


Suisse. 1973. Vit à Genève

CHRISTIAN LUTZ INVITÉ D'HON NE UR DE LA 15 e É DI T I ON DES B O U T O G R A P H I ES

Tropical Gift

Protokoll

TRILOGIE

Après le pouvoir politique dans Protokoll et le pouvoir économique dans Tropical Gift, Christian Lutz s'est intéressé au pouvoir religieux dans In Jesus' Name. Ce troisième ouvrage devait clore une trilogie fondamentalement politique et critique. Mais, à peine paru, le volume a été interdit par la justice suisse, à la suite de plaintes pour atteinte à l'image de personnes figurant dans le livre, toutes fréquentant l’ICF (International Christian Fellowship). Les photographies controversées sont désormais montrées barrées d’un bandeau noir sur lequel sont retranscrites les plaintes rédigées par l’avocat des plaignants.

Tirages de l'exposition In Jesus' Name réalisés par l’Atelier Voies Off - Arles. Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation Suisse pour la Culture.

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BOUTOGRAPHIES2015

L’interdiction du livre In Jesus’ Name dit vouloir protéger les personnalités des plaignants telles qu’elles seraient atteintes par les photographies de Christian Lutz. À bien y regarder, deux types d’éléments seraient susceptibles de leur nuire. D’une part, des interprétations qui en réalité ne sont pas fondées sur le contenu effectif des images. D’autre part, des situations effectivement constatées mais que l’ICF n’assumerait pas (attitudes de transe, jeux à connotation militaire…). Mais qu’est-ce qui, de fait, pourrait être mis en cause par cette série ? La dignité des personnes désignées comme plaignantes ? La façon dont l'ICF les met en situation de perte de contrôle de leur propre image, de leur propre comportement ? La procédure judiciaire n’aura pas permis de répondre à cette question. En réalité, le problème posé par ces images se situe en amont de la photographie. L’image que ces gens donnent d’eux-mêmes dans le cadre de ces manifestations évangéliques est déjà constituée bien avant que la photographie n’intervienne, par une scénographie dont la fonction est justement de rendre visible ce qui est de l’ordre d’une adhésion intime à une croyance, ou ce qui témoigne d’un au-delà invisible par définition. La monstration de l’état d’extase notamment est déterminante pour les effets de mimétisme qui vont déclencher les adhésions collectives au discours de croyance, et donc la perte de distance, d’autonomie de l’individu par rapport au


groupe. L’enjeu de la tentative d’interdiction des images de Christian Lutz est donc crucial non pas pour les plaignants, mais pour la structure qui les encadre, par ce qu’elles dévoilent de la mise en scène des émotions. Un mode d’accusation possible, dès lors, consiste à faire porter à l’image photographique la responsabilité (jusqu’au sens pénal et juridique du terme) des interprétations que l’on pourrait donner à ces situations, alors que tout, dans leur mode d’organisation, concourt à créer les conditions d’une culpabilité latente et d’une extase rédemptrice dont les organisateurs pourront recueillir les fruits en termes d’adhésion à la doctrine. C’est cette iconographie de la douleur et de la jouissance comme gages de la foi que le travail de Christian Lutz met à jour, non pas pour en condamner les acteurs, mais pour en éclairer les effets.

In Jesus' Name


In Jesus' Name

trilogie After political power with Protokol, and economic power

with Tropical Gift, Christian Lutz turned his attention to religious power with In Jesus’ Name. This third series should have been the conclusion of a trilogy fundamentally political and committed. However, on its publication, the book was banned by the Swiss justice following legal action for violation of their image by persons frequenting the ICF (International Christian Fellowship) and who figured in the book. The controversial images are shown here with a black band, on which are written the complaints as transcribed by the lawyers for the plaintiffs. The banning of the book of In Jesus’ Name was intended to protect the plaintiffs from perceived violations of their identities by Christian Lutz’s photos. In fact, when we look closely, two possibilities, which could be said to harm the plaintiffs, stand out. On the one hand, interpretations which in reality are not founded on the content of the images, and on the other, situations which are effectively present, but which the ICF refuses to assume (attitudes of trance, games with a military connotation) What in fact is really called into question by this series? The dignity of the persons named as plaintiffs, or the way in which the ICF places them into positions of loss of control of their own image, of their own behaviour? The judicial procedure hasn’t furnished a reply to this question. However, we can see that the problems raised by these images existed long before the photos were taken. The self-image projected by the persons involved in these evangelical meetings is already constituted well before the photographer intervenes, in a scenario whose function is precisely to render visible an intimate attachment to a belief, to give form to the presence of a divine force, by definition invisible. The show of a state of trance, notably, is a determining factor in copycat effects that generate a collective support for the message of faith, and in consequence the loss of distance, of autonomy of the individual faced with the group. The stakes for a tentative total

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BOUTOGRAPHIES2015 CHRISTIAN LUTZ


In Jesus' Name

ban on Christian Lutz’s photos were therefore crucial, not for the plaintiffs, but for the structure that embraces them, by the fact that these photos reveal the staging of an emotional state. One possible angle of attack now seems to be to confer on the photographic image the responsibility (in the legal and penal sense of the term) for the interpretations that one could put on these states, despite the fact that everything in their functioning is designed to create the conditions for a latent culpability and a redemptive fervour from which the organisers are able to harvest the fruit in terms of enrolment in the doctrine. It is this staging of pain and rapture as proof of faith that the work of Christian Lutz brings to light, not to condemn the participants, but to reveal its effects.


Suisse. 1990. Vit à Onex (Suisse)

LAURENCE RASTI

IL N’Y A PAS D’HOMOSEXUELS EN IRAN Les pho-

Tirages réalisés avec le soutien de l’ECAL de Lausanne. Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation Suisse pour la Culture.

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BOUTOGRAPHIES2015

tos de Laurence Rasti sont empreintes de vitalité, de fantaisie et d’humour. On en oublierait presque que les jeunes gens dont il est question ici fuient un danger extrême : ni plus ni moins que la peine de mort promise aux homosexuels en Iran. La force de ces images est d’imposer ce qui nous entraine du côté de la vie irrépressible, de ce qui est impossible à soumettre. Ces exilés sont là pour des raisons d’amour, de désir, par volonté d’être libre. Et ils le montrent en se prêtant aux mises en scènes les plus inattendues, dans une complicité assumée avec la photographe, qu'il s'agisse de se montrer ou de se cacher. Les drames et l’insécurité qui bordent leurs vies de tout côtés ne rendent que plus urgent le besoin d’échapper à la norme, aux lois d’airain. Laurence Rasti voit étonnament juste en ne s’attardant pas sur les impossibles, mais en ouvrant au contraire largement l’éventail des libertés à gagner. Elle le fait sans départir ses images d’une certaine gravité, d’une solennité qui font qu’elles n’occultent jamais ce qui se décide d’essentiel, derrière les jeux de masque et de dévoilement.


there are no homosexuals in iran The photos of Laurence

Rasti are marked by vitality, fantasy and humour. One almost forgets that the young people featured here are fleeing from extreme danger: no less than the death penalty, prescribed for homosexuals in Iran. The strength of these images is in their ability to impose on us that which is irrepressible in life, the impossibility of submission. These exiles are where they are because of love, of desire and the will to be free. And they show it by lending themselves to the most unexpected mises en scènes, in a perfect complicity with the photographer, whether they remain hidden or show themselves. The dramas and insecurity, which circumscribe their lives, only make it more urgent to escape from the norms, the unsparing laws. Laurence Rasti has hit exactly the right note in not lingering on the impossibilities, but on the contrary evincing the wide choice of liberties to be won. She manages this without allowing the images to depart from a certain gravity, a certain solemnity, which ensures that they never obscure the plain truth behind the play of masks and revelation.

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BOUTOGRAPHIES2015 LAURENCE RASTI


Allemagne. 1968. Vit à Düsseldorf (Allemagne)

HEIKO TIEMANN

INFLICTION Les photographies de Heiko Tiemann sont éminemment silen-

cieuses. L’adresse au photographe que constituent ces regards a lieu dans une sorte de recueillement, de recherche d’un assentiment qui se passerait des mots. Les enfants semblent à la fois intrigués par l’intérêt qui leur est soudain porté, et décidés à lui répondre de toute la présence dont ils se sentent capables, c’est-àdire d’une présence pleine de pudeur, d’hésitations, de recherche d’empathie, ou bien de défi. Le photographe étaye leur position dans l’espace par la rigueur de compositions très stables, par des éléments d’architecture, par les objets qui les entourent, semblent les soutenir… car c’est bien de fragilité dont il est question, et c’est sur ce fil tendu que se situe le photographe. Fragilité de la décision de s’exposer au regard de l’autre, fragilité du lien entre celui qui se laisse voir et celui qui observe, fragilité du sens porté par le rituel photographique. Les images restituent à la fois la quantité des préventions et l’accumulation des incertitudes qui entourent ces enfants, en une métaphore saisissante de ce qu’est leur situation face à la vie.

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BOUTOGRAPHIES2015


infliction The photographs of Heiko Tiemann are eminently silent.

The observation of the photographer by his subjects takes the form of a kind of meditation, the pursuit of a certain compliance that needs no words. The children seem both intrigued by the interest that they provoke, and determined to react with all the presence they are capable of, that is to say a presence full of modesty, of hesitations, of a need for sympathy, or of defiance. The photographer reinforces their positioning in space by the rigour of stable compositions, by architectural elements, by the objects which surround them and which seem to support them ­ – because here it is a question of fragility, and it is along this fine line that the photographer positions himself. Fragility in the decision to open oneself to the scrutiny of others, fragility in the link between he who lets himself be seen and he who looks, fragility implied in the photographic act. The images reproduce at one and the same time the quantity of precautions and the accumulation of uncertainties that surround these children, in a captivating metaphor on their situation, faced with life.

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BOUTOGRAPHIES2015 HEIKO TIEMANN


L E S PRO J EC T ION S DU J U RY LOUIS DE BELLE

NIGEL BENNET

LAURENT CIPRIANI

Italie

Grande-Bretagne

France

GIOVANNI COCCO

BORIS ELDAGSEN Allemagne

CATHLEEN FALCKENHAYN

Failed dioramas

Hakuro, an Itoshima almanac

Along the road

Italie

Monia

how to disappear completely / THE POEMS

BÉRANGÈRE FROMONT

JULIA FULLERTON-BATTEN

FRANÇOISE GALERON

France

Grande-Bretagne

France

FLORIAN BONG-KIL GROSSE

CORINNA KERN

Allemagne / Corée

Allemagne

Cosmos

Hanguk

Unadorned

George's bath

Allemagne

3ZKB

Le chant de l'ogre

STEFANO MARCHIONINI Italie

Between the devil and the deep blue sea


SANDRA MEHL France

MELISSA MOORE

LESLIE MOQUIN

Grande-Bretagne

France

CONSTANCE PROUX

ALNIS STAKLE

DANA STÖLZGEN

France

Lettonie

Allemagne

MANUEL DE TERESA

JEANNE TULLEN

LAETITIA VANCON

Espagne

Suisse

France

TOMÁŠ WERNER

YANA WERNICKE

RAIMOND WOUDA

Slovaquie

Allemagne

Pays-Bas

PS : Je t'écris de la Plage des mouettes

Akkar

La Maison de Madame Manuel

A manual for dog walkers

Land ends

Heavy waters

WOMB

Irrlicht

Shanghai cosmetic

Mon déguisement

My home my prison

Scenes, sceneries and scenarios


VOUS PHOTOGRAPHIE ?

Qu’est-ce qui s’est passé entre et la  MARIO BRAND

Un jour, je voyageais en train et j’ai commencé à parler avec

un groupe de dames qui m’ont demandé ce que je faisais dans la vie. Je leur ai dit que je rentrais d’un workshop et que j’étais étudiant en photographie. Elles ont été étonnées et m'ont dit « Ah oui, la photographie, c’est très intéressant, mais qu’est-ce que vous étudiez VRAIMENT ? Ça m'a fait rire, mais je n'ai pas su quoi répondre. La prochaine fois, j’aimerais bien répondre ceci : « Dans un monde qui change tout le temps, la photographie documentaire ne perdra jamais de son importance ! » ça c'est envoyé !

BRUTTI

❚ EMANUELE

J’ai toujours aimé regarder les vieux albums photo de ma mère, mais l’étin-

celle entre moi et la photographie a jailli quand j’ai visité Dublin en 2004. C’était la première fois que je passais un mois entier tout seul dans un pays étranger. J'ai alors commencé à tout photographier pour montrer à mes amis à quel point la vie est différente ailleurs. Et puis je suis tombé lentement amoureux de la photographie, jusqu’à décider de quitter mon travail pour vivre ma passion. Je ne l’ai jamais trahie depuis, sauf pour ma femme ! ❚

CYRIL COSTILHES La photographie s’est imposée à moi suite à une tragédie familiale. Une remise en cause brutale de mes certitudes. Le medium me permet de combler le vide, de crier en silence, de confronter mes peurs, fantasmes et obsessions. Compte a rebours. Contamination visuelle et Monde parallèle. Ma photographie est vécue comme une recherche personnelle, nerveuse et révoltée. Voyages, risques, mise en situation, elle me permet de pervertir le réel, de le distordre, de le manipuler afin de créer une beauté lugubre. Une pratique solitaire qui cannibalise ma vie et mes relations aux autres, une pratique qui a pris le contrôle. Je n’ai plus le choix. ❚

ALVARO DEPRIT

Ce qui m'a conduit à la photographie, c'est la volonté de

franchir la surface des choses, pour trouver ce qui dérange et surprend, ou plus fondamentalement ce qui attise la curiosité, ce qui pose question sans apporter de réponse, ce qui laisse simplement entrevoir le champ des sensations et des interprétations. Ce quelque chose de précieux parce qu'inaccessible au premier abord et toujours à conquérir.

BIRTE K AUFMANN

Photographier signifie pour moi pouvoir raconter des

histoires. L'appareil photo me donne la possibilité de m'immerger dans des mondes qui me sont inconnus, de les découvrir et de les vivre, de créer un lien émotionnel avec eux et

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BOUTOGRAPHIES2015


puis d'en témoigner par les images.

❚ MICHEL LE BELHOMME

« En un

lieu désert de l'Iran apparaît une tour de pierre, plutôt basse, sans portes ni fenêtres. Dans l'unique pièce se trouve une table de bois et un banc. Dans cette cellule circulaire un homme qui me ressemble écrit en caractères que je ne comprends pas un long poème sur un homme qui dans une autre cellule circulaire écrit un poème sur un homme qui dans une autre cellule circulaire... Le processus n'a pas de fin et personne ne parviendra à lire ce qu'écrivent les prisonniers. » Jorge Luis Borges " Un Rêve ", issu de Les Conjurés précédé de Le Chiffre, éditions Gallimard, 1988. ❚

OLIVIER LOVEY

Mon travail photogra-

phique s'articule autour de la limite entre réalité et fiction et l'appareil pour moi a toujours été un moyen de distordre le réel. En alliant thème documentaire et effets photographiques, je projette le spectateur dans un monde parallèle où la vie semble plus exceptionnelle voire mystique. À cet égard, je me rapproche des photographes Spirites qui considéraient l'appareil comme une passerelle vers un autre monde tout en étant moi-même conscient des astuces que j'utilise.

❚ ANDRÉ LÜTZEN

La photographie signifie pour moi

percevoir et m'approcher des personnes, des situations et des lieux. Combiner, juxtaposer les images qui en résultent et les faire raconter une histoire. Dans chaque récit une transformation a lieu — une transmutation, une condensation, peut-être aussi une exagération, qui permet de rendre visible le rapport entre les images. Ce qui m'intéresse, c'est cette juxtaposition, cette mise en relation des images, leur succession, ce qui les met en contexte. C'est la relation entre les images qui change la perspective. ❚

L AURENCE RASTI

La

photographie et moi, c’était inattendu. Je n’étais pas passionnée de photographie. On me l’a conseillée. Et puis, avec beaucoup de persévérance, j’ai appris à l’utiliser. J’apprends encore. Très vite, j’ai compris que je n’avais par besoin d’être passionnée par le médium, mais par le sujet que je voulais aborder. C’est une excuse qui me permet de découvrir ce qui m’entoure et de tenter de le communiquer aux autres. ❚

HEIKO TIEMANN

Enfant, j'étais

terrifié à l'idée de devoir quitter quelqu'un de cher, et je souhaitais ardemment lui redonner vie à travers une image. J'y retrouvais l'aura d'un « c'était ainsi » mêlé au sentiment douloureux que plus jamais ça ne serait exactement ainsi. Les images qui me touchent le plus sont celles où les personnes représentées « s'adressent directement » à moi. Le photographe s'efface alors avec respect devant son sujet, tel l'écrivain qui choisit ses mots avec retenue, mu par une sorte de fascination devant ce qui « est ». Le sujet jouit d'autant plus d'espace pour s'épanouir quand le photographe réussit à se mettre en retrait et à donner un cadre valorisant. La volonté rigide de façonner la réalité cède alors la place à l'intuition et laisse exister les choses « telles qu'elles sont ». Si on veut préserver la valeur d'un sujet, il ne faut pas le détruire en utilisant la force brute d'une volonté absolue. Observation, sensibilité et attention engendrent l'intensité. Soyez attentifs ! ❚


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LES BOUTOGRAPHIES ET LA JEUNE PHOTOGRAPHIE Pour les Boutographies, la photographie est aussi un moyen d’entrer dans la vie : la vie artistique, la vie professionnelle, et la vie tout court. Au-delà de l’opportunité donnée à chacun de rencontrer la création photographique la plus contemporaine dans tous ses aspects, le festival soutient et développe des projets en milieu scolaire de diverses manières : exposition de travaux d’élèves pendant le festival, accueils de classes, mise à disposition de documentation pédagogique, rencontres d’auteurs, expositions décentralisées dans les établissements avec présentation aux élèves… Du côté des photographes exposants, nous avons toujours accordé une attention particulière aux étudiants ou jeunes auteurs issus des cursus « École de photographie » ou « École des Beaux-arts ». Au moment de leur entrée sur le marché professionnel ou artistique -période souvent incertaine et périlleuse, mais aussi riche d’espoirs et de promesses, propice aux expérimentations et aux prises de risque- nous voulons être présents pour apporter le coup de pouce, l’élan supplémentaire qui conforte un jeune auteur dans sa vocation, quand nous pensons qu’il a toutes les raisons d’y croire. Certains d’entre eux réalisent rapidement les promesses contenues dans leurs premiers travaux, d’autres ont des trajectoires plus sinueuses et d’autres encore se tournent vers des horizons professionnels qui les éloignent de la photographie, mais nous gardons le contact avec tous ceux qui sont passés par chez nous, et leur devenir nous encourage dans notre propre détermination d’organisateurs d’événement culturel et photographique.

L’ÉCOLE INVITÉE EN 2015 Chaque année, les Boutographies présentent au public une école ou un cursus universitaire européens dans lesquels la photographie tient une place de choix. Après Le 75 de Bruxelles, l’ECAL de Lausanne, l’université galloise de Newport et l’Institut de Photographie Créative d’Opava (Université de Silésie, République tchèque), nous présentons cette année l’école autrichienne FotoK, installée à Vienne. Les réalisations de ses étudiants sont montrées en projection continue à La Panacée.

fotoK – Verein für Fotografie und Kunst fotoK a été fondée en 2004 pour constituer un lieu de débat et de promotion de la production photographique, en tant qu’élément constituant des expressions artistiques contemporaines en Autriche. L’école de photographie fotoK propose différents types de formations et d’études approfondies dans le domaine de la photographie d’expression. Depuis 2004, fotoK est un acteur de l’éducation artistique à Vienne et s’adresse à ceux qui veulent faire de la photographie leur champ d’expression privilégié. Nous concevons la photographie comme un média nourri des pensées, des expériences et des situations personnelles. L’objet de la formation est de mettre en pratique la photographie en tant que média artistique, en proposant des formes de soutien et d’accompagnement à différents niveaux. Un aspect important de notre fonctionnement consiste à fournir les meilleures facilités pour une production photo numérique ou analogique de haute qualité, depuis la prise de vue jusqu’à la présentation du projet artistique. Nous sommes par ailleurs attachés à participer à la dynamique générale de création photographique en Autriche. Nous le faisons de plusieurs manières : circulation des connaissances et de l’information, échanges nationaux et internationaux, publication de travaux artistiques et programmation de photographie contemporaine dans nos deux lieux dédiés, fotoK Gallery et fotoK OFF.


March 2015

Camera Austria Inter national 129 With contributions by Emma Balkind Boris Buden Tom Holert Jaleh Mansoor Column Cinenova Women’s Film and Video Distributor Artists’ insert by Eiko Grimberg, Marco Poloni and Clemens von Wedemeyer Exhibitions Books News

Out now! 60

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Published since 1980


INDISPENSABLE !

COMPRENDRE S’INSPIRER CRÉER ●

EN KIOSQUE CHAQUE MOIS


LES BOUTOGRAPHIES SONT ORGANISÉES EN COLLABORATION AVEC TRANSIT / COLLECTIF PHOTOGRAPHIQUE 3, rue Ranchin 34000 Montpellier +33 (0)4 67 60 85 81 postmaster@transit-photo.com www.transit-photo.com Depuis sa création en 2002, la volonté de l’équipe de Transit est de mieux faire connaître la photographie documentaire et la démarche de ses auteurs. Elle invite ainsi chaque année des photographes à présenter leur travail dans son espace d’exposition, organise des rencontres photographiques et des soirées projections. Elle collabore également avec d’autres structures sur des projets culturels et éducatifs. En parallèle, les photographes du collectif travaillent régulièrement avec la presse nationale et internationale, répondent à des commandes institutionnelles, diffusent des expositions en France et à l’étranger. L’équipe se compose de six photographes – quatre à Montpellier et deux à Marseille – et d’une chargée de projets culturels. Depuis l’arrivée du festival au cœur de la ville, Transit s’associe à l’équipe des Boutographies en participant à la programmation et en faisant de l’Espace Transit un des lieux de rencontres de la manifestation. L’Espace Transit est soutenu tout au long de l’année pour sa programmation ­artistique, par la Ville de Montpellier et la Région Languedoc-Roussillon.

GALERIE « À LA BARAK » 10, rue de la Petite Loge 34000 Montpellier +33 (0)4 67 86 98 21 alabarak@gmail.com www.alabarak.com La Barak est un espace dédié à la photographie où se mêlent expositions, installations en libre service, cours pratiques et ludiques. La combinaison atelier/espace d’expo propose de considérer la discipline sous de multiples facettes, de cultiver la diversité des techniques et des travaux photographiques, de favoriser les échanges entre les photographes, leurs œuvres et les publics. C’est dans cet esprit éclectique que La Barak soutient très fort les auteurs photographes et propose en moyenne une exposition par mois, choisie au gré du vent parmi la niche locale, à l’autre bout de la France ou à Brooklyn ; parfois documentaire, contemporaine ou alternative. La Barak est un lieu de photographie ouvert à tous, pensé pour expérimenter, partager ses connaissances, enrichir sa culture de l’image, où la photographie de chacun circule, s’échange et s’expose…

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EN PARTENARIAT AVEC FOTOLEGGENDO­ Festival Rome www.fotoleggendo.it Le partenariat entre FotoLeggendo et les Boutographies est l’histoire d’une amitié née en 2005 et qui ne s’est jamais démentie depuis. Organisé par l’association Officine Fotografiche et présidé par Emilio d’Itri, le festival FotoLeggendo est aujourd’hui l’un des principaux rendez-vous de la photographie à Rome et en Italie. La manifestation expose à la fois des noms reconnus de la photographie internationale et de jeunes auteurs qu’elle choisit de soutenir. Les principaux critiques, éditeurs et directeurs d’agence du pays s’y rencontrent au cours de séminaires, de lectures de portfolios et de workshops qui attirent un public venu de toute la péninsule. Chaque année en juin, FotoLeggendo expose une série issue de la sélection en cours des Boutographies, et nous faisons de même avec un photographe remarqué à Rome. La vocation des deux festivals à faire circuler la jeune photographie européenne sous des cieux divers et dans les meilleures conditions de visibilité est ainsi affirmée.

LE L AC GELÉ Lieu de phénomènes photographiques Nîmes www.lelacgele.org Avec Le lac gelé — galerie, lieu de rencontres photographiques et artistiques emblématique de chez nos voisins nîmois — les Boutographies ont trouvé un partenaire avec qui partager un même engagement pour la photographie d'aujourd'hui. Un photographe de notre sélection annuelle est invité à exposer à Nîmes, et nous donnons place en retour à un photographe soutenu par Le lac gelé dans notre propre galerie, le Mur rouge.

FOCALE Association, librairie et galerie photographiques Nyon (Suisse) www.focale.ch FOCALE est l'un des plus anciens lieux entièrement dédiés à la photographie en Suisse. Au cours des années, la galerie s’est forgé un label de qualité, devenant un espace de réunion convivial, un carrefour dédié à la photographie, dont la réputation dépasse peu à peu les frontières suisses. La galerie FOCALE accueille en ses murs des photographes venus de toute l’Europe mais aussi des USA, du Mexique, du Paraguay, de Cuba et de Russie. Des photographes de renom tels que Robert Frank, Leonard Freed, Mario Giacomelli ou encore Gilbert Garcin y ont présenté leurs œuvres. La galerie ouvre également ses cimaises à des professionnels encore peu connus ou en voie de reconnaissance. Un échange annuel est dorénavant mis en place avec les Boutographies, pour donner une meilleure visibilité aux photographes soutenus par les deux structures.


CE CATALOGUE EST PUBLIÉ­ À L’OCCASION DES 15e BOUTOGRAPHIES­ RENCONTRES PHOTOGRAPHIQUES­ DE MONTPELLIER DU 4 AU 26 AVRIL 2015 12 EXPOSITIONS­ À LA PANACÉE,­ CENTRE DE CULTURE CONTEMPORAINE

LES BOUTOGRAPHIES SONT SOUTENUES PAR

AVEC LE SOUTIEN DE PHOTOGRAPHES EXPOSANTS Mario Brand Emanuele Brutti Cyril Costilhes Alvaro Deprit Birte Kaufmann Michel Le Belhomme Olivier Lovey André Lützen Christian Lutz Romain Mader et Nadja Kilchhofer Laurence Rasti Heiko Tiemann

PARTENAIRES 2015

Les Boutographies sont organisées par l’association GRAIN D’IMAGE 06 19 29 17 84 l 09 54 48 07 46 contact@boutographies.com www.boutographies.com L’ÉQUIPE DES BOUTOGRAPHIES Peter Vass Arnaud Laroche Christian Maccotta Nathalie Belayche Susanne Klein Brigitte Pertoldi Sylvie Suire Lucie Anton Christopher Sly Tina Lehmann Rachele Ceccarelli Stagiaires Diana Mizrahi Mélanie Baudin Lamia Boukrouh Maud Rochegüe Camille Morrelli Marine Labaud Marie Havel Clément Philippe

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ISBN 978-2-9539017-4-0 EAN 9782953901740 Dépôt légal avril 2015 Tous les droits de traduction, reproduction, adaptation, réservés pour tous pays © Grain d’Image 2015 textes catalogue (sauf page 30) Christian Maccotta traduction anglaise Peter Vass conception graphique Susanne Klein couverture visuel Émile Loreaux I graphisme Susanne Klein impression Imp’Act Imprimerie, Saint-Gély-du-Fesc, France prix ttc 7 euros


Boutos2015 catalogue web  

Catalogue français/anglais de la 15è édition des Boutographies

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